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AKOS Encyclopédie Pratique de Médecine


Maladies éruptives de l’enfant

P Amblard

L es maladies éruptives de l’enfant sont fréquentes et très polymorphes. L’éruption peut être de type
érythémateux, vésiculeux, papuleux, pustuleux, purpurique. Les étiologies sont multiples, essentiellement
virales, mais aussi bactériennes et médicamenteuses. Devant une éruption érythémateuse, on pensera à la rougeole,
la rubéole, la mononucléose infectieuse, à l’exanthème subit, au mégalérythème épidémique, à une toxidermie, à
une scarlatine, à un choc ou à un syndrome de Lyell staphylococcique, à un syndrome de Kawasaki. Une éruption
vésiculeuse orientera vers une varicelle, un zona, un herpès, une coxsackie. Devant une éruption papuleuse, on
évoquera un syndrome de Gianotti-Crosti. Une éruption pustuleuse fera rechercher une infection bactérienne
mycosique ou virale. L’acropustulose infantile et la pustulose néonatale transitoire correspondent à des pustules
aseptiques d’étiologie inconnue. Un purpura avec des signes généraux graves se rencontre dans le purpura
fulminans, le tableau de purpura rhumatoïde étant moins aigu.
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La période d’invasion se caractérise par un catarrhe antibiothérapie précoce par macrolides ou
Introduction oculonasal, une pharyngite, une toux. Il existe parfois bêtalactamines si l’on craint une infection
des signes digestifs (douleurs abdominales, diarrhée, staphylococcique.
vomissements). Le diagnostic peut être fait dès ce Les autres complications imposent une
Les maladies éruptives de l’enfant sont fréquentes stade où existe un énanthème caractéristique qui hospitalisation.
et diverses. Elles peuvent revêtir différents types apparaît vers la 36e heure et persiste jusqu’au début de
séméiologiques : érythème, papules, vésicules, Rubéole
l’éruption. Il existe en effet un semis de minuscules
pustules, purpura, ces différentes lésions étant parfois taches blanc bleuâtre reposant sur un fond La rubéole, ou troisième maladie, est due à un virus
associées chez un même malade. érythémateux au niveau de la face interne des joues : acide ribonucléique (ARN) appartenant à la famille des
En pratique, on peut distinguer les éruptions c’est le signe de Koplik, pathognomonique mais Togaviridae.
érythémateuses, vésiculeuses, pustuleuses, inconstant. Il est classique d’opposer la rubéole acquise
purpuriques. La période d’état survient 14 jours après le contage, contractée après la naissance et la rubéole
Nous n’étudierons ici que les éruptions se voyant avec l’apparition de l’éruption morbiliforme. Celle-ci, congénitale.
essentiellement chez l’enfant, éliminant ainsi érythème limitée le premier jour à l’extrémité céphalique, en ¶ Rubéole acquise
polymorphe et érythème noueux. particulier derrière les oreilles, va s’étendre La période d’incubation est de 14 à 18 jours. La
‚ Éruptions érythémateuses progressivement au cou, au thorax, aux membres phase d’invasion est brève (moins de 2 jours), discrète
supérieurs. Le troisième jour, elle gagne l’abdomen et (fièvre modérée, courbatures), souvent inapparente.
Ce sont les plus fréquentes. Au plan séméiologique, les cuisses. Elle est généralisée au quatrième jour. La période d’état est marquée par l’éruption qui
on distingue :
À partir du deuxième ou troisième jour de débute au visage puis s’étend rapidement au tronc et
– les érythèmes morbiliformes, faits d’éléments
l’éruption, l’aspect est caractéristique : le visage est aux membres supérieurs. Elle est de type maculeux ou
maculopapuleux rouge vif, séparés par des intervalles
bouffi, tacheté de rouge, les paupières gonflées, les maculopapuleux, plus marquée au niveau du visage
de peau saine, donnant au toucher une sensation
yeux larmoyants, le nez coule. Les signes généraux et qui prend un aspect cramoisi. Le troisième jour, elle
veloutée ;
fonctionnels disparaissent dès la sortie de l’éruption. disparaît sans desquamation ; il n’y a pas
– les érythèmes roséoliformes, faits d’éléments
Cette dernière s’efface en 5 jours environ, avec une d’énanthème.
maculopapuleux rose pâle, parfois confluents ;
desquamation le plus souvent imperceptible. La fièvre est modérée (inférieure à 39 °C),
– les érythèmes scarlatiniformes, généralisés ou en
Les complications sont rares : pneumopathie inconstante et éphémère, et disparaît le deuxième ou
nappes confluentes, faits d’éléments maculopapuleux
clinique et radiologique, épanchement pleural, otite, troisième jour de l’éruption.
rouge vif, donnant au toucher une sensation de
laryngite, encéphalite, rougeole maligne. Des adénopathies peuvent précéder cette dernière
rugosité granuleuse.
La rougeole est devenue une maladie rare en de 1 semaine et persister plusieurs semaines. Les
En pratique, ces différents aspects cliniques n’ont
France du fait de la vaccination. Elle reste encore un ganglions de petite taille siègent préférentiellement
qu’une valeur d’orientation.
grave problème dans les pays sous-développés où les dans les zones sous-occipitales, cervicales postérieures
Au plan étiologique, on distingue les éruptions
complications sont particulièrement fréquentes. Il en et épitrochléennes.
d’origine virale et celles d’origine toxinique.
est de même chez l’immunodéprimé. Les formes inapparentes, pratiquement
‚ Éruptions érythémateuses d’origine Le diagnostic est essentiellement clinique sur les asymptomatiques, sont fréquentes (au moins 50 %
virale caractères de l’énanthème, l’aspect clinique et des cas).
l’évolution de l’exanthème, le catarrhe oculonasal, la Les complications sont rares, sauf chez
Rougeole fièvre. La sérologie ne permet qu’un diagnostic l’immunodéprimé : polyarthrite, purpura thrombopéni-
La rougeole, ou deuxième maladie, est due à un rétrospectif. que, méningoencéphalite.
paramyxovirus. Après une période d’incubation Le traitement, dans la forme habituelle, est Le diagnostic est avant tout clinique. On discute
cliniquement muette de 10 à 15 jours, la maladie purement symptomatique : fébrifuges, désinfections rarement une adénovirose, une toxoplasmose. La
débute par un malaise général et une fièvre variable rhinopharyngée et oculaire, antitussifs, anticonvulsi- certitude ne peut être apportée que par la
( 38 à 40 °C ). vants. La surinfection respiratoire impose une séroconversion.

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Le traitement ne comporte guère que des Le diagnostic est uniquement clinique et le Après une incubation de 3 à 5 jours, le début est
fébrifuges. traitement symptomatique. brusque, avec une fièvre à 39-40 °C, des douleurs
pharyngées, des vomissements. À l’examen, il existe
¶ Rubéole congénitale Parvovirus B19
une angine rouge, une langue saburrale, des
Le virus traverse le placenta pendant les 8 Le parvovirus B19, est responsable d’un adénopathies sous-angulaires, une tachycardie
premières semaines de la grossesse, pouvant entraîner mégalérythème épidémique (ou cinquième maladie). franche.
un avortement spontané et surtout des malforma- L’affection survient par épidémies familiales ou L’éruption scarlatiniforme caractéristique apparaît
tions, en particulier oculaires, auditives, cardiaques, scolaires. Elle se voit surtout au cours de la deuxième en 24-48 heures, d’abord sur le thorax et à la racine
parfois décalées à la naissance ou même se enfance et de l’adolescence. Après une incubation de 8 des membres, puis se généralise rapidement en
manifestant quelques années plus tard. jours, le début est brutal par une éruption bilatérale et respectant cependant les paumes, les plantes et la
La rubéole congénitale évolutive correspond à symétrique de maculopapules, rapidement région péribuccale. Il peut en outre exister des
l’infection virale chronique généralisée. Elle associe à la confluentes en vastes placards au niveau des joues pétéchies ou des lignes ecchymotiques aux plis de
naissance une hypotrophie pondérale et de (aspect typique du visage soufflé). L’éruption prend un flexion. Le prurit est inconstant. L’énanthème, à ce
nombreuses anomalies plus ou moins associées : aspect réticulé en carte de géographie sur le tronc, les stade, est encore plus caractéristique. La langue
purpura thrombopénique, hépatite, méningite, faces d’extension des membres, le dos des mains. devient progressivement rouge écarlate, alors que
myocardite, pneumopathie, éruption rubéoliforme L’éruption va disparaître mais réapparaître de façon l’enduit blanchâtre disparaît de la périphérie vers le
régressive en 1 à 2 mois. Le pronostic est réservé fugace pendant quelques heures lors d’une exposition centre. Au sixième jour, la langue est uniformément
(séquelles psychomotrices, décès dans 20 % des cas solaire ou à la chaleur, pour disparaître complètement rouge framboisé. Les signes généraux vont alors
environ). en 1 à 3 semaines. s’atténuer, l’exanthème s’effacer, laissant place à une
Le diagnostic se fait avec les autres causes Le diagnostic est uniquement clinique. Aucune desquamation caractéristique. Elle commence par le
d’infections néonatales : herpès, syphilis, thérapeutique n’est à envisager. tronc, sous forme de petites écailles, et se poursuit par
toxoplasmose, infection à cytomégalovirus (CMV). Il Entérovirus la face sous forme de squames fines et furfuracées,
est affirmé par la mise en évidence du virus dans le puis atteint les membres sous forme de larges lamelles,
Les affections par entérovirus Echo et Coxsackie,
pharynx ou par la présence d’immunoglobulines (IgM) pour se terminer aux extrémités où elle peut prendre
plus fréquentes en été, peuvent se manifester par une
spécifiques dès la naissance. un aspect en « doigts de gant ».
éruption rubéoliforme plus ou moins généralisée,
La vaccination dans le jeune âge et l’obligation de persistant 2 à 3 jours. Il s’y associe un syndrome Un traitement précoce par pénicilline raccourcit
la sérologie rubéolique au moment du mariage font pseudogrippal avec fièvre, céphalées, myalgies. Il l’évolution, diminue l’intensité de l’éruption. En
que ces problèmes sont moins d’actualité. existe parfois une méningite lymphocytaire aiguë. Le revanche, l’énanthème conserve son aspect habituel,
virus peut être isolé dans les selles (Echo 1 à 25, restant l’un des signes les plus fidèles de l’affection.
Virus herpétique À l’heure actuelle, les complications sont rares
Coxsackie B 1 à 6). L’exanthème peut s’accompagner
¶ Virus d’Epstein-Barr : mononucléose infectieuse d’une angine vésiculeuse de la partie postérieure du (néphrites, rhumatismes). Il en est de même des formes
Maladie de l’adolescent et de l’adulte jeune, elle est voile (herpangine) caractéristique des affections à malignes, alors que les formes frustes sont fréquentes.
rare chez l’enfant, exceptionnelle avant 3 ans. La Coxsackie A. Le diagnostic est avant tout clinique. En cas de
transmission est essentiellement salivaire. La maladie doute, un prélèvement pharyngé peut mettre en
Virus divers évidence le streptocoque en cause.
débute par une fièvre brutale dans la moitié des cas.
Dans l’autre moitié, les sujets se plaignent d’une Certaines infections à adénovirus et à myxovirus Le traitement repose sur l’antibiothérapie :
asthénie profonde, progressive et persistante, la fièvre comportent parfois un exanthème. Il en est de même pénicilline ou macrolides en cas d’intolérance.
n’apparaissant qu’au bout de quelques jours. La de certaines arboviroses. Au 15e jour, il faut vérifier l’absence de protéinurie
période d’état associe une angine, des adénopathies Enfin, rappelons que la primo-infection à virus et d’hématurie microscopiques, contrôler la
évocatrices par leur siège et leur diffusion (cervicale, d’immunodéficience humaine (VIH) se manifeste stérilisation du pharynx. Il est par ailleurs conseillé de
occipitale, axillaire, sus-épitrochléenne, inguinale), et souvent par une éruption morbilliforme du tronc, avec soumettre l’entourage à une prophylaxie antibiotique
une éruption cutanée rubéoliforme, morbiliforme, plus fréquente atteinte palmoplantaire, érosions buccales pendant 1 semaine.
rarement scarlatiniforme, d’évolution fugace. La prise et polyadénopathie, le diagnostic étant fait par
d’ampicilline ou d’amoxicilline augmente considéra- l’antigénémie p24. Syndrome du choc staphylococcique
blement la fréquence de ces rashes (90 % des cas). Une ‚ Accidents médicamenteux Il débute brutalement par une fièvre à 39-40 °C
splénomégalie est retrouvée dans 50 % des cas. Les exanthèmes médicamenteux surviennent 7 à avec hypotension, vertiges, vomissements, diarrhée,
L’évolution se fait vers la guérison avec asthénie 24 jours après l’introduction de la molécule, avec un douleurs abdominales, hémorragies digestives,
persistante. pic de fréquence à j9, mais en cas de reprise de atteinte hépatique. L’éruption de type scarlatiniforme
Le diagnostic est bien sûr clinique, mais avant tout médicament déclenchant, le délai est très court, de 1 à s’installe rapidement sur la face et le tronc. Elle évolue
biologique : leucocytose (10 000 à 40 000) à 3 jours. Tous les types d’érythèmes morbilliformes, vers une desquamation fine (visage, tronc) ou en gros
lymphocytes et à cellules mononucléées, mise en roséoliformes, scarlatiniformes peuvent se rencontrer. lambeaux (extrémités). L’énanthème est inconstant,
évidence d’IgM spécifiques. Le prurit est plus ou moins important. De même, pouvant précéder l’exanthème : langue dépapillée,
n’importe quel type de médicaments peut être en hyperhémie conjonctivale, ulcération génitale.
Le traitement est uniquement symptomatique. Les
corticoïdes améliorent les signes généraux. cause. Sont cependant plus fréquemment incriminés : Les localisations pulmonaires, cardiaques,
les pénicillines, les sulfamides et les anticomitiaux, les musculaires, rénales et nerveuses sont rares. La
¶ Cytomégalovirus anti-inflammatoires non stéroïdiens. Les symptômes guérison est habituelle sous traitement.
La primo-infection passe souvent inaperçue. Elle régressent rapidement dès l’arrêt du médicament Le point de départ est habituellement ombilical
peut cependant se manifester par un tableau de responsable. Le diagnostic d’imputabilité relève d’une chez le nouveau-né, en rapport avec une perte de
mononucléose infectieuse sans angine et avec démarche de type probabiliste. Seul le test de substance accidentelle ou opératoire chez l’enfant.
sérologie négative. Les éruptions cutanées sont rares, réintroduction, au demeurant dangereux, permet la Le diagnostic est fait sur l’anamnèse, l’aspect
mais là aussi plus fréquentes si le sujet a été traité par confirmation formelle, un test négatif n’éliminant pas clinique, la mise en évidence du germe au niveau
l’ampicilline ou l’amoxicilline. le diagnostic. cutané.
¶ Exanthème subit ‚ Éruptions toxiniques Le traitement fait appel en première intention aux
L’exanthème subit, ou roséole infantile, ou sixième céphalosporines, aux macrolides et autres
Elles sont liées à la production de toxines par
maladie, est une affection fréquente, due au virus synergistines. Il peut être modifié en fonction de
certaines bactéries et donnent des éruptions
herpès 6. Elle n’atteint que les nourrissons entre 6 mois l’antibiogramme.
scarlatiniformes.
et 2 ans. Après une incubation de 12 jours environ,
l’affection débute par une fièvre à 39-40 °C, totalement Scarlatine Syndrome de Lyell staphylococcique
isolée et bien supportée. Elle dure 3 jours, puis tombe Elle est due à un streptocoque bêtahémolytique du Il est dû à un staphylocoque doré à toxine
brusquement. C’est alors qu’apparaît une éruption groupe 1, la diffusion de la toxine se faisant à partir exfoliante groupe phagique II, I-III.
rubéoliforme prédominant sur le tronc et qui disparaît d’un foyer pharyngoamygdalien, plus rarement Il se manifeste par un érythème scarlatiniforme
en 24 à 48 heures. cutané. autour des orifices ou des plis de flexion, ou encore

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autour du foyer initial (impétigo staphylococcique). Les formes topograhiques sont multiples. Seules peuvent
lésions vont confluer, puis va apparaître un Éruptions vésiculeuses poser problème les atteintes du trijumeau, en
décollement de larges lambeaux superficiels laissant particulier le zona ophtalmique.
voir une surface humide et luisante. Il n’y a pas Le diagnostic est avant tout clinique, l’éruption étant
d’atteinte des muqueuses. La vésicule est un petit soulèvement épidermique caractéristique. L’hésitation est cependant possible à la
À cette éruption vont s’associer hyperthermie, en « tête d’épingle » rempli d’une sérosité transparente. phase prééruptive ou lorsque l’éruption est discrète. En
vomissements, diarrhée et malaise général. La mort Les éruptions vésiculeuses sont toujours d’origine cas de doute, le virus peut être mis en évidence dans
est possible chez le nourrisson, mais l’évolution est en infectieuse, essentiellement virale. les vésicules.
règle favorable, en 7 à 10 jours, sous traitement. Le traitement se borne, chez l’enfant non
Le diagnostic repose sur la clinique et l’identification
‚ Varicelle immunodéprimé, à la désinfection des lésions et
du germe en cause. Il faut cependant éliminer une Due au virus Herpes varicellae, c’est une affection éventuellement des antalgiques. Chez l’immunodé-
nécrose épidermique toxique (syndrome de Lyell hautement contagieuse, qui survient en règle entre primé, les mêmes antiviraux que dans les varicelles
toxidermique). 2 et 10 ans. L’incubation est de 14 à 16 jours et est graves sont prescrits.
Le traitement repose sur l’antibiothérapie : suivie d’une période d’invasion très courte (24 heures)
‚ Herpès
synergistine, céphalosporines, macrolides, avec malaise général, fébricule à 38 °C. En fait, cette
phase est souvent inapparente. L’éruption débute par La primo-infection herpétique (virus type I) est une
éventuellement adaptée en fonction de
des macules rosées recouvertes en moins de maladie de l’enfance, mais elle passe souvent
l’antibiogramme.
24 heures de vésicules, de 1 à quelques millimètres de inaperçue. Elle peut se manifester sous forme d’une
‚ Affections diverses diamètre, à contours réguliers, à contenu clair. En 24 à gingivostomatie aiguë, plus rarement par un herpès
De nombreuses affections peuvent s’accompagner 48 heures, la lésion se flétrit. Une croûtelle brunâtre généralisé comme dans l’herpès néonatal. Dans ce
d’un rash érythémateux plus ou moins transitoire. remplace la vésicule. Elle va tomber vers le huitième dernier, au quatrième ou au huitième jour après la
ou dixième jour, sans cicatrice, sauf en cas de naissance, vont apparaître des vésicules sur l’extrémité
Affections bactériennes surinfection ou de grattage intempestif, car l’un des céphalique, la région périnéale, les muqueuses. Elles
Septicémie, typhoïde, syphilis secondaire, caractères de l’éruption est d’être prurigineuse. peuvent se disséminer à l’ensemble des téguments,
rickettsiose. prenant parfois un aspect nécrotique. L’altération de
L’éruption apparaît à la face et au thorax, puis va se
l’état général est profonde. Il peut exister des atteintes
généraliser avec atteinte du cuir chevelu, des paumes
Affections parasitaires viscérales. L’infection est létale dans près de la moitié
et des plantes, marquée par une petite élévation
Toxoplasmose acquise, hydatidose. des cas. Il existe des séquelles neurologiques graves
thermique, en deux à trois poussées successives. Il
chez les survivants.
peut exister un petit énanthème buccal, conjonctival,
Origine non infectieuse La contamination est souvent intra-utérine après
voire laryngé, et de discrètes micropolyadénopathies,
Essentiellement syndrome de Kawasaki et surtout cervicales. rupture des membranes ou au passage de la filière
érythème toxique du nouveau-né. génitale au moment de l’accouchement. Plus
La guérison survient en 10-15 jours.
rarement, il s’agit d’une virémie maternelle ou d’un
¶ Syndrome de Kawasaki Les complications sont rares : surinfection cutanée,
contage après la naissance.
Il s’agit d’une vasculite, probablement virale, atteinte pulmonaire avec aspect de pseudomiliaire,
Le germe en cause est, dans 75 % des cas, l’herpès
atteignant le nourrisson et l’enfant d’âge atteintes neurologiques, ataxie aiguë cérébelleuse,
virus Hominis de type II.
prépubertaire. encéphalite aiguë.
Le traitement fait appel aux antiviraux majeurs. Le
L’affection débute par un énanthème avec chéilite Les formes graves ne s’observent que chez le
traitement préventif repose sur la césarienne de la
fissurée, langue framboisée, érythème buccopha- patient immunodéprimé. Elles réalisent un état
mère porteuse d’un herpès génital, à terme.
ryngé. Au troisième-cinquième jour, apparaît un infectieux sévère, avec éruption cutanéomuqueuse
érythème palmoplantaire maculopapuleux, profuse d’éléments nécrotiques, ulcérés, parfois ‚ Syndrome mains-pieds-bouche
accompagné d’un œdème dur, souvent douloureux, hémorragiques. Les complications viscérales ne sont Il est dû au virus Coxsackie A16. Après une période
des mains et des pieds, suivi 2 à 3 semaines plus tard pas rares et de mauvais pronostic. d’incubation de 6 jours, la phase d’invasion de 2 jours
d’une desquamation. Au cinquième-septième jour, Le diagnostic est en règle facile, essentiellement est marquée par fébricule, anorexie, douleurs
apparaît l’exanthème de type scarlatiniforme ou clinique tant l’éruption est typique. Ce n’est qu’en cas abdominales, parfois arthralgies, puis apparaît un
morbilliforme évoluant par poussées successives pour de doute qu’on recherche le virus dans les lésions énanthème : lésions aphtoïdes des muqueuses
guérir en 3 semaines. cutanées. jugales, gingivales, linguales. Très rapidement apparaît
À ces manifestations s’associent une fièvre élevée, Le traitement de la forme commune est purement l’exanthème, sous forme de vésicules ovalaires avec
une conjonctivite bilatérale, une atteinte ganglionnaire symptomatique, antihistaminique pour calmer le aréole inflammatoire sur les mains et les pieds. Dans
cervicale précoce. Il peut également exister une prurit, antiseptique pour éviter la surinfection. Si cette les formes profuses, il peut exister une atteinte des
diarrhée, des arthralgies, mais surtout une atteinte dernière se produit malgré tout, elle nécessite une bras, des jambes, des coudes, des genoux. La guérison
cardiovasculaire qui fait toute la gravité de l’affection antibiothérapie par macrolides ou céphalosporines. survient en 1 semaine environ.
(décès dans 1 à 1,7 % des cas) : myocardite, Chez l’immunodéprimé, il faut supprimer Le diagnostic est clinique, l’éruption étant
péricardite, atteinte coronarienne, thrombus, momentanément les traitements immunodépresseurs, caractéristique. En cas de doute, le virus est mis en
anévrisme au niveau des artères de moyen et gros si cela est possible, et prescrire des antiviraux par voie évidence dans les lésions cutanées.
calibre. générale : aciclovir ou dérivés, famciclovir. Le traitement se borne à la prescription
Le diagnostic est essentiellement clinique. d’antiseptiques buccaux et cutanés.
‚ Zona


Électrocardiogramme et échographie sont
systématiques, à la recherche d’une complication C’est la récurrence d’une infection à virus Herpes
cardiovasculaire. varicellae dont la primo-infection est la varicelle. Éruptions papuleuses
Le traitement repose sur l’administration d’Ig Exceptionnel chez le nourrisson, il est rare chez
intraveineuses (1 g/kg/j), pendant 2 jours, et l’aspirine l’enfant. Il se voit plus fréquemment chez les sujets Elles se limitent à l’acrodermatite papuleuse
30 à 50 mg/kg/j pendant 2 semaines. atteints d’un déficit immunitaire. infantile de Gianotti-Crosti. Il s’agit de papules
¶ Érythème toxique du nouveau-né Parfois, précédée de prodromes douloureux, inflammatoires lichénoïdes, siégeant au niveau des
Il apparaît au cours des 3 premiers jours de la vie l’éruption apparaît sous forme de plaques paumes, des plantes, du dos des mains et des pieds,
sous forme d’une éruption en nombre très variable de érythémateuses de topographie radiculaire, parfois des avant-bras et des jambes, de la face. Plus
macules érythémateuses, de papules disposées strictement unilatérales, qui se couvrent de vésicules rarement, on peut observer un livedo, un purpura des
irrégulièrement en amas sur un fond congestif. Le pour confluer en bulles. muqueuses. L’éruption, constituée en quelques jours,
siège est ubiquitaire, respectant les paumes et les Au bout de 8 jours, apparaissent des croûtes qui régresse en quelques semaines. L’affection est surtout
plantes. La résolution est spontanée en quelques vont tomber, avec possibilité de cicatrices. observée entre 1 et 4 ans :
heures à quelques jours, avec parfois plusieurs Les douleurs, en règle peu intenses chez l’enfant, – soit dans le contexte d’une hépatite à virus B, les
poussées. Il ne s’y associe aucun autre signe. L’origine vont disparaître en quelques jours. Il peut exister une lésions étant alors monomorphes, symétriques, non
est inconnue. fébricule, une adénopathie satellite douloureuse. Les coalescentes, disparaissant en 6 à 8 semaines ;

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– soit au cours d’autres viroses (mononucléose, il existe une atteinte buccale. En revanche, les croûtes puis à des macules pigmentées. Il n’y a pas de
infection à CMV, à coxsackie), l’éruption étant alors adénopathies satellites sont importantes. Les atteintes prurit. L’évolution se fait par poussées. L’affection
plus polymorphe, non symétrique. Les lésions parfois viscérales sont exceptionnelles. Sous traitement, guérit vers 3 mois.
coalescentes et prurigineuses sont d’évolution plus l’évolution est en règle favorable en 8 à 10 jours.


prolongée. Le diagnostic, essentiellement clinique, peut être
Le diagnostic positif est clinique, le diagnostic complété par la mise en évidence du virus dans les
étiologique est biologique en fonction des orientations lésions. Éruptions purpuriques
cliniques. Il convient cependant d’éliminer une syphilis Le traitement est à la fois symptomatique (contrôle
secondaire. de la fièvre, prévention ou traitement d’une
Le traitement est celui de l’affection causale. surinfection) et étiologique (aciclovir intraveineux). Elles surviennent dans un contexte particulier.
‚ Pustules aseptiques ‚ Purpura fulminans méningococcique


Acropustulose infantile
Il est associé à un purpura rapidement évolutif,
Éruptions pustuleuses L’affection apparaît entre 2 et 10 mois, sous forme ecchymotique puis nécrotique, à des signes infectieux
de petites papules qui deviennent en 24 heures des et à une altération de l’état général. On rencontre
pustules. Elles siègent électivement sur les paumes et également, dans d’autres états septicémiques
Soulèvement circonscrit de la taille d’une tête
les plantes, plus rarement le dos des mains et des bactériens, des poussées de purpura.
d’épingle à plusieurs millimètres dont le contenu est
pieds. Le prurit est intense, pouvant faire évoquer une
purulent, la pustule peut succéder à une vésicule ou
gale. L’évolution se fait par poussées jusqu’à l’âge de ‚ Purpura rhumatoïde
être primitive. Elle peut témoigner d’une infection
2 ans où la guérison est observée. L’étiologie est
bactérienne, mycosique ou virale, ou être stérile. Nous Il se voit essentiellement dans la seconde enfance.
inconnue, l’affection étant plus fréquente chez le
n’étudierons ici que les pustuloses propres à l’enfant On assiste à l’installation rapide d’un purpura avec
garçon.
ou à prédominance infantile. influence nette de l’orthostatisme. S’y associent des
Le diagnostic est clinique : pustules aseptiques des
arthralgies (80 % des cas), un syndrome digestif
‚ Pustuloses septiques extrémités remplies de polynucléaires neutrophiles ou
(douleurs, vomissements, hémorragies [60 % des cas ])
éosinophiles.
Folliculites et un syndrome rénal (25 % des cas).
Il n’y a pas de traitement, en dehors de l’éventuelle
Il existe une hyperleucocytose, un syndrome
Elles correspondent à une infection superficielle des prescription d’antihistaminiques pour calmer le prurit.
inflammatoire biologique, une élévation précoce et
orifices pilaires. Elles peuvent être localisées ou Pustulose néonatale transitoire transitoire des IgA. À l’histologie, il existe un aspect de
généralisées, dues essentiellement aux cocci à Gram
Elle se manifeste dès la naissance par des pustules capillarite inflammatoire, sans leucocytoclasie ni
positif, mais également aux Proteus, Pseudomonas,
du front, du cou, du dos, parfois du tronc et des nécrose fibrinoïde, avec en immunofluorence des
coliformes. On peut en rapprocher le sudamina qui
extrémités. Rapidement, elles laissent la place à des dépôts d’IgA.
apparaît après exposition à la chaleur humide. Le
traitement fait appel aux antiseptiques.
Conduite à tenir devant une éruption cutanée de l’enfant
Candidose congénitale Dans tous les cas, il faut :
Elle se manifeste chez un nouveau-né contaminé ✔ préciser :
au moment de l’accouchement, par des macules se – le type de l’éruption : érythème, vésicule, papule, pustule, purpura ou
couvrant rapidement de petites pustules blanchâtres association de ces différents éléments ;
évoluant rapidement vers la dessiccation et la – sa topographie : généralisée ou localisée ;
desquamation. L’état général est conservé.
– son mode évolutif ;
Le diagnostic est clinique. Il peut s’aider du
prélèvement mycologique, le psoriasis pustuleux ne se – l’existence ou non d’un prurit ;
discute guère à cet âge. ✔ analyser le contexte clinique à la recherche :
Le traitement fait appel aux antifongiques locaux : – d’une fièvre dont il faut préciser l’évolution ;
amphotéricine B, imidazolés. – d’un énanthème ;
Pustulose varioliforme de Kaposi-Juliusberg
– d’adénopathies, d’une splénomégalie, d’une atteinte articulaire, hépatique, de
signes digestifs, méninges ;
Il s’agit le plus souvent d’une primo-infection
herpétique (type I) chez un atopique. Le début est
✔ faire préciser :
brutal, marqué par de la fièvre et une éruption faite de – les signes qui ont précédé l’éruption et la durée de cette phase prééruptive ;
pustules ombiliquées pouvant confluer en nappes, – les traitements prescrits ;
responsables de décollements cutanés. Le siège – les données épidémiologiques : maladies déjà contractées, vaccinations, notion
habituel est le visage, mais l’éruption peut être plus de contage dans l’environnement.
diffuse. L’œdème associé est important. Plus rarement,

Pierre Amblard : Professeur des Universités, praticien hospitalier,


service de dermatologie, hôpital A Michallon, 38043 Grenoble cedex, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : P Amblard. Maladies éruptives de l’enfant.
Encycl Méd Chir (Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés), AKOS Encyclopédie Pratique de Médecine, 8-0910, 2000, 4 p

Références

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[2] Huraux JM, Huraux-Rendu C, Blancher H. Herpes génital et grossesse : me-
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[3] Mansouri S, Aractingi S. Érythème : orientation diagnostique. Rev Prat 1997 ;


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