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Chapitre II : La vente commerciale

La vente peut être considérée comme la finalité de toute activité commerciale. C’est donc
naturellement que l’article 3 de l’Acte uniforme cite au premier rang des actes de commerce par
nature l’achat des biens…en vue de la revente.

La vente commerce malgré sa règlementation par le Droit Ohada reste dans une large mesure
soumise au Droit commun des articles 1582 et suivants du Code civil. Ainsi faudra-t-il retenir au sens
de l’article 1582 du Code civil que la vente est « une convention par laquelle l’un s’oblige à livrer une
chose, et l’autre à la payer. » Cette définition révèle principalement le caractère synallagmatique du
contrat de vente, ainsi que son effet translatif de la propriété d’un bien.

Les dispositions spécifiques de l’Acte uniforme précisent désormais les conditions de formation, les
obligations des parties et les effets attachés au contrat de vente commerciale, que l’article 234 défini
comme une « vente de marchandises entre commerçants, personnes physiques ou personnes
morales. » Entre autres, le législateur exclut expressément du domaine d’application des dispositions
régissant la vente commerciale, les ventes aux consommateurs, c'est-à-dire à toute personne qui agit
à des fins non professionnelles.

Section I : La formation du contrat de vente commerciale

Les conditions de fond requises pour la validé du contrat de vente commerciale sont celles prévues
par l’article 1108 du Code civil, à savoir, le consentement et la capacité des parties contractantes, un
objet possible et licite, une cause réelle et licite. L’Acte uniforme qui ne déroge pas à ces exigences
fondamentales, soumet cependant l’accord des volontés à un régime particulier.

Paragraphe I : L’accord des volontés

Le contrat de vente se forme par la rencontre des volontés du vendeur et de l’acheteur, c'est-à-dire
lorsque l’offre faite par l’un est acceptée par l’autre. Dans le souci de sécurité contractuelle, l’Atre
uniforme tranche la question de la détermination du moment où le contrat est réputé conclu.

A : L’offre et l’acceptation

Selon l’article 1583 du Code civil, le contrat de vente est conclu dès que les parties sont d’accord sur
la chose et le prix. L’article 241 de l’Acte uniforme dispose qu’une proposition ne constitue une offre
de contracter, que si elle est suffisamment précise c'est-à-dire « lorsqu’elle désigne les marchandises
et, expressément ou implicitement, fixe la quantité et le prix ou donne des indications permettant de
les déterminer. »

Mais il ne suffit pas pour son acceptation que l’offre de vente soit précise. Elle doit aussi être ferme
et sans équivoque. L’acceptation d’une offre n’est valable que si elle correspond à l’offre. A une offre
suffisamment précise doit correspondre une acceptation sans réserve, de nature à modifier de façon
substantielle la proposition initiale. L’acceptation à l’instar de l’offre doit être expresse ou tacite.

B : le moment de la formation du contrat

L’offre ne prend effet que lorsqu’elle parvient à son destinataire. Inversement, l’acceptation d’une
offre prendra effet au moment où la réponse positive du destinataire parviendra à son auteur. Cette

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seconde hypothèse qui matérialise la véritable rencontre de volonté ou l’échange des
consentements constituera donc le moment où le contrat est conclu entre le vendeur et l’acheteur.

Paragraphe II : L’absence du formalisme du contrat

La vente commerciale n’est pas soumise au formalisme de l’article 1583 alinéa 2 du Code civil qui
exige la rédaction d’un acte authentique ou sous seing privé. Le législateur de l’Ohada a opté pour un
formalisme simplifié.

A : La forme du contrat

Au sens de l’article 208 de l’Acte uniforme, « le contrat de vente commerciale peut être écrit ou
verbal ; il n’est soumis à aucune condition de forme. » Cette absence de formalisme se justifie par le
souci de faciliter et d’assurer la rapidité des ventes commerciales.

L’absence de formalisme se limite cependant au seul acte de vente et ne concerne pas les documents
relatifs à la marchandise. En effet aux termes de l’article 254 de l’Acte uniforme, « si le vendeur est
tenu de remettre des documents et accessoires de la marchandise, il doit s’acquitter de cette
obligation au moment, au lieu, et dans la forme prévue au contrat ou par les usages de la branche
d’activité concernée. »

Exemple : facture portant nom, adresse, date, quantité, dénomination, prix…

De même lorsque le contrat a pour objet la vente d’un bien soumis à un régime particulier tel le
fonds de commerce, les dispositions de l’article 240 de l’Acte uniforme ne sont plus applicables.
Dans ce cas le formalisme devient de rigueur.

B : La preuve du contrat de vente

L’absence de formalisme de l’acte de vente a pour corollaire la liberté de preuve. En effet, au sens de
l’article 240 de l’Acte uniforme, en l’absence d’un écrit, le contrat de vente peut être prouvé par tous
moyens, y compris par témoin. Cette disposition doit être rapprochée de celle des articles 5 et 15 qui
consacrent le principe de la liberté de preuve des actes de commerce d’une part et, autorise la
preuve judiciaire au moyen des livres de commerce tenues, d’autre part.

Section II : Les effets de la vente commerciale

L’effet principal du contrat de vente, civil ou commercial, est le transfert de propriété de la chose. En
rapport avec ce transfert, la vente commerciale met aussi des obligations précises à la charge des
parties.

Paragraphe I : Le transfert de propriété

L’effet translatif de la vente est une conséquence immédiate de l’accord des volontés et ne doit pas
être confondue avec la livraison de la chose qui constitue une obligation postérieure du vendeur. La
distinction est clairement faite par l’article 1583 du Code civil qui prévoit que « la propriété est
acquise de droit à l’acheteur à l’égard du vendeur, dès qu’on est convenu de la chose et du prix,
quoique la chose n’ait été livrée ni le prix payé. »

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L’Acte uniforme n’a pu consacrer qu’en partie les solutions du Code civil relatives à la détermination
du moment du transfert et au transfert consécutif des risques de la chose vendue.

A : La date du transfert de propriété

La détermination de la date du transfert de propriété de la chose vendue présente de nombreux


intérêts pratiques, dont le plus important demeure sans doute le transfert des risques. La date du
transfert de propriété peut aussi être prise en compte pour la détermination du prix d’après le cours
du jour où elle est fixée.

En Droit commun, le transfert de propriété a lieu immédiatement, c'est-à-dire dès que l’accord des
volontés intervient, s’agissant des corps certains. L’Acte uniforme déroge à cette solution de l’article
1583 du Code civil en disposant à son article 275 que « la prise de livraison opère transfert de la
propriété des marchandises vendues. »

La dérogation n’est qu’apparente une fois de plus. En effet, les ventes commerciales portant souvent
sur les choses de genre, c’est à dire qui ne sont déterminées que par leur quantité (une tonne de riz
parfumé par exemple), le transfert de propriété nécessite une individualisation préalable. Or celle-ci
se produit généralement au moment de la livraison, ou lors des opérations de pesage ou mesurage.

Il arrive aussi très souvent que les parties décident conventionnellement de retarder le transfert de
propriété jusqu’au payement complet du prix par l’acheteur, en insérant dans le contrat de vente
une clause de réserve de propriété. L’opposabilité d’une telle clause à l’acheteur est soumise à une
exigence de la stipulation de la clause ; celle-ci devant être expressément mentionnée dans le contrat
de vente.

B : Le transfert des risques

Le principe du transfert du risque concomitamment au transfert de propriété d’une chose vendue est
posé par l’article 1138 du Code civil selon lequel l’obligation de livrer la chose rend le créancier
propriétaire et met la chose à ses risques, dès l’instant où elle a dû être livrée, encore que la tradition
n’en ait point été faite. C’est dire que les risques d’une chose pèsent sur son propriétaire qui en
supporte seul la perte ou la destruction consécutive à un événement de force majeure.

Appliqué au contrat de vente, l’article 1138 du Code civil signifie que la perte ou la destruction du
bien vendu, par cas fortuit ou de force majeure, sera supporté par l’acheteur, bien que celui-ci n’en
n’ait pas encore pris livraison. Il sera tenu de payer le prix d’une chose qui ne lui sera pas livrée,
parce que la cause étrangère a déchargé le vendeur de son obligation de délivrance.

Paragraphe II : Les obligations des parties

La vente, contrat synallagmatique par essence, fait naitre des obligations réciproques à la charge des
parties.

A : Les obligations du vendeur

Aux termes de l’article 250 de l’Acte uniforme, « le vendeur s’oblige, dans les conditions prévues au
contrat et au présent livre, à livrer les marchandises et à remettre, s’il y a lieu, les documents et
accessoires nécessaires à leur utilisation, à la preuve de l’achat et à la prise de livraison. » Ce texte

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consacre les deux principales obligations du vendeur à savoir, l’obligation de délivrance et
l’obligation de garantie. A cela, il faudra ajouter l’obligation de sécurité.

1 : L’obligation de délivrance

L’article 1604 du Code civil définit la délivrance comme « transport de la chose vendue en la
puissance et possession de l’acheteur. »

Dans le système de l’Acte uniforme, la délivrance implique premièrement la remise matérielle de la


chose aux lieu, date et conditions déterminés par le contrat, la loi ou les usages (article 252 de l’Acte
uniforme). Elle implique également que l’acheteur soit mis en mesure de prendre possession de la
chose qu’il est par ailleurs tenu de retirer. Enfin, la délivrance implique que les marchandises livrées
soient conformes en quantité et qualité aux stipulations du contrat.

En cas d’inexécution de l’obligation de délivrance conforme, l’acheteur peut naturellement opposer


l’exception d’inexécution et refuser de payer le prix. Il peut aussi contraindre le vendeur par voie
judiciaire à livrer la marchandise convenue, ou même demander la résolution judiciaire de la vente.

Les parties peuvent aussi prévoir la résolution du contrat de vente, de plein droit, ou sur simple mise
en demeure en cas d’inexécution portant sur une obligation substantielle. Enfin les usages
commerciaux autorisent la réfaction du contrat par la réduction du prix, lorsque la quantité ou la
qualité de marchandises est inférieure à celle qui avait été convenue.

2 : L’obligation de garantie

La vente commerciale met à la charge du vendeur une double obligation de garantir l’acheteur
contre tout risque d’éviction et contre les vices cachés de la chose achetée.

a : La garantie d’éviction

Elle est prévue par l’article 260 de l’Acte uniforme selon lequel « le vendeur doit livrer les
marchandises libres de tout droit ou prétention d’un tiers… »

Cette garantie revêt en réalité un double aspect. Elle consiste dans l’obligation pour le vendeur
d’assurer personnellement une « possession paisible » (article 1625 du Code civil) de la chose vendue
à l’acheteur (garantie du fait personnel) d’une part, et d’autre part, de la mettre à l’abri des
revendications des tiers qui auraient des prétentions sur la chose (garantie du fait des tiers). La
garantie du fait personnel traduit l’adage qui interdit de donner d’une main et de reprendre de
l’autre.

b : La garantie des vices cachés

Elle est due par le vendeur et protège l’acheteur contre les défauts de la marchandise non apparents
lors de la prise de livraison par l’acheteur. La garantie comme son nom l’indique, repose sur la
distinction fondamentale entre les vices apparents et les vices cachés. Est considéré comme vice
caché, le défaut de la chose que l’acheteur ne pouvait pas déceler, compte tenu de la nature de la
chose vendue, et dont il n’a pas connaissance au moment de la vente.

Sur le fond, la garantie n’est due que si la chose est affectée d’un vice la rendant impropre à son
usage et qui existait au moment de la vente, mais qui ne s’est pas révélé à l’acheteur parce qu’il était

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caché. La preuve de l’existence d’un vice inhérent à la chose incombe à l’acheteur. Il suffira parfois
que la chose soit impropre à l’usage auquel elle était destinée, pour que le défaut soit démontré.

Pour la mise en jeu de la garantie, l’article 1644 du Code civil accorde à l’acheteur une option entre
l’action rédhibitoire et l’action estimatoire. Ces actions doivent être intentées dans un bref délai
(article 1648 du Code civil).

L’action rédhibitoire permet à l’acheteur de rendre la chose achetée et de se faire restituer le prix.

L’action estimatoire encore appelée action quanti minori permet à l’acheteur de conserver la chose
moyennant le remboursement d’une partie du prix.

3 : L’obligation de sécurité

Le vendeur professionnel est tenu de livrer des produits exempts de tout vice ou défaut de
fabrication de nature à créer un danger pour les personnes et les biens. L’obligation de sécurité ainsi
formulée à pour bénéficiaire toutes les victimes des produits défectueux, acheteurs, sous
acquéreurs, utilisateurs, consommateurs ou professionnels. La victime d’un produit défectueux peut
obtenir réparation en rapportant la preuve du préjudice qu’elle a subi et du lien de causalité entre ce
préjudice et le caractère défectueux du produit, conformément aux règles du Droit commun
régissant la responsabilité civile.

La contrainte sécuritaire se prolonge sur tous les professionnels qui assurent la distribution des
marchandises du producteur au consommateur. Un commerçant engagera par exemple sa
responsabilité s’il vend des denrées périssables dont la date limite de consommation est dépassée.

B : Les obligations de l’acheteur

L’acheteur au contrat de vente est obligé à payer le prix et à prendre livraison des marchandises.

1 : Le payement du prix

En principe, le prix de vente est librement fixé par les parties dans leur contrat. L’indication du prix
est une condition de validité du contrat de vente commerciale.

Lorsque la vente est conclue au comptant, le payement du prix doit être fait au moment de la
livraison, ou le cas échéant, au jour prévu dans le contrat et au lieu de la livraison.

L’obligation de payer le prix couvre non seulement le prix principal stipulé, mais également tous les
frais accessoires à la vente (article 1593 du Code civil). L’acheteur doit payer le prix au vendeur ou à
son représentant, sauf stipulation contractuelle contraire. La preuve du payement lui incombe
conformément à la règle de l’article 1315 alinéa 2 du Code civil.

L’inexécution par l’acheteur de son obligation de payer le prix peut être sanctionnée par le refus de
délivrance de la chose dans les ventes conclues au comptant. Le vendeur peut aussi obtenir
l’exécution forcée par une action en payement du prix, ou demander la résolution du contrat pour
inexécution.

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2 : L’obligation de prendre livraison

Au sens de l’article 269 de l’Acte uniforme, l’obligation de prendre livraison comporte une double
exigence pour l’acheteur.

Tout d’abord, l’acheteur est tenu d’accomplir tout acte qu’on peut raisonnablement attendre de lui
pour permettre au vendeur d’effectuer livraison. Parmi les diligences élémentaires attendues d’un
acheteur, on peut citer la fourniture d’informations précises concernant les date et lieu de la
livraison, l’indication de la personne autorisée à réceptionner les marchandises…)

Ensuite, l’acheteur doit retirer les marchandises. Le défaut de retrait des marchandises l’expose à des
dommages intérêts si cette faute d’inexécution cause un préjudice au vendeur (baisse des prix
ultérieure). De même en cas de retirement tardif, l’acheteur devra rembourser au vendeur les frais
de conservation dont le payement est garanti par le droit de rétention accordé au vendeur.

Lorsque le délai a été convenu pour le retirement, l’article 1657 du Code civil prévoit que l’expiration
du délai entraine de plein droit et sans sommation, la résolution de la vente. Mais le vendeur peut
avoir intérêt à ne pas s’en prévaloir. Il doit dans ce cas mettre l’acheteur en demeure de prendre
livraison de la marchandise par simple lettre, le cas échéant.