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Qu’est-ce qu’une tragi-comédie ?

Les genres dramatiques, au xvir" siécle, sont différenciés


selon cing critéres principaux : lappartenance sociale des
personnages, l'enjeu de l'intrigue, son dénouement, le ton
général de la piéce et les réactions des spectateurs.

© LACOMEDIE FAIT RI
La comédie met en scéne des personnages de moyenne ou petite
condition [bourgecis, paysans, domestiques} montrés dans leur vie
quotidienne. Lintrigue, qui tourne le plus souvent autour d'un pro
bléme familial (mariage, adultére, héritage...), connait un dénouement
heureux: les personnages sympathiques
parviennent & triompher des obstacles qui
Sopposent a leur bonheur.

Mettant en muvre différents types de comique


- de situation, de caractére, de mots -, la
comédie vise 4 faire rire \e spectateur. Elle
emprunte souvent & lafarce ses procé-
dés comiques les plus grossiers [chutes et
coups de batons, quiproquos...). Le registre
de langue utilisé est quotidien, voire familier.

© LA TRAGEDIE SUSCITE LA PITIE

La tragédie met en scéne des personnages éminents : rois et princes,


personnages historiques de [Antiquité ou héros mythologiques, dont le
sort revét une dimension collective

Les personnages principaux, aux prises avec des forces supérieures


{les dieux dans la tragédie grecque, les passions dans la tragédie raci-
nienne), tentent en vain d'échapper a leur destin et connaissent une fin
matheureuse : la mort, la séparation définitive, En assistant aux mal
heurs de ces héros pétris de grandeur, les spectateurs éprouvent un
mélange d'admiration et de pitié

Quelles sont les régles


du théatre classique ?

Apartirdes années 1630, le gout classique se metenplaceet


les pratiques théatrales tendent a s'uniformiser. Ceux qui
ne respectent pas les régles doivent affronter une critique
et un public de plus en plus imprégnés de l'idéal classique.

© LE RETOUR A VANTIQUITE

Aprés la période baroque [fin du xv*-début du x* siécle) dont la pro


duction artistique est marquée par la fantaisie, Vexagération, les effets
de trompe-lceil, on revient aux principes de

beauté énoncés dans [Antiquité classique.

La régularité et la symétrie sont a [honneur.

C'est le triomphe du classicisme.

Dans le domaine du thédtre, des écrivains

comme Chapelain ou Mairet, sinspirant de

la Poétique dAristote (384-322 av. J.-C.),

édictent, dans les années 1620-1630, de

nouvelles régles qui prénent la cla

Cordre, Cunité. LAcadémie trangaise encou

rage cette nouvelle esthétique thédtrale et

surveille les productions.

@ LES NOTIONS DE VRAISEMBLANCE ET DE

Par respect pour le spectateur, la production artistique recherche la


clarté et la vraisemblance : le public doit comprendre facilement les
événements représentés et croire que ceux-ci sont vrais.

De plus, elle se doit de proposer un spectacle qui ne le choque pas : la


bienséance, c'est-a-dire le respect de ce qui est admis par la société
de époque en matiére de morale, est de régle. On refuse désormais de
voir le sang couler et on critique les ceuvres qui mettent en scéne des
personnages ou des comportements jugés immoraux.

Le Cid : de la tragi-comédie a la tragédie

En 1637, Le Cid est présenté comme une tragi-comédie. Le rang élevé des person-
nages, les multiples péripéties (combats, duels, quiproquos) d'une action com-
plexe, le theme des amants qui deviennent ennemis, le dénouement heureux, sont
représentatifs d'un genre encore trés en vogue auprés du public, Cependant, en
resserrant l'action dans le temps et l'espace, en unifiant le registre, en
recentrant
lintérét du spectateur sur le conflit intérieur des héros, Corneille fait entrer Le
Cid
dans l'univers de la tragédie. En 1648, aprés quelques remaniements, il rebapti-
sera sa piéce « tragédie ».

@ LA TRAGI-COMEDIE, UN GENRE HYBRIDE


Née a ('époque baroque, la tragi-comédie est <¢
un genre hybride. Les personnages appar-

Se dit d'un style qui

at siécies, d'abord
tiennent @ la noblesse ou a la haute bour-
geoisie. Laction, souvent complexe et se
déroulant sur un temps long, méle différentes
intrigues [sentimentales et politiques] et pré-
sente de nombreuses péripéties ob peuvent se
mélanger les registres (alternance de scénes
comiques et dramatiques).

Aprés une phase de grande tension, le dénoue-

ment est généralement heureux pour les héros,

qui ont su surmonter les obstacles. Les


spectateurs éprouvent de la sympathie
etde (admiration pour des person-
nages plus proches d’eux que ceux de
la tragédie

Thédtre en plein air, détall, gravure,


sont siecle

@ LAREGLE DES TROIS UNITES

Si elles ne veulent pas étre vivement critiquées,


les piéces de l'époque classique doivent res-
pecter la régle des trois unités

-Cunité d'action ; (intrigue est fondée sur le


développement d'une action unique, et toutes
les péripéties doivent s'y rattacher ;

~ Cunité de temps ; Uaction ne doit pas excéder


vingt-quatre heures ;

-tunité de lieu : U'action doit se dérouler dans


un seul lieu, représenté sur scéne.

Enfin, on promeut l'unité de genre et de registre


littéraire ; les éléments de comédie et de tra-
gédie ne doivent plus étre mélés dans la méme

talie puis dans

mbreux pays
catholiques.

Alopposé du
le baroque laisse libre

lassicisme,

rs au mouvement,
«Quen un lieu, en
un jour, un seul fait
ompli/Tienne jusqu’
la fin le théétre ren
Ces deux vers de I'Art
poétique de Boileau
(1674) résument bien
es trois unités
qui, avec les notions
de vraisemblance et
de biensé tde
fonder

cla:

piéce. Cette derniére exigence va conduire & la disparition du genre

dramatique hybride qu’est la tragi-comédie.

Ces régles sont encore naissantes 4 lépoque ot Corneille écrit et

publie Le Cid.

La querelle du Cid

Créé début 1637 par des comédiens en vogue, Le Cid connait un succés
phénoménal. Ce triomphe suscite la jalousie des rivaux de Corneille, les-
quels déclenchent une vive polémique, appelée querelle du Cid, qui va

faire rage de février 4 décembre 1637.

Corneille essuie une multitude de reproches, On l'accuse notamment


d'ayoir plagié sa source espagnole (Las Mocedades del Cid de Guillen de
Castro, 1618), d‘avoir mis en scéne une Chiméne inconvenante, et surtout
d avoir contrevenu aux régies naissantes de la tragédie classique.

LAcadémie frangaise arbitre : elle reconnatt Voriginalité de Corneille par


rapport dsa source mais le choix d'un sujet trop invraisemblable et le per-
sonnage de Chiméne sont blamés, Profondément blessé, Corneille n'écrit

plus pendant trois ans.

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