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Articles détaillés 

: Expédition d'Alger (1541) et Époque des beylerbeys.

Les Beyliks de la régence d'Alger.

Au XVIe siècle, alors que la Berbérie est le théâtre d'une lutte intense entre Espagnols et
Ottomans, ces derniers s’appuyaient sur les corsaires qui ont pris le pouvoir à AlgerL 136. L'autorité
des beylerbeys s’étendait sur les régences d'Alger, de Tunis et de TripoliL 137. Dans la
hiérarchie ottomane, les trois beylerbeys d'Anatolie, de Roumélie et d'El-Djazaïr venaient
directement après le Sultan, l'autorité de celui d'El-Djazaïr était absolue L 138. Hassan Agha qui
succède à Khayr ad-Din Barberousse, triomphe sur Charles Quint lors de l'attaque
d'Alger en 1541 et recueille un prestige énorme auprès des populations L 127. Les autres beylerbeys
importants sont Hassan Pacha, fils de Barberousse, Salah Raïs et Uludj AliL 137.
Les beylerbeys s'étendaient à l’intérieur du pays, et sont à l'origine de l'organisation des Beyliks
dans les provincesL 139. Ils luttent à la fois contre les Espagnols, les Chérifs marocains et les
pouvoirs locaux : Tlemcen est prise définitivement en 1554, Bougie en 1555 et les Espagnols
sont vaincus lors de la bataille de Mazagran en 1558 près de MostaganemL 127. Ils s'allient
également avec certaines tribus, et nomment des hakems dans les villes et des caïds dans les
tribus soumises, ils construisent des bordjs pour les garnisons et des postes au long des routes L
139
. Les Béni Abbès sont soumis et le Royaume de Koukou en Kabylie est évincé, les tribus de
l'intérieur font leurs soumissions, et Salah Rais pénètre jusqu’au Touggourt et Ouargla dans le
SudL 127.

Alger à la fin du XVI  siècle.


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En 1587, le sultan ottoman supprime la fonction de beylerbey pour mettre un terme à


l'affrontement direct avec les Espagnols L 140 et par peur que les beylerbeys mènent une politique
d'indépendanceL 141. Mais ce changement de statut distend les liens des régences
avec ConstantinopleL 140. Les beylerbeys sont remplacés par des pachas triennaux, nommés par
la Sublime PorteL 141, toutefois, le pouvoir du pacha est réduit par les raïs et les janissairesL 142.
Les pachas accentuent l'imposition des tribus pour remplir les caisses de la Régence, ce qui
entraine des révoltes, notamment en Kabylie et dans le ConstantinoisL 141. Les Kouloughlis qui
réclamaient les mêmes droits que les janissaires L 140 soutiennent les insurgés ; le résultat est que
l'administration des beylicks est confiée aux Kouloughlis, alors que le pouvoir à Alger reste entre
les mains de l’odjaqL 141. Les rais perdent leurs influences et les Morisques prennent un poids
politique et économique importantL 140. En 1659, une révolte donne le pouvoir au chef des
janissaires l’« Agha »L 142, une sorte de « république militaire » où le chef de la Régence est éluL 141,
mais cela ne met pas fin à la crise, les quatre aghas sont tous assassinés L 142 et l’anarchie
s’installe dans le pays.
Pour atténuer les effets de la course menée par les Barbaresques sur le commerce maritime en
Méditerranée occidentale, les Européens, notamment les Français, Italiens, Espagnols et
Anglais, lancent plusieurs opérations militaires, maritimes et terrestres, tout au long
du XVIIe siècle, mais sans parvenir à faire cesser la piraterie. Les Anglais et
les Français bombardent Alger à plusieurs reprises L 140.

Consolidation du pouvoir des deys[modifier | modifier le code]


Article détaillé : Dey d'Alger.

Carte maritime ottomane du XVI  siècle représentant la côte entre Alger et Bejaia.


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À partir de 1671, des deys sont désignés à la tête du Diwan par une aristocratie au sein de


laquelle rivalisent la taïfa des raïs (les armateurs et capitaines de navire) et les officiers de
l'Odjak (milice des Janissaires)L 143. En 1710, les deys prennent le titre de pacha et n'acceptent
plus les représentants du Sultan à leurs côtés, affirmant ainsi leur indépendance de la Sublime
Porte et imposent leur autorité aux raïs et aux janissaires L 144. C'est lors de cette période que se
stabiliseront définitivement les frontières orientales et occidentales de la Régence et la reprise
définitive d'Oran et de Mers el Kebir aux EspagnolsL 144.
L'autorité du pouvoir central est favorisée au XVIIIe siècle par la prospérité économique et la
succession de quelques deys d'une compétence remarquable L 145. Le Diwan qui fait office de
gouvernement localL 143, se stabilise surtout à partir de l'instauration du système des pachas-deys
en 1710 avec des fonctions bien organisées : le dey (chef du pouvoir exécutif) ;
le khaznadji (Premier ministre et responsable des finances et de l'intérieur) ; l'agha al-mahalla (à
la tête de l'armée et responsable des relations avec les tribus) ; wakil al Kharadj (chargé de la
marine et des affaires extérieures) ; bait el maldji (chargé des successions) ; khodjet al
khil (chargé de la gestion des domaines publics et de la gestion des troupes) ; ainsi que d’autres
secrétaires d'État ; des caïds et des khodjas qui gèrent des secteurs spécialisésL 145.
Le Palais des Raïs à Alger.

La course d'Alger, qui a connu son plus grand essor dans les premiers siècles de la Régence,
connaît un grand déclin dès le début du XVIIIe siècle, le pouvoir trouve dans le commerce
extérieur qui se développe, une nouvelle source de revenu40. À la fin du XVIIIe siècle, les besoins
grandissants de la France en céréales coïncident avec des récoltes abondantes en Algérie. Les
avantages tirés des échanges économiques conduisent à des rapports pacifiques avec les États
européens. Cela permet de réduire les actions de course L 145. Les seules cibles permanentes de la
course d'Alger s'orientent vers des pays en guerre avec elle, à savoir l'Espagne,
le Portugal, Malte et certains petits États italiens ou nordiques40.
Ce changement de cap a été amorcé dès les années 1690 par le dey Hadj Chaâbane Khodja, qui
s'est détourné de la course pour se mobiliser dans des guerres maghrébines. Sa politique est
poursuivie par le dey Hadj Mustapha qui remporte des victoires écrasantes sur les armées
conjointes de Tunis et de Tripoli en 1700 puis sur l'armée du sultan chérifien Moulay Ismaïl en
170141, qui s'étaient entendues pour envahir simultanément la Régence L 146.
La très grande majorité de la population était rurale, affiliée à des tribus et autres communautés
villageoises et encadrée sur le plan culturel et religieux par les confréries religieuses,
les zaouïas et les marabouts. La principale activité économique était l'agriculture de
subsistance ainsi que l'élevageL 147. Certaines tribus dites makhzen bénéficiaient de privilèges en
échange du service militaire dans le but de prélever des impôts sur les tribus rayaL 148.

La décadence du régime des Deys[modifier | modifier le code]

Palais du Bey d'Oran.

Après une période de prospérité et de stabilité politique au XVIIIe siècle, l'Algérie entre à la veille
de la conquête française, dans une crise qui coïncide avec le déclin de l'Empire ottoman et la
montée en puissance de l'Europe occidentaleL 145. En 1786, la peste se propage et s'installe de
façon endémique dans le pays, elle est suivie à partir de 1803, d'une famine causée par des
années de sécheresse et aggravée par le développement de grandes révoltes populaires L 145.
En effet, face à l'extinction des revenus de la course, l'administration du Beylik exerce une
pression fiscale sur les tribus. Le mécontentement mène à des mouvements insurrectionnels
inédits, qui seraient notamment encadrées par des confréries maraboutiques comme celle des
Derqawa en Oranie et dans le Constantinois42. D'autres révoltes vont suivre à différents endroits,
malgré la fin désastreuse des deux soulèvements L 145. En 1823, les Beni Abbas de la Basse
Kabylie entrèrent en révolte contre l'autorité de la Régence et coupèrent les voies de
communications entre Alger et Constantine. Ce n'est qu'après plusieurs mois de combats que
l'agha Yahia put négocier la soumission des tribus révoltées 43[réf. à confirmer].
Mosquée Salah Bey à Annaba, construite à la fin du XVIII  siècle.
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La Régence connaît également une crise politique latente. En 1805, la milice


des janissaires assassine le dey Mustapha Pacha, accusé de complicité avec les négociants
juifs, qui auraient continué à exporter des céréales alors que la famine sévissait. Ce qui marque
le début d'une série de coups d'État sanglants de 1805 à 1817, auxquels six deys sont renversés
et exécutésL 145. Pour tenter de mettre fin à ce cycle de violences, le dey Ali Khodja, arrivé au
pouvoir en 1817, s'entoure de gardes surtout autochtones. Les janissaires révoltés sont
massacrés ; les survivants sont renvoyés en TurquieL 145.
Sur le plan extérieur, la montée des puissances européennes en conséquence de la Révolution
industrielle, l'ascension des bourgeoisies marchandes et l'essor de la colonisation conduisent à
un changement radical du rapport de forces entre l'Empire ottoman et les puissances
européennes42. Le gouvernement ottoman fait pression sur Alger pour mettre fin à la course ;
alors même que, la course d'Alger devient assez dérisoire et surtout symbolique depuis la
destruction de la flotte d'Alger par une expédition anglaise en 1816L 145. En 1819, une flotte franco-
anglaise se présente devant Alger pour informer le dey que les puissances européennes ont
décidé d'interdire l'esclavage des Européens L 145. En 1830, lorsque les Français débarquent à
Alger, la ville était décimée par les épidémies et les exodes, et ne comprenant plus que

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