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Durant ce siècle, les mathématiciens continuent de s'intéresser aux résolutions algébriques des

équations. Le premier essai systématique sur la résolution des équations algébriques était
l'œuvre de Tschirnhaus en 1683. Euler lui-même, dans deux essais, ne va pas au-delà de son
devancier et en 1762, Étienne Bézout introduit la notion de racine de l'unité. Entre 1770 et 1772,
on peut citer trois grands mémoires plus originaux : celui de Waring, celui d'Alexandre-Théophile
Vandermonde (1771) sur la résolubilité par radicaux des équations xn – 1 = 0 (équation
cyclotomique) qui est un précurseur dans l'utilisation des permutations des racines 25 et celui de
Lagrange (1770) qui rassemble toutes les méthodes de résolutions déjà tentées mais va
introduire les résolvantes de Lagrange et démontrer, dans un langage où la notion de groupe
n'existe pas encore, le théorème de Lagrange : l'ordre d'un sous-groupe d'un groupe fini divise
l'ordre du groupe. Ces deux derniers mathématiciens mettent en évidence l'importance des
racines et de leurs permutations mais il faut attendre le siècle suivant pour voir naitre la notion
de groupe de permutations.
La géométrie analytique se développe et s'étend de l'étude des courbes à celle des surfaces.
Euler étudie l'équation générale du second degré à trois variables et présente une classification
des solutions. Alexis Clairaut étudie les courbes gauches (1729). Gabriel Cramer publie en 1750
un traité sur les courbes algébriques. La grande figure de la géométrie du XVIIIe reste Gaspard
Monge26 : il développe la géométrie différentielle avec l'étude des tangentes et crée une nouvelle
discipline : la géométrie descriptive. Leonhard Euler développe le calcul trigonométrique, met en
place les formules de calcul de la géométrie sphérique et replace les fonctions circulaires dans
l'ensemble général des fonctions, les développant en séries entières ou en produits infinis et
découvrant une relation entre les fonctions circulaires et les fonctions exponentielles
Le siècle voit l'apparition de quelques théoriciens de la logique. Leonhard Euler met au point une
méthode de représentation figurée des déductions syllogistiques (diagramme d'Euler), Jean-
Henri Lambert travaille sur la logique des relations 26.
C'est aussi le siècle qui s'attaque aux premiers exemples de ce qui va devenir la théorie des
graphes. Euler résout en 1736 le problème des sept ponts de Königsberg et, en 1766, énonce le
théorème des circuits eulériens : un graphe connexe admet une chaîne eulérienne si et
seulement si le nombre de ses sommets de degré impair est 0 ou 2. Il s'attaque au problème du
cavalier en 1759 mais ne publie rien jusqu'en 1766. Il s'agit d'un cas particulier de graphes
hamiltoniens. Le problème du cavalier est connu depuis fort longtemps. Vers 840, al-Adli ar-
Rumi en donne une solution. Le poète cachemiri Rudrata en parlait aussi dans
son Kavyalankara.
Mais le siècle est fécond aussi en conjectures qui resteront des énigmes pendant plus d'un
siècle : le problème de Goldbach, le problème de Waring27…
Le siècle voit aussi Legendre s'échiner pendant des années sur les intégrales elliptiques.
Malheureusement pour lui, même s'il fait l'admiration d'Euler en ce domaine, la solution de la
question allait lui échapper au profit d'Abel.
Le XVIIIe siècle est aussi celui de l'Encyclopédie dans laquelle Jean le Rond d'Alembert fait un état
des lieux des mathématiques de ce siècle.

Japon[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Mathématiques japonaises.
Durant la période Edo (1603 - 1868), au Japon, se développe une mathématique sans influence
de la mathématique occidentale mais inspirée de la mathématique chinoise, travaillant sur des
problèmes d'essence géométrique. Des énigmes géométriques sont posées et résolues sur des
tablettes en bois appelées Sangaku.
Par exemple, le mathématicien Kowa Seki invente vers 1680 la méthode d'accélération de
convergence appelée Delta-2 et attribuée à Alexander Aitken qui l'a redécouverte en 1926 et
popularisée28.
XIXe siècle[modifier | modifier le code]
L'histoire mathématique du XIXe siècle est riche. Trop riche pour qu'en un essai de taille
raisonnable on puisse couvrir la totalité des travaux de ce siècle. Aussi ne doit-on attendre de
cette partie que les points saillants des travaux de ce siècle.
Le XIXe siècle vit apparaître plusieurs théories nouvelles et l'accomplissement des travaux
entrepris au siècle précédent. Le siècle est dominé par la question de la rigueur. Celle-ci se
manifeste en analyse avec Cauchy et la sommation des séries. Elle réapparaît à propos de la
géométrie. Elle ne cesse de se manifester en théorie des fonctions et particulièrement sur les
bases du calcul différentiel et intégral au point de voir disparaître totalement ces infiniment petits
qui avaient pourtant fait le bonheur du siècle précédent. Mais plus encore, le siècle marque la fin
de l'amateurisme mathématique: les mathématiques étaient jusque-là surtout le fait de quelques
particuliers suffisamment fortunés soit pour étudier eux-mêmes soit pour entretenir quelques
génies. Au XIXe siècle, tout cela prend fin : Les mathématiciens deviennent des professionnels
appointés. Le nombre de ces professionnels ne cesse de croître et avec ce nombre, les
mathématiques prennent une importance jamais atteinte, comme si la société tout entière prenait
enfin conscience du formidable outil. Les applications, en germe dans le siècle précédent, se
développent rapidement dans tous les domaines, laissant croire que la science peut tout.
D'ailleurs, certains succès sont là pour en attester. N'a-t-on pas découvert une nouvelle planète
uniquement par le calcul ? N'a-t-on pas expliqué la création du système solaire ? Le domaine de
la physique, science expérimentale par excellence est complètement envahi par les
mathématiques: la chaleur, l'électricité, le magnétisme, la mécanique des fluides, la résistance
des matériaux et l'élasticité, la cinétique chimique sont à leur tour mathématisés au point que le
bon vieux cabinet de curiosité du XVIIIe siècle finissant est remplacé par un tableau noir. Et le
vaste champ de la science s'étend encore et encore. Certes, on ne dit plus ce presque lieu
commun du XVIIIe siècle que les sciences mathématiques seront bientôt achevées et qu'il faudra
« fermer la mine », à la place on se met à rêver à la machine de Leibniz qui répondrait à toutes
les questions. On va même jusqu'à quantifier le hasard ou l'incertain, histoire de se rassurer.
Cournot veut appliquer le calcul des probabilités en matière judiciaire pour arriver à cette
stupéfiante, et combien rassurante, conclusion qu'il y a moins de deux pour cent d'erreurs
judiciaires ! Les mathématiques s'insinuent jusqu'à la structure intime de la matière: plusieurs
théories de la lumière et les prémices de la théorie de la relativité chez Lorentz qui complète la
théorie électromagnétique de Maxwell. La tendance à la rigueur, commencée au début
du XIXe siècle, ne verra son accomplissement qu'au début du XXe siècle par la remise en cause de
bien des a priori.

Joseph-Louis Lagrange
 


Augustin Louis Cauchy
 

Carl Friedrich Gauss


 

Bernhard Riemann
 

Pierre-Simon de Laplace
 

William Rowan Hamilton


 

Gottlob Frege

Revues de mathématiques[modifier | modifier le code]


 Il existait depuis la fin du XVIIe siècle quelques académies qui publiaient leurs travaux
et des résumés annuels. De plus quelques journaux avaient fleuri, tels que les Acta
Eruditorum édités par Otto Mencke à Leipzig ou les commentaires de Petersbourg
rendus célèbres par Euler. Mais ces journaux ou revues n'étaient pas spécialisés
dans les mathématiques et accueillaient des mémoires de philosophie, d'histoire, de
botanique, aussi bien que de mathématiques. Le début du XIXe va voir apparaître des
revues qui se spécialiseront dans la publication des mathématiques. Les éditeurs de
ces revues sont Ferussac (pour le Bulletin général et universel des annonces et des
nouvelles scientifiques), Gergonne (pour les Annales de mathématiques pures et
appliquées), Crelle (pour le Journal für die reine und angewandte
Mathematik), Liouville (pour le Journal de mathématiques pures et appliquées) pour
n'en donner que quatre avant 1840. Elles seront bientôt suivies par une foule d'autres
revues que chaque université un peu célèbre se plait à financer, tels les Acta
Mathematica de Mittag-Leffler en 1882.
Mécanique[modifier | modifier le code]

Sofia Kovalevskaïa.

 La mécanique de Newton opère sa révolution. Utilisant le principe (variationnel) de


moindre action de Maupertuis, Lagrange énonce les conditions d'optimalité du
premier ordre qu'Euler avait trouvées en toute généralité et trouve ainsi les équations
de la mécanique qui portent son nom. Par la suite, Hamilton, sur les pas de
Lagrange, exprime ces mêmes équations sous une forme équivalente. Elles portent
aussi son nom. La théorie naissante des espaces de Riemann permettra de les
généraliser commodément.
 Delaunay, dans un calcul extraordinaire, fait une théorie de la Lune insurpassée 29.
Faye30 s'exprime ainsi à ses funérailles (1872) : « Travail énorme, que les plus
compétents jugeaient impossible avant lui, et où nous admirons à la fois la simplicité
dans la méthode et la puissance dans l'application ». Il résolut de faire le calcul
au 7e ordre là où ses devanciers (Clairaut, Poisson, Lubbock…) s'étaient arrêtés
au 5e.
 Le Verrier31 appliquant la théorie newtonienne aux irrégularités d'Uranus que venait
de découvrir Herschel, conjecture l'existence d'une planète encore inconnue
(Neptune) dont il détermine position et masse par le calcul des perturbations.
 Le mouvement d'un solide autour d'un point fixe admet trois intégrales premières
algébriques et un dernier multiplicateur égal à 1. Le problème de l'intégration formelle
par quadrature du mouvement nécessite une quatrième intégrale première. Celle-ci
avait été découverte dans un cas particulier par Euler. La question est reprise par
Lagrange, Poisson et Poinsot. Lagrange et Poisson découvrent un nouveau cas où
cette quatrième intégrale est algébrique 32.
 Les deux cas, désormais classiques, du mouvement d'Euler-Poinsot et du
mouvement de Lagrange-Poisson sont complétés, en 1888, par un nouveau cas
découvert par Sofia Kovalevskaïa33. Poincaré avait montré qu'il ne pouvait exister de
nouveau cas si l'ellipsoïde d'inertie relatif au point de suspension n'est pas de
révolution32.
 Mach énonce un principe qui sera central dans les motivations de la relativité
d'Einstein.
 Malgré ses succès, la mécanique aura du mal à trouver, dans l'enseignement, une
place que les mathématiques ne veulent pas lui céder34 et Flaubert pourra présenter
comme une idée reçue que c'est une «  partie inférieure des mathématiques  ».
Physique mathématique