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France
Courrier international

© AFP

Le conseil de sécurité de l'ONU a adopté la résolution autorisant le recours à la force contre


le régime de Kadhafi, à New York, le 17 mars 2011

Cela fait un mois qu¶une partie de la Libye s¶est soulevée contre le règne absurde et cruel du
colonel Kadhafi. Un mois que ce mouvement rebelle, dont nul n¶avait soupçonné la
possibilité, espère que des mains se tendent pour éviter d¶être noyé dans le sang.

A l¶instant où ce journal part sous presse, la reconquête totale et meurtrière du pays par les
soldats et les mercenaires du dictateur ne semble plus être qu¶une question d¶heures et de
minutes. Au même moment, à New York, le Conseil de sécurité devait se prononcer sur une
résolution autorisant une intervention militaire en Libye. Des unités françaises, britanniques,
américaines et arabes sont prêtes, dit-on, à entrer en action dès le feu vert onusien [La
résolution a bel et bien été adoptée, et les frappes contre les troupes de Kadhafi devraient
commencer dès ce vendredi].

Comment en est-on arrivé là? Pourquoi a-t-il fallu que les légions du colonel aient tout loisir
de pulvériser les rebelles et de massacrer les civils, ville après ville, le long des rivages de la
Méditerranée, avant ce vote de la dernière chance?

Un temps précieux a été dilapidé en gesticulations diplomatiques. Les fenêtres de tir se sont
fermées les unes après les autres. Toutes sortes d¶instances ont été consultées, l¶ONU,
l¶OTAN, l¶UE, le G8. Les Occidentaux ont glosé des jours et des semaines sur une zone
d¶exclusion aérienne, alors que les combats décisifs se sont livrés au sol.

D¶aucuns espéraient que ces manœuvres de salon n¶étaient qu¶un écran de fumée destiné à
masquer une intervention sur le terrain, discrète, invisible, pour appuyer les rebelles. Mais
leurs déroutes successives ont montré qu¶il n¶en était rien. Que les opposants à Kadhafi
étaient seuls, sans même de moyens pour communiquer entre eux.

Voilà à quoi ressemble notre monde de «gouvernance douce» d¶après la Guerre froide,
d¶après le grand mensonge américain en Irak. Plus aucun gouvernement n¶a le courage
d¶intervenir «à l¶ancienne» et de larguer quelques barbouzes dans la brousse ou le désert pour
épauler secrètement une guérilla ou un mouvement de libération. Le politiquement correct a
gagné la géopolitique. La légalité a pris le pas sur la justice.

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    ë, a lancé hier Kadhafi aux habitants de Benghazi.
Le monde libre peut-il vraiment se permettre de lui offrir ce triomphe?

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© AFP

Les habitants célèbrent la résolution du conseil de sécurité de l'ONU, Benghazi, 17 mars


2011
Peu avant minuit, les rues de Benghazi, capitale rebelle de fait, étaient tranquilles, presque
désertes. Quelques minutes après minuit, en signe de liesse, des salves de balles traçantes et
des tirs de mitrailleuses zébraient le ciel, et les habitants s'entassaient dans leurs voitures pour
fêter l'événement. Dans l'intervalle, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait voté par 10
voix contre 0 pour imposer une zone d'exclusion aérienne sur l'est de la Libye et autoriser
³toutes les mesures´, hormis une occupation, de nature à protéger les civils contre le colonel
Mouammar Kadhafi, le dictateur qui dirige la Libye depuis près de 42 ans.

Cela avait été une semaine sombre pour cette révolution qui avait commencé comme un
soulèvement pacifique contre le despote, le 17 février. De jeunes gens armés de pierres, ou à
peine plus, mais animés d'une farouche volonté de changement, avaient tenté d'arracher leurs
villes à l'emprise de Kadhafi. Mais ce dernier, qualifiant sa population de rats, de cafards et
de terroristes, a contre-attaqué avec rage. Il a d'abord rasé de nombreux quartiers des villes
qui le défiaient à l'ouest de la Libye. Puis il a jeté son dévolu sur l'est [de la Libye] ³libéré´ en
employant la même tactique brutale pour écraser des rebelles mal organisés.

Ces derniers jours, tandis qu'il encerclait Ajdabiya ² l'autre grande ville à l'ouest de
Benghazi ², et qu'il dirigeait des tirs de chars et de roquettes aussi bien contre les civils que
contre des positions de miliciens, Benghazi, après avoir cru un temps pouvoir l'emporter, a
commencé à être gagnée par le doute et la peur. Les rebelles espéraient terminer leur
révolution sans intervention étrangère, comme l'avaient fait l'Egypte et la Tunisie voisines,
mais ils en sont venus à appeler de leurs vœux une zone d'exclusion aérienne imposée par
l'ONU. Et tout récemment, de plus en plus de partisans du soulèvement disaient souhaiter que
la puissance aérienne étrangère soit dirigée contre les forces de Kadhafi sur le terrain.

C¶est chose faite même si l¶on ignore encore quand l¶intervention étrangère débutera et si
Kadhafi est prêt à défier la communauté internationale.      
    ë lance Ibrahim Abou Bakar, un jeune rebelle évoquant le
quartier de Tripoli où est installé M. Kadhafi. ë    
     

 
   

 !" A un carrefour de Benghazi à proximité du port, l¶excitation
est à son comble et quelques drapeaux français (la France a beaucoup œuvré en faveur d¶une
intervention étrangère) se mêlent aux centaines de drapeaux libyens brandis en signe de joie.

Des jeunes gens dansent au son d¶une musique très forte et au rythme des rafales de
mitraillettes, et les balles traçantes se confondent aux feux d¶artifices tirés au-dessus de la
ville. Au-dessus du carrefour, un panneau installé à la fin février clame encore : ë# 
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!" Le matin du 17 mars à
Benghazi la tension était palpable : les habitants se préparaient à la mort, inquiets de voir se
rapprocher l¶armée du colonel Kadhafi et rendus nerveux par les frappes aériennes de la
veille qui avaient causé de sérieux dégâts à l¶aéroport de la ville. Le soir, c¶est le soulagement
qui prédominait. Depuis que les Etats-Unis, la France et d¶autres pays ont décidé de dire stop
au colonel Kadhafi, la victoire est plus proche.

     
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© AFP

Abdoulaye Wade.

Abdoulaye Wade est parvenu à domestiquer un peuple par nature hostile, à imposer sa
monocratie à un pays où les citoyens choisissent démocratiquement leurs élus depuis 1848.
Tout en gardant les apparences d'une grande démocratie, il a réussi à façonner un Parlement
docile, une Justice soumise et un peuple endormi. Tous les députés sont de son camp, tous les
sénateurs élus ou désignés parmi ceux de son camp. Alors que le principe du suffrage
universel et de la démocratie représentative semblaient acquis, il s'est arrogé le droit de
désigner son successeur, nommé parmi ses sénateurs. Il nous oblige à reculer de trente ans,
ramenant au goût du jour une pratique qu'il avait lui-même dénoncée, la succession par
désignation. Il avait déclaré publiquement que la Constitution ne lui permettait pas de se
représenter pour un troisième mandat successif à la présidence, le voilà engagé dans une
nouvelle bataille, un âge sans doute inconnu, mais que l'on sait proche des 90 ans. Et comme
si les choses n'étaient pas claires pour tout le monde, il est prêt à violer le principe de la
séparation des pouvoirs, en conférant à son Assemblée nationale le droit de faire la loi, de
l'interpréter et de l'exécuter. Tous ceux qui ne sont pas d'accord avec ses interprétations sont
exclus du Parlement, contrôlé d'une main de fer par son propre neveu. Toute l'économie est
passée aux mains de sa famille. Son fils contrôle tous les grands chantiers, tous les
investissements, sans que nous trouvions à redire. Tout ce que le pays compte en objecteurs
de conscience, il l'a domestiqué et privatisé, en distribuant sans aucune limite les postes
ministériels et les positions de rente. Qu'importe le rôle, la fonction, l'essentiel est de se situer
du bon côté de la faille qui sépare les pauvres et les riches, les oubliés et les privilégiés. Les
voix qui osent s'élever pour le dénoncer sont noyées dans une mer d'injures et de calomnies.
Tous les ouvrages qui ne font pas l'éloge de ce régime sont systématiquement interdits ou
saisis. C'est chose inouïe mais cette situation ne peut plus durer.

La pauvreté a pris une ampleur jamais connue dans les ménages, dépassant les niveaux
atteints au début des années 90, quand nous étions sous ajustement structurel. Notre
consommation en céréales reste encore dépendante de nos importations. C'est le ministère des
Finances qui le dit. En 2009, les importations de produits céréaliers ont atteint 233 milliards
de francs. Nous avons importé 715 mille tonnes en 2009, alors que la production locale était
de 335 mille tonnes. Le 18 août 2010, le directeur du Commerce extérieur, El Hadj Alioune
Diouf, a fait une sortie, pour déclarer que le Sénégal importe en moyenne 800 000 tonnes de
riz. Il avertissait qu'avec les feux de forêt en Russie et les inondations au Pakistan, grands
producteurs de céréales, «on est obligé de prendre du Mali du maïs et parfois du mil ». Même
si nous considérons la production 2009-2010, qui serait de 502 000 tonnes, chiffre à prendre
avec réserve, nous sommes loin de combler nos besoins en riz, qui frôlent le million de
tonnes. Tous ces échecs, Abdoulaye Wade les dissimule dans le mensonge et parfois la
dérision. Déclarer que le Sénégal a dépassé "deux fois et demie le seuil de la pauvreté", c'est
faire preuve d'une grande irresponsabilité. Quand il ajoute que nous sommes devenus
"exportateurs de riz", il fait douter de sa santé mentale.

Malgré la cour assidue à laquelle il a été soumis, le président Lula a refusé de participer au
Fesman (Festival mondial des arts nègres), pour répondre à l'invitation des altermondialistes.
Rien, de toutes les manières, ne le rapproche. L'ouvrier métallurgiste de Caetés a octroyé aux
ménages brésiliens un revenu minimum et leur a redistribué des terres cultivables. A l'opposé
d'Abdoulaye Wade, qui prend aux pauvres pour donner aux riches, confisque les terres des
paysans pour les vendre aux arabes. Lula était très populaire, mais a décidé de transmettre le
pouvoir par voie démocratique. Wade est impopulaire et veut s'accrocher en instaurant une
monarchie. Son bail finit en février 2012. Il nous tarde de le voir partir.
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© AFP

Insurgés libyens le 24 février 2011 à Benghazi.

Du pénitencier pris d'assaut vendredi dernier à la somptueuse caserne de la garde prétorienne


du Colonel incendiée il y a deux jours, les lieux de la révolte sont déjà devenus des étapes de
pèlerinage. Dans la Benghazi de l'après Kadhafi on ne rencontre plus un seul policier. Ils se
sont enfuis ou ont rejoint le camp des vainqueurs. A chaque coin de rue, de jeunes gens
apportent leur contribution à la révolution, régulent le trafic d'un air martial et distribuent aux
passants les étoiles arrachées aux uniformes abandonnés en hâte.

Mais le premier des sanctuaires citoyens, c'est la place où, dimanche, 300 personnes sont
tombées sous le feu de l'armée. Elle est depuis occupée nuit et jour par d'innombrables
bandes de jeunes qui, au son des crissements de pneus de leurs puissants pick-up, célèbrent
un futur de liberté. L'ancien parterre central est aujourd'hui labouré de cratères, profonds d'un
mètre et demi environ et brûlés aux bords, vestiges des grenades lancées par l'armée contre
les opposants au régime.

Le professeur d'économie Idriss al Charif est notre guide à travers ce qui fut pendant quelques
jours l'enfer de la Libye. Il est un des leaders de cette révolte inattendue et explosive, dont tôt
ou tard l'Histoire reconnaîtra les centaines de martyrs, hommes et de femmes auteurs de
gestes héroïques. Avant hier, les nouveaux maîtres de Benghazi l'ont appelé pour réorganiser
la télévision et la radio locale. En face de son nouveau bureau, une des casernes de police
récemment incendiée par les insurgés finit de se consumer.
A l'intérieur du commissariat, au milieu des décombres, quelques poutres exhalent encore de
la fumée. Nous pénétrons dans une petite pièce sans fenêtre, en son centre trône un fauteuil
de dentiste. "Voyez, c'est ici que s'asseyait le malheureux tombé entre les mains des sbires de
Kadhafi qui voulait lui faire avouer quelque chose", explique le professeur, avant de se
pencher pour ramasser un objet métallique. "Voilà, quand un opposant refusait de parler, ces
tenailles servaient à lui couper les doigts, le nez, les oreilles et les parties génitales. Ici et dans
d'autres endroits nous avons retrouvé un arsenal de torture complet, digne de l'Inquisition".

Le professeur accepte de nous conduire à l'hôpital où la semaine dernière, dans le seul


département d'orthopédie, plus de 200 opérations ont été effectuées pour réparer les os brisés
par les balles ou les éclats de grenades. "Les réserves d'anesthésiants ont très vite été épuisées
et les chirurgiens ont souvent dû faire sans", raconte Idriss. Chaque chambre est bondée
d'hommes, mais aussi d'enfants, blessés au cours des affrontements, membres plâtrés ou têtes
bandées. A la vue du professeur, tous, même les plus souffrants, s'efforcent de se redresser
pour saluer, dessinant des doigts le "V" de la victoire. Il est quatre heures de l'après-midi, et
la ville commence à se remplir de voitures qui klaxonnent, d'hommes en armes souriants, de
familles en habits de fête.

Sur les blindés abandonnés au milieu des rues, on se photographie pour immortaliser la joie
du triomphe. Le service d'ordre est aux mains de très jeunes gens, aussi jeunes que ceux que
nous avons croisés aux innombrables barrages dressés sur la route qui relie Benghazi à la
frontière orientale. Peut-être quelqu'un baptisera-t-il cette révolution la "Révolution des
Adolescents" ? Des rafales de kalashinkov tirées en l'air s'échappent de quelques voitures en
signe d'allégresse.

Dans le trafic convulsif qui peu à peu s'installe, au milieu des rangées de voitures, émergent
des figures brandissant une pancarte, un dessin satirique, ou une marionnette du Colonel la
corde au cou. "Les gens se rendent finalement compte qu'ils ont vaincu, qu'ils se sont
débarrassés pour toujours de ce boucher de Kadhafi qui les a terrorisés pendant plus de
quarante ans". Un cortège exclusivement féminin défile, même s'il est entouré d'un cordon de
gardes du corps formé par les époux, les fils et les fiancés. Les pasionarias de Benghazi sont
environ 300 et réclament, elles aussi, la tête du Colonel.

Que va-t-il se passer maintenant ? Qui comblera le vide du pouvoir laissé par les pontes du
régime ? "Mais quel vide ? Nous avons déjà mis en place un conseil des sages, ou un
directoire si vous préférez, chargé de l'administration de la ville, des transports, de
l'électricité, de l'approvisionnement en pétrole et ainsi de suite. Il compte des magistrats, des
médecins, des hommes politiques, des professeurs d'université, mais aussi des militaires qui
ont refusé de tirer sur les manifestants", explique le professeur. De retour dans son bureau,
l'ordinateur est allumé et nous lui demandons s'il a réussi à se connecter à internet. "Non, c'est
l'ultime cadeau du Colonel : interrompre le réseau dans tout le pays. Vous voulez connaître le
dernier message que nous avons reçu sur notre boîte mail avant la coupure ? Une pathétique
lettre de Kadhafi pour nous informer qu'il offrait à chaque citoyen libyen un billet de 10
dinars [5,76 euros]. Qu'espérait-il donc acheter avec cette aumône ? C'est vrai, la liberté n'a
pas de prix, pas plus que la fin d'un cauchemar. Vous savez ce dont nous avons eu le plus
peur pendant des décennies, nous Libyens? De mourir pendu. Par une belle matinée de
Ramadan, peut-être. Ca arrivait souvent par ici".

Il fait déjà nuit quand nous retournons sur cette place qui, selon Idriss, sera rapidement
rebaptisée Place des Martyrs ou Place de la Libération. Autour de chaque trou, une vingtaine
de personnes est assise en silence. Sur la chaussée voisine des jeunes hommes enchaînent
chansons, slogans, et prières. Jusqu'à ce que leurs forces et leurs voix s'épuisent. "Ils ne
s'arrêteront plus", dit le professeur. "D'ailleurs, c'est la première fois de leur vie qu'il peuvent
exulter sans risquer de finir en prison ou pendus à une corde".



  
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Le président sortant de Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, le 4 février 2011 à Abidjan.

Est-ce l¶hallali pour le régime de Laurent Gbagbo avec la fermeture de certaines banques ?
La Banque centrale des Etats de l¶Afrique de l¶Ouest (BCEAO) vient de durcir sa position à
l¶égard des banques qui ne respecteraient pas ses directives en soutenant les activités
économiques et financières du gouvernement de Laurent Gbagbo. L¶objectif est clair : priver
Laurent Gbagbo et son régime de ressources financières. En l¶occurrence, la BCEAO met en
garde tout établissement financier et bancaire qui, d¶une façon ou d¶une autre, utiliserait le
système financier au profit du gouvernement Gbagbo. En clair, c¶est une sorte d¶embargo
financier qui ne dit pas son nom. Il s¶agit de priver l¶enfant de Mama [village natal de
Gbagbo] du nerf de la guerre afin de le contraindre à négocier son départ, si tant est que
l¶idée de quitter son palais présidentiel demeure toujours une option pour lui.

La question est de savoir comment les banques ivoiriennes, livrées au régime de Gbagbo,
vont appliquer une telle mesure. D¶autant que la représentation nationale de l¶institut
d¶émission de la zone monétaire est désormais sous le contrôle militaire du gouvernement de
Gbagbo. Que feront-elles si, contre leur gré, elles venaient à enfreindre la fatwa de la
BCEAO ? Les responsables de la BICICI, d'Access Bank et de Citibank, eux, n¶ont pas été
longs à réagir en fermant leur siège. Ils estiment ne plus être en mesure d¶assurer leurs
activités dans des conditions douteuses de sécurité juridique et comptable, et de sécurité
physique pour leurs employés. Les banques ivoiriennes sont sous pression d¶un côté comme
de l¶autre, et elles devront se déterminer le moment venu et en assumer toutes les
conséquences. Car il s¶agit bien de cela, depuis le début de la crise postélectorale en Côte
d¶Ivoire.

Les puristes ont vite fait de critiquer le mélange des genres entre le politique et l¶économique,
mais c¶est oublier qu¶en matière de relations internationales ces deux éléments sont les faces
d¶une même médaille. Les sanctions économiques sont de nature politique et, dans la
situation exceptionnelle de la Côte d¶Ivoire, c¶est un moindre mal, surtout que l¶Union
africaine et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ne
semblent pas très déterminées à avoir recours rapidement à cette "force légitime". En
attendant, l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a décidé de jouer sur
le terrain de prédilection de Laurent Gbagbo, qui est la tactique de l¶usure. Le clan Gbagbo a
longtemps surfé sur la menace du coup de force de la CEDEAO pour mobiliser ses partisans
à l¶intérieur comme à l¶extérieur du pays, avec plus ou moins de succès d¶ailleurs. Il a oublié
que ce qui a fait sa force pendant huit ans, la gestion sans partage des ressources et la
puissance économique de son pays, pouvait se révéler son point faible.

Son économie a beau être puissante, elle s¶écroulerait si ses échanges avec les pays membres
de l¶Union et avec l¶extérieur étaient réduits à leur plus simple expression. C¶est une leçon de
réalisme politique et d¶humilité que la communauté des Etats qui ont reconnu Alassane
Dramane Ouattara comme président élu de Côte d¶Ivoire tente de donner à Laurent Gbagbo et
à ses partisans. Comme un boa qui enserre sa proie, les sanctions économiques sont en train
d¶étouffer progressivement Gbagbo. L¶argent frais va se faire de plus en plus rare si les
banques ferment une à une, et l¶annonce de la reconduction de l¶interdiction d¶exporter le
cacao et le blocage de l¶exportation de la noix de cajou sont autant de mauvaises nouvelles
pour Gbagbo. Depuis l¶éclatement de la crise, en 2002, la stratégie du clan Gbagbo a toujours
été de jouer la montre. Tant qu¶il avait le pays réel, c¶est-à-dire la Côte d¶Ivoire utile, le
temps jouait en sa faveur. Il gardait son fauteuil et gérait une économie de guerre plus ou
moins prospère pour lui et ses partisans. Cette unité et cette cohésion vont-elles résister à
l¶assèchement des finances du régime ?

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© Dessin d¶Alú paru dans Fengce yu Youmo, Pékin.

En haut : Les prix. En bas : Le salaire.

Plus encore que la flambée de l¶immobilier, le niveau élevé des prix des marchandises
constitue une menace pour la qualité de vie des gens ordinaires. Dans les 4,4 % de hausse de
l¶indice des prix à la consommation d¶octobre dernier, l¶augmentation des prix des denrées
alimentaires intervient pour 74 %. La nourriture étant à la base de tout, on ne peut négliger
une telle inflation, et le contrôle des prix agricoles est devenu une urgence pour le
gouvernement. Celui-ci a demandé, dans une circulaire datée du 20 novembre, que les
administrations locales prennent sans attendre seize mesures de surveillance et de contrôle
des prix, afin de garantir des conditions de vie correctes à leurs concitoyens.

Ces seize mesures prévoient notamment de développer largement la production agricole, de


réduire le coût de distribution des produits transformés, de garantir l¶offre en engrais
chimiques, d¶accorder des subventions temporaires et d¶instaurer des mécanismes
d¶indexation des minima sociaux sur les prix. Le 17 novembre, le gouvernement avait déjà
approuvé quatre dispositions incluant la possibilité de     

    
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      "!

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Mais il ne s¶agit que de mesures extraordinaires, qui ont une efficacité certes réelle mais très
limitée, et des effets secondaires avérés, comme le prouvent les différentes tentatives de
régulation du marché immobilier de ces dernières années, qui n¶ont fait que favoriser
l¶inflation.           &   " a reconnu dernièrement
le Premier ministre Wen Jiabao, qui a ajouté :     
    
   
  $  
!"

Une intervention sur les prix a un effet secondaire assez net : comme elle va à l¶encontre des
lois économiques, elle introduit une distorsion dans les règles d¶établissement de la valeur et
dans les mécanismes d¶ajustement du marché, lequel perd en partie sa capacité
d¶autorégulation. Dès lors, chaque intervention sur les prix préfigure un rebond des prix.
Dans le cas des produits agricoles, les principaux facteurs d¶inflation actuellement sont, outre
les mauvaises conditions météorologiques, le niveau trop bas des cours et la hausse des coûts
de revient, qui n¶incitent pas les agriculteurs à procéder à de nouvelles plantations. Seuls des
prix élevés pourraient les pousser à produire davantage. Or, aujourd¶hui, il faut à la fois
développer la production agricole et stabiliser les prix et l¶offre des produits issus d¶activités
rurales, ce qui est incompatible du point de vue des mécanismes internes. De ce fait,
l¶encadrement des prix risque de continuer d¶étouffer l¶ardeur à produire des agriculteurs,
semant ainsi les germes d¶une nouvelle poussée inflationniste.

Durant les soixante et une années d¶existence de la république populaire de Chine, la


population a vécu plus de la moitié du temps quasiment sans bas de laine. Au cours des trente
premières années, la plupart des gens n¶avaient pas d¶argent ni de céréales à mettre de côté.
L¶année 1978 a marqué le lancement de réformes et l¶ouverture du pays, avec une mutation
vers l¶économie de marché. Mais c¶est seulement à partir de 1998, avec la privatisation des
logements urbains, que les Chinois sont véritablement entrés dans ³l¶ère de la richesse´. Dans
ce contexte historique, des prix bas sont devenus une revendication quasi instinctive des
Chinois, revendication qu¶aucun gouvernement n¶a pu se permettre de négliger.

Par ailleurs, les intellectuels chinois manquent de connaissances dans ce domaine : ce sont
des idéalistes littéraires auxquels les bases scientifiques et la capacité de raisonnement
logique font défaut. De plus, ils manquent du discernement et de l¶audace que procure une
réflexion indépendante. Quand ils ne s¶appuient pas sur des groupes d¶hommes influents (au
pouvoir ou non), ils dépendent de la population, dont ils flattent les penchants nationalistes.
C¶est la raison pour laquelle, à chaque poussée inflationniste, la plupart des intellectuels
exhortent le gouvernement à la combattre.

Bien souvent, les autorités recourent à des moyens administratifs pour intervenir sur le
marché et sur les prix, entraînant une hausse démesurée des risques. Faute d¶être fixées sur
l¶augmentation de leurs facteurs de production, les entreprises voient leurs prévisions sur le
marché et sur l¶emploi réduites à néant. Le prix du capital humain ne peut donc jamais être
relevé de façon adéquate. Par ailleurs, l¶idée arriérée selon laquelle ³une main-d¶œuvre à bas
coût est un avantage´ a longtemps dominé, ce qui a forcé la Chine à entrer dans le cercle
vicieux d¶un système de ³bas salaires, faibles avantages sociaux, prix bas´.

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Si la Chine n¶est pas développée, c¶est d¶abord parce que sa manière de penser ne l¶est pas !
Elle s¶est toujours efforcée de maintenir les prix à un bas niveau sans chercher à augmenter
les salaires et les avantages sociaux. Résultat : une instabilité des prix, aucune revalorisation
des salaires et prestations sociales, et une perte de compétitivité et du droit d¶imposer ses prix
à l¶économie mondiale. Le principal fautif est ³l¶avantage d¶une main-d¶œuvre bon marché´.
Il s¶agit là d¶une conception des valeurs et d¶une méthodologie des plus arriérées, car fondées
sur la monnaie et non sur les biens matériels et les richesses, qui ne prend pas du tout en
compte la composante fondamentale qu¶est l¶être humain.

Le gouvernement ne doit pas contrôler les prix à tout bout de champ ; il faut qu¶il rende au
marché ce qui lui revient. Il doit retrouver son juste rôle de garant de la revalorisation des
salaires et des prestations sociales de la majorité. Il lui faut donc procéder à une hausse
générale des salaires de base, y compris ceux des simples fonctionnaires ; améliorer le niveau
et l¶équité de la couverture sociale pour tous les citoyens afin que ceux-ci bénéficient de la
³force de soutien de l¶Etat´ face aux risques économiques ; et adopter des mesures d¶aide
provisoire pour les bas et moyens revenus, comme l¶a déjà fait Hong Kong.

Dans l¶intérêt à long terme de la Chine et des Chinois, nous devons quitter l¶ancienne voie de
développement pour rejoindre les rails empruntés par le reste du monde et suivre une voie de
développement fondée sur des hauts salaires, une bonne protection sociale et des prix élevés.
Le contrôle des prix ne doit être qu¶une mesure transitoire, un passage obligé, tant que ces
trois conditions de base ne seront pas remplies, mais il ne doit pas être considéré comme la
bonne direction, ce qui empêcherait de réfléchir à une réforme pour un nouveau système plus
juste et plus rationnel.


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© DR

Mark Zuckerberg, le fondateur Facebook

Depuis quelque temps, Facebook fait beaucoup parler de lui. L¶histoire de la création du site
a fait l¶objet d¶un film [2    #' , de David Fincher, sorti en 2010], qui pourrait,
dit-on, décrocher un oscar. Son fondateur, Mark Zuckerberg, a été désigné personnalité de
l¶année 2010 par le magazine américain Time. Et aujourd¶hui, grâce à un apport de
500 millions de dollars [plus de 380 millions d¶euros] de la banque Goldman Sachs et de la
société russe Digital Sky Technologies, le réseau social vaudrait la bagatelle de 50 milliards
de dollars. Vraiment ?

Si cette estimation est juste, Facebook pèserait plus que Yahoo!, eBay ou Time Warner, et se
rapprocherait de géants du web comme Amazon et Google. Sur quoi repose au juste cette
évaluation ? Certains experts des médias comparent Facebook à Disney, estimé à quelque
70 milliards de dollars. Mais Disney détient des biens réels, tangibles, sur lesquels asseoir sa
valeur : parcs, hôtels, bateaux de croisière, icônes avec lesquelles estampiller une ribambelle
de produits dérivés, des tee-shirts jusqu¶à la vaisselle, ainsi qu¶une impressionnante
collection de films d¶animation classiques. Facebook, lui, possède un réseau virtuel, lequel,
selon 2, relie entre eux un douzième des habitants de la planète. Cela étant, comme le
souligne 2  (  )
, Facebook doit s¶acquitter de colossaux frais
d¶infrastructure (700 millions de dollars annuels, par exemple, pour faire fonctionner ses
deux centres de traitement et de stockage des données), et ses résultats n¶ont encore jamais
été publiés. Alors, quand un investisseur achète une fraction de Facebook, qu¶obtient-il
exactement ?

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L¶explosion fulgurante de la valeur des réseaux sociaux en ligne comme Facebook et Twitter
évoque étrangement l¶envol, il y a quinze ans, des entreprises en ligne à l¶origine de la ³bulle
Internet´. Des visionnaires avaient alors perçu le potentiel du web ± sa capacité à devenir ce
qu¶il est aujourd¶hui. Les sociétés virtuelles s¶étaient multipliées et poussaient comme des
champignons au fur et à mesure que les investisseurs y versaient des flots d¶argent.

Certaines, comme Google et Amazon, ont su développer une présence en ligne stable et une
valeur financière solide. Mais beaucoup ± dont GeoCities, Freeinternet.com et theGlobe.com
± ont vite vu leur valeur dégringoler lorsqu¶il est apparu que leur croissance galopante
n¶engendrait pas de profits. Les investisseurs qui vendirent leurs actions Internet avant
l¶explosion de la bulle firent fortune, tandis que les autres y laissèrent leur chemise. Alors,
combien vaut réellement le réseau d¶utilisateurs de Facebook ? Le potentiel est clair.

Lorsque autant de personnes se rassemblent dans un espace (virtuel) en fournissant une telle
quantité d¶informations personnelles, elles créent une plate-forme de publicité ciblée sans
précédent. Du moins le feraient-elles si elles étaient sur ce site pour faire des achats. Quand
eBay et Amazon suggèrent des produits à leurs clients, c¶est que ces derniers ont déjà fait
preuve d¶intérêt pour des produits similaires. Or les gens vont sur Facebook pour de multiples
raisons : pour retrouver de vieux amis, partager des photos, faire de nouvelles rencontres et
parler d¶eux-mêmes, parfois sans fin. Apprécieront-ils que leurs conversations virtuelles
soient interrompues par de la publicité, ciblée ou non ? Rien n¶est moins sûr. Les plaintes qui
s¶élèvent dans de nombreux pays à propos du défaut de protection de la vie privée sur
Facebook s¶inscrivent dans un mouvement d¶inquiétude plus général suscité par l¶utilisation
des données personnelles en ligne. En décembre, la Federal Trade Commission [agence
américaine notamment chargée de faire appliquer le droit de la consommation] a proposé un
cadre qui, entre autres, permettrait aux utilisateurs de Facebook d¶empêcher les publicitaires
d¶accéder aux informations relatives à leurs centres d¶intérêt. Si ce dispositif est mis en place
et s¶il est largement utilisé par les abonnés de Facebook, cela pourrait sérieusement écorner la
valeur du site comme plate-forme de marketing ciblé.

L¶investissement massif de Goldman Sachs dans Facebook a produit quelques effets


intéressants. En premier lieu, il permet à Facebook de repousser son introduction en Bourse.
Ce qui signifie que, pour l¶instant du moins, l¶entreprise n¶est pas contrainte de publier des
informations financières. Ensuite, Goldman Sachs est désormais dans une position idéale
pour mener à bien cette introduction quand elle se produira, peut-être au cours de l¶année
2012.

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On peut toutefois se demander si la capacité de Facebook à générer des profits n¶est pas plus
virtuelle que réelle. L¶investissement de Goldman Sachs a sans nul doute renforcé la valeur
apparente de la société. Au demeurant, les investisseurs du site, y compris ses employés,
finiront un jour par vouloir se retirer pour prendre leurs bénéfices. Mais, s¶il s¶avère que
Facebook n¶est pas à la hauteur des attentes et n¶engendre pas suffisamment de revenus
publicitaires, les professionnels du capital-risque, qui, eux, investissent à long terme,
pourraient y laisser des plumes.

On peut espérer que Goldman Sachs a mieux à faire que de gonfler la valeur apparente de
Facebook dans le but de dégager des profits rapides pour ses clients. Cela étant, les
investisseurs devraient se souvenir qu¶en 2010 la banque d¶affaires a été poursuivie pour une
gigantesque fraude par la Securities and Exchange Commission [l¶organisme de contrôle des
marchés financiers]. La banque a payé 550 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites,
admettant que la documentation commerciale relative au produit financier mis en cause était
³incomplète´.

Goldman Sachs serait en train d¶apporter la touche finale à un rapport sur sa déontologie et
ses pratiques commerciales qui devrait être publié avant la fin du mois de janvier. Les
investisseurs potentiels de Facebook auront peut-être envie de lire ce document avant de
placer leurs capitaux réels dans une entreprise virtuelle. Car, comme l¶a montré la bulle
Internet, les profits potentiels ne se matérialisent pas toujours.