Vous êtes sur la page 1sur 9

ransr u ra l

T initiatives n°485 / avril-mai 2021 / 10 euros

•En Anjou, solidarité face au


coup de froid sur les vignes
•Des paysages
à se réapproprier
•Des outils fabriqués par et
pour des femmes

Dossier
Couveuses et espaces-test
sortent du champ
sommaire
Transrural initiatives
est publiée par l’Adir, association d’édition de :

Le réseau des Centres d’initiatives pour valoriser


l’agriculture et le milieu rural (Civam), ce sont
plus de 200 associations qui défendent depuis
plus d’un demi siècle des enjeux tels que la pré-
servation de l’environnement, l’offre d’aliments
de qualité, l’élaboration d’un autre modèle énergétique, la pro-
motion d’une agriculture durable, le maintien d’un monde rural
facteur de cohésion sociale (www.civam.org).
Lieu de rencontres, d’échanges et vecteur d’inté-
gration socio-économique, le Mouvement rural de
vivre ensemble
jeunesse chrétienne (MRJC), propose aux jeunes
de treize à trente ans vivant à la campagne ou Société
qui l’envisagent, de s’engager avec d’autres pour 4 Des chiffres et des cartes
l’amélioration de la qualité de vie, de leur environnement et de la
société qui les entoure par l’action, la réflexion, la recherche de sens
et la formation. (www.mrjc.org).
agriculture
Le Réseau d’expérimentation et de liaison
5 En Anjou, la solidarité face
des initiatives en espace rural (Relier) consi- au coup de froid sur les vignes
dère qu’il est nécessaire de soutenir le déve-
loppement d’autres activités à la campagne Société
et, face aux interrogations de notre société, 7 Des tiers-lieux nourriciers ?
qu’il est urgent de leur donner un sens : s’installer à la campagne,
monter une entreprise rurale, c’est d’abord faire le choix d’un
mode de vie. Depuis 1984, l’association d’éducation populaire agriculture
Relier contribue à créer et animer des lieux d’échange et de mise 8 Sans Salon, l’agriculture fait parler
en lien des personnes qui font le choix de s’installer et vivre en
milieu rural (www.reseau-relier.org).
d’elle autrement
un autre développement
Le centre de ressources sur les pratiques
et les métiers du développement local Agriculture
Cap Rural a pour vocation de promouvoir
13 L’Inrae modélise des redistributions
le développement des territoires ruraux et
périurbains de Rhône-Alpes. Depuis 1996, ménager les ressources de la PAC
Cap Rural porte le projet d’espaces ruraux vivants aux fonctions
diversifiées (productive, résidentielle, touristique et nature), initiative
composés par une mixité de populations et d’activités, et met-
Aménagement 14 Des outils fabriqués par
tant en œuvre de réelles dynamiques économiques, sociales et 10 Des paysages à se réapproprier et pour des femmes
environnementales, dans le cadre de relations équitables avec
les espaces urbains (www.caprural.org). Agriculture Société
Le Réseau des Créfad est une 11 « Face au changement climatique, 16 Chèques alimentaires durables :
coordination d’associations se l’adaptation c’est d’abord pour des objectifs irréconciliables ?
reconnaissant dans des valeurs continuer à produire »
communes en référence au Manifeste de Peuple et Culture
comme l’éducation populaire, la laïcité, la lutte contre les iné-
Agriculture
galités, les injustices, ou encore dans l’entraînement mental. Environnement 17 Durable, le poulet en batterie ?
Ses membres travaillent les thèmes de l’accompagnement, de 12 Viande cellulaire : une alternative pas
l’habiter, de la vitalité des territoires ruraux, de la jeunesse, de si écologique Aménagement
l’interculturel, du rapport à la lecture et à l’écriture. Ils œuvrent 17 Mobilités rurales 2040 :
ensemble pour se renforcer, s’inspirer et se soutenir mutuelle- préconisations et réalités
ment, construire du neuf (www.reseaucrefad.org).
Directeur de publication : Raphaël Jourjon - Équipe Chronique
de rédaction permanente : Fabrice Bugnot, Jade 19 La guerre des mots – acte XLI
Lemaire - Ont participé à ce numéro : Isabelle
Barnier, Michel Carré, Benoît Chaboud-Mollard, David
Chomentowski, Simon Coutand, Félix Grippon, William
Guillo, Raphaël Jourjon, Morgane Laurent, Étienne Quatrième de couverture
Martin, Jean-Claude Moreau, Pierre Paillard, Nicolas À l’été 2020, l’Union régionale des conseils d’architecture, d’urbanisme et de
Portelli. l’environnement a organisé un concours photo intitulé : « Ma ruralité heureuse
Maquette : Catherine Boé – vécue ou rêvée – en Nouvelle-Aquitaine ». Ce cliché, qui a reçu le troisième
Impression : Evoluprint, Bruguière
Administration / Rédaction :
prix, est signé Hélène Grenier. Elle y figure aussi : « Dans la famille, c’est moi
58 rue Regnault – 75 013 Paris qui fait les photos, explique cette professeure de SVT à la retraite. Quand je
Tél. 01 48 74 52 88 veux être dessus, je choisis le cadre et donne des explications... » Pris chez elle à Penne d’Agenais (47) il y a
Site internet : www.transrural- deux ans, il est intitulé « Moment privilégié de bonheur ». « Privilégié parce que je ne vois pas souvent mes
initiatives.org petits-enfants. Ce sont eux que je balade sur le tracteur, ils adorent ça. Quand j’ai vu passer l’annonce, j’ai tout
Mail : transrural@globenet.org de suite pensé à cette photo. » La sélection complète est sur https://wp.urcaue-na.fr/ma-ruralite-heureuse-2 et
devrait être exposée un peu partout dans la région lorsque la situation sanitaire le permettra.

Crédit photo de la couverture : Gummy Bone


et de la couverture du dossier : George Clerk

Reproduction autorisée sous réserve de demande


– n°CPPAP : 0625D86792 – ISSN : 1165-6166 –
(Ré)abonnez-vous à Transrural initiatives
2 Transrural
Dépôt légal : mai 2021.
initiatives sur la boutique en ligne de la revue
éditorial

Souveraineté alimentaire

découvrir
L es mots ont un sens et le transformer c’est transformer le monde. Depuis le début
de l’épidémie de Covid-19, l’industrie agroalimentaire et le syndicat majoritaire
ont réintroduit dans le débat public le concept de souveraineté alimentaire. Il
y a d’abord eu le Manifeste pour une souveraineté alimentaire solidaire de la FNSEA
en juin 2020 puis, le 18 mai 2021, un « Grand débat » sur le sujet1. Autour de la
20 BD table : élus, hauts fonctionnaires, représentants de l’industrie agroalimentaire ou de
la FNSEA, mais aussi le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie et Emmanuel
21 En revues Macron. Passé les salamalecs, déclarations lénifiantes d’introduction et de cadrage
22 Au fil des lectures du « débat » sans contradicteur, la présentatrice questionne : « Qu’est-ce que la
souveraineté alimentaire ? Demandons au public de voter pour le savoir ! » Un nuage
de mots s’affiche : autonomie, indépendance, écologie... Il ne sera jamais proposé de
définition et encore moins rappelé que ce concept a été développé face aux politiques
néo-libérales par la Via Campesina2. « La souveraineté alimentaire désigne le droit
des populations et de leurs États à définir leur politique agricole et alimentaire sans
dumping vis-à-vis des pays tiers. Il ne s’agit pas d’une énième politique de l’offre sans
prise en compte des demandes sociétales », s’énerve la Confédération paysanne3.
Au fil des interventions, on comprend que souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire,
I à XVI DOSSIER indépendance, balance commerciale, accès à l’alimentation... sont savamment
mélangés. Des témoignages d’agriculteurs enregistrés par les interprofessions et
Couveuses et espaces-test des publicités pour Lidl ou McDonald’s qui expliquent comment ils « répondent aux
attentes de la société » et « défendent les agriculteurs français » ponctuent les débats.
sortent du champ Plus tard, une vidéo explique qu’en 2050 il faudra augmenter de 50 % la production
La mobilisation collective pour le développement rural (MCDR) Terreau, agricole, sans préciser que l’on produit déjà trop ou mal, que l’on gaspille et que
dans laquelle s’inscrit ce dossier, s’intéresse à l’accueil de nouvelles po- ces chiffres dépendent avant tout de l’adoption d’un régime carné. Les deux lapsus
pulations en milieu rural, en particulier sous l’angle du transfert d’expé- d’Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie sur le
riences réussies de l’agriculture vers d’autres secteurs. Parmi ces expé- « soutien à l’agroalimentaire… euh… à l’agriculture » se passent de commentaires.
riences, les espaces-test agricoles, exemple unique d’accompagnement Comment s’étonner dans ces conditions des principales orientations pour l’application
à la création d’activités. Peuvent-ils s’appliquer à l’artisanat, l’associatif, de la future PAC en France, présentées le 21 mai dernier et qui ont conduit les
le culturel ? Comment les mettre au service des habitants et du lien social
membres de la Plateforme pour une autre PAC à quitter la réunion (cf. p.13) ? Mis à
dans les territoires ruraux ? Exemples à l’appui, ce dossier esquisse des
part quelques miettes pour certains maraîchers et les installations, presque rien ne
réponses en mettant en avant les notions de droit à l’erreur, d’ancrage
local et de collectif. bouge. Il y aurait pourtant beaucoup d’initiatives à soutenir au lieu de subventionner
les grands domaines détenus par des résidents suisses, la communication des
maisons de champagne4 et plus largement la production de blé ou de lait dont
environ la moitié est exportée. Le test d’activité, qui fait l’objet de notre dossier,
par exemple ? Les espaces-test agricoles, qui constituent notamment une réponse
aux volontés d’installation de personnes non issues du milieu agricole, pourraient
être adaptés – et le sont en partie déjà – à d’autres domaines comme l’artisanat,
la culture, l’associatif... L’approche développée par les acteurs du test comme les
Créfad ou le Reneta, à la croisée de l’éducation populaire et de l’économie sociale et
solidaire, offrirait une rupture salutaire avec le mythe de l’entrepreneur responsable
de son succès ou de son échec. À quand un grand débat sur la création d’activités en
milieu rural dont les objectifs ne seraient pas la croissance économique ou la balance
commerciale mais la satisfaction des besoins des porteurs de projets et habitants ?
george clerk

Fabrice Bugnot, responsable de la rédaction

1 - Organisé par le Conseil de l’agriculture française et le Centre national des expositions


et concours agricoles, tous deux dirigés par la FNSEA et des organisations partenaires.

2 - Mouvement social international regroupant 182 organisations paysannes dans 81 pays.

3 - www.confederationpaysanne.fr/actu.php?id=11450.

4 - Lire à ce sujet l’enquête sur sept gros bénéficiaires de la PAC sur https://basta.pouru-
neautrepac.fr.

http://boutique.transrural-initiatives.org
vivre ensemble
… il génère une pression sur le
marché immobilier et les ressources
en %
Taux de pauvreté en 2018 naturelles. »
25 ou plus
de 17 à moins de 25
de 13 à moins de 17
département rural
moins de 13
et département durable ?
On l’aura compris, difficile de conci-
lier économie, social et écologie,
Lecture : les trois composantes du dévelop-
En 2018, dans pement durable. Comment s’en
les Pyrénées- sortent les territoires ruraux dans
Orientales, le taux
de pauvreté est de
cette équation ? Difficile à dire, l’In-
21,0 % contre en see n’appliquant que très peu cette
moyenne 14,3 % grille de lecture à son analyse. Au
en France. détour de quelques phrases, on ap-
Source : Insee,
Filosofi 2018, prend tout de même que l’écart de
Budget de famille
2017 (uniquement salaires entre femmes et hommes
pour la Guade- y est globalement plus faible, que
loupe, la Guyane
et Mayotte). les départements ruraux valorisent
mieux leurs déchets que les dépar-
tements denses ou touristiques, ou

© IGN-Insee 2021
encore qu’ils sont plus préservés
de l’artificialisation des sols. Elle
diminue même en Charente, unique
département dans ce cas !
■ Jade Lemaire (Transrural)
agriculture

En Anjou, la solidarité
face au coup de froid sur les vignes
En avril, un redoutable épisode de gel a touché la vigne
française. Reportage auprès de Paul et Jean-Camille qui
ont lutté pendant une semaine pour sauver leur récolte.
Cet épisode questionne la pérennité du métier.

I I est 3 heures du matin ce mer-


credi 14 avril à Tigné, petit village
de 700 habitants dans le dépar-
tement du Maine-et-Loire. Jean-
Camille et Paul, vignerons sur un
Des bourgeons exposés
au gel
« Normalement à cette période, l’épi-
sode de gel dure un ou deux jours »,
explique Paul, 28 ans, installé sur
cette période de l’année. Ce qui est
plus exceptionnel, ce sont les tem-
pératures printanières aussi pré-
coces (jusqu’à 25 degrés) quelques
jours auparavant. Les premiers
domaine bio de 15 hectares, ne fer- l’exploitation avec son père depuis bourgeons et les feuilles sont sor-
ment plus l’œil depuis une semaine : début janvier. « Ça fait 30 ans que je tis et se sont exposés au gel. « On
leurs vignes, qui produisent du Rosé suis installé et je n’ai jamais vu ça », croisait tous les doigts, mais là on
d’Anjou, sont touchées par un long
et redoutable gel.
note ce dernier, Jean-Camille. Il n’y
a rien de surprenant à voir du gel à
ne s’attendait pas à une pareille ca-
tastrophe, reconnaît Paul. On a été …
n˚485 • avril - mai 2021 Transrural initiatives 5
vivre ensemble

Quel avenir
pour le métier ?
Une semaine et des nuits plus repo-
santes plus tard, le premier bilan
est moins pessimiste. « Un tiers de
la récolte est foutu, un tiers est bien
endommagé et un tiers en bon état »,
annonce Paul. D’autres régions
de l’Anjou ont été beaucoup plus
impactées : à Rablay-sur-Layon, où
l’on produit le vin du même nom,
70 à 80 % de la vigne est ravagé.
À quelques encablures d’Angers,
Anthony, installé depuis sept ans,
n’avait pas le cœur et les ressources
pour investir dans des pratiques
anti-gel qui demandent des inves-
tissements importants (2500 euros
l’hectare1). La totalité de sa vigne est

Adeline AudOuit
touchée et il s’interroge sur l’avenir
de son métier qui prend de plein
fouet le changement climatique. « En
Les vignes protégées par les bougies sur l’une des parcelles du domaine de Jean-Camille et Paul à Tigné (49).
30 ans, il y a eu quatre grands épi-
sodes de gel. 1991, 2017, 2019 et

… surpris par les températures qui sont


descendues très vite. Par exemple, le
1 - www.vignerons-
independants-
pays-de-la-loire.
ment quand le soleil se pointe. Les
bougies anti-gel installées entre les
2021. Sur les quatre, on en a pris trois.
À un moment donné, il faut se poser
les bonnes questions. Aujourd’hui
7 avril, à 6 heures, il faisait zéro, à fr/wp-content/ pieds de vignes sont allumées une dans ma tête, je me demande à quel
7h30, -5 degrés. » uploads/2018/04/ heure pour réchauffer l’atmosphère. moment je vais arrêter et je ne me
1%C3%A8re-page-
Au cinquième jour de gel, 13 hec- du-reportage-sur-la- Le foin livré dans la semaine est vois pas transmettre à quelqu’un. »
tares sur 15 sont touchés et les pre- lutte-anti-gel.pdf. brûlé pour créer un écran de fumée. ■ Étienne Martin (MRJC)
mières estimations laissent présager
une perte de 80 % de la récolte. À
peine le constat effectué, il faut se
préparer à la sixième nuit de gel qui Gel exceptionnel, aides exceptionnelles... et insuffisantes ?
s’annonce. La fatigue se lit sur les
visages. Deux hectares sont à sau- Le mois d’avril 2021 était le plus frais depuis 2001 et l’on n’avait pas enregistré de températures
ver et la solidarité se met en place. minimales aussi basses depuis 1973. En de nombreux endroits, le record de nombre de jours de
gelées a été battu. Conséquence : « vin, céréales, fruits et légumes : le gel n’a épargné personne en
Copains et famille viennent filer un
France », titrait Libération dès le 9 avril. S’il est encore tôt pour faire le bilan des pertes liées au
coup de main. Des équipes de huit
récent épisode de gel qualifié de « plus grande catastrophe agronomique du début du XXIe siècle »
se relaient chaque nuit. « Sans cette par le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, quelques estimations sont avancées par les
aide, on n’aurait clairement pas filières : 10 % des betteraves et du colza, un tiers des raisins et des pommes, 80 % des abricots,
tenu », reconnaît Paul. Cette solida- des pêches et des cerises pourraient être perdus... Le gouvernement a mis un milliard d’euros
rité existe aussi entre les vignerons d’aides sur la table, notamment en déclenchant le régime de calamité agricole, qui permet aux
qui se passent des coups de fil. agriculteurs touchés d’être en partie indemnisés. Il a par ailleurs annoncé des exonérations de
Le lendemain à cinq heures du taxes ou de cotisations, ou la mise à disposition des préfets d’une enveloppe à destination des
matin, la météo de l’ordinateur exploitations les plus en difficulté (les conditions de sa distribution demeurant opaques). Ces
allumé depuis une semaine affiche aides ont satisfait la FNSEA mais ont été jugées par la Confédération paysanne « insuffisantes » et
zéro degré. Un seau est installé au « sources d’inégalités », risquant selon elle de laisser de côté de nombreux paysans et de fragiliser
pied d’une vigne et l’eau commence la Mutualité sociale agricole. Si le dérèglement climatique rend indispensable les changements
à geler. L’alerte est donnée et une de pratiques et le renforcement de la recherche, il remet aussi en cause le système assurantiel
course contre la montre commence agricole, qui oppose d’un côté des assurances privées chères et frileuses et de l’autre un régime
d’aides publiques mobilisé exceptionnellement en cas d’événements climatiques... de moins en
pour anticiper le moment critique
moins exceptionnels. J.L.
où la température chute brutale-

6 Transrural initiatives n˚485 • avril - mai 2021


ménager les ressources
agriculture

« Face au changement climatique, en bref


l’adaptation c’est d’abord pour Les 20 du plastique
Vingt entreprises sont responsables
continuer à produire » de 55 % de la production de déchets
plastiques à usage unique dans le
monde, avec en tête ExxonMobil,
Ewa Kaniowska, animatrice à la FRCivam Limousin Dow et Sinopec. 19 % de ces déchets
présente un livret recensant des expériences menées auraient directement été rejetés
dans l’environnement. C’est le triste
dans des fermes agroécologiques du territoire1. bilan du rapport publié en mai par

Q
la fondation australienne Minderoo,
uel est l’objectif de ce livret ? tiques sur le territoire. L’augmentation qui appelle à la réduction de la pro-
Depuis 2012, j’accompagne des températures fait qu’il y a moins de duction avant l’augmentation du
des paysans qui se retrouvent précipitations, les sources s’assèchent recyclage.  ■
autour de la notion de système de de plus en plus tôt ou totalement et la
productions diversifiées. Le noyau du chaleur devient trop importante. Par Carte des pesticides
groupe, c’est trente à quarante per- exemple, faire de la tomate devient La revue Nature a publié en mars
sonnes. Il y a beaucoup d’installations très compliqué. Face au changement une carte inédite du risque lié à l’uti-
de néoruraux et ils nous rejoignent à climatique, l’adaptation c’est d’abord lisation de produits phytosanitaires
un moment ou à un autre. Ce sont des pour continuer à produire. Cela peut dans le monde, identifiant les zones
fermes avec beaucoup de maraîchage être contre-intuitif, mais certains ar- les plus vulnérables en matière de
et un peu d’élevage pour certaines. rosent pendant une heure à midi pour qualité de l’eau et de protection de la
Ce guide a été publié avant tout pour faire baisser la température. Après, biodiversité. Selon les chercheurs de
présenter leur approche systémique il y a l’approche globale notamment l’université de Sydney, 75 % des terres
et politique de l’agriculture sur des avec l’arbre, qui capte l’eau et la redif- agricoles mondiales sont exposées à
petites fermes diversifiées, souligner fuse et crée de l’ombre. Certains ont un risque de pollution aux pesticides.
les problématiques liées au change- implanté tous les quinze mètres des 31 % présentent un risque élevé ;
ment climatique et donner à voir leurs éléments arbustifs et des lianes. Cela dont 62 % des terres européennes et
leviers d’actions et leur expériences. permet aussi de gérer l’eau du sol 70 % des terres françaises. ■
On part d’un problème, puis on se car paradoxalement, certains ont des
demande pourquoi cela arrive, dans trop-pleins d’eau. Tartare d’algues
quel contexte, comment fonctionne Dans un rapport à paraître fin juin
le système de la ferme et le système Est-ce que des expériences sont me- mais déjà lu par Le Télégramme
vivant. Les paysans travaillent avec nées sur de nouvelles productions ? ou Le Monde, la Cour des comptes
des outils du design permacole même Pour l’instant, la diversification, c’est tacle l’État et les élus régionaux sur
s’ils ne font pas nécessairement de la surtout des produits de niche. Certains leur manque d’ambition contre la
permaculture. développent un peu d’élevage, en co- prolifération des algues vertes sur
hérence avec le reste du système. On a le littoral breton. L’origine de l’azote
Vous citez dans le livret une étude de aussi des cultures de champignon ou qui dope les ulves nauséabondes
l’Observatoire régional de l’agricul- de thé qui émergent. Mais l’essentiel, 1 - Leviers d’actions et mortelles est bien connue : les
ture et du changement climatique c’est le travail sur l’arbre et la vie du face au changement fermes de huit bassins versants des
qui prévoit une hausse des tempéra- sol. On a fait des fiches de ferme qui climatique. Groupe
“Systèmes agroéco- Côtes d’Armor et du Finistère. Pour-
tures de 3,7 °C en 2100 et une baisse sont des outils d’animation mais aussi logiques en Limousin tant, seulement 50 millions d’euros
des précipitations de près de 60 mm de partage d’expériences qui détaillent (SAEL)”. 2020. seraient réellement allés à la pré-
Disponible en ligne :
par an d’ici 2050. Mais quelles sont cela. On s’est inspiré du diagnostic de www.frcivam-limou- vention des fuites d’azote d’origine
les conséquences du changement durabilité de Réseau Civam avec l’idée sin.com/activites/ agricole entre 2010 et 2019, des
climatique aujourd’hui ? Comment de montrer les éléments clefs de la groupe-systeme-
agroecologique- sommes « dérisoires si on les com-
les paysans s’adaptent ? durabilité et les choses que les produc- en-limousin-sael/ pare au montant des aides du pre-
On a eu par exemple trois sécheresses teurs avaient envie de valoriser. publications.
mier pilier de la politique agricole
successives, ce qui pose problème car ■ Propos recueillis par Fabrice Bugnot
commune en Bretagne ».  ■
on n’a pas vraiment de nappes phréa- (Transrural)

n˚485 • avril - mai 2021 Transrural initiatives 11


DoSSIeR Couveuses et espaces-test
sortent du champ

● Est-ce que tout fait test ?............................ II


● Le test comble des vides............................ III
● Les Jardins de la rue, du test au succès.. IV
● Du rural à l’agriculture…
et de l’agriculture au rural ?,..................... VI
L a crise sanitaire semble avoir accéléré un phénomène souvent qualifié, peut-être exa-
gérément, d’« exode urbain », le télétravail permettant d’envisager une installation à la
campagne, où, suppose-t-on, la qualité de vie serait meilleure qu’en ville. D’où ce défi
pour les territoires ruraux (que beaucoup n’avait pas attendu 2020 pour commencer
à relever1) : accueillir les nouveaux arrivants. Pour ces derniers, le pari consiste à se faire une
place, notamment à travers la création d’activités. La mobilisation collective pour le développe-
ment rural (MCDR) Terreau2, dans laquelle s’inscrit ce dossier, s’intéresse à l’accueil de nouvelles
● De l’importance du droit à l’erreur........... VI populations en milieu rural, en particulier sous l’angle du transfert d’expériences réussies de
l’agriculture vers les autres secteurs d’activité. Parmi ces expériences, les espaces-test agricoles,
● Des incubateurs de start-up, un maillon important dans les processus d’accompagnement multiacteurs locaux, sont juste-
les espaces-test ?......................................VII ment une réponse aux volontés d’installation de personnes non issues du milieu agricole. Ce
● « Nous avons un intérêt à accompagner des dispositif peut-il être adapté dans les domaines de l’artisanat, de la culture, de l’associatif ?
projets non agricoles en milieu rural »..VIII Nous verrons qu’il l’est déjà, de manière plus ou moins assumée et/ou conscientisée, dans
certains tiers-lieux par exemple, ou dans certains dispositifs d’accompagnement des jeunes.
● Ancrer son installation dans le territoire....X
Peut-on tout tester ? Qu’est-ce qui distingue un espace-test d’autres dispositifs existants (institu-
● Se lancer au sein d’un tiers-lieu................XI tionnels notamment) de mise à l’épreuve des entrepreneurs ? Comment mettre le test d’activité
au service des habitants et du lien social dans les territoires ruraux ? Exemples à l’appui, ce
● À travers le test, créer du collectif.........XII
dossier esquisse quelques réponses, mettant notamment en avant les notions de droit à l’erreur,
● Des espaces-test spécial jeunes ?...........XII d’ancrage local et de collectif.
● S’inspirer d’autres expériences dans la 1 - Pensons à la Haute-vallée de l’Aude, étudiée par François de Ravignan dans L’avenir d’un désert, au pays sud
Caravane des possibles............................XIV audois – Atelier du Gué – 1996.

● Peut-on tout tester ?.................................XVI 2 - La MCDR Terreau, pour « transfert d’expérimentations réussies en rural : essaimage, agriculture, usages
», est un programme du Réseau rural national piloté par Terre de liens dans lequel Réseau Civam, Relier, la
● Ressources................................................XVI Fadear, le Réseau des Créfad et le Reneta sont partie prenante.

n˚485 • avril - mai 2021 Transrural initiatives I


vous abonner e sur :
uvez lign
Vous po r un numéro eniatives.org
Transrural ou c
t
o
t
m
p:
m
//
ande ansrural-init
bou e.tr
tiqu

Transrural
h
initiatives
La revue associative des territoires ruraux
Transrural initiatives est une revue bimestrielle portée par des organisations de dévelop- ier-février 2018
/ 10 euros
initiatives n°466 / janv

pement agricole et rural qui se reconnaissent dans les valeurs de l’éducation populaire.
En s’appuyant sur un comité de rédaction composé d’acteurs du développement rural
(animateurs, militants associatifs), associés à des journalistes, elle propose une lecture
de l’actualité et des enjeux concernant les espaces ruraux qui privilégie les réalités de ter-
rain et valorise des initiatives locales et innovantes. La revue appréhende ces territoires
dans la diversité de leurs usages et met en avant des espaces où il est possible d’habi-
ter, de se déplacer, de s’instruire, de se cultiver, de produire, de se distraire et de tisser
des liens. Ces expériences locales illustrent concrètement des alternatives au modèle
de développement économique dominant, marqué par la mise en concurrence géné- • SE SENTIR DE NOU
VEAU ACTEUR
• « ZAD WILL SUR
VIVE »
ralisée, la disparition des solidarités et l’exploitation aveugle des ressources naturelles. •SIX MOIS D’ÉTAT
S GÉNÉRAUX, POUR
QUOI ?
Transrural entend sortir de la morosité ambiante et invite à l’action ! Dans chaque
QUEL MONDE LES NO
numéro, un dossier thématique permet d’approfondir une question (ex. : Agriculture RMES CONSTRUISE Dossier
et société : vers un nouveau contrat ; Repenser l’accueil des migrants dans les terri- NT-ELLES ?
?
toires ruraux ; Les champs de la culture revisités…).
Sans publicité, la revue assure son fonctionnement et son indépendance grâce aux abonnements.

Bon d’abonnement
Pour un abonnement d’un an (6 numéros de 40 pages) :
● Tarif normal (individus) : 55 € ;
● Tarif réduit (étudiants, chômeurs, temps partiel subi, abo. groupés – à partir de 5 personnes) : 45 € ;
● Tarif associations : 60 € ; Tarif institutions (collectivités, bibliothèques…) : 90 € ;
● À l’étranger : tarif normal : 65 € ; tarif institution : 95 €.

Société :................................................................ Nom - Prénom : ..................................................................................


Adresse : ..............................................................................................................................................................................
.............................................................................................................................................................................................
CP/Ville : ....................................................... Tél. / mail (en cas de retour de numéros) : ............................................................
Je souhaite recevoir une facture : r OUI r NON

Si vous souhaitez faire découvrir la revue,


indiquez ici les coordonnées de la personne de votre choix, nous lui enverrons un numéro :
Nom : .............................................................................................................. Prénom : ...........................................................................................................

Adresse : ......................................................................................................................................................................................................................................
............................................................................................................................ Mail :....................................................................................................................
Réglement par chèque à l’ordre de Transrural initiatives ou par mandat administratif
Transrural initiatives - 58, rue Regnault - 75013 Paris
transrural@globenet.org

Vous aimerez peut-être aussi