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Midrachim

Midrach Rabah
Vayiqra
Seder Chemini

    Parachah 11
    1. Lévitique
(1,9) : Et le 8e jour, Mocheh
appela Aharon et ses fils, ainsi que les sages
d’Israël.

    Rav Ahavah bar Kahana1 a commencé en


rapportant les versets suivants (Proverbes 9,1-
4) : Chacune des sagesses s’est bâti une maison,
elle en a sculpté les 7 colonnes2 . Elle a abattu
des animaux3, coupé son vin4 et même dressé sa
table. Elle a envoyé ses servantes pour lancer les
invitations des hauts lieux5 de la ville :
« Quiconque est niais vienne par ici ! ». Au
dépourvu d’intelligence elle dit : « Venez
manger de mon pain et boire du vin que j’ai
coupé... »

    Rabi Yirmeyah bar Il’ay a interprété ce


passage comme faisant référence à la Création du
monde :
    CHACUNE DES SAGESSES S’EST BATI
UNE MAISON c’est le Saint béni soit-il à
propos duquel il est dit (Proverbes 3,19) : Le
Seigneur Eternel a, par sagesse6, fondé la terre ;
par intelligence, il a établi le ciel. ELLE EN A
SCULPTE LES 7 COLONNES ce sont les 7
jours de la Création, parce qu’il est dit (Exode
20,10) : 7Car en six jours, le Seigneur Eternel a
fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils
renferment, et il s’est reposé le septième jour ;
c’est pour cela que le Seigneur Eternel a béni le
jour du Chabat et l’a rendu spécial. [A propos du
7e jour,] il est également dit (Genèse 2,3) : Le
Tout Puissant bénit le septième jour et le rendit
spécial, parce qu’en ce jour il se reposa de toute
son œuvre qu’il avait créée et organisée. ELLE A
ABATTU DES ANIMAUX comme il est dit
(Genèse 1,24) : Le Tout Puissant dit : « Que la
terre fasse sortir des êtres animés8 selon leurs
espèces : animaux domestiques, reptiles et bêtes
sauvages de chaque sorte. » Et il en fut ainsi.
ELLE A COUPE SON VIN comme il est dit
(Genèse 1,9) : Le Tout Puissant dit : « Que les
eaux se trouvant sous le ciel se rassemblent en un
même point9, et que la terre ferme apparaisse. »
Et il en fut ainsi. ELLE A MEME DRESSE SA
TABLE comme il est dit (Genèse 1,11) : Le Tout
Puissant dit : « Que la terre produise des
végétaux10, à savoir : des herbes renfermant une
semence, des arbres fruitiers donnant, selon leur
espèce, un fruit contenant une semence lui
permettant de se perpétuer sur la terre. » Et il en
fut ainsi. ELLE A ENVOYE [des émissaires
pour inviter] SES JEUNES GENS11 c’est Adam
et Eve12. SUR LES HAUTS LIEUX DE LA
VILLE parce que le Saint béni soit-il les a
élevés13 en les appelant elohim [= tout puissant] ;
c’est ce qui est dit (Genèse 3,5) : 14Mais le Tout
Puissant sait que lorsque vous en mangerez15, vos
yeux se dessilleront, et vous serez comme le
Tout Puissant [= Elohim], connaissant le bien et
le mal16.
    Mais après tout cet éloge, CE N’EST QUE LE
NIAIS QUI PEUT SE DETOURNER ICI [du
bon chemin]17 : ils18 se sont détournés du Saint
béni soit-il pour suivre le Serpent. C’est pour
cela que « DEPOURVU D’INTELLIGENCE ! »,
ELLE LUI DIT19. Car [dorénavant] poussière tu
es, et à la poussière tu retourneras (Genèse
3,19)20.

Notes

Il va répondre à la question suivante : « Pourquoi le
8e jour et pas le 7e ? » En effet, nous savons que le
chiffre 7 joue un grand rôle : chaque 7e jour c’est le
Chabat, chaque 7e année c’est la Chemitah (= la
jachère), toutes les 7 Chemitot arrive le Yovel (= le
jubilé) etc. Mais ici, Rav Ahavah bar Kahanah nous
dira que 7 jours complets étaient nécessaires, à l’instar
des 7 jours de la création, symbolisés par les 7
colonnes sculptées.

   En outre, puisque ces versets des Proverbes sont


utilisés, le Midrach va, comme à son habitude, d’abord
s’intéresser à tous les sens qui peuvent leur être
donnés. Retour

Le chiffre 7 symbolise la multitude. Elle en a sculpté
les 7 colonnes = Elle en a sculpté les nombreuses
colonnes. Mais pour cette Derachah, le chiffre 7 va être
pris au sens propre. Retour

Pour son repas. Retour



Avec de l’eau pour le rendre moins fort et donc plus
apte à la consommation. Retour

A partir des hauts lieux de la ville... Retour



La sagesse d’Hachem correspond à l’unification de
toutes les sagesses. Retour

Le Midrach est en train d’expliquer qu’il y a eu non
pas 6 jours, mais bien 7 jours de création. En effet, le
7e jour Hachem créa le repos. Retour

Les animaux sont là pour que l’homme en profite ;
c’est leur unique raison d’être ! Mais leur utilisation
nécessite une préparation préalable, tout comme les
bêtes abattues par les sagesses, que l’on doit d’abord
accommoder avant de pouvoir les
consommer. Retour

Le vin dilué pour être buvable symbolise la séparation
entre l’eau et la terre, opérée par Hachem afin de
rendre l’eau utilisable par les êtres humains. Retour
10 
Les végétaux symbolisent le produit fini qui peut être
consommé tel quel, à l’instar des aliments que l’on
trouve sur une table dressée. Retour
11 
En hébreu, le verset des Proverbes dit : Chale’hah
na’aroteiha tiqra, ’al gapei meromei qaret.
Or Chale’hah na’aroteiha tiqra peut être traduit soit
par Chacune des sagesses a envoyé ses jeunes filles [les
servantes] pour lancer les invitations, soit par Chacune
des sagesses a envoyé des émissaires pour inviter ses
jeunes gens. Dans cette deuxième interprétation
adoptée par le Midrach, on fait appel une notion
importante : le féminin en hébreu, peut faire référence
soit au pluriel du féminin, soit au concept général de
l’élément évoqué ; ici, na’aroteiha n’est pas compris
comme ses jeunes filles mais comme ses jeunes
gens en général (hommes ou femmes). Retour
12 
Qui furent créés jeunes âgés de 20 ans. Adam et Eve
furent invités à profiter du « repas » préparé par
Hachem. Retour

13 
Adam et Eve. Retour

14 
Réponse du Serpent à Eve. Retour

15 
Du fruit de la connaissance. Retour
16 
Le ’Ets Yosef fait remarquer que la textuation
correcte ne doit pas comporter une référence à ce verset
de la Genèse, car, premièrement, ce sont les propos du
Serpent, et en plus, ce verset laisse sous entendre
qu’Adam et Eve n’étaient pas encore arrivés au statut
de elohim. La référence adéquate - celle qui est
rapporté dans les Midrachim concernant Adam
Harichon, est le verset de Psaumes (82,6) : Moi, j’avais
dit : « Vous [Adam et Eve] êtes des elohim ; tous, des
fils du Très-Haut ! » Retour
17 
Le texte en hébreu dit : Mi feti yasour henah... Or le
verbe Lasour signifie se détourner de, se détourner
vers (comme la première traduction proposée) ou se
détourner tout court. C’est ce dernier sens que le
Midrach retient ; et le verset devient alors : Ici [=
Henah], ce n’est que le niais [= Feti] qui peut se laisser
berner par le Serpent, et s’écarter [= Yasour] du
chemin d’Hachem. Retour

Adam et Eve. Retour
18 

19 
En hébreu, le texte des Proverbes (9,4) dit : Mi feti
yasour henah, ’hasar lev amerah lo. MI FETI
YASOUR HENAH = Quiconque est niais vienne par
ici; et ’HASAR LEV AMERAH LO peut être
interprété de deux façons : soit au dépourvu
d’intelligence [= ’hasar lev], chaque sagesse dit le
verset 5, soit au Feti [= niais], chaque sagesse dit :
« ’Hasar lev ! ». Selon cette dernière traduction, le
verset 5 correspond au paroles adressées au niais (=
Feti) par chacune des sagesses. Retour
20 
La faute salit la matière qui constituait Adam et Eve,
et cette tare s’est perpétuée dans leurs descendants,
jusqu’au temps présent. La mort devint alors nécessaire
: pour se purifier dans ce « creuset » que représente la
terre. Retour

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ACI St-Fons © 2011
Talmoud Bavli
Traité Pesa’im
2a

Chapitre 1

Michnah 1
    Au "or"1 du 14 Nisan, on recherche le ’hamets
à la lumière de la bougie, dans tout endroit
susceptible d’en contenir, afin de le faire
disparaître par la suite. Mais tout endroit où l’on
ne rentre habituellement pas de ’hamets
pendant l’année, ne nécessite pas de
vérification. Alors pourquoi les ’Hakhamim ont-
ils dit - dans la suite de cette Michnah - que deux
rangées de fûts à vin dans la réserve nécessitent
une vérification2 ? On ne rentre pourtant pas de
’hamets dans la réserve ! [réponse :] On parle
d’une réserve de laquelle on se sert du vin au
cours du repas, tout au long de l’année. Il se
peut donc que l’on s’y soit rendu avec son bout
de pain, et qu’on y ait oublié ce dernier. A
propos de cette réserve, il y a une discussion
entre nos Sages. Beit Chamay disent qu’il faut en
fait vérifier deux couches de fûts sur la surface
de la réserve, tandis que Beit Hilel disent qu’il ne
faut vérifier que les deux rangées de fûts
supérieures du côté de l’entrée de la réserve3.

Gemara 1
    Que signifie le mot "or" utilisé dans la
Michnah ? Rav Houna dit que "or" est à
comprendre au sens propre, c’est-à-dire
"lumière", tandis que Rav Yehoudah dit que la
Michnah a utilisé ici une antiphrase 4, et "or"
signifie donc "nuit". A ce niveau, on pensait que
Rav Houna parlait de la lumière au sens propre,
c’est-à-dire que la vérification du ’hamets doit se
faire, selon lui, le 14 Nisan au matin, et que Rav
Yehoudah, parlait de la nuit au sens propre car
la vérification doit se faire le 13 Nisan au soir 5.

    Les membres de la yechivah ont objecté sur


Rav Yehoudah - pour lequel "or" signifie dans la
Michnah : "nuit" - de la Genèse (44,3), lorsque
les frères de Yosef le quittent la seconde fois
pour retourner en Kena’an avec Binyamin :
"Haboqer or6, on laissa repartir ces hommes, eux
et leurs ânes." Le mot "or" est ici clairement un
nom commun signifiant "lumière, jour" et
"Haboqer or" = "Le matin devenu jour,
lumière...". Cela veut dire que dans la Michnah
également : "Au "or" du 14 Nisan" = "Dans la
journée du 14 Nisan" ! Mais on peut répondre
de la façon suivante : Est-il écrit dans le verset
"Haor boqer" pour que l’on soit obligé de dire
que "or" est un nom commun décrivant le mot
"boqer" ? La réponse est non ! Il est écrit
"Haboqer or", et le mot "or" est donc ici un
verbe : "Le matin s’est éclairé...". Il est par
conséquent impossible d’apporter une preuve
de ce verset que le nom commun "or" utilisé
dans la Michnah signifie "lumière, jour". Au
passage, on apprend des enfants de Ya’aqov qui
n’ont quitté l’Egypte que lorsqu’il a fait jour, ce
que Rav Yehoudah a dit au nom de Rav : "On
doit toujours rentrer de voyage - ou faire une
halte - pendant qu’il fait encore jour, parce que
la lumière a été appelée "bonne" (Genèse
(1,4)) : "Le Tout Puissant considéra que la
lumière était bonne, et il établit une distinction
entre la lumière et les ténèbres." Pour la même
raison, on ne doit reprendre la route que
lorsqu’il fait jour."

    Autre objection sur Rav Yehoudah qui


considère que dans la Michnah : "or" = "nuit".
Dans la prophétie du roi David, il est écrit
(Samuël II (23,4)) : "Et comme "or boqer", le
soleil brillera un matin sans nuages ; par ses
rayons et par la pluie la verdure sort de la terre."
A ce niveau, on pensait que David voulait dire
ceci : "Lorsque les justes sortiront des ténèbres
de ce bas-monde pour rejoindre le monde futur,
le soleil brillera pour eux comme le "or" du
"boqer" (= matin). Il vient donc que "or" =
"lumière" ! Mais on peut répondre comme suit :
dans le verset, il n’est pas écrit uniquement "or
boqer" - ce qui aurait permis de conclure de
façon certaine que "or" est un nom commun
signifiant "lumière, jour" - ; il est plutôt écrit :
"Et comme or boqer..." : cela veut dire que "or"
est un verbe conjugué. "Et comme "Or boqer"..."
signifie donc : "et comme le matin [l’aube]
éclaire..." Ce verset dit que le soleil sera
tellement brillant, que les justes verront dans le
monde futur la lueur de l’aube avec autant
d’éclat que le soleil lorsqu’il se lève dans ce bas-
monde.

    Autre objection sur Rav Yehoudah pour lequel


le mot "or" de la Michnah signifie "nuit". Il est
écrit dans le récit de la Création (Genèse (1,5)) :
"Le Tout Puissant appela le "or" jour, et les
ténèbres, il les appela nuit. Il fut soir, il fut
matin, un jour." Selon ce verset, "or" = lumière :
c’est le nom donné à la partie appelée "jour" !
On peut répondre de la même façon : "or" est
un verbe, et le verset peut être traduit comme
suit : "Le Tout Puissant appela le temps qui
s’éclaircissait jour, et les ténèbres, il les appela
nuit...". Mais cette réponse pose problème : si
l’on dit que le "or" correspond au temps qui
s’éclaircissait, on doit alors parallèlement
considérer que les ténèbres (le " hochekh")
évoquées dans la suite du verset, correspondent
au temps qui devenait de plus en plus en plus
obscur. C’est problématique, car nous tenons la
halakhah selon laquelle le temps qui sépare le
coucher du soleil de la sortie des étoiles est
considéré comme "jour", non pas comme
"nuit" !7 Voici donc une autre réponse : le verbe
"appeler" évoqué dans le verset, ne signifie pas
"dénommer" - comme la première traduction
suggérée, mais "donner l’ordre à". Le verset
peut donc se traduire comme suit : "Le Tout
Puissant appela l’élément éclairant pendant le
jour [pour qu’il y serve], et les ténèbres, il les
appela pendant la nuit [afin qu’elles y
servent]..." Donc "or" peut toujours être
considéré comme le verbe "éclairer", et non pas
comme un nom commun signifiant "lumière".

Notes

Littéralement, "or" = lumière. La Gemara expliquera
l’emploi de ce terme. Retour

Dans l’espace entre les fûts. Retour

Les avis de Beit Chamay et Beit Hilel seront explicités
dans la Gemara. Retour

Non par ironie, mais par souci d’utiliser un langage
"propre" et "beau". Retour

La nuit qui fait suite à la journée du 13 Nisan,
correspond à la nuit du 14 Nisan. Retour

"Ha" = "le", "boqer" = matin, et "or" sera expliqué par
la suite. Retour

Cf. Néhémie (4,15-16) : "C’est ainsi que nous nous
occupions de l’ouvrage [la construction du Second
Temple], la moitié des gens tenant les lances depuis le
lever de l’aurore jusqu’à l’apparition des étoiles. En ce
temps-là aussi, je demandai au peuple que chacun
passât la nuit à Jérusalem avec son serviteur, pour
nous servir de sentinelles pendant la nuit et consacrer
le jour au travail." Retour

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ACI St-Fons © 2011
Talmoud Bavli
Traité Soukah
Chapitre 1

Michnah 1.1
    Une soukah dont la hauteur entre la face
inférieure du sekhakh1 et le sol intérieur, est
supérieure à 20 amot2, une telle soukah
est pesoulah3 ; mais Rabi Yehoudah la
rend kecherah4.

     Une soukah dont la hauteur est inférieure à


10 tefa’him5, ou qui ne possède pas au moins 3
parois, ou dont la zone éclairée par la soleil est
plus grande que la partie ombragée, dans ces 3
cas, la soukah est pesoulah.

Gemara 1.1

1.1.1
    Nous avons étudié dans une michnah du traité
’Erouvin6, que si la poutre que l’on place
horizontalement, à l’entrée d’un mavoy7 - afin
de pouvoir faire sortir des objets dans celui-ci
pendant Chabat, si une telle poutre est située à
plus de 20 amot d’altitude, il faut en diminuer la
hauteur8 ; mais Rabi Yehoudah considère que
cela n’est pas nécessaire.

     Pourquoi donc à propos de la soukah, est-il


enseigné directement « pesoulah », alors que
pour la poutre du mavoy, on a expliqué qu’il est
possible d’arranger les choses en réduisant la
distance entre la poutre et le sol ?

     C’est parce que la hauteur maximale de 20


amot pour la soukah, on l’apprend de la Torah ;
on peut donc dire d’une soukah qui dépasse
cette limite, qu’elle est pesoulah, dans le sens
où elle ne correspond pas aux conditions fixées
par la Torah. Tandis que la hauteur maximale de
la poutre autorisant le mavoy est une institution
de nos sages, car selon la Torah, le mavoy
possèdant trois côtés fermés n’est pas considéré
comme une voie publique. Or c’est justement
dans le traité ’Erouvin que nos sages nous font
part de cette taqanah9. C’est la raison pour
laquelle, au lieu de dire simplement que la
poutre n’est pas valable, on nous explique
comment la rendre apte à autoriser le mavoy,
selon la taqanah de nos sages.

     On peut aussi donner une autre réponse. En


réalité, le fait que les règles de la soukah soient
fixées dans la Torah, n’empêche pas de
présenter la façon d’arranger les choses, plutôt
que d’affirmer sans aucune autre forme de
procès, que la soukah n’est pas valable.
Cependant, les paramètres pris en compte dans
cette michnah pour la soukah, font que la non
validité de celle-ci peut provenir de plusieurs
facteurs : taille, nombre de parois, densité du
sekhakh etc. Or chacun de ces problèmes
nécessite des mots différents pour en présenter
la solution : augmenter la taille, diminuer la
taille, rajouter des parois, ou encore charger le
sekhakh etc. C’est pour cela que, voulant rester
concis - d’autant plus que chacun de ces aspects
sera étudié par la suite, on a choisi de se limiter
au seul terme pesoulah dans cette première
michnah, dont le but n’est que de passer en
revue les principaux facteurs à prendre en
compte pour la construction d’une soukah. Alors
que pour la poutre du mavoy, il n’y a qu’un seul
paramètre pris en compte dans la michnah du
traité ’Erouvin : la hauteur de la poutre. Il est
donc aisé de présenter rapidement la possibilité
de réduire la distance entre la poutre et le sol, si
cette dernière est supérieure à 20 amot.

1.1.2
    D’où sait-on qu’une soukah ne doit pas
dépasser les 20 amot ?

    Rabah a dit que c’est parce qu’il est écrit


(Lévitique 23,42-43) : Vous résiderez dans des
tentes, sept jours durant ; tout indigène en
Israël résidera dans des tentes, afin que vos
générations sachent que j’ai installé sous des
tentes les enfants d’Israël, quand je les ai fait
sortir d’Egypte, moi, le Seigneur éternel tout
puissant. Le sens simple du verset, nous indique
que l’objectif de la soukah est de rappeler au
peuple juif, qu’Hachem a protégé les enfants
d’Israël sortis d’Egypte, en les abritant dans les
nuées célestes. Cependant, le passage
suivant : afin que vos générations sachent que
j’ai installé sous des tentes les enfants d’Israël,
peut être compris d’une autre façon. En effet, si
l’on considère qu’en hébreu, le verbe « savoir »
utilisé dans ce verset (lada’at), signifie
également « ressentir, être en contact de », ce
passage peut tout aussi signifier qu’en
s’installant dans une soukah, les générations
futures devront impérativement avoir un
contact (visuel) avec la toiture (qui est l’essence
même de la soukah10), dans le but de ressentir
leur séjour dans la soukah, et ce parce
qu’Hachem abrita le peuple juif dans des nuées
célestes à sa sortie d’Egypte11. Il vient donc que
pour respecter pleinement le texte, il faudrait
munir la soukah d’un toit qui puisse à tous les
coups, être vu par ceux qui y entrent. Or, pour
que les yeux d’un occupant de la soukah
finissent par tomber sur le sekhakh, à un
moment ou à un autre et sans effort particulier,
il faudrait que celui-ci soit situé à 20 amot ou
moins ; ce qui n’est pas le cas si le toiture est à
plus de 20 amot.

    Rabi Zeira a proposé une autre réponse, à


partir du verset (Isaïe 4,6) : Il y aura une soukah
(= tente) qui donnera, pendant le jour, de
l’ombre contre la chaleur ; servant aussi de
refuge et de cachette, contre l’orage et la pluie.
En effet, le début du verset : Vesoukah tihyeh
letsel yomam me’horev... est généralement
compris de la façon suivante : « Il y aura une
sorte de tente qui donnera de l’ombre... », mais
en réalité, on peut tout à fait voir ce verset
comme la suite du précédent, et comprendre
que la nuée qu’Hachem va étendre sur le Mont
du Temple à l’époque du Machiya’h - nuée citée
dans le verset précédent, fera office de soukah
en protégeant contre la chaleur du jour, et
servira aussi de refuge et de cachette, contre
l’orage et la pluie. Ainsi, le vocabulaire employé
par le verset nous indique clairement, que le
rôle premier d’une soukah est de fournir de
l’ombre12. Or jusqu’à 20 amot, pour celui qui se
trouve au niveau du sol de la soukah, l’ombre de
celle-ci provient de sa toiture13 ; au-delà, l’ombre
ne provient plus de la toiture, mais des parois de
la soukah. Abayei lui a objecté : « Selon ce que
tu viens de dire, celui qui construit sa soukah à
’Achterot Qarnayim14 (endroit situé aux pieds de
montagnes escarpées, que les rayons du soleil
n’atteignent presque pas), n’est pas quitte de la
mitsvah de soukah, puisque la toiture de celle-ci
n’a pas rempli son rôle ?! 15 » Rabi Zeira lui a
répondu : « Les deux cas sont différents. Celui
qui a bâti une soukah conformément aux règles
de la halakhah, mais dans un endroit comme
’Achterot Qarnayim, si l’on enlevait les
montagne escarpées, il y aurait toujours de
l’ombre dû au sekhakh au niveau du sol de la
soukah. Alors que si la soukah dépasse la
hauteur de 20 amot, en retirant les murs de la
soukah, on s’apercevrait que le sekhakh ne
fournit pas d’ombre et donc que la soukah ne
remplit pas sa fonction du tout. »

    Rava apprend que la hauteur d’une soukah


doit être inférieure à 20 amot, à partir de ce
verset (Lévitique 23,42) : Vous vous installerez
dans des soukot sept jours durant... La Torah
nous demande de sortir de notre maison
principale pour aller loger pendant sept jours
dans une construction provisoire16. Or jusqu’à 20
amot de hauteur, on peut créer une structure
provisoire ; au-delà, on est obligé de consolider
les fondations et les parois, pour que l’édifice
tienne : ce n’est donc plus une construction
provisoire. Abayei lui a objecté : « Selon ce que
tu viens de dire, celui qui construit une soukah
inférieure à 20 amot, mais dont les parois sont
en métal, n’est pas quitte de la mitsvah de
soukah puisque son édifice ne peut être
considéré comme provisoire ?!17 » Rava lui a
répondu : « Ce que la Torah a interdit, c’est de
construire la soukah à une hauteur18 telle qu’il
est impossible d’en faire une structure
provisoire19. A une telle hauteur, même si l’on a
construit une soukah effectivement provisoire,
on n’est pas quitte de la mitsvah. Mais si l’on
bâtit une soukah très solide à une hauteur à
laquelle il est possible de créer un édifice
temporaire, même si la soukah n’est pas
provisoire, on a bien sûr accompli la mitsvah de
soukah. »

    Rabi Zeira et Rava ne sont pas d’accord avec le


verset du Lévitique (23,42-43) rapporté par
Rabah, parce qu’ils considèrent que la Torah y
parle d’une prise de conscience pour les
générations futures. Nous devons nous installer
dans des soukot de génération en génération,
afin que nos descendants n’oublient pas les
nuées qui avaient protégé le peuple juif dans le
désert. La Torah ne vient pas nous expliquer que
celui qui va s’installer dans une soukah, doit en
avoir obligatoirement conscience par un contact
visuel établi avec le sekhakh.

    Rabah et Rava sont en désaccord avec le


verset de Isaïe (4,6) utilisé par Rabi Zeira,
puisque le sens simple nous indique que ce
verset est séparé des précédents, et que - par
conséquent - la soukah de laquelle il est
question sera une vraie soukah,
indépendamment de la nuée qui recouvrira le
mont du Temple. On nous dit donc qu’à
l’époque messianique, Hachem fera une soukah
spéciale qui protègera du soleil, de la pluie et de
l’orage : rien ne nous dit que la soukah de la
mitsvah doit obligatoirement fournir de l’ombre.
Mais Rabi Zeira répond ainsi à cette objection :
« Si vraiment dans ce verset, il n’est question
que d’images, pourquoi le texte n’utilise t-il pas
le terme courant de ’Houpah ? Le
terme soukah utilisé, nous apprend donc deux
choses. Premièrement, qu’Hachem protégera le
peuple juif dans une soukah spéciale, et
deuxièmement - en suivant l’ordre du verset -
que la fonction première20 de cette soukah sera
de fournir de l’ombre. Il vient que c’est
justement pour cela que cette soukah
s’appelle soukah. »

    Et enfin, Rabi Zeira et Rabah ne sont pas


d’acord avec Rava, à cause de la question
d’Abayei.

1.1.3
    ...

1.1.4
    Rav Chemouel bar Yits’haq a dit que la
halakhah est que la surface minimale d’une
soukah valable doit pouvoir contenir la tête d’un
homme, la majorité de son corps et la table sur
laquelle il mange. Etonné, Rabi Aba lui objecta :
« Quel avis suis-tu en cela ? Celui de Beit
Chamay ? Pourtant c’est l’avis de Beit Hilel qui
est habituellement pris en compte. » Rav
Chemouel bar Yits’haq lui répondit : « Oui, c’est
l’avis de Beit Chamay que je suis là, sauf que
dans ce cas, la halakhah est comme eux. »

    Certains rapportent une autre version de leur


dialogue :

    Rabi Aba interrogea Rav Chemouel bar


Yits’haq : « Qui est celui qui t’a enseigné ce
principe ? », et ce dernier de répondre : « C’est
Beit Chamay, et il faut malgré cela ne pas faire fi
de cet opinion, parce que la halakhah est
comme eux. »

    Rav Na’hman bar Yits’haq a objecté : « D’où


sait-on que la discussion entre Beit Chamay et
Beit Hilel porte sur la taille minimale d’une
soukah ? Peut être qu’ils sont
en ma’hloqet  dans le cas d’une grande soukah
21

mais dont on est assis à l’entrée, devant la table


qui, elle, se trouve dans la maison. Beit Chamay
interdisent cette configuration, de peur qu’en
mangeant, attiré par les mets présents sur la
table, on en vienne à se retrouver la tête et la
majorité du corps en dehors de la soukah, tandis
que Beit Hilel considèrent qu’il n’y a pas lieu
d’être gozer22. » Cette hypothèse est d’ailleurs
étayée par la formulation même de la michnah
Soukah (2,7), en effet, dans cette dernière il est
dit : « Si l’on a la tête et la majorité du corps
dans la soukah, et la table à la maison, Beit
Chamay rendent pasoul tandis que Beit Hilel
considèrent que c’est kacher. » Or si vraiment la
discussion portait sur la taille minimale d’une
soukah, la michnah aurait dû s’exprimer
autrement : « Une soukah qui ne peut contenir
que la tête et la majorité du corps, mais pas la
table, Beit Chamay la rendent pesoulah et Beit
Hilel disent qu’elle est kecherah. » Et comme ce
n’est pas le cas, il vient que cette michnah ne
traite pas de la taille minimale d’une soukah,
mais d’une grande soukah dont on est assis à
l’entrée...

    Mais n’y a-t-il pas de discussion entre Beit


Chamay et Beit Hilel concernant la taille
minimale d’une soukah ? Pourtant, il y a d’une
part une berayta qui enseigne : « Une soukah
qui peut contenir la tête, la majorité du corps et
la table est kecherah. Rabi [Yehoudah Hanasi]
dit que la taille minimale d’une soukah est de 4
amot sur 4 amot. », et d’autre part, une berayta
qui rapporte : « Rabi dit qu’une soukah dont la
taille n’est pas d’au moins 4 amot sur 4 amot est
pesoulah, tandis que les sages enseignent que
même si elle ne contient que la tête et la
majorité du corps elle est valable. » Dans cette
dernière berayta, on ne parle pas de la table ; il
vient donc que ces deux beraytot sont en
contradiction, puisqu’elles rapportent des avis
différents quant aux autres sages que Rabi, à
moins de dire que la berayta qui inclut la table
rapporte en fait l’avis de Beit Chamay, et celle
qui n’en tient pas compte, présente l’opinion de
Beit Hilel.

    Mar Zoutra a dit que l’on peut déduire de la


formulation même de la michnah soukah (2,7),
que Beit Chamay et Beit Hilel sont en ma’hloqet
même concernant la taille minimale d’une
soukah, en effet, la michnah dit : « Si l’on a la
tête et la majorité du corps dans la soukah, et la
table à la maison, Beit Chamay rendent pasoul
et Beit Hilel rendent kacher. » Or si vraiment la
seule chose qui pose problème c’est le
comportement de celui qui est assis à l’entrée
de la soukah avec la table dans la maison, la
michnah aurait dû dire : « Beit Chamay disent
que l’on n’est pas quitte de la mitsvah, tandis
que Beit Hilel considèrent que l’on s’est
acquitté. »

    Mais comment comprendre alors les mots du


début de cette michnah : « Si l’on a la tête et la
majorité du corps dans la soukah, et la table à la
maison... » ? Il faut pour cela considérer que
Beit Chamay et Beit Hilel sont en discussion sur
les deux sujets : la taille minimale d’une soukah
et le cas de la grande soukah dont la table se
trouve en dehors ; la michnah est donc
manquante et c’est ainsi qu’il faut la textuer :
« Si l’on a la tête et la majorité de son corps
dans la soukah et la table à la maison, Beit
Chamay disent que l’on n’est pas quitte de la
mitsvah, tandis que Beit Hilel considèrent que
l’on s’est acquitté. Et une soukah qui ne peut
contenir que la tête et la majorité du corps
[mais pas la table], Beit Chamay considèrent
qu’elle est pesoulah, alors que Beit Hilel disent
qu’elle est kecherah. »23
1.1.5
    Qui sont ces ’Hakhamim qui ont enseigné la
Berayta suivante24 : « Une maison qui n’a pas la
surface minimale de 4 amot sur 4 amot, ne
rentre pas dans la définition du terme
« maison » employé dans la Halakhah, lorsqu’il y
est nécessairement question d’une véritable
maison. Ainsi, une telle structure est exempte
de Mezouzah et de l’obligation d’installer un
garde fous. Elle ne devient pas impure si jamais
une tsara’at des maisons25 s’y déclare. En outre,
elle ne peut pas devenir un bien définitivement
acquis dans une ville entourée de remparts 26. De
plus, pour une telle maison, on ne revient pas du
front de guerre27, ni ne fait de ’Erouvei
’Hatserot28 ou Chitoufei Mevoot29. Le pain du
’Erouv ne peut même pas être déposé dans une
telle maison, car elle n’est pas considérée
comme telle. On ne peut pas l’utiliser comme
’ibour30 entre 2 villes, et les frères ou les associés
ne se la partagent pas...

Notes

Toiture de la soukah. Retour

Une amah = une coudée ; environ 50 cm. Retour

Pesoulah = non valable.

singuli
  pluriel
er
mascu pesoul
pasoul
lin im
fémini pesoul pesoul
n ah ot
Retour

Kecherah = valable.

singuli
  pluriel
er
mascu kecher
kacher
lin im
fémini kecher kecher
n ah ot
Retour

Tefa’h (tefa’him au pluriel) = un poing ; environ 10
cm. Retour

’Erouvin (2,1). Retour

Mavoy = ruelle. Il est question ici d’une ruelle cernée
dans trois de ses côtés par les murs des maisons ou
des cours, avec une seule ouverture sur la voie
publique. La Torah considère qu’une telle ruelle est un
domaine privé, et que l’on peut y faire sortir des
objets à partir des maisons. Cependant, nos sages l’ont
interdit (puisque c’est en fin de compte une espèce de
« voie publique » dans le sens où elle est commune à
tous les résidents de la ruelle), à moins de relier les
deux bords de la ruelle, par une poutre placée à une
certaine hauteur, sur la largeur de celle-ci, au niveau
de l’extrémité qui donne sur la voie publique.

  Autre façon de fermer symboliquement la ruelle :


placer verticalement une planche (= le’hi) sur un des
côtés, à l’entrée du mavoy. Retour

Soit en abaissant la poutre, soit en rehaussant le
sol. Retour

Amendement, arrangement, décret de nos
sages. Retour
10 
La toiture de la soukah = sekhakh de la racine S.K.K,
laquelle est équivalente à la racine S.K.H, de laquelle
dérive le mot soukah. La toiture de la soukah est sa
composante principale. Retour
11 
Le verset du Lévitique (23,43) nous dit : Lema’an
yede’ou doroteikhem, ki vasoukot hochavti et benei
yisrael behotsii otam meerets mitsrayim.... Le ki utilisé
dans ce verset n’est plus à comprendre comme
« que » mais comme « parce que », qui est l’un des 4
sens que l’on connait à ce mot. Les générations
futures devront ressentir leur installation dans la
soukah, parce que j’ai installé sous des tentes les
enfants d’Israël, quand je les ai fait sortir
d’Egypte... Retour
12 
C’est comme si on disait en français : « La toile en
plastique que vous portez, vous servira de parapluie
contre la pluie, de parasol contre le soleil, et de
paravent contre le vent ». On comprend de cette
phrase, qu’un parapluie sert à protèger contre la pluie,
qu’un parasol procure de l’ombre etc. Retour
13 
La toiture (sekhakh) est l’élément principal de la
soukah. C’est lui qui donne son nom à la soukah (S.K.K
= S.K.H), et lui qui doit assurer la fonction première de
la soukah : fournir de l’ombre. Retour
14 
Certains l’identifient avec la ville ’Achtarot à une
trentaine de kilomètres à l’Est du lac de
Tibériade. Retour
15 
Or il est tout à fait exclu de dire une pareille chose,
puisque les habitants d’un tel lieu n’ont pas vraiment
d’autre choix. Retour
16 
Puisque ce n’est que pour sept jours. Retour
17 
Or nous savons par tradition que ce n’est pas
vrai. Retour
18 
20 amot. Retour
19 
Puisqu’au-delà de 20 amot, les fondations et les
parois doivent être obligatoirement solides. Retour
20 
La première citée. Retour
21

singulie
  pluriel
r
Discussi Ma’hloq Ma’hloq
on, et ot
désaccor
féminin
d
Retour
22 
Etre gozer vient de la racine G.Z.R au pa’al = ligzor =
trancher ou, dans le domaine de la halakhah, interdire
une chose de peur que... Retour
23 
Pour comprendre cette réponse, il faut avoir en tête
que les michnayot étaient destinées à l’apprentissage
par cœur : il fallait à tout prix réduire les informations
à retenir à l’essentiel. Ici, on a deux sujets sur lesquels
Beit Chamay sont en désaccord avec Beit Hilel.
Comment retenir ces deux informations ? En se disant
la chose suivante : Si l’on a la tête et la majorité du
corps dans la soukah, et que la table se trouve à la
maison, Beit Chamay qui rendent pasoul une soukah
qui ne peut contenir que cela, considèrent que l’on
n’est pas quitte de la mitsvah, tandis que Beit Hilel qui
rendent kacher une soukah qui ne contient que la tête
et la majorité du corps, considèrent que l’on s’est
acquitté. Retour
24 
Elle figure aussi dans TJ Ma’asrot chapitre 3
halakhah 3 et Sifri parachat Ki Tetse. Retour
25 
Lévitique (14, 33-53). Retour
26 
Selon le Lévitique (25, 29-30), celui qui achète une
maison dans une ville fortifiée, en devient le
propriétaire définitif si le vendeur ne l’a pas rachetée
dans l’intervalle d’une année après la
transaction. Retour
27 
Deutéronome (20,5) : Ensuite, les préposés parleront
au peuple en ces termes : « Que celui qui a bâti une
maison neuve et ne l’a pas encore inaugurée, parte et
s’en retourne à sa maison : il pourrait mourir dans la
bataille et un autre l’inaugurera. » Retour
28 
’Erouvei ’Hatserot = « mise en commun des maisons
donnant sur la cour ». Si plusieurs maisons donnent
sur la même cour, pour pouvoir déplacer des objets
dans celle-ci, entre la cour et les maisons ou entre les
maisons elles mêmes - même sans passer par la cour,
il est nécessaire de mettre en commun l’ensemble des
maisons de la cour. A cette fin, l’un des propriétaires
fera acquérir un pain aux autres habitants de la cour,
par l’intermédiaire d’une tierce personne. Le
propriétaire qui réalise le ’Erouv dit à cette personne
d’acquérir ce pain - dans une langue qu’elle
comprend. La tierce personne élève le pain d’au moins
un poing, puis le propriétaire prend d’elle ce pain
avant de proclamer : « Avec ce ’Erouv, nous - tous les
juifs habitant cette cour, aurons le droit de faire sortir
et de faire entrer des maisons vers la cour et de la
cour vers les maisons, ainsi qu’entre les maisons elles
mêmes.  » S’il y a entre 2 et 18 propriétaires, le pain
du ’Erouv doit être au moins équivalent à une datte
(ou 1/3 d’œuf). A partir de 19 propriétaires, il doit
correspondre à au moins 18 dattes (ou 6 œufs) ; cette
quantité correspond à la quantité de pain nécessaire à
2 repas qui rassasient. Certains considèrent que la
datte dans les mesures halakhiques correspond à 4/9
d’œuf.

Une maison qui n’a pas au minimum 4 amot sur 4


amot, ne rentre pas en compte pour le ’Erouv. Si, par
exemple, il y a une grande demeure et cette maison là
dans la cour, il ne sera pas nécessaire de faire un
’Erouv pour déplacer des objets dans celle-ci. Retour
29 
Chitoufei Mevoot = « mise en commun des cours et
des maisons qui donnent sur la ruelle ». Si une seule
cour donne sur une impasse (i.e. une ruelle fermée de
3 côtés, le 4e étant le seul à déboucher sur une voie
publique), dans un tel cas, pour pouvoir déplacer des
objets de la cour vers l’impasse et vice et versa, il est
nécessaire de placer dans le 4 e côté - celui ouvert sur
la voie publique, soit une planche verticale faisant
office de poteau, soit une poutre placée
horizontalement comme un linteau. Si plusieurs cours
donnent sur l’impasse, il faudra, en plus, effectuer un
’Erouv sur le mode du ’Erouvei ’Hatserot ; c’est
le Chitoufei Mevoot. Retour
30 
’Ibour = protubérance, extension.

     Rach’’i explique ce que la gemarah dit, de la façon


suivante : si entre 2 villes, il y a une maison qui se
trouve à une distance de √5000 amot (environ 70,71
amot) de chacune d’elles (i.e. les villes sont distantes
de 2 x 70,71 amot + la taille de la maison), et que cette
maison mesure au moins 4 amot sur 4 amot, alors les
deux villes sont considérées comme jointes (i.e. la
maison a servi de ’ibour, d’extension), et un habitant
d’une de ces villes, pourra se rendre pendant le
Chabat jusqu’à l’extrémité de l’autre ville, avant de
compter les 2070,71 amot du te’houm. Si, par contre,
la maison a moins de 4 amot sur 4 amot, elle n’a pas le
statut de maison et ne peut servir de jonction entre
les deux villes.

     Mais les Tosafot font remarquer que pour


enseigner cela, il n’est pas nécessaire de faire
intervenir deux villes. En effet, il est suffisant de dire
que lorsqu’une maison a moins de 4 amot sur 4 amot,
elle ne peut servir d’extension à la ville, et ce même si
elle se trouve dans les 70,71 amot.

     C’est pour cela qu’ils rapportent deux autres


explications :

     Dans la première, il font remarquer qu’en effet,


selon le Yerouchalmi, la textuation ne fait intervenir
qu’une seule ville : « Une maison qui a moins de 4
amot sur 4 amot ne peut servir de ’ibour pour une
ville », et par conséquent, la Berayta a voulu nous
enseigné exactement ce qui a été évoqué ci-dessus
par les Tosafot.

     Dans un deuxième temps, les Tosafot proposent


l’explication suivante, à la textuation faisant intervenir
deux villes : Nous savons que si deux villes sont
séparées exactement par 2 x 70,71 amot, elles sont
considérées comme jointes, et un habitant de l’une
d’elles, pourra se rendre pendant le Chabat jusqu’à
l’extrémité de l’autre ville, avant de commencer le
compte des 2070,71 amot du te’houm. Ce que la
Berayta rajoute, c’est que si une maison d’au moins 4
amot sur 4 amot se trouve à une distance de 2 x 70,71
amot d’une ville, on peut la considérer comme une
« ville » et lui attribuer les 70,71 amot. De la sorte, les
deux extensions de 70.71 amot se rencontreront et
permettront de considérer la ville et la maison comme
un tout. Ainsi, un habitant de la ville va pouvoir se
rendre pendant le Chabat jusqu’à la maison, avant de
compter les 2070,71 amot du te’houm, et vice versa.
Mais si la maison n’a pas 4 amot sur 4 amot, n’ayant
pas le statut de maison, on ne pourra pas réaliser cette
opération. Retour

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Talmoud Bavli
Traité Roch Hachanah
16b

    [...]

    Rabi Kerouspeday a dit au nom de Rabi


Yo’hanan : A Roch Hachanah, 3 livres sont
ouverts devant Hachem : celui des
complètement mécréants, celui des
complètement justes et celui des moyens. Les
complètement justes sont directement inscrits
pour la vie, les complètement mécréants
directement pour la mort, tandis que le verdict
des moyens est suspendu entre Roch Hachanah
et Yom Kipour : s’ils sont méritants par leurs
bonnes actions, ils sont marqués pour la vie,
sinon, ils sont marqués pour la mort. Rabi Avin a
dit : Quel verset fait-il allusion à cela ? Celui des
Psaumes (69,29) : "Qu’ils soient effacés du livre
des vivants, et que parmi les justes ils ne soient
pas inscrits." Qu’ils soient effacés du livre des
vivants - ce sont les complètement mécréants
inscrits directement pour la mort, le livre des
vivants - c’est celui des complètement justes
inscrits directement pour la vie, et que parmi les
justes ils ne soient pas inscrits - les
complètement mécréants ne devraient même
pas être inscrits dans le livre des moyens qui,
après le délai de 10 jours entre Roch Hachanah
et Yom kipour, ressortent "justes" de leur
jugement par Hachem. Rav Na’hman bar
Yits’haq a dit : l’allusion se trouve dans l’Exode
(32,32) : "et pourtant, si tu voulais pardonner à
leur faute ! ... Sinon efface-moi de ton livre et de
celui que tu écris" Sinon efface-moi de ton livre
- c’est ce qui arrive aux complètement
mécréants marqués directement pour la
mort, ton livre - c’est celui des complètement
justes inscrits directement pour la vie, et de
celui que tu écris - c’est le livre des moyens qui
est régulièrement revu et corrigé par Hachem.

    Une Berayta enseigne : Beit Chamay disent


qu’il y aura 3 groupes le jour du jugement
dernier : un groupe de complètement justes, un
de complètement mécréants et un autre
composé de moyens. Les complètement justes
seront directement inscrits pour la vie éternelle,
tandis que les complètement mécréants seront
directement marqués pour l’enfer, comme il est
dit (Daniel 12,2) : "Beaucoup de ceux qui
dorment dans la poussière du sol se réveilleront,
les uns pour une vie éternelle, les autres pour
être un objet d’ignomonie et d’horreur
éternelle." Quant aux moyens, ils descendront
en enfer pour être nettoyés de leurs péchés,

17a

hurleront de douleur puis en remonteront,


comme il est dit (Zacharie 13,9) : "Et ce tiers, je
le ferai passer au feu, et je l’affinerai comme on
affine l’argent, je l’éprouverai comme on
éprouve l’or. Il invoquera mon nom et moi, je
l’exaucerai. Je dirai : "C’est là mon peuple !" Et
lui dira : "Le Seigneur Eternel est mon Tout
Puissant !" C’est à propos de ce groupe de
moyens que ’Hanah dit (Samuel I 2,6) : "Le
Seigneur Eternel fait mourir et fait vivre ; il
précipite en enfer, puis en fait remonter." Beit
Hilel disent à propos des moyens : Puisqu’il est
écrit (Exode 34,6) : "Le Seigneur Eternel passa
devant lui [Mocheh] et proclama : Adonay est le
Seigneur Eternel, tout puissant, clément,
miséricordieux, tardif à la colère, plein de
bienveillance et d’équité,", Hachem est donc
bienveillant lorsqu’il les juge. C’est à propos des
moyens que David dit (Psaumes 116,1) : "J’aime
que le Seigneur Eternel écoute ma voix, mes
supplications," ; c’est d’ailleurs à leur sujet que
ce psaume est entièrement consacré. (Psaume
116,6) : "Le Seigneur Eternel protège les simples
; même pauvre, il m’a porté secours." Même les
personnes "pauvres" en bonnes actions seront
sauvées par Hachem. Quant aux complètement
mécréants, juifs ou non juifs, lesquels ont
commis des péchés avec leur corps, eux
descendront en enfer pour y être jugés pendant
12 mois, puis leur corps périra, leur âme sera
brûlée, et un vent en dispersera les cendres à la
plante des pieds des justes, comme il est dit
(Malachie 3,21) : "Et vous foulerez les méchants
qui se réduiront en poussière sous la plante de
vos pieds au jour que je prépare, dit le Seigneur
Eternel Tsevaot." Cela étant, les membres des
divers courants mélangeant les principes de la
Torah à d’autres éléments qui détériorent les
enseignements de celle-ci, ceux qui dénoncent
des juifs aux autorités non juives ne traitant pas
les juifs de façon équitable, ceux qui
abandonnent le judaïsme pour une autre
religion, ceux qui méprisent les ’Hakhamim,
ceux qui prétendent que la Torah n’est pas
d’origine divine, ceux qui ne croient pas en la
résurrection des morts à la fin des temps, les
juifs qui ne veulent rien avoir à faire avec les
autres membres de la communauté juive -
même s’ils se conforment à tous les préceptes
de la Torah, ceux qui ont abusé de leur pouvoir
pour terroriser les gens, de même que ceux qui
ont fauté et entraîné les autres au péché -
comme Yarov’am ben Nevat et ceux qui lui
ressemblent, tous ceux-là, descendront en enfer
pour l’éternité, comme il est dit (Isaïe 66,24) :
"Et on sortira pour contempler les cadavres de
ces hommes qui se révoltèrent contre moi, car
le ver qui les ronge ne mourra point, ni le feu qui
les consume ne s’éteindra ; et ils seront ainsi un
objet d’horreur pour toute créature." L’enfer
cessera un jour d’exister, mais leurs souffrances
ne finiront jamais, comme il est dit (Psaumes
49,15) : "Comme un troupeau ils s’avancent vers
l’enfer ; le matin venu, les hommes droits auront
raison d’eux ; l’enfer consume jusqu’à leur
forme, ne leur servant pas [éternellement] de
demeure.". Pourquoi la punition de ces derniers
est-elle si sévère ? C’est parce qu’ils ont osé
toucher au sacré, comme le dit le verset
(Psaumes 49,15) : "Comme un troupeau ils
s’avancent vers l’enfer ; le matin venu, les
hommes droits auront raison d’eux ; l’enfer
consume jusqu’à leur forme, parce qu’ils ont
osé porter leur main sur le sacré."1 [Dans la
seconde interprétation le terme zevoul est
compris comme ce qui est sacré.] Et le terme
zevoul fait référence au Temple - et donc au
sacré de façon générale, comme il est dit (Rois I
8,13) : "C’est donc bien pour toi [Hachem] que
j’ai bâti cette demeure2 ; elle sera à jamais le
siège de ta résidence !" Et c’est à leur sujet que
’Hanah a dit (Samuel I 2,10) : "Le Seigneur
Eternel, ses agresseurs sont brisés, quand sur
eux, du haut du ciel, il tonne ; le Seigneur
Eternel juge les sommités de la terre ! Et il
donnera la puissance à son roi, et exaltera la
gloire de son élu."
Notes

En hébreu, le texte dit vetsouram levalot cheol
mizevoul lo et peut donc être compris de 2 façons :

1)vetsouram levalot cheol = l’enfer détruit


jusqu’à leur forme, puis levalot cheol mizevoul
lo = l’enfer sera réduit à néant et ne leur
servira pas [éternellement] de demeure. Les
mots levalot cheol n’apparaissent qu’une seule
fois dans le texte, mais sont lus une fois
avec vetsouram levalot et une autre fois
avec mizevoul lo. Il ne s’agit pas d’un jeu de
mots ou d’un sens caché au second degré, mais
d’une structure classique que l’on retrouve de
nombreuses fois dans la Bible ; parfois, c’est
même la seule façon de comprendre le verset.

2)vetsouram levalot cheol = l’enfer détruit


jusqu’à leur forme, puis mizevoul lo = parce
qu’ils ont osé toucher au sacré. Retour

= zevoul dans le texte en hébreu, et fait référence au
Temple bâti par Chelomoh. Retour

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