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CHAPITRE 6 : Séries de Fourier

A. Zeriahi

Novembre 2011

Le problème de la représésentation d’une fonction par une série trigonométrique


est apparu historiquement vers la fin du 18ème siècle, notamment dans les
travaux de D. Bernoulli sur les cordes vibrantes et ceux de J. Fourier sur la
théorie de la chaleur. Mais beaucoup de mathématiciens ont contribué au
développement de cette théorie, citons notamment d’Alembert, Euler, Féjer,
Dirichlet, Jordan etc...
Nous nous proposons ici d’étudier les séries de Fourier dans le cadre
préhilbertien et d’établir quelques résultats élémentaires de cette théorie.
Ensuite nous donnerons deux exemples d’applications.

1 Le système trigonométrique
1.1 Séries de Fourier
Soit C = C2π l’espace des fonctions continues sur R, 2π−périodiques à valeurs
complexes. Pour étudier ces fonctions, il suffit de se restreindre à un inter-
valle de longueur 2π. On choisira le plus souvent l’intervalle symétrique
I := [−π, +π].
Cet espace est muni d’une structure d’espace préhilbertien de produit
scalaire hermitien défini pour f, g ∈ C par la formule
Z +π
1
(1.1) (f |g) := f (t)g(t)dt,
2π −π

où l’intégrale est bien définie au sens de Riemann. Observons qu’une fonction
f ∈ C s’écrit de façon unique f (t) = F (eit ) pour t ∈ I où F est une fonction
continue sur le cercle unité T := {z ∈ C; |z| = 1}.
Posons pour n ∈ Z,

en (t) := eint , t ∈ R.

Obervons que en est la restriction à T du monôme de Laurent z n , n ∈ Z.


Nous allons vérifier que (en )n∈Z est un système orthonormé de l’espace
préhilbertien complexe C.

1
En effet pour m, n ∈ Z on a de façon évidente
Z +π
1
(en |em ) = ei(n−m)t dt = δn,m .
2π −π

Le système orthonormé (en )n∈Z de C est appelé le le système trigonométrique


complexe.
Pour f ∈ C, on pose
Z +π
1
(1.2) cn = cn (f ) = (f |en ) = f (t)e−int dt, n ∈ Z,
2π −π

et on les appelle les coefficientsP


de Fourier de f suivant le système trigonométrique
complexe; tandis que la série n∈Z cn (f )en est appelée série de Fourier de
f.
Nous montrerons plus loin que ce système orthonormé est total dans
C. Pour le moment, on peut seulement affirmer que si f ∈ C, la famille
(|cn (f )|2 )n∈Z est sommable puisque d’après l’inégalité de Bessel, on a

X
+∞ Z +π
1
|c0 | +
2
(|ck | + |c−k | ) ≤
2 2
|f (t)|2 dt.
2π −π
k=1

On a donc une application naturelle

F : C −→ `2 (Z)

qui à une fonction f ∈ C associe la suite de ses coefficients de Fourier. C’est


une application linéaire continue d’après l’inégalité de Bessel. On l’appelle
la transformée de Fourier discrète.
Il sera plus commode dans la suite de considérer le système trigonométrique.
En effet, pour f ∈ C, posons

a0 (f ) := 2c0 (f ), ak (f ) := ck (f )+c−k (f ), bk (f ) := i(ck (f )−c−k (f )), k ∈ N∗ ,

de sorte que les nombres complexes obtenus vérifient les relations suivantes
ak (f ) − ibk (f ) ak (f ) + ibk (f )
ck (f ) = , c−k = , ∀k ∈ N∗ .
2 2
Il en résulte que pour n ∈ N, la somme partielle symétrique d’ordre n de la
série de Fourier de f s’écrit

X
+n
1 X n
Snf (t) = Sn (t) := ck (f )eikt
= a0 (f ) + (ak (f ) cos kt + bk (f ) sin kt).
2
k=−n k=1

Une telle expression est appelé un polynôme trigonométrique complexe de


degré au plus n.

2
Observons qu’à partir des formules (1.2) on obtient facilement les for-
mules suivantes pour les coefficients ak (f ) et bk (f ), appelées formules d’Euler:
Z
1 +π
ak f ) = f (t) cos(kt)dx, k ∈ N,
π −π
Z
1 +π
bk (f ) = f (t) sin(kt)dt, k ∈ N∗ .
π −π

L’avantage de ces coefficients est qu’ils sont réels si f est à valeurs réelles.
En fait le système des polynômes trigonométriques réels suivants:

(1.3) 1/ 2, cos x, sin x, . . . , cos kx, sin kx, . . .

√ un système orthogonal de C dont tous les vecteurs sont de norme


forme
1/ 2, que l’on appelera le système trigonométrique réel. C’est un système
orthonormé dans C pour le nouveau produit scalaire suivant
Z
0 1 +π
(f |g) := f (t)g(t)dt.
π −π

Les nombres complexes a0 (f )/ 2, a1 (f ), b1 (f ), . . . ak (f ), bk (f ), . . . sont alors
les coefficients de Fourier de f suivant ce système orthonormé pour ce nou-
veau produit saclaire.
En effet, pour vérifier que ce système est un système orthogonal dans
dans C, posons ϕ0 (x) = 1, ϕk (x) = cos(kx), ψk (x) := sin(kx) pour k ∈ N∗
et x ∈ R. Alors ϕk = (1/2)(ek + e−k ) pour k ∈ N et ψk = (1/2i)(ek − e−k )
pour k ∈ N∗ . Par suite, puisque en ⊥ e−m pour tout n ∈ N et m ∈ N∗ on a
1 1
(ϕk |ψl ) = (ek + e−k |el − e−l ) = ((ek |ek ) − (el |el )) = 0
4i 4i
pour tout k ∈ N et l ∈ N∗ .
D’autre part puisque en ⊥ em si n 6= m on a pour k ∈ N et l ∈ N
tels que k 6= l (ϕk |ϕl ) = 41 (ek + e−k |el + e−l ) = 0 de même que (ψk |ψl ) =
4i (ek − e−k |el − e−l ) = 0.
1

Enfin on a (ϕk |ϕk ) = (1/4)kek + e−k |2 = 1/2. Il en résulte que


Z Z Z
1 +π 1 1 +π 1 +π 2
dx = cos2 (kx)dx = 1, sin (kx)dx = 1, ∀k ∈ N∗ .
π −π 2 π −π π −π

Les sommes partielles symétriques de la série de Fourier de f sont précisémment


les sommes partielles ordinaires de f suivant le système trigonométrique réel
puisque

X
+n
a0 X
n
cn (f )eint = + (ak (f ) cos kx + bk (f ) sin kx).
2
k=−n k=1

3
Cette écriture a plusieurs avantages:
- c’est une série ordinaire (unilatérale),
- si f est à valeurs réelles, les coefficients ak (f ) et bk (f ) sont des nombres
réels puisque dans ce cas ck (f ) = c−k (f ) et donc ak (f ) = 2<ck (f ) et bk (f ) =
−2=ck (f ) pour tout k ∈ N∗ ,
- si f est à valeurs réelles, pour chaque n ∈ N, la somme de Fourier partielle
d’ordre n, Snf est un polynôme trigonométrique réel de degré n,
- si f est impaire (resp. paire) on a ak (f ) = 0 pour tout k ∈ N (resp.
bk (f ) = 0 pour tout k ∈ N∗ .)
Il est facile de voir que |c0 (f )|2 = (1/4)|a0 (f )|2 et et que pour tout k ∈ N∗
on a |ck (f )|2 + |c−k (f )|2 = (1/2)(|ak (f )|2 + |bk (f )|2 ). L’inégalité de Bessel
s’écrit alors
X
+∞ Z
1 +π 2
|a0 (f )| /2 +
2
(|ak (f )| + |bk (f )| ) ≤
2 2
|f | dt.
π −π
k=1
Pour terminer observons que l’espace C n’est pas complet pour la norme
k.k2 .
En effet considérons pour chaque n ∈ N∗ , la fonction continue, 2π−périodique,
paire et affine par morceaux fn telle que fn (t) := 2 si 0 ≤ t ≤ π/2 et
fn (t) := 0 si π/2 + 1/n ≤ t ≤ π. Montrons que (fn )n∈N∗ est une suite de
Cauchy dans (C, k.k2 ) qui ne converge pas dans (C, k.k2 ). En effet pour tout
n ≥ m ≥ 0, on a kfn − fm k22 ≤ 1/m et donc la suite (fn ) est une suite de
Cauchy. Supposons qu’elle converge dans (C, k.k2 ) vers une fonction f ∈ C.
R π/2
Alors par définition on a 0 |f (t) − 2|2 dt ≤ kf (t) − fn (t)|2 → 0, ce qui
prouve par continuité de f que f ≡ 2 sur R π[0, π/2]. Par ailleurs si ε > 0 est as-
sez petit, alors pour n assez grand on a π/2+ε |f (t)|2 dt ≤ kf (t)−fn (t)|2 → 0,
ce qui prouve par continuité de f que f ≡ 0 sur [π/2 + ε, π]. Par conséquent
f ≡ 2 sur [0, π/2] et f ≡ 0 sur ]π/2, π], ce qui contredit la continuité de f .
On observe que dans ce cas, la ”limite naturelle” de cette suite est une
fonction continue par morceaux ayant au point π/2 une discontinuité de
première espèce.
Il est possible de compléter l’espace C en y ajoutant toutes les ”limites”
des suites de Cauchy de (C, k.k2 ). L’espace de Hilbert obtenu peut être
décrit grâce à l’intégrale de Lebesgue sur R. Il contient l’espace des fonctions
f : R −→ C 2π−périodique telles que |f |2 soit intégrable au sens de Riemann
sur [−π, +π] (e.g. f continue par morceaux).
C’est pourquoi il est naturel d’étudier les séries de Fourier associées à
des fonctions qui ne sont pas nécéssairement continues.
Si f : [−π, +π] −→ C est une fonction continue par morceaux sur
[−π, +π], il est naturel de prolonger f en chacun de ses points de discon-
tiniutés t0 ∈ [−π, +π] par son demi-saut en ce point. D’une façon plus
précise, on pose
1
f˜(x) := (f (x+ ) + f (x− )), six ∈] − π, +π[
2

4
1
f˜(±π) := (f (−π + ) + f (π − )).
2
˜
Il est alors clair que f se prolonge en une fonction 2π−périodique sur R,
continue par morceaux telle que f˜(x) = f (x) en tout point x ∈] − π, +π[ en
lequel f est continue.
En modifiant ainsi la fonction f en tous ses point de discontinuité (en
nombre fini), on obtient une fonction g := f˜ continue par morceaux qui
a la même série de Fourier que f et qui vérfie en tout point de x ∈ R
g(x) = (g(x+ ) + g(x− ))/2. Cet espace, noté D s’appelle l’espace de Dirichlet
des fonctions continues par morceaux et 2π−périodiques. L’espace D est
muni d’une structure d’espace préhilbertien pour le produit scalaire défini
pour f, g ∈ D par Z +π
1
(f |g) := f (t)g(t)dt,
2π −π
où l’intégrale est bien définie, puisque la fonction à intégrer est continue par
morceaux sur [−π, +π].
Le système trigonométrique complexe est alors un système orthonormé
dans D.
A chaque fonction f ∈ D on peut donc associer sa série de Fourier
X
(1.4) f ∼ a0 (f )/2 + (ak (f ) cos kx + bk (f ) sin kx),
k∈N∗

où ak (f ) et bk (f ) sont donnés par les formules d’Euler (??).


D’une manière plus générale, pour toute fonction f : [−π, +π] −→ C
intégrable au sens de Riemann sur [−π, +π], les formules d’Euler définissent
des nombres complexes ak (f ), bk (f ), appelés coefficients de Fourier de f et
on peut alors associer à f sa série de Fourier (formelle) selon le schéma (1.4).
Le problème général qui nous intéresse ici est le lien exact qui existe
entre une fonction f ∈ D et sa série de Fourier.
D’une façon plus précise, nous voulons répondre aux questions naturelles
suivantes:
1) pour une fonction f ∈ C ou f ∈ D, la série de Fourier de f converge-t-elle
et en quel sens?
2) Dans le cas où il y a convergence de la série de Fourier, quelle est sa
limite? Peut-on reconstituer f à partir de sa sériePde Fourier et comment?
3) Etant donnée une série trigonométrique a0 /2+ k≥1 (ak cos kt+bk sin kt),
à quelles conditions sur les coefficients ak , bk cette série représente-t-elle la
série de Fourier d’une fonction continue 2π−périodique sur R?
Les réponses à ces question sont assez complexes et se feront en plusieurs
étapes. Nous démontrerons tout d’abord qu’il existe beaucoup de fonctions
continues 2π−périodiques dont la série de Fourier ne converge pas au sens
ordinaire en un point fixé de R. Ensuite nous démontrerons que la série de
Fourier d’une fonction continue 2π−périodique converge uniformément au

5
sens des moyennes arithmétiques de Césaro. Ce qui prouvera en particulier
que le système trigonométrique est total.
Dans le cas d’une fonction continue par morceaux, nous donnerons des
conditions suffisantes qui assurent que la série de Fourier converge en un
point ou uniformément sur un segment donné et déterminerons sa somme.
Ces conditions obéissent à un principe assez simple: le comportement de f au
voisinage d’un point a une infulence sur le comportement de ses coefficients
de Fourier et donc sur sa série de Fourier.
Enfin nous donnerons des exemples d’applications des séries de Fourier...

1.2 Série trigonométriques


On appelle série trigonométrique, toute série de fonctions de la forme
X
a0 /2 + (ak cos kt + bk sin kt)
k≥1

où (ak )k∈N et (bk )k∈N∗ sont des suites de nombres réels ou complexes appelés
coefficients de la série. Observons qu’en posant c0 := a0 /2 et

ak − ibk ak + ibk
ck := , c−k = , ∀k ∈ N∗ ,
2 2
les sommes partielles d’ordre n de cette série s’écrivent

X
n X
n
sn (t) := a0 /2 + (ak cos kt + bk sin kt) = cp eipt , t ∈ R.
k=1 p=−n

Il est clair que sn est un polynôme trigonométrique de degré n, donc 2π−périodique.


Par conséquent si une telle série converge uniformément sur [−π, +π], sa
somme
X
+∞
f (t) := lim sn (t) = a0 /2 + (ak cos kt + bk sin kt), t ∈ R
n→+∞
k=1

est une fonction continue 2π−périodique sur R. De plus grâce à l’orthogonalité


du système trigonométrique, les coefficients de Fourier de f sont alors donnés
par les formules attendues cn (f ) = cn pour tout n ∈ Z et donc a0 (f ) =
a0 , ak (f ) = ak et bk (f ) = bk pour tout k ∈ N∗ .
On dira qu’une fonction f continue 2π−périodique sur R est développable
P
en série de Fourier sur R s’il existe une série trigonométrique a0 /2+ k≥1 (ak cos kt+
bk sin kt) qui converge uniformément sur R vers f . D’après la remarque qui
précède, une telle série est unique, c’est nécéssairement la série de Fourier
de la fonction f .

6
P
Proposition 1.1 Soit a0 /2+ k≥1 (ak cos kt+bk sin kt) une série trigonométrique
donnée.
1) Si cette série trigonométrique converge uniformément sur [−π, +π], elle
converge uniformément sur R vers une fonction continue et 2π−périodique
f dont la série de Fourier
P+∞est précisément la série trigonométrique donnée.
2) Si la série numérique k=1 (|ak |+‘|bk |) converge, alors la série trigonométrique
converge uniformément sur R vers une fonction continue 2π−périodique f
dont la série de Fourier est précisément la série trigonométrique donnée.
Si cette condition n’est pas satisfaite, on applique le résultat suivant qui est
une conséquence du critère d’Abel.
Proposition 1.2 Soit (an )n≥0 et (bn )n∈N deux suites décroissantes P+∞de nom-
bres
P+∞ réels positifs tendant vers 0. Alors la série trigonométrique k=0 ak cos kx+
k=0 bk ) sin kx converge converge uniformément sur tour intervale fermé
borné contenu dans [−δ] ∪ [δ, π].

2 Développement en série de Fourier des fonctions


régulières
Nous allons étudier l’influence de la régularité d’une fonction continue sur
le comportement des coefficients de Fourier et par voie de conséquence sur
la convergence de sa série de Fourier.

2.1 Série de Fourier d’une fonction de classe C 1 par morceaux


Le comportement des coefficients de Fourier d’une fonction f ∈ L1 ([−π, +π])
est intimement lié à sa régularité comme le montre le résultat suivant.
Proposition 2.1 1) Si f : R −→ C est une fonction continue 2π−périodique
de classe C 1 par morçeaux, alors
1
cn (f ) = cn (f 0 ), ∀n ∈ Z∗
in
ou encore
1 1
ak (f ) = − bk (f 0 ) et bk (f ) = − ak (f 0 )∀n ∈ N∗ .
n n
En particulier cn (f ) = o(1/|n|) lorsque |n| → +∞.
Si f est de classe C m−1 et sa dérivée d’ordre m est continue par morceaux,
alors cn (f ) = o(|n|m ) lorsque |n| → +∞.
2) Si f : R −→ C est une fonction 2π−périodique continue par morçeaux,
alors la fonction F définie par la formule
Z x
a0 (f )
F (x) := f (t)dt − x, x ∈ R,
0 2

7
est continue, 2π−périodique et de classe C 1 par morçeaux sur R et ses
coéfficients de Fourier sont donnés par la formule
1
cn (F ) = cn (f ), ∀n ∈ Z∗ ,
in
avec a0 (F ) = 0.

Démonstration: En effet pour tout n ∈ N∗ on a en intégrant par parties


Z +π
1
cn (f ) = ( f (t)eint dt
2π −π

Corollary 2.2 Si f : R −→ C est une fonction continue 2π−périodique de


classe C 1 par morçeaux sur R, alors sa série de Fourier

a0 (f ) X
+∞
+ (ak (f ) cos kt + bk (f ) sin kt)
2
k=1

converge uniformément sur R vers f .

En effet d’après les formules ci-dessus, on a


1
|ak (f )| + |bk (f )| = (|ak (f 0 )| + |bk (f 0 )|), ∀k ∈ N∗ .
k
Utilisant l’inégalité triviale 2αβ ≤ (α2 +β 2 ) pour tout α, β ≥ 0, on en déduit
que pour tout t ∈ R,
X X 1 1
max |ak (f ) cos kt + bk (f ) sin kt| ≤ 2
+ (|ak (f 0 )|2 + |bk (f )|2 ),
t∈R 2k 2
k≥1 k≥1
X 1
≤ + kf 0 k2 < ∞.
2k 2
k≥1

Il en résulte que la série de Fourier de f converge normalement et donc uni-


formément sur R. Si on note g la somme de cette série, on en déduit que g
est une fonction continue 2π−périodique sur R telle que les coefficients de
Fourier de g coincident avec ceux de f . Comme le système trigonométrique
est complet d’après le corollaire 3.3, on en ded́uit que f ≡ g. I

Donnons quelques exemples pour illustrer les résultats obtenus précédemment.


Exemple : Soit f : [−π, +π] −→ R la fonction définie par f (x) = −1 si
−π ≤ x ≤ 0 et f (x) = 1 si 0 < x ≤ +π. Alors f est continue par morceaux
et paire par conséquent an (f ) = 0 pour tout n ∈ N et pour n ∈ N∗ on a
Z π
2
bn (f ) = (2/π) sin ntdt = (1 − cos(nπ)).
0 πn

8
Il en résulte que b2p = 0 et b2p+1 = 4/(2p + 1)π.
D’après l’identité de Parseval, on en déduit que

X
+∞
1 π2
= .
(2p + 1)2 8
p=0

Observons que
X
+∞
1 X
+∞
1 X
+∞
1
2
= 2
+ ,
n (2p) (2p + 1)2
n=1 p=0 p=0

d’où il résulte immédiatement que

3X 1 X
+∞ +∞
1
2
= ,
4 n (2p + 1)2
n=1 p=0

et donc
X
+∞
1 π2
= .
n2 6
n=1

Exemple : Soit f la fonction 2π−périodique sur R définie par |x| pour


|x| ≤ π. Comme cette fonction est continue et paire sur [−π, +π], de classe
C 1 par morceaux. Il en résulte que bn (f ) = 0 pour tout n ∈ N∗ et
Z
2 π
an (f ) = t cos(nt)dt, ∀n ∈ N.
π 0

Il est clair que a0 (f ) = π et que si n ∈ N∗ , une simple intégration par parties


montre que
2 (−1)n − 1
an (f ) = .
π n2
Comme la fonction est de classe C 1 par morceaux, il résulte du théorème
précédent que

4 X cos(2k + 1)x 2
+∞
π
|x| = − , ∀x ∈ [−π, +π],
2 π (2k + 1)
k=0

la convergence étant uniforme sur l’intervalle [−π, +π].


En posant x = 0, on en déduit que

X
+∞
1 π2
= ,
(2k + 1)2 8
k=0

ce qui avait déja été obtenu dans l’exemple 1.


Exemple 3:

9
3 Comportement de la série de Fourier d’une fonc-
tion continue
3.1 Le contre-exemple de Féjer
Nous allons présenter dans ce paragraphe l’exemple de Féjer d’une fonc-
tion continue 2π−périodique sur R dont la série de Fourier ne converge
pas en 0. Compte tenu des résultats du paragraphe 4, un tel exemple est
nécéssairement quelque peu compliqué.

3.2 Les formules de Dirichlet


Pour étudier la série de Fourier d’une fonction intégrable sur [−π, +π], nous
allons exprimer ses sommes de Fourier à l’aide de moyennes pondérées de f
par un noyau explicite.

Proposition 3.1 Soit f : [−π, +π] −→ C une fonction intégrable au sens


de Riemann. Alors ses sommes partielles de Fourier sont données par les
formules intégrales suivantes:
Z +π Z +π
f
(3.1) Sn (t) = f (θ)Dn (t − θ)dθ = f (t + s)Dn (s)ds, ∀n ∈ N,
−π −π

où pour chaque n ∈ N,

1  1 X ikt 
n
1 sin(n + 1/2), t
(3.2) Dn (t) := < + e = , t ∈ R,
π 2 2π sin(t/2)
k=1

est un polynome trigonométrique pair de degré n vérifiant l’identité


Z +π
Dn (t)dt = 1.
−π

Démonstration: En effet par définition, pour n ∈ N∗ et t ∈ R, on a


X
n
Snf (t) = ck (f )eikt
k=−n
Xn Z +π
1
= = f (θ)eik(t−θ) dθ
2π −π
k=−n
Z +π  X
n 
1
= 1+ (eik(t−θ) + e−ik(t−θ) f (θ)dθ.
2π −π k=1

En posant
1  1 X ikτ 
n
Dn (τ ) := < + e
π 2
k=1

10
, on a obtient la formule suivante:
Z +π
f
Sn (t) = f (θ)Dn (t − θ)dθ,
−π

ce qui prouve la première égalité dans (??).


Pour obtenir la deuxième égalité, il suffit d’observer que si g : R −→ C
est une fonction intégrable et 2π−périodique, alors
Z +π Z +π+a Z +π
g(s + a)ds = g(t)dt = g(t)dt, ∀a ∈ R.
−π −π+a −π

En effet, la première identité s’obtient en posant s := t + a. Pour obtenir


la deuxième
R −πidentité, on Rfait le changement de variable t = s + 2π pour
R +π+a

voir que −π+a g(t)dt = π+a g(s)ds = − π g(s)dts et en déduire que
R +π+a R −π R +π R π+a R +π
−π+a g(s)ds = −π+a g(s)ds + −π g(s)ds + +π g(s)ds = −π g(s)ds.
On en déduit alors que pour tout n ∈ N∗ , on a
Z +π
f
Sn (t) = f (t + s)Dn (s)ds.
−π

D’autre part, on a

1  1 X ikt 
n
Dn (t) = < + e , ∀t ∈ R.
π 2
k=1

De plus pour t ∈ R \ 2πZ, on a


1 X
n  1 eint − 1 
< + eikt = < + eit
2 2 eit − 1
k=1
1 ei(n+1/2)t − eit/2 
= < +
2 eit/2 − e−it/2
sin(n + 1/2)t
(3.3) = ,
2 sin(t/2)

d’où il résulte que

sin(n + 1/2)t
(3.4) Dn (t) = , ∀n ∈ N, ∀t ∈ R.
2π sin(t/2)

Notons que le second membre de la formule (3.4) est bien défini en 0 modulo
2π, sa valeur étant obtenue par prolongement par continiuité de la fonction
considérée de sorte que 2πDn (0) = 2n + 1pour tout n ∈ N. Cette formule
montre que Dn est un polynôme trigonométrique de degré n ayant exacte-
ment n + 1 dans l’intervalle [0, π] et change de signe au voisinage de chacun
de ses zéros.

11
On a alors
Z +π
1 sin(n + 1/2)θ
Snf (t) = f (θ + t) dθ, ∀n ≥ 0.
2π −π sin(θ/2)
Observons que si f ≡ 1, on a a0 (f ) = 2 et ak (f ) = bk (f ) = 0 pour tout
k ∈ N∗ et donc Snf (t) = 1 pour tout t ∈ R et n ∈ N, de sorte que le noyau
de Dirichlet a la propriété suivante:
Z +π
Dn (t)dt = 1, ∀n ∈ N.
−π
I
La fonction Dn est un polynôme trigonométrique pair de degré n appellé le
noyau de Dirichlet d’ordre n ∈ N.

3.3 Application de Théorème de Baire


Nous allons voir grâce au théorème de Baire qu’il existe beaucoup de fonc-
tions (au sens topologique de Baire) 2π−périodiques sur R dont la série de
Fourier ne converge pas en un point donné.
Nous allons utiliser les formules de Dirichlet pour démontrer le résultat
suivant.
Theorem 3.2 Pour chaque point t0 ∈ [−π, +π], il existe au moins une
fonction continue 2π−périodique sur R dont la série de Fourier au point t0
ne converge pas. D’une façon plus précise, l’ensemble des fonctions contin-
ues 2π−périodiques sur R dont la série de Fourier au point t0 ne converge
pas est dense dans l’espace C.
Démonstration: Il est clair que l’espace C muni de la norme k.k∞ de la
convergence uniforme est un espace de Banach.
Supposons pour simplifier que t0 = 0 et désignons par U l’ensemble des
fonctions f ∈ C telle que la suite des nombres complexes (Snf (0))n∈N soient
non bornée. Nous allons montrer que U est partout dense ou encore que son
complémentaire est d’intérieur vide.
Observons d’abord que les sommes de Fourier f 7−→ Snf (t0 ) au point t0
définissent des fonctionnelles Λn : C −→ R linéaires continues sur l’espace de
Banach (C, k.k∞ ). En effet posons pour n ∈ N et f ∈ ([−π, +π], R), Λn (f ) :=
R +π
Snf (0) = −π f (t)Dn (t)|dt. Alors il est clair que pour chaque n ∈ N, Λn est
une forme linéaire sur C et que
Z +π
|Λn (f )| ≤ kf k∞ |Dn (t)|dt, ∀n ∈ N.
−π

Il en résulte en particulier que les normes d’opérateurs vérifient


Z +π
k|Λn |k ≤ |Dn (t)|dt, ∀n ∈ N.
−π

12
Nous allons démontrer le lemme suivant

Lemma 3.3 1) Pour tout n ∈ N, la norme d’opérateurs de la fonctionnelle


Λn est donnée par la formule suivante
Z +π
k|Λn |k = |Dn (t)|dt.
−π

2) Les noyaux de Dirichlet ont la propriété fondamentale suivante:


Z +π
(3.5) sup |Dn (t)|dt = +∞.
n∈N −π

Démonstration: 1) En effet fixons n ∈ N et observons que la fonction signe


de Dn définie par δn : R 3 t 7−→ sgn(Dn (t)), qui n’est pas continue aux
zéros de Dn , a une norme sup égale à 1 et que formellement au moins, la
valeur de la fonctionelle Λn sur la fonction δn est précisément égale la valeur
de l’intégrale du second membre de l’identité (??), ce qui tendrait à jusfifier
cette identité. pour la démontrer vraiement procédons par approximation
continue de la fonction δn . En effet considérons pour n ∈ N,la fonction
continue affine par morceaux et impaire telle que χp (x) = 1 pour 1/p ≤ x ≤
π et posons ϕp (t) := χp (Dn (t) pour t ∈ R. Alors il est clair que ϕn ∈ C et
kϕn k∞ = 1 pour tout n ∈ N. Observer au passage que la suite (ϕp ) converge
ponctuellement vers δn en chaqu’un de ses points de continuité. Par ailleurs,
n ∈ N étant fixé, on a pour tout p ∈ N∗
Z +π
Λn (ϕp ) = ϕp (Dn (t))Dn (t)dt
Z−π
≥ |Dn (t)kdt
1/p|Dn (t)|≤π
Z +π Z
= |Dn (t)k − |Dn (t)k
−π |Dn (t)|≤1/p
Z +π
≥ |Dn (t)k − 2π/p.
−π

En faisant tendre p vers +∞ on obtient la formule (??).


2) En observant que pour 0 ≤ t ≤ π on a 0 ≤ sin(t/2) ≤ t/2, on obtient
Z +π Z
1 π | sin(n + 1/2)t|
|Dn (t)|dt ≥ dt.
−π π 0 t

En faisant le changement de variable s = (n + 1/2)t, on en déduit que


Z Z

1 (n+1/2)π
| sin t|
|Dn (t)|dt ≥ dt,
−π π 0 t

13
R +∞ | sin t|
ce qui prouve le résultat puisque l’on sait que l’intégrale généralisée 0 t dt
diverge. I
Pour achever la preuve du théorème, considérons pour chaque entier p ∈ N,
l’ensemble suivant:

Fp := {f ∈ C; sup |Λn (f )| ≤ p}.


n∈N

Alors Fp est un sous-ensemble fermé de l’espace de Banach C muni de la


normeS de la convergence uniforme et on a clairement Posons F := C \
U = p≥1 Fp . Appliquons le théorème de Baire pour en déduire que F est
d’intérieur vide. En effet, sinon l’un au moins des fermés Fp serait d’intérieur
non vide et donc la suite (Λn ) serait uniformément bornée sur une boule de
l’espace de Banach C, ce qui contredirait la propriété (3.5).
Par conséquent F est d’intérieur vide dans C et donc son complémentaire
est donc partout dense dans C. I

4 Convergence au sens de Césaro des séries de


Fourier
Nous savons que la série de Fourier d’une fonction continue f ∈ C converge
en moyenne quadratique mais ne converge pas uniformément sur [−π, +π].
Le but de ce papragraphe est de démontrer que la série de Fourier d’uen
fonction continue f ∈ C converge uniformément au sens de Césaro vers f .
Rappelons
P que si une suite numérique (un )n . Pour étudier la convergence
de la série n≥1 un , on considère la suite de ses sommes partielles

X
n
sn := uk , n ≥ 1.
k=1
P
La série n≥1 un converge vers un nombre réel ou complexe s ssi la suite
(sn )n≥1 converge vers s. Il arrive souvent qu’une telle suite diverge. Il existe
alors plusieurs procédés pour faire converger cette série. Le procédé le plus
simple est celui de Césaro. Au lieu de la suite (sn )n∈N , on considère la suite
de ses moyennes arithmétiques
s1 + . . . + sn
σn := , n ≥ 1.
n
Il est bien connu que si la suite (sn )n≥1 converge vers s alors la suite (σn )n≥0
converge vers `.
Par contre la réciproque est fausse puisque la suite n −→ (−1)n est
divergente alors que la suite de ses moyennes arithmétiques converge vers 0.

14
Ce procédé En fait lorsque la suite des moyennes arithmétiques d’une
suite (sn )n≥Pconverge vers un nombre réel `, on dira que la suite (sn )n≥ ou
que la série n un converge au sens de Césaro vers `.
Nous allons montrer que pour une fonction continue f ∈ C La sérife de
Fourier converge au sens de Césaro dans l’espace de Banach (C, k.k∞ . On
note comme précédemment

a0 (f ) X
n
Sn (x) = Snf (x) := + (ak (f ) cos kx + bk (f ) sin kx), n ≥ 1,
2
k=1

les sommes partielles de la série de Fourier de f et on note

1X
n
σnf (x) = σn (x) = Sk (x), n ∈ N
n
k=0

la suite de Césaro associée.

Theorem 4.1 (Théorème de Féjer). Soit f : [−π, +π] −→ R une fonction


intégrable ayant en un point t0 des discontinuités de première espèce. Alors

la suite n −→ σn (t0 ; f ) converge vers 21 (f (t+
0 ) + f (t0 ). Si de plus f est con-
tinue sur un intervalle compact J := [a, b] ⊂ [−π, +π] la suite des fonctions
n −→ σn (.; f ) converge uniformément vers f sur J.

Démonstration: D’après les calculs faits dans la section préc’edente, on a


Z +π
Sn (x) = f (x + t)Dn (t)dt, n ∈ N.
−π

Il en résulte que
Z +π X
n
1
σn (x) = f (x + t) Dp (t)dt, n ∈ N.
n+1 −π p=0

Considérons le noyau de Féjer défini comme suit:

1 X n
Kn (t) := Dp (t), t ∈ R
2π(n + 1)
p=0

de sorte que Z +π
σn (x) = f (x + t)Kn (t), n ∈ N.
−π
Observons que Kn est unpolynôme trigonométrique pair de degré n de sorte
que Z π
σn (x) = (f (x + t) + f (x − t))Kn (t)dt, ∀n ∈ N.
0

15
Calculons explicitement le noyau de Féjer en utilisant l’expression explicite
du noyau de Dirichlet:

1 X sin(k + 1/2)t
n
Kn (t) =
2π(n + 1) sin(t/2)
k=0
1 X sin(t/2) sin(k + 1/2)t
n
(4.1) = ,
2π(n + 1)
k=0
sin2 (t/2)

Grâce à la formule du produit des sinus, on a


1
sin(t/2) sin(k + 1/2)t = (cos(kt) − cos(k + 1)t),
2
et donc
1 1 − cos(n + 1)t 1 sin2 (n + 1)(t/2)
Kn (t) = = , n ∈ N.
2π(n + 1) sin2 (t/2) π(n + 1) sin2 (t/2)

Contrairement au noyau de Dirichlet, le noyau de Féjer est positif. En-


suite si on fait f ≡ 1 dans la formule (?), on a sn ≡ 1 et donc
Z +π Z π
Kn (t)dt = 2 Kn (t)dt = 1, ∀n ∈ N.
−π 0

Il en résulte que pour tout nombre complexe σ, on a


Z +π  
σ
σn (x0 ) − = f (x0 + t) + f (x0 − t) − σ Kn (t)dt, n ∈ N.
2 0


On a alors en posant σ := f (x+
0 ) + f (x0 ), on obtient

− Z +π  
f (x+
0 ) + f (x0 −
σn (x0 )− = f (x0 +t)−f (x+
0 )+f (x0 −t)−f (x 0 Kn (t)dt, n ∈ N.
2 0

Par définition, étant donné ε > 0, il existe δ > 0 tel que |f (x0 + t) − f (x+
0 )| +
|f (x0 − t) − f (x−0 )| ≤ ε pour 0 ≤ t ≤ δ.
D’autre part, on a pour 0 < δ < π, on a
1 1
sup Kn (t) ≤ ≤ ,
|h|≥δ 2π 2π(n + 1) sin2 (δ/2)

ce qui implique que

(4.2) lim sup Kn (t)dt = 0.


n→0 t≥δ


De là il résulte immédiatement que (Sn (x0 )) converge vers 21 (f (x+
0 )+f (x0 )).

16
Supposons maintenant que f est continue sur l’intervalle [a, b] ⊂ [−π, +π].
Alors pour tout ε > 0, par continuité uniforme, il existe δ > 0 tel que pour
x ∈ [a, b] et t ∈ [−δ, +δ] on a |f (x + t) − f (x)| ≤ ε. Alors d’après (?) on a
Z +π
σn (x) − f (x) = (f (x + t) − f (x))Kn (t)dt, ∀n ∈ N.
−π

Par suite, on obtient


Z
sup |σn (x) − f (x)| ≤ ε + sup Kn (t) |f (x + t) − f (x)|dt.
a≤x≤b δ≤|t|≤+π δ≤|t|≤+π

Ce qui prouve le résultat compte tenu de la propriété (4.2). I


Ce résultat admet plusieurs conséquences intéressantes que nous allons don-
ner. Commençons par une conséquence immédiate mais interessante qui
montre ce que peut être la limite de la Série de Fourier de f lorsqu’elle
existe.
Corollary 4.2 Soit f : [−π, +π] −→ C une fonction intégrable au sens de
Riemann ayant en un point t0 ∈] − π, +π[ des discontinuités de premières
espèce. Alors si la série de Fourier de f converge au point t0 sa limite est
égale à f˜(t0 ) := (f (t− +
0 ) + f (t0 ))/2.

Voici une conséquence intéressante du point de vue de la théorie des espace


de Banach.
Corollary 4.3 L’espace T des polynômes trigonométriques est dense dans
l’espace de Banach (C, k.k∞ ).

Voici un résultat essentiel du point de vue de la théorie des espaces préhilbertiens.


Corollary 4.4 1) Soit f ∈ D. Alors pour chaque n ∈ N, Snf est le polynôme
trigonométrique de degré n qui réalise la meilleure approximation quadra-
tique de f par des polynômes trigonométriques de degré au plus n. 2) Le
système trigonométrique est total dans l’espace préhilbertien D de sorte que
pour tout f ∈ C on a
Z +π
lim |f − Sn (t)|2 dt = 0
k→+∞ −π

où
a0 (f ) X
n
Sn (t) := + (ak (f ) cos kt + bk (f ) sin kt.
2
k=1
3) Pour toute fonction f : [−π, +π] −→ C continue par maorceaux, on a
l’identité de Parseval suivante:
X
+∞ Z
1 +π
|a0 | /2 +
2
(|ap | + |bp | ) =
2 2
|f (t)|2 dt.
π −π
p=1

17
Démonstration: Cela résulte du théorème de Féjer et de la théorie générale
des espaces préhilbertiens.I
Voici une autre conséquence interessante qui montre qu’une fonction con-
tinue est entièrement déterminée par sa série de Fourier.
Corollary 4.5 Le système trigonométrique est complet dans C. En partic-
ulier on a les deux propriétés suivantes:
1) si deux fonctions f, g ∈ C ont les mêmes coefficients de Fourier i.e.
cn (f ) = cn (g) pour tout n ∈ Z alors f ≡ g,
2) si une série trigonométrique converge uniformément, elle représente la
série de Fourier de sa somme et par suite si la série de Fourier d’une fonc-
tion f continue 2π−périodique converge uniformément, sa somme est égale
à f .
A partir du théorème précédent, on peut déduire un autre théorème d’approximation
dû à Weierstrass.
Theorem 4.6 Pour toute fonction continue F : [a, b] −→ R sur un seg-
ment [a, b] ⊂ R, il existe une suite de polynômes algégriques (Pn )n≥0 (avec
deg(Pn ) ≤ n, ∀n ∈ N) telle que

lim sup |F (x) − Pn (x)| = 0.


n→+∞ x∈[a,b]

Démonstration: Par translation et homothétie dans R, on se ramème au cas


où F est une fonction continue sur l’intervalle unité [a, b] = [−1, +1]. Posons
f (θ) = F (cosθ) pour θ ∈ [0, π] et prolongeons f en une fonction continue
et paire sur [−π + π], puis en une fonction continue 2π−périodique sur R,
encore notée f . Comme f est paire, on a bn (f ) = 0 pour tout n ∈ N. Alors

1 X n
sn (θ) = a0 + ak cos kθ, n ∈ N, θ ∈ [−π + π].
2
k=1

En posant x = cos θ pour θ ∈ [0, π], √on a sin θ = 1 − x2 et donc cos kθ =
<eikθ = <(cos θ + i sin θ)k = <(x + i 1 − x2 )k de sorte que
X
cos kθ = k k−2p
C2p x (1 − x2 )p =: Tk (x)
0≤p≤k/2

est un polynôme en x de degré k appelé polynôme de Tchebysheff de degré


k. Ainsi
a0 X
n
Sn (θ) = + ak Tk (x)
2
k=1
est un polynôme en x de degré au plus n et d’après le théorème de Féjer cette
suite de polynômes converge au sens de Césaro uniformément vers F (x) sur
[−1, +1], ce qui prouve le résultat. I

18
5 Convergence des séries de Fourier
5.1 Comportement des coefficients de Fourier d’une fonction
intégrable
D’après ce qui précède,si f ∈ C, l’inégalité de Bessel s’écrit

X X
+∞  1 Z +π
2 |cn (f )| = |a0 (f )| /2 +
2 2
(|ak (f )| + |bk | ) ≤
2 2
|f (t)|2 dt.
π −π
n∈Z k=1

Ce qui prouve que la suite des coefficients de Fourier de f est de carré


absoluement sommable. En particulier

lim ak (f ) = lim bk (f ) = 0.
k→+∞ k→+∞

D’une façon plus générale, si f : [−π, +π] −→ C une fonction intégrable


au sens de Riemann (e.g. continue par maorceaux), on peut lui associer de
façon naturelle sa série de Fourier suivante:
X 1 X
f∼ cn (f )einx = a0 + k ≥ 1(ak (f ) cos kx + bk (f ) sin kx)
2
n∈Z

où Z +π
1
cn (f ) = f (t)eint dt, n ∈ N.
2π −π
Nous aurons besoin du lemme suivant qui décrit le comportement des coéfficients
de Fourier d’une fonction intégrable en général.

Lemma 5.1 (Lemme de Riemann-Lebesgue). Soit g :]a, b] ⊂ R −→ C une


fonctionR localement intégrable au sens de Riemann telle que l’intégrale im-
b
propre a+ g(t)dt existe dans R. Alors on a
Z b
lim g(s)eiτ s ds = 0.
|τ |→+∞ a+

Démonstration: Observons tout d’abord que si g est de classe C 1 sur [a, b]


alors par intégration par parties, on en déduit que pour τ 6= 0
Z b h g 0 (s)eiτ s iτ =b Z b ds
iτ s
g(s)e ds = − g 0 (s)eiτ s .
a iτ τ =a a iτ
Le résultat en découle par passage à la limite.
Si g est de classe C 1 par morçeaux sur [a, b], en décomposant l’intervalle
en une réunion finie d’intervalles fremés sur lesquels g se prolonge en une
fonction de classe C 1 et en appliquant le résultat précédent à chaque inter-
valle, on en déduit le résultat dans ce cas.

19
Supposons maintenant que g soit une fonction bornée intégrable au sens
de Riemann sur [a, b]. Alors il existe une suite (gn )n≥0 de fonction en escalier
sur [a, b] qui converge uniformément sur [a, b] vers f .
Alors pour tout n ∈ Z et p ∈ N on a
Z b Z b Z b
iτ s
g(s)e ds = (g − gp )(s)e iτ s
ds + gp (s)eiτ s ds =: Ip (τ ) + Jp (τ ).
a a a

Comme pour tout p ∈ N et τ ∈ R, on a


Z b
|Ip (τ )| := | (g − gp )(s)eiτ s ds| ≤ sup |g(t) − gp (t)|
a a≤s≤b

, il en résulte que Ip (τ ) → 0 uniformément en τ ∈ Z lorsque p → +∞. Pour


ε > 0 on peut donc trouver un ranp p0 ≥ 1 indépendant de τ ∈ R tel que
|Ip (τ )| ≤ ε pour tout p ≥ p0 et tout τ ∈ R.
On sit d’après la première partie que limτ |→+∞ Jp0 (τ ) = 0. Il existe
donc un réel A > 0 tel que pour |τ | ≥ A on ait |Jp0 (τ )| ≤ ε. On en déduit
Rb
finalement que pour |τ | ≥ A on a | a g(s)eiτ s ds| ≤ 2ε.I
Pour énoncer le résultat essentiel de ce chapitre, on aura besoin d’une
définition.

Definition 5.2 Soit f : R −→ C une fonction intégrable 2π−périodique sur


R ayant en un point a ∈ [−π, +π] une discontinuité de première espèce. On
dit que f vérifie la condition de Dini au point a si la fonction

f (a + t) + f (a − t) − f (a+ ) − f (a− )
t −→ φa :=
t
est intégrable sur un intervalle [0, δ] au sens généralisé de Riemann, où δ >
est un nombre réel assez petit.

Observons que si f est continue par morçeaux et si elle admet une dérivée
à droite et une dérivée à gauche au point a alors elle vérifie la condition de
Dini au point a.
Nous sommes en mesure de démontrer le résultat essentiel suivant.

Theorem 5.3 Soit f : R −→ C une fonction intégrable 2π−périodique


ayant en un point a ∈ [−π, +π] une discontinuité de première espèce et
vérifiant la conditions de Dini au point a. Alors on a

f (a+ ) + f (a− )
lim Snf (a) = .
n→+∞ 2

Démonstration: Posons Sn = Snf pour n ∈ N.

20
Alors d’apès les formules de Dirichlet, on a pour n ∈ N
Z +π
f (a+ ) + f (a− ) sin(n + 1/2)t
Sn (a)− = (f (a+t)+f (a−t)−f (a+ )−f (a− )) dt.
2 0 sin(t/2)
Il est clair que la fonction
f (a + t) + f (a − t) − f (a+ ) − f (a− )
t −→ φa (t) :=
t
est intégrable sur [0, π] ssi il en est de même de la fonction
f (a + t) + f (a − t) − f (a+ ) − f (a− ) t
t −→ ψa (t) = = φa (t) .
sin(t/2) sin(t/2)
On a alors pour tout n ∈ N,
Z
f (a+ ) + f (a− ) +π
Sn (a) − = ψa (t) sin((n + 1/2)t)dt.
2 0

Comme la fonction ψa est intégrable au sens généralisé de Riemann sur [0, π],
le résultat est alors une conséquence du lemme de Riemann-Lebesgue. I
Pour énoncer le théorème essentiel de ce paragraphe, nous avons besoin de la
définition suivante. Soit f : R −→ C une fonction ayant aux point a ∈ R des
discontinuités de première espèce. On dira que f admet est dérivable à droite
au point a ssi le prolongement par continuité de la restriction f |]a, a + δ[
(où δ > 0 est assez petit) est dérivable à droite au point a. Autrement dit
la limite suivante
f (a + t) − f (a+ )
fd0 (a) := lim
t→0+ t
existe dans C. On définit de façon analogue la notion de dérivabilité à gauche
au point a.
Corollary 5.4 (Théorème de Jordan-Dirichlet). Soit f : R −→ C une
fonction continue par morçeaux, 2π−périodique et dérivable à droite et à
gauche en un point a ∈ [−π, +π]. Alors la série de Fourier de f au point
a ∈ R converge vers f˜(a) := (f (a+ ) + f (a− ))/2.
Démonstration: En effet, sous les conditions du corrolaire, la fonction ϕa est
continue et bornée sur un intervalle assez petit ]0, δ] et donc intégrable au
sens de Riemann, ce qui prouve que f vérifie la condition de Dini au point
a. Le résultat est donc une conséquence du théorème. I
Donnons un cas où la convergence de la série de Fourier est uniforme.
Theorem 5.5 Soit f : R −→ C une fonction satisfaisant à la condition de
Hölder d’order α ∈]0, 1] suivante:
|f (x) − f (y)| ≤ C|x − y|α , ∀x, y ∈ R,
où C > 0 est une constante.
Alors la série de Fourier de f converge uniformément sur R vers f .

21
Démonstration: Rappelons la formule de Dirichlet dans ce cas. Pour tout
x ∈ [−π, +π] et n ∈ N on a
Z +π
Sn (x) − f (x) = ψx (t) sin((n + 1/2)t)dt.
0

Compte tenu de l’hypothèse, on a

|φx (t)| ≤ 2Ctα−1 , ∀t > 0, ∀x ∈ R.

Il en résulte que pour tout n ∈ N, on a


Z +π
max |Sn (x) − f (x)| ≤ 2C tα−1 sin((n + 1/2)t)dt.
|x|≤π 0

Comme la fonction t −→ tα−1 est intégrable sur [0, π] au sens généralisé de


Riemann, on conclut comme précédemment grâce au lemme de Lebesgue. I

Exemple 1: Soit la fonction impaire sur [−π, +π] telle que f (t) = π/4 pour
0 < t < π. On peut alors prolonger f en une fonction en escalier, impaire
et 2π−périodique sur R. Les coefficients de Fourier de f sont alors donnés
par les formules suivantes: ak (f ) = 0 pour tout k ∈ N et
Z
2 ππ 1 − (−1)k
bk (f ) = sin ktdt = , ∀k ∈ N∗ .
π 0 4 2k

Comme la fonction f est continue par morceaux et derivable sur ]0, π[ d’après
le théorème de Jordan-Dirichlet, on a

X
+∞
sin(2k + 1)t π
= , ∀t ∈]0, π[.
2k + 1 4
k=1

En particulier pour t = π/2 on obtient

X
+∞
(−1)k π
=
2k + 1 4
k=1

et pour t = π/4 on pbtient

X
+∞
(−1)`+1 π
1+ = .
4` + 1 4
`=1

Enfin en appliquant l’identité de Parseval, on obtient

X
+∞
1
= π 2 /8.
(2p + 1)2
p=0

22
Comme
X
+∞ 2
1 1X 1
+∞ X
+∞
1
= 2
+ ,
n 4 p (2k + 1)2
n=1 p=1 k=0

on en déduit que
X
+∞
1 π2
2
= .
n 6
n=1

Exemple 2: Soit f la fonction impaire et 2π−périodique définie sur ]0, π]


par la formule f (t) := (π − t)/2 pour t ∈]0, π]. Alors f est continue par
morçeaux et les coefficients de Fourier de f sont donnés par ak (f ) = 0 pour
tout k ∈ N et Z
2 +π
bk (f ) = (π − t) sin ktdt.
π −π
Un simple calcul par intégration par parties montre que bk (f ) = 1/k pour
tout k ∈ N∗ . La série de Fourier de f donnée par
X sin nt
n
n≥1

converge uniformément sur tout compact de l’intervalle [−π, +π] ne con-


tenant pas l’origine. Mais la convergence n’est pas uniforme au voisinage
de 0 puisque f n’est pas continue en 0. Observons qu’en 0 la série converge
vers 0 qui est bien la moyenne arithmétique des limites à droite et à gauche
de f en 0 conformément au résultat du théorème.

6 Applications
Nous allons donner deux applications des séries de Fourier dans deux doamine
distincts de l’Analyse réelle. Le premier concerne la démonstration de
l’inégalité isopérimétrique et la seconde est relative à la résolution de l’équation
des cordes vibrantes.

23