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DOM PIUS PARSCH

GUIDE DANS L'ANNÉE LITURGIQUE

TOME III

LE CYCLE PASCAL
2EME PARTIE

Traduit de l’allemand sur la 11e édition


Par l’Abbé Marcel GAUTIER
ÉDITIONS SALVATOR Mulhouse (Haut-Rhin) 1935

Édition numérique disponible sur


salettensis@gmail.com http://www.scribd.com/doc/51200883

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TABLE DES MATIÈRES

La Semaine Sainte.................................................................................................................................................................................. 3

Le Saint Triduum.................................................................................................................................................................................. 15

La Semaine de Pâques.......................................................................................................................................................................... 31

Première Semaine Après l'Octave de Pâques........................................................................................................................................45

Seconde Semaine après l'Octave de Pâques..........................................................................................................................................55


La fête du Patronage de Saint Joseph....................................................................................................................................60

Transition............................................................................................................................................................................................. 65
Octave de Saint Joseph......................................................................................................................................................... 70

Quatrième Semaine Après Pâques........................................................................................................................................................ 77

Cinquième Semaine Après l'Octave de Pâques.....................................................................................................................................81


Vigile de l'Ascension – Troisième jour des Rogations – Station à Saint Pierre.....................................................................87
L'Ascension du Christ – Station à Saint Pierre......................................................................................................................88

Sixième Semaine Après l'Octave de Pâques.........................................................................................................................................95

La Grande Fête de la Pentecôte.......................................................................................................................................................... 105


Mercredi des Quatre-Temps – Station à Sainte Marie Majeure...........................................................................................113
Jeudi de la Pentecôte – Station à Sainte Laurent.................................................................................................................115
Vendredi des Quatre-Temps – Station aux Douze Apôtres..................................................................................................117

Fête des Saints


du 11 AVRIL – Saint Léon I, pape et docteur de l’Église ...................................................................................................121
au 16 JUIN – Saint Norbert, évêque et confesseur..............................................................................................................157

Appendice.......................................................................................................................................................................................... 158
Le Commun des Martyrs dans le Temps Pascal :Messe pour un martyr Protexisti – Messe pour plusieurs martyrs Sancti tui....................158
Office de la Sainte Vierge le Samedi Pendant le Temps Pascal...........................................................................................160
Supplément : 28 AVRIL – Saint Louis Grignion de Montfort, confesseur...........................................................................160

Édition numérique
par
salettensis@gmail.com

disponible sur
http://www.scribd.com/doc/51200883

Le texte figurant par larges extraits sur le net


et dans sa presque intégralité sur
http://www.introibo.fr/ et http://casimir.kuczaj.free.fr/Francais/CUM%20SPIRITU%20TUO/annee-liturgique.htm

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LA SEMAINE SAINTE

Nous entrons maintenant dans le saint des saints de l’année liturgique. Comme l’Église nous a
préparés progressivement avant de nous laisser entrer ! N’avons-nous pas, depuis la Septuagésime, remarqué
un crescendo perpétuel ? Chaque semaine nous a fait monter et nous a rapprochés. L’Église, sans doute, nous
a parlé souvent de la Croix et de la Résurrection du Seigneur, mais elle le faisait toujours sous le voile des
signes et des symboles, comme si elle craignait d’exposer ce qu’elle a de plus cher aux regards profanes.
Aujourd’hui, enfin, elle soulève le voile et nous pouvons contempler le saint des saints. Bien plus, nous
prenons part au plus sublime mystère de l’histoire du salut. Nous commençons la grande et sainte semaine.
Nous pensons à la Croix et à la Résurrection qui sont inséparables. L’œuvre rédemptrice du Christ ne se
termine pas à sa mort, mais se prolonge dans la victoire de sa Résurrection. Nous n’avons donc pas le droit
de séparer la Passion du Christ de sa Résurrection. La liturgie ne veut pas seulement être une lamentation sur
la mort du Christ et une compassion pour ses souffrances. Ce serait une conception médiévale et moderne de
ce temps. Non, dans toute cette semaine nous entendons des accents de victoire et de joie. Nous voyons, dans
la Passion du Christ, une transition qui nous mène à la gloire de la Résurrection. Nous ne comprendrions pas
l’ancienne liturgie si nous ne soulignions pas précisément cette pensée. Il n’est pas de jour, pendant toute
cette semaine, où nous n’entendions, d’une manière distincte et claire, des thèmes de Pâques et des chants de
victoire. Songeons seulement au dimanche des Rameaux avec les hommages royaux rendus au Seigneur, au
Jeudi Saint avec la messe solennelle de la Cène et la bénédiction des Saintes-Huiles, au Vendredi Saint avec
l’élévation de la Croix comme signe de victoire, au Samedi Saint qui est le commencement de la solennité
pascale. Extérieurement, quatre jours ressortent particulièrement dans cette semaine : le dimanche des
Rameaux et les trois derniers jours. Les trois autres jours, le lundi, le mardi et le mercredi, ne se distinguent
guère des jours précédents du temps de la Passion. Le dimanche des Rameaux est la porte d’entrée
monumentale qui nous introduit dans les saints mystères de Pâques.

DIMANCHE DES RAMEAUX

Station à saint Jean de Latran

Le Roi conduit les siens au combat et à la victoire

La fête du jour

Le sens de ce jour n’est pas seulement la commémoration de l’entrée de Jésus à Jérusalem. Le sens
est plutôt celui-ci : nous voulons accompagner solennellement le Seigneur dans sa Passion. Mais nous ne
pouvons le faire que si nous sommes d’abord consacrés comme combattants et martyrs. C’est ce que signifie
la cérémonie des Rameaux. Nous ne l’entendrons et nous ne la célébrerons comme il faut que si nous nous
représentons vivement que le Christ est au milieu de nous, que nous sommes ses disciples et que nous lui
préparons un triomphe. Nous accompagnons le Seigneur du Mont des Oliviers dans la ville sainte où il va
souffrir. C’est donc un drame sacré dans lequel nous ne sommes pas seulement spectateurs, mais acteurs.

Considérons les personnages et les lieux

Le drame a trois actes qui se passent en trois lieux différents :


le premier acte se passe au Mont des Oliviers (c’est la bénédiction des palmes dans l’église de
rassemblement) ; le second se passe sur le chemin qui mène du Mont des Oliviers aux portes de la ville de
Jérusalem (c’est la procession des Rameaux) ; le troisième se déroule dans la ville sainte elle-même (c’est la
messe dans l’église de station).

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Les personnages sont : le Christ, les disciples, les enfants.
Nous devons nous représenter le Christ comme présent et le voir soit dans le symbole de la croix qui marche
devant nous, soit dans la personne du prêtre ; autrefois, même, on introduisait dans la procession un âne
traînant un petit char dans lequel se trouvait une statue du Christ ; on appelait cet âne l’âne des Rameaux. Les
disciples, ce sont tous les fidèles. Aujourd’hui, les enfants jouent un rôle important ; ils représentent les
enfants Juifs qui criaient : hosannah. Maintenant, prenons réellement part au drame sacré.

1er Acte : La bénédiction des Rameaux

Nous nous rassemblons aujourd’hui dans une église plus petite ; elle représente le Mont des Oliviers.
C’est là que, de fait, la bénédiction des rameaux a lieu ; ces rameaux ne sont pas apportés par les fidèles
individuellement, ils sont rassemblés sur une table près de l’autel. La bénédiction des rameaux se fait sous la
forme d’une messe qui n’a pas de consécration ni de communion. La consécration est remplacée par la
bénédiction même des rameaux ; et la communion, par la distribution de ces rameaux.
La cérémonie commence quand le prêtre fait son entrée, nous le saluons comme le Christ, qu’il représente,
par le chant des disciples : “ Hosannah au Fils de David. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ; ô Roi
d’Israël, hosannah dans les hauteurs ”. C’est l’Introït.
Vient immédiatement après, l’Oraison. Cette oraison envisage les grands événements de la semaine, la mort
et la résurrection du Seigneur, et demande la grâce sur la terre et la gloire dans le ciel. On dirait que l’entrée
solennelle du prêtre qui s’avance vers l’autel nous fait songer à notre entrée un jour au ciel. Cette pensée
nous sera, d’ailleurs, présentée une seconde fois, aujourd’hui, dans la procession des rameaux devant la porte
de l’église.
Suit la Leçon. Celle-ci nous conduit dans le désert où les Juifs, au sortir de l’Égypte, campèrent dans une
oasis de douze sources et de soixante-douze palmiers. Nous les entendons murmurer contre Moïse et
regretter les marmites de viande d’Égypte. Mais nous entendons aussi Dieu leur promettre la manne qui doit
les nourrir chaque jour dans le désert. “ Demain, vous verrez la gloire de Dieu ” par ces paroles, l’Eglise
indique la fête de Pâques qui approche.
Après la leçon, nous chantons un répons. L’âme pieuse quitte le désert aux soixante-dix palmiers et se rend
sur le Mont des Oliviers. Elle voit le Seigneur en agonie au jardin des Oliviers ; elle voit les princes des
prêtres se réunir et décider sa mort.
Puis, on chante l’Évangile. L’Évangile nous raconte l’entrée solennelle du Christ à Jérusalem, au milieu des
acclamations du peuple.
Ensuite, se fait la bénédiction solennelle des rameaux. Dans les oraisons de bénédiction, on explique le sens
des branches de palmier et d’olivier. Elles symbolisent le martyre du Christ, mais aussi celui des chrétiens.
Le Seigneur va maintenant librement à la mort et nous le suivons en portant une palme à la main. Le prêtre
chante alors une préface avec les invocations habituelles. C’est une antique préface des martyrs “ qui
confessent le grand nom du Fils unique devant les rois et les puissances de ce siècle ”.
Le Sanctus est chanté et suivi de six Oraisons de bénédiction qui expliquent le sens des rameaux. L’Église
rappelle le souvenir de la colombe de l’arche qui apporta le rameau d’olivier comme signe de paix. Elle
demande que les rameaux soient une bénédiction pour tous les fidèles. “ Que, dans les maisons où ils seront
placés, les habitants reçoivent ta bénédiction ; que ta main chasse toute puissance ennemie et protège les
tiens ”. “ Les rameaux, est-il dit plus loin, annoncent la victoire du Seigneur sur le prince de la mort ; les
rameaux nous promettent l’effusion des dons du Saint-Esprit ”.
Quand la bénédiction des rameaux est achevée, les prêtres doivent les distribuer au peuple. L’Église prévoit
une distribution solennelle. C’est notre promotion annuelle à la dignité de chevaliers et de martyrs. En
recevant les rameaux, nous nous déclarons martyrs et nous sommes désormais capables de suivre le Roi des
martyrs, Jésus-Christ, dans sa Passion. Pendant la distribution, nous sentons que nous sommes déjà “ les
enfants des Hébreux ” qui allèrent au-devant du Seigneur, portant des palmes dans leurs mains.

L’Église n’entend pas accomplir une vaine cérémonie en nous mettant une palme dans la main, pas
plus qu’au jour de la Chandeleur quand elle nous remet un cierge. A la Chandeleur, nous nous sommes
engagés à être des hommes de lumière ; aujourd’hui, nous promettons d’être des martyrs et des confesseurs
de la foi.
Comprenons-nous bien ce que cela veut dire : être martyr du Christ ? Être martyr, cela signifie rendre

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témoignage au Christ dans nos œuvres et dans notre vie, par la parole et la profession de foi, devrait-il nous
en coûter la perte de nos biens, la perte de notre vie... Quand nous suspendons le rameau bénit dans notre
chambre, souvenons-nous, toute l’année, que nous sommes voués au martyre.

Encore une remarque. Quelle différence y a-t-il entre l’histoire de la Passion et la célébration de la
Semaine Sainte ? Autrefois, le Seigneur a souffert seul ; aujourd’hui, il veut conduire ses membres, c’est-à-
dire nous, les chrétiens, par la croix à la résurrection. La palme que nous portons à la main signifie : Nous
allons, avec le Christ et le Christ en nous, à la Passion et à la Résurrection.

2e Acte : La procession des Rameaux

C’est seulement comme chevaliers du Christ, comme martyrs, que nous sommes dignes de suivre le
Seigneur, le Roi des martyrs, dans son combat héroïque. Le deuxième acte est donc lui aussi une action
importante. Nous accompagnons au combat le vainqueur de la mort et de l’enfer, tel est le sens de la
procession. Nous devons y prendre part avec une profonde émotion. Figurons-nous que nous vivons au
temps des martyrs, que l’un des nôtres vient d’être condamné à mort pour la foi et que nous l’accompagnons
au lieu de son supplice. Avec quel respect nous suivrions ses pas !
La procession se met en marche, précédée de la croix. Les beaux chants nous rappellent sans cesse que c’est
comme disciples du Seigneur que nous accompagnons, dans son entrée dans la ville, “ le vainqueur de la
mort et de l’enfer ”.
Aujourd’hui, malheureusement, la procession des Rameaux n’est qu’esquissée. Au Moyen Age, c’était une
manifestation magnifique, un hommage solennel à Jésus, le Roi du royaume de Dieu. On sortait en ville,
portant à la main les palmes, signe de victoire. Jésus était représenté symboliquement soit par la croix, soit
par l’Évangile, soit par une statue portée sur un âne. Quelle signification profonde ! Les chrétiens s’avancent
avec le Christ ; c’est une procession de vainqueurs et de héros. Aujourd’hui, encore, on devrait ressusciter
cette procession. Il faudrait le demander aux curés. Surtout qu’on laisse les enfants prendre part à la
procession et aux chants. Toutes les fois qu’on chante l’hosannah, les assistants devraient agiter joyeusement
leurs palmes.
Le cortège arrive à la porte de l’église paroissiale ; les chantres pénètrent dans l’église et on ferme la porte
derrière eux. Le clergé et toute la communauté se rassemblent devant la porte fermée. Alors, le chœur
entonne, à l’intérieur de l’église, une hymne de louange au Christ-Roi, et le peuple, qui est au dehors, répète
toujours le même refrain. Cette hymne merveilleuse est l’œuvre de l’évêque Théodulphe d’Orléans ; il la
composa vers l’an 800, alors qu’il était en prison ; c’est un magnifique hommage au Christ-Roi. Quand le
chant est fini, le sous-diacre frappe trois fois à la porte avec le pied de la croix ; la porte s’ouvre et la
communauté entre dans l’église. Cette cérémonie élargit le symbolisme de la procession ; c’est toute
l’humanité qui arrive au but éternel, au ciel. Depuis le péché originel, les portes du paradis étaient fermées.
Mais Jésus est venu sur la terre et, avec sa Croix, il a frappé à la porte du ciel. La porte s’est ouverte et
l’entrée au ciel a commencé ; elle ne s’achèvera qu’au dernier jour. Ainsi, la procession terrestre devient une
procession céleste.
Examinons l’émouvant hommage rendu au Christ-Roi devant la porte de l’Église. Le portail de l’Église
rappelait aux chrétiens romains les antiques arcs de triomphe construits pour les vainqueurs. Le portail doit
être, aujourd’hui, un arc de triomphe pour le Christ victorieux. On pourrait, aujourd’hui, parer ce portail de
rameaux. On devrait rendre à cet hommage au Christ son caractère populaire. Il faudrait que toute la paroisse
soit rassemblée sur la grande place de l’église et tout le monde, les enfants comme les grandes personnes,
devraient chanter : Gloire, louange et honneur soient à toi, Christ-Roi et Rédempteur, à qui la troupe des
enfants chanta un pieux hosannah.

3e Acte : La Messe

L’église de station, Saint-Jean de Latran, représente la ville de Jérusalem. Ainsi donc le Christ entre dans la
ville sainte et nous, ses disciples, nous le suivons : “ Quand le Seigneur entra dans la ville sainte, les enfants
des Hébreux annoncèrent la résurrection de la vie” (Antienne au moment de l’entrée dans l’église). Or
pourquoi le Christ a-t-il fait son entrée ? Pour se faire couronner roi ? Non ; pour souffrir. Aussi le ton de la

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liturgie change soudain, la messe nous place au milieu de la Passion ; toutes les parties de la messe sont
d’une profonde tristesse ; l’Église nous montre l’image douloureuse du Sauveur souffrant ; les chants sont
des lamentations que fait entendre le Christ ; dans son délaissement complet, il crie vers son Père. Trois
hommes récitent le prologue du drame de la Croix : le Roi-prophète, David (Introït, Trait, Offertoire), le
docteur des nations et le prédicateur de la Croix, saint Paul (Epître), et, enfin, l’Apôtre et évangéliste saint
Matthieu (Passion).

a) David.
Le prophète royal entonne le célèbre psaume messianique, le psaume 21. De l’avis unanime des Pères de
l’Église et même de la Synagogue, ce psaume est directement messianique, c’est-à-dire qu’il traite au sens
littéral de la Passion du Christ. Nous le concevons comme une vision de David dans laquelle lui est montrée
la scène du crucifiement. Ce psaume nous est d’autant plus cher que le Seigneur, sur la Croix, en a récité un
verset, peut-être même le psaume entier. Ce psaume représente le paroxysme de la Passion : le délaissement
du Seigneur sur la Croix. En récitant ce psaume, nous nous transporterons en esprit sur le Golgotha et nous
nous laisserons pénétrer par l’image douloureuse. Assurément, nous ne pourrons pas appliquer chaque mot et
chaque image à une scène particulière de la Passion. Le psalmiste essaie de décrire l’effroyable délaissement
du Crucifié ; il cherche des expressions et des images qui lui permettront de donner une idée approximative
de la terrible réalité. Dans la première partie, nous voyons une hésitation dans les sentiments : d’un côté,
l’attachement à Dieu, l’abandon à sa volonté, la confiance, l’obéissance envers le Père ; d’un autre côté, le
délaissement, la désolation. Dans la seconde partie, nous voyons défiler devant nos yeux divers aspects de la
Passion. Le psalmiste aime à représenter les ennemis du Messie sous la figure de bêtes dévorantes. Nous
entendons aussi des prophéties littérales : “ Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils se sont partagé mes
vêtements. ” “ Ma langue est desséchée comme un tesson. ” La fin du psaume amène un changement
complet de sentiments : Le calice a été vidé jusqu’à la lie et, maintenant, au milieu des ténèbres, brille déjà
un rayon de la gloire de la Résurrection. Le Christ fait entendre un chant d’action de grâces pour la
rédemption du monde.

b) Saint Paul.
Le second témoignage est apporté par le grand prédicateur de la Croix, saint Paul. Dans son Épître à sa chère
Église de Philippes, il esquisse à grands traits l’image du Crucifié. Ce passage est peut-être ce qui a été dit de
plus magnifique sur Jésus. Le verset principal : “ Le Christ a été obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la
Croix, c’est pourquoi Dieu l’a exalté... ” constituera l’antienne des trois derniers jours de la Semaine Sainte
et résumera toute la Passion.

c) Saint Matthieu.
Le troisième héraut est saint Matthieu dans son histoire de la Passion. C’est Précisément saint Matthieu qui
nous décrit le Seigneur dans tout ce qu’il a d’humain, dans son délaissement, tel que le Prophète l’avait
prédit.

Dans de nombreuses églises, la Passion est chantée solennellement par trois prêtres (ou diacres). Le premier
représente l’évangéliste ; le second, le Christ ; et le troisième, les autres personnages, pendant que le chœur
représente le peuple. Pendant l’Évangile, les chantres et le peuple doivent tenir les rameaux à la main. C’est
une affirmation de fidélité envers le Christ, le Roi souffrant.

Cependant, même dans cette messe, le thème pascal ne fait pas entièrement défaut.
A l’Épître, notre regard s’élève, par-delà le Vendredi Saint, jusqu’à la gloire pascale du Christ. A l’Offertoire
et à la Communion, l’Église fait un rapprochement significatif entre le pain et le vin du sacrifice et la Passion
du Christ. Quand la communauté apporte à l’autel le pain et le vin, la Schola chante cette antienne : “ Ils
m’ont donné du fiel pour nourriture et ils m’ont abreuvé de vinaigre ”. Et quand la communauté, au moment
de la communion, reçoit la sainte Eucharistie, l’Église répète cette antienne : “ Mon Père, si ce calice ne peut
passer sans que je le boive, que ta volonté soit faite ” (Com.). (Nous voyons ici que les chants ne se
comprennent bien qu’en union avec la procession correspondante).

La liturgie d’aujourd’hui a commencé au Mont des Oliviers, elle s’achève au Mont des Oliviers.

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Si nous jetons un dernier regard sur la solennité du dimanche des Rameaux, nous verrons que
l’Église nous fait gravir trois degrés.
Nous préparons un triomphe au Christ, notre Roi vainqueur ; nous ne le laissons pas aller seul au combat,
nous sommes nous-mêmes promus combattants et, à la messe, nous allons à la mort avec le Christ. Mais tout
ne se termine pas à la mort. L’Église nous montre un but plus élevé ; si nous l’avons accompagné fidèlement
dans la vie et dans la lutte, si “ nous avons porté devant les rois son nom sublime” (Préface), nous entrerons
avec lui dans le royaume du ciel pour régner éternellement avec lui.
C’est aussi le sens symbolique de la procession des Rameaux.

LUNDI DE LA SEMAINE SAINTE

Station à Sainte Praxede

Madeleine et Judas

C’est une particularité de la liturgie romaine d’aimer à compter les jours qui nous séparent d’une
grande fête. Dès le quatrième dimanche de Carême, nous l’entendons nous dire : Pâques est proche. Le
dimanche de la Passion, elle disait : dans quatorze jours. Elle dit, aujourd’hui : “ Six jours avant Pâques ”.
Les antiennes directrices de ces trois jours ne sont pas tirées de l’Évangile du jour, mais nous
représentent quelque scène de la Passion. L’intention de l’Église est de nous faire vivre toute la journée dans
la pensée de la Passion du Seigneur.
“ Père, glorifie-moi près de toi de cette gloire que j’avais avant que le monde fût créé ” (Ant. Bened.).
“ Je ne détourne pas mon visage de ceux qui m’insultent et me couvrent de crachats ” (Ant. Prime).
“ Ils ont payé comme prix, pour moi, trente pièces d’argent et c’est à cette mince somme que j’ai été estimé ”
(Ant. Sexte).
“ Tu n’aurais pas de pouvoir sur moi s’il ne t’avait pas été donné d’en-haut ” (Ant. Magn.).

Mais le mystère principal du jour, c’est l’onction de Madeleine.

1. La messe Judica

L’église de station était jadis l’église de fasciola.


D’après une antique légende, cette église rappelait la fuite de saint Pierre au moment de la persécution
romaine. D’après la légende, au premier mille sur la voie Appienne, la bande (fascia), qui enveloppait les
pieds de l’Apôtre blessés par les chaînes, se détacha. A ce moment, apparut le Seigneur et Pierre lui demanda
: Domine, quo vadis : Seigneur, où vas-tu ? Jésus répondit : Je vais à Rome me faire crucifier de nouveau. A
ces mots, Pierre retourna sur ses pas et rentra dans la ville. Sous l’autel, reposent les corps des saints martyrs,
Nérée, Achillée et Domitille.
Plus tard, on transporta la station à l’église de Sainte-Praxède.
Sainte Praxède était une vierge qui se consacra tout entière aux œuvres de charité et à l’assistance des
martyrs :
“ Elle cachait les uns dans sa maison, elle exhortait les autres à confesser courageusement leur foi,
elle ensevelissait les morts ; à ceux qui languissaient dans les prisons, elle apportait le nécessaire. Ne
pouvant plus supporter de voir l’oppression des chrétiens, elle pria le Seigneur de l’enlever de cette
vallée de larmes. Elle fut exaucée. Le Seigneur l’appela à lui pour lui donner la couronne céleste en
récompense de sa charité et de sa piété ”.

La messe est entièrement dominée par le thème de la Passion. Les chants, les oraisons, les lectures
parlent tous de la Passion et de la mort du Seigneur.
Dès l’Introït qui, comme presque tous les chants (Grad., Comm.), est emprunté au psaume 34, nous

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implorons, avec le Christ, le secours de Dieu contre les oppresseurs impies. Le Christ lui-même s’est
appliqué ce psaume (Jean, XV, 25). Ce psaume est aussi une malédiction contre Judas, le traître.
Au reste, la liturgie nous présente aujourd’hui deux figures qui sont en relation étroite avec la
Passion. L’une doit servir à nous consoler ; l’autre est pour nous un sérieux avertissement. Ces figures
forment un saisissant contraste, c’est Madeleine et Judas. Jésus est dans la maison de Lazare. Marie-
Madeleine oint ses pieds pour sa “ sépulture” et les essuie avec ses longs cheveux. Judas se montre
mécontent et Jésus le réprimande. Ce blâme acheva de déterminer Judas à la trahison. Ce repas fut donc
important. Ce fut un repas mortuaire qui amena la mort (Judas) et prépara la sépulture (Madeleine). Jésus
donne son corps à tous les deux. A Madeleine pour l’onction et à Judas pour le baiser perfide ; il le donne aux
bons qui l’entourent d’affection et de respect ; il le donne aux méchants qui le crucifient. C’est ce qu’il
exprime lui-même, d’une manière saisissante, dans la Leçon : “ Je donne mon corps à ceux me frappent et
mes joues à ceux qui me déchirent, je ne détourne pas mon visage de ceux qui m’insultent , et me couvrent
de crachats ”.
Cela s’applique aussi à son corps mystique.
Le Christ parcourt de nouveau la voie douloureuse à travers les temps et il abandonne encore son corps aux
onctions des Madeleines comme aux baisers perfides des Judas ; il laisse frapper et déchirer son visage, saint
Augustin nous explique comment nous devons oindre son corps : “ Oins les pieds de Jésus par une vie
agréable à Dieu. suis la trace de ses pas ; si tu as du superflu, donne-le aux pauvres, et tu auras essuyé les
pieds du Seigneur ”. Nous pouvons ainsi consoler le Christ dans sa vie mystique. Il reçoit tant de baisers de
Judas par les péchés des chrétiens !

Sainte Praxède, qui consacra tout son bien à secourir les pauvres, oignit, elle aussi, les pieds du
Seigneur. Ainsi l’Évangile rend hommage à la vierge romaine. Au Saint-Sacrifice, nous prenons part au
banquet mortuaire du Seigneur, et, à l’Offrande, nous voulons “essuyer les pieds du Seigneur”.

Madeleine et Judas accompagnent le Sauveur souffrant pendant toute la Semaine-Sainte.


Le mercredi, Judas va trouver les princes des prêtres pour négocier sa trahison, pendant que Madeleine sert le
Seigneur dans sa maison.
Le jeudi, Judas demande avec insolence : Est-ce moi ? et, le soir, au jardin des Oliviers, donne à Jésus un
baiser de traître. Madeleine, de son côté, a pris congé de Jésus en pleurant.
Le vendredi, Judas jette dans le temple ses trente pièces d’argent, puis va se pendre dans la gorge d’Hinnon.
Madeleine est du petit nombre de fidèles qui restent auprès de la Croix dont elle embrasse le pied.
Le dimanche, Madeleine est la première messagère de Pâques ; elle est la première à voir le Sauveur et à
entendre sa voix qui lui dit doucement : Marie ! Où est l’âme du malheureux Judas ?

Le Seigneur suit aussi sa voie douloureuse à travers notre vie pécheresse.


Il y a deux âmes en nous, une âme de Judas et une âme de Madeleine. La première est la cause de sa Passion,
c’est une âme traîtresse, toujours prête à l’apostasie, au baiser de Judas... Qui peut dire qu’il n’a pas en lui
cette âme de Judas ? L’âme de Madeleine console le Seigneur sur sa voie douloureuse. Puisse le temps de
Carême, que nous achevons heureusement, grâce à Dieu, nous permettre d’étouffer en nous l’âme de Judas et
de fortifier l’âme de Madeleine !

2. L’office des Ténèbres.

L’ami de la liturgie consacrera tous ses moments libres à se préparer à la célébration de la Semaine
Sainte. Dans les communautés, la préparation est certainement depuis longtemps en train. Les pasteurs des
âmes ont dû, au cours du Carême, expliquer à leurs paroissiens le contenu spirituel de la Semaine Sainte. Il
est absolument nécessaire, pendant ces deux jours, de prendre les dernières dispositions.

Examinons aujourd’hui les matines des trois derniers jours, l’office des “ Ténèbres ”.
Que sont les matines ? C’est une partie de la prière ecclésiastique, du bréviaire. C’est la prière de nuit de
l’Église ; elle est consacrée à la méditation du mystère du jour suivant. Les sentiments et les pensées de
l’Église, dans un jour liturgique, sont exprimés par elle aux matines. Or, les trois derniers jours de la Semaine
Sainte étant pour les chrétiens les plus riches en événements de l’année, nous comprendrons que les matines

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de ces trois derniers jours doivent avoir un riche contenu. De fait, elles comptent parmi ce qu’il y a de plus
beau et de plus touchant dans le trésor des prières de l’Église.
Les matines de ces trois jours forment trois parties du drame de la Passion.
La première partie est constituée par les matines du Jeudi Saint. C’est l’entrée dans le grand drame. La
pensée principale de ces matines, c’est la Passion intérieure du Christ, la Passion dans ses causes... Les
scènes dominantes sont : la scène du jardin des Oliviers, la trahison de Judas et l’institution de la sainte
Eucharistie.
La seconde partie est constituée par les matines du Vendredi Saint. C’est le paroxysme du drame, le drame
même de la Croix. L’action se passe sur le Golgotha. Ces matines sont aussi les plus saisissantes et les plus
tristes de toutes.
La troisième partie amène déjà une détente. Les matines du Samedi Saint respirent le calme après la tempête
et s’élèvent peu à peu à l’espoir de la Résurrection, mais reviennent aux lamentations de deuil à la vue des
plaies saignantes du grand mort.
L’espace nous fait défaut pour approfondir les beautés de ces matines. Signalons seulement les
Lamentations et les Répons.
Les Lamentations sont des chants douloureux, dans lesquels le Prophète Jérémie déplore la destruction de
Jérusalem et la déportation du peuple. Dans les Matines, ces Lamentations expriment la douleur contrite de
l’humanité repentante, de l’épouse infidèle pour laquelle l’Époux souffre et meurt. Dans les Lamentations,
l’Église veut nous montrer, à tous, l’image de notre âme, afin que nous puissions reconnaître l’horreur et le
malheur du péché. C’est pourquoi chaque chant se termine par cet appel saisissant : “ Jérusalem, Jérusalem,
convertis-toi au Seigneur, ton Dieu ”. Les Lamentations sont chantées sur une mélodie mélancolique.
L’origine de cette mélodie se perd dans la nuit des temps ; peut-être faut-il la chercher dans l’antiquité
judaïque. Cette mélodie grave, traînante, dont les phrases se répètent sans jamais lasser, a touché et ébranlé
des milliers de cœurs, et les artistes ne cessent d’en être frappés d’admiration.
“ Comment donc est-elle assise, solitaire, cette cité autrefois si peuplée ?
Elle est maintenant comme une veuve la maîtresse des nations.
La princesse des provinces est devenue tributaire...
0 vous tous qui passez par le chemin, faites attention et voyez
S’il est une douleur semblable à ma douleur...
A qui te comparerai-je, à qui t’assimilerai-je, fille de Jérusalem ?
Qui placerai-je à côté de toi pour te consoler, vierge de Jérusalem ?
Qui placerai-je à côté de toi pour te consoler, vierge fille de Sion ?
Car grande comme la mer est ton affliction ”.
Après les Lamentations, on aime aussi à chanter solennellement les Répons. Qu’est-ce que les
Répons ? Après une leçon, l’Église ne passe pas d’ordinaire immédiatement à la suivante, mais elle aime
intercaler un chant qui est comme l’écho de la leçon précédente. Nous trouvons quelque chose d’analogue à
la messe. Après l’Épître, on chante un chant intermédiaire, le Graduel. Les répons des matines des trois
derniers jours de la Semaine Sainte sont parmi les plus belles pièces de ces matines. Nous entendons tantôt
les plaintes du Sauveur souffrant, tantôt celles de l’Église. Ces chants sont d’un ton très varié, tantôt simple,
tantôt lyrique, tantôt dramatique. Quelques exemples nous donneront une idée de ces chants.
Le Jeudi Saint, l’Église chante au sujet de Judas :
“ Judas, misérable et vénal,
Approcha du Seigneur pour lui donner un baiser.
Le Seigneur, comme un agneau innocent,
Ne refusera pas le baiser de Judas.
Pour quelques deniers
Il livra le Christ aux Juifs.
Il eût mieux valu pour lui ne jamais naître.
Le Vendredi Saint, l’Église chante la mort du Christ.
“ Il y eut des ténèbres
Quand les Juifs eurent crucifié Jésus,
Et, vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix fort :
“ Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ”
Et, inclinant la tête, il rendit l’esprit.
Jésus cria d’une voix forte :

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“ Père, en tes mains, je remets mon esprit ”.
Le Samedi Saint, l’Église pleure près du tombeau de son Époux.
“ Jérusalem, lève-toi et quitte tes habits de fête,
Prends le cilice et couvre-toi de cendre
Parce que, chez toi, le Sauveur d’Israël a été mis à mort.
Que tes yeux versent nuit et jour des torrents de larmes
Et que la prunelle de ton œil n’ait pas de repos ”.
Au début des matines, on place devant l’autel un candélabre portant quinze cierges, quatorze jaunes et un
blanc. On éteint un de ces cierges après chaque psaume (neuf à matines et cinq à laudes) ; le cierge blanc
reste allumé. A la fin, on le porte derrière l’autel ; le chœur fait alors du bruit et on le rapporte sur le
candélabre. Cette cérémonie n’avait, au début, qu’un intérêt pratique. Au Moyen Age, on récitait les matines
pendant la nuit (c’est pourquoi on les appelait aussi ténèbres). L’extinction d’un cierge indiquait aux fidèles
qu’un psaume était fini. Plus tard, on attribua à cet usage une signification symbolique. Les cierges jaunes
représentent les disciples qui s’enfuirent les uns après les autres. Le cierge blanc représente Jésus dont la
lumière s’éteignit, pendant peu de temps, à sa mort, mais brilla de nouveau à sa Résurrection. Le bruit
indique le tremblement de terre au moment de la Résurrection.

La conclusion de l’office des Ténèbres est particulièrement saisissante. Quand tous les cierges, même
ceux de l’autel, sont éteints et que, par conséquent, l’Église est dans une obscurité complète, tout le monde
s’agenouille. On chante alors ce court verset : “ Le Christ s’est fait pour nous obéissant jusqu’à la mort ” ; le
Vendredi Saint, on ajoute au verset : “ jusqu’à la mort de la Croix ”, et, le Samedi Saint, on fait une addition
nouvelle : “ c’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom”. On récite
ensuite ou on chante le psaume de pénitence, le miserere. Ainsi, devant l’image du Crucifié, nous excitons en
nous des sentiments de contrition. Puis, tous se lèvent et s’en vont en silence.

Si l’on veut célébrer la Semaine Sainte dans toute sa beauté, il faut connaître l’office des Ténèbres.

MARDI DE LA SEMAINE SAINTE

Station à Sainte Prisque

L’Agneau divin, conduit à l’immolation

Le point culminant du jour est l’histoire de la Passion selon saint Marc. Ainsi, nous nous préparons à
la “ sainte fête de la Passion de Notre-Seigneur ”. Pendant le jour, des scènes de la Passion se présentent
encore à notre esprit. “ C’était avant la fête de la Pâque.
Jésus savait que son heure était venue et, comme il avait aimé les siens, il les aima jusqu’à la fin ” (Ant.
Bened.). A Magnificat, quand le soleil se couche, Jésus se tient devant nous dans toute sa grandeur et dit : “
J’ai le pouvoir de donner ma vie et le pouvoir de la reprendre ”.

1. La Messe Nos autem

Nous nous rendons à l’église de station, l’église de Sainte-Prisque.


Sur l’emplacement de cette église, se trouvait, jadis, d’après une antique tradition, la maison d’Aquila et de
Priscille qui donnèrent l’hospitalité aux deux Apôtres Pierre et Paul. C’est donc un des plus anciens
sanctuaires de Rome.
Aujourd’hui, nous lisons la Passion selon saint Marc, le compagnon de saint Pierre. Aucun autre évangile ne
raconte le reniement de saint Pierre d’une manière aussi humiliante (c’est l’humble confession du prince des
Apôtres).

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A notre entrée dans l’église, nous nous trouvons en face de la Passio beata, l’heureuse Passion du Christ. La
gloire de la Résurrection, qui brillera à la fin de cette semaine, fait déjà luire ses premiers rayons dans
l’obscurité de la Semaine Sainte. (Observons tous les introïts de cette semaine ; ils respirent, tous, la
confiance et nous font apercevoir, à travers les souffrances de la Croix, la joie de la Résurrection).
L’Oraison demande la rémission des péchés en considération des sacramenta Dominicae Passionis, des
mystères de la Passion du Seigneur
Dans la leçon, nous entendons encore le Prophète Jérémie, qui est la figure du Christ souffrant : “ J’étais,
comme un doux agneau, conduit à l’immolation ” et nous entendons aussi la voix des ennemis : “ Mettons du
bois dans son pain” (allusion mystérieuse à la mort sur la Croix et à l’Eucharistie).
Les trois chants de procession qui suivent (Graduel, Offertoire et Communion) sont des plaintes sorties de la
bouche du Christ. Nous entrons donc dans le sacrifice douloureux du Christ et nous portons, pendant la
journée entière, le souvenir de sa mort. Aujourd’hui, on chante la Passion selon saint Marc. C’est la
prédication de saint Pierre.
Quand la communauté se rend à l’autel pour recevoir le pain et le vin changés au corps et au sang du
Seigneur, le chœur chante : “ Ils chantent à mon sujet des chansons moqueuses, ceux qui boivent du vin
devant la porte ”. Le précieux sang nous fait songer aujourd’hui aux soldats ivres qui insultaient le Christ. Il
est à remarquer que, précisément dans ces jours, la liturgie se plaît, à l’Offertoire et à la Communion, à faire
un rapprochement entre le pain et le vin du sacrifice et la Passion du Seigneur. (cf. Le dimanche des
Rameaux : Off. et Com., et le Mercredi Saint Off. et Com.).

2. A la prière des Heures,

Nous entendons encore les douloureuses lamentations du Seigneur souffrant. Comme toujours, ces
lamentations sont empruntées au Prophète Jérémie, qui est la figure du Messie souffrant. Ce passage se
retrouve, en abrégé, à la messe d’aujourd’hui.
“ Mon héritage est devenu comme un lion dans la forêt qui rugit contre moi... venez, rassemblez
toutes les bêtes des champs, amenez-les à la curée. De nombreux bergers ont détruit ma vigne, foulé
aux pieds mon domaine ; ils ont changé le lot qui m’était cher en désert et en dévastation... Tout le
pays est entièrement désolé, car il n’est personne qui réfléchisse en son cœur ”.
La liturgie applique ces paroles au Seigneur souffrant.
Les Répons sont aussi des plaintes de la bouche du Christ.
Il me faut souffrir l’affront et l’effroi de la part de ceux qui étaient mes amis ; et ils disent : Nous voulons
par fraude l’attirer vers nous et l’opprimer, mais toi, Seigneur tu es avec moi comme un guerrier excellent.
Couvre-les d’un opprobre éternel afin que je voie leur châtiment, car c’est à toi que j’ai confié mon combat.
O Seigneur, sois juge dans mon âme, toi, le protecteur de ma vie ”.

3. Participation active à la Semaine-Sainte.

Pouvons-nous faire participer activement les fidèles à la liturgie de la Semaine Sainte ? Cette
question doit intéresser tous les pasteurs qui aiment la liturgie et même les associations liturgiques. C’est
déjà un résultat si tous y peuvent participer passivement, c’est-à-dire tout en n’étant pas directement acteurs
dans le drame, s’y unir de cœur et d’intention. Il faut pour cela une préparation sérieuse qui commencera au
moins quelques semaines auparavant. Songeons seulement aux psaumes, aux leçons, aux prophéties.
Beaucoup d’amis de la liturgie se rendent pendant cette semaine dans une abbaye. Là, la liturgie de la
Semaine Sainte se déploie dans toute sa splendeur, et c’est une véritable joie d’assister à ces cérémonies.
Cependant, nous désirerions une participation active. La chose est-elle possible ? Le dimanche des Rameaux,
nous avons déjà donné quelques indications : Le laïc lui-même reçoit un rameau, il accompagne le Roi des
martyrs dans sa ville, il lui rend hommage sous le portail triomphal de l’église, il participe au chant
dramatique de la Passion. Bref, le dimanche des Rameaux, il doit se considérer comme le disciple qui suit le
Seigneur à la Passion et à la mort. L’office des Ténèbres devrait, dans les paroisses, être chanté par le peuple.
Il est toujours pénible de voir le peuple assister à ces matines sans rien comprendre du drame grandiose.
Pourquoi ne les chanterait-il pas en français ? Comme on pourrait rendre plus vivant aussi l’office du matin.

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Le Jeudi Saint nous offre la seule véritable fête eucharistique familiale de toute l’année. On voit,
autour de la table sainte, le curé, les autres prêtres, toute la paroisse. C’est un spectacle unique dans l’année,
mais qui, dans la primitive Église, avait lieu tous les dimanches. Or c’est justement en ce jour que beaucoup
de fidèles reçoivent la sainte communion en dehors de la messe. Le lavement des pieds est malheureusement
aussi tombé en désuétude. Si la cérémonie du lavement des pieds se heurte, dans les paroisses, à des
difficultés, on pourrait cependant conserver l’esprit du “ commandement ” (la cérémonie s’appelle
mandatum). La paroisse, ou bien des particuliers, ne pourraient-ils pas, ce jour-là, inviter douze vieillards qui
seraient servis à table par le clergé et les paroissiens les plus dignes ? Pendant le repas, on lirait l’Évangile du
lavement des pieds, on chanterait les chants de la cérémonie et l’on pourrait faire une courte instruction sur la
charité.

Le Vendredi Saint, le sermon dit de la Passion devrait être inséré dans la liturgie et placé après
l’Évangile de la Passion. Après les leçons et le chant dramatique de la Passion, on entendrait la parole du
prêtre : Ce serait la meilleure manière de préparer les cœurs à l’adoration de la Croix. Dans cette belle
cérémonie de l’adoration de la Croix, le peuple ne doit pas être spectateur passif. La liturgie prévoit, après
l’adoration par les prêtres, l’adoration par le peuple, qui doit s’approcher et baiser la Croix.

Les cérémonies du Samedi Saint appartiennent à la nuit de Pâques, c’est déjà la fête de Pâques.
Reverrons-nous un jour célébrer la nuit de Pâques ?

MERCREDI DE LA SEMAINE SAINTE

Station à Sainte Marie Majeure

Judas, le misérable

L’Eglise nous fait lire aujourd’hui, comme déjà au temps du pape saint Léon 1er (+461), la Passion selon
saint Luc. Les antiennes, au lever et au coucher du soleil, nous parlent de saint Pierre. L’Église rappelle, en
ce jour, comme d’ailleurs chaque mercredi, la trahison de Judas.
Le matin, nous chantons :“ Simon, tu dors ? Ne peux-tu pas veiller une heure avec moi ? ” (Laudes – ces
paroles conviennent bien à cette heure matinale). Le soir, nous chantons : “ La servante dit à Pierre :
Assurément tu es l’un d’entre eux, car ton langage même te fait reconnaître ”.

1. La Messe In nomine

L’église de station est aujourd’hui Sainte-Marie Majeure, une des plus grandes églises de Rome.
Cette circonstance et le fait que la messe a trois leçons nous prouvent que c’est une messe très ancienne.
L’église de station a-t-elle exercé une influence sur le choix des leçons ? Saint Luc, l’évangéliste de la
Passion d’aujourd’hui, aurait été un peintre qui fit le portrait de la Mère de Dieu. Ce qui est certain, c’est
qu’aucun évangéliste ne nous a laissé une aussi belle image de la Sainte Vierge. Rappelons-nous l’histoire de
l’enfance du Seigneur. De même, le Prophète de la naissance virginale du Christ, Isaïe, prend deux fois la
parole. Nous avons donc un triptyque : au milieu, la Mère de Dieu et, de chaque côté, Isaïe et saint Luc. Ce
triptyque résume la messe.
Cette fois encore, la messe commence solennellement : le royaume de Dieu, dans ses trois états, est
en adoration devant le Seigneur obéissant jusqu’à la mort de la Croix. Devant lui, se prosternent l’Église
triomphante, l’Église militante et l’Église souffrante. Mais l’Église le voit déjà dans sa gloire à la droite de
son Père.
Aujourd’hui encore, un chant directeur se fait entendre à travers toute la messe. On retrouve, dans quatre
chants, le psaume 101. C’est un nouveau signe de l’antiquité de cette messe. Nous connaissons déjà ce
psaume, qui est un des psaumes de pénitence. Récitons-le en entier. Dans notre messe, le psaume est mis

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dans la bouche du Christ, auquel s’unit la communauté.
Remarquons, dans l’Introït, le contraste entre l’antienne et le psaume. Dans l’antienne, nous voyons le
Seigneur dans la gloire du Père ; le psaume nous montre le Christ obéissant jusqu’à la mort de la Croix, le
Christ humilié.
A la Communion, nous établissons une relation entre le psaume et le breuvage eucharistique : “ Je mêle les
larmes à mon breuvage, parce que tu m’as soulevé et jeté au loin. ”
Les deux leçons nous donnent les plus belles prophéties d’Isaïe sur la Passion. La première nous parle du
divin vendangeur.
“ Quel est celui-là qui vient d’Edom, de Bosra, en habits écarlates ? Il est magnifique dans son
vêtement, brillant de force. C’est moi (Le Messie), qui promets la justice, qui ne punis que pour
sauver. Mais pourquoi ton vêtement est-il rouge, et pourquoi tes habits sont-ils comme les vêtements
de ceux qui pressent la vendange dans le pressoir ? Au pressoir, j’ai foulé seul et, parmi les peuples,
personne n’a été avec moi. J’ai pressé les peuples dans ma colère et je les ai piétinés dans ma fureur.
Mais leur sang a jailli sur mes habits et j’ai souillé tout mon vêtement ”.
Le Christ, dans sa Passion, a pressé pour nous le vin eucharistique.
La seconde leçon est particulièrement saisissante. Elle nous décrit l’“ homme des douleurs ” que Dieu a
chargé de tous nos péchés.
“ Il était méprisé, le dernier des hommes, un homme de douleurs et familier de la souffrance ; son
visage était comme voilé et méprisé, aussi nous ne l’avons pas considéré. Il a véritablement porté
nos maladies et il s’est chargé de nos douleurs. Nous le regardions comme un lépreux, comme un
homme frappé par Dieu et humilié. Mais lui a été blessé à cause de nos iniquités, il a été broyé à
cause de nos péchés. Le châtiment qui donne la paix a été sur lui et c’est par ses meurtrissures que
nous avons été guéris. Nous étions tous errants comme des brebis ; chacun de nous suivait sa propre
voie. Le Seigneur a fait retomber sur lui toutes nos iniquités. Il a été sacrifié parce qu’il l’a voulu ; il
n’a pas ouvert la bouche : comme une brebis, il sera mené à la tuerie et, comme un agneau devant
celui qui le tond, il restera silencieux et n’ouvrira pas la bouche ”.
La Passion est extraite de l’Évangile de l’amour miséricordieux. Nous y rencontrons des scènes
particulièrement touchantes, par exemple : la promesse du Christ au bon larron.
A la Postcommunion, nous entendons, pour la première fois, la vénérable oraison qui nous accompagnera
pendant tout le saint triduum :
“ Jette un regard, nous t’en prions, Seigneur, sur ta famille pour laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ
n’a pas hésité à se livrer aux mains des pécheurs et à souffrir le tourment de la Croix ”.

2. L’Office des Heures

Il est tout rempli, lui aussi, des plaintes du Christ. Remarquons que les psaumes du mercredi, surtout
aux petites Heures, sont très tristes. Ils s’adaptent parfaitement aux sentiments du jour. Par exemple, le
psaume 54 à tierce est une plainte du Christ sur la trahison de Judas.
Si c’était un ennemi qui m’eût outragé, Je l’aurais supporté facilement,
Si c’était un adversaire qui se fût élevé contre moi, Je me serais caché devant lui.
Mais toi, un autre moi-même, Mon ami et mon confident,
Toi, qui t’asseyais à ma table Et mangeais de doux aliments,
Nous allions d’un commun accord à la maison… ”
Dans les leçons, le Prophète Jérémie prend de nouveau la parole :
“ Tous ceux qui t’abandonnent périssent ; ceux qui se séparent de toi seront écrits sur le sable, car ils
ont abandonné la source d’eau vive, le Seigneur. Guéris-moi, Seigneur, et je serai guéri... car tu es
ma louange... Que mes persécuteurs soient confondus et que je ne le sois pas moi-même ! Qu’ils
tremblent et que je ne tremble pas ! Amène sur eux le jour du malheur, et abats-les d’un double
châtiment.
“ Prête-moi l’oreille, Seigneur, et entends ta voix de mes adversaires. Rend-on le mal pour le bien,
puisqu’ils creusent une fosse pour mon âme ? Souviens-toi que je me suis tenu devant toi pour te
parler en leur faveur et pour détourner d’eux ta colère ”.
L’Église aime placer ces paroles dans la bouche du Seigneur. Les Répons sont aussi des plaintes du Christ
souffrant.

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Les hommes trompeurs m’ont environné et ils me flagellent sans motif ;
Mais toi, Seigneur tu es mon avocat, protège-moi.
Grande est ma détresse et il n’y a personne pour m’aider.

3. Les matines du Jeudi Saint

Ce soir, nous célébrons le premier office de Ténèbres. Les matines du Jeudi Saint sont la première
partie de la trilogie, le prologue du grand drame. La pensée dominante est : la Passion du Christ dans l’âme
du Sauveur, dans ses causes et dans ses conséquences : a) Chez les Juifs, la mort de Jésus est désormais
résolue ; b) Judas trahit son Maître ; on parle justement beaucoup de Judas, aujourd’hui ; c) L’agonie du
jardin des Oliviers est la Passion complète de Jésus dans son âme et dans sa volonté ; d) L’institution de
l’Eucharistie rend présente la Passion du Christ.

L’action se passe au soir du premier Jeudi-Saint. Cependant, il ne faut pas considérer cette action
comme celle d’un drame ordinaire où l’on suit l’ordre du temps. Ici, les pensées jaillissent avec une liberté
spontanée pour revenir toujours au même point. Les images de la Passion du Seigneur, même celles des jours
suivants, apparaissent sans se préoccuper de l’ordre chronologique. C’est comme une mosaïque de prières
dont l’unité est constituée par la Passion du Christ en général et les événements du soir du Jeudi Saint en
particulier.

Les psaumes.
D’ordinaire, pour tes matines festivales, comme d’ailleurs pour les matines des deux jours suivants, on
choisit les psaumes, c’est-à-dire que, dans le trésor des 150 psaumes, on prend ceux qui sont le plus adaptés
aux pensées et aux sentiments de la fête. Ce n’est pas le cas dans les matines d’aujourd’hui ; mais on récite, à
la suite, les psaumes 68 à 76 (les anciennes matines fériales allaient jusqu’au psaume 67 ; c’est pourquoi on
commençait celles du jeudi par le psaume 68). Tous ces psaumes ne se rapportent pas aux pensées de la
Passion. Cela donne à ces matines une faiblesse qui est peut-être voulue, car ces matines sont l’introduction
de la trilogie. Mais cela fait qu’elles sont un peu moins intéressantes et, quand on n’est pas très habitué à la
liturgie, on a de la peine à ramener les psaumes aux pensées du jour.
Les Lamentations ont déjà été examinées.
Nous y entendons, sous la figure de Jérusalem, l’épouse infidèle, les plaintes de l’humanité coupable qui
déplore la souillure du péché et le châtiment mérité. C’est ainsi que nous comprenons aujourd’hui le premier
nocturne de ces trois jours. Dans l’office de prière, nous entendons les plaintes du Seigneur souffrant ; dans
l’office de lecture, l’humanité se frappe la poitrine et dit : Voilà ce qu’il souffre pour moi !
Les Répons de l’Office de Ténèbres sont, dans leur simplicité, d’une beauté et d’une poésie
incomparables. Ce sont eux qui donnent aux matines leur caractère dramatique et assurent l’unité de l’action.
Aux matines du Jeudi Saint, ils présentent même un certain ordre et une certaine gradation. Au premier
nocturne, il s’agit de l’agonie du Christ au jardin des Oliviers ; au second nocturne, il est question de Judas ;
au troisième nocturne, on parle du sommeil des Apôtres et des plans meurtriers des Juifs. Le dernier répons,
aux matines des trois jours, donne la situation au moment où l’action atteint son paroxysme.
Pendant les trois jours, Jérémie prend la parole au premier nocturne, saint Augustin au second, saint
Paul au troisième. y a-t-il là une intention ? Jérémie est la figure du Messie souffrant et personne n’a éprouvé
aussi fortement que saint Paul et saint Augustin l’effet de la Passion du Christ dans la grâce de la conversion.

Quand nous considérons tout l’ensemble des matines, nous découvrons une assez grande unité.
La veille du Jeudi Saint.
1. Le plus grand espace est occupé par l’agonie au jardin des Oliviers. La plupart des psaumes : 63, 69, 70,
76 peuvent s’y rapporter.
2. La dernière Cène est représentée dans la Neuvième leçon ; de même, dans le psaume 71.
3. Quelques scènes du soir : a) Judas : les répons 4, 5, 6, 8. b) Le sommeil des Apôtres : rép. 8. c) Les
ennemis : rép. 9.
4. Enfin, la Passion de Jésus en général : Psaumes 72,73, 74, 75. Sixième leçon.
Passages classiques : avant tout, les répons. Le psaume 68 et la huitième leçon sont d’une grande beauté. Les
lamentations sont sublimes.

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LE SAINT TRIDUUM

On appelle volontiers les trois derniers jours de la Semaine-Sainte le saint triduum triduum sacrum.
On peut examiner ces jours d’un triple point de vue :

a) Ils sont, tout d’abord, le point final et suprême du temps de préparation à la fête de Pâques.
L’Église, comme on l’a déjà remarqué, s’entend merveilleusement aux préparations graduelles. Depuis la
Septuagésime, nous avons suivi un perpétuel crescendo. L’Avant-Carême constituait la première étape ; puis
est venu le temps de Carême, dans lequel nous avons pu observer une progression ininterrompue ; puis ce fut
le temps de la Passion ; nous avons gravi un degré de plus avec le dimanche des Rameaux et l’entrée dans la
Semaine-Sainte. Maintenant, nous entrons dans le saint des saints, le saint triduum.

b) Cependant, ces trois jours appartiennent déjà à la fête de Pâques.


La mort et la Résurrection du Christ sont inséparables, ce sont les mystères de Pâques. C’est pourquoi nous
passons sans transition brusque de la Semaine Sainte à la semaine de Pâques. La solennité du Samedi Saint
est déjà une solennité de Résurrection et de baptême.

c) On peut enfin envisager ces trois jours comme formant une unité.
Ils forment vraiment un triduum, une trilogie, le drame en trois actes de l’œuvre rédemptrice du Christ. C’est
ce que nous avons déjà montré pour les matines. On peut en dire autant des autres offices. L’office de
Ténèbres se rattache davantage à la “ Passion amère ” et aux plaintes du Christ mourant ; les autres offices
ont d’ordinaire un contenu différent et témoignent d’un autre état d’âme. Ils célèbrent surtout la “ Passion
bienheureuse ” et ont pour objet l’aspect bienfaisant et victorieux de l’acte rédempteur du Christ. Les
matines, d’ailleurs, sont d’une époque relativement récente (VIIIe–IXe siècles), tandis que les autres offices
remontent à la plus haute antiquité. Le contenu principal de la trilogie des matines est : l’agonie, la mort sur
la Croix, le repos au tombeau. Le contenu des autres offices, par contre, est : l’Eucharistie, le triomphe de la
Croix, le baptême et la Résurrection. La piété subjective et méditative, ainsi que la piété objective et
réceptive, trouvent donc toutes deux leur aliment. La Passion amère et la gloire de la Croix se présentent
alternativement à notre âme.

Faisons encore, ici, une remarque au sujet de la célébration du saint triduum.


Au Moyen Age, ces trois jours étaient des jours chômés. On s’abstenait de toute œuvre servile et le peuple
pouvait vaquer tranquillement à la célébration de ces saints jours. Tout le monde devrait comprendre que la
célébration de ces jours, les plus riches de l’année en souvenirs sacrés, demande une préparation convenable
et le repos corporel et spirituel. Malheureusement, les nécessités économiques empêchent un grand nombre
de fidèles de prendre part à ces solennités. Que les amis de la liturgie s’efforcent, cependant, de se rendre
libres pendant ces trois jours. Ceux qui peuvent aller dans une abbaye participeront aux cérémonies. Que les
maîtresses de maison aient achevé leur travail de nettoyage dès le mercredi. C’est précisément dans les
familles qu’on doit se disposer à célébrer comme il faut le saint triduum. Que les pasteurs en fixent les
cérémonies à une heure qui permettra, à ceux qui ont une profession, d’y assister. Il est si triste de voir ces
cérémonies célébrées dans des églises vides ou bien devant des vieillards et des enfants. Sur ce point, aussi,
nous avons besoin d’un sérieux renouveau.

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JEUDI SAINT
(double de 1ère classe)

Station à Saint Jean de Latran

La Passion de Jésus, le corps de Jésus, l’amour de Jésus

Ce jour s’appelle dans la liturgie romaine : In caena Domini, la Cène du Seigneur.


Alors que les matines chantent surtout l’agonie de Jésus, qui est le commencement de la Passion, la Cène est
le point central des cérémonies du jour. Aussi, rappelons brièvement les événements de la Cène : Dans la
matinée, Jésus envoya ses Apôtres préférés, Pierre et Jean, de Béthanie à Jérusalem, pour se procurer
l’agneau pascal et préparer la table pour le premier sacrifice de la messe. Voici quelle fut la suite des
événements : 1. Repas pascal (l’agneau pascal) ; 2. Le lavement des pieds ; 3. Le traître démasqué ; 4.
Institution de la sainte Eucharistie ; 5. Le discours d’adieu et la prière sacerdotale.
Les cérémonies comprennent quatre parties : 1. La messe ; 2. La bénédiction des saintes huiles ; 3.
Le dépouillement des autels ; 4. Le lavement des pieds.

1. Réconciliation des pénitents

Aujourd’hui encore, cette cérémonie émouvante se trouve dans le pontifical romain. Sans doute, elle n’est
plus en usage aujourd’hui ; elle peut, cependant, nous enseigner l’esprit de pénitence et la joie de la
pénitence. La vénérable cérémonie le déroulait ainsi.
L’évêque revêtu des ornements violets de la pénitence, s’agenouille, avec son clergé, devant l’autel
majeur, et tous récitent ensemble les sept psaumes de la pénitence et les litanies des saints. Pendant ce temps,
les pénitents sont devant la porte de l’église, pieds nus et prosternés à terre, tenant à la main un cierge non
allumé. Après les premières invocations des litanies, l’évêque envoie vers les pénitents deux sous-diacres
portant un cierge allumé. Ces deux sous-diacres entrent sous le porche, montrent aux pénitents, en levant les
mains, leur cierge allumé, et chantent devant eux, comme premier message de paix, cette antienne : “ Aussi
vrai que le Seigneur vit, je ne veux pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie ”. Immédiatement
après, ils éteignent leur cierge et retournent auprès de l’évêque. L’évêque envoie une seconde fois deux sous-
diacres. Ces sous-diacres apportent aux pénitents, sur le seuil de l’église, un second message de paix en
chantant cette antienne : “ Le Seigneur dit : Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche ”. Eux
aussi éteignent leur cierge et retournent auprès de l’évêque, à l’intérieur de l’église. Cette fois, l’attente des
pénitents a assez duré. A l’Agnus Dei des litanies, l’évêque leur envoie un des diacres les plus anciens.
Quand ce diacre, portant un grand cierge allumé, arrive sur le seuil de l’église, il chante l’antienne “ Relevez
vos têtes, votre rédemption est proche ”, puis il allume à son cierge les cierges des pénitents. Il n’éteint pas le
sien ; il va rejoindre le clergé avec son grand cierge allumé. Comme ces messages symbolisent bien l’effet
des litanies des saints pour les pénitents ! Après les litanies, l’évêque procède lui-même à la réconciliation. Il
quitte l’autel et se rend avec tout le clergé au milieu de la nef. Là, il s’assied sur son siège sans dossier, et le
clergé se dispose sur deux rangs dans la direction de la porte de l’église. L’archidiacre, revêtu de ses
ornements, s’avance vers la porte et crie aux pénitents qui sont debout dehors : “ Gardez le silence et écoutez
attentivement ”. Il se tourne ensuite vers l’évêque et lui adresse, sur le ton de la lecture, un discours assez
long dans lequel il parle du jour de grâce qui se lève. “ Il est déjà venu, révérendissime Père, le temps de
grâce, le jour de la faveur divine et du salut des hommes, le jour où la mort a été vaincue et où la vie a
commencé. Dans la vigne du Seigneur des armées, la plantation des nouveaux ceps doit être taillée pour que
la racine souillée soit purifiée ”. A ces mots, l’évêque se lève, s’avance entre la double haie du clergé et va se
placer sous le portail de l’église. Il adresse à son tour une courte exhortation aux pénitents, leur rappelle la
bonté de Dieu et la concession du pardon, leur annonce qu’ils vont bientôt être réintégrés dans l’Église et
leur indique comment ils devront vivre désormais. Puis, il chante cette paternelle invitation : “ Venez, venez,
venez, mes fils ; écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur ”. Le diacre qui est auprès des
pénitents chante alors : “ Fléchissons les genoux ”, et tous les pénitents s’agenouillent. Le diacre qui est
auprès de l’évêque chante à son tour : “ Levez-vous ”. Deux fois encore, l’évêque chante la paternelle

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invitation : “ Venez, venez, venez, mes fils ” et deux fois encore, à l’appel des diacres, les pénitents
s’agenouillent et se lèvent. L’entrée commune dans l’église est imminente. Lentement, l’évêque franchit le
porche et prend sa place dans l’intérieur, non loin de l’entrée. On entonne immédiatement une antienne :
“Allez vers lui et vous serez illuminés et votre visage ne sera pas couvert de honte ”. Cette antienne est
empruntée au psaume 33, qui décrit le bonheur de ceux qui craignent Dieu. Le psaume est chanté en entier.
Pendant le psaume, les pénitents suivent l’évêque. Ils se jettent à terre en versant des larmes et restent
prosternés jusqu’à la fin du psaume. Alors, l’archidiacre demande à l’évêque de les réconcilier. Il dit sur le
ton de la lecture : “ Rétablissez, pasteur apostolique, ce qui a été perdu à l’instigation du diable. En vertu de
vos prières et de vos mérites, conduisez, par la grâce du divin pardon, ces hommes à Dieu. Ils ont eu assez de
déplaisir dans leurs péchés ; ils plaisent maintenant au Seigneur dans la terre des vivants ; puissent-ils aspirer
au bonheur maintenant que l’auteur de leur mort est vaincu ”. L’évêque interroge encore l’archidiacre pour
lui demander si les pénitents sont dignes. Celui-ci répond affirmativement. C’est alors que s’accomplit
l’entrée solennelle dans l’église. Un diacre chante : “ Levez-vous ”. Les pénitents se lèvent, l’évêque prend
l’un d’entre eux par la main, le suivant prend la main de son voisin et ainsi de suite jusqu’à la fin. Tous,
chacun tenant ainsi la main de son voisin, pénètrent sur deux rangs à la suite de l’évêque à l’intérieur de
l’église. Cette entrée singulière est. un spectacle liturgique impressionnant. De sa main libre, l’évêque tient la
crosse, et les pénitents ont dans leur main libre un cierge allumé. En tête, l’évêque porte les ornements
violets de pénitence ; les pénitents qui le suivent portent leurs longs vêtements de pénitence. C’est un
passage impressionnant de la sévérité à la joie de la pénitence. Pendant ce temps, les chantres font entendre
une joyeuse antienne : “ Je vous le dis : il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui fait
pénitence ”. Après cette antienne, l’évêque se tourne vers les pénitents agenouillés autour de lui. Il est le père
de famille qui se réjouit du retour de l’enfant prodigue. Il chante : “ Tu dois te réjouir, mon fils, car ton frère
était mort et il est ressuscité ; il était perdu et il est retrouvé ”. Puis, se fait la réconciliation proprement dite.
L’évêque chante une prière sur le ton de la préface. Il rappelle au Père céleste la mort rédemptrice du Christ
pour la guérison de toutes les blessures “ afin que, par sa bonté, nous ressuscitions ”. Il supplie le Père céleste
de pardonner les péchés des autres. Alors, l’action change ; nous passons à la grave sentence d’une
réconciliation complète. L’évêque s’agenouille sur un coussin, le clergé et le peuple s’agenouillent par terre.
On entonne l’antienne Cor mundum : “ Crée en moi un cœur pur, Seigneur, et renouvelle en moi un esprit
ferme ”, et l’on chante le psaume 50 (le grand miserere), le psaume 55 (confiance en Dieu dans la détresse)
et le psaume 56 (victoire de la confiance). A la fin, l’évêque se lève et chante six longues oraisons pour
demander la rémission des péchés et termine par l’absolution proprement dite : “ Que Notre-Seigneur Jésus-
Christ vous absolve, par moi, son serviteur, de tous vos péchés, et qu’après vous avoir absous, il vous
conduise par sa miséricorde au royaume céleste ! ” Après cette absolution, l’Evêque, en personne, rend pour
la première fois aux pénitents les honneurs liturgiques perdus, de l’eau bénite et l’encens... Il dit pendant ce
temps : “ Levez-vous, vous qui dormez, ressuscitez des morts et le Christ vous illuminera”. Il leur accorde
enfin une indulgence à son gré et leur donne la bénédiction pontificale solennelle. Les pénitents sont
entièrement réintégrés dans la communauté de grâce et de vie liturgique.

2. La messe de la Cène

La messe du Jeudi Saint a une importance particulière, c’est la solennité commémorative de la


dernière Cène. Cette messe est tout à fait saisissante et touchante. Dans l’esprit de la liturgie, nous ne devons
pas nous contenter d’être des spectateurs, nous devons participer au drame. Nous devons nous sentir les
disciples de Jésus. Nous sommes rassemblés au Cénacle, autour du Maître qui nous lave les pieds et nous
donne, de sa propre main, son corps et son sang en nourriture.
La messe présente une double impression, une impression de joie et une impression de tristesse.
C’est d’abord une impression de joie. L’autel est orné ; la croix du maître-autel est voilée de blanc ; le prêtre
monte à l’autel en ornements blancs ; on chante le joyeux Gloria qu’on n’a pas entendu depuis si longtemps ;
pendant le Gloria, on sonne, pour la dernière fois, les cloches. Ensuite, les cloches se taisent. Il est peu de
jours dans l’année qui touchent notre cœur autant que celui-là
Pourtant, sur cette fête joyeuse, qui est consacrée à l’institution du Sacrement de l’autel, s’étend un
voile de profonde tristesse. Aujourd’hui, dans toutes les églises, une seule messe est permise. Le prêtre le
plus digne remplace le Christ ; les autres sont, pour ainsi dire, les Apôtres et reçoivent de ses mains la sainte
Communion ; la messe est, en effet, la célébration de la Cène.

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Mais la messe devrait être une véritable fête de famille et de communauté. Le curé, ses auxiliaires et
toute la paroisse autour de la table du Seigneur ou, pour mieux dire, le Christ avec ses disciples ! L’église de
station est Saint-Jean de Latran, l’église paroissiale du père de la chrétienté. Ainsi, dans l’esprit de la liturgie,
toute la famille de l’Église romaine est rassemblée pour célébrer la Cène.
A l’Introït, nous chantons la fière parole de saint Paul : “ Nous devons nous glorifier dans ]a Croix de Notre-
Seigneur Jésus-Christ...” Nous voyons devant nous tout le bonheur de la Rédemption. Nous oublions presque
l’amertume de la Passion pour voir déjà]a Résurrection. La pensée de la Résurrection, que nous entendons
déjà dans l’Introït, se poursuit dans l’Oraison et le Graduel (“ c’est pourquoi Dieu l’a exalté ”). La messe
appartient donc déjà à la solennité pascale.
L’Oraison fait ressortir deux pensées nouvelles qui se rattachent à deux personnes, le bon larron et Judas. Le
bon larron représente les pénitents qui sont réconciliés aujourd’hui. C’est pourquoi l’Offertoire chante en
leur nom : “ Je ne mourrai point, mais je vivrai et raconterai les œuvres du Seigneur ”.
La pensée de Judas et de sa réprobation occupe aujourd’hui la liturgie en quelques passages ; dans l’Épître
tout au moins, par allusion, quand elle parle de la communion indigne ; dans l’Évangile “ alors que le diable
avait déjà inspiré à Judas Iscariote la pensée... ” ; au Canon, remarquons le contraste : “ le jour où Notre-
Seigneur Jésus-Christ fut livré pour nous traditus ” : – “à cause du jour où Notre-Seigneur Jésus-Christ livra
à ses disciples la célébration des mystères de son corps et de son sang tradidit.
L’Evangile nous rapporte l’acte d’humilité de Jésus dans le lavement des pieds et le précepte de charité
fraternelle qu’il nous donne. Les deux lectures sont un testament du Maître au moment de son départ. Il nous
donne son corps et son amour.
Aujourd’hui, on omet le baiser de paix. Les liturgistes donnent comme raison le baiser de Judas. Ce ne doit
pas être le vrai motif, car on omet également le baiser de paix le Samedi Saint. C’est donc une règle pour tout
le triduum.
La Communion unit te souvenir des deux grandes preuves d’amour données par le Seigneur en ce jour :
l’Eucharistie et le lavement des pieds. C’est le lavement des pieds qui fait l’objet de l’antienne. Il y a là un
sens profond. Nous ne pouvons pas imiter le don eucharistique, mais nous pouvons et devons imiter
l’exemple donné dans le lavement des pieds : la charité et le service de nos frères. Cette charité est
l’expression et la conséquence de notre union avec le Christ fondée dans l’Eucharistie.
Après la messe, on emporte l’hostie consacrée pour le lendemain, ainsi que la sainte réserve, dans une
chapelle latérale éloignée. D’après la conception religieuse actuelle, cela signifie : l’Époux est enlevé,
l’église reste vide. L’ancienne Église, il est vrai, pensait autrement. La procession accompagnant la réserve
eucharistique avait lieu après chaque messe. Les saintes Espèces n’étaient pas conservées dans l’église. On
ne peut pas dire cependant que l’église est vide. Le Christ est représenté par l’autel, et la maison de Dieu est
le séjour de prédilection de la Sainte Trinité.

3. Bénédiction des saintes Huiles

Très peu de personnes pourront assister à cette partie de la cérémonie, car la bénédiction des saintes Huiles
n’a lieu que dans les églises cathédrales.
On doit, pour Pâques, renouveler la matière de tous les sacrements. Comme on a besoin, le Samedi-Saint, des
saintes Huiles pour la bénédiction des fonts baptismaux, ces saintes Huiles sont bénites aujourd’hui par
l’évêque. Il y a, comme on sait, dans l’Église, trois sortes de saintes Huiles : l’huile des infirmes, l’huile des
catéchumènes et le saint chrême. L’huile des infirmes sert à l’administration du sacrement de l’Extrême-
Onction. L’huile des catéchumènes est employée pour la bénédiction de l’eau baptismale, pour
l’administration du baptême, pour la consécration des prêtres, pour la consécration de l’autel. Le saint
chrême est la plus sainte de toutes les huiles ; il porte en quelque sorte le Saint-Esprit. On l’emploie pour le
baptême, pour la Confirmation, pour la consécration des évêques, pour la consécration des églises, des
calices, des patènes et des cloches.
La bénédiction des saintes Huiles se fait avec une grande solennité. y participent, d’après un antique usage,
douze prêtres, sept diacres et sept sous-diacres, c’est-à-dire les représentants de tous les Ordres majeurs.
L’huile des infirmes est bénite la première, à la fin du Canon, avant le Pater Noster, au moment où, dans
l’antiquité, on bénissait les oblats non consacrés. Après la Communion, on bénit les deux autres huiles. Les
prières de bénédiction expriment l’efficacité de ces huiles. L’huile des catéchumènes doit servir à la “
purification de l’âme et du corps ” et combattre l’influence des puissances diaboliques. Si l’huile des

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catéchumènes n’a qu’un effet négatif, le saint chrême doit produire positivement la grâce et la sanctification.
Il tient son nom du Christ, de l’Oint. On le considère comme l’huile des “ prêtres, des rois, des prophètes et
des martyrs ”. Les fidèles reçoivent, par le saint chrême, “ l’infusion de la dignité royale, sacerdotale et
prophétique, et sont revêtus de la grâce impérissable ”.

4. Le dépouillement des autels

Après la messe, les autels sont dépouillés ; on enlève toutes les nappes, ainsi que les reliques. Dans
l’antiquité, c’était un usage constant de découvrir l’autel après chaque messe. On se rendait mieux compte, à
cette époque, que l’autel est une table. On ne la couvrait que pour le banquet divin, comme on le fait pour les
repas ordinaires. Cet antique usage s’est maintenu dans la Semaine Sainte. Au reste, nous pouvons
remarquer, pendant ce saint temps, la survivance de beaucoup d’usages antiques qu’on a interprétée plus tard
comme un souvenir de la Passion du Christ. L’autel est le symbole du Christ ; le dépouillement de l’autel
signifie donc le dépouillement du Christ avant le crucifiement. C’est pourquoi, aussi, pendant cette
cérémonie, on chante le psaume 21 avec cette antienne : “ Ils se sont partagé mes vêtements et ils ont tiré ma
robe au sort ” (le psaume 21 est le psaume messianique de la Passion dans lequel David contemple le
délaissement de Jésus sur la Croix). L’église, dépourvue de tout ornement, nous présente l’image de la
solitude et de la désolation. Le saint sacrifice est interrompu jusqu’à ce que le Seigneur sorte du tombeau.

5. Le lavement des pieds

Dans les églises cathédrales et claustrales, on conserve encore le vénérable usage du lavement des pieds qui,
dans l’antiquité, n’était pas limité au Jeudi Saint. On appelle cette cérémonie, le mandatum, le
commandement du Seigneur. Pendant que l’évêque ou l’abbé lave les pieds de douze vieillards (ou de douze
enfants), le chœur entonne un chant en l’honneur de la charité fraternelle :
“ Là où se trouvent la charité et l’amour, Dieu est présent.
Réjouissons-nous et tressaillons en lui !
Craignons et aimons le Dieu vivant
Et aimons-nous les uns les autres d’un cœur pur ”.
Il y a, dans ces chants, du charme, de la paix, de la fraîcheur et une joie presque enfantine. C’est vraiment le
cantique des enfants de Dieu, de la famille de Dieu réunie dans la charité.
Le lavement des pieds ne doit pas être seulement un spectacle pour les enfants, mais nous devrions y
chercher nous-mêmes des leçons de vie. Comme nous l’avons dit plus haut, il serait possible, dans les
paroisses, d’inviter douze vieillards qui seraient servis à table par le curé ou par les principaux paroissiens.
On pourrait résumer l’office du Jeudi Saint dans ces trois mots : le corps de Jésus, la Passion de Jésus,
l’amour de Jésus.

6. Les matines du Vendredi Saint

Les matines du Vendredi Saint sont la seconde partie de la trilogie et son point culminant. Nous pouvons les
intituler : La mort du Christ sur la Croix. Sans doute, ici non plus ; l’action ne suit pas l’ordre historique ;
nous pouvons cependant dire qu’elle a son centre dans cette scène : Jésus est suspendu à la Croix. Quand
d’autres scènes de ce jour se présentent à nous, nous pouvons les interpréter comme des images et des
souvenirs qui passent devant les regards du Sauveur crucifié. L’impression des matines est donc
profondément triste ; on a choisi les psaumes les plus douloureux et les plus mélancoliques du psautier ; dans
les Lamentations, nous trouvons même, si l’on peut dire, un accroissement de tristesse. Les répons, d’une
grande beauté, sont également profondément tristes. Ils ne suivent pas l’ordre des événements. Le mieux sera
de nous représenter le Seigneur sur la Croix et d’écouter, dans les répons, l’expression de ses sentiments et
de ses souffrances : tantôt c’est un délaissement sans nom, tantôt une plainte douloureuse ; Jésus pense à
quelques scènes du jour et du soir précédents.

Donnons une brève esquisse de ces matines et signalons les plus beaux passages.

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Au premier nocturne nous voyons commencer immédiatement le combat des Juifs et des païens
contre Dieu et son Christ (Ps. 2) ; puis, la divine Victime nous apparaît sur la Croix : “ Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m’as-tu abandonné ? ” Puis nous chantons le psaume messianique de la Passion (21) : “ Ils se sont
partagé mes vêtements et ils ont tiré ma robe au sort ”. Ce psaume appartient au point culminant des matines.
Vient ensuite un psaume de confiance calme qui exprime les sentiments du Seigneur au milieu de son agonie
mortelle : “ Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ? ”
Dans les leçons, nous voyons l’épouse déshonorée : “ A qui te comparerai-je, à qui t’assimilerai-je, fille de
Jérusalem ?… Car grande comme la mer est ton affliction ”. La liturgie met ensuite devant nos yeux une
image du Golgotha :
“ Le voile du temple se déchira,
La terre trembla et le larron sur la croix cria :
“ Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton royaume ”.
Les rochers se fendirent, les tombes s’ouvrirent,
Et les corps de plusieurs saints qui étaient endormis ressuscitèrent ”.
Dans la troisième leçon, le Christ, l’Homme des douleurs, se présente lui-même à nous : “ Je suis l’homme
qui voit la misère sous la verge de son courroux. Il m’a opprimé et m’a conduit dans les ténèbres et non à la
lumière ”.

Au second nocturne, nous chantons le psaume de la flagellation (37) : “ Il n’y a rien de sain dans ma
chair à cause de ta colère, il n’y a rien de sauf dans mes os à cause de mes péchés ”. Rien n’est émouvant
comme la prière du soir du Christ sur la Croix (Ps. 39). Dans les leçons, nous entendons de nouveau saint
Augustin : Il applique le psaume 63 à la Passion du Christ. Le cinquième répons, qui constitue précisément le
milieu des matines, décrit la mort du Seigneur.

Au troisième nocturne le psaume 87, d’une si profonde tristesse, nous fait de nouveau atteindre le
point culminant du drame : “ Mon âme est rassasiée de maux et ma vie touche au royaume des morts ”. Les
leçons apportent une pensée entièrement nouvelle : Le Christ est notre grand prêtre éternel qui a offert une
seule fois, sur l’autel de la Croix, le sacrifice parfait ; il est Prêtre et Victime à la fois. – Le dernier répons
nous montre l’image finale, le Christ au paroxysme de sa douleur.
“ Mes yeux sont voilés de larmes,
Car celui qui me consolait s’est éloigné de moi !
Peuples. regardez tous et voyez
S’il est une douleur semblable à ma douleur. ”

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VENDREDI SAINT

Station à Sainte-Croix de Jérusalem

Par le bois est venue la joie dans le monde

Le missel romain appelle ce jour Parasceve : jour des préparatifs. Nous l’appelons le Vendredi Saint,
le grand vendredi. C’est le grand jour de deuil de la chrétienté. C’est le seul jour, dans la liturgie romaine, où
l’on ne célèbre pas le Saint-Sacrifice, parce que notre divin grand Prêtre offrit en ce jour sur l’autel de la
Croix son sacrifice sanglant.
Les deux antiennes directrices du jour nous transportent sur le calvaire :
“ Ils placèrent au-dessus de sa tête une inscription avec le motif de sa condamnation : Jésus de Nazareth,
Roi des Juifs ” (Ant. Ben.).
“ Quand il eut pris du vinaigre, il dit : Tout est consommé ; il inclina la tête et rendit l’esprit ” (Ant. Magn.).

1. Office du matin

L’église de station est l’antique sanctuaire de Sainte-Croix de Jérusalem qui représente pour nous le calvaire.
C’est dans cette église que l’on conserve les reliques de la vraie Croix. Nous entrons dans l’église : elle est
nue, dépouillée de tout ornement ; le tabernacle est ouvert et vide ; une croix voilée de noir surmonte l’autel
– tout cela est expression de la douleur silencieuse de notre âme.
L’office commence. Il n’y a pas d’introït, mais un profond silence : les cierges ne sont pas allumés à l’autel
(c’est aujourd’hui, surtout, que l’Eglise emploie le langage de ses symboles et de ses signes) ; le prêtre et ses
ministres entrent, vêtus de noir, et se prosternent sur les marches de l’autel. Cette prostration, qui marque
l’impuissance, symbolise la désolation de l’humanité avant la Rédemption.
L’office qui suit est très ancien et se divise en trois parties. A y regarder de près, il ressemble à une messe.
Toute messe est composée de l’avant-messe, de l’action du sacrifice, et de la communion ; nous trouvons
aujourd’hui une célébration tripartite, semblable à celle de la messe. A la place de la consécration, a lieu
l’Elévation et l’adoration de la Croix. La première partie est une avant-messe, c’est même un monument
vénérable de la messe des catéchumènes dans l’antique liturgie ; la seconde partie est l’adoration de la Croix,
le point culminant de la journée ; la troisième partie est une communion. La liturgie appelle cet office la
messe des présanctifiés car l’hostie a été consacrée la veille.

a) L’avant-messe

L’office du matin commence par une avant-messe antique, telle qu’on les célébrait pendant les quatre
premiers siècles. Il n’y avait pas d’introït, les prêtres se prosternaient silencieusement sur les degrés de
l’autel. Il y avait trois lectures entre lesquelles on chantait, comme chants intermédiaires, des psaumes
entiers. Il y avait ensuite une prédication suivie de l’office de prières : la prière pour les besoins généraux des
chrétiens.
La première partie de l’office du Vendredi Saint nous a conservé cette antique pratique. Nous devons prendre
part à ces prières avec respect, car c’est exactement ainsi qu’on priait dans les catacombes. La première leçon
(du Prophète Osée) doit nous mettre dans les sentiments de tristesse et de repentir qui conviennent à ce jour.
Elle nous fait aussi entendre, déjà, l’annonce de la fête de Pâques : “ Il nous donnera une vie nouvelle dans
deux jours ; le troisième jour, il nous ressuscitera ”. Nous chantons ensuite un Trait emprunté à Habacuc : “
Seigneur, j’ai entendu ton message et je crains ; j’ai considéré tes œuvres et j’ai tremblé. On te trouvera au
milieu de deux créatures ”. Le Prophète voit avec horreur l’effroyable spectacle du crucifiement : le Seigneur
entre deux malfaiteurs.
La seconde leçon nous montre le touchant symbole de l’agneau pascal. Ce symbole se réalise aujourd’hui. Le
véritable Agneau pascal, le Christ, est immolé. Ce n’est pas par hasard que Jésus a offert son sacrifice au jour
même de la fête pascale des Juifs ; à trois heures, juste au moment où les agneaux pascaux étaient immolés
dans le temple, le Seigneur expirait. Le chant psalmodique qui suit décrit la trahison de Judas et la Passion de

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Jésus.
Maintenant, après le symbole, nous allons entendre la réalité et l’accomplissement : on chante la Passion.
Cette fois, la Passion nous est racontée par le disciple préféré de Jésus, l’Apôtre saint Jean, qui, avec la
Sainte Vierge, se tint auprès de la Croix et fut témoin oculaire de ces grands événements. Alors que les autres
évangélistes décrivent surtout le côté humain de la Passion, saint Jean nous montre le Sauveur souffrant
comme Dieu, comme Roi. Sa peinture de la Passion a un caractère de grandeur et de puissance : le Roi sur le
trône de la Croix. Cette fois encore – quand la chose est possible – la Passion est chantée alternativement par
trois prêtres ou trois diacres. Que tous les fidèles suivent respectueusement ce chant !
Trois interprètes nous ont parlé jusqu’ici : le Prophète, la Loi, l’Évangéliste. Nous passons, maintenant, aux
antiques intercessions pour tous les états de l’humanité. C’est aujourd’hui particulièrement que conviennent
ces prières : Jésus, le Roi du royaume de Dieu, a été “ élevé ” et, désormais, “ il tire tout à lui ”. Jésus, le
second Adam, dort du sommeil de la mort, et de son côté sort la seconde Ève, l’Église. Dans les
intercessions, nous prions d’abord pour l’Église, l’Épouse du Christ ; nous prions pour tous les états, même
pour les schismatiques et les hérétiques. A chaque fois, le prêtre et le peuple s’agenouillent à l’appel du
diacre : Flectamus genua (fléchissons les genoux). Nous nous relevons ensuite sur l’invitation du sous-diacre
: Levate (Levez-vous). On n’omet la génuflexion qu’au moment de la prière pour les Juifs “ infidèles ” parce
que, dans ce jour, ils s’agenouillèrent par dérision devant le Christ. Voici l’ordre de ces prières : on prie pour
la sainte Église, pour les Ordres ecclésiastiques et les diverses classes de laïcs chrétiens, pour les
catéchumènes, pour les besoins spirituels et temporels du monde entier, pour les schismatiques et les
hérétiques, pour les Juifs et enfin pour les païens. Ainsi se termine la première partie de l’office du matin.

b) L’adoration de la Croix

Le point culminant du jour est l’adoration de la Croix, signe de notre salut. Cette cérémonie, elle aussi, est
très ancienne et prit son origine à Jérusalem, où l’on honorait et baisait le bois de la vraie Croix. Le prêtre
dépose ses ornements, se place du côté de l’Épître et l’on commence à dévoiler solennellement la croix. Si la
Croix a été voilée depuis le dimanche de la Passion, c’est afin que l’Église puisse la dévoiler solennellement,
aujourd’hui, dans une cérémonie impressionnante. Le diacre découvre en trois fois l’image du Crucifié, et, à
chaque fois, le prêtre entonne sur un ton toujours plus élevé : Voici le bois de la Croix, sur laquelle a été
suspendu le salut du monde. Le chant est continué par le chœur, et le peuple tombe à genoux en chantant :
Venez, adorons. On dépose alors sur les degrés de l’autel la croix placée sur un coussin. Le célébrant et les
ecclésiastiques quittent leurs chaussures, s’approchent de la croix après trois génuflexions, et baisent les
pieds du Christ pour honorer le Sauveur et le signe de notre rédemption. Le peuple aussi s’approche et vient
baiser la croix. Chrétiens, adorons l’Époux ensanglanté, et dans notre baiser mettons toute notre âme.
Pendant l’adoration de la Croix, le chœur chante un chant impressionnant. Ce sont les Impropères, les
plaintes et les reproches de Jésus à son peuple infidèle. Dans ses plaintes, à la fois douces et fortes, il rappelle
à son peuple les bienfaits qu’il lui a accordés dans l’Ancien Testament et les ingratitudes qu’il a reçues en
retour. Ces plaintes s’adressent aussi à nous et nous exhortent, en face de la mort du Christ, à une conversion
sérieuse. Nous entendons sans cesse ce leitmotiv : Mon peuple, que t’ai-je fait, et en quoi t’ai-je contristé ?
réponds-moi. Il est difficile de trouver un chant plus saisissant que celui-là, une scène plus touchante. Il y a
encore un autre chant beaucoup plus ancien qui célèbre le Christ-Dieu. On le chante en deux langues, en grec
et en latin : Agios o Theos – Sanctus Deus – Dieu saint, saint et fort, saint et immortel, aie pitié de nous.
C’est un magnifique hommage à Dieu, en présence du signe triomphal de la Rédemption. A la fin, on chante
même un cantique de joie à la Croix et à la Rédemption.
“ Ta Croix, Seigneur, nous l’adorons, nous louons et glorifions ta sainte Résurrection ; voici qu’à
cause du bois de la Croix, la joie est venue dans le monde entier ”.

c) La messe des présanctifiés

La troisième partie de la liturgie du Vendredi Saint est une communion. Le saint sacrifice est omis,
aujourd’hui, depuis les temps les plus anciens, mais les premiers chrétiens ne voulaient pas renoncer à la
communion. C’est pourquoi, à la messe d’hier, on consacrait plusieurs pains que l’on conservait pour le
lendemain. Cette communion sans sacrifice préalable – qui, d’ailleurs, a souvent lieu chez les Grecs pendant
le Carême – s’appelle la messe des présanctifiés. Jadis, comme on vient de le dire, tous les fidèles
communiaient ; aujourd’hui seul le célébrant communie.

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En procession solennelle, on va chercher, dans la chapelle où on l’a porté hier, le calice avec l’hostie
consacrée, et on le rapporte à l’autel majeur, en chantant le Vexilla Regis que nous connaissons déjà : La
bannière du Roi s’avance. On veut marquer aujourd’hui, en chantant cette hymne, que l’on porte le corps
immolé du Christ, le même qui fut suspendu à la Croix. Le célébrant dépose l’hostie sur le corporal. Le
diacre verse du vin et le sous-diacre de l’eau dans le calice. Ce vin, aujourd’hui, ne sera pas consacré et ne
servira qu’aux ablutions. Ensuite, le prêtre encense l’hostie et l’autel, comme à toutes les messes solennelles.
Il se lave les mains en silence. Il récite la prière de l’offrande personnelle In spiritu et l’Orate fratres auquel
on ne répond pas. C’est une partie de l’Offertoire. On passe tout le Canon, et le prêtre commence
immédiatement le Pater et récite tout haut le Libera. Il élève ensuite l’hostie de la main droite pour la
montrer au peuple, il fait ta fraction habituelle de l’hostie, récite ta dernière des oraisons préparatoires à la
communion (car, dans cette dernière, il n’est question que de la réception du corps) et, après les trois
Domine, non sum dignus, il communie. Il boit ensuite le vin et purifie le calice. Ainsi se termine la cérémonie
de communion.

Jetons un bref regard d’ensemble sur l’office du Vendredi Saint. Aux matines, nous avons considéré
le Christ dans son abaissement humain, “ comme un ver de terre, le mépris des hommes ”. A la messe des
présanctifiés, il se présente à nous comme Rédempteur et même comme Roi sur le trône de la Croix. Cet
aspect se trouve dans les trois parties : dans la première partie, avec la Passion de saint Jean et les
intercessions ; dans la seconde partie, avec le dévoilement et l’adoration de la Croix ; dans la troisième
partie, avec la cérémonie de communion où le Christ est l’Agneau immolé, mais glorifié. Il y a dans ces trois
parties une progression : la mort du Seigneur sur la Croix est représentée dans la première partie par la parole
(le Prophète, la Loi, l’Évangile) ; dans la seconde partie, par l’action et le symbole, dans la troisième partie
par le sacrement.

2 Les matines du Samedi Saint

C’est la troisième partie de la grande trilogie. Voici quelle est l’action : Le Christ est couché dans son
tombeau ; l’Église s’assied près de ce tombeau et fait entendre sa plainte funèbre. Il repose dans la paix après
son dur combat ; nous voyons sur son corps les traces de ses grandes souffrances. Alors qu’hier les répons
étaient des plaintes sorties de la bouche de Jésus, ce sont d’ordinaire, aujourd’hui, des plaintes de l’Église.
Les Lamentations respirent déjà l’espérance ; tout est aujourd’hui, plus calme, plus clair. Vers la fin,
cependant, les matines reviennent à une impression de tristesse profonde. Cela ne doit pas nous étonner : les
matines, en effet, doivent exprimer le deuil de l’Église privée de son Époux. Les blessures mortelles sont
encore visibles sur le divin cadavre et crient continuellement vengeance contre Israël infidèle ; les ennemis
de Jésus sont encore pleins de rage ; par le mensonge et la calomnie, ils essaient d’effacer jusqu’au souvenir
du Seigneur ; Marie et les disciples sont encore plongés dans le deuil, et l’Église doit avouer
douloureusement que beaucoup de ses enfants quittent le Golgotha, le cœur froid et sec, pour s’en retourner
chez eux. Quand on pense à tout cela, il semble que les blessures du grand Mort recommencent à saigner.

Aux Matines, à la différence des deux jours précédents, on remarque un progrès dans l’action. Ce
progrès est marqué, surtout, par les antiennes et les psaumes correspondants. Les répons ne suivent pas
l’action. On pourrait peut-être distinguer six actes dans ce drame. Pendant que l’Église est assise près du
tombeau, six tableaux passent devant ses yeux :
1er Tableau : Le repos du tombeau (Ier Nocturne) :
“ Dans la paix je m’endors et me repose ”. “ Il se reposera sur la montagne sainte ”. Mon corps repose dans
l’espérance ”.
2e Tableau : L’entrée de l’âme de Jésus dans les Limbes (IIe Nocturne)
“ Levez-vous, portes éternelles, que le Roi de gloire fasse son entrée ” (Ps. 23).
3e Tableau : L’espérance de la Résurrection
“ Je crois que je verrai le Seigneur dans la terre des vivants”. “ Tu as tiré mon âme des enfers ” (Ps. 26, 29).
4e Tableau : Le sceau apposé sur le tombeau : Les leçons du second nocturne.
5e Tableau : Jésus vainqueur de ses ennemis (IIIe Nocturne, Ps. 53, 75).
6e Tableau (retour à l’impression fondamentale) : Tristesse profonde et plainte.
“ Comme un homme sans secours livré aux morts ” (Ps. 87) ; en outre, les répons l, 2, 3,4, 5, 6, 7 ; le dernier

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répons nous donne l’image finale du Samedi Saint : Jésus au tombeau et les gardes autour de sa tombe.

Remarquons encore que, dans ces matines, les antiennes jouent un grand rôle, et que certains
psaumes ont été choisis non pas à cause de leur contenu complet, mais à cause d’un seul verset, comme, par
exemple, les psaumes 4, 14, 23. L’action se poursuit sans arrêt jusqu’au seuil de la Résurrection. Et au
moment où nous attendrions le joyeux alleluia, elle revient à la plainte funèbre, comme si l’Église voulait
nous dire : Arrêtez, revenez en arrière, le Seigneur est encore au tombeau.

Il y a dans ces matines un charme tout particulier que l’on peut éprouver quand on vit vraiment ces
matines. Ce charme tient peut-être en partie à ce mélange de tristesse, d’espérance et de joie contenue.

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SAMEDI SAINT
(double de Ière classe)

Station à saint Jean de Latran

La nouvelle vigile pascale

Le Samedi Saint est le Jour sacré du repos du Seigneur ; on pourrait l’appeler le second sabbat après
la création. La liturgie l’appelle Sabbatum sanctum - le saint Sabbat. Ce jour est et devrait être le jour le plus
silencieux de l’année liturgique. On ne devrait y célébrer aucune fonction liturgique. Réjouissons-nous que
cela soit aujourd’hui possible de nouveau. Le Souverain Pontife Pie XII, par son décret du 8 février 1951, a
rétabli l’ancienne célébration de la nuit de Pâques et réglé le rite de cette célébration. Il a fait de nouveau de
ce jour le plus silencieux de l’année. Nous pouvons considérer cette nouveauté en partie comme le fruit de
nos efforts durant bien des années. Il y a vingt-cinq ans que nous frappions à la porte du Père de la chrétienté
et aujourd’hui nous sommes exaucés. Dans la précédente édition de notre ouvrage, nous écrivions encore :
La grande tâche du renouveau liturgique sera de rendre au monde catholique sa seconde nuit sainte, la nuit de
Pâques, la “ mère de toutes les vigiles ” comme l’appelle saint Augustin. L’absence d’esprit et de sens
liturgiques des quatre derniers siècles nous a ravi la plus sainte de toutes les nuits, l’esprit liturgique de notre
siècle réparera ce défaut.
Nous allons maintenant exposer et décrire la liturgie du Samedi Saint d’après le nouveau rite.

Avant de décrire la célébration de la nuit pascale elle-même, il nous faut parler des modifications
apportées à l’office des heures du Samedi Saint. Le premier changement réside dans le fait que les matines
qui étaient habituellement chantées le soir du Vendredi Saint en grande solennité doivent être récitées non
plus la veille, mais le matin du Samedi Saint. L’Office des heures, le seul office de la journée, doit être
réparti à l’heure convenable hora competenti au cours de la journée, sans solennité. Donc dès le matin on
récitera matines et laudes. Aux laudes il y a déjà une modification. Après l’antienne Christus factus est
obediens on ne récite plus comme les jours précédents le psaume Miserere, mais on ajoute immédiatement
une nouvelle Oraison : Accordez-nous, Dieu Tout-Puissant, à nous qui célébrons à l’avance, par une pieuse
attente, la résurrection de votre Fils que nous obtenions la gloire de sa résurrection. Cette Oraison termine
aujourd’hui toutes les heures qui doivent être récitées également à l’heure fixée (sans le psaume 50). Les
Vêpres sont dites l’après-midi. (Ce sont les Vêpres du Jeudi Saint) avec une antienne ainsi modifiée : “
Aujourd’hui je suis très opprimé, mais demain je me débarrasserai de mes liens ” et avec une nouvelle
antienne de Magnificat : “ Les princes des prêtres et les pharisiens firent garder le sépulcre par des gardes et
scellèrent la pierre ”. Jadis les Vêpres étaient jointes à la Communion de la messe de la vigile, à présent elles
sont célébrées l’après-midi. Les Complies aussi sont récitées de la même manière. Toute la journée est donc
un jour silencieux qui n’est interrompu que par l’office des heures.

Mais, dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques, on célèbre la nuit pascale. On commence vers
dix heures de sorte que la messe solennelle de la vigile puisse commencer à minuit. L’autel qui, depuis le
Jeudi Saint, était dénudé, est recouvert de nappes, mais les cierges ne seront allumés que plus tard avec le feu
nouveau. Entre-temps, à la porte de l’église, on a tiré du feu de la pierre et allumé les charbons. Le prêtre,
revêtu des ornements violets, bénit le feu nouveau, en disant : “ Dieu, qui par votre Fils, véritable pierre
angulaire, avez allumé en vos fidèles le feu de votre lumière, sanctifiez ce feu nouveau tiré de la pierre et qui
doit servir à notre usage, et faites-nous la grâce d’être tellement enflammés de célestes désirs, durant ces
fêtes de Pâques, que nous puissions par la pureté de nos cœurs, arriver à ces fêtes éternelles où nous jouirons
d’une lumière sans fin. ” Le feu est aspergé trois fois avec de l’eau bénite. L’acolyte prend des charbons
bénits et les met dans l’encensoir. Le prêtre y dépose de l’encens et encense le feu. Un cierge est allumé au
feu nouveau. Le clergé se présente ensuite à la porte de l’église ; l’acolyte porte le cierge pascal devant le
prêtre. Ce cierge est bénit avec de solennelles cérémonies. Le prêtre trace sur le cierge pascal des signes
symboliques qui doivent signifier que le cierge représente le Sauveur ressuscité. Le prêtre trace avec un
stylet une croix sur le cierge pascal et dit en traçant la barre verticale : “ Le Christ hier et aujourd’hui ., puis
en traçant la barre horizontale “ le commencement et la fin ”. Il trace ensuite au-dessus et au-dessous de la

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croix les lettres grecques alpha et omega. Dans les quatre angles de la croix il écrit les chiffres de l’année
(par exemple 1952) et dit à chacun de ces chiffres : “ à Lui les temps ”, “ et l’éternité ”, “ à Lui la gloire et
l’empire ”, “ pour tous les siècles, éternellement Amen ”. Ensuite le diacre présente au prêtre les cinq grains
d’encens qui sont aspergés à trois reprises avec de l’eau bénite puis encensés. Ces grains d’encens
représentent les plaies transfigurées du Ressuscité, c’est ce qu’expriment clairement les paroles du prêtre,
lorsqu’il les enfonce dans le cierge pascal : “ Que par ses saintes plaies glorieuses, le Christ Notre-Seigneur
nous garde et nous conserve ; Amen. ” Puis le diacre présente le cierge bénit au prêtre qui allume le cierge
pascal, en disant : “ Que la lumière du Christ ressuscitant glorieusement dissipe les ténèbres du cœur et de
l’esprit ”. Le prêtre bénit ensuite le cierge pascal allumé en disant cette Oraison :
qu’une effusion abondante de votre bénédiction se répande sur ce cierge allumé, nous vous en
prions, Dieu tout-puissant, et régénérateur invisible, allumez vous-même ce feu qui doit nous
éclairer pendant cette nuit, afin que le sacrifice offert cette nuit reçoive les impressions secrètes de
votre lumière et qu’en tout lieu où l’on portera l’une des choses que nous bénissons ici, les artifices
et la malice du démon soient expulsés et la puissance de votre majesté y réside.

Alors on éteint toutes les lumières de l’église, afin qu’elle soit éclairée par le cierge pascal. A présent
a lieu avec le cierge pascal, à travers l’église, une procession solennelle qui constitue un des moments les
plus impressionnants de toute la cérémonie. A l’entrée de l’église le diacre, portant la dalmatique blanche,
héraut pascal, reçoit le cierge pascal allumé. La procession se compose ainsi : le thuriféraire, le sous-diacre
portant la croix et les deux acolytes, le diacre avec le cierge pascal, le prêtre, le clergé et les servants, ensuite
des délégations des fidèles. Le diacre s’arrête à trois reprises dans l’église, élève le cierge pascal, reste
debout et chante chaque fois Lumen Christi. La première fois, le prêtre allume son cierge au cierge pascal, le
seconde fois le clergé fait de même et la troisième fois c’est le tour des fidèles. A chaque fois, tous
s’agenouillent et chantent Deo gratias. Finalement, tous les assistants ont allumé leurs cierges au cierge
pascal. Toute l’église est illuminée de centaines de cierges. Le diacre pose alors le cierge pascal devant
l’autel sur un petit chandelier. Tous gagnent leurs places et écoutent debout (comme pour l’évangile) leur
cierge allumé à la main, l’hymne pascal, premier hommage au Ressuscité. Le diacre demande la bénédiction
du prêtre qui dit : “ Que le Seigneur soit dans ton cœur et sur tes lèvres, pour que tu annonces dignement et
comme il convient la proclamation pascale ”. Le diacre encense le livre et le cierge pascal, en en faisant le
tour. Alors, le diacre chante le célèbre Exultet que nous ne cessons pas d’admirer. Vers la fin de l’Exultet il
faut noter un petit changement. Autrefois on y nommait l’empereur romain et on priait pour lui, à présent
cette oraison est étendue à tous les chefs d’état :
“ Jetez également un regard sur ceux qui ont autorité pour nous gouverner, et par l’inexprimable
vertu de votre miséricorde paternelle, orientez leurs pensées vers la justice et la paix, afin que leurs
efforts d’ici-bas les fassent parvenir à la patrie céleste avec tout votre peuple ”.

Après l’Exultet, le diacre ôte la dalmatique blanche, les cierges des fidèles sont éteints, tous
s’assoient et l’ancienne vigile se célèbre devant le cierge pascal. Autrefois il y avait douze leçons ; elles sont
maintenant réduites à quatre, on a choisi, en plus de la première, celles qui sont suivies d’un Trait. Ière Leçon
: Genèse 1,1-2,2 (l’œuvre des six jours) ; 2e Leçon, Exode 14,24-15,1 (Passage de la mer Rouge) avec le
cantique de Moïse. 3e Leçon, Isaïe 4,1-6 (Splendeur du royaume messianique) avec le cantique de la vigne.
4e Leçon, Deutéronome 31,22-3 (dernière exhortation de Moïse à garder la fidélité envers Dieu avec le
célèbre cantique de Moïse. A la fin de chaque Leçon, tous se lèvent pour l’Oraison. Le prêtre dit : “ Prions ! ”
Le diacre ajoute : “ Fléchissons les genoux ! ” (Il invite à prier en silence). Au bout d’un instant, le diacre
dit : “ Levez-vous ! ” A présent seulement le prêtre récite à haute voix l’oraison.
Après les Leçons a lieu la bénédiction de l’eau baptismale qui, d’après les nouvelles rubriques, est
encadrée par les litanies des saints. On commence par l’invocation des Saints, puis a lieu la bénédiction de
l’eau, non pas aux fonts baptismaux, mais au milieu de l’église, sous les yeux des fidèles ; ensuite a lieu la
cérémonie nouvelle, la rénovation des promesses baptismales, en langue vulgaire. Le prêtre encense le cierge
pascal, se rend à l’ambon et adresse cette exhortation :
“ En cette nuit sacrée, la Sainte Église, notre mère, pensant à la mort et à la sépulture de Notre-
Seigneur Jésus-Christ, veut le veiller avec amour, et déjà elle manifeste sa joie dans l’attente de la
glorieuse résurrection du Christ.
Mais parce que, selon l’enseignement de l’Apôtre, Saint Paul, nous avons été, par le baptême,
ensevelis avec le Christ en sa mort, il faut que, tout comme le Christ est ressuscité des morts, nous

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marchions aussi animés d’une vie nouvelle, sachant bien que notre “ vieil homme ” a été crucifié en
même temps que le Christ pour que nous ne soyons plus les esclaves du péché. Réfléchissons donc
au fait que nous devons être nous-mêmes véritablement morts au péché et vivants pour Dieu dans le
Christ Jésus Notre-Seigneur.
C’est pour cela, mes biens chers frères, qu’au terme de nos efforts de Carême, nous allons renouveler
les promesses de notre saint baptême, par lesquelles nous avons autrefois renoncé au démon, à ses
œuvres et au monde, qui est l’ennemi de Dieu – et nous avons promis aussi de servir Dieu fidèlement
dans la Sainte Église catholique.
En conséquence :
Renoncez-vous à Satan ? – Le peuple : Nous renonçons.
Et à toutes ses pompes ? – Nous y renonçons.
Croyez-vous en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ? – Nous y croyons.
Croyez-vous en Jésus-Christ, son Fils unique, qui est né et qui est mort pour nous ? – Nous y
croyons.
Croyez-vous aussi au Saint-Esprit, à la Sainte Église catholique, à la communion des Saints, à la
rémission des péchés, à la résurrection de la chair et à la vie éternelle ? – Nous y croyons.
Et maintenant prions Dieu tous ensemble, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a appris à le
faire. – L’assistance récite le Notre-Père (sans ajouter l’Ave Maria).
Le prêtre ajoute :
“ Que le Dieu tout-puissant, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a régénérés par l’eau et
l’Esprit-Saint et qui nous a accordé le pardon de nos fautes, nous garde par sa grâce, dans le même
Christ Jésus, pour la vie éternelle – Amen ”.
Les fidèles pendant ce temps portent leurs cierges allumé ; puis à la fin ils peuvent recevoir l’aspersion de
l’eau bénite. Songeons à la profonde impression que produirait cette cérémonie, si des adultes recevaient le
baptême et faisaient leur première communion.

On chante ensuite la seconde partie des litanies des Saints tandis que le clergé se rend à la sacristie
pour revêtir les ornements blancs. Le cierge pascal est placé sur le grand chandelier de l’ambon – pour y
brûler durant quarante jours comme image du Ressuscité. La messe n’a que quelques modifications, mais
très significatives. Il n’y a ni prières au bas de l’autel ni dernier évangile, donc disparaissent les parties de la
messe qui n’ont été introduites que dans le bas moyen âge et ne sont pas essentielles. Après la Communion
sont supprimées les Vêpres en abrégé comme nous l’avons remarqué plus haut.

Tel est le nouvel office de la nuit pascale dont les chrétiens amis de la liturgie ont le droit de se
réjouir de tout cœur.

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LA GRANDE FÊTE DE PÂQUES

C’est le jour qu’a créé te Seigneur, réjouissons-nous et tressaillons en lui

La montagne est gravie, la victoire est remportée. Ce que nous avons attendu avec d’ardents désirs
pendant les quarante jours de Carême, ce qui depuis l’Avent nous apparaissait comme notre but, est enfin
réalisé : la Lumière a triomphé des ténèbres. Maintenant, le divin soleil brille au-dessus de nous avec toute sa
chaleur et tout son éclat. Pendant l’Avent, c’était la nuit et nous soupirions vers la lumière. A Noël, la
Lumière est soudain “ venue dans ce monde ” et a fondé son royaume de lumière. La gloire de la Lumière
s’est “ levée au-dessus de la ville sainte ” (l’Église). Tel était le message du cycle de Noël. Cependant, à
travers les chants qui célébraient joyeusement la Lumière ; se faisait entendre un accent de tristesse : “ Et la
Lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reconnue ”, c’était le thème de la Passion. Cet
accent est devenu sans cesse plus fort ; nous l’avons déjà entendu dans la semaine de Noël et, depuis, il n’a
pas cessé. A la Septuagésime, c’est le chant dominant qui surpasse tous les autres ; le premier dimanche du
Carême, nous voyons le divin David partir au combat contre le géant Goliath. Tout le temps de Carême
pourrait s’intituler un combat : combat de la Lumière contre les ténèbres, combat historique du Christ contre
le judaïsme (thème de la Passion), combat du Christ dans l’âme de ceux qui doivent venir à la lumière
(thème du baptême et de la Pénitence). Il fallait, sans doute, que la Lumière disparût un moment : le Christ
meurt sur la Croix. Mais soudain, comme à Noël, la Lumière brille dans les ténèbres. Après les tristesses de
la Semaine Sainte, le soleil de la Résurrection se lève victorieux pour briller éternellement. C’est Pâques,
c’est la fête des fêtes, le point culminant de l’année liturgique. Il n’y a plus qu’une pensée : la joie,
l’allégresse.
Autrefois, la fête était célébrée par les fidèles pendant trois jours. Les néophytes, revêtus de leurs
vêtements blancs, la célébraient pendant toute une semaine (c’est pourquoi il y a chaque jour une messe
propre).

LA SEMAINE DE PÂQUES

Quand on se pénètre avec amour de l’esprit de la liturgie, on se rend mieux compte, chaque année,
que les messes de la semaine de Pâques sont parmi les plus belles et les plus dramatiques du missel. Elles
sont dominées par deux thèmes : les événements de la Résurrection et l’église de station. Je serais tenté
d’appeler ces messes pascales un mystère liturgique pascal, dans lequel nous avons notre rôle à jouer. Plus
nous entrerons dans ce drame sacré et mieux nous comprendrons la liturgie. Tantôt l’Église s’en tient à la
succession historique des événements, tantôt elle suit sa propre voie, mais, toujours, les images et les scènes
sont choisies en vertu d’un motif intérieur.

Le drame commence aux premières heures du jour de Pâques (messe du Samedi Saint). Nous
représentons Marie-Madeleine et les saintes femmes et nous nous rendons, au lever du jour quae lucescit, au
tombeau. Nous entendons le tremblement de terre, nous voyons l’ange rouler la pierre du tombeau, nous
voyons les gardes s’enfuir. L’ange nous apporte le message pascal et nous renvoie chez nous annoncer le
joyeux message aux disciple du Christ (aux autres fidèles).
Le mystère se continue au matin de Pâques,“ quand le soleil est déjà levé ” orto jam sole. Nous représentons
encore les saintes femmes ; de nouveau, l’ange nous apporte le message pascal et nous donne cette assurance
: “ Vous le verrez, comme il vous l’a dit ”. Nous nous en retournons avec cette promesse.
Nous assistons ensuite à six apparitions du Ressuscité.
Le lundi, nous tenons la place des disciples d’Emmaüs qui reconnurent le Seigneur à la fraction du pain ;
Le mardi, nous sommes les Apôtres et les disciples qui, le soir du premier jour de Pâques, “ touchent ” le
Seigneur et mangent avec lui (jusqu’ici les scènes étaient disposées dans l’ordre chronologique).
Le mercredi, nous sommes les sept Apôtres auxquels le Seigneur apparut sur les bords du lac de Génésareth

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et qu’il invita à un repas (poisson et pain). L’Évangile dit expressément : “ Pour la troisième fois, Jésus se
montra à ses disciples ”. Remarquons que ces trois apparitions (lundi, mardi et mercredi) étaient toujours
accompagnées d’un repas (symboles eucharistiques).
Le jeudi, nous sommes Marie-Madeleine qui, dans l’amour et le désir, cherche le Seigneur et le trouve. Nous
aussi, à la messe, nous pouvons dire : “ J’ai vu le Seigneur ”.
Le vendredi, avec les nombreux disciples, nous voyons le Seigneur sur la montagne (c’est-à-dire l’autel).
C’est l’apparition d’adieu pour les néophytes vêtus de blanc. La dernière parole de Jésus est une
consolation : “ Je suis avec vous tous les jours... ”
Le samedi achève le mystère pascal pour les néophytes ; il n’y a plus d’apparition, c’est le mystère de la robe
baptismale. La liturgie nous montre la course des deux Apôtres, Pierre, et Jean, au tombeau. Cet événement
appartient sans doute au début de la semaine pascale, mais on le place à la fin à cause du symbole de la robe
baptismale (les linges au tombeau) et à cause de l’église de station (Saint-Jean).
Le dimanche, nous assistons à une sixième apparition : “ Après huit jours, les Apôtres étaient encore dans
salle et Thomas était avec eux... ” Chacun de nous est, en ce moment, Thomas à qui il est permis de lever la
main et de toucher le Seigneur. Ainsi s’achève le mystère de la semaine pascale.

Nous venons de voir le thème des apparitions ; l’église de station a exercé, elle aussi, son influence
sur les textes. Nous devons, de quelque façon, nous mettre à la place du titulaire de cette église. Nous vivons,
dans les saints, la Résurrection du Seigneur.
Dans la nuit de Pâques, nous sommes dans l’Église du Très Saint Rédempteur ; là, “ nous
ressuscitons avec le Christ ”, et les catéchumènes ont, dans saint Jean-Baptiste, leur patron.
Au matin de Pâques, nous sommes à Sainte-Marie Majeure. Le texte n’a aucune relation avec la
Sainte Vierge (tout au plus le fait que l’Évangile parle de son homonyme Marie-Madeleine). Néanmoins, la
liturgie veut que nous célébrions Pâques en nous associant aux sentiments et à la joie de Marie. C’est à cette
église qu’il faut rattacher l’origine du Regina coeli. D’après une légende relativement récente, les anges
auraient chanté le Regina coeli au moment de la consécration de Sainte-Marie-Majeure.
Le lundi, nous célébrons Pâques avec saint Pierre. Le texte parle quelquefois de lui ou fait allusion à
lui. Dans la leçon “ Pierre se tient au milieu du peuple ” et nous parle ; l’Évangile nous raconte que le
Seigneur “ est apparu à Simon ”. A la Communion, l’Église chante que le Seigneur “ est apparu à Pierre ”
(nous participons à son privilège).
Le mardi, nous nous rendons auprès de saint Paul. Quelle impression n’a pas faite sur lui la
Résurrection ! Le texte contient quelques allusions à lui. “ Paul se leva et parla ” (leçon). C’est donc de sa
bouche que nous entendons la leçon. L’Evangile ne peut, naturellement, raconter aucune apparition à Paul ;
c’est pourquoi on a choisi l’apparition aux Apôtres, dont Paul fera bientôt partie. D’ailleurs, les dernières
paroles le concernent plus que personne : “ annoncer la rémission des péchés à tous les païens ”.
Le mercredi, les néophytes se rendent auprès de leur parrain, saint Laurent. Sa fête de Pâques, à lui,
fut la mort sur le gril ; d’où l’évangile du poisson rôti sur le feu.
Le jeudi, nous allons visiter les douze Apôtres, les pères de notre foi. Le vendredi doit être un tendre
souvenir du Vendredi Saint ; c’est pourquoi l’église de station est celle de la Reine des martyrs.
Le samedi, nous revenons au lieu de notre baptême pour déposer notre blanche robe baptismale. Les
églises de station de la semaine de Pâques sont les sanctuaires les plus vénérés de Rome et de la chrétienté.

Je n’hésite pas à dire que la liturgie des messes pascales est la plus parfaite, la plus suggestive, la
plus riche et la plus profonde de toute l’année.

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DIMANCHE DE PÂQUES
(double de Ière classe)

Station à Sainte Marie Majeure

L’Agneau et le Lion

1. Les matines de Pâques

“ Le Seigneur est vraiment ressuscité, Alleluia ”. C’est ainsi que l’Invitatoire proclame le joyeux
message à toute la chrétienté rachetée. Les matines de Pâques sont courtes, ce sont les plus certes de l’année.
Au reste, la liturgie de Pâques, dans sa beauté classique, est d’une concision presque sévère. Dans les très
grandes émotions, l’homme ne trouve pas d’expression, c’est pourquoi la liturgie renonce à tout moyen
artistique. Dans la prière des Heures, elle écarte les hymnes et ne choisit pas de psaumes spéciaux. Nous
sommes presque déçus de cette simplicité. Les matines n’ont qu’un nocturne, car la plus grande partie de la
nuit a été occupée par l’office de la nuit de Pâques.
La liturgie nous fait réciter les trois premiers psaumes. On est un peu étonné, car il nous semble qu’il y a des
psaumes adaptés à la fête de Pâques. Les raisons de ce choix sont vraisemblablement les suivantes : 1.
L’Église veut nous dire : A Pâques, nous recommençons au commencement : nous sommes, pour ainsi dire,
des hommes nouveaux qui commençons une nouvelle œuvre. 2. La seconde raison est celle qui nous fait
laisser de côté les hymnes ; en ces jours de la plus grande joie festivale, l’Église renonce à toute expression
extérieure de son émotion ; elle prend les trois premiers psaumes à la suite. 3. Enfin, les trois premiers
psaumes représentent tout le psautier ; l’Église veut nous dire : tous les psaumes louent le Ressuscité.
Saint Grégoire nous fait entendre à matines un sermon qu’il prononça, le dimanche de Pâques, dans la
basilique de la Sainte Vierge Marie :
“ Vous avez entendu, très chers frères, que les saintes femmes qui avaient suivi le Seigneur vinrent
au tombeau avec des aromates, afin d’entourer de soins pieux, même après sa mort, celui qu’elles
avaient aimé pendant sa vie. Cette action nous indique qu’il doit se faire quelque chose dans la sainte
Église. Nous devons, en effet, entendre l’histoire sainte en nous demandant ce que nous devons en
imiter. Nous aussi qui croyons au Mort, nous pouvons, en vérité, venir à son tombeau avec des
aromates, si, remplis du parfum des vertus, nous cherchons le Seigneur avec la foi des bonnes
œuvres. Or, les femmes qui vinrent avec des aromates virent des anges. En effet, les cœurs qui, dans
le parfum des vertus, se hâtent par de saints désirs vers le Seigneur, arrivent à voir les habitants du
ciel. Nous devons maintenant examiner ce que signifie le fait que l’ange est aperçu assis à droite.
Que signifie la gauche sinon la vie présente, et que signifie la droite sinon la vie éternelle ? C’est
pourquoi il est dit dans le Cantique des cantiques : “ Sa gauche soutient ma tête et sa droite
m’embrasse” (Cant., II, 6). Or, comme notre Rédempteur avait déjà triomphé de la corruptibilité de
la vie présente, il convenait que l’ange qui était venu pour annoncer sa vie éternelle fût assis à droite.
Il apparut en vêtement blanc, car il annonçait la joie de notre fête. La blancheur éclatante du
vêtement désigne, en effet, l’éclat brillant de notre solennité. Devons-nous dire : la nôtre ou la sienne
? Pour être tout à fait exacts, nous devons dire la sienne et la nôtre, à la fois. La Résurrection de
notre Rédempteur est notre fête, parce qu’il nous a rappelés à l’immortalité ; mais c’est aussi la fête
des anges parce que, par le rappel des hommes au ciel, le nombre des anges a été complété. Ainsi
donc l’ange est paru en vêtement blanc au jour de sa fête et de notre fête parce que, par la
Résurrection de Notre Seigneur, nous avons été rappelés au ciel et parce que, par cette Résurrection,
les pertes de la patrie céleste ont été réparées ”.

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2. Les Laudes de Pâques

L’Église a, dans son livre de prières : le bréviaire, deux prières du matin, chaque jour : les laudes et
prime. Les laudes sont la joyeuse prière du matin de la Création ; à prime, l’homme pécheur se prépare
sérieusement au jour qui commence. Les laudes sont, à proprement parler le cantique de l’Église en
l’honneur de la Résurrection ; dans cette prière, l’Église célèbre chaque jour Pâques et la Résurrection. C’est
peut-être la plus belle Heure de toute la journée ; son symbolisme est saisissant. Le jour commence à
poindre, l’aurore rougit l’horizon, la nuit est vaincue. C’est l’heure où la nature célèbre sa résurrection, les
fleurs s’ouvrent, les oiseaux font entendre leur chant matinal ; c’est l’heure aussi où le Seigneur triompha de
la mort et ressuscita. L’homme se lève de sa couche ; le Seigneur ressuscité et la nature qui se réveille lui
prêchent la résurrection spirituelle “. Si vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez ce qui est en haut ”. Tel
est donc le symbolisme des laudes : résurrection du Christ, réveil de la nature, résurrection spirituelle de
l’homme. Nous comprendrons mieux désormais les laudes ; nous comprendrons pourquoi on y trouve tant de
textes qui chantent la nature et pourquoi, à laudes, on chante si volontiers l’Alleluia. C’est la fête quotidienne
de la Résurrection. Chaque dimanche étant un écho de la fête de Pâques, la pensée de la Résurrection est
encore plus accusée aux laudes du dimanche ; de là, les nombreux Alleluia.
Que dirons-nous, alors, des laudes de Pâques ? La pensée de la Résurrection est à son plus haut degré. Aux
matines des grandes fêtes, les psaumes sont spécialement choisis. Par contre, les psaumes de laudes sont les
mêmes pour toutes tes fêtes et tous tes dimanches. C’est que si les matines sont la méditation, le drame de
prière de la fête, les laudes sont la prière du matin. Les psaumes sont des cantiques de louange qui n’ont
aucun rapport particulier avec la fête ; ils ne servent qu’à la pensée de l’heure. Le rôle des antiennes est de
rappeler sans cesse, à celui qui prie, les pensées de la fête. Au reste, aux laudes, les antiennes ont une tout
autre importance qu’aux matines. Aux matines, elles sont la clef du psaume ; ce que le psaume doit signifier
pour nous dans cette fête nous est indiqué par l’antienne. Aux laudes, par contre, les antiennes, en règle
générale, n’ont aucun rapport avec le psaume qu’elles encadrent. Aux matines, les antiennes sont des
bouquets de fleurs qui couronnent les psaumes ; aux laudes, elles ont pour tâche d’unir la pensée de la fête à
la pensée de l’heure. Il en résulte une merveilleuse mosaïque ; nous célébrons joyeusement notre résurrection
spirituelle ; la nature célèbre avec nous sa résurrection. A cette joie de la résurrection, nous joignons, après
chaque psaume, la joie de la fête du jour. Aux laudes de Pâques, cette union des pensées de la fête et des
pensées de l’heure sera d’autant plus facile que c’est toujours la même pensée de résurrection.
Les antiennes de laudes sont, aujourd’hui, le récit dramatique des premiers événements de la Résurrection,
qui eurent lieu à l’heure des laudes. Elles constituent donc l’action. Les psaumes sont comme le chœur de
l’Église et de la Création qui chantent leurs impressions. C’est un peu comme les répons entre les leçons. Les
laudes de Pâques sont donc le chant de louange de toute la Création en l’honneur de la Résurrection et, en
même temps, sa prière du matin.

3. La messe de Pâques Resurrexi

La grand-messe de Pâques est le point culminant de l’allégresse pascale. Tous les événements que nous
avons vus se dérouler, toutes les paroles que nous avons entendues pendant le saint triduum doivent être
maintenant une réalité mystérieuse et présente : Le Christ, notre Agneau pascal, est immolé. La messe
présente une grande unité de pensées et le même thème revient sans cesse. Le leitmotiv est cette parole de
saint Paul que nous venons de citer : Le Christ, notre Agneau pascal, est immolé (Ép., Grad., Seq., Comm.).
L’église de station est Sainte-Marie Majeure. Dans notre joie pascale, nous nous rendons, tout
d’abord, auprès de la Mère de Dieu.
A l’Introït, le Ressuscité se tient déjà devant nous et nous adresse lui-même la parole : Resurrexi – je suis
ressuscité. C’est le chant du Christ à son entrée dans le monde, sa prière du matin au jour de la Résurrection.
Quelles sont ses premières pensées ? L’abandon complet à son Père, l’union la plus étroite avec lui. Mais,
aujourd’hui, il n’est plus seul ; en tant que chef de l’humanité rachetée, il offre à son Père tous les membres
de son corps mystique.
Le Gloria est aujourd’hui le cantique pascal au sens propre. Nous célébrons l’“ Agneau qui enlève les péchés
du monde.
L’oraison exprime les pensées de la fête en deux images opposées : le vainqueur du Golgotha a triomphé de
la mort et a ouvert les portes du paradis ; c’est pourquoi nous demandons la victoire sur le péché et la mort

32
en nous, et l’accès au paradis (grâce et gloire).
Dans l’Épître, saint Paul nous présente la fête de la Pâque de l’Ancien Testament comme la figure de notre
fête pascale. Le Christ, notre Agneau pascal, est immolé et prêt à être mangé. C’est pourquoi les chrétiens
doivent rejeter pour toujours le levain du péché.
Au Graduel, nous chantons : “ C’est le jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous et tressaillons
d’allégresse en lui ”. Ce chant est répété à toutes les Heures, pendant la semaine de Pâques. Ce chant veut
dire : le langage humain est trop pauvre pour célébrer la grande fête de Pâques ; c’est pourquoi nous nous
contentons de dire, en ces quelques mots, notre gratitude et nos louanges.
L’Alleluia est très impressionnant. On y entend le leitmotiv de la messe qui est développé par la séquence qui
suit. La séquence n’a été introduite dans la messe que depuis le Moyen Age. Elle est ce qu’elle doit être, une
paraphrase du verset de l’Alleluia. C’est un dialogue entre l’Église et Madeleine. Elle a donné naissance aux
“ mystères ” de Pâques, si aimés jadis.
A l’Évangile, le disciple de Pierre a l’honneur de nous annoncer le message pascal. Dans le drame sacré,
nous tenons la place des saintes femmes qui viennent au tombeau “ quand le soleil est déjà levé ”, nous
entendons de la bouche de l’ange (représenté par le diacre) la joyeuse nouvelle, et dans le sacrifice
eucharistique, que nous célébrons en union avec la Mère de Dieu, nous verrons le Ressuscité lui-même.
A l’Offrande, nous nous rendons avec les saintes femmes, des aromates dans les mains, au tombeau du Christ
; le tremblement de terre (Off.) nous annonce la Résurrection. La liturgie nous peint ce tremblement de terre
d’une manière concise et énergique : “ Terra tremuit – La terre trembla et se tut ”.
Dans le saint sacrifice, l’Agneau est immolé et prêt à être mangé (Comm.).

4. L’Evangile de Pâques

Cette semaine, l’Eglise ne nous offre pas de lecture d’Écriture proprement dite. L’ami de la liturgie
s’efforcera, pendant cette semaine, d’approfondir l’“ Évangile des 40 jours ”, c’est-à-dire les événements qui
concernent la Résurrection du Seigneur. Il n est pas facile de ramener les récits des quatre évangélistes,
surtout ceux qui ont trait aux apparitions, à une concordance chronologique parfaite. Nous allons, dans
l’exposé chronologique suivant, nous en tenir à l’opinion de la majorité des commentateurs.
La Résurrection elle-même n’eut aucun témoin mortel. Elle eut, sans doute, lieu de très bonne heure.
Pour attester extérieurement le fait de la Résurrection, un ange roula la pierre qui fermait le tombeau ; les
gardes s’enfuirent. Puis. les saintes femmes, avec Madeleine, viennent au tombeau et le trouvent vide.
Madeleine, la plus décidée je toutes, retourne en hâte avertir Pierre et Jean. Pendant ce temps, les autres
saintes femmes voient l’ange qui les envoie vers les disciples ; mais elles se cachent. Puis, Jean, Pierre et
Madeleine viennent au tombeau en courant (Jean, XX, 1 sq.). Ils trouvent le tombeau vide, mais découvrent
des signes de la Résurrection (les linges pliés). Les disciples s’en vont, mais Madeleine demeure et est
favorisée de la première apparition du Ressuscité. Pendant que les autres saintes femmes s’en retournent,
Jésus se montre à elles (Math., XXIII, 8 ; seconde apparition) ; dans le cours de la journée, Jésus apparaît à
Pierre qui, plus que les autres, avait besoin de consolation (troisième apparition). Dans l’après-midi, a lieu
l’apparition aux disciples d’Emmaüs qui est racontée tout au long (quatrième apparition ; Luc., XXIV. 13
sq.). Ce récit est un des plus touchants de l’Écriture. Le soir, le Ressuscité apparaît à dix Apôtres et à
beaucoup d’autres disciples dans la salle du Cénacle (Luc, XXIV, 36 sq ; Jean, XXI, 19 ; cinquième
apparition). Huit jours après, a lieu une nouvelle apparition aux disciples, en présence de Thomas (sixième
apparition). Les disciples s’en vont alors en Galilée où le Seigneur apparaît à sept d’entre eux, sur les bords
du lac de Génésareth, pendant une pêche ; Pierre est institué pasteur suprême (Jean, XXI, 1 sq. ; septième
apparition). Enfin, le Seigneur donne rendez-vous à tous ses disciples (saint Paul parle de 500) sur une
montagne en Galilée ; il leur apparaît et leur donne l’ordre de mission (huitième apparition). La dernière
apparition eut lieu au moment de l’Ascension. Nous ne savons pas si le Seigneur apparut d’autres fois à tous
ses disciples ou à quelques-uns d’entre eux. Saint Paul signale encore une apparition à Jacques le Mineur. La
plupart des commentateurs admettent que le Seigneur apparut tout d’abord à sa sainte Mère. L’Écriture n’en
dit rien, mais le sentiment naturel semble l’exiger.
Il serait à désirer que les pasteurs profitent. du temps pascal pour faire aux associations liturgiques
quelques instructions sur ces événements. Ce serait non seulement instructif, mais édifiant. Ceux qui
n’appartiennent à aucune association pourront se livrer à cette étude en leur particulier (peut-être en union
avec une cérémonie pascale). L’“ Évangile des quarante jours” est riche en consolations.

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LUNDI DE PÂQUES
(double de 1ère classe)

Station à Saint Pierre

Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent

L’Eglise, aujourd’hui, en nous faisant parcourir l’Evangile des disciples d’Emmaüs, nous mène de la tristesse
de la Semaine Sainte à l’allégresse pascale. Puis, les néophytes et nous, nous nous rendons, dans la joie
pascale, auprès de saint Pierre, le premier pape, qui, après l’amer carême du reniement, put célébrer Pâques
dans le bonheur. C’est avec lui et les disciples d’Emmaüs que nous célébrerons Pâques à notre tour.

1. L’office des Heures

Pendant la veillée nocturne, nous méditons le charmant Evangile ; le matin, cet Évangile se réalise pour nous
dans la grâce. Les matines sont entièrement dominées par l’Évangile des disciples d’Emmaüs. Nous lisons
une belle homélie de saint Grégoire. Il la prêcha “ au peuple, dans la basilique du saint Apôtre Pierre, le lundi
de Pâques ”. Elle est courte et riche de pensées.
“ Comme la fête d’aujourd’hui vous demande beaucoup de temps, je veux vous parler brièvement.
Peut-être que ces quelques mots seront d’une plus grande utilité, car il arrive souvent qu’on absorbe
avec plus d’appétit une nourriture réduite. Je me suis proposé d’expliquer le sens de l’Évangile
d’aujourd’hui en général et non en particulier, de peur qu’un exposé complet ne soit importun à votre
charité. Vous avez entendu, très chers frères, comment le Seigneur apparut à deux disciples qui
suivaient leur chemin. Ces disciples ne croyaient pas en lui, mais cependant ils parlaient de lui. Il ne
se montra pas à eux sous la forme qui leur aurait permis de le reconnaître. Le Seigneur fit donc
extérieurement devant les yeux de leur corps ce qui se passait intérieurement devant les yeux de leur
cœur. En effet, ils aimaient et doutaient intérieurement. De même, le Seigneur leur était
extérieurement présent, mais il ne montrait pas qui il était. Parce qu’ils parlaient de lui, il leur
accorda sa présence ; mais parce qu’ils doutaient de lui, il leur cacha la forme qui l’aurait fait
reconnaître. Il parla avec eux, blâma la dureté de leur cœur, leur ouvrit les mystères de la Sainte
Ecriture qui traitaient de lui ; cependant, comme, dans leur cœur, il était un étranger, il fit comme s’il
voulait continuer sa route. Avec cette manière d’agir, la divine Vérité qui est simple n’a rien fait
d’équivoque. Car le Seigneur se montrait extérieurement à ses disciples tel qu’il était dans leur cœur.
Il fallait qu’ils soient éprouvés et montrent si, tout en ne l’aimant pas encore comme Dieu, ils étaient
capables de l’aimer au moins comme étranger. Mais comme ceux qui marchent en compagnie de la
Vérité ne peuvent pas être loin de l’amour, ils l’invitèrent comme un étranger. Mais pourquoi disons-
nous : Ils l’invitèrent, alors qu’il est écrit : Ils le forcèrent ? Cet exemple nous enseigne qu’il ne faut
pas seulement inviter les étrangers à l’hospitalité, mais véritablement les forcer. Ils préparent la table,
apportent les aliments, et Dieu, qu’ils n’avaient pas reconnu pendant l’explication de l’Écriture, ils le
reconnaissent à la fraction du pain. Ils furent ainsi éclairés non par l’audition des commandements de
Dieu, mais par l’action. L’Écriture ne dit-elle pas : “ Ce ne sont pas les auditeurs de la loi qui sont
justes, mais ce sont les observateurs de la loi qui sont justifiés ” (Rom., II, 13). Que celui donc qui
veut comprendre la loi se hâte de mettre en œuvre ce qu’il a pu saisir. Voyez, le Seigneur ne fut pas
reconnu quand il parlait, mais il se fit reconnaître quand il eut reçu l’hospitalité. C’est pourquoi, très
chers frères, cultivez l’hospitalité, aimez à pratiquer les œuvres de charité. Saint Paul ne dit-il pas : “
Persévérez dans l’amour fraternel. N’oubliez pas l’hospitalité. Quelques-uns, en la pratiquant, ont,
sans le savoir, logé des anges” (Hébr., XIII, 1 sq.). Saint Pierre écrit, lui aussi : “ Soyez hospitaliers
les uns envers les autres, sans murmure ” (1 Pierre, IV, 9). Et la divine Vérité dit elle-même : “ J’étais
étranger et vous m’avez reçu ” (Math., XXV, 35). Une histoire très digne de foi, qui nous a été
transmise par nos anciens, raconte : “ Un père de famille exerçait avec zèle l’hospitalité, ainsi que
toute sa maison. Comme il invitait chaque jour des étrangers à sa table, il vint un jour un étranger
parmi d’autres et, lui aussi, fut conduit à table. Le maître de maison s’empressait pour lui verser de
l’eau sur les mains ; il se détourna pour prendre l’aiguière, mais il s’aperçut soudain que l’étranger

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sur les mains duquel il voulait verser de l’eau n’était plus là Il en fut très étonné, mais, dans la nuit
suivante, le Christ lui apparut et lui dit : “ Les autres jours, tu m’as reçu dans mes membres ; mais,
hier, tu m’as reçu moi-même. Oui, quand il viendra un jour pour le jugement, il dira “ Ce que vous
avez fait au plus petit parmi les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ” (Math., XXV, 40). Voyez :
si, avant le jugement, il reçoit l’hospitalité dans ses membres, il visite personnellement ceux qui le
reçoivent. Et pourtant nous mettons si peu de zèle à pratiquer l’hospitalité. Songez donc, mes frères,
quelle grande vertu est l’hospitalité ! Invitez le Christ à votre table afin d’être invités par lui au festin
éternel. Offrez maintenant l’hospitalité au Christ étranger ; alors, au jugement dernier, il ne vous
traitera pas comme des étrangers qu’il ne connaît pas, mais comme les siens, et il vous recevra dans
le royaume du ciel. Qu’il nous aide à cela, lui qui est Dieu et règne pendant les siècles des siècles.
Ainsi soit-il ”.

Que nous devions, pendant toute la journée, rester sous l’impression du mystère d’Emmaüs, c’est ce que
nous disent les antiennes directrices du jour. Au lever du soleil, nous chantons : “ Jésus s’approcha de ses
disciples et marcha avec eux, mais leurs yeux étaient aveuglés pour qu’ils ne le reconnaissent pas, et il les
réprimanda en leur disant : Ô hommes sans intelligence et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les
Prophètes. Alleluia ”. Le soir, nous chantons : “ De quoi vous entretenez-vous ainsi en chemin et pourquoi
êtes vous tristes ? Alleluia ”. Nous remarquerons que cette scène d’Emmaüs occupe l’Église pendant tout le
temps pascal dans ses antiennes directrices. Un mot est particulièrement cher à l’Église et elle le chante tous
les soirs du temps pascal : “ Reste avec nous, Seigneur, car il se fait tard ”.

2. La messe Introduxit

La station est aujourd’hui à Saint-Pierre. C’est pourquoi l’Apôtre se tient devant nous dès l’Introït. Il
nous parle comme le Moise de la nouvelle Alliance : “ Le Christ vous a introduits (vous, les néophytes) dans
la terre où coulent le lait et le miel ” (après la communion, on présentait aux néophytes du lait et du miel).
Pendant le temps pascal, nous devons avoir l’impression de nous trouver dans la terre promise. Cependant,
saint Pierre nous donne aussi un avertissement : Que la doctrine du Christ soit dans vos cœurs ! On dirait
qu’une larme coule sur la joue de l’Apôtre et qu’il nous raconte sa chute (prières graduelles et Kyrie). A
l’Oraison, l’Église demande pour nous la liberté complète de l’âme : l’exil est terminé ; l’âme exilée a
déposé le vêtement de pénitence pour revêtir la robe de fête des libres enfants de Dieu. Mais avons-nous déjà
la liberté complète ? Qui peut dire qu’il a entièrement brisé le joug de Satan ? Dans la leçon, “ Pierre se lève
au milieu du peuple Il et nous parle. Il a adressé ces paroles autrefois aux premiers chrétiens de la Gentilité
(baptême du centurion Corneille). Toute la vie du Christ passe devant nos yeux : le Sauveur, le Bon Pasteur,
mais aussi l’Homme de douleurs, le Ressuscité et enfin le Juge au moment de son retour. Pierre parle du
Maître qu’il aime ardemment, pour lequel, un jour, il mourra sur la croix, pour lequel il a versé des ruisseaux
de larmes. Il veut graver dans nos cœurs le nom du Seigneur. Ensuite, l’ange du ciel (le diacre) descend vers
nous (Grad.) et nous annonce l’Évangile, d’une beauté incomparable. Luc nous peint la scène d’une manière
si vivante qu’il nous semble que nous en sommes témoins. Aucun Évangile ne peut nous décrire plus
magnifiquement le passage de la Semaine Sainte à la joie pascale. Les disciples s’en vont tristement, par ce
matin de printemps ; le Sauveur vient à eux sans se faire connaître ; il les console si bien que leur cœur “ est
brûlant ” au-dedans d’eux-mêmes ; il se fait reconnaître à la “ fraction du pain ”. A l’Offrande, nous tenons la
place des saintes femmes qui se hâtent au tombeau, avec leurs aromates, pour honorer le corps du Seigneur.
Nous aussi, nous apportons des dons à l’autel et, de même que les saintes femmes attendaient le Ressuscité,
nous attendons le Sauveur eucharistique glorifié. Dans le saint sacrifice, la scène d’Emmaüs se réalise pour
nous ; nous sommes les disciples qui reconnaissons le Seigneur à la “ fraction du pain ”. Nous sommes aussi
Pierre (Comm.) à qui le Seigneur est apparu.

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MARDI DE PÂQUES
(double de Ire classe)

Station à Saint Paul

La paix soit avec vous ; ne craignez pas, c’est moi !

Aujourd’hui, nous assistons avec les douze Apôtres à l’apparition du Ressuscité au soir de Pâques. En outre,
nous nous présentons, comme néophytes, à saint Paul, l’Apôtre des nations, et nous déposons entre ses mains
nos promesses du baptême. Il nous enseigne comment il convient de célébrer Pâques. Saint Paul se tient au
milieu de nous et nous raconte le Carême de sa vie. Il a flagellé et crucifié le Christ dans son Église ; puis,
devant les portes de Damas, il a vu le Ressuscité. Désormais, Pâques a commencé pour lui et n’a plus jamais
connu d’éclipse. Telle fut son expérience pascale, et cette expérience doit devenir la nôtre.

1. L’office des Heures

Au nocturne des matines, nous méditons la seconde apparition du Seigneur. Saint Ambroise expose les
propriétés des corps glorieux et nous indique pour quelles raisons le Christ a conservé ses plaies. “ Le Christ
passa à travers les portes fermées, non pas d’une manière incorporelle, mais avec un corps glorifié par sa
Résurrection. Car ce qui peut être touché est un véritable corps : ce que nous palpons et saisissons est un
corps réel. Car le corps terrestre est semé et le corps spirituel sort du tombeau, mais plus subtil et plus délicat
que ce corps grossier qui est encore sujet aux déficiences terrestres. Comment ne serait-ce pas un véritable
corps puisque le Seigneur portait visiblement ses plaies qu’il présenta aux disciples et qu’il leur fit même
toucher ? Il ne voulut pas détruire ces plaies, mais les emporter pour nous au ciel, afin d’accroître notre
dévouement et de les montrer à Dieu, son Père, comme rançon de notre délivrance. C’est ainsi que le Père le
place à sa droite et embrasse les signes victorieux de notre salut. Là-haut, les martyrs recevront la même
récompense ; ce qui le prouve, c’est la glorification de ses propres plaies ”.
L’Église désire que nous vivions l’événement évangélique. C’est le sens des antiennes directrices.
Nous chantons, au lever du soleil : “ Jésus se tint debout au milieu de ses disciples et leur dit : “ La paix soit
avec vous. Alleluia, Alleluia ”. Au coucher du soleil, nous chantons : “ Voyez mes mains et mes pieds ; c’est
moi Alleluia. Alleluia ”.
Le salut pascal du Christ est devenu un salut liturgique : Pax vobis – La paix soit avec vous.

2. La messe Aqua sapientiae

La station est la basilique de Saint-Paul, une des plus grandes églises de Rome. Saint Paul, en tant qu’Apôtre
des nations, est le patron des néophytes. C’est de lui qu’ils ont reçu, voilà trois semaines, les trois joyaux de
l’Église : le Notre-Père, les évangiles, la profession de foi. Aujourd’hui, il prend les nouveaux chrétiens sous
sa protection. Il sera, presque chaque dimanche (à l’Épître), leur docteur.
A l’Introït, saint Paul nous reçoit auprès des fonts baptismaux. “ Avec l’eau du baptême, le Christ vous a
abreuvés ; il s’agit maintenant de continuer à travailler ; il vous fortifiera ; vous ne céderez pas dans les
tourments à venir, et alors vous serez exaltés ”. Saint Paul nous montre l’idéal ; le suivrons-nous ? Les trois
thèmes pascaux : le baptême – l’Eucharistie – la Résurrection, sont contenus dans l’Introït : abreuver,
fortifier, exalter.
Dans l’Oraison, il demande pour nous que nous ne célébrions pas seulement Pâques dans la foi, mais par une
vie de résurrection spirituelle L’Église peut nous montrer l’exemple de son glorieux fils, saint Paul. Il a
observé le mystère pascal dans sa vie et ses actes jusqu’à son dernier jour.
Dans la leçon, le saint de station se tient devant nous : “ Paul se leva, imposa silence de la main et dit ” ; il
parle du Christ qui fut suspendu à la Croix ; une fois encore, nous voyons passer devant nos yeux le Vendredi
Saint et le Samedi Saint. Puis, il atteste joyeusement la Résurrection : “ Dieu l’a ressuscité des morts le
troisième jour. Il a paru, pendant plusieurs jours de suite, à ceux qui étaient montés avec lui de la Galilée à

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Jérusalem et qui sont maintenant ses témoins auprès du peuple ”.
L’Évangile nous présente une de ces apparitions : “ Jésus se tint au milieu de ses disciples et dit : :La paix
soit avec vous” (en ce moment, Jésus nous parle réellement dans l’Évangile). Nous sommes, une fois encore,
avec les disciples au Cénacle ; nous voyons le Seigneur, il nous est permis de toucher ses plaies, nous
entendons de sa bouche le salut de paix, il nous ouvre le sens des Écritures.
Mais qu’apportons-nous aujourd’hui comme offrande sur le tombeau de l’Apôtre ? L’Offertoire nous aide à
formuler notre résolution. Ce que nous apportons, c’est notre âme ébranlée par le mystère pascal jusque dans
ses profondeurs. “ Le Seigneur a tonné du haut du ciel, le Très-Haut a fait retentir sa voix et les sources des
eaux se sont ouvertes ”. Maintenant coulent à flot les grâces de la Rédemption.
A la Communion, nous buvons à ces sources sacrées qui jaillissent de l’autel. L’Eglise nous accompagne à la
table sainte avec une parole de saint Paul. Les néophytes la connaissent depuis la nuit sainte de Pâques. Ce
fut alors l’avertissement que leur donnait (Ép.) l’Apôtre des nations : “ Si vous êtes ressuscités avec le
Christ, cherchez ce qui est en haut. ” Nous demandons, comme fruit du sacrifice, que “ la réception du
sacrement pascal demeure toujours dans notre âme ”.

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MERCREDI DE PÂQUES
(semid.)

Station à Saint Laurent devant les Murs

La vie chrétienne est une vie du ciel

Aujourd’hui est déjà un jour de semaine ordinaire – semi-double. Nous formerons un cercle plus étroit pour
accompagner les sept Apôtres, voir avec eux le Seigneur et participer au repas mystérieux. Quant aux
néophytes, ils se présentent aujourd’hui à leur patron, le généreux combattant, le héros saint Laurent. Le
saint les a accompagnés et encouragés dans leur combat. A la Septuagésime, nous sommes entrés avec lui
dans l’arène ; au point culminant du combat du Carême, nous nous sommes réfugiés auprès de lui. Nous
nous présentons aujourd’hui à lui comme les vainqueurs de Pâques afin de pouvoir porter notre palme
victorieuse à travers toute notre vie. Comment saint Laurent a-t-il célébré Pâques ? Son vrai jour de Pâques
fut le jour de son martyre quand, sur son gril ardent, il vit le Seigneur.

1. L’Office des Heures

Nous méditons la charmante apparition du Ressuscité. Prenons l’Évangile en main. Nous voyons comment
les Apôtres travaillent toute la nuit en vain ; ils n’ont rien pris. Vers le matin, ils rentrent tout tristes ; le
Seigneur est debout sur la rive. Qui le reconnaît le premier ? Jean, son bien-aimé. Quelle impétuosité chez
Pierre ! Puis, le mystérieux repas. Les Apôtres ne sont plus aussi familiers avec le Seigneur. Il en est de
même pour nous dans la liturgie. Le Christ de la liturgie est sans doute le même que le Christ des évangiles,
mais il ne nous apparaît pas sous le même aspect. Dans les évangiles, se manifeste surtout son aspect
humain, il est tout proche de nous, nous marchons sur ses pas. La liturgie voit le Christ dans les splendeurs
de l’éternité, le Christ glorifié assis à la droite du Père. Continuons la lecture de la péricope : la triple
question du Seigneur à Pierre : M’aimes-tu ? et la collation du ministère de pasteur suprême.
Aux matines, saint Grégoire explique notre Évangile d’une manière allégorique. “ On peut se demander
pourquoi le Seigneur, après sa Résurrection, alors que ses disciples peinaient sur la mer, se tint sur le rivage.
Pourtant, avant sa Résurrection, il avait, aux yeux de ses disciples, marché sur les flots de la mer. Cette
question, elle aussi, sera rapidement résolue si nous considérons le motif interne. Que signifie la mer, si ce
n’est le temps présent qui se passe dans les tempêtes des discussions et dans les fluctuations de la vie
périssable ? Et la terre ferme de la rive, n’est-elle pas le symbole de la demeure de l’éternel repos ? Parce que
les disciples naviguaient encore au milieu des vagues de cette vie mortelle, ils se fatiguaient sur la mer. Mais
parce que notre Rédempteur s’était déjà élevé au-dessus de la corruptibilité de la chair, il se tenait, après sa
Résurrection, sur le rivage. ”
Les antiennes directrices nous font vivre encore l’apparition du Sauveur : “ Jetez votre filet à droite du
bateau et vous prendrez quelque chose. Alleluia ” (Ant. Ben.). “ Jésus dit à ses disciples : “ Apportez du
poisson que vous avez pris. Pierre monta dans la barque et traîna à terre le filet qui était plein de gros
poissons, Alleluia ” (An :. Magn.).

2. La messe Venite

L’église de station est, aujourd’hui, la célèbre basilique de Saint-Laurent devant les Murs. A la porte du
sanctuaire, se tient le Sauveur lui-même et, quand nous entrons, il nous semble que nous entrons dans le ciel
après avoir entendu l’aimable invitation du Seigneur : “ Venez, les bénis de mon Père, recevez le royaume. ”
Cette parole s’adresse d’abord aux néophytes ; le royaume, c’est l’Église qui est le vestibule du ciel. La
réponse des néophytes à cette invitation est le psaume 95 : “ Chantez au Seigneur un cantique nouveau ”. Ce
cantique nouveau est le chant pascal. Le psaume convient très bien dans la bouche des néophytes. Mais
remarquons aussi que ce cantique est intimement uni à la pensée de saint Laurent – nous le chantons assez
souvent à sa fête.

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L’Introït nous indique donc notre but, le ciel, réalisé par avance dans l’Église. L’Oraison nous montre le
moyen d’y parvenir. Les fêtes de l’Église sont des étapes sur le chemin ; nous devons, en traversant les fêtes
temporelles, parvenir aux joies éternelles.
Dans la leçon, c’est saint Pierre, le premier pape – saint Laurent n’était-il pas diacre d’un Pontife romain –
qui est le prédicateur de la Résurrection. C’est avec intention que la leçon commence ainsi : “ Pierre ouvrit sa
bouche et parla ”. Dans le mystère dramatique de la liturgie, on aime faire parler le saint de station à l’Épître.
Pierre adresse aux Juifs de graves paroles : “ C’est l’auteur de la vie que vous avez tué ; mais Dieu l’a
ressuscité d’entre les morts. Nous en sommes témoins ”. Nos testes sumus – en grec : martyres – Saint
Laurent peut faire siennes ces paroles.
A l’Évangile, le Ressuscité se tient au milieu de nous pour la “ troisième fois ” (lundi, mardi, mercredi ; le
dimanche, on ne raconte pas d’apparition). Il y a comme un nuage d’encens au-dessus de cette scène. Elle
contient aussi un beau symbolisme. Nous aussi, nous naviguons sur la mer du monde, dans la lumière
incertaine de la vie. Sur le rivage de l’éternité se tient Jésus qui nous appelle. Sommes-nous Jean, ou Pierre,
ou les autres Apôtres ? Les âmes virginales, comme saint Jean, reconnaissent le Seigneur – bienheureux les
cœurs purs car ils verront Dieu – ; les âmes ardentes, comme Pierre, s’élancent à travers les flots de la
souffrance et du martyre vers le Christ – saint Laurent – ; d’autres, s’adonnant au rude labeur de la pêche,
naviguent lentement, mais sûrement, vers la rive : c’est là qu’est servi le mystérieux repas – l’Eucharistie – le
poisson et le pain. “ Lorsqu’ils furent descendus, ils virent un feu de charbons, du poisson sur ce feu et du
pain ”. Il y a là une image du martyre de notre saint de station sur le gril ardent.
Au Saint Sacrifice, le Christ est aussi au milieu de nous et nous présente le poisson et le pain de
l’Eucharistie. A l’Offertoire, on nous explique ce qu’est le pain cuit sous la cendre de l’Évangile : “ Il leur a
donné le pain du ciel, l’homme a mangé le pain des anges ”. De ce pain, “ l’Église est merveilleusement
repue et nourrie” (Secrète). Le fruit du sacrifice, c’est que nous soyons transformés en une nouvelle créature.

Toute la messe est traversée par une pensée bien chère que nous pouvons résumer ainsi : la vie
chrétienne est une vie céleste (Intr., Évang., Off.).

JEUDI DE PÂQUES
(semid.)

Station aux Douze Apotres

Jésus dit : “ Marie ” ; elle se détourna et dit : “ Mon Maître ”

Nous sommes invités, aujourd’hui, à participer avec Marie-Madeleine à l’apparition du Seigneur. Cette
apparition est certainement la plus tendre de toutes.
Jusqu’ici, nous nous sommes présentés aux grands personnages de la famille de Dieu à Rome : Marie, Pierre,
Paul et Laurent. Nous nous rendons, aujourd’hui, auprès des pères vénérés de notre foi, auprès des douze
Apôtres.

1. L’Office des Heures

De nuit comme de jour, notre pensée, aujourd’hui, s’attache à Marie-Madeleine. Aux matines, c’est saint
Grégoire qui nous explique l’Évangile, si beau et si touchant. “ Marie avait été une pécheresse publique,
mais, dans son amour pour le Christ, elle lava ses fautes dans les larmes de la douleur. Elle réalisa en elle-
même la parole de la Vérité : “ Beaucoup de péchés lui seront remis parce qu’elle a beaucoup aimé” (Luc,
VII, 47). Elle, qui avait été froide par suite de son péché, s’enflamma par son amour d’une grande ardeur.
Étant venu au tombeau et n’ayant pas trouvé le corps du Seigneur, elle crut qu’il avait été enlevé et l’annonça
aux disciples. Ceux-ci vinrent, virent et crurent qu’il en était comme Madeleine le leur avait raconté. Mais on
dit immédiatement des disciples :“ Ils s’en retournèrent ” (Jean, XX, 10). Par contre, on dit ensuite de Marie :

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“ Marie se tenait dehors, auprès du tombeau, et pleurait ”. Il nous faut considérer ici quelle fournaise
d’amour brûlait dans le cœur de cette femme puisqu’elle ne quittait pas le tombeau du Seigneur alors que les
disciples eux-mêmes s’étaient éloignés. Elle chercha celui qu’elle n’avait pas trouvé ; elle chercha dans les
larmes, enflammée du feu de son amour ; elle brûlait d’un ardent désir pour celui dont elle croyait qu’il avait
été enlevé. Ainsi il arriva qu’elle seule vit alors, elle qui était restée pour le chercher. C’est que la force de la
bonne action consiste dans la persévérance ; la voix de la Vérité dit : “ Celui qui persévérera jusqu’à la fin
sera sauvé ”. Une prescription de la loi (de Moïse) ordonne, quand on offre des animaux en sacrifice, d’offrir
aussi la queue. La queue est ce qu’il y a de plus extérieur dans l’animal. Celui-là fait donc un sacrifice
convenable qui accomplit des bonnes œuvres jusqu’à la dernière limite de ce qui est dû. C’est pourquoi il est
dit de Joseph qu’il portait, parmi ses frères, une robe qui descendait jusqu’aux chevilles. Une telle robe
descendant jusqu’aux chevilles est la bonne œuvre exécutée jusqu’à la perfection. Or, comme Marie pleurait,
elle se pencha à l’intérieur du tombeau. Elle avait pourtant déjà vu le tombeau vide, elle avait même annoncé
aux disciples que le corps du Seigneur avait été enlevé. Pourquoi donc se penche-t-elle de nouveau et veut-
elle le voir une fois encore ? Il ne suffit pas à une âme aimante d’examiner une seule fois ; la force de
l’amour la pousse à de fréquentes recherches. Elle persévéra dans la recherche et c’est pourquoi elle parvint à
trouver. Ainsi il arriva que son ardent désir, par le retard même, ne fit que s’accroître et le désir accru fut
apaisé par la possession de celui qu’elle trouva. ”
Le Répons :
Félicitez-moi, vous tous qui aimez le Seigneur Quand les disciples s’en allèrent, je ne retournai pas.
Car celui que je cherchais, m’est apparu : Brûlant du feu de l’amour pour lui,
Et’ai vu le Seigneur comme je pleurais J’étais consumée de désir pour lui,
près du tombeau, Et j’ai vu le Seigneur comme je pleurais
Alleluia, Alleluia. près du tombeau,
Alleluia, Alleluia ”.
Les antiennes directrices nous parlent également de Madeleine : “ Marie se tenait toute en larmes près du
tombeau et elle vit deux anges assis, vêtus de blanc, et le suaire qui avait été sur la tête de Jésus. Alleluia ”
(Ant. Bened.). “ Ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais où ils l’ont mis ; si tu l’as enlevé, dis-le-moi,
Alleluia, et j’irai le prendre, Alleluia ” (Ant. Magn.).

2. La messe Vitricem

La basilique des douze saints Apôtres ne nous est pas inconnue : c’est l’église de réconciliation de Rome ;
c’est là que le Jeudi Saint nous avons été réconciliés avec l’Église. Tous les vendredis des Quatre-Temps,
nous nous y rendons pour expier et réparer les péchés de la saison écoulée. La messe d’aujourd’hui a de
nombreuses relations avec cette église de station. C’est là que reposent les ossements des Apôtres Philippe et
Jacques. C’est peut-être qui a déterminé le choix de la leçon où il est question du disciple Philippe (sans
doute ce n’est pas la même personne, mais la liturgie se contente souvent de la similitude du nom). Cette
église est la seule église romaine qui soit construite dans le style architectural grec et elle était considérée
comme le symbole de l’union des peuples dans le Christ par le baptême. Ce symbolisme nous fera
comprendre l’Oraison qui parle d’un seul baptême, d’une seule foi et d’une seule piété. L’Évangile même de
Madeleine est en relation avec l’église de station. Madeleine pénitente était particulièrement honorée dans
l’église de la réconciliation (cf. le vendredi des Quatre-Temps de septembre). Madeleine est envoyée par le
Seigneur vers les Apôtres, “ ses frères ” ; elle est donc en quelque sorte apôtre. Son souvenir est donc à sa
place dans l’église des Apôtres. La messe d’aujourd’hui parle aussi d’apostolat.
A l’Introït, nous voyons le chœur des Apôtres louer la main victorieuse de Dieu parce que le Christ, à travers
les temps, a “ ouvert la bouche de beaucoup de muets ”, c’est-à-dire a amené un grand nombre de gens à la
foi. Les deux lectures nous donnent des exemples d’apostolat. Dans la leçon, il est question d’un homme qui
apporte au chambellan de la reine Candace le message pascal ; dans l’Évangile, c’est une femme, Madeleine,
qui est envoyée par le Seigneur comme messagère vers les Apôtres. Enfin le thème du baptême tient une
grande place. Déjà, dans l’Introït, les Apôtres louent Dieu, cause de la grâce de notre baptême. Dans la leçon,
nous lisons le récit de la conversion du chambellan et de son baptême. A l’Offertoire, nous chantons que
Dieu nous a introduits dans la terre où coulent le lait et le miel. A la Communion, l’Église s’adresse à nous –
en tant que néophytes – et nous appelle “ un peuple d’élection que Dieu a appelé des ténèbres dans son
admirable lumière ”. Tous ces textes sont nos lettres de noblesse baptismale. Cette messe est d’une grande

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richesse de pensées.

Ce jour est consacré à Marie-Madeleine ; c’est le jour où nous célébrons l’apparition dont elle fut
favorisée. Ayons aujourd’hui l’âme de Madeleine et écoutons le Seigneur nous appeler par notre nom. Il nous
appelle réellement ; il nous a appelés au moment du baptême ; il nous a appelés chaque jour par notre nom ;
tantôt, c’était un appel d’avertissement sérieux ; tantôt, un appel rempli d’amour. Pendant le Carême, son
appel était celui du Père qui invite son enfant à rentrer à la maison ; en ces jours de Pâques, c’est l’appel de
l’Époux à l’âme, son épouse ; cet appel a la même douceur que celui qu’il adressa à Madeleine. Dans chaque
messe, le bon Pasteur appelle ses brebis par leur nom ; “ il connaît les siens et les siens le connaissent ”.

VENDREDI DE PÂQUES
(semid.)

Station à Sainte Marie des Martyrs

Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles

Aujourd’hui, nous participons à la revue que Jésus fit de son armée sur la montagne, en Galilée. Les
néophytes se rendent auprès de la Reine des martyrs et, huit jours après le Vendredi Saint, ils voient la Croix
dans la gloire pascale.

1. L’Office des Heures

Nous méditons le bel Évangile et surtout les paroles puissantes que le Christ nous adresse à nous aussi : “
Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre. ”
Aux matines, saint Jérôme nous explique ces paroles :
“ Toute puissance lui a été donnée, à lui qui naguère a été crucifié, qui a reposé mort dans le
tombeau, qui, ensuite, est ressuscité. Au ciel et sur la terre, toute puissance lui a été donnée. Lui, qui
auparavant régnait au ciel, règne maintenant sur la terre aussi, par la foi, dans le cœur de ceux qu’il a
rachetés. C’est pourquoi allez et enseignez tous les peuples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et
du Saint-Esprit. D’abord, les Apôtres enseignent les peuples ; puis, ils les baptisent dans les flots de
l’eau. Car il n’est pas possible que le corps reçoive le sacrement du baptême avant que l’âme n’ait
accueilli la vérité de la foi. Ils sont baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit afin que, de
même qu’on enseigne ici une seule divinité, il ne soit conféré qu’une seule et même grâce ; car
l’expression Trinité désigne l’unique divinité. “ Enseignez-leur à garder ce que je vous ai commandé
”. C’est une ordonnance tout à fait grave. Il ordonne d’abord aux Apôtres d’enseigner tous les
peuples, ensuite de laver ceux qui ont cru dans le sacrement de la foi et, après la foi et le baptême, de
leur prescrire ce qu’ils doivent observer. Pour que nous ne nous imaginions pas que ce qui est
prescrit est léger et de peu d’importance, le Sauveur ajoute : “ tout ce que je vous ai commandé ”, ce
qui veut dire que quiconque croit et est baptisé au nom de la Trinité doit aussi observer les
commandements. “ Et voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la consommation des
siècles ”. Comme le Christ promet à ses disciples d’être avec eux jusqu’à la consommation des
siècles, il indique à la fois que les siens seront toujours vainqueurs et que lui-même n’abandonnera
jamais ses fidèles ”.
Toute la journée d’aujourd’hui appartient à l’apparition du Ressuscité sur la montagne. Nous y assistons. Les
deux antiennes directrices, à chaque limite du jour, encadrent nos méditations : “ Les onze disciples virent le
Seigneur en Galilée et l’adorèrent, Alleluia ” (Ant. Bened.). “ Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur
la terre, Alleluia ” (Ant. Magn.).

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2. La messe Eduxit

Dans le choix des stations pour les messes pascales, la liturgie montre une grande délicatesse.
Aujourd’hui, l’office se fait à Sainte-Marie des Martyrs (cette église est le berceau de la fête de tous les
saints ; l’Orient la célébrait aujourd’hui). C’est aujourd’hui vendredi et, involontairement, notre pensée se
reporte au Vendredi Saint, au vendredi des douleurs. Il y a quinze jours, l’Église chantait le “ Stabat mater ” ;
il y a huit jours, elle chantait : “ Je suis un ver et non un homme ”. Aujourd’hui, elle jette encore une fois un
regard en arrière, vers le crucifié et la Mère des Douleurs, mais cette fois elle les voit dans la gloire pascale
de la Résurrection. Nous nous rappelons les Sept douleurs de Marie que nous avons célébrées il y a quinze
jours. Marie est dans la gloire pascale, portant la palme du martyre, entourée de la “ blanche armée des
martyrs ”. Entre ces deux dates, se trouve le grand vendredi. Or, quelle leçon reçoivent les néophytes, vêtus
de blanc, quand ils se rendent auprès de la Reine des martyrs et de la blanche phalange des témoins du Christ
? La vie chrétienne est une vie de combat, une vie de souffrance. Ils doivent être prêts à porter la palme du
martyre. Même après Pâques, il y aura bien des combats. Il. y a encore une autre leçon. En ce vendredi, la
Croix sanglante est devenue la Crux gemmata, la Croix gemmée, glorifiée. Apprenons à regarder les croix de
la vie à la lumière du soleil de Pâques. Groupons-nous autour de l’“ armée brillante des martyrs ”, qui est
conduite par Marie.

Si nous examinons les prières de la messe, nous y remarquons un va-et-vient entre ces deux pôles :
Résurrection - Baptême, d’une part, et Croix - péché, d’autre part.
Le péché.
On se demande ce que vient faire le péché dans ce temps céleste. C’est une nouveauté. Jusqu’ici, pendant la
semaine de Pâques, nous n’avons pas entendu le mot péché. Aujourd’hui, les trois oraisons en parlent.
N’oublions pas que nous sommes des pécheurs : ce n’est que par un dur combat contre le péché que nous
pouvons être des vainqueurs de Pâques. Même après Pâques, le Saint-Sacrifice est un sacrifice d’expiation
pour le péché.
La Croix.
Nous ne pouvons pas en vouloir à l’Église de nous mettre aujourd’hui la Croix devant les yeux. Dans
l’Epître, saint Pierre décrit la Croix sous les couleurs les plus vives : “ Le Christ est mort une fois pour nos
péchés... pour nous offrir à Dieu... Selon la chair, il a été mis à mort ”. Comme ces paroles font revivre le
souvenir du Vendredi Saint ! A l’Alleluia, l’Église chante : “ Dites aux nations : Dieu règne par la Croix ”.
Au Canon, nous dresserons la Croix et nous songerons particulièrement à la beata Passio, à la Passion
bienheureuse. Quelle pensée émouvante : la Croix dans la gloire pascale !

Le second pôle est constitué par ces deux paroles, Résurrection et Baptême.
Baptême.
L’Église s’adresse encore, aujourd’hui, d’une manière particulière, aux néophytes vêtus de leur blanche robe
baptismale. Dès l’Introït, elle nous présente l’image de la sortie de l’Égypte. Nous sommes sortis de la
servitude de l’Égypte en traversant la mer de grâce du baptême. L’ennemi est vaincu. Il est vrai que
commence maintenant la traversée du désert avant l’entrée dans la terre promise. Le baptême est aussi la
délivrance des flots du déluge dans l’arche de l’Église (Epître). Le baptême est le rayonnement de la gloire
pascale du Christ dans notre âme (Grad.). L’Évangile nous dit : Nous sommes baptisés au nom de la Sainte
Trinité ; nous lui appartenons. Si nous pouvions comprendre ce que cela signifie : être baptisés au nom du
Père et du Fils et du Saint-Esprit ! Nous sommes comme enveloppés par la Sainte Trinité. Le jour de notre
baptême doit être notre plus grande fête (Off.). Comme l’Église nous parle aujourd’hui de notre baptême !
Comprenons de mieux en mieux notre noblesse chrétienne.
Résurrection du Christ.
L’Évangile est court, mais riche de contenu. Le Christ apparaît aux onze sur la montagne en Galilée. Il passe
la revue de ses fidèles. Et quelles puissantes paroles : “ Toute puissance m’a été donnée ! ” Puis, c’est l’ordre
de baptiser, l’ordre de mission et la dernière parole : “ Je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la
consommation des siècles ”. Cette parole retentit à travers tous les temps. Le Christ est avec nous dans
l’Église. Aujourd’hui, au Saint-Sacrifice, il se tient encore devant nous sur la sainte montagne, il nous
adresse les paroles qu’il adressait jadis aux Apôtres. Ta puissance, ô Maître, tu l’as transmise à ton Église ; tu
nous as envoyé des apôtres, pour nous instruire et nous baptiser, et tu veux rester près de nous tous les jours.
Que de grandes pensées l’Église nous propose aujourd’hui !

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LE SAMEDI BLANC
(semid.)

Station à Saint Jean de Latran

Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ

Aujourd’hui, les néophytes portaient pour la dernière fois leurs habits blancs ; ils déposaient ces habits
blancs et revêtaient des habits ordinaires. Ils étaient désormais majeurs et recevaient tous les droits de
membres de la communauté de Dieu. Pour la première fois, ils portaient eux-mêmes leurs dons à l’autel au
moment de l’offrande ; jusqu’ici, leurs parrains le faisaient à leur place.

1. La déposition de la robe baptismale

Cette journée est entièrement consacrée au symbolisme de la robe baptismale. L’Évangile même peut se
ramener à cette pensée. Rappelons-nous qu’au moment de notre baptême nous avons reçu deux insignes de
notre dignité chrétienne, que nous pouvons, après saint Pierre, appeler une dignité sacerdotale : l’habit blanc
(représenté par le chrémeau) et le cierge allumé. Le prêtre qui nous baptisa nous avertit que nous devions
porter ces deux insignes toute notre vie. “ Reçois l’habit blanc et porte-le sans tache devant le tribunal de
Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin que tu aies la vie éternelle ”. “ Reçois la lampe allumée et conserve sans
reproche la grâce de ton baptême. Observe les commandements de Dieu, afin que, quand le Seigneur viendra
pour les noces célestes, tu puisses aller à sa rencontre, avec tous les saints, dans la cour céleste et vivre
éternellement ”. Quand les nouveaux baptisés déposent aujourd’hui, dans la salle du trésor de l’Église, leurs
blancs vêtements baptismaux, il y a dans cette action une signification profonde : ils doivent conserver sans
tache le blanc vêtement de l’âme, le vêtement de la grâce, pour recevoir un jour, du juge éternel, la robe de la
gloire.

2. L’Office des Heures

Saint Grégoire commente l’Évangile d’aujourd’hui d’une manière allégorique.


“ La lecture qu saint Évangile que vous venez d’entendre, mes frères, est, dans son extérieur
historique, d’une clarté lumineuse. Mais il nous faut essayer d’en scruter les profondeurs cachées.
Marie-Madeleine vint de bonne heure au tombeau, comme il faisait encore noir. Historiquement on
donne ici l’heure, mais, d’après le sens mystique, on indique l’état d’esprit de celle qui cherche.
Marie, en effet, cherchait l’auteur de toutes choses, qu’elle avait vu mort selon la chair, au tombeau ;
et parce qu’elle ne le trouvait pas, elle croyait qu’il avait été enlevé. Or, il faisait sombre (dans son
esprit) quand elle vint au tombeau. Alors, elle courut rapidement et elle annonça la nouvelle aux
disciples. Ceux qui l’aimaient plus ardemment que les autres coururent aussi plus vite que les autres ;
c’étaient Pierre et Jean. “ Tous les deux coururent ensemble ; mais l’autre disciple courut plus vite
que Pierre et arriva le premier au tombeau ”, mais il n’osa pas entrer. Pierre vint plus tard “ et entra à
l’intérieur ”.
Que signifie cette course, mes frères ? Doit-on penser que cette description si précise de l’évangéliste
est dépourvue de mystère ? Nullement. Jean n’aurait pas raconté qu’il était arrivé le premier et que,
cependant, il n’était pas entré, s’il n’y avait pas eu, précisément, dans ce retard, un mystère. Qui est
désigné par Jean, sinon la synagogue ? Et qui est désigné par Pierre, sinon l’Église ? Il ne faut pas
s’étonner que la synagogue soit désignée par le plus jeune et l’Église par le plus vieux. Si, par
rapport au culte de Dieu, la synagogue est plus ancienne que l’Église des Gentils, par rapport à
l’usage du monde, la masse des Gentils est plus ancienne que la synagogue, d’après le témoignage de
saint Paul qui dit : “ Ce n’est pas le spirituel qui vient d’abord, mais le terrestre ” (1 Cor., XV, 46).
Pierre, le plus âgé, désigne donc l’Église des Gentils et Jean, le plus jeune, la synagogue des Juifs.
Tous les deux coururent ensemble. En effet, depuis le commencement du monde, la Gentilité et la

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synagogue coururent ; ce ne fut sans doute pas dans des sentiments égaux et communs, mais sur un
sentier égal et commun. La synagogue arriva plus vite au tombeau, mais elle n’entra pas, car, bien
qu’elle ait reçu les prescriptions de la Loi, les prophéties sur l’Incarnation et la Passion du Sauveur,
elle ne voulut pas croire à celui qui était mort ”.

3. La messe Eduxit

La station est aujourd’hui à Saint-Jean de Latran. Voilà huit jours, dans la nuit de Pâques, l’office avait lieu
dans l’église baptismale, l’Église-Mère de la chrétienté, qui est dédiée aux deux saint Jean. Durant la
semaine, les nouveaux baptisés ont été conduits dans différentes églises. Aujourd’hui, à cette solennité
d’adieu, sont présents les deux Jean. mais aussi Pierre, Paul et Madeleine. C’est ici que les néophytes
déposent leurs vêtements blancs qui sont conservés dans la chambre du trésor comme gages de la fidélité
baptismale, mais aussi comme témoignages contre ceux qui perdraient la grâce baptismale Sabbatum in albis
depositis.
La messe, aussi, traite du symbolisme du vêtement. L’Église console les néophytes obligés de déposer leur
vêtement d’honneur ; ils pourront le conserver à jamais dans leur cœur.
a) Ils ne doivent déposer que le vêtement du vieil homme, avec tous les péchés. C’est intentionnellement que
l’Épitre commence par ces mots “ Déposez... ”.
b) Le Christ, lui aussi, a déposé ses vêtements au moment de mourir ; dans sa Résurrection, il a abandonné
les blancs vêtements de lin ; ils reposent sur la tablette du tombeau ; ils sont pour Pierre et Jean (l’Église)
l’attestation de la Résurrection ; de même, les vêtements blancs déposés dans l’Église doivent être
l’attestation de la résurrection spirituelle.
c) Les néophytes ont revêtu, dans le baptême, l’homme nouveau : “ Revêtez-vous, comme des élus de Dieu,
saints et aimés, de miséricorde cordiale, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience ” (Ép.). Bien plus,
dans le baptême, c’est le Christ qu’ils ont revêtu. “ Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez
revêtu le Christ ”. Ils ne doivent jamais se dépouiller du Christ, mais s’en revêtir toujours de nouveau dans
l’Eucharistie (Comm.). Qu’y a-t-il de plus intimement uni à l’homme que son vêtement ? Dans les cultes des
mystères païens, les initiés prenaient le vêtement de la divinité et croyaient revêtir la divinité elle-même.
Pour nous, chrétiens, ce revêtement est véritable et, dans un sens plus profond : dans le baptême, nous
sommes incorporés au Christ. Comme cette parole de saint Paul résonne magnifiquement au moment de la
communion !
L’Église adresse aux néophytes un dernier discours avant de les laisser rentrer dans les rangs des chrétiens
ordinaires : Songez que le Seigneur vous a conduits hors de l’Égypte ; marchez maintenant pleins de joie
vers la terre promise, vers le ciel (Introït). Saint Pierre prononce à l’Epître des paroles saisissantes : Vous êtes
des “ pierres vivantes ”, vous devez entrer dans la construction du temple de Dieu dont “ la pierre d’angle est
le Christ ”. Vous êtes devenus “ prêtres ” ; vous pouvez célébrer le sacrifice de la Nouvelle Alliance –
aujourd’hui, pour la première fois, ils participent à l’offrande. Vous êtes une race “élue ”, un “ sacerdoce
royal ” ; vous devez, par votre vie “ annoncer la force de celui qui vous a appelés des ténèbres à son
admirable lumière ”. Nous clôturons aujourd’hui la solennité pascale ; puisse cette solennité être pour nous la
voie et le symbole de l’éternelle joie pascale dans le ciel (Or., Sec.) ! Nous rendons grâces à Dieu, avec
ferveur, pour les grâces pascales de cette année. Puisse la joie de la fête de Pâques prolonger ses échos dans
notre cœur ! Répétons le grand Alleluia sous la direction de l’Église – aujourd’hui, pour la première fois, il
n’y a pas de Graduel, mais seulement Alleluia. Nous recevons une dernière bénédiction de l’Église : “ Nous
vous bénissons de la maison de Dieu ”. Ite, missa est, Alleluia, Alleluia. Deo gratias, Alleluia, Alleluia.

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PREMIÈRE SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

La semaine de Pâques, dans la célébration de la messe et dans la prière des Heures, est soumise à des
règles toutes particulières – la messe a encore un graduel ; aux matines, il n’y a qu’un nocturne ; les hymnes
et les autres pièces ornementales disparaissent du bréviaire. Avec le dimanche blanc, commencent les usages
propres au temps pascal. Sous le nom de temps pascal, on entend, au sens liturgique, l’époque qui va de
Pâques au samedi après la Pentecôte.
Il s’agit de nous pénétrer, d’abord, du symbolisme du temps pascal. C’est, à proprement parler, une seule
grande fête. Les grandes fêtes sont célébrées par l’Église durant toute une octave. Mais Pâques est la plus
grande fête chrétienne, la fête des fêtes ; nous ne la célébrons pas seulement pendant une semaine, pendant
sept jours consécutifs, mais pendant sept fois sept jours plus un ; c’est une octave jubilaire. Nous avons vu
que le temps qui précède Pâques a été comparé aux 70 ans de la captivité de Babylone d’où le nom :
Septuagésime. Le temps pascal dure 50 jours. Or, le nombre 50 est le symbole de la plus grande joie, voire
même de la joie céleste. Pendant le Carême, nous avions l’impression d’être exilés ; c’est pourquoi nous
n’avions pas le droit de chanter l’Alleluia ; maintenant, pendant le temps pascal, nous avons l’impression
d’être au ciel ; c’est pourquoi nous ne cessons de chanter le cantique du ciel : l’Alleluia. L’Eglise compare
aussi, volontiers, le temps pascal à l’entrée des Juifs dans la “ terre promise ” où coulaient le lait et le miel.
Nous devons oublier, pour ainsi dire, pendant ce temps, que nous sommes sur la terre et éprouver comme un
avant-goût du ciel. Restons conscients de notre grandeur véritable. Nous sommes les nobles enfants du Père
céleste et nous portons le ciel dans notre cœur.
Pendant ce temps, il y a dans les offices de l’Eglise certaines particularités. Seuls les chrétiens qui vivent
avec l’Église les remarquent. Signalons-en surtout trois.
1. Pendant le temps pascal, selon une coutume antique, on prie debout et non à genoux. L’attitude debout
indique la Résurrection du Seigneur. Nous avons donc le droit de rester debout à la messe comme dans nos
autres prières.
2. A tous les chants psalmodiques de la messe et de l’office, on ajoute un ou deux Alleluia. Feuilletons la
messe du dimanche in albis : nous trouvons l’Alleluia à l’Introït, après l’Épître, à l’Offertoire, à la
Communion. Ne laissons pas passer cet Alleluia sans le remarquer.
3. En outre, après l’Épître, on ne trouve pas de Graduel, mais un double Alleluia. Le Graduel a toujours été
considéré comme un chant de pénitence dépourvu de joie. C’est pourquoi il disparaît pendant le temps pascal
et est remplacé par un double Alleluia.
La couleur des vêtements liturgiques est la couleur de la joie, le blanc, pendant tous les dimanches après
Pâques. En outre, le chant pascal, le Gloria in excelsis, qui avait été omis pendant tout le Carême, est chanté
les dimanches et les jours de semaine.
Nous reprenons, après une longue interruption, la lecture de l’Écriture, Pendant le temps pascal, nous lisons
le Nouveau Testament, d’après l’antique principe : omnia nova. A Pâques, tout est nouveau, Pendant les deux
semaines prochaines, nous lisons les Actes des Apôtres, la vénérable histoire de l’Église primitive.

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LE DIMANCHE BLANC
double

Station à saint Pancrace

“ Ce sont les agneaux nouveaux


Qui ont apporté le message, A1leluia, AlleIuia.
Ils sont venus aux sources,
Ils ont été remplis de clarté, Alleluia, Alleluia.
Ils se tiennent devant l’Agneau,
Vêtus d’habits blancs,
Et portent des palmes dans les mains,
Ils sont remplis de clarté, Alleluia, Alleluia ”

l. Premières impressions

Quand nous entendons ce mot : dimanche blanc, nous nous représentons quelque chose de clair et de blanc.
Nous pensons aux premiers communiants, vêtus de blanc. Nous pensons aux jardins qui, en ce moment, ont
leur parure de fleurs blanches. Ces deux images sont tellement associées pour nous au dimanche blanc que
nous le considérons comme un jour vénérable et saint. Mais d’où vient ce nom : dimanche blanc ? Comme
on le sait, les catéchumènes, après leur baptême, recevaient un vêtement blanc et un cierge allumé. Ils
sortaient ensuite de la chapelle baptismale et entraient dans l’église pour assister, la première fois, à la messe.
L’habit blanc était le symbole de l’innocence et de la grâce baptismales. Les premiers chrétiens tenaient
beaucoup à conserver l’innocence baptismale jusqu’à la mort. Nous avons vu que l’administration actuelle
du baptême comporte un usage analogue.
Les néophytes étaient les enfants privilégiés de l’Église. Pendant la semaine, ils assistaient chaque matin à la
messe, vêtus de leurs habits blancs ; le soir, ils faisaient une procession aux fonts. Ils étaient, dans la
communauté chrétienne, une prédication vivante ; ils annonçaient que les chrétiens sont ressuscités avec le
Christ à une vie nouvelle. Le samedi après Pâques, ils venaient une dernière fois, avec leurs habits blancs,
dans l’église baptismale. C’est là qu’ils déposaient leurs habits que l’on conservait dans la chambre du trésor.
Ces habits devaient être un souvenir de leur baptême et, en même temps, un gage de leur fidélité aux
promesses du baptême.
Le lendemain avait lieu la dernière procession de station. On se rendait dans l’église de Saint-Pancrace. Les
catéchumènes y venaient pour la première fois avec leurs habits ordinaires. Cela signifiait qu’ils étaient
désormais des chrétiens majeurs ; qu’ils avaient promis de garder les promesses du baptême fidèlement
jusqu’à la mort. L’église de station convenait parfaitement pour cela. Saint Pancrace était un enfant de 14 ans
qui, dans un âge si tendre, scella de son sang ses promesses baptismales. Il mourut pour le Christ et fut
considéré comme le patron de la fidélité au serment.

2. La messe Quasi modo

On désigne souvent ce dimanche par ces premiers mots de l’Introït. L’Église unit aujourd’hui la force et la
douceur. On entend dans les chants l’accent dominateur de la foi qui caractérisait l’ère du martyre et, en
même temps, le tendre amour de l’Église pour ses enfants nouveau-nés. C’est notre Mère l’Église qui, à
l’Introït, s’adresse aux nouveaux baptisés – et aussi à nous : Vous êtes nés de l’eau du baptême, mais, comme
des nouveau-nés, vous êtes encore faibles. Il vous faut grandir sur le sein maternel où vous serez nourris de
l’Eucharistie. Le thème de la messe est ainsi indiqué ; l’Introït est véritablement ce qu’il doit être, l’ouverture
de la messe. Nous y trouvons aussi l’expression de la grande pensée liturgique : du baptême à l’Eucharistie.
Ce sera pendant le temps pascal, et même durant la vie, le moyen que l’Église emploiera pour éduquer les
baptisés. Le psaume 80, dans son entier, a sa place ici – habituons-nous, quand nous préparons notre messe, à
réciter le psaume de l’Introït en entier. C’est un psaume de fête. Le début est comme un son puissant de

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cloche. Puis nous entendons le sermon de fête de Dieu lui-même ; il nous montre l’assurance et le bonheur
des chrétiens : “ Il les nourrira de la moelle du froment et les rassasiera du miel de la pierre ”. C’est
l’Eucharistie.
L’Oraison est d’une grande beauté, pleine de sens et d’enseignement. Pâques est passé, mais nous devons en
“ conserver l’esprit dans notre conduite ”. Il y a là tout un programme pour nous. Nous devons mener une vie
de résurrection spirituelle.
L’Épître, d’une grande solennité, nous parle de la foi qui triomphe du monde. Les baptisés sont “ nés de Dieu
” ; la foi au Christ a vaincu le monde. Cette foi est attestée par le Dieu un en trois personnes : par le Père, au
baptême, dans le Jourdain ; par le Fils mourant sur la Croix ; par le Saint-Esprit dans son Église. La liturgie
donne cependant une autre interprétation à ces paroles. Elle y voit l’indication des trois sacrements de la nuit
pascale : le Baptême (l’eau), l’Eucharistie (le sang) et la Confirmation (l’Esprit). Dans cette phrase : “ Le
Christ n’est pas venu avec l’eau seulement, mais avec l’eau et le sang ” l’Église veut encore exprimer son
thème de prédilection : ce n’est pas le baptême seul qui fait le chrétien complet, mais le baptême et
l’Eucharistie.
L’Évangile nous représente, d’une manière dramatique, une des apparitions les plus intimes du Ressuscité. “
Huit jours après Pâques ” – c’est aujourd’hui – Jésus apparaît à “ Thomas l’incrédule ”. Nous recevons ici
une nouvelle leçon sur la foi qui “ ne voit pas ”, qui n’aperçoit pas et croit cependant. La liturgie voit, de
plus, une légère allusion à l’Eucharistie : S’il vous est difficile de croire, mettez sans cesse votre doigt dans
les plaies du Christ, c’est-à-dire recevez l’Eucharistie ; alors vous verrez le Christ et direz avec Thomas :
Mon Seigneur et mon Dieu. Ces indications sont loin d’épuiser la signification de l’Évangile. Dans le
mystère sacré de la liturgie, nous sommes aujourd’hui Thomas. C’est ce qui apparaît clairement dans
l’antienne de la Communion. Si nous recevons aujourd’hui la sainte Hostie, le Ressuscité nous dit : “ Avance
la main – autrefois, les chrétiens recevaient le pain eucharistique dans la main – et reconnais la place des
clous. ” L’allégresse pascale éclate dans la Secrète : nous offrons à Dieu les dons de l’Église joyeuse et nous
demandons la joie éternelle.

3. Lecture d’Écriture Col., III, 1-17

La liturgie ne commence pas encore aujourd’hui la lecture suivie de l’Écriture, mais, conformément à
l’importance du jour, elle choisit une lecture propre. Dans cette lecture, l’Église fait aux nouveaux baptisés –
et à nous – un dernier sermon. Le thème de ce sermon peut se résumer dans ces paroles de l’oraison
d’aujourd’hui : conserver l’esprit de Pâques dans notre conduite.
“ Si vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut où le Christ demeure assis à la
droite de Dieu. Ayez du goût pour les choses d’en haut et non pour celles de la terre. Car vous êtes
morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra de
nouveau, vous apparaîtrez, vous aussi, avec lui dans la gloire. Faites donc mourir ce qui, dans vos
membres est terrestre. Mais maintenant, vous aussi, rejetez ces choses : la colère, l’animosité, la
méchanceté ; que les injures et les paroles déshonnêtes soient bannies de votre bouche ! Ne vous
trompez pas mutuellement. Dépouillez le vieil homme avec ses œuvres et revêtez l’homme nouveau
qui progresse sans cesse vers la connaissance parfaite et se renouvelle selon l’image de celui qui l’a
créé. Ainsi donc, comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous de miséricorde cordiale, de
bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous mutuellement et pardonnez-vous les uns
aux autres. ”

4. La prière des Heures.

Les matines d’aujourd’hui, surtout, sont très riches de pensées. On pourrait leur donner pour titre ces
paroles : la foi et la vie des nouveaux chrétiens. Nous lisons un sermon de saint Augustin adressé aux
nouveaux baptisés : La fête de Pâques se termine avec la solennité d’aujourd’hui. C’est pourquoi les
nouveaux baptisés changent aujourd’hui d’habits ; mais s’ils déposent la robe blanche de leur corps, l’âme
doit garder toujours la sienne.
Ma parole, sans doute, s’adresse à tous ; mais, puisque nous clôturons aujourd’hui la fête des
mystères du baptême, je voudrais m’adresser à vous, tendres rejetons de la sainteté régénérés dans

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l’eau et le Saint-Esprit, sainte floraison, troupe juvénile, fleur de notre honneur, fruits de notre
travail, ma joie et ma couronne, vous tous qui êtes attachés au Seigneur. C’est avec les paroles de
l’Apôtre que je m’adresse à vous : “ Voici que la nuit est passée ; le jour s’approche : rejetez donc les
œuvres des ténèbres et revêtez les armes de la lumière. Comme en plein jour, marchons avec
honneur. revêtez le Seigneur Jésus-Christ ”. [Ces paroles de l’Apôtre qui l’avaient converti lui-
même, saint Augustin les adresse aux nouveaux convertis]
Que vos reins soient ceints ! ayez des lampes allumées à la main ; soyez semblables à des hommes
qui attendent leur Maître quand il reviendra pour les noces. Voici que les jours sont proches dont le
Seigneur dit : “ Encore un peu de temps et vous me reverrez ”. C’est l’heure dont il dit : “ Vous serez
tristes et le monde : se réjouira ”. Cela signifie l’heure présente, pleine de tentations, dans laquelle
nous errons loin de lui. Mais je vous reverrai, dit-il encore, et votre cœur se réjouira et personne ne
pourra vous enlever votre joie ”.
Les antiennes directrices nous enseignent à méditer toute la journée le récit évangélique. Au lever du soleil :
“ Le soir de ce jour, le premier de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étant fermées,
Jésus se tint au milieu d’eux et dit : la paix soit avec vous, Alleluia ”. Au coucher du soleil : “ Au bout de huit
jours, les portes étant fermées, le Seigneur entra et dit : la paix soit avec vous, Alleluia ”.

LUNDI APRÈS LE DIMANCHE BLANC

Pendant les féries du temps pascal, on entend, le matin et le soir, un écho de l’Évangile du dimanche ou bien
quelque pensée de la Résurrection. Ce sont ces antiennes du lever et du coucher du soleil, ainsi que la lecture
d’Écriture, que nous examinerons chaque jour de la semaine.

1. Les antiennes directrices

Nous chantons, ce matin, au lever du soleil : “ Quand Jésus fut ressuscité, le premier matin après le sabbat, il
apparut d’abord à Marie-Madeleine dont il avait chassé sept démons, Alleluia ”. Le soir, nous chantons : “ La
paix soit avec vous, c’est moi, Alleluia ; ne craignez point, Alleluia ”. Comme ces antiennes sont bien
choisies ! Le matin, nous pensons aux événements de la Résurrection qui se passèrent dans la matinée ; le
soir, nous entendons les paroles du Christ dans son apparition. Ces chants brefs devraient être les oraisons
jaculatoires du jour.

2. Lecture d’Ecriture Actes des Apôtres, I, 1-26

Nous commençons les Actes des Apôtres, dont on ne saurait trop recommander la lecture attentive. Cette
lecture nous fait pénétrer dans la vie de la primitive Église et nous fait connaître les premières conquêtes du
christianisme, opérées surtout par l’Apôtre saint Paul. Ceux qui veulent introduire dans le monde une vie
commune liturgique trouveront précisément, dans ce livre, les plus belles indications. Les Actes des Apôtres
groupent d’abord les faits autour de la personne du prince des Apôtres et racontent la diffusion de l’Église à
Jérusalem et dans la Palestine (chap. 1-12). Du chapitre 13 au chapitre 28, les événements se groupent autour
de l’Apôtre saint Paul. Il avait été appelé par la Providence à porter l’Évangile dans le monde gréco-romain.
Saint Luc, l’auteur de ce livre, accompagne lui-même l’Apôtre des Gentils dans ses trois voyages de mission
et le conduit enfin au centre du monde civilisé d’alors, à Rome. La première captivité de saint Paul à Rome
(61-63 après JC) termine le récit.
Nous lisons aujourd’hui le premier chapitre qui nous raconte l’Ascension du Seigneur et le choix de Matthias
comme Apôtre. Quand Jésus fut monté au ciel, les disciples revinrent du Mont des Oliviers vers Jérusalem et
persévérèrent, d’un même esprit, dans la prière. Étaient réunis : Pierre et Jean, Jacques et André, Philippe et
Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques, le fils d’Alphée, Simon le Zélote et Jude, le frère de Jacques,
Marie, la mère de Jésus – c’est, ici, la dernière fois qu’il est question de Marie dans la Sainte Écriture – et les
autres saintes femmes. La parole de l’Écriture concernant Judas s’était accomplie. Il fallait que son ministère

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fût transféré à un autre, un homme qui avait accompagné le Seigneur et qui serait un témoin de la
Résurrection. On hésita d’abord entre Matthias et Joseph surnommé le Juste. Cependant le sort décida en
faveur du premier. L’élection de Matthias est un bel exemple de la manière dont les intérêts divergents des
personnes et de la communauté se concilient dans la charité chrétienne.

3. Eau et sang

Ma bonne et pieuse grand-mère avait la coutume, quand nous étions enfants, de tracer sur notre front, de sa
main tremblante, un signe de Croix avec de l’eau bénite. Elle disait en nous signant ainsi : “ Eau sainte, sang
précieux, sauvez ma pauvre âme ”. Je comprends maintenant tout le sens profond de ces paroles. L’eau
bénite est le symbole et le mémorial de deux liquides précieux qui purifient et rafraîchissent notre âme. Ce
sont l’eau du baptême et le sang du Christ dans l’Eucharistie. L’eau du baptême nous donne la vie divine, le
sang du Christ la développe ; l’un et l’autre sauvent notre pauvre âme. Nous ne pouvons les séparer. Le
baptême et l’Eucharistie vont ensemble. C’est aussi la pensée fondamentale du dimanche blanc.

MARDI APRÈS LE DIMANCHE BLANC

1 Les antiennes directrices sont les suivantes

“ Je vous précéderai en Galilée ; c’est là que vous me verrez comme je vous J’ai dit, Alleluia ” (Ant. Bened.).
“ Approche ta main ici et reconnais la place des clous, Alleluia, et ne sois pas incrédule mais croyant,
Alleluia ” (Ant. Magn.). Nous le voyons, l’Église vit continuellement dans le voisinage du Ressuscité ; c’est
sera lui que nous devons aussi diriger nos pensées.

2. Lecture d’Écriture Act. Ap., Il, 1-47

Nous lisons le récit des événements de la Pentecôte qui nous sont connus : la descente du Saint-Esprit (voir,
dans le missel, la leçon de la Pentecôte) ; la première prédication de saint Pierre. Sa phrase : “ Ceux-ci ne
sont pas ivres, car ce n’est que la troisième heure du jour ”, a déterminé la liturgie à consacrer l‘Heure de
tierce au Saint-Esprit. – Il est ensuite question de la vie des premiers chrétiens. “ Ils étaient assidus aux
prédications des Apôtres, aux réunions communes, à la fraction du pain et à la prière... Tous ceux qui
croyaient vivaient ensemble et mettaient tout en commun... Chaque jour, tous ensemble, ils fréquentaient le
temple et, rompant le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur... ”
Nous avons ici la première mention de l’Eucharistie et des agapes. Ce tableau est un modèle pour toutes les
communautés liturgiques.

3. Un jour du temps pascal

Nous devrions toujours nous réjouir de pouvoir, une fois ou deux dans la semaine, célébrer la messe du
dimanche. Cela nous permet d’approfondir les enseignements du dimanche. Examinons l‘ordinaire d’un de
ces jours du temps pascal.
Les matines commencent par l‘invitatoire de Pâques : “ Le Seigneur est vraiment ressuscité, Alleluia ”. Par
cet invitatoire, l’Église veut nous enseigner que, pendant tout ce temps, nous devons nous représenter le
Ressuscité ; L’hymne de matines est une des vieilles hymnes bénédictines. Elle expose ces pensées : Adam
fut créé à l’image du Roi du ciel, du Christ, mais cette image fut déformée par la perfidie du démon. Le
Christ qui aujourd’hui sort du tombeau ; a rendu sa beauté à cette image déformée ; il ensevelit nos péchés
dans l’eau du baptême et donne son sang précieux comme rançon – de nouveau, la pensée pascale : baptême
et Eucharistie – Eau et sang. La psalmodie a cette particularité que les psaumes, au lieu d’être encadrés
chacun par une antienne, sont tous encadrés par la même antienne. Toutes les antiennes et tous les répons se

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terminent par Alleluia. Le temps pascal est un temps de joie : les matines se terminent par le joyeux Te
Deum.
Les Laudes étant l’Heure proprement dite de la Résurrection, on comprend que les thèmes de Pâques y
abondent. Le capitule chante ainsi : “ Le Christ ressuscité des morts ne meurt plus ; la mort n’a plus de
pouvoir sur lui. Car sa mort fut une mort au péché une fois pour toutes et sa vie est une vie pour Dieu ”
(Rom., VI, 9-10). L’Église veut nous faire entendre que, pour nous aussi qui sommes ressuscités avec lui, la
mort et le péché doivent être bannis.
La belle hymne Aurora caelum est très ancienne. En voici le thème : De la nuit du tombeau à la lumière
pascale. Elle décrit la joie de la terre et l’effroi de l’enfer (1) quand le Christ descendit dans le monde
souterrain (2). Aucune pierre tombale ne peut retenir le vainqueur de la mort (3) qui met fin pour toujours
aux lamentations mortuaires.
Assez de deuils, assez de larmes,
Ne songeons plus à nos alarmes.
Le Christ de la mort est vainqueur,
Crie l’ange vêtu de splendeur.
Les petites Heures, les stations du jour, ont un capitule propre – une brève lecture d’Écriture – qui se rattache
toujours au mystère de Pâques.
A Prime : “ Si vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut où le Christ demeure assis à
la droite de Dieu. Ayez du goût pour les choses d’en haut et non pour celles de la terre ” (Col., III, 1-2).
A Tierce : “ Le Christ ressuscité des morts ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car sa mort fut
une mort au péché, une fois pour toutes, mais sa vie est une vie pour Dieu ”.
A Sexte : “ Le Christ est ressuscité des morts ; il est les prémices de ceux qui sont endormis. Par un homme
est venue la mort, par un homme aussi vient la résurrection des morts. De même que tous meurent en Adam,
tous sont vivifiés dans le Christ ” (1 Cor., XV, 20-22).
A None : “ Le Christ est mort une fois pour nos péchés, lui juste pour les injustes, afin de nous conduire à
Dieu ; il fut mis à mort selon la chair, mais il fut rendu à la vie selon l’esprit ”.

Le lecteur aimera à lire et à méditer ces quatre magnifiques passages pendant la journée. C’est là
encore un moyen de vivre avec l’Église.

MERCREDI APRÈS LE DIMANCHE BLANC

1. Antiennes directrices

Les antiennes directrices du jour font encore entendre des thèmes de Pâques.
“ Je suis la vraie vigne, Alleluia, et vous êtes les vrais sarments, Alleluia ” (Ant. Bened.)
“ Parce que tu m’as vu, Thomas, tu crois ; heureux ceux qui ne voient pas et croient cependant” (Ant.
Magn.).

2. Lecture d’Ecriture Act. Ap., chap. 3 et 4

Au troisième chapitre, nous lisons la guérison du paralytique par Pierre et Jean. Pierre et Jean montaient au
temple pour la prière de la neuvième heure – Il y avait donc déjà une prière de None. Comme ils allaient
entrer dans le temple, un paralytique leur demanda l’aumône. Pierre dit : “ Je n’ai ni or ni argent, mais ce que
j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche ”. Tout le peuple le vit marcher et
louer Dieu. Pierre fit alors un sermon de pénitence : “ Hommes d’Israël, pourquoi vous étonnez-vous de
cela ? Comme si c’était par notre propre puissance ou par notre piété que nous ayons fait cela ! Vous avez
renié le Saint et le Juste et vous avez demandé qu’on relâchât un meurtrier. C’est l’auteur de la vie que vous
avez fait mourir, mais Dieu l’a ressuscité et nous en sommes témoins. C’est à cause de la foi reçue de lui que
son nom a raffermi l’homme que vous voyez et que vous connaissez ; c’est la foi qui vient de lui qui a opéré,
devant vous tous, cette guérison ”. Beaucoup de ceux qui entendirent ce discours crurent parmi lesquels le

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nombre des hommes s’élevait à environ cinq mille. Le lendemain, Pierre et Jean comparurent devant le
Grand Conseil et parlèrent avec hardiesse : “ C’est par le nom de Jésus-Christ de Nazareth que vous avez
crucifié et que Dieu a ressuscité des morts, c’est par lui que cet homme se tient devant vous pleinement
guéri. Le salut n’est en aucun autre ; car il n’y a pas un autre nom sous le ciel qui ait été donné aux hommes
par lequel nous puissions être sauvés”. Dans la suite, on nous donne encore un aperçu de l’esprit de la
primitive Église : “ La multitude des fidèles n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul n’appelait sien ce qu’il
possédait, mais tout était commun entre eux. Avec beaucoup de force, les Apôtres rendaient témoignage de la
Résurrection du Seigneur Jésus-Christ. Une grande grâce était en eux tous. Il n’y avait aucun indigent parmi
eux. Tous ceux qui possédaient des terres et des maisons les vendaient et en apportaient le prix aux pieds des
Apôtres ; on le distribuait ensuite à chacun selon ses besoins ”.

3. Les saints pendant le temps pascal

Depuis le mercredi des Cendres, les fêtes de saints étaient passées à l’arrière-plan ; l’Église était surtout
occupée de renouveler dans ses enfants la grâce du baptême. Mais maintenant, après la première semaine de
Pâques, les saints reprennent la première place. Ce sont surtout les martyrs à qui nous accordons des
honneurs liturgiques pendant le temps pascal. Ils sont le premier cortège du Roi des martyrs, Jésus-Christ,
qui, par sa mort, a conquis aux martyrs leur couronne et sanctifié tout martyre. Les martyrs sont, pour ainsi
dire, les raisins mûrs de la vigne de la Croix du Christ. La Croix brille désormais dans la splendeur de
Pâques, de même le martyre est glorifié.
D’une manière générale, il convient de mettre les fêtes des saints en relation avec le temps liturgique
occurrent. Dans le temps de Noël, les saints étaient le cortège du Roi qui fait son entrée dans la ville de
Jérusalem (nous nous rappelons les fêtes qui suivent Noël). Dans le temps de Pâques, les saints sont les
prédicateurs et les témoins de la Résurrection. Ils ont tous gardé l’esprit de Pâques “ dans leur conduite et
leur vie ”. Maintenant, ils sont des membres glorifiés du Christ – mystique – ressuscité. Ils nous prêchent la
parole de la liturgie : “ si vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut ”. Nous
aimerions donc à faire rentrer dans l’esprit du temps pascal toutes les fêtes que nous célébrerons désormais,
surtout les fêtes des martyrs.

JEUDI APRÈS LE DIMANCHE BLANC

1. Les antiennes directrices du jour

Elles ont, aujourd’hui, un caractère personnel. Le matin, nous sommes semblables à Madeleine et nous
cherchons le Seigneur : “ Mon cœur est brûlant, je désire voir mon Seigneur, et je ne trouve pas l’endroit où
on l’a mis, Alleluia ”. Le soir, nous pouvons dire avec Thomas : “ J’ai mis mon doigt dans l’emplacement des
clous et ma main :tans son côté et j’ai dit : Mon Seigneur et mon Dieu, Alleluia ”.
Qu’on remarque avec quelle délicatesse les deux antiennes ont été choisies ! Le matin, avec l’ardent désir de
Madeleine, nous cherchons le Seigneur ; le soir, nous portons dans notre cœur le souvenir reconnaissant de
l’heure émouvante vécue avec saint Thomas (à la messe).

2. Lecture d’Écriture Act. Ap., chap. 5-7

Nous lisons la punition terrible d’Ananie et de Saphire, qui “ avaient menti au Saint-Esprit et retenu une
partie du prix du terrain vendu ”. Ils moururent sur-le-champ. Les Apôtres accomplissaient des miracles : “
On apportait des malades dans les rues afin que, lorsque Pierre passerait, son ombre au moins tombât sur
eux... tous furent guéris ”.
Les Apôtres furent arrêtés une seconde fois et battus de verges malgré le prudent conseil de Gamaliel : “ Si
l’œuvre vient des hommes, elle sera anéantie ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas l’anéantir ”.
Les Apôtres s’en allèrent joyeux de devant le Conseil, car ils avaient été jugés dignes de souffrir l’affront

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pour le nom de Jésus.
Nous lisons ensuite le récit de l’institution du diaconat. Un conflit à propos de la répartition des aumônes
amena les Apôtres à faire cette déclaration : “ Il ne convient pas que nous négligions la parole de Dieu pour
servir aux tables. Choisissez donc parmi vous, frères, sept hommes de bonne renommée et remplis du Saint-
Esprit, à qui nous puissions confier cet office. Quant à nous, nous serons tout entiers à la prière et au
ministère de la parole ”. Étienne, le premier de ces sept hommes, “ plein de grâce et de force, faisait des
prodiges et de grands miracles parmi le peuple ”. C’est ce qui irrita quelques membres de la synagogue des
Affranchis ; ils subornèrent des faux témoins pour l’accuser devant le Grand Conseil. Étienne prononça un
brillant, discours de défense ; il représenta aux Juifs que, depuis Moïse, ils étaient aveugles : “ Hommes à la
tête dure, incirconcis de cœur et d’oreilles, vous résistez toujours au Saint-Esprit ; tels furent vos pères, tels
vous êtes. Lequel des Prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? Ils ont même tué ceux qui annonçaient
d’avance la venue du Juste. Et vous, aujourd’hui, vous l’avez trahi et mis à mort ”. Saisis de rage à ces mots,
ils lapidèrent Étienne. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul. Il
s’éleva ensuite une grande persécution contre l’Église de Jérusalem et tous, à l’exception des Apôtres, se
dispersèrent dans les campagnes de la Judée et de la Samarie.

VENDREDI APRÈS LE DIMANCHE BLANC

1. Antienne directrice :

“ Vinrent au monument Marie-Madeleine et l’autre Marie pour voir le tombeau, Alleluia ”. Nous pourrions
nous entretenir de cette pensée en nous rendant à l’église.

2 Lecture d’Écriture Act. Ap., chap. 8 et 9

Nous lisons quelques détails sur le travail missionnaire des disciples et des Apôtres en dehors de Jérusalem.
La persécution qui suivit la lapidation de saint Étienne profita à la Judée. Les disciples dispersés
parcoururent le pays et annoncèrent la parole. Philippe se rendit dans la capitale de la Samarie. C’est là que
se trouvait le mage Simon. Philippe prêcha le Messie aux habitants. Beaucoup d’hommes et de femmes
crurent et se firent baptiser. Simon lui-même fut du nombre. A la nouvelle de ces conversions, Pierre et Jean
vinrent eux-mêmes en Samarie pour imposer les mains aux nouveaux baptisés et leur communiquer le Saint-
Esprit. C’est alors que Simon essaya en vain d’acheter à prix d’argent le droit de communiquer le Saint-
Esprit – il est le père de la simonie. Nous lisons ensuite le récit édifiant de la conversion, par Philippe, du
chambellan d’Éthiopie (voir le missel au jeudi de Pâques). C’est alors que la Sainte Écriture nous présente
Paul, d’abord nommé Saul. Saul est né dans la province romaine de Cilicie – environ deux ou trois ans après
le Christ. Il était fils de parents Juifs de la tribu de Benjamin. Il fut élevé selon les principes rigides de la
secte religieuse et nationale des Pharisiens. Il possédait les privilèges appréciables que conférait le titre de
citoyen Romain. Ce titre lui servit souvent. Tout jeune, il se rendit à Jérusalem et étudia pour devenir docteur
de la Loi. Son maître fut le célèbre Gamaliel. Il apprit le métier de fabricant de tentes qu’il exerça encore
quand il fut devenu Apôtre. Au moment du ministère de Jésus, il n’était plus à Jérusalem ; il n’a pas vu le
Seigneur durant sa vie mortelle. A son retour à Jérusalem, il trouva une petite communauté chrétienne
florissante ; il en fut immédiatement l’adversaire acharné. Il approuva le meurtre d’Étienne et garda les
vêtements de ceux qui le lapidaient. Désormais, cet homme passionné fut à la tête des persécuteurs des
chrétiens. Le point culminant de sa rage persécutrice fut l’expédition de Damas, vers 34 après J.-C. Nous
lisons ensuite le récit de conversion (missel au 25 janvier).

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SAMEDI APRÈS LE DIMANCHE BLANC

1. Lecture d’Écriture Act. Ap., chap. 10.12

C’est une lecture très édifiante : l’admission dans l’Église et le baptême, par Pierre, du premier chrétien sorti
du paganisme, le centurion Corneille de Césarée. C’est un événement d’une importance capitale dans le
développement de l’Église. Le ciel lui-même est intervenu : “ Tes prières et tes aumônes sont montées vers
Dieu comme une offrande. Envoie chercher Pierre ; il te dira ce que tu dois faire ”. Dieu renvoie à l’Église.
Pierre priait justement sur le toit de sa maison à l’heure de sexte ; il eut alors la vision des animaux impurs ;
il se rendit à Césarée chez le centurion. Comme le Saint-Esprit était descendu sur les païens, il les baptisa. “
Peut-on refuser l’eau à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit comme nous ? ” Cependant l’histoire de l’Église est
entrée dans son second stade, elle passe de Jérusalem aux Gentils. Nous entendons parler de la fondation de
la première Église des Gentils à Antioche : “ C’est à Antioche qu’on donna pour la première fois aux
disciples le nom de chrétiens. Or, à Jérusalem, se déchaîne une seconde persécution contre les chrétiens sous
Hérode. Pour la première fois, cette persécution fit des victimes parmi les Apôtres. Jacques le Majeur fut
décapité, Pierre fut emprisonné et ne fut délivré que par une intervention divine. C’est alors que Paul entre en
scène. Nous le voyons entreprendre son premier voyage de mission vers Chypre et l’Asie Mineure. On nous
donne un exemple précieux de la prédication de. saint Paul. “ Après la lecture de la Loi et des Prophètes, les
chefs de la synagogue leur firent dire : Frères, si vous avez quelque exhortation à adresser au peuple, parlez
”. On rappelle ici l’office de la parole de Dieu dans la synagogue. Ce fut la préfiguration et le germe de notre
avant-messe. La prédication elle-même nous montre Dieu comme Bon Pasteur dans l’Ancien Testament ; il a
conduite peuple d’Israël à travers toutes ses voies.

2. Marie, le samedi

Les samedis dépourvus de fêtes sont consacrés à la commémoration de la Sainte Vierge. La messe est une
messe antique et belle du commun de la Sainte Vierge Salve sancta Parens. Dans le temps pascal, il y a
quelques modifications. A l’Alleluia, nous chantons : “ Le rameau de Jessé a fleuri, la Vierge a enfanté celui
qui est Dieu et Homme, Dieu a rétabli la paix en unissant en lui l’extrême grandeur et l’extrême petitesse ”.
Il y a ici une allusion à l’œuvre de la Rédemption que le Christ a précisément achevée par sa Résurrection.
L’Évangile nous conduit au pied de la Croix et nous sommes témoins de ces mémorables paroles de Jésus à
sa Mère et à Jean : “ Femme, voici ton fils ”, “ fils, voici ta Mère ”. La liturgie veut maintenir cette scène
pendant le temps pascal afin de nous rappeler que le Christ a donné Marie pour mère à saint Jean et, dans la
personne de saint Jean, nous l’a donnée à nous. Marie, depuis le premier Vendredi-Saint, est la Mère de la
chrétienté. L’Offertoire chante : “ Tu es bienheureuse, Vierge Marie, tu as porté le Créateur de l’univers ;
celui qui t’a créée, tu l’as enfanté, et tu demeures éternellement vierge, Alleluia ”.
A la prière des Heures, nous lisons un bref et vigoureux parallèle de saint Augustin qui compare Ève et
Marie, les deux femmes qui ont joué le plus grand rôle dans l’histoire de l’humanité. “ Par une femme est
venue la mort ; par une femme est venue la vie. Par Ève est venue la ruine ; par Marie, le salut. Celle-là,
tentée, a suivi le tentateur ; celle-ci, sans souillure, a enfanté le Sauveur Celle-là reçut joyeusement la coupe
que lui présentait le serpent, elle la passa à son mari et l’un et l’autre y burent la mort. Celle-ci, couverte de
l’ombre de la grâce d’en haut, mit au monde la Vie par laquelle la chair morte pouvait être ressuscitée. Qui
est celui qui opère cela ? Le Fils de la Vierge et l’Époux des vierges, celui qui donna à sa Mère la fécondité
sans lui enlever son intégrité ”.

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3. Marie et Pâques

Les évangiles ne nous rapportent pas que Jésus apparut à sa Mère après sa Résurrection, mais nous pouvons
croire que la Mère des douleurs fut aussi la première à participer à la joie pascale. Elle fut la seule qui ne
perdit pas l’espérance à la Résurrection. Pendant que les saintes femmes préparent activement
l’embaumement, elle ne prend aucune part à leurs préparatifs. Elle espère dans la Résurrection et n’a que
faire d’aromates. La légende nous raconte que Marie passa la nuit de Pâques sur le Mont des Oliviers, dans
une attente pleine de désir et d’espoir. A l’aube, alors qu’elle voyait se dessiner les contours de l’effroyable
Golgotha, le Ressuscité se tint soudain devant elle dans sa merveilleuse beauté céleste et tendit les bras à sa
Mère bien-aimée. Encore une fois, la Sainte Écriture ne nous raconte rien à ce sujet. L’Église s’associe à la
joie de Marie en nous faisant réciter et chanter chaque jour le beau Regina caeli. Le chrétien devrait savoir
par cœur, en latin ou en français, cette antienne et la réciter tous les jours.
Regina caeli, laetare, Alleluia, Reine du ciel, réjouis-toi, Alleluia
Quia quem meruisti portare, Alleluia, Car celui que tu as mérité de porter, Alleluia,
Resurrexit sicut dixit, Alleluia, Est ressuscité comme il l’a dit, Alleluia,
Ora pro nobis Deum, Alleluia. Prie Dieu pour nous, Alleluia.

V. : Réjouis-toi et tressaille de joie, Vierge Marie, Alleluia.


V : Car le Seigneur est vraiment ressuscité, Alleluia.

Prions.
O Dieu qui par la Résurrection de ton Fils as daigné réjouir le monde, accorde-nous, nous t’en
prions, que, par sa virginale Mère Marie, nous puissions obtenir les joies de la vie éternelle ! Ainsi
soit-il.

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SECONDE SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

Après nous avoir parlé en termes magnifiques du Sauveur de Pâques et des dons splendides qu’il
nous communique par elle, l’Église cherche à résumer dans une image toutes ces grandeurs et tous ses dons ;
elle trouve ce résumé dans la parabole du Bon Pasteur. Cette image dominera toute la semaine. Nous y
rattacherons la lecture d’Écriture, les psaumes et les fêtes des saints. Dans les Actes des Apôtres, on nous
parle des grands pasteurs apostoliques, Pierre et Paul. Cette semaine, nous célébrons la fête du patronage de
saint Joseph que la liturgie nous représente comme un bon pasteur de l’Église (Intr.).
Samedi soir. Habituons-nous, dès le samedi après-midi ou le samedi soir, à préparer le dimanche suivant et à
nous mettre déjà dans l’esprit de ce dimanche. Les vêpres nous seront utiles pour cela. Nous voyons
apparaître à nos regards le Bon Pasteur “ qui a souffert pour nous, qui nous a laissé son exemple afin que
nous marchions sur la trace de ses pas Il. Il ouvre la bouche et dit : “ Je suis le Bon Pasteur, je suis la voie, la
vérité la vie ; je suis le Bon Pasteur, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, Alleluia, Alleluia ”
(Am. Magn.).

LE DIMANCHE DU BON PASTEUR

Je suis le Bon-Pasteur : je connais mes brebis et mes brebis me connaissent

1. Le Bon Pasteur

L’image du Bon Pasteur nous accompagne pendant la Semaine-Sainte et la semaine de Pâques. Aux matines
du Samedi-Saint, nous chantons :
Il s’est éloigné, notre Pasteur,
La source d’eau vive,
A son départ, le soleil s’est assombri…
Et à Pâques, nous avons chanté :
“ Il est ressuscité, le Bon-Pasteur
Qui donna sa vie pour ses brebis
Et pour son troupeau voulut mourir, Alleluia.
Notre Agneau pascal. le Christ, est immolé ”.
Aujourd’hui, nous chantons au lever du soleil :
“ Je suis le pasteur des brebis ; je suis la voie, la vérité et la vie ; je suis le Bon Pasteur, je connais
mes brebis et mes brebis me connaissent, Alleluia, Alleluia ”.
Au coucher du soleil, nous chantons :
“ Je suis le Bon Pasteur et je pais mes brebis et, pour mes brebis, je donne ma vie, Alleluia ”.
Qu’ils sont saisissants ces deux chants quand, dans le soleil, on voit le symbole du Christ ! A son lever, il dit
au monde : Je suis votre pasteur, je suis la voie, la vérité, la vie ; à son coucher, il parle de sa mort.
C’est justement par sa mort et sa Résurrection que le Christ s’est montré le Bon Pasteur. Il a donné sa
vie pour ses brebis quand il est mort sur la Croix. Après sa Résurrection, il rassemble son troupeau avec un
amour de Pasteur, cet amour qui pardonne, console et dirige. Il établit un pasteur pour le remplacer. C’est une
véritable image de Pâques. Le dimanche est appelé le “ dimanche du Bon Pasteur ”.

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2. La messe Misericordia

L’architecture de la messe est d’une belle unité. Presque dans chaque morceau, le Bon Pasteur nous
regarde. Ce qui est particulièrement beau, c’est que le verset principal de l’Évangile est répété, comme
leitmotiv, à l’Alleluia et à la Communion. L’office de station se célébrait jadis à Saint-Pierre, au tombeau de
celui que le Christ a établi pasteur suprême. C’était symbolique. A l’Introït, nous louons la miséricorde du
Bon Pasteur et nous chantons le psaume du Bon Pasteur (Ps. 32). Ce psaume décrit Dieu comme le Bon
Pasteur de la nature et des hommes. Dans l’oraison, le Bon Pasteur paraît de nouveau devant nous : la brebis
perdue, l’humanité tombée qu’il a retirée des épines, il la porte maintenant sur ses épaules où elle jouit de la
paix en attendant l’éternelle joie dont le temps pascal est l’avant-goût. Maintenant, à l’Épître, le saint de
station, saint Pierre, s’adresse à nous. Saint Pierre, plus que bien d’autres, a éprouvé l’amour prévenant et
miséricordieux du Bon Pasteur. En termes chaleureux, il décrit le Bon Pasteur de nos âmes dans sa Passion, il
nous rappelle le temps de nos égarements et le bonheur de notre retour au Bon Pasteur. “ Vous étiez des
brebis errantes, mais, maintenant, vous êtes revenus vers l’Évêque de vos âmes ”.
Les deux versets de l’Alleluia ne sont reliés que par le mot connaître cognoscere. Le Bon Pasteur connaît ses
brebis et ses brebis le connaissent – les disciples d’Emmaüs reconnaissent le Seigneur à la fraction du pain.
Cette association d’idées est d’abord difficile à comprendre puis nous méditons sur le mot connaître. Ce mot
signifie plus que son sens littéral ; il veut dire comprendre, avoir confiance, aimer, vivre l’un pour l’autre.
C’est là la meilleure explication. Le Christ veut dire : Je suis avec les miens dans l’union la plus étroite, je
suis un avec les miens. Le modèle de cette union est l’unité de la sainte Trinité. Mais où cette union se
réalise-t-elle d’une manière plus profonde et plus intime que dans la “ fraction du pain ”, dans la sainte
Eucharistie ? Cette pensée est la lumière qui éclaire toute la messe.
A l’Evangile, le Bon Pasteur lui-même est devant nous. Il nous donne aujourd’hui encore les deux preuves de
son amour de pasteur. Il donne sa vie pour nous, car la messe est le renouvellement du sacrifice sanglant du
Calvaire. Il nous connaît et nous devons le connaître dans la sainte communion. Dans l’église des Gentils
(saint Pierre), il parle aussi des “ autres brebis qu’il veut faire entrer dans le bercail ”. Comparons la
conclusion des deux lectures. L’une annonce le plan de Dieu, l’autre l’exécution de ce plan. “ Celles-ci, je
veux aussi les amener au bercail.”. “ Vous étiez des brebis errantes, maintenant vous êtes rentrées ”.
L’antienne de l’Offertoire est saisissante. Jusqu’ici, il était question du Bon Pasteur Maintenant, on parle des
brebis. Quand la communauté se presse autour de l’autel, au moment de l’Offrande, c’est comme si les
brebis se pressaient autour de leur pasteur. Nous comprenons alors l’antienne de l’Offertoire que l’Église met
dans leur bouche : “ Dieu, mon Dieu, je te cherche dès le matin ”, j’élève vers toi mes mains – pour
l’offrande des dons.
A la Communion, nous entendons de nouveau le leitmotiv de la messe. C’est la “ connaissance ” la plus
intime qui puisse s’imaginer.

3. La Prière des Heures

Aux matines, nous entendons deux “ bons pasteurs ”, deux représentants du “ Pasteur et Évêque de nos âmes
”, les deux papes saint Léon le Grand et saint Grégoire le Grand.
Saint Léon parlé des quarante jours qui ont suivi la Résurrection :
“ Les jours entre la Résurrection et l’Ascension du Seigneur ne se sont pas passés dans l’inaction. Au
contraire, pendant ce temps, de grands sacrements ont été institués, de grands mystères ont été
révélés. Pendant ce temps, la crainte de la mort terrible est enlevée et l’immortalité non seulement de
l’âme, mais aussi du corps, est annoncée. En ces jours, par l’insufflation du Seigneur, le Saint-Esprit
est répandu dans tous les Apôtres. L’Apôtre Pierre, placé avant tous les autres, reçoit, après les clefs
du royaume, le soin du bercail du Seigneur. ”
Saint Grégoire prononça son homélie, en ce jour, dans l’église de station de Saint-Pierre. Le saint Pape nous
enseigne que le Christ a réalisé sa parole :
“ Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis, non seulement sur la Croix, mais encore dans
l’Eucharistie. Mais la parabole doit surtout être une leçon et un avertissement pour les pasteurs des
âmes ; elle doit les exhorter à donner leur bien et leur vie pour les brebis qui leur sont confiées. Voici
que celui qui est bon, non en vertu d’un don accidentel, mais essentiellement, dit : Je suis le Bon
Pasteur. Et il ajoute le modèle de cette bonté que nous devons imiter en disant : le bon pasteur donne

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sa vie pour ses brebis. Il fit ce qu’il nous demande de faire, il montra ce qu’il nous ordonne. Le Bon
Pasteur a donné sa vie pour ses brebis afin de présenter son corps et son sang, sous une forme
nouvelle, dans notre sacrement et de rassasier de l’aliment de sa chair les brebis qu’il avait rachetées.
Le mépris de la mort nous montre la voie que nous devons suivre ; un exemple nous est donné
auquel nous devons nous conformer. Notre premier devoir est de nous montrer pleins de miséricorde
pour ses brebis ; mais nous avons encore le devoir d’offrir, s’il le faut, notre mort pour ces mêmes
brebis ”.

4. Lecture d’Ecriture Act. Ap., chap. 13 et 14

Nous lisons le récit du premier voyage missionnaire de Paul et de Barnabé dans l’île de Chypre et l’Asie
Mineure. Ils prêchèrent hardiment à Antioche de Pisidie et “ tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle
crurent ”. Mais les Juifs, ayant excité les femmes prosélytes de la classe élevée et les principaux de la ville,
suscitèrent une persécution contre Paul et Barnabé et les chassèrent de leur territoire. “ Ils allèrent à
Iconium ; ils entrèrent de même dans la synagogue des Juifs et y prêchèrent de manière qu’une grande
multitude de Juifs et de Grecs embrassèrent la foi. Mais les Juifs restés incrédules excitèrent et aigrirent
l’esprit des Gentils contre leur frères. Ils firent néanmoins un assez long séjour dans ce lieu, parlant avec
assurance, appuyés par le Seigneur qui rendait témoignage à la parole de grâce par les prodiges et les
miracles qu’il leur donnait de faire. Toute la ville se divisa : les uns étaient pour les Juifs, les autres pour les
Apôtres ”. De là aussi, saint Paul et son compagnon durent s’enfuir. Ils continuèrent leur œuvre à Lystres.
Saint Paul ayant guéri dans cette ville un paralytique, la foule les prit pour des dieux et voulait leur offrir des
sacrifices. Ce n’est qu’à grand’peine que le peuple se laissa persuader que ce miracle n’avait pas été
accompli par la puissance de Paul, mais par celle du Dieu vivant. Il renonça au sacrifice. Alors survinrent
d’Antioche et d’Iconium des Juifs, qui ayant gagné le peuple, lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville,
le croyant mort. Mais, les disciples l’ayant entouré, il se releva et rentra dans la ville. Le lendemain, Paul et
Barnabé partirent pour Derbé. De là, ils retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche, raffermissant l’esprit
des disciples, et les exhortèrent à persévérer dans la foi en disant que c’est “ par beaucoup de tribulations
qu’on doit entrer dans le royaume de Dieu ”. Ils se rendirent ensuite, en traversant la Pisidie, en Pamphylie,
puis à Attalie où ils s’embarquèrent pour Antioche. Dès qu’ils furent arrivés, ils assemblèrent l’Église et
racontèrent tout ce que Dieu avait fait par eux et comment ils avaient ouvert aux nations les portes de la foi.
Ils demeurèrent assez longtemps avec les disciples. Dans cette lecture, nous voyons saint Paul se montrer, lui
aussi, un bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis.

LUNDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE


APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

1. Antiennes directrices

C’est une joie pour nous de pouvoir encore célébrer, pendant la semaine, la messe du dimanche, la belle
messe du Bon Pasteur. A l’antienne de Benedictus, l’Église chante : “ Allez dans le monde, Alleluia,
enseignez toutes les nations, Alleluia ”. A l’antienne de Magnificat, nous chantons : “ Le Bon Pasteur donne
sa vie pour ses brebis, Alleluia ”.

2. Lecture d’Écriture Act. Ap., chap. 15 et 16

Nous lisons, aujourd’hui, le récit du mémorable concile de Jérusalem, dans lequel on prit cette décision
importante que les païens convertis ne seraient pas soumis à la loi cérémoniale juive. “ Une longue
discussion s’étant engagée, Pierre se leva et dit : Mes frères, vous savez que Dieu, il y a longtemps déjà, m’a
choisi parmi vous afin que, par ma bouche, les Gentils entendent la parole de l’Évangile et qu’ils croient. Et
Dieu, qui connaît les cœurs, a témoigné en leur faveur, en leur donnant le Saint-Esprit comme à nous ; il n’a

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fait aucune différence entre eux et nous, ayant purifié leurs cœurs par la foi. Pourquoi donc voulez-vous
tenter Dieu, maintenant, en imposant aux frères un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ? Mais
c’est par la grâce de Jésus-Christ que nous croyons être sauvés de la même manière qu’eux ”. Quelque temps
après, Paul entreprit son second voyage de mission et, cette fois, il prit avec lui Silas. Ils traversèrent la
Syrie, la Cilicie et passèrent aussi par les localités que Paul avait visitées avec Barnabé pendant le premier
voyage de mission. Sur leur passage, ils raffermirent les frères et leur transmirent les décisions des Apôtres et
des Anciens et leur recommandèrent de les suivre. A Troas, Paul eut une vision. Un Macédonien se présenta
devant lui, qui le priait en ces termes : “ Passe en Macédoine et viens nous aider ”. Paul se rendit en Europe
avec son compagnon. A Philippes, on les jeta en prison et, par précaution, on leur mit les fers aux pieds. Tout
à coup, pendant que Paul et Silas chantaient les louanges de Dieu, il se produisit un tremblement de terre ;
leurs chaînes tombèrent et les portes de la prison s’ouvrirent. Le geôlier fut tout déconcerté ; il voulait se
tuer, pensant que les prisonniers s’étaient enfuis. Paul ne se contenta pas de le calmer ; il lui annonça la
parole de Dieu. Le geôlier se fit baptiser avec toute sa maison. Le lendemain, les stratèges donnèrent l’ordre
de délivrer Paul et Barnabé. Mais, en apprenant que Paul et Silas étaient des citoyens romains, ils
s’excusèrent et les prièrent amicalement de quitter la ville. Philippes fut la première communauté
chrétienne ; saint Paul eut toujours, pour cette Église, de la prédilection.

3. L’image du Cœur de Jésus dans l’ancienne Eglise

Le Christ fut toujours, dans l’Église, l’objet du plus grand amour. On pourrait composer un cantique des
cantiques de l’amour en rassemblant toutes les paroles et tous les témoignages d’amour envers le Seigneur
pendant les 1900 ans de l’histoire de l’Église, depuis les beaux passages des Épîtres de saint Paul : “ Qui me
séparera de l’amour du Christ ? ” (Rom. VIII, 35). “ Le Christ est ma vie et la mort m’est un gain” (Phil. l,
21), jusqu’à notre temps : “ le jour annonce au jour et la nuit murmure à la nuit ” (Ps. 18) le message de
l’amour pour le Christ. C’est là l’unité nécessaire. Mais la forme d’expression de l’amour, l’image sous
laquelle il se cache, varient selon les temps et les pays et sont libres.
Si l’on veut donner à son amour du Christ la forme de la dévotion du Sacré-Cœur, on fait très bien. Quelle
ferveur cette dévotion a allumée depuis quelques dizaines d’années ! Mais on devra laisser la liberté à ceux
qui veulent exprimer leur amour du Christ sous une autre forme, par exemple sous la forme qui était si usitée
dans l’ancienne Église, sous l’image du Bon Pasteur que le Christ lui-même nous a proposée dans la
parabole. C’est vraiment l’image du Cœur de Jésus dans l’Église ancienne ; c’est, aujourd’hui encore, une
image qu’aime la liturgie.
L’image du Bon Pasteur est la plus antique et la plus répandue des images du Christ dans l’ancienne Église.
Dans le plus antique monument que nous ayons conservé de l’art chrétien, dans les antiques peintures de la
catacombe de Domitille qui remontent au premier siècle, le Christ paraît comme Bon Pasteur. A partir de là,
les images du Bon Pasteur se multiplient par centaines dans les catacombes, pendant les quatre premiers
siècles. Pendant les siècles suivants, les représentations du Bon Pasteur en mosaïque, en sculpture, en
peinture, sont innombrables. Nous pouvons affirmer que le Bon Pasteur est l’image du Christ dans l’ancienne
Église.

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MARDI DE LA SECONDE SEMAINE
APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

Que signifiait cette image du Christ ? Elle voulait rappeler plusieurs grandes vérités (objectives) de
la Rédemption, surtout les trois suivantes : Le Christ a donné sa vie pour ses brebis, il nous nourrit de la vie
divine dans l’Eucharistie et, enfin, il nous guide dans les pâturages célestes. La mort et la Résurrection du
Christ, l’Eucharistie et l’espérance du ciel, ces vérités essentielles, l’ancienne Église en donnait un beau
résumé dans cette image.
Or, ce sont là les idées qui inspirent la liturgie. Toutes les fois que, dans l’année ecclésiastique,
commence une nouvelle période, la liturgie se hâte d’y introduire l’image du Bon Pasteur. Elle veut nous dire
par là : dans chaque période de l’année ecclésiastique, se manifeste l’amour du Bon Pasteur. Et, chaque fois,
elle insiste davantage sur un autre aspect de cette image. L’Église nous montre donc, au cours des temps,
l’antique image des catacombes : le Bon Pasteur, dans le cadre du cycle liturgique.
Que signifie cette image pour nous dans le temps pascal ? Elle nous annonce trois grandes vérités
fondamentales dans le rayonnement de la joie pascale. Tout d’abord, elle nous annonce que l’œuvre de la vie
du Christ est achevée. Comment pouvons-nous mieux nous représenter cet achèvement que dans l’image du
Bon Pasteur ? L’humanité était errante et égarée ; elle était tombée dans les épines. Le Christ a pris les
livrées de la nature humaine et est parti à la recherche de la brebis perdue. Il a fait, des épines qui
l’entouraient, le diadème de son front, et son bâton de pasteur a été sa Croix. Il a été chercher dans le désert
la brebis égarée et l’a chargée sur ses épaules. Il a donné sa vie pour ses brebis et il ne l’a pas donnée
seulement dans sa mort. Toute l’œuvre de sa vie a eu pour but, et a encore pour but, de ramener ses brebis au
bercail. Il donne aussi sa vie pour ses brebis en faisant de sa vie notre vie, en voulant étendre sa vie dans son
corps mystique ; son Église et nous, nous devons devenir la plénitude de sa vie. Pendant le temps pascal,
maintenant que son œuvre de salut est achevée, maintenant qu’il est entouré-de ses brebis sauvées, il peut
crier bien haut : “ Je suis le Bon Pasteur, je donne ma vie pour mes brebis ”. Chrétiens, ai-je besoin de dire
que cette pensée développe en nous un amour profond et actif ? C’est ce motif d’amour qui a ému saint Paul
jusqu’au plus profond de son âme. Tout le grand contenu de la fête de Pâques se trouve renfermé dans cette
image : la mort du Christ et sa Résurrection ; notre vocation, notre élection, notre conversion.
L’image éveille en nous le souvenir d’une seconde vérité fondamentale. Dans l’Eucharistie, le Christ
veut continuer d’être le Bon Pasteur de ses brebis. Il veut les nourrir de sa chair et de son sang ; il veut les
unir et les grouper autour de lui ; il veut rester uni avec elles de la manière la plus intime. “ Je connais mes
brebis et mes brebis me connaissent ”. (Comme on l’a dit, cela signifie : je leur suis uni de la manière la plus
intime). L’Eucharistie, aussi, est un sacrement pascal. Le Christ ne vient pas seulement en nous dans l’eau,
mais dans l’eau et le sang.
Notre regard s’élève aussi vers l’avenir. Le Bon Pasteur conduit les siens vers les pâturages éternels.
C’est la raison principale des nombreuses représentations du Bon Pasteur dans l’art funéraire de l’ancienne
Église. Cette image nous rappelle l’espérance de la résurrection et de la vie éternelle. Les chrétiens modernes
comprennent à peine les relations entre le Bon Pasteur et l’espoir du ciel. Mais, pour l’ancienne Église,
c’était l’image du refrigerium, c’est-à-dire du rafraîchissement après la mort. C’est ainsi que les premiers
chrétiens appelaient cette représentation du Bon Pasteur entouré de ses brebis.
L’espoir de la résurrection est un thème pascal auquel nous ne songeons peut-être pas assez. Avec
quels accents de victoire saint Paul tira-t-il la preuve de notre résurrection de la Résurrection du Christ ? “
S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas
ressuscité, vaine est notre foi. Or le Christ est ressuscité des morts, comme le premier né de ceux qui sont
endormis ” (1 Cor. XV, 12 sq.). Le temps pascal est donc, aussi, le temps de l’espoir de la résurrection. C’est
pourquoi l’Église aime tant célébrer les martyrs dans ce temps. Elle leur a consacré un commun qui est un
cantique où elle exalte l’espoir de la résurrection.
Quelle plénitude de sens n’a donc pas l’image du Bon Pasteur ! C’est d’abord le Christ qui nous
rachète, nous nourrit, nous rend heureux ; c’est le Christ dans notre vie du passé, du présent, de l’avenir ;
dans le passé : notre élection et notre régénération au baptême ; dans le présent : notre vie cultuelle et les
progrès de notre âme par l’Eucharistie ; dans l’avenir : notre rafraîchissement bienheureux au ciel. Notre
image nous dit : Le Christ est notre tout, “ Le Christ est notre vie et la mort est un gain ! ” (Phil. I, 21).

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Ayons la plus grande vénération pour l’image du Cœur de Jésus, mais cette image représente peut-
être, d’une manière moins complète, le Christ dans notre vie, que l’image du Bon Pasteur.

1. Antiennes directrices

Le matin, nous entendons le Seigneur donner son ordre de mission : “ Allez dans le monde, enseignez toutes
les nations, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ” (Ant. Bened.). Le soir, nous pensons
encore au Bon Pasteur : “ Or le mercenaire, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit le loup venir et il laisse
les brebis et il s’enfuit : le loup ravit et disperse les brebis, Alleluia ” (Ant. Magn.).

2. Lecture d’Écriture Act. Ap., 17-19

De Philippes, Paul se rendit à Thessalonique où il fonda une communauté qui lui fut très fidèle et très
attachée (les deux Épîtres adressées à cette communauté en rendent témoignage). De là, il se rendit, en
passant par Bérée, à Athènes. Athènes était le centre du monde grec ; elle se distinguait par sa science et son
art. C’était le siège d’une célèbre école de philosophie. Il ne semblait pas que ce fut un terrain propice pour
l’Évangile. Cependant, Paul, indigné de la multitude des idoles, se plaça au milieu de l’aréopage et dit : “
Hommes d’Athènes, je vois qu’à tous égards vous êtes très religieux. Car quand, en passant, je regardais les
objets de votre culte, j’ai trouvé même un autel avec cette inscription : Au dieu inconnu. Celui que vous
honorez sans le connaître, je viens vous l’annoncer. Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu’il renferme,
étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans des temples faits de main d’hommes. Il n’est
d’ailleurs pas loin de chacun de nous, car c’est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous
sommes, comme l’ont dit aussi quelques-uns de vos poètes : “ Nous sommes de sa race. ” Paul les exhorta à
faire pénitence et parla de la résurrection des morts. Mais la plupart ne voulurent pas entendre parler de cela
et se moquèrent de lui. Cependant, Paul gagna l’aréopagite Denys qui se convertit. Paul quitta alors Athènes
et se rendit à Corinthe. Il y fonda une chrétienté florissante et y demeura plus de deux ans. Corinthe était la
couronne de l’Apôtre, mais aussi son souci, comme en témoignent ses deux Épîtres. Paul retourna à Antioche
en passant par Jérusalem. Peu de temps après, Paul se prépara à son troisième voyage, qui fut sans doute le
point culminant de son labeur apostolique. Il se rendit à Éphèse, la capitale de l’Asie Mineure, où il demeura
trois ans.

MERCREDI DE LA SECONDE SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES


LA FÊTE DU PATRONAGE DE SAINT JOSEPH
(double de Ire classe)

Fais, O Joseph, que nous passions une vie innocente et qu’elle soit toujours en sûreté
sous ton patronage

1. Fête du patronage de Saint Joseph

Dans la semaine du Bon Pasteur, l’Église célèbre la grande fête d’un autre Bon Pasteur, la fête de saint
Joseph, patron de l’Église universelle. Lui qui reçut en dépôt les deux plus grands trésors de Dieu, Jésus et
Marie, est aussi le protecteur de l’Église, le corps mystique du Christ, l’Épouse du Christ. Le 19 mars, nous
avons célébré davantage la personne de saint Joseph et sa sainteté. Aujourd’hui, nous faisons du patronage
du saint le mystère de la fête. Le culte de saint Joseph n’est pas encore très ancien. En Occident, il apparaît
au XIVe siècle dans quelques Ordres religieux, par exemple chez les Servites (1324), les Franciscains (1399).
Une nouvelle impulsion est donnée à ce culte par les grands prédicateurs de pénitence, comme saint Vincent
Ferrier (+1418), saint Bernardin de Sienne (+1444). Dans les temps modernes, sainte Thérèse montra un
grand zèle pour le culte de saint Joseph. Peu de temps après la canonisation de la sainte, la fête de saint

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Joseph fut élevée au rang de fête d’obligation. En 1847, Pie IX institua la fête du patronage de saint Joseph,
le troisième dimanche après Pâques, pour l’Église universelle. Pie X donna une octave à cette fête et la
transféra au mercredi qui suit le deuxième dimanche après Pâques. On sait que le mercredi est le jour
particulièrement consacré au père nourricier de Jésus. Sans vouloir aucunement faire tort au culte de saint
Joseph, il serait très désirable, selon l’esprit de la liturgie, de transférer cette fête en dehors du temps pascal

2. La messe

La messe commence immédiatement par la pensée de la fête : Adjutor et protector – Aide et protecteur. Dans
le verset, qui est emprunté à un autre psaume, le nom de Joseph est cité. L’Introït unit la fête avec le
dimanche du Bon Pasteur. Le Christ confie son troupeau à la protection de son père nourricier. Dans la leçon,
Joseph l’Égyptien apparaît comme la figure de saint Joseph – c’est la même chose dans les leçons du premier
nocturne. Le passage est emprunté à la bénédiction que Jacob mourant donne à son fils Joseph. Cette
bénédiction s’est accomplie de la manière la plus parfaite dans le père nourricier de Jésus. Ce que beaucoup
de Patriarches ont désiré voir et n’ont point vu, saint Joseph l’a possédé. Sur sa tête repose la plénitude de la
bénédiction. A l’Alleluia, saint Joseph s’offre lui-même comme protecteur : “ Dans toutes les tribulations où
vous m’invoquerez, je vous exaucerai, je serai toujours votre protecteur ”. Invités par lui, nous faisons
entendre sur-le-champ nos prières : “ Fais, Ô Joseph, que nous passions une vie innocente. ” L’Évangile du
baptême de Jésus est choisi à cause de la phrase finale : “ Il passait pour le fils de Joseph. ” C’est dans ces
paroles que se trouve exprimée la plus grande dignité du patron de l’Église. A l’Offertoire, nous invitons
Jérusalem, l’Église, à louer Dieu qui, par saint Joseph, a fortifié les verrous de ses portes et nous a bénis,
nous, les enfants de l’Église. La Communion contient une pensée eucharistique : “ Joseph, l’époux de Marie,
de laquelle est né Jésus ”. Le Sauveur, Fils le Marie, nous le portons en nous.

3. La prière des Heures

La prière des Heures porte toutes les marques d’un office nouveau, construit selon un système nouveau. Les
antiennes contiennent toute l’histoire de saint Joseph, telle que la décrit l’Écriture. Les leçons du premier
nocturne, ainsi que leurs répons, sont consacrées à la figure de saint Joseph, à Joseph l’Égyptien – le premier
nocturne était toujours, autrefois, emprunté à l’Ancien Testament ; l’heure de minuit est le symbole de
l’Ancienne Alliance. Au second nocturne, nous lisons un sermon édifiant de, saint Bernardin de Sienne : “ Il
y a, pour les grâces accordées à une créature raisonnable, une règle générale. Quand la grâce divine appelle
un homme à une vocation particulière ou à une fonction de choix, elle lui accorde aussi tous les charismes
utiles et nécessaires pour l’accomplissement de cette fonction ; elle les lui accorde même avec surabondance.
C’est ce que nous voyons réalisé, d’une manière toute spéciale, chez saint Joseph, le père nourricier de Notre
Seigneur Jésus-Christ et le véritable époux de la Reine du monde et de la Souveraine des anges. Il a été
choisi par le Père éternel pour être le nourricier et gardien fidèle de ses plus chers trésors, c’est-à-dire de son
Fils et de son Épouse ; et Joseph s’est acquitté de cette tâche de la manière la plus exacte. C’est pourquoi, à
lui aussi, le Seigneur a dit : “ Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Seigneur ! ” Si la sainte Église
doit une grande reconnaissance à la Vierge Mère parce que c’est par elle qu’elle a reçu le Christ, elle doit
aussi à saint Joseph, après Marie, une reconnaissance particulière et un culte particulier. Il est, pour ainsi
dire, la clef de l’Ancien Testament par laquelle les Patriarches et les Prophètes ont reçu le fruit promis. C’est
lui, en effet, qui a vraiment possédé ce que la divine faveur leur avait promis. C’est à bon droit que nous le
comparons au Patriarche Joseph, qui conserva le froment pour tout le peuple. Mais notre Joseph est élevé
bien au-dessus du Patriarche, car il n’a pas seulement gardé, pour les Égyptiens, le pain qui donnait la vie
corporelle, mais il a gardé, pour tous les élus, “ le pain du ciel qui donne la vie éternelle et il l’a élevé avec le
plus grand soin ”.

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4. Lecture d’Écriture Act. Ap., XX, 17-38

Nous ne voulons pas passer entièrement sous silence cette belle lecture. C’est le discours d’adieu de saint
Paul aux chefs de l’Église d’Éphèse. De Milet, Paul envoya à Éphèse pour faire venir les Anciens de cette
Eglise. Lorsqu’ils furent réunis autour de lui, il leur dit : “ Vous savez comment, depuis le premier jour que
j’ai mis le pied en Asie, j’ai passé tout le temps avec vous. J’ai servi le Seigneur en toute humilité au milieu
des difficultés et des larmes. Je ne vous ai rien caché de ce qui vous était utile ; je vous l’ai communiqué...
J’ai annoncé aux Juifs et aux Grecs la conversion à Dieu et la foi en Notre Seigneur Jésus. Maintenant, je
m’en vais vers Jérusalem et je sais que vous ne verrez plus mon visage... C’est pourquoi je vous atteste
aujourd’hui que je suis pur du sang de tous... prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur
lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques... Je sais qu’après mon départ il s’introduira parmi vous des
loups ravissants qui n’épargneront pas le troupeau... Veillez donc, vous souvenant que, pendant trois années,
je n’ai cessé, jour et nuit, d’exhorter avec larmes chacun de vous... Et maintenant, je vous recommande à
Dieu et à la parole de sa grâce, à celui qui peut achever l’édifice et vous donner l’héritage parmi tous ses
saints. Je n’ai désiré ni l’or, ni l’argent, ni les vêtements de personne. Vous savez vous-mêmes que ces mains
ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons... Il faut se rappeler la parole du Seigneur Jésus qui
dit lui-même : “ Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ”. Après avoir parlé ainsi, il se mit à genoux et
pria avec eux tous. Ils prirent congé les uns des autres et tous l’accompagnèrent au bateau.

JEUDI DE LA SECONDE SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES


Dans l’Octave

1. Antiennes directrices

Voici les antiennes directrices : “ Es-tu donc le seul étranger, à Jérusalem, qui n’ait pas entendu parler de
Jésus, qui ne sache pas comment ils l’ont livré et condamné à mort ? Alleluia ” (Ant. Bened.). Nous chantons
le soir : “ J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie, il faut que je les amène et elles
entendront ma voix et il n’y aura qu’un troupeau et qu’un pasteur, Alleluia ” (Ant. Magn.). Qu’il est beau,
vers le soir, d’envisager, avec Jésus, la fin du monde et de contempler l’Église unie sur la terre !

2. Lecture d’Écriture Act. Ap., XXIV, 10-27

Plusieurs fois pendant son voyage, des disciples, parlant par la vertu de l’Esprit-Saint, avaient recommandé à
Paul de ne pas se rendre à Jérusalem Mais Paul répondait : “ Pourquoi me brisez-vous le cœur ? Je suis prêt
non seulement à porter des chaînes, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus ”.
Comme il restait inflexible, ajoute saint Luc, nous cessâmes nos instances en disant : “ Que la volonté du
Seigneur se fasse ! ” Quand Paul arriva à Jérusalem, les disciples le reçurent amicalement, mais ils lui firent
les mêmes recommandations. Quelques jours après, il fut vu au temple et immédiatement reconnu. Aussitôt,
toute la ville fut en émoi et le peuple accourut de toutes parts. On se saisit de Paul et on l’entraîna hors du
temple. Pour le protéger contre la fureur du peuple, le tribun romain le fit emmener dans la forteresse. Paul
lui demanda de pouvoir parler au peuple. Le tribun le lui permit. Paul prononça alors son grand plaidoyer. Il
fut ensuite envoyé au gouverneur Félix, à Césarée, pour subir un second interrogatoire. Il resta près de deux
ans prisonnier à Césarée.

3. Dans l’Octave

La fête d’hier possède une Octave. Saint Bernardin de Sienne, au bréviaire, continue son beau sermon sur
saint Joseph :
“ Entre Marie et Joseph, il y eut un véritable mariage contracté sous l’inspiration divine. Or, dans le
mariage, il y a une telle union des âmes, que l’homme et la femme sont considérés comme ne faisant

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qu’une personne et, par suite, réalisent ce qu’on peut appeler l’unité suprême. Ceci étant, comment
peut-on se figurer que le Saint-Esprit aurait choisi, pour former une telle union avec l’âme de la
Sainte Vierge, une âme qui ne lui aurait pas été entièrement semblable par la pratique des vertus ?
C’est pourquoi je crois que saint Joseph eut la plus pure virginité, la plus profonde humilité, l’amour
le plus ardent et le plus grand zèle pour Dieu, ainsi que la contemplation la plus élevée. La Vierge
savait que celui qui lui était donné par le Saint-Esprit, comme époux et comme gardien fidèle de sa
virginité, partagerait son amour et sa sollicitude respectueuse pour le divin Enfant. C’est pourquoi
elle aima saint Joseph de toute l’affection de son cœur et très sincèrement. Joseph eut pour le Christ
un très ardent amour. Quand il tenait le Christ dans ses bras ou qu’il s’entretenait avec lui, qui
douterait que le Christ, enfant ou adulte, n’ait produit et imprimé dans son cœur d’ineffables
sentiments de douceur ? Combien de doux baisers n’a-t-il pas reçus de lui ? Avec quelle douceur
n’entendait-il pas le petit Enfant balbutiant le nom de père ? Quelle suavité quand il recevait les
tendres embrassements de Jésus ! ”

L’Eglise place ses enfants sous sa protection Aie confiance en lui, communauté du peuple,
Et se met à l’ombre de ses branches, Répandez vos cœurs devant lui.
A son ombre elle sera à l’abri de la chaleur Et elle trouvera son repos dans sa gloire.
Et elle trouvera son repos dans sa gloire, Alleluia

VENDREDI DE LA SECONDE SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES


Dans l’Octave

1. Antiennes directrices

Le matin, nous chantons cette antienne : “ Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela et entrât ainsi dans sa
gloire ? Alleluia ” (Ant. Bened.). Le soir, nous sommes de nouveau en présence du Bon Pasteur : “ Comme
mon Père me connaît, je connais aussi mon Père et je donne ma vie pour mes brebis, Alleluia ” (Ant. Magn.).

2. Lecture d’Écriture Act. Ap., XXV, 1-12

Félix fut remplacé par Portius Festus. Celui-ci, voulant faire plaisir aux Juifs, laissa Paul en prison. Quand il
présenta Paul aux Juifs venus de Jérusalem, ceux-ci portèrent contre lui de nombreuses et graves accusations
qu’ils ne purent prouver. Festus, qui voulait être agréable aux Juifs, dit à Paul : Veux-tu monter à Jérusalem
pour y être jugé sur ces griefs en ma présence ? Paul répondit : “ Je relève du tribunal de César ; c’est là que
je dois être jugé. Personne n’a le droit de me livrer aux Juifs puisqu’il n’y a rien de fondé dans leurs
accusations. J’en appelle à César ”. Quand le roi Agrippa vint à Césarée on lui présenta aussi Paul. Agrippa
acquit la conviction que “ cet homme n’avait rien fait qui méritât la mort ou la prison ”. On décida alors
qu’on le conduirait à Rome pour le présenter à l’empereur.

3. Dans l’Octave

Saint Jean Chrysostome, dans son célèbre cycle de prédications sur saint Matthieu, traite de la paternité de
Joseph :
“ C’était la coutume des anciens que la fiancée se tint d’ordinaire dans ]a maison du fiancé. Ainsi,
Marie était aussi dans la maison de Joseph. Mais pourquoi la Vierge ne conçut-elle pas avant d’être
fiancée ? C’est afin que le mystère restât caché pendant quelque temps et que la Vierge ne fût pas
exposée à de méchants soupçons. En effet, quand on voit celui qui aurait eu le plus sujet d’être
jaloux non seulement s’abstenir de renvoyer son épouse et de la marquer d’infamie, mais encore la
recevoir dans sa maison et la servir après sa conception, il faut bien conclure que s’il n’avait pas su,
d’une manière certaine, que cette conception était l’ouvrage du Saint-Esprit, jamais il n’aurait gardé

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sa fiancée auprès de lui et ne l’aurait servie dans tous ses besoins. Pour que personne ne dise : D’où
cela est-il connu ? Qui l’a vu ? Afin qu’ensuite personne ne soupçonne le disciple (saint Matthieu)
d’avoir imaginé cela par amour pour son Maître, il introduit Joseph qui, par les souffrances qu’il a
endurées, doit établir la foi à ce qui a été dit. C’est comme si l’Évangéliste voulait nous dire : Si tu
ne me crois pas et si mon témoignage te paraît suspect, crois au moins le mari. Joseph, en effet, son
époux, était juste. Sous le nom de juste, l’évangéliste entend ici un homme parfait en vertu ”.

SAMEDI DE LA SECONDE SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES


Dans l’Octave

1. Lecture d’Écriture Act. Ap., XXVIII, 16-31

Nous lisons maintenant le récit de la navigation, pleine d’aventures, de Paul vers Rome. Un exégète l’a
appelée une petite Odyssée. En route, ils subirent un naufrage, bien qu’ils longeassent les côtes, selon
l’habitude des navires marchands. Tous furent sauvés grâce à la prière de Paul et ils purent atteindre l’île de
Malte. Les habitants de l’île accueillirent les naufragés avec une bienveillance peu commune. Paul guérit
tous les malades de l’île. Comblés de présents, ils laissèrent ce lieu hospitalier et arrivèrent finalement à
Rome. A Rome, Paul put rester en son particulier sous la garde d’un soldat. Il conservait cependant sa liberté
de mouvement. Au bout de trois jours, il fit appeler les principaux des Juifs et leur expliqua la raison de sa
présence à Rome. Un autre jour fixé par lui, ils vinrent encore plus nombreux et il leur prêcha du matin
jusqu’au soir le royaume de Dieu, essayant de les persuader, par la loi de Moïse et les Prophètes, de ce qui
concerne Jésus. Quelques-uns crurent à ses paroles, d’autres restèrent incrédules. Ils se retirèrent en
désaccord. “ Paul demeura deux ans entiers dans une maison qu’il avait louée. Il recevait tous ceux qui
venaient le visiter, prêchant le royaume de Dieu et ce qui regarde le Seigneur Jésus-Christ en toute liberté et
sans empêchement ”.
C’est ainsi que s’achèvent les vénérables Actes des Apôtres, qui nous donnent de si précieux renseignements
sur la vie de la primitive Église, ainsi que sur saint Pierre et sur saint Paul. Il y a beaucoup à apprendre dans
ce livre.

2. Dans l’Octave

Nous entendons la suite du sermon de la “ Bouche d’or” de l’Église :


“ Joseph, fils de David, ne crains pas de recevoir Marie, ton épouse. Mais que veut dire ce mot :
recevoir ? La garder dans ta maison. Joseph l’avait déjà congédiée dans son esprit. Celle qui est
congédiée, garde-là avec toi, reçois-là non de la main de ses parents, mais de la main de Dieu, veut
dire l’ange. Mais elle ne t’est pas donnée pour un mariage ordinaire ; c’est pour une communauté
d’habitation qu’elle t’est unie par ma voix. De même que le Christ la recommandera un jour au
disciple, de même elle est confiée aujourd’hui par l’ange à son époux. Elle enfantera un Fils et tu
l’appelleras Jésus. Bien que celui qui naît ne soit pas ton fils, tu montreras pour lui les soins et la
sollicitude d’un père ”.

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TRANSITION

Le temps pascal, dans son contenu, peut se diviser en deux parties.


La première partie regarde en arrière et est traversée par ces trois thèmes : la Résurrection – le Baptême –
l’Eucharistie ; elle se termine avec la deuxième semaine après l’octave de Pâques. Vient ensuite la seconde
partie qui prépare à l’Ascension du Seigneur et à l’envoi du Saint-Esprit les deux nouveaux thèmes sont :
Ascension et Saint-Esprit. Le Christ se dispose à fonder son royaume sur la terre et ce royaume devait être un
royaume spirituel. C’est pourquoi le Christ devait quitter la terre et transporter son siège dans le ciel. Les
siens ne devaient pas s’attacher sa personnalité terrestre, ils devaient être spirituels, spiritualisés ; c’est
pourquoi il envoie le Saint-Esprit, le Paraclet, qui tient sa place. Il sera désormais le “ guide ”, le consolateur
des fidèles. Spiritualisation, voilà quelle est la grande ligne qui mène de Pâques à la Pentecôte et qui atteint
son plus haut point à la Pentecôte.
L’Église veut désormais nous faire passer, de plus en plus, de la joie du temps pascal à la vie de
combat qui nous attend dans la réalité. Les néophytes et nous, nous nous sommes approchés tout près du
Seigneur dans ses grands mystères, nous avons touché les plaies du Seigneur. Mais à peine huit jours
s’étaient écoulés que l’Église enlevait déjà aux néophytes leurs habits blancs afin qu’ils ne s’attachent pas à
l’extérieur Elle veut aussi nous détacher de l’extérieur et du symbole. Tout cela n’est qu’un moyen pour
arriver au but. Elle veut nous conduire vers ce qui est intérieur et spirituel. C’est ce but que poursuivront
désormais les messes du dimanche. Tous les Evangiles sont empruntés au magnifique discours d’adieu après
la Cène. Dans ces adieux, le Christ voulait consoler les Apôtres du départ de leur Maître, ancrer leur cœur
auprès de lui dans le ciel et les rendre capables de supporter la souffrance sur la terre. L’Église applique ces
passages au temps qui suit Pâques. Nous aussi, nous devons nous résigner à ne plus sentir le voisinage du
Seigneur. C’est pourquoi l’Église nous montre le ciel (IIIe dimanche) ; et si elle nous conduit dans le monde
hostile (IVe dimanche), par contre, elle nous promet le Saint-Esprit comme consolateur. Enfin, la célébration
fréquente de l’Eucharistie doit nous donner en abondance l’Esprit du Christ.
Samedi soir.
Le samedi soir appartient déjà au dimanche. C’est pourquoi nous chantons d’ordinaire une antienne de
Magnificat tirée de l’Évangile du lendemain. Ainsi, nous chantons aujourd’hui : “ Encore un peu de temps et
vous ne me verrez plus, dit le Seigneur ; et encore un peu de temps et vous me reverrez, car je vais vers mon
Père, Alleluia, Alleluia, Alleluia ” (Ant. Magn.).

TROISIÈME DIMANCHE APRÈS PÂQUES

Il y a déjà trois semaines d’écoulées depuis le saint Jour de Pâques. La Résurrection du Seigneur occupait
toutes les pensées de notre Mère l’Église. Dans la première semaine de Pâques, elle nous mettait chaque jour
sous les yeux une des apparitions du Christ ressuscité. Le dimanche blanc, nous avons vu le Seigneur avec
Thomas et il nous a été permis de mettre nos doigts dans ses plaies glorifiées. Le deuxième dimanche, nous
nous sommes réunis comme des brebis fidèles autour du Bon Pasteur qui, à Pâques, nous avait rassemblés
alors que nous étions errants, et qui, maintenant, nous conduit dans les riches pâturages de ses saints
mystères. Jusqu’ici, l’Église était tout oreilles, tout yeux et tout cœur pour le Ressuscité. A partir
d’aujourd’hui, elle regarde vers l’avenir, vers un double avenir, l’avenir du Christ et notre propre avenir :
Aujourd’hui, pour la première fois, l’Église nous prépare à l’Ascension du Seigneur.
Le Christ dit expressément dans l’Évangile d’aujourd’hui : “ Encore un peu de temps et vous ne me
verrez plus, car je vais vers mon Père ”. Mais nous ne devons pas croire que l’Église, à la pensée du départ
du Christ, va devenir mélancolique et triste. Non ; la jubilation pascale ne diminue pas, elle augmente plutôt.
Voyons l’antienne de l’Introït : “ Tressaillez de joie en Dieu, nations de partout, Alleluia, Alleluia ; célébrez
son nom, Alleluia ; chantez la magnificence de sa gloire, Alleluia, Alleluia ”. L’Église n’est donc pas triste à
la pensée du départ du Seigneur, comme l’étaient les Apôtres dans l’Évangile d’aujourd’hui. Elle me voir le
Seigneur monter au ciel, car elle-même ne se sent pas chez elle sur la terre. Le ciel est sa patrie et elle
soupire après le jour où elle suivra son Époux dans le ciel. Ceci nous amène à parler du second avenir auquel

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nous prépare l’Église, notre propre avenir. Jusqu’ici, nous fêtions Pâques. Nous nous sentions pour ainsi dire
au ciel. Volontiers nous aurions dit comme saint Pierre : “ Il fait bon ici, dressons-y nos tentes ! ” Nous
allions oublier que nous sommes encore sur la terre. L’Église nous ramène aux âpres réalités de la vie
quotidienne. Elle ne nous les peint pas en rose ; elle ne nous présente pas un Eden où ne fleurissent que des
roses sans épines. Elle le dit clairement aux nouveaux chrétiens comme à nous : la vie chrétienne est une vie
dure, difficile, une vie remplie de souffrances, de combats, d’épreuves ; la vie chrétienne est un pèlerinage
vers la patrie céleste.

1. La messe Jubilate

Nous pourrions donner à cette messe le titre suivant : Le chrétien est un étranger sur la terre.
Commençons par l’explication de l’Épître de saint Pierre : “ Mes très chers, je vous en avertis, abstenez-
vous, comme des étrangers et des pèlerins, des désirs charnels qui luttent contre l’âme ”. Nous devons donc
être des étrangers et des pèlerins sur la terre. Pour mieux nous faire comprendre recourons à une parabole :
Un père avait deux fils. Quand ils furent grands, il les envoya voyager à l’étranger. Ils devaient s’y instruire
et revenir ensuite à la maison. L’un des deux fils s’en va, se plaît à l’étranger, oublie la patrie et s’adonne au
jeu et à la boisson. L’étranger devient sa patrie. Le second s’en va, lui aussi. L’amour de la patrie
l’accompagne ; il travaille avec ardeur pour s’instruire comme il faut. Les jeunes filles de l’étranger essaient
de l’attirer, mais il ne fait pas attention à elles, car il a sa fiancée au pays. Il ne charge pas son sac de voyage
et, dès qu’il le peut, il s’en retourne, léger, vers sa patrie. Il souffre souvent de la nostalgie. Quand il reçoit
une lettre de son père, sa nostalgie augmente encore. Il écrit souvent lui-même à la maison. De temps en
temps, son père lui envoie un pain de la maison, qu’il mange de grand appétit et qui le soutient dans son
voyage. Il revient enfin heureusement dans sa patrie. Voilà la parabole. Donnons-en maintenant l’explication.
Dieu envoie les hommes sur la terre, qui est pour nous l’exil. Notre patrie, c’est le ciel ; notre Père, c’est
Dieu. Une partie des hommes se trouvent si bien sur la terre qu’ils oublient le ciel. Leur cœur est attaché aux
biens et aux occupations de la terre ; ils n’ont pas le moindre désir de la patrie céleste. Quand leur Père leur
envoie une lettre – c’est-à-dire la prédication, la Sainte Écriture, l’Évangile, qui est la parole de Dieu, une
lettre de Dieu – ils se bouchent les oreilles et ne veulent ; pas entendre. Ce sont les enfants du monde. Une
autre partie des hommes marche avec amour et espérance vers Dieu et vers le ciel, à travers l’exil de la vie
terrestre. Ils se sentent pèlerins et étrangers. Ils vivent sans doute parmi les hommes, remplissent leurs
devoirs et leurs tâches, mais leur cœur est dans la patrie. Ils se soumettent aux lois et aux coutumes du pays,
s’efforcent de vivre en bons termes avec tous, mais ils se sentent étrangers sur la terre. C’est pourquoi les
gens avec qui ils vivent ne les voient pas d’un bon œil ; on les traite de rêveurs chimériques. Ils ne
s’alourdissent pas de biens terrestres ; ils passent avec un léger bagage à travers le monde – c’est la pauvreté
spirituelle. Ils se réjouissent quand ils reçoivent une lettre de leur Père céleste – c’est-à-dire : ils lisent et
entendent volontiers la parole de Dieu. Ils écrivent volontiers au paradis – par la prière. Le Père céleste leur a
donné un pain du ciel – la sainte Eucharistie – ; ils sont heureux d’en manger quand le chemin est rude et
pénible. Ce pain leur donne de nouvelles forces et les garde des séductions de l’étranger.
Nous comprenons maintenant l’Épître ; elle nous donne les règles de voyage pour notre pèlerinage terrestre.
Pour conclure, saint Pierre résume l’attitude que nous devons avoir en quatre phrases courtes : “ Honorez
tout le monde, aimez vos frères, ayez du respect pour Dieu, honorez le roi ”.
A cette Épître du voyage convient très bien l’Évangile du petit délai. Cette péricope est tirée du discours
d’adieu du Seigneur après la Cène. De ce discours, l’Église aime faire les adieux du Seigneur avant
l’Ascension. Quand nous entendons cet Évangile, nous devons dire : voici les adieux du Seigneur au moment
où il nous quitte. Mais que veut nous dire l’Église, à nous ? Dans notre vie, il y a aussi deux délais, et les
choses se passent pour nous exactement comme pour les disciples.“ Un peu de temps et vous ne me verrez
pas ”. C’est la vie terrestre, pendant laquelle nous ne voyons pas le Seigneur. C’est le temps de l’exil
terrestre, et il en va pour nous comme pour les Apôtres : “ Vous gémirez et vous pleurerez ; quant au monde,
il se réjouira ”. La vie terrestre ne présente guère aux enfants de Dieu que des larmes et du chagrin ; ils
rencontrent bien des peines sur la terre. Pour les mauvais, ils vivent dans la joie et la volupté ; ils se rient de
nous. Mais cela même est pour nous une consolation. La vie terrestre ne dure qu’“ un peu de temps ”. Bientôt
viendra le second délai : “ vous me verrez de nouveau ” ; “ quand je vous reverrai, votre cœur se réjouira, et
votre joie, personne ne pourra vous l’enlever. ” Quand nous serons morts, le Sauveur glorifié paraîtra devant
nous. Alors toute souffrance sera oubliée, alors ce sera la joie éternelle.

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Cette idée du petit délai est chère à la chrétienté ; elle s’applique tour à tour au Seigneur et aux disciples ;
elle exerce sur tous les cœurs un véritable charme. L’oraison, elle aussi, est une prière de voyage : “ Ô Dieu,
tu montres à ceux qui errent la lumière de ta vérité, afin qu’ils puissent revenir sur la voie de la vérité ”.
L’oraison suppose que nous errons sur la terre, que nous avons besoin d’un guide et, pour ainsi dire, d’une
étoile, comme les Mages, de la lumière de la vérité – et non de la lumière trompeuse des joies mondaines.

2. La prière des heures

Aux matines, Saint Augustin parle aujourd’hui de la “ résurrection de la chair ”. Ce passage est très
important pour le temps pascal :
“ dans ces saint jours consacrés à la Résurrection du Seigneur, nous voulons autant que sa grâce nous
le permettra, parler de la résurrection de la chair. C’est en effet notre foi ; ce don nous a été promis
dans la chair de Notre Seigneur Jésus-Christ et a été réalisé en lui, par avance, d’une manière
exemplaire. Il voulait, en effet, non seulement annoncer ce qu’il nous a promis pour la fin du monde,
mais encore le montrer par avance. Car ceux qui vivaient alors et qui s’effrayèrent quand ils le virent,
croyant avoir devant les yeux un esprit, constatèrent la réalité de son corps. Il ne parla pas seulement
par des paroles à leurs oreilles, mais encore en se montrant à leurs yeux. C’eût été trop peu de se
montrer à leurs regards s’il n’avait pas encore offert son corps au toucher. Il dit, en effet : Pourquoi
êtes-vous troublés et pourquoi les pensées montent-elles dans votre cœur ? Car ils croyaient voir un
esprit. Pourquoi êtes-vous troublés et pourquoi les pensées montent-elles dans votre cœur ? Voyez
mes mains et mes pieds ; touchez, voyez ; car un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en
ai. C’est contre cette évidence que les hommes disputaient. Que peuvent faire les hommes qui ne
conçoivent que ce qui est humain sinon disputer contre Dieu sur ce qui est divin ? Car il est Dieu et
ils sont hommes. Mais Dieu sait que les pensées des hommes sont vaines. Dans l’homme charnel,
toute la connaissance se règle d’après ce qu’il a l’habitude de voir. Ce qu’ils voient d’ordinaire, ils le
croient ; ce qu’ils n’ont pas l’habitude de voir, ils ne le croient pas. Dieu fait des miracles qui
dépassent ce qui est habituel, parce qu’il est Dieu. Assurément, c’est un plus grand miracle de voir
naître tant d’hommes qui n’étaient pas, que d’en voir ressusciter quelques-uns qui étaient déjà ;
cependant, on ne remarque pas ces miracles, parce que l’accoutumance les a rendus banals. Le Christ
est ressuscité ; c’est un fait certain. Il était corps, il était chair ; il a été suspendu à la Croix, il a rendu
son esprit ; sa chair a été mise au tombeau. Celui-là l’a rendue vivante qui vivait en elle. Pourquoi
sommes-nous étonnés ? pourquoi ne croyons-nous pas ? C’est Dieu qui a opéré cela. Songez à
l’auteur de ce miracle et supprimez le doute ”.
Au troisième nocturne, le même saint docteur explique le “ petit délai ” : “ Le petit délai est tout l’espace de
la vie terrestre ”. Ces paroles : “ Encore un peu de temps et vous me reverrez ” s’appliquent à toute l’Église.
Maintenant, sans doute, le petit délai nous paraît bien long. Mais quand il sera passé, on se rendra compte
combien il était petit.

3. Lecture d’Ecriture Apocalypse, chap. I

On trouve un beau complément des pensées du dimanche sur notre condition d’“ étrangers sur la
terre” dans la lecture d’Écriture de cette semaine. L’Apocalypse nous conduit dans la patrie céleste – c’est ce
que nous montrent les répons de la semaine. Ce livre est le seul livre prophétique du Nouveau Testament. Les
événements de la fin du monde et le retour du Christ pour le jugement dernier en constituent l’objet
principal. L’Apôtre saint Jean l’a écrit à Patmos. L’Apocalypse est, pour l’Église universelle de tous les
temps, pour tous les fidèles, un livre de consolation et d’encouragement. C’est la confirmation de la
promesse du Christ : “ Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ”. Voici le début : “ Révélation de
Jésus-Christ, que Dieu lui a confiée pour découvrir à ses serviteurs les événements qui doivent arriver
bientôt. Il l’a fait connaître en envoyant un ange à son serviteur Jean, qui atteste la parole de Dieu et le
témoignage de Jésus-Christ en tout ce qu’il a vu. Voici qu’il vient leur les nuées. Tout œil le verra, même
ceux qui l’ont percé, et toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine en le voyant. Oui, Amen. “ Je suis
l’alpha et l’omega, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant. Moi, Jean, votre
frère, qui participe avec vous à l’affliction. je fus ravi en esprit, le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi

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une voix forte comme une trompette qui disait : “ Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept
Églises d’Asie. Alors, je me retournai pour voir quelle était la voix qui me parlait et je vis sept chandeliers
d’or et, au milieu des chandeliers, quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme. Il était vêtu d’une longue
robe, portait à la hauteur des seins une ceinture d’or. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine
blanche, comme de la neige, et ses yeux étaient comme une flamme de feu. Ses pieds étaient semblables à du
minerai d’or qu’on aurait embrasé dans une fournaise et sa voix était comme la voix des grandes eaux. Il
tenait dans sa main droite sept étoiles ; de sa bouche sortait un glaive aigu à deux tranchants et son visage
était comme le soleil quand il brille dans sa force. Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort et il
posa sur moi sa main droite en disant : “ Ne crains point, je suis le Premier et le Dernier ; j’ai été mort, mais
voici que je suis vivant pour les siècles des siècles ; je tiens les clefs de la mort et de l’enfer ”.

4. Chant de la patrie

La messe nous montre notre condition d’exilés. La lecture d’Écriture nous fait entrevoir la patrie. Les beaux
répons nous montrent notre Mère l’Église sous différents aspects : comme la vigne fertile, comme l’Épouse
parée et comme Jérusalem.
“ Comme une vigne fertile, j’ai exhalé une suave odeur, Alleluia, Venez vers moi, vous qui me désirez, et
rassasiez-vous de mes fruits, Alleluia, Alleluia. En moi est toute grâce de voie et de vérité, En moi est tout
espoir de vie et de vertu ”.
“ Tes places, Jérusalem, sont recouvertes d’or pur, Alleluia. Et l’on chantera en toi le cantique de la joie :
Alleluia. Et, dans toutes les rues, tous chanteront : Alleluia, Alleluia. Tu resplendiras de lumière et routes les
extrémités de la terre t’honoreront ”. “ L’un des sept anges me dit : Viens, je veux te montrer la nouvelle
épousée, l’Epouse de l’Agneau. Et je vis Jérusalem descendre du ciel, Ornée de tous ses joyaux, Alleluia,
Alleluia, Alleluia ”.

LUNDI DE LA TROISIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES


Dans l’Octave

1. Antiennes directrices

Le matin, notre chant s’occupe du Ressuscité : “ Et commençant par Moïse et les Prophètes, il leur expliqua,
dans l’Écriture, ce qui le concerne ” (Ant. Bened.). Le soir, nous répétons une parole du Seigneur, tirée de
l’Évangile : “ Votre tristesse sera changée en joie, Alleluia ; et votre joie, personne ne pourra vous l’enlever,
Alleluia, Alleluia ” (Ant. Magn.). L’Église nous recommande ainsi de vivre, pendant tout le jour, avec le
Ressuscité.

2. Lecture d’Écriture Ap., chap. 2 et 3

Comme sept colonnes puissantes de l’atrium, les lettres aux Églises d’Asie sont placées devant le sanctuaire
des visions célestes. Ces sept lettres nous sont adressées à nous aussi. Ces sept Églises représentent toutes les
Églises, toutes les conditions et tous les états d’âmes. Le contenu de ces lettres nous montre combien le
Christ condamne toute indifférence dans la foi, combien il tient à la profession ferme de la foi, combien il
désire que notre amour soit agissant. Ces lettres méritent que nous les lisions avec attention. Nous en lisons
seulement deux, celle du plus grand éloge et celle du plus grand blâme :
“ Écris à l’ange de l’Église de Smyrne (l’évêque de Smyrne était alors saint Polycarpe) : Voici ce que
dit le Premier et le Dernier, celui qui était mort et qui a repris vie : Je connais ta tribulation et ta
pauvreté – mais tu es riche ; je sais les insultes de ceux qui se disent Juifs et ne le sont pas, mais bien
une synagogue de Satan. Ne crains pas ce que tu auras à souffrir. Voici que le diable va jeter
quelques-uns d’entre vous en prison, afin que vous soyez à l’épreuve, et vous aurez une tribulation
de dix jours. Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne de vie. Que celui qui a des

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oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises : “ Celui qui vaincra ne recevra aucun dommage de la
second mort ”. – Écris à l’ange de l’Église de Sardes : “ Voici ce que dit celui qui a les sept Esprits de
Dieu et les sept étoiles : Je connais tes œuvres ; tu passes pour vivant, mais tu es mort. Sois vigilant
et affermis le reste qui allait mourir ; car je n’ai pas trouvé tes œuvres parfaites devant mon Dieu.
Souviens-toi donc des enseignements que tu as reçus et entendus ; garde-les et repens-toi. Si tu ne
veilles pas, je viendrai à toi comme un voleur, sans que tu aies su à quelle heure je viendrai à toi.
Pourtant tu as, à Sardes, quelques personnes qui n’ont pas souillé leurs vêtements ; ceux-là
marcheront avec moi, en vêtements blancs, parce qu’ils en sont dignes. Celui qui vaincra sera ainsi
revêtu de vêtements blancs ; je n’effacerai point son nom du livre de vie et je confesserai son nom
devant mon Père et devant ses anges. Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux
Eglises ”.

3. Symbole de la Résurrection

Si nous voulons résumer les antiques symboles chrétiens dans une courte formule, nous pouvons dire qu’ils
traitent surtout deux thèmes : ou bien ils représentent la vie cultuelle chrétienne, principalement dans les
deux sacrements de la vie divine, le baptême et l’Eucharistie ; ou bien ils parlent de l’au-delà, de la
résurrection de la chair, de l’immortalité.
Les deux thèmes peuvent, à leur tour, se ramener à un seul : la vie divine dans la grâce et dans la gloire.
Parmi les symboles qui ont trait à l’au-delà, on doit surtout en signaler deux, pris dans le monde
animal : le symbole du paon et celui du phénix. Le paon se retrouve souvent sur les antiques sarcophages
chrétiens, mais aussi dans les catacombes et les basiliques. Il signifie l’immortalité dans la vie future. On
représente souvent le paon picorant des raisins : le symbole est alors un symbole eucharistique. L’Eucharistie
conserve et donne l’immortalité “ Celui qui mange ma chair aura la vie en lui et je le ressusciterai au dernier
jour ”.
Comme le symbole du paon, celui du phénix a été emprunté au paganisme D’après Lactance, voici quel est
le sujet de la légende du phénix :
“ Dans le lointain Orient, il y a un séjour de paradis. Le soleil printanier le baigne de ses rayons ; il y
règne un climat égal, sans variations de température. On n’y connaît ni la souffrance, ni la maladie,
ni la mort. Une source claire arrose ce jardin ; de hauts arbres l’ombragent ; ils sont chargés de fruits
précieux qui ne tombent jamais. Dans ce jardin, vit un oiseau particulier, le phénix, consacré au dieu
du soleil, à Phébus. A la première clarté de l’aurore, il se baigne quatre fois dans le fleuve et boit
quatre fois aussi à la source vive. Il s’envole ensuite sur l’arbre le plus haut et, regardant le ciel, il
épie le lever du soleil. Dès qu’il en aperçoit le premier rayon, il le salue par un chant sacré dont la
beauté dépasse toute musique. Quand le soleil est dans son plein éclat, il bat bruyamment des ailes et
salue avec respect le visage brillant de Phébus. Au bout de 1000 ans, il sent que son temps est révolu.
Il quitte alors le paradis natal et s’enfuit dans le monde où règne la mort. Ses ailes l’emportent
rapidement vers la Phénicie : Là, il se repose dans les lieux les plus écartés ; il cherche le palmier le
plus élevé, celui qui porte son nom “ phénix ”. Il y construit son nid qui doit être aussi sa tombe.
Mais il ne périt que pour vivre et se renouveler. Il rassemble les plus précieuses épices de tous les
pays, s’en enveloppe et meurt. Son corps, qui a succombé à la mort qui doit engendrer la vie,
s’enflamme à l’ardeur du soleil et brûle complètement. Mais la cendre renferme un nouveau germe
de vie. Il en sort un ver blanc comme le lait ; ce ver, comme la chenille qui se transforme en papillon,
se transforme en phénix et se nourrit uniquement de la rosée du ciel. Quand ce nouveau phénix a
grandi et atteint sa taille complète, il se prépare à retourner dans son ancienne patrie. Il rassemble les
restes de ses ossements et des épices et les porte dans le temple d’Hiéropolis, sur l’autel du dieu du
soleil. Ceux qui le voient s’étonnent de sa beauté. Ses plumes brillent des plus magnifiques couleurs.
Ses yeux ont l’éclat de la pierre de jacinthe et sa tête est entourée d’une couronne de rayons. Aucun
oiseau, et même aucun animal, ne peut lui être comparé. Il a un aspect royal et, malgré sa taille
gigantesque, vole avec légèreté et grâce Toute l’Égypte se précipite pour le saluer et on signale le
jour de son arrivée. Tous les oiseaux se rassemblent pour l’escorter. Quant à lui, il retourne dans son
jardin natal ”.
Le phénix est donc, dans l’art chrétien antique, le symbole de la résurrection de la chair pour la vie éternelle.
Au phénix, on unit le palmier qui porte d’ailleurs son nom – phoinix en grec).

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MARDI DE LA TROISIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

Dans l’Octave

1. Antiennes directrices

Le matin : “ Et ils le forcèrent : Reste avec nous, Seigneur, car il se fait tard, Alleluia ” (Ant. Bened.).
“ La tristesse remplit votre cœur ; mais votre joie, personne ne vous l’enlèvera, Alleluia ” (Ant. Magn.).

2. Lecture d’Écriture Ap., chap. 4

Les trois premiers chapitres, avec l’introduction et les sept lettres, étaient le péristyle du livre. Jusqu’ici,
l’Apocalypse a dit “ ce qui est ”, c’est-à-dire a parlé de l’état actuel de l’Église ; Maintenant, elle commence
à révéler les événements futurs, “ ce qui viendra ensuite ”. Jean nous transporte dans le ciel.
“ Alors, un trône fut dressé et, sur ce trône, quelqu’un était assis. Et celui qui était assis avait un
aspect semblable à la pierre de jaspe et de sardoine, et le trône était entouré d’un arc-en-ciel d’une
apparence semblable à l’émeraude. Autour du trône, étaient vingt-quatre trônes, et, sur ces trônes,
vingt-quatre vieillards, assis, revêtus de vêtements blancs avec des couronnes d’or sur leurs têtes. Du
trône sortaient des éclairs, des voix et des tonnerres, et sept lampes ardentes brûlaient devant le
trône : ce sont les sept Esprits de Dieu. En face du trône, il y avait comme une mer de verre,
semblable à du cristal ; et devant le trône et autour du trône, quatre animaux couverts d’yeux devant
et derrière. Ces animaux ne cessaient, jour et nuit, de dire : “ Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le
Dieu Tout-Puissant, qui était et qui est et qui vient ”. Quand les animaux rendaient gloire, honneur et
action de grâces à celui qui est assis sur le trône et adoraient, celui qui vit dans les siècles des siècles,
les vingt-quatre vieillards se prosternaient devant celui qui est assis sur le trône, et adoraient celui
qui vit dans les siècles des siècles, et jetaient leurs couronnes devant le trône en disant : “ Tu es
digne, Seigneur, notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance, car c’est toi qui as créé
toutes choses et c’est à cause de ta volonté qu’elles sont ”.
C’est une sublime scène liturgique. Les vingt-quatre vieillards sont les représentants du royaume de Dieu sur
terre (12 tribus d’Israël et douze Apôtres). Ils portent des vêtements blancs et une couronne d’or. Ce sont des
prêtres royaux. Les quatre animaux sont les chérubins qui représentent la vie créée dans toute sa plénitude.
Au “ Sanctus ”, les vieillards tombent à genoux et jettent leur couronne devant le trône. Nous voyons, dans
ce chapitre, l’adoration de Dieu au ciel.

MERCREDI DE LA TROISIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

OCTAVE DE SAINT JOSEPH


double majeur

Je serai toujours votre protecteur

1. Jour octave

Nous célébrons, aujourd’hui, le huitième jour, le jour octave de la fête du patronage de saint Joseph. Nous
résumons, une fois encore, les idées principales de la grande fête. Pourquoi l’Église a-t-elle choisi saint
Joseph comme patron et protecteur ? Elle a sans doute été guidée par cette pensée : si saint Joseph a été le
gardien fidèle des deux plus chers trésors de Dieu, le Christ et Marie, il gardera, avec la même fidélité, son
troisième trésor, l’Église. Il a été le père nourricier du Christ pendant sa vie terrestre, il saura aussi nourrir et
protéger le Christ mystique, les enfants de Dieu qui sont les membres du Christ. S’il a été, pour l’Épouse du
Saint-Esprit, la Vierge Marie, un auxiliaire fidèle et zélé, il secourra aussi l’Épouse du Christ, la sainte
Église.

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2. Lecture d’Écriture Apoc., Chap. 5

La vision commencée au chapitre précédent se continue. Dans la main droite de Dieu, se trouve un livre écrit
en dedans et en dehors. Ce livre contient les desseins de Dieu concernant l’œuvre du salut et le sort futur du
Royaume de Dieu sur la terre. Maintenant apparaît, au milieu de la scène, l’Agneau qui est “ comme immolé
”. “ Il a sept cornes et sept yeux ”. L’Agneau est le Christ immolé et glorifié ; les cornes sont le symbole de la
puissance ; les yeux, le symbole de l’omniscience, de la plénitude du Saint-Esprit avec ses sept dons.
L’Agneau prit de la main de Dieu le livre scellé. Seul, l’Agneau était digne d’ouvrir les sceaux du livre. Puis
vient une nouvelle scène saisissante d’adoration de toute la cour céleste. Dès que l’Agneau eut pris le livre,
les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l’Agneau, tenant chacun une harpe et
des coupes d’or pleines de parfums qui sont les prières des saints. Et ils chantaient un cantique nouveau en
disant : “ Tu es digne de recevoir le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu as été immolé et tu a racheté pour
Dieu, par ton sang, des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation et tu les as
faits rois et prêtres et ils régneront sur la terre. ” Puis je vis et j’entendis, autour du .trône, autour des
animaux et des vieillards, la voix d’une multitude d’anges, des milliers et des milliers. Ils disaient d’une voix
forte : “ L’Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force,
l’honneur, la gloire et la bénédiction ”. Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et
dans la mer, et toutes les choses qui s’y trouvent, je les entendis qui disaient : “ A celui qui est assis sur le
trône et à l’Agneau, louange, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles ”.
C’est là un des plus beaux passages de l’Écriture.

JEUDI DE LA TROISIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

1. Antiennes directrices :

“ Reste avec nous, car il se fait tard et le jour baisse déjà, Alleluia ” (Ant. Bened.). “ Votre tristesse, Alleluia,
se changera en joie, Alleluia ” (Ant. Magn.).Nous constatons que l’Église aime nous rappeler le matin, le
charmant Évangile d’Emmaüs ; le soir, elle tire son chant de l’Évangile du dimanche.

2. Lecture d’Écriture Ap., chap. 15-18

A la prière des Heures, nous sautons maintenant plusieurs chapitres de l’Apocalypse. Les chapitres passés
traitent de l’ouverture des sept sceaux du livre. L’ouverture des sept sceaux représente l’achèvement de la
Rédemption dans le temps. Cet achèvement est lié à des châtiments. Avec le chapitre 12, commence la
seconde partie du livre. On y présente les forces opposées au christianisme. Pendant un temps elles déploient
leur puissance, mais sous la figure d’un dragon ; l’antéchrist, sous la figure d’une bête qui monte de la mer.
La puissance séculière, ennemie du Christ, est présentée sous la forme de Babylone, d’une prostituée assise
sur une bête écarlate.
“ Je vis dans le ciel, un autre signe grand et étonnant : sept anges qui tenaient en main sept plaies, les
dernières, car c’est par elles que doit se consommer la colère de Dieu. Et je vis comme une mer de
verre mêlée de feu et, au bord de cette mer, étaient debout les vainqueurs de la bête, de son image et
du nombre de son nom, tenant les harpes sacrées. Ils chantaient le cantique de Moïse, le serviteur de
Dieu, et le cantique de l’Agneau : “ Grandes et admirables sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Tout-
Puissant ! Justes et véritables sont tes voies, ô Roi des siècles. Qui ne craindrait, Seigneur, et qui ne
glorifierait ton nom ? Car tu es saint. Et toutes les nations viendront se prosterner devant toi, parce
que tes jugements justes se sont manifestés ”. Un des sept anges qui portaient les sept coupes vint me
parler en ces termes : “ Viens, je te montrerai le jugement de la grande prostituée qui est assise sur
les grandes eaux, avec laquelle les rois de la terre se sont souillés et qui a enivré les habitants de la
terre de son impudicité ”. Et il me transporta en esprit dans un désert. Et je vis une femme, assise sur
une bête écarlate, pleine de noms de blasphème et ayant sept têtes et sept cornes. Cette femme était
vêtue de pourpre et d’écarlate et richement parée d’or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait à
la main une coupe d’or remplie d’abominations et de souillures de sa prostitution. Sur son front, était

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un bandeau mystérieux : “ Babylone la grande, la mère des impudicités et des abominations de la
terre ”. Je vis cette femme ivre du sang des saints et des témoins de Jésus et, en la voyant, je fus
frappé d’un grand étonnement ”

VENDREDI DE LA TROISIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

1. Antiennes directrices

Le matin, nous entrons avec les disciples d’Emmaüs dans la maison de Dieu où le Ressuscité nous offre son
pain de bénédiction : “ Et il entra avec eux et il arriva, comme il était à table avec eux, qu’il prit du pain, le
bénit, le rompit et le leur présenta, Alleluia ” (Ant. Bened.). Le soir, au coucher du soleil, nous entendons les
paroles consolantes du Seigneur : “ En vérité, en vérité, je vous le dis, je vous reverrai et votre cœur se
réjouira et votre joie, personne ne pourra vous l’enlever ”. L’Église nous invite ainsi a faire passer l’Évangile
dans notre vie.

2. Lecture d’Écriture Apoc., chap. 19

Vers la fin de son livre, l’Apôtre nous conduit de nouveau au ciel. Ce chapitre est riche en passages sublimes.
Il nous montre des images triomphales :
1. La joie du Ciel quand la grande prostituée est châtiée. “ Alleluia ! Le salut, la gloire et la puissance
appartiennent à notre Dieu parce que ses jugements sont vrais et justes. Il a jugé la grande prostituée qui
corrompait la terre par son impudicité et il a vengé le sang de ses serviteurs répandus de sa main. Les vingt-
quatre vieillards confirment cette expression de joie en disant : Amen, Alleluia ! ”
2. Maintenant, commencent les noces de l’Agneau ; son Épouse est prête ; il lui a été donné de se vêtir de lin
fin, éclatant et pur.
3. Contrastant avec cette Image de joie, vient un tableau guerrier. Le vainqueur s’avança sur un cheval blanc,
“ il était vêtu d’un vêtement teint de sang. Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs,
avec des vêtements de lin fin, blanc et pur. De sa bouche sortait un glaive affilé pour en frapper les
nations ; c’est lui qui les gouvernera avec un sceptre de fer et c’est lui qui foulera la cuve du vin de
l’ardente colère du Dieu Tout-Puissant. Sur son vêtement et sur sa cuisse, il porte écrit ce nom : Roi
des rois et Seigneur des seigneurs ”.

SAMEDI DE LA TROISIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

1. Antienne directrice

“ Ils reconnurent le Seigneur Jésus à la fraction du pain, Alleluia ” (Ant. Bened.). L’Église nous présente
presque chaque jour une parole consolatrice du Seigneur. C’est la méthode de méditation de l’Église.

2. Lecture d’Écriture Apoc., chap. 21-22

Le livre du Voyant a une conclusion grandiose ; il décrit le passage de l’Église au ciel, dans la céleste
Jérusalem.
Je vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, vêtue comme une
nouvelle mariée parée pour son époux. Et j’entendis une voix forte qui me disait : “ Voici le
tabernacle de Dieu avec les hommes et il habitera avec eux et ils seront son peuple et, lui-même, il
sera le Dieu avec eux, il sera leur Dieu. Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et il n’y aura plus de
deuils, ni cris, ni douleurs, car les premières choses ont disparu. Et celui qui était assis sur le trône dit

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: “ Voici que je fais toutes choses nouvelles ”. Le Voyant décrit la Jérusalem céleste et compare le
paradis à l’arbre de vie dont les feuilles servent à la guérison des nations. Les serviteurs de Dieu
verront sa face et son nom sera sur leurs fronts. Il n’y aura plus de nuit, et ils n’auront plus besoin ni
de la lumière de la lampe, ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur sera leur lumière, et ils
règneront dans les siècles des siècles. Et l’ange me dit : “ Ces paroles sont certaines et véritables.
Dieu, le Seigneur des esprits des prophètes, a envoyé son ange pour montrer à ses serviteurs les
choses qui doivent arriver bientôt. Heureux celui qui garde les paroles de la prophétie de ce livre !

L’Apocalypse, le dernier livre de la Sainte Écriture, se termine par ce cri d’attente ardente de l’ancienne
Eglise : “ Viens, Seigneur Jésus ”. Et le Christ dit : “ Oui, je viens bientôt ”.

Dès dimanche dernier, l’Église nous a préparés à l’Ascension du Seigneur. Elle fait aujourd’hui un
pas de plus. Elle ne nous parle pas seulement de l’Ascension, mais encore de la descente du Saint-Esprit.
Davantage même : elle nous enseigne qu’il y a, entre le départ du Seigneur et l’envoi du Saint-Esprit, une
relation intime. Le Sauveur nous déclare expressément que le Saint-Esprit ne pourrait pas venir s’il ne
quittait lui-même la terre. Au contraire, s’il s’en va, le Saint-Esprit prendra la place de Jésus ; il sera le
consolateur, le guide, le Paraclet (avocat) de l’Église et des chrétiens. Il y aura, il est vrai, une différence. Le
Christ a rempli ces rôles visiblement, le Saint-Esprit agira invisiblement dans l’Église et dans l’âme.

Samedi soir. Le samedi soir, nous chantons déjà une antienne tirée de l’Évangile du lendemain : “ Je
vais vers celui qui m’a envoyé et personne de vous ne me demande : Où vas-tu ? Alleluia ”.

L’Église nous prépare à l’Ascension du Seigneur.

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QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS PÂQUES

1. Premières impressions

Aujourd’hui précisément l’Église nous parle de l’action du Saint-Esprit. Cette action est triple : dans le
monde, dans l’Église et dans l’âme. Dans le monde : Le Saint-Esprit présentera au monde coupable un miroir
dans lequel il pourra voir sa culpabilité, la vérité et la juste cause de l’Église, mais aussi le châtiment qui le
menace. Le Saint-Esprit montre au monde la marche victorieuse de l’Église qu’il dirige. Le monde impie
doit reconnaître ces faits en grinçant des dents, même s’il ne veut pas en convenir extérieurement. Avant le
Christ, le monde croupissait dans la souillure de ses vices, mais il ne se rendait pas compte de son état
dégénéré. Aujourd’hui, l’Église est comme le reproche de la conscience pour les mauvais. Aussi, le monde
hait l’Église parce qu’elle ne cesse de secouer son repos paresseux et de mettre le doigt sur ses plaies.
Combien, cependant, n’ont pu supporter ce reproche et se sont convertis au Christ ! Telle est, en effet,
l’action du Saint-Esprit sur le monde : Ou bien les hommes se convertissent au Christ, ou bien ils haïssent le
Christ ; ils reconnaissent leurs péchés, la justice de l’Église et l’approche menaçante du jugement, soit pour
leur salut, soit pour leur perte. Mais, de toute façon, ils reconnaîtront ces vérités et c’est là l’œuvre du Saint-
Esprit dans le monde.
Plus douce est l’action du Saint-Esprit dans l’Église. Il y continue l’œuvre du Christ sur la terre ; il enseigne
l’Eglise, il rappelle au magistère tout ce que le Christ dit : il garde l’Église exempte de fautes et d’erreurs.
Chrétiens, que de choses nous pourrions dire sur l’action du Saint-Esprit dans l’Église ! Tous les sacrements
sont son œuvre. Dans le Baptême, il nous fait ses temples. Dans la Confirmation ; il fait de nous des
combattants, des prêtres (au sens large), des martyrs. L’Eucharistie est son œuvre. De même que, jadis, il a
été l’auteur de l’humanité du Christ, de même, à la messe, il change le pain et le vin au corps et au sang du
Christ. Le pouvoir de remettre les péchés est son œuvre. C’est pourquoi le Sauveur dit : “ Recevez le Saint-
Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. ” Nous voyons donc quelle grande action
exerce le Saint-Esprit dans l’Église. En parlant de son action dans l’Église, nous avons déjà parlé de son
action dans l’âme. Il est notre guide dans cette vallée de larmes. Il est le docteur de l’âme individuelle. Il y a,
dans notre cœur, un jardin dans lequel il cultive la semence divine et l’arrose. Sans lui, rien ne pousserait.
C’est lui, aussi, qui écarte la mauvaise herbe de ce jardin. Nous comprenons ce que cela veut dire. Les fleurs
sont les vertus, les fruits sont les bonnes œuvres et les mauvaises herbes sont les péchés.

2. La messe Cantate

La messe nous manifeste l’action véritable du Saint-Esprit.


Dans l’Introït, l’Alleluia est le point central. “ Chantez au Seigneur le cantique nouveau : Alleluia ”. On nous
dit aussi le motif de notre chant : “ Il a fait des merveilles ”. Ces merveilles que Dieu manifeste aux regards
du monde, ce sont les œuvres du Saint-Esprit. C’est le Saint-Esprit qui fond les fidèles dans une unité, le
corps mystique du Christ ; c’est lui qui, sur la mer orageuse de la vie, ancre nos cœurs au ciel, où le Christ
nous a précédés (Or.). Le Saint-Esprit “ descend de là-haut ” il est le “ don parfait du Père des lumières ”, il
fait de nous des hommes de lumière “ au milieu des ombres obscures ” de la vie terrestre. Nous avons été “
régénérés ” à Pâques par la divine “ Parole ”, le Christ. C’est alors que la plante divine a été placée dans le
jardin de notre cœur. Nous devons ;maintenant, laisser agir le divin jardinier, le Saint-Esprit, afin que “ notre
âme soit bienheureuse” (Ep.). Ce divin jardinier est “ la droite du Seigneur” – Le Saint-Esprit est souvent
appelé, dans la Sainte-Écriture et la liturgie, le doigt de Dieu. La droite de Dieu crée la victoire, l’exaltation,
la vie (Allel.). C’est pourquoi il est bon pour nous que le Christ s’en aille. Ce n’est qu’à cette condition que
viendra le Paraclet victorieux, le guide, le docteur qui nous fera pénétrer toujours plus avant dans la doctrine
du Christ. C’est lui, aussi, qui glorifiera sur la terre le Christ, le Christ mystique. Cette magnifique activité, le
Saint-Esprit l’exerce dans l’Eucharistie (Ev.). Maintenant, dans le Saint-Sacrifice, nous recevons de nouveau
ce que nous promet l’avant-messe. Nous chantons avec reconnaissance, au moment où nous entrons dans le
sacrifice (Off.), le cantique pascal : “ Que de grandes choses le Seigneur a faites à notre âme ! ” – C’est la
repetenda dans le psaume complet. Dans l’Eucharistie, cet Esprit victorieux vient sur nous et fait de nous des
vainqueurs du monde, des martyrs. Nous chantons à la Communion : “ Quand le Paraclet, l’Esprit de vérité,
viendra ”. C’est maintenant, en effet, au moment de la Communion, qu’il descend en nous.

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3. De la patience

Après nous avoir rappelé le “ petit délai ” dont parle le Seigneur, l’Église nous entretient aujourd’hui de la
patience. Elle nous recommande, cette semaine, la pratique de cette vertu, d’une manière toute spéciale, et
elle nous fait lire un beau passage du livre de saint Cyprien sur la patience. Le saint nous propose, d’abord,
l’exemple de Dieu et du Christ :
“ Cette vertu nous est commune avec Dieu. C’est en lui que cette vertu a son principe, c’est de lui
qu’elle tire sa gloire et sa dignité. Dans son origine et dans sa grandeur, la patience a Dieu comme
auteur. L’homme doit aimer une chose qui est chère à Dieu. Un bien que Dieu aime est recommandé
par sa divine majesté. Si Dieu est notre Seigneur et notre Père, attachons-nous à la patience de celui
qui est à la fois notre Seigneur et notre Père. Il faut, en effet, que les serviteurs obéissent et que les
enfants ne soient pas dégénérés ”.
Saint Cyprien parcourt toute la vie du Seigneur et nous montre partout sa patience, surtout dans sa Passion.
La Sainte Écriture de l’Ancien comme du Nouveau Testament est également remplie d’exemples de patience.
Enfin, saint Cyprien étudie la patience par rapport à la vie chrétienne. Elle donne la persévérance, elle
préserve des vices, elle fait naître l’amour, elle triomphe de la haine et de la discorde, elle fait surmonter les
contrariétés de la vie.
“ L’efficacité de la patience est très étendue. Dans toutes nos actions, rien ne peut s’achever sans
recevoir sa force de la patience. C’est la patience qui nous recommande et nous garde à Dieu. C’est
elle qui tempère la colère, qui réfrène la langue, qui gouverne l’esprit, qui conserve la paix, qui dirige
la bonne éducation, qui brise l’impétuosité des passions, qui réprime la violence de l’orgueil, qui
éteint l’incendie des haines, qui maintient dans ses limites la puissance des riches, qui adoucit la
détresse des pauvres, qui protège la bienheureuse intégrité des vierges, la laborieuse chasteté des
veuves et l’amour indestructible des gens mariés ; elle rend humble dans la prospérité, fort dans
l’adversité, doux en face des injustices et des injures. Elle apprend à pardonner vite à ceux qui
commettent une faute ; si l’on commet soi-même une faute, elle enseigne à demander, longtemps et
avec instance, le pardon. Elle combat les tentations, elle supporte les persécutions, elle conduit à leur
perfection les souffrances et le martyre. C’est elle qui affermit les fondements de notre foi, c’est elle
qui favorise le développement de notre espérance. Elle dirige toutes nos actions, elle nous rend
capables de suivre la voie du Christ en nous faisant marcher dans sa patience ”.

4. Lecture d’Ecriture Jacq., I, 1-16

L’Epître de saint Jacques le Mineur est très instructive et très édifiante ; elle est en même temps facile à
comprendre. Elle fait sans doute partie des plus anciens écrits du Nouveau Testament et doit remonter à
l’époque qui précède de peu le concile de Jérusalem. Elle traite de la pratique de la vie chrétienne. Le
passage qui nous occupe traite de la patience : “ Voyez un sujet de joie, mes frères, dans les épreuves de
toutes sortes qui vous assaillent. Vous le savez, si votre foi est véritable, elle produit la patience ; mais la
patience doit vous mener à la perfection ”. Il parle ensuite de la véritable sagesse – c’est-à-dire de la vie
vertueuse) :
“ Si la sagesse fait défaut à quelqu’un d’entre vous, qu’il la demande à Dieu, lequel la donne à tous,
simplement, sans faire de reproche. Mais qu’il la demande avec foi, sans hésiter. Car celui qui hésite
est semblable au flot de la mer agité et ballotté par le vent. Que cet homme-là ne s’imagine pas qu’il
recevra quelque chose du Seigneur : homme à deux âmes, inconstant dans ses voies. Que le frère
pauvre se glorifie de son élévation et que le riche mette sa gloire dans son abaissement ! Heureux
l’homme qui supporte l’épreuve ! Lorsque quelqu’un est tenté, qu’il ne dise pas : c’est Dieu qui me
tente. Chacun est tenté par sa propre convoitise. Ne vous abusez pas, mes frères bien-aimés. Tout
don excellent, toute grâce parfaite descend d’en haut, du Père des lumières, en qui n’existe aucune
vicissitude, ni ombre de changement ”

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LUNDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

1. Chants de Pâques

Les répons, cette semaine, sont un hymne ininterrompu à l’Alleluia. L’Alleluia est personnifié.
“ Seigneur, je te chante le cantique nouveau : Alleluia, Sur le psaltérion à dix cordes, je joue pour toi :
Alleluia. Tu es mon Dieu, je te loue ; Tu est mon Dieu, je t’exalte ; Sur le psaltérion à dix cordes, je joue
pour toi : Alleluia (Rép.) ”. Antiennes directrices du jour : “ Est-ce que notre cœur ne brûlait pas en nous
pour Jésus quand il nous parlait sur le chemin ? Alleluia ” (Ant. Bened.). “ Je vous dis la vérité ; il vous est
bon que je m’en aille ; car si je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas à vous, Alleluia ” (Ant.
Magn.).
Nous nous réjouissons d’entendre l’Église évoquer encore l’écho de la scène d’Emmaüs. Rappelons-nous,
aussi, que le verset des vêpres, dans le temps pascal, est toujours celui-ci : “ Reste avec nous, Seigneur,
Alleluia – car il se fait tard, Alleluia ! ” Ainsi donc, dans l’esprit de la liturgie, le temps pascal ressemble au
voyage des disciples d’Emmaüs avec le Ressuscité.

2. Lecture d’Écriture Jacq., I, 17-27

“ De sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de la vérité, afin que nous soyons comme les
prémices de ses créatures. ” Saint Jacques parle ensuite de la nécessité de dompter la langue :
“ Que l’homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère. Efforcez-vous de
mettre la parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter ; autrement, vous vous tromperiez
vous-mêmes. Car celui qui se contente d’écouter la parole et ne l’observe pas, est semblable à un
homme qui regarde, dans un miroir, son visage qu’il tient de la nature ; à peine s’est-il considéré
qu’il s’en va, oubliant aussitôt quel il est. Celui qui est fortement attaché à la loi trouve son bonheur
en l’accomplissant. Si quelqu’un s’imagine être religieux sans mettre un frein à sa langue, il s’abuse
lui-même et sa religion est vaine. La religion pure et sans tache devant notre Dieu et Père est ceci :
avoir soin des orphelins et des veuves dans leur détresse et se préserver pur de ce monde ”.

MARDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE APRÈS PÂQUES

1. Chants de Pâques

Antiennes directrices : “ Que la paix soit avec vous, c’est moi, ne craignez pas Alleluia ” (Ant. Bened.). “
Quand viendra le Paraclet, l’Esprit de vérité, il convaincra le monde qu’il y a un péché, une justice et un
jugement, Alleluia ” (Ant. Magn.). “ Si jamais je t’oublie, Alleluia, Que ma droite se dessèche, Que ma
langue colle à mon palais, Si je ne pense pas à toi, Alleluia, Alleluia . (Rép.).

2. Lecture d’Écriture Jacq., II, 1-13

Saint Jacques parle de l’impartialité :


“ Mes frères, si vous faites acception de personne, avez-vous encore la foi en notre glorieux Seigneur
Jésus-Christ ? S’il entre dans votre assemblée un homme qui ait un anneau d’or et un vêtement
magnifique, et qu’il y entre aussi un pauvre avec un habit sordide, et que tournant votre regard vers
celui qui est magnifiquement vêtu, vous lui disiez : “ Assieds-toi ici, à cette place d’honneur ” et que
vous disiez au pauvre : “ Toi, tiens-toi là debout, ou bien : Assieds-toi au bas de l’escabeau de mes
pieds ” n’est-ce pas faire entre vous des distinctions et juger d’après de mauvais principes ? Écoutez,
mes frères bien-aimés. Dieu n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour être
riches dans la foi et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment ? Et vous, vous traitez
les pauvres avec mépris. Ne sont-ce pas les riches qui vous oppriment et vous traînent devant les
tribunaux ? Ne sont-ce pas eux qui outragent le noble nom que vous portez ? ”

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MERCREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

1. Chants de Pâques

Antiennes directrices du jour : “ Un esprit n’a pas de chair et d’os comme vous voyez que j’en ai ; croyez en
moi, Alleluia ” (Ant. Bened.). – “ J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les
porter maintenant. Mais viendra l’Esprit de vérité ; il vous enseignera toute vérité, Alleluia ” (Ant. Magn.).
Le matin, l’Église nous rappelle une scène des apparitions du Ressuscité ; le soir nous entendons une
parole de l’Évangile du dimanche. “ Chantez-nous le cantique, Alleluia, Comment pouvons-nous. sur la terre
étrangère, entonner le chant du Seigneur, l’Alleluia, Alleluia ? Ils nous ont ordonné là-bas, ceux qui nous
emmenèrent prisonniers, de chanter des cantiques joyeux ; Comment pouvons-nous, sur la terre étrangère,
entonner le chant du Seigneur, l’Alleluia, Alleluia ? (Rép.).

2. Lecture d’Écriture Jacq., II, 14-26

Nous lisons le célèbre passage concernant la foi morte et la foi vivante :


“ Que sert-il, mes frères, à un homme, de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas d’œuvres à montrer ! Est-ce
que cette foi pourra le sauver ? Si un frère et une sœur sont dans la nudité et n’ont pas la nourriture
quotidienne, et que l’un de vous leur dise : “ Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous ”, sans
leur donner ce qui est nécessaire à leur corps ; à quoi cela sert-il ? Il en est de même de la foi ; si elle
n’a pas les œuvres, elle est morte en elle-même. Mais on pourrait dire : “ Tu as la foi et moi j’ai les
œuvres ”. Montre-moi la foi sans les œuvres, et moi je te montrerai ma foi par mes œuvres. Tu crois
qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien ; mais les démons le croient aussi et ils tremblent. Mais veux-tu te
convaincre, Ô homme vain, que la foi sans les œuvres est sans vertu ? Abraham, notre père, ne fut-il
pas justifié par les œuvres, lorsqu’il offrit son fils Isaac sur l’autel ? Tu vois que la foi coopérait avec
ses œuvres et que, par les œuvres, la foi fut rendue parfaite Et la parole de l’Écriture s’accomplit : “
Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice. Et il fut appelé “ ami de Dieu ” De même que le
corps sans âme est mort, de même la foi sans les œuvres est morte ”.

JEUDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

1. Chants de Pâques

Antiennes directrices :“ Les disciples présentèrent au Seigneur un morceau de poisson rôti et un rayon de
miel, Alleluia, Alleluia ” (Ant. Bened.). “ Le Consolateur ne parlera pas de lui-même ; mais tout ce qu’il a
entendu, il le dira ; il annoncera ce qui arrivera, Alleluia ” (Ant. Magn.). “ Les eaux t’ont vu, Seigneur, les
eaux t’ont vu et ont tremblé. Puissant était le bruit des eaux ; les nuées ont fait retentir : Alleluia, Alleluia,
Tes éclairs ont brillé sur la terre, la terre les vit et fut ébranlée ”.

2. Lecture d’Ecriture Jacq., III, 1-18

Saint Jacques nous enseigne, dans une leçon sérieuse et pénétrante, à réfréner notre langue. Il nous montre
que la mortification de la langue est une école de formation du caractère et de la volonté.
“ Mes frères, ne vous érigez pas trop en docteurs. Vous savez que cela nous fera juger plus
sévèrement. Car nous péchons tous en beaucoup de choses. Si quelqu’un ne pèche pas en parole,
c’est un homme parfait, capable de tenir aussi tout le corps en bride. Si nous mettons aux chevaux un
mors dans la bouche pour nous en faire obéir, nous gouvernons aussi le corps tout entier. Voyez
encore les vaisseaux ; tout grands qu’ils sont et quoique poussés par des vents impétueux, ils sont
conduits par un très petit gouvernail au gré du pilote qui les dirige. Ainsi la langue est un tout petit
membre, mais de quelles grandes choses elle peut se vanter ! Voyez, une étincelle peut mettre le feu à

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une grande forêt ! La langue aussi est un feu, un monde d’iniquité. N’étant qu’un de nos membres, la
langue est capable d’infecter tout le corps ; elle enflamme notre vie, enflammée qu’elle est elle-
même du feu de l’enfer. Toutes les espèces de quadrupèdes, d’oiseaux, de reptiles et d’animaux
marins peuvent être domptés et ont été domptés par l’homme. Mais la langue, aucun homme ne peut
la dompter ; c’est un fléau qu’on ne peut arrêter, elle est remplie d’un venin mortel. Par elle, nous
bénissons le Seigneur et notre Père et, par elle, nous maudissons les hommes qui ont été faits à
l’image de Dieu. De la même bouche, sortent la malédiction et la bénédiction. Il ne faut pas, mes
frères, qu’il en soit ainsi. Est-ce que, de la même ouverture, la source fait jaillir l’eau douce et l’eau
amère ? Mes frères ; est-ce que le figuier peut produire des olives, ou la vigne des figues ? Ainsi une
source salée ne peut donner de l’eau douce. Qui, parmi vous, est sage et intelligent ? Qu’il fasse voir
à l’œuvre, dans la suite d’une bonne vie, sa modération et sa sagesse. Mais si vous avez, dans vos
cœurs, un zèle amer et un esprit de dispute, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité.
Une pareille sagesse ne descend pas d’en haut ; elle est terrestre, charnelle, diabolique. Car, là où il y
a jalousie et esprit de contention, là est le trouble et toute action mauvaise. Mais la sagesse d’en haut
est premièrement pure, ensuite pacifique, condescendante, traitable, pleine de miséricorde et de bons
fruits, sans partialité, sans hypocrisie. Le fruit de la justice se sème dans la paix par ceux qui
pratiquent la paix ”.

VENDREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

1. Chants de Pâques

Au lever du soleil, nous chantons : “ Tels sont les entretiens que j’avais avec vous quand j’étais encore parmi
vous, Alleluia, Alleluia ” (Ant. Bened.). “ Qu’ils disent maintenant, ceux qui ont été rachetés, Alleluia,
Alleluia, Par le Seigneur Alleluia, Alleluia, Ceux qu’il a rachetés de la main de l’ennemi et qu’il a réunis de
tous les lieux. (Répons).

2. Lecture d’Ecriture Jacq., IV, I-I7

L’Apôtre donne les caractéristiques de la sagesse terrestre, ainsi que celles de l’esprit de contestation, de
l’amour du monde et de l’avarice.
“ D’où viennent les guerres et les luttes parmi vous ? N’est-ce pas de vos passions qui combattent
dans vos membres ? Vous convoitez et vous n’avez pas ; vous êtes meurtriers et vous êtes jaloux et
vous n’arrivez pas à obtenir ; vous êtes dans la lutte et dans la guerre et vous n’obtenez pas parce que
vous ne demandez pas : vous demandez et vous ne recevez pas parce que vous demandez mal, avec
l’intention de satisfaire vos passions. Adultères, ne savez-vous pas que l’amitié du monde c’est
l’inimitié contre Dieu ? Quiconque veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. Ou bien pensez-
vous que l’Écriture dise en vain : “ C’est avec un amour jaloux qu’il réclame l’âme qu’il a fait
habiter en nous” ? Mais il donne une grâce d’autant plus grande, comme le dit l’Écriture : “ Dieu
résiste aux orgueilleux et il accorde sa grâce aux humbles. ” Soumettez-vous donc à Dieu ; résistez
au diable, et il s’enfuira de vous. Approchez-vous de Dieu il s’approchera de vous. Nettoyez vos
mains, pécheurs : purifiez vos mains, hommes à l’âme double. Sentez votre misère ; prenez le deuil
et pleurez ; que votre rire se change en pleurs et votre joie en tristesse ! Humiliez-vous devant le
Seigneur et il vous élèvera. Mes frères, ne dites pas de mal les uns des autres. Celui qui parle mal de
son frère ou qui juge son frère, parle mal de la loi et juge la loi. Or, si tu juges la loi, tu n’es pas un
observateur de la loi, mais tu t’en fais juge. Il n’y a qu’un seul législateur et qu’un seul juge, celui
qui a la puissance de sauver et de perdre. Mais qui es-tu, toi qui juges le prochain ? Eh bien ! donc,
vous qui dites : “ Aujourd’hui ou demain, nous irons dans telle ville, nous y séjournerons une année,
nous trafiquerons et nous ferons des profits ” – vous ne savez pas ce qui arrivera demain – car qu’est-
ce que votre vie ? Vous êtes une vapeur qui paraît un instant et s’évanouit ensuite. Il faudrait dire en
place : “ si le Seigneur le veut” ou : “ si nous sommes en vie, nous ferons ceci ou cela ”. Mais
maintenant vous vous vantez dans votre présomption. Toute jactance de cette sorte est mauvaise.

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Celui donc qui sait faire ce qui est bien et qui ne le fait pas, commet un péché ”.

SAMEDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

Lecture d’Ecriture Jacq., V, 1-16

Nous lisons la conclusion de cette Épître si belle et si pratique. Saint Jacques parle d’abord du culte de
Mammon.
“ A vous maintenant, riches. Pleurez, éclatez en sanglots à la vue des misères qui vont fondre sur
vous. Vos richesses sont pourries, et vos vêtements sont mangés par les vers. Votre or et votre argent
sont rouillés, et leur rouille rendra témoignage contre vous et, comme un feu, dévorera vos chairs.
Vous avez thésaurisé dans les derniers jours ? Voici que crie contre vous le salaire dont vous avez
frustré les ouvriers qui ont fauché vos champs, et les cris des moissonneurs sont parvenus aux
oreilles du Seigneur des armées ! Vous avez vécu sur la terre dans les délices et les festins ; vous
avez été comme la victime qui se repaît le jour où on doit l’égorger. Vous avez condamné, vous avez
tué le juste ; il ne vous a pas fait de résistance ”.
Pour conclure, Saint Jacques nous exhorte à la patience.
“ Prenez patience, mes frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voyez, le laboureur, dans
l’espérance du précieux fruit, de la terre, attend patiemment jusqu’à ce qu’il reçoive la pluie de
l’automne et celle du printemps. Vous aussi, soyez patients et affermissez vos cœurs, car l’avènement
du Seigneur est proche. Mes frères, ne murmurez point les uns contre les autres afin de n’être point
jugés. Voyez, le Juge se tient devant la porte. Mes frères, prenez comme modèles, dans la souffrance
et l’épreuve, les Prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voyez, nous proclamons bienheureux
ceux qui ont persévéré. Vous avez entendu parler de la patience de Job et vous savez quelle fin le
Seigneur lui a ménagée. Le Seigneur, en effet, est plein de miséricorde et de compassion. Surtout,
mes frères, ne jurez point, ni par le ciel, ni par la terre, ni par quelque autre serment. Que votre oui
soit un oui, que votre non soit un non, afin que vous ne tombiez pas sous le coup du jugement !
Quelqu’un, parmi vous, est-il dans l’affliction ? qu’il prie. Quelqu’un est-il malade ? Qu’il fasse
appeler les prêtres de l’Église. Que ceux-ci prient sur lui et l’oignent d’huile au nom du Seigneur. La
prière de la foi sauvera le malade et le Seigneur le rétablira et, s’il a commis des péchés, ils lui seront
pardonnés. Confessez vos fautes l’un à l’autre et priez les uns pour les autres afin que vous soyez
sauvés, car la prière persévérante du juste peut beaucoup ”.

Samedi soir.

Les pensées du dimanche de prière se reflètent, déjà, dans l’antienne du samedi soir : “ Jusqu’ici vous n’avez
rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, Alleluia ”.

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CINQUIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

Cette semaine est une des plus riches de l’année en cérémonies liturgiques. Le bon chrétien devrait
célébrer cinq fois l’Eucharistie. Le dimanche, naturellement ; les trois jours suivants sont les Rogations, et la
fête de l’Ascension est une fête d’obligation.
Si nous voulons résumer en deux mots ce qui se passe dans l’Église cette semaine, nous dirons : ce sont les
Rogations et c’est la fête de l’Ascension. Quelle relation y a-t-il entre ces deux pensées ? Au début, la
relation entre les Rogations et la fête de l’Ascension n’était pas voulue ; cependant, il est facile de l’établir.
Le Christ est prêt à partir pour le ciel. Avant son départ, nous voulons lui confier nos besoins et nos prières
pour qu’il les présente à son Père céleste dans l’éternelle patrie. C’est pourquoi ce dimanche est un jour de
préparation au départ du Seigneur ; c’est, en même temps, un jour de prière. L’Église veut nous inspirer une
grande confiance dans la prière. Dans les jours qui vont suivre, nous confions au Seigneur toutes nos
demandes et toutes nos intentions pour l’année entière. Prions donc avec , une grande ferveur, dans nos
besoins temporels et spirituels, pour nous-mêmes, pour les nôtres, pour notre pays et pour toute la chrétienté.
Et jeudi, nous accompagnerons avec joie le Seigneur montant au ciel.

CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS PÂQUES

Demandez et vous recevrez

Que ce dimanche soit entièrement dominé par les pensées de la prière, cela apparaît déjà dans les deux
antiennes directrices du matin et du soir. “ Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon nom : demandez et
vous recevrez” (Ant. Bened.). “ Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit pleine ; le Père lui-même
vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez en moi, Alleluia ” (Ant. Magn.)

1. La. messe Vocem jucunditatis

Plus le départ du Christ approche, plus est grande la Jubilation de l’Alleluia – l’Église ne s’attache pas à un
deuil sentimental du départ : “ Que le cri de la joie résonne et que tous l’entendent : Alleluia ! Annoncez-le
jusqu’aux extrémités de la terre : le Seigneur a racheté son peuple, Alleluia, Alleluia ”.
De nouveau, nous chantons le cantique de l’action de grâces pour la délivrance de l’exil. C’est le psaume 65,
le canticum resurrectionis (Intr.).
Dans l’oraison, notre Mère l’Église demande pour nous deux dons importants : que nous comprenions la
dignité de l’état de chrétien et que nous vivions conformément à cet état. L’oraison nous fait déjà pressentir
les pensées des deux lectures. – L’Évangile se préoccupe toujours volontiers du dogme et du mystère, alors
que l’Épître nous instruit plutôt de la morale et de la vie. C’est le cas, ici.
L’Épître nous fait pénétrer dans la vie chrétienne pratique. Depuis le troisième dimanche, l’Église s’efforce
de nous former à la vie rude. L’Apôtre saint Jacques qui, la semaine dernière, nous a donné tant de leçons
substantielles et pratiques, se fait, aujourd’hui encore, notre prédicateur. Cet homme qui, à force de prier,
avait des “ durillons” aux genoux, est parfaitement qualifié pour être notre docteur en ce dimanche de prière.
Il développe l’une des demandes de l’oraison. Il ne suffit pas d’écouter la parole de Dieu, il faut la pratiquer ;
il faut mettre un frein à sa langue et se garder pur de ce monde.
L’Alleluia est comme un écho de l’Épître. Nous devons être de petits soleils, des lumières, un reflet du
Ressuscité qui se lève au-dessus de nous comme le Soleil de Pâques. Le second verset est une pièce
magnifique : “ Je suis sorti de mon Père et je suis venu dans le monde ; Je quitte de nouveau le monde et je
vais à mon Père ”. L’Église nous expose toute la vie du Seigneur dans ces quatre phrases brèves et
majestueuses. Comme quatre colonnes, elles portent l’œuvre de la Rédemption. Mais, en chantant ces
paroles, nous pouvons nous en faire l’application. Nous pouvons tous les jours les redire.
A l’Évangile, le Seigneur nous donne sa parole sacrée que la prière faite en son nom sera exaucée. C’est

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vraiment, en ce dimanche de prière, le “ joyeux message” sur lequel s’appuient les trois jours qui vont suivre.
Ensuite, le Seigneur parle de l’éclat du temps messianique. L’ère messianique est le commencement, pour les
enfants de Dieu, de deux grands bienfaits. Ils trouvent un cœur paternel qui leur est ouvert – la prière au nom
de Jésus. Le Saint-Esprit exprime sans image, d’esprit à esprit, la vérité intérieure. La réalisation de ces
bienfaits, nous la trouvons dans toute la vie liturgique cultuelle de l’Église. Le Christ, dans cet Évangile, a
donné la plus belle définition de la sainte liturgie. Envisagée de notre point de vue, c’est la parole, la prière
adressée au Père au nom de Jésus ; du point de vue de Dieu, c’est la manifestation sans voile de la vérité et la
communication directe de la grâce par notre Père céleste à ses enfants. Les quatre magnifiques phrases de la
bouche du Seigneur sont comme la conclusion et le résumé de sa vie avant son Ascension. Il veut, avant son
départ, nous dire encore une fois : voilà quelle fut mon œuvre !
A l’Offertoire, nous chantons encore le cantique pascal (Ps. 65). Dans la personne des néophytes, nous
remercions le Seigneur de ce qu’il “ a donné la vie à notre âme ” et nous a délivrés des filets de Satan.
A la Secrète, nous demandons que passant par les fêtes eucharistiques, nous puissions arriver à la gloire
céleste ” – par conséquent, que nous puissions suivre le Seigneur au ciel.
L’antienne de la Communion est, elle aussi, remplie de jubilation et de joie.

2. Lecture d’Écriture 1 Pierre, 1, 1-21

Cette semaine, l’Église nous fait lire les deux Épîtres de l’Apôtre saint Pierre. Ce sont les lettres pastorales
du premier pape à l’Église. Nous lirons donc ces deux Épîtres avec un grand respect. Au début de la première
Épître, saint Pierre parle, en termes solennels, de la vie de la grâce.
“ Béni soit Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a
régénérés par la Résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance, pour un
héritage incorruptible, sans souillure et inflétrissable, qui vous est réservé dans les cieux, à vous que
la puissance de Dieu garde par la foi pour le salut, qui est prêt à se manifester au dernier moment.
Dans cette pensée, vous tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore, pour un peu de temps, être
affligés par diverses épreuves, afin que l’épreuve de votre foi, beaucoup plus précieuse que l’or
périssable qu’on ne laisse pourtant pas d’éprouver par le feu, vous soit un sujet de louange, de gloire
et d’honneur, lorsque se manifestera Jésus-Christ. Vous l’aimez sans l’avoir jamais vu ; vous croyez
en lui bien que, maintenant encore, vous ne le voyiez pas. C’est pourquoi vous tressaillerez d’une
joie ineffable et pleine de gloire, quand vous aurez atteint le but de votre foi, le salut de votre âme ”.
Ensuite, saint Pierre exhorte à la conduite sainte :
“ Soyez saints dans toute votre conduite, comme est saint celui qui vous a appelés ”. Il est écrit, en
effet : “ Soyez saints parce que je suis saint ”. Si vous donnez le nom du Père à celui qui, sans
acception de personne, juge chacun selon ses œuvres, vivez dans la crainte ; pendant que vous êtes
des étrangers ici-bas. Vous savez, en effet, que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre
que vous teniez de vos pères, non par des biens périssables, de l’or et de l’argent mais par le sang
précieux du Christ qui est comme un Agneau innocent et immaculé. Il a été choisi pour cela, dès
avant la création du monde, et est apparu dans les derniers temps à cause de vous. C’est par lui que
vous êtes parvenus à la foi en Dieu qui l’a ressuscité des morts et l’a glorifié. Ainsi votre foi est en
même temps, votre espérance Dieu ”.

3. Les enseignements liturgiques de ce dimanche

Nous avons déjà pu observer, pendant les deux derniers dimanches, que l’Église dirige notre regard
vers l’avenir. La Pentecôte est précisément, dans l’esprit de la liturgie, l’époque de la maturité. A Pâques,
nous avons reçu de nouveau la filiation divine ; à la Pentecôte, nous devons recevoir la maturité spirituelle. A
la Pentecôte, l’Église nous laisse aller dans le monde : nous sommes des chrétiens complets. C’est pourquoi,
dans la seconde moitié du temps pascal, la liturgie s’est appliquée à nous donner des leçons et des avis
pratiques. Le troisième dimanche, elle nous dit que nous sommes des étrangers et que nous n’appartenons
pas au monde ; le quatrième dimanche, elle nous a lu l’Épître : si pratique, de saint Jacques et nous a
exhortés à la patience. Aujourd’hui encore, nous recevons une série de conseils pour notre vie. Le Sauveur
nous recommande très instamment la prière fervente en son nom et l’Épître de saint Jacques nous donne des

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leçons pratiques.
Mais nous découvrons, aujourd’hui à la messe, trois enseignements particuliers pour une association
liturgique ou pour les amis de la liturgie.
1. Le premier enseignement est la prière au nom de Jésus.
Qu’est-ce qu’une prière au nom de Jésus ? C’est une prière faite selon les intentions du Christ et appuyée sur
les mérites du Christ, mais aussi une prière dont les demandes puissent être soutenues par le Christ. Cette
prière n’est autre que la prière liturgique. La prière liturgique se fait au nom de l’Église et du Christ ; c’est la
prière du corps mystique du Christ. Combien la prière liturgique est élevée au-dessus de la prière privée !
Dans la prière privée, c’est le moi qui prie ; dans la prière liturgique, c’est l’Église. Ma prière privée n’a de
valeur qu’autant que j’en ai moi-même devant Dieu ; quant à la prière de l’Église, elle a toujours une grande
valeur, car l’Église est l’Épouse sans tache du Christ, son corps mystique. Quand l’Église prie, c’est le Christ
qui prie ; sa prière est donc, au sens le plus élevé, la prière au nom du Christ.
Quelles sont ces prières liturgiques faites au nom de Jésus ? D’abord le bréviaire. Ce n’est pas la prière du
prêtre, mais la prière de l’ensemble de l’Église. Certes, les fidèles ne peuvent pas réciter cette prière tout
entière, mais ils peuvent en réciter quelques parties avec l’Église. La messe, aussi, est une prière de l’Église ;
c’est même la plus sublime prière au nom de Jésus. Dans chaque messe, nous ne nous contentons pas d’en
appeler à la parole du Christ, mais nous recevons de lui un gage : nous pouvons offrir au Père céleste son
corps et son sang. Rappelons-nous aussi que chaque oraison se termine ainsi : “ Par Notre-Seigneur Jésus-
Christ ”, ce qui veut dire que le Sauveur est le médiateur de cette prière. Chrétiens, cultivons avec ardeur la
prière liturgique.
2. Nous découvrons encore un second enseignement liturgique dans la messe d’aujourd’hui.
Le Seigneur nous expose, à grands traits, sa vie de Rédempteur : “ Je suis sorti du Père et je suis venu dans le
monde ; je quitte de nouveau le monde et je vais au Père ”. L’Église souligne ces paroles en les chantant à
l’Alleluia. Elle veut donc que nous leur donnions une attention particulière et que nous les méditions. Si nous
les examinons de plus près, nous verrons que le Seigneur indique, par là, le double cycle festival de l’année
liturgique. “ Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ”, c’est le cycle de Noël. “ Je quitte de
nouveau le monde et je vais au Père ”, c’est le contenu principal du cycle pascal : La messe d’aujourd’hui
nous recommande donc de vivre en union avec l’année liturgique.
Mais nous entendons encore, de la bouche du Seigneur, une parole mystérieuse : “ Je vous ai dit ces
choses en paraboles. Mais l’heure vient où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais je vous parlerai
ouvertement du Père ”. Que veut dire cela ? La vie du Christ, ses miracles et ses actions étaient des figures
de son action dans l’Église et dans les âmes. Notre tâche est d’étudier la vie du Seigneur et d’y voir l’image
de son action salutaire en nous. Cela nous donne la clef qui nous fera pénétrer réellement dans le sens de la
Sainte Écriture. Nous ne nous appliquerons pas à voir dans l’Évangile uniquement le récit. historique ; ce
n’est. pas la manière de la liturgie. L’Église ne veut pas nous annoncer du passé, mais du présent. Les
dispositions, les pensées, les sentiments, les actions du Christ sont aujourd’hui les mêmes qu’autrefois. Le
Christ, autrefois, “ disait ces choses en paraboles ” ; il nous parle aujourd’hui sans paraboles. Il faut donc que
nous considérions les faits évangéliques dans notre cœur. Les paroles du Christ nous sont adressées à nous
aussi, ou bien elles sont prononcées pour nous. Toute la plénitude des évangiles appartient aussi à l’Église et,
dans l’Église, nous appartient. Quand nous lisons dans l’Évangile le récit des miracles du Christ, quelle en
est la signification, sinon celle que l’Église nous indique ? C’est une Image de l’action du Christ dans notre
âme. Jadis, le Seigneur guérissait. les maladies corporelles ; il guérit, actuellement, les maladies de l’âme.
Jadis, le Seigneur ressuscitait les morts ; il ressuscite, maintenant, les morts spirituels. Bref, toute la vie du
Seigneur, avec ses miracles et ses actions, est une grande image, une figure de son action dans l’Église et
dans les âmes Tel est le second enseignement pour les amis de la liturgie.
Nous accueillons avec joie et reconnaissance les deux premiers enseignements. Nous en recevons un
troisième, un avis, qui, peut être, nous fera rougir “ Ne vous contentez pas d’écouter la parole, mettez-la
aussi en pratique ; autrement, vous vous trompez vous-mêmes ”. Que veut dire cela ? L’Église nous dit. c’est
très bien d’aller exactement aux offices, d’écouter les paroles du prédicateur, bref, de participer avec zèle aux
solennités de la sainte liturgie. Mais ce n’est pas assez. Vous devez aussi, dans le monde, vous conduire selon
l’esprit de la liturgie. Le chrétien liturgique a aussi des devoirs dans le monde. Nous sommes assurément les
enfants de prédilection de l’Église et du Christ ; c’est pourquoi nous avons le devoir strict de transporter la
liturgie dans notre vie. Rappelons-nous la prière que nous faisons le dimanche blanc : nous devons garder
l’esprit de Pâques dans notre conduite et notre vie. Nous pouvons en dire autant de chaque fête, de chaque
dimanche. Ce que nous avons fêté aujourd’hui doit se réaliser pendant toute la semaine dans notre vie. Les

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chrétiens liturgiques doivent être des chrétiens pratiques. Saint Jacques, le grand homme de prière, l’Apôtre
liturgique, nous indique comment nous devons faire. Il nous dit : Si vous voulez vraiment être liturgiques,
exercez aussi la liturgie de la vie ; gardez votre langue, prenez soin des pauvres, gardez-vous des souillures
de ce monde. La langue qui, dans les saintes solennités, loue le Seigneur, la langue qui se rougit du sang du
Christ, doit rester sainte. L’âme qui, dans les offices religieux, appelle Dieu son Père, doit, dans le monde,
traiter les hommes comme des frères. Le corps qui sert Dieu dans la liturgie doit aussi se garder des
souillures du monde.
Tel est l’idéal des chrétiens liturgiques : prier avec !’Église, vivre avec l’Église et l’année liturgique, et faire
passer la liturgie dans la vie.

LUNDI DE LA SEMAINE DES ROGATIONS

Station à Sainte Marie Majeure

Demandez et vous recevrez

1. L’Office des rogations

L’Église romaine compte encore, aujourd’hui, quatre jours de prières : les grandes litanies le 25 avril –
procession de saint Marc – et les petites litanies, les trois jours qui précèdent l’Ascension – on donne
spécialement à ces trois jours le nom de Rogations. Ces jours sont consacrés par l’Église à la prière instante,
afin d’implorer la miséricorde de Dieu pour tous nos besoins temporels et spirituels et, particulièrement, afin
d’obtenir sa bénédiction pour les fruits de la terre. Dans l’ancienne Église, ces jours de prière étaient
fréquents, soit qu’ils fussent réguliers et périodiques, soit qu’ils fussent prescrits dans des besoins
extraordinaires et pressants, par exemple pour demander la cessation de la peste. Les trois jours de Rogations
avant l’Ascension eurent leur origine en Gaule. Saint Mamert, évêque de Vienne, avait institué ces trois jours
consacrés à la pénitence et à des processions de prières, pour obtenir que la ville et les environs fussent
délivrés des grandes tribulations qui les désolaient (vers 450 après J.-C.). On imita bientôt, ces processions
de prière dont l’usage s’introduisit finalement dans toute l’Église d’Occident. La cérémonie, des Rogations
consiste dans la procession et la messe de Rogations qui suit. Dans la procession, nous avons un dernier reste
de l’antique procession de station que, les premiers chrétiens faisaient si volontiers, presque chaque jour,
pendant le Carême et dans la semaine de Pâques. Ils se rassemblaient dans une église, appelée église de
réunion ecclesia collecta – c’est de là que vient le nom de l’oraison dite collecte. De là, ils se rendaient en
procession avec l’évêque et le clergé dans une autre église. En chemin, ils chantaient les litanies des saints et
le Kyrie eleison. L’autre église s’appelait l’église de station. C’est là qu’on célébrait la sainte messe. Les
quatre jours de prières nous ont conservé cet antique et vénérable usage, qui doit nous être cher. En effet,
nous ne devons pas seulement prier instamment, mais encore en communauté. A cette prière instante et
commune le Christ a promis la force et le succès. A la procession, on chante les antiques litanies des saints,
dans lesquelles nous implorons, pour tous nos besoins, l’intercession de toute l’Église triomphante. Les
oraisons terminales de ces litanies sont très belles et très édifiantes.
Quand l’Église a imploré l’assistance de toute la cour céleste et présenté toutes ses demandes au Seigneur,
elle manifeste, à la messe, sa “ certitude de la victoire sur le cœur de Dieu ”. Cette messe nous offre, dans
toutes ses parties, la promesse consolante que notre prière persévérante sera exaucée et elle nous donne, en
même temps, dans l’Eucharistie, le gage du succès de cette prière.
L’Introït nous donne la joyeuse assurance que nos prières seront exaucées par Dieu, qu’elles trouveront “
accès ” auprès de lui Introivit – Introitus. Dans l’Épître, saint Jacques qui a tant prié, qui, à force de prier,
avait des durillons aux genoux, dit que “ la prière d’un juste peut beaucoup ”. L’exemple d’Élie doit affermir
notre confiance. Mais l’Épître parle aussi de pénitence. A l’Évangile, le Seigneur lui-même nous instruit de la
puissance que possède une prière persévérante. L’Évangile forme comme un triptyque. Au centre, la parole
divine si consolante : “ Demandez et vous recevrez. ” De chaque côté, deux images : l’ami importun, l’enfant
qui demande, ou bien ; l’ami qui donne à contrecœur et le père plein de sollicitude. Nous sommes les amis

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qui demandent, les enfants qui frappent à la porte du Père céleste, à la porte du divin Ami – qui est loin de se
montrer importuné – à la porte de notre frère, Jésus-Christ ; et nous recevons “ le pain ” divin, gage des dons
éternels. Considérons encore que les trois dons signalés dans l’Évangile ont un sens symbolique profond. Le
pain et le poisson sont le symbole de l’Eucharistie ; l’œuf est le symbole de la Résurrection du Christ, il
signifie le germe de la vie nouvelle. Nous recevons tous ces dons dans le Saint-Sacrifice et, dans l’antienne
de communion, nous chantons joyeusement le bonheur de les posséder.
Les antiennes directrices qui contiennent toujours la pensée principale du jour, chantent, comme hier, les
bienfaits de la prière : “ Demandez et vous recevrez ; cherchez et vous trouverez, frappez et il vous sera
ouvert, Alleluia ” (Ant. Bened.). “ Le Père lui-même vous aime parce que vous m’aimez et que vous croyez
en moi, Alleluia ” (Ant. Magn.).

2. Lecture d’Écriture 1 Pierre, chap. 2 et 3

Le prince des Apôtres nous exhorte à vivre dans une communion intime avec le Christ.
Dépouillez toute malice et toute fausseté, toute envie et toute calomnie Comme des enfants nouveau-
nés, désirez ardemment le lait raisonnable et pur, afin qu’il vous fasse grandir pour le salut si vous
avez vraiment goûté que le Seigneur est bon. Approchez-vous de lui, la pierre vivante que les
hommes ont rejetée, mais qui est choisie et précieuse devant Dieu. Et vous-mêmes comme des
pierres vivantes, entrez dans la structure de l’édifice, pour former un temple spirituel, un sacerdoce
saint, afin d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ. Vous, vous êtes une
race choisie, un sacerdoce royal, un peuple saint un peuple que Dieu s’est acquis afin que vous
annonciez les persécutions de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, vous
qui, autrefois, n’étiez pas son peuple et qui êtes, maintenant, le peuple de Dieu ; vous qui n’aviez pas
obtenu miséricorde et qui, maintenant, avez obtenu miséricorde ”.
Ensuite, saint Pierre insiste sur les devoirs de chaque état.
Soyez soumis à toute ordonnance humaine, à cause de Dieu, soit au roi comme au souverain, soit
aux gouverneurs comme délégués par lui pour faire justice des malfaiteurs et récompenser les gens
de bien. Témoignez à chacun du respect ; aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi. Vous,
esclaves, soyez soumis à vos maîtres, non seulement à ceux qui sont bons et indulgents, mais encore
à ceux qui sont difficiles. Car on est agréable à Dieu quand, à cause de lui, on endure les peines
infligées injustement. Quel mérite y a-t-il, en effet, si, après avoir fait une faute, vous supportez
patiemment les coups ? Mais si, après avoir fait le bien, vous avez à souffrir et que vous le
supportiez avec patience, voilà ce qui est agréable à Dieu. C’est à cela, en effet, que vous avez été
appelés ; car le Christ lui-même a souffert pour vous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez
ses traces ; lui qui n’a point commis de péché et dans la bouche duquel il ne s’est point trouvé de
fausseté. Outragé, il ne rendait pas l’outrage ; maltraité, il ne faisait point de menaces, mais s’en
remettait à celui qui juge avec justice. Il a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin
que, morts au péché, nous vivions pour la justice. C’est par ses meurtrissures que vous avez été
guéris. Car vous étiez comme des brebis errantes, mais, maintenant, vous êtes revenus à celui qui est
le pasteur et l’évêque de vos âmes. Vous de même, femmes, soyez soumises à vos maris afin que, s’il
en est qui n’obéissent pas à la prédication, ils soient gagnés, sans prédication, par la conduite de leur
femme, rien qu’en voyant votre vie chaste et pleine de respect. Que votre parure ne soit pas celle du
dehors : les cheveux tressés avec art, les ornements d’or et l’ajustement des habits ! Mais parez la
femme intérieure par la pureté incorruptible d’un esprit doux et paisible : telle est la vraie richesse
devant Dieu. C’est ainsi qu’autrefois se paraient les saintes femmes qui espéraient en Dieu et étaient
soumises à leurs maris. Vous, de votre côté, maris, conduisez-vous avec sagesse à l’égard de vos
femmes, comme avec des êtres plus faibles, les traitant avec honneur puisqu’elles sont avec vous
héritières de la grâce qui donne la vie, afin que rien n’arrête vos prières.

85
MARDI DE LA SEMAINE DES ROGATIONS

Station à Saint Jean de Latran

1. Jour de Rogations

C’est le second jour des Rogations. Si la chose est possible, assistons à la procession. Célébrons en
esprit le vénérable office de station à Saint-Jean de Latran, l’antique Église baptismale. Peut-être pourrions-
nous, les trois jours de Rogations, partager nos demandes. Pensons, le premier jour, à nos propres besoins ; le
second jour, à ceux de notre famille et de notre communauté ; le troisième jour, enfin, à tous les besoins de la
sainte Église. Restons, pendant tous ces jours, dans des disposition de prière.
Les antiennes directrices : “ Il fallait que le Christ souffrît et ressuscitât d’entre les morts, Alleluia ” (Ant.
Bened.). “ Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; je quitte de nouveau le monde, et je vais au
Père, Alleluia ” (Ant. Magn.).

2. Lecture d’Écriture 1 Pierre, chap. 3 et 4

Saint Pierre nous parle de la charité, de la paix et de la patience :


“ Enfin, qu’il y ait entre vous union de sentiments, bonté compatissante, charité fraternelle, affection
miséricordieuse, humilité. Ne rendez point le mal pour le mal, ni l’injure pour l’injure, bénissez au
contraire ; car c’est à cela que vous avez été appelés, afin de devenir héritiers de la bénédiction. Car “
celui qui veut vivre et voir des jours heureux, qu’il garde sa langue du mal et ses lèvres des discours
trompeurs. Qu’il s’éloigne du mal et fasse le bien. Car le Seigneur a les yeux sur les justes, et ses
oreilles sont attentives à leurs prières ; mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal ”. Et
qui peut vous nuire si vous vous appliquez à faire le bien ? La pensée du retour prochain du Seigneur
doit nous exciter à la pratique des vertus chrétiennes : la fin de toutes choses est proche. Soyez donc
prudents et sobres pour vaquer à la prière. Mais surtout, ayez un ardent amour les uns pour les
autres ; car l’amour couvre une multitude de péchés. Exercez entre vous l’hospitalité sans murmure.
Que chacun mette au service des autres le don qu’il a reçu, et montrez-vous de bons dispensateurs de
la grâce de Dieu, laquelle est variée. Ne soyez pas surpris de l’incendie qui s’est allumé au milieu de
vous pour vous éprouver, comme s’il vous arrivai quelque chose d’extraordinaire. Mais, dans la
mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous afin que, lorsque sa gloire sera
manifestée, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse. Si vous êtes outragés pour le nom du Christ,
heureux êtes-vous, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. Que nul d’entre
vous ne souffre comme meurtrier, comme voleur ou malfaiteur, ou comme avide du bien d’autrui.
Mais s’il souffre comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte ; plutôt, qu’il glorifie Dieu pour ce nom.
Car voici le temps où le jugement de Dieu va commencer par la raison de Dieu. Et s’il commence
par nous, quelle sera la fin de ceux qui n’obéissent pas à l’Évangile de Dieu ? Et “ si le juste est
sauvé avec peine, que deviendra l’impie, le pécheur ? ” C’est pourquoi que ceux qui souffrent selon
la volonté de Dieu lui confient leurs âmes. comme au Créateur fidèle, en pratiquant le bien.

86
VIGILE DE L'ASCENSION
– TROISIÈME JOUR DES ROGATIONS –

Station à Saint Pierre

Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils

Nous célébrons aujourd’hui le troisième jour des Rogations. Si nous le pouvons, nous assisterons à l’antique
et vénérable procession de station, nous y réciterons et y chanterons les litanies des saints. La station est à
saint Pierre de Rome ; nous nous y rendrons en esprit avec toute la chrétienté. Aujourd’hui est l’un des rares
cas où nous pouvons choisir une seconde messe qui est, elle aussi, dans le sens de l’année liturgique : la
messe de la vigile de l’Ascension.

1. La messe de la vigile de l’Ascension Vocem jucunditatis

Les chants psalmodiques et les oraisons de cette messe sont ceux de Dimanche dernier – l’office de la vigile
n’a été établie qu’entre le VIIème et le IXème siècle. Seules, les lectures sont nouvelles. Elles ont été très
heureusement choisies et nous offrent deux belles images de l’Ascension.
La première image est une entrée triomphale au ciel ; le divin vainqueur de la mort et de l’enfer s’avance
vers le ciel, chargé d’un riche butin, et là il partage son butin ; ce sont les dons spirituels qu’il communique à
son Église. Ces dons sont les charismes, les grâces d’état pour la construction du corps mystique du Christ,
c’est-à-dire l’Église (Ep.).
La seconde image est, si possible, plus belle encore : le Fils rentre dans la maison paternelle ; maintenant, il
frappe à la porte et demande l’entrée – le rétablissement dans sa gloire – pour lui et pour l’humanité rachetée.
C’est une pensée délicate de la liturgie de mettre dans la bouche du Sauveur, à la porte du ciel, la prière
sacerdotale (Ev.).

2. Lecture d’Écriture 1 Pierre, chap. 5

“ J’exhorte les Anciens qui sont parmi vous, moi qui suis Ancien comme eux, témoin des souffrances
du Christ, et qui prendrai part avec eux à la gloire qui doit être manifestée : paissez le troupeau de
Dieu qui vous est confié, veillant sur lui non par contrainte, mais de bon gré ; non dans un intérêt
sordide, mais par dévouement ; non en dominateurs des Églises, mais en devenant les modèles du
troupeau. Tous, les uns à l’égard des autres, revêtez-vous d’humilité, car “ Dieu résiste aux superbes
et donne sa grâce aux humbles ”. Soyez sobres, et veillez : votre adversaire le diable, comme un lion
rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui dévorer. Résistez-lui dans la foi. Le Dieu de toute
grâce, qui vous a appelés à la gloire éternelle dans le Christ, après quelque souffrance, achèvera lui-
même son œuvre, vous affermira, vous rendra inébranlables. A lui soient la gloire et la puissance
dans les siècles des siècles. Amen ”.

87
L'ASCENSION DU CHRIST
double de Ire classe avec Octave

Station à Saint Pierre

L’Ascension du Christ est notre élévation

Après le chant de l’Évangile, le diacre éteint le cierge pascal, le symbole de la Résurrection. Par cette simple
cérémonie, la liturgie veut exprimer que le Christ est monté aujourd’hui au ciel. A chaque messe, le prêtre
dit : Nous nous rappelons la bienheureuse Passion, la Résurrection des morts et la glorieuse Ascension de ton
Fils.

1. Premières impressions

Quand des personnes chères se séparent de nous, nous nous affligeons, même si nous savons qu’elles
rencontreront un sort meilleur. Aussi nous pourrions penser que l’Église assistera à l’Ascension avec
mélancolie. Il n’en est rien. La fête est exclusivement une fête de joie. Une double joie remplit nos cœurs ;
nous nous réjouissons pour le Seigneur et pour nous-mêmes.

La journée de l’Ascension est un triomphe du Christ, une fête de victoire.


Le Seigneur a bien mérité son triomphe. Rappelons-nous toutes les phases et toutes les étapes de sa vie
terrestre. Il a quitté le trône de son Père et s’est abaissé dans le sein de la Vierge, il a été couché sur la rude
paille de la Crèche de Bethléem, il a dû fuir en Égypte, fuir son propre peuple ; il a vécu dans l’obscurité à
Nazareth, comme un simple artisan ; puis il s’est fatigué à parcourir la Galilée et la Judée à la recherche de la
brebis perdue. Il a été méconnu, il n’a pas été aimé par ses frères. Enfin, il a enduré sa Passion rédemptrice
depuis le mont des Oliviers jusqu’au Golgotha. Pourquoi tout cela ? Parce qu’il nous a aimés. Quel but
poursuivait-il ? Nous racheter du pouvoir du diable et nous introduire dans la patrie céleste. Et maintenant
son œuvre, à laquelle il a consacré son amour et le sang de ses veines, est achevée. Il peut, aujourd’hui, jeter
un regard joyeux sur sa vie écoulée. Hier, la liturgie nous a montré son Ascension en deux images : le
vainqueur s’avance triomphant, il entraîne avec lui dans son triomphe les prisonniers, c’est-à-dire nous-
mêmes, les enfants de Dieu rachetés par lui ; il fait part de son butin, c’est-à-dire des grâces de la
Rédemption à l’Église. Le Fils rentre dans la maison paternelle, il est reçu avec joie par son Père ; mais il lui
présente des nouveaux frères et sœurs, l’humanité rachetée. Nous pouvons dire que la fête de l’Ascension
est, en même temps, l’accession au trône et le couronnement du Christ comme Roi du ciel et de la terre.

Cette fête est aussi un jour de joie pour nous.


La glorification du Seigneur dans son Ascension est aussi l’élévation de la nature humaine ; c’est notre
glorification. C’est là une pensée qui a profondément impressionné les Pères. Notre nature humaine participe
aux plus hauts honneurs divins. Le Christ en effet, est entré au ciel avec son corps humain, avec sa nature
humaine ; il est assis sur le trône de Dieu et il restera avec sa nature humaine éternellement. C’est là une
distinction inouïe pour les hommes. L’un des nôtres, notre chef, est assis sur le trône de Dieu ; ainsi donc
nous aussi, les membres de son corps, nous sommes divinisés. C’est pourquoi la préface de la fête chante
d’une manière significative : Il a été élevé pour nous faire participer à sa divinité. C’est là une divine
noblesse qui nous est communiquée par l’Ascension. Mais cela constitue, pour nous, une impérieuse
exigence : Sursum corda. Le péché ne monte pas au ciel avec le Christ. Le péché est comme une chaîne qui
nous lie à la terre. Brisons ces liens du péché. Nous devons d’abord monter au ciel avec la volonté et le désir
“ demeurer de cœur au ciel ”. Ensuite, nous y suivrons le Seigneur en corps et en âme.

88
2. Solennité du jour

Cette fois encore célébrons cette fête entièrement avec l’Église, dans la prière des Heures et à la messe.

Hier, nous avons récité les Heures du soir en commun ou, tout au moins, nous avons récité les vêpres
dans notre particulier. Dans les antiennes, nous voyons le Roi montant au ciel. L’image centrale, au bréviaire
comme à la messe, est celle-ci : “ Hommes de Galilée, pourquoi regardez-vous vers le ciel ? Comme vous
l’avez vu monter au ciel, ainsi il reviendra, Alleluia ” (I. Ant. Intr.). L’hymne est d’un magnifique
mouvement Salutis humanae Sator :
Auteur du salut des humains, Jésus, délices de nos cœurs, Du monde racheté tu fus le Créateur Et te
chaste clarté brille sur ceux qui t’aiment. Sois, vers le ciel, le guide et le sentier, Sois l’idéal de tous
nos cœurs, Sois, dans nos pleurs, le réconfort, Sois, de la vie, la douce récompense.
A l’antienne de Magnificat, nous voyons le Seigneur sur le seuil de la céleste maison paternelle : “ Père, j’ai
annoncé ton nom parmi les hommes que tu m’as donnés : maintenant, je te prie pour eux, non pour le monde,
car je viens vers toi, A1leluia ”

Dans la nuit ou de bonne heure le matin, nous récitons les Matines. C’est la réunion des psaumes
royaux. Les antiennes font ressortir avec prédilection des expressions comme celle-ci : exalter, élever
exaltare, elevare. Les leçons du deuxième et du troisième nocturnes sont très riches de pensées et d’autant
plus précieuses que toutes les deux furent prononcées comme homélies par les papes saint Léon 1er et saint
Grégoire 1er.
Saint Léon
“ Il y avait vraiment une grande et ineffable cause de nous réjouir quand la nature humaine qui était
unie au Fils de Dieu s’éleva devant les yeux de la sainte troupe des disciples, bien au-dessus de tous
les Esprits célestes, bien au-dessus des chœurs des anges et même au-dessus des hauteurs des
archanges. Elle devait dépasser toutes les hiérarchies célestes et ne s’arrêter qu’au trône de Dieu, où
elle participerait à sa gloire puisqu’elle est unie à sa nature dans la Personne du Fils. Puisque
l’Ascension du Christ est notre propre élévation, et puisque là où nous a précédés le Chef glorieux le
corps (mystique) peut lui aussi diriger son espérance, tressaillons, mes bien-aimés, d’une joie
profonde et que de pieuses actions de grâces s’unissent à notre joie. Aujourd’hui, en effet, nous ne
recouvrons pas seulement le paradis (perdu), mais nous avons pénétré dans les hauteurs du ciel. Nous
avons beaucoup plus reçu par la grâce ineffable du Christ que nous n’avions perdu par l’envie du
diable. Car les enfants d’Adam, que l’ennemi venimeux avait chassés du bonheur de leur premier
séjour, le Fils de Dieu se les est incorporés et les a placés à la droite du Père ”.
Saint Grégoire
“ Quand nous lisons que les disciples ne crurent à la Résurrection du Seigneur qu’après une longue
hésitation, pensons moins à leur faiblesse qu’à ce que je pourrais appeler notre future fermeté dans la
foi. Car, précisément, par ce fait qu’ils doutèrent, la Résurrection fut démontrée par de nombreuses
preuves. Et nous qui lisons maintenant ce récit, nous sommes, par leur doute, affermis dans la foi.
Assurément Marie-Madeleine m’a moins servi que Thomas qui douta longtemps. Celui-ci, en effet,
parce qu’il douta, toucha les cicatrices des blessures et, ainsi, guérit les blessures du doute dans notre
cœur”.

Il conviendrait de réciter les Laudes sur une hauteur – de se transporter en esprit sur le mont des
Oliviers. Notre âme ressent aujourd’hui toute la fraîcheur de la joie et tous les transports de l’allégresse.
Quand le soleil se lève, nous entendons le Sauveur qui nous quitte nous adresser ces paroles : “ Je monte vers
mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu, Alleluia ”.

89
3. La messe Viri Galilaei

Après les petites Heures de Prime et de Tierce, nous célébrons la messe solennelle. C’est le point
culminant de la fête et la réalisation mystique de son mystère. L’église de station est Saint-Pierre. Nous nous
réunissons dans la grande église mondiale de Rome pour célébrer les saints mystères, dans cette église où
saint Léon et saint Grégoire prononcèrent les homélies que nous avons lues au bréviaire. Les fêtes du Christ-
Roi se célèbrent à Saint-Pierre – Noël, Épiphanie. Mais Saint-Pierre est aujourd’hui, pour nous, Jérusalem ;
nous y prenons notre repas avec le Christ (Leçon et Évang.). C’est aussi le mont des Oliviers où nous
accompagnons le Seigneur et d’où nous le voyons monter au ciel.
L’Introït nous présente une belle image. Les Apôtres lèvent les yeux vers le ciel. C’est un symbole de
l’Église. Depuis que le Christ est remonté au ciel, elle ne cesse de regarder vers le ciel dans une ardente
attente jusqu’à ce qu’il “ revienne” – ici aussi, le désir de parousie de l’Église se fait jour. Nous chantons le
psaume proprement dit de l’Ascension (46) qui revient aujourd’hui dans presque tous les chants
psalmodiques : “ Que tous les peuples battent des mains ” – nous sommes dans l’église Saint-Pierre qui est
l’église des gentils.
Oraison : Depuis que le Maître est au ciel “ nous devons aussi demeurer de cœur au ciel ”.
Dans la leçon et l’Évangile, nous prenons part aux dernières heures terrestres du Seigneur. Les deux lectures
font remarquer que le Seigneur apparut aux siens “ pendant le repas ”. Il nous apparaît aussi à nous,
maintenant, pendant le banquet eucharistique : Après le chant de l’Évangile, on éteint le cierge pascal, le
symbole au Ressuscité.
Dans la procession de l’Offrande, nous formons un cortège de fête et nous accompagnons le Seigneur
montant au ciel, avec des chants d’allégresse et au son des trompettes. A la procession de la Communion,
nous nous dirigeons encore vers l’“ Est ” et nous voyons le Seigneur s’élever au-dessus de tous les cieux.

4. Le psaume de l’Ascension ps. 46

I. Le Roi de son peuple


Vous tous, peuples, battez des mains, célébrez Dieu par des cris d’allégresse ; Car Dieu, le Très-
Haut, est redoutable, le grand Roi du monde entier. C’est lui qui nous assujettit les peuples, qui met
les nations sous nos pieds. Pour nous, il nous a choisis pour son héritage, il a aimé le beau pays de
Jacob.
II. Le Roi des Gentils
Dieu s’élève au milieu des acclamations, le Seigneur monte au son des trompettes. Louez notre Dieu,
oui, louez-le, chantez notre Roi, chantez, Car Dieu est le Roi de toute la terre ; jouez d’une main
habile Dieu règne aussi sur les Gentils, il siège sur son trône saint. Les princes des peuples se
réunissent au Dieu d’Abraham ; les puissants rois de la terre se sont élevés bien haut.

Sens littéral et construction


Le psaume est court, d’une construction simple et facile à comprendre. Ce cantique se divise en deux
strophes de quatre vers (le dernier vers est peut-être une addition postérieure.)
Nous nous demandons quelle fut l’occasion du psaume et quel fut son sens originaire.
Le peuple juif était en guerre avec les païens. On apporta l’arche d’alliance au-dessus de laquelle se
manifestait la présence de Dieu dans la nuée sainte, car le Dieu d’alliance s’avançait lui-même au combat
avec l’armée de son peuple. L’objet du combat était le saint “ héritage ”, la “ gloire de Jacob ”, la terre
promise. Israël fut vainqueur de ses ennemis et le peuple, dans des chants de victoire et d’allégresse,
accompagne le divin Roi, le Dieu de l’alliance qui trône sur l’arche d’alliance, jusque sur les hauteurs du
mont Sion.
Maintenant, le psaume est intelligible : Tous les peuples sont invités à rendre hommage au Dieu
vainqueur – le battement de mains était un signe d’hommage (cf. IV Rois, XI, 12). Cette victoire est la
continuation de celle de Josué qui prit possession de la terre promise. Il “ assujettit ” les peuples de Chanaan
“ les nations sous nos pieds ”. Depuis, le divin Roi a “ choisi Israël pour son héritage et a aimé le beau pays
de Jacob ”. Dans la seconde strophe, nous suivons le cortège triomphal vers le mont Sion “ au milieu des
acclamations et au son des trompettes ” ; le Roi monte. Les musiciens du temple sont invités à jouer de leurs
instruments pour recevoir le Roi.

90
Le psaume s’achève par une vue de l’avenir messianique. Le psalmiste voit, dans une vision prophétique, les
gentils, sous la direction de leurs princes, entrer dans le royaume de Dieu et le Christ régner sur l’Eglise unie
des Gentils et des Juifs – le dernier verset est un peu obscur.
Application liturgique
Pour nous, chrétiens, le Christ est le divin Roi. Lui aussi est entré en lutte avec les princes du monde. Ce fut
le combat de la Rédemption ; sur le champ de bataille du Golgotha, l’ennemi héréditaire fut vaincu et le
Christ conquit un butin (Psaume LXVII, 18-19) : Tu montes sur la hauteur, emmenant la foule des captifs, tu
partages le butin parmi les hommes, et maintenant tu emmènes dans les hauteurs l’humanité rachetée, y
compris les rebelles – les Gentils.
Aujourd’hui, en la fête de l’Ascension, nous suivons le Christ dans son entrée triomphale au ciel “ avec des
acclamations et au son des trompettes ”. Nous rendons hommage au Roi de tous les peuples, au Père de son
peuple.
Le verset typique de l’Ascension est celui-ci :
Dieu s’élève dans les hauteurs au milieu des acclamations, le Seigneur monte au son des trompettes.
Nous entendons trois fois ce verset au cours de la messe, à des moments profondément impressionnants.
La première fois, c’est au moment de l’entrée du prêtre – de l’évêque – : L’Église voit dans le prêtre qui
s’avance vers l’autel, revêtu de ses ornements de fête, le Christ-Roi faisant son entrée dans le sanctuaire du
ciel (vers. ad repetendum).
La seconde fois, c’est au moment de la procession de l’Évangile : Le diacre porte l’Évangile sur l’ambon –
c’est encore l’image du Christ montant au ciel.
La troisième fois, c’est au moment de la procession de l’Offrande. Les fidèles eux-mêmes participent à la
procession d’Offrande du ciel avec le Christ, leur Roi.

VENDREDI DANS L'OCTAVE

Sois notre chemin sur la montée du ciel

La fête de l’Ascension ayant une Octave de troisième ordre – un peu comme Noël – cette Octave doit céder
la place à toute fête double. On doit alors prendre la messe et l’office de cette fête. Cela est d’autant plus
regrettable que l’office de l’Octave est très beau. Il est peu de fêtes qui contiennent d’aussi belles lectures des
Pères. Les lecteurs qui ne sont pas tenus à l’Ordo peuvent, pendant toute l’Octave, réciter l’office de
l’Ascension.

1. Une fête de Roi

Autrefois, on considérait aujourd’hui le Seigneur comme un vainqueur, un triomphateur qui, chargé


de butin, “ monte vers les hauteurs et emmène les prisonniers ” (Ps. 67) ; nous le considérions comme le Fils,
qui rentre dans la maison paternelle après avoir rempli la mission que lui a confiée son Père.
Mais, depuis que le Pape Pie XI à établi la fête du Christ-Roi, nous aimons, à l’exemple de
l’ancienne Église, voir dans le Christ le Roi assis sur son trône dans tout l’éclat de sa majesté. Nous avons,
au cours de l’année, une foule de fêtes royales à célébrer, nous en célébrons une, aujourd’hui, qui est
particulièrement belle. La fête de l’Ascension est la fête de l’accession au trône, la fête du couronnement du
Roi Jésus-Christ.
Le Seigneur était Roi aussi dans les jours de sa vie terrestre ; il était Roi quand il était couché dans la
Crèche Rex pacificus ; il était Roi à Nazareth Rex absconditus ; il était Roi dans sa Passion : dans son plus
profond abaissement, il dit devant Pilate : “ Je suis Roi ”. Suspendu à la Croix, il régnait par le bois Regnavit
a ligno Deus : la Croix était son trône, sa couronne était la couronne d’épines, et il portait un sceptre de
roseau. Mais cette royauté était encore une royauté cachée. Aujourd’hui commence sa royauté dans la
puissance et la majesté.

91
Accompagnons en esprit le Seigneur au moment de son entrée royale
Quelle ne fut pas sa réception ! Si, sur la terre, on organise des triomphes pour les grands hommes, quels
honneurs ne réservèrent pas à leur Roi les phalanges célestes ! Représentons-nous, aux portes du ciel, cette
scène que décrit saint Grégoire de Nysse, le mercredi dans l’Octave. Quand les gardiens des portes de la
citadelle céleste apprennent que celui qui fait son entrée est “ le Seigneur des armées et le Roi de gloire ”, ils
ouvrent joyeusement les “ portes éternelles ”. Et le Père reçoit avec empressement son Fils et le conduit sur
le trône de gloire.
Aujourd’hui, l’Église triomphante célèbre, elle aussi, dans le ciel, l’accession au trône de son Roi : “ la
brillante troupe des anges s’envole vers lui, le glorieux Sénat des Apôtres va à sa rencontre, la blanche troupe
des confesseurs l’entoure, le chœur des vierges le salue avec des cantiques d’allégresse ” – Recommandation
de l’âme. Nous aussi, pauvres pèlerins terrestres, joignons-nous humblement à la troupe des saints et, avec
eux, rendons hommage au Roi.
Considérons maintenant le Père céleste recevant son Fils,
le conduisant sur le trône de gloire et lui disant les mémorables paroles : “ Assieds-toi à ma droite jusqu’à ce
que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds ” (Ps. 109). Désormais, le Christ règne comme Roi sur le
ciel et la terre. Le Père lui a tout remis et il exercera sa souveraineté jusqu’à la fin du monde. Quand le
dernier racheté aura été incorporé à son corps mystique, quand tous ses ennemis seront devenus l’escabeau
de ses pieds, c’est-à-dire après le jugement dernier, il remettra sa souveraineté à son Père afin que Dieu soit
tout en tous ” (1 Cor. XV, 28).
Considérons encore le manteau royal du Seigneur et sa couronne.
Son manteau royal, c’est sa sainte humanité. C’est ce qui fait que les gardiens des portes ne le
reconnaissaient pas “ c’est qu’il avait revêtu, l’humble vêtement de notre nature et que son vêtement, dans le
pressoir de la Passion humaine, avait été maculé de sang ” (Saint Grégoire de Nysse dans l’homélie ci-
dessus). Le Christ Homme est assis sur le trône de gloire. C’est cela qui jetait les Pères dans un profond
étonnement. Notre nature a été élevée, par l’accession du Christ au trône, à la plus haute dignité. “
L’Ascension du Christ, c’est notre élévation ” dit le pape saint Léon. Nous pouvons dire avec joie que l’un
des nôtres est assis sur le trône de Dieu.
Et quelle est sa couronne ? Au psaume 20, nous chantons aujourd’hui : “ Tu as mis sur sa tête une couronne
de pierres précieuses ”. Que signifie cette couronne ? Si saint Paul a pu dire de son Église de prédilection :
Vous êtes ma couronne, nous pouvons dire, de même, que la couronne du Christ, c’est le chœur de ses saints.
Cette couronne porte des pierres précieuses : les rubis des martyrs, les perles des vierges, les améthystes des
confesseurs. Nous aussi, faibles enfants de Dieu, nous voulons être une petite pierre de la couronne de notre
Roi.

2 La prière des Heures

Au bréviaire, ce sont encore deux papes qui nous adressent la parole dans la fête liturgique de l’Ascension.
Saint Léon 1er exprime encore sa pensée de prédilection : par l’Ascension du Christ notre nature humaine est
élevée.
“ De même que, dans la solennité pascale, la Résurrection du Seigneur fut pour nous une cause de
joie, de même son Ascension dans les cieux est pour nous, aujourd’hui, l’occasion d’une grande
allégresse, car nous célébrons et vénérons le jour où, dans le Christ, notre pauvre nature humaine a
été élevée au-dessus de tous les ordres des anges, au-dessus de la sublimité de toutes les puissances,
célestes, jusqu’au trône de Dieu le Père ”.
Il expose ensuite, d’une manière lumineuse, les raisons pour lesquelles le Christ devait quitter la terre.
“ La force des grandes âmes, la lumière des âmes fidèles se montre en ce qu’elles croient sans hésiter
ce qu’elles ne voient pas de leurs yeux corporels, et fixent leur désir là où leur regard ne peut
pénétrer. Mais comment ce pieux sentiment naîtrait-il dans notre cœur, ou bien comment pourrait-on
être justifié par la foi si notre salut n’avait son fondement que dans ce qui s’offre aux regards
extérieurs ? C’est pourquoi le Christ dit à cet homme qui aurait, semble-t-il, douté de sa Résurrection
s’il n’avait pas constaté les blessures de son corps par la vue et le toucher : “ Parce que tu m’as vu, tu
as cru ; bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru cependant ”.
D’un tout autre genre est l’homélie de saint Grégoire qui fut prononcée, environ 150 ans plus tard, dans la
même église de Saint-Pierre. Nous avons, ici, le seul cas où une homélie est répartie entre les jours de

92
l’Octave et lue tout entière au bréviaire. Le saint pape s’étend sur la parole du Seigneur dans son discours
d’adieu :
“ Celui qui croit et sera baptisé, celui-là sera sauvé ; celui qui ne croit pas sera condamné ”.
Quelqu’un pourrait penser : je crois, je serai sauvé. Cela n’est vrai que lorsque les œuvres sont
conformes à la foi. Car la vraie foi est celle qui, quand elle confesse quelque chose en parole, ne le
nie pas dans les œuvres. C’est pourquoi saint Paul dit de certains qui ont une foi fausse : “ Ils
prétendent connaître Dieu, mais en réalité ils le nient (Tit., l, 16). C’est pourquoi aussi saint Jean dit :
“ Celui qui dit qu’il connaît Dieu et n’observe pas ses commandements, celui-là est un menteur” (1
Jean, II, 22).

3. Lecture d’Ecriture II Pierre, chap. 1

La seconde Epître de saint Pierre est une lettre pastorale et, en même temps, la lettre d’adieu du premier
vicaire du Christ. L’Épître prépare au retour du Christ et au jugement. Saint Pierre, en considération des fins
dernières, exhorte à la vie chrétienne :
“ Mes frères, prenez garde d’assurer votre vocation et votre élection par des bonnes œuvres. En
agissant ainsi, vous ne ferez jamais de faux pas et, ainsi, vous sera largement ouverte l’entrée dans le
royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ. Aussi longtemps que je suis dans cette
tente, je crois de mon devoir de vous tenir en éveil par mes avertissements. Je sais, en effet, que ma
tente sera bientôt renversée, ainsi que Notre-Seigneur Jésus-Christ me l’a fait connaître ”.

SAMEDI DANS L'OCTAVE

Tu es assis à la droite du Père

1. L’Ascension du Christ

Nous entendons encore aujourd’hui, à la prière des Heures, la parole de trois grands papes : saint Pierre, saint
Léon 1er, Saint Grégoire 1er.
Saint Léon nous montre comment, par l’Ascension, notre foi est approfondie et spiritualisée :
“ Ce qui dans notre Rédempteur a été visible, est maintenant passé dans les saints mystères. Et afin
que la foi soit plus élevée et plus ferme, à la vision a succédé la doctrine de foi dont l’autorité doit
être suivie par les cœurs fidèles qu’illuminent les clartés supérieures. Cette foi qui a été accrue par
l’Ascension, fortifiée par la descente du Saint-Esprit, rien ne peut l’ébranler, ni les chaînes, ni les
prisons, ni l’exil, ni la faim, ni la mise en pièces par les bêtes féroces, ni les supplices inventés par la
cruauté des persécuteurs. Pour cette foi, dans le monde entier, non seulement des hommes, mais
encore des femmes, non seulement des garçons impubères, mais encore de tendres jeunes filles ont
lutté jusqu’à l’effusion de leur sang. Cette foi a expulsé les démons, chassé les maladies, ressuscité
les morts ”.
Saint Grégoire 1er, le pasteur pratique, cherche à tirer de l’Évangile des leçons de vie :
“ Pour ceux qui croient, les miracles suivront. Est-ce que, mes frères, parce que vous n’opérez pas
ces miracles, vous perdez votre foi ? Non, ces miracles étaient nécessaires au moment de la
fondation de l’Église. Afin que la multitude des fidèles grandît dans la foi, il lui fallait la nourriture
des miracles. Nous aussi, quand nous plantons des arbustes, nous les arrosons jusqu’à ce que nous
voyons qu’ils sont affermis en terre. Quand ils sont bien enracinés, nous cessons de les arroser. On
peut rapporter ici ce que dit saint Paul : Les langues sont des signes non pour les fidèles, mais pour
les infidèles (1 Cor., XIV, 22). Dans ces signes et ces vertus, il y a quelque chose qui mérite une
considération plus profonde. La sainte Eglise fait encore spirituellement tous les jours ce qu’elle
faisait alors visiblement par les Apôtres. Quand ses prêtres, dans l’exorcisme, imposent la main aux
fidèles et empêchent les mauvais Esprits de demeurer dans leur âme, ne chassent-ils pas les

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démons ? Et quand les fidèles abandonnent les discours mondains de leur vie antérieure pour
s’entretenir des saints mystères et raconter, autant qu’ils peuvent, les louanges et la toute puissance
de leur Créateur, que font-ils autre chose que parler un nouveau langage ? Et quand, par leurs bonnes
exhortations, ils enlèvent la méchanceté du cœur des autres, ne soulèvent-ils pas des serpents ?

2. Lecture d’Ecriture II Pierre, chap. 2 et 3

Saint Pierre se tourne contre les semeurs d’erreur qui, parce que le retour généralement attendu du Seigneur
n’a pas encore eu lieu, nient ce retour :
“ Sachez avant tout que dans les derniers temps il viendra des moqueurs, pleins de raillerie, vivant au
gré de leurs convoitises et disant : Où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que nos pères
sont morts, tout continue à subsister comme depuis le commencement de la création ”.
Saint Pierre signale deux faits : le déluge et la patience de Dieu.
“ Il est une chose que vous ne devez pas oublier : un jour est pour le Seigneur comme mille ans, et
mille ans comme un jour (Ps. 89). Non, le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de sa
promesse, comme quelques-uns se l’imaginent, mais il use de patience envers vous, ne voulant pas
qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la pénitence. Or le jour du Seigneur viendra comme un
voleur ; en ce jour, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront et la terre
sera consumée avec les ouvrages qu’elle renferme. Puisque, donc, toutes choses sont destinées à se
dissoudre, quelles ne doivent pas être la sainteté de votre conduite et votre piété, attendant et hâtant
l’avènement du jour de Dieu, jour où les cieux enflammés se dissoudront et les éléments embrasés se
fondront ? Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la
justice habite. Dans cette attente, faites tous vos efforts afin d’être trouvés, par lui, sans tache et
irréprochables dans la paix. Utilisez la longue patience de Notre-Seigneur pour votre salut ”.

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SIXIÈME SEMAINE APRÈS L'OCTAVE DE PÂQUES

Le dimanche appartient à l’Octave de l’Ascension et forme transition entre cette fête et celle de la
Pentecôte que nous célébrerons solennellement dans huit jours. Disons donc : le dimanche est un écho de
l’Ascension et une préparation à la Pentecôte.
Au Moyen Age, on appelait ce dimanche : le dimanche des roses, parce qu’on apportait à l’église les
premières roses. Le dimanche des roses de l’antiquité chrétienne – il est vrai que c’était en Italie – était le
dimanche Laetare.
Quand nous entrerons aujourd’hui à l’église, nous ne verrons plus le cierge pascal à côté de l’autel. Il est
parti ; il ne sera plus allumé qu’une fois : le samedi avant la Pentecôte, pour la bénédiction des fonts.

SIXIÈME DIMANCHE APRÈS PÂQUES

Vers ton visage je soupire

1. Premières impressions

Le jour de l’Ascension, nous nous sommes réjouis du triomphe du Christ et de l’élévation de notre
nature. Notre vœu ardent était de demeurer au ciel. Il n’y avait pas trace de tristesse, de mélancolie, au sujet
du départ du Maître aimé. Aujourd’hui, par contre, l’Église s’est attendrie. Aujourd’hui, son cœur est rempli
d’aspirations ardentes vers le Seigneur ; elle éprouve presque la douleur de la séparation. Nous
comprendrons l’esprit de ce dimanche, si nous essayons de nous pénétrer des sentiments de la petite
communauté chrétienne après le départ du Seigneur et avant la descente du Saint-Esprit.
Elle a d’ardentes aspirations vers le Christ (Intr. Comm.) ; elle lève les yeux vers le Roi céleste (Grad.).
Elle attend le Saint-Esprit (Evang.) et l’appelle par de longues prières (Intr.).
Elle regarde vers l’avenir et se remplit de l’esprit des martyrs et des confesseurs (Ep. Evang.).

2. La messe Exaudi Domine

La messe est caractérisée par une profonde sentimentalité et une grande ferveur. On pourrait presque dire que
la liturgie se départ, aujourd’hui, de son style classique et dépouillé. Pendant ces derniers dimanches, elle
était remplie d’allégresse et c’est à peine si on remarquait une trace de chagrin causé par la séparation ;
aujourd’hui, elle devient tendre et lyrique ; toute la messe est dominée par une chaude sensibilité – je
comparerais volontiers cette messe avec celle du dimanche dans l’Octave de Noël.
A l’Introït, nous voyons immédiatement la grande différence. Pas d’allégresse, pas de louange, mais une
ardente prière : voir le visage du Seigneur ; c’est le désir de la parousie des premiers chrétiens. Au jour de
l’Ascension, les anges avaient dit aux disciples dont les regards restaient fixés au ciel : “ Il reviendra tel que
vous l’avez vu monter au ciel ”. Aujourd’hui, nous disons déjà avec les Apôtres : “ Maranatha – Viens,
Seigneur Jésus ! ”. – Le psaume dans son ensemble renforce cette impression.
Le. Kyrie nous semble aujourd’hui le vrai chant de l’exil : nous l’avions presque oublié pendant le temps
pascal. Au Gloria, nous levons les yeux, avec toute l’impatience de nos désirs, vers le Seigneur “ qui est assis
à la droite du Père ”.
A l’oraison, nous revenons sur la terre, nous demandons une véritable vie chrétienne “ présenter à Dieu une
volonté dévouée et servir la divine majesté avec un cœur sincère ”. Il y a dans ces paroles une profondeur
saisissante – on y trouve également l’essence de toute piété.
Alors Pierre se lève, comme premier représentant du Seigneur, et adresse à la communauté primitive – nous
sommes dans ses rangs – une prédication (Ep.) : Grandissez dans la sainte communauté de l’Église, exercez
la prière en commun ainsi que la charité qui pardonne et qui sert. Les charismes et les ministères servent à

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l’édification du corps mystique. L’action du Saint-Esprit consiste à animer et à développer le corps mystique
du Seigneur.
Le chant de l’Alleluia est pénétré d’émotion. Nous jetons un regard d’ardent désir vers le ciel et nous voyons
le Seigneur assis à la droite du Père. De là, il se penche doucement vers les siens et il nous console : “ Je ne
vous laisserai pas orphelins, je viendrai vers vous et votre cœur se réjouira ”. Cette promesse se réalisera au
moment de son retour ; mais déjà, tant dans l’Évangile que dans l’Eucharistie, nous avons l’avant-goût de sa
venue.
L’Évangile nous prépare à la descente du Saint-Esprit qui nous inspirera l’esprit des martyrs et des
confesseurs. On le voit, l’Église tourne nos regards vers la vie terrestre. Il nous semble entendre la voix des
anges : “ Pourquoi restez-vous là à regarder ? ” allez à votre travail.
A l’Offrande, qui nous conduit à la montagne mystique de l’autel, se renouvelle pour nous la vision de
l’Ascension. Au Saint-Sacrifice, l’avant-messe doit se réaliser ; nous recevons l’Esprit d’amour qui fera de
nous des martyrs et des confesseurs, nous recevons toutes les grâces d’état qui nous permettront d’édifier le
corps mystique.
A la Communion, nous entendons le Seigneur prier pour nous au ciel : “ Père, tant que j’étais parmi eux, je
les ai gardés. je te prie, garde-les du Mauvais ”.

On peut résumer la messe ainsi : Au milieu des misères de cette vie, nous regardons vers le Roi exalté.

3. La prière des Heures

Elle est de l’Ascension.


Aujourd’hui deux hommes nous parlent, qui ont entre eux beaucoup de traits communs : l’évangéliste et
Apôtre saint Jean, l’évêque et docteur de l’Eglise saint Augustin.
Saint Jean
Cette semaine, nous lisons les trois Épîtres de saint Jean et l’apôtre de saint Jude. La première épître de saint
Jean, que nous commençons aujourd’hui (l, 1-2, 6), contient, à côté d’un certain nombre de difficultés,
beaucoup de belles pensées qui sont de véritables perles. A travers toute l’épître, circule comme un fil d’or, la
pensée préférée de l’Apôtre bien-aimé : l’amour du prochain. Cette Épître est peut-être une lettre d’envoi de
l’évangile de saint Jean. En tout cas, on y trouve les mêmes pensées : la lumière et les ténèbres, la vérité et le
mensonge, la vie et la mort, l’esprit et la chair, Dieu et le monde, la foi et l’incroyance. Ces idées se
balancent dans un rythme toujours nouveau. Rien n’est plus saisissant que ces paroles du témoin oculaire :
“ Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux,
ce que nos mains ont touché, du “ Verbe de vie ”, nous vous l’annonçons. Car la “ Vie” s’est
manifestée, et nous vous annonçons, comme témoin oculaire, la Vie éternelle qui était auprès du Père
et qui nous a été manifestée. Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons afin que vous
soyez en communion avec nous. Notre communion est avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ ”.
Saint Augustin nous donne la conséquence pratique de l’Ascension, le Sursum corda :
Notre Sauveur, mes très chers frères, est monté au ciel ; ne vous laissez pas troubler pour cela sur la
terre. Que là-haut soit notre cœur, et nous trouverons ici le repos. En attendant, montons au ciel en
esprit avec le Christ ; quand le jour de sa promesse sera arrivé, nous pourrons le suivre aussi avec
notre corps. N’oublions pas cependant, mes frères, que ne monteront avec le Christ ni l’orgueil, ni
l’avarice, ni la luxure ; aucune de nos maladies spirituelles ne montera avec notre médecin. Si, donc,
nous désirons monter avec notre médecin, nous devons déposer nos vices et nos péchés. Car tous ces
ennemis nous attachent et nous retiennent à terre ”.

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LUNDI DANS L'OCTAVE

Figures de l’Ascension du Seigneur

Aujourd’hui, nous entendons de nouveau trois grands saints : saint Jean Apôtre, saint Jean Chrysostome et
saint. Grégoire le Grand.

1. Ascension du Christ

Saint Jean Chrysostome, la Bouche d’or, le prince des prédicateurs doit nous parler de l’Ascension du
Seigneur. Il exprime de profondes pensées sur l’élévation de la nature humaine.
“ Le Christ, en montant au ciel, offrit au Père les prémices de notre nature. Le Père admira le don
offert, tant à cause de la dignité de celui qui l’offrait, qu’à cause de la pureté immaculée du don lui-
même. Il ne se contenta pas de le recevoir dans ses mains, mais encore il le fit participer à son trône
et, ce qui plus est, il le plaça à sa droite. Apprenons qui est celui à qui il a été dit : “ Assieds-toi à ma
droite ” et quelle est la nature à qui Dieu adressa cette parole : “ Participe à mon trône ”. C’est cette
même nature à qui il fut dit autrefois : “ Tu es poussière et tu retourneras en poussière ”. Il ne
suffisait pas que cette nature pénétrât dans le ciel pour une gloire parfaite, il ne suffisait pas qu’elle
se tînt au milieu des anges ; elle franchit le ciel, s’éleva au-dessus des chérubins, au-dessus des
séraphins et ne s’arrêta pas avant d’avoir atteint le trône de Dieu. Vois quel espace sépare le ciel de la
terre, quel espace sépare la terre de l’enfer, quel espace sépare le ciel du ciel plus élevé et quel
espace il y a du ciel jusqu’aux anges, jusqu’aux Puissances supérieures, jusqu’au trône même de
Dieu. C’est au-dessus de tout cela que notre nature a été élevée. Aussi l’homme, qui était si
profondément tombé qu’il ne pouvait plus descendre, fut élevé sur un trône si haut qu’il ne peut plus
monter ”.
Saint Grégoire nous parle des deux figures de l’Ascension du Christ, Enoch et Élie. La comparaison met la
supériorité du Christ en pleine lumière.
“ On lit d’Élie qu’il fut emporté sur un char, afin de bien montrer qu’un simple homme a besoin du
secours étranger. Ce secours lui fut donné par les anges et d’une manière visible. Élie, donc, que le
poids de sa faible nature attirait vers la terre, ne pouvait pas même, par sa propre force, s’élever dans
l’atmosphère. Par contre, on ne lit pas de notre Rédempteur qu’il fut élevé au moyen d’un char ou
par le secours des anges ; mais celui qui avait tout créé s’éleva par sa propre force au-dessus de tout.
En effet, il s’en allait là où il était et il s’en allait de là où il restait. En effet, pendant que, dans sa
nature humaine, il montait au ciel, par sa divinité il remplissait le ciel et la terre. Or, pendant que
Joseph vendu par ses frères figurait la vente de notre Rédempteur, deux hommes, Enoch et Élie,
furent les signes de l’Ascension de notre Rédempteur : Enoch qui fut enlevé et Élie qui fut emporté
dans le ciel aérien. Le Seigneur a donc eu deux annonciateurs et deux témoins de son Ascension, l’un
avant, l’autre sous la Loi, afin qu’il pût venir en son temps et pénétrer réellement au ciel ”.

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MARDI DANS L'OCTAVE

Le vol de l’aigle

Aujourd’hui, nous entendons deux prédicateurs déjà connus et un autre qui est moins connu, le saint évêque
Maxime, Ce dernier était évêque de Turin vers le milieu du siècle.

1. L’Ascension du Christ

Le saint évêque Maxime compare l’Ascension du Seigneur au vol de l’aigle vers les hauteurs :
“ Mes très chers, vous tous souvenez que j’ai comparé le Rédempteur à cet aigle dont il est écrit dans
le psaume : “ Ta jeunesse se renouvelle semblable à l’aigle ” (Ps. 102). Nous trouvons, en effet, ici,
une ressemblance importante. De même que l’aigle laisse ce qui est bas, cherche les hauteurs et
s’efforce de s’approcher du ciel, de même notre Sauveur s’éloigna des profondeurs de l’enfer, gagna
les hauteurs du Paradis et pénétra jusqu’aux sommets du ciel. Et de même que l’aigle dédaignant les
impuretés terrestres, vole dans les hauteurs et respire l’air pur et salubre, de même le Seigneur quitte
la lie des péchés terrestres et s’élevant sur l’aile de ses saints, il jouit de la simplicité d’une vie plus
pure. Ainsi donc, en tout, la comparaison de l’aigle convient au Sauveur. Mais que faisons-nous de
ce fait que l’aigle aime enlever du butin et s’empare souvent du bien étranger ? En cela, aussi, il ne
manque pas de ressemblance avec le Sauveur. Le Sauveur, lui aussi, enleva, en quelque sorte, du
butin quand il enleva l’homme dont il avait pris la nature aux gorges de l’enfer et le porta aux cieux,
quand il l’arracha à la domination étrangère, c’est-à-dire à la puissance du diable dont il était
esclave, et l’emmena comme captif vers les hauteurs, comme il est écrit dans le Prophète : “ Il monte
vers les hauteurs, il emmène avec lui des captifs et il partage ses dons aux hommes ” (Ps. 67). Il
monte vers les hauteurs, dit-il, et il emmène des captifs. Comme le Prophète a bien décrit le triomphe
du Seigneur ! C’était la coutume, dit-on, de faire marcher devant le char des triomphateurs la troupe
des prisonniers. Or voici que, quand le Seigneur monte au ciel, les glorieux prisonniers ne le
précèdent pas, mais l’accompagnent. Ils ne sont pas emmenés devant son char, mais ils conduisent
eux-mêmes le Seigneur vers les hauteurs. Par un certain mystère, en effet, pendant que le Fils de
Dieu enlève le Fils de l’Homme au ciel, les prisonniers eux-mêmes sont portés et portent ”.
St Grégoire fait des considérations sur le fait que le Seigneur glorifié est assis et debout à la droite de Dieu :
“ Considérons ce que veut dire saint Marc quand il écrit : “ Le Christ est assis à la droite du Père ”, et
saint Étienne quand il dit : “ Je vois les cieux ouverts et le Fils de l’Homme debout à la droite de
Dieu ” Pourquoi saint Marc le voit-il assis ; et saint Étienne, debout ? Il faut savoir, mes frères,
qu’être assis est le propre du juge, et être debout le propre de celui qui combat et qui aide. Or notre
Rédempteur, qui est monté au ciel, juge déjà toutes choses et apparaîtra au dernier jour comme le
juge de tous. Aussi saint Marc nous le montre assis après son Ascension parce que, après la gloire de
son Ascension, il apparaîtra comme juge de la fin des temps. Mais saint Étienne, qui se trouvait alors
dans un rude combat, le vit debout parce qu’il l’eut comme aide. Pour que ce héros fût vainqueur sur
la terre de l’infidélité des persécuteurs, la grâce du Christ combattit pour lui du haut du ciel ”.

2. Lecture d’Ecriture. 1 Jean. chap. 4

Saint Jean parle de son thème de prédilection :


" Mes très chers, aimons-nous les uns les autres ; car l’amour vient de Dieu. Quiconque aime est né
de Dieu et connaît Dieu ”. “ L’amour consiste en ce que ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais
lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils comme victime de propitiation pour nos péchés. Si Dieu
nous a montré un si grand amour, nous devons aussi nous aimer les uns les autres ”. “ Dieu est amour
; celui qui demeure dans l’amour demeuré en Dieu et Dieu en lui ”. “ Si quelqu’un dit : j’aime Dieu
et hait son prochain, celui-là est un menteur. Car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment
peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas. ? ” Nous avons reçu de lui ce commandement : “ Celui qui aime
Dieu doit aussi aimer son prochain ”.
Ce sont là des paroles d’or.

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MERCREDI DANS L'OCTAVE

Le Roi de gloire veut entrer

Nous entendons aujourd’hui l’Apôtre saint Jean et deux autres saints représentant, l’un l’Église d’Occident et
l’autre, l’Église d’Orient : saint Grégoire le Grand et saint Grégoire de Nysse, évêque et docteur de l’Église,
l’un des trois Cappadociens.

1. L’Ascension du Christ

Saint Grégoire de Nysse nous offre une exemple classique d’application liturgique d’un psaume à propos du
psaume 23.
“ La solennité de ce jour, déjà assez grande en elle-même, le Prophète David la rend plus grande
encore en lui ajoutant la joie tirée des psaumes. En effet, cet illustre Prophète s’élève au-dessus de
lui-même, se débarrasse, pour ainsi dire, du poids de son corps, se mêle aux puissances célestes et
nous expose leurs voix quand elles accompagnent le Seigneur qui rentre au ciel. Elles commandent
aux anges qui séjournent sur la terre et ont été chargés de la direction de la vie humaine, de cette
manière : “ Princes, élevez vos portes, élevez-vous portes éternelles, et le Roi de gloire fera son
entrée”. Le Seigneur, qui contient tout en lui, se laisse mesurer, en quelque lieu qu’il soit, selon
l’intelligence de ceux qui le reçoivent – en effet, il ne fut pas seulement un homme parmi les
hommes, mais encore, quand il se trouve parmi les anges, il se rabaisse à leur langage. C’est
pourquoi, aussi, les gardiens de la porte (du ciel) demandent : “ Quel est ce Roi de gloire ? ” Ils
reçoivent cette réponse et cette indication : “ Le Seigneur, le Fort, le Puissant dans le combat ”. C’est
lui, en effet, qui était destiné à combattre contre celui qui a réduit la nature humaine en servitude et a
renversé celui à qui avait été donnée la puissance de la mort. Après avoir triomphé du terrible
ennemi, il devait rendre au genre humain la liberté et la paix. Les gardiens des portes s’avancent à sa
rencontre, donnent l’ordre de lui ouvrir les portes et lui rendent eux-mêmes l’hommage convenable.
Seulement, ils ne le connaissent pas, car il a revêtu l’humble vêtement de notre humanité et parce
que ses habits, dans le pressoir des souffrances humaines, ont été maculés de sang (Isaïe, LXIII, 2).
C’est pourquoi ils interrogèrent, une seconde fois, l’escorte du Roi qui fait son entrée : “ Quel est ce
Roi de gloire ? ” Mais la réponse n’est plus, cette fois : “ Le Seigneur, le Fort, le Puissant dans le
combat ”, mais elle se formule ainsi : “ Le Seigneur des armées ", celui qui possède la puissance sur
tout, qui rassemble et réunit tout sous lui, qui ramène tout à l’état primitif. C’est le “ Roi de gloire ”.
Saint Grégoire 1er explique l’Évangile de la fête A sa manière directe et simple.

2. Lecture d’Écriture II Jean

Cette brève Épître est une lettre pastorale du vieil Apôtre à une Église chrétienne. Jean se nomme “ l’Ancien
” – Presbyter – car il était le seul survivant des Douze. L’Épître contient une recommandation d’amour
fraternel et une mise en garde contre les docteurs d’erreur. Jean appelle la communauté “ dame ”, et les
chrétiens “ ses enfants ”, car cette Église était l’image de la Mater Ecclesia, l’Épouse du Christ et la Mère
des chrétiens.
“ Ce fut pour moi une grande joie de rencontrer de tes enfants qui marchent dans la vérité, selon le
commandement que nous avons reçu du Père. Maintenant, je te prie, Dame, non comme si je te
prescrivais un commandement nouveau, car c’est celui que nous avons reçu dès le commencement –
aimons-nous les uns les autres. L’amour consiste à marcher selon ses commandements ; et c’est là
son commandement, comme vous l’avez appris dès le commencement, de marcher dans la charité.
Car plusieurs séducteurs ont paru dans le monde ; ils ne confessent pas que Jésus-Christ est venu
dans la chair. Par leur bouche parle le séducteur, l’antéchrist. Prenez garde à vous-mêmes, afin que
vous ne perdiez pas le fruit de votre travail, mais que vous receviez une pleine récompense.
Quiconque va au-delà et ne demeure pas dans la doctrine du Christ, ne possède point Dieu ; celui qui
demeure dans cette doctrine possède le Père et le Fils ”.

99
JOUR OCTAVE DE L'ASCENSION DU CHRIST
double majeur

Le Christ monte vers les hauteurs et emmène les prisonniers

Le dernier jour de l’Octave jouit d’une plus grande solennité ; c’est un dernier résumé de tout ce que nous
avons célébré et vécu pendant l’Octave. La solennité plus grande se manifeste encore par ce fait que la
lecture d’Écriture n’est pas prise dans la section en cours, mais choisie exprès pour l’Ascension.

1. L’Octave

Nous terminons, aujourd’hui, l’Octave de l’Ascension du Christ ; nous avons mûrement considéré les
pensées de la fête. Mais l’Église nous laisse quelques souvenirs qui nous permettent de nous rappeler
l’Ascension toute l’année. A la messe, après la Consécration, le prêtre récite une antique prière qui se
rattache à l’ordre du Christ de faire ceci en mémoire de lui : “ C’est pourquoi nous nous rappelons, nous, tes
serviteurs et ton peuple saint, la bienheureuse Passion, la Résurrection d’entre les morts et la glorieuse
Ascension du Christ. ”. L’Église nous ordonne, à tous, de songer tous les jours au mystère de cette fête ; bien
plus, la pensée est, ici, une réalisation sanctifiante des grands faits salutaires. Depuis que le Seigneur trône au
ciel, notre regard est dirigé vers lui et nous le voyons “ assis à la droite de Dieu ” ; c’est le Christ monté au
ciel que nous confessons dans le Symbole ; c’est lui que nous prions au Gloria ; c’est dans la foi à
l’Ascension que nous concluons toutes les oraisons : Par Notre Seigneur Jésus-Christ, ton Fils, qui vit et
règne avec toi. Tenons toujours nos regards attachés sur le Seigneur élevé au ciel et assis à la droite de Dieu.
Enfin nous devons, dans un Sursum corda, nous rappeler qu’il ne faut pas seulement croire à l’Ascension du
Seigneur, mais encore en garder les leçons dans notre vie ; nous devons demeurer de cœur au ciel.

2. La prière des Heures

Saint Paul nous parle dans l’Épître aux Éphésiens (IV, 1-21). Le passage est d’autant plus important qu’il
contient une interprétation authentique d’un psaume. Le passage du psaume 67 : “ Il monte vers les hauteurs,
il emmène les prisonniers avec lui et partage ses dons aux hommes ”, est appliqué par saint Paul à
l’Ascension. Ce passage est, d’ailleurs, le verset typique et principal de la fête. Paul explique quels sont les
dons que distribue le triomphateur céleste.
St Augustin montre comment l’Ascension du Seigneur est pour nous une garantie des biens célestes :
“ Tous les miracles, très chers, que le Seigneur Jésus-Christ accomplit en ce monde, revêtu de notre
fragilité, sont salutaires pour nous. Aussi quand (dans son Ascension) il éleva la nature humaine au-
dessus des étoiles, il enseigna que le ciel est ouvert à ceux qui croient. Ayant élevé le vainqueur de la
mort (sa sainte humanité) jusqu’au ciel, il nous indiqua, à nous, les vainqueurs, le chemin par lequel
nous devons le suivre. L’Ascension du Seigneur fut donc la confirmation de la foi catholique afin
que, dans l’avenir, nous croyions au don de ce miracle (notre propre ascension) dont nous avons déjà
perçu l’effet dans le présent et que chaque fidèle, qui a déjà ici goûté de si grandes grâces par les
bienfaits reçus, apprenne à attendre la promesse ; ainsi, la bonté, de son Dieu, éprouvée dans le passé
et dans le présent, lui donnera comme la caution des biens futurs.
St Grégoire le Grand nous donne une bonne explication allégorique d’un passage du Cantique
“ Salomon fait dire à l’Église (Cant. II, 8) : “ Voici qu’il vient, sautant par-dessus les montagnes,
bondissant par-dessus les collines. ” Salomon voit ici, éclairé par l’Esprit, les hauteurs de l’œuvre
divine du salut, quand il dit : “ Voici qu’il vient sautant par dessus les montagnes ”. En effet, quand
le Seigneur vint pour notre Rédemption, il fit, pour ainsi dire, un certain nombre de “ bonds ”.
Voulez-vous, mes très chers frères, connaître ces bonds ? Du ciel, il vint dans le sein de sa Mère ; de
là, dans la Crèche ; de la Crèche, sur la Croix ; de la Croix, au tombeau ; et du tombeau, il retourna
au ciel. Voici que, pour nous faire courir après elle, la Vérité, manifestée dans la chair, fit quelques
bonds ; elle bondit, comme un géant, pour parcourir sa voie afin que nous puissions lui dire de tout
cœur : “ Tire-nous ; nous courrons après toi, à l’odeur de tes parfums ” (Cant. 1, 3).

100
3. Préparation à la Confirmation

Tous les ans, à la Pentecôte, nous devons prendre conscience de la grâce de la Confirmation et la raviver en
nous. Trois sacrements impriment dans notre âme un caractère indélébile. Le catéchisme nous parle de ce
signe ineffaçable, dans le Baptême, la Confirmation et l’Ordre. Le baptême fait, de l’homme, un enfant de
Dieu et un citoyen du royaume de Dieu ; la Confirmation l’enrôle dans l’armée du Seigneur et la prêtrise en
fait un officier dans cette armée, un chef dans le royaume de Dieu. De là résulte la haute importance de ces
trois sacrements pour l’édification de l’Église, la répartition de ses membres et leur organisation
hiérarchique.
Quel est l’effet de la Confirmation ?
Le nom – Confirmation = affermissement – nous dit, déjà, qu’elle élève le baptisé à un plus haut rang dans le
christianisme, à un état de maturité. La Confirmation en fait un parfait chrétien. Les trois sacrements que
nous venons de nommer mettent l’homme dans une relation étroite avec le Saint-Esprit. Dans le baptême, il
devient un temple du Saint-Esprit qui demeure en lui. Par le sacerdoce, il devient un instrument du Saint-
Esprit et participe au pouvoir divin de bénédiction, de consécration et d’absolution. La Confirmation tient le
milieu entre le Baptême et l’Ordre. D’une part, elle procure une habitation plus intime du Saint-Esprit et,
d’autre part, elle confère une certaine participation à l’Ordre qui est une œuvre particulière du Saint-Esprit.
L’effet de la Confirmation peut être résumé dans les trois idées suivantes : elle fait du chrétien un chevalier,
un martyr et un “ prêtre ”.
L’armement du chevalier.
Le Baptême fait de nous des enfants de Dieu. Tant que l’enfant reste sous la protection aimante de ses
parents, il ne sait rien du sérieux de la vie. Dès qu’il s’en va dans le monde, alors commencent les combats et
les soucis. Il en est de même dans le royaume de Dieu. Dès que l’enfant de Dieu a atteint l’âge de raison,
l’âge insouciant prend fin et de puissants ennemis s’élèvent contre son âme. Le diable, le monde, la nature
inférieure se liguent pour l’arracher au royaume de Dieu. Mais l’enfant de Dieu ne doit pas être laissé seul. Il
reçoit des aides et des alliés. Il est armé chevalier par le sacrement de Confirmation ; le Saint-Esprit le munit
d’armes défensives et offensives. Alors, le chrétien entre dans les rangs de l’armée militante, il reçoit
l’armure que décrit l’Apôtre saint Paul : “ Revêtez-vous de l’armure de Dieu afin de pouvoir résister aux
jours mauvais et, après avoir tout surmonté, rester debout. Soyez donc fermes, les reins ceints de la vérité,
revêtus de la cuirasse de la justice et, les sandales aux pieds, prêts à annoncer l’Évangile de paix. Avant tout,
prenez le bouclier de la foi par lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin. Prenez aussi
le casque du salut et le glaive de l’Esprit : la Parole de Dieu ” (Éph., VI, 12). C’est de cette armure que le
Saint-Esprit revêt le chrétien dans la Confirmation, afin qu’il combatte le bon combat ” et reçoive la
couronne de vie ”.

VENDREDI APRÈS L'OCTAVE

Entre l’Ascension et l’envoi du Saint-Esprit

Aujourd’hui encore, bien que ce jour ne fasse plus partie de l’Octave, on célèbre l’office de l’Ascension ; la
messe est la messe du dimanche. Ce jour est réellement en suspens entre les deux grandes pensées festivales
de l’Ascension et de l’envoi du Saint-Esprit (voir l’Évangile).

1. L’Ascension du Christ et le Saint-Esprit

Saint Augustin continue son sermon d’hier et nous donne encore des pensées d’une beauté sublime :
“ Si notre Sauveur n’a pas triomphé du diable dans notre chair, son combat n’a été qu’un jeu et il n’a
pas remporté la victoire pour nous. S’il n’est pas ressuscité dans notre corps, il n’a rendu, par sa
Résurrection, aucun service à notre nature. Celui qui voudrait affirmer cela ne comprend pas le but
de l’Incarnation. Si le Christ n’a pas accompli la Rédemption dans notre chair, il n’a pris, de
l’homme, que le sort inférieur de la naissance. Loin de nos esprits une si périlleuse opinion ! Il a pris

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de nous ce qu’il livra pour nous (le corps mortel), mais ce qu’il nous donna était à lui. J’atteste que
c’est mon corps qui fut dans le tombeau, afin que je puisse dire que c’est mon corps qui est monté au
ciel ”.
L’interprétation de l’Évangile du dimanche (par saint Augustin, encore), nous donne de belles pensées sur le
Saint-Esprit.
“ Celui-ci, donc, rendra témoignage de moi et, vous aussi, vous rendrez témoignage ; car la force de
rendre témoignage vous sera donnée par “ l’amour de Dieu que répand dans vos cœurs le Saint-
Esprit ” (Rom. V, 5) qui vous sera donné. Cette force manquait encore, assurément, à Pierre quand,
intimidé par la question d’une servante, il ne put rendre un vrai témoignage, mais, effrayé en dépit de
ses affirmations précédentes, il renia trois fois le Seigneur. L’amour ne connaît pas cette crainte, mais
l’amour parfait chasse la crainte ” (Jean IV, 18). Bref, avant la Passion du Seigneur, la crainte servile
de Pierre fut interrogée par une femme de servitude, mais, après la Résurrection du Seigneur, son
amour libre fut interrogé par le Prince de la liberté. C’est pourquoi, dans le premier cas, il fut troublé,
dans le second cas, il fut tranquillisé ; dans le premier cas, il avait renié celui qu’il aimait ; mais,
même dans le second cas, son amour était encore faible et étroit ; il fallait attendre que le Saint-Esprit
vint le fortifier et le dilater ”.

2. Lecture d’Ecriture III Jean

La troisième Epître de saint Jean est, à la différence de la seconde, une lettre privée de l’Apôtre. Cette Epître
nous donne une. idée des difficultés qui pouvaient surgir dans une Eglise chrétienne primitive – c’est une
consolation pour nous quand nous avons à compter avec des faiblesses et des difficultés dans nos rangs ; les
premiers chrétiens eux-mêmes n’étaient pas tous des saints. L’Epître signale deux types de chrétiens : Gaius,
une noble figure de chrétien, et Diotréphès, un évêque indigne. Saint Jean écrit à Gaius :
“ Bien-aimé, je te souhaite que l’état de tes affaires et de ta santé soit aussi prospère que celui de ton
âme. Ce fut pour moi une grande joie lorsque des frères sont arrivés et ont rendu témoignage de ta
vérité, c’est-à-dire de la manière dont tu marches dans la vérité. Je n’ai pas de plus grande joie que
d’apprendre que mes enfants marchent dans la vérité ”.

3. Préparation à la Confirmation

la consécration des martyrs


Avant son Ascension, le Christ dit à ses Apôtres : “ Vous serez mes témoins. jusqu’aux extrémités de la terre
” (Act. Ap., I, 8). Témoin en grec se dit martyr. Un martyr est un témoin du Christ. C’est ce que nous devons
tous être. Nous serons témoins du Christ pour la vie et la conduite, en observant ses commandements ; nous
serons témoins du Christ par la parole et la confession, en confessant courageusement notre foi, comme le dit
le catéchisme ; nous serons témoins du Christ, même contre les ennemis de l’Église, même quand nous
serons raillés et persécutés. Le plus haut témoignage rendu au Christ est le témoignage du sang, le
témoignage de celui qui donne sa vie pour le Christ. Ce témoignage est le martyre au sens propre. Mais
aucun chrétien n’est exempt d’un martyre au sens large. Mais qui nous donnera la force de confesser le
Christ devant les hommes ? Le Saint-Esprit, dans la Confirmation. Puisse l’héroïque esprit des martyrs de
l’ancienne Église animer les chrétiens d’aujourd’hui ! C’est pour cela que, dans la Confirmation, le Saint-
Esprit nous oint de la grâce de force et de courage.
Le sacerdoce
Le Christ a institué dans son Eglise un sacerdoce proprement dit qui participe d’une manière spéciale à son
divin sacerdoce. Il lui a confié la dispensation des mystères de Dieu. A côté de ce sacerdoce spécial, il y a
encore un sacerdoce général que possèdent tous les chrétiens. C’est pourquoi saint Pierre dit : “ Vous êtes
une race élue, un sacerdoce royal, un peuple saint ” (1 Pierre, Il, 9). Tout chrétien est donc prêtre et participe
au sacerdoce de Jésus-Christ. Il est prêtre en ce qu’il a le droit de célébrer le Saint-Sacrifice sous la direction
des prêtres consacrés et en union avec eux, qu’il a le droit de participer à l’ensemble du culte de l’Église.
L’Eglise, en effet, ne désire pas une simple assistance passive à la messe, une simple audition de la liturgie,
mais une réelle participation au sacrifice et au culte. Le chrétien exerce encore son sacerdoce parce qu’il
peut, par la prière et l’action, travailler au salut de l’âme de son prochain et collaborer à l’extension du
royaume de Dieu. Ce sacerdoce nous est communiqué par le baptême, mais surtout par le sacrement de
Confirmation, en vertu de l’onction avec le saint chrême. Le saint chrême est, d’une manière toute

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particulière, le symbole et le porteur du Saint-Esprit et il est destiné à verser sur les fidèles “ la dignité
royale, sacerdotale et prophétique et à les revêtir du vêtement impérissable de la grâce ”. (Prière de
bénédiction, le Jeudi-Saint). Chrétiens, ayons donc conscience de la dignité que nous avons reçue !

VIGILE DE LA PENTECÔTE
semi-double

Station à Saint Jean de Latran

Vous serez baptisés dans le Saint-Esprit

1. Premières impressions

Aujourd’hui est une vigile solennelle et, par suite, un jour de pénitence complet, avec jeûne et abstinence –
dans certains diocèses, cependant, cette obligation ne s’impose plus sous peine de péché ; ce n’est plus qu’un
simple conseil. La vigile est toujours un jour de préparation. La maison de l’âme doit être nettoyée et parée
pour la grande fête.
Deux pensées occupent le chrétien qui vit avec l’Église : il se rappelle son baptême ; il se prépare à la
Pentecôte.
Nous nous tenons aujourd’hui, en esprit, auprès des fonts baptismaux où nous avons reçu le baptême. Pour le
renouvellement de la grâce du baptême, nous lisons l’excellente instruction que saint Augustin adresse, dans
le bréviaire de ce jour, aux catéchumènes. Elle est toute pénétrée de l’esprit de l’ancienne Église ; avec le
baptême, commence une vie nouvelle.
“ Après vous avoir conçus dans son sein par le signe de la Croix, notre sainte Mère l’Église vous
enfantera spirituellement (par le baptême), vous et vos frères, avec la plus grande joie, vous qui serez
les enfants d’une si grande Mère. Jusqu’au jour où le bain sacré de la régénération les aura rendus à
la vraie lumière, elle nourrit ceux qu’elle porte d’aliments convenables et, toute joyeuse, conduit ces
enfants joyeux jusqu’au jour de l’enfantement. Elle n’est pas, en effet, comme Ève, soumise à la
malédiction de mettre au monde ses enfants dans la tristesse et la douleur. Et ses enfants ne naissent
pas, comme ceux d’Ève, en pleurant, mais dans la joie. Toutes les cérémonies mystérieuses qui ont
été faites sur vous (pendant le catéchuménat) et qui sont encore faites par le ministère des serviteurs
de Dieu (prêtres, diacres...), comme les exorcismes, les oraisons, les cantiques spirituels (les
psaumes), les insufflations, le cilice, les inclinations de tête, les agenouillements, même la crainte
salutaire dont vous avez été saisis, toutes ces choses, comme je l’ai dit, étaient, pour ainsi dire, une
nourriture qui devait vous fortifier dans le sein maternel afin que, lorsque vous seriez régénérés par
le baptême, votre Mère pût vous présenter au Christ comme de joyeux enfants. Vous avez aussi reçu
le symbole qui est la protection de la Mère contre le poison du serpent. Il est écrit dans l’Apocalypse
de saint Jean que le dragon se plaça devant la femme qui allait enfanter afin de dévorer son fils
quand elle l’aurait mis au monde (XII, 15). Chacun de vous sait que le dragon est le diable. Cette
femme signifie la Vierge Marie qui, sans tache elle-même, a enfanté notre Chef sans tache (le
Christ). Mais elle est en même temps un symbole de l’Église. En effet, de même que la Vierge
Marie, malgré la naissance d’un Fils ; est demeurée vierge, de même l’Église ne perd pas sa virginité
tout en enfantant sans cesse de nombreux enfants. Vous avez promis de renoncer au démon. Dans
cette promesse qui a été inscrite, non par les hommes, mais par Dieu et les anges, vous avez déclaré :
“ Je renonce ”. Ne renoncez pas seulement en paroles, mais encore par votre conduite ; non
seulement par le son de la voix, mais encore par les actes de la vie. Ce ne sont pas seulement les
lèvres qui doivent remuer, mais les œuvres qui doivent déclarer. Sachez que vous avez entrepris le
combat avec un ennemi habile, antique et expérimenté. Après votre renonciation, qu’il ne trouve pas
ses œuvres en vous, afin qu’il n’ait pas le droit de vous traîner en esclavage. Car tu es pris sur le fait
et découvert, ô chrétien, quand tes actes contredisent tes engagements ”.

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2. La messe

Dans l’ancienne Église, la nuit qui précédait la Pentecôte était consacrée à la cérémonie du baptême. On
baptisait ceux qui, pour une raison de maladie ou pour quelque autre cause, n’avaient pu recevoir le baptême
dans la nuit de Pâques. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, il y a, la veille de la Pentecôte, une bénédiction
des fonts baptismaux. L’office est une imitation abrégée de l’office du Samedi-Saint. Les prophéties sont
limitées à six. De ces six leçons, trois sont empruntées à Moïse, les autres aux Prophètes. Comme celles du
Samedi-Saint, elles veulent montrer, dans des images de l’Ancien Testament, la grandeur de l’état de
chrétien.
La messe, dont la station est l’Église baptismale de Saint-Jean de Latran, ne comporte pas d’Introït à
l’office solennel qui suit la bénédiction des fonts, parce que, en se rendant à l’autel, on a chanté les litanies
des saints. Ce n’est qu’à la messe privée qu’on récite l’Introït Cum sanctificatus, qui est emprunté au
mercredi de la quatrième semaine de Carême. Il s’adresse aux nouveaux baptisés et aux nouveaux
confirmés : “ Je verserai sur vous de l’eau pure et je vous donnerai un esprit nouveau ”.
Au Gloria, en signe d’allégresse, on sonne toutes les cloches.
L’oraison est un hymne à la lumière divine : “ Que l’éclat de ta clarté brille au-dessus de nous, afin que la
lumière de ta lumière remplisse les cœurs de l’illumination du Saint-Esprit. – Remarquons tous les termes
qui signifient la lumière. Rappelons-nous que cette messe est une cérémonie nocturne de vigile.
La leçon rapporte un épisode qui se passa à Éphèse. Saint Paul baptise quelques disciples de saint Jean-
Baptiste : “ Après l’imposition des mains, le Saint-Esprit vint sur eux et ils parlèrent en différentes langues et
ils furent illuminés par Dieu ”. Ce qui se passa alors se réalise dans les nouveaux baptisés – et en nous –
d’une manière mystique. Les manifestations visibles, en effet, ne sont pas le principal.
L’Évangile nous donne, cette fois encore, un extrait du discours d’adieu du Seigneur concernant le Saint-
Esprit. Que dit le Seigneur au sujet du Saint-Esprit ? “ Le Père vous enverra un autre Paraclet – consolateur,
avocat ; le premier consolateur était le Christ – , l’Esprit de vérité, afin qu’il demeure avec vous
éternellement. Vous le reconnaîtrez car il demeurera avec vous et habitera en vous ”. Le joyeux message, que
contient ce passage, est donc celui-ci : Le Saint-Esprit demeurera personnellement et d’une manière durable
en nous. Nous vivons en lui, il est notre vie. Ce que l’Église nous promet et nous fait entrevoir dans l’avant-
messe, nous le recevons comme fruit du Saint-Sacrifice.
C’est pourquoi, à l’Offertoire, nous implorons avec instance la descente du Saint-Esprit dans l’Eucharistie.
La Communion fait couler en nous la source vive de l’Esprit. La Postcommunion est la même que le jour de
la fête : le Saint-Esprit est la rosée, la pluie fécondante de l’âme.

3. Lecture d’Écriture

Nous lisons aujourd’hui, en entier, l’Épître de saint Jude. Il met en garde contre les hérétiques de son temps
et, en se référant au jugement dernier, il exhorte à une vie chrétienne et vertueuse. Il dit des mauvais
chrétiens :
“ Ils sont un déshonneur dans vos agapes ; ce sont des nuages sans eau qui sont poussés çà et là par
le vent, des arbres d’automne, sans fruits, doublement morts, déracinés ; des vagues furieuses de la
mer, jetant l’écume de leurs hontes, des astres errants auxquels d’épaisses ténèbres sont réservées
pour l’éternité. Pour vous, bien-aimés, vous édifiant sur le fondement de votre très sainte foi et priant
dans le Saint-Esprit, conservez-vous dans l’amour de Dieu en attendant la miséricorde de Notre
Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle ”.
Que de belles pensées dans cette seule phrase !

104
LA GRANDE FÊTE DE LA PENTECÔTE

La Pentecôte – d’un mot grec qui veut dire le cinquantième jour – est l’octave double et jubilaire de
la fête de Pâques (7 x 7 + 1). C’est en même temps le second point culminant du cycle festival de Pâques. La
Pentecôte n’est donc pas une fête indépendante ; c’est l’achèvement et la conclusion de la fête de Pâques.
Nous pourrions peut-être dire que la Pentecôte est pour Pâques ce que l’Épiphanie est pour Noël. Il faut
cependant tenir compte de la différence essentielle (cf. t. Ier). – Si nous voulions établir un parallèle, nous
pourrions dire : A Pâques, le Christ, le divin Soleil, s’est levé ; à la Pentecôte, il est à son zénith, il chauffe,
mûrit et apporte la vie. – Ou bien une autre comparaison. A Pâques, le jardin de l’Église est dans sa plus
riche floraison avec les nouveaux baptisés et les chrétiens renouvelés. A la Pentecôte, les fleurs sont
devenues des fruits qui chargent les branches des arbres. Le jardinier est le Sauveur Jésus-Christ qui fait
pousser les jeunes plantes ; le soleil qui a fait mûrir les fruits, c’est le Saint-Esprit. – Encore une troisième
comparaison. A Pâques, nous sommes nés de nouveau, comme enfants de Dieu. Comme des enfants
nouveau-nés, nous ne demandions que le lait maternel de l’Eucharistie, nous grandissions dans la maison
natale de l’Église, heureux et insouciants comme des enfants. Mais nous avons grandi. L’Église notre Mère,
n’a pas tardé à nous avertir que cet heureux temps passe, que nous sommes ici-bas des pèlerins et des
étrangers, qu’il nous faudra souffrir et endurer des peines – elle nous a donné cet avertissement, le troisième
dimanche après Pâques. A la Pentecôte, nous sommes déclarés majeurs. C’est ce que signifie aussi le
sacrement de la maturité, la Confirmation.

L’Ancien Testament avait déjà sa fête de la Pentecôte qu’on appelait aussi la fête des semaines.
C’était une fête d’action de grâces pour la moisson, c’était le mémorial de la promulgation de la loi sur le
mont Sinaï, dans le désert. C’était une figure de la fête chrétienne de la Pentecôte. C’est maintenant aussi que
commence la moisson, la moisson des âmes.

Avec la Pentecôte, commencent aussi le travail et l’action du Saint-Esprit. Le Sauveur a promis,


avant de nous quitter, qu’il ne nous laisserait pas orphelins, mais qu’il nous enverrait un autre Paraclet ou
consolateur qui nous enseignerait tout et nous rappellerait tout. C’est pourquoi la Pentecôte est la fête du
Saint-Esprit. Il importe de nous rappeler, de nouveau, son action dans l’Église et dans les âmes. Pensons
donc davantage au Saint-Esprit que nous rencontrons partout. Il demeure dans notre âme et, depuis le
baptême, il fait de notre corps et de notre âme son temple, la maison de Dieu “ Ne savez-vous pas que vos
corps sont les temples du Saint-Esprit qui demeure en vous ? Portez donc et honorez Dieu dans votre corps ”.
Quelle vie sainte nous mènerions si nous avions toujours conscience que le Saint-Esprit demeure en nous !

Dans l’Eglise, son action embrasse tout. Il nous sanctifie par les sacrements, surtout par la sainte
Eucharistie. Le Christ est au ciel. Il y participe au gouvernement du monde, il y est notre médiateur auprès
du Père. Mais son Église sur la terre est dirigée et conduite par le Saint Esprit. Dans l’Eucharistie, le Christ
est assurément présent, mais il ne veut pas y continuer son action telle qu’il l’exerça en Judée. Dans
l’Eucharistie, il veut seulement être notre victime et notre nourriture. Bien plus, l’Eucharistie est un
instrument dont se sert l’Esprit-Saint pour nous sanctifier et nous glorifier. Le Saint-Esprit est l’âme de
l’Église. Nous avons souvent entendu dire que l’Église est le corps mystique du Christ ; mais ce corps est
vivant et la vie suppose une âme. Cette âme, c’est le Saint-Esprit. Si nous pouvions bien saisir cette vérité !
Quelle est l’importance de l’âme dans le corps ? Elle est le principe vital. Dès que l’âme se sépare du corps,
le corps est mort, incapable de sensation, de pensée, de vouloir ; bref, le corps sans âme se dissout. Or le
Saint-Esprit est l’âme du grand corps de l’Église. Il est le principe de vie pour l’Église et pour l’âme ; c’est
lui qui nous donne et nous conserve la vie divine. Ce n’est que par lui que nous pouvons prier, ce n’est que
par lui que nous pouvons faire quelque chose de bien.

Il y a trois lieux dans l’Église où le Saint-Esprit agit particulièrement : le confessionnal, la chaire et


l’autel. Au-dessus de ces trois lieux, le Saint-Esprit plane invisiblement.

C’est par le Saint-Esprit qu’est conféré aux prêtres le pouvoir de remettre les péchés : “ Recevez le Saint-
Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez ”, dit le Sauveur au soir de sa Résurrection. La

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rémission des péchés par le prêtre est une œuvre du Saint-Esprit. – La prédication aussi est une œuvre du
Saint-Esprit. Nous savons que la prédication n’est pas le discours ordinaire d’un homme ; c’est la parole de
Dieu. Le prédicateur prête à Dieu sa langue et sa bouche. Mais c’est le Saint-Esprit qui donne au magistère
de l’Église l’infaillibilité. – Enfin, c’est surtout la sainte messe qui est une œuvre du Saint-Esprit. De même
qu’autrefois la sainte humanité du Christ fut formée par le Saint-Esprit “ il a été conçu du Saint-Esprit ”, de
même c’est le Saint-Esprit qui change le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Aussi, au moment
de l’Offertoire, on implore la descente du Saint-Esprit sur les oblats.

Célébrons donc la grande fête de la Pentecôte avec un triple sentiment.


D’abord dans un sentiment de joie. Dans aucune autre fête, nous n’entendons des paroles comme celles de la
préface d’aujourd’hui : “ C’est pourquoi, dans une abondance de joies, le monde entier tressaille sur la
surface de la terre ”. Comme le chrétien est donc heureux ! – Ayons ensuite une foi forte et ferme à la
présence et à l’action puissante du Saint-Esprit dans l’Église et dans l’âme. Nous devons sentir formellement
l’action du Saint-Esprit dans l’Église et dans notre âme. – Parce que l’Église et notre âme ne sont pas encore
parfaites, nous devons éprouver un troisième sentiment, un désir ardent de la venue du Saint-Esprit qui nous
portera à implorer cette venue : “ Viens, Saint-Esprit, remplis les cœurs de tes fidèles. ”

Si nous voulons célébrer comme il faut la Pentecôte, remplissons-nous de cette persuasion.


Aujourd’hui se renouvelle mystiquement dans nos âmes le miracle de la première Pentecôte chrétienne. Au
Saint-Sacrifice, le Saint-Esprit est “ versé sur les enfants de miséricorde ”.

C’est ainsi que nous célèbrerons une belle et sainte fête de Pentecôte.

DIMANCHE DE LA PENTECÔTE
double de Ire classe avec Octave

Station à Saint Pierre

“ Aujourd’hui est venu le jour de la Pentecôte. Alleluia ; Aujourd’hui le Saint-Esprit est apparu aux disciples
dans le feu, et leur a communiqué ses dons de grâce : Il les a envoyés dans le monde entier pour prêcher et
rendre témoignage : celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, Alleluia ” (Ant. Magn., IIemes Vêpres). Le
Jour de la Pentecôte, dans lequel, à Jérusalem, le Saint-Esprit descendit sur les disciples sous la forme de
langues de feu ” (Martyr.).
Les grandes fêtes doivent être célébrées entièrement avec l’Église ; la journée doit être sanctifiée par la prière
des Heures qui est divisée selon le temps, mais le point culminant doit être la messe.

1. L’office des Heures

La Pentecôte, comme toutes les grandes fêtes, est encadrée par deux vêpres, les premières, au
commencement, et les secondes la fin. Elles sont l’introduction et la conclusion de la fête. Aux vêpres, nous
entendons déjà tous les thèmes de la Pentecôte. Nous célébrons l’action du Saint-Esprit ; on entend même le
thème du baptême (4e antienne), mais nous chantons surtout l’Esprit Créateur qui répand la vie (hymne). Au
magnificat, nous célébrons joyeusement le retour du Christ dans son Église par le Saint-Esprit.
Ce qui n’est qu’indiqué d’une manière thématique est développé et exposé dans les matines de la
fête. Les matines sont le drame de prière d’une fête. Les matines de la Pentecôte, comme celles de Pâques,
n’ont qu’un nocturne. En effet, dans la nuit de la Pentecôte comme dans la nuit de Pâques, avaient lieu les
cérémonies du baptême et il ne restait plus qu’une veille de nuit pour la prière nocturne.
Les trois psaumes peuvent être comparés à un triptyque qui montre trois images : Ire image : le fait
historique et l’importance du miracle de la Pentecôte : sous le voile du psaume 47, nous voyons l’action
puissante de l’ouragan de la Pentecôte. – 2e image : L’action du Saint-Esprit dans son Église. Si difficile que
soit le psaume 67 – c’est un des plus obscurs du psautier, il est cependant clair qu’il s’agit de la marche

106
victorieuse de Dieu par l’arche d’alliance, de l’Égypte à travers le désert jusqu’à la terre promise et à la-
colline de Sion, d’où le Dieu d’alliance étend son empire sur le monde. Cet empire universel se développe
dans le Christ et son Église sous l’action du Saint-Esprit. – 3e image : La nouvelle création par le Saint-
Esprit, Le psaume 103 est une description très poétique de l’œuvre des six jours. La magnificence de la
Création visible est une image et un symbole de ta Création spirituelle et invisible, qui est l’œuvre du Saint-
Esprit dans l’âme et dans l’Église.
Les leçons de Matines sont tirées d’un sermon de saint Grégoire 1er, que ce grand pape prononça, il y a plus
de 1300 ans, dans une cérémonie liturgique de la Pentecôte, à Saint-Pierre de Rome. – Ces leçons nous
indiquent qu’à cette époque et certainement aussi, longtemps avant, les deux lectures de la messe étaient les
mêmes.
“ Et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous établirons notre demeure chez lui. Considérez,
très chers frères, quelle dignité c’est que de donner l’hospitalité à Dieu dans son cœur ! Si un ami
riche ou puissant venait dans notre maison, est-ce qu’on ne nettoierait pas en toute hâte la maison,
afin qu’il ne s’y trouvât rien qui pût déplaire à l’ami au moment de son entrée ? Qu’il écarte donc les
souillures des mauvaises œuvres, celui qui prépare la maison de son cœur pour Dieu ! Mais observez
bien ce que dit la divine vérité : “ Nous viendrons et nous établirons notre demeure chez lui ”. Dieu
vient sans doute dans le cœur de certains hommes, mais il ne prend pas demeure en eux, car bien
qu’ils cherchent Dieu au temps de la componction, au temps de la tentation ils oublient tout ce qui
les avait amenés à la componction et ils reviennent à leur ancienne vie de péché, comme s’ils
n’avaient jamais pleuré leurs péchés ”.

Les Laudes sont la prière du matin, dans laquelle nous unissons la louange matinale de la Création à la
célébration de la nouvelle Création spirituelle opérée par le Saint-Esprit.
Parmi les petites Heures, l’Heure de tierce a une importance particulière, parce que c’est justement à cette
heure-là que le Saint-Esprit descendit, le jour de la Pentecôte C’est pourquoi Tierce est consacrée, toute
l’année, au Saint-Esprit – chaque jour, dans l’hymne, on implore sa descente. Pendant toute l’Octave, cette
petite Heure est caractérisée par ce fait qu’on y chante la belle hymne : Veni Creator.

2. La messe Spiritus Domini

L’Église s’adapte encore d’une manière précise à la succession du temps. Cinquante jours après Pâques,
l’Église se réunit dans le “ Cénacle” de la maison de Dieu. Elle se réunit vers la “ troisième heure” – l’heure
de tierce (9 heures) est consacrée au Saint-Esprit ; c’est aussi, les jours de fêtes, l’heure où l’Église désire
que l’on célèbre la messe – et attend la plénitude du Saint-Esprit dans le sacrifice eucharistique. La messe de
la fête est donc la célébration du mystère de la descente du Saint-Esprit. Nous sommes à Saint-Pierre, l’église
des peuples, comme jadis, le jour de la première Pentecôte, les peuples de toutes langues se rassemblaient
autour du Cénacle.
Introït : L’Esprit vit désormais dans les cœurs des hommes de tous les peuples ; il unit les langues alors que
le péché les avait brouillées. Dans le psaume 67, nous chantons le triomphe de l’Église à travers les temps.
La leçon décrit le miracle historique de la Pentecôte. Ce miracle se renouvelle et, même, se réalise d’une
manière plus complète qu’alors. Et pourtant, le miracle de la Pentecôte est loin d’être achevé en nous. Tant
que nous vivons et tant que l’Église demeure sur la terre, il faut que les langues de feu descendent sur nous.
C’est pourquoi les textes contiennent de si instantes implorations : “ Veni - Viens. Saint-Esprit. ” (Alleluia et
Séquence) Ce Veni Sancte Spiritus n’est pas une parole de l’Écriture ; c’est un texte composé par l’Église.
Mais il lui est si cher qu’elle le chante et le récite à genoux. Il a quelque chose du Maranatha de la primitive
Église. La Séquence n’est qu’une méditation sur cet impérissable Veni Sancte Spiritus.
Dans l’Evangile – le dernier passage du discours d’adieu qui parle du Saint-Esprit – le Seigneur lui-même
décrit l’action du Saint-Esprit : il fait de nous le temple de la Trinité – pensée chère à saint Paul et à la
primitive Église – il est notre docteur et notre inspirateur, il nous confère le don de la paix, il nous insuffle
l’esprit du martyre. Ce don, nous le recevons, aujourd’hui et chaque jour, dans le sacrifice eucharistique.
Une pièce d’une particulière beauté est l’Offertoire. En tant que rois – nous avons été remplis de l’esprit des
princes – nous faisons notre procession d’offrande vers Jérusalem – c’est notre autel – nous portons nos
présents et nous demandons le renouvellement de la Confirmation confirma et l’affermissement de l’œuvre
pascale en nous – la Pentecôte est l’achèvement de Pâques. La communion est le renouvellement de l’envoi

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du Saint-Esprit et le miracle de la Pentecôte s’accomplit en nous.

3. Le miracle de la Pentecôte

Racontons maintenant comment le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres. Comme on le sait, après
l’Ascension du Seigneur les Apôtres et les disciples retournèrent à Jérusalem. Ils demeurèrent ensemble dans
la salle du Cénacle, dans ce lieu sacré où le Sauveur était si souvent apparu, dans ce lieu qui fut la première
église chrétienne. Ils étaient rassemblés là, environ 120 personnes. C’est là qu’ils élurent Matthias Apôtre à
la place du malheureux Judas ; c’est là qu’ils prièrent et qu’ils attendirent le Saint-Esprit. Dix jours étaient
passés depuis l’Ascension du Seigneur. C’était un dimanche, un jour de Résurrection ; vers 9 heures du
matin, ils se trouvaient réunis et ils priaient avec ferveur. C’est alors que le Saint-Esprit descendit sur eux.
Remarquons bien que tous les grands événements, dans la vie du Christ, se produisirent pendant qu’il
priait. Au moment où le Sauveur, après son baptême priait, le ciel s’ouvrit et le Saint-Esprit apparut sous la
forme d’une colombe ; de même, c’est pendant qu’il priait sur le mont Thabor que le Seigneur fut
transfiguré. Sans doute, c’est pendant qu’elle priait que la Sainte Vierge reçut le message de l’ange et fut
couverte de l’ombre du Saint-Esprit. Il en est de même ici. C’est par la prière que la petite communauté
prépara la voie à l’Esprit qui descendit sur elle. Il en est de même aujourd’hui à la messe et, en définitive,
dans toutes les messes. Par la prière, nous rendons notre âme apte à recevoir le Saint-Esprit.
La descente du Saint-Esprit sur les Apôtres fut, il est vrai, intérieure et invisible, mais elle fut
accompagnée de manifestations extérieures. Ces manifestations furent les suivantes : Il se fit un grand bruit,
comme si avait soufflé un vent violent. Ce bruit vint soudain du ciel ; ce n’était pas une tempête qui faisait
rage autour de la maison, mais ce bruit remplit toute la maison ; le Cénacle où ils étaient assis. Ce n’était
donc pas un vent naturel, mais un miracle de Pentecôte. La seconde manifestation consista en des langues de
feu qui se reposèrent sur chacun des Apôtres et des disciples. Ces langues étaient le signe visible qui
indiquait la venue du Saint Esprit en eux. Quand nous célébrons aujourd’hui la sainte messe, surtout au
moment de la Communion, la force du Saint-Esprit descend aussi sur nous. Sans doute nous ne voyons pas
de langues de feu, mais nous recevons tout ce qu’indiquent les langues de feu. On nous parle encore d’un
troisième effet extérieur de la descente du Saint-Esprit. Les Apôtres et les disciples purent parler en plusieurs
langues. L’Écriture nous raconte encore qu’en entendant le grand bruit, de nombreux pèlerins, venus pour la
fête, se hâtèrent vers le Cénacle. La Pentecôte, en effet, était une des trois grandes fêtes juives pour lesquelles
les Juifs devaient se rendre à Jérusalem. A ces fêtes, venaient aussi, volontiers, des Juifs des pays étrangers,
et aussi des païens qui avaient adopté la religion juive. Il y avait donc là une multitude variée de gens qui
parlaient toutes sortes de langue. Ce furent ces gens qui vinrent. Alors, s’avancèrent les Apôtres. Ces
hommes, jusque-là si timides et qui se renfermaient par peur, sortirent de la maison et chacun se mit à parler
dans une langue différente. Les étrangers furent frappés de stupeur. Les Apôtres n’étaient pourtant que de
simples Galiléens qui ne savaient que leur langue maternelle, et voilà qu’ils parlaient dans toutes les langues
du monde. Comment cela pouvait-il se faire ? Mais les juifs malveillants ne tardèrent pas à arriver à leur tour.
Ils voulurent détruire l’effet du miracle de la Pentecôte. Tous ces Galiléens, dirent-ils, sont ivres et c’est dans
l’ivresse qu’ils prononcent ces paroles. Mais Pierre fut prompt à la riposte. Il dit immédiatement : Non,
frères, ce n’est pas cela ; nous ne sommes pas ivres. Il n’est que 9 heures du matin et les hommes ne sont pas
ivres à cette heure-là. Mais ce que vous voyez est l’accomplissement de la prophétie de Joël qui dit : Aux
jours du Messie, Dieu répandra son Esprit sur les hommes et ils prophétiseront. Puis, Pierre reproche aux
Juifs d’avoir mis Jésus à mort en le suspendant à la Croix. Cependant, Dieu l’a ressuscité. Remonté au ciel, il
a envoyé le Saint-Esprit sur. les Apôtres. Quand les nombreux pèlerins eurent entendu le premier sermon de
Pentecôte, ils rentrèrent en eux-mêmes et demandèrent à Pierre : Que devons-nous faire ? Pierre répondit :
Convertissez-vous, faites-vous baptiser, alors vous recevrez le don du Saint-Esprit. En ce même jour, 3.000
personnes reçurent le baptême.
Nous nous demanderons peut-être : quelle est l’importance du miracle des langues ? Rappelons-nous la tour
de Babel. Les hommes, alors, voulurent, dans leur orgueil, élever une tour jusqu’au ciel. Dieu, pour les punir,
brouilla leurs langages. Le péché sépara et désunit les hommes. Mais le Christ est venu pour rassembler tous
les hommes dans une seule Église et les unir avec lui. Il faut qu’il n’y ait plus désormais qu’une seule famille
de peuples. C’est ce que veut indiquer le miracle des langues. Nous aussi, chrétiens, nous avons reçu un don
des langues qui fait que tous les hommes nous comprennent. Ce don des langues, c’est la charité qui a été
répandue en nous par le Saint-Esprit. La charité unit tous les peuples ; par la charité, on peut se faire entendre
de tous les hommes.

108
LUNDI DE LA PENTECÔTE
double de Ire classe

Station à Saint Pierre ès-Liens

Du baptême à la Confirmation

Le second jour de la Pentecôte ! Le premier jour n’envisage que le grand événement de la Pentecôte. Tous les
peuples étaient rassemblés dans l’église mondiale de Saint-Pierre et revivaient le miracle de la Pentecôte.
Aujourd’hui, l’Église considère les nouveaux baptisés et les nouveaux confirmés – nous sommes de ce
nombre, nous qui voulons renouveler la grâce de la Confirmation. Nous ne devons pas l’oublier que la
Pentecôte, aussi, était un temps de baptême dans l’ancienne Église. L’Église s’adresse, aujourd’hui, aux
nouveaux baptisés – et à nous – pour leur annoncer la grandeur et le bonheur de leur nouvel état. Elle nous
réunit auprès des pères de notre foi, auprès des Apôtres. L’église de station, Saint-Pierre-ès-liens, était
primitivement dédiée à tous les Apôtres ; depuis qu’on y conserve les chaînes de Saint-Pierre, elle porte son
nom actuel. On comprend que l’Église nous rassemble auprès des Apôtres, qui furent les premiers
bénéficiaires de la grâce de la Pentecôte.

1. La messe Cibavit eos

La grâce de la Pentecôte nous est communiquée à la messe. Ce que disent les textes liturgiques, le Saint-
Sacrifice veut le réaliser. L’Introït s’adresse aux néophytes. Ils sont entrés dans la “ terre promise ” de
l’Église ; ils ont reçu la “ moelle du froment” (la sainte Eucharistie) ; ils ont été nourris du “ miel ” sorti du “
rocher ” qui est le Christ – après la communion, on présentait aux nouveaux baptisés un mélange de lait et de
miel. Le psaume 80 devrait être récité, ici, dans son entier. C’est une prédication de Dieu à son peuple. Dieu
l’a tiré d’Egypte et l’a introduit dans la terre promise. Maintenant, le devoir du peuple est d’être fidèle à son
Dieu. A cette condition, il règnera sur tous ses ennemis et connaîtra la prospérité dans son pays
L’oraison est brève, précise et pleine de sens. Parlant du miracle de la Pentecôte, dont les Apôtres – dans
l’église desquels nous nous trouvons – furent bénéficiaires, l’Église demande pour nous : “ Accorde à ton
peuple l’effet de sa pieuse demande, afin qu’à ceux à qui tu as accordé la foi tu donnes aussi la paix ”. Cette
oraison nous éclaire sur la signification liturgique du mot paix. La paix signifie un degré plus élevé de l’état
de chrétien. La foi est le commencement et correspond au baptême ; la paix est l’achèvement et correspond à
la Confirmation. Des bienheureux au ciel la liturgie dit volontiers : illi autem sunt in pace – pour eux, ils sont
dans la paix. Nous comprendrons peut-être mieux ce mot si nous le paraphrasons ainsi : la grâce dans ce
monde, et la gloire dans l’autre. L’oraison demande donc : A ceux à qui tu as donné la grâce du baptême,
donne aussi celle de la Confirmation.
Dans la leçon, le saint de station, Pierre, se tient au milieu de nous et “ ouvre la bouche ”, comme jadis quand
il s’adressa à la première famille païenne convertie – le centurion Corneille. C’est une scène d’histoire
universelle. Le Saint-Esprit lui-même est intervenu. Il a conféré aux païens, avant le baptême, la grâce de la
Pentecôte et de la Confirmation. Ainsi le Saint-Esprit lui-même a ouvert aux païens les portes de l’Église.
Avec combien plus de raison nous accordera-t-il, à nous qui sommes déjà baptisés, la grâce de
l’affermissement dans la foi !
A l’Évangile, nous assistons à l’entretien nocturne de Jésus avec Nicodème. L’Église pense encore – et en
première ligne – aux nouveaux baptisés : leur élection est le jugement favorable de Dieu. A la lumière du
renouvellement de la Pentecôte, nous voyons aujourd’hui l’œuvre rédemptrice. C’est l’amour suprême de
Dieu : “ Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ”. Le Christ est d’abord Sauveur, avant
d’être Juge. La divine Lumière est venue dans le monde. Nous, les enfants de Dieu, nous aimons la lumière
et non les ténèbres et, parce que nous “ faisons la vérité ”, nous venons à la lumière. Pour que nous puissions
venir complètement à cette lumière, le Saint-Esprit descend sur nous.
L’Offertoire réunit de nouveau l’envoi du Saint-Esprit – la Confirmation – et le baptême : “ Le Seigneur fit
retentir son tonnerre dans le ciel et le Très-Haut fit entendre sa voix et des sources d’eau jaillirent ”. A la
Communion, nous recevons l’assurance, de la bouche même du Seigneur, que le Saint-Esprit sera notre
docteur. Nous pouvons donc intituler la seconde messe de la Pentecôte : Du baptême à la Confirmation.

109
2. La prière des Heures

nous donne une profonde méditation de saint Augustin sur la péricope de l’entretien de Jésus avec Nicodème.
“ Autant que cela dépend du médecin, il vient guérir le malade. Celui-là se tue lui-même qui ne veut
pas suivre les préceptes du médecin. Le Sauveur est venu dans le monde. Pourquoi s’appelle-t-il le
Sauveur du monde ? Parce qu’il veut guérir le monde, et non juger le monde. Si tu ne veux pas te
laisser guérir par lui, tu seras jugé par ta propre faute. Et que dis-je : tu seras jugé ? Écoute ce qu’il
dit lui-même : Celui qui croit en lui ne sera pas jugé ; quant à celui qui ne croit pas, que penses-tu
qu’il va dire ? Qu’il sera jugé ? Non, il dit qu’il est déjà jugé. Le jugement n’est pas encore
manifesté, mais il est déjà prononcé. Ils aimèrent mieux, dit-il, les ténèbres que la lumière. C’est sur
cela qu’il insiste. Les uns, en effet, aimèrent leurs péchés ; les autres confessèrent leurs péchés. Celui
qui confesse ses péchés et accuse ses péchés se tient déjà du côté de Dieu. Dieu accuse tes péchés ; si
tu les accuses, toi aussi, tu t’unis à Dieu. Il y a, pour ainsi dire, deux choses différentes : l’homme et
le pécheur. Ce qui constitue l’homme, c’est Dieu qui l’a fait ; ce qui constitue le pécheur, c’est
l’homme lui-même qui l’a fait. Anéantis ce que tu as fait afin que Dieu sauve ce qu’il a fait. Tu dois
haïr en toi ton œuvre et aimer en toi l’œuvre de Dieu. Or, quand tu commences à ne plus aimer ce
que tu as fait, c’est alors que tes bonnes œuvres commencent, parce que tu accuses tes mauvaises
œuvres. Le commencement des bonnes œuvres est l’accusation des mauvaises œuvres ”.

3. Le Veni sancte

D’ordinaire, l’Église se sert des paroles de la Sainte Écriture. On dirait qu’elle redoute de s’adresser à Dieu
avec ses propres paroles. Quand elle le fait cependant, elle emploie les termes les plus riches de sens. De
même que le cristal de roche acquiert, par le travail séculaire de la nature, du brillant et du poli, de même ces
textes de l’Église où elle a déposé ce qu’il y a de plus fervent dans son amour, ses désirs, sa prière et sa foi,
ont été élaborés au cours des siècles. C’est le cas pour cette prière si simple et si profonde : “ Viens, Saint-
Esprit, remplis les cœurs de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour ! ” Toutes les fois que cette
prière est chantée ou récitée, l’Église nous ordonne de nous agenouiller.
Veni. viens. Ce mot a une histoire. Avant la naissance du Christ, il était dans la bouche du peuple juif.
Le Rédempteur s’appelait : “ Celui qui doit venir ”. C’est pourquoi le Baptiste demande : “ Es-tu celui qui
doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ” Les chrétiens adoptèrent ce petit mot et en firent
l’expression de leur désir de la parousie. Les anges avaient déjà dit du Seigneur monté aux cieux : “ Il
viendra de nouveau. ” Dans la primitive Église, on terminait chaque prière par ce vœu ardent : Maranatha,
c’est-à-dire, viens Seigneur. Il n’est pas étonnant que l’Église ait introduit ce mot dans sa liturgie. Rappelons-
nous les grandes antiennes O de l’Avent. Nous comprenons que l’Église se serve du même mot pour
implorer la descente du Saint-Esprit. Ici, se pose une question : Le Saint-Esprit n’est-il donc pas parmi
nous ? A quoi bon, dès lors, implorer sa venue ? Oui, il est parmi nous et, pourtant, il faut qu’il vienne à
nous. Autrefois, le Baptiste pouvait dire aux sanhédrites : “ Il y a au milieu de vous quelqu’un que vous ne
connaissez pas ”. On peut en dire autant du Saint-Esprit. Il demeure dans l’Église, dans l’âme, et, pourtant,
nous ne le connaissons pas : nous empêchons son action. La force est là, mais elle est liée, elle dort. Le petit
mot Veni veut donc dire : Déploie ta puissance, brise les entraves que la volonté humaine met à ton action.
Saint-Esprit. Examinons le nom du Saint-Esprit. Le Christ l’appelle volontiers Paraclet. Ce mot se
traduit de deux façons : avocat ou consolateur. Cependant, le Seigneur l’appelle deux fois Saint-Esprit. La
Séquence donne une série de surnoms : père des pauvres, distributeur des dons, lumière des cœurs. On le
nomme aussi, volontiers, le doigt de la main droite de Dieu. Mais son nom ministériel est : Saint-Esprit. Ce
nom est pour nous une exhortation à être saints et spirituels. Nous ne pouvons porter le Saint-Esprit en nous
que si nous tendons à la sainteté, que si nous sommes des hommes spirituels, et non des hommes charnels.
Remplis les cœurs de tes fidèles. Nous trouvons déjà ce mot : remplir, dans le récit de la fête : “ ils
furent tous remplis de l’Esprit-Saint ”. Nos cœurs et nos âmes doivent être comme des coupes dans
lesquelles le Saint-Esprit verse le vin précieux de ses dons et qu’il remplit jusqu’au bord. Ne soyons pas des,
coupes vides. Si nos cœurs sont remplis d’amour-propre, de présomption, d’égoïsme, le Saint-Esprit ne
pourra verser son vin précieux.
Quel est ce vin précieux ? La dernière phrase nous le dira : “ Allume en eux le feu de ton amour ”.
C’est donc l’amour qui est le don du Saint-Esprit : le saint amour de Dieu et du prochain. Le Christ dit du

110
Saint-Esprit : “ Il prendra du mien ”. La charité est le précepte du Christ ; maintenant, c’est celui du Saint-
Esprit : de ton amour. Cet amour est un feu, c’est pourquoi le Saint-Esprit est apparu dans le feu ; nous
serons baptisés dans l’Esprit-Saint et dans le feu. Le feu brille, chauffe, brûle et purifie. Que le Saint-Esprit
daigne aujourd’hui être ce feu, qu’il chasse les ténèbres de nos cœurs, qu’il en réchauffe la froideur, qu’il
brûle tout ce qui est vain et coupable, qu’il purifie notre âme, afin qu’elle soit de l’or pur pour la couronne ,
du Christ !

MARDI DE LA PENTECÔTE
double de Ire classe

Station à Sainte Anastasie

La glorification de la Pentecôte

1. La messe Accipite

Le troisième jour de la Pentecôte. L’Église est entièrement sous l’impression de la joie “ débordante ” de la
Pentecôte. Ce n’est que grâce à la descente du Saint-Esprit que sa “ gloire ” est complète (Intr.). Ses enfants
reçoivent non seulement la “ vie ” mais encore la “ vie en abondance ” (Evang.). Mais dans la gloire de
l’Église et de ses enfants s’achève aussi la gloire du Christ. C’est là une œuvre du Saint-Esprit (Comm.).
Remarquons aussi que l’église de station est celle de Sainte-Anastasie – l’église de la Résurrection. Aussi
pourrions-nous, peut-être, exprimer l’idée fondamentale de la messe d’aujourd’hui dans les trois passages
suivants : “ Recevez le bonheur de votre joie, Alleluia, et remerciez Dieu, Alleluia, qui vous a appelés au
royaume céleste, Alleluia, Alleluia, Alleluia ” (Intr.). “ Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en
abondance ” (Evang.). “ L’Esprit qui procède du Père, Alleluia ; il me glorifiera, Alleluia, Alleluia ”
(Comm.). Ces trois passages dessinent la courbe de toute la messe.
La leçon nous donne une image historique qui nous montre comment le Saint-Esprit achève son œuvre.
Pierre et Jean administrent la Confirmation aux chrétiens déjà baptisés de Samarie “ Ils étaient seulement
baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors, ils leur imposèrent les mains et ceux-ci reçurent le Saint-Esprit ”.
Cet événement justifie notre pratique de la Confirmation et notre foi dans ce sacrement. L’évêque administre
la Confirmation ; elle signifie et confère la perfection du christianisme. Nous nous demandons comment le
Saint-Esprit accomplit cet achèvement et, par là même, la glorification.
La réponse nous est donnée par l’oraison : “ Que la force du Saint-Esprit nous assiste, qu’elle purifie
doucement nos cœurs et nous protège de tout mal ”. La purification et la protection sont l’œuvre du Saint-
Esprit. Par la purification et la protection, il mène son Église à la gloire. Il utilise pour cela deux moyens : la
Pénitence et l’Eucharistie. La messe d’aujourd’hui parle de ces deux moyens : “ Le Seigneur a ouvert les
portes du ciel et fait pleuvoir de la manne pour les nourrir ; il leur donna le pain du ciel et l’homme mangea
le pain des anges, Alleluia” (Off.). “ Que le Saint-Esprit renouvelle nos cœurs, car il est lui-même la
rémission de tous les péchés” (Postcomm.).
Dans cette messe aussi apparaît la parabole du Bon Pasteur. Comment cela ? Nous avons, au cours de l’année
liturgique, un certain nombre de messes du “ Bon Pasteur ” : au commencement du Carême (le premier
lundi), à Pâques (le second dimanche après Pâques) et au début du temps qui suit la Pentecôte (troisième
dimanche après la Pentecôte). L’image du Bon Pasteur étant une des plus courantes dans l’Église ancienne,
on comprend que la liturgie y revienne sans cesse. Mais nous pouvons remarquer qu’elle aime placer ces
messes du Bon Pasteur au début d’une époque nouvelle. La liturgie veut, sans doute, nous montrer qu’à
travers toutes les époques de l’année liturgique le Seigneur est le Bon Pasteur qui nous conduit. Que nous dit
aujourd’hui l’image du Bon Pasteur ? Le Seigneur n’est-il pas Bon Pasteur dans l’envoi du Saint-Esprit ? “
Je suis la porte des brebis. Celui qui entre par moi sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera des pâturages ”.
Serait-ce une représentation trop osée d’appeler aussi le Saint-Esprit, l’Esprit de Jésus, le Bon Pasteur de
l’Église ? Ne nous a-t-il pas été donné, par le Seigneur remonté au ciel, comme un guide, un consolateur, un
avocat ? Quand le Seigneur prononce cette importante conclusion de l’Évangile : “ Je suis venu pour qu’ils
aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ”, il résume brièvement l’action de ce Bon Pasteur.

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2. Antiennes directrices du jour

Quand le soleil se lève dans son éclat, l’Église chante : “ Je suis la porte, dit le Seigneur ; celui qui entre par
moi sera sauvé et trouvera des pâturages, Alleluia ” (Ant. Bened.). Au coucher du soleil, nous devons nous
laisser pénétrer par le don précieux du Saint-Esprit, la paix ; c’est pourquoi l’Église chante : “ Je vous laisse
la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas comme le monde la donne que je vous la donne, Alleluia ” (Ant.
Magn.).

3. La séquence de la Pentecôte

Nous avons étudié, hier, un texte vénérable de l’Église, la sublime prière au Saint-Esprit, le Veni Sancte
Spiritus. Cette prière a été récitée pendant des siècles ; elle est passée par des milliers et des milliers de
bouches ; c’est comme un encensoir d’où s’est élevé l’encens de l’ardente supplication vers le Saint-Esprit. Il
ne faut pas s’étonner qu’à cette fervente et profonde prière se soient rattachés des commentaires et des
méditations. C’est une de ces méditations que nous trouvons dans la séquence de la Pentecôte, une
méditation séculaire. C’est en même temps un modèle pour nous, car elle nous montre comment l’Église
médite.
Disons d’abord quelques mots sur les chants intermédiaires de la messe. C’est un antique principe de
la liturgie de ne pas passer directement d’une lecture à l’autre. On intercale un chant, un chant psalmodique.
Ce chant a comme but de nous faire méditer quelque temps sur ce qu’on vient de lire ; c’est comme un écho
de la lecture qui retentit dans l’âme. Il y a donc, depuis les temps les plus anciens, un chant intercalé entre
l’Épître et l’Évangile. Mais, à y regarder de plus près, il n’y a pas seulement un chant, il y en a souvent deux
et, même, jusqu’à trois. Le premier est d’ordinaire le graduel qui est un écho de l’Épître ; le second est le
chant de l’Alleluia qui est le prélude ou l’introduction de l’Évangile. Il y a encore un chant qui s’appelle le
Trait et un autre, enfin, qui est la séquence.
Ces chants varient selon le temps liturgique. Le graduel a un caractère sévère et, pour cette raison, disparaît
pendant le temps pascal ; l’Alleluia est un chant de joie, c’est pourquoi on le supprime pendant le Carême.
Analysons maintenant le chant de l’Alleluia. Il est composé de deux Alleluia, d’un verset et, encore, d’un
Alleluia ; pendant le temps pascal, on ajoute un verset et on conclut par l’Alleluia. Ce chant est l’annonce
joyeuse de l’arrivée du Seigneur dans l’Évangile. Dans l’antiquité, les chrétiens avaient un grand amour pour
ce chant. L’Alleluia n’en finissait plus ; on faisait de longs neumes sur la syllabe a. Cette prolongation du
chant s’appelait sequentia, c’est-à-dire continuation. Plus tard, on remplaça cet “ a ” interminable par un
texte rythmé qu’on appela également séquence, c’est-à-dire continuation de l’Alleluia. Cette innovation plut
tellement au Moyen Age croyant, que presque chaque messe reçut sa séquence. Il nous est parvenu une
centaine de ces séquences. Cependant, quand le missel de Pie V fut prescrit pour l’Église entière, ces
séquences tombèrent ; on ne garda que cinq des plus belles. De ce nombre est la séquence de la Pentecôte. Si
l’on demande quel est le contenu de cette séquence, nous répondrons que c’est une considération, une
méditation du verset encadré par l’Alleluia, du Veni Sancte Spiritus.
Examinons de plus près cette séquence.
C’est une hymne admirable que nous offre L’Église dans cette séquence. Nous n’en connaissons pas l’auteur,
mais nous pouvons affirmer que c’est une des plus sublimes poésies du Moyen Age. Voyons d’abord la
composition de cette poésie. Ce n’est pas autre chose que la paraphrase de ces mots : Viens, Saint-Esprit ;
remplis le cœur de tes fidèles. La première strophe développe le mot “ Viens ”. La troisième strophe
commence par le mot “ remplis ” ; la quatrième nous montre ce que le Saint-Esprit doit faire dans les “ cœurs
”. La cinquième et dernière commence par “ fidèles ”. C’est donc bien une méditation de la prière de la
Pentecôte. Nous pouvons observer une autre harmonie dans la construction des strophes. La première répète
quatre fois Veni ; la cinquième répète quatre fois da (donne). La seconde contient six caractéristiques du
Saint-Esprit ; la quatrième adresse six demandes au Saint-Esprit. La troisième, c’est-à-dire la strophe du
milieu, est le lien entre les vers précédents et les vers suivants et en résume brièvement le contenu. Toute la
séquence est une ardente supplication dont les prières sont si ferventes et si instantes qu’on y ressent aussitôt
le souffle céleste du Saint-Esprit. Cela nous conduirait trop loin d’expliquer dans le détail toute la séquence.
Cela, d’ailleurs, n’est pas nécessaire. Cette prière est si simple et si intelligible qu’elle peut être récitée par
tous les fidèles.
a) Les premiers mots de la séquence sont exactement ceux de la prière de la Pentecôte : Veni, Sancte Spiritus.

112
Mais on dit immédiatement ce que le Saint-Esprit fera par sa venue “ Envoie du haut du ciel un rayon de ta
lumière ”. L’âme, dans sa méditation, revient au point de départ : Viens, Saint-Esprit ; trois fois, elle répète :
viens ; trois fois, elle s’adresse au Saint-Esprit, mais, chaque fois, avec une désignation nouvelle. Comme ils
sont beaux ces titres ! Père des pauvres, distributeur des dons, lumière des cœurs !
Il y a déjà là, une transition avec la seconde strophe qui veut méditer le mot : Saint-Esprit. Le Saint-Esprit a
été appelé par le Seigneur : Paraclet, ce que nous pouvons traduire par avocat ou consolateur, Or, ce mot est
paraphrasé en cinq expressions : doux hôte de l’âme, doux réconfort, repos dans le travail, rafraîchissement
dans la chaleur, consolation dans les larmes. Quels trésors d’images et de pensées n’y a-t-il pas dans ces
courts vers !
Nous passons au mot suivant de la prière de la Pentecôte : reple (remplis). Le Saint-Esprit est appelé “
bienheureuse lumière ” ; cette lumière doit remplir les profondeurs les plus secrètes de nos cœurs. Nous
méditons donc aussi la seconde phrase du Veni Sancte : “ allume en eux le feu de ton amour ”. Maintenant, la
prière prend une forme négative : Sans ta lumière, il n’y a rien de bon dans l’âme.
Cela fait, de nouveau, une transition qui nous fait passer à l’opération du Saint-Esprit dans les “ cœurs ”, des
fidèles. Six verbes nous décrivent l’action de l’Esprit divin : il lave ce qui est souillé, il amollit ce qui est sec,
il guérit ce qui est blessé, il fléchit ce qui est rigide, il réchauffe ce qui est froid, il redresse ce qui est
détourné. Nous avons tout le loisir de faire l’application de ces images à notre âme.
Maintenant, vient la strophe finale. Les pensées se rattachent aux mots : tuorum fidelium (de tes fidèles). Elle
demande pour nous le septuple don. Ce sont les sept dons du Saint-Esprit.
Pour conclure, la prière pense à notre fin : Daigne le Saint-Esprit couronner son œuvre par les mérites de la
vertu, par une fin bienheureuse et par la joie éternelle. C’est là la bénédiction de la Pentecôte ; elle nous
donne un aperçu profond sur l’action silencieuse, profonde et infatigable du Dieu “ inconnu ”, du Saint-
Esprit.

MERCREDI DES QUATRE-TEMPS


semi-double

Station à Sainte Marie Majeure

Le saint-Esprit dans son Église

1. Les Quatre-Temps d’été

Les Quatre-Temps d’été étaient primitivement une fête d’action de grâces pour la moisson qui s’achève alors
dans les pays méditerranéens. Aujourd’hui, la liturgie ne fait plus que de faibles allusions à la moisson (Cf.
les leçons du samedi des Quatre-Temps). Au contraire, le froment et la moisson sont devenus des symboles
de la vie surnaturelle. Notre froment est le “ pain de vie ” eucharistique (Evang. d’aujourd’hui). Notre
moisson est la moisson des âmes que le Saint-Esprit apporte à son Église “ alors, les greniers se remplissent
de grains et les celliers regorgent de vin et d’huile ” (leçon de vendredi). La semaine des Quatre-Temps est
toujours un temps de renouveau spirituel, d’examen de conscience et de résolution. Justement, la semaine de
la Pentecôte permet de faire revivre le sens primitif et l’impression de joie reconnaissante d’autrefois. Car ce
n’est pas la pénitence, mais la reconnaissance qui constitue la pensée des Quatre-Temps. On peut jeûner
aussi par reconnaissance. D’une manière générale, habituons-nous à cultiver dans la vie chrétienne les
valeurs positives plutôt que les valeurs négatives, plutôt la conscience de notre qualité d’enfants de Dieu que
la conscience de notre état de pécheurs. Le mercredi des Quatre-Temps est un jour consacré, à Marie, un jour
de recueillement intime ; le vendredi est un jour de pénitence et le samedi un jour d’action de grâces. Nous
ferons, par conséquent, un bref retour sur le trimestre écoulé. Ces trois mois passés furent sans doute
l’époque la plus importante de toute l’année liturgique : le Carême et le temps pascal ! Que de grâces nous
avons reçues ! Comment en avons-nous usé ? Que seront nos fruits et notre moisson ? “ Je médite sur tes
commandements qui me sont très chers ”. Cette antienne d’Offertoire se rencontre tous les mercredis de
Quatre-Temps et nous présente ce jour comme un jour de recueillement spirituel.

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2. La messe Deus dum

L’Introït présente ce thème : la voie de l’Église dirigée par le Saint-Esprit à travers le temps. “ O Dieu (Saint-
Esprit), quand tu marchais devant ton peuple, lui préparant les voies et demeurant au milieu de lui, Alleluia,
la terre trembla et le ciel ruissela, Alleluia, Alleluia ”. Pourrait-on trouver une plus belle image pour
caractériser l’action du Saint-Esprit dans l’Église ?
C’est cette idée qui est exprimée dans les trois leçons dont les oraisons donnent le commentaire. Dans la
première leçon, nous entendons le sermon de Pentecôte de saint Pierre. Il décrit, en empruntant les paroles du
Prophète Joël, l’action du Saint-Esprit dans l’Église : “ Dans les derniers jours, je répandrai de mon Esprit
sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards des
songes. ” Nous nous demandons maintenant si cette parole prophétique s’est accomplie dans l’Église.
L’œuvre du Saint-Esprit est double : extérieure et intérieure, ou bien miraculeuse et salutaire. La seconde
leçon nous parle de l’action extérieure et miraculeuse du Saint-Esprit. “ On portait même les malades sur les
rues et on les plaçait sur des lits, afin que, lorsque Pierre passerait, son ombre au moins tombât sur les
malades et qu’ils fussent délivrés de leurs maladies. Même des villes voisines on amenait des malades et des
possédés, et ils furent tous guéris ”. C’est là l’action extérieure du Saint-Esprit. Quand l’organisation de
l’Église eut progressé, ces miracles se firent plus rares, mais ils ne disparurent jamais entièrement. Les
miracles seront toujours une preuve que le Saint-Esprit dirige visiblement son Église. Cependant, l’action
miraculeuse de l’Esprit-Saint n’est pas la principale. Beaucoup plus importante est son action intérieure,
invisible, salutaire. Cette action se produit surtout par les sacrements et les autres moyens de grâce, groupés
autour de l’Eucharistie. Elle se produit, aussi, par l’attraction de la grâce.
C’est dans ce sens que nous comprenons l’Évangile. Le Seigneur parle de l’action intérieure du Saint-Esprit
quand il dit : Il Personne ne vient à moi si mon Père qui m’a envoyé ne le tire. Il est écrit dans les Prophètes
(Is. LIV, 13) : Ils seront tous disciples de Dieu. Mais le Saint-Esprit agit surtout dans la Sainte Eucharistie “
Celui qui mange de ce pain aura la vie éternelle ; le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde
” – L’Église souligne ce passage dans la prière des Heures. Dans l’Eucharistie, le Saint-Esprit crée, maintient
et développe la vie divine. C’est là qu’il tisse la robe nuptiale de l’Église, la robe nuptiale de l’âme. Quand
ces robes nuptiales seront terminées, l’œuvre du Saint-Esprit sur la terre sera achevée ; alors, l’Église et
l’âme entreront dans la salle du banquet céleste et célébreront leurs noces éternelles. Alors, régnera
l’éternelle paix que l’Esprit-Saint verse déjà dans nos âmes, cette paix que nous ressentons, surtout, au Saint-
Sacrifice. “ Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, Alleluia, Alleluia ” (Comm.).
Les deux oraisons sont parmi les plus belles prières au Saint-Esprit. “ Nous te prions, Seigneur, fais que le
Paraclet, qui procède de toi, illumine nos esprits et, selon la promesse de ton Fils, nous introduise dans toute
vérité ”. “ Fais que le Saint-Esprit vienne à nous et, par sa demeure en nous, daigne faire de nous un temple
de sa majesté ”.
A la prière des Heures, saint Augustin nous donne de profondes considérations sur ce passage de l’Évangile :
Personne ne vient à moi si mon Père ne le tire.
“ Ne va pas croire que tu es “ tiré ” contre ta volonté libre. Le cœur, en effet, peut aussi être tiré par
l’amour. Si le poète (Virgile) a pu dire : chacun est tiré par son plaisir, il s’agit non de la nécessité,
mais du plaisir, non de la contrainte, mais de la joie. Avec combien plus de force devons-nous dire :
l’homme est tiré vers le Christ quand il se plaît à la vérité, quand il se plaît à la béatitude, quand il se
plaît à la justice, quand il se plaît à la vie éternelle, car c’est là tout le Christ ! Car si le corps a ses
plaisirs, l’âme n’a-t-elle pas les siens ? Qu’on me donne quelqu’un qui aime, et il comprendra ce que
je dis. Qu’on me donne quelqu’un qui désire, qu’on me donne quelqu’un qui a faim, qu’on me donne
un voyageur altéré dans ce désert et qui soupire vers la source de l’éternelle patrie, qu’on me donne
un tel homme et il comprendra ce que je veux dire. Montre à la brebis une branche verte et tu la tires.
Montre à un enfant des noix et tu le tires. S’il court, c’est qu’il est tiré ; il est tiré par l’amour, il est
tiré sans contrainte corporelle ; c’est par les liens du cœur qu’il est tiré. Si donc des choses terrestres,
qui paraissent à ceux qui les aiment des délices et des voluptés nous tirent en vertu du principe :
Chacun est tiré par son plaisir, comment le Christ, qui a été révélé par le Père, ne nous tirerait-il pas ?

114
JEUDI DE LA PENTECÔTE
semi-double

Station à Sainte Laurent

Le Saint-Esprit et le sacrement de l’Ordre

Ce jour, comme tous les jeudis, était, dans l’antiquité, dépourvu de liturgie. La Pentecôte, primitivement,
n’avait pas d’Octave, car elle est elle-même l’Octave de la fête de Pâques. On la célébrait pendant trois jours.
On ajouta bientôt les trois jours de Quatre-Temps. Il ne manquait plus, pour faire une Octave complète, que
le jeudi. On reprit la messe du dimanche en y ajoutant cependant deux lectures propres ; choisies en
considération de la station.

1. La messe Spiritus Domini

La pensée spécifique du jour se trouve dans la station et dans les deux lectures. L’Église conduit les
nouveaux baptisés et les nouveaux confirmés – nous-mêmes – près du patron des catéchumènes : le diacre
saint Laurent. C’est pourquoi, dans les deux lectures, la liturgie parle de l’activité des disciples. La leçon
raconte l’œuvre pastorale du diacre Philippe en Samarie. Nous entendons parler de sa prédication, des
miracles qu’il opéra : “ Les esprits impurs sortaient de beaucoup de démoniaques en poussant de grands cris ;
beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris ”. A l’Évangile, nous entendons les instructions que le
Seigneur donne aux douze Apôtres pour leur œuvre de mission. On aurait attendu, ici, l’Évangile de l’envoi
des 72 disciples ; il est plus facile de comparer ces disciples avec les diacres. Peut-être faut-il voir le point de
jonction entre les deux lectures dans le pouvoir donné sur les mauvais Esprits. Jésus donna aux douze
Apôtres “ pouvoir et puissance sur les mauvais Esprits ”. Le Saint-Esprit est directement opposé à ces
mauvais Esprits et peut les chasser par l’intermédiaire de ses instruments, les diacres et les prêtres consacrés
que leur ordination a faits des “ porteurs d’Esprit ”.
Nous trompons-nous en estimant que la liturgie nous signale aujourd’hui les relations mystérieuses
entre le Saint-Esprit et le Sacrement de l’Ordre ?
Si les chrétiens reçoivent déjà, par la Confirmation, le sacerdoce général, c’est surtout par le sacrement de
l’Ordre que le Saint-Esprit exerce son action. Quand le Seigneur, au soir de la Résurrection, conféra à ses
Apôtres le pouvoir de remettre les péchés, il souffla sur eux et dit : Recevez le Saint-Esprit, c’est-à-dire
recevez le pouvoir d’Ordre communiqué par le Saint-Esprit. C’est pourquoi aussi le rituel, dans la collation
des trois Ordres Supérieurs – diaconat, prêtrise et épiscopat – insiste particulièrement sur l’action du Saint-
Esprit. – Ce n’est pas le cas dans les Ordres mineurs, ni même dans le sous-diaconat.
L’action du Saint-Esprit dans les prêtres nous est rappelée tous les jours par le salut liturgique : Dominus
vobiscum. Les laïcs, et même les clercs jusqu’au sous-diaconat inclusivement, n’ont pas le droit d’employer
ce salut parce qu’on ne peut répondre qu’aux prêtres et aux diacres : Et cum spiritu tuo, c’est-à-dire avec le
Pneuma, le Saint-Esprit, qui t’a été communiqué, d’une manière éminente, dans l’ordination. Ce salut devrait
toujours nous inspirer un saint respect pour le sacerdoce consacré. Dans ces jours de Quatre-Temps, prions
pour que le Saint-Esprit conserve dans la sainteté ceux qui sont ses instruments privilégiés ; pour que les
prêtres remplissent leur tâche, qui est de chasser du monde les “ Esprits impurs” et de faire descendre dans
les âmes le Saint-Esprit.
Mais l’office de ce jour nous rappelle aussi notre sacerdoce général que le Saint-Esprit a créé en
nous. Nous exerçons ce sacerdoce général par la participation active au Saint-Sacrifice que nous offrons
réellement, par le fait que nous pouvons être ministres du sacrement de baptême et du sacrement de mariage,
par la participation à la sainte liturgie de l’année ecclésiastique et à la prière des Heures de l’Église. Nous
l’exerçons, enfin, quand nous devons charge d’âme, soit comme parrains, soit comme parents. Tous les
chrétiens, au reste peuvent et doivent exercer l’apostolat laïc. C’est surtout pendant le temps de la Pentecôte
que nous devons réfléchir à cette haute charge.

115
2. A la prière des Heures

saint Ambroise explique notre Évangile et donne, pour finir, une belle interprétation allégorique.
“ Mais il y a encore dans ce passage un sens plus profond, plus mystérieux. Quand, en effet, on
choisit une maison, on doit chercher un maître de maison qui soit digne. Or, cette maison que nous
choisissons, c’est l’Église, et le maître de maison, c’est le Christ. En effet, quelle maison est plus
digne de nous recevoir pour la prédication apostolique que la Sainte Église. Et qui mérite mieux
d’être notre maître de maison que le Christ qui lave les pieds de ses hôtes. Car il ne laisse pas celui
qu’il reçoit dans sa maison demeurer chez lui avec des pieds impurs, mais alors même que la vie
précédente a été souillée, il en purifie cependant les pas pour l’avenir. Il est le seul que personne ne
doit abandonner, que personne ne doit changer. On peut avec raison lui dire : Seigneur, à qui irons-
nous ? Tu as des paroles de vie éternelle, et nous croyons ”.

Un beau répons convient parfaitement aux pensées principales que nous inspire ce jour :
Il est venu le feu divin qui ne brûle pas mais éclaire, qui ne consomme pas mais brille, et il a trouvé
dans les cœurs des disciples des receptables purs. Et il leur a conféré les dons des grâces, Alleluia,
Alleluia. Il les trouva dans la concorde de la charité, et il les illumina en les comblant, en les
inondant de la grâce divine

3. Les sept dons du Saint-Esprit

On aime résumer dans les sept dons les grâces et les œuvres du Saint-Esprit, qui nous rendent aptes à
mener une vraie vie chrétienne. Dans le rite de la Confirmation, l’évêque dit, en étendant les mains sur les
confirmands : “ Dieu tout-puissant et éternel, fais descendre du ciel ton Esprit septiforme, le Paraclet :
l’Esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de force, l’Esprit de science et de piété ; remplis-
les de l’Esprit de la crainte du Seigneur ”. Les confirmands répètent souvent : Amen. C’est sans doute là le
texte liturgique le plus solennel et le plus important, où soient énumérés les sept dons du Saint-Esprit. Ce
texte nous apprend également quels sont les effets du sacrement de Confirmation : Par la Confirmation, nous
sommes remplis des sept dons du Saint-Esprit.

Cherchons maintenant si nous trouverons, dans la Sainte Écriture, les sept dons ; nous les trouvons
dans le Prophète Isaïe (XI, 1-8) : “ Un rameau sortira de la racine de Jessé, et une fleur s’élèvera de sa racine,
et l’Esprit du Seigneur reposera sur lui, l’Esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de force,
l’Esprit de science et de piété, l’Esprit de la crainte du Seigneur ”. C’est dans ce texte que l’on trouve, pour
la première fois, la mention des sept dons. Demandons-nous ce que veut dire ici le Prophète.
Il parle du Rédempteur qui sortira, comme un rameau, de la tige de David. Il dit ensuite que l’Esprit de Dieu
reposera sur lui, et que cet Esprit est un Esprit de sagesse, d’intelligence, de conseil, de force, etc. De fait,
nous lisons dans l’Évangile que, au moment du baptême de Jésus, le Saint-Esprit descendit sur le Seigneur et
y demeura. Nous apprenons ainsi que le Sauveur est le premier sur lequel soient descendus les sept dons du
Saint-Esprit. Cela est pour nous une pensée importante. Quand Dieu nous communique les sept dons du
Saint-Esprit, dans la Confirmation et maintenant, à la Pentecôte, cela signifie que nous devons devenir
semblables au Christ ou, comme le dit l’Apôtre, atteindre l’âge d’homme du Christ. Si nous voulons savoir
comment les sept dons du Saint-Esprit opèrent en nous, nous n’avons qu’à considérer le Seigneur dans sa vie
terrestre, car le Saint-Esprit reposait sur lui avec ses sept dons. Il ne nous serait pas difficile de trouver dans
sa vie tel ou tel fait qui nous montre comment le Seigneur a possédé les sept dons d’une manière parfaite.
Cela nous conduirait loin.

Cependant, si nous comparons les sept dons les uns avec les autres, nous nous rendons compte que la
différence entre eux n’est pas très tranchée. On peut les ramener à trois groupes. La sagesse, l’intelligence et
le conseil se ramènent à la sagesse. Le deuxième groupe est la force ; nous pourrions dire aussi la force de
volonté. Nous réunissons dans le troisième groupe les deux derniers dons, la piété et la crainte de Dieu. Si
nous y regardons de près, ces trois vertus constituent l’idéal du chrétien. La première se rapporte à
l’intelligence ; la deuxième, à la volonté ; la troisième, à l’amour de Dieu. Les quatre dons qui se rapportent à
l’intelligence veulent nous donner la véritable sagesse de vie. C’est la sagesse telle qu’elle est louée et

116
chantée dans l’Ancien Testament, la sagesse qui est à la fois une vertu et l’absence de péché, la sagesse qui,
dans toutes les circonstances de la vie, se dirige selon la volonté de Dieu. La force est l’énergie de la volonté
dont nous avons besoin pour combattre les attraits de la nature inférieure, pour surmonter les obstacles, pour
avoir la patience dans la vie et pour subir le martyre. L’intelligence et la volonté ont été affaiblies et
obscurcies par le péché du premier homme. Le Saint-Esprit veut réparer ces dommages et venir à notre
secours par ses dons. Le but des deux derniers dons est de nous unir intimement avec Dieu et de nous porter
à faire de lui le centre de notre vie. Nous le voyons, le rôle des sept dons est de faire de nous des chrétiens
complets et parfaits.

Encore une dernière pensée. Les sept dons ont aussi une relation avec le triple ministère du Christ.
Le Christ est Roi, Prêtre et Prophète. Mais nous aussi, nous participons à cette triple dignité. Cela est dit, en
effet, dans la bénédiction du saint chrême : “ les fidèles sont investis de la dignité royale, sacerdotale et
prophétique ”. Le roi a besoin de sagesse, de conseil et de force ; le prêtre a besoin de piété ; le prophète doit
posséder tous les dons, car il doit porter l’action de Dieu parmi les hommes.

VENDREDI DES QUATRE-TEMPS


semi-double

Station aux Douze Apôtres

Tu es le Père des orphelins ! Je ne vous laisserai pas orphelins

Pensées du jour

La liturgie nous présente, aujourd’hui, deux cycles de pensées et de sentiments qui nous paraissent
entièrement opposés : la pénitence des Quatre-Temps et la joie de la Pentecôte. L’ancienne Église avait des
pensées et des sentiments entièrement différents des nôtres. Elle avait une conscience plus développée de la
Rédemption. Nous autres, nous mettons trop au premier plan la conscience du péché. Cela est encore dû à la
piété anthropocentrique de notre temps. Revenons donc à la piété des anciens chrétiens, à la piété de l’Église,
cette piété qui se réjouit et tressaille de joie à la pensée de la délivrance du péché. Le paralytique de
l’Évangile d’aujourd’hui est un modèle pour nous. “ Il s’en alla dans sa maison en louant Dieu ”. La messe
d’aujourd’hui est une véritable leçon qui nous enseigne cette conception du christianisme antique, disons
plutôt cette conception vraiment chrétienne.

Les vendredis des Quatre-Temps ont toujours, dans la liturgie de la messe, un certain caractère de
pénitence. Nous sommes en esprit dans l’église des douze Apôtres ; cette église inspirait aux anciens l’idée
de pénitence. L’Évangile nous donne une belle image de pénitence. Quand nous songeons aux “ péchés, aux
offenses et aux négligences ” du trimestre écoulé, alors que nous avons reçu tant de grâces et de lumières,
nous nous mettons à la place de ce paralytique : mais, dans notre confiance, nous voulons ressembler aux
porteurs qui découvrent le toit. Maintenant, au Saint-Sacrifice, nous recevons l’absolution du Seigneur lui-
même : “ Tes péchés te sont remis ! ”

Que le vendredi des Quatre-Temps soit donc pour nous un jour de pénitence !

Saint Ambroise nous présente, aux Matines, un beau commentaire de l’Évangile.


Chaque malade doit avoir des intercesseurs qui demandent sa guérison. Nous avons besoin de ces
intercesseurs par lesquels l’infirmité et la paralysie de notre conduite seront guéries avec l’aide de la
divine parole. Nous avons besoin de moniteurs de l’esprit (de porteurs, comme le paralytique) qui,
malgré la faiblesse de notre âme paralysée par la, débilité de notre corps, élèvent cette âme vers le
ciel. Avec leur aide, l’âme s’élève facilement vers Jésus, se place à ses pieds et devient digne d’être
regardée par le Seigneur. Car le Seigneur abaisse volontiers son regard vers ce qui est petit, comme il

117
a abaissé son regard vers la petitesse de sa servante. Apprends ici, toi qui juges, apprends à
pardonner ; apprends, toi qui es malade, à implorer le secours. Si tu doutes du pardon de tes péchés
graves, recours à l’intercession de l’Église. Demande-lui de prier pour toi, et le Seigneur, à sa vue,
t’accordera ce qu’il pourrait te refuser.

Cette section évangélique, qui nous raconte la guérison corporelle du paralytique, nous rappelle la guérison
intérieure de l’homme auquel les péchés ont te remis.

Il est certainement dans l’intention de l’Église que nous cherchions les relations entre les pensées de
pénitence et le Saint-Esprit. La postcommunion de la Pentecôte nous donne une indication à ce sujet : le
Saint-Esprit est la rémission de tous les péchés. C’est là un des aspects de l’action du Saint-Esprit : il veut
bannir l’esprit du monde, l’esprit du péché, bref, le mauvais esprit de notre âme dont il veut faire son temple.
“ Fais que ton Église, unie dans le Saint-Esprit, ne soit troublée par aucune attaque ennemie ”. (Oraison).
Lave toute impureté, Arrose l’aridité Et guéris l’homme abattu. Amollis notre raideur, Réchauffe notre
tiédeur Redresse nos volontés. (Séquence).

La certitude que le Christ, dans son sacrifice rédempteur, a racheté tous nos péchés, nous inspire,
dans toutes les parties de la messe, des accents d’allégresse. Rarement un Introït respire la joie de l’Alleluia
comme celui d’aujourd’hui. Remarquons ici – c’est souvent le cas dans la seconde partie du temps pascal –
que l’Alleluia est le motif principal : “ Ma bouche annoncera hautement : l’Alleluia. Que je puisse chanter :
Alleluia. Que mes lèvres tressaillent de joie quand je chante pour toi : Alleluia, Alleluia ”. Le psaume 70
peut, si nous le récitons en entier, faire une transition avec les pensées de pénitence – par exemple les
versets : “ Ne me rejette pas aux jours de ma vieillesse ; au déclin de mes forces, ne m’abandonne pas. Tu
m’as fait éprouver des amertumes nombreuses et terribles, mais tu m’as rendu la vie. ”

La cause de notre joie, c’est le Saint-Esprit qui nous a été donné. La leçon chante ses louanges : “
Tressaillez de joie, fils de Sion, réjouissez-vous dans le Seigneur, car il vous donne un docteur de justice, il
fait tomber sur vous la pluie précoce et la pluie tardive, comme au commencement. Alors, les greniers se
remplissent de, grains et les celliers regorgent de vin et d’huile. Et vous vous rendrez compte que je suis au
milieu d’Israël. ” (Joël). Ce docteur de justice, cette pluie qui féconde la moisson des âmes, c’est le Saint-
Esprit. C’est l’hôte divin qui demeure au milieu de nous, dans nos cœurs. “ Qu’il est doux et suave, ton
Esprit, en nous, Seigneur !”

Maintenant, nous comprenons vraiment ce que le. Seigneur nous dit dans la communion et nous comprenons
qu’il accomplit sa promesse : “ Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viendrai de nouveau vers vous et votre
cœur se réjouira. Ces paroles peuvent résumer le contenu de la messe d’aujourd’hui. Le Saint-Esprit est “ le
Père de tous les pauvres ”. La secrète d’aujourd’hui est d’une grande beauté : “ Que les oblations soient
dévorées par ce feu qui fut allumé dans le cœur des disciples par le Saint-Esprit ”.

Le Saint-Esprit est “ le Maître du monde qui possède toute puissance et prévoit tout ” (Rép. de Matines).

118
SAMEDI DES QUATRE-TEMPS
semi-double

Station à Saint Pierre

L’amour de Dieu a été répandu en nous par le Saint-Esprit

Aujourd’hui est le grand jour d’action de grâces de la solennité des Quatre-Temps. Dans l’esprit de
l’ancienne Eglise, nous nous rassemblons, durant la nuit du samedi au dimanche, dans l’église mondiale de
Saint-Pierre à Rome ; nous y apportons, à l’offrande, la dîme du trimestre écoulé – dans les communautés
liturgiques et dans les paroisses, on devrait offrir, aujourd’hui, le blé pour le pain du sacrifice. Nous
remercions surtout pour la moisson spirituelle à la fin du temps pascal.

1. Pensées festivales

“ L’amour de Dieu a été versé dans nos cœurs, Alleluia, par le Saint-Esprit qui demeure en nous, Alleluia,
Alleluia ”. Cette belle parole de saint Paul est, pour ainsi dire, l’ite missa est de l’octave de la Pentecôte
(Introït, Epître, Ant. Bened.). La liturgie résume ainsi tout ce qu’elle a à dire sur le Saint-Esprit. L’amour de
Dieu est la filiation divine, la grâce sanctifiante, la gloire ; c’est la participation à la vie glorifiée du Christ.
C’est l’essence de notre religion.
Croître de plus en plus dans cet “ amour de Dieu ” est la tâche de notre vie, et le but de la sainte liturgie est
de produire cet accroissement. “ Répandu ” est un mot de prédilection de la liturgie quand elle parle du
Saint-Esprit – dans notre messe : diffusa, infunde, effundam.
C’est donc le Saint-Esprit qui nous confère la grâce de la filiation divine ; mais, en même temps que la grâce,
il vient lui-même et demeure en nous ; Et c’est aussi, pour le temps qui vient, notre grande consolation et
notre force : nous sommes les temples de l’Esprit du Christ. Ce sera la tâche et ce sera notre tâche, pendant le
temps qui suit la Pentecôte, de parer ce temple.

C’est avec reconnaissance que nous prenons congé du temps pascal, pendant lequel nous avons reçu
tant de grâces. Ce n’est pas sans mélancolie, cependant, que nous retournons aux difficultés de la vie
quotidienne, aux rudes combats de l’existence.

2. La solennité des Quatre-Temps. Caritas Dei

A l’Introït, nous nous sentons déjà remplis du Saint-Esprit, qui demeure en nous et répand dans nos cœurs
l’amour de Dieu. Le psaume d’Introït est, aujourd’hui, un cantique d’action de grâces pour le miracle de la
Pentecôte (Psaume 103). Autrefois, c’était un psaume nocturne – le psaume 84 ou 87 qui font l’un et l’autre
allusion à la solennité nocturne.
Les deux premières oraisons sont des oraisons du Saint-Esprit ; les trois oraisons suivantes sont des oraisons
de pénitence. Cela nous montre déjà les deux thèmes principaux de la messe : le Saint-Esprit et les Quatre-
Temps. “ Daigne répandre dans nos âmes le Saint-Esprit par la sagesse duquel nous avons été créés, et par la
Providence duquel nous sommes conduits ”. “ Que le Saint-Esprit daigne nous embraser de ce feu que Notre-
Seigneur Jésus-Christ a apporté sur la terre et qu’il voulait voir brûler vivement ”. Nous devrions recueillir
ces magnifiques prières et les réciter dans le reste de l’année.
La première leçon nous donne la prophétie connue de Joël sur la Pentecôte, que saint Pierre cite dans son
premier sermon de Pentecôte (voir mercredi des Quatre-Temps). Les trois leçons suivantes sont tirées des
prescriptions de Moïse concernant la célébration de la Pentecôte juive. Ces leçons nous indiquent ceci : les
Quatre-Temps de la Pentecôte sont l’action de grâces pour la moisson et l’accomplissement de la Pentecôte
juive. Les fidèles, eux aussi, doivent, le jour qui suit le sabbat, apporter au prêtre les prémices de leur
moisson. Eux aussi doivent appeler ce jour un jour “ de grande fête et de solennité ” (le samedi des Quatre-
Temps était une grande fête) (2ème leçon).

119
La fête de ce jour comporte deux motifs d’action de grâces : 1. Nous remercions Dieu pour la
récolte. 2. Le Seigneur nous a tirés, nous aussi (maintenant, à Pâques), de la servitude de l’Égypte et nous a
introduits dans le pays où coulent le lait et le miel (le royaume de Dieu) ; C’est pourquoi nous apportons les
prémices des fruits et nous faisons un “ festin de fête” (la Sainte Eucharistie) (3e leçon).
Les promesses de Dieu aux Juifs ne trouvent leur pleine réalisation que dans l’Église. Si nous
sommes vraiment les enfants de Dieu, nous aurons le bien-être, nous aurons le pain et le vin en abondance
(l’Eucharistie), nous aurons la paix et nous triompherons de nos ennemis. “ J’établirai ma demeure au milieu
de vous... je marcherai au milieu de vous et je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple ” (4e leçon). Vers le
matin, nous songeons de nouveau aux trois enfants dans la fournaise (5e leçon). Nous savons déjà, par les
autres samedis de Quatre-Temps, la signification de cette leçon qui remonte à la plus lointaine antiquité.
C’est la pensée de la Résurrection et le martyre que cette leçon place devant nos yeux. Peut-être la liturgie
songe-t-elle au feu du Saint-Esprit, car, dans cette messe, il est assez souvent question de ce feu. Il n’est pas
sans importance de remarquer qu’immédiatement avant cette leçon nous nous mettons à genoux pour chanter
la belle prière de Pentecôte : “ Viens, Saint-Esprit, remplis les cœurs de tes fidèles et allume en eux le feu de
ton amour ”.

Jusqu’à la 5e leçon, nous sommes encore dans l’antique vigile (les Matines d’autrefois) Maintenant,
commence la messe proprement dite. C’est pourquoi on chante le Gloria. L’Épître résume, encore une fois,
tout le temps pascal et nous donne un aperçu sur la vie de combat et de martyre qui va commencer. De la foi
à la paix, c’est dans cette courte formule que l’oraison du lundi de la Pentecôte a déjà caractérisé Pâques et la
Pentecôte, le baptême et la Confirmation. C’est aussi ce que dit l’Épître. “ Comme nous avons été justifiés
par la foi, puissions-nous avoir la paix avec Dieu par Notre Seigneur Jésus-Christ ”. Le passage de l’Introït
concernant l’amour de Dieu est un écho de l’Épître. Puisse-t-il retentir longtemps dans notre cœur !

L’Évangile représente le magnifique “ mystère” de la messe : “ Jésus entra dans la maison de Simon” –
Station à Saint-Pierre. “ Quand le soleil fut couché – la messe était célébrée, jadis, dans la nuit du samedi, on
lui amena les malades ” – ces malades, c’est nous qui venons à la messe ; “ il leur imposa les mains ” –
l’imposition des mains est le signe de la communication du Saint-Esprit, et il les guérit. Mais quand il fit
jour, il s’en alla – après la messe, il nous quitte ; le temps pascal est achevé. Le “ mystère” trouve son
accomplissement au Saint-Sacrifice.
Dans la communion, les fidèles sentent le souffle du Saint-Esprit. Dans les anciens antiphonaires, on trouve
une antienne de communion qui convient très bien ici. Nous entendons le Maître qui nous quitte nous dire, à
la fin du temps pascal : “ Je ne vous laisse pas orphelins, mais je reviens – chaque fois que se célèbre le
sacrifice eucharistique – et votre cœur se réjouira ”.

120
FÊTE DES SAINTS

11 AVRIL
Saint Léon I, pape et docteur de l’Église
double

Tu es Pierre

1. Saint Léon

Jour de mort : 10 novembre 461. Tombeau : dans l’Église Saint-Pierre de Rome. Image : On le représente en
pape et docteur de l’Église, avec la crosse et l’Évangile.
Saint Léon, pape et docteur, surnommé par honneur le Grand, gouverna l’Église de 440 à 461. Ce fut
un des plus grands papes de l’histoire. De sa vie nous ne savons pas grand’chose. L’homme, disparaît
presque devant le Pape. Pape, il considéra comme une de ses tâches les plus importantes de défendre la
primauté du Pontife romain, successeur de saint Pierre, et de relever le prestige du Siège apostolique devant
le monde. Et, de fait, peu de papes ont occupé le centre du monde ecclésiastique et du monde politique
comme saint Léon. Même comme écrivain, il a une grande renommée. Ses discours, que nous rencontrons
souvent dans le bréviaire, sont parmi les plus beaux et les plus profonds. Le bréviaire raconte :
“ Léon gouvernait l’Église précisément au moment où Attila, roi des Huns, surnommé le “ fléau de
Dieu ”, pénétrait en Italie où, après avoir assiégé pendant trois ans Aquilée, il s’empara de cette ville,
la pilla, et la dévasta par le feu et le fer. Le roi des Huns, dans sa fureur, s’élançait contre Rome, et
son armée commençait déjà à traverser le Mincio à l’endroit où il se jette dans le Pô. Alors, Léon,
douloureusement ému par les malheurs de l’Italie, alla à sa rencontre et, par son éloquence divine,
persuada à Attila de rétrograder. Comme ses familiers lui demandaient pourquoi, contre son
habitude, il avait obéi si humblement aux ordres du Pontife romain, il répondit qu’il avait vu un
homme, revêtu des habits sacerdotaux, debout auprès de Léon pendant qu’il parlait. Cet homme lui
avait fait peur, car il avait l’épée au clair et le menaçait de mort s’il n’obéissait pas à Léon. Attila
retourna en Pannonie. Quant à Léon, il revint à Rome et y fut reçu avec une joie inexprimable. Peu
de temps après, Genséric attaqua la ville. Mais Léon, par la force de son éloquence et le renom de sa
sainteté, le détermina à s’abstenir d’incendie, d’horreurs et de meurtre (455) ”.
Saint Léon fit beaucoup, aussi, pour la liturgie. Le sacramentaire dit léonien contient beaucoup d’oraisons de
lui ; certains liturgistes lui attribuent la composition du bel office de l’Avent.

2. La messe Si diligis

Au pape qui a défendu la primauté du Pontife Romain revenait une place toute spéciale dans le nouvel office
des Souverains Pontifes. C’est à son ancienne messe qu’a été emprunté l’évangile de la messe Si diligis, ainsi
que l’homélie qui en donne un commentaire au 3e nocturne des matines. Voici ce que dit saint Léon à
l’occasion du second anniversaire de son élévation :
“ Pierre n’a pas quitté le gouvernail de l’Église qui lui avait été confié ; c’est lui qui, tous les jours,
répète dans toute l’Église : Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant ! Dans mon humble personne,
c’est lui qu’il faut voir, c’est lui qu’il faut honorer, car la sollicitude qu’il avait de tous les pasteurs et
son souci de toutes les brebis n’ont pas cessé d’exister et dans son indigne successeur c’est sa dignité
qui survit ”.

121
13 AVRIL
Saint Herménégilde, martyr
semi-double

Un martyr de la communion pascale

Saint Herménégilde

Jour de mort : 13 avril 585. Tombeau : à Séville ; son chef est à Saragosse. Image : On le représente avec la
couronne royale et une hache (l’instrument de son supplice).
Le fils du roi, saint Herménégilde, fut par sa mort sanglante “ le grain de froment qui est tombé en
terre et mourut. (Jean, XII, 24 sq.). “ Il ne resta pas seul, mais porta des fruits nombreux. : la conversion de
tout un peuple. “ Dans le royaume des Wisigoths, un homme mourut afin que plusieurs vivent et, comme un
grain de blé était tombé dans la foi, il leva une riche moisson d’âmes pour obtenir la vie ” (saint Grégoire le
Grand). Saint Grégoire nous donne, au bréviaire, une biographie magistrale de notre saint.
Le roi Herménégilde, fils du roi Wisigoth Léovigilde, avait été converti de l’erreur arienne à la foi
catholique par les prédications du vénérable évêque Léandre (27 février, à Rome, Mart.) avec lequel je suis
uni depuis longtemps par une amitié intime. Son père qui était toujours arien essaya, d’abord par de brillantes
promesses, ensuite par des menaces, de le faire apostasier. Mais son fils déclara qu’il n’abandonnerait jamais
la véritable foi maintenant qu’il la connaissait. Irrité au plus haut point, son père le déshérita et le déclara
privé des droits de la succession au trône. Voyant que sa fermeté n’était pas ébranlée, il le fit jeter en prison,
le cou et les mains chargés de lourdes chaînes. Alors, le jeune fils de roi commença à mépriser le royaume
terrestre pour rechercher avec ardeur le royaume céleste ; dans les chaînes et l’habit de pénitence, il demanda
constamment la force au Dieu tout puissant et apprit d’autant plus à mépriser la gloire du monde périssable
qu’il reconnaissait davantage, dans ses fers, le néant de ce qu’on pouvait lui enlever. Quand arriva la fête de
Pâques, le père cruel envoya vers minuit un évêque arien à son fils, pour lui offrir sa grâce s’il voulait
recevoir la communion consacrée sacrilègement. Mais le saint jeune homme repoussa l’évêque avec horreur
et lui reprocha avec une noble hardiesse son attachement à l’hérésie impie. Car bien que son corps fût dans
les chaînes, il se tenait, dans une sainte liberté d’esprit, sur les saintes hauteurs de la foi. Le roi, instruit par
l’évêque de ce qui s’était passé, devint encore plus furieux et il envoya des bourreaux dans la prison pour
mettre son fils à mort sur-le-champ. Ils lui tranchèrent la tête d’un coup de hache. Mais ils ne purent que tuer
ce que, depuis longtemps, leur victime estimait de peu de valeur. Immédiatement, il se produisit de
nombreux miracles surprenants pour prouver la sainteté du martyr. Aussi tous les fidèles considérèrent
comme un devoir sacré de traiter le cadavre avec les plus grands honneurs, comme le corps d’un martyr. Le
père meurtrier regretta, il est vrai, son acte, mais son repentir ne fut pas assez parfait pour lui obtenir le salut.
Il reconnut la vérité de la religion catholique, mais la crainte de ses sujets ariens l’empêcha d’abandonner ses
erreurs. A son lit de mort, il recommanda son fils encore arien, Reccarède, au saint évêque Léandre qu’il
avait naguère si violemment persécuté ; il le pria de l’instruire dans la foi catholique, comme il l’avait fait
avec tant de succès pour le saint martyr. Après cette recommandation, il mourut. Après la mort de Léovigilde,
son fils Reccarède ne suivit pas les traces de son père hérétique, mais celles de son saint frère. Il quitta
l’erreur arienne et détermina aussi tout le peuple des Wisigoths à revenir à la véritable Église. Il interdit le
port des armes dans son royaume à tous ceux qui se montreraient les ennemis de Dieu en persistant dans
l’hérésie arienne. C’est ainsi que celui dont le frère avait été un martyr devint un prédicateur de la vraie foi.
Ce sont sans doute les mérites de ce saint qui ramenèrent tant d’âmes dans le sein du Dieu tout puissant.

2. La messe protexisti

Dans le temps pascal, la liturgie accorde à un groupe de saints des honneurs plus particuliers qu’aux autres.
Ce sont les martyrs, parce qu’ils forment l’escorte du Roi des martyrs qui, par sa mort, a sanctifié tout
martyre. Les martyrs doivent avoir une part privilégiée à la victoire que leur Roi a remportée dans sa Passion
et sa Résurrection. C’est pourquoi ils ont un commun spécial dans le temps pascal. Les textes de ce commun
respirent le parfum des catacombes.
A l’Introït Protexisti, le martyr chante lui-même un cantique d’action de grâces. Les persécutions n’ont fait
qu’accroître son triomphe. Le Vendredi-Saint et le Samedi-Saint, nous avons appliqué le psaume 63 à la

122
Passion du Christ, nous l’appliquons maintenant aux souffrances des martyrs.
La leçon, elle aussi, est dramatique. Nous jetons un regard dans l’au-delà Nous voyons les persécuteurs
debout, maintenant, en face de leurs victimes. Ils sont remplis d’effroi et s’écrient : “ Les voilà ceux dont
nous nous sommes moqués... Fous que nous étions, nous pensions que leur vie était insensée... Voici qu’ils
sont comptés maintenant au nombre des enfants de Dieu ”.
L’Évangile a été choisi en raison des circonstances du martyre de notre saint. “ Celui qui vient à moi et ne
hait pas son père et sa mère... et ses frères et même sa propre vie, ne peut pas être mon disciple ”.
Herménégilde, fils de roi, a réellement haï tout ce qui est terrestre, père, royaume, vie, pour l’amour du
Christ.
Les chants rendent un son énergique, particulièrement le verset que nous chantons deux fois : “ Les cieux
attestent les merveilles de Dieu” (comme les martyrs) (AIl. et Off.).

14 AVRIL
Saint Justin, martyr
Double
Saint Tiburce et ses compagnons

La prédication de la Croix est la force de Dieu

1. Saint Justin

Surnommé le martyr, était d’origine grecque. Il naquit en Palestine. Ce fut un philosophe. Il se


convertit alors qu’il était déjà parvenu à l’âge mûr. Il est au premier rang parmi les Apologistes, ces chrétiens
qui défendirent hardiment la foi chrétienne contre les calomnies des païens. Sa première apologie a pour
nous une importance particulière, car elle nous renseigne sur la vie morale et le culte de la primitive Église ;
elle nous renseigne surtout sur la messe. Saint Justin mourut le 13 avril, entre 163 et 167, de la mort des
martyrs. Son martyre nous est relaté par des actes authentiques et vénérables. Le cynique Crescens, qu’il
avait convaincu d’immoralité, se vengea en le dénonçant. Ainsi, le fidèle et éloquent défenseur de la foi reçut
comme récompense la couronne du martyre. Son tombeau est dans l’Église de saint Laurent, à Rome.

2. La messe Narraverunt

La messe, à la différence des messes de martyrs pendant le temps pascal, a des textes propres qui,
d’ordinaire, font allusion à la vie de notre saint.
Dans l’introït, nous voyons l’apologiste réfuter les “ fables” des païens “ devant les rois ”. Sa vie est “ sans
tache ”. Il “ marche selon la loi du Seigneur ”. Saint Justin a abandonné la philosophie du monde et adopté “
la science suréminente de Jésus-Christ”. Puisse notre siècle, si fier de la science apparente du monde,
demander cette véritable science et cette foi solide (Oraison).
On peut adapter parfaitement à saint Justin le passage connu de l’Épître aux Corinthiens sur la “ folie de la
Croix” qui est la “ force de Dieu ”. “ Les Juifs demandent des signes et les Grecs recherchent la sagesse.
Pour nous, nous prêchons le Christ crucifié, ce qui est un scandale pour les Juifs et une folie pour les Grecs,
mais ce qui est, pour ceux qui sont appelés, la force de Dieu et la sagesse de Dieu” (Ép.). L’Alleluia est
l’écho de l’Épître dont il répète quelques versets.
L’Évangile est un passage souvent utilisé dans les messes des martyrs. Le Christ s’adresse aux martyrs et leur
demande d’annoncer publiquement ce que Dieu leur a dit dans leur cœur. “ Ne craignez pas ceux qui peuvent
tuer le corps et n’ont pas d’autre pouvoir ”. “ Quiconque me confesse devant les hommes, le Fils de
l’Homme le confessera devant les anges de son Père ”. Notre saint a réalisé ces paroles.
A la communion, nous voyons le martyr recevoir “ la couronne de justice ” ; la sainte Eucharistie est pour
nous le gage de cette couronne (Comm.). “ Puissions-nous persévérer dans la reconnaissance pour les dons
reçus” (Postcommunion).

123
3. Ce que saint Justin nous raconte de la messe dans la chrétienté primitive 1 Apol., 65-67

“ Au jour qu’on appelle dimanche, a lieu une réunion de ceux qui demeurent dans les villes ou bien à
la campagne. Là, on lit les mémoires des apôtres (c’est-à-dire les évangiles) et les écrits des
Prophètes, aussi longtemps qu’il convient. Quand le lecteur a fini, le président (l’évêque) fait une
allocution dans laquelle il exhorte à imiter toutes ces bonnes choses : Ensuite, nous nous levons tous
ensemble et nous faisons des prières pour nous et tous les autres dans le monde entier afin que, dans
nos œuvres aussi, nous soyons trouvés de dignes membres de la communauté et qu’ainsi nous
obtenions la béatitude éternelle. Quand nous avons terminé nos prières, nous nous saluons les uns les
autres par le baiser de paix. Alors, on apporte, au président des frères, du pain et une coupe d’eau et
de vin ; il les prend et adresse une louange au Père tout puissant par le nom du Fils et du Saint-Esprit
et il prononce, de toute sa force, une longue action de grâces (Eucharistie) pour remercier Dieu de ce
qu’il nous a jugés dignes de ces dons. Quand il a terminé les prières et l’Eucharistie, tout le peuple
donne son adhésion en disant : “Amen ”. Après l’action de grâces du président et l’adhésion du
peuple tout entier, ceux qu’on appelle chez nous les diacres distribuent à chacun des assistants du
pain eucharistique, du vin et de l’eau, et en portent même aux absents. Cette nourriture s’appelle
chez nous Eucharistie. Personne n’a le droit d’y participer, sauf ceux qui considèrent notre doctrine
comme vraie, ont reçu le bain pour la rémission des péchés et la régénération, et vivent selon ,les
prescriptions du Christ. Car nous ne prenons pas cette nourriture comme un pain ordinaire et une
boisson ordinaire. Nous avons appris que cette nourriture, consacrée avec action de grâces, est la
chair et le sang de ce Jésus fait chair. ”

4. Saint Tiburce et ses compagnons

Ce noble triumvirat de martyrs (vers 230, à Rome) est l’œuvre de la célèbre vierge romaine et martyre, sainte
Cécile (cf. 22 novembre). Ce sont Valérien, le noble et chaste époux de Cécile ; Tiburce, son frère, que Cécile
conquit aussi pour le ciel ; Maxime, le serviteur du tribunal, qui les vit se rendre au supplice avec tant de joie
qu’ils semblaient aller aux noces et qui les suivit. Leurs saints ossements sont honorés actuellement dans
l’Église de Sainte-Cécile.

17 AVRIL
Saint Anicet, pape et martyr
simple

Obéissance envers le Pape, même dans les petites choses

Nous célébrons aujourd’hui un pape martyr dans le temps pascal, toutefois son martyre est douteux.

1. Saint Anicet, le dixième successeur de saint Pierre, gouverna l’Église de 157 à 165. En son temps,
il se passa maint événement mémorable dans l’Église de Dieu ; c’est précisément à cette époque que
l’hérésie du gnosticisme atteignait son apogée et que ses apôtres, Valentin et Marcion, venaient à Rome ;
sous son règne, saint Polycarpe vint à Rome pour régler la question de la date de Pâques. D’autres hommes
importants séjournèrent aussi alors à Rome : saint Justin, martyr (14 avril), qui y composa sa seconde
apologie ; le célèbre savant judéo-chrétien Hégésippe. Sous le pontificat de saint Anicet, l’Église de Dieu fut
persécutée par l’empereur Marc-Aurèle. Une ordonnance du saint pape nous a été transmise : il défendit aux
clercs de se livrer à un soin mondain et vain de la chevelure. Son tombeau est au Vatican, auprès de celui de
saint Pierre. Les fidèles qui participent au culte liturgique doivent penser, eux aussi, que les parures
mondaines et vaines ne leur conviennent pas. Ils sont en la présence de Dieu, de la Sainte Vierge et des
anges, en présence de leurs représentants avec lesquels ils sont en communion étroite. C’est pourquoi des
communautés liturgiques conscientes et zélées prennent, dans les questions de vêtements et de parure, une
autre attitude que le monde moderne.

124
2. La messe Si diligis

L’ancienne messe était en relation plus directe avec le martyre de saint Anicet. On peut cependant relever
dans la nouvelle quelques allusions intéressantes. Dans le verset de l’Introït, le martyr remercie Dieu de
l’avoir relevé et de n’avoir pas permis à ses ennemis de se réjouir à son sujet. C’est pour ainsi dire le
commentaire du texte de la Sagesse employé comme leçon dans une messe du commun des martyrs : “ S’ils
ont souffert des tourments à la face des hommes, leur espérance est néanmoins pleine d’immortalité ”. Tel est
bien le cas de saint Anicet, dont le nom signifie l’invincible. L’Épître, à son tour, fait allusion aux quelques
souffrances subies en ce monde et à la gloire qui leur a succédé. Si l’Évangile relate la confession de saint
Pierre, nous ne pouvons pas oublier que le mot “ confession ” exprime, dans le langage de l’ancienne
liturgie, une relation particulière avec le martyre. Le martyr est, en effet, “ confesseur ” au sens le plus élevé
du mot : il a “ confessé ” le Christ et la foi devant les hommes ; maintenant le Christ et avec lui tout le
royaume de Dieu le confessent, comme un vainqueur couronné.
Les autres textes de la messe, relatifs à la primauté de Pierre, trouvent une application dans un des rares
événements connus de la vie de saint Anicet. L’évêque de Smyrne, saint Polycarpe, vint à Rome pour
soumettre au pape la question pendante de la date de la fête de Pâques. Le fait est d’autant plus significatif
que Polycarpe était un disciple immédiat de saint Jean ; sa démarche proclamait donc avec éclat la
reconnaissance de la primauté de la chaire apostolique et romaine. C’est encore là une “ confession ”. C’est
celle que l’Église demande à tous ses enfants et c’est pour réagir contre les attaques dont est l’objet le Saint-
Siège que S. S. Pie XII a voulu, en janvier 1942, rendre obligatoire la célébration d’un office spécial des
Souverains Pontifes, en rejetant au besoin dans la pénombre la gloire des martyrs, pour mieux faire ressortir
leur primauté. Le pape dit expressément : “ Si, de tout temps, les puissances de l’enfer ont dirigé des attaques
vaines, mais persistantes, acharnées et cruelles, contre l’inébranlable solidité de la pierre apostolique,
aujourd’hui les ennemis de l’Église s’en prennent directement aux Pasteurs suprêmes en personne et tentent
de les salir de leurs sarcasmes éhontés ”. Le martyre subi par tant de papes, s’ajoutant au caractère divin de
leur institution et de leur mission, doit inspirer aux fidèles une vénération pleine d’amour pour ceux à qui ont
été remises les clefs du royaume des cieux.

21 AVRIL
SAINT ANSELME, ÉVÊQUE ET DOCTEUR DE L’EGLISE
double

Réformons-nous d’abord nous-mêmes

1. Saint Anselme

Jour de mort : 21 avril 1109. Tombeau : dans la cathédrale de Cantorbéry. Image : On le représente en évêque
et docteur de l’Église, contemplant l’apparition du Christ et de la Sainte Vierge. Vie : Saint Anselme, évêque
de Cantorbéry et primat d’Angleterre, naquit en 1033 et mourut le 21 avril 1109. Prieur et abbé, il fit de
l’abbaye du Bec un centre de véritable réforme pour la Normandie et l’Angleterre. De cette abbaye, il exerça
une influence durable sur les papes, les rois, les puissances civiles et des Ordres entiers. Devenu primat
d’Angleterre, il mena un combat héroïque pour les droits et la liberté de l’Église. Il y perdit ses biens et ses
dignités et connut même l’exil. Il se rendit à Rome auprès du pape Urbain Il qu’il soutint au concile de Bari
contre les erreurs des Grecs. Ses écrits témoignent de la hauteur de son esprit ainsi que de sa sainteté ; ils lui
méritèrent le nom de père de la scolastique.

Pratique

Saint Anselme est un des vrais réformateurs de l’Église. La vraie réforme commence par soi-même. Saint
Anselme se mit le premier à l’école sévère de la mortification. Il était ensuite apte et autorisé à corriger les
autres. La messe est du commun d’un docteur In medio.

125
22 AVRIL
SAINT SOTER ET SAINT CAIUS, PAPES ET MARTYRS
simple

Je suis la véritable vigne, vous êtes les sarments

1. Saint Soter

Il fut pape de 166-175. Il succéda à saint Anicet. Il mourut martyr. Il fut célèbre par sa bonté pour les
confesseurs de la foi condamnés aux mines. Quand il fut monté sur la chaire de Saint-Pierre, il défendit aux
vierges consacrées à Dieu de toucher aux vases sacrés et aux pales ; il leur défendit de porter les encensoirs
dans l’église. C’est lui, aussi, qui prescrivit aux fidèles de recevoir le corps du Seigneur le Jeudi-Saint, à
l’exception de ceux qui devaient s’abstenir de la communion à cause de péchés graves.

2. Saint Calus

Il fut pape de 283-296. Il était proche parent de Dioclétien. Pour se conserver aux fidèles, il demeura
longtemps caché, sans quitter Rome. D’ordinaire, il se cachait dans les catacombes où il célébrait les saints
mystères et convertit beaucoup de païens. Il établit qu’on devait suivre les degrés suivants jusqu’à l’Ordre de
l’épiscopat : l’Ordre des portiers, des lecteurs, des exorcistes, des acolytes, des sous-diacres, des diacres, des
prêtres. Il ne mourut pas de mort violente. Il fut enterré dans la catacombe de saint Callixte, le 23 avril.
Sainte Suzanne était sa nièce. Le pape Urbain VIII fit revivre son souvenir à Rome ; il restaura son église
détruite, l’éleva à la dignité de station et l’enrichit de ses reliques.

3. La messe Si diligis

Nos deux papes ont vécu à l’ère des grandes persécutions. C’est en prévision de ces luttes et de celles qui
devaient suivre jusqu’à la fin des temps que Jésus a promis à Pierre l’indéfectibilité de l’Église. Si le juste vit
de la foi, les puissances de l’enfer chercheront, à toutes les époques, à ébranler cette foi. Il pourra y avoir des
défections individuelles dans le troupeau, mais son pasteur et l’ensemble des brebis demeureront fidèles
grâce à une assistance spéciale : le pasteur est assuré de l’infaillibilité dans la transmission de la doctrine ;
quant aux brebis, elles ne pourront prétendre appartenir à l’Église que si elles adhèrent à son enseignement ;
l’autorité du chef rejettera celles qui auront failli, de façon à maintenir toujours le corps sain. Merveilleuse
disposition de la sagesse divine, dont notre messe répète comme à plaisir la formule : “ Tu es Pierre et sur
cette pierre je bâtirai mon Église et les puissances de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ”. En français, la
correspondance des termes est moins nette qu’en araméen, où il est dit : “ Tu es Képha et sur ce képha... ”. A
l’époque des persécutions, la tactique des Césars païens consistait à tenter d’obtenir un reniement de la foi.
Nos deux papes ont “ confessé ” cette foi au prix de leur sang et ont ainsi contribué à confirmer leurs frères,
selon la consigne du Sauveur à Pierre. Leur exemple continue à produire ses effets et maintenant encore il y a
des chrétiens qui savent donner leur sang pour le Christ-Roi, comme on le voyait naguère au Mexique. Si
nous ne sommes pas menacés par les pouvoirs publics, nous pouvons l’être par les puissances occultes de
l’erreur dans l’intime de notre conscience. L’Église sollicite l’intercession de nos deux papes pour nous aider
à demeurer fidèlement attachés à Pierre.

126
23 AVRIL
SAINT GEORGES, MARTYR
semi-double

Soyons des chevaliers comme Saint Georges dans le combat contre le Dragon

1. Saint Georges

Le beau chevalier à l’armure éclatante, monté sur son cheval de guerre et transperçant le dragon, est une
figure populaire entourée de légendes. Ce qu’il y a d’historique dans la vie de ce saint est ce qui suit : Le
Cappadocien Georges, officier de haut grade, subit le martyre avec d’autres chrétiens pendant la persécution
de Dioclétien, vers 303. Il mourut en Palestine, probablement à Diospolis. L’Église d’Orient l’appelle le
grand martyr. De très bonne heure, son culte fut transporté dans l’Église d’Occident. La chevalerie
chrétienne l’a honoré comme un de ses plus grands patrons. L’Église romaine lui dédia, dès les premiers
siècles, une station sous le titre “ Saint Georges in Velabro ” (jeudi après le mercredi des Cendres). Le
bréviaire romain ne contient pas de biographie du saint car le pape saint Gélase défendit, en 496, de lire ses
Actes apocryphes. Le martyrologe dit : “ La naissance (céleste) de saint Georges, dont l’Église honore le
triomphe particulièrement glorieux parmi ceux de tous les martyrs ..

2. La messe Protexisti

La messe est du commun des martyrs pendant le temps pascal (cf. le 13 avril). Seule, l’Epître est prise d’un
autre commun. Dans cette Épître, le saint héros nous parle de ses efforts pour prêcher l’Évangile du Seigneur
ressuscité pour lequel il a souffert “ jusqu’aux chaînes ” (c’est une véritable Épître pascale). Il nous dit qu’il
a aussi enduré son martyre à cause de nous “ afin que nous recevions le salut dans le Christ Jésus ”. Cette
pensée nous montre le culte des saints dans une autre lumière. Les saints souffrent aussi pour nous. Saint
Georges conclut en nous exhortant à l’imiter : “ Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ
souffriront la persécution ”.
L’Évangile nous rapporte la parabole de la vigne. Pourquoi cela ? Il peut se faire que ce choix ait été dû
d’abord à un motif extérieur. Dans l’antiquité, on prenait, pendant le temps pascal, la dernière partie de
l’Évangile de saint Jean dont on faisait la lecture à la suite. C’est ce qui explique sans doute la présence de
cette péricope dans notre messe (cf. les Évangiles des dimanches après Pâques, celui de la fête de saint
Philippe et saint Jacques). Cependant, un œil exercé trouvera une relation intime entre le martyre et l’image
de la vigne : Le Christ, le Roi des martyrs, est le cep de vigne élevé sur la Croix ; les martyrs sont les raisins
mûrs de cette vigne qui pendent de la Croix. Le vin eucharistique a jailli sous le pressoir de la souffrance et
ce vin fut la boisson enivrante qui donna force et courage aux martyrs. Ces trois notions : Croix, Eucharistie
et martyre, sont tellement unies dans l’esprit de la primitive Église que l’une d’entre elles évoque
immédiatement les autres. C’est pourquoi, depuis les temps les plus reculés, on nomme deux fois les martyrs
au Canon de la messe.
Notre Évangile est en quelque sorte une illustration du Canon : le Christ, la vigne divine qui s’appuie à la
Croix, le Christ qui est en même temps l’arbre de vie du Paradis ; les martyrs qui sont les raisins suspendus à
cette vigne. Les martyrs ont réalisé la parabole. Ils sont “ demeurés dans le Christ et ont porté beaucoup de
fruit ” en méritant a couronne du martyre. Nous aussi, nous sommes les sarments de la vigne divine qui est le
Christ et, justement maintenant, à la messe, la sève vitale de la vigne doit couler dans les sarments afin qu’ils
portent “ beaucoup de fruit ”. C’est par la vigne divine que nous sommes unis avec le saint martyr ; c’est
précisément à la messe que doit se réaliser la communion des saints qui est une “ communauté de souffrance
et de consolation ”.
C’est ainsi que nous comprenons, à la lumière de la primitive Église, la parabole de la vigne. Le cardinal
Schuster fait remarquer que le mot qui veut dire vigneron en grec est Géorgos et que, par conséquent, à la
période byzantine, quand les lectures étaient faites dans les deux langues, on entendait le nom de Georges
dans l’Evangile.
De nouveau, le royaume de Dieu au ciel et sur la terre loue et “ confesse ” les merveilles de la vigne divine
(Off.). A la communion, nous voyons le saint s’asseoir avec joie au banquet céleste et, sur la terre, nous
prenons part à sa joie à la table eucharistique. Le psaume 63 a commencé la messe et il l’achève.

127
Remarquons encore que la plupart des chants nomment le saint au singulier.

3. Le martyre

Les matines contiennent un beau passage d’une lettre de saint Cyprien sur les martyrs :
“ Par quelles louanges dois-je vous célébrer, valeureux martyrs ? Par quel éloge exalter la force de
votre cœur et la persévérance de votre foi ? Jusqu’à la consommation glorieuse vous avez subi de
très durs tourments. Vous n’avez pas reculé devant les supplices, ce sont plutôt les supplices qui ont
reculé devant vous. Les instruments de supplice ne pouvaient mettre fin à vos douleurs ; les
couronnes célestes y ont mis fin. Les tortures du chevalet ont duré longtemps, non pas pour ébranler
votre foi, mais pour conduire plus tôt à Dieu les hommes de Dieu. La foule des assistants vit avec
admiration le combat céleste, le combat de Dieu, le combat spirituel, le combat pour le Christ. Elle
vit les serviteurs de Dieu garder leur voix libre et leur cœur sans défaillance par la force divine ; ils
étaient dépourvus d’armes séculières, mais munis des armes de la foi ardente. Torturés, ils étaient
plus forts que leurs bourreaux. De ceux qui les frappaient et les déchiraient avec des ongles de fer,
leurs membres frappés et déchirés triomphèrent. Leur foi invincible ne put être vaincue par les coups
répétés, alors même qu’on leur arrachait les entrailles et qu’on torturait non plus les corps des
serviteurs de Dieu, mais leurs blessures. Leur sang coulait, ce sang capable d’éteindre l’incendie des
persécutions et d’assoupir les flammes de l’enfer par sa rosée glorieuse. Quel spectacle ce fut pour le
Seigneur, quel spectacle sublime et grandiose ! Dieu l’accepta comme le serment de fidélité de son
soldat. C’est écrit dans les psaumes quand le Saint-Esprit nous exhorte et nous avertit en nous
disant : “ Précieuse est aux yeux du Seigneur la mort de ses justes ”. Elle est précieuse la mort de
celui qui a acheté l’immortalité au prix de son sang ; cette mort a reçu la couronne après la
consommation d’une vie vertueuse. Combien le Christ s’est réjoui alors ; avec quelle joie il a
combattu pour de tels serviteurs ! Le Christ assistait au combat livré pour lui, il excitait les
combattants et les confesseurs de son nom, il les fortifiait et les encourageait. Et celui qui pour nous
a vaincu une fois la mort en triomphe toujours en nous ”.

24 AVRIL
SAINT FIDÈLE DE SIGMARINGEN, MARTYR
double

Soyons fidèles

L’Eglise chante à la gloire des saints martyrs. Éclatants de blancheur sont ses élus, Alleluia, Voilés de la
splendeur de Dieu, Alleluia, Ils sont blancs comme le lait, Alleluia, Alleluia, Ils sont plus éclatants que la
neige, plus blancs qui le lait, Plus brillants que le vieil ivoire, plus beaux que le saphir. (Répons.)

1. Saint Fidèle

Jour de mort : 24 avril 1622. Tombeau : à Coire (Suisse) ; son chef est à Feldkirch (Vorarlberg, Autriche).
Image : On le représente en capucin, avec une massue armée de pointes – instrument de son martyre. Vie :
Saint Fidèle, qui fut un saint allemand et le “ premier martyr de son Ordre et de la Propagande de Rome ”,
naquit en 1577. C’était d’abord un avocat estimé. Mais il sentit que cette profession constituait un danger
pour le salut de son âme et il résolut d’entrer dans l’Ordre des Capucins. Il utilisa ses grands dons oratoires
pour exhorter les fidèles à une vie sainte et pour ramener les hérétiques à la connaissance de la vérité.
Disciple de saint François, il aima beaucoup la pauvreté. Dur pour lui-même, il était toute charité pour les
autres. “ Il les entourait comme une mère entoure ses enfants ”. Une peste ayant éclaté dans l’armée
autrichienne, il s’occupa de tous les besoins spirituels et corporels des soldats et mérita le beau nom de “ père
de la patrie ”. Il avait une grande dévotion envers la Mère de Dieu. Dans sa confiance en son intercession et
en celle des autres saints, il demandait souvent à Dieu de pouvoir offrir sa vie et son sang pour
l’affermissement de la foi catholique. Supérieur de la mission pour la conversion de la Rhétie (canton des

128
Grisons), il subit la glorieuse mort des martyrs et consacra ainsi dans son sang les prémices du martyre dans
son Ordre (1622).
Pratique
Notre saint fut fidèle jusqu’à la mort, fidèle au service du Christ, ferme dans sa foi et dans sa charité. Son
nom était un programme de vie. Qu’il le soit pour nous aujourd’hui !

2. La messe Protexisti

La messe est du commun d’un martyr au temps pascal. C’est la première fois que nous rencontrons une
messe du commun sans texte propre (Voir l’explication à l’Appendice).

25 AVRIL
SAINT MARC, ÉVANGÉLISTE
double de 2ème classe

Lève-toi, Seigneur, aide-nous et délivre-nous à cause, de ton nom

1. Litanies Majeures

L’Église romaine compte encore aujourd’hui quatre jours de prières : les grandes litanies, le 25 avril
(procession de la Saint-Marc), et les petites litanies, les trois jours qui précèdent l’Ascension (les Rogations).
Ce sont des jours que l’Église consacre à la prière ininterrompue, afin d’implorer la miséricorde de Dieu
dans tous les besoins temporels et spirituels, et particulièrement pour obtenir sa bénédiction sur les fruits de
la terre.
Dans l’ancienne Église, ces jours de prière étaient souvent prescrits. Tantôt, ils étaient réguliers et revenaient
tous les ans ; tantôt, ils étaient extraordinaires et on les prescrivait pour des besoins particuliers, par exemple
pour détourner la peste. Les grandes litanies remontent à l’époque qui précéda saint Grégoire 1er (vers 600).
Ce pape en fixe la date au 25 avril, jour qui, d’après la tradition, était celui où saint Pierre vint pour la
première fois à Rome. Il institua l’église de Saint-Pierre comme église de station. La Rome païenne célébrait
ce jour-là les robigalia, processions en l’honneur du dieu Rubigus, invoqué contre la rouille des blés. Les
litanies se substituèrent à ces fêtes. La fête de saint Marc n’a aucune relation avec les grandes litanies ; elle
ne fut assignée que plus tard au 25 avril. C’est pourquoi la procession a lieu le 25 avril, même quand la fête
de saint Marc doit être transférée à un autre jour.
La cérémonie consiste dans la procession des litanies et l’office de station qui suit. Dans la procession, nous
avons un dernier reste des processions de station que les chrétiens de jadis aimaient tant et qu’ils faisaient
presque quotidiennement pendant le Carême et la semaine de Pâque. Ils se rassemblaient dans une église,
dite église de réunion ecclesia collecta – c’est de là que vient le nom de l’oraison dite collecte. De là, ils se
rendaient en procession avec l’évêque et le clergé dans une autre église ; en chemin, ils récitaient les litanies
des saints avec le Kyrie eleison. La seconde église s’appelait église de station statio. C’est là qu’on célébrait
la sainte messe.
Les quatre jours de litanies nous ont conservé cet usage vénérable qui doit nous être cher. En effet, nous ne
devons pas seulement prier instamment, mais en communauté. A cette prière instante et commune le Christ a
promis la force et le succès. A la procession, on chante les antiques litanies des saints dans lesquelles nous
implorons pour tous nos besoins l’intercession de toute l’Église triomphante. Les oraisons terminales des
litanies sont très belles et très édifiantes.

2. La messe de station Exaudivit

La messe de station nous offre dans toutes ses parties la promesse consolante que notre prière persévérante
sera exaucée, et elle nous donne dans l’Eucharistie le gage du succès de cette prière.
L’Introït nous donne la joyeuse assurance que nos prières seront exaucées par Dieu, qu’elles trouveront “
accès ” auprès de lui Introivit – Introitus.

129
Dans l’Épître, saint Jacques, qui a tant prié, qui, à force de prier, avait des durillons aux genoux, nous dit que
“ la prière d’un juste peut beaucoup ”. L’exemple d’Élie doit affermir notre confiance. Mais l’Épître parle
aussi de pénitence.
A l’Évangile, le Seigneur lui-même nous instruit de la puissance que possède une prière persévérante.
L’Évangile forme comme un triptyque. Au centre, la parole divine, si consolante : “ Demandez et vous
recevrez. ” De chaque côté, deux images : l’ami importun et l’enfant qui demande, ou bien : l’ami qui donne
à contre-cœur et le père plein de sollicitude. L’Évangile se réalise au Saint-Sacrifice. Nous sommes les
enfants qui demandent, les amis qui frappent à la porte du Père céleste, à la porte du divin ami qui est loin de
se montrer importuné, à la porte de notre frère Jésus-Christ, et nous recevons le “ pain ” divin, gage des dons
éternels.
A l’Offertoire, nous remercions déjà Dieu par avance d’avoir exaucé notre prière, surtout en ce qui concerne
les besoins de notre âme.
A la Communion, nous entendons encore une fois le Seigneur nous exhorter à la prière persévérante et,
comme gage du succès de cette prière, le divin “ ami ” nous donne le “ pain ” du ciel que nous demandons, le
“ Père ” céleste donne à ses enfants le pain de la grâce.

3. Saint Marc

L’Église a donné un rang élevé à la fête de ce saint parce qu’il est l’auteur du second évangile. Saint
Marc nous a fait un présent dont nous devons lui être toujours reconnaissants.
Jean Marc, appelé plus tard simplement Marc, l’auteur du second évangile, était Juif de naissance. Sa
mère s’appelait Marie (Act. Ap., XII, 12). Marie était la propriétaire du Cénacle, la salle de la Cène, qui fut le
lieu de réunion de l’Église naissante de Jérusalem. Au moment de la mort du Seigneur, Marc n’était encore
qu’un jeune homme. Il semble que le jeune homme qui assistait à l’arrestation de Jésus et qui échappa aux
gardes en laissant son manteau entre leurs mains (Marc XIV, 31) n’était autre que Marc. “ Le peintre a placé
son monogramme dans un coin sombre du tableau ”. Dans les années suivantes, le jeune homme, qui
devenait un homme, aura suivi, dans la maison de sa mère ; la croissance de la jeune Église, il aura recueilli
toutes les traditions qu’il sut utiliser dans la rédaction de son évangile. Plus tard, nous voyons Marc
accompagner Barnabé qui était son cousin, ainsi que Paul, à Antioche et, peu de temps après, dans le premier
voyage de mission (Act. Ap., XI, 30 ; XII, 25 ; XII, 5). Mais il n’était pas de taille à supporter les fatigues
d’un tel voyage ; à Pergé, en Pamphilie, il quitta ses compagnons et s’en revint. Quand les deux Apôtres
entreprirent leur second voyage, Barnabé voulut emmener son cousin. Paul s’y refusa et renonça à la
compagnie de Barnabé. Barnabé s’en alla avec Marc évangéliser Chypre. Plus tard, les relations entre Paul et
Marc devinrent plus intimes. Dans sa première captivité romaine (61-63), Marc lui rendit de grands services
(Col. IV, 10 ; Philem. 24), et l’Apôtre se mit à l’apprécier. Dans sa seconde captivité, il le réclama (II Tim.,
IV, II). Marc eut des relations particulièrement amicales avec saint Pierre ; il fut son disciple, son
compagnon, son interprète. D’après la tradition unanime des Pères, il était présent à Rome pendant la
prédication de Pierre, et c’est sous l’influence du prince des Apôtres qu’il composa son évangile. Aussi les
passages où il est question de Pierre sont très développés (par ex. le grand jour de Capharnaüm I, 14 sq.). Sur
ce qui concerne la fin de la vie de Marc, on a peu de renseignements. Il est certain qu’il fut évêque
d’Alexandrie, en Égypte, et y subit le martyre. Ses reliques furent transportées d’Alexandrie à Venise où elles
ont trouvé, dans la cathédrale de Saint-Marc, un magnifique tombeau.
L’évangile de saint Marc est, il est vrai, le plus court des quatre et est assez peu utilisé dans la
liturgie. Cependant il a aussi ses avantages. C’est avant tout l’évangile romain. Il a été composé à Rome et
est adressé à la chrétienté romaine ou, pour mieux dire, à la chrétienté occidentale. Un autre avantage, c’est
qu’il expose la vie du Seigneur dans l’ordre chronologique et il est bien certain que nous tenons à connaître
les événements de la vie du Seigneur dans leur succession historique. En outre, Marc est un miniaturiste.
Souvent, d’un mot, d’une addition, il donne à une scène déjà connue une nouvelle lumière. Cet évangile est
l’évangile de Pierre. Il est certain qu’il a été rédigé avec la collaboration et sous la surveillance du prince des
Apôtres. “ L’évangéliste Marc a comme symbole le lion parce qu’il commence par le désert : Voix de celui
qui crie dans le désert : Préparez les voies du Seigneur ; ou bien parce que le Seigneur règne comme un Roi
invincible” (c’est ce que l’évêque explique aux catéchumènes le mercredi après le quatrième dimanche de
Carême).

130
4. La messe protexisti

La messe est composée de parties du commun des martyrs au temps pascal et de parties du commun des
évangélistes. A l’Introït, nous entendons le saint martyr chanter son cantique d’action de grâces : “ Dieu m’a
protégé dans le martyre ”. Le psaume 63 chante sa victoire sur ses ennemis. La leçon et l’Évangile sont
choisis en considération de l’évangéliste et du disciple. Ézéchiel voit les quatre Chérubins sous quatre
aspects différents. Cette quadruple forme est interprétée par les saints Pères comme le symbole des quatre
évangélistes ; Marc a le symbole du lion. L’Évangile raconte l’envoi des 72 disciples. Le Seigneur
recommande à tous ses disciples – et nous le sommes, nous aussi – de restreindre leurs besoins et d’avoir le
zèle des âmes.

26 AVRIL
SAINT CLET ET SAINT MARCELLIN, PAPES ET MARTYRS
semi-double

L’Église nous crie : “ Filles de Jérusalem, venez et voyez les martyrs avec leurs couronnes ;
le Seigneur les en a couronnés dans un jour de solennité et de joie, Alléluia, Alléluia. ”

1. Saint Clet

Clet, d’après saint Irénée, est le même que saint Anaclet qui fut pape entre saint Lin et saint Clément (78-90).
Il connut encore des disciples de saint Pierre et de saint Paul. Nous savons à son sujet qu’il orna les
tombeaux des princes des Apôtres. Il aurait été le premier à se servir dans ses lettres de ces mots : Salut et
bénédiction Apostolique. Il reçut la couronne du martyre sous l’empereur Domitien et fut enterré au Vatican
près de saint Pierre.

2. Saint Marcellin

Il gouverna l’Église (260-304) pendant la persécution de Dioclétien. Avec une sage prévoyance, il fit
construire dans les catacombes de vastes chambres qui servirent pour la célébration du culte pendant les
persécutions. Une de ces chambres dans le cimetière de saint Callixte a été conservée en souvenir du saint
pape. On affirmait autrefois (sans doute à tort) que ce pape, au temps de la persécution, avait brûlé de
l’encens devant les idoles, mais qu’il avait racheté cette faiblesse par un glorieux martyre. Son tombeau se
trouvait dans la catacombe de Priscille où il était très honoré.
Pratique
Saint Marcellin fit construire de vastes chambres pour la célébration du culte liturgique, des salles cachées et
souterraines. Cela nous fait penser aux églises provisoires des missions. Transportons-nous par la pensée au
milieu de la communauté liturgique dans ces églises de fortune.

3. La messe Si diligis

Messe du commun des Souverains Pontifes, avec les oraisons au pluriel. Se reporter à l’explication de la
messe des saints Soter et Caïus, le 22 avril.

131
27 AVRIL
SAINT PIERRE CANISIUS, CONFESSEUR ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE
double

Veillons à l’enseignement catholique de nos enfants

1. Saint Pierre

Jour de mort : 21 décembre 1597. Tombeau : dans l’église du collège Saint-Michel à Fribourg, en Suisse.
Image : On le représente en Jésuite, avec son catéchisme à la main. Vie : Ce saint est considéré comme le
second apôtre de l’Allemagne. Il fut le premier Jésuite allemand (il naquit à Nimègue). Il travailla sans
relâche, par ses prédications, ses écrits et ses lettres, au rétablissement et à l’affermissement de la foi
catholique en Allemagne, en Suisse, en Autriche. Il est surtout célèbre par son catéchisme qui, aujourd’hui
encore, est à la base de tous les catéchismes scolaires allemands. C’est à cause de ce catéchisme que saint
Pierre Canisius a été élevé à la dignité de docteur de l’Église.
Pratique
Le catéchisme que le saint nous présente nous suggère deux résolutions : celle d’approfondir de plus en plus
la doctrine chrétienne – il ne serait pas superflu, même pour des grandes personnes, d’étudier le catéchisme--
et puis celle d’enseigner le catéchisme aux autres.

2. La messe In medio

La messe, dans son ensemble, est empruntée au Commun des docteurs In medio avec quelques changements.
Dans l’oraison, nous demandons le retour des hérétiques à la foi : “ Faites que, par ses exemples et ses
leçons, les cœurs des hérétiques viennent à de meilleurs sentiments et au salut ”. Le plan pastoral de saint
Paul fut aussi celui de saint Pierre Canisius : “ Je me suis fait tout à tous pour les sauver tous” (All.). Son
enseignement catéchistique trouve un écho dans ces paroles : “ Venez, enfants, écoutez-moi, c’est la crainte
du Seigneur que je veux vous enseigner ” (Off.). A la communion, l’Église chante : “ Vous puiserez de l’eau
avec joie aux sources du Sauveur ”. Saint Pierre Canisius nous a souvent ouvert ces sources et elles coulent
abondamment dans la Sainte Eucharistie.

28 AVRIL
SAINT PAUL DE LA CROIX, CONFESSEUR
Double
SAINT VITAL, MARTYR

Avec le Christ, je suis attaché à la Croix

1. Saint Paul

Jour de mort : 18 octobre 1775. Tombeau : à Rome, dans l’Église de Saint-Jean et Saint-Paul, sur les flancs
du Coelius. Image : On le représente comme Passioniste, avec les instruments de la Passion. Vie : Le saint
naquit en Italie (en 1693). Il eut dès sa jeunesse une grande dévotion pour le Sauveur crucifié, dont il fit
l’objet de ses longues et fréquentes méditations. Il mortifiait son corps indocile par les veilles, la discipline et
le jeûne. Chaque vendredi, il prenait comme boisson un mélange de vinaigre et de fiel. Dans son désir du
martyre, il voulut se joindre à l’expédition que les Vénitiens entreprenaient contre les Turcs. Il reconnut
cependant que telle n’était pas la volonté de Dieu. Il renonça aux armes pour se consacrer de toute son âme à
un autre combat pour la défense de l’Église et le salut des âmes. Ordonné prêtre, il fonda la congrégation des
Passionistes, dont le but était la méditation de la Passion et la conversion des pécheurs par des sermons de
pénitence sur la Passion du Seigneur. Il avait un grand zèle des âmes et ses sermons eurent beaucoup de
succès. Il mourut dans un âge avancé, le 18 octobre 1775. Son corps repose dans l’église de Saint-Jean et

132
Saint-Paul, sur les flancs du Coelius. Cette église est encore celle de la curie généralice de l’Ordre. Cet Ordre
a connu une grande diffusion et fait beaucoup de bien.
Pratique
Quand saint Paul de la Croix célébrait la messe, il ne pouvait s’empêcher de verser des larmes d’amour
compatissant. Lui aussi nous enseigne cette grande vérité que c’est par la liturgie qu’on rend à la Passion du
Christ le culte le plus grand et le plus continuel. Chaque chrétien doit traduire dans sa vie son amour pour le
Crucifié.

2. Saint Vital

Il était le compagnon de saint Agricola. Il vint à Ravenne au moment où le médecin Ursicinus, qui avait été
condamné à mort à cause de la foi chrétienne, était conduit au supplice. Remarquant qu’Ursicinus, à cause
des tortures effroyables, allait être ébranlé dans sa fermeté, il lui cria : “Ursicinus, tu en as guéri d’autres,
prends bien garde de ne pas blesser mortellement ton âme ”. Encouragé par cette adjuration, Ursicinus reçut
avec joie la couronne du martyre. Vital fut à son tour arrêté et torturé, puis jeté dans une fosse profonde où il
mourut (vers 70). Les corps des saints martyrs Vital et Agricola furent découverts à Bologne en 393. Saint
Ambroise assistait à la translation ; il réserva quelques reliques pour Florence. A Ravenne, l’empereur
Justinien éleva la magnifique Église qui subsiste toujours et qui est riche en mosaïques intéressantes du point
de vue liturgique. Rome possède aussi une église de station dédiée aux Saints martyrs (vendredi après le
deuxième dimanche de Carême).

3. La messe Christo confixus

La messe est composée spécialement en considération de la vie du saint ; c’est une louange de la mystique
dont le Christ est le centre, une louange de l’amour de la Croix. La messe commence par les célèbres paroles
de saint Paul : “ Avec le Christ je suis attaché à la croix ; je vis, mais ce n’est plus “ moi” qui vis, c’est le
Christ qui vit en moi. ”. Le verset du psaume chante le zèle du saint pour les âmes. Ces deux pensées, amour
de la Croix et zèle des âmes, sont aussi exprimées dans l’Épître : “ Si nous souffrons avec lui, nous serons
glorifiés avec lui” (Allel.).
Dans l’Évangile, nous voyons dans le saint un successeur des 72 disciples que le Seigneur envoie dans la
pauvreté et en leur recommandant de limiter leurs besoins.
Les chants choisis pour les deux processions eucharistiques sont d’une grande beauté. l’Offertoire, nous
entrons dans la mort du Seigneur qui s’est livré pour nous comme oblation et hostie. A la Communion, nous
prenons part Communicantes - Communion à la Passion du Christ et, par avance, à la glorification.

29 AVRIL
SAINT PIERRE, MARTYR
double

Le martyr du Credo

1. Saint Pierre

Jour de mort : 6 avril 1252. Tombeau : dans l’église Saint-Eustorgius, à Milan. Image : On le représente en
Dominicain, avec une large blessure à la tête et tenant une épée. Vie : Saint Pierre, martyr, né à Vérone, vers
1205, de parents hérétiques, entra dans l’ordre dominicain l’année de la mort de saint Dominique (1221). Il
fut un zélé prédicateur ; il convertit beaucoup d’hérétiques et mourut martyr. Comme il n’était encore qu’un
enfant de sept ans et fréquentait l’école, son oncle qui était hérétique lui demanda un jour ce qu’on lui
apprenait. L’enfant répondit hardiment : Le symbole des Apôtres. Ni les flatteries, ni les menaces de son père
ou de son oncle ne purent ébranler la fermeté de sa foi. Près de mourir, il récita encore le symbole des
Apôtres que, dans son enfance, il avait professé avec tant de courage. Il reçut immédiatement un nouveau
coup de poignard et c’est ainsi qu’il conquit la couronne du martyre, en 1252.

133
Pratique
Saint Pierre, martyr, que nous célébrons, aujourd’hui, aurait écrit sur le sol, avec le sang de ses blessures, le
mot Credo. Que la profession de notre foi soit notre sauvegarde dans la vie et dans la mort ! Nous devrions,
de temps en temps, méditer un article du Credo. Récitons-nous notre Credo ? Récitons-le avec une ferveur
particulière pendant la messe en songeant que, pour chaque mot, du sang de martyr a coulé. Que le Credo, à
chaque messe du dimanche, soit notre martyre (c’est-à-dire notre témoignage) !
La messe est du commun des martyrs pendant le temps pascal. (Voir explication dans l'Appendice)

30 AVRIL
SAINTE CATHERINE DE SIENNE, VIERGE
double

Voici que vient l’Époux, allez au devant du Christ, le Seigneur

1. Sainte Catherine

Jour de mort : 29 avril 1380. Tombeau : Dans l’église de Sainte-Marie sopra Minerva, à Rome. Image :On la
représente en Dominicaine, avec la croix sur le bras et aussi avec la couronne d’épines. Vie :Catherine naquit
à Sienne, le 25 mars 1347. Elle était la dernière d’une famille de 25 enfants. Dans sa jeunesse, elle eut
beaucoup à souffrir de la part de ses parents. Elle était leur enfant préférée et ils voulaient la marier ; mais la
jeune fille avait déjà fait le vœu de virginité. Elle coupa sa merveilleuse chevelure d’un brun doré. Pour
briser sa résistance, on la mit en service et on l’obligea d’accomplir les offices les plus humbles. Enfin,
vaincus par sa patience, ses parents cédèrent et elle fut reçue dans le tiers-Ordre dominicain. Sa
mortification, sa puissance de thaumaturge et ses extases dépassèrent tout ce qu’on peut imaginer. La
renommée de sa sainteté ne tarda pas à se répandre. Des milliers de personnes se pressèrent autour d’elle
pour la voir, pour l’entendre, pour trouver auprès d’elle la grâce de la conversion. Les prêtres de son
entourage, munis de pouvoirs extraordinaires pour l’absolution, ne pouvaient suffire à entendre les
confessions. Elle aidait et consolait dans tous les besoins. Bientôt, elle dut s’occuper des grands intérêts du
monde et de l’Église. Elle fut une médiatrice de paix entre les princes ; les princes de l’Église et les grands
du monde s’inclinaient devant ses paroles. Elle arracha l’Italie à l’antipape, détermina les princes et les
cardinaux à reconnaître le pape légitime. Elle fit le voyage d’Avignon et décida le pape Grégoire IX à revenir
à Rome. Ce fut une des femmes les plus illustres du Moyen Age, bien qu’elle soit morte à 33 ans. Le Christ,
son Époux, lui avait donné un merveilleux anneau de fiançailles qui n’était visible que pour elle seule.

La messe Dilexisti
Elle est la belle messe de fiançailles. V. fête de Ste Scholastique (11 février).

134
1ER MAI
SAINT PHILIPPE ET SAINT JACQUES
double de 2ème classe

Je suis la voie, la vérité, la vie

Le premier mai est dans beaucoup de pays la fête du travail. La plupart des métiers, ainsi que les écoles,
célèbrent cette fête. Ce jour doit être pour nous, chrétiens, un jour de fête religieuse. Nous avons pour cela
deux motifs : C’est aujourd’hui le premier jour du “ mois le plus beau ” qui, pour les chrétiens, est le “ mois
de Marie ”. Aujourd’hui aussi est une fête d’Apôtres et ces jours, dans l’Église, sont toujours célébrés avec
solennité. Jadis, c’était un jour de fête d’obligation. Nous célébrons aujourd’hui deux Apôtres : saint Philippe
et saint Jacques le Mineur.

1. L’Apôtre saint Philippe fut un des premiers disciples du Christ.

Il fut appelé peu de temps après le baptême du Seigneur dans le Jourdain. Lisons le passage dans l’Évangile
de saint Jean : “ Le jour suivant, Jésus voulut se rendre en Galilée. Alors, il rencontra Philippe et lui dit : “
Suis-moi ”. Philippe était originaire de Bethsaïde, le pays d’André et de Pierre. Philippe rencontra Nathanaël
et lui dit : “ Nous avons rencontré celui dont Moïse dans la Loi et les Prophètes ont parlé : Jésus, le fils de
Joseph de Nazareth ”. Nathanaël lui répondit : “De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? ” – “ Viens
et vois ”, lui répondit Philippe ”.
Au sujet de saint Jacques le Mineur, nous avons plus de renseignements. Il est appelé le “ frère du Seigneur
”, c’est-à-dire qu’il était son cousin. Il vécut dans une pénitence stricte. On raconte de lui qu’il ne se coupa
jamais les cheveux, n’usa jamais d’huile à oindre ni de bains. Il priait tellement qu’il avait des callosités aux
genoux, comme une “ peau de chameau ”. Les Juifs eux-mêmes honoraient sa sainteté et il reçut
l’autorisation de pénétrer dans le “ saint ” du temple, ce qui n’était accordé qu’aux prêtres. Après
l’Ascension, il fut établi par les Apôtres premier évêque de Jérusalem. Au concile de Jérusalem sa voix fut
décisive. A l’âge de 96 ans, après avoir saintement gouverné l’Église de Jérusalem pendant 30 ans, il fut
lapidé par les Juifs qui le portèrent ensuite sur le pinacle du temple d’où ils le précipitèrent. Tombé, les
jambes brisées et à demi mort, il leva les mains vers le ciel et pria pour le salut de ses persécuteurs en disant :
“Seigneur, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ”. Pendant cette prière, un foulon l’acheva en lui
donnant un coup de son fouloir sur la tête. L’Eglise conserve de cet Apôtre un souvenir vénérable : son
Epître, qui est aussi pieuse que pratique.
Les reliques des deux Apôtres se trouvent dans l’église des Douze Apôtres à Rome. En 1873, on trouva sous
le maître autel l’antique reliquaire que le pape Jean III (560-573) y avait déposé au moment de la
consécration de cette église. Le reliquaire ne contient que des petites parcelles d’os. – A l’origine, on
célébrait aujourd’hui saint Jacques le Majeur et non saint Jacques le Mineur. On sait que saint Jacques le
Majeur fut martyrisé au temps de Pâques. De même, on ne célébrait pas l’Apôtre Philippe, mais le diacre
Philippe qui fut célèbre par ses travaux d’évangélisation.

2. La messe Clamaverunt

Cette messe a été composée pour la dédicace de l’Eglise des Apôtres. Elle tient compte en partie des
circonstances extérieures du moment. La ville de Rome avait été arrachée par Narsès au pouvoir du roi des
Goths, Totila. Les malheurs de l’invasion et la joie qui suivit la délivrance trouvent leur écho dans l’Introït.
La plupart des textes sont propres (quelques-uns seulement sont empruntés au commun des martyrs du tempo
pascal : Leçon, All. Off.). L’Évangile est tiré du discours d’adieu de Jésus dans saint Jean. La raison, c’est
que Philippe y fait une question au Seigneur. Au reste, ce passage convient très bien au temps pascal.
Essayons de célébrer la messe sous la conduite des deux Apôtres. Pendant l’avant-messe, ils sont nos
guides ; ils nous aident à entrer dans le saint sacrifice. La communauté chrétienne pénètre dans l’église
précédée des deux Apôtres. Ce sont des guides expérimentés ; ils ont trouvé jadis le chemin qui mène au
Christ. En nous rendant à la messe, disons aujourd’hui : “ Dans leur besoin, ils ont crié vers toi, Seigneur, et
tu les as exaucés du haut du ciel ” (Intr.). C’est la route qui conduit au royaume de Dieu sur la terre ; nous y
rencontrons sans cesse la souffrance et la croix, mais cette route nous conduit à la victoire, au terme bien

135
heureux. Le chemin est dur. Parfois il nous semble que nous allons succomber sous le poids de la croix.
Continuons néanmoins de suivre les traces des Apôtres ; c’est la véritable voie.
L’oraison nous parle directement des deux saints Apôtres : on prononce leurs noms ; l’Église étend les
mains ; les saints sont devant nous. Que demande l’Église pour nous ? Elle demande que l’œuvre de la
Rédemption pénètre profondément nos âmes ; Les Apôtres sont, dans cette oraison, nos intercesseurs.
Dans les deux lectures, ils sont nos prédicateurs. La leçon nous présente les mêmes pensées que l’Introït. Sur
la terre, de durs combats attendent les élus. Comme les Apôtres étaient méprisés ici-bas ! Or, ils sont
maintenant des princes, des élus de Dieu. A l’Évangile, les deux Apôtres sont là, le Christ est au milieu
d’eux. Quels beaux accents n’a pas le discours d’adieu, au temps pascal ! Jésus prend congé de son Église
avant de monter au ciel. Le Sauveur s’attendrit ; il nous console. Il reviendra, nous dit-il, il va nous préparer
une place, il viendra nous cherche ; afin que nous soyons là où il est. Nous ne devons pas être tristes au
milieu des détresses terrestres ; notre patrie est là-haut. Jésus lui-même prépare pour nous la maison
paternelle. Il nous indique le but, il nous indique le chemin. Les Apôtres accablés de chagrin ne connaissent
ni le but ni le chemin. Jésus les leur indique avec bonté : Je suis la voie et par conséquent la vérité et la vie.
Quelle grande parole ! Le Christ est notre tout. Il doit être le centre de notre vie religieuse. Tel est le véritable
chemin qui mène au ciel. C’est pourquoi rassemblons-nous autour de lui à la messe. Là, il est notre voie dans
sa doctrine et ses commandements, notre vérité dans l’Évangile, notre vie dans sa sainte Eucharistie. Le
Christ nous communique encore une grande vérité. Il est Dieu, le Fils consubstantiel de Dieu. Le Père est en
lui et il est dans le Père. Qui voit le Sauveur voit le Père. Il est la plus haute manifestation de Dieu. Au saint
sacrifice, le Christ est présent sur l’autel et dans le Christ est le Père. Dieu est tout près de nous. Voilà ce que
nous disent les Apôtres, après le Christ lui-même ; ils sont nos prédicateurs.
Nous entrons maintenant dans le sacrifice du Christ. C’est aussi notre sacrifice. Nous devons l’offrir avec le
Seigneur. C’est pourquoi nous avançons solennellement vers l’autel sous la conduite des deux Apôtres au
moment de l’Offrande. Les Apôtres déposent sur l’autel leur vie remplie de mérites : leurs joies, leurs peines,
leurs soucis de pasteurs. Comme l’aigle qui entraîne ses petits vers le soleil, les deux Apôtres nous appellent
vers l’autel et nous invitent à y déposer les modestes sacrifices de notre vie’. Ils unissent notre offrande à la
leur. Telle était la tâche des deux saints. Maintenant, ils s’écartent respectueusement ; ils se tiennent devant
l’Agneau qui est immolé tout en restant toujours vivant. Ils offrent avec nous le Saint-Sacrifice. Nous
formons une grande unité dans le Christ. Les fidèles, avec les Apôtres et les saints qui les entourent, sont le
corps mystique du Christ. Au centre se tient le Sauveur Eucharistique.
Quand nous nous approchons de nouveau de l’autel pour cueillir les fruits de l’arbre de la Croix, les saints se
tiennent devant nous et nous conduisent à la table du Seigneur. C’est pourquoi l’antienne de la Communion
est toujours en étroite relation avec le saint du jour. A la Postcommunion, nous demandons de conserver les
fruits salutaires du Saint-Sacrifice pour mener une vie chrétienne vertueuse.
Après la messe, les saints continuent de nous accompagner, pendant le jour, dans toutes nos voies, dans le
travail, la peine et la joie.

2 MAI
SAINT ATHANASE, ÉVÊQUE ET DOCTEUR DE L’EGLISE
double

Si l’on vous poursuit dans une ville, fuyez dans l’autre

1. Saint Athanase

Jour de mort : 2 mai 373. Tombeau : Actuellement dans l’église de Sainte-Croix, à Venise. Image : On le
représente en évêque grec, avec un livre à la main. Vie : Nous sommes en présence d’un héros de la foi, né
vers 295. Sans doute il ne fut pas martyr, mais sa vie fut un martyre au vrai sens du mot. Athanase le Grand,
le père de l’orthodoxie (de la vraie foi), mena le combat de l’Église contre l’arianisme – une hérésie qui niait
la divinité du Christ. Jeune diacre, il avait déjà été, au Concile de Nicée (325), le “ plus intrépide champion
contre les Ariens et le principal soutien de la foi de l’Église ”. A la mort de son évêque (328) “ tout le peuple
de l’Église catholique se réunit comme un corps et une âme et cria, à mainte reprise, qu’Athanase devait être

136
évêque. C’était d’ailleurs le désir de l’évêque Alexandre, à son lit de mort. Tout le monde appelait Athanase
un homme vertueux et saint, un chrétien, un ascète, un véritable évêque ” ; Ce fut alors un combat de 50 ans.
Sous cinq empereurs différents, le saint évêque fut exilé cinq fois. Au prix de ces épreuves incessantes, il
rendit témoignage à la vérité de la foi catholique. Jamais son attachement à l’Église ne fut ébranlé ; jamais
son courage ne faiblit. Au milieu des horribles calomnies et des terribles persécutions dont il était l’objet, il
trouva sa principale consolation dans l’amour indéfectible du peuple catholique. Mais la haine des Ariens
était implacable. Pour échapper à leur rage et au péril continuel de mort, il dut se cacher pendant cinq ans
dans une citerne desséchée. Seul un ami fidèle connaissait sa retraite et lui apportait de la nourriture. Mais
quand il fuyait devant ses persécuteurs, Dieu le protégeait visiblement. Un jour que les satellites de
l’empereur le poursuivaient pour le tuer, il tourna son bateau, lui fit remonter le courant et alla ainsi à la
rencontre de ceux qui le poursuivaient. Les soldats lui demandèrent si Athanase était loin. Il répondit
bravement : Il n’est pas loin d’ici. Les soldats continuèrent la poursuite dans le sens opposé et le saint gagna
du temps pour se mettre en sûreté. Il échappa ainsi à plusieurs dangers par la protection divine. Il mourut
enfin à Alexandrie, dans son lit, sous le règne de l’empereur Valens (373). Saint Athanase laissa plusieurs
écrits remarquables tant pour l’édification des fidèles que pour la défense de la foi catholique. Il avait
gouverné l’Église d’Alexandrie pendant 46 ans.

2. La messe In medio

La messe décrit, dans ses différentes parties, la vie mouvementée du grand évêque. A l’Introït, le saint
docteur se tient “ au milieu” de nous et nous prêche la parole de Dieu. Dans l’Epître, saint Athanase nous
dépeint, en empruntant les mots de l’Apôtre des nations, les fatigues et les peines qu’il a endurées pour
l’Évangile du Seigneur : “ Nous portons toujours la mort du Christ dans notre corps afin que la vie de Jésus
se manifeste en nous ”. L’Alleluia chante sa dignité sacerdotale qui est un reflet du sacerdoce suprême du
Christ. “ Si l’on vous persécute dans une ville, fuyez dans une autre ” ; ces paroles de l’Évangile, le saint
docteur les a réalisées. Sa vie fut un enchaînement de fuites et de bannissements. Mais le saint trouva dans la
visite intime du Seigneur, dans l’Eucharistie, la consolation et la force. Il doit en être de même pour nous
(Comm.).

3 MAI
INVENTION DE LA SAINTE CROIX
double de 2ème classe
SAINT ALEXANDRE ET SES COMPAGNONS, MARTYRS

De même que Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi le Fils de l’Homme doit être élevé.

1. Invention de la Sainte Croix

Après la brillante victoire que l’empereur Constantin avait remportée sur son adversaire, grâce à la croix
parue dans le ciel (313), l’impératrice sainte Hélène se rendit à Jérusalem pour rechercher la vraie Croix du
Christ. On raconte que les païens avaient mis à l’endroit où s’élevait la Croix une statue en marbre de la
déesse Vénus. Quand on eut nettoyé l’emplacement de la Croix, on trouva, profondément enfoncées en terre,
trois croix et, non loin, l’inscription qui avait été placée sur la Croix du Christ. Mais il était impossible de
savoir sur laquelle des trois croix avait été placée l’inscription. Un miracle trancha la question. Macaire, qui
était alors évêque de Jérusalem, adressa à Dieu de ferventes prières, puis il toucha avec chacune des trois
croix une femme gravement malade. Les deux premières croix ne lui procurèrent aucun soulagement, mais,
dès que la troisième l’eut touchée, elle fut guérie sur-le-champ. Après la découverte de la Croix salutaire,
Hélène fit construire, à cet endroit, une magnifique basilique dans laquelle elle laissa un morceau de la Croix
renfermé dans un reliquaire d’argent ; elle en envoya une autre partie à son fils Constantin ; cette partie fut
déposée dans l’église de Sainte-Croix de Jérusalem, à Rome. Elle apporta aussi à son fils les clous avec
lesquels le saint corps du Christ avait été attaché à la Croix. C’est à cette époque que Constantin défendit, par
une loi, d’infliger le supplice de la croix. Ainsi la croix, qui auparavant était pour les hommes un opprobre et

137
une dérision, devint un objet de vénération et de gloire.
Nous fêtons aujourd’hui le souvenir de cette découverte merveilleuse de la Croix. Le bois de la Croix qui a
été l’instrument de notre Rédemption, qui a été sanctifié par le contact des membres du Christ et par son sang
précieux, mérite le culte le plus élevé parmi toutes les reliques. L’Église célèbre volontiers cette fête pendant
le temps pascal parce que c’est sur la Croix que le Christ a remporté sa victoire. Aujourd’hui, la Croix ne
nous apparaît pas comme un instrument de supplice, mais comme un signe de victoire dans l’éclat de Pâques.
La Croix et la Résurrection se complètent ; l’une ne peut pas exister sans l’autre. Le Christ, durant sa vie
terrestre, parle toujours de sa Résurrection quand il annonce ses souffrances. L’Église fait de même pendant
le Carême et le temps de la Passion. Sans cesse la joie pascale traverse les douleurs de la Passion. Par contre,
pendant le temps pascal, l’Église a continuellement la Croix devant les yeux. Ce qui est caractéristique, c’est
la commémoration de la Croix que l’on doit faire, pendant tout le temps pascal, aux féries et aux fêtes de
degré moindre, le matin et le soir. Voici cette antienne :
Ant. Le Crucifié est ressuscité des morts et noua a rachetés, Alleluia, Alleluia. V/. Annoncez à tous les
peuples, Alleluia. R/. Que le Seigneur règne par le bois, Alleluia.
Prions
O Dieu, qui as voulu que ton Fils subisse le supplice de la Croix pour anéantir la puissance de l’ennemi, fais
que nous, tes serviteurs, nous obtenions la grâce de la Résurrection. Par le Christ, Notre Seigneur. Amen.
Telle est l’oraison. Elle nous fait comprendre que la fête de la Croix a sa place, conformément à l’esprit de la
liturgie, dans le temps pascal. L’Église arbore la Croix dans la gloire lumineuse de Pâques.

2. La messe

La messe célèbre l’“ exaltation” du Christ et de la chrétienté par la Croix – Jadis, on célébrait aujourd’hui la
fête de l’Exaltation de la Sainte Croix, c’est-à-dire du recouvrement de la Croix. Dans la Croix se trouvent “
salut, vie et résurrection” (Intr.). Par son obéissance jusqu’à la mort de la Croix, le Christ a été “ élevé” et
tout genou doit ployer devant lui. De même nous pouvons, par l’humilité et l’abaissement, parvenir à la
gloire (Ép.). Le divin Roi règne, de son trône de la Croix, sur tous les peuples (All.).
Signalons ici un fait intéressant. Le psaume 95 contient le verset suivant : “ Annoncez à tous les peuples que
le Seigneur est Roi ”. Dans l’antiquité chrétienne, on avait coutume d’ajouter : a ligno – par le bois. “ Le
Seigneur règne par le bois ”. C’était une pensée chère à l’Église antique de considérer le Seigneur en Croix
comme un Roi. Aussi la piété chrétienne avait un tendre amour pour la Croix : Aimable bois, aimables clous,
vous supportez un aimable fardeau. ”
A l’Évangile, nous assistons à l’entretien nocturne du Christ avec Nicodème. Le Christ parle des plus
profondes vérités de notre foi : la régénération par le baptême, l’Ascension, l’envoi du Saint-Esprit et surtout
l’“exaltation ” en Croix. De même que Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’Homme
soit élevé afin que quiconque croit en lui ne soit pas perdu, mais ait la vie éternelle. Nous chantons avec joie,
à l’Offertoire, que la main du Seigneur “ nous a élevés ” nous aussi.
La “ vie ” éternelle nous est communiquée au Saint-Sacrifice, dans lequel nous participons
abondamment aux fruits de la Croix. L’Évangile se réalise d’une manière encore plus haute. Comme
Nicodème, nous venons, dans la nuit de la vie terrestre, vers le Christ qui est l’éternelle lumière et nous
recevons de lui non seulement la doctrine, mais encore la grâce de la régénération. Le Christ glorifié nous
fait monter jusqu’au trône de sa Croix. Nous célébrons, à la messe, notre inventio Crucis, nous découvrons la
Croix. Nous y trouvons la “ balance ” statera sur laquelle est le “ trésor ” de notre rançon. Nous cueillons les
fruits de l’arbre de vie ; à l’Ite missa est, nous emportons l’étendard victorieux qui nous guidera dans les
combats de la vie. Nous “ découvrons ” aussi la Croix quand, derrière l’humiliation, nous contemplons la
gloire et le triomphe. Nous “ découvrons ” la Croix quand nous voyons en elle “ salut, vie et résurrection ”,
quand nous la considérons comme une “ élévation” et non comme un abaissement, comme la porteuse de la “
vie” et non de la mort. Ces pensées nous aideront à rendre glorieuses les croix de notre vie.

3. Saint Alexandre et ses compagnons

Alexandre 1er fut le cinquième successeur de saint Pierre. Il mourut en 116. Dans la catacombe qui porte son
nom sur la voie Nomentane, on a trouvé les fragments dune inscription qui le concerne. Remportèrent la
couronne du martyre avec lui les prêtres Eventius et Théodule. Nous commémorons aussi aujourd’hui la
mort de saint Juvénal, évêque de Narni (376). Les reliques des trois premiers se trouvent actuellement dans

138
les églises de SaintePraxède et de Sainte-Sabine à Rome.

4 MAI
SAINTE MONIQUE, VEUVE
double

La gloire des vertus, plus grande que la louange des actes, Vous orne, heureuse mère d’un tel fils
(Epitaphe de la sainte par le consul Bassus)

1. Sainte Monique

Jour de mort : En novembre 387. Tombeau : D’abord dans l’église de Sainte-Auréa à Ostie ; depuis 1430,
dans l’église de Saint-Augustin, à Rome. D’après d’autres, le corps de sainte Monique repose à Arvasia, en
Belgique. Vie : En sainte Monique se manifeste à nous la vie d’une sainte matrone, comme il y en avait tant
dans l’Église ancienne, une de ces matrones dont l’action silencieuse exerçait une influence considérable.
Monique a donné à l’Église de Dieu, par ses prières et ses larmes, le grand saint Augustin. C’est ce qui lui a
conquis une place importante dans l’histoire du royaume de Dieu sur la terre. Nous sommes renseignés sur sa
vie par les Confessions de saint Augustin. Elle naquit vers 331, à Tagaste, de parents chrétiens (IX, .8). Elle
fut élevée sévèrement par une servante chrétienne qui avait déjà porté son père dans ses bras. Plus tard, elle
fut donnée en mariage à un païen nommé Patricius. Cet homme avait, entre autres défauts, un caractère
coléreux. Monique, à cette pénible école, pratiqua la vertu de patience – la vertu à pratiquer cette semaine.
Elle attendait toujours que la crise de colère fût passée, elle faisait alors des observations bienveillantes. Sa
belle-mère elle-même, que des servantes méchantes avaient indisposée contre elle, fut gagnée par son
amabilité. Elle eut trois enfants : Augustin, Navigius et Perpétue. Cette dernière devint religieuse. D’après
l’usage du temps, les enfants ne furent pas baptisés aussitôt après leur naissance. Cependant, Monique fit
inscrire de bonne heure son fils Augustin au nombre des catéchumènes. Elle retarda pourtant son baptême,
même quand il le demanda dans une grave maladie. Elle prévoyait sans doute sa conduite pécheresse (1, II).
Quand Augustin était dans sa dix-neuvième année, Patricius mourut. Par sa patience et ses prières, Monique
l’avait converti (IX, 9). Mais le jeune Augustin se livra à tous les débordements, ce qui causa à sa mère un
indicible chagrin. Comme les prières et les larmes restaient inutiles, elle recourut à un moyen extrême, elle
lui interdit sa maison. Avertie par une apparition, elle le reprit chez elle. Dans son chagrin, un évêque la
consola : “ Le fils de tant de larmes ne saurait périr ” (III, 12). Quand Augustin se rendit à Rome, elle voulut
l’y suivre, mais celui-ci trompa sa mère. Le vaisseau était déjà parti quand elle arriva sur le rivage. Elle
rejoignit plus tard son fils à Milan où elle fut un modèle de piété. Saint Ambroise l’estimait beaucoup et
félicitait Augustin d’avoir une telle mère. C’est là qu’elle prépara les voies à la conversion de son fils. Enfin,
arriva le temps où Dieu changea ses larmes en joie. Augustin devint chrétien. La tâche de Monique était
accomplie. Comme elle se préparait à rentrer en Afrique avec son fils, elle mourut sur le chemin du retour, à
l’âge de 56 ans. Le récit de sa mort est des plus beaux passages des Confessions.

2. La messe Cognovi

La messe reflète la de cette noble femme. Elle avait servi Dieu dans la sainte crainte et dans une conduite
sans tache (Intr.). L’oraison rappelle les larmes de cette pieuse mère, larmes qui opérèrent la conversion de
son fils. C’est pourquoi aussi l’Évangile raconte la résurrection du fils de la veuve de Naim. C’est l’image de
la conversion de saint Augustin par les larmes de sa mère ; c’est aussi l’image de la conversion des pécheurs
de tous les temps par les larmes de leur mère l’Église. L’Epître parle des fonctions des veuves dans la
primitive Église ; elle veut caractériser par là la sainte veuve Monique. Les chants entonnent le cantique
nuptial de l’Église (ps. 44) ; ils expriment l’amour de cette sainte femme.

3. Saint Florian
A Lorch (Autriche), le saint martyr Florian. Sous l’empereur Dioclétien, on lui attacha, sur l’ordre du
gouverneur Aquilinus, une grosse pierre au cou et on le jeta dans l’Ems.

139
5 MAI
SAINT PIE V, PAPE ET CONFESSEUR
double

La chrétienté doit à saint Pie V le missel et le bréviaire

1. Saint Pie V

Jour de mort : 1er Mai 1572. Tombeau : dans l’église Sainte-Marie-Majeure, à Rome. Vie : Pie V
(précédemment frère Michel Ghislieri) est le dernier pape qui ait été canonisé. Il fut d’abord dominicain et
travailla beaucoup pour le maintien de la pureté de la foi. Il fut élevé en 1566 sur la Chaire de Saint-Pierre. Il
travailla sans relâche à faire appliquer les réformes du concile de Trente. Grande aussi est son importance
dans le domaine de la sainte liturgie. Il publia en 1566 le catéchisme romain, ouvrage important qui se trouve
aujourd’hui dans les mains de tous les prêtres. Par la publication du bréviaire (1567) et du missel (1570), il
établit l’unité de la liturgie dans l’Église romaine. On sait que, grâce à ses efforts et surtout à ses prières, la
flotte chrétienne remporta sur les Turcs la victoire de Lépante (6 octobre 1570). C’est à cette occasion que fut
instituée la fête du Rosaire. Dans sa vie privée, saint Pie V fut un modèle de piété et d’ascèse.
La messe est du commun des Souverains Pontifes Si diligis. L’oraison propre fait ressortir que “ Dieu
a choisi le saint pape Pie pour la rénovation du culte divin ”. Nous pouvons, aujourd’hui, placer le travail de
l’apostolat liturgique sous le patronage du saint pape, ami de la liturgie.

2. Sa dernière sortie

Rien n’est émouvant comme la dernière sortie du saint pape. Il franchit la porte du Vatican, la dernière fois,
le 21 avril 1572, dix jours avant sa mort. Bien que déjà malade, il voulut visiter les sept églises principales de
Rome. Il espérait, comme il le disait, voir bientôt les martyrs au ciel. Il suivit à pied la longue et mauvaise
route qui va de Saint-Paul à Saint-Sébastien. Quand il arriva enfin, épuisé, au Latran, son entourage le pria
de monter dans une chaise à porteurs ou bien de remettre la fin de son pèlerinage au lendemain. Il répondit :
Qui fecit totum, ipse perficiat opus (que celui qui a tout fait achève l’œuvre), et il continua son chemin. Ce
n’est que vers le soir qu’il rentra au Vatican. Il se fit encore lire les sept psaumes de la pénitence et l’histoire
de la Passion de Jésus. Il n’avait plus la force, en entendant le nom de Jésus, d’enlever sa camaura. Le 28
avril, il essaya de célébrer la sainte messe, mais il ne le put pas. Muni des derniers sacrements, il rendit son
âme à Dieu, le 1er mai. Ses dernières paroles furent une prière du bréviaire.
Pour que nos cœurs goûtent sans fin En toi, Jésus, la joie pascale, Préserve de la mort fatale Ceux
que lava ton sang divin.

6 MAI
SAINT JEAN DEVANT LA PORTE LATINE
double majeur

Jeté dans une chaudière d’huile bouillante, le saint Apôtre Jean, protégé par la grâce céleste,
en sortit sain et sauf, Alleluia

Nous célébrons aujourd’hui une fête secondaire d’Apôtre : Saint Jean devant la Porte Latine. C’est le jour
anniversaire de la consécration de l’église située près de la Porta Latina, la porte sud-est de Rome. C’est là,
d’après la tradition, qu’eut lieu le martyre de saint Jean.

1. Saint Jean

A son disciple bien-aimé et son frère Jacques, le Christ avait promis “ son calice ”, c’est-à-dire le martyre. “
Pouvez-vous boire le calice que je boirai ? ” “ Nous le pouvons. ” Le Seigneur leur dit : “ Quant à mon
calice, vous le boirez. ”. Par ailleurs, le Christ dit de saint Jean, après sa Résurrection : “ Si je veux qu’il reste

140
ainsi jusqu’à mon retour. ” (Jean XXI, 22). Aux temps apostoliques. on interprétait cette parole en ce sens
que l'Apôtre ne mourrait pas. Mais saint Jean rectifia lui-même cette opinion en expliquant que le Seigneur
avait parlé de sa mort naturelle à la différence de la mort violente de Pierre. La tradition raconte que, durant
la persécution de Domitien, vers l’an 100 ap. J.-C., saint Jean fut martyr de volonté et d’intention. Il fut jeté
dans une chaudière d’huile bouillante devant la Porte Latine et rendit ainsi témoignage au Christ. Il resta
cependant sain et sauf et sortit de la chaudière plus vigoureux qu’avant. Cette fête est en relations avec
l’ancienne fête de saint Jacques le Majeur (1er mai). On voulait, après le martyre de saint Jacques, célébrer le
martyre non sanglant de son frère Jean.
La messe est du commun d’un martyr pendant le temps pascal Protexisti (V. Appendice). L’Évangile,
seul est propre ; il contient le beau passage où le Christ promet le martyre à son Apôtre bien-aimé : “ Quant à
mon calice, vous le boirez ”. Maintenant, le désir de saint Jean a été accompli. Il règne là-haut, assis à côté
du Christ.

2. Dans la prière des Heures

saint Jérôme décrit, d’une manière brève et exacte, l’importance de l’Apôtre. Il parle aussi de son martyre : “
Jean était Apôtre, évangéliste et prophète. Il était Apôtre, car il écrit à la communauté chrétienne comme un
docteur. Il était évangéliste, ce que n’a été aucun Apôtre sauf Matthieu. Il fut prophète, car, dans l’île de
Patmos où il fut exilé par l’empereur Domitien à cause de sa foi au Christ, il eut la vision de l’Apocalypse
dans laquelle il prédit de nombreux événements futurs. A son sujet, Tertullien raconte (De praescriptione 36)
qu’il fut jeté, à Rome, dans une chaudière d’huile bouillante d’où il sortit plus jeune et plus vigoureux. Son
évangile aussi a plusieurs avantages sur les trois autres. Matthieu commence l’histoire de Jésus comme celle
d’un homme quand il écrit : Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham. Luc
commence au sacerdoce de Zacharie ; Marc à la prophétie de Malachie et d’Isaïe. Le premier a comme
symbole la figure d’un homme, à cause de la généalogie ; le second la face d’un taureau, à cause du
sacerdoce ; le troisième la figure d’un lion, à cause de la voix qui crie dans le désert : “ Préparez les voies du
Seigneur, rendez droits ses sentiers ”. Quant à notre Jean, il s’envole comme un aigle jusqu’aux hauteurs
célestes et parvient jusqu’au Père lui-même quand il dit : “ Au commencement était le Verbe et le Verbe était
Dieu ”.

7 MAI
SAINT STANISLAS, ÉVÊQUE ET MARTYR
double

Ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu’un ressuscite des morts

1. Saint Stanislas

Jour de mort : 8 mai 1079. Tombeau : dans la cathédrale de Cracovie. Vie : Saint Stanislas naquit à
Sczepanow, près de Cracovie, en 1030. En 1072, il devint évêque de Cracovie. Il se signala par sa franchise
héroïque en face du roi impie. Ce roi le tua lui-même à l’autel de l’église Saint-Michel, aux portes de
Cracovie (1079). Le pape Innocent IV le mit au nombre des saints en 1253. Cette proclamation eut lieu à
Assise. Le bréviaire raconte : le roi Boleslas, dans une assemblée solennelle du royaume, le cita devant son
tribunal et l’accusa faussement de posséder indûment un domaine que le saint avait acheté au nom de son
Église et payé. Stanislas ne pouvait prouver qu’il avait payé, ni par des quittances, ni par dires de témoins
(les témoins craignaient de dire la vérité). Il promit alors que, dans trois jours, il amènerait devant le tribunal
le vendeur de la propriété, un certain Pierre qui était mort depuis trois ans, afin de prouver la vérité de ses
affirmations. Sa proposition fut acceptée avec des rires moqueurs. Or, le saint passa les trois jours suivants
dans la prière et le jeûne. Au jour fixé, le troisième, il célébra la sainte messe, puis il ordonna au mort de
sortir du tombeau et de le suivre au tribunal. Celui-ci obéit immédiatement à l’ordre de son évêque. Il sortit
vivant de la tombe et accompagna Stanislas au tribunal. Là, il attesta, au grand effroi du roi et des assistants,
que l’évêque lui avait payé le prix d’achat et avait reçu de lui la propriété. Puis, il s’endormit de nouveau

141
dans le Seigneur. Le tombeau du saint se trouve dans la cathédrale de Cracovie. La messe est du commun des
martyrs Protexisti, (v. Appendice).

2. Sacrifice et vie

C’est un spectacle saisissant. Stanislas célèbre le Saint-Sacrifice et subit pendant la messe la mort des
martyrs. Il a donc uni le sacrifice de sa vie au sacrifice de la Rédemption. Sa mort ne fait qu’un avec la mort
du Christ. C’est un sort qui ne fut réservé qu’à peu d’hommes. Mais il y a quelque chose que nous pouvons
faire. Essayons, nous aussi, d’unir notre vie au sacrifice de la messe. Cela est possible de deux manières.
Rassemblons tout le bien que nous avons fait, toutes nos souffrances méritoires, pour les présenter comme
offrande à la messe suivante. L’antique maxime des anciens était : Ne te présente pas sans don devant la face
du roi. Faisons donc de notre travail, de nos prières, de nos souffrances, de nos désirs et de nos craintes, notre
pain et notre vin du sacrifice. Alors, le sacrifice de la messe ne sera pas seulement le sacrifice du Christ, mais
aussi le nôtre, ou, pour mieux dire, nous offrirons notre sacrifice dans le Christ. Il est un second moyen
d’unir notre vie au sacrifice de la messe. Vivons de la vertu du sacrifice. Tel est le sens de nombreuses
postcommunions le fruit du sacrifice est une vie agréable à Dieu. Le Christ travaille, souffre, prie en moi...
Ainsi, la messe pourrait devenir pour moi ce qu’est le soleil pour le créature terrestres.

8 MAI
APPARITION DE SAINT MICHEL ARCHANGE
double majeur

Saint Michel archange, défendez-nous dans le combat,


afin que nous ne périssions pas dans le redoutable jugement

1. Apparition de Saint Miche

Parmi tous les anges, c’est, sans aucun doute, saint Michel le plus vénéré. Son culte remonte jusqu’à
l’antiquité chrétienne. Il est considéré comme le patron de l’Église catholique, le guide des âmes des défunts
au paradis (cf. l’Offertoire de la messe des morts). Sa fête est, depuis toujours, célébrée le 29 septembre. Au
sixième siècle, on ajouta la fête de l’apparition de saint Michel au Mont Gargan. Cette fête s’étendit bientôt à
l’Église universelle. Ce qu’on célèbre, à proprement parler, aujourd’hui, c’est la dédicace de l’Église du
Mont Gargan. Parmi les autres apparitions de l’archange, la plus connue est l’apparition à saint Grégoire le
Grand. Saint Michel apparut sur le château Saint-Ange (qui porte justement ce nom à cause de l’apparition).
Le pape avait organisé, en 590, une grande procession pour demander à Dieu la cessation de la peste. L’ange,
pour signifier que la peste était finie, rentra son épée au fourreau. Signalons aussi l’apparition de saint
Michel au Mont-Tombe, qui devint le Mont Saint-Michel.

2. La messe

L’Église ne se borne pas, aujourd’hui, à célébrer saint Michel ; elle songe aussi à tous les anges, surtout à
ceux qui sont destinés à la protection des hommes (cf. l’oraison). La leçon est tirée du commencement de
l’Apocalypse. Sans doute, dans ce passage, il est deux fois question des anges, mais la liturgie a en vue toute
l’Apocalypse – le commencement est pour le tout, c’est là un principe favori de la liturgie. L’Apocalypse est
vraiment un livre des anges. Aucun autre livre de la Sainte Écriture ne parle autant des anges. La pensée
principale de la leçon est donc celle-ci : Les anges s’occupent avec zèle de l’achèvement de l’œuvre
rédemptrice et ils combattent contre les Esprits infernaux. Michel est à leur tête. L’Évangile, aussi, nous
permet de mieux comprendre les textes liturgiques. Cette péricope n’a été choisie que pour la dernière
phrase. Les anges des petits – et de tous les enfants de Dieu – sont leurs avocats et leurs défenseurs devant le
trône du Très-Haut. D’un seul mot l’Évangile exprime l’importance des anges pour notre salut. Ce seul mot
paraît encore plus énergique si l’on songe à tout ce qui est dit de la tentation. L’antienne de l’Offertoire est
très significative. On chante les anges qui encensent l’autel (aux messes solennelles, l’autel est encensé).

142
9 MAI
SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE, ÉVÊQUE ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE
double

La sainte amitié

Saint Grégoire

Jour de mort : 9 mai 390. Tombeau : Au Xe siècle, son corps fut transporté dans l’Apostoleion, à
Constantinople. Vie : Grégoire le Théologien – c’est ainsi que les Grecs le nomment – naquit en 329 à
Nazianze, en Cappadoce. Il fut une des “ trois lumières ” de Cappadoce. Sa mère, sainte Nonna, posa les
assises de sa sainteté future. Pour sa formation intellectuelle, il visita les écoles les plus célèbres de son
temps, celles de Césarée, d’Alexandrie et d’Athènes. Dans cette dernière ville, il noua avec saint Basile une
amitié devenue historique. En 381, il célébrait encore cette amitié avec un enthousiasme juvénile. En 360, il
reçut le baptême et vécut ensuite pendant quelque temps dans la solitude. En 372, il reçut la consécration
épiscopale des mains de saint Basile. Son père, Grégoire, évêque de Nazianze, insista pour qu’il l’aidât dans
le ministère des âmes. En 379. il fut appelé au siège de Constantinople. Mais, en raison des nombreuses
difficultés qu’il rencontra, il retourna à la solitude tant désirée. Il se consacra entièrement à la vie
contemplative. Sa vie se caractérise par une alternance entre la vie contemplative et le ministère des âmes.
Tous nos désirs vont vers la solitude, mais les besoins du temps le rappellent sans cesse à la vie active ; il
doit prendre part au mouvement religieux d’alors. Ce qui lui valut ses succès, ce fut son éloquence
entraînante. Il fut, sans conteste, l’un des meilleurs orateurs de l’antiquité chrétienne. Ses écrits lui ont valu
le titre d’honneur de docteur de l’Église.
Pratique
Nous devons, nous aussi, concilier harmonieusement les deux aspects de la vie religieuse ; la vie de piété et
de contemplation qui recherche la solitude, et la vie active, adonnée à la charité et au zèle des âmes, qui
convient aux besoins de notre temps. La messe est tirée du commun des docteurs In medio. Saint Grégoire
est vraiment “ la lumière placée sur le chandelier, qui brille pour tous ceux qui sont dans la maison (l’Église)
” (Évangile). Il fut rempli de “ l’Esprit de sagesse et de science ” (Int. Ép.). La leçon (Justus) convient :
mieux au caractère contemplatif du saint que celle du commun.

10 MAI
SAINT ANTONIN, ÉVÊQUE
double
SAINT GORDIEN ET SAINT ÉPIMAQUE, MARTYRS

Pour la conversion des âmes égarées

1. Saint Antonin

Jour de mort : 2 mai 1459. Tombeau : à Florence, dans l’église Saint-Marc Image : on le représente en
évêque avec une balance à la main. Vie : Le saint naquit en 1389 ; il entra, à 16 ans, dans l’Ordre des
Dominicains et y mena une vie de pénitence austère : “ Il déclara une guerre éternelle à la paresse ; après un
bref somme, il était le premier à Matines. Après la récitation des Matines, il passait le reste de la nuit dans la
prière ou la lecture spirituelle et la composition d’ouvrages. Quand, en raison de son surmenage, il ne
pouvait vaincre le sommeil, il s’appuyait quelques instants à la muraille et reprenait son travail avec une
nouvelle ardeur. Il observait la règle de son Ordre avec la plus grande conscience. Jamais, sauf en cas de
maladie grave, il ne mangea de viande. Sa couche était le sol ou bien quelques planches. Il porta
continuellement un dur cilice. Souvent, il porta une ceinture de fer appliquée directement sur le corps. Il
garda sans souillure sa pureté virginale pendant toute sa vie (Bréviaire). Il devint plus tard archevêque de
Florence (1446-1459). En véritable Dominicain, il prêchait avec un succès merveilleux. C’était un directeur
d’âmes expérimenté. On le surnommait “ Antonin le conseiller ”. Devenu évêque, il continua de vivre

143
comme un pauvre moine, humble, simple, accessible à tous, impartial pour tous, franc et ferme contre les
vices des grands. La messe est du commun des confesseurs (Statuit). Voir explication au 4 février, v. 235.

2. Saint Gordien et saint Épimaque

Saint Gordien était d’abord un juge païen. Il se fit chrétien et fut martyrisé sous Julien l’Apostat (362). Saint
Épimaque fut brûlé dans de la chaux vive (304). Les deux saints furent ensevelis sur la voie Latine, à Rome.
Une église s’éleva sur leur tombeau.

12 MAI
SAINT NÉRÉE ET SAINT ACHILLÉE, SAINT PANCRACE, MARTYRS
SAINTE DOMITILLE, VIERGE

Ils se réjouissent de triompher grâce à leur confession du Christ

1. Les Saints

Sainte Domitille était nièce du consul Flavius Clemens qui était cousin de l’empereur Domitien. Elle
demeura vierge et fut reléguée à cause de sa foi chrétienne dans l’île Pontia où, au témoignage de saint
Jérôme, elle “ subit un long martyre ” Les deux frères Nérée et Achillée étaient soldats. “ Ils avaient pris le
service des armes et ils remplirent un cruel métier en obéissant aux ordres du tyran. Ils déposèrent soudain
leur rage. Convertis, ils s’enfuient et quittent le camp infâme de leur général. Ils jettent leur bouclier, leur
cuirasse et les armes sanglantes et ils se réjouissent de triompher grâce à leur confession du Christ ” C’est
ainsi que le pape saint Damase décrit leur vie dans l’épitaphe qu’il composa. Les actes du martyre de ces
saints contiennent sans doute beaucoup d’ornements légendaires, mais le fond est historique. Ils étaient au
service de sainte Domitille ; ils auraient été baptisés par saint Pierre ; ils moururent martyrs. Leurs ossements
reposent avec ceux de sainte Domitille, dans l’église de leur tombeau. Saint Pancrace était d’une famille
distinguée. Il avait 14 ans quand il vint à Rome sous le règne des empereurs Dioclétien et Maximien (vers
304). Il y fut baptisé par le pape et instruit dans la foi chrétienne. Arrêté plus tard pour cette raison, il se
refusa énergiquement à sacrifier aux idoles et fut condamné à mort. Il offrit avec courage son cou au glaive.
La nuit suivante, une pieuse matrone recueillit son corps, l’oignit de baume et l’ensevelit sur la voie Aurelia.
Le saint est considéré comme le patron de la fidélité au serment. Au-dessus de sa tombe, le pape Symmaque
construisit, vers 500, une basilique qui devint église de station (v. le dimanche blanc : saint Pancrace exhorte
les néophytes à rester fidèles à leur serment du baptême). Le saint de la fidélité au serment nous exhorte,
nous aussi, à ne faire des serments qu’avec discrétion et à garder fidèlement la parole donnée, à plus forte
raison le serment : soyons fidèles aux promesses du baptême, aux engagements du mariage, aux vœux du
sacerdoce, au serment professionnel.

2. L’antique messe a, en plus des textes du commun, de beaux textes propres qui ont une relation
particulière avec nos saints martyrs. Le psaume 33 – le Psaume du Bon Pasteur – retentit dans la messe à
l’Introït et à la Communion – ceci est toujours un signe de haute antiquité. L’Évangile du fonctionnaire royal
a été choisi en considération des saints martyrs qui furent au service de l’empereur, en considération aussi du
saint jeune homme Pancrace. A la messe, aussi, “ Jésus descend et guérit ” ; il nous guérit, comme le fils
malade du fonctionnaire royal.

3. Une antique prédication pour notre fête.


Il y a plus de 1300 ans, le grand pape liturgique, saint Grégoire le Grand, fit une belle homélie sur l’Évangile
d’aujourd’hui dans la basilique de nos saints martyrs – la messe remonte donc au moins à cette date. Citons-
en quelques extraits :
“ Frères, honorez dans votre prochain non pas les biens de ce monde, mais plutôt l’image de Dieu.
Estimez, en vous et dans les hommes, moins ce qu’ils possèdent que ce qu’ils sont. Voyez ces saints
devant la tombe desquels nous nous tenons ; ils ont foulé aux pieds le monde florissant. Ils ont

144
méprisé une longue vie, un bien-être constant, la richesse, la bénédiction des enfants, le repos et le
bonheur. Le monde florissait autour d’eux, mais il était déjà flétri dans leur cœur. Voyez, chrétiens, le
monde se flétrit et meurt en lui-même : doit-il continuer à être florissant dans vos cœurs ? Partout
nous guettent la mort, le chagrin, les tristes soucis ; de tous côtés, nous sommes mortifiés et rassasiés
d’amertume. Et pourtant, fous que nous sommes, nous aimons avec des désirs charnels cette
amertume ; nous nous attachons à ce monde qui périt. Et comme nous ne pouvons le retenir dans sa
chute, nous tombons avec lui. La fragilité du monde nous montre pourtant, d’elle-même, qu’il n’est
rien et ne mérite pas qu’on s’y attache. Chers frères, attachez plutôt votre cœur aux choses éternelles
afin que vous parveniez à la gloire céleste, puisque vous tenez déjà à la foi par Jésus-Christ, Notre
Seigneur, qui vit et règne avec le Père dans l’unité du Saint-Esprit pendant les siècles des siècles
Amen ”.

13 MAI
SAINT ROBERT BELLARMIN, ÉVÊQUE, CARDINAL ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE
double

Pour la défense de la foi catholique

1. Saint Robert Bellarmin

Jour de mort : 17 septembre 1621. Tombeau : à Rome, dans l’église Saint Ignace – dans la nef latérale de
droite, à côté du tombeau de saint Louis de Gonzague. Vie : Saint Robert Bellarmin naquit à Montepulciano,
en Toscane, le 4 octobre 1542, le jour de la fête du poverello d’Assise pour lequel il eut toute sa vie une
grande dévotion. Il devait d’ailleurs mourir le jour où l’Église célèbre l’impression des stigmates de saint
François, le 17 septembre. En 1560, Bellarmin entra dans la Compagnie de Jésus. Ce fut, sans conteste, l’un
des hommes les plus importants de cet Ordre. Il se distingua par sa grande obéissance, sa profonde piété, son
humilité, sa “ simplicité de cœur ”. Si l’on voulait résumer sa vie mouvementée dans une seule phrase, peut-
être pourrait-on dire : Dans ses différentes fonctions et ses différentes charges, il eut cette devise : “ Si je
t’oublie, Jérusalem, puissé-je oublier ma main droite ”. Son œuvre la plus importante est constituée par ses
controverses. “ On entend, comme un accord final, dans le choral puissant qui, malgré les peines et les
souffrances que causaient alors les défections, jaillit du cœur de l’Église, le choral de la mater una, sancta,
catholica ” (E. Birminghaus). Saint Bellarmin était aussi le confesseur de deux jeunes saints : saint Louis de
Gonzague et saint Jean Berchmans. Pourquoi a-t-il fallu attendre 300 ans avant la canonisation de
Bellarmin ? Mgr Héfélé indique le motif quand il écrit : Au reste, Bellarmin demeure, même sans être
canonisé, digne de la plus grande vénération des catholiques et ceux qui ont voulu le salir n’ont fait que se
déshonorer. Pie XI l’a béatifié en 1923, canonisé en 1930 et, le 17 septembre 1931, l’a proclamé docteur de
l’Église.

2. La messe In medio Ecclesiae

Elle a une oraison, une secrète et une postcommunion propres. Ces oraisons vantent la vertu de sagesse du
saint dans ses combats pour l’Église et implorent pour nous la grâce de progresser dans la science de la vérité
et de marcher toujours avec rectitude devant Dieu.

3. Martyrologe

“ A Rome, la consécration de l’église Sainte-Marie aux martyrs. Au temps de l’empereur Phocas (610), le
bienheureux pape Boniface IV purifia ce vieux temple dédié à tous les dieux sous le nom de Panthéon, puis
le consacra en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie et de tous les martyrs ”. Jadis, on célébrait en ce
jour la fête de tous les saints. Mais Grégoire IV (+844) la fixa au premier novembre.

145
14 MAI
SAINT BONIFACE, MARTYR
simple

Je te rends grâce, Jésus-Christ, Fils de Dieu

Jour de mort : inconnu. Tombeau : dans l’église de Saint-Alexis, à Rome. Vie : D’après des Actes qui ne sont
pas entièrement sûrs, Boniface était un citoyen romain. Il vécut un certain temps dans des relations coupables
avec une dame distinguée, nommée Aglaé. Mais il conçut un si vif regret de sa vie débauchée qu’il prit la
résolution de rechercher les ossements des saints martyrs et de leur donner une sépulture convenable. Il vit à
Tarse que beaucoup de chrétiens étaient torturés pour leur foi. Il baisait leurs chaînes et les encourageait à
supporter avec constance leurs supplices parce qu’un repos éternel suivrait le bref combat. Il fut enfin arrêté
lui-même et sa chair fut déchirée avec des crochets de fer. On lui versa ensuite du plomb fondu dans la
bouche. Pendant tous ces supplices, on n’entendait sortir de la bouche de Boniface que ce cri : “ Je te rends
grâces, Jésus-Christ, Fils de Dieu ”. Quand Aglaé qui, de son côté, avait fait pénitence et consacrait sa vie
aux bonnes œuvres, apprit par un ange ce martyre, elle s’empressa d’aller recueillir le saint corps ; elle fit
bâtir une église en son honneur et l’y déposa. Le martyre de saint Boniface eut lieu le 14 mai à Tarse, en
Cilicie, sous les empereurs Dioclétien et Maximien.
Pratique
Pour expier ses péchés, saint Boniface rechercha les ossements des saints martyrs pour leur donner une
sépulture honorable. Cette pénitence nous paraît aujourd’hui assez singulière. Et pourtant elle fut agréable au
Seigneur. Ce pénitent fut lui-même martyr et, au milieu de ses plus terribles tourments, il disait sans cesse : “
Je te rends grâces, Jésus-Christ, Fils de Dieu ”.
La messe est du commun des martyrs Protexisti.

15 MAI
SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE, CONFESSEUR
double

Si vous ne devenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux

Jour de mort : Le 7 avril 1719. Tombeau : à la maison-mère de Lembecq-lez-Hal, près de Bruxelles, en


Belgique. Image : On le représente en prêtre, exhorta t des enfants. Vie : Le saint naquit en 1651, à Reims.
Après une pieuse jeunesse, il entra dans l’état ecclésiastique et fut ordonné prêtre en 1678. Il se sentit bientôt
appelé par Dieu à “ instruire les pauvres dans la doctrine chrétienne et particulièrement à conduire la
jeunesse sur la voie de la vérité ” (Oraison). Il fonda la Congrégation des Frères des écoles chrétiennes. C’est
un Institut méritant qui compte plus de 17.000 frères dans environ 2.000 maisons. Le saint a beaucoup
contribué au développement des écoles populaires. Par la fondation de sa Congrégation, il a donné des
maîtres à la jeunesse dont l’éducation était très négligée et il a créé les premières écoles normales
d’instituteurs. Par amour de la pauvreté, il renonça à son canonicat et distribua ses biens aux pauvres (Ép.).
Son zèle pour la jeunesse le dévorait. Il était très sévère pour lui-même, jeûnait, se flagellait et exerçait
d’autres actes de pénitence ; il passait des nuits entières en prière (Intr.). Il mourut à l’âge de 68 ans, le 7 avril
1719, le Vendredi-Saint.
Ses dernières paroles furent : “ J’adore en tout les dispositions de Dieu à mon égard ”.
La messe
La messe est du commun des confesseurs Os justi avec le bel Évangile des enfants dans lequel le Seigneur
nous donne les enfants comme modèles : “ Si vous ne vous convertissez pas et ne devenez pas comme des
petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux ”. Nous devons être comme des enfants devant
Dieu, avoir la simplicité des enfants, l’innocence des enfants, l’obéissance des enfants, la foi des enfants. Le
Seigneur nous exhorte aussi à aimer les enfants : “ Celui qui reçoit un enfant comme celui-ci en mon nom me
reçoit ”.

146
Saint Jean Chrysostome nous dit aujourd’hui au bréviaire :
“ Former l’âme des jeunes gens me paraît un plus grand art que l’art du peintre et du sculpteur ”.

16 MAI
SAINT UBALD, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR
semi-double

La liturgie connaît l’influence du diable dans l’Église et le combat efficacement

Jour de mort : 16 mai (dimanche de la Pentecôte) 1160. Tombeau : à Gubbio, en Ombrie. Image : On le
représente en évêque, le diable fuyant devant lui. Vie : Le saint est originaire de Gubbio, en Italie. Il devint
prêtre et chanoine. En 1128, malgré ses répugnances, il céda aux désirs du pape Honorius II et fut nommé
évêque de sa ville natale. Dans cette charge, il fut un modèle de simplicité apostolique, de zèle pastoral et de
sainteté personnelle. On invoque volontiers son secours contre les mauvais Esprits. Il mourut le 16 mai 1160.
Son tombeau se trouve dans sa ville natale. Son corps s’est conservé jusqu’à nos jours sans corruption.
Pratique
La puissance de saint Ubald se manifesta surtout dans l’expulsion des mauvais Esprits. La liturgie, qui insiste
tant sur la proximité des anges. compte aussi avec la forte influence des mauvais Esprits, car elle lutte
continuellement contre eux. C’est pourquoi il n’est pas rare de trouver, dans la liturgie, des exorcismes. Il y a
également un grand nombre de sacramentaux institués contre l’influence des mauvais Esprits, par exemple
l’eau bénite, les cierges, les rameaux bénits. Ne méprisons pas ces moyens.
La messe Statuit est du commun confesseurs pontifes avec une oraison propre laquelle nous
demandons à Dieu, par l’intercession saint, d’“ étendre la main contre toute méchanceté du diable ”.

Martyrologe
A Prague, en Bohême, Jean Népomucène, chanoine de l’église métropolitaine. Pressé vainement de violer le
secret sacramentel fut jeté dans la rivière Moldau et mérita ainsi la palme du martyre. Ce saint est très connu
et très populaire dans l’Europe centrale (+1383).

17 MAI
SAINT PASCAL BAYLON, CONFESSEUR
double

Puissions-nous recevoir dans la sainte communion l’abondance de l’Esprit

Jour de mort : 17 mai 1592. Tombeau : dans l’église des Clarisses à Villaréal, près de Valence. Image. On le
représente en franciscain ; devant-lui, apparaît le calice surmonté de l’hostie. Vie : Pascal Baylon, le simple
et le pieux petit berger qui fut plus tard le séraphique fils de saint François et en qui nous saluons aujourd’hui
le patron du culte eucharistique, compte parmi les saints du temps de la Réforme. Il est un de ces hommes de
Dieu qui, par leur admirable sainteté, rendirent à l’Église les pierres précieuses que les novateurs
d’Allemagne avaient fait tomber de sa couronne. Il naquit dans la campagne de Valence et mourut à l’âge de
52 ans. Comme il était déjà mou et couché sur le brancard mortuaire, il ouvrit et ferma deux fois les yeux à
l’Élévation de la sainte hostie. Léon XIII le proclama patron des congrès eucharistiques et des confréries du
Saint-Sacrement.
Pratique
“ Puissions-nous recevoir dans la sainte communion l’abondance de l’Esprit ”, lisons-nous dans l’oraison du
jour. Celui qui veut vivre avec l’Église doit faire de la sainte Eucharistie le centre de sa vie. Il faut participer
de la manière la plus active possible au sacrifice qu’offre le prêtre et communier en union avec le prêtre.
La messe Os justi est du commun des confesseurs.

147
18 MAI
SAINT VENANT, MARTYR
double

Si celui-ci le peut ?

Tombeau : à Camerino, dans l’église qui lui est consacrée. Image : On le représente avec un lion ou bien des
diables qu’il chasse. Saint Venant, jeune martyr de 15 ans, souffrit dans sa ville natale, sous l’empereur Dèce
(249-251), des tortures d’une cruauté inouïe, à cause de la foi chrétienne. Il les supporta avec une constance
admirable. Il fut flagellé, brûlé avec des torches ; on le suspendit, la tête en bas, au-dessus d’un feu fumant.
Les lions, auxquels on le livra, oublièrent leur férocité naturelle et se couchèrent, comme des agneaux, aux
pieds du saint. Celui-ci, pendant ce temps, prêchait la foi au peuple. De nombreux païens crurent au Christ.
Enfin, il fut décapité.
Pratique
Quand on suit, pendant quelques heures, le triomphe des vainqueurs, on sent au cœur quelque chose du
courage et de la constance des héros, on est porté à l’enthousiasme et à l’énergie. Tel est le but éducatif du
culte des martyrs. La constance d’un jeune homme de 15 ans excite tout particulièrement notre émulation. Ce
jour conviendrait à une fête liturgique de la jeunesse.
La messe est du commun d’un martyr au temps pascal Protexisti.

19 MAI
SAINT PIERRE CÉLESTIN, PAPE ET CONFESSEUR
double
SAINTE PUDENTIENNE, VIERGE

Faisons-nous petits

1. Saint Pierre
Jour de mort : 19 mai 1296, Tombeau : à Aquila (Abruzzes), dans l’église de Sainte-Marie di Collemaggio.
Image : On le représente en pape, avec une colombe ou bien avec un diable qui le trouble au moment où il
écrit. Vie : Le pieux solitaire Pierre de Morone, fondateur de l’Ordre des Célestins, fut élu pape le 5 juillet
1294, après la mort de Nicolas V, dans un conclave qui avait duré plus de deux ans. Il prit le nom de Célestin
V. L’élection de cet homme, qui était sans doute un saint, mais ne connaissait ni le monde ni les hommes, ne
s’explique que par l’embarras où on se trouvait et aussi, semble-t-il, par les intrigues de Charles II, roi de
Naples. Il apparut bientôt que le choix n’était pas heureux. Célestin sentit que ses épaules étaient trop faibles
pour cette lourde charge. Il abdiqua (13 décembre 1294, cinq mois après l’élection) et il retourna à sa chère
et simple vie monastique. Son successeur, Boniface VIII, craignant avec raison que ses adversaires ne se
servent du saint pour créer un schisme, le fit garder étroitement et t’enferma dans le château de Fumone, près
d’Anagni. Il y trouva une cellule semblable à celle qu’il avait dans son ermitage. Il passa ses dernières
années, jusqu’à sa mort, dans une pénitence austère.
Pratique
“ Avoir préféré à la plus haute dignité ecclésiastique la vie d’humilité ”, voilà l’événement principal dans la
vie du saint que l’Église nous fait admirer dans l’oraison du jour et qu’elle nous demande d’imiter à notre
manière.
La messe est du commun des Souverains Pontifes, sauf la première oraison, dont nous venons de
donner la teneur.

2. Sainte Pudentienne
Une antique tradition nous dit que saint Pierre, pendant son séjour à Rome, demeura dans la maison du
sénateur Pudens. Ce sénateur avait deux filles, Pudentienne et Praxède. Toutes les deux demeurèrent vierges
et consacrèrent leur vie au service du prochain. Après la mort de leurs parents, Pudentienne et sa sœur

148
Praxède (fête le 21 juillet) distribuèrent leurs biens aux pauvres. C’est grâce à leurs efforts que toute la
maison de Pudens, 96 personnes en tout, se convertit et fut baptisée par le pape saint Pie 1er (+ 154). Quand,
sous l’empereur Antonin le Pieux, le culte chrétien fut proscrit, le pape saint Pie célébra la messe dans leur
maison. Sainte Pudentienne fut ensevelie dans le tombeau de son père, dans la catacombe de Priscille. Il y a,
à Rome, une antique église de station dédiée à sainte Pudentienne.

20 MAI
SAINT BERNARDIN DE SIENNE, CONFESSEUR
semi-double

Au nom de Jésus tous les genoux doivent fléchir

Jour de mort : 20 mai 1444, à Aquila. Tombeau : dans la même ville, dans l’église qui porte son nom. Image :
On le représente en franciscain, tenant à la main un soleil avec le monogramme de Jésus. Vie : Saint
Bernardin naquit en 1380, à Carrare, en Italie. Tout jeune, il s’adonna, à Sienne, pendant la peste, au soin des
malades. Dans une grave maladie, il prit la résolution d’entrer dans un monastère. Il se fit franciscain et fut
chargé par ses supérieurs du ministère de la prédication. Il obéit humblement malgré sa voix faible et
rauque ; il fut guéri miraculeusement de son mal de gorge. Il fut désormais un prédicateur populaire très
éloquent et un apôtre dévoré du zèle des âmes. Il parcourut toute l’Italie, prêchant surtout le Saint Nom de
Jésus (Or.). Il exerça une puissante influence sur son temps, il prépara les voies à la vraie réforme. Rarement
un saint eut tant de disciples et des disciples si marquants. (Il eut, parmi eux, saint Jean de Capistran). Quand
saint Bernardin entrait dans une ville, il faisait porter devant lui une bannière sur laquelle était dessiné le
monogramme du doux nom de Jésus IHS, entouré de douze rayons solaires et couronné d’une croix. Quand il
prêchait, cette bannière était suspendue auprès de la chaire. Parfois, quand il prêchait sur le Nom de Jésus, il
portait en outre, à la main, une tablette sur laquelle était Inscrit le Nom divin en grosses lettres que tous les
auditeurs pouvaient voir. Par ses exhortations zélées, il détermina un grand nombre de prêtres à faire peindre
le Nom de Jésus à l’intérieur et à l’extérieur des vêtements sacerdotaux, et à distribuer des petites images du
nom de Jésus parmi le peuple. C’est sur ces conseils, aussi, qu’on inscrivit le monogramme en grosses lettres
sur les murs extérieurs des hôtels de ville de plusieurs villes d’Italie, comme on peut le voir aujourd’hui
encore à Sienne (Pastor).
La messe Os justi est du commun des confesseurs, l’Évangile du commun des Abbés : “ Voici que
nous avons tout quitté ”. L’Église veut exposer son grand amour de la pauvreté. L’oraison demande pour
nous, à l’exemple de saint Bernardin, l’amour du nom de Jésus.
Pratique
Nous admirons aujourd’hui le brûlant amour du saint pour le Nom de Jésus. Proposons-nous d’avoir ce nom
sur les lèvres et encore plus dans le cœur, car ce saint nom éveille toujours l’amour du Sauveur. Mais ne
prononçons jamais le Nom de Jésus avec légèreté et sans respect.

149
25 MAI
SAINT GRÉGOIRE VII, PAPE ET CONFESSEUR
double
SAINT URBAIN I, PAPE ET MARTYR

J’ai aimé la justice et haï l’injustice, c’est pourquoi je meurs en exil

1. Saint Grégoire

Jour de mort : 25 mars 1085. Tombeau : à Salerne, dans l’église principale. Image : On le représente en pape,
avec une colombe sur l’épaule. Vie : saint Grégoire VII (Hildebrand) naquit vers 1020. Il fut d’abord moine
bénédictin à Cluny (1047-1049), puis cardinal et enfin pape (1073-1085). C’est incontestablement l’un des
plus grands papes de tous les temps. C’était une personnalité et un caractère. Tous les efforts de sa vie
tendirent à maintenir la pureté et l’unité de l’Église ainsi que sa liberté et son indépendance à l’égard des
puissances séculières. Ces longs combats lui valurent des peines sans nombre et, pour finir, l’exil et la mort,
mais ils procurèrent à l’Église une véritable renaissance. Il mourut en exil en prononçant ces paroles : “ J’ai
aimé la justice et haï l’injustice, c’est pourquoi je meurs en exil ”. L’historien protestant Gregorovius écrit au
sujet de saint Grégoire :
“ Dans l’histoire de la papauté, deux étoiles brilleront à jamais et manifesteront la grandeur
spirituelle des papes : Léon qui fit reculer le terrible et sanguinaire Attila et Grégoire devant qui
s’agenouilla, en chemise de pénitent, l’empereur Henri IV. Mais l’impression que l’on éprouve en
méditant ces deux scènes historiques n’est pas la même dans les deux cas. La première scène nous
remplit de respect pour une grandeur purement morale ; la seconde nous impose seulement de
l’admiration en face d’un caractère presque surhumain. ! En tout cas, la victoire remportée sans
armes par le moine mérite plus l’admiration du monde que les victoires d’un César ou d’un
Napoléon. Les batailles que livrèrent les papes du Moyen Age ne le furent pas avec le fer et le
plomb, mais avec des armes morales. L’emploi ou l’efficacité de moyens si subtils et si spirituels,
voilà ce qui élève parfois le Moyen Age au-dessus de notre temps. Un Napoléon, comparé à un
Grégoire, n’est, à nos yeux, qu’un barbare sanguinaire. L’apparition de Grégoire est un véritable
phénomène du Moyen Age. Ce sera toujours un charme de contempler cette apparition et l’histoire
du monde chrétien perdrait une de ses pages les plus rares si elle était privée de ce caractère d’une
force élémentaire, de ce fils d’artisan couronné de la tiare ”.

2. Saint Urbain

Il fut le successeur de saint Callixte 1er (v. 14 octobre). Il gouverna l’Église de 222-230. Pendant son
pontificat, l’Église connut le calme, car l’empereur Alexandre Sévère n’appliqua pas les décrets de
persécution. Ce qui est intéressant pour nous, c’est la décision concernant les offrandes des fidèles au
moment de l’Offertoire de la messe : “ Les dons des fidèles qui sont offerts au Seigneur ne doivent pas servir
à autre chose qu’aux besoins ecclésiastiques ou aux besoins généraux soit de la communauté chrétienne, soit
des nécessiteux. Ce sont, en effet, des offrandes sacrées des fidèles, l’expiation des péchés et le patrimoine
des pauvres” (Bréviaire). Le corps du saint pape fut transporté en 818 dans l’église de Sainte-Praxède où il
repose encore aujourd’hui.

150
26 MAI
SAINT PHILIPPE NÉRI, CONFESSEUR
double
SAINT ÉLEUTHÈRE, PAPE ET MARTYR

Tu as dilaté mon cœur

1. Saint Philippe

Jour de mort : 26 mai 1595 – le jour de la Fête-Dieu. Tombeau : dans l’église des Trinitaires, à Rome.
Image : On le représente en Oratorien, avec un bâton et un chapelet. Vie : Le saint aimable et toujours joyeux
(1515-1595), l’un des apôtres de Rome, est une des plus belles figures de saint du XVIe siècle. L’amour de
Dieu, un amour brûlant qui se communiquait, à leur insu, à ceux qui l’approchaient, forme le trait
caractéristique de sa vie. Dans sa vingt-neuvième année (dans l’octave de la Pentecôte), le feu de l’amour
divin enflamma tellement son cœur qu’il fit sauter deux de ses côtes. Cette déchirure ne se guérit jamais et,
ainsi, le saint put vivre pendant cinquante ans dans l’ardeur d’un amour qui appartenait déjà plus au ciel qu’à
la terre. La tâche de sa vie fut de procurer, pendant un apostolat de cinquante ans à Rome, un renouvellement
de la vie religieuse. Il réussit heureusement dans cette tâche. Il eut le mérite de restaurer la pratique de la
communion fréquente, qui était tombée en désuétude à Rome et dans toute la chrétienté. C’est ce qui lui
mérita de devenir un des saints protecteurs de Rome et l’un des saints les plus populaires. Saint Philippe
aimait beaucoup la jeunesse, qui se pressait autour de lui. Ce fut un confesseur très recherché. Il voulut
continuer l’efficacité de sa vie sainte en fondant la Congrégation de l’Oratoire. Le but de cette société de
prêtres réunis sans vœux est de développer la piété dans le peuple.
Pratique
Jeune homme, il visitait souvent les sept basiliques romaines et il passait volontiers des nuits entières dans le
voisinage des catacombes, par conséquent à proximité des martyrs, occupé à méditer les choses saintes, Il
puisa dans la liturgie l’esprit apostolique. La liturgie doit nous rendre aptes, nous aussi, à l’action catholique.

2. La messe Caritas Dei

La messe est formée en grande partie, de textes propres qui font d’ordinaire allusion au grand cœur du saint.
L’Introït parle du grand événement qui se passa aux catacombes. Une nuit que le saint priait aux catacombes,
le Saint-Esprit descendit sur lui et enflamma son cœur de l’amour divin. La leçon célèbre la sagesse
surnaturelle de Philippe. Le Graduel chante l’élargissement de son cœur, et le verset de l’Alleluia son amour
des enfants. Le saint marcha vraiment dans la vie comme un serviteur vigilant, la lampe ardente de l’amour
divin à la main et les reins ceints de la ceinture de la pénitence (Évang.) Les trois morceaux suivants (Off.,
Sec., Comm.) nous parlent du cœur brûlant d’amour de saint Philippe.

3. Saint Éleuthère gouverna l’Église de 174-189.

Saint Irénée termine par son nom la liste des papes. “ Maintenant Éleuthère est le douzième après les Apôtres
qui possède la charge épiscopale ”. Il est enseveli à Saint-Pierre.

151
27 MAI
SAINT BÈDE LE VÉNÉRABLE, CONFESSEUR ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE
docteur
SAINT JEAN I, PAPE ET MARTYR

Le docteur de la sagesse biblique

1. Saint Bède

Jour de mort. 26 mai 735 à Jarrow. Tombeau : à Durham, en Angleterre. Image : On le représente en
bénédictin, avec le livre du docteur à la main. Vie : L’importance de saint Bède réside dans ce fait qu’il
forme la transition entre l’époque des Pères de l’Église et les premiers progrès des peuples germaniques
devenus chrétiens. Il transmet les traditions de culture et de science romano-chrétiennes au moyen âge. Ses
écrits étaient lus publiquement dans les églises, de son vivant. C’est pourquoi on le vénérait. Comme on ne
pouvait pas encore le nommer “ saint ”, on lui donna le titre de “ vénérable ”. Ce titre lui resta plus tard
comme surnom. Le jour de l’Ascension, il sentit que la mort approchait. Il se munit alors des derniers
sacrements. Il embrassa ensuite ses frères, se fit coucher sur un dur cilice et, en prononçant doucement ces
paroles : “ Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit ”, il s’endormit dans le Seigneur.
Pratique
Saint Bède est notre docteur dans la sagesse biblique. Celui qui veut vivre avec l’Église doit avoir à la main
le livre des Saintes Écritures, pendant la semaine, pendant sa vie. Saint Bède a expliqué ce livre à d’autres.
Peut-être avons-nous l’occasion et la possibilité d’en faire autant.
La messe In medio est du commun des docteurs.

2. Saint Jean

Le saint pape régna de 523 à 526. Il fit le voyage de Constantinople pour demander secours à l’empereur
Justin II contre le roi arien, Théodoric. A son retour, Théodoric l’invita traîtreusement à se rendre à Ravenne.
Il le fit jeter dans une prison sordide où il mourut de faim le 18 mai 526. Son corps fut transporté à Rome
dans l’église Saint-Pierre. Jean, entre autres mérites, développa le culte des martyrs.

28 MAI
SAINT AUGUSTIN, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR
double

Pour le retour des Anglicans

1. Saint Augustin
Jour de mort : 26 mai 604. Tombeau : dans le monastère Saint Pierre, à Cantorbéry. Image : On le représente
en Bénédictin et en évêque. Vie : Le saint était moine au monastère de Saint-André, près du Latran, à Rome.
Le pape saint Grégoire 1er le chargea, en 597, avec 40 compagnons, d’aller évangéliser les Anglo-Saxons. Le
roi Éthelbert l’accueillit amicalement et lui permit de s’établir dans le voisinage de Cantorbéry. Bientôt, il
put baptiser le roi et 10.000 de ses sujets. Augustin fut alors nommé par le pape primat d’Angleterre et reçut
le pallium. Il mourut le 26 mai 604 et fut enterré dans le monastère de Saint-Pierre, qui fut désormais le lieu
de sépulture des évêques de Cantorbéry.
Pratique
Nous avons devant les yeux, aujourd’hui, l’Apôtre de l’Angleterre. Malheureusement, ce pays est en grande
partie, aujourd’hui, séparé de l’unité de l’Église, tout en gardant toujours des sentiments religieux profonds.
Les Anglicans ont, par exemple, un bréviaire laïc avec la récitation quotidienne des psaumes et la lecture de
la bible ; ils ont un idéal liturgique semblable au nôtre. L’oraison du jour demande que ce peuple religieux
revienne à l’unité de l’Église.

152
2. La messe Sacerdotes
est composée en partie de textes du commun et en partie de textes propres. Nous avons devant nous l’évêque
(Intr., Grad., Alleluia) et le missionnaire (Ép. et Évang.). L’Évangile est celui des saints missionnaires qui
sont les successeurs des 72 disciples que le Seigneur envoie devant lui. L’Épître est très belle. Saint Paul y
décrit, d’une manière touchante, en s’adressant aux Thessaloniciens, ses travaux, pastoraux. Avec les paroles
de l’Apôtre, saint Augustin décrit son zèle pour les âmes : “ Vous le savez, nous avons été pour chacun de
vous comme est un père pour ses enfants, vous priant, vous exhortant et vous adjurant ”. L’évêque Augustin
a été le serviteur vigilant que le Seigneur au moment de la mort a trouvé veillant Qu’il en soit ainsi pour nous
aujourd’hui et à l’heure de notre mort !

29 MAI
SAINTE MARIE-MADELEINE DE PAZZI
double

Souffrir ne pas mourir

Jour de mort : 25 mai 1607. Tombeau : dans le couvent des carmélites, à Florence. Image : On la représente
en Carmélite, avec un cierge allumé et une couronne d’épines. Vie : Sainte Marie-Madeleine de Pazzi fut une
grande mystique. Elle fit, dès l’âge de 10 ans, le vœu de virginité. Elle entra au couvent des carmélites
déchaussées de Florence. Son principal motif fut que, dans ce couvent, on communiait presque tous les jours.
Pendant cinq ans, elle ne vécut que de pain et d’eau. Elle se soumit aux plus dures pénitences. Pendant cinq
ans, elle connut de grandes sécheresses d’esprit. Son mot de prédilection était : “ Souffrir, ne pas mourir ”.
Elle mourut à l’âge de 41 ans. Son corps a été conservé jusqu’à nos jours, sans corruption, dans une chasse
précieuse de cristal, dans l’église des carmélites de Florence.
Pratique
La pureté du cœur et l’amour du Christ sont les vertus principales que l’Église admire dans notre sainte. Ce
sont ces vertus qui rendirent son âme capable d’adopter cette devise : “ Souffrir, ne pas mourir ”. La pureté et
l’amour du Seigneur, ce sont aussi les vertus que l’Église voudrait nous voir pratiquer à l’exemple des saints.
Sans doute, nous ne pourrons pas arriver à une telle perfection ; essayons du moins, par amour pour le Christ,
de souffrir patiemment.
La messe est du commun des vierges Dilexisti.
C’est la belle messe de fiançailles, une des plus belles, dans son unité, de tout le missel.

30 MAI
SAINT FÉLIX I, PAPE ET MARTYR
simple

Honorer les saints, c’est honorer le Christ

Jour de mort : 30 décembre 274. Tombeau à Rome, dans le cimetière de Saint-Callixte. Félix 1er était
Romain de naissance. Son père s’appelait Constance. Il gouverna l’Église de Dieu sous l’empereur Aurélien
(270-275). Il décida que le Saint-Sacrifice serait célébré sur les “ mémoires” et les tombeaux des martyrs. Il
fit deux ordinations au mois de décembre dans lesquelles il ordonna neuf prêtres, cinq diacres et cinq
évêques pour différents sièges. Il souffrit le martyre.
Pratique
Le saint pape fit un acte important en décidant que le Saint-Sacrifice serait célébré sur les tombeaux des
martyrs. Cet antique usage de l’Église s’est conservé jusqu’à nos jours. D’après les rubriques, il doit y avoir,
dans tous les autels, des reliques de martyrs. Ainsi l’union intime entre les corps des saints et le corps du
Christ a été établie pour tous les temps. Cet usage, aussi, nous explique le sens profond du culte des saints.
Les saints sont les membres du Christ.
La messe est du commun des Souverains Pontifes Si diligis.

153
31 MAI
SAINTE ANGÈLE MÉRICI, VIERGE
double
SAINTE PÉTRONILLE, VIERGE

Vivre comme les anges

1. Sainte Angèle

Jour de mort. 27 janvier 1540. Tombeau à Brescia, dans l’église de Sainte-Afra. Image : On la représente en
Ursuline, avec une échelle – sur laquelle, dans une vision, elle monte au ciel avec les Ursulines. Vie : La
sainte – née en 1474 – est originaire du diocèse de Vérone. Dès sa tendre enfance, elle consacra sa virginité
au Christ. A la mort de ses parents, elle aurait voulu se retirer dans la solitude, mais son oncle l’obligea à
tenir son ménage. Elle put, enfin, à condition de renoncer à l’héritage paternel, entrer dans le Tiers-Ordre de
Saint-François. Au cours d’un pèlerinage aux Lieux-Saints en 1525, elle perdit la vue qu’elle recouvra plus
tard. Elle visita à Rome le pape Clément VII. Celui-ci ne voulut pas la laisser repartir avant d’avoir reconnu
qu’elle était appelée ailleurs. Elle fonda plus tard à Brescia une association de vierges sous la protection de
sainte Ursule. Ce fut le début de l’Ordre prospère des Ursulines. La sainte mourut âgée de près de 70 ans.
Son cadavre conserva sa fraîcheur pendant 30 jours après sa mort. Au moment de sa sépulture dans l’église
de Sainte-Afra, à Brescia, il se fit des miracles.
Pratique
La sainte porte un nom angélique. Son nom fut le programme de sa vie. Aussi l’Église demande aujourd’hui
que, par l’intercession et à l’exemple de la sainte, nous “ vivions comme des anges”. L’Église nous montre le
moyen d’arriver à cet idéal : le renoncement à ce qui est terrestre. L’Église nous demande de renoncer au
monde autant que le comporte notre état. Que pouvons-nous faire dans ce sens ?
Prions pour l’Ordre des Ursulines.
La messe est du commun des vierges Dilexisti.

2. Sainte Pétronille

Martyrologe : “ Elle était la fille du saint Apôtre Pierre. Elle renonça au mariage avec un homme distingué,
nommé Flaccus. On lui donna trois jours pour réfléchir. Le troisième jour, après avoir reçu la sainte
communion, elle rendit son esprit ”. Son tombeau se trouvait dans la catacombe de Priscille, près des saints
Nérée et Achillée. En 755, son corps fut transporté dans l’église Saint-Pierre.
[salettensis : Patronne de la France – Fille ainée de l’Église. En 1889, Léon XIII fit suspendre en avant de
l'autel une lampe a perpétuité “Elle semblera prier sans cesse pour la France”. Pieta de Michel-Ange]

2 JUIN
SAINT MARCELLIN, PRÊTRE, SAINT PIERRE, EXORCISTE, SAINT ÉRASME, ÉVÊQUE, MARTYRS
simple

Les souffrances de ce temps et la gloire future

Tombeau : Les deux premiers furent ensevelis d’abord dans la crypte de Tiburce, à Rome ; maintenant, le
tombeau de saint Marcellin se trouve à Seligenstadt (Allemagne). Saint Érasme fut enterré à Gaëte (Italie).
Image : On les représente en martyrs ; Érasme, en évêque avec un bassin de poix et un dévidoir. Vie :
L’exorciste Pierre fut jeté en prison sous Dioclétien. Là, il délivra la fille du geôlier du mauvais Esprit ; alors
le geôlier se convertit avec toute sa famille. Pierre les conduisit au prêtre Marcellin qui les baptisa. Pour cette
raison, Marcellin fut lui-même emprisonné et cruellement torturé. Enfin, les deux martyrs furent décapités
(vers 303). Le pape saint Damase raconte dans une inscription que, tout enfant, il a entendu raconter par le
geôlier lui-même les détails de l’exécution des deux saints. Érasme était évêque en Campanie. Il fut arrosé de
plomb fondu, mais il demeura sain et sauf. On le revêtit ensuite d’une tunique d’airain brûlant, mais cette

154
fois encore il ne subit aucun dommage. Il mourut enfin d’une mort paisible au commencement du IVe siècle.
C’est un des 14 saints qu’on invoque dans les cas désespérés.
Pratique
Un exorciste, un prêtre, un évêque, c’est-à-dire trois membres “ du clergé ”, se tiennent devant nous comme
martyrs du Christ. Ils ont payé de leur vie l’exercice de leurs fonctions saintes pour le bien des âmes. Faisons
en sorte que l’union entre le clergé et le peuple soit toujours intime et fructueuse. C’est justement le
renouveau liturgique qui amènera cette union.

4 JUIN
SAINT FRANÇOIS CARACCIOLO, CONFESSEUR
double

Dieu de mon cœur, ma part, mon Dieu pour toujours

1. Saint François

Jour de mort : 4 juin 1608. Tombeau : à Naples, dans l’église Sainte-Marie Majeure. Image : On le représente
avec une flèche et un ostensoir. Vie : Le saint est le fondateur des clercs réguliers mineurs. On l’appela plus
tard “ le vénérable père, le prédicateur de l’amour de Dieu ”. Il contribua beaucoup à répandre la dévotion au
Saint-Sacrement et il introduisit dans son Institut “ l’adoration nocturne ”. Il avait une dévotion filiale pour la
Sainte Vierge. Aider le prochain était une de ses plus grandes joies. Le Seigneur lui avait accordé le don de
prophétie et la connaissance des esprits et des cœurs. Dans la quarante-quatrième année de son âge, au cours
d’une cérémonie dans. l’église de Lorette, il connut que sa fin était proche. Il se rendit immédiatement dans
le couvent d’Agnona, dans les Abruzzes : Il s’écria en rentrant : “ C’est ici le lieu de mon repos ! ” Peu de
temps après, il fut saisi d’une fièvre mortelle. Il reçut les derniers sacrements avec la plus touchante piété et
s’endormit doucement dans le Seigneur, le 4 juin 1608.
Pratique
L’Église loue dans ce Saint surtout le zèle de la prière et l’esprit de pénitence. Elle nous propose aussi
l’imitation de ces deux vertus : “ Donne à tes serviteurs de faire de tels progrès dans son imitation qu’ils
prient toujours et réduisent leurs corps en l’esclavage ”. Ce n’est pas une chose facile que l’Église demande
de nous. Mais elle nous donne des secours : l’exemple de notre saint et la sainte Eucharistie.

2. La messe Factum est

La messe est riche en textes propres qui décrivent les vertus héroïques du saint, notamment son zèle dans la
prière : “ Mon cœur est comme une cire qui se fond au-dedans de moi, parce que le zèle de ta maison me
dévore” (Intr.). “ Comme le cerf soupire après les sources d’eau, mon âme a soif de toi, ô Dieu ”. “ Qu’il est
grand le trésor de ta bonté que tu as caché pour ceux qui te craignent ”. La leçon signale sa mort prématurée :
“ Arrivé en peu de temps à la perfection, il a fourni une longue carrière, car son âme était agréable à Dieu.
C’est pourquoi le Seigneur s’est hâté de l’enlever du milieu de l’iniquité ”.
A l’Évangile, nous le voyons comme le “ serviteur vigilant ”, les reins ceints de la ceinture de la
mortification et portant à la main la lampe de l’amour de Dieu.

155
5 JUIN
SAINT BONIFACE, ÉVÊQUE ET MARTYR
double

Pour l’unité religieuse de l’Allemagne

1. Saint Boniface

Jour de mort : 5 Juin 756. Tombeau : à Fulda. Image : On le représente en évêque, avec une hache et, à ses
pieds, un chêne abattu. Vie : Le grand apôtre et l’organisateur de l’Allemagne, originaire d’Angleterre, fut
d’abord un moine bénédictin. Sa première tentative de mission (716) resta sans succès. Avant son second
voyage de mission, il se rendit à Rome (718) ; il y reçut du pape un bref de mission ; il convertit alors, dans
un travail de trois ans, sous la direction de l’évêque Willibrord, le pays des Frisons. Le 3 novembre 722, il fut
consacré évêque par le pape Grégoire II. En 724, il reprit son œuvre missionnaire avec un zèle renouvelé ; il
se tourna vers le peuple des Hessois. Sur une hauteur, près du village de Geismar, il abattit l’antique chêne du
tonnerre que le peuple considérait comme un sanctuaire national et pour lequel il avait une grande
vénération. Avec le bois du chêne abattu, il bâtit une chapelle dédiée à saint Pierre. Cet acte hardi scella la
victoire du christianisme dans cette région. Il rencontra de grandes difficultés de la part du clergé local et des
prêtres vivant à la cour. Calme et modeste, il continua de travailler, seul, et confiant en Dieu seul qu’il
implorait dans des prières incessantes et qu’il faisait implorer par les religieux et les religieuses d’Angleterre.
Sa confiance ne fut pas déçue. Le nombre des conversions s’accrut d’une manière étonnante. En 731,
Grégoire III lui envoya le pallium, qui est le signe de la dignité archiépiscopale. Boniface couronna alors son
œuvre par l’organisation de l’Allemagne. Il établit de dignes évêques, délimita les diocèses, prit soin de la
vie religieuse du clergé et du peuple. Il tint, entre 742 et 747, de grands synodes nationaux. En 744, il fonda
le monastère de Fulda qui devint le centre religieux de l’Allemagne moyenne. En 745, il choisit Mayence
comme siège archiépiscopal. A ce siège furent soumis 13 diocèses. Ce fut l’achèvement de l’organisation
ecclésiastique de l’Allemagne. Saint Boniface acheva sa vie si active, comme il l’avait commencée, dans
l’œuvre missionnaire. Ayant appris, en 754, qu’une partie des Frisons avait apostasié, il fit ses adieux à son
clergé ; dans le pressentiment de sa mort, il emporta son suaire. A 74 ans, il entreprit avec une ardeur juvénile
l’œuvre de la restauration. Il ne devait pas l’achever. Près de la localité de Dockum, au moment où il voulait
administrer la Confirmation à des nouveaux baptisés, il fut surpris par une bande de païens sauvages et tué.

2. La messe Exultabo

La messe a de beaux textes, propres qui caractérisent le vénérable apôtre de l’Allemagne. L’Introït est un cri
de joie de l’Église à la pensée de la conversion de l’Allemagne. Le verset du psaume – il faut oublier le sens
littéral – célèbre l’œuvre de mission du saint. Dans la leçon, on nous demande de louer nos pères dans la foi
– parmi eux, Boniface tient la première place. Leur mémoire doit toujours rester vivante dans l’Église et nous
devons marcher sur leurs traces. Au Graduel, nous entendons le saint martyr nous exhorter à nous unir sur la
terre aux souffrances du Christ, comme il l’a fait jadis, afin de participer à la joie du Christ. A l’Alleluia,
nous entendons pour ainsi dire la voix de Dieu répondre ; au Graduel, Boniface est glorifié. A l’Évangile, le
Christ nous annonce lui-même les huit béatitudes. C’est la voix royale qui mène à la sainteté. Parmi ces
béatitudes, nous remarquons celle des Martyrs : Heureux êtes-vous quand les hommes vous persécutent. A
l’Offertoire, nous voyons le saint missionnaire parcourir l’Allemagne sous la protection de Dieu. A la
Communion, nous voyons sa récompense. Il est assis sur un trône et nous recevons le gage de cette
récompense dans le pain du ciel.

156
6 JUIN
SAINT NORBERT, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR
double

Offrons aujourd’hui nos prières et nos sacrifices pour l’Ordre des Prémontrés

Jour de mort : 6 juin 1134. Tombeau : d’abord à Magdebourg. Pendant la guerre de Trente Ans en 1627, ses
ossements furent transportés au monastère de Strahow, à Prague. Image : On le représente en évêque, avec
un ostensoir dans les mains. Vie : Le saint fondateur des Prémontrés mena, dans sa jeunesse, bien qu’il fût
clerc, une vie très mondaine. En 1115, il se produisit un changement complet dans sa vie. Au cours d’une
promenade à cheval, il fut soudain surpris par un orage. La foudre tomba ; son cheval le jeta à bas et il crut
entendre une voix qui lui reprochait sa vie passée. Cela le transforma complètement, comme saint Paul sur le
chemin de Damas. Il résolut de renoncer à toutes ses richesses et à ses plaisirs, de mener une vie de
renoncement et de se consacrer surtout à la prédication. Il tint sa promesse. En 1121, il fonda l’Ordre des
Prémontrés. Le premier couvent de l’Ordre fut fondé à Prémontré (Aisne) d’après la règle de saint Augustin.
Cet ordre fut approuvé par le pape Honorius II (1126). En 1125, il fut élu archevêque de Magdebourg.
L’archevêque Norbert fit son entrée, pieds nus, dans la ville et dans la cathédrale. Quand il voulut entrer dans
le palais archiépiscopal, le portier le repoussa à cause de ses vêtements misérables. “ Tu m’as mieux connu et
regardé avec des yeux plus clairvoyants que ceux qui me poussent vers ce palais, moi, pauvre homme de
rien, qui n’aurais pas dû être élevé à cette dignité ”. Telle fut sa réponse au serviteur, quand celui-ci, averti
par d’autres, demanda pardon de son erreur. Saint Norbert mourut, le 6 juin 1134, à Magdebourg. Il est le
patron de la Bohême.
La messe est du commun des confesseurs pontifes Statuit.

157
APPENDICE

LE COMMUN DES MARTYRS DANS LE TEMPS PASCAL

L’honneur particulier que l’Eglise rend aux martyrs trouve son couronnement dans ce fait qu’ils ont un
commun spécial dans le temps pascal. L’Eglise veut unir le martyre avec la victoire que le Christ a remportée
dans sa Passion, de la manière la plus étroite. La “ blanche armée des martyrs ” est l’escorte du vainqueur de
la mort et de l’enfer. La liturgie veut donc, dans la solennité des martyrs, réaliser la parole de saint Paul : “ Si
nous participons à ses souffrances, nous participerons aussi à la consolation ”. Les deux formulaires – le
premier pour un martyr, le second pour plusieurs martyrs – se distinguent par une beauté et une profondeur
classiques, et respirent l’esprit triomphant du martyre tel que le connaissait l’ancienne Église.

1. Messe pour un martyr Protexisti

Dans cette messe, nous sommes frappés immédiatement par le caractère direct et dramatique et par la
fraîcheur des chants. C’est un signe de son antiquité. Sans beaucoup de considérations, la liturgie nous
montre le saint, le fait parler, passe d’un tableau à l’autre.
Dans l’Introït, le martyr lui-même chante un cantique d’action de grâces : Les persécuteurs n’ont fait
qu’accroître son triomphe. Le psaume 63 – qu’il faut envisager en entier – était appliqué le Vendredi et le
Samedi saints, à la Passion du Christ ; il sert maintenant au saint à décrire son martyre. Nous l’entendons se
plaindre et crier. Nous voyons les ennemis “ aiguiser leur langue comme des épées ”, “ attaquer l’innocent ” ;
nous les voyons concevoir leur plan infernal. Et pourtant, ils ne sont pas les vainqueurs : “ Leurs coups sont
devenus des flèches d’enfants ”. En grinçant des dents, ils doivent annoncer l’action de Dieu. Mais “ le juste
se réjouit dans le Seigneur, ils se réjouissent tous ceux qui ont le cœur droit ”.
La leçon est également dramatique. Nous jetons un regard sur l’au-delà ; nous sommes au jugement dernier.
Nous voyons de nouveau les deux partis, les persécuteurs et les martyrs. Les persécuteurs se tiennent debout
en face de leurs victimes. Ils les voient dans la gloire céleste et s’écrient, pleins de frayeur : “ Les voilà ceux
dont nous nous sommes moqués. Fous que nous étions, nous pensions que leur vie était insensée. Voilà qu’ils
sont comptés maintenant au nombre des enfants de Dieu ”.
L’antienne de l’Alleluia est la réponse de la communauté. Le ciel et la terre, l’Église triomphante et l’Église
militante louent et “ confessent ” les merveilles de Dieu qui se manifestent dans le martyre et sa récompense
céleste. Les mots confessio, confiteri qui signifient reconnaître et louer, ont dans le langage de l’ancienne
liturgie une relation particulière avec le martyre. Le martyr, en effet, est un “ confesseur” au sens le plus
élevé. Il a “ confessé le Seigneur devant les hommes ”. Maintenant, le Christ – et avec lui tout le royaume de
Dieu – le “ confesse ”, comme un “ vainqueur couronné ”.
L’Évangile nous déçoit à première vue. Nous aurions attendu, comme dans les autres messes de martyrs, un
mot du Christ sur ceux qui portent leur croix après lui. Or, nous entendons la parabole de la vigne. Pourquoi
cela ? Il peut se faire qu’il y ait d’abord une raison extérieure et historique. Dans l’antiquité, on faisait la
lecture continue de la dernière partie de l’évangile de saint Jean pendant le temps pascal. Notre évangile
rentrait sans doute dans cette suite (cf. les Évangiles des dimanches après Pâques ; de même celui de saint
Philippe et saint Jacques). Cependant, un œil exercé trouvera une relation intime entre le martyre et l’image
de la vigne. Le Christ, le Roi des martyrs, est le cep de vigne élevé sur la Croix ; les martyrs sont les raisins
mûrs de cette vigne qui pendent de la Croix. Le vin eucharistique a jailli sous le pressoir de la souffrance et
ce vin fut la boisson enivrante qui donna force et courage aux martyrs. Ces trois notions : Croix, Eucharistie
et martyre, sont tellement unies dans l’esprit de la primitive Église que l’une d’entre elles évoque
immédiatement les autres. C’est pourquoi, depuis les temps les plus reculés, on nomme deux fois les martyrs
au Canon de la messe. Notre Evangile est en quelque sorte une illustration du Canon. Le Christ, la vigne
divine qui s’appuie sur la Croix, le Christ qui est en même temps l’arbre de vie du Paradis ; les martyrs qui
sont les raisins suspendus à cette vigne. Les martyrs ont réalisé la parabole. Ils sont “ demeurés dans le Christ
et ont porté beaucoup de fruit” en méritant la couronne du martyre.
Nous aussi, nous sommes les sarments de la vigne divine qui est le Christ et justement, maintenant, à la
messe, la sève vitale de la vigne doit couler dans les sarments afin qu’ils “ portent beaucoup de fruits ”. C’est

158
par la vie divine que nous sommes unis au saint martyr ; c’est précisément à la messe que doit se réaliser la
communion des saints qui est une “ communauté de souffrance et de consolation ”. C’est ainsi que nous
comprenons, à la lumière de la primitive Église, la communion des saints.
De nouveau le royaume de Dieu au ciel et sur la terre loue et confesse les merveilles de la vigne divine – Off.
A la Communion, nous voyons le saint s’asseoir avec joie au banquet céleste et, sur la terre, nous prenons
part à sa joie à la table eucharistique. Le psaume 63 a commencé la messe et il l’achève. Remarquons que la
plupart des chants nomment le saint au singulier.

2. Messe pour plusieurs martyrs Sancti tui

La seconde messe est, elle aussi, d’une noble beauté architecturale.


L’Introït Sancti tui commence par la louange des “ saints ”. Ce sont les martyrs et nous leur sommes unis. Ce
double chœur annonce la “ gloire du royaume ” du Christ. Le psaume 144 loue Dieu – ou le Christ – à cause
de sa grandeur, de sa bonté et de sa fidélité. C’est un des plus beaux psaumes. Il n’est malheureusement
guère utilisé dans la liturgie. Quelle magnifique image présente l’Introït : le Christ, le Roi ressuscité, entouré
de ses “ témoins ” !
Cette pensée est continuée dans l’Épître. Par sa résurrection, le Christ nous a assuré un héritage impérissable
au ciel. Nous marchons vers cet héritage. Il est vrai que notre chemin passe d’abord à travers les luttes
terrestres et les tentations. Mais la tristesse ne dure qu’un peu de temps modicum. L’or doit être purifié dans
le feu pour le grand jour de la “ manifestation de Jésus-Christ ”. Nous assistons par avance à cette
manifestation, à la messe, avec les martyrs.
Nous voyons de nouveau les saints martyrs devant nous dans leurs vêtements blancs comme les lis ; ils sont
parfumés comme le baume dans leur mort précieuse aux yeux de Dieu (Allel.).
L’Évangile est presque le même que dans la messe précédente – seulement le texte commence quelques
versets plus loin. La parabole nous montre la vie chrétienne sous son aspect le plus intime : Le Christ est la
vigne divine, nous sommes les sarments. Cette parabole nous donne l’essence même de la liturgie. Les saints
et les chrétiens d’ici-bas sont dans une communion intime de vie avec le Christ. Nous recevons de lui la sève
vitale, le vin divin de l’Eucharistie. C’est dans l’Eucharistie que nous trouvons la force d’accomplir les
commandements du Christ et de “ porter beaucoup de fruit ” (v. l’explication de l’Évangile de la messe
précédente).
Dans l’allégresse pascale, nous nous avançons vers l’autel, avec les martyrs, pour mourir avec le Christ
(Off.) et pour être glorifiés avec lui (Comm.).

3. La solennité des martyrs pendant le temps pascal est merveilleusement complétée par les
magnifiques chants de la prière des Heures :

Eclatants de blancheur sont ses élus, Alleluia, Voilés de la splendeur de Dieu, Alleluia, Ils sont blancs comme
le lait, Alleluia, Ils sont plus éclatants que la neige, plus blancs que le lait, Plus brillants que le vieil ivoire,
plus beaux que le saphir. (Répons).
L’Église nous crie : “ Filles de Jérusalem, venez voir les martyrs avec leurs couronnes ; Le Seigneur les a
couronnés au grand jour de la solennité et de la joie ”. (Ant. Bened.).

159
OFFICE DE LA SAINTE VIERGE LE SAMEDI PENDANT LE TEMPS PASCAL

L’office de la Sainte Vierge, le samedi, pendant le temps pascal, comporte quelques modifications.
A l’Alleluia, nous chantons : “ Le rameau de Jessé a fleuri, la Vierge a enfanté celui qui est Dieu et Homme.
Dieu a établi la paix en unissant en lui la grandeur et la petitesse ”. On fait ici allusion à l’œuvre de
Rédemption que le Christ a achevée dans sa Résurrection.
L’Évangile nous conduit au pied de la Croix et nous sommes témoins de ces mémorables paroles de Jésus à
sa Mère et à S. Jean : “ Femme, voilà ton Fils. – Voilà ta Mère ”. La liturgie tient à rappeler cette scène
pendant le temps pascal afin de nous faire souvenir que le Christ a donné Marie comme Mère à S. Jean et,
dans la personne de l’Apôtre, à nous tous. Marie est depuis ce mémorable Vendredi-Saint la Mère de la
chrétienté.
L’Offertoire chante : “ Bienheureuse es-tu, Vierge Marie, tu as porté le Créateur de l’Univers ; celui qui t’a
créée, tu l’as enfanté et tu demeures vierge éternellement, Alleluia ”.
Au bréviaire, nous lisons une homélie de saint Augustin qui oppose, dans un parallèle bref et saisissant, les
deux grandes femmes de l’histoire de l’humanité.
“ Par une femme vint la mort, par une femme vint la vie. Par Ève la ruine, par Marie le salut. Celle-
là, tentée, suivit le tentateur ; celle-ci, sans souillure, enfanta le Sauveur. Celle-là prit la coupe que lui
présentait le serpent, elle l’accepta joyeusement et la présenta à son man ; tous les deux y burent la
mort. Celle-ci, couverte de l’ombre de la grâce d’en-haut, produisit la vie par laquelle la chair put
être ressuscitée. Qui a opéré cela ? Le Fils de la Vierge et l’Époux des vierges qui donna à sa Mère la
fécondité sans lui ravir son intégrité ”.

SUPPLÉMENT

28 AVRIL
SAINT LOUIS GRIGNION DE MONTFORT, CONFESSEUR
Double

Un apôtre des missions populaires et de la Sainte Vierge

Louis Grignion naquit le 31 janvier 1673 à Montfort-la-Cane, non loin de Rennes, dans une famille qui
compta dix-huit enfants. Il se signala de bonne heure par une vive dévotion à Marie et par un goût marqué
pour la plus austère pénitence, deux traits qui marqueront toute sa vie. Le second, qui entraînait
nécessairement des manières de faire insolites dans son milieu, lui attira des suspicions dès le temps de son
grand séminaire et plus tard au cours de son ministère. Mais le jeune homme prenait occasion de ces avanies
pour grandir en vertu. Ordonné prêtre le 5 juin 1700, il fit ses débuts à Saint-Clément de Nantes, puis devint
bientôt aumônier de l’hôpital de Poitiers. On ne tarda pas à parler de ses initiatives qui émerveillaient les uns
et scandalisaient les autres. Pour avoir tancé un jour des jeunes gens qui se baignaient dans une tenue
indécente, il se vit accuser devant l’évêque, qui crut devoir l’interdire pour un temps. Pourchassé par
l’opinion publique, il devra errer pendant plusieurs années de diocèse en diocèse, jusqu’au jour où il pourra
entreprendre la grande œuvre des missions populaires. Sans se départir de sa vigueur contre le mal, il
emploie tous les moyens qu’il juge aptes à favoriser les conversions : mises en scène sur la place publique,
cantiques, processions, mais surtout recours à la Sainte Vierge, en l’honneur de laquelle il compose un Traité
de dévotion à la Sainte Vierge, et pratique de la plus dure pénitence. Une de ses œuvres capitales fut aussi
l’éducation des enfants. Les Frères de Saint-Gabriel et les Filles de la Sagesse, qui se consacrent
spécialement aux aveugles et sourds-muets, lui doivent l’existence. Ses extrêmes mortifications, s’ajoutant
aux fatigues d’un ministère épuisant, devaient avoir bien vite raison de sa santé. Il mourut à 43 ans au début
d’une mission à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée, le 28 avril 1716. Proclamé bienheureux par Léon XIII
en 1888, Louis Grignion de Montfort fut canonisé le 20 juillet 1947.
Pratique : Voici la consécration que le saint a prononcée et qu’il nous propose :
“ O Marie, je vous choisis en présence de toute la cour céleste pour ma Mère et Maîtresse. Je vous
livre et consacre, en qualité d’esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la
valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un entier et plein
droit de disposer de moi et de tout ce qui m’appartient, selon votre bon plaisir, à la plus grande gloire
de Dieu, dans le temps et l’éternité ”.

160
TABLE DES MATIÈRES
La Semaine Sainte
Dimanche des Rameaux – Station à saint Jean de Latran........................................................................................................3
Lundi de la Semaine Sainte – Station à Sainte Praxede...........................................................................................................7
Mardi de la Semaine Sainte – Station à Sainte Prisque.........................................................................................................10
Mercredi de la Semaine Sainte – Station à Sainte Marie Majeure.........................................................................................12

Le Saint Triduum
Jeudi Saint............................................................................................................................................................................ 16
Vendredi Saint – Station à Sainte-Croix de Jérusalem...........................................................................................................21
Samedi Saint – Station à saint Jean de Latran.......................................................................................................................25
La Grande Fête de Pâques.....................................................................................................................................................29

La Semaine de Pâques
Dimanche de Pâques – Station à Sainte Marie Majeure........................................................................................................31
Lundi de Pâques – Station à Saint Pierre ..............................................................................................................................34
Mardi de Pâques – Station à Saint Paul.................................................................................................................................36
Mercredi de Pâques – Station à Saint Laurent devant les Murs.............................................................................................38
Jeudi de Pâques – Station aux Douze Apotres.......................................................................................................................39
Vendredi de Pâques – Station à Sainte Marie des Martyrs....................................................................................................41
Le Samedi Blanc – Station à Saint Jean de Latran................................................................................................................43

Première Semaine Après l'Octave de Pâques


Le Dimanche Blanc – Station à saint Pancrace.....................................................................................................................46
Lundi après le Dimanche Blanc............................................................................................................................................48
Mardi après le Dimanche Blanc............................................................................................................................................49
Mercredi après le Dimanche Blanc.......................................................................................................................................50
Jeudi après le Dimanche Blanc.............................................................................................................................................51
Vendredi après le Dimanche Blanc.......................................................................................................................................52
Samedi après le Dimanche Blanc..........................................................................................................................................53

Seconde Semaine après l'Octave de Pâques


Le Dimanche du Bon Pasteur................................................................................................................................................55
Lundi de la Deuxième Semaine après l'Octave de Pâques.....................................................................................................57
Mardi de la Seconde Semaine après l'Octave de Pâques.......................................................................................................59
Mercredi de la Seconde Semaine Après l'Octave de Pâques..................................................................................................60
La fête du Patronage de Saint Joseph...................................................................................................................................................60
Jeudi de la Seconde Semaine Après l'Octave de Pâques........................................................................................................62
Vendredi de la Seconde Semaine Après l'Octave de Pâques..................................................................................................63
Samedi de la Seconde Semaine Après l'Octave de Pâques....................................................................................................64

Transition
Troisième Dimanche Après Pâques.......................................................................................................................................65
Lundi de la Troisième Semaine Après l'Octave de Pâques....................................................................................................68
Mardi de la Troisième Semaine Après l'Octave de Pâques....................................................................................................70
Mercredi de la Troisième Semaine Après l'Octave de Pâques...............................................................................................70
Octave de Saint Joseph......................................................................................................................................................................... 70
Jeudi de la Troisième Semaine Après l'Octave de Pâques.....................................................................................................71
Vendredi de la Troisième Semaine Après l'Octave de Pâques...............................................................................................72
Samedi de la Troisième Semaine Après l'Octave de Pâques..................................................................................................72

Quatrième Dimanche Après Pâques


Lundi de la Quatrième Semaine Après l'Octave de Pâques...................................................................................................77
Mardi de la Quatrième Semaine Après Pâques......................................................................................................................77
Mercredi de la Quatrième Semaine Après l'Octave de Pâques..............................................................................................78
Jeudi de la Quatrième Semaine Après l'Octave de Pâques....................................................................................................78
Vendredi de la Quatrième Semaine Après l'Octave de Pâques..............................................................................................79
Samedi de la Quatrième Semaine Après l'Octave de Pâques.................................................................................................80

Cinquième Semaine Après l'Octave de Pâques


Cinquième Dimanche Après Pâques.....................................................................................................................................81
Lundi de la Semaine des Rogations – Station à Sainte Marie Majeure..................................................................................84
Mardi de la Semaine des Rogations – Station à Saint Jean de Latran....................................................................................86

Vigile de l'Ascension – Troisième jour des Rogations – Station à Saint Pierre.....................................................................87


L'Ascension du Christ – Station à Saint Pierre.....................................................................................................................................88

161
Vendredi dans l'Octave.......................................................................................................................................................... 91
Samedi dans l'Octave............................................................................................................................................................ 93

Sixième Semaine Après l'Octave de Pâques


Sixième Dimanche Après Pâques..........................................................................................................................................95
Lundi dans l'Octave.............................................................................................................................................................. 97
Mardi dans l'Octave.............................................................................................................................................................. 98
Mercredi dans l'Octave.........................................................................................................................................................99
Jour Octave de l'Ascension du Christ..................................................................................................................................100
Vendredi après l'Octave – Station à Saint Jean de Latran....................................................................................................103

La Grande Fête de la Pentecôte


Dimanche de la Pentecôte – Station à Saint Pierre..............................................................................................................106
Lundi de la Pentecôte – Station à Saint Pierre ès-Liens......................................................................................................109
Mardi de la Pentecôte – Station à Sainte Anastasie.................................................................................