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Conception de l’individu – psychologie sociale (L1 S1)

Conception de l’individu
Psychologie sociale (Follenfant – 10.11.15)

Plan du cours  :

I/ L’homme : un être éminemment social


A/ Autrui pour survivre
B/ Autrui pour « devenir soi »
C/ Autrui pour « être bien » tout au long de la vie

II/ Définition de la psychologie sociale

III/ Qu’est-ce que le contexte ? Quelle est son influence ?


A/ Contexte externe
B/ Du contexte externe au contexte interne
C/ Contexte interne

I/ L’homme : un être éminemment social


Tout commence à la préhistoire (nos origines), où deux races ont cohabitées : l’homme
moderne, ou « sapiens sapiens » (venant d’Afrique) et l’homme de Neandertal (venant
d’Europe). Pourquoi descendons-nous de l’homo sapiens sapiens  ? On sait que l’homme de
Neandertal a disparu et on dit souvent qu’il a été chassé par l’homo sapiens sapiens.
« C’est bien l’homme moderne qui est responsable de l’extinction de Neandertal » - Jean-
Jacques Hublin, préhistorien. Pourquoi  ? Il a disparu au profit de l’autre, il y a environ
35ooo ans. Il n’y a pas vraiment de réponse à la question de cette disparition, seulement
quelques hypothèses émises :
- l’homme de Neandertal était plus petit et moins costaux  vrai mais pas suffisant
- il ne savait pas utiliser d’outils  faux
- il n’était pas capable d’innovation  faux
- il avait un cerveau moins développé  faux, il avait à peu près le même que le
nôtre : ils n’étaient pas différents en terme de taille mais en termes de structure
cérébrale. Le cerveau de l’homme de Neandertal était en grosse partie consacré à
la vision, il y avait donc moins de place pour autre chose, en particulier pour tout
ce qui concernait le social (traitement de la complexité sociale). « Cela peut
signifier que les hommes de Neandertal avaient de plus petites zones associées au
traitement de la complexité sociale » - Eiluned Pearce, psychologue de
l’organisation sociale des humains. Les hommes de Neandertal étaient donc moins
bien organisés que les homos sapiens sapiens, et avaient aussi moins de capacité à
demander de l’aide aux autres. Par exemple, ils allaient tous à la chasse, il n’y avait
pas d’organisation, de rôles.

Ce qui apparaît globalement, c’est qu’il existait réellement quelque chose qui a fait que
l’homme moderne a survécu et que l’homme de Neandertal non. De nouvelles
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hypothèses sont à l’étude, comme un croisement possible des deux espèces. Mais ce qui
explique la survie des uns sur les autres, c’est que les homos sapiens sapiens faisaient
preuve d’une plus grande cohésion sociale, ils savaient s’organiser en groupes et en
réseaux. En psychologie sociale, on considère que « l’homme est un animal social » -
Aristote.

La psychologie sociale a une conception de l’homme comme d’un être intrinsèquement


social. L’homme est indissociable de son environnement social (son essence), et
l’existence sociale précède souvent la naissance-même (le nom du bébé est choisi avant
sa naissance, sa chambre est prête, son doudou est acheté). Nous sommes donc des
animaux « grégaires », vivant en groupes ou en communautés et ayant besoin des autres
pour survivre : ce besoin est fondamental, indispensable (au même titre que manger ou
dormir).

A/ Autrui pour survivre


Le nouveau-né humain est particulièrement immature, et a ainsi besoin d’autrui pour
survivre, il en est totalement dépendant. C’est une caractéristique humaine, même si elle
existe de manière moins importante chez d’autres primates.
 ex : le bébé girafe est capable de se mettre debout entre 15 à 60 minutes après sa
naissance. C’est important qu’il puisse se mettre debout, car sinon il ne pourrait
pas se nourrir.
Le cerveau humain est ainsi moins développé, car sa gestation est moins longue (9 mois
contre 15 mois pour les girafes)  l’immaturité dépend de la précocité. Pourquoi cette
précocité chez l’humain  ? On ne sait pas trop, mais plusieurs hypothèses ont été
avancées pour expliquer cette naissance précoce : la bipédie, la taille du bébé, ou une
hypothèse sociale qui veut qu’à la naissance, comme les bébés se retrouvent dans un
contexte social très riche, il est préférable qu’ils sortent plus tôt pour s’en imprégner.
Portman, un zoologiste, propose en 1960 que « peut-être que naître plus tôt est préférable
si vous êtes un animal culturel ». Globalement, sur le plan moteur, on a besoin d’autrui
pour survivre. Cependant, cet autrui n’est pas forcément humain  il y a eu des cas
d’enfants sauvages, mais on manque de données pour les évaluer, pour en faire une
conclusion valide. On a aussi besoin d’autrui pour les apprentissages (les façons de faire,
d’être) via les modèles qui nous entourent (les parents, le plus souvent).
 expérience de Konrad Lorentz et ses oies cendrées : processus d’attachement
social (1936). Grâce au phénomène d’empreinte, ses oies le suivent partout, il est
devenu une figure pour elles et elles l’imitent. Lorentz a montré que dès la
naissance, il y a un phénomène d’imprégnation : les oies suivent la première figure
qu’elles voient, et elles ont suivi Lorentz quand il a fait du deltaplane.

Le nouveau-né humain est donc spécifiquement ‘équipé’ pour interagir avec autrui. Il a
une préférence pour :
- les visages humains (contre tout autre stimulus, cf. Elis & Morton en 1991 et Fanz
en 1964)
- les visages avec un contact visuel direct (Baron-Cohen en 1994)
Ces préférences montrent que le bébé est prêt à avoir une vie sociale, en effet certains
auteurs postulent même sur l’existence d’un système neuronal spécifique (le système
visuo-moteur subcortical, aussi appelé CONSPEC) dédié au traitement des visages
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humains (Johnson & Morton, 1991). Dès la naissance, il y aurait donc une sorte de
préférence pour les stimuli humains et surtout liés aux visages humains. On constate
aussi une imitation « automatiques », la capacité à pouvoir très tôt reproduire les
mimiques d’autrui (ex : ouvrir la bouche ou tirer la langue, Meltzoff & Moore, 1989) 
donc une préparation précoce à l’interaction.

Une étude en imagerie cérébrale a permis de montrer que notre cerveau répond
différemment aux stimuli humains, par rapport aux autres stimuli (Norris et al. en 2004) 
la sensibilité à autrui est présente dès la naissance. Nous sommes donc pré-câblés dès la
naissance, mais cela montre-t-il que la présence d’autrui est essentielle  ?

L’absence d’autrui, surtout, a des conséquences dramatiques : elle conduit à la détresse


affective, qui peut entraîner des pathologies et des problèmes de santé (cf. cours sur la
socialisation). Les enfants qui n’ont pas eu assez de contacts avec le contexte social
‘normal’ développent notamment le syndrome d’hospitalisme (Spitz, 1945), un syndrome
de régression mentale que développent des jeunes enfants séparés brusquement ou
longuement de leurs parents et hospitalisés pendant de longues périodes (conséquences
au niveau de la croissance, du développement cognitif, niveau intellectuel faible, plus de
maladies que la norme). Bowlby, en 1969, a mené des études sur l’attachement et sur les
effets de la séparation lors d’hospitalisation prolongées de jeunes enfants.
 ex : si on nourrit les enfants, c’est bien mais ce n’est pas suffisant, il faut un réel
attachement social. Dans un orphelinat en Roumanie, dans le cadre de travaux
menés en 1960, les enfants n’avaient pas suffisamment de contact avec les autres
(1 personne pour 20 enfants) et ont alors développé des problèmes de santé et
une mortalité relativement plus élevée.

 Remarque : l’étude des carences affectives chez les jeunes enfants pose d’importants
problèmes éthiques, ce qui a entraîné de nombreuses études sur des animaux (ex :
Harlow en 1958, avec une étude sur un bébé singe et une « mère » en laine et l’autre en
fer  on se rend compte que les grands singes préfèrent rester avec la mère de laine
même si c’est celle en fer qui a la nourriture), mais aussi des études sur les humains où la
causalité n’était pas prise en compte, seulement les conséquences.

Sans la présence d’autrui, son affection et son attachement, le petit humain ne peut pas
survivre, ou s’il y parvient, c’est avec des dégâts pathologiques irréversibles.

B/ Autrui pour devenir soi


En tant qu’êtres sociaux, les autres nous sont indispensables pour construire notre
identité (sociale) : je sais qui je suis car j’interagis avec autrui. Les interactions avec autrui
sont nécessaires pour se percevoir en tant qu’individu distinct ( développement de la
conscience de soi).
 ex : test du miroir ou de la tache par Gallup en 1970. Le fait de se reconnaître dans
le miroir est la première expression du concept du ‘moi’ comme entité distincte
des autres. C’est une capacité qu’on retrouve chez d’autres primates, comme le
singe ou l’éléphant. Cependant le miroir ne remplace pas le besoin des autres, ce
n’est qu’un test.
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La capacité de la conscience de soi implique des facteurs sociaux : interaction avec


l’environnement social  l’enfant s’aperçoit progressivement que les autres réagissent à
sa présence et à ses comportements, ce qui va donner au fur et à mesure l’accès à lui-
même (conscience progressive). Les interactions donnent un sentiment de soi. Sans
autrui, il échoue.
 expérience : un grand singe est élevé en isolement total des autres singes. Il
échoue alors au test du miroir. Cependant, une fois remis en situation sociale, il
commence petit à petit à montrer des signes de reconnaissance de soi dans le
miroir.
Cette nécessité d’autrui ne s’arrête pas à l’entrée dans l’âge adulte : nous avons besoin
d’autrui tout au long de notre vie, on peut se débrouiller seul mais on a un besoin vital
d’autrui, de créer du lien social. C’est même une condition nécessaire à notre bien-être.
 ex : dans le film Seul au monde, le héros perdu sur une île déserte donne vie à un
ballon (Wilson) pour ne pas devenir fou.

C/ Autrui pour « être bien » tout au long de sa vie


Les êtres humains possèdent un besoin d’appartenance, une puissante motivation à
former et à maintenir des relations interpersonnelles durables, positives et significatives
(Baumeister & Leary, 1995)  recherche de relations fréquentes et plaisante avec autrui.
Il ne s’agit pas juste d’être noyé dans une foule, il faut avoir un lien avec autrui. Il faut
distinguer la solitude du fait d’être solitaire : on peut très bien être solitaire mais ne pas
ressentir de solitude, et au contraire des gens qui sont entourés de leur famille peuvent
pourtant avoir un sentiment de solitude très élevé. Les moins et ermites ne ressentent
pas la solitude, ils le vivent bien.

La recherche de lien social dans les pires circonstances se traduit par le syndrome de
Stockholm et le syndrome de Lima, un processus d’attachement réciproque entre un
ravisseur et son otage se trouvant ensemble dans des conditions extrêmes (en danger de
mort, par exemple). Ce syndrome souligne l’importance capitale que l’on accorde à
autrui, même si celui-ci est un ennemi. Il y a une formation d’impressions et une
modification de la perception d’autrui (empathie, sympathie, sentiments qui peuvent aller
jusqu’à l’attachement).
 protection de soi  créer un lien pour se protéger. Les ravisseurs, depuis qu’ils
connaissent ce syndrome, tentent d’éviter tout contact avec leurs otages.

La satisfaction (ou non) de ce besoin d’appartenance a des conséquences sur la santé


physique et psychologique de l’individu  sur son bien-être.
 étude de House et al. en 1988 : les personnes les mieux intégrées socialement sont
celles qui ont la plus grande longévité. Cette étude illustre le pouvoir des liens
sociaux. Les hommes vivent plus longtemps lorsqu’ils bénéficient de liens sociaux
nombreux et diversifiés (vie de couple, famille amis, vie professionnelle et
associative…). Bien sûr, ces relations sont liées à d’autres variables comme la
santé physique, la classe sociale, les occupations…Cependant, corrélation ≠
causalité !
 étude de Berkman en 1995 : les individus n’ayant pas une vie sociale développée et
déclarant se sentir bien n’ont alors pas raison. Ceux qui déclarent ne trouver aucun
soutien émotionnel auprès de leur entourage ont deux fois plus de risques de
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mourir d’une crise cardiaque que ceux qui affirment avoir au moins 2 soutiens.
L’exclusion sociale (ou ostracisme) peut donc avoir des conséquences
désastreuses sur la vie d’un individu.

Autrui est donc nécessaire à notre survie, à notre développement en tant qu’individu et à
notre bien-être physique et psychologique (fondamental). « Nous naissons dépendants
d’autrui et toute notre vie sociale passera à être interdépendants » - Leyens & Yzerbyt
(1997).

II/ Définition de la psychologie sociale

La psychologie sociale considère l’individu avec ses relations à autrui, puisqu’il en est
indissociable. On parle de ‘contexte social’ pour définir l’ensemble des influences sociales
qui peuvent s’exercer sur l’individu. On pourrait alors très simplement définir la
psychologie sociale comme l’étude scientifique de l’influence du contexte social sur
l’individu : ses cognitions (pensées, raisonnements), ses comportements et ses affects
(Allport, 1935).

Attention ! La psychologie sociale n’est pas l’étude des groupes : ça reste de la


psychologie, qui s’intéresse donc à l’individu. On va chercher à comprendre l’influence du
contexte sociale sur l’individu, autrement dit la relation de cause-à-effet. La psychologie
sociale a pour objectif ultime de rechercher des causalités entre le contexte social et
l’individu. Aujourd’hui, la psychologie sociale se caractérise aussi par sa méthode, qui est
bien souvent expérimentale.

Cependant on ne peut pas bien étudier les individus sans savoir exactement ce qu’est le
contexte social.

III/ Qu’est-ce que le contexte social ?

La définition dépend des auteurs, en particulier le contexte est vu comme plus ou moins
large. Pour Allport, le contexte se résume par la présence des autres : l’individu peut être
influencé par les autres. C’est pour ça qu’on pense souvent que la psychologie sociale est
« l’individu dans un groupe », or il n’y a pas que ça. D’autres auteurs proposent que les
influences entre un individu/groupe et un autre peuvent être réciproques. D’autres,
encore, rajoutent à cette définition une dimension contextuelle à la situation : on a donc
un individu/groupe dans un contexte donné, et un autre individu/groupe dans un autre
contexte donné  leurs influences sont alors réciproques. Enfin, d’autres auteurs
(Zimbardo, Milgram) vont encore plus loin en affirmant que le contexte est une
dimension du comportement humain. C’est une position beaucoup plus forte, qui peut
paraître étrange. Ils soutiennent que le contexte social contient des forces puissantes qui
limitent le libre arbitre des individus  position de déterminisme situationnel extrême.
L’individu est donc un agent de comportement. Selon ces auteurs, nous nous illusionnons
souvent lorsque nous attribuons la cause de certains de nos comportements à un choix
délibéré plutôt qu’à une caractéristique, apparemment sans importance, de
l’environnement.
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A/ Contexte externe
Le contexte social, ça peut être les autres :
- 1 seul autrui
- 1 groupe restreint (amis, famille, collègues)
- 1 groupe plus large (foule, culture)

Il y a eu de nombreuses recherches sur l’influence sociale. Cependant, certains auteurs


considèrent que l’environnement physique, à partir du moment où il a une influence sur
les gens, fait partie de la psychologie sociale. L’environnement physique peut être la
météo, la façon dont l’espace est organisé (le fait d’être en hauteur par rapport à
quelqu’un…), le bruit, la température… Tout ce qui est extérieur à l’individu mais peut
avoir une influence sur celui-ci.

Ex : est-ce qu’il vaut mieux travailler sur du papier rouge ou du papier bleu  ? Certains
auteurs ont trouvé que la couleur du papier influence la performance d’un individu
(Mehta & Zhu, 2009) :
- pour une tâche créative, préférez le bleu
- pour une tâche analytique, préférez le rouge
Il est évident qu’il y a des explications à ces effets : elles sont ici en termes de type de
motivation, et les couleurs orienteraient le type de traitement de l’information.
 les gens n’ont pas conscience de cette influence.

Razran, en 1940, a présenté des slogans politiques à des étudiants :


- pendant qu’ils mangeaient un déjeuner gracieusement offert
- ou pendant que des odeurs nauséabondes envahissaient le laboratoire.
L’impact des slogans était beaucoup plus important dans le premier cas que dans le
second. C’est donc une donnée physique extérieure à l’individu, qui va pourtant
l’influencer.

Expérience plus récente, celle du « lieu de vote » de Berger, Meredith & Wheeler en 2008.
Ces auteurs ont montré que les lieux dans lesquels les électeurs américains votent (école,
église, etc.) avaient une influence sur leurs choix politiques. Des indices
environnementaux (objets, lieux) peuvent activer des concepts de façon non-consciente
chez les individus et influencer leurs choix et leurs comportements.

Ainsi, certains éléments du contexte physique peuvent influencer à son insu. Pourquoi et
comment  ? Il est très important de comprendre que ces effets ne sont pas directs, et
encore moins magiques ! Ils s’expliquent par différents processus qui relèvent tous de
l’interprétation que l’individu fait de son contexte. Ce qu’on perçoit, on ne le perçoit pas
forcément de la même façon qu’autrui, et ça peut avoir une influence qui intéresse la
psychologie sociale.

Ex : le contexte culturel. La culture est un contexte large. On distingue souvent les
cultures individualistes des cultures collectivistes. Dans les cultures individualistes
(Amérique du Nord, quelques pays d’Europe), on favorise l’indépendance de l’individu,
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l’autonomie et l’autosuffisance, alors que dans les cultures collectivistes (Chine, Japon,
Amérique du Sud, Afrique), on trouve plutôt une interdépendance, une harmonie sociale
et une coopération.

B/ Du contexte externe au contexte interne

Markus et Kitayama (1991) ont montré que l’individualisme et le collectivisme sont


tellement ancrés dans nos cultures qu’ils modèlent nos identités, nos « conceptions du
soi ». D’un point de vue culturel, on parle de collectivisme et d’individualisme, et d’un
point de vue psychologique, on parle d’interdépendance (relation, soi indissociable de
groupes sociaux, similarités avec autrui) et d’indépendance (unicité, soi autonome,
différences par rapport à autrui).

Ex : étude de Trafimow et al. (1991).


Compléter 20 fois la phrase « Je suis » (TST, Twenty Statement Test) :
- sur un groupe de chinois : ils ont plus tendance à s’identifier à des groupes
- sur un groupe d’américains : ils utilisent plus de traits de personnalité
En 1997, la même étude a été refaite à Hong Kong auprès d’étudiants bilingues
anglais/chinois. La question était de savoir s’ils allaient plutôt se montrer indépendants,
ou plutôt s’identifier à des appartenances groupales.
 lorsque le test leur est présenté en anglais, ils utilisent plus de traits de
personnalité
 lorsque le test leur est présenté en chinois, ils utilisent plus d’appartenances
groupales pour se définir
On voit donc ici que les gens s’adaptent à leur contexte. Le contexte est déterminant
dans l’expression de nos valeurs culturelles. L’individu est capable d’adaptation, c’est
pourquoi on peut aussi maintenant parler de contexte interne : on a intériorisé des règles
humaines, des valeurs…Notre contexte est internalisé.

C/ Contexte interne
C’est un contexte qui existe à l’intérieur de nous-mêmes (ex : la culture) et va interagir
avec des éléments du contexte externe. Les contextes internes et externes sont
interdépendants, ils s’influencent mutuellement. La notion de contexte interne n’est pas
facile à comprendre. L’idée, c’est que des éléments externes peuvent rendre saillantes les
normes sociales (sans que nous en ayons forcément conscience). Par exemple, la
présence d’un miroir a une influence sur notre comportement. Plusieurs études ont
démontré l’influence des normes internalisées sur le comportement, via la présence d’un
miroir, par exemple.

Ex : Halloween (Beaman et al. 1979) : chaque sujet (des enfants) est informé qu’il a droit à
un seul bonbon. 2 conditions :
- condition contrôle : on présente le bol de bonbon à l’enfant, on lui dit qu’il n’a
droit qu’à un seul, et on le laisse seul (filmé)
- condition « avec miroir » : on présente le bol, on lui donne la consigne et on le
laisse seul face à un miroir
Quel pourcentage de tricheurs (+ d’un bonbon) dans chaque condition  ?
Les résultats de cette étude :
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- condition contrôle : 35% de tricheurs


- condition miroir : 12%.
Le miroir augmente la focalisation sur soi et conduit alors les enfants à se conformer aux
règles sociales de politesse et d’équité. D’autres études ont montré que cette règle
s’applique à des situations plus significatives. D’autres auteurs (Macrae et al. 1998) ont
montré que les individus sont moins enclins à utiliser les stéréotypes lorsque :
- ils sont face à un miroir
- qu’ils voient leur propre image sur un écran vidéo
- ou qu’ils sont exposés à leur prénom de manière subliminale

En plus de l’internalisation des normes, le contexte interne fait référence à l’idée de


réalité subjective. Les individus construisent leur propre réalité sociale subjective à partir
de leur perception de leur environnement  c’est ce qu’on appelle aujourd’hui la
cognition sociale. La cognition sociale est l’étude de la connaissance sociale et des
processus cognitifs impliqués dans la construction, par l’individu, d’une réalité sociale
subjective. Elle correspond donc au processus par lequel les individus donnent du sens à
leurs observations.

En résumé…
Le contexte externe est la situation, l’environnement (présence d’autrui, temps, lieux,
etc.). Cependant le contexte ne se réduit pas à ce qui est extérieur à l’individu.
Aujourd’hui, on peut aussi parler de contexte pour désigner les normes sociales, les
normes culturelles, les règles… C’est le contexte interne, l’intériorisation de ces normes
sociales et culturelles. C’est aussi la manière dont les individus se représentent
socialement les croyances, les théories implicites, les attentes. Ce contexte interne est
issu des expériences personnelles passées et encodées en mémoire  contexte cognitif
de soi (Monteil, 1998).

A quel niveau le contexte influence-t-il l’individu  ?


Au niveau des comportements, des cognitions (mémoire, traitement de l’information,
raisonnement, etc.), des émotions/affects.

Influence du contexte social sur le raisonnement : tâche de Wason.


On a 4 cartes : D, 7, 5, K.
Quelles cartes devez-vous retourner pour déterminer la ou les cartes qui ne respectent
pas la règle suivante : si une carte a un D sur une face, alors elle porte un 5 sur l’autre face.
 il faut retourner la carte D, pour vérifier si l’hypothèse est vraie
 il faut retourner la carte 7, pour vérifier si l’hypothèse est fausse

Adaptation de la tâche de Wason avec un contexte social :


On a 4 cartes : « boit de l’alcool », « a moins de 18 ans », « a plus de 18 ans », « boit une
boisson sans alcool ».
Quelles cartes devez-vous retourner pour déterminer celles qui ne respectent pas la règle
suivante : si une personne boit de l’alcool, elle doit avoir plus de 18 ans.
 il faut retourner les deux premières cartes.
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La façon dont la tâche est présentée (le contexte, l’habillage) peut donc modifier les
performances des individus. L’influence du contexte va même au-delà de ça. On sait
aujourd’hui qu’elle peut s’exercer au niveau génétique et neuronal. C’est ce qu’étudie
l’épigénétique : comment l’environnement (contexte externe) et l’histoire individuelle
(contexte interne) influent sur l’expression des gènes. La plasticité cérébrale/neuronale
(ou encore neuroplasticité) : modification de l’organisation des réseaux de neurones en
fonction de l’environnement et des expériences vécues par l’organisme.

Conclusion
En psychologie sociale, l’individu ne peut être conçu en dehors de son contexte social. La
conception de l’individu dépend donc surtout de la conception de la notion de contexte.