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Recherches et Applications en Finance Islamique

‫بحوث و تطبيقات في المالية االسالمية‬


Researches and Applications in Islamic Finance

ISSN : 9052- 0224


Volume 4, Numéro 1, février 2020

Analyse du modèle participatif des banques islamiques : cas du


Maroc

Benaissa NAHHAL
FSJES de Salé
Université Mohamed V, Rabat, Maroc
nahhhal@gmail.com

Résumé
La finalisation du cadre législatif du modèle marocain de banque islamique a permis, en 2017, le
lancement effectif des banques participatives. Ce cadre législatif soumet ces banques
participatives à la réglementation prudentielle, à la politique monétaire de Bank Al Maghrib et aux
préceptes islamiques à travers la tutelle du Conseil Supérieur des Oulémas, institué par la loi
bancaire 103-12 publiée au bulletin officiel n° 6328, le 20/01/2015. A partir de l’examen du texte
de cette loi et l’analyse du système financier et les techniques bancaires et monétaires au Maroc,
ce papier expose le modèle marocain de banque participative et propose d’explorer, également,
les différentes adaptations du statut de banque participative aux spécificités de la réglementation
monétaire et financière au Maroc.
Mots clés : Finance Islamique, Banque Islamique et Participative, Bank Al Maghrib.

Abstract
The finalization of the legal framework of the Moroccan model of Islamic banking has enabled the
effective launching of the participating banks. This legal framework submits these participative
institutions to the prudential regulation, to the monetary policy of Bank Al Maghrib and to the
Islamic precepts through the supervision of the Higher Council of Ulema, instituted by banking
law 103-12 published in the Moroccan Official Bulletin n ° 6328, on 01/20/2015. By examining
the text of this law and the analysis of the financial system and the banking and monetary
techniques in Morocco, this paper exposes the Moroccan model of participative bank, and
proposes to explore, also, the different adaptations of the status of the participative bank to the
specifics of monetary and financial regulation of the Moroccan economy.
Key words: Islamic Finance, Islamic and Participative Bank, Bank Al Maghrib.

Article reçu le : 10 octobre 2019, accepté le : 13 février 2020

Citation : Nahhal B. (2020), Analyse du modèle participatif des banques islamiques : cas du Maroc,
Recherches et Applications en Finance Islamique, Volume 4, Numéro 1, pages : 58-70.

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Introduction
Depuis ses premières conceptions modernes dans les années 19601, la finance islamique tente
de s’imposer comme modèle alternatif à la finance conventionnelle.
Basée sur des principes à caractère éthique et responsable, le cœur de la finance islamique
réside dans le rejet de l’intérêt et le partage des pertes et des profits. C'est-à-dire un partage
équitable des risques entre les parties prenantes. En plus, les transactions doivent être
adossées à des actifs tangibles et réels et les instruments utilisés doivent servir au financement
d’activités éthiques et conformes à la Charia2.
La finance islamique représente un modèle complet qui essaie de proposer une multitude de
produits relativement comparables à ce que propose le segment conventionnel.
D’après la littérature financière, les banques islamiques représentent le pilier de la finance
compatible avec les principes de la Charia.
En fait, selon l’Association internationale des banques islamiques (AIBI) une banque n’est
islamique que si l’ensemble de ses activités est conforme à la Charia. C’est pourquoi, ces
institutions financières soumettent, par obligation, leurs produits à un comité d’Oulémas,
indépendants, afin de valider leur conformité aux percepts de la Charia.
Ainsi, l’activité des banques islamiques se trouve réglementé et restreinte. Mais, ces
conditions sont souvent réduites à la prohibition de l’usage de l’intérêt dans toutes les
opérations bancaires. Le concept, large, de banque islamique précise également que ces
établissements doivent respecter les codes de l’éthique dans leurs opérations de financement.
Il leur est donc interdit de financier des activités liées aux jeux de Hasard, à l’Alcool ou toute
autre activité illicite et contraire à la Charia3.
N’étant pas limité aux pays musulmans, les banques islamiques, bénéficient d’une
applicabilité universelle. C’est ainsi que plusieurs pays occidentaux, comme le Royaume Uni,
ont autorisé l’implantation de ce genre d’institutions financières.
Pour bénéficier des avantages de ces nouveaux instruments financiers, le Maroc a lancé,
depuis 2007, un processus législatif et organisationnel de son système financier pour préparer
un environnement favorable à l’implantation des banques islamiques.
C’est dans ce cadre que le Maroc a adapté, en janvier 2015, sa loi bancaire N° 103-12 pour y
intégrer les banques participatives qui se réfèrent aux principes de la Charia.
Ainsi, l’objectif de ce papier consiste à explorer le modèle marocain des banques
participatives et analyser ses caractéristiques et ses spécificités.
Pour mieux cerner cette question, nous procédons à l’étude des textes réglementaires, à la
présentation du processus de validation de la conformité des produits à la Charia et à l’analyse
des mesures accompagnant l’implantation des nouvelles entités bancaires.

1
Uzair Mohammad (1978), « Interest Free Banking» Karachi, Royal Book Company, 1978. 222 p.
2
Herbert Smith LLP (2009), « Guide de la finance islamique»
3
Bitar Mohammad et Madiès Philippe (2013) «Les spécificités des banques islamiques et la réglementation de
Bâle III », Revue d'économie financière 2013/3 (N° 111), pages 293 à 310. (https://www.cairn.info/revue-d-
economie-financiere-2013-3-page-293.htm#no1)

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Pour compléter cette analyse, il est judicieux de présenter un bilan statistique du démarrage
des banques participatives au Maroc. En définitif, nous essayons d’aborder les défis et les
perspectives de ce nouveau modèle participatif.

I. Banques islamiques : le modèle marocain et ses adaptations


Pour explorer le modèle marocain de banques participatives et ses caractéristiques, il est
judicieux de s’attarder d’abord sur la notion de banque islamique.
1. Les banques islamiques
Les premières tentatives de lancement des banques islamiques ont commencé dans les années
(1970) en Egypte. Par la suite d’autres pays ont adopté des modèles de banques islamiques
avec des adaptations et des modes opératoires conformes aux spécificités nationales.
Dans un environnement international d’ouverture et de multiplication des innovations
financières et après s’être privé, pendant longtemps, des opportunités de la finance islamique,
le Maroc, en retard dans ce segment, en particulier, a initié en 2007 des mesures de lancement
des produits de la finance islamique.
L’apport de la finance islamique pourrait constituer une bouffée d’oxygène pour l’économie
marocaine et permet de drainer l’épargne des agents économiques, sensibles aux questions
religieuses, vers le système bancaire. Cet apport pourrait dynamiser le système financier
marocain en attirant des capitaux étrangers pour alimenter les réserves de devises du pays.
Etant parmi les derniers pays à autoriser les activités de la finance islamique, le Maroc, a
finalisé, en janvier 2015, le cadre législatif de lancement d’un modèle de banques
participatives.
Les autorités marocaines de tutelle ont essayé de bénéficier de la longue période de recul et
d’un important retour d’expérience dans ce domaine, afin de concevoir un modèle plus
adapté au système financier et bancaire marocain et surtout pour éviter les problèmes liées à la
concordance et la conformité des opérations avec la Charia.

La version islamique des banques doit faire face aux problèmes d’implémentation et
d’application dans un système bancaire, en essor et régi par des règles traditionnelles et
conventionnelles.
A ce sujet, l’intégration des banques islamiques dépend de la configuration du système
bancaire entier. En effet, en Iran et au Soudan, le système bancaire est totalement islamisé.
Les banques islamiques bénéficient donc d’un climat financier et réglementaire étroitement lié
à la charia islamique et très favorable à leur développement.
Dans les autres pays, entre autre, les pays du Golf et la Malaisie, les banques islamiques
coexistent avec les banques conventionnelles. Les entités islamiques se retrouvent en
concurrence avec les opérateurs bancaires traditionnels.
Les modèles existants à travers le mode sont, quasiment tous, adaptés aux spécificités de
l’économie de chaque pays
Généralement, dans les systèmes duals, l’activité à références islamiques est minoritaire.
Mais, le développement des banques islamiques dans les différents pays est lié à la demande

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des clients et/ou à la volonté gouvernementale. Ainsi, selon Anouar Hassoune (2009) 4, dans
les pays a système bancaire islamique, c’est la volonté politique qui est à l’origine de la
croissance des banques islamiques. La demande des clients représente un facteur de
développement en Arabie Saoudite et aux UAE. Le modèle de la Malaisie connait un
développement remarquable du fait de la combinaison de la dynamique de la demande et un
cadre réglementaire favorable.

2. Modèle marocain des banques islamiques


Les autorités marocaines ont essayé de façonner un cadre réglementaire propre à l’économie
marocaine en s’inspirant des modèles des pays à systèmes duals.
Ayant bénéficié des expériences précédentes, le législateur marocain a préféré employer les
termes « participatif et alternatif » pour ne pas utiliser le terme « islamique ». Ce choix a un
double avantage, il permet, d’une part d’éviter les critiques apparentes et relatives au cadre
opérationnel et, d’autre part, de prévenir d’apposer à l’activité traditionnelle et
conventionnelle l’étiquette négative de « non islamique ou prohibé ».
En plus, les autorités marocaines ont voulu montrer une certaine rationalité et une maturité en
évitant d’adopter l’appellation islamique5 pour un modèle de banque qui doit fonctionner dans
un système bancaire conventionnel6, avant une éventuelle création de compartiments
monétaires spécialement dédiés aux nouvelles entités proposant des produits conformes à la
Charia.
Concrètement, les textes fondateurs régissant cette nouvelle activité7 utilisent l’appellation de
banque participative et non islamique.

Dans un autre registre, le régulateur a seulement élargi le cadre réglementaire bancaire aux
établissements participatifs. Plus précisément, Bank Al Maghrib a essayé de croiser les
principes de la Charia avec les règles de refinancement, de garantie des dépôts, de
surveillance et de contrôle des établissements conventionnels.

2.1. Le mode de refinancement limite le risque de liquidité


L’interdiction de l’usage des intérêts, selon les préceptes de l’Islam, réduit les voies de
refinancement des établissements participatifs. Les principes de la Charia exposent, donc, les
banques islamiques aux risques de liquidité. De plus, l’obligation de traiter, seulement, des
actifs tangibles limite les opérations et les transactions financières susceptibles de procurer
des fonds aux banques participatives8.

4
Hassoune Anouar (2009), Cartographie de la finance islamique, intervention au colloque de Bercy, 2009.
5
D’autres pays ont choisi l’appellation Islamique, même si ces établissements opèrent dans un système bancaire
dual.
6
Les autorités n’annoncent pas un calendrier précis pour compléter le cadre réglementaire et opérationnel des
produits participatifs.
7
La loi bancaire 103-12 de 2014 et ses circulaires d’application.
8
Ben Jedidia Khoutem et Djelassi Mouldi (2013), « Le risque de liquidité pour une Banque Islamique » Etudes
en Economie Islamique Vol. 7, No.1.

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L’intégration de ces entités dans le cercle des établissements de crédit ne les différencient pas
significativement des banques traditionnelles. A cet effet, les banques participatives ne
recourent pas automatiquement au marché monétaire et au concours de BAM dans le cadre de
la politique monétaire opposable à tous les établissements de crédit. Car le texte fondateur des
banques participatives leur interdit d’initier des opérations impliquant la perception et le
versement d’intérêt (article 52 de la loi bancaire 103-12).

2.2. La garantie des dépôts


Une autre spécificité du modèle marocain réside dans l’application aux banques participatives
le même dispositif applicable aux banques conventionnelles en matière de protection des
déposants. A cet effet, selon l’article 67 de la loi 103-12, le législateur prévoit la création d’un
«fonds de garantie des dépôts des banques participatives » pour rembourser les dépôts des
déposants en cas d’indisponibilité de leurs dépôts et de tous autres fonds garantis. Et les
établissements participatifs sont obligés d’adhérer à ce fonds.
Ce fonds, de garantie des dépôts semble contredire le principe du risque et de l’incertitude et
se rapproche plutôt du placement sécurisé sans risque qui caractérise les dépôts chez les
banques conventionnelles, même si en principe, cette mesure ne concerne pas les comptes
d’investissement.
L’article 68 de la loi 103-12 prévoit également que le fonds de garantie peut accorder, à titre
préventif et exceptionnel, à une banque participative en difficulté et dans la limite de ses
ressources, des concours remboursables ou prendre une participation dans son capital. Ce
dispositif représente un risque pour les fonds qui sont en principe une garantie des dépôts. Le
texte de la loi bancaire N° 103-12 ne définit pas, non plus, les contreparties de ces concours et
laisse la voie ouverte aux modalités de rémunération de ce genre d’opération de
refinancement.

2.3. L’ouverture des opérations participatives aux établissements conventionnels


Pour éviter que l’autorisation des activités des banques participatives ne soit totalement
ouverte aux établissements bancaires déjà existants. La circulaire de BAM N°3/W/17 édicte
les principes et les règles à respecter par les établissements de crédit conventionnels qui
désirent ouvrir une fenêtre dédiée à la proposition des produits participatifs.
L’article 9 de la même circulaire stipule que l’encours des financements participatifs proposés
par ces fenêtres ne doit pas dépassé 10% des financements distribués par la banque
traditionnelle de rattachement9. En plus le nombre d’agence est limité à 4% du nombre
d’agence de la banque conventionnelle, mère, en 2017 puis à 10% en 202010.
Ce dispositif semble admettre une interprétation en double sens. En effet, il peut être
interpréter comme un moyen de décourager l’ouverture de fenêtres par toutes les banques

9
Article 9 de la Circulaire de Bank Al-Maghrib n°3/W/17 relative aux fenêtres participatives des banques
conventionnelles.
10
Article 10 de la Circulaire de Bank Al-Maghrib n°3/W/17 relative aux fenêtres participatives des banques
conventionnelles.

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conventionnelles, pour les pousser à créer des banques participatives dédiées spécialement à
ces activités.
Il peut être perçu également comme des restrictions visant la protection de l’activité
conventionnelle par crainte de basculement du business modèle des banques vers le segment
participatif. Il s’agit, ici, donc de concurrence déloyale, voire de barrière à l’entrée pour les
produits participatifs au marché bancaire.

3. Contrôle et régulation des banques participatives


Le contrôle et la régulation des banques participatives dépendent de la structure du secteur
financier. Ils dépendent également de l’adaptation des règles applicables aux banques
participatives aux préceptes islamique11.

3.1. Les ratios Macro-prudentiels


Bank Al Maghrib avance que les banques participatives sont soumises aux mêmes procédures
d’agrément et de supervision que les banques conventionnelles avec les aménagements
nécessaires pour se conformer aux standards en la matière12.
Il parait ici que le législateur n’a pas finalisé le cadre réglementaire des banques
participatives. L’autorité de tutelle compte, donc, continuer à alimenter le marché en textes
juridiques et mesures structurants les produits participatifs. Cette situation risque d’alimenter
un immobilisme et un manque d’initiative de la part du législateur et des autorités de tutelle.
Pour assurer la réussite du lancement de ces banques, ces institutions ne doivent pas réagir
seulement s’il y a des problèmes de liquidité, surtout que leurs déclarations ne sont soumises à
aucun contrôle ou évaluation et n’annoncent pas de calendrier.
Les banques participatives sont confrontées aussi aux implications de politique monétaire de
BAM, dans le sens de devoir respecter, au même titre que les banques conventionnelles, les
règles de la réserve monétaire et les procédures du recours au refinancement de la banque
centrale.

3.2. Le Conseil Supérieur des Oulémas : organe de consultation et de contrôle


La loi bancaire 103-12 prévoit un partage de la supervision et du contrôle des banques
participatives entre Bank Al Maghrib et le CSO. Ce transfert de quelques prérogatives est une
manière de donner plus de notoriété religieuse aux banques participatives.
Globalement, les circulaires d’application de la nouvelle loi bancaire stipule que le Conseil
Supérieur des Oulémas se charge de vérifier la conformité à la Charia à plusieurs niveaux. Il a
pour mission de :
- Délivrer des avis conformes des circulaires de Bank Al-Maghrib relatives aux
conditions et modalités de l’activité des banques participatives.

11
Chapra Umer et Khan Tariqullah (2000), « Réglementation et contrôle des banques islamiques » Etude
spéciale N° 3, Banque Islamique de Développement, Institut islamique de recherches et de formations.
12
Note de présentation de la loi bancaire 103-12

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- Délivrer des avis conformes des circulaires de Bank Al-Maghrib relatives aux
caractéristiques techniques des quatre produits de financement (Murabaha,
Moucharaka, Ijara, et Moudaraba) ainsi que les modalités de leur présentation à la
clientèle.
- Délivrer des avis conformes des produits et des activités des banques participatives.
- Délivrer des avis conformes des circulaires de Bank Al-Maghrib relatives aux
caractéristiques techniques de tout autre produit de financement non prévu par la loi
bancaire.
Soumises, donc, à une double tutelle, les entités participatives doivent opérer selon la
réglementation prudentielle et la politique monétaire de BAM et en conformité aux principes
de la Charia.
Après avoir présenté les principales caractéristiques techniques et réglementaires des banques
participatives au Maroc, il est utile de procéder à un exposé d’un bilan de démarrage de
l’activité de ces institutions. Le point suivant sert également à identifier les éventuels défis,
atouts et perspectives de ces institutions.

II. Banques participatives au Maroc : Bilan, atouts, risques et perspectives


La finalisation du cadre législatif a permis le lancement effectif de 8 établissements
participatifs, dont 5 banques nouvellement créées et 3 fenêtres rattachées à des organismes
financiers conventionnels et habilitées à proposer des produits participatifs.
Le tableau suivant détaille plusieurs statistiques sur le démarrage, sur les implantations et
présente quelques indicateurs de l’activité bancaire depuis le deuxième semestre 2017 au
troisième trimestre 2019.
1. Banques participatives au Maroc : Bilan de lancement

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Selon les publications officielles des services de la banque centrale (BAM), le système
bancaire marocain contient, depuis le deuxième semestre 2017, 5 nouveaux acteurs bancaires
participatifs, et 3 fenêtres, ramenant ainsi le nombre de banque à 24 entités.
Les établissements de crédit nouvellement créés ont ouvert quelques 129 agences entre 2017
et les trois premiers trimestres de 2019. Cette partie du réseau bancaire est concentré dans les
grandes villes du Royaume du Maroc. Grâce à ce déploiement, les banques participatives ont
pu ouvrir 81 963 comptes.
En termes de collecte de dépôts, les institutions participatives ont enregistré environ 2,5 Mrds
de DH sous forme de dépôts à vue et de dépôts d’investissement. Le financement participatif,
qui a porté principalement sur des contrats Mourabaha, a atteint, quant à lui, un montant de
5,9 Milliards de dirhams entre 2017 et 2019.
S’agissant des résultats, les banques participatives réalisent encore des déficits à cause de
l’effort d’investissement et les frais de financement de cette première phase de démarrage et
d’expansion.
L’engouement de la clientèle, la finalisation du cadre réglementaire et la multiplication des
points de vente ne peuvent que dynamiser l’activité des banques participatives et améliorer
leurs résultats opérationnels.

2. Renforcement et adaptation du cadre réglementaire et opérationnel : atouts de


développement et de croissance
Les efforts permanents du régulateur monétaire marocain permettent d’enregistrer des
avancées remarquables sur le sujet des Sukuk, de l’assurance Takaful et la diversification des
modes de refinancement des banques participatives.
2.1. Les Sukuk
Alternative aux obligations classiques, les Sukuk sont un instrument financier islamique. Ils
permettent d’apporter des solutions de financement des besoins de tous les agents
économiques. L’Etat, les entreprises privées, les assureurs et les banques participatives, en
particulier, peuvent se refinancer par ce moyen. Les Sukuk offrent également une
diversification des instruments financiers de placement pour les investisseurs.
Selon le rapport de l’Autorité Marocaine des Marchés de Capitaux (AMMC), ces titres sont
adaptés aux projets d’infrastructures et il en existe quatre types, l’Ijara (crédit-bail), la Wakala
(mandat), la Moucharaka (investissement par association) et la Mourabaha (transaction par
laquelle une banque acquiert les biens requis par un acheteur et les lui revend à un prix majoré
d’une marge déterminée).13
Ce dispositif de refinancement et de placement n’est pas automatique et est plus compliqué
que le mode de refinancement auprès de la banque centrale. Aussi l’émission des Sukuk
nécessite un préparatif par rapport à la législation de protection des épargnants quant à la
solvabilité de l’émetteur. La solution issue des pratiques internationales consiste à créer un
fond commun entre les banques participatives et le charger d’émettre des Sukuk de gros

13
Rapport de l’AMMC sur les Sukuk au Maroc, page 19.

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montants, utilisables en priorité pour le refinancement des banques participatives sous forme
de placement.

Au Maroc, le cadre législatif et réglementaire des Sukuk est défini par la loi 33-06
portant sur la titrisation, aménagée progressivement par la loi 119-12, la loi 05.14 et la
loi 69.17.
Le dispositif réglementaire et technique a été finalisé par l’accord du visa de conformité du
CSO en 2018 pour la première émission de Sukuk par l’Etat marocain. Ces titres, d’une
maturité de 5 ans, émis sous forme d’Ijara, l’équivalent du crédit-bail conforme à la charia,
sont adossés à des actifs immobiliers appartenant à l'Etat.
Cette première émission, destinée à offrir aux banques participatives des moyens de
placement, a permis également aux banques conventionnelles de souscrire une part
importante.
2.2. Al Wakala bil-Istithmar
Conscient du risque de liquidité encouru par les banques participatives, les autorités
monétaires ont ouvert la voie à d’autres moyens de refinancement adaptés aux spécificités de
la Charia. A cet effet, Bank Al Maghrib et le CSO ont adopté, en juillet 2018, une formule
d’Al Wakala Bil Istithmar qui permet aux banques conventionnelles d’accorder des prêts aux
banques participatives.
Cette opération financière est définie comme une levée de fonds sous forme de mandat par
lequel le (Wakil) est chargée de réaliser des investissements pour le compte d’une autre partie
en contrepartie d’une rémunération14.

2.3. L’Assurance Takaful


Depuis 2017, les financements accordés par les banques participatives ne sont pas couverts
par des assurances, mais par des engagements des clients à souscrire l’assurance adaptée, une
fois appliquée. Ainsi, pour limiter l’exposition des banques participatives aux risques, les
accompagner dans la couverture de leurs produits et diversifier leur offre de produits
participatifs conformes à la Charia, le législateur marocain a actualisé, en Août 2019, son
arsenal législatif relatif à l’assurance afin de l’adapter aux produits d’assurances Takaful.
En effet, la loi 87.18 amende la loi N°17.99 relative au code des assurances pour y introduire
le Takaful. Le nouveau code des assurances précise que le Fonds Takaful sera doté d’une
personnalité morale distincte de l’EART (Entreprises d’Assurance et de Réassurance Takaful)
et d’une autonomie financière. Les fonds Takaful et les compagnies d’assurance Takaful sont
soumises, également, à la tutelle de l’ACAPS (Autorité de Contrôle des Assurances et de la
Prévoyance Sociale).
Le texte entré en vigueur stipule, par ailleurs, que les banques participatives ont l’exclusivité
de présenter des opérations d’assurance Takaful famille, ainsi que les assurances Takaful
relatives à l’assistance et au crédit. Cependant, le secteur des banques participatives est
toujours dans l’attente de publication des décrets d’application par la commission de la

14
Rapport de Bank Al Maghrib sur la supervision bancaire, exercice 2018, page 49.

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finance participative du Conseil Supérieur des Oulémas pour démarrer la commercialisation


de ce nouveau produit.
Ces différentes mesures sont susceptibles de booster l’activité des banques participatives. A
titre d’illustration, l’instauration de l’opération « Wakal bel istitmar » institutionnalise les
liens entre les banques participatives et les autres acteurs financiers surtout en matière de
gestion d’actif et de refinancement.
Aussi, l’ouverture des produits participatifs aux banques conventionnelles via des « fenêtres
participatives » constitue une protection contre le risque de liquidité dans la mesure où la
banque mère peut toujours renflouer la fenêtre participative. En plus, la part de l’activité
participative reste plafonnée, et donc maitrisée, en termes d’encours et d’implantation chez
ces fenêtres.
Enfin, le fonds de garantie des dépôts autres que ceux détenus dans les comptes
d’investissement, prévoit un mécanisme de redressement et de sauvetage des établissements
en difficultés pour préserver la survie et la stabilité du système bancaire dans sa globalité
contre les risques de liquidité en particulier.
Ce processus de renforcement de l’arsenal réglementaire et technique permet aux banques
participatives de surmonter leurs défis et entamer une phase d’expansion et de croissance.

3. Défis et perspectives des banques participatives au Maroc


3.1. Risque de non cohérence et de non-conformité aux préceptes de l’Islam
L’absence de normalisation des produits et le manque d’harmonisation des normes
islamiques, en raison notamment des différences entre les interprétations des spécialistes de la
Charia, peuvent accentuer le risque opérationnel et l’incertitude juridique. De plus, la
complexité et la multiplication des intervenants dans le processus de vérification de
conformité des produits à la Charia rallonge les délais de préparation et retarde, donc, la
commercialisation des produits et finit par créer un attentisme négatif chez la clientèle.
Aussi, les avis peuvent diverger et exposer ainsi, la finance islamique au risque de divergence
des fatwas, surtout avec la coexistence de différentes écoles islamiques (liées principalement
aux Quatres Madahib) dans le monde musulman15. Cette menace s’intensifie à cause de
l’absence d’autorité unique dans le monde16 capable d’unifier le cadre opérationnel et
réglementaire et imposer une standardisation des activités de la finance islamique d’une
manière globale.

3.2. Risque de désintérêt de la clientèle


Malgré l’engouement pour la commercialisation des produits participatifs, les acteurs doivent
se mobiliser pour accompagner le développement de l’activité de financement et anticiper un
éventuel désintérêt de la clientèle en limitant les freins réglementaires et techniques
susceptibles de décourager la clientèle potentielle.

15
Divergence d’interprétation entre Sunnite (les quatres Madahib) et Chéeite et le rôle de l’IJtihad.
16
Allard Patrick et Benchabane Djilali «La finance islamique : modèle alternatif, postiche ou pastiche ? »,
Revue française d'économie 2010/4 (Volume XXV), p. 11-38.

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Ainsi, l’activisme est plus que nécessaire pour éviter que les clients, ne deviennent moins
sensibles à l’effet d’annonce de l’activité participative et se détournent vers les produits
standards, pouvant être jugé moins couteux.

Globalement, les expériences des autres pays révèlent que les banques islamiques,
effectivement rattachées aux préceptes de l’Islam, sont principalement exposées au risque de
liquidité dans les systèmes duals.
Même si, l’intermédiation peut être participative17, l’absence de marché monétaire et
interbancaire dédié et adapté aux produits participatifs, expose les banques de ce segment au
risque de liquidité. Ainsi, le développement du marché des Sukuk peut aider à diversifier les
sources de refinancements des banques participatives d’une part, et construire une référence et
un historique de taux de rendement pour les émissions de Sukuk publics et privés d’autres
part.

3.3. Perspectives et adaptation aux normes et standards internationaux


Loin de créer un système bancaire, totalement, islamique, les autorités de tutelle doivent
concevoir et organiser des modes de refinancement des banques participatives via des
opérations sans intérêts et avec des conditions de rémunérations compatibles avec la Charia.
La solution idéale est donc de créer un marché interbancaire entre les établissements
participatifs18 en s’inspirant, par exemple, de l’expérience malaysienne.
A ce sujet, le recours au Liquidity Management Center (LMC) 19 crée en 2002 permet de
faciliter la mise en place du marché interbancaire pour les institutions participatives, et
surtout, l’ouvrir aux autres établissements conventionnels qui désirent effectuer des
opérations avec les acteurs participatifs selon les principes de la Charia.
Il est judicieux, donc, de se référer à l’International Islamic Financial Market (IIFM) crée en
2001 au Bahreïn pour imaginer un cadre conceptuel pour développer des marchés monétaires
et de capitaux islamiques.
En référence aux ratios prudentielles, il est utile d’appliquer le principe 9 de l'Islamic
Financial Services Board (IFSB), qui oblige les banques participatives à garder une réserve de
liquidités (cash ou actifs très liquides) afin de contrecarrer d’éventuelle longue période de
pénurie de liquidités.
Le principal enjeu pour les banques participatives marocaines consistera, donc, à déterminer
le niveau optimal de cette réserve.
Les opportunités sont encore nombreuses pour les autorités et les acteurs du secteur au Maroc
pour collaborer avec les institutions internationales qui interviennent dans le domaine de la
finance islamique.

17
La banque et l’épargnant sont liés avec un client par un contrat de partage des pertes et des profits.
18
Allard Patrick et Benchabane Djilali «La finance islamique : modèle alternatif, postiche ou pastiche ? », Revue
française d'économie 2010/4 (Volume XXV), p. 11-38..
19
http://www.lmcbahrain.com/

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L’entretien de relations avec ces entités peut être une nécessité, car plusieurs banques
participatives sont formées par association entre acteurs marocains et étrangers20. Il est donc
essentiel d’adhérer à l’International Arbitration and Réconciliation Center for Islamic
Financial Institutions (ARCIFI) chargé de l’arbitrage entre les institutions de la finance
islamique dans le monde.
Pour se procurer des fonds et émettre des Sukuk, les institutions participatives marocaines
sont tenues de se diriger en priorité vers un acteur de notation, spécialisé dans le domaine.
C’est dans ce sens que le rapprochement avec l’International Islamic Rating Agency (IIRA)21
est plus que recommandé.
En fin, l’adhésion à ces institutions est susceptible de développer l’activité des banques
participatives au Maroc et diversifier leurs sources de financement sur les marchés
internationaux grâce au lancement, en 2011, du taux interbancaire de référence islamique
(IIBR), alternatif au LIBOR.

Conclusion
Les banques participatives marocaines coexistent avec les banques conventionnelles. Dans ce
système bancaire dual, les autorités de tutelle essayent de garantir à ce nouveau modèle un
maximum de conformité aux préceptes de l’Islam à travers la définition d’un cadre
réglementaire interdisant catégoriquement l’usage de l’intérêt. Le contrôle de la conformité
des produits et des opérations à la Charia est renforcé par l’instauration du Conseil Supérieur
des Oulémas.
Malgré ces efforts, ce modèle qualifié, d’ailleurs de participatif, reste régit par les mêmes
dispositions réglementaires imposées par la politique monétaire et les ratios prudentiels ainsi
que par les procédés de refinancement auprès de BAM, en particulier.
Ainsi, le cadre réglementaire doit encore être complété pour se rapprocher davantage des
pratiques des institutions internationales de référence en la matière.
En parallèle, les autorités de tutelle et les nouveaux opérateurs participatifs doivent investir
davantage dans la communication et l’explication au grand public des raisons et des
spécificités qui ont guidé le choix d’adopter ce modèle de banque participative. Cet exercice
est en mesure de convaincre et d’attirer davantage la clientèle qui peut sembler être déçue par
l’adoption d’un modèle participatif au lieu d’un modèle explicitement islamique.
Le processus de renforcement de l’arsenal réglementaire et technique permet aux banques
participatives de surmonter leurs défis et entamer une phase d’expansion et de croissance.
Mais, pour juger la réussite et la croissance des produits participatifs, il faut attendre de
disposer de suffisamment d’informations et de données pour quantifier, statistiquement, ces
activités et les comparer à celles des autres types de banques.

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A titre d’exemple, Umnia Bank est détenu par le Groupe CIH (40%), Qatar International Islamic Bank (40%)
et la Caisse de dépôt et de gestion (20%). Bank Al Yousr est constitué par la Banque centrale populaire (80%) et
Guidance Financial Group (20%). Bank Al Tamwil wal Inmaa – BTI Bank fruit du partenariat entre BMCE 51%
Al Baraka Groupe 49%.
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http://iirating.com

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Volume 4, numéro 1 (2020)

Bibliographie
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