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Université Hassan II de Casablanca

Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales

Ain chok - Casablanca

DROIT PENAL GENERAL

EXERCICES : Cas pratique

Mme AZDDOU

Année Universitaire 2020-2021

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METHODE DU CAS PRATIQUE

Le cas pratique est un exercice qui demande à l’étudiant de résoudre des problèmes
juridiques posés par une situation de fait.

Le cas pratique nécessite une lecture attentive (2 ou 3 fois) des faits donnés en
soulignant tout ce qui peut avoir de l’importance. Par la suite, il faut respecter 3
étapes obligatoires :

1) La qualification juridique des faits : il faut filtrer les informations et


rattacher les faits à une notion juridique. Autrement dit, il faut leur donner
un sens et une terminologie juridique.
2) La question de droit : Il s’agit des problèmes de droit posés par le cas pratique.
Généralement, l’enseignant pose un cas pratique fermé c’est-à-dire il pose les
questions auxquelles il faut répondre. Il suffit donc de reprendre les questions
posées en les reformulant autrement.
Toutefois, il arrive que l’enseignant pose un cas pratique ouvert laissant ainsi
aux étudiants le soin de ressortir la ou les questions de droit à partir des
faits. Exemple, il pose la question « Qu’en pensez-vous ? »
3) Résolution du cas pratique : La résolution du cas pratique nécessite
l’utilisation du syllogisme c’est-à-dire un raisonnement juridique déductif qui se
déroule en 3 étapes :
- La Majeure : il faut identifier et exposer les éléments théoriques qui
intéressent la question posée. Autrement dit, l’étudiant doit exposer de façon
claire les connaissances acquises en cours magistral. (Exemple : Selon l’article
x du code pénal, le vol est une soustraction ….Il faut trois éléments pour que
l’infraction de vol soit constituée. En effet, il faut d’abord, un élément légal
….Ensuite, il faut un élément matériel qui consiste à….Et enfin, il faut un
moral. Notons, que le vol est réprimé qu’il ait été tenté ou consommé...La peine
prévue est de …Toutefois,…. )
- La Mineure : Il s’agit cette fois, en faisant le lien avec ce qui précède, de
vérifier si les solutions théoriques visées plus haut (dans la majeure) sont, en
l’espèce, c’est-à-dire compte tenu des faits du cas pratique, applicables et pour
quelles raisons. (Il faut aller à la ligne et commencer cette nouvelle rubrique par
« En l’espèce, ….)
- La Solution : Cette dernière rubrique est brève. Il s’agit de conclure et de
répondre de façon très synthétique à la question de droit posée : « En
conclusion, Mme DUPONT a commis l’infraction de vol qualifié crime au sens
de l’article …du code pénal et risque une réclusion de ….. »

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CAS PRATIQUE N°1
Monsieur LAPOISSE doit faire face à de graves difficultés financières suite à la mise
en liquidation judiciaire de son entreprise. Afin d’améliorer sa situation financière, il
demande à Mme MAUVAISEFOI son ex épouse de lui prêter la somme de 200 000 dh
qu’il s’engage à lui restituer dans quelques mois.
Se souvenant de toutes les infidélités de son ex mari, Mme MAUVAISEFOI refuse de
lui accorder le prêt.
Furieux, Monsieur LAPOISSE se souvient qu’il a gardé les clés de la maison de son ex
conjointe et qu’il dispose du code du coffre situé dans sa chambre à coucher. Il se
souvient aussi que Mme MAUVAISEFOI garde toujours du liquide et ses bijoux de
famille dans son coffre.
Ainsi, il décide de faire appel à un vieux ami Monsieur IMBECILE pour s’introduire
chez son ex épouse et soustraire le contenu du coffre. Il lui garantit qu’il ne court
aucun risque dans la mesure où Mme LAPOISSE, souffrant d’insomnie sévère, prend
toujours des somnifères pour s’endormir.
Au cours de la nuit, Monsieur IMBECILE passe à l’acte. Il réussit à entrer dans la
maison grâce aux clés remis par M. LAPOISSE. Toutefois, lorsqu’il essaye d’ouvrir le
coffre avec le code communiqué par son ami, il échoue. Indéniablement Mme
MAUVAISEFOI a modifié celui-ci.
Ainsi, il décide d’abandonner l’ouverture du coffre et de rentrer chez lui.
Que pensez-vous de la situation de Messieurs LAPOISSE et IMBECILE ?

Extraits du code pénal

Article 505 : Quiconque soustrait frauduleusement une chose appartenant à autrui est
coupable de vol et puni de l'emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 200 à
500 dirhams.

Article 509 : Sont punis de la réclusion de dix à vingt ans les individus coupables de
vol commis avec deux au moins des circonstances suivantes :

- Si le vol a été commis avec violences, ou menaces de violences, ou port illégal
d'uniforme, ou usurpation d'une fonction d'autorité ;
 -Si le vol a été commis la nuit ;
 -Si le vol a été commis en réunion par deux ou plusieurs personnes ;
 -Si le vol a été commis à l'aide (…) de fausses clés (même de vrais clés gardées
sans droit)…..

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CORRIGE DU CAS PRATIQUE N°1

-Est-ce que le comportement de M. LAPOISSE constitue un acte de complicité ?

-Est-ce que le comportement de M. IMBECILE constitue une tentative punissable ?

I- Situation de M. LAPOISSE

LA MAJEURE : Pour que la complicité soit constituée, il faut la réunion d’une


infraction principale punissable, d’un élément matériel et d’un élément moral.

-l’exigence d’une infraction principale punissable : toute complicité suppose


une infraction commise (criminelle ou délictuelle), à titre principal, par une autre
personne que le complice. Notons que l’infraction principale à laquelle se rattache la
complicité peut consister en une simple tentative.

-Elément matériel de la complicité : L’acte de complicité doit être antérieur


ou concomitant à la commission de l’infraction. A ce titre, l’article 129 du CP énumère
une série d’actes pouvant constituer la complicité. Il en est ainsi du fait de provoquer
l’infraction ou de donner des instructions pour la commettre (l’auteur moral ou
intellectuel) ; du fait d’aider ou d’assister l'auteur ou les auteurs de l'action, dans les
faits qui l'ont préparée ou facilitée ; du fait de procurer des armes, des instruments ou
tout autre moyen qui aura servi à l'action ; du fait d’habituellement fournir logement,
lieu de retraite ou de réunions à un ou plusieurs malfaiteurs exerçant des brigandages
ou des violences contre la sûreté de l'État, la paix publique, les personnes ou les
propriétés

-Elément moral : La complicité doit être intentionnelle. L'élément matériel ne


pourrait être le seul critère exigé. Ainsi, une personne ne peut être complice que
lorsqu’elle agit en connaissance de cause. Le complice doit être au courant du but de
celui qu'il aide et doit adhérer à son projet.

En vertu des dispositions de l’article 130 du CP, le complice d'un crime ou d'un délit
est punissable de la peine réprimant ce crime ou ce délit.

Les circonstances personnelles d'où résultent aggravation, atténuation ou exemption de


peine n'ont d'effet qu'à l'égard du seul participant auquel elles se rapportent.

Toutefois, les circonstances objectives, inhérentes à l'infraction, qui aggravent ou


diminuent la peine, même si elles ne sont pas connues de tous ceux qui ont participé à
cette infraction, ont effet à leur charge ou en leur faveur.

LA MINEURE : En l’espèce, indéniablement, M. LAPOISSE a commis un acte de


complicité dans la mesure où tous les éléments de celle-ci sont réunis à savoir :

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-l’infraction préalable punissable est constituée, en l’espèce, par
la tentative. En effet, il est indifférent que M. IMBECILE après s’être introduit dans la
maison abandonne l’ouverture du coffre car le code communiqué par M. LAPOISSE
ne fonctionne pas. Il s’agit ici d’un désistement qui n’est pas spontané et volontaire. Il
intervient à cause d’un évènement extérieur et indépendant à savoir le code qui ne
fonctionne pas. En outre, il s’agit d’une tentative de commettre une infraction
criminelle car le comportement de M. IMBECILE constitue un vol commis avec deux
circonstances aggravantes prévues dans l’article 509 à savoir la nuit et les fausses clés
-Elément matériel de la complicité : il est constitué, d’une part, par le fait
que M. LAPOISSE en demandant à son ami M. IMBECILE de cambrioler la maison
de son ex épouse commandite un vol et, d’autre part, par les moyens fournis à M.
IMBECILE pour réussir cette tâche à savoir les clés de la maison et le code du coffre.
-Elément moral de la complicité : Il est constitué car M. LAPOISSE agit
en connaissance de cause lorsqu’il commandite le vol et fournit les clés de la maison
ainsi que le code du coffre.
Solution : M. LAPOISSE sera poursuivie pour complicité et risque la même peine que
l’auteur de l’infraction de vol avec circonstances aggravantes à savoir la réclusion de
10 à 20 ans.

II- Situation de Monsieur IMBECILE


La Majeure : Le législateur appréhende l’hypothèse du commencement d’exécution
interrompue involontairement dans le cadre de la tentative. Cette dernière n’est
sanctionnée que si l’infraction tentée est criminelle ou délictuelle. Ainsi, pour les
crimes, la tentative est toujours punissable sans un texte préalable. Pour les délits, elle
ne l’est qu’en vertu d’une disposition spéciale expresse de la loi. Pour les
contraventions, elle ne l’est jamais compte tenu de la faible gravité de l’infraction.

En ce qui concerne les infractions criminelles, l’article 114 du CP dispose que « Toute
tentative de crime qui a été manifestée par un commencement d'exécution ou par des
actes non équivoques tendant directement à le commettre, si elle n'a été suspendue ou
si elle n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de
son auteur, est assimilée au crime consommé et réprimée comme tel ».

De la lecture de cet article, il ressort clairement que la tentative punissable suppose la


réunion de deux éléments :

-d’une part, un commencement d’exécution ou des actes non équivoques


tendant directement à commettre l’infraction. Il s’agit du comportement de la personne
extériorisée par des actes d’exécution non douteux, ayant une relation directe avec
l’infraction projetée. En effet, la simple intention ou résolution coupable ne peut
constituer la tentative ;

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-et, d’autre part, une absence de désistement exonératoire. En effet, la tentative
punissable ne peut être constituée s’il y a un commencement d’exécution et que
l’auteur renonce volontairement ou spontanément et assez tôt à accomplir l’acte
coupable. Le désistement doit être volontaire et antérieur à la consommation de
l’infraction.

Notons que l’auteur de la tentative encourt la même peine que si l’infraction avait été
consommée.

La mineure : En l’espèce, M. IMBECILE a bien commis une tentative de vol dans la


mesure où il a commencé l’exécution de son projet par des actes extérieurs non
douteux à savoir : s’introduire dans la maison avec des clés gardées indument par le
commanditaire et composer le code pour ouvrir le coffre. Le fait que M. IMBECILE
abandonne l’ouverture du coffre car il n’a pas réussi avec le code communiqué par le
commanditaire, ne constitue pas un désistement exonératoire. Le désistement de M.
IMBECILE n’est pas spontané et volontaire. Il intervient à cause d’un évènement
extérieur et indépendant à savoir le code qui ne fonctionne pas.

En outre, il s’agit d’une tentative de commettre une infraction criminelle car le


comportement de M. IMBECILE constitue un vol commis avec deux circonstances
aggravantes prévues dans l’article 509 à savoir la nuit et les fausses clés.

Solution : M. IMBECILE sera poursuivi pour tentative de vol commis avec des
circonstances aggravantes et risque la même peine que l’infraction consommée à
savoir une réclusion de 10 à 20 ans en vertu de l’article 509 du code pénal.

CAS PRATIQUE N°2 (concours réel d’infraction)

Désireux de favoriser la future union de sa fille avec le jeune ROMEO, M. FORTUNE


a prêté à celui-ci une importante somme d'argent destinée à contribuer au financement
de son entreprise. Peu après, M. FORTUNE a appris par sa fille que ROMEO avait
brutalement mis fin à leur relation.

Furieux, M. FORTUNE a décidé de se rendre au domicile de ROMEO pour récupérer


son argent. L’entretien a vite dégénéré et M. FORTUNE a violemment frappé
ROMEO pour qu'il restitue l'argent prêté.

M. FORTUNE l'a en outre menacé de le tuer s'il ne renouait pas avec sa fille.

Les blessures occasionnées à ROMEO ne lui ont causé aucune maladie ou incapacité.

Que pensez-vous de la situation de M. FORTUNE ?

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EXTRAITS DU CODE PENAL

Article 400 : Quiconque, volontairement, fait des blessures ou porte des coups à autrui
ou commet toutes autres violences ou voies de fait, soit qu'ils n'ont causé ni maladie, ni
incapacité, soit qu'ils ont entraîné une maladie ou une incapacité de travail personnel
n'excédant pas vingt jours, est puni d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une
amende de 200  à 500 dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement.

Article 425 : Quiconque, par écrit anonyme ou signé, image, symbole ou emblème,
menace d'un crime contre les personnes ou les propriétés, est puni de
l'emprisonnement d'un à trois ans et d'une amende de 200 à 500 dirhams.

Article 427 : Si la menace prévue à l'article 425 faite avec ordre ou sous condition a
été verbale, la peine est l'emprisonnement de six mois à deux ans et l'amende de 200 à
250 dirhams.

QUESTION DE DROIT

Est-ce que le fait par M.FORTUNE d’agresser physiquement M. ROMEO et de le


menacer par la suite de le tuer dans l’hypothèse où il ne renouerait pas avec sa fille
constitue un concours réel d’infraction ?
MAJEURE : En vertu des dispositions de l’article 119 du code pénal, il y a concours
réel d’infractions quand l’auteur accomplit simultanément ou successivement plusieurs
infractions non séparées par une condamnation irrévocable. L’auteur, dans cette
hypothèse, se distingue du délinquant occasionnel et du récidiviste car il a commis
plusieurs infractions sans qu’elles soient séparées par des condamnations irrévocables.

L’article 120, pour sa part, prévoit que si l’auteur de ces infractions est déféré à la
même juridiction, une seule peine privative de liberté est prononcée dont la durée ne
peut dépasser le maximum de celle édictée par la loi pour la répression de l’infraction
la pus grave.

S’il y a pluralité de poursuites et que plusieurs peines ont été prononcées, seule la
peine la plus forte est exécutée.

MINEURE : En l’espèce, M. BONNEFOI a, en premier lieu, agressé physiquement


M. ROMEO dans son domicile sans lui infliger une incapacité ou une maladie. Ce
comportement est sanctionné par l’article 400 du code pénal d'une peine
d’emprisonnement d'un mois à un an. Il a, en deuxième lieu, menacé de l’exécuter s’il
ne renoue pas avec sa fille. Ce comportement est sanctionné par l’article 427 d’une
peine d'emprisonnement de six mois à deux ans.

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Indéniablement, ces comportements constituent bien une situation de concours réel
d’infraction car les deux infractions sont commises simultanément sans aucune
séparation par une condamnation irrévocable.

Il s’ensuite que M. BONNEFOI va être déféré devant la même juridiction qui


prononcera la peine la plus lourde des deux infractions à savoir la peine
d’emprisonnement de six mois à deux ans.

Conclusion : Le fait d’agresser physiquement M. ROMEO et celui de le menacer


verbalement de mort s’il ne renoue pas avec sa fille constituent une situation de
concours réel d’infraction où le juge prononcera la peine la plus lourde des deux
infractions commises à savoir une peine d’emprisonnement de six mois à deux ans.

CAS PRATIQUE N°3 ( crime avec une circonstance aggravante + Concours réel
d’infraction)

M. CANNABIS est en colère après ses parents car ils ne veulent plus lui donner
d’argent pour acheter des stupéfiants. Ainsi, il décide de leur régler leur compte pour
pouvoir hériter et profiter pleinement de la fortune familiale.

Au cours de la nuit, M. CANNABIS s’empare d’un couteau posé sur la table de la


cuisine et égorge ses parents.

Que pensez -vous de la situation de Monsieur CANNABIS ?

EXTRAITS DU CODE PENAL

Article 392 : Quiconque donne intentionnellement la mort à autrui est coupable de


meurtre et puni de la réclusion perpétuelle.

Article 396 : Quiconque donne intentionnellement la mort à son père, à sa mère ou à


tout autre ascendant est coupable de parricide et puni de la peine de mort

Questions de droit :
-Est-ce que le fait par M. CANNABIS de donner la mort à ses deux parents constitue
l’infraction de meurtre commise avec une circonstance aggravante à savoir le parricide
puni de la peine de mort ?
Est-ce que le fait par M. CANNABIS d’exécuter simultanément ses parents constitue
un concours réel d’infraction ?
Solution :
I – La circonstance aggravante

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MAJEURE : Les circonstances aggravantes peuvent être définies comme des
circonstances accessoires du fait principal, fixés limitativement par la loi et qui
déterminent une augmentation des peines ordinaires. Elles sont appréhendées par
l’article 152 du code pénal qui distingue deux cas de circonstances aggravantes :

-les circonstances inhérentes à la commission de l’infraction : elles sont réelles


et objectives car elles se rattachent au fait matériel de l’infraction. A ce titre, on
distingue les circonstances de moyen, des circonstances de lieu, des
circonstances de temps ;

-les circonstances inhérentes à la personne de l’auteur  ou sa culpabilité : elles


sont dites personnelles ou subjectives car elles sont liées à la personne de
l’auteur. On distingue celles fondées sur la nature de la relation unissant
l’auteur à sa victime car cette relation imposait un devoir particulier de respect
ou cette relation est de nature à faciliter l’infraction de celles fondées sur
l’exercice de certaines fonctions qui impliquent une honnêteté sans faille.

Ces circonstances n’ont d’effet qu’à l’égard du seul auteur auquel elles se
rapportent (article 130 du CP).

En vertu des dispositions de l’article 142, la présence de ces circonstances aggravantes


engendre pour le juge de procéder à, soit une aggravation de la peine, soit une
modification de la catégorie d’infraction.

MINEURE : En l’espèce, M. CANNABIS a commis une infraction criminelle


passible de la réclusion perpétuelle à savoir l’infraction de meurtre dont tous les
éléments sont constitués. En effet, il y a l’élément légal, l’élément matériel qui
consiste en la réalisation de l’infraction de meurtre par le fait d’égorger ses parents
avec le couteau récupéré de la cuisine et enfin l’élément moral. Ce dernier consiste
dans le fait que M. CANNABIS a réellement voulu donner la mort à ses parents.
Notons que le législateur a appréhendé l’hypothèse d’une circonstance aggravante
tenant compte de la relation qu’entretient l’auteur avec la victime. En effet, il a érigé le
meurtre réalisé sur des parents en une circonstance aggravante dans la mesure où il
aggrave la peine encourue. Il s’agit indéniablement d’une circonstance aggravante
inhérente à la personne de l’auteur.
Il s’ensuit que le juge doit prendre en compte cette circonstance aggravante et
sanctionner M. CANNABIS sur la base de l’article 396 du code pénal
Conclusion : M. CANNABIS a commis une infraction criminelle avec circonstance
aggravante à savoir un parricide puni d’une peine aggravée : la peine capitale
II – Le concours réel d’infractions

MAJEURE : En vertu des dispositions de l’article 119 du code pénal, il y a concours


réel d’infractions quand l’auteur accomplit simultanément ou successivement plusieurs

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infractions non séparées par une condamnation irrévocable. L’auteur, dans cette
hypothèse, se distingue du délinquant occasionnel et du récidiviste car il a commis
plusieurs infractions sans qu’elles soient séparées par des condamnations irrévocables.

L’article 120, pour sa part, prévoit que si l’auteur de ces infractions est déféré à la
même juridiction, une seule peine privative de liberté est prononcée dont la durée ne
peut dépasser le maximum de celle édictée par la loi pour la répression de l’infraction
la pus grave.

S’il y a pluralité de poursuites et que plusieurs peines ont été prononcées, seule la
peine la plus forte est exécutée.

MINEURE : En l’espèce, M. CANNABIS en égorgeant ses deux parents


simultanément est dans une situation de concours réel d’infraction car les deux crimes
sont commis simultanément sans aucune séparation par une condamnation irrévocable.

IL s’ensuite que M. CANNABIS va être déféré devant la même juridiction qui


prononcera la peine la plus lourde des deux infractions à savoir la peine de mort dans
la mesure où les deux infractions commises sont identiques et punies de la même peine
qu’est la peine de mort.

Conclusion : Le fait de donner la mort à ses deux parents de manière simultanée par
M. CANNABIS constitue une situation de concours réel d’infraction

CAS PRATIQUE N°4 (Tentative de vol commis avec des circonstances


aggravantes)
Il y a deux mois, M. BONNEFOI a été licencié pour motif économique. Le 7 janvier
2021, aux alentours de 20h, sa femme l’appelle pour lui demander de venir en urgence
pour emmener son fils âgé de 4 ans à la clinique à cause d’une forte fièvre qui persiste
malgré l’administration du paracétamol.
Ayant épuisé toutes ses économies depuis son licenciement, M. BONNEFOI est affolé
car il ne dispose pas des fonds nécessaires pour payer la clinique. Ne savant pas quoi
faire, il circule en scooter dans une rue du centre-ville. Apercevant une personne âgée
retirer l’argent du distributeur automatique et le mettre à l’intérieur de son sac à main
en bandoulière, il ralentit son allure, jusqu’à arriver à hauteur de celle-ci. Il tend alors
son bras en direction du sac de la piétonne pour le lui dérober. Mais, apercevant un peu
plus loin des fonctionnaires de police, il ramène immédiatement son bras le long de
son corps (sans être parvenu à saisir auparavant le sac à main), puis fait brutalement
demi-tour avec son véhicule.
Sur le fondement de quelle qualification pénale pensez-vous qu’il soit
envisageable de poursuivre M. BONNEFOI ? 

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EXTRAITS CODE PENAL

Article 505 : Quiconque soustrait frauduleusement une chose appartenant à autrui est
coupable de vol et puni de l'emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 200 à
500 dirhams.

Article 509 : Sont punis de la réclusion de dix à vingt ans les individus coupables de
vol commis avec deux au moins des circonstances suivantes :

-(…)

- Si le vol a été commis la nuit ;

 (…)
- Si les auteurs du vol se sont assurés la disposition d'un véhicule motorisé en vue
de faciliter leur entreprise ou de favoriser leur fuite ;
 (...)

QUESTION DE DROIT

-Est-ce que le comportement de Monsieur BONNEFOI constitue une tentative de vol


punissable en droit pénal ?
MAJEURE : Le législateur appréhende l’hypothèse du commencement d’exécution
interrompue involontairement dans le cadre de la tentative. Cette dernière n’est
sanctionnée que si l’infraction tentée est criminelle ou délictuelle. Ainsi, pour les
crimes, la tentative est toujours punissable sans un texte préalable. Pour les délits, elle
ne l’est qu’en vertu d’une disposition spéciale expresse de la loi. Pour les
contraventions, elle ne l’est jamais compte tenu de la faible gravité de l’infraction.

En ce qui concerne les infractions criminelles, la lecture de l’article 114 du CP fait


ressortir clairement que la tentative punissable suppose la réunion de deux éléments :

-d’une part, un commencement d’exécution ou des actes non équivoques


tendant directement à commettre l’infraction. Il s’agit du comportement de la personne
extériorisée par des actes d’exécution non douteux, ayant une relation directe avec
l’infraction projetée. En effet, la simple intention ou résolution coupable ne peut
constituer la tentative ;

-et, d’autre part, une absence de désistement exonératoire. En effet, la tentative


punissable ne peut être constituée s’il y a un commencement d’exécution et que
l’auteur renonce volontairement ou spontanément et assez tôt à accomplir l’acte

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coupable. Le désistement doit être volontaire et antérieur à la consommation de
l’infraction.

Notons que l’auteur de la tentative encourt la même peine que si l’infraction avait été
consommée.

La mineure : En l’espèce, M. BONNEFOI a bien commis une tentative de vol dans la


mesure où il a commencé l’exécution de son projet par des actes extérieurs non
douteux à savoir : s’approcher avec son scooter de sa victime et ralentir jusqu’à arriver
à hauteur de celle-ci. Par la suite, il a tendu son bras en direction du sac de la piétonne
pour le lui dérober. Le fait que M. BONNEFOI abandonne la soustraction du sac de sa
victime ne constitue pas un désistement exonératoire. Le désistement de M.
BONNEFOI n’est pas spontané et volontaire. Il intervient à cause d’un évènement
extérieur et indépendant à savoir la présence des fonctionnaires de police à proximité.

En outre, l’infraction projetée par M. BONNEFOI est une infraction criminelle car il
s’agit d’un vol commis avec deux circonstances aggravantes à savoir la nuit et le
véhicule à moteur selon l’article 509 du code pénal. Dans cette hypothèse, la tentative
est toujours punissable sans texte préalable et de la même peine que l’infraction
consommée sans texte préalable.

Solution : M. BONNEFOI sera poursuivi pour tentative de vol commis avec des
circonstances aggravantes (nuit et utilisation d’un véhicule à moteur) et risque la
même peine que l’infraction consommée à savoir une réclusion de 10 à 20 ans en vertu
des dispositions de l’article 509 du code pénal.

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