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Masse

En physique, la masse est une grandeur physique


positive intrinsèque d'un corps. En physique Masse
newtonienne, c'est une grandeur extensive, c'est-à-dire
que la masse d'un corps formé de parties est la somme
des masses de ces parties. Elle est conservative, c'est-à-
dire qu'elle reste constante pour un système isolé
n'échangeant pas de matière avec son environnement.
Dans le cadre du modèle standard de la physique des
particules, la masse des particules résulte de leur
interaction avec le champ de Higgs.

La masse se manifeste à travers deux propriétés


fondamentales : Unités SI kilogramme (kg)
Dimension M
en mécanique statique, c'est tout d'abord et Nature Grandeur scalaire
historiquement une grandeur
conservative extensive
immédiatement accessible à la mesure, à
travers la pesée, qui permet de comparer la Symbole usuel m ou M
masse d'une certaine quantité de matière à
une masse étalon. C'est ce que l'on appelle Lien à d'autres =
la « masse pesante ». La masse est ainsi
grandeurs =
directement liée à la quantité de matière
que contient un corps ; = /
en mécanique dynamique, cette grandeur
intervient directement dans le principe
fondamental de la dynamique, comme
exprimant la « résistance de la matière au
changement de vitesse » : plus la masse du corps est importante, plus la force pour changer
la direction ou la grandeur de sa vitesse doit être importante. C'est ce que l'on appelle la
« masse inerte ». Cet aspect de la masse joue un rôle essentiel dans toutes les branches de
la dynamique. C'est donc une notion présente dans de nombreuses relations de la physique
classique et dans les calculs qui en découlent ;
on constate une proportionnalité stricte entre masse inerte et masse pesante,
indépendamment de la nature du matériau, ce qui permet de prendre la même unité pour les
deux (et donc de les déclarer égales). Cette équivalence des deux notions a été érigée en un
principe d'équivalence.

L'unité de masse est le kilogramme dans le Système international d'unités (SI).

La masse est facilement confondue avec le poids, qui, dans le vocabulaire de la physique, est la force exercée
par la gravité sur un corps pesant.
Sommaire
Grandeur physique
Mesure
Caractéristiques classiques
Unité de masse
Masse et poids
Évolution historique du concept de masse
Conception traditionnelle
Mécanique galiléenne
Mécanique newtonienne
Chimie et quantité de matière
Relativité restreinte
Relativité générale
Mécanique quantique
Boson de Higgs
Identité de la masse inerte et de la masse grave
Masse grave et masse inerte
Charge d'un champ gravitationnel
Détermination expérimentale de la proportionnalité
Principe d'équivalence
Dimensionnalités distinctes
Masse et physique théorique
Définition de Mach
Masses négatives
Tachyons et masses imaginaires
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes
Liens externes

Grandeur physique

Mesure

Le moyen le plus commun de mesurer une masse est de la comparer à d'autres à l'aide d'une balance. En fait
une balance compare des poids, le poids étant le produit de la masse par l'accélération de la pesanteur, dans un
contexte où cette accélération peut être considérée comme constante. La mesure des masses se faisant
usuellement au sein d'un fluide (l'air), en toute rigueur il faut aussi tenir compte de la poussée d'Archimède, qui
est proportionnelle au volume et n'est donc pas la même pour deux
corps de même masse mais de densités différentes. La correction est
prise en compte pour les mesures très précises.

Avec l'émergence de la mécanique céleste au XVIIe siècle, il est devenu


courant de mesurer les masses relatives des corps célestes. La masse
n'est plus alors directement mesurée, mais calculée, à travers l'effet
qu'elle exerce sur la trajectoire des autres corps. Cette masse, qui est
statiquement à l'origine de la force de gravitation, est toujours une
« masse pesante ». On peut de même estimer une masse par la
perturbation du champ de gravité qu'elle induit. Cette mesure par
gravimétrie n'est utilisable que pour les objets extrêmement lourds, et
est utilisée en géologie pour estimer la taille d'une formation rocheuse,
ainsi qu'en archéologie.

Mais par ailleurs, la cinématique a permis d'étudier les transferts de


quantité de mouvement dus à des forces et se traduisant par des
variations de vitesse. De même, avec la physique des particules du
e Forme élémentaire de la balance.
XX siècle, la masse d'une particule chargée est calculée à partir de
l'accélération qu'elle subit dans un champ électrique, ou de la courbure
de sa trajectoire dans un champ magnétique. Cette masse qui apparaît
en cinématique traduit la résistance de la matière à des changements de vitesse, et est la « masse inerte ». Il
s'agit toujours d'une masse calculée à travers d'autres grandeurs physiques mesurées.

Au quotidien, la masse inerte en tant que « résistance de la matière aux variations de mouvement » se perçoit
facilement à travers l'effet de forces continues, lorsque par exemple on souffle avec une paille sur une balle de
tennis (de l'ordre de 57 g) et sur une boule de pétanque (de l'ordre de 800 g) : la force exercée dans les deux
cas est sensiblement la même, mais il est beaucoup plus difficile de mettre en mouvement la boule de pétanque,
car sa masse est beaucoup plus importante. De même, cette résistance se perçoit facilement à travers l'effet des
chocs : un footballeur tapant dans un ballon de football (de l'ordre de 430 g) lui donne facilement une
impulsion qui le fait partir à grande vitesse, sans que la quantité de mouvement de sa jambe n'ait sensiblement
varié ; le même exercice sur un boulet de canon de même taille (dont la masse est d'une soixantaine de
kilogrammes) n'ébranlera guère le boulet, mais arrêtera net la jambe (et très probablement, fracassera le pied).

Caractéristiques classiques

La mécanique classique a dégagé un certain nombre de propriétés de la masse :

1. Additivité : la masse d'un corps est la somme des masses de ses parties ;
2. Mesure invariante : La masse d'un corps ne dépend pas du référentiel à travers lequel le corps
est considéré ;
3. Inertie : la masse se manifeste par la résistance qu'un corps offre à toute force provoquant une
variation, en grandeur ou en direction, de sa vitesse. L'accélération subie a lieu dans la
direction de cette force extérieure, et est inversement proportionnelle à la masse ;
4. Pesanteur : deux corps massifs s'attirent en proportion de chacune de leur masse, suivant une
force dirigée l'un vers l'autre le long de la ligne joignant leur centre de gravité, et en proportion
inverse du carré de la distance qui les sépare. En particulier, l'attraction exercée par la Terre
sur un corps est son poids ;
5. Conservation : la masse d'un corps est conservée à travers tous les processus physiques ou
chimiques auquel il est soumis.
Toutefois, la physique moderne montre que ces propriétés ne sont vérifiées que dans les conditions de
l'expérience courante ; mais peuvent ne plus l'être en physique quantique ou en mécanique relativiste.

La masse est à la racine de deux grandeurs conservatoires fondamentales en mécanique :

la quantité de mouvement, grandeur vectorielle multipliant la masse par le vecteur vitesse ;


l'énergie cinétique, grandeur scalaire proportionnelle à la masse et au carré de sa vitesse.

Ces deux lois de conservation sont fondamentales tant en physique newtonienne qu'en physique moderne. Sur
cette base, il est possible de proposer une nouvelle définition de la masse, qui permet de rendre compte des
cinq propriétés ci-dessus sans en présupposer aucune ; en particulier sans avoir à recourir à la notion de force,
critiquée au XIXe siècle par des physiciens comme Ernst Mach, Gustav Kirchhoff, Heinrich Hertz parmi
d'autres.

Unité de masse

Chaque culture a eu ses unités de masse, et des unités différentes


étaient souvent utilisées pour des produits différents. Dans les
anciennes unités de mesure françaises on peut relever les poids de
marc, dont le quintal reste d'usage courant. Les unités de mesure
anglo-saxonnes sont beaucoup plus variées, et la livre y reste d'usage
courant. Il faut se rappeler que la livre, en France, n'avait pas la même
valeur sur tout le territoire : la provençale, la parisienne ou encore la
bretonne n'avaient pas tout à fait la même valeur et aujourd'hui encore,
la livre tout comme le gallon n'ont pas la même valeur aux États-Unis
Série de poids d’apothicaire. Chaque
et au Royaume-Uni. Beaucoup de marchandises se vendaient au
poids pèse la moitié de son
volume, par boisseaux ou encore par barils, soit 18 boisseaux
précédent.
(235 litres) — différent du baril pétrolier qui ne fait que 158,98 litres.
1
L'unité SI de masse est le kilogramme (kg) et non pas le gramme (g).
On utilise également la tonne (t), égale à 1 000 kg.

Dans l'Union européenne, de nombreuses masses (et volumes) sur les produits de consommation sont
indiquées en quantité estimée. Ils sont marqués comme tels, du symbole « ℮ » (U+202E), semblable à un e
minuscule stylé.

Dans le domaine scientifique, on utilise l'unité de masse atomique. Du fait de l'équivalence masse-énergie
révélée par la fameuse formule E=mc2, les physiciens spécialistes des particules utilisent la même unité de
mesure pour la masse et l'énergie, en général un multiple d'électron-volt/c², ce qui est rendu indispensable par
l'observation quotidienne, dans les accélérateurs de particules, de la transformation de l'énergie en ses
différentes formes : masse, énergie cinétique, énergie de liaison, lumière.

Masse et poids

On peut aussi estimer indirectement la masse à partir du poids, c'est-à-dire que l'on mesure la force qu'exerce
l'objet à peser ; le dispositif est en fait un dynamomètre. C'est le cas le plus courant des pèse-personne et des
balances électroniques. Cette méthode ne donne pas le même résultat de mesure sur la Terre et sur la Lune,
parce que le dynamomètre compare le poids à une force indépendante de la gravitation (celle du ressort), alors
que le poids, qui est la force de gravitation s'exerçant sur un corps donné, dépend du lieu, et sera différent sur
Terre et sur la Lune. Pour mesurer correctement la masse d'un corps à partir d'un dynamomètre, il faut donc
d'abord étalonner le dynamomètre avec une masse de référence.
Dans le langage courant, la masse est fréquemment confondue avec le
« poids ». La confusion est d'autant plus facile que la graduation du
peson est (incorrectement) donnée en kilogrammes, que c'est par une
« pesée » que l'on mesure la masse, que cette pesée est (de fait)
effectuée par une comparaison des poids, et que ce que les corps
« pèsent » est donc (correctement) exprimé en kilogrammes.

Dans le vocabulaire de la physique, le mot « poids » désigne


spécifiquement la force exercée par la gravité sur un corps pesant,
dont la valeur dépend de la pesanteur, et dont l'unité est le newton
(symbole N). On considère par exemple un objet de masse m
suspendu à un dynamomètre. La Terre exerce sur cet objet une force
, appelée poids de l'objet, qui est donnée par la loi universelle de la
Sur la Lune, la masse ne change
gravitation : en supposant la Terre parfaitement sphérique, le poids de
pas, mais le poids est six fois plus
l'objet est proportionnel à sa masse et inversement proportionnel au
faible.
carré de sa distance au centre de la Terre. Donc, suivant l'altitude son
poids est variable. Par exemple, à Paris, où g vaut 9,81 N/kg, une
masse de 10 kg a pour poids 98 N (même si l'on dit couramment, dans la vie quotidienne, qu'un objet pèse
10 kg) ; au sommet de l'Everest, son poids est légèrement plus faible.

L'accélération de la pesanteur étant sensiblement constante sur la


surface de la Terre, la mesure du poids rend compte de la masse pour
les besoins pratiques, même s'il existe de légères différences d'un lieu
a
à l'autre, de l'ordre du pour cent . Pour cette raison, une unité pratique
de poids a longtemps été le kilogramme-force, simplement défini
comme le poids du kilogramme. La distinction entre poids et masse a
conduit dans un souci de rigueur à remplacer dans l'affichage officiel
le « kilogramme-force » par le « décanewton », qui n'est que 2 % plus
élevé. Pour cette raison, les limites d'utilisation des engins de chantier
et des ponts roulants sont souvent affichées en kilodécanewtons
(kdaN), les opérateurs sachant qu'« en pratique » le kdaN correspond
à une tonne (ou pour le dire en toute rigueur : c'est à 2 % près le poids
d'une masse d'une tonne, dans des conditions normales de pesanteur).

À strictement parler, la masse se mesure avec une balance, tandis que


le poids se mesure avec un peson. La meilleure manière de percevoir
la différence est de se rappeler que la masse est une grandeur scalaire,
un nombre sans orientation, tandis que le poids est une grandeur Peson gradué en kilogrammes.
vectorielle, qui a une orientation vers le bas (et qui définit la verticale
en un lieu). L'autre manière de visualiser la différence est de se
remémorer la démarche embarrassée et flottante des astronautes sur la Lune : leur masse est la même que sur
Terre, et se manifeste toujours par la même résistance aux variations de vitesse ; mais leur poids est six fois plus
faible, à cause de la faible gravité lunaire.

Évolution historique du concept de masse


En sciences physiques, on peut distinguer de nombreux aspects à travers lesquels apparaît la notion de masse,
2
ou traduisant ce concept . À ce jour, l'expérience montre que tous ces aspects conduisent à des valeurs
identiques, l'ensemble construisant progressivement ce qu'est le concept abstrait de « masse » en physique.

Conception traditionnelle
Depuis que le commerce existe, le « poids » d'un objet est ce qui
permet d'apprécier une « quantité de matière », principe à la base de
la vente par pesée : plus il y a de matière, et plus le prix à payer est
fort ; plus le poids d'or est grand, et plus grande est sa valeur.

C'est cette notion qui conduit historiquement au premier concept de


« masse », en tant que grandeur essentiellement additive (en termes
modernes, une grandeur extensive). Pour l'expérience quotidienne, le
champ gravitationnel terrestre est une donnée constante ; et il n'y a pas
de raison de distinguer entre le poids concret, accessible aux sens, et
Balance à plateaux de l'âge du
une masse abstraite qui en serait la cause.
bronze.
Pour la pensée scolastique, gouvernée par les enseignements
d'Aristote, le poids est une qualité intrinsèque de la matière, laquelle
est par nature attirée vers le bas parce que c'est son lieu de repos ; mais
3
c'est une propriété des seuls corps lourds susceptibles de chuter : l'air
n'a pas de poids et reste à son emplacement, de même que les nuages.
La loi empirique du mouvement est que tout corps tend vers son lieu
de repos naturel, soit en tombant quand il est en l'air, soit en s'arrêtant
progressivement quand il roule au sol : le mouvement résulte d'un
déséquilibre, et le rétablissement de cet équilibre entraîne l'absence de
mouvement. De plus, l'expérience courante montre que les objets
lourds comme une enclume tombent rapidement, tandis que les objets
plus légers, comme des plumes ou de la flanelle, tombent plus
lentement ; ce qui conforte l'idée informelle que la vitesse de chute est
qualitativement fonction du poids.

Nonobstant toutes sortes de transformations physiques et chimiques, la


conservation de la masse a longtemps été expérimentalement
observée, puis admise comme une grandeur fondamentale et
confondue avec « la quantité de matière » (Isaac Newton l'a définie Aristote est la référence de la
4
comme telle dans ses Principia Mathematica) . La nature physique aristotélicienne pour la
phénoménologique de la masse se confond dans cette approche avec philosophie médiévale.
celle du poids : c'est la qualité additive de la matière qui peut faire
l'objet de comparaisons par pesée. L'opération de pesée conduira à
terme à la notion de « masse pesante » (plus tard vue en mécanique newtonienne comme une « masse grave »
puis une « masse gravitationnelle passive »), qui se mesure à travers la force appliquée à un objet lorsqu'il est
passivement plongé dans un champ gravitationnel. Le rapport de cette « masse pesante » à celle d'une masse
étalon peut être déterminé lors d'opérations de pesées classiques, parce que dans l'histoire de l'humanité, cette
pesée est toujours effectuée dans le champ gravitationnel terrestre.

Mécanique galiléenne

Avec la physique galiléenne, au début du XVIIe siècle, l'étude de la chute des corps et les premières études de
dynamique permettent de dégager ce qui deviendra la notion de « masse inerte », qui est la mesure de la
3
résistance interne d'un objet à un changement de mouvement lorsqu'une force lui est appliqué.

La révolution introduite par Galilée est celle de la mesure des lois du mouvement. En pratique, dans ces
premières expériences, la force en question est celle de la pesanteur, ou une fraction de celle-ci dans les
expériences sur plan incliné ; et le mouvement étudié est celui d'un pendule ou d'un corps en chute libre.
Expérimentalement, et contrairement à l'intuition de l'époque, la loi du mouvement ne dépend pas du poids
— qui est pourtant de toute évidence la force à laquelle l'objet est soumis — et ne dépend pas non plus de la
nature du corps ou de sa densité. Cette indépendance surprenante du
résultat par rapport au poids a priori générateur du mouvement
conduit à identifier dans la matière une qualité d'inertie, capacité du
corps à s'opposer à la variation de vitesse en créant ce qui semble être
une « force d'inertie » équilibrant l'effet du poids.

Par rapport à la vision scolastique, Galilée ne change donc pas


radicalement la nature phénoménologique de la masse / quantité de
matière, mais lui rajoute un caractère se manifestant dans les lois du
mouvement : celui de pouvoir engendrer une « force d'inertie ». Pour
Galilée, cette « force d'inertie », étant capable de rendre le mouvement
La vitesse ne dépend pas du poids.
indépendant du poids, se manifeste donc nécessairement de manière
proportionnelle à celui-ci.

Galilée étudie des situations où le frottement est négligeable, ce qui


condamne l'idée d'une tendance naturelle au repos. De toute évidence
il n'y a pas une telle force d'inertie sur un corps au repos. Mais par
ailleurs, cette « force d'inertie » se manifestant comme une opposition
à toute variation de vitesse, le déplacement dans un plan horizontal,
qui n'est pas influencé par le poids, doit donc également se faire sans
variation de vitesse : ce déplacement idéal à vitesse constante,
identifiée par Galilée, est celui d'un référentiel galiléen.

L'approche de Galilée était obscurcie par la confusion, traduisant les


conceptions de son époque, entre la masse et le poids, ce dernier était
compris comme une propriété (vectorielle) intrinsèque à la matière, et
conduisant à l'idée d'une force compensatrice émergeant à l'occasion
des variations de vitesse.
Galilée formalise l'inertie.
De nos jours, on dira plutôt que le poids est la manifestation d'une
qualité de « masse pesante », tandis que la force d'inertie manifeste de
son côté celle « masse inerte », l'une et l'autre propriétés scalaires intrinsèques de la matière, et que l'on trouve
expérimentalement en proportion constante — ce qui permet d'assimiler l'une à l'autre. En termes modernes,
l’expérience de Galilée est la première manifestation de l'identité entre masse inerte et masse pesante. Il y a
cependant une différence conceptuelle très importante entre ces deux, parce qu'elles diffèrent radicalement
dans leur manifestation. Conceptuellement, la « masse inerte » n'apparaît qu'en dynamique. Elle est définie en
appliquant une force à un objet, et en mesurant l'accélération qui en résulte : à force égale, l'accélération d'un
objet est inversement proportionnelle à la masse de cet objet.

Mécanique newtonienne

Avec la mécanique newtonienne, à la fin du XVIIe siècle, la logique causale ayant conduit à imaginer une
« force d'inertie » est inversée : dans la loi du mouvement il n'y a pas une « force d'inertie » découlant d'une
qualité d'inertie (scalaire), qui s'oppose à la variation de vitesse que tend à créer la « masse pesante » (comprise
comme vectorielle). L'approche analytique du calcul différentiel traite avant tout de position, de vitesse et
d'accélération, et sépare alors ces questions de toute préoccupation relative à la masse.

Celle ci étant introduite, il apparaît que d'une manière générale, il est nécessaire d'appliquer une « force » pour
créer une variation de vitesse en proportion de la quantité de matière, laquelle est alors mesurée par une
« masse inerte » mi (comprise comme scalaire) ainsi mise en mouvement. Autrement dit, le changement de la
quantité de mouvement d'un corps, provoqué par une force agissant sur lui, est proportionnel à cette force en

3
3
grandeur et direction ; ou inversement, une force est ce qui est
capable de produire une variation de la quantité de mouvement d'un
corps matériel. C'est le principe fondamental de la dynamique :

La nature phénoménologique de la masse inerte est donc de se


manifester par le rapport entre une force appliquée et une variation de
quantité de mouvement. Prise littéralement, cette définition que l'on
3
note à présent est cependant circulaire , dans la mesure
où la mesure d'une force suppose par ailleurs que la masse soit définie
d'une manière ou d'une autre. Ce n'est qu'avec Ernst Mach que la La satellisation est une chute sans
masse inerte recevra une définition phénoménologique rigoureuse, à fin qui rate en permanence sa cible.
travers le principe d'action et de réaction.

Il n'y a pas non plus une qualité de poids (vectoriel) intrinsèque à la


matière. L'approche newtonienne est que le poids (vectoriel) est
également une force, qui traduit l'attraction qu'exerce la Terre, laquelle
est proportionnelle à une certaine « masse grave » ; et seule cette
« masse grave » (également comprise comme un scalaire) est une
qualité intrinsèque à la matière, parce que la force, elle, doit dépendre
de la distance à la Terre (ce que montrent les lois de Kepler). Pour la
physique newtonienne, si les lois de la chute des corps sont les mêmes
que celles de la mécanique céleste, et si donc la Lune « tombe » en
permanence sur la Terre comme le ferait une pomme, c'est qu'il s'agit
d'un seul et même phénomène : l'attraction subie par la Lune — ce qui
mesure sa « masse pesante », mais dépend de sa distance — n'est
autre que sa réponse gravitationnelle à la présence de la Terre
(désignée dans ce contexte comme sa « masse grave », ou « masse
gravitationnelle passive »). Ce changement de perspective conduit
donc à identifier « masse grave » et « masse pesante ».

En séparant ainsi poids vectoriel et masse scalaire (qu'elle soit Isaac Newton fonde la notion de
inertielle ou gravitationnelle), c'est Newton qui est ainsi à l'origine du masse en dynamique.
3
concept moderne de masse scalaire . Par ailleurs, la force exercée par
la Terre sur une « masse grave » céleste est donc égale à celle
nécessaire à vaincre la résistance à l'accélération de sa « masse inerte », ce qui conduit à supposer que « masse
grave » et « masse inerte » sont de même nature, voire (dans la mesure où il n'y a pas de raison que les lois de
la gravitation dépendent de la nature des corps) qu'elles sont égales.

Formalisé ensuite dans le cadre général du potentiel newtonien, la « masse gravitationnelle passive » devient
une réinterprétation de la « masse pesante », qui prend sa source dans la loi universelle de la gravitation.

De son côté, la « masse gravitationnelle active » est la « charge massique » responsable du potentiel
gravitationnel créé par un corps, et dont on constate la présence en mécanique céleste : pour Newton, « tous les
corps ont en propre un pouvoir de gravité, proportionnel aux quantités de matière que chacun d'eux contient ».
Autrement dit, la nature phénoménologique d'une masse (pesante), sur le plan de la mécanique céleste, est sa
capacité à imposer une accélération centripète à son espace environnant ; cette capacité de « masse
gravitationnelle active » se traduit par le « paramètre gravitationnel standard » , qui donne
b
l'accélération gravitationnelle γ exercée par ce corps à une distance r :
, ou encore, sous forme vectorielle :

Par ailleurs, la distinction entre masses gravitationnelles active et passive n'a pas lieu d'être en mécanique
classique, puisque la « charge massique » est aussi bien à l'origine du potentiel (donc de la masse active) qu'à
l'origine de la force subie par une particule chargée qui y est placée (donc de la masse passive ou inertielle).
Une différence entre ces deux notions n'apparaît qu'en relativité générale, dans certains problèmes de
cosmologie.

Chimie et quantité de matière

Pour Newton encore, la masse représente


essentiellement une quantité de matière, qui est
définie par le produit d'un volume (caractéristique
géométrique) par une densité (propriété intrinsèque
3
dépendant de la nature du matériau considéré) . Un
siècle plus tard, à la fin du XVIIIe siècle, Antoine
Lavoisier découvre ensuite expérimentalement la loi
de conservation de la masse : « la masse totale d'un Premier tableau de Mendeleïev.
système fermé reste constante quelles que soient les
transformations physico-chimiques dont il peut être
le siège ». De ce fait, c'est bien la masse qui est une qualité intrinsèque et conservatoire de la matière, et non la
masse volumique.

Cette loi, qui se révéla approximative, confirmait la définition de la


masse et permit de s'en servir comme constante dans les
transformations chimiques (d'où la classification des éléments
chimiques en fonction de leur masse atomique dans le tableau de
Mendeleiev) et fut un élément de mesure permettant, entre autres, de
4
mettre en évidence l'existence des atomes . La notion de « quantité
de matière » s'en est progressivement dégagée pour les besoins de la
chimie. L'analyse précise des masses impliquées dans les
transformations chimiques conduira à la loi des proportions définies,
puis à la loi des proportions multiples, conduisant enfin à la notion
d'atome et de masse atomique. La nature phénoménologique de la
quantité de matière contenue dans un corps (chimiquement pur), qui
se manifeste par la pesée, est alors essentiellement le nombre d'atomes
(ou de molécules) impliqués, dont le nombre immense est appréhendé
par le nombre d'Avogadro ; et la masse de ce corps n'est autre que la
masse totale de ces atomes, agissant sur le plan pondéral par leur
Antoine Lavoisier montre le caractère
masse atomique.
conservatoire de la masse entendue
Le Système international d'unités, continuellement amélioré depuis le comme quantité de matière.
e
XX siècle, établit une distinction fondamentale entre la quantité de
matière, mesurée en moles, et la masse, mesurée en kilogrammes.

La quantité de matière peut être déterminée avec précision dans certains cas, en comptant le nombre d'atomes
d'un échantillon, obtenu par dépôt électrolytique ou par usinage d'ultra-haute précision d'un monocristal sans
défaut. Une mesure précise montre que la masse d'un tel échantillon est « presque » intégralement due au
nombre et à la nature des molécules qui le constitue. L'écart à cette valeur théorique est dû à l'énergie de liaison
qui assure la cohésion de l'ensemble, et qui contribue à un léger « déficit de masse » de l'échantillon par
rapport à la somme de ses constituants : c'est un effet abordé par la relativité restreinte.
Dans la vie de tous les jours, à notre échelle et lors de processus de basse énergie, on considère volontiers que
la masse est une grandeur additive : si l'on prend deux paquets de sucre de 1 kg, on obtient 2 kg de sucre.

Relativité restreinte

En relativité restreinte, cependant, la résistance d'un corps à une


variation de vitesse devient d'autant plus grande que cette vitesse se
rapproche de celle de la lumière : le principe fondamental de la
dynamique reste valable sous sa forme , mais la
« masse inerte » qui est définie ainsi ne peut plus être considérée
comme constante ; elle ne se limite pas à la « masse au repos » de la
matière, parce que l'énergie elle-même correspond à une masse
inertielle, suivant le principe d'équivalence entre masse et énergie.

La masse d'inertie relativiste est alors définie par rapport à la masse au La quantité de mouvement
repos et la vitesse , par : augmente plus rapidement que la
vitesse : la « masse inerte » n'est
pas fixe.

La masse au carré est l'invariant relativiste (la pseudo-norme) du


quadrivecteur impulsion ou quadri-moment, , ce qui
c
permet d'écrire la relation , où est la masse au
repos, E l'énergie totale du corps (énergie de masse + énergie
cinétique) et p sa quantité de mouvement. Aussi, dans cette optique, il
n'y a qu'une seule masse, la masse invariante, liée au quadri-vecteur Équation d'un manuscrit d'Einstein
d
énergie-impulsion . Dès lors, on peut considérer la masse comme une de 1912 sur la relativité restreinte.
forme d'énergie, appelée énergie de masse, et il apparaît que la notion
véritablement invariante au cours des transformations physiques n'est
pas la masse mais l'énergie qui se manifeste successivement sous différentes formes : sous forme de masse,
d'énergie cinétique, d'énergie de liaison entre particules.

La conséquence de la théorie est que toute énergie possède également une masse inerte ; et inversement, toute
masse au repos représente une énergie interne, susceptible d'être libérée. Dans les phénomènes usuels, les
échanges d'énergie sont suffisamment faibles pour que la masse puisse être considérée comme sensiblement
constante, mais ce n'est plus le cas pour la physique atomique et pour la cosmologie. La création de paires de
particules élémentaires, et la fusion nucléaire, sont des exemples où des quantités non négligeables de masse
sont converties en énergie, ou inversement. De même, la déviation gravitationnelle des rayons lumineux
montre que des photons, particules sans masse mais porteur d'énergie, ont un comportement similaire à celui
d'une masse gravitationnelle passive.

La relativité restreinte et la physique atomique révèlent que masse et quantité de matière sont deux quantités
e
qui ne sont pas exactement proportionnelles ; bien que pour une substance inerte donnée (le carbone par
exemple), la masse est directement proportionnelle à la quantité de matière, aux forces de liaison près : dix
grammes de carbone contiennent bel et bien dix fois plus de matière qu'un seul gramme de carbone. De ce fait,
la masse n'est pas réellement une quantité extensive et conservatoire, mais doit être appréhendée dans un
ensemble plus vaste. La relativité restreinte montre que la masse (inertielle) constitue une forme d'énergie du
corps qui, dès lors, n'est pas strictement conservée : par exemple, la dissipation d'énergie sous forme lumineuse
se traduit par une perte de masse qui n'est pas envisagée par la physique classique. La connaissance de la
constitution de la matière offre d'autres exemples de pertes de masse par l'utilisation de l'énergie sous forme de
liaisons atomiques.
L'énergie nucléaire, qu'elle provienne de la fusion ou de la fission,
résulte de la transformation d'une certaine quantité de masse en
énergie :

quand un noyau de deutérium et un noyau de tritium


fusionnent ensemble pour former un noyau d'hélium 4
(avec éjection d'un neutron), la masse finale est
inférieure à la masse initiale ; la différence, ou défaut de
masse, apparait sous forme d'énergie cinétique ;
il arrive parfois que de la matière s'annihile au cours
d'une transformation de masse en énergie. C'est le cas
par exemple lorsqu'un électron entre en collision avec un
positron : les deux particules disparaissent complètement
et toute leur masse se transforme en rayonnement
électromagnétique, sous forme de deux photons gamma
hautement énergétiques (511 keV). Le phénomène
inverse, la matérialisation de l'énergie par création de
paires, est également possible.
Dans la relativité générale d'Albert
Ce lien entre énergie et masse permet d'utiliser la même unité de Einstein, toute énergie est une forme
mesure pour la masse et l'énergie : une unité de mesure de l'énergie, de « masse grave ».
par exemple l'électron-volt est souvent utilisée pour exprimer la masse
des particules élémentaires. Les accélérateurs de particules permettent
de transformer physiquement de l'énergie en masse. Dans ce cadre,
exprimer la masse en électron-volt permet de voir plus facilement dans
quel régime d'énergie on se trouve et de savoir si l'on peut s'attendre à
l'apparition de nouvelles particules. Par exemple, quand on accélère
un électron jusqu'à 99,999 % de la vitesse de la lumière, on peut
considérer que sa masse devient environ 224 fois plus grande qu'au
repos. On peut alors affirmer que lors d'une collision d'un électron et
d'un positron accélérés à 99,999 % de la vitesse de la lumière, on peut
produire des muons, qui sont effectivement 206 fois plus massifs que
Un proton de 300 GeV crée 26
des électrons. particules chargées dans la chambre
à bulles de 76 cm du Fermilab.

Relativité générale

La relativité générale posera comme principe qu'il n'est pas possible


de distinguer une accélération reflétant un changement de vitesse
d'une accélération gravitationnelle, ce qui revient à poser que par
nature, la « masse inerte » est égale à la « masse grave ». La relativité
générale dérive entre autres du principe d'équivalence qu'Einstein
présente comme une « interprétation » de l'égalité de la masse inerte et
de la masse grave en termes de relativité du mouvement accéléré.

La courbure de l'espace-temps est une manifestation relativiste de La « masse inerte » est égale par
l'existence de la masse, et l'on peut considérer que la nature nature à la « masse grave ».
phénoménologique de la masse est sa capacité à courber l'espace-
temps. Dans la métrique de Schwarzschild, la présence d'une masse
se caractérise par la courbure qu'elle impose à l'espace, dont la déformation est donnée par le « rayon de
Schwarzschild », ou rayon gravitationnel (formule où le facteur est la masse linéique de Planck) :
Pour les masses usuelles, cependant, cette courbure est très faible et
difficilement mesurable ; c'est la raison pour laquelle elle n'a pas été
découverte avant d'être prédite par la théorie de la relativité générale.
À un facteur près, le rayon de Schwarzschild est lié au paramètre
gravitationnel standard, noté , égal au produit de la constante
gravitationnelle par la masse de l'objet correspondant. Là où le
paramètre gravitationnel standard traduit la capacité d'une masse à
imposer une accélération dans son environnement, le rayon de
Schwarzschild traduit la capacité d'une masse à courber l'espace,
parce qu'en relativité générale il n'y a pas de différence de nature entre
ces deux manières de se placer dans un repère non galiléen.

La masse grave n'a pas sa place en relativité restreinte car la


gravitation n'a pu y être incluse en respectant à la fois les principes
relativistes et les observations. Toutefois, pour l'élaboration d'une
gravitation relativiste, Einstein est parti du constat de l'égalité entre
masse grave et masse inerte pour en tirer une « interprétation » sous la
forme d'un nouveau principe : son « principe d'équivalence ». Ensuite, Albert Einstein montre que la nature
dans la théorie de la relativité générale, le rôle de la masse grave est essentielle de la masse est de
tenu par l'énergie du corps, exprimée sous la forme du tenseur courber l'espace-temps.
énergie-impulsion, prolongeant ainsi l'identité liant la masse inerte et
l'énergie établie en relativité restreinte.

Mécanique quantique

La masse des particules élémentaires (leptons et quarks) est une


propriété intrinsèque de ces particules (qu'elle soit due ou non au
boson de Higgs [réf. nécessaire]). Autrement dit, les particules
élémentaires ont chacune une masse bien définie. Mais si
macroscopiquement, la masse est associée à la matière, dans le détail
la « matière » n'est pas un concept aussi bien défini que celui de
« masse ». À l'échelle subatomique, non seulement les fermions (qui
sont les particules usuellement associées à la notion de « matière »)
ont une masse au repos, mais une masse au repos est également
associée à quelques bosons, qui sont les particules vecteurs de force et
qui servent de « colle » pour lier la matière. Un autre problème gênant Exemple de diagramme de
pour assimiler masse et matière est qu'une grande partie de la masse au Feynman.
repos de la matière ordinaire provient de l'équivalent en masse
d'énergies cinétiques, et de la contribution de particules qui n'ont pas
par elles-mêmes de masse au repos. L'un dans l'autre, il n'y a que 1 % de la masse de la matière ordinaire qui
peut être considéré comme provenant effectivement de la masse au repos de quarks fermioniques et d'électrons.

La masse, dans le cadre de la physique des hautes énergies, n'est pas une quantité extensive (additive). La
masse de trois quarks pris individuellement, n'est pas égale à la masse d'un baryon contenant ces mêmes types
de quarks : la masse du baryon résultant est égale à la somme des masses des trois quarks qui le constituent
moins l'équivalent masse de l'énergie de liaison par la relation d'Einstein. C'est ainsi que les protons et les
neutrons ont une masse (environ 940 MeV ) bien différente de la somme des masses des quarks qui les
composent (quark up et quark down) (d'environ 10 MeV ). Dans cet exemple, la grande différence de
masse indique que la force nucléaire entre les quarks est très grande : c'est l'interaction forte.

Sur le plan quantique, la masse se manifeste comme la différence entre la fréquence quantique d'une particule
et son nombre d'onde. La masse quantique d'un électron, la longueur d'onde de Compton, peut être déterminée
de diverses manières et est liée à la constante de Rydberg, le rayon de Bohr, et le rayon classique de l'électron.
La masse quantique d'objets plus grand peut être mesurée directement au moyen d'une balance du watt.

La physique quantique utilise l'équivalence masse-énergie pour


caractériser les particules virtuelles, responsables des interactions entre
particules.

En mécanique quantique, l'action observable ne peut varier que par un


nombre entier d'action élémentaire, la constante de Planck. Ce
principe de base conduit à de nombreuses conséquences étranges sur Cycle de vie d'une particule virtuelle.
les limites de l'observabilité, et au fait que les lois habituelles de la
physique classique ne sont plus respectées à l'échelle quantique. Il
existe en particulier une relation d'incertitude portant sur l'énergie d'une particule et la variable temps : la durée
nécessaire à la détection d'une particule d'énergie à près vérifie la relation :

Inversement, donc, une fluctuation d'énergie ne peut pas être détectée physiquement si elle apparaît et
disparaît en un intervalle de temps inférieur : le vide est constamment l'objet de fluctuations d'énergie
extrêmement brèves. Ces fluctuations peuvent se matérialiser par la création de paires de particules /
antiparticules, du moment que leur masse-énergie est inférieure à celle de la fluctuation, et que la paire
s’annihile dans un temps inférieur à :

De même, une particule virtuelle peut être émise par une particule et capturée par une autre, à condition que ce
soit fait suffisamment rapidement pour que la relation d'incertitude soit respectée. Ces particules virtuelles sont
ainsi responsables des interactions entre particules (réelles), et de la propagation des champs ; ceci d'autant plus
facilement que dans le monde étrange des particules virtuelles, la vitesse de la lumière n'est plus une limitation,
du moment que leur durée de vie est négligeable. Ce concept de particule virtuelle est primordial en théorie
quantique des champs.

En mécanique quantique relativiste, la masse est l'une des représentations irréductibles et unitaires d'énergie
positive du groupe de Poincaré.

Boson de Higgs

En particulier, le boson de Higgs, qui semble avoir été découvert le 4 juillet 2012 par l'expérience CMS et
ATLAS au CERN, est, dans la théorie du modèle standard, considéré comme responsable de l'acquisition de
masse par les particules.

En mécanique classique, la masse inerte apparaît dans l'équation d'Euler-Lagrange comme un paramètre m :
.

En remplaçant le vecteur x par une fonction d'onde pour quantifier


cette relation, ce paramètre m apparaît dans l'opérateur d'énergie
cinétique :

Dans la forme covariante (invariante par transformation relativiste) de


l'équation de Dirac, et en unités naturelles, l'équation devient : Modélisation d'une désintégration
possible pour un boson de Higgs.

Bref, la masse m apparaît à présent comme une constante associée au quantum que décrit la fonction d'onde ψ
associée à la particule.

Dans le modèle standard de la physique des particules élaboré à partir des années 1960, il a été proposé que ce
terme constant pouvait provenir du couplage entre le champ ψ et un champ additionnel Φ, le champ de Higgs
électrofaible. Dans le cas de fermions, le mécanisme de Higgs et al. conduit à remplacer dans le lagrangien le
terme mψ par un terme de la forme .

Avec cette transformation, l’explicandum de pourquoi une masse est constatée sur diverses particules
élémentaires se simplifie, la question étant alors celle de la valeur des couplages inconnus Gψ. Dans le modèle
standard, un couplage des particules élémentaires au champ de Higgs permet alors d'expliquer l'origine de la
masse de ces particules, une particule ayant fondamentalement une masse nulle par elle-même.

Du coup, le, ou les, boson(s) de Higgs serai(en)t responsable de la masse de toutes les particules élémentaires,
ainsi que de celle de certains bosons d'échange des interactions. Au niveau des particules élémentaires, la
masse des bosons de jauge de l'interaction faible (boson W et boson Z), est due au boson de Higgs, leur
donnant ainsi des propriétés différentes de celles du boson de l'électromagnétisme, le photon.

L'existence du boson de Higgs a été confirmée de manière expérimentale en 2012 grâce à l'utilisation du LHC
5
et a conduit à l'attribution d'un prix Nobel de physique en 2013 . Cette particule élémentaire constitue l'une
6
des clefs de voûte du modèle standard de la physique des particules .

Cette découverte probable d'un boson de Higgs massif est considérée comme une confirmation forte de la
théorie. Mais il y a de toute manière des arguments forts en faveur de la rupture de symétrie électrofaible telle
que décrite par le mécanisme de Higgs et al. ; et la non-existence d'un tel boson de Higgs ne conduirait qu'à
une description alternative (en) de ce mécanisme.

Identité de la masse inerte et de la masse grave

Masse grave et masse inerte

La masse d'un corps physique renvoie donc à deux natures phénoménologiques distinctes.
La masse grave (du latin gravis, lourd) est une propriété de la matière qui se manifeste par l'attraction
universelle des corps, et au quotidien, par leur poids. Concrètement, en présence d'un même champ de gravité
extérieur (celui de la Terre par exemple), la masse de 20 kg subira une force (le poids) deux fois plus élevée
que la masse de 10 kg ; par ailleurs, une masse de 20 kg crée autour d'elle un champ de gravité deux fois plus
intense qu'une masse de 10 kg. La masse grave (gravifique, gravitationnelle) d'un corps est définie par Isaac
Newton comme une mesure de la quantité de matière de ce corps, c'est la grandeur physique intervenant dans
le calcul de la force de gravitation créée ou subie par un corps : c'est ainsi qu'il l'a introduite dans la loi
universelle de la gravitation, et qu'elle a été utilisée jusqu'à la relativité générale. La force de gravitation est
donc proportionnelle à la quantité de matière. En physique classique, la masse grave est aussi supposée
extensive.

La masse inerte est une propriété de la matière qui se manifeste par l'inertie des corps. Concrètement, une
masse de 20 kg résiste deux fois plus à l'accélération qu'une masse de 10 kg. La masse inerte (inertielle) d'un
corps est la grandeur physique utilisée pour calculer la force nécessaire pour qu'un corps acquière une
accélération, en fonction de celle-ci. C'est la quantification de la résistance du corps aux accélérations.
Mathématiquement, cela s'exprime par l'égalité , où est l'accélération acquise et est la force
nécessaire à l'obtention de cette accélération. Isaac Newton a défini la masse inerte comme une autre mesure de
la quantité de matière, et a considéré que pour imprimer à une quantité de matière doublée une même
accélération, il fallait le double de force. En physique classique, la masse inerte est ainsi supposée extensive :
en mêlant deux corps, on obtient un troisième corps dont la masse est la somme des masses des deux corps
initiaux.

Charge d'un champ gravitationnel

Il n'y a aucune raison fondamentale imposant que masse inerte et


masse grave soient identiques, ce n'est qu'un fait empirique. À part le
fait d'être toutes les deux proportionnelles à la quantité de matière
(proportionnalité approximative, comme cela a été montré à partir du
début du XXe siècle), la masse grave et la masse inerte semblent a
priori n'avoir aucun lien entre elles, et constituer deux propriétés de la
matière tout à fait indépendantes l'une de l'autre. Mais inversement, et
bien que les deux soient conceptuellement distinctes, aucune
expérience n'a jamais pu mettre en évidence une quelconque
différence entre les deux. Forces induites par la loi de
Coulomb.
Le fait de désigner ces deux manifestations sous le même terme de
« masse » présuppose qu'il s'agit de la même grandeur physique, ce
qui est effectivement la conception usuelle, mais obscurcit le caractère extraordinaire de cette proportionnalité.
Pour mieux toucher du doigt cette différence, on peut discuter de deux qualités scalaires conservatoires et
extensives de la matière, l'« inertie » qui se manifeste en dynamique, et le « pondéral » qui se manifeste par
l'attraction gravitationnelle.

On peut en effet imaginer deux corps de natures différentes, ayant même inertie et des pondéraux différents. Le
pondéral (qui intervient dans la loi de la gravitation de Newton) est formellement l'analogue de la charge
électrique (qui intervient dans la loi de Coulomb) : le pondéral est en quelque sorte une charge gravitationnelle
de la matière. De même qu'une charge électrique est à l'origine d'un potentiel électrostatique, le pondéral est à
l'origine d'un potentiel gravitationnel. De même qu'une charge électrique placée dans un champ électrique subit
une force électrostatique , de même une charge pondérale placée dans un champ gravitationnel subit une
force de pesanteur . La particularité du pondéral est que contrairement à la charge électrique, ce scalaire
est toujours positif, et la force d'attraction entre deux « charges gravitationnelles » de même signe est toujours
positive.
Lorsqu'un corps subit une force électrostatique, du fait de sa charge
électrique, il y répond par une accélération en raison inverse de son
inertie ; mais il n'y a aucun rapport nécessaire entre cette inertie et sa
charge électrique. Pour quelle raison l'inertie serait-elle alors toujours
proportionnelle au pondéral, indépendamment de la nature des corps ?
Puisque la masse inerte n'a aucun lien avec la charge électrique, pour
quelle raison en aurait-elle un avec la masse grave ?

Détermination expérimentale de la
proportionnalité Orbite d'un électron chargé autour
d'un proton chargé.
L'équivalence entre masse inerte et masse grave est parfois appelé le
« principe d'équivalence galiléen », ou encore la version faible du
principe d'équivalence. La conséquence la plus directe de ce principe se rencontre en effet dans la loi de la
chute libre, dont l'étude par Galilée l'avait conduit à dégager la notion d'inertie, étude à l'occasion de laquelle il
avait pu constater que la loi de la chute était indépendante de la masse des corps et de leur nature. En termes
modernes, si une masse pesante est placée dans un champ gravitationnel , elle subit une force , et
y répond par une accélération , impliquant cette fois-ci sa masse inerte . Si l'expérience montre que la
loi du mouvement est la même pour tous les corps, indépendamment de leur nature, c'est donc que
l'accélération est la même pour tous, et donc :

b
Cette équation signifie que dire : « le rapport de la masse grave à la masse inerte est une constante » , est
équivalent à dire que : « ils tombent suivant la même loi dans un champ gravitationnel donné ». Ce constat
expérimental est effectivement ce qui permet d'énoncer une loi universelle de la gravitation.

Des expériences bien plus précises ont été réalisées par le baron
7
Loránd Eötvös , en 1889, à partir d'une balance de torsion. L'idée à la
base de son expérience est que le champ de pesanteur en un lieu sur
Terre est (au premier ordre) la somme de deux composantes : une
composante gravitationnelle, dépendant de la masse pesante et dirigée
vers le centre de la Terre, et une composante centrifuge, dépendant de
la masse inerte et dirigée perpendiculaire à son axe de rotation. Si
donc masse inerte et masse pesante ne sont pas toujours strictement
proportionnelles, la direction de la verticale doit être légèrement
différente pour deux corps de nature différente. Dans ce cas, une
balance de torsion dont le bras est orienté en est-ouest subira un Équilibre des forces dans
couple tendant à le tourner au contraire dans l'orientation nord-sud, cet l'expérience de Loránd Eötvös.
effet étant maximum aux latitudes de l'ordre de 45°. Avec cette Si les forces verticales sont
méthode, Eötvös a pu montrer l'égalité des deux masses à 10−9 près. équilibrées (à la balance) et que le
rapport entre masse inerte et masse
Une autre démonstration de cette égalité se fonde sur la remarque que grave n'est pas constant, alors les
la loi du mouvement des corps en orbite dépend à la fois du paramètre forces horizontales seront
gravitationnel standard et du rapport entre masse inerte et masse grave déséquilibrées, se manifestant par
b
du satellite . Le fait que tous les satellites autour de la Terre suivent le un couple sur la balance de torsion.
même mouvement démontre également l'égalité des deux masses ; de
même, une inégalité se traduirait par un couple tendant à faire tourner
les satellites hétérogènes, qui n'est pas non plus observé.
Même si ces deux grandeurs sont a priori conceptuellement distinctes, tous les résultats expérimentaux
indiquent donc qu'elles sont toujours directement proportionnelles entre elles, avec un même coefficient de
proportionnalité, pour toutes les matières expérimentées. À notre échelle, cette équivalence semble évidente, et
l'égalité est aujourd'hui démontrée expérimentalement à 10-15 près.

En outre, dans ce cas, il n'y a pas de raison de considérer que masse inerte et masse grave sont deux grandeurs
physiques indépendantes. Puisque le rapport entre elles est constant, c'est en fait la proportionnalité de ces
grandeurs qui est vérifiée, indépendamment de la nature du corps. Dès lors, il s'agit d'une grandeur physique
unique se manifestant par deux phénomènes différents, et un choix d'unité approprié permet de poser que
l'« inertie » est égale au « pondéral », c'est-à-dire que masse inerte et masse grave sont identiques. On se
permet dès lors de parler de la masse d'un corps : en choisissant la même unité de mesure pour les deux
masses, leur universelle proportionnalité (expérimentale) se traduit par leur égalité.

Principe d'équivalence

Ce fait d'expérience constitue le principe d'équivalence entre masse inerte et masse grave. Albert Einstein
l'admit tel quel, et en donna une interprétation en termes de relativité du mouvement. Ce fut une avancée
fondamentale vers la formulation des lois de la relativité générale. Albert Einstein développa la relativité
générale en partant du principe que la correspondance entre masse inertielle et masse gravitationnelle (passive)
n'était pas accidentelle, et que jamais aucune expérience ne pourrait détecter une quelconque différence entre
les deux (c'est la version faible du principe d'équivalence). Cependant, dans le modèle théorique qui en résulte,
la gravité n'est pas réellement une force, et ne répond pas au principe d'action et de réaction, si bien que
8
« l'égalité de la masse inerte et de la masse gravitationnelle active […] demeure aussi étrange que jamais » .

Certaines théories scientifiques, comme la théorie des cordes, prédisent que l'équivalence pourrait cesser d'être
vérifiée à des échelles beaucoup plus fines.

Dimensionnalités distinctes

Même si masse inerte et masse grave sont expérimentalement égales, il est parfois utile, dans des problèmes
d'analyse dimensionnelle, de faire comme si ces deux quantités pouvaient varier indépendamment et
correspondaient donc à des dimensions différentes.
b
Comme signalé par ailleurs , la constante de gravitation G peut être vue comme un facteur d'échelle entre
masse inertielle et masse grave ; on peut chercher comment un problème varie en fonction du rapport entre les
forces de gravité (qui se traduisent par des mesures pondérales statiques) et les forces d'inertie. De manière
imagée, cette analyse consiste à « faire varier la constante de gravitation » dans le problème. Plus
pragmatiquement, elle consiste à distinguer, dans les équations aux dimensions, entre masse inerte et masse
pesante.

Sur le plan des dimensions, la constante gravitationnelle est alors exprimée en . D'une manière
générale, les unités « pondérales » se traduisent alors par des dimensions en masse pesante, alors que les unités
« dynamiques » ou « énergétiques » se traduisent par de la masse inerte. L'analyse permet de proche en proche
de distinguer entre ces dimensions pondérales et inertielles :

la force donnée par est inertielle, exprimée en ;


l'énergie est donc également purement inertielle, en : ce sera également le cas
pour toutes les mesures thermiques, l'action, le couple, etc. ;
de même, toutes les unités déterminées par des forces, comme la contrainte, dépendront de
la masse inertielle ;
c'est également le cas de toutes les grandeurs déterminées par la quantité de mouvement,
comme le moment cinétique ;
toutes les unités électriques sont déterminées par la force que subit tel ou tel conducteur, et
les masses qui apparaissent dans ces unités sont donc également inertielles ;
en revanche, des unités qui impliquent des pesées, comme la concentration massique ou le
débit massique, sont bien des « masses pesantes ».

Masse et physique théorique

Définition de Mach

Dans l'histoire du concept de masse inerte, le chapitre le plus important


est celui de la reformulation due à Ernst Mach, qui visait à éliminer de la
définition les éléments qu'il qualifiait de « métaphysique » pour ne plus
reposer que sur des phénomènes observables. En effet, dans la
mécanique newtonienne, la force est définie par le produit de
l'accélération et de la masse inerte, mais cette dernière n'est elle-même
définie qu'à travers la force. La reformulation claire qu'il en donna est une
définition considérée à présent comme « classique ». C'est à partir de
cette définition que Albert Einstein a tenté de définir la masse dans sa
théorie de la relativité générale, mais à son grand regret, l'approche de
Mach ne peut pas se transposer en mécanique relativiste. L'approche de
Mach est fondée sur le principe d'action et réaction, en appliquant le
principe de proportionnalité entre accélérations pour définir le rapport
entre masses sans avoir à passer par les forces en présence.

On considère un système isolé, constitué de deux corps (ponctuels) Ernst Mach (1838-1916).
indicés « 1 » et « 2 », qui interagissent l'un sur l'autre. Quelle que soit la
force agissant entre les deux corps, on peut observer expérimentalement
f
que les accélérations subies par les deux corps sont toujours proportionnelles et dans un rapport constant de
l'un à l'autre :

Le point important est que ce rapport de proportionnalité est une constante qui ne dépend ni du temps, ni de
l'état initial du système. La constante de proportionnalité est donc une propriété physique intrinsèque qui ne
dépend que de ces deux corps ; et qui est modifiée lorsqu'on remplace l'un des deux corps par un troisième. On
peut également noter que par définition :

On introduit à présent un troisième corps « 3 », et on refait les trois expériences correspondantes sur les trois
couples possibles de masses ponctuelles (en supposant toujours le système isolé). On peut alors mesurer les
trois constantes , et . On constate expérimentalement que l'on a toujours ; ou autrement
dit, que les coefficients vérifient une relation de transitivité . Cependant, dans cette dernière forme,
on voit que le coefficient est donc le produit de deux termes, dont le premier terme ne dépend pas de la
nature du corps « 3 », et le second ne dépend pas de celle du corps « 1 ». On en déduit que chaque
coefficient s'exprime d'une manière générale comme le produit de
deux termes, chaque terme ne dépendant que de la nature d'un des
deux corps. On pose alors . Mais il faut que l'on ait de
même, pour tout couple de corps a et b, et à chaque instant :

Par conséquent, on peut réécrire la proportionnalité des accélérations


sous la forme suivante :

La quantité m ainsi définie (à un facteur constant près, qui correspond


au choix de l'unité de mesure) est appelée par définition « masse
Un massemètre permet de mesurer
inertielle » de ce corps.
la masse d'un cosmonaute en
apesanteur, par les accélérations
Il est donc possible de comparer la masse inertielle de deux corps, en
auxquelles il est soumis dans un
mesurant les accélérations auxquelles ils sont soumis du fait de leurs
système d'oscillateur harmonique.
interactions, sans avoir besoin de passer par les « forces » agissant sur
ces deux corps (du moins, à condition de pouvoir supposer que le
système est isolé, c'est-à-dire qu'il n'est pas soumis à des forces
extérieures). Le rapport entre les deux masses est alors donné par le rapport des accélérations :

Masses négatives

Que ce soit la « masse inerte » ou


la « masse pesante », la masse est
une grandeur physique qui apparaît
toujours positive dans l'expérience
courante. Cet état de fait empirique
n'exclut pas que l'on puisse
rencontrer un jour une masse
négative, et n'interdit donc pas d'en
explorer les propriétés sur le plan
de la physique théorique, à défaut
de pouvoir faire de la physique
expérimentale. Des scientifiques se
sont penchés sur la question car
Déformation de l'espace-temps par une masse positive et une masse
rien n'impose a priori que toute
négative.
masse devrait être positive. En
envisageant le concept de masse
négative, il est important de
considérer lequel des concepts de masse est négatif.
En physique théorique, une masse pesante négative est un concept hypothétique postulant l'existence de
masse de « charge » négative, tout comme il existe des charges électriques positives et négatives. Comme
rappelé ci-dessus, il n'y a pas de raison impérative, sur le plan théorique, pour que la masse inerte et la masse
pesante soient systématiquement égales ; et la masse pesante peut être vue comme une « charge grave »
gouvernant le mouvement de la matière dans un champ gravitationnel, de même qu'une « charge électrique »
gouverne le mouvement de la matière dans un champ électrique. Dans ce cadre, et à partir du moment où l'on
admet qu'une « charge grave » puisse être négative tout en maintenant une « inertie » positive, il ne peut rien y
avoir d'intrinsèquement contradictoire dans les équations du mouvement.

Cependant, l'expérience montre que les « charges graves » de même signe s'attirent, la loi universelle de la
gravitation imposant alors symétriquement que des « charges graves » de signe contraire se repoussent.
Contrairement au cas électrique, une matière composite formée de « charges graves » positives et négatives ne
peut donc pas maintenir sa cohérence, et les charges de différents signes tendent à la fois à se regrouper entre
elles, et à se placer le plus loin possible de corps de charge contraire. Une « charge grave » de signe opposé ne
peut donc que fuir un centre de masse homogène comme la Terre, le Soleil, la Galaxie. Dans le champ
gravitationnel terrestre, par exemple, une « charge grave » de signe opposé sera soumise à une accélération
donnée par :

, conduisant à une loi de fuite en

C'est l'hypothèse d'une masse inertielle négative qui implique des


formes contre-intuitives de mouvement. La principale caractéristique
de la masse inertielle est en effet de permettre à la matière de stocker
de l'énergie cinétique à travers une augmentation de la vitesse :

Une masse inertielle négative signifierait inversement qu'il faut fournir En jaune, le mouvement runaway
de l'énergie au système pour le ralentir, ou symétriquement, que le décrit par Bonnor, qui pourrait être
système fournit de l'énergie à son environnement en accélérant. Par utilisé comme moyen de propulsion.
exemple, un objet avec une masse inertielle négative accélérerait dans Ici, le signe des particules réfère à la
la direction opposée à celle vers laquelle il est poussé ou freiné. Une masse et non à la charge électrique.
telle particule de masse inertielle négative serait par conséquent un
projectile précieux : il fournit de l'énergie lorsqu'on lui donne une
impulsion au départ, accélère sous l'effet des frottements de l'air, et en heurtant un obstacle tendrait donc à
accélérer au travers de celui-ci, d'autant plus violemment que la résistance serait importante : un tel projectile
serait donc irrésistible.

Tachyons et masses imaginaires

L'idée initiale de tachyon dérive directement de l'équation donnant la masse relativiste : si une particule dépasse
la vitesse de la lumière, son terme en devient un nombre imaginaire pur. Et, « par conséquent », une
particule se déplaçant plus rapidement que la vitesse de la lumière « doit » avoir une masse imaginaire pure, le
quotient des deux permettant de retrouver les lois usuelles sur l'énergie. Une telle approche littérale, cependant,
n'a jamais été prise au sérieux, que ce soit en mécanique relativiste ou en mécanique quantique.

En mécanique quantique, on définit effectivement un champ tachyonique (ou plus simplement, un tachyon)
9
comme un champ quantique associé à une masse imaginaire . De fait, et bien que des tachyons (en tant que
particules se déplaçant plus rapidement que la vitesse de la lumière) ne sont que des particules purement
9, 10
hypothétiques, et qui n'ont probablement pas d'existence réelle , l'idée d'un champ associé à une masse
imaginaire est cependant un concept important pour la physique
11, 12, 13
moderne des particules , et ce concept est abordé dans des
9, 14
livres de vulgarisation de physique quantique .

Dans ce cadre théorique, cependant, une excitation ne se propage


jamais plus rapidement que la vitesse de la lumière. Qu'il puisse ou
non exister des masses tachyoniques n'a aucune conséquence possible
sur la vitesse de propagation de l'information, et il ne peut y avoir Simulation de l'observation d'un
15
aucune violation du principe de causalité . Même si le champ tachyon. Puisque ce dernier se
quantique comporte dans ce cas un terme qui peut être interprété déplace plus rapidement que la
comme une « masse imaginaire », aucune description de particule lumière, son approche ne pourrait
n'hérite d'une telle masse. Ce qui se traduit apparemment par une être vue. Après être passé à
« masse imaginaire » montre par ailleurs que le système devient proximité d'un observateur, ce dernier
instable, et que cette instabilité conduit à une transition de phase, pourrait voir deux images du tachyon
conduisant à un condensat de tachyons, très proche d'une transition de allant en directions opposées. La
second ordre qui conduit à une symétrie brisée dans le modèle ligne noire représente l'onde de choc
standard. engendrée par l'effet Tcherenkov.

Notes et références
(it)/(en)/(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en italien
« Massa (fisica) (https://it.wikipedia.org/wiki/Massa_(fisica)?oldid=85810177) » (voir la liste des
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=history)) et en allemand « Masse (Physik) (https://de.wikipedia.org/wiki/Masse_(Physik)?oldid
=162724101) » (voir la liste des auteurs (https://de.wikipedia.org/wiki/Masse_(Physik)?action=history)).

Notes
a. Le poids d'un corps dépend aussi des forces d'inertie auxquelles il est soumis, comme la force
centrifuge due à la rotation de la Terre, et à bien moindre niveau, des forces de marée.
b. S'il faut cependant faire la distinction entre la masse inerte mi et la masse pesante mp, ce n'est
pas l'accélération qui est donnée par le paramètre gravitationnel standard, mais la force de
gravitation ; l'accélération qui s'en déduit étant de son côté donnée par
. La formule exacte est donc , c'est-à-dire que
l'accélération dépend bien du paramètre gravitationnel standard, mais également du rapport
entre masse pesante et masse inerte du satellite. On voit au passage que la dimension de la
constante gravitationnelle G est alors , c'est-à-dire que G apparaît comme
un facteur de couplage entre masse inerte et masse pesante. Ces deux points ont d'importantes
conséquences dans la discussion de l'équivalence (ou pas) entre masse inerte et masse
pesante.
c. En l'absence de champ électromagnétique ou de charge électrique. Dans le cas contraire il
s'ajoute des termes aux niveaux de E et de p, et l'énergie E englobe alors l'énergie de masse,
l'énergie cinétique et l'énergie électromagnétique du corps.
d. On ne parle alors plus de masse au repos et de masse en mouvement. La relation relativiste
amène certains auteurs à parler de la « masse au repos » et de la « masse en
mouvement » ou « masse relativiste » , ce qui n'a pas de sens dans le cas où la
masse est nulle car alors la particule (par exemple un photon) ne peut être au repos et ne peut
avoir comme vitesse que celle de la lumière. D'autres considèrent que l'appellation de
« masse » doit être réservée à la masse au repos, et que l'égalité ne permet que de
parler d’énergie au repos et d’énergie à la vitesse v, « trouvant souhaitable que le mot masse
s'applique à une propriété intrinsèque » du corps et sans lien avec sa vitesse, qui est relative au
référentiel de l'observateur. C'est ainsi que James H.Smith explique son choix dans son livre
Introduction à la relativité, édition Masson, 1997, préfacé par Jean-Marc Levy-Leblond. Ce choix
est aussi celui de Lev Landau dans « Lev Landau et Evgueni Lifchits, Physique théorique
[détail des éditions] ».
e. Pour de l'uranium, une accumulation de matière peut donner une réaction modifiant la structure
des atomes, et donc modifier la répartition de l'énergie entre masse et liaisons nucléaires.
f. Pour que deux vecteurs soient proportionnels, ils doivent avoir la même direction, c'est-à-dire
être colinéaires. Dans le cas exposé, les deux accélérations sont toujours dirigées le long de la
droite joignant les deux masses ponctuelles.

Références
1. « Unité de masse (kilogramme) » (http://www.bipm.org/fr/publications/si-
brochure/kilogram.html), sur le site du BIPM, bipm.org (consulté le 21 décembre 2015).
2. (en) W. Rindler, Relativity : Special, General, and Cosmological, Oxford University Press, 2006,
16–18 p. (ISBN 0-19-856731-6, lire en ligne (https://books.google.com/books?id=MuuaG5HXO
GEC&pg=PA16)).
3. Masse, de Newton à Einstein (http://www.scientiaestudia.org.br/associac/paty/pdf/Paty,M_1999
n-MassNewtEinst.pdf). in Lecourt, Dominique (éd.), « Dictionnaire d'histoire et de philosophie
des sciences », Presses universitaires de France, Paris, 1999.
4. Article masse, rédigé par Michel Paty, dans le Dictionnaire d'histoire et philosophie des
sciences, sous la direction de Dominique Lecourt, Éditeur PUF, 2006 (4e édition),
(ISBN 2-13-054499-1).
5. (en) « The Nobel Prize in Physics 2013 » (http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/physics/laure
ates/2013/), sur nobelprize.org (http://www.nobelprize.org/) (consulté le 29 août 2014).
6. « Le boson de Higgs, une énigme de la physique en passe d'être résolue », FranceTVinfo,
14 décembre 2011 (lire en ligne (http://www.francetv.fr/info/le-boson-de-higgs-une-enigme-de-la
-physique-en-passe-d-etre-resolue_38945.html)).
7. (en) R. V. Eötvös, D. Pekár et E. Fekete, « Beiträge zum Gesetz der Proportionalität von
Trägheit und Gravität », Annalen der Physik, vol. 68, 1922, p. 11–66
(DOI 10.1002/andp.19223730903 (https://dx.doi.org/10.1002%2Fandp.19223730903),
Bibcode 1922AnP...373...11E (https://ui.adsabs.harvard.edu/abs/1922AnP...373...11E)).
8. W. Rindler, op. cit., p. 22.
9. Lisa Randall, Warped Passages: Unraveling the Mysteries of the Universe's Hidden
Dimensions, p. 286 : « People initially thought of tachyons as particles travelling faster than the
speed of light…But we now know that a tachyon indicates an instability in a theory that contains
it. Regrettably for science fiction fans, tachyons are not real physical particles that appear in
nature. »
10. (en) Paul A. Tipler et Ralph A. Llewellyn, Modern Physics, New York, W.H. Freeman & Co.,
2008, 5e éd., 700 p. (ISBN 978-0-7167-7550-8), p. 54

« … so existence of particles v > c … Called tachyons … would present relativity


with serious … problems of infinite creation energies and causality paradoxes. »

11. (en) Kutasov, David, Marino, Marcos et Moore, Gregory W., « Some exact results on tachyon
condensation in string field theory », J. High Energy Phys., vol. 0010, 2000, p. 045
(DOI 10.1088/1126-6708/2000/10/045 (https://dx.doi.org/10.1088%2F1126-6708%2F2000%2F1
, Bibcode 2000JHEP...10..045K (https://ui.adsabs.harvard.edu/abs/2000JHEP...10..045K),
arXiv hep-th/0009148 (https://arxiv.org/abs/hep-th/0009148)).
12. Sen, A. (2002), Rolling tachyon, J. High Energy Phys., 0204, 048, cité 720 fois au 2/2012 (http://i
nspirehep.net/search?ln=en&ln=en&p=t+tachyon&of=hb&action_search=Search&sf=&so=d&rm
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13. (en) G.W. Gibbons, « Cosmological evolution of the rolling tachyon », Phys. Lett. B, vol. 537,
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(DOI 10.1016/s0370-2693(02)01881-6 (https://dx.doi.org/10.1016%2Fs0370-2693%2802%2901
, Bibcode 2002PhLB..537....1G (https://ui.adsabs.harvard.edu/abs/2002PhLB..537....1G),
arXiv hep-th/0204008 (https://arxiv.org/abs/hep-th/0204008)).
14. Brian Greene, The Elegant Universe, Vintage Books, 2000.
15. (en) Y. Aharonov, A. Komar et L. Susskind, « Superluminal Behavior, Causality, and Instability »,
American Physical Society, vol. 182, no 5, 1969, p. 1400–1403
(DOI 10.1103/PhysRev.182.1400 (https://dx.doi.org/10.1103%2FPhysRev.182.1400),
Bibcode 1969PhRv..182.1400A (https://ui.adsabs.harvard.edu/abs/1969PhRv..182.1400A)).

Voir aussi
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Bibliographie
masse, sur le Wiktionnaire
Dominique Lecourt et Thomas Bourgeois,
Dictionnaire d'histoire et philosophie des
sciences, Presses universitaires de France - PUF, coll. « Quadrige Dicos Poche », 2006,
4e éd. (ISBN 978-2-13-054499-9). On y trouve, entre autres, l'article masse, rédigé par Michel Paty.

Articles connexes
Masse critique (réaction nucléaire)
Pesanteur, poids, poids apparent
Gravitation
Concentration massique
Masse volumique, masse surfacique et masse linéique

Liens externes
Étienne Klein, E=mc2 (https://www.lemonde.fr/sciences/video/2015/10/06/que-signifie-vraime
nt-e-mc_4783636_1650684.html), sur lemonde.fr, 6 octobre 2015 [vidéo].
Masse, de Newton à Einstein (http://www.scientiaestudia.org.br/associac/paty/pdf/Paty,M_19
99n-MassNewtEinst.pdf), dans Lecourt, Dominique (éd.), « Dictionnaire d'histoire et de
philosophie des sciences », Presses universitaires de France, Paris, 1999.
Jean-Marc Lévy-Leblond, Masse (http://o.castera.free.fr/pdf/Masse.pdf).
Jacques Heurtaux, À propos de « masse inerte » et « masse de gravité » (http://www.persee.f
r/doc/rfp_0556-7807_1978_num_45_1_1680), Revue française de pédagogie, 1978, vol. 45,
no 1, p. 37-43.
Damien Givry, Le concept de masse en physique : quelques pistes à propos des conceptions
et des obstacles (https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00797613), Didaskalia, no 22, 2003,
p. 41-67.

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