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Chapitre 10

Le Cid : l’héroïsme cornélien


Livre de l’élève, p. 208 à 235

Objectifs du chapitre
et compétences mises en jeu
Le choix du corpus • Des compétences de langue avec la versification,
• Le Cid de Corneille est préconisé dans les la classe et la fonction des pronoms et des
Instructions officielles. Il a été choisi de traiter déterminants, les types et les formes de phrases,
cette œuvre en cinq extraits (de l’acte I, III, IV, V), la conjugaison de l’impératif et du subjonctif
pour en donner une vue d’ensemble et comprendre présent (nombreuses occurrences de ces modes
les enjeux essentiels de la pièce : le dilemme des dans Le Cid), l’accord des déterminants numéraux,
deux amants et l’héroïsme dont ils font preuve. une dictée à préparer.
• Des compétences lexicales, à travers la langue
Les compétences du socle commun du théâtre classique, l’étymologie du mot maure, la
L’étude du Cid met en jeu de nombreuses polysémie des mots sang et cœur, la composition
compétences du socle. du mot déshonneur, les figures de style.
• Des compétences de lecture : en fonction de la • Des compétences d’écriture, avec des exercices
classe et du temps dont on dispose, il est possible d’écriture courte (inventer des didascalies, imaginer
de faire un travail rapide et / ou autonome avec une suite…) ou longue (écrire une parodie ou
les élèves, en traitant les questions «  Dégager une scène théâtrale complète mettant en jeu des
l’essentiel  », mais aussi d’approfondir l’étude à sentiments).
partir des différents axes et outils d’analyse mis • Des compétences d’oral en apprenant et en
en œuvre dans la rubrique « Analyser le texte » récitant le monologue de Don Diègue ou les
(règles du théâtre classique ; analyse des figures sentences célèbres de la pièce, en jouant à plusieurs
de style : métaphore, antithèse, oxymore, litote ; et en mettant en scène des extraits choisis.
repérage des registres lyrique et épique ; étude de • L’évaluation en ligne (dialogue entre Chimène
la versification : compte de syllabes, alexandrins, et Elvire, III, 3) permet d’évaluer l’ensemble de
coupe, hémistiche, stances ; compréhension des ces compétences.
enjeux de la pièce autour du dilemme des héros,
Bibliographie
déchirés entre amour et devoir).
• Des compétences culturelles et humanistes : ce • Pierre Corneille, Le Cid, avec compléments
chapitre fournira l’occasion d’aborder l’histoire de pédagogiques en ligne par Anne Moussier, Hatier,
l’Espagne médiévale, le théâtre et les spectateurs coll. « Œuvres et Thèmes » (2003).
au xviie siècle, la naissance et l’organisation de la • Agnès Pierron, Dictionnaire de la langue du théâtre,
Comédie-Française. Il va de soi que l’utilisation Le Robert, coll. « Les usuels » (2009).
d’Internet est largement préconisée. Avec la • Revue Virgule n°  73, numéro dédié au Cid de
double-page «  Histoire des arts  » ainsi que les Corneille, suivi d’un dossier sur le héros cornélien
questionnaires en fin d’extraits, sont abordés les (avril 2010).
partis pris de mise en scène, le vocabulaire du • Revue L’Histoire n° 364, numéro consacré à l’« Al-
costume, l’art du flamenco. Andalus, le paradis perdu » (mai 2011).

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Réponses aux questionnaires
Entrez dans l’univers du Cid ! donc affaire à des personnages issus de la haute
Livre de l’élève, p. 208-209
noblesse, celle de Cour de l’Espagne médiévale,
comme il se doit dans une tragédie.
1. L’action de la pièce se déroule sous le règne de 3. Au sens du xviie siècle, Rodrigue et Chimène sont
Don Fernand (1017-1065), au xie siècle. amants : ils s’aiment mutuellement, comme l’indique
2. a.  Elle se déroule à Séville, dans le Sud de la flèche dans le schéma, qui marque la réciprocité.
l’Espagne, ville phare de l’actuelle Andalousie, En revanche, l’Infante est amoureuse de Rodrigue et
« Al-Andalus » pour les conquérants berbères et Don Sanche est amoureux de Chimène : ils aiment,
arabes, venus du Maghreb occidental au viiie siècle. sans être aimés en retour (flèche à sens unique).
On constate, sur la carte page 211, que cette ville 4. Sur la gravure et la statue de Rodrigo Díaz de
est située sur le fleuve Guadalquivir, à une centaine Bivar, dit le Cid Campeador (documents 2 et 3),
de kilomètres de la mer ! On peut faire remarquer se dégage l’image d’un guerrier, d’un combattant à
aux élèves que Corneille considère Séville comme cheval. Son cheval, un étalon andalou, porte le nom
une ville maritime. En effet, dans l’extrait 4 (IV, 3), de Babieca. Rodrigue porte armure, glaive (ou lance)
on relève : Les Maures et la mer montent jusques et bouclier, comme un chevalier médiéval. La statue
au port (v. 4, p. 222). renvoie plus précisément l’image d’un chef de guerre
Point historique : au xie siècle (et encore au xiie, sur le champ de bataille, le bras levé brandissant
époque de la carte), Séville est toujours sous l’oriflamme, sur son cheval en mouvement, prêt à
occupation des Maures. Elle n’est donc pas sous appeler ses troupes au combat. La photographie
l’autorité du roi castillan Fernand Ier, comme de Gérard Philipe, acteur qui incarna Rodrigue au
le décide Corneille, qui commet là une licence festival d’Avignon en 1951, dans la célèbre mise en
historique. scène de Jean Vilar, le montre plutôt sous l’aspect
On peut approfondir ici l’histoire de l’Espagne : d’un jeune homme « romantique », la mèche au
en 711, le chef berbère converti à l’islam, Tˉariq vent, dans une pose réflexive (moment des stances
ibn Ziyˉad et ses troupes, venus de l’actuel Maroc, dans l’acte I, scène 6, où il expose son terrible
franchissent le détroit de Gibraltar (Jabal al-Tˉariq, dilemme, peut-être). Pour la petite histoire, on
«  la montagne de Tˉariq  »). Poussé par un élan pourra signaler aux élèves que Gérard Philipe, mort
militaire et prosélyte, ils conquièrent en cinq ans à 36 ans, fut enterré dans ce costume du Cid, selon
presque tout le territoire espagnol, laissant une ses dernières volontés.
petite partie du Nord du pays aux mains des rois
chrétiens. Petit à petit, ces derniers vont repousser Pierre Corneille, Le Cid (extrait 1 :
l’occupant vers le Sud : c’est la Reconquista ! Mais acte I, scène 3)
pendant sept siècles, le territoire « Al-Andalus » Livre de l’élève, p. 212 à 214
restera aux mains des dynasties arabes qui s’y
succéderont  : les Omeyades, les Almoravides Objectifs
(!  Carte, p.  211)… Ainsi est née la culture • Étudier les caractéristiques du langage théâtral.
arabo-andalouse, dont on peut voir un exemple • Analyser une scène d’affrontement verbal et la
architectural page 211 : la célèbre cour des Lions notion d’affront.
à colonnades et la fontaine, dans le palais nasride
de l’Alhambra, à Grenade. Préparer la lecture
b. Les personnages principaux sont un roi, une 1. Un alexandrin est un vers de douze syllabes. L’hé-
Infante (titre donné à la fille du roi d’Espagne, mistiche est la moitié d’un vers ; pour l’alexandrin,
toujours en usage aujourd’hui), un comte, des chaque hémistiche comporte donc six syllabes.
gentilshommes dont le nom est précédé du titre 2. Une réplique, au théâtre, est une parole pronon-
honorifique Don (équivalent de « Sire » en français, cée par un personnage (ou un acteur) en réponse
venant du latin dominus, « maître », « seigneur »), à un autre. Une stichomythie est un échange vif
signe d’une appartenance à la noblesse. Nous avons de répliques lors d’une situation tendue.

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Dégager l’essentiel – vers 15 : le roi vous a choisi, non pour votre
a. La scène 3 de l’acte I met en scène le Comte mérite, mais par respect pour votre grand âge ;
et Don Diègue. – vers 17 : seul mon courage pouvait répondre à
b. Ce sont les pères respectifs de Chimène et de l’honneur de cette fonction.
Rodrigue. 5. a. Les personnages se répondent mot pour mot,
c. Ils se disputent au sujet du poste de gouverneur d’une réplique à l’autre, du vers 9 au vers 19 : LC :
du prince, futur roi de Castille, qui succédera à Don je méritais ! DD : l’avait mérité ; DD : mieux mérité
Fernand. Cette haute fonction que briguait le Comte ! LC : mieux l’exercer ; LC : en est bien ! DD : en
vient d’être attribuée à Don Diègue. être refusé, n’en est pas ; DD : l’éclat de mes hauts
d. À la fin, le Comte finit par avoir le dessus sur faits ! LC : parlons-en ; LC : le roi fait honneur
Don Diègue en employant des gestes violents : il ! DD : le roi, quand il en fait ; DD : au courage
le gifle et le désarme. ! LC : et par là ; DD : ne le méritait pas ! LC : ne
le méritait pas ; LC : Moi > DD : Vous.
Analyser le texte b. Cet échange, dans sa forme comme dans son
1. a.  Lors de cet échange, les répliques sont fond, prend la tournure d’un véritable duel verbal,
courtes. Le plus souvent, elles n’excèdent pas la où chaque courte réplique est un coup d’épée qui
longueur d’un vers. cherche à blesser ou à parer l’assaut adverse. Par
b. Le spectateur assistant à cette scène se rend l’usage de ces stichomythies, Corneille réussit à
compte, par la rapidité de l’échange, qu’il assiste contourner la règle de la bienséance et à donner
à une dispute, un affrontement entre ces deux l’impression d’un duel sur scène, qui ne passe pas
personnages. On a affaire ici à des stichomythies. par les gestes, mais par les mots. On retrouve ce
2. Le vers 19 s’étend sur trois répliques : Ne le principe du duel verbal, dans la scène 2 de l’acte II,
méritait pas ! Moi ? / Vous. / Ton impudence. Ainsi entre Rodrigue et le Comte, qui va précéder le duel
obtient-on douze syllabes et le mot impudence rime physique, hors scène. On pourra donner à lire cet
avec récompense au vers 20. échange (téléchargeable sur le site Hatier) aux
3. Les didascalies, très rares dans cette pièce et élèves, après l’étude de l’extrait 2.
dans les pièces classiques en général, jouent un 6. La réplique de Don Diègue qui blesse l’orgueilleux
rôle essentiel dans cette scène. On en note deux, Comte est la suivante : Qui n’a pu l’obtenir ne le
qui se suivent et qui correspondent à deux actions méritait pas (v. 18). Elle fait écho à la première
décisives : Il lui donne un soufflet (après v. 20), c’est- attaque du Comte au vers 9 : Ce que je méritais,
à-dire que le Comte gifle Don Diègue ; mettant l’épée vous l’avez emporté. Le comte est vexé au plus
à la main (après v. 20), Don Diègue tentant ainsi haut point, outragé.
de riposter à cette attaque infamante. On comprend 7. C’est à ce moment-là, au vers  19, qu’il y a
que cette riposte restera vaine avec les répliques du passage du vouvoiement respectueux au tutoiement
Comte : Que penses-tu faire avec tant de faiblesse ? méprisant de la part des deux hommes. C’est le
(v. 23) et surtout Ton épée est à moi (v. 25). On peut Comte qui commence avec : Ton impudence qu’il
demander aux élèves d’imaginer une didascalie (à accompagne d’une insulte, téméraire vieillard ; et
l’écrit ou à l’oral) à ce moment-là, pour signifier qu’il Don Diègue poursuit avec les impératifs : Achève,
désarme Don Diègue, ou renvoyer à la question 5 de et prends ma vie. Le filtre des convenances sociales
la rubrique « Histoire des arts » (p. 214). s’est brisé : ce ne sont plus des gentilshommes,
4. Le Comte lance différentes attaques contre son mais deux hommes qui règlent leurs comptes.
ex-concurrent : 8. Pour clore cette scène d’affrontement, le Comte
– vers 9 : vous l’avez obtenu alors que j’étais le inflige un dernier affront au père de Rodrigue. On
mieux placé pour assumer ce poste ; comprend qu’il s’empare de son épée (Ton épée
– vers 11 : celui qui peut mieux l’exercer (pratiquer est à moi, v. 25), symbole de sa force et de son
l’épée, montrer l’art de la guerre) est bien le plus statut d’ancien chef des armées du roi (Vous êtes
digne de ce poste ; aujourd’hui ce qu’autrefois je fus, a précisé Don
– vers 13 : vous avez comploté, manœuvré auprès Diègue au Comte, v. 6). Puis il réduit à néant tout
du roi pour l’obtenir ; espoir pour le vieil homme de reprendre le dessus

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avec cet irréel du passé : Tu serais trop vain, / Diègue (de dos). Sur l’image 3, on reconnaît le
si ce honteux trophée avait chargé ma main, et Comte (à gauche), qui abaisse le bras de Don
l’emploi d’un lexique dévalorisant : honteux, vain. Diègue brandissant son épée (à droite).
9. Don Diègue a été atteint dans son honneur à 4. Dans ces trois représentations, le point commun
plus d’un titre : physiquement, il s’est vu giflé et des costumes des deux personnages est leur longue
frappé au bras pour être désarmé ; moralement, cape, marque de leur noblesse. Les costumes
il a dû affronter les attaques argumentées du choisis sont largement stylisés par rapport à la
Comte, les insultes, les humiliations (rappelons réalité de la tenue du noble espagnol du xie siècle :
que la scène a lieu sur une place publique devant le pas de cottes longues et amples à gros plis tombant
palais royal, au vu et au su de témoins, comme le sur des braies, pas de chaussures à poulaines ; mais
souligne la vignette de la bande dessinée, p. 213). pour les images 1 et 2, des pourpoints ceinturés,
10. Leurs pères étant irrémédiablement fâchés, des chapeaux et des fraises qui datent plutôt du
Rodrigue et Chimène voient leur mariage fortement xve ou du xvie siècle ; pour les images 1 et 3, des

compromis. Il convient de rappeler aux élèves bottes en cuir noir évoquant plutôt la tenue des
qu’au xie comme au xviie siècle, c’est par les pères mousquetaires au xviie siècle, siècle de Corneille.
que se concluait un mariage, qui n’était pas un On note que le Comte est en rouge, dans les
pacte d’amour mais d’intérêt entre deux familles. deux mises en scène, l’écarlate, le « bon » rouge,
étant au Moyen Âge la couleur des riches et des
Enrichir son vocabulaire puissants, mais le « mauvais » rouge étant aussi la
couleur du diable et de l’enfer. Rappelons qu’il tient
• Synonymes d’affront : « humiliation », « offense »,
le rôle de l’orgueilleux qui n’accepte pas sa défaite,
« déshonneur ». Le mot est formé sur le radical
et que c’est par sa faute que la situation entre les
front, précédé du préfixe a- (ad en latin, « vers »).
deux familles dégénère. Enfin, on remarque que
• a. Il ment effrontément. b. Ce garçon a beaucoup
David Seigneur présente un crâne rasé, ce qui est
d’aplomb, il est effronté. c. Nous avons confronté
un parti pris très contemporain pour le rôle.
nos opinions avec intérêt. d.  Il vous faudra
5. Les trois moments représentés marquent la
confronter / affronter les témoins.
gradation de la violence.
• Image 1 : la déconvenue et la fureur du Comte
Histoire des arts
correspondant aux répliques : Ne le méritait pas !
1. Les images 1 et 3 sont des photographies prises Moi ? / Vous (v. 19).
lors d’une représentation de la pièce ; l’image 2 • Image 2 : le geste fatal signifié par la didascalie :
est une vignette d’une adaptation de l’œuvre de Il lui donne un soufflet.
Corneille en bande dessinée. • Image 3 : la supériorité du Comte qui a pris le
2. Le Cid a été joué à la Comédie-Française, en dessus et l’accablement de Don Diègue exprimés
2005, dans une mise en scène de Brigitte Jaques- par le vers 23 : Et que penses-tu faire avec tant de
Wajeman, avec les comédiens Christian Blanc et faiblesse ? et le vers 24 : Ô Dieu ! Ma force usée
Roger Mollien. Il a aussi été donné au théâtre en ce besoin me laisse !
Silvia-Monfort, en 2009, dans une mise en scène 6. a.  Sur l’image 1, les deux adversaires sont
de Bénédicte Budan, avec à l’affiche David Seigneur très proches, leurs corps se touchent presque  ;
et Laurent Hugny. ils se font face, les yeux dans les yeux, le front
On peut faire remarquer que les deux théâtres sont haut ; l’un a les mains sur le col, l’autre sur le
à Paris et que les deux metteurs en scène sont pommeau de l’épée : ils se toisent, mesurent leur
des femmes (ce qui reste rare). détermination. La tension est palpable.
3. Sur l’image 1, on voit l’affrontement (littéralement Sur l’image 3, la violence explose : le Comte abaisse
«  front à front  ») des deux personnages, sans le bras de Don Diègue avec ses deux mains, ce
parvenir exactement à les identifier : tous deux dernier tente de lutter, les deux expriment la force
semblent âgés, ont une épée à la ceinture et se qu’ils y mettent en grimaçant. Les capes sont en
toisent. Sur l’image 2, on identifie aisément le mouvement, l’épée aussi, comme en témoigne le
Comte (de face), qui donne le soufflet à Don flou de la prise de vue.

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4. Mon bras est une métonymie qui représente la 2. Sur la première image, on voit Don Diègue
force physique de Don Diègue, la partie de lui- assis par terre, le visage en pleurs, brandissant à
même qui permet à toute sa personne d’agir, de deux mains son épée et la fixant du regard ; on
combattre. l’imagine en train de dire : Et toi, de mes exploits
5. Ce chef de guerre affaibli exprime son trouble glorieux instruments (v.  19). Sur la deuxième
intérieur à l’aide de l’interjection lyrique Ô répétée image, on le voit à genoux, le dos courbé en
quatre fois (v. 1, 9), de sept phrases exclamatives signe d’accablement, fixant son épée loin de
(vers  1, 9, 10, 11, 12) et de quatre phrases lui : on peut supposer qu’on est au début de la
interrogatives (vers 2 à 8, 13-14) : il se plaint, scène 4, juste après que le Comte l’a désarmé, et
se lamente, s’interroge. On note de nombreuses qu’il s’apprête à lancer : Ô rage ! ô désespoir ! ô
répétitions dans la construction de ses phrases : vieillesse ennemie ! / N’ai-je donc tant vécu que
N’ai-je / Et ne suis-je (v. 2, 3) ; Mon bras / Mon pour cette infamie ? (v. 1-2).
bras (v.  5, 6)  ; tant de fois (v.  6, 7). Toutes 3. a. Une fraise est une collerette de coton blanc,
ces répétitions, ces accumulations soulignent faite de plis et de replis, destinée à mettre en
l’obsession de l’homme blessé qui ressasse valeur la tête, à la mode à la fin du xvie et au début
l’inacceptable. du xviie siècle en France. Elle reste plus longtemps
6. a. Aux vers 23 et 24 sont employés des verbes en usage en Espagne, au point d’en devenir un
à l’impératif présent (va, quitte, passe). b. Don archétype du style espagnol !
Diègue emploie là une phrase injonctive qui marque b. Bruno Sermonne porte une fraise comme à
le sursaut consécutif à l’accablement : il lavera l’époque de Corneille  : Alain Olivier prend le
l’affront qui entache son honneur, sa décision parti d’habiller son comédien dans la tenue du
est prise. gentilhomme (espagnol) du xviie  siècle, et non
7. Cette épée doit donc passer en de meilleures comme un chevalier du Moyen Âge. En cela, il
mains, c’est-à-dire en des mains plus jeunes, plus suit la tradition du théâtre classique où l’on
aptes au combat. On pense tout naturellement à ne cherchait pas le respect historique dans le
son fils, Rodrigue, pour accomplir une vengeance costume : les comédiens venaient vêtus de leurs
familiale. plus beaux habits de ville.
8. Par ce monologue, Don Diègue fait connaître
B2i Recherche sur la Comédie-Française
au spectateur son désespoir face à l’infamie qu’il
vient de subir. Il livre aussi ses intentions  : la 1. et 2. Aller dans « Histoire et patrimoine », puis
vengeance ! « Molière » et « Il était une fois ».
1. C’est Molière qui est indirectement à l’origine
Enrichir son vocabulaire de la troupe des Comédiens-Français : à sa mort,
• Le mot infamie est formé du préfixe in-, marquant Louis XIV décida de faire fusionner la troupe du
la négation, et du latin fama, « réputation ». Une Palais-Royal (dirigée par Molière) avec ses deux
infamie est une action qui brise la réputation de rivales parisiennes, la troupe du Marais puis celle
quelqu’un. de l’hôtel de Bourgogne. En hommage à ce père
• Les deux adjectifs sont infâme et infamant(e). des dramaturges et des comédiens, trône encore
• a. bon. b. célèbre. c. mémorable. aujourd’hui son fauteuil dans la galerie des bustes
devant la salle Richelieu.
Histoire des arts 2. Ainsi fut créée la Comédie-Française, rassemblant
1. L’image 1 est une photographie du comédien les trois troupes de Comédiens-Français par
Bruno Sermonne dans le rôle de Don Diègue, dans opposition aux Comédiens-Italiens, héritiers de
une mise en scène d’Alain Olivier, en 2007, au la commedia dell’arte. Le 5  janvier 1681, les
théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis. L’image 2 vingt-sept Comédiens-Français, choisis par le roi
montre Roger Mollien dans la mise en scène de pour leur excellence et pensionnés par lui, ont
Brigitte Jaques-Wajeman à la Comédie-Française signé un pacte d’association, toujours en vigueur
en 2006. aujourd’hui.

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3. Aller dans «  La troupe  », puis «  la troupe rencontre des deux amants se situe « au cœur »
aujourd’hui ». de la pièce, qui comporte 5 actes, chaque acte
En 2011, la troupe de la Comédie-Française comptant de 6 à 8 scènes.
compte cinquante-neuf comédiens (trente-sept c. Rodrigue demande que Chimène le tue de ses
sociétaires et vingt-deux pensionnaires, selon les propres mains. On peut citer aux élèves ces vers
deux statuts), parmi lesquels on peut citer Denis (856 à 858) situés au début de la scène  4 de
Podalydès (qui a interprété Harpagon en 2010), l’acte III :
Michel Vuillermoz (qui a incarné Cyrano de Bergerac Rodrigue : Quatre mots seulement : / Après ne me
en 2006 ! photographie dans le livre de l’élève, réponds qu’avecque cette épée.
p.  182), Guillaume Galienne et Christian Hecq Chimène : Quoi ! du sang de mon père encor toute
(récompensés d’un Molière en 2011 pour Un fil à la trempée !
patte de Feydeau, mis en scène par Jérôme Savary). d. Chimène refuse.
4. Aller dans « Saison… » : selon la programmation e. Les deux amants s’avouent ici qu’ils s’aiment
du moment. toujours, malgré ce qui s’est passé.
f. À la fin, Chimène et Rodrigue se séparent, sans
Entre amour et devoir qu’elle l’ait tué ; mais elle s’engage à le poursuivre
Pierre Corneille, Le Cid (extrait 3 : de façon judiciaire pour obtenir sa mort.
acte III, scène 4)
Analyser le texte
Livre de l’élève, p. 218 à 221
1. Rodrigue veut mourir des mains de Chimène,
car il préfère mourir par [sa] main [que] vivre
Objectifs
avec [sa] haine (v. 11). Il veut obtenir cette grâce
• Comprendre les rapports entre les deux amants : (v. 7), comme un geste d’amitié (v. 8), de pitié
la passion amoureuse contrariée. (v. 9) qu’elle accomplirait.
• Analyser leur dilemme et leur conduite héroïque. 2. Chimène voit les choses différemment : elle est
Préparer la lecture sa partie (v. 1), son adversaire judiciaire, et non pas
[son] bourreau (v. 1) qui exécute la sentence ; et
1. a. Une litote est une figure de style qui consiste
[elle] doi[t] [le] poursuivre, et non pas [le] punir
à atténuer l’information que l’on veut transmettre.
(v. 5). De plus, en lui laissant la vie (v. 18), elle
Elle passe souvent par la négation du contraire.
fait éclater sa renommée aux yeux des hommes et
b. Ce n’est pas mauvais du tout = C’est excellent.
sa gloire (v. 20) aux yeux de Dieu, sachant [qu’elle
2. Un dilemme est la situation de celui qui fait
l’]adore et [qu’elle le] poursui[t] (v. 21).
face à un choix difficile, à deux alternatives devant
3. a. Va, je ne te hais point est la litote la plus
lesquelles il n’arrive pas à trancher. Un dilemme
célèbre du répertoire français. C’est une façon
cornélien, digne du théâtre de Corneille, est devenu
détournée et atténuée, pour Chimène, d’avouer
une expression consacrée.
son amour à Rodrigue, tout en préservant les
3. L’adjectif lyrique qualifie la tonalité d’un texte qui
convenances que la situation impose.
exprime des sentiments (heureux ou malheureux).
b. Après avoir osé cette litote, Chimène continue
Dégager l’essentiel à dévoiler son amour pour le jeune homme, de
a. La scène  4 de l’acte III se déroule dans les façon plus ou moins directe : Sachant que je t’adore
appartements de Chimène (paratexte), le soir (Dans (v. 21) ; Ce qu’il faut que je perde, encore que je
l’ombre de la nuit cache bien ton départ, v. 24) de l’aime (v. 23) ; Malgré des feux si beaux (v. 30).
cette journée décisive où les pères se sont brouillés c. Dans les vers 34 à 40, Rodrigue et Chimène se
et Rodrigue a tué le Comte. lancent des répliques qui présentent un sens et
b. Rodrigue et Chimène se retrouvent face à une construction parallèles.
face (pour la première fois depuis le début de la Voir tableau page suivante.
pièce), mais en présence d’Elvire, la gouvernante de
Chimène, pour préserver la bienséance d’une telle
situation. On peut souligner que cette première

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Chimène Don Rodrigue
Ô comble de misère ! (v. 34) Ô miracle d’amour ! (v. 34)
Rodrigue, qui l’eût cru ? (v. 36) Chimène, qui l’eût dit ? (v. 36)
Que notre heur fût si proche, et si tôt se perdît ? (v. 37) Et que si près du port, contre toute apparence,
Un orage si prompt brisât notre espérance  ?
(v. 38-39)
Ah ! mortelles douleurs ! (v. 40) Ah ! regrets superflus ! (v. 40)

Mêmes interjections, même types de phrases (! photographie de la mise en scène de Thomas Le


(exclamatives ou interrogatives, verbales ou Douarec, p. 220) : il est prêt à perdre la vie par sens
non verbales)  : les personnages à l’unisson se de l’honneur (le sien et celui de celle qu’il aime).
complètent ou se font écho. C’est un moment 7. Rodrigue et Chimène font preuve d’héroïsme : ils
d’expression lyrique, où les amants laissent parler sont prêts à engager leur vie ou celle de l’être qu’ils
leur cœur, déchiré entre amour et douleur. aiment pour une question d’honneur, de justice.
4. Ce passage constitue donc une pause lyrique Ils font le choix du devoir. Mais ont-ils réellement
par rapport à l’action de la pièce  : Rodrigue et le choix ? Peuvent-ils agir autrement s’ils veulent
Chimène y expriment leur amour, leur amitié, préserver leur amour ? Comme le souligne Rodrigue,
leur peine, leurs regrets, leurs espoirs, leurs au vers  890  : Qui m’aima généreux me haïrait
craintes, leur colère, leur pitié. Des sentiments infâme. Ils sont condamnés à agir en héros pour
contradictoires et complémentaires qui sont le être dignes de l’amour de l’autre.
fruit de leur douloureuse situation. 8. Chimène s’engage à se tuer : je t’engage ma foi /
5. a. Rodrigue s’est retrouvé face à un dilemme De ne respirer pas un moment après toi (v. 44-45).
quand son père lui a demandé de venger son 9. La scène 4 de l’acte III est à la fois lyrique,
honneur bafoué  : devait-il affronter en duel le puisqu’elle met en scène les sentiments éprouvés
père de Chimène au risque de le tuer ou décliner par les deux amants, et tragique, car elle annonce
cette injonction paternelle pour préserver Chimène leur mort prochaine.
de la perte d’un être cher ? (! Lire et écouter les 10. a. Le spectateur ne peut qu’éprouver de la pitié
stances de l’acte I, scène 6.) Désormais Chimène pour ces deux jeunes gens à l’avenir prometteur, qui
se retrouve dans la même situation  : doit-elle se voient pris au piège de la vengeance familiale
réclamer justice pour la mort de son père et faire et du devoir filial.
tuer son amant ou renoncer à cette vengeance au b. Il redoute le scénario annoncé ici : Rodrigue
nom de son amour ? Amour ou devoir : voilà les condamné à mort, Chimène qui se suicide, ce qui
deux alternatives qui s’offrent à eux. n’est pas sans rappeler la fin de Roméo et Juliette
b. Tous deux ont opté pour le devoir : ils font donc de Shakespeare.
le sacrifice de leur amour et sont prêts à endurer
la souffrance qu’il engendre et à affronter la mort.
Enrichir son vocabulaire
6. Chimène déclare souffrir, mais assume son devoir 1 D E V O I R
de fille  : Malgré des feux si beaux qui troublent 2 R O D R I G U E
ma colère, / Je ferai mon possible à bien venger 3 F L A M M E
mon père ; / Mais, malgré la rigueur d’un si cruel 4 V E N G E A N C E
devoir, / Mon unique souhait est de ne rien pouvoir 5 C H I M È N E
(v. 30 à 33). Rodrigue aussi a accompli son devoir 6 A M A N T
7 S O U F F L E T
de fils, en tuant le Comte ; il l’accomplit encore
dans cette scène, en offrant sa poitrine à Chimène Mot-clé : DILEMME

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Écrire Dégager l’essentiel
Quelques exemples de litotes pour lancer les élèves : a. Rodrigue s’adresse au roi Don Fernand, entouré
Tu ne me laisses pas indifférent(e). Il ne me serait de Don Arias et Don Sanche (son rival amoureux).
pas désagréable de passer du temps avec toi. Cela Son père, Don Diègue, est aussi présent.
ne me déplairait pas d’aller à la piscine avec toi… b. Cette bataille a eu lieu au port (v.  4, 6) de
Séville, qui est considérée comme une ville côtière,
Débat
baignée par la mer (v. 4), assujettie au flux (v. 2)
À l’issue de cette étude, on peut amener les élèves de la marée : c’est la magie du théâtre !
à s’interroger sur la logique de la vengeance, la c. trente voiles (v. 2) maures débarquent dans ce
surenchère qu’elle peut engendrer (un soufflet port. On peut signaler ici la métonymie.
! la mort de son auteur ! la mort de Rodrigue d. Ce sont les troupes de Rodrigue qui ont le dessus
! le suicide de Chimène), la spirale sans fin qu’elle à la fin de l’extrait.
représente. On peut les inviter à réfléchir : quelles
solutions, au xxie siècle, auraient-ils pu conseiller Analyser le texte
à Don Diègue suite au soufflet ? 1. La bataille se déroule de nuit : Cette obscure clarté
qui tombe des étoiles (v. 1). Les étoiles éclairent
Une bataille épique et sanglante la nuit, d’où l’oxymore obscure clarté, alliant un
Pierre Corneille, Le Cid (extrait 4 : adjectif et un nom commun de sens contraire.
acte IV, scène 3) 2. Les Maures croient surprendre les Sévillans car
Livre de l’élève, p. 222-223 ils attaquent de nuit.
3. a.  Les troupes de Rodrigue sont cachées en
Objectifs embuscade, silencieuses (Point de soldats au port,
point aux murs de la ville. / Notre profond silence
• Étudier un récit théâtral.
abusant leurs esprits, / Ils n’osent plus douter de
• Analyser la dimension épique de la bataille et
nous avoir surpris, v. 6 à 8).
héroïque de Rodrigue.
b. Mais la surprise est du côté des assaillants, comme
Préparer la lecture le souligne l’opposition des deux hémistiches du
1. a. et b. L’adjectif épique qualifie une histoire vers 17 : Ils couraient au pillage, et rencontrent
digne d’une épopée (nom commun dont il dérive), la guerre ! imparfait / présent ; pillage facile /
c’est-à-dire mettant en scène un ou des héros guerre difficile.
faisant face à une série d’aventures et de périls. 4. Rodrigue se révèle ici un fin stratège : en bon
À l’origine, l’épopée est un récit en vers. chef de guerre, il met en place une embuscade
2. Exemples d’épopées de l’Antiquité : Iliade et qui réussit.
Odyssée d’Homère, Énéide de Virgile. On peut 5. Rodrigue fait part de son récit au présent de
ajouter La Chanson de Roland, épopée médiévale, narration, pour le rendre plus vivant et donner
à laquelle Le Cid fait écho. l’illusion à son auditoire (la Cour du roi, les
spectateurs) d’assister à une scène d’actions.
6. En effet, les actions guerrières s’enchaînent :

Les actions des Maures Les actions des Castillans


Les Maures et la mer montent jusques au port. (v. 4) On les laisse passer ; […] / Point de soldats au port, point aux
murs de la ville. (v. 5-6)
Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent, Nous nous levons alors, et tous en même temps / Poussons
/ Et courent se livrer aux mains qui les attendent. jusques au ciel mille cris éclatants. (v. 11-12)
(v. 9-10)
Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent  ; / Ils
(v. 17) paraissent armés (v. 13-14)
Nous les pressons sur l’eau, nous les pressons sur terre, / Et nous
faisons courir des ruisseaux de leur sang (v. 18-19)

157 Le Cid : l’héroïsme cornélien

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7. Dans ce récit de Rodrigue, on voit très nettement Préparer la lecture
que les Maures sont dominés, passifs et paralysés 1. À la fin de l’acte IV, Rodrigue est le nouveau
par la peur et la surprise, du vers 14 au vers 20, champion de la ville de Séville  : il a repoussé
avec les expressions  : les Maures se confondent l’attaque des Maures. Pour le roi et sa Cour, il
(v. 14) ; L’épouvante les prend (v. 15), Avant que n’est plus question de le poursuivre en justice, ni
de combattre ils s’estiment perdus (v. 16) ; Avant de risquer de se priver d’un si vaillant protecteur.
qu’aucun résiste ou reprenne son rang (v. 20). Mais Chimène maintient sa demande.
8. Le vers 19 est construit sur une métaphore : 2. Un dénouement correspond aux scènes finales
le sang maure coulant tel un ruisseau. Cette d’une pièce de théâtre : il « dénoue » le nœud
métaphore est doublée d’une hyperbole, puisque de l’intrigue et présente la nouvelle situation des
le flot de sang est si abondant qu’il finit par former personnages principaux.
des ruisseaux  ! Ce vers a une tonalité épique  :
il exprime de façon poétique (la métaphore) Dégager l’essentiel
le résultat de l’action guerrière et magnifie le a. Dans la scène 6 de l’acte V, le roi considère que
massacre par l’emploi de l’hyperbole. Chimène a accompli son devoir (v. 4 à 6).
9. À l’issue de ce long récit de soixante-treize vers b. Le passage de la scène  6 à la scène  7 est
(dont nous en avons extrait vingt), on apprend marquée par l’entrée de Don Rodrigue, l’Infante
que les troupes sévillanes sortent vainqueurs de et sa gouvernante Léonor.
ce sanglant combat à rebondissements, s’achevant c. Dans la scène 7, Don Fernand propose à Chimène
sur le célèbre alexandrin : Et le combat cessa faute et Rodrigue de conclure un mariage. Il devra avoir
de combattants (! sujet d’écriture, p. 223). Par cet lieu dans un an, le temps du deuil de son père
exploit, Rodrigue devient le sauveur de Séville, le pour Chimène (v. 14).
« Campeador », le champion qui a su galvaniser d. Le roi confie au Cid, vainqueur d’une première
les hommes (Nous partîmes cinq cents ; mais par bataille contre les Maures, la mission de leur
un prompt renfort / Nous nous vîmes trois mille en reporter la guerre (v. 18) jusqu’en leur pays, pendant
arrivant au port, v.  1  259-1  260), concevoir un cette année d’attente.
stratagème militaire, se battre vaillamment sur le e. Dans les vers  26 et  27, on comprend que
champ de bataille. Il gagne le titre honorifique de Rodrigue accepte cette double proposition.
« Cid », donné par ses ennemis vaincus, comme
le souligne Don Fernand aux vers 1 225 à 1 228. Analyser le texte
Aux yeux de tous, c’est le nouveau héros dont la 1. Pour convaincre Chimène qu’elle n’a pas à rougir
ville a besoin pour se protéger à l’avenir. de son amour, Don Fernand lui démontre qu’elle
10. Par respect pour la règle classique de la a vengé son père en mettant tant de fois [son]
bienséance, ce combat, violent et sanglant, n’est Rodrigue en danger (v. 6), que manifestement le
pas montré sur scène, mais raconté. On peut ciel, Dieu, ne veut pas de la mort de Rodrigue (v. 7),
également faire remarquer que le principe du qu’elle ne doit pas penser qu’à son père et faire
récit au théâtre permet de contourner la difficulté pour elle quelque chose (v. 8), qu’elle doit obéir
technique de mettre en scène une telle bataille. au commandement de son roi (v. 9). Il ajoute au
vers 13 : Rodrigue t’a gagnée (lors du duel contre
Don Sanche), et tu dois être à lui.
Un dénouement tragi-comique
2. Le roi résout donc leur dilemme, en commandant
Pierre Corneille, Le Cid (extrait 5 : aux deux amants d’accepter le mariage. Chimène
acte V, scènes 6 et 7) peut prendre un an (v. 14) pour faire le deuil de
Livre de l’élève, p. 224 à 226 son père et rendre ainsi légitime (v.  11) ce qui
semblait d’abord ne se pouvoir sans crime (v. 12).
Objectifs Pendant ce temps, Rodrigue devra repartir au
• Étudier le dénouement de cette tragi-comédie. combat contre les Maures, pour en revenir encor
• L’héroïsme de Rodrigue et de Chimène. plus digne d’elle (v. 23).

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3. Le dernier vers résume son commandement : Histoire des arts
pour mettre un terme à ce conflit, il conseille à Image 1 : 1. On compte neuf comédiens sur la
Rodrigue de laisser faire le temps (du deuil, de scène du théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis,
l’oubli, du pardon), sa vaillance (à combattre pour alors que la scène 7 de l’acte V en prévoit dix.
redorer son blason aux yeux de Chimène) et son 2. Rodrigue est interprété par le jeune homme en
roi (qui, par essence, sait ce qui est bon et juste costume rouge et or (premier plan, côté jardin),
pour ses sujets). agenouillé face à Chimène (premier plan, côté
4. La pièce se termine sur le mot roi, ce qui permet cour). Cette dernière est vêtue d’une robe pourpre
à Corneille de rendre hommage au pouvoir royal et d’un voile noir, en signe de deuil. Entre les deux,
en général et à Louis XIII en particulier. au centre de la scène, se trouve le roi Don Fernand,
5. Le Cid (mot que l’on découvre à la toute fin du plus richement paré (large col sur un pourpoint
corpus choisi, mais qui dans la pièce est cité dès blanc) : il est en position d’arbitre.
la scène 3 de l’acte IV) est donc le nom attribué à 3. On peut identifier l’Infante, au deuxième plan
Rodrigue par les Maures : c’est un titre d’honneur (à gauche, côté jardin sur la scène), vêtue d’une
pour ce vainqueur estimable. Don Fernand le robe blanche, couleur de la monarchie française
traduit par seigneur au vers 21. Il proviendrait du depuis les Bourbons, comme pour son père. On
mot arabe sidi qui désigne « le chef de tribu », peut émettre l’hypothèse que l’homme portant la
« le seigneur ». barbe à l’arrière-plan est Don Diègue.
6. a. Rodrigue vient de remporter son dernier duel, 4. On constate que tous les personnages cités dans
celui contre Don Sanche qui voulait venger la mort la didascalie ne sont pas présents sur la scène du
du père de Chimène. théâtre Gérard-Philipe. On retrouve Rodrigue et
b. Don Rodrigue est donc un véritable héros, au Chimène au premier plan, Don Fernand, l’Infante
sens épique, car il sort vainqueur de tous ses et Don Sanche au deuxième plan et, à l’arrière-
combats, et au sens moral, car il choisit toujours plan sur l’estrade, quatre hommes : Don Diègue,
l’honneur. Don Arias et Don Alonse ; le quatrième ne figure
7. Jusque dans cette ultime scène, amour et pas chez Corneille : on peut penser, au vu de son
honneur restent des valeurs inséparables et très jeune âge, qu’il s’agit du page, tenant le bâton du
présentes dans l’esprit de Rodrigue : Pour posséder roi. Il manque donc les deux gouvernantes, Léonor
Chimène, et pour votre service,  / Que peut-on et Elvire, qu’Alain Olivier, dans sa mise en scène,
m’ordonner que mon bras n’accomplisse ? (v. 26- a choisi d’évincer de ce dénouement.
27). Il en va de même dans l’esprit de Chimène, Image 2 : 5. Après la représentation et le tomber
comme le souligne le roi : Et par tes grands exploits du rideau, vient le moment du salut  : tous les
fais-toi si bien priser, / Qu’il lui soit glorieux alors comédiens s’alignent face au public, ceux qui
de t’épouser (v. 24-25). interprètent les rôles principaux se retrouvant au
8. En repartant au combat pendant un an, Rodrigue centre, pour être vus de toute la salle.
met sa vie en danger. 6. a.  Les comédiens se donnent alors la main
9. Le dénouement de cette pièce classique emprunte pour montrer l’esprit de troupe qui les lie. Ils
à la comédie sa fin heureuse avec la réconciliation s’inclinent vers le public en remerciement de leurs
des deux amants et l’annonce de leur mariage ; mais applaudissements.
elle est ternie par l’idée de mort qui continue de b. Les spectateurs applaudissent pour exprimer leur
les menacer : la mort de Rodrigue au combat et le contentement d’avoir vu ce spectacle : ils saluent le
suicide de Chimène, inconsolable. Une fin tragique travail collectif de tous les comédiens, du metteur
reste alors probable. C’est une fin de tragi-comédie. en scène, des costumiers, des décorateurs, des
éclairagistes, des machinistes, etc.
Enrichir son vocabulaire c. Face aux applaudissements nourris de la salle
• Le contraire du verbe priser se forme à l’aide du qui a particulièrement apprécié leur prestation, les
préfixe négatif mé-, d’où mépriser. comédiens, ayant quitté la scène, sont alors conviés
• L’adjectif précieux caractérise quelque chose à un « rappel » : un retour pour recevoir une nouvelle
qui a du prix. série d’applaudissements. C’est une marque de succès.

159 Le Cid : l’héroïsme cornélien

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