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ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE

D'HYDRAULIQUE ET DE MÉCANIQUE
DE GRENOBLE

R.MüREAU

DYNAMIQUE DES FLUIDES


INCOMPRESSIBLES

1988

INSTITUT NATIONAL POLYTECHNIQUE


DE GRENOBLE
AVERTISSEMENT

. Ce.cours, ,traité au, premier semestre deJa 2ème année (section Hydraulique, E.N.S.H.M.G.),
vient après un cours d'introduction traité en 1ère année, où sont établies les équations de la
mécanique des fluides. Conformément au titre son objet est restreint aux fluides incompressibles. A
l'intention des élèves admis sur titres il commence par un rappel, volontairement très concis, des
équations générales et de leurs solutions les plus élémentaires. L'étude des écoulements simples,
c'est à dire des situations où les équations de Navier - Stokes sont linéaires, ou peuvent être
linéarisées, fait l'objet du chapitre 2, aussitôt après ce rappel.

Le chapitre 3, centré sur la dynamique du tourbillon, est le coeur de ce cours. C'est lui qui
introduit et développe les approfondissements nécessaires à la compréhension et au calcul des
écoulements complexes. Les propriétés du tourbillon établies dans ce chapitre constituent la base
de connaissances qui permet de bien comprendre, aussi bien les trois derniers chapitres de ce
cours, que beaucoup d'autres cours plus spécialisés ou plus avancés, traités en 2ème année (2ème
semestre), en 3ème année, ou en DEA.

La théorie de la couche limite (chapitre 4) est traitée avant les écoulements irrotationnels
(chapitre 5), et non pas après comme dans la plupart des manuels, pour que les élèves
comprennent bien, au moment où l'on étudie ces derniers, qu'ils ne représentent pas seulement un
jeu de l'esprit, mais qu'ils existent réellement et dans quelles conditions on les rencontre.

Le dernier chapitre, relatif aux instabilités hydrodynamiques, est avant tout une passerelle
donnant accès au cours de turbulence (2ème semestre). Il commence par une description un peu
panoramique des principales instabilités, toutes présentées d'un point de vue expérimental et avec
une interprétation heuristique. Il contient un paragraphe central sur la théorie linéaire, traité avec le
minimum de mathématiques, et illustré par les instabilités des interfaces fluides. Il s'achève par une
introduction à la théorie non linéaire où les élèves doivent rencontrer pour la première fois les
notions de bifurcation et de transition vers le chaos.

Ce cours est traité en une trentaine d'heures. Parallèlement les élèves suivent des séances
de travaux dirigés, également une trentaine d'heures, et des séances de travaux pratiques,
également une trentaine d'heures. Chaque année les enseignants de dynamique des fluides et
d'analyse numérique s'entendent pour que l'un des projets ou devoirs d'analyse numérique soit
directement lié à ce cours.

Dans notre Ecole ce cours est l'un de ceux qui paraissent difficiles. Mon expérience
d'examinateur me permet en effet de témoigner que nombre de concepts fondamentaux ne sont
pas assimilés par certains élèves. Je demeure néanmoins convaincu que le niveau de ce cours,
notamment son niveau théorique, n'est pas du tout inadapté à une Ecole d'ingénieurs. Au contraire,
à une époque où près d'un tiers des jeunes ingénieurs s'engagent da~s les carrières de la
recherche, cette exigence me paraît être une nécessité. Donner à chaque élève la possibilité de
revenir à ce cours par la suite, que ce soit pendant ses études ou au cours de sa carrière, pour
approfondir sa compréhension de notre discipline, est l'une des raisons qui m'ont poussé à rédiger
ce document. Concis sur les questions élémentaires, j'ai par contre tenu à détailler suffisamment les
paragraphes les plus difficiles.

On trouvera en annexe un échantillon des sujets d'examen, tous originaux, posés au cours
des, dernières années.

R. MOREAU, juin 1988.


PLAN DU COURS DE DYNAMIQUE

DES FLUIDES INCOMPRESSIBLES

Avertissement

Chapitre 1 - Rappel sur les équations de la dynamique des fluides incompressibles

Chapitre 2 - Quelques écoulements simples

1- Rappel de quelques solutions élémentaires


Il - Ecoulements dans les milieu~ poreux
III - Ecoulements unidirectionnels oon permanents
IV - La couche d'Ekman
V - Hydrodynamique des films minces

Chapitre 3 - Propriétés du tourbillon

1- Notion de tourbillon
Il - L'équation du tourbillon
III - Théorèmes fondamentaux
IV - Exemple d'écoulement tourbillonnaire: le modèle de tornade de Burgers
V - Détermination de la vitesse à partir du tourbillon
VI - Aperçu sur le calcul numérique des écoulements

Chapitre 4 - Théorie de la couche limite

1- Introduction
Il - Quelques solutions exactes des équations complètes
III - Les bases de la théorie de la couche limite
IV - Couches limite à profils de vitesse auto-similaires
V - Couches limite détachées des parois
VI - Méthode globale de calcul des couches limite' .
VII - Méthodes numériques de calcul des couches limite
Chapitre 5 - Ecoulements irrotationnels des fluides incompressibles

1- Propriétés générales
Il - Aspects particuliers aux écoulements plans
III - Tran-sformations conformes
IV - Efforts sur les obstacles en mouvement

Chapitre 6 - Aperçu sur les instabilités hydrodynamiques

1- Introduction
Il - Evidence expérimentale d'instabilités
III - Théorie linéaire
IV - Introduction à la théorie non linéaire

Annexe - Sujets d'examens posés au cours des années antérieures


1- 1

Chapitre 1

RAPPEL SUR LES EQUATIONS DE LA

DYNAMIQUE DES FLUIDES INCOMPRESSIBLES

1- INTaODUCTION

Il - LES EQUATIONS LOCALES

Il.1 - Equation de continuité


11.2 - Equation de Navier· Stokes
11.3 - Equation de l'énergie
11.4 - Formes adimensionnelles

REFERENCES
1- 2

Chapitre 1

RAPPEL SUR LES EQUATIONS DE LA

DYNAMIQUE DES FLUIDES INCOMPRESSIBLES

1- INTRODUCTION

" Les équations générales de la mécanique des fluides sont établies dans le cours de
mécanique des fluides de 1ère année. L'objet de ce chapitre consiste uniquement à les résumer et à
rappeler leur signification respective, sans détailler leur justification, et cela dans le cadre limité des
fluides incompressibles. Ceux-ci ont pour caractéristique essentielle le découplage entre les
variations de la température T d'une part,et celles de la vitesse tt et de la pression p d'autre part,
dû au fait que la densité p est invariante.

Ce découplage n'est cependant qu'un schéma, et il a ses limites. En particulier, pris à la


lettre il excluerait totalement les phénomènes de convection naturelle, qui n'ont pas d'autre origine
que la variation de f en fonction de T, fut-elle faible comme dans la plupart des liquides. Ces
phénomènes de convection naturelle, traités dans les cours de Transferts Thermiques, sont exclus
du domaine couvert par ce cours, limité en réalité aux fluides incompressibles et indilattables, dont
l'équation d'état peut être réduite à la forme triviale:

(1.1 )
f == C4.1-.

Les équations de la dynamique des fluides incompressibles sont d'abord présentées sous
leur forme locale (paragraphe Il), c'est à dire sous forme d'équations aux dérivées partielles pour les
champs u(x: t) e~ p (x: t). Ensuite (paragraphe III) elles sont revues sous forme globale, c'est à dire
en tant que bilan pour un volume bien défini (dit "volume de contrôle") des grandeurs soumises à
une loi de conservation.
1- 3

Il - LES EQUATIONS LOCALES

Il.1 - Equation de continuité

Le principe fondamental de conservation de la ma~ implique, dans le cas d'un fluide


quelconque, que soit vérifiée la relation

(1.2)

ou:
rJp + d.i.v (piL ) =.. 0 (1.3)
Dt:
où ..::L

désigne la dérivée particulaire d
al:- .,. ..
AA..
V•

Pour les fluides incompressibles, cette relation (1.3) se réduit à l'équation:

aw-~ = o. (1.4)

L'interprétation de cette relation (1.4) est évidente si l'on sait que rJWiZ représente le taux
de dilatation volumique local (c'est la trace du tenseur des taux de déformation dont les
composantes sont les OA~~). La relation (1.4) exige la conservation du volume de toute particule
fluide et, par là, la conservation de la masse dans le cas des fluides à masse volumique invariante.

Il est également éièmentaire d'envisager un parallélépipède de côtés dx, dy et dz et de


tenter de lui appliquer directement le principe de conservation de la masse. Les deux faces
perpendiculaires à Ox sont respectivement traversées par des débits massiques:

dont le bilan net est t'1\~ Cf""') c;h.. ~ d} · Pour les deux autres paires de faces on obtient les bilans
nms d ~
~ Cf"') d,. cI.:t ~ 1 ~(plW") d~ "1 d} ·
Au total, et compte tenu de l'invariance de p ,la variation de masse par unité de temps du
parrallélépipède est donc proportionnelle à:

dtr ~~
--+---=
éJ~ ~ '}
On comprend bien alors que l'équation (1.4) traduise le principe de conservation de la masse pour
les fluides incompressibles.

. Pour les champs de vitesse à deux dimensions (plans ou de révolution), cette équation de
continuité permet d'introduire une fonction de courant i.p d'un usage souvent commode. Pour les
écoulements plans il existe une fonction ~(~éfinie de telle façon que
1- 4

~<f
- en coordonnées cartésiennes: u = 1...YL , v= - - -
()~
(1.5)
O}
- en coordonnées polaires: ur = ~ g: , va = -
'JW
()~ (1.6)

qui implique que-l'équation de continuité (1.4) soit vérifiée. Pour les écoulements de révolution, en
utilisant des coordonnées cylindropolaires (It" 9 , z), il existe une fonction de courant (souvent
appelée fonction de courant de Stokes) définie de telle façon que:

w =.:1. J~ . (1.7)
Z Jt, d't. '

qui implique également l'équation de continuité (1.4).

A trois dimensions, au lieu d'introduire une fonction de courant scalaire, il faut introduire un
potentiel vecteur Atel que :

u= rotA (1.8)

pour vérifier l'équation (1.4). Le cas échéant on peut avoir avantage à utiliser des propriétés de
symétrie pour réduire le nombre de composantes scalaires de A. Ainsi dans les systèmes plans Ase
réduit à sa composante suivant la perpendiculaire au plan, qui n'est autre que la fonction de courant
( 4J = Az). Et dans les systèmes de révolution Ase réduit à sa composante orthoradiale J\reliée à la
fonction de courant de Stokes définie en (1.7) par: tp = r AB .

Cette fonction de courant possède une propriété remarquable : elle est invariante sur les
lignes de courant (lignes tangentes en tout point, à un instant donné, au vecteur vitesse). Et la
différence entre les valeurs de la fonction de courant sur deux lignes de courant est proportionnelle
au débit qui transite dans le tube de courant limité par ces deux lignes.

11.2 - Equation de Navier - Stokes

La loi fondamentale de la dynamique implique qu'en chaque point d'un fluide en


mouvement soit vérifiée la relation :

f dl;
dAJ.;. - P F.
-.,A"
~ gOZJ.
~.
(1.9)
~
où ai- désigne la dérivée particulaire ~ + iZ. Tl . • Fi ·Ies composantes de la densité des forces
de volume, et ('}':. les composantes du tenseur de contrainte.
j'"
Pour les fluides visqueux Newtoniens, dont le comportement vérifie la loi générale

(1.10)
1- 5

qui se simplifie en :

(1.11 )

dans le cas des tl.uides incompressibles, cette équati.on .(1.9) .devient :

f d
.t.t.;. = f~ -.il!..
~
+,P
d2.(.(,,, (1.12)
dt 31l a'lf., d";):
Les symboles p et p.. désignent respectivement la pression ~t la viscosité. (On remarquera que
cette équation (1.12) suppose la viscosité )A- invariante, tout comme la densité. Un calcul sans
difficulté permettrait d'ajouter à (1.12) le terme supplémentaire tenant compte de variations
éventuelles de p .)

Cette équation (1.12) est connue sous le nom d'équation de Navier - Stokes. On pourra
noter les variantes d'écriture suivantes:

t
dA.l'A. d-u.' _ i. .ÊE.. ... Y 94"...., (1.13)
at: ... ~,--..., :: F...c.
~iZ
~
~ ~'X..

(-«. vr) Z
(f ... f d1Cr'
- ~ Vp .,.
.(.d~ d~
vv2.ir
9t = F (1.14)

~~
"*'" V(4J ~
01- ~.u. A
... =F -y Vp
AJ,.
.." ,J
+- )} TZ (1.15)
'Ôt:

.pù ~ = P1 désigne la viscosité cinématique.

Dans les problèmes les plus simples les forces de volume se réduisent à la gravité (F = g),
et il est souvent commode d'introduire une pression étoilée:

p* = p +- f~} (1.16)

où z désigne la verticale ascendante. Alors l'équation de Navier - Stokes s'écrit:

+ yV~ · (1.17)

L'interprétation de cette équation de Navier - Stokes est directe, puisque le premier membre
n'est autre que l'accélération de la particule fluide de masse unité et le second membre la somme
des forces qui s'exercent sur celle-ci:

- forces de volume, le plus souvent: 9:


- bilan des forces de pression (ou contraintes normales) sur la surface fermée
limitant cette particule: - ~ Vp ,
- bilan des forces de viscosité (ou contraintes tangentielles) sur une surface fermée:
vV~.

Cette équation implique que l'accélération soit égale à la somme des forces extérieures appliquées
sur la particule fluide.
1- 6

11.3 - Equation de l'énergie

Le premierprincipe de Ia.thennodynamique implique.que,en plus de l'équation de continuité (1.4) et


de l'équation de Navier - Stokes (1.12), soit vérifiée l'équation:

F
e de
dl - (1.18)

où C désigne la capacité calorifique du fluide (Cp et Cv peuvent être confondus pour les fluides
incompressibles), dT la dérivée particulaire de la température T, It la conductivité thermique du
dt
fluide, et rp la densité volumique des sources de chaleur (y compris le dégagement de chaleur dû
au frottement visqueux).

Il est bien clair que les équations (1.4) et (1.12) forment un système fermé permettant, en
principe, le calcul des champs de vitesse et de pression. L'équation de l'énergie (1.18) est ainsi
découplée de ce système d'équations mécaniques. C'est l'équation qui permet, en principe, le
calcul du champ de température, lorsque le champ de vitesse est connu au préalable. La suite de ce
cours s'appuye essentiellement sur le système (1.4) et (1.18) est l'équation fondamentale des cours
de Transferts Thermiques.

11.4 - Formes adimensionnelles

Introduisons les variables adimensionnelles


_ t
1: - - (1.19)
T

où L et T sont, respectivement, une échelle de longueur et une échelle de temps caractéristiques de


l'écoulement considéré. Introduisons aussi les inconnues adimensionnelles :

, p= (1.20)

où U est une vitesse caractéristique de l'écoulement et Po une différence de pression


o
caractéristique. (On se réserve éventuellement de préciser par la suite les valeurs de Uo et po·)

Les équations (1.4) et (1.14) se ramènent alors aux formes adimensionnelles :

d.w-u=o
L
UT
(ÜV) û:: -...&2 V?
o fUo

qui font apparaître trois nombres sans dimension: L et


UoT
1-7

Le premier n'est autre que le rapport du temps de transit b;, d'une particule fluide typique à
la constante de temps T. Lorsque ce nombre est de l'ordre de l'unité les deux composantes de
l'accélération ~il" et (u. V
~t:
ru sont du même ordre de grandeur. A moins que des termes du second
membre ne deviennent prédominants cela signifie que l'écoulement est à la fois non permanent et
marqué par des phénomènes non linéaires ; il est alors très complexe. Les lâchers périodiques de
tourbillons à l'aval d'un obstacle sont un exemple caractéristique.

Si J;T< < 1, cela signifie que l'écoulement est pratiquement permanent. C'est notamment
le cas de la plupart des écoulements assez longtemps après la manoeuvre des robinets; l'équation
du mouvement se réduit alors à :

2
Cû.v) Ü :: - Po VP -1- V V Û. (1.21)
PU: VoL
Dans ces conditions, suivant la valeur du nombre de Reynolds Re = U L ,des comportements
J
nettement différents peuvent être envisagés.

a) Supposons d'abord que Re > > 1. Alors le terme de viscosité ne pouvant pas équilibrer
l'accélération, il faut que le gradient de pression le puisse, et ceci impose que l'échelle des
var~tions de pression soit de l'ordre de pU • Fixons donc J1:, =FU: '
2
et l'équation des
écoulements permanents à grand nombre de Reynolds s'écrit:

.... ..... -1 2~
(U.VJU :: - Vp + 'Re VU. (1.22)

On peut alors remarquer que ce nombre Re représente le rapport de la contrainte normale ( p '::! P u; )
à la contrainte tangentielle (:=j! ~). Le fait qu'il soit très grand signifie que, dans la majeure partie de
l'écoulement, cette dernière est négligeable et que l'équation peut encore se ramener à la forme

...... -. .
(U. V ) U =- VP. (1.23)

Toutefois les écoulements sont tous soumis à un frottement et notamment les écoulements à grande
vitesse et à grand Re. Ceci est incompatible avec l'équation (1.23). La seule possibilité pour les
termes de viscosité de (1.22) d'être non négligeables consiste à ce qu'ils soient localisés (ou
concentrés) dans des régions très minces par rapport à la taille typique L. Soit en effet cS une
épaisseurtypique de telles régions où V2Ù est de l'ordre de Uo/t. Si cS = O(L Re- 1/ 2) il est clair
que le terme de viscosité peut entrer en compétition avec les autres. La valeur de ~ ainsi estimée
apparaît donc comme la mesure d'une échelle de longueur typique des seules régions où la
viscosité peut agir de façon non négligeable.

b) Supposons maintenant que Re < < 1. Le terme de viscosité devient prépondérant


et l'inertie négligeable. La seule force susceptible d'équilibrer les contraintes tangentielles est le bilan
des forces de pression. Il faut donc que Po soit de l'ordre de )'" ~ · Fixons donc Po = ,P ~ ,
l'équation des écoulements permanents à petit nombre de Reynolds s'écrit: L.
1- 8

- \J P .,. V2 il = 0 . (1.24)

Jusque là rf:r-était supposé très petit. Si au contraire ce nombre est très grand par rapport
à l'unité, cela signifie qu'une instationnarité est forcée, soit pendant la durée T (puis elle pourra
s'estomper progressivement), soit avec la fréquence 1fT. Alors le terme d'inertie non linéaire est
négligeable et l'équation devient:
....
_L_ dU =- à vp
UoT dt · J'Ua
Si l'écoulement ne provient que de cette instationnarité il est fréquent que les variations de
pression soient négligeables <:'üt < <tf::r), alors l'équilibre entre les deux termes restants implique
que l'échelle de longueur caractéristique du phénomène soit essentiellement liée à la viscosité et à
. la durée T:

L: o (nT) (1.25)

et l'équation de ces phénomènes se réduit à

1JÜ _ V 2 Û. (1.26)
Jt: -
Le voisinage des pièces oscillantes, ou mises brutalement en mouvement, fournit des situations où
cette équation simplifiée (1.26) peut être bien justifiée.

REFERENCES SUR LE CHAPITRE 1

BATCHELOR G.K., tiAn Introduction ta Fluid Dynamics", Cambridge University Press, 1967.

COMOLET R., "Mécanique Expérimentale des Fluides", Masson et Cie, 1963.

GERMAIN P., "Mécanique",

MOREAU R., "Mécanique des Fluides", Cours Polycopié, 1ère année E.N.S.H.M.G., 1987.

RYHMING I.L., "Dynamique des Fluides", Presses Polytechniques Romandes, 1985.


Il - 1

Chapitre 2

QUELQUES ECOULEMENTS SIMPLES

1- RAPPEL DE QUELQUES SOLUTIONS ELEMENTAIRES

Ecoulement de Couette
Ecoulement de Poiseuille
Ecoulements circulaires
Ecoulement de Stokes autour d'une sphère
Problème de Rayleigh
Oscillation périodique d'une plaque

Il - ECOULEMENTS DANS LES MILIEUX POREUX

11.1 - Equations générales


11.2 - Exemple: Ecoulement à travers une digue

III - ECOULEMENTS UNIDIMENSIONNELS NON PERMANENTS

111.1 - Propriétés générales


a - Idées directrices
b - Recherche d'une solution particulière

111.2 - Exemple: le sillage lointain


111.3 - Généralisation
111.4 - La couche de mélange
11-2

IV - LA COUCHE D'EKMAN

IV.1 - Quelques propriétés des écoulements géophysiques


IV.2 - La couche d'Ekman près d'une surface libre (océans)
'IV.S -'La couche d'Ekmanprèsd'une paroi (atmosphère)

V : HYDRODYNAMIQUE DES FILMS MINCES

V.1 - Approximation fondamentale et idées directrices


V.2 - Le coin d'huile
V.3 - Analogie de Hele-Shaw

REFERENCES
11-3

Chapitre 2

QUELQUES ECOULEMENTS SIMPLES

La difficulté fondamentale de l'équation de Navier-Stokes est sa non-linéarité. On


considérera donc comme simples tous les écoulements correspondants à des situations où
l'équation est linéaire, ou bien linéarisée par approximation. Ce chapitre a ainsi pour objet de situer,
comme des jalons indispensables, quelques uns parmi les plus typiques des écoulements où le
terme non linéaire (il. CV) a
ne joue aucun rôle. Les cas simples déjà étudiés en 1ère année
sont rappelés sans commentaires. De nouveaux exemples sont présentés.

1- RAPPEL DE QUELQUES SOLUTIONS ELEMENTAIRES

Ecoulement de Couette :
u

o
---
Ecoulement de Poiseuille:

..
AA = G (R~_'l.'2.)
4;14

Q: Tf G ~"
8)J-
11-4

Ecoulements circulaires :

or:: +:L~
--
r
U",,= 0
"t.
: A.1.&= I\J'"(,"L)

)J. ~-=.. 0

Ecoulement de Stokes autour d'une sphère:

...,
.u...roc.. ::
~1~e
v\y
0& /
P(R &)
f
=t:! +- 23 1--I.J..f:!-~9
0 R

u 9- ='
-1 ()'P ~ (R,e)::. ~ p- ~.Aim- e-
't,.4VYL e
--/
Ô roc.

F= 6lt}J-UR.

Problème de Rayleigh (Mouvement soudain d'une plaque) :

:: \> ~ 1...u,.
~~2.

.J.). \~/O) =0
.u. (01 t:) :. U
.u.. (0)/ t:.) =- 0

Oscillation périodique d'une plaque:

tJ.(O/t:)

.u.. (~, t:.) -= 0

Il - ECOULEMENTS DANS LES MILIEUX POREUX

Il.1 - Equations générales

Les nappes phréatiques s'écoulent extrêmement lentement à travers les sols, milieux très
complexes formés de grains ~ntassés à travers lesquels l'eau peut s'écouler sous l'influence de
différences de pression (c'est à dire d'altitude des surfaces libres amont et aval). La taille des pores
(d) est extrêmement petite. La vitesse dans un pore (u) est elle aussi extrêmement petite. Elle résulte
11-5

d'un équilibre à l'échelle du pore entre le gradient de pression moteur et la contrainte de frottement
sur les parois; on peut par exemple déduire un ordre de grandeur de u de la loi de Poiseuille-Hagen
vue plus haut, en assimilant le pore à une minuscule conduite circulaire de diamètre d.

.Pour..situer ces· ordres de grandeur, admettons que d ~ 10-4 m, et que le gradient de


pression moteur soit Ap/L. ~ 102 Pa.m-1 (10 m d'eau sur 1 km). Pour l'eau, dont la viscosité
dynamique est )J- ~ 10.2 Po = 10-3 PI (le Poiseuille (PI) est l'unité du système
international,ïl vaut 10 poise (Po}} on peut estimer u à quelques 10.5 m.s· 1.

Le nombre de Reynolds de l'écoulement à l'échelle du pore est donc extrêmement petit.


Dans l'exemple précédent on trouve ' ;d ~ 1&. Les termes inertiels de l'équation de Navier-Stokes
(1.14) sont donc négligeables et celle-ci se réduit à

Vp =)A Ç'2.iZ. (11.1 )

La géométrie réelle de l'écoulement dans les pores n'est jamais connue en détail. Elle est
extrêmement complexe. On introduit alors un schéma qui permet d'ignorer les détails de la
géométrie des pores, et qui consiste à remplacer les grandeurs locales par leurs. moyennes sur un
grand nombre de pores. On admet ainsi que l'on peut définir une échelle macroscopique
).. intermédiaire entre celle du pore (d = échelle microscopique) et la plus grande échelle (L =
échelle de la nappe), et définir:

..
- une vitesse "locale" U, dont les composantes sont les moyennes des composantes de u sur des
..
rectangles d'échelle  ,

- une pression "locale" P, égale à la moyenne des valeurs de p dans un cube de coté À .

Ceci suppose évidemment que À > > d, de telle sorte que les moyennes soient
indépendantes des détails à l'échelle microscopique, et que À < < L, de telle sorte que le cube de
côté À puisse être assimilé à un élément de volume infinitésimal. Compte-tenu de la linéarité de
l'équation (11.1), supposée valide à l'échelle microscopique, on peut admettre qu'à l'échelle
macroscopique, le débit à travers une aire unité est proportionnel au gradient de pression VP et
inversement proportionnel à la viscosité. On admet ainsi que l'écoulement moyen (fictif) vérifie la loi
de Darcy:

(11.2)

où K est appelé la perméabl1ité du milieu poreux. Cete loi est employée depuis plus d'un siècle avec
succès pour l'étude de l'écoulement des nappes phréatiques (tout au moins dans les sols à grain
homogène comme les sables). L'accord entre les prédictions tirées de (11.2) et les mesures est sa
principale justification. D'un point de vue théorique, il a fallu attendre les années 1970 - 1980 pour
qu'une théorie mathématique précise, la Méthode d'Homogénéisation, justifie cette loi (11.2) et relie
K aux paramètres microscopiques. La perméabilité K est un pur scalaire si le milieu poreux est
11-6

isotrope à l'échelle macroscopique. Dans le cas contraire K est un tenseur d'ordre deux dont les
composantes principales ne sont pas égales.

....
Une conséquence importante de (11.2) est le fait que U est un gradient et dérive du potentiel
de vitesse: .cp = .:!J!-.
L'équation de continuité (1.4) impose alors à .rp de vérifier l'équation de
Laplace:

l1ep = o. (11.3)

Dès lors que l'on fixe des conditions aux limites convenables il est possible de résoudre
cette équation. On verra globalement, au chapitre 5 ,des méthodes classiques pour étudier des
champs de vitesse dérivant d'un potentiel et vérifiant (11.3).

11.2 - Exemple: Ecoulement à travers une digue

La figure montre les données principales du problème, qui consiste à rechercher la forme de
la surface libre h(x) à travers la digue poreuse et à calculer le débit de fuite du bief amont vers le bief
aval à travers cette digue. Le radier (z = 0) est supposé imperméable.

la surface libre et vaut


s'écrit:
9 j: .
On peut admettre que la composante horizontale de fi p est proportionnelle à la pente de
p Par suite la composante horizontale de la vitesse moyenne

u=- ~
)J..
dT{
d~· (11.4)

Mais il serait tout à fait erronné d'admettre que la pression varie suivant la loi de l'hydrostatique sur
une verticale, et d'en déduire une expression de la composante verticale de vitesse W. On ne peut
donc pas utiliser directement l'équation locale de continuité (1.4).
11-7

Il suffit en réalité, pour répondre aux questions posées, d'écrire l'équation de continuité sous
forme globale, et de demander au débit d'être indépendant de x :
~ ..

~ = J LJ d)-- :: - ';. C} -l ~~ = ûr'". (11.5)


o
On en déduit immédiatement l'équation de la surface libre;

~~ :: _ K P<à ~ + C4r. (11.6)


].A- 2
Soit, avec h(O) = h 1 et h(L) = h2 :
'X. _ ~: - If (11.6)
-c - -R'.(L. - 9-.~
2.

Et le débit par unité de longueur de la digue a pour expression:

9 :. (II. 7)

...
Pour aller au-delà de ces premiers résultats et préciser les distributions de P et de U dans la digue, il
faut résoudre le problème suivant:

P =0 sur AB
~P=O avec P = Pg(h-z) sur OA
P= Pg(h-z) sur OC
~p = 0 sur OC
'ù~
Les conditions aux limites fixent les valeurs de P sur AB, OA et BC, et imposent à la composante
verticale de vitesse de s'annuler sur OC.

III - ECOULEMENTS UNIDIRECTIONNELS NON PERMANENTS

111.1 - Propriétés générales

a) Idées directrices

Nous nous intéresserons dans ce paragraphe aux écoulements unidirectionnels non


permanents, qui résultent seulement d'une variation de vit~sse imposée aux limites et dans lesquels
la pression demeure uniforme.et son gradient identiquement nul. Ils vérifient l'équation linéaire:

(11.8)

. absolument identique à l'équation de la conduction de la chaleur dont les propriétés méritent d'être
rappelées. Celles-ci sont particulièrement simples lorsque la vitesse (ou la température) ne varie que
dans une seule direction y:
11-8

dl.&. :: \) ~2.LL (11.9)


ct. ~ "?J'J..
mais peuvent être généralisées aux problèmes à plusieurs dimensions.

Une première et importante propriété de cette équation est connue sous le nom d'effet de
peau Elle concerne les problèmes périodiques où les sollicitations extérieures, ressenties à travers
les conditions aux limites, sont caractérisées par une pulsation c:.;) (ou une période T = ~ ).
L'équation

~ ~2.
l~t: - v "'ù'}'" )
tA. = 0

impose la nullité, soit de la vitesse, soit de l'opérateur ~\".~~. Dans les régions où la vitesse n'est
pas nulle, il faut donc que:

1.
Notons ,s, une épaisseur caractéristique de ces régions où u '1 a ; on doit avoir ~t~ ~S2. et par
suite

(11.10)

Il parait donc que plus la fréquence est élevée, plus faible est la profondeur de pénétration du
phénomène. Cet effet de peau sera précisé et chiffré sur un exemple.

Une seconde propriété, tout à fait essentielle, de cette équation est sa linéarité, qui permet
de construire des solutions par superposition de solutions particulières, et conduit à rechercher une
sorte de catalogue de ces solutions particulières. (A ce sujet on pourra consulter l'ouvrage
"Conduction of Heat in Solids'" H.J. CARSLAW and J.C. JAEGER, Oxford Univ. Press, 1947).

Une troisième propriété bien caractéristique de cette équation est son caractère
parabolique. Toute équation aux dérivées partielles de la forme:

dont le second membre est connu en chaque point de l'espace à l'instant t et ne comporte aucune
dérivée par rapport au temps, permet le calcul de la dérivée ~~ en chaque point, et permet donc
le calcul des valeurs de la fonction u( x, t+Ât). Ce caractère parabolique conduit directement à des
méthodes numériques, dites méthodes pas à pas, basées sur une discrétisation du temps en pas
successifs, qui appliquent à chaque pas un schéma voisin de :

Les méthodes analytiques utilisent bien sûr elles aussi cette propriété cruciale: le présent détermine
le futur. Une des conséquences directes de ce caractère parabolique est la nécessité d'une
11-9

condition initiale associée à cette équation et aux conditions aux limites pour définir l'évolution
ultérieure du phénomène.

.,.b).Recherche d'une solution particulière

Parmi les solutions particulières les plus utiles, on peut rechercher les solutions auto-
similaires de la forme :

(11.11 )

qui ramènent des profils de vitesse u( x, t ) mesurés à des temps différents à une courbe unique
~~""l) , pourvu que les vitesses soient normalisées en les rapportant à une échelle de vitesse
u (t) variable, et que les distances soient elles-mêmes rapportées à une échelle de longueur
1
0 (t)
variable. En reportant cette expression dans l'équation celle-ci devient:

soit encore :

(11.12)

Cette équation peut être considérée comme une équation différentielle du second ordre en ~("l~
dont la solution générale ne dépend que des coefficients:

et

Si ceux-ci étaient variables en fonction du temps, la solution ne pourrait pas, en général, être
indépendante du temps. D'ailleurs, lorsque l'on résoud un problème bien défini par des conditions
aux limites celles-ci imposent certaines valeurs aux limites à la fonction f ou à ses dérivées, et ces
valeurs fixées imposent aux deux coefficients d'être invariants.

On est ainsi conduit à utiliser des échelles ~ (t) et u 1(t) de la forme:

. (11.13)

qui conduisent aux valeurs:

.U! ~
..:.:..l.....:: = 2m .
.u .5'
.\
Il - 10

Il est clair que l'élément essentiel dans la loi cS (t) est l'exposant 1/2, et que le coefficient peut être
choisi à volonté ; augmenter a, ou 0 , revient uniquement à faire une homothétie sur la
variable " . Nous prendrons donc o.:: ~2Y ,sachant que ce choix n'enlève aucune
généralité à la suite. Alors la variable ftt est définie :

IY) - --L (11.14)


l- - / !lve

et, quel que soit u 1 de la forme Ktm , la fonction f vérifie l'équation:

(11.15)

La valeur de l'exposant m peut, dans certains cas, être fixée par des conditions aux limites.
Elle peut aussi ne pas être fixée. Nous allons étudier une valeur très particulière m = - 1/2, qui
conduit à une solution intéressante pour de nombreuses applications. Elle conduit à l'équation:

fi + (tvz.f)' = 0 (11.16)

qui s'intègre une première fois:

Notons A fo( ~ ) une solution particulière de cette équation. La solution de l'équation sans
deuxième membre s'écrit:

f =

La solution générale est donc de la forme:

(11.17)

Nous allons nous intéresser plus particulièrement à la solution, telle que A = 0, qui s'écrit
encore en prenant B = 1 et en revenant aux grandeurs initiales:

u( y,t) = K
'!"'t e.- ~~~t (11.18)

Elle correspond à un débit invariant:

9= 1,\1.<'~/t:) ~
~~

-00
:: IF J -00
?~

e,-
~2

/4~t d&J.
too '4

::. 9..K y; f Q.- 'â/4 -.)1:. d(~\)t") = 2.k J~~ (11.19)


-ca
Il - 11

qui s'étale au cours du temps sur des épaisseurs de l'ordre de cS (t) de plus en plus grandes. A
l'instant initial, cette solution est singulière, la vitesse étant infinie mais confinée dans une couche
d'épaisseur nulle. Par la suite, cette quantité de mouvement initiale diffuse et s'étale sur une
épaisseur qui varie comme 0: ~ la vitesse u(o, t) étant réduite progressivement comme 11ft ·

111.2 - Exemple: le sillage lointain

En elle-même cette solution a déjà un intérêt pratique. Elle décrit en effet les stades ultimes
de l'évolution d'une petite perturbation da~s un écoulement uniforme, par exemple le sillage lointain.
Loin à l'aval d'un obstacle, lorsque la vitesse déficitaire U - u(x,y) est très petite devant la vitesse
ambiante U, il est légitime de linéariser les équations de Navier-Stokes de cette petite perturbation:

u*(x,y) = U - u(x,y) << U.

Elles deviennent alors :

""" *'
uu.u. (f"\J......
ù~ U~)
"!:\.1.. .....
'0 'X. : V '() 'L1. + ~ ·
é)u.. ·
Dans cet écoulement quasi-parallèle les variations "'Si: sont très faibles par rapport aux variations
transversales et sous cette hypothèse qui sera réexaminée et précisée dans un chapitre ultérieur,
l'équation de la vitesse déficitaire devient:

'" _ 1'\2. *
U~ -~~. (11.20)
'd~ - 1() ~1

Pour un observateur qui se déplace avec l'écoulement extérieur à la vitesse U la variation u*(x) se
ramène à une variation en fonction du temps par la transformation:

x= Ut
Il - 12

Pour cet observateur u* (y,t) vérifie donc l'équation

(11.21 )

Les conditions aux limites qui caractérisent ce sillage:

u ... (: ~, ~) =0
{ ou. tit
(11.22)
'<>} (O,t.) =0
montrent que la fonction u( y,t ) calculée plus haut représente bien cet écoulement. Le débit
déficitaire q*, et par conséquent la constante K, sont liés à la traÎnée sur l'obstacle par le théorème
des quantités de mouvement qui devient, sous forme linéarisée :

(11.23)

111.3 - Généralisation

En réalité le plus grand intérêt de la solution particulière formée plus haut réside dans les
combinaisons possibles grâce à la linéarité de l'équation. On peut en effet déplacer la singularité et
la situer à l'abscisse Yo' La constante K qui caractérise l'intensité de cette singularité peut être
considérée comme une fonction de Yo si l'on considère plusieurs solutions particuliè~es de ce type.
On peut donc former une nouvelle solution de la forme:

-i \ t~_~_)2
u(y,t) = fFL K(1) e- ~ · (11.24)

Le nombre de solutions particulières prises en compte peut devenir aussi grand qu'on le veut. Il peut
tendre vers l'infini, à condition que chacune d'elles ait une intensité infinitésimale:

de telle sorte que la vitesse demeure finie:


+ 00 (~_'}.):l
u( y,t) =.;i J H (1) e.- 4Jt: d~o · (11.25)
-QO
Cette nouvelle fonction de y et de t est encore une solution de l'équation de la chaleur.

La question qui reste à résoudre pour utiliser cette technique est la suivante. Etant donné
une distribution de vitesse initiale:

u(y,O) = uo(y)
Il - 13

peut-on toujours représenter les développements ultérieurs de cet écoulement sous cette forme, et,
si oui, quelle distribution H(yo) des singularités doit-on utiliser? La réponse est très simple. Intégrons
l'expression précédente en posant:

= ~.
Il vient:

k 1H(ca-"'2~1#) ë ~
+co ').
u(y,t) = ~J* d~. (11.26)
~ao

La condition à satisfaire s'écrit donc, à l'instant t = 0 :


~~
uo(y) = 2 fi L+-0)

ooH ('a) ë d~.


Soit:

uo(y) = 2 H(y) JTt V • (11.27)

Il apparaÎt que la condition initiale est satisfaite si l'on prend la distribution définie par cette relation.
La solution de ce problème de valeur initiale s'écrit finalement:

u( y,t) = n.
~
~.
1 + co
u. (1:) e
_ (~-1o)'1.
'" \le dlL (11.28)
.vR.\)t:.· _~ 0 0 tro

Remarquons enfin que cette solution dans un espace à une seule dimension se généralise
immédiatement à deux dimensions (ou à trois) si l'on cherche des solutions de l'équation:

'()u. ( -0"-0. ê.l1. )


fùr := » \ ~1'1. + ';:)1J" ·
De manière évidente, on a en effet :

u( y,z,t) = .-i~1
2 Ttl>t

f
-00 - 00
OC'
11
0
(q_,1..
ffo ~o'
o)
~ 1.]
ë 4-)r t~-~o) + ('l-1-a ) dI.l-6 d~.
[ 1..

0 %

Rappel : Dans les calculs d'intégrales définies précédents on a utilisé les propriétés de la
fonction d'erreur dont la définition est:

~~ (r ) =-Vit
2. ft -~ e d'X.. ·
o

-2 --4 0

~- ·t_1
Il - 14

111.4 - La couche de mélange IItemporelle--

Considérons ce problème fondamental de l'influence de la viscosité sur l'évolution d'une


situation initiale aussi simple (et par là non réaliste) qu'une discontinuité de vitesse. A l'instant initial
deux cour:antsunifermes d'un··même fluide, ·de vResses respectives U 1 .etU 2, sont en contact; nous
reviendrons plus loin sur la réalité physique de cette condition initiale; leur surface de contact est le
plan y = o. L'agitation moléculaire provoque une diffusion et un mélange de ces deux courants. La
zone de mélange épaissit constamment en contaminant les deux courants adjacents.

Puisque l'écoulement est supposé unidirectionnel, la vitesse u( y,t ) doit vérifier l'équation:

les conditions aux frontières

!
U (00 1 t:) : U2.
U- t~ -, c:.) U -4

et la condition initiale:

Formons donc la solution de ce problème avec la technique développée au paragraphe précédent:

A [JO- (~·~.l JCO {~-~n)2. ]


JJ. ('à- f
\-) =2 ~ U.. _: 4\lf ~o or U2. 0 ~ 4->t- ~o

:: ~ [u loi - ~ t=m)
i + U 2 ( -i +- ~ ~)]
(11.29)
+
Il - 15

~j
- tJ2"
-
.--.
-

...---
~

.....
~
--
;.
o .----Po-.....
-
....... tll1-,O)
----
-
-..-

--
~
u,

Il est commode, pour chiffrer l'épaisseur instantanée de cette couche de mélange, de


calculer la distance entre l'axe y 0 et. l'intersection de la tangente au point d'inflexion avec
l'asymptote U2 ou U1. ·On a :
2.
~u..: LJ2-U~
---
f\)~
~
2 VTC\) t
e '3/
r4~t

Cette distance a donc pour valeur Jtt"v t . Il apparaît qu'elle croît comme m,
mais ceci peut être
considéré comme presque évident puisque, avec la viscosité " et le temps t, il n'y a pas d'autre
possibilité de former une longueur. La solution complète a le mérite de préciser le coefficient In..
On peut remarquer que, si y =JTC~r, avec ~ if
= 0,787, la limite asymptotique est encore assez
loin. Par contre, si y = 2Jrcvt, ~ fit = 0,988 montre que la limite asymptotique est atteinte à
environ 1 ok près. On peut donc considérer que l'épaisseur instantanée de la couche de mélange
est:

d=4 VTC\>t:.

A priori ce problème pouvait être posé en termes de l'écart par rapport à la vitesse
moyenne:

u* = u- LJ 1 +U2.
2

lequel pouvait être rendu adimensionnel en le rapportant à la demi-différence des vitesses

u=
Il - 16

Cet écart de vitesse adimensionnel (variant entre + 1 et - 1) ne dépend que de trois grandeurs (le
temps t, l'abscisse y et la viscosité cinématique 'a> ) qui ne font intervenir que deux unités
fondamentales. Il n'y a donc qu'une seule possibilité de construire avec ces trois grandeurs une
quantité adimensionnelle et il était clair, à priori, que la solution était de la forme:

La discontinuité de vitesse initiale peut être interprétée comme une nappe tourbl7lon.
Remplaçons-la en effet par une couche mince d'épaisseur ê. que nous ferons tendre vers zéro en
posant:

u= +

Le vecteur tourbillon de c~t écoulement, nul hors de la couche, est uniforme dans celle-ci et vaut :

l<3'l: 1 ~~I =
Il a.pparait que le produit 4) ê. qui représente le flux du vecteur tourbillon à travers une longueur
unité de cette couche est indépendant de é. . On peut donc caractériser la discontinuité initiale
comme une nappe tourbillon d'intensité tourbl7/onnaire Ua - U, . Il est immédiat de vérifier que
cette quantité demeure invariante: 2

=
Cette région, que nous avons appelé couche de mélange, peut donc encore être interprétée comme
une couche où la viscosité diffuse le tourbillon à partir d'une situation initiale concentrée sur le plan
y = o.

_ - - - - -..... Ut...

~.

La solution obtenue correspond au mélange dans l'espace, et non pas dans le temps, que l'on peut
réaliser en laboratoire ou qui est souvent présent dans la nature (atmosphère), lorsque l'écart U2 -
Il - 17

U est faible par rapport à la vitesse moyenne U1 -1- Ù 2 . Dans ces conditions les équations de
1 2
Navier-Stokes en régime permanent peuvent être linéarisées par rapport à la petite perturbation u*
et s'écrivent:

Comme dans l'exemple du sillage lointain, il est souvent justifié de négliger


02.
-à * devant o~ ..
~t.t~ , et
'ù"",, d
la transformation

x = Ut

ramène alors ce problème d'évolution dans l'espace (suivant la direction ox) au problème
d'évolution dans le temps que nous avons résolu.

IV - LA COUCHE D'EKMAN

IV.1 - Quelques propriétés des écoulements géophysiques

A l'échelle géophysique, la rotation de la terre a une influence dynamique considérable sur


des phénomènes essentiels comme la circulation atmosphérique ou l'effet du vent à la surface des
océans. Dans ce qui suit nous nous intéressons, non pas à des phénomènes qui concernent la
planète toute entière, mais à des mouvements à échelle horizontale L assez petite pour que la
courbure de la surface terrestre puisse être négligée (L < < R). Et les mouvements envisagés sont
supposés confinés dans des couches d'épaisseur h beaucoup plus faible que l'étendue horizontale:

h«L«R.

La direction de la vitesse peut alors être supposée située dans des plans horizontaux, ce qui revient
à négliger la composante verticale w devant les composantes horizontales u et v. Mais les variations
dans l'espace de ces composantes horizontales sont essentiellement dans la direction verticale:

w« u, v

{
Il - 18

,
"",
it
0
-'"_ . .. 'a.
...
?'a \ 1 J

l- L ..,1

! 1

L'accélération de Coriolis 2Â I\û' peut toujours être séparée en deux composantes, l'une
suivant la verticale locale, l'autre dans le plan de l'écoulement. Il est clair sur la figure que les
composantes de la vitesse de rotation de la terre s'écrivent:

Avec un champ de vitesse de la forme:

l'accélération de Coriolis s'écrit donc:

Et il apparaÎt que seule la composante de la vitesse de rotation.n.


... suivant la verticale locale
apparaÎt dans la force fictive de Coriolis qui agit sur les mouvements horizontaux.

Avec les hypothèses faites, les équations du mouvement s'écrivent:

~u.. _ -i ~ Y ë)~..u.
'ù\: - 2 vJl\T -=
f ~'X.
i-
~~
~'\r
~
+2<A>M.
= -.ir ~
~}
+ y~2.u-
-
~~2
(11.30)
2 vi'\'T : - .:Llf.
f ~')-
Il - 19

où p désigne la pression totale :

A ~ '4)
p:: pAro.t. + rI}} - 2" Pn: (~
1
+ 'A- ·

Il est cohérent avec les hypothèses faites de ne pas écrire l'équation de continuité; elle ne contient
que des termes tous petits. Son intérêt pourrait être, dans une approximation de second ordre, de
permettre de relier les mouvements verticaux l'\4Y à de faibles variations de vitesse horizontales
~ et 'OU"
~ ~
Nous nous intéressons dans ce qui suit à des phénomènes où le gradient de pression
horizontal est, soit nul, soit égal à une constante donnée : G. La troisième équation apparaît alors
découplée des deux autres et a pour seule conséquence de relier la variation de pression à la
composante horizontale de la rotation terrestre W' . Les équations qui caractérisent le mouvement
horizontal sont donc :

::. l> ';)~&.L A


"ô "li' 4 + T G'J (11.31)
-_ ~ \ i12. r.:r -'\ G
v "::Jy + fi 'A-
On sait qu'à la suite d'une solliçitation initiale soudaine, la viscosité a pour effet de diffuser
cette sollicitation de telle sorte qu'après une durée t elle occupe une épaisseur d ~ [Jt. . Il est alors
facile d'évaluer les ordres de grandeur respectifs des trois premiers termes de ces équations, à
l'instant t :

Si t < < c.J1 ,c'est-à-dire pendant les premiers instants, il est clair que l'accélération de Coriolis est
négligeable devant la dérivée partielle ~it"'5 . Pendant cette première période les résultats1 du
problème de Rayleigh représentent donc bien fes mouvements géophysiques. Mais, si t > > <.t5 1 il
apparaît au contraire que l'accélération de Coriolis devient dominante.

Nous nous intéresserons ici à cette seconde période où la variation temporelle devient
négligeable, et où un régime permanent apparaît possible. Un caractère bien spécifique et essentiel
de ce régime permanent tient au fait que, la force de Coriolis étant perpendiculaire à la vitesse, la
résultante des forces de viscosité devra, pour l'équilibrer, être également perpendiculaire à la
vitesse. Ceci ne sera possible que si la direction du vecteur vitesse varie avec l'altitude.
11- 20

IV.2 - La couche d'Ekman près d'une surface libre (océans)

Réexaminons, dans le contexte nouveau qui vient d'être précisé, le comportement d'une
région de fluide semi-infinie, limitée par une surface libre à l'altitude z = 0 et soumise à une
contrainte tangentielle constante ~. appliquée sur cette surface libre. 'II n'y a pas de contradiction
entre l'hypothèse antérieure d'une couche fluide de faible épaisseur h et la notion de région semi-
infinie introduite ici, tant que les mouvements horizontaux demeurent confinés dans une épaisseur
d < < h. Le gradient de pression est supposé nul. Ce problème permet d'analyser l'influence de la
force de Coriolis sur les courants de surface des océans provoqués par un vent fixé.

La formulation mathématique du problème est la suivante:

-2w~ = v f; ,siz =0
(11.32)
{ + 2. wu...=- V d\r ,siz-+- - 00·
d~2.

En ajoutant membre à membre ces deux équations après avoir multiplié la seconde par i, on obtient
l'équation:

(11.33)

Retenons seulement la partie de sa solution générale qui s'annule lorsque z..- 00:

u + iv = A e (1 +i) N '7
Et utilisons les conditions à la surface libre:

: (u.+1\T) = A l-t+1) ~
\ l ):0
pour déterminer la constante A. La solution s'écrit finalement, après séparation des parties réelle et
imaginaire :

u=
(11.34)
v=

On trouve donc bien un régime permanent possible et l'on peut considérer que, à elles
deux, la solution du problème de Rayleigh et celle-ci, en représentant les deux stades
Il - 21

asymptotiques du phénomène, en donnent une assez bonne description. Un ordre de grandeur


important peut être précisé. Avec:

..... 2TC
.111\ =
aux latitudes moyennes on peut admettre que CA) est de l'ordre de 4.10-5 rad. S-1, on trouve alors
que pour l'eau ('\) e 10-2 cm 2.s·1) le décrément ~ est de l'ordre de 15 cm. Ceci signifie que la
couche d'eau mise en mouvement a une profondeur de l'ordre de 50 cm. L'hypothèse h < < L, qui
pouvait signifier h < 104 m, apparaît alors parfaitement compatible avec l'hypothèse d'un fluide
illimité. Cette épaisseur d~ ~~ dépend d'une manière cruciale de la viscosité; si le mécanisme
d'agitation du fluide le plus important n'est pas l'agitation moléculaire, mais l'agitation turbulente, on
peut, en première approximation, considérer ces résultats encore valables en désignant alors par
"Vt: une viscosité apparente de la turbulence. Si cette viscosité turbulente est cent fois plus grande
que la viscosité vraie, l'épaisseur de la couche d'Ekman devient dix fois plus grande, c'est-à-dire de
l'ordre de 5 m. En fait, et surtout dans les océans où le nombre de Reynolds est très grand, le
rapport entre 'J t et v réel est plutôt de l'ordre de 103.

Le caractère le plus spécifique de cette couche d'Ekman est certainement le changement


de direction du vecteur vitesse en fonction. de la "Profondeur. A la surfac-e déjà, alors que la
contrainte motrice de l'écoulement est dans la direction x, la direction du vecteur vitesse est décalée
de -45°. Ce décalage croît quand (zl s'accroît, atteint -90°. quand W ,
~:~~ ·180° lorsque ~à::~
etc ... Le diagramme polaire ci-dessous indique à la fois la direction et le module du vecteur vitesse
en fonction de la profondeur. La courbe en tirets, lieu des extrémités du vecteur vitesse est une
spirale logarithmique.

Cette dérive transversale de la vitesse des couches fluides successives, vers la droite dans
l'hémisphère nord et vers la gauche dans l'hémisphère sud, est la conséquence directe de la force
11- 22

de Coriolis -2ëS" AI . Elle croît avec la profondeur, comme J~ z, au fur et à mesure que la
viscosité fait progresser, par diffusion, la quantité de mouvement.

Le débit total à travers un plan vertical quelconque peut être déduit de l'intégrale:

~"
J o(.u. + 1\T)
-(X)
d'l-
a
:: _ .i.,
2. p~
(11.35)

On remarquera qu'il est indépendant de la viscosité. La partie réelle de cette expression, c'est-à-dire
le débit dans la direction de la contrainte motrice est nul; cette propriété s'explique aisément en
intégrant la seconde équation du mouvement:
o
2 U) f Ur dl- =0 · (11.36)
-co
La force de viscosité globale dans cette direction étant nulle, si le débit dans la direction Ox était nul
l'équilibre global de la couche ne pourrait pas être vérifié. Par contre ce débit est maximum à travers
un plan perpendiculaire à Oy :

(11.37)

Cette valeur peut être retrouvée en intégrant l'équation du mouvement dans la direction des x.

IV.3 - La couche d'Ekman près d'une paroi (atmosphère)

Le vent à la surface de la Terre est lui aussi soumis à cette dérive transversale due à la force
de Coriolis. Ce phénomène peut être schématisé en considérant une grand·e masse fluide qui
s'écoule en présence d'un gradient de pression imposé. Supposons ce gradient de pression dirigé
dans la direction des y (0, -G). En régime permanent et loin des frontières de ce domaine fluide ce
gradient de pression peut être équilibré par la force de Coriolis si le vent U est uniforme et dans la
direction des x :

2eùU = T"
G

Cet équilibre, qui représente assez bien l'état de l'atmosphère loin du sol, est appelé équI7ibre
géostrophique.

Examinons plus précisément comment la distribution de vitesse (u,v) peut évoluer depuis
une valeur nulle à la paroi (z=O) jusqu'à ce vent uniforme (U,O) imposé par l'équilibre géophysique
11- 23

(11.38)

Il est commode de combiner ces deux équations en une seule pour la quantité u - U + iv :

d~: (J.J. - U +i.1/') - 2i ~ (.u-U+.i1J") = 0 (11.39)

La solution qui vérifie les conditions aux frontières s'écrit finalement:

u=U [1- ~~}]


e-Vf-l
(11.40)
v=U e-~r.AiJn.~r.
Un développement suivant les premières puissances de / *
z montre que la direction de
la vitesse au voisinage du sol est orientée à 45 de l'axe des x. Cet angle diminue progressivement
0

quand l'altitude croÎt, conformément au diagramme polaire de la figure : la spirale d'Ekman


converge vers le point (U,o) qui représente le vent uniforme en altitude.

Le calcul de l'intégrale

fo
00

(JL- U.,.,t4J') cl} =- Jill (-t-.i) (11.41 )

donne accès au débit à travers un plan vertical d'orientation fixée. On a notamment:

JL Œ. (11.42)
2.V-W

Si l'on évalue l'ordre de grandeur de l'épaisseur de cette couche d'Ekman dans le cas de la
basse atmosphère, avec la viscosité vraie de l'air ( v == 0,14 cm 2 .s·
1
) on trouve une dizaine de
mètres aux pôles et seulement quelques mètres aux latitudes moyennes. Or les observations,
nombreuses, montrent que, suivant les circonstances et l'agitation de l'atmosphère, la couche où la
direction du vent varie en fonction de l'altitude a une épaisseur de 500 à 1000 m. Ceci veut dire que
4
la diffusion effective de quantité de mouvement est beaucoup plus grande (environ 10 fois) que ce
que peut expliquer à elle seule l'agitation moléculaire. On peut fort bien accepter un tel ordre de
grandeur de la viscosité turbulente si on l'évalue de manière analogue à la viscosité vraie comme le
11-24

<3
r:====C>

Vùe perspective de la distribution de vitesse


dans la couche d'Ekman près d'une paroi solide.
11- 25

produit d'une vitesse typique du vent par une dimension typique des tourbillons:

30 a 1\7\. A·... • -/00 "".

~oo tm.À-' ~ ..fo-s- ~

v - HYDRODYNAMIQUE DES FILMS MINCES

V.1 - Approximation fondamentale et idées directrices

Considérons une situation comme celle de la figure, où un fluide doit circuler entre deux
parois très proches (distance: h( x,t ) sous les effets conjugués du mouvement relatif des parois et
d'une différence de pression, éventuellement variable en fonction du temps, appliquée entre les
extrémités de la veine fluide.

~L < < 1 et que la fonction h( x,y,t) est lentement variable. Puisque la


Nous admettons que
composante de vitesse normale à chaque paroi doit s'annuler et que ces parois ont des pentes
faibles par rapport au plan z = 0, la composante de vitesse suivant Oz (w) doit être très petite par
rapport aux composantes du vecteur vitesse horizontale UH = ( U,V,o ). Au contraire la dérivée par
rapport à z des composantes de Û doit être beaucoup plus grande que les dérivées par rapport à x
H
et y. Alors les termes inertiels des équations de Navier-Stokes ont pour ordre de grandeur LI\ ' et
les termes de viscosité qui se réduisent à \J ~~, ont pour ordre de grandeur " W, Il apparaît que le
11- 26

nombre de Reynolds pertinent de ces écoulements en films minces est:

u2./ L
Re = (11.43)
VU/.A.'J.
Pour fixer les idées envisageons un cas concret typique des conditions de lubrification
hydrodynamique: U ~ 10 m.s· 1, L '::! 1 m, v~ 10 Stokes, h ~ 10.3 m. Alors

UL ,... 10+ 4 iL
-~
/o-~
LT 1 L. -

LJL ~2 10- 2 .
Re = -r. LX ~

Il apparaÎt bien que ce nombre de Reynolds peut être très petit, bien que Uj- soit très grand. Et ceci
a pour conséquence que les forces d'inertie ne puissent peser que de façon négligeable dans
l'équilibre dominant entre gradient de pression et forces de viscosité.

L'équation de Navier-Stokes en projection sur le plan z = 0 se ramène alors à la relation

'd~...q
~P =jJ- ra ;11 / (11.44)

où l'indice H signifie que seules sont concernées les composantes horizontales" (dans le plan Il

perpendiculaire à Oz). Et puisque la composante de vitesse 1q doit être très petite par rapport aux
autres, il faut aussi que ~e< soit négligeable aux composantes de ~ p . On admet donc que
p = p( x,y,t ). a}

Il suffit alors de disposer de deux conditions aux limites en z =0 et z = h( x,y,t ) pour


pouvoir intégrer deux fois les équations (11.44), sans que les composantes de t:r, p soient connues.
Si ~(z = 0) = 0 et ~(z = h) = UH, ~ s'écrit alors:

(11.45)

L'équation de continuité

t"7.....
vJi • ..<.t u .j.
d'ter
~'} :::. 0
(II 6)
.4

peut, elle aussi, être intégrée entre z = 0 et z = h, avec les conditions w(z = 0). = 0 et w(z = h) =~~,
pour conduire à :

(11.47)
11-27

Or d'après (11.45) on a :
t
l~idt=
o
(11.48)

L'équation (11.47) prend donc la forme:

(11.49)

Cette équation connue sous le nom d'équation de Reynolds permet le calcul de la fonction
p( x,y.t) dès lors que des conditions initiales et aux limites sont fixées. Assez souvent ~~ = 0 et les
valeurs aux frontières sont indépendantes du temps. Le problème est alors permanent. Compte-tenu
du caractère elliptique de l'équation la solution est déterminée de façon unique dès que l'on dispose
de valeurs de p ou des dérivées d~ sur le contour qui limite la veine fluide. Au paragraphe suivant
on t~ouvera un exemple de solution explicite.

V.2 - Exemple: le coin d'huile

Dans les paliers horizontaux, ou dans les butées des machines à axe vertical, une charge
mobile extraordinaire (plusieurs centaines de tonnes dans les cas de certaines turbines
hydrauliques) est portée par une couche d'huile très mince sans q.ue cette couche d'huile ne se
rompe. L'explication tient d'ailleurs à la minceur de la couche et aussi à l'importance de la vitesse
relative des deux surfaces qui limitent cette couche fluide. En effet la contrainte tangentielle
peut devenir très importante et alors maintenir les surpressions énOrmes qui empêchent les surfaces
solides d'entrer en contact et de rompre le film lubrifiant. Nous verrons aussi que l'inclinaison de
l'une des surfaces est indispensable.

~ //'
~ ~('K.) U ~L
0 ~

/' / / // t)C..
1
l L -'\
l"

La figure montre la disposition des parois. L'angle ex étant supposé très petit, on peut
négliger les variations de la pression avec z et négliger les forces d'inertie dans l'équation du
mouvement en projection sur ox. Cette équation s'écrit, en posant G = - ~ (forme particulière
de (11.44)) T
(11.50)
11-28

La solution telle que u s'annule pour z = h et soit égal à U pour z = 0 est:

U(-t-l)' (11.51)

On calcule la pression p(x) d'une manière analogue à celle utilisée au paragraphe


précédent, en écrivant d'abord l'invariance du débit:

+ uR. (11.52)
2

d'où l'on déduit le gradient de pression:

dl'
dl)(.
=- G =
puis la pression elle-même :

.(11.53)

Mais cette pression doit être la même aux deux extrémités du coin d'huI7e, d'où la relation qui fixe le
débit q:
IL d').
)0 V
(11.54)
cil](.
joPL

et l'expression finale de la loi p(x) :

(11.55)

Le calcul des diverses intégrales avec h = ho (1 - t) conduit à :

(-R ft.) (R. ~


4 - ~ l. )
p- ~ = ~2 (R o + /{L)

La figure montre cette distribution de pression, avec son maximum à l'abscisse où G = 0,


c'est-à-dire où le profil de vitesse est exactement linéaire. Elle montre également que le mouvement
de la paroi inférieure entraîne du fluide sous le patin. Une partie de ce débit 'entraÎné est
effectivement repoussé vers l'entrée par la forte surpression intérieure, mais il demeure le débit q qui
11- 29

assure l'alimentation du coin d'huile et que l'on trouve finalement égal à :

q = U -R. o R.I-
-Ra -I-I(L
La force totale, sous un patin de largeur unité
L 6 lL.U [L~ K~L ~o- AL.)
1
e
F= (/'-~) d-x. = ~ - 2 ~o,,"AL
o

peut atteindre des valeurs très élevées. Avec une huile très moyenne (p. = 10 poises), u~e vitesse
U = 1 m.s· 1, une longueur de patin de 10 cm, une épaisseur hl = 10.4 m, et une inclinaison de 1
degré qui impose ho = 1,85.10-3 m, on trouve:

Ces chiffres montrent qu'avec un patin carré de 10 cm de côté il est facile de porter une charge de
200 kg.

On pourra noter que, lorsque 0( ... 0, la pression maximale et la force totale exercées sur le
patin s'annulent comme De • Cet argument a conduit Mitchell à concevoir des patins articulés.

V.3 - Analogie de Hele-Shaw

Considérons l'écoulement d'un fluide assez visqueux (une huile) entre deux plaques
parallèles très proches l'une de l'autre; nous noterons leur distance d. Cet écoulement est dû à une
différence de pression maintenue constante entre les deux extrémités de cette cellule. Imaginons
que nous placions un obstacle cylindrique dans cet écoulement, avec les génératrices
. Il - 30

perpendiculaires aux plaques. La minceur de la cellule permet de supposer que la composante de


vitesse w perpendiculaire aux plaques est nulle. Les équations de ce mouvement s'écrivent:

. (11.56)

si l'on admet que, puisque la vitesse s'annule sur les plaques situées à z
2-
=:t d, le laplacien de la
vitesse se réduit à son terme ~ . Cette hypothèse exige bien entendu:
}
fd"'/ « 1
/ /.2

si L est une dimension typique de l'obstacle.

vitesse) et les termes de viscosité de l'ordre de


comme dans l'exemple précédent, si
*.
Les termes d'inertie de ces équations sont de l'ordre de ~ 0J désigne le module de la
Il est clair que les premiers sont négligeables,
.

d ~
ou T« Vc:J
Et ces conditions sont faciles à réaliser en laboratoire, avec de'l'huile (v ~ 102 cm 2 js) et des
vitesses faibles (y :! 10 cm/s) :

Avec un obstacle de dimension L ~ 10 cm, toutes ces conditions sont satisfaites à mieux que 10-
3

près. Alors les équations du mouvement se ramènent à :

(11.57)

et conduisent à un champ de vitesse de la forme:

... ..l ( d'l. 1;1)


-U,., ~ - ~ Vit P "4 - 1" · (11.58)

Considérons ce champ de vitesse dans un plan z = CV , par exemple z = o. Il est clair que
cette vitesse est le gradient de la quantité scalaire: P ~ . Ce champ· de vitesse est donc
i"otationnel. Si l'on introduit des traceurs quelconques qui suivent les lignes de courant dans ce
plan z = 0, on pourra observer les lignes de courant de cet écoulement autour de l'obstacle. C'est là
tout l'intérêt de cette expérience. Bien entendu l'équation de continuité impose alors au potentiel de
vitesse (mesurable puisqu'il est proportionnel à la pression) de vérifier l'équation de Laplace
Ap= o.
Il - 31

REFERENCES SUR LE CHAPITRE 2

BATCHELOR G.K. , "An Introduction to Fluid Dynamics", Cambridge University Press, 1967.

CARSLAW H.S. and JAEGER J.C., "Conduction of Heat in Solids", Oxford University Press, 1947.

COMOLET R., "Mécanique E~périmentale des Fluides", Masson et Cie, 1963.

MOREAU R., "Mécanique des Fluides··, Cours Polycopié, 1ère année E.N.S.H.M.G., 1987.
III - 1

Chapitre 3

PROPRIETES DU TOURBILLON

1- NOTION DE TOURBILLON

1.1 - Définitions essentielles


1.2 - Interprétation du tourbillon
1.3 - Exemples simples de structures tourbillonnaires

Il - L'EQUATION DU TOURBILLON

11.1 - Equation en fluide incompressible


Il.2 -Interprétation de (w. V) iI
11.3 - Equation de Helmholtz .

111- THEOREMES FONDAMENTAUX

111.1 - Théorème de Kelvin


111.2 - Théorème de Stokes- Lagrange
111.3 - Conservation de l'hélicité

IV - EXEMPLE D'ECOULEMENT TOURBILLONNAIRE: LE MODELE DE TORNADE DE


BURGERS (1940)

IV.1 - Le champ de vitesse


IV.2 - Le champ de pression
111- 2

v- DETERMINATION DE LA VITESSE A PARTIR DU TOURBILLON


V.1 - Loi de Biot et Savart
V.2 - Applications simples

VI - APERCU SUR LE CALCUL NUMERIQUE DES ECOULEMENTS

VI.1 - La formulation
VI.2 - Discrétisation des dérivées premières
VI.3 - Discrétisation du laplacien
VI.4 - La procédure

REFERENCES
III - 3

Chapitre 3

PROPRIETES DU TOURBILLON

1- NOTION DE TOURBILLON

1.1 - Définitions essentielles


...,
On appelle tourbillon le vecteur c...> tel que :

..
tù :. ou (111.1 )

Dans les écoulements à grand nombre de Reynolds, on verra qu'il est particulièrement avantageux
de connaÎtre les propriétés essentielles de ce champ de vecteur w . Sur le plan intuitif elles
éclairent considérablement les mécanismes fondamentaux et elles permettent d'acquérir une
compréhension assez profonde des écoulements. Et sur le plan an9lYtique ces propriétés sont
également très fécondes puisque l'on peut toujours déterminer la vitesse en fonction du tourbillon,
comme on le verra plus loin.

L'intérêt tout spécial du tourbillon tient au fait que, lorsque le nombre de Reynolds est très
grand, è;) est souvent nul ou négligeable, sauf dans des régions très minces (tubes fins, ou
nappes minces) où il atteint des valeurs très élevées. Cette concentration de w dans des sous-
domaines désigne ceux-ci (les objets tourbillonnaires) à l'attention du mécanicien des fluides de
façon tout à fait spéciale.

On appelle lignes tourbillon, et surfaces tourbillon, des lignes et des surfaces tangentes en
tout point au vecteur tourbillon. On appelle tube tourbillon une surface tourbillon de forme
particulière, telle que les lignes tourbillon situées sur cette surface s'appuyent sur des courbes
fermées comme C et C' sur la figure.
III - 4

ligne tourbillon tube tourbillon

On notera qu'un champ de vitesse peut être iffotationnel, c'est-à-dire tel que c;) soit nul
en tout point. En fluide inçompressible les champs de vitesse yérifiant à la fois les équations

diu-Z - 0 et

appartiennent à cette catégorie. Ils feront l'objet d'un chapitre spécial.

1.2 - Interprétation du tourbillon

On a vu en 1ère année que le mouvement d'une particule fluide au cours d'une


durée dt: pouvait se représenter comme la somme:

- d'une translation à la vitesse de son centre de gravité,


- d'une dilatation de taux div u: donc toujours nulle dans les fluides incompressibles,
- d'une déformation pure, caractérisée par les composantes du tenseur de
déformation:

e.L. =" (d.q,~ -#- ;).u.J:)


; 2" 'd'XJ Q'X~
- et d'une rotation, caractérisée par les composantes du vecteur tourbillon.
III - 5

Reprenons cette décomposition dans le cas simple d'un mouvement à deux dimensions (la
généralisation à trois dimensions ne présente pas de difficulté). Soient u et v, les composantes de la
vitesse au centre de la particule P, et soient 0x et dy les composantes du vecteur OP.
Considérons les différences entre les vitesses des points a et P :

= :;;(Q) - ;t(P}

Les composantes de ce vecteur ~ peuvent s'écrire:

.-Ir
Il est tout à fait immédiat, en choisissant des vecteurs pa particuliers, comme les médianes ou les
diagonales d'un carré, de vérifier que le troisième terme des relations précédentes représente bien
une rotation en bloc de la particule. Ce terme est de la forme :

(R)
6.u. = - 'Ç d:f )

où t;__= t ( ~:: - i::-) n'est autre que la seule composante non nulle du
vecteur c..J. t
111- 6

Cette partie rotationnelle du champ de vitesse oiIU~) peut ainsi être matérialisée dans les
expériences, en utilisant des traceurs sur lesquels sont peints des croix ou des grilles de lignes
orthogonales. Si le mouvement est irrotationnel ces traceurs se déplacent sans tourner car deux
lignes orthogonales devraient avoir des rotations exactement opposées puisque le mouvement est
une déformation pure ; la rotation totale encaissée par le traceur solide est nulle. Au contraire si le
mouvement est tourbillonnaire, les lignes orthogonales tournent dans le même sens à la vitesse
angulaire ';. (ou $, 'l' ~ à trois dimensions), et il en est de même du traceur solide.

1.3 - Exemples de structures tourbillonnaires

Les deux figures suivantes, à gauche une colonne tourbillonnaire rectiligne, à droite un tore
tourbillonnaire, montrent les deux types les plus simples de structures tourbillonnaires. Dans chaque
cas ëS est non nul à l'intérieur de la structure, maximum au centre, et décroissant vers l'extérieur.
On schématise souvent ces structures en admettant que tout le tourbillon est concentré sur une
ligne tourbillon centrale, que l'on appelle alors ligne vortex, et nul ailleurs. Pour que ce schéma
corresponde bien à l'écoulement réel, sauf à l'intérieur de la structure tourbillonnaire où
-.. .
volontairement on modifie la distribution de W ,il faut que le flux du vecteur c.ù ,égal à la
circulation de la vitesse sur une ligne fermée entourant la structure, soit le même que dans
l'écoulement réel:

= 2 If ë3.;;t dS. (111.2)

Alors twl est infini sur la ligne vortex, pour que la limite du produit /OO} O's puisse demeurer finie
lorsque cl S.. 0 ·

On rencontre assez souvent des colonnes tourbillonnaires représentables par des lignes
vortex:

- Tourbillons lâchés par les extrémités d'une plaque soudain mise en mouvement
perpendiculairement à son plan,

- Rue de tourbillons alternés dans le sillage d'un cylindre (pour des valeurs du nombre
de Reynolds de quelques centaines).

Et le tore correspond au rond de fumée, on a des structures analogues produites à J'aval .


des orifices de sortie des tuyères.
III - 7

Vortex rectiligne Vortex torique

Rue de tourbillons alternés de Von Karman


III - 8

La couche de mélange entre deux courants fluides de vitesses différentes mais parallèles
est l'exemple le plus typique de nappe tourbillonnaire. Son épaisseur est souvent très faible
(quelques mm ou cm) par rapport à son étendue. Il est donc justifié de la représenter par une
discontinuité de vitesse U1 - U2 d'épaisseur nulle. Dans l'écoulement réelle tourbillon

varie continûment à travers la couche ; il est maximum au point d'inflexion du profil de vitesse et
s'annule asymptotiquement de part et d'autre. Dans le schéma d'une nappe discontinue, CJJ est
infini sur cette nappe et nul de part et d'autre, de telle sorte que:

..
1----....._ --- --- --
--- ---
--- --- --- --...1-..........

Couche de mélange
111- 9

Il - L'EQUATION DU TOURBILLON

11.1 - Equation en fluide incompressible

·Cette équation ·se déduit de l'équation de Navier-Stokes en prenant son rotationnel terme à
terme. Il est commode de partir de la variante (1.15) :

\J lu.,'L. + 1:)
·2 ~
+

En admettant que les forces extérieures dérivent d'un potentiel, on obtient:

+ (111.3)

On peut encore utiliser l'identité:

-.
et·tenir compte de l'équation de continuité ( diN- -a =0) et de la définition de w (111.1) qui
implique di.c.rW: 0 , pour écrire cette équation :

(111.4)

ou encore:

(111.5)
III - 10

On remarquera la disparition de la pression, du potentiel des forces extérieures et de


l'énergie cinétique pour unité masse, qui interviennent dans l'équation de Navier-Stokes par leur
gradient. Ces termes sont par ailleurs liés dans la relation de Bernoulli. Ceci permet évidemment
d'attendre de l'équation du tourbillon des compléments aux indications fournies par la relation de
Bernoulli.

On remar:quera aussi la similitude et la différence entre cette équation et l'équation de


l'énergie (1.18). La similitude porte sur les termes d%~ (analogue à pc dr/dt ) et

...
v V4, W (analogue à k, v1.r ).
La viscosité a donc pour effet de faire diffuser le tourbillon des
régions où West le plus concentré vers les régions où il est le plus faible. A lui seul ce mécanisme
conduirait à une uniformisation de la distribution de W au bout d'une durée de l'ordre de D>~~
si D est une échelle de longueur caractéristique du domaine. A titre d'exemple le profil de vitesse à
l'entrée d'une conduite est pratiquement uniforme, sauf dans des couches extrêmement minces
situées près des parois où la vitesse passe de cette valeur uniforme à zéro. On sait d'autre part que
si la conduite est assez longue un nouveau profil de vitesse s'établit (parabole de Poiseuille si
l'écoulement est laminaire). La première estimation que l'on puisse faire de la longueur L nécessaire
à l'établissement du profil de vitesse asymptotique est la suivante. Il faut une durée de transit Liu
pour permettre à la viscosité de faire diffuser le tourbillon sur une distance de l'ordre de D ; il faut
donc: L ~ LJtJ2. ,ou ~ ~ UD.
y "LJ li

La différence entre (111.5) et (1.18) tient au terme. (W. V~~ , qui apparaît au seèond membre
comme une source de tourbillon, et dont l'analyse et l'interprétation font l'objet du paragraphe
suivant. Notons cependant que ce terme· est identiquement nul dans les configurations simples
comme les écoulements uniQirectionnels :

.... 0]
~ = [ -« ( ~f 1; t )1 °1
~~
V-u-- :. [ 01
~~ 1
~]
O}

(jj -::. [0 1
i
2 ô}
'dIvA.
f -i ~;]

et les écoulements plans:


III - 11

On peut sans doute voir là une raison de méfiance vis à vis de ces configurations schématiques qui
ne peuvent pas être complètement représentatives des écoulements complexes. Notamment tout
mécanisme de restructuration de configurations tourbillonnaires, susceptible de s'opposer à la
diffusion par viscosité, en est absent.

Il.2 -Interprétation de (w:;:J)lr


"
Pour comprendre le rôle de ce terme source, écrivons-le sous la forme:

(111.6)
=

en désignant par JT le petit tronçon MN d'une ligne tourbillon. Il apparaît ainsi que:

(III.7)

Considérons maintenant la variation en suivant le fluide dans son mouvement du vecteur


MN = 6r:

(111.8)

Cette relation exprime tout simplement le fait que la variation du vecteur &.. (en longueur et eil
direction) est liée aux différences de vitesse entre ses extrémités. Si le vecteur 8% est très petit,
voire infinitésimal, on a :

(111.9)
111-12

Et il apparaÎt ainsi que, mis à part l'effet de la viscosité, on a :

(111.10)

Autrement dit, les taux de variation relatifs du tourbillon et du vecteur ÔÂ sont identiques, ce qui
peut encore s'exprimer en disant que le tourbillon CS se comporte exactement comme un élément
de ligne matérielle porté par la ligne tourbillon locale. Bien entendu, la relation correcte s'écrit, en
rajoutant le terme de diffusion moléculaire:

d (Jr) + (111.11 )
at

On notera que dans ces taux de variation identiques on peut toujours· séparer deux
contributions distinctes. La composante de éJ parallèle à (! provoque un allongement (ou un
raccourcissement) de l'élément matériel OA-- ,et provoque de même un accroissement (ou une
diminution) de w ; c'est un point important sur lequel nous reviendrons. Par ailleurs, la
composante de cfiI perpendiculaire à ë3 et à dr a pour effet de faire basculer l'élément
matériel (de modifier son orientation dans l'espace), et de corriger de la même manière l'orientation
du vecteur tourbillon.

Le caractère d'extrême simplification des écoulements bidimentionnels apparaît alors très


net. Le tourbillon étant perpendiculaire à la vitesse, il ne peut y avoir ni allongement ni basculement
III - 13

des lignes tourbillons. La variation o~ est d'ailleurs identiquement nulle entre deux points pris sur
une perpendiculaire au plan de l'écoulement.

On peut encore illustrer le rôle de ce terme source en calculant le flux du tourbillon à travers
un élément de surface matérielle ô5 caractérisé par une normale ,;t(~). Ce flux ë:i.tit Ss
varie en fonction du temps, à la fois en raison des variations de ~(tl et en raison de celles de
M.lt) Ss(I:}. Il est bien entendu égal'à la moitié de la circulation 1: ~r (1;) de la vitesse sur le
contour fermé limitant cS S . Sa dérivée en suivant l'élément matériel dans son mouvement s'écrit
donc:

dCA). ~ &s
= dt (111.12)

Le premier terme du second membre peut être explicité à l'aide de l'équation du tourbillon. Et le
second peut se déduire de l'équation de continuité et de la variation connue lC.I.o) . En effet, en
fluide incompressible, l'équation de continuité impose l'invariance de tout volume matériel e51.r.
Considérons donc un petit volume cff! construit sur crs comme un cylindre de génératrices dÂ.
On a alors:

d'où:

oZ. .!i.(,;t SS) = - ~ dS ;L(o~) :: -,;t &s 6-6 (~ - » V'Q,) · (111.13)


dt dt ~ aé

Finalement variation lagrangienne du flux du tourbillon s'écrit


donc, avec :: eN t5r

~~. iit e5s - m85 ·[ ~f _y V2~]

= m dS. v V w.
2
(111.14)
III - 14

Il apparaît ainsi que, si le fluide est non visqueux, l'influence de la variation de ë:i et l'influence de
la variation de ~ cSs se compensent exactement. Et finalement la variation du flux du tourbillon
vue par un observateur lié au petit tube tourbillon considéré résulte uniquement du transport par
diffusion molécutaire.

11.3 - Equation de Helmholtz

Plaçons-nous dans le cadre de l'hypothèse du fluide parfait ( V =0 ) et provisoirement


acceptons que le fluide soit compressible. Alors dW-~ n'est pas nul mais vérifie l'équation de
continuité :

-1 ...... __ ...
df - - F v.uv-.u. · (111.15)
dt:

Et l'équation du tourbillon comprend un terme supplémentaire à ceux de (111.4) ou (111.5) :

(111.16)

Il est alors immédiat de vérifier que:

( f·V) (111.17)

La forme de l'équation (111.5) en fluide parfait est donc vraie en fluide compressible sous
cette forme (111.17), appelée équation de Helmholtz, qui exprime que le tourbillon est gelé dans la
matière comme on l'a vu au paragraphe 11.2.
111-15

Il est possible de résumer les conclusions des paragraphes 11.2 et 11.3 de la façon suivante.
En fluide parfait un petit tronçon de tube tourbillon (longueur cre ,section $~) .possède deux
invariants :

-sa masse: ~m. : p cr€. Ss


- la circulation de la vitesse : tSr =2 ûJ crs ·
On en déduit que (iJ demeure proportionnel à cre :

Les implications de ce mécanisme d'amplification du tourbillon par étirement (et resserrement lié à
l'équation de continuité) des tubes tourbillon sont importantes: auto-entretien de la turbulence par
allongement des lignes tourbillon liée à la dispersion turbulente, formation de structures
tourbillonnaires dévastatrices dans l'atmosphère ...

III-THEOREMES FONDAMENTAUX

111.1 - Théorème de Kelvin (1869)

Passons maintenant à des surfaces matérielles finies. La circulation de la vitesse le long du


contour fermé qui limite une surface matérielle ouverte quelconque s'écrit:

(111.18)

..
où de est un élément de longueur matériel. Sa dérivée lagrangienne s'écrit:

...
= 1 da. df
j dt
+- f i1,. d (I.e)
dt (111.19)
III - 16

Nous avons déjà vu que alâ:rJ ::; (ii.v) il: ' il apparaît donc que:

(111.20)

Par ailleurs l'équation du mouvement s'écrit:

et nous nous limitons aux forces dérivant d'un potentiel scalaire ( F: - V lfJ ) . Il vient
donc:

La première intégrale, égale au flux du rotationnel d'un gradient, est identiquement nulle, de sorte
que:

dr
dt

On obtient ici un résultat plus complet que celui vu au paragraphe 11.2, qui ne portait que
sur lt(dr) , et qui, après une intégration sur la surface finie S aurait conduit à :

(111.21 )
III - 17

Nous avons montré que la constante est nulle si les forces de volume F dérivent d'un potentiel
scalaire, ce qui n'était pas utilisé au paragraphe 11.2.

Le théorème de Kelvin dit que dans un fluide non visqueux de densité unifome, soumis à
des forces de masse dérivant d'un fXJtentiei scalaire, fXJur toute surface matérielle S, on a :

d
dt:. J. 2. ~.IY\.
....... ds = o. (111.22)

Ses conséquences sont multiples et importantes :

a - Il implique que le flux du tourbillon à travers une surface matérielle telle que S1' qui
n'entoure pas un tube tourbillon, nul à l'instant t, restera nul, ce qui implique que cette surface
matérielle 51 demeurera une surface tourbillon et n'entourera jamais le tube tourbillon.

b - Il implique" qu'à travers toutes les surfaces matérielles telles que 52' dont le contour
encercle une fois le tube tourbillon, le flux du vecteur tourbillon est le même et demeurera le même.
Si l'on envisage une surface construite sur un contour qui encercle n fois le tube tourbillon, la
circulation le long de ce contour et le flux correspondant sont n fois plus grands.

c - Il implique que les lignes tourbillons sont des lignes et surfaces matérielles, résultat
connu sous le nom de théorème de Helmholtz.
III - 18

Le théorème de Kelvin a pour conséquence de donner une signification très forte au tube
tourbillon. Tout d'abord, le tube tourbillon possède un invariant le long du tube, la circulation de la
vitesse:

r = f;;' d.4- = JI 2 (;).;;;; dS. (111.23)

Il a cette propriété en commun avec le tube de courant qui possède un invariant analogue, le débit

Q = If it'..li dS. (111.24)

Mais le théorème de Kelvin ajoute cette propriété importante : cI~t::' 0 si l> = 0


L'invariant r est donc un invariant définitif (aux effets de viscosité près) alors que le débit
d'un tube de courant peut varier avec le temps. Enfin le tube tourbillon demeure en permanence
formé des mêmes particules fluides, c'est un domaine matériel, alors qu'un tube de courant n'est
.rien de plus qu'une conduite où transite le fluide.

111.2 - Théorème de Stokes-Lagrange

Dans le cas particulier où la circulation de la vitesse est nulle le long de toute courbe fermée,
le théorème de Kelvin montre qu'elle demeure nulle dans la suite des temps. Autrement dit, un
mouvement initialement irrotationnel demeurera irrotationnel. Par exemple tous les mouvements
engendrés à partir du repos demeurent irrotationnels en fluide non visqueux. Ce résultat est connu
sous le nom de théorème de Stokes-Lagrange. Il explique pourquoi dans les fluides réels (peu
visqueux) on rencontre très souvent des écoulements irrotationnels.

On a découvert récemment que la portée de ce théorème doit absolument être limitée aux
-écoulements qui sont strictement irrotationnels à l'instant initial. L'argument de Stokes (1845), basé
sur l'équation de la vorticité Cù2~ ,déduite elle-même de l'équation du tourbillon par une
multiplication scalaire par CS ,est le suivant. L'équation:

= = (111.25)
III - 19

peut s'écrire:

(111.26)
=

en posant w; -r.Cl.) Soit K la plus grande valeur positive du scalaire >-i.'>..i '1.~'X · pour
l'élément matériel considéré, que l'on suit dans son mouvement de l'instant 0 à l'instant t. 6est clair
que:

(111.26)

=
Stokes en déduit que, si <&J (0) 0 ,alors weI:) demeure nul pour tout t fini. En fait, il faudrait
montrer que K demeure fini. Or ce n'est pas évident du tout, K étant lui-même non indépendant du
tourbillon:

CV = :L2 E. da'
:.=:t
i rÎ • .
i~)j a~,
A.

La possibilité apparaît même que K et CA.) puissent tous les deux devenir infinis après une durée
finie.

Sans entrer dans le détail" de ces théories, qui s'appliquent essentiellement à la turbulence
(agitation rotationnelle du fluide), admettons que le scalaire K qui varie comme les premières
dérivées de la vitesse puisse être écrit (ce n'est qu'une hypothèse) :

(111.27)

où CL est un coefficient numérique fini. Alors l'équation devient:

cl w2. ",3
CŒT = 0..

dw ::: 0... dl: · (111.28)


c;:)i
III - 20

Sa solution telle que w (~ ):= ûla s'écrit:

ou encore:

w .-1
Wc
= -"1--------
- a (t - ce) ·
0. Cù
(111.29)

Elle montre bien la possibilité que CA.) devienne infini après une durée: é- 1;;0 =~~wo 4/1<0 =
Si w o :' 0 alors on retrouve la conclusion de Stokes, mais il apparaÎt clair~ment qu'elle est
strictement limitée à cet état initial irrotationnel.

Physiquement, imaginons un fluide en écoulement turbulent, et isolons par la pensée un


paquet de ce fluide, dont la vorticité à l'instant initial. est ~ w: .
La constante K peut être
évaluée à l'aide des échelles de vitesse et de longueur qui caractérisent la turbulence dans ce
paquet de fluide:

et n'est autre que l'inverse du temps de retournement 1;'0 La


du tourbillon de longueur .e o .

signification du résultat qui vient d'apparaÎtre et qui peut être établi avec rigueur dans les théories
récentes de la turbulence est donc la suivante: en fluide non visqueux la vorticité d'un "tourbillon"
devient infinie après une durée du même ordre de grandeur que la durée de retournement de ce
li
IItourbillon Ce temps t

o a pu être appelé temps de catastrophe, ce qui illustre bien l'intuition que
l'on peut avoir: la vorticité ne peut pas devenir infinie sans que "quelque chose se passe". Ce
quelque chose implique notamment une dissipation d'énergie. On sait en effet que le taux de
dissipation volumique est:

Il est clair que, aussi petite que soit la viscosité,· si w'J. devient très grand au bout d'une durée
finie, la dissipation ne peut pas demeurer petite.
III - 21

Nous venons de rencontrer une difficulté essentielle de toutes les approximations sans
viscosité. On pourra en retenir une certaine prudence, tout particulièrement à propos des aspects
dissipatifs des écoulements à grand nombre de Reynolds.

Ce théorème de -Stokes-Lagrange et la persistance de l'irrotationnalité initiale conduisent


évidemment à s'interroger sur les sources possibles de vorticité dans un écoulement engendré à
partir du repos. De tous les exemples d'écoulements étudiés jusque là on peut déduire une
réponse: près des parois il existe nécessairement un gradient de vitesse suivant la normale et un
tourbillon non nul. On doit donc s'attendre à ce que ces parois soient les sources de vorticité et de
tourbillon. On sait que la viscosité diffuse le tourbillon, et qu'après un temps t cette diffusion peut
avoir atteint une distance de l'ordre de {'lJt . On sait aussi que le tourbillon est emporté par la
matière dans son mouvement. On devine alors l'allure de la région tourbillonnaire autour d'un
obstacle représenté sur la figure. A l'amont la convection et la diffusion s'opposent, et aux grands
nombres de Reynolds c'est bien sûr la convection qui l'emporte. A l'aval ces deux mécanismes
s'allient. Latéralement la diffusion est le seul mécanisme de transport du tourbillon ; mais on notera
alors que, tandis que celui-ci progresse de {lfr latéralement il est emporté sur une distance x =
Ut le long de l'écoulement.

En conclusion, le voisinage de parois est donc la source des structures tourbillonnaires.


Celles-ci peuvent cependant décoller des parois et être balayées à l'aval des obstacles. C'est ainsi
que l'on trouve des tourbillons éloignés de toute paroi; mais alors ils se referment sur eux-mêmes.

111.3 - Conservation de l'hélicité

On appelle hélicitéd'un domaine fluide en mouvement la quantité:

H = 1 '1J
;r. (S c:Jv- (111.30)
111-22

Le produit scalaire
.....
.Mw. w représente donc la densité volumique d'hélicité.

Il est clair que cette quantité est identiquement nulle dans les écoulements plans, puisque ü
et w sont orthogonaux. Elle est également nulle dans les situations élémentaires présentant de
fortes symétries·,~où uet W .sont encore orthogonaux (ronds de fumée isolés par exemple). Mais il
existe des situations assez simples, comme celles de la figure ci-dessous où elle n'est pas nulle.

Dans le cas du vortex en tire-bouchon, les deux vecteurs u et w


.. .... ont tous les deux une
composante suivant l'axe du tire-bouchon et l'hélicité est positive parce qu'il s'agit d'un tire-bouchon
pour droitier.

Dans le cas des tores entrelacés de circulations f 1 et T;, la circulation de la vitesse le long
d'une ligne tourbillon C 1 appartenant au tore T 1 s'écrit:

1 .... ::. +
j ..u.1 " d4 =
(111.31 )
c..,

Le signe ± dépend de l'orientation relative des deux tores. Admettons que ces tores aient des
III - 23

sections assez petites pour pouvoir être considérés chacun comme des lignes cortex. L'hélicité du
tore T 1 s'écrit:

(111.32)

Mais w et d étant parallèles, on peut encore écrire :

H., ::' fl1.ü.


T
(Û- Cù dS =
.
fc Il.a. d.4" CJJ ds
~ J

où S désigne la section droite (supposée très petite) du filament vortex sur laquelle û peut être
supposé uniforme. Alors on a :

(111.33)

Le même calcul appliqué au tore T2 donnerait le même résultat, les signes supérieurs (ou
inférieurs) se correspondant:

(111.34)

Par conséquent l'hélicité totale du domaine contenant les deux tores s'écrit:

1-1 = la ç '2 · (111.35)


III - 24

Si ces tores n'étaient pas enlacés, on aurait trouvé H = H 1 = H2 = o. Si l'un des filaments
vortex (par exemple T2) enlaçait l'autre (T1) plus d'une fois, on aurait trouvé (n étant un entier) :

(111.36)

La signification physique de l'hélicité d'un domaine fluide apparaÎt maintenant de façon


claire. Cette quantité traduit une propriété topologique fondamentale des écoulementss
tourbillonnaires.: l'entrelacement plus ou moins grand des lignes tourbillons.

L'intérêt de cette quantité tient au fait qu'elle est invariante en fluide parfait. Dans les fluides
peu visqueux (ou à grand nombre de Reynolds) il est donc imposssible de faire varier cet
entrelacement des lignes tourbillons, et notamment de créer ou de supprimer des noeuds. Dans les
écoulements turbulents, que l'on peut imaginer comme des ensembles· de structures
tourbillonnaires de diverses tailles, la conservation de l'hélicité bloque donc certaines possibilités
d'évolution: toute évolution qui ferait varier le nombre de noeuds est impossible.

Pour établir cette propriété d'invariance, on part de l'équation de Navier-Stokes, qui peut
s'écrire sous la forme:

d~
= - V~ (111.37)
dt

dès que V =<:) ,que p '= p(P ) (fluide barotrope) et que les forces extérieures dérivent d'un
potentiel, et de l'équation de Helmholtz (111.17). On en déduit:

- (111.38)
III - 25

La dérivée particulaire de l'hélicité (111.30) peut donc s'écrire sous la forme (propriété des intégrales
de masse) :

dJ.l
dl:

(111.39)

Et le théorème de la divergence ramène cette expression à :

If (m:.ëJ) (~'L_R)
= d5 (111.40)

où S est la surface fermée limitant le domaine 1.1 .

Il est alors évident que j~: 0 si l'on peut trouver une sùrface fermée S telle que
---
l'tL • -...
w s'annule en tout point. Dans le cas d'un fluide illimité contenant des structures
tourbillonnaires de dimension finie, la surface à l'infini convient toujours puisque J w1= 0 (.Jt-')
alors que S:= 0 (Jl.2.) .

IV - EXEMPLE D'ECOULEMENT TOURBILLONNAIRE : LE MODELE DE TORNADE DE BURGERS


(1940)

IV.1 - Le champ de vitesse

Cherchons à construire un champ de ~itesse de révolution dont le tourbillon soit orienté


dans la direction verticale. En coordonnées cylindropolaires, les composantes u, v et .w- de la
vitesse vérifient alors la définition du tourbillon:

(111.41 )
111-26

(111.42)

(111.43)

et l'équation de continuité:

(111.44)

Admettons que UJ ne dépende que de r et t, ce qui excl,ut que l'on puisse représenter le
voisinage du sol où W doit varier avec z.

Ces quatre grandeurs u, v, ~ ,w doivent également vérifier l'équation du tourbillon:

..".
dw
-dt = (111.45)

dont les composantes s'écrivent:

(111.46)
111-27

(111.47)

Les relations (111.41) et (111.46) imposent que v =v( r,t ) et u = u( r,t ). L'équation (111.42)
impose alors que W" = 1Ar (z,t). Pour que l'équation de continuité puisse être vérifiée, il faut que:

(111.48)

Et les deux inconnues importantes v et w sont liées au paramètre Cl. par les équations (111.43) et :

(111.49)
=

Les trois mécanismes essentiels qui gouvernent l'évolution du tourbillon sont donc présents
dans cet exemple :

* l'advection, ou recentrage du tourbillon au voisinage de l'axe par le mouvement


radial de vitesse ..u.:: - ~ Jt. 1

* l'amplification du tourbillon par le mouvement vertical 'Lü = Cl z qui allonge les lignes tourbillon,

* la diffusion par viscosité qui tend à élargir la tornade et à diminuer W au centre pour le
transporter à l'extérieur.

On remarque qu'il existe une possibilité d'équilibre stationnaire (~~ ~ ) si:


111- 28

ou encore:

(111.50)

Alors, après une première intégration, CA) ('ta) doit vérifier:

(111.51 )

où la valeur zéro de la constante d'intégration est imposée pour éviter une singularité sur l'axe r = o.
Une seconde intégration conduit à :

(111.52)

Et l'on en déduit v( r ) à l'aide de la relation (111.40) avec la condition que r v s'annule sur l'axe:

(111.53)

1.-
On remarquera que si ~~ < < 1, la variation v( r ) est pratiquement linéaire :

o.~2.
ce qui correspond à une rotation solide de vitesse angulaire W Q • Au contraire, si ~)J > > 1, la
variation v( r ) est hyperbolique.

=
III - 29

en notant rc la quantité
qui représente la circulation de la vitesse autour d'un
cercle de rayon infini.

1\1' \
\ r;
\ 21t'\" /
/ (t)o"'-
\
\ /
\ /
\ /
)< 1\T(re. )

~I'
1 ~
~

1
o

La figure et ces expressions asymptotiques suggèrent d'introduire un rayon R:::: 2 ; g" 1

qui peut être interprêté comme le rayon de 111'oeil de la tornade". Les résultats antérieurs deviennent
alors:

(111.54)

.uR ~.
-U- = -2 R

Il est intéressant de recalculer les trois termes essentiels de l'équation (111.49) à partir de ces
expressions pour bien comprendre comment cet équilibre s'établit:

".a. _1.'l~4
0. W" - ~
. "R2. ~

_ Itt..'l../R"
a.. w = 0-. Cù a a

(111.55)
III - 30

Au centre l'accroissement de u,) par allongement des lignes tourbillon compense exactement la
réduction de w par diffusion visqueuse vers l'extérieur. Et à l'extérieur l'apport de cJ par la
viscosité est exactement compensé par l'écoulement radial convergent vers le centre qui empêche
la tornade de se détruire. Cet écoulement vers le centre est lui-même engendré par le mouvement
vertical '\N=Q. z. On peut encore s'interroger-sur les origines possibles de ce mouvement vertical.
Il suffit en réalité d'un échauffement suffisant d'une colonne d'air pour que celle-ci, plus légère que le
fluide ambiant, s'élève en s'allongeant et entraÎne le mouvement radial qui, lui-même, draÎne et
transporte vers le centre le tourbillon du voisinage. Si le bilan net du tourbillon apporté a un signe
fixé, la tornade peut se développer et atteindre un état quasi-stationnaire assez bien décrit par ce
modèle.

IV.2 - Le champ de pression

Revenons aux équations de Navier-Stokes:

.u -d1r 01-
.(LV"
:. \) (a'V"-~)
"'1. a.
'O"l. ~

'()W- J/J .,..


;ur
~}
= - f--1 'Cl}
\J L1w- (111.56)

avec:

Elles peuvent, compte-tenu de la solution trouvée, se mettre sous la forme:

=
(111.57)
111-31

(111.58)

De (111.58) on déduit:

et (111.57) permet d'expliciter la fonction f( r) :

~ 2-
=~ + jo f ~ d~. (111.59)

La quantité la plus importante à calculer est la pression Po' qui apparaÎt dans (111.50) comme
une constante d'intégration, ou plutôt la dépression associée à la tornade : p<<<J)- f?,. En
introduisant R par les relations (111.54), on obtient:

~
.1\.'1.)
P- F!.o + 8 -p}) (2
~.,. -
R~ d" "

soit, encore, en formant des grandeurs adimensionnelles (~="'7'R):


111-32

'2.
Dès que le nombre de Reynolds de la tornade CIJ~R est de l'ordre de 10, il est clair
que l'intégrale du second membre, qui représente l'influence de la force centrifuge, masque l'autre
terme. Alors la dépression devient indépendante de z et se ramène à :

(111.61 )

La valeur asymptotique de l'intégrale est 0,69. La différence de pression créée par la tornade est
donc:

(111.62)

Des applications numenques élémentaires permettent facilement de se faire une idée de la


puissance dévastatrice des cyclones.

v - DETERMINATION DE LA VITESSE A PARTIR DU TOURBILLON

V.1 - Loi de Biot et Savart

La caractérisation des structures tourbillonnaires présentes dans un écoulement est d'autant


plus justifiée que l'on sait en déduire ensuite le champ de vitesse, c'est-à-dire que l'on sait résoudre
l'équation:

(111.63)
III - 33

avec éJ (~) fixé. Nous nous intéressons aux fluides incompressibles dont le champ de vitesse
doit en outre vérifier:

....
Introduisons donc le potentiel vecteur A, tel que

(111.64)

-
évidemment défini seulement à un gradient près. Il est bien clair que si u dérive de A par cette
relation, ce champ de vitesse aura une divergence nulle. L'équation à résoudre pour calculer A en
... -..

fonction de J fixé est donc :

(111.65)

Supposons maintenant ü connu. Si l'on forme un potentiel vecteur 'A";'. éventuellement à


divergence non nulle, on peut toujours en former un autre qui soit, lui, à divergence nulle

(111.66)

en lui ajoutant le gradient d'une fonction scalaire cp (~) ,telle que

(111.67)
III - 34

...
Autrement dit, on peut toujours, sans aucune perte de généralité, supposer que le potentiel vecteur
A est à divergence nulle; il existe toujours un tel potentiel vecteur parmi ceux possibles. L'équation
de ce potentiel vecteur s'écrit alors:

(111.68)

... A deux dimensions, comme dans les écoulements plans, la seule composante non nulle de
A est la fonction de courant I(J qui vérifie donc l'équation de Poisson:

/J4J = -2w. (111.69)

L'équation (111.68) a une solution particulière bien connue:

...
li (~) -

où r désigne la distance r =l-; - x,. Il est facile de vérifier que cette solution A( x) est bien à
divergence nulle, en dérivant l'intégrale prise sur un volume fixé par rapport à x (variable
indépendante de x') : .

dW- fi = 2-(n: /1;" ~ ( ~~)) dV-(~')

- 1re j C;('X.'). V (~) JU-(~') ·


'"
111- 35

Mais, compte-tenu de la définition de r, varier xde dx ou x' de - dxconduit à la même variation dr ;


on a donc:

V-x.- ( ~) = v~ (~)

Soit, avec les relations

d.i.ttr(~) = ~ rJj.crw ~ W.V(~)

d.l11' (<3) :: 0 1

où S désigne la surface fermée qui limite le volume V.

Si
......
c..>.'n, :: 0 en tout point de la surface S on vérifie bien que div A
.....
= o. Dans le cas
où ë3. ~ t= 0 sur la surface S, il est encore possible que l'intégrale soit nulle, notamment en

où c.J.11.
... r
raison du fait que le flux du tourbillon est nul sur une surface fermée. Mais, le voisinage d'une paroi
--.
0 présente des difficultés non triviales, que l'on ne peut tourner qu'en prolongeant le
champ ë3 au-delà de la paroi et en choisissant un domaine infini.

Dans le cas d'un fluide illimité, A (x) est un potentiel vecteur convenable et il ne reste plus
qu'à calculer uen prenant le rotationnel de ce potentiel vecteur:
111-36

Avec la formule:

et le fait que
.......
puisque x et x ' sont des variables indépendantes, on a :

=..::L
- .... )
w ('XI A
...
IL

2~ 't3

L'interprétation de cette formule, connue sous le nom de loi de Biot et Savart généralisée,
est très simple. Elle implique que chaque élément de volume dtr(~) situé au v9isinage d'un
point M'induit au point M une vitesse:

= .i.. .
2rr

Et la vitesse au point M est finalement la somme des vitesses induites en M par tous les tourbillons
élémentaires tels que celui-là.

V.2 - Applications simples

Commençons par le cas d'un tube tourbillon rectiligne de circulation r:

(111.63)
III - 37

La vitesse induite par l'élément est donc:

(111.64)

,-,

Si la section cr du tube tourbillon est assez petite (si le rayon de ce tube est très petit par
rapport à OM), celui-ci peut être assimilé à une ligne vortex. Alors la première intégration, sur la
section a- ,est évidente puisque r est indépendant de la position dans la section (J:

_ r
- ~rr
-
d.el\~
JZ..3 -~
,-
(111.64)

Avec: et on a encore:

r
= 4rr
(111.65)
111- 38

Et finalement on trouve :

(111.66)

Ce résultat bien classique s'obtient plus directement, compte-tenu de l'axisymétrie de la figure, en


écrivant que la circulation r est égale à U ~ 2n:R .

Dans le cas d'une ligne vortex circulaire (modèle singulier d'un tourbillon torique), il est
facile d'exprimer la loi de variation avec z de la vitesse induite sur l'axe. La vitesse induite en M par
-0
l'élément de longueur dfest :

Id~ 1 r
= L,Tr: (111.67)

On en déduit: et

Soit:

r~3&­
2R (111.68)

Il est par contre plus difficile de calculer la vitesse que s'auto-induit cette ligne vortex
circulaire. Intuitivement, on se convainc facilement que cette ligne doit avancer uniformément
perpendiculairement à son plan, puisque aucun point du cercle n'est distinct des autres. Mais le
calcul de cette vitesse présente une difficulté inhérente au schéma de la distribution singulière
retenue, qu'il faut connaître.
°111 - 39

()

M.

ldt " Jt. ) ) - : - J\. eU. ~ t &- c( )


-= - J\. R ~ ~ de
lJ.,

Avec les notations définies sur la figure on a :

(111.69)

.... r ...
..u - 16rrR e~ (III.70)

On aboutit à une intégrale impropre de la forme :

l = 1
o
1t'
dol
COd et
111- 40

qui ne converge pas lorsque ~01""'" ou 0( .... 7\/2

Toutes ces applications sont bien classiques en électromagnétisme où la loi


d'Ampère 1 =.....ot fÎ estabsolument analogue àla définition de W (111.1). Cette
analogie entre le champ magnétique d'un courant électrique et la vitesse induite par un tube
tourbillon est tout à fait fructueuse. Elle permet notamment de mesurer toute la marge de difficulté
entre les problèmes d'électromagnétisme où la forme des conducteurs est imposée a priori, et les
problèmes de mécanique des fluides où la forme et la position des structures tourbillonnaires sont
elles-mêmes dépendantes du champ de vitesse. L'intégrale impropre (111.70) se retrouve aussi bien
en électricité lorsque l'on cherche à calculer la self-inductance d'une spire circulaire.

VI - APERCU SUR LE CALCUL NUMERIQUE DES ECOULEMENTS

VI.1 - La formulation (l.JI, ta) )

Même dans les conditions limitées des écoulements en charge (c'est-à-dire sans frontière
libre inconnue), la résolution numérique des équations de Navier-Stokes pose de sérieuses
difficultés (et continue de progresser assez régulièrement). Nous nous limitons ici à présenter les
principaux caractères d'une technique couramment utilisée pour calculer des écoulements plans (la
technique se transpose sans difficulté au cas des écoulements de révolution). Compte-tenu du
caractère bidimensionnel du problème, le tourbillon se réduit à un scalaire w (sa composante
suivant la normale au plan de l'écoulement), et il est commode d'introduire la fonction de
courant cp :

Ces deux variables scalaires sont liées par l'équation du tourbillon et par sa définition:

+ d.Mr (wit) =

(111.71)
III - 41

(III. 72)

En coordonnées cartésiennes, et avec des notations adimensionnelles, elles deviennent:

(111.73)

(III.74)

où le nombre de Reynolds Re est construit à l'aide d'une longueur et d'une vitesse caractéristiques
de l'écoulement étudié.

Le caractère parabolique de l'équation (111.73) a pour conséquence que, si l'on connaÎt les
distributions de 4J et (J à l'instant t, l'équation permet le calcul de ~t et permet donc de
franchir un pas de temps /Je ,et de connaÎtre la distribution:

w (~I ~ 1 ~.,. l11: ) ·

Ensuite, l'équation elliptique (111.74) permet le calcul de

dès lors que west connu et que l'on dispose de conditions aux limites suffisantes. On sait
111-42

notamment que, si l'on connaît 4J sur une portion des frontières (condition de Dirichlet) et
è)<jJ/û~ sur la portion complémentaire (condition de Neumann), la solution de (111.74) est unique.
Bien entendu ces conditions typiques correspondent à des situations physiques habituelles. La
fonction 'P est constante sur les parois et sur les surfaces libres, et ses valeurs constituent une
mesure du .débit qui transite entre ces frontières. Par ailleurs êJ(jJ1 a
I)t., est une mesure de la
composante de vitesse normale à la frontière.

Retenons donc que la résolution numérique du système d'équations (111.73) et (111.74)


implique de disposer d'une distribution initiale des deux quantités ~ et w et de valeurs
de y.J ,ou de ~VJ la?1.. ' sur tout le contour du domaine (ou d'une condition sur le contour
équivalente) .

VI.2 - Discrétisation des dérivées premières

Désignons par les indices inférieurs i et j la position (x, y) du point considéré dans un
maillage défini. Désignons par l'indice supérieur n l'instant considéré:

Les pas Lh , ,1~ et ~ê sont choisis constants, conformément à des considérations de


stabilité numérique que nous évoquerons plus loin.

Le schéma aux différences finies d'une dérivée partielle du premier ordre par rapport à x ou
y peut être:

11
. centré: GAt... ,/ cl-
.1 •
(111.75)

I)L 11.

. décentré avant: = G.i.,..,,/- - G.i,i (III.76)

LÏ'X.
III - 43

. décentré arrière : = (III. 77)

Ces trois choix possibles ont à peu près la même précision (l'erreur est de l'ordre de AIJ..'l. ),
mais la stabilité générale des procédures utilisées est fortement affectée par ce choix, et cela
d'autant plus que le nombre de Reynolds est élevé. L'usage montre que les différences centrées
pour représenter les termes de convection conduisent fréquemment à des schémas instables ;
l'usage des différences décentrées aval conduit toujours à des instabilités ; par cont~e l'usage de
différences décentrées amont conduit à un schéma inconditionnellement stable. D'un point de vue
intuitif, ceci n'est pas étonnant; on le relie directement à l'interprétation des termes convectifs
(dissymétriques) déjà bien développée dans ce chapitre: l'aval dépend de l'amont. D'un point de
vue mathématique ces résultats ont également fait l'objet d'études approfondies et de théorèmes qui
sortent du cadre de ce cours. .

La question se pose donc de savoir quel est le point amont d'un noeud (i,j). Nous y
reviendrons plus loin.

VI.3 - Discrétisation du laplacien

On peut déduire une approximation de la dérivée seconde ~~ des approximations


précédentes de la dérivée première, en combinant une différence avant et une différence arrière :

= (III.78)

On peut procéder de la même façon pour la dérivée tî ' et l'on arrive ainsi à l'expression
suivante pour le laplacien, lorsque lemaillagepOSSèdeun3asunifOrme(A... -:.li.<a- :: 1t ):

(III.79)
111-44

La comparaison entre cette expression et celle déduite du développement en série de Taylor


complet de la fonction G au voisinage du point (i,j) montre que l'erreur de cette expression est de
l'ordre de h4 .

D'autres expressions que celle-ci peuvent être utilisées, comme celles illustrées sur les
schémas b et c de la figure. Toutes ces expressions ont la même précision. On notera que la somme
des coefficients des termes du numérateur est nulle dans tous les cas.

0 ~ (\ ~ 0 ~ ~ 4 1

~ -4 0 -14 0 4 - 20
"
~ --\ 0 0 ~ -i '-1 -1
'"
(a) (b) (c)

VI.4 - La procédure

Même lorsque l'écoulement cherché est permanent, on résoud souvent les équations du
problème non permanent, en partant d'une situation initiale choisie a priori. Cette procédure a
l'avantage d'être un des moyens les plus sûrs de converger vers une situation physiquement
réaliste. D'autres méthodes d'itération sont utilisables, mais le danger de converger vers une
situation physiquement irréaliste est alors important. (Les équations non linéaires que l'on résoud
n'ont pas une solution unique !).

La méthode est alors la suivante. La fonction de courant <;J et le tourbillon w sont


supposés connus partout à l'instant initial (n = 0). Les composantes de la vitesse sont déduites des
valeurs de tp par des différences centrées:

. ?\. ~

~.~ i - CJ1.Ù 1, i (111.80)


2L1~
111-45

Et la valeur de W n'est autre que - ~(p • L'équation du tourbillon donne alors en chaque point à
cet instant la variation ~~ • d'où l'on déduit:

(111.81 )

La question est de savoir quel est le schéma de différences finies le mieux adapté aux termes
convectifs. La remarque antérieure montre que cela dépend du signe des composantes u et v (qui
sont connues). Pour écrire:

/)\. (~ ~
(.u.W).it-I, J - (a.W).À.,;J. Ai. A<'O
e5(.u.w) .. :::
.." f {ttw>2J - (.u.(,J)J:"'J ,4i -tJ", >0
'h.. ~

(1r~).A., i
{
'll
~ ('VCAl) .. :.
.,. -1 ' 1T eû)..:, j. ~ v<o
~J (1rW) ,~.
,c",1 - """ J--1
('Irw)..;., .4i IV> 0
il est commode d'utiliser les relations suivantes:

/)\
O(.(L(.Ù) .. ::
.(J.. -#-

2
'l
"
/.u./ ~.4J J- cJ.l_ 1, ~ .,. JJ.. -/~J (.ù
~

J.+t J' -
't
(,J.
-'-Id
·

. .A.,J P... 2 IL

~
(111.82)
1L lM.

cf(l/fw).
tl'\.
-::
AJI-/1rJ Wi"J. - ~(j-f " +
v- l'\rl 4/;,. ,-W.j.
(.ù • .
...c../.

'IJ 2 ;{ 2 [

Nous en sommes au point où W"; 'Y'.1a 1


est connu. Avant de pouvoir reprendre le calcul
pour franchir le pas de temps suivant, il faut calculer les nouvelles valeurs de 1 1 , en 4J?'-
(Id'
résolvant les équations :
III - 46

qui, chacune, relient entre elles les valeurs de 4J en 5 points du maillage. Si N est le nombre de
points intérieurs de ce maillage, nous avons à résoudre un systèmes de N équations linéaires
algébriques où figurent les N inconnues lfI~t1 ainsi que les valeurs connues de 4.J à la
frontière et de CAJ en chaque point intérieur. Ce nombre N, dans un maillage classique 100 X 100
. est énorme (10 4 ) '·et ··exclut une solution ·directepar calcul de déterminants et inversion de matrices.
Le calcul de ces valeurs ~,~~ 1 se fait donc par des itérations répétées avec une erreur fixée
d'avance inférieure à une cert~i~e norme. La littérature spécialisée abonde en propositions diverses
de ces procédures itératives. On peut, par ex~mple, utiliser les valeurs 4J~1· pour obtenir une
première approximation du membre de droite, calculer ainsi lJ1-c~~ ., ~, le substituer dans le
membre de droite et recommencer. Certaines techniques, dites de su"elaxation, permettent
d'effectuer ce calcul assez vite. Avec la génération actuelle de grands ordinateurs, on peut situer le
temps nécessaire pour calculer un pas de temps ~t avec un maillage (100 X 100) aux environs
de la seconde.

Nous avons dit que les pas A-x , Ll~ et ~é étaient fixés par des considérations de
stabilité numérique. Celles-ci conduisent en général à choisir les pas d'espace tl~ et Â~ tels
que:

et < 10

et le pas de temps ~I: tel que :

1fT
< + 6~ +

On peut attribuer une signification à ces limites : le nombre de Reynolds de chaque maille doit
demeurer de l'ordre de l'unité, et les temps caractéristiques propres du phénomène doivent être
nettement plus courts que le pas de temps.

Si l'on souhaite calculer la pression, par exemple pour en déduire des poussées sur des
obstacles, il faut encore résoudre l'équation de Poisson:

(111.84)
111-47

obtenue en prenant la divergence de l'équation de Navier-Stokes, où le second membre est connu.


Ce calcul peut être fait à chaque pas de temps, aussitôt après le calcul de 4J ,ou bien peut n'être
effectué qu'après que la solution ait atteint sa limite stationnaire.

REFERENCES SUR LE CHAPITRE 3

BATCHELOR G.K., "A~ Introduction to Fluid Dynamics", Cambridge University Press, 1967.

GERMAIN P., "Mécanique'" Ellipses, 1986.


IV - 1

Chapitre 4

THEORIE DE LA COUCHE L~MITE

1- INTRODUCTION

11- QUELQUES SOLUTIONS EXACTES DES EQUATIONS COMPLETES

11.1 - Ecoulement le long d'une paroi aspirante


11.2 - Ecoulement plan au voisinage d'un point d'arrêt
11.3 - Ecoulement centrifugé par un disque tournant

III - LES BASES DE LA THEORIE DE LA COUCHE LIMITE

111.1 - Echelles fondamentales


111.2 - Approximations essentielles
111.3 - Equations de Prandtl
111.4 - Couplage avec l'écoulement lointain

IV - COUCHES LIMITES A PROFILS DE VITESSE AUTO-SIMILAIRES

IV.1 - L'équation de Falkner - Skan


IV.2 - Couche de Blasius et profils de Hartree

V - COUCHES LIMITES DETACHEES DES PAROIS

V.1 - Jet libre plan


V.2 - Sillage lointain
V.3 - Couche de mélange
IV -2

VI - METHODES GLOBALES DE CALCUL DES COUCHES LIMITES

VI.1 - Equations globales


VI.2 - L'idée de la méthode. Application à la couche de Blasius
VI.3·- Méthode de Karman - Pohlhausen
VI.4 - Résultats. Décollement des couches limites

. VII- METHODES NUMERIQUES DE CALCUL DES COUCHES LIMITES

VI1.1 - Méthodes explicites


VI1.2 - Méthodes implicites

REFERENCES
IV -3

Chapitre 4

THEORIE DE LA COUCHE LIMITE

1- INTRODUCTION

De nombreuses expériences dans des écoulements à grand nombre de Reyn~lds


permettent de constater qu'il existe souvent une région de faible épaisseur au voisinage des parois,
où le tourbillon est non nul, alors que dans la majeure partie de l'écoulement, loin des parois, le
tourbillon est nul. Les propriétés du tourbillon, étudiées au chapitre précédent (paragraphe 111.2),
permettent de comprendre ce phénomène. Plus précisément, la condition d'adhérence à la paroi
des fluides visqueux ( u (y = 0) = 0 ) impose au tourbillon d'avoir à la paroi une valeur non nulle,
opposée à la pente du profil de vitesse. Ce tourbillon, né près de la paroi, est diffusé par la viscosité
et advecté par l'écoulement ambiant. La région où il existe, entre la paroi et l'écoulement lointain
irrotationnel, constitue ce que l'on appelle la couche limite.

Il - QUELQUES SOLUTIONS EXACTES DES EQUATIONS COMPLETES

11.1 - Ecoulement le long d'une paroi aspirante

Commençons par étudier quelques solutions exactes des équations de Navier-Stokes avec
forces d'inertie non nulles. Elles sont imp~rtantes pour elles-mêmes puisqu'elles correspondent à
des situations expérimentales tout à fait réalistes. Mais surtout, elles peuvent servir de références
bien établies, à l'appui desquelles on peut se former l'intuition, et qui pourront ultérieurement servir
de tests pour élaborer un jugement sur la théorie de la couche limite.

Considérons d'abord l'écoulement au voisinage d'une paroi poreuse (par exemple réalisée
en bronze fritté) soumise à des pressions différentes sur ses deux faces. Nous admettrons que l'on
peut bien représenter l'influence d'une telle paroi en écrivant que le fluide aspiré a une vitesse à la
paroi (0, - v , 0), et en admettant toujours que la composante u s'annule à la paroi. Bien entendu
o
cette vitesse v est liée à la porosité de la paroi, et au débit susceptible de la traverser sous la
o
différence de pression appliquée entre ses deux faces, mais nous n'aborderons pas ce problème.
IV -4

Nous cherchons donc un champ de vitesse bidimensionnel :

qui vérifie les conditions:

f\r ("t... 1 0) =- ""0 (IV.1)

et les équations:

~\T :. 0
~~

-: _ .L ~
r ~~

:. _ l ~ (IV.2)
1·~'}
IV -5

Celles-ci sont non linéaires et très compliquées. Notre démarche consistera à chercher à former une
solution de ce problème sans doute mal posé, avec l'espoir que cette solution correspondra à des
situations expérimentales réalisables.

Cherchons d'abord s'il peut exister une solution établie ou non évolutive, telle que:

(IV.3)

qui serait bien entendu compatible avec les valeurs aux limites indépendantes de x. Une telle
solution doit vérifier:

~I\r
:: ~ :: 0
0l't ~~

el~
~ +
1 .d1,,u.
- -- ~ (IV.4)
I\f~ f d'1'. cl 'ti: -

Et puisque 1~ et ~'t..~ sont indépendantes de x, il est clair que ~ doit être constant.
Commençons par suppo~er nulle cette constante, c'est-à-dire par supposer isobare le fluide aspiré.
Alors l'équation

= 0 (IV.S)

obtenue en remplaçant v par sa valeur - v0 conduit à la solution élémentaire:

(IV.6)
IV -6

On remarquera que cette solution peut s'interpréter comme une couche tourbillonnaire
d'épaisseur constante. En effet, le tourbillon de cet écoulement plan n'est autre que:

.- ~~
Cù= - -- - U'\Y
o
-e y

" (IV.7)

et vérifie l'équation:

-~ -dw
d~
(IV.S)

qui impose un équilibre entre deux mécanismes bien précis: la diffusion du tourbillon (engendré au
voisinage de la paroi par la condition de non glissement) et la convection vers la paroi par
l'écoulement normal à celle-ci de vitesse - vo . Ces deux mécanismes sont rigoureusement équilibrés
à chaque abscisse x. andevine que si l'·on rompt tant soit peu cet équilibre, le jeu deviendra
beaucoup plus complexe car une advection et une diffusion parallèles s'y ajouteront. Par exemple,
sans aspiration, il est bien clair qu'aucune solution invariante avec x ne peut plus exister.

Si l'on veut étudier l'influence d'un gradient de pression longitudinal constant, ce qui peut
être réalisé dans un écoulement en conduite, on doit résoudre l'équation

= (IV.9)

où l'on a noté G::: - d%,~ . la présence de ce gradient de pression loin de la paroi, où la diffusion
du tourbillon ne peut pas être importante, y impose un tourbillon uniforme égal à Gif"". La solution
de cette équation vérifiant la condition de non glissement à la paroi s'écrit:

(IV.10)
IV -7

Telle quelle, elle représente la superposition de deux écoulements. A proximité de la paroi


si G't/f'U'oA- n'est pas grand (si G~/f~;A << 1 ), elle représente encore le même
écoulement caractérisé par l'équilibre entre aspiration et diffusion du tourbillon; c'est l'écoulement
"proche". Au loin, elle représente un écoulement à tourbillon constant combiné à la translation - Vo
vers la paroi aspirante; c'est l'écoulement "lointain".

On peu~ donner à cette solution une signification très précise en déterminant la oonstante A
de telle sorte que la vitesse u s'annule aussi à la distance y = h. Alors on trouve l'écoulement entre
deux parois poreuses parallèles, l'une aspirante l'autre soufflante, en fonction des deux paramètres
V
o et G :

[- ~ +
(IV.11)

Si la vitesse d'aspiration Vo est assez petite pour que ~ < < 1, on peut vérifier, en
remplaçant les exponentielles par les premiers termes de leurs développements en série entière, que
l'on retrouve la distribution de vitesse parabolique de l'écoulement de Poiseuille. A l'autre extrême,
si ~ > > 1, on retrouve un écoulement organisé en deux régions bien distinctes. Près ~e la paroi
inférieure, dans une couche d'épaisseur 6" ~ très petite devant h, la vitesse u passe de la valeur
zéro à fr;(h-S) . Puis dans le reste de la section droite la vitesse varie linéairement de cette valeur
jusqu'à zéro à l'autre paroi. Cette dissymétrie du profil de vitesse rend très claire la différence entre
le rôle du soufflage (paroi supérieure) qui s'ajoute à la diffusion vers le bas et le rôle de l'aspiration
qui s'oppose à la diffusion vers le haut.

On remarquera encore que la solution trouvée dans le cas G = 0 avec v0 > 0 ne peut pas
convenir si l'on change le signe de vo ' puisqu'elle ne peut plus vérifier la condition à l'infini \lloo}: u.
IV -8

Ceci illustre aussi clairement la différence entre l'effet d'un soufflage qui, allié à la diffusion,
transporte le tourbillon jusqu'à l'infini, et l'effet d'une aspiration qui, opposée à la diffusion, peut
maintenir le tourbillon confiné dans une couche d'épaisseur finie.

11.2 - Ecoulement plan au voisinage d'un point d'arrêt

Au voisinage du point d'arrêt d'un obstacle il est bien clair que la composante de la vitesse
perpendiculaire à la paroi est dirigée vers celle-ci. On se trouve donc dans une situation analogue à
celle du paragraphe précédent où un équilibre entre la diffusion du tourbillon et une advection vers
la paroi semble possible. L'analogie ne va pas plus loin, car cet équilibre ne peut plus être établi et
non évolutif avec l'abscisse. Une solution simple peut cependant être formée, et elle a l'avantage de
montrer comment un tel équilibre peut s'adapter à des variations longitudinales importantes.

Admettons donc que la solution de ce problème corresponde bien à ce confinement du


tourbillon dans une couche d'épaisseur finie. Au-delà de cette couche l'écoulement doit être
irrotationnel. L'écoulement lointain, que nous prendrons comme condition aux limites lorsque
Y.l1J , est donc l'écoulement plan irrotationnel qui vérifie les équations:

.. (IV.12)

Ce champ de vitesse, qui dérive d'une fonction de courant 41 et d'un potentiel scalaire lP ,est
bien connu:

(IV.13)

/
IV -9

Les conditions à la paroi sont évidemment:

JL ('XI 0) = ",. ('1<.1 0) - 0 (IV.14)

et montrent bien que la solution irrotationnelle ne peut pas convenir jusqu·à la paroi.

Au lieu d'utiliser les équations de Navier-Stokes, qui comportent la pression et les forces
extérieures, écrivons l'équation du tourbillon tA.) ('X.I 'j- )

(IV.15)

Dans cet écoulement plan le terme producteur est évidemment nul et la seule source de tourbillon
est la condition de non-glissement à la paroi. La viscosité du fluide, qui n'a aucun effet sur
l'écoulement irrotationnel lointain, va nécessairement imposer 'une variation de vitesse en fonction
de y. Cherchons si l'équation du tourbillon peut accepter une solution de la forme:

(IV.16)

dont on voit le caractère assez simple: la viscosité imposerait les variations f( y ) par l'intermédiaire
de l'équation du mouvement, et l'écoulement extérieur imposerait les variations avec x. Il n'est bien
sûr pas évident du tout que l'équation non-linéaire (IV.15) accepte une telle séparation des variables.
La substitution est élémentaire:

(IV.17)
IV -10

Et l'inquiétude précédente est tout de suite levée, grâce à la variation linéaire de ~ avec x. Toute
autre loi ne permettrait pas d'éliminer x de l'équation de cette façon.

Finalement, nous avons à résoudre l'équation différentielle:

(IV.18) .

avec les conditions aux limites:

~(o) ::. ~ (0) ~ 0


(IV.19)

Une première intégration terme à terme conduit, en utilisant la condition à l'infini, à :

(IV.20)

Il est commode, et toujours avantageux, d'utiliser des variables adimensionnelles qui


permettent une normalisation de la solution. Ici le changement de variable et de fonction:

't:: J~~ '1

f(t) ~ 0" F('1.) (IV.21 )


IV - 11

rend la solution universelle en donnant à tous les coefficients de l'équation et des conditions aux
limites la valeur unité :

F /II + FFI/ - F'" (2- ......-1 = 0

F (a) = F'(o) :. 0

(IV.22)

Aucune solution analytique de ce problème aux limites n'est connue. Une solution
numérique précise en a été obtenue (Hiemenz 1911, Howarth 1935) et est portée sur la figure.

F
F'

~,2

06
1

04
,
OL
1

o 04
1
08
1
A2
, 2 23
1
IV -12

L'épaisseur de la couche tourbillonnaire est constante (indépendante de x) ; cela résulte de


la forme même de la solution cherchée. Une mesure précise de cette épaisseur peut être déduite de
la solution. Par exemple, la distance de la paroi telle que F' = 0,99, ou telle que u ait atteint sa valeur
au loin (u~ ) à 1 % près, est:

(IV.23)

Une autre information pratique importante est la valeur du frottement à la paroi 'eo =JI" l~~t
Un calcul sans difficulté conduit à : 0

(IV.24)

11.3 - Ecoulement centrifugé par un disque tournant

Il existe encore une solution exacte des équations de Navier-Stokes dont les caractères sont
voisins des deux solutions précédentes. Il s'agit de l'écoulement au voisinage d'un disque tournant
dans un fluide illimité. Le mécanisme fondamental est intuitivement simple. La viscosité transmet par
diffusion moléculaire un moment cinétique angulaire aux couches fluides voisines du disque. Dès
qu'elles tournent, celles-ci sont soumises à la force centrifuge, non équilibrée par un gradient de
pression centripète en raison de l'absence de parois perpendiculaires au plan du disque. Les
trajectoires des particules fluides sont alors des spirales et non pas des cercles, et une composante
de vitesse radiale prend naissance dans cette couche fluide en rotation. La conservation de la
masse entraîne, pour que ce flux radial soit alimenté, un écoulement axial dirigé vers Je disque.

On retrouve donc la situation des exemples précédents où la composante de vitesse


normale à la paroi est dirigée vers celle-ci et ouvre la possibilité d'un confinement du tourbillon dans
une couche d'épaisseur finie. La circonstance qui permet de former une solution exacte pour ce
problème tridimensionnel déjà complexe est essentiellement le fait que les composantes radiale et
azimutale de la vitesse sont proportionnelle à r.
IV -13

En coordonnées cylindropolaires (r, e, z), en désignant par (u,v,w) les composantes de la


vitesse, on montre alors que la pression est liée à la seule composante w par la relation :

__
p_o
f_lO : . ~
(IV.24)
p

On montre aussi que les conditions aux limites:

\A. ('to, &1 0 ) ::. 'UT (ft., 9 1 0 ) ::. 0

I\T \"L1 e1 0) = .l'l.It- (IV.25)

0.. (t-, 9, (0) -;:. fIT (Jt:.,e, (0) = 0

conduisent à une solution qui peut être écrite sous la forme:

tV: n't. ~(~) 1 I\)j: Jv.o.. ~(~)


(IV.26)

"l- ~ V;' ?;

La composante u se déduit de w par l'équation de continuité:

d'W 0
+ d'à' - (IV.27)
IV -14

Et les équations du mouvement conduisent à deux équations différentielles en h( 7 ) et 9 ("5 ) :

o 1/1 _ 0 fi Il ~ 0 12. 7-
"l\. -t\~ + 2 1'\- - 2.~ - 0

(IV.28)
'à'11 - ~ ~I + ~ ~ = 0

Ces fonctions doivent vérifier les conditions aux limites:

~ tO) = ~ (0) :: 0

~(o) =·1
(IV.29)
~ (00) -: ~ l LlO) - 0

q8
}~

g:u
1 o/ô

°/ 4
JL, 02
/

0 L, ?J
IV -15

Une solution numérique de ce problème a été obtenue par Cochran (1934) dont les résultats
essentiels sont résumés sur la figure. L'épaisseur de la couche fluide en rotation, définie
conventionnellement par 1\1 ~ 0,01 .n. r, est égale à :

(IV.30)

Au-delà de cette couche tourbillonnaire la vitesse axiale est uniforme :

l\.Voo = - 0, 85 ~ v.n. . (IV.31)

On remarquera que la viscosité est l'agent indispensable de la mise en rotation du fluide et, par·
suite, de l'écoulement axial on comprend donc que la vitesse w croiss~ quand la viscosité
s'accroit.

Un mouvement axial et radial (composantes w ~t u) est ainsi "pompé" par la rotation du


disque, grâce à la v~scosité du fluide. Le siège de ce pompage est la couche limite, qui n'est rien
d'autre qu'une couche d'Ekman. Elle diffère de celles étudiées aux paragraphes V.2 et V.3 du
chapitre Il, d'une part par le fait que le repère est maintenant lié au fluide à l'infini et non pas à la
paroi (ce qui fait disparaitre la force de Coriolis et remplace l'équilibre géostrophique par la loi de
l'hydrostatique), et d'autre part par le fait que l'écoulement étudié est de révolution. Néanmoins elle
possède les caractères essentiels de toutes les variantes de couche d'Ekman, et notamment une
épaisseur proportionnelle à Jv/.n. . Le mouvement dans le plan méridien engendré par la rotation
du disque est souvent appelé pompage d'Ekman.

III - LES BASES DE LA THEORIE DE LA COUCHE LIMITE

111.1 - Echelles fondamentales

A l'appui des trois exemples précédents, d'où se dégage nettement la notion de couche
limite, tentons d'évaluer de façon assez générale les échelles caractéristiques d'une couche limite.
Pendant une durée fixée, disons T: , une particule fluide parc?urt une longueur 1sur sa
trajectoire, de l'ordre de u ?; . Pendant cette même durée le tourbillon a diffusé sur une
distance ~~ ~ dans toutes les directions et notamment dans la direction perpendiculaire à
la paroi. Si la particule transite à une distance de la paroi inférieure à cS elle a été atteinte par
IV -16

cette diffusion au cours de cette durée. Si elle transite au-delà elle n'a pas pu être atteinte.
L'épaisseur de la zone tourbillonnaire est donc bien S . Et en éliminant "'( elle s'écrit encore:

(IV.32)

Il apparaît ainsi clairement que, si le nombre de Reynolds ~e, est très grand, le
rapport ~ est très petit. L'échelle de longueur 0 apparaît bien comme l'échelle caractéristique
des variations suivant la normale à la paroi, telle que l'on puisse écrire:

au. = (IV.33)
~

en notant U la valeur de u hors de la couche limite. Et l'échelle de longueur l, qui n'est autre que
o
l'abscisse x comptée à partir de la naissance de la couche limite, doit aussi être considérée comme
l'échelle caractéristique des variations suivant x, telle que

o \ ~o) (IV.34)

puisque, comme on peut le constater sur la figure, la composante de vitesse u peut pratiquement
s'annuler sur la distance 1.

Uo
I_ _ --+U.~'t)
1_ _..... u,<--;)

,
1 /
1
1 1
1 1
1-. ~l
IV -17

Pour ce qui concerne les composantes de la vitesse, respectivement suivant x et y, il est


clair que u est un bon ordre de grandeur des valeurs de la composante u. L'échelle caractéristique
e
va de la composante v suivant oy se déduit de l'équation de continuité. Pour que ~~ et
ë)tr s'équilibrent il faut que:
o~

(IV.35)

La pente des lignes de courant dans la couche limite, de l'ordre de velue' est donc du même ordre
de grandeur que le rapport cfle Cette valeur ve de la composante v représente la vitesse
nécessaire pour évacuer vers l'écoulement lointain le débit qui ne peut pas continuer de transiter
dans la couche limite.

111.2 - Approximations fondamentales

Les rapports des échelles 0 et eétablis ci-dessus (IV.32) conduisent immédiatement à une
première approximation :

(IV.36)

Dans les équations de Navier-Stokes les termes de viscosité se réduisent donc à "g ~ 2. et
v ~\r-/$ 2. • Bien entendu, la variation suivant l'envergure a~a# est supposée n~lIe ou
négligea~e. (Même dans les couches limites tridimensionnelles il suffit que la courbure de la paroi
dans le plan yz soit modérée pour que Ô~:>t2 soit négligeable devant :>~3~)'

Une seconde approximation provient de la petitesse du rapport velue (IV.35), qui interdit
que la composante:2e. du gradient de pression puisse devenir importante..On a en effet:
~,.

(IV.37)
IV -18

Et les deux termes du second membre apparaissent tous les deux de l'ordre de p ~""o . Or,
l'équation dans la direction du mouvement:

(IV.38)

où les deux termes du second membre sont de J'ordre de fU~/ e. ,permet à la composante
d'atteindre des valeurs beaucoup plus grandes (dans le rapport ua/va = ~ u,,;t ).

On doit donc noter que ~e est borné à des valeurs de l'ordre de Ju e . P:", .4-

A la limite des très grands nombres ~e Reynolds (ou des viscosités très faibles) df;; doit
donc s'annuler. Au contraire ë)p/~Jc.. peut demeurer fini. La relation de Bernoulli appli.quée hors de
la couche limite conduit en effet, en assimilant ua au module de la vitesse puisque va < < ua' à :

(IV.39)

ou encore à:

Il est donc bien clair que peut prendre des valeurs de l'ordre de

On retrouve ainsi un résultat commun à tous les écoulements quasi-parallèles : lorsque la


pente des lignes de courant (vo/uo) devient très faible, la variation de pression dans la section droite
devient négligeable.

En résumé les approximations envisagées ci-dessus suggèrent de remplacer le système


complet des équations de continuité et de Navier-Stokes par le système simplifié suivant, dans le
cas d'une couche limite bidimensionnelle permanente:
IV -19

(IV.40)

(IV.41)

(IV.42)

111.3 - Equations de Prandtl

Les équations précédentes, maintenant connues sous le no~ d'équations de Prandtl, sont
largement admises. Mais il a cependant fallu quelques décennies, après que Prandtl les ait
proposées et que ses élèves les aient appliquées avec succès, pour que les mécaniciens des fluides
épris de rigueur les admetterit. Les arguments de Prandtl, basés sur l'observation des couches
limites et sur les idées intuitives des paragraphes précédents, demandent en effet à être précisés
dans un cadre mathématique bien établi. Nous ne traiterons pas en détail cet aspect mathématique,
mais nous nous proposons d'introduire la méthode de perturbation qui constitue ce cadre
mathématique et permet d'établir la formulation des problèmes de couche limite. Le lecteur pourra
se reporter à Van Dyke (Pertubation Methods in Fluid Mechanics, 1964) pour plus de précisions sur
les méthodes de perturbation singulières en général et sur celle qui justifie les équations de Pandtl
en particulier.

Limitons-nous à un écoulement plan et permanent au voisinage d'une plaque plane:

qui vérifie les équations :

(IV.43)
IV -20

Considérons une longueur L que nous nous réservons de définir par la suite et une vitesse U
caractéristique de l'écoulement irrotationnel extérieur, et notons:

L1L
R =- -y- (IV.44)

un nombre de Reynolds que nous supposerons très grand devant l'unité. Introduisons les grandeurs
adimensionnelles suivantes:

., R\/2
~'Ir :::
t'lC-.
~ : ..t.
L L
(IV.45)
p- Po
~ lfp -= --,
U
lk *:
'\r tU
U
RI
'/2
p*= ~ f U3.

construites de telle sorte que x* et y* varient sur des étendues comparables et qu'il en soit de même
pour u* et v*. Avec notre choix de l'échelle U, u* et v* varieront de 0 à des valeurs voisines de l'unité.
Si l'on veut qu'il en soit ainsi pour x* et y*, il faut préciser L ; convenons alors que L soit la longueur
du tronçon de plaque plane considéré. Substituons enfin ces variables et inconnues
adimensionnelles dans les équations locales du mouvement:

~u.,'t ~\T*
ù~'i
+ -= 0
~1t
~Q.u...w ~'ü.'"
= ~
_ ~ \J-lfr
* 'Ou.of-
+-
JJ. - - + I\j~ 04- "'" ~,l't'2.
~~~
d- ~~" R 'ù'L'" ~
(IV.46)
"ù~v:- 'ù'\r--
~"Ü. --~
~\7"'" ~ .-1
-\
R
(
u..
"t
~I)\.ft
i- "
~~ lt
)
+ R'Z.fbi!- +---
l\! ~<ttt R ~'c}"~

Si Re ~ 00 ,et si aucune des dérivées partielles figurant dans ces équations ne devient
infinie (ce qui constitue l'hypothèse d'existence de la couche limite), alors les termes en ~ et
1/;:<2 deviennent négligeables devant les autres. Les équations deviennent alors:

~u.}I- ~I\J~
=.0
+- 'ù~i
r'ù f)t..'t

,., ~u.~ dp If ';)'Lu.-1\


U. ft ~u. JI.
Q~*'
;... V-- --
~~Ii
-- d1<.1t'
1--
~}~2
(IV.47)
IV - 21

La pression p*, uniquement fonction de x dans la couche limite, peut être considérée comme une
donnée; à l'abscisse x* elle conserve la même valeur dans la couche limite que dans l'écoulement
irrotationnel voisin. En variables dimensionnelles ces équations s'écrivent:

~u... ~~

~rx..
~
~'t
=0
ro'1.u..
~u. ~u..
u.. ~
~u-.
:-:i ~ + ~ (IV.48)
~~
1-
"'- i-'" "" -l;:)1- f d~ 11) ~ '2.

Nous avons rajouté au premier membre le terme du../ 'ù'c. puisque rien de ce qui a été dit
précédemment ne justifie de le négliger. Dans la suite nous continuerons cependant à envisager des
écoulements définis par des conditions aux limites permanentes, où ce terme sera supposé
identiquement nul.

111.4 - Couplage entre la couche limite et l'écoulement lointain

. .
L'étude d'un écoulement autour d'un corps lorsque Re > > 1 se décompose donc en deux
problèmes distincts et couplés : le problème extérieur caractérisé par les équations div û = 0
~
et rot u = 0, et le problème de la couche limite caractérisé par les équations de Prandtl. Il reste à
écrire les conditions aux limites qui doivent être associées à chaque système d'équations et qui
assurent que leurs solutions se raccordent. Bien entendu cette formulation, dans son ensemble, doit
être une approximation de la formulation générale (équations de Navier-Stokes et conditions aux
limites complètes), c'est-à-dire que sa solution doit s'écarter de la solution vraie d'une quantité
inférieure à une certaine norme E qui tend vers zéro lorsque Re ---. co .

Limitons-nous d'abord à considérer l'écoulement autour d'un corps dans un milieu illimité.
L'écoulement irrotationnel extérieur, dont la solution s'exprime à l'aide d'une fonction de courant et
d'un potentiel scalaire tous les deux harmoniques, est complètement définie par des conditions à
l'infini (par exemple un écoulement uniforme de vitesse fixée à l'infini) et par une condition à la paroi
imposant à celle-ci d'être une ligne de courant. Mais cette dernière condition tombe puisque
l'écoulement irrotationnel ne s'étend pas jusqu'à la paroi. On se convainc cependant assez
facilement qu'elle est encore justifiée si Re - . . - co . L'argument tient à la minceur de la
couche limite; le déplacement vers l'extérieur des lignes de courant, dû au ralentissement du fluide
dans la couche limite, est négligeable. En réalité, le débit qui ne transite pas dans la couche limite
transite nécessairement dans l'écoulement extérieur; la vitesse y est donc plus grande que prévu.
Mais ce débit fini, de l'ordre de (Je cS ,conduit à une survitesse nulle si le milieu extérieur est
illimité. En conséquence~ l'écoulement extérieur irrotationnel coïncide avec l'écoulement d'un fluide
parfait autour de ce corps, à une erreur relative près de l'ordre du rapport des composantes Vo et Uo
1 2
dans la couche limite (vo/ue Z Re- / ).
IV -22

En ce qui concerne la solution des équations de Prandtl, justifiées au voisinage de la paroi,


un point est clair, c'est qu'elle doit vérifier les conditions d'adhérence à la paroi:

u..t~/O) =0
(IV.49)

On doit encore écrire les conditions qui imposent à la solution de se raccorder avec l'écoulement
extérieur. Le problème se pose de la manière suivante. Si l'on résolvait le système complet des
équations de Navier-Stokes dans la couche limite, on pourrait imposer à la solution de tendre
asymptotiquement, lorsque y ---... 00 ,vers l'écoulement irrotationnel extérieur. Mais ceci n'est
pas possible lorsque l'on résoud les équations de Prandtl, d'un ordre nettement inférieur (d'ordre 3
en y), auxquelles on a déjà imposé deux conditions à la paroi. Il est bien clair que nous sommes
devant un choix ; ne pouvant pas exiger simultanément le raccordement de u et v, que doit-on
imposer? L'idée même de cette méthode de perturbation fournit la réponse : on doit s'assurer du
raccordement à l'ordre Reo , en tolérant éventuellement des erreurs qui s'annulent lorsque Re 00.

Il faut donc imposer le raccordement de u, et ne rien exiger de v qui est de l'ordre de Re- 1/ 2 par
rapport à u.

Mais que signifie, précisément, raccorder u(x, t1J ) donné par la solution des équations de
Prandtl avec uext (x,y) ? Notons uo (x) la vitesse à la paroi de l'écoulement extérieur. La fonction
uext (x,y) peut être représentée par le premier terme de son développement

(IV.50)

jusqu'à des distances y faibles par rapport à une longueur L caractéristique de l'obstacle et des
variations de uext (x,y) , et notamment jusqu'à une distance de l'ordre de e5 . Donc, à une erreur
près de l'ordre de Re- 1/ 2 , la vitesse uext (x,y) peut être confondue avec Uo (x). Alors la question est
résolue, la troisième condition aux limites à imposer à la solution des équations de Prandtl est:

(IV.51)
IV - 23

Pour achever de formuler complètement le problème, il reste encore à fixer une condition en
x. On établira plus loin le caractère parabolique des équations de Prandtl, d'où il ressort
qu'effectivement, si l'on connaît la solution à une abscisse Xo cette solution est déterminée pour tout
x > xo. Pour les obstacles possédant un point d'arrêt arrondi, de rayon de courbure local R,
l'épaisseur de la couche limite a déjà été calculée en 11.2 ; on doit donc considérer que la solution
est complètement définie. On peut d'ailleurs remarquer que l'épaisseur de cette couche limite est
petite par rapport à R si le nombre Reynolds Uf' est lui-même -petit devant l'unité. Pour les
obstacles à point d'arrêt anguleux, on doit considérer que cette définition d'une arête anguleuse
n'est qu'une représentation schématique d'une réalité toujours un peu arrondie. Ce point d'arrêt
singulier se traite alors en écrivant que la couche limite a une épaisseur locale nulle, mais la solution
obtenue, pas plus que les équations de Prandtl, ne sont justifiées au voisinage immédiat de cette
pointe, dans un domaine dont la dimension d est telle que tA a ci ~ -t.
'V

Nous venons de voir que, pour les écoulements autour des obstacles situés dans un milieu
illimité, le couplage entre l'écoulement extérieur et la couche limite se traite de manière fort simple,
l'écoulement extérieur étant assimilable à l'écoulement irrotationnel d'un fluide parfait autour de cet
obstacle. Pour les écoulements confinés, on perd cette simplification. Mais le caractère confiné
fournit alors une condition de remplacement : l'invariance du débit à travers toute section droite.
Examinons à titre d'exemple la formulation du problème de l'écoulement non établi entre deux
plaques planes parallèles.

--- ----
------
d- t
c;;;... ..-::~----------------::~

Dans la région centrale, l'écoulement est irrotationnel et quasi-parallèle à l'axe. Il ne peut


cependant pas être rigoureusement parallèle puisque le débit déficitaire évacué des couches limites
vers le centre s'ajoute au débit venant de l'amont. Bien que la composante v soit négligeable devant
u, la fonction U (x) ne peut donc pas être prise constante. D'ailleurs on sait bien que Uo (0) = U et
o
U (co ) = 2U si U désigne la vitesse débitante. Alors dans l'écoulement central v peut être négligé
o
IV - 24

et u = Ua (x) est une fonction couplée à la solution des équations de Prandtl par l'équation de
continuité globale :

9
T

qui s'écrit encore:

9 (IV.52)
T

en remplaçant la borne supérieure de l'intégrale définie par , ce qui est justifié par le fait
que la quantité intégrée tend vers zéro très vite.

Plusieurs hypothèses utilisées dans tout ce paragraphe pour le débarrasser d'une


complexité inutile sont bien entendu non nécessaires et peuvent être abandonnées sans que la
théorie de la couche limite ne tombe. Il s'agit d'abord de l'hypothèse de permanence de
l'écoulement dont nous avons déjà parlé. Il s'agit ensuite de l'hypothèse de bidimensionnalité ; tout
ce qui a été dit du rapport v lu se transpose directement au rapport v Iw si une composante de
vitesse w apparaît ; l'idée fondamentale est toujours la petitesse de la longueur caractéristique
suivant la normale à la paroi ( -5) par rapport aux longueurs caractéristiques des variations de
vitesse sur la surface de la paroi. Il s'agit aussi de" l'hypothèse d'une paroi plane ; il suffit que son
rayon de courbure soit très grand devant l'épaisseur de la couche limite pour que les équations
précédentes demeurent justifiées. Mais, de toute façon, il est toujours possible de tenir compte
d'une courbure forte en écrivant les équations dans des coordonnées curvilignes adaptées.

IV - COUCHES LIMITES A PROFILS DE VITESSE AUTO-SIMILAIRES

IV.1 - L'équation de Falkner-Skan

Il existe une classe de solutions des équations de la couche limite importante à plus d'un
titre. Tout d'abord elle permet d'expliciter les calculs en détails et, par là, de parvenir à une
compréhension approfondie des mécanismes de la couche limite. Mais surtout, cette classe. de
solutions, rigoureuse seulement dans des conditions bien précises, peut servir de représentation
approchée d'un grand nombre de situations. Cette classe de solutions est de la forme:

(IV.53)
IV -25

C'est-à-dire qu'en rapportant l'ordonnée y à une échelle de longueur convenable d<'X...) , et


la vitesse u à l'échelle de vitesse ua (x) convenable, les profils de vitesse à des abscisses x variées
peuvent être ramenés à une courbe unique f )
(~ par une affinité. Cette courbe représente
alors l'un des caractères profonds de la couche limite considérée. Nous nous réservons de définir
par la suite ces échelles 0(10 et ua (x).

L'équation de continuité permet d'exprimer v à l'aide de cette fonction j(~)

soit encore en posant :

F (1.) = l "1 Fu:) cLl:

(IV.54)

On remarquera bien sûr que la fonction r est liée à la fonction de courant par
la relation :

(IV.55)

La substitution de ces notations dans l'équation de Prandtl est alors immédiate. Le premier membre
devient:

"4 (1
~. FF I1
J

Au second le gradient de pression se déduit de la relation de Bernoulli:


IV -26

où U désigne la vitesse à la paroi donnée par la théorie de l'écoulement d'un fluide parfait.
L'équation s'écrit finalement:

J'
'Z.
~ FF
J
'1
= (IV.56)

Et les conditions aux limites deviennent:

(IV.57)

U(~)
FI(oo) ::
.Lto(~)

La condition à l'infini impose à l'échelle de vitesse ua (x) d'être proportionnelle à U (x) ; pour
normaliser la fonction F'(ytJ nous prendrons donc U (x) comme échelle de vitesse de l'affinité.
Alors FI (($)) ::. 1

Divisons tous les termes de cette équation par l'un des coefficients fonctions de x (en évitant
de choisir UU' qui risque de s'annuler) :

Les conditions à la paroi:

F III (0) +-

imposent aux deux coefficients adimensionnels d'être inversement proportionnels, et permettent


d'exprimer l'un d'eux en fonction de l'autre. Alors il est clair que celui-ci, seul facteur éventuellement
variable avec x présent dans l'équation, doit être constant. En conséquence, l'existence d'une
solution à profils de vitesse auto-similaires impose l'invariance des deux quantités:

v'J U JJ'
t.J dl
::. a.. et -y-= b (IV.58)
IV -27

Il est élémentaire d'en déduire les lois U (x) et 6.(x) compatibles avec cette

propriété:

u = C Set-
cl 0-+2. = 0.+2
v'X.
(IV.59)

Cb

Les seuls écoulements extérieurs compatibles avec une telle solution sont donc ceux qui ont une
vitesse à la paroi de la forme:

0... ) (IV.50)
Q...,..2 .

Et la similitude des profils de vitesse n'est possible qu'à la condition de choisir l'échelle de longueur
telle que

0.+2 V~
--b-· LJ (IV.51)

Le coefficient b apparaît indifférent; prenons-le égal à a + 2, de sorte que <5 soit une bonne
mesure de l'épaisseur de la couche limite dont l'ordre de grandeur déjà connu est , )J'X 1 U

m
Finalement, pour cette classe d'écoulements tels que U (x) = K x , une solution existe de la
forme:

(IV.52)
IV -28

et la fonction F(~J est définie par l'équation et les conditions aux limites:

F'(OD): 1 (IV.53)

Cette équation différentielle est connue sous le nom d'équation de Falkner-Skan (1930).

IV.2 - Couche de Blasius et profils de Hartree

La résolution numérique du système ci-dessus (IV.53) a été effectuée par Hartree en 1937,
pour diverses valeurs du coefficient m ; elle constitue sans doute l'un des premiers résultats
essentiels obtenus avec les premiers ordinateurs., La figure suivante montre les profils de vitesse
obtenus.

o~
1

0'
1

04
1

~L~m~
o 4 S'
IV -29

Le cas le plus simple, qui correspond à la valeur m = 0, celui d'une plaque plane dans un
écoulement parallèle uniforme, était connu depus longtemps (Blasius, 1907). La pente à la paroi du
profil de vitesse a pour valeur FU (0) = 0,33206. C'est un résultat important puisque l'on en déduit
directement le frottement à la paroi:

(IV.64)

On notera la variation en x- 1/ 2 du coefficient de frottemènt ~o /p U 2. inversement proportionnel


à 6("A). On notera également sa valeur singulière à l'origine x = 0, et l'on rapprochera ce
résultat d'une remarque antérieure sur la non validité de l'approximation de la couche limite au
voisinage immédiat d'une arête anguleuse.

On remarquera que l'épaisseur de la couche limite est de plus en plus petite quand m croÎt.
Cela tient au gradient de pression négatif qui resserre de plus en plus les lignes de courant en
accélérant l'écoulement (m > 0). On remarquera le profil de vitesse limite calculé pour m = - 0,0904
qui correspond à un frottement exactement nul. Hartree a poursuivi ses calculs pour des valeurs de
m inférieures à - 0,0904 ; il trouve alors des profils présentant un courant de retour au voisinage de la
paroi, et un frottement négatif ; tout ceci est parfaitement cohérent avec le gradient de pression
positif imposé. Une telle couche limite est dite décollée. Ces solutions sont en fait des curiosités, et
la nature se comporte différemment; elle n'accepte pas dans ces écoulements décollés de solution
laminaire où l'approximation de la couche limite ( <5 < <e) soit vérifiée. Nous reviendrons sur
cette question plus loin.

Il reste à savoir quels sont ces écoulements où la vitesse à la paroi U (x) donnée par la
théorie du fluide parfait est de la forme Kxm . Nous verrons au chapitre suivant où sont traités
écoulements à potentiel de vitesse qu'i.1 s'agit des écoulements autour de dièdres comme ceux des
figures ci-dessous, où l'angle 0(. est lié à l'exposant m par la relation:

(IV.65)
IV - 30

= •
..
-•
<::CI????I/' 7ZZ?
li

m> 0 m= 0

m<0 m=1

V - COUCHES LIMITES DETACHEES DES PAROIS

V.1 - Jet libre plan

On appelle jet libre l'écoulement formé par le mélange d'un fluide issu d'un orifice avec un
fluide de même nature occupant tout l'espace. Considérons un jet bidimensionnel issu d'une fente
située à l'abscisse x = 0 dans un fluide occupant tout le demi-espace x > o. Les conditions aux
limites qui doivent être associées aux équations de Prandtl, si ce jet s'élargit très lentement,
imposent le repos au loin et la symétrie par rapport au plan y = 0 :

.t-t (~/ (JO ) ::: 0

I\r(~/o) -= 0
(IV.66)
'du.
~ (Jt./o) ~ 0
~
IV - 31

Cela ne suffit pas à caractériser l'écoulement. Il reste à définir l'orifice par une condition pour x = 0,
qui introduira comme paramètre une quantité injectée. Or nous avons vu à propos des couches
limites se développant sur des parois que l'origine des x est en général singulière. Réservons donc
provisoirement cette condition.

De part et d'autre du jet dans l'écoulement extérieur la pression est constante. Elle est donc
aussi constante dans le jet. Alors, si l'on recherche une solution à profils de vitesse auto-similaires,
comme précédemment, elle doit vérifier l'équation:

U
o
l,j,(
c
vu.. Fil' (IV.57)
$2

et les conditions aux limites:

F '( Cb ) :: F (0) = F Il (tO) - 0 . (IV.58)

L'équation s'écrit encore:

Sur l'axe, elle devient:

-- 0

Comme dans le cas des couches limites sur une paroi, on en déduit l'invariance des deux
coefficients :

-u,'d
o

~ () <5'
= Cl.
(IV.59)
IV -32

On notera à ce stade, une différence cruciale entre cette couche limite libre et les couches
pariétales; aucune vitesse extérieure n'étant imposée à priori, ua (x) n'est pas déterminé pour
l'instant.

.Intégrons féquation entre 0 et co ,terme ,à terme. Les conditions aux limites annulent
certains termes et il reste :

e5J 1
.tto (1 + 2 t.t~ cl ) (IV.70)
~ .u.o c51

L'intégrale ne pouvant pas être nulle, il faut que u~f~.:


Uoo
-1 ,d'où l'on déduit sans difficulté:

Uo = C d-~:2. (IV.71)

et par suite :

2b
(IV.72)
3C

2. .
On retrouve encore la forme d =~b.
.;;J
})~
«0
, ce qui n'a rien d'étonnant; des arguments
dimensionnels suffiraient à justifier cette expression. Nous reviendrons plus loin sur la signification
physique de la relation obtenue en intégrant l'équation locale.

Il est agréable, pour simplifier la suite des calculs, de choisir le coefficient b égal à 4.
L'existence de l'affinité impose alors:

(IV.73)
IV - 33

et l'équation différentielle en F('1l ) devient:

F'" + 2 (FF" + F'2) =0 (IV.74)

Elle s'intègre une première fois, et les conditions sur l'axe imposent'

Fil + 2 FF' = 0

Intégrant encore une fois on obtient:

F' + F2 =A

et la constante A a une signification bien claire, elle est égale à F' (0), c'est-à-dire au rapport entre la
vitesse sur l'axe du jet et l'échelle de vitesse Uo (x). Choisissons donc, comme échelle de vitesse
U (x)/I~_ vitesse sur l'axe, ce qui revient à normaliser la fonction F ( , ) de telle sorte que F' (0) = 1.
o
L'équation s'écrit alors

dF
~- F2.

La solution qui annule F (0) est:

(IV.75)

Finalement la distribution de la composante de vitesse dans la direction du jet est tout à fait simple:

(IV.76)
IV -34

,4.-
/ r-
1.' J
1

,/

On trouve bien une singularité pour x = 0 ; cette solution est définie pour tout x sauf x = o.
La constante K, seul paramètre de cette solution, n'est pas encore définie, et on conçoit bien,
physiquement, que cette constante doit être reliée à une quantité physique caractéristique de
l'injecteur. Calculons le débit q et le débit de quantité de mouvement Cf' à travers un plan
quelconque d'abscisse x :

(IV.77)

Ji; vK~
00 ·

fAA~J [ d-rt :: 1- ru.; 6 :: f


/R
F (IV.78)
o

Ces deux quantités sont définies pour tout x. Le débit est nul à l'origine, ce qui signifie que d'après
cette solution, tout le débit du jet est dû à l'entraînement du fluide ambiant. Le débit de quantité de
mouvement est invariant ; on peut donc considérer cette grandeur comme la définition de cet
injecteur, et considérer que K a maintenant une signification puisqu'il est relié à une grandeur
réglable de l'extérieur qui est d'ailleurs le paramètre fondamental de cet écoulement.
IV -35

----~

-r---
~
b
______ -.c:::::~>

'. Bien entendu, les injecteurs réels ont une largeur finie; il est bien clair que cette solution, qui
correspond à un injecteur de largeur nulle, duquel sort un débit nul, mais un débit·de quantité de
mouvement fini, ne peut pas être représentative de l'écoulement au voisinage de l'injecteur. Cet
écoulement proche peut d'ailleurs s'étudier à l'aide des méthodes que nous avons vues. On peut
montrer qu'il comporte une zone centrale, dite cône potentiel, où u est invariant, séparée du fluide
extérieur par deux couches de mélange analogues à celle étudiée au chapitre Il (paragraphe IV.4).
La solution obtenue n'est représentative de l'écoulement qu'au-delà de la jonction des deux
couches de mélange.

On remarquera que l'intégration de l'équation locale du mouvement entre 0 et C1J


qui a permis de calculer le coefficient c.f~d~ J' . revenait tout simplement à écrire le
" globale de l'équation de mouvement. En effet, ce
théorème des quantités de mouvement, forme
théorème, appliqué au volume situé entre deux plans situés aux abscisses x et x + dx, s'écrit tout
simplement :

d
::.. 0
d1C. (IV.79)
IV -36

puisque ce volume fluide n'est soumis à aucune' force extérieure (ni différence de pression, ni
frottement latéral). Et avec les notations imposées par la similitude des profils de vitesse cette
relation devient :

_ 0 .
(IV.8D)

Elle coïncide bien avec celle obtenue plus haut, et elle impose l'invariance du produit

V.2 - Sillage lointain

C'est un problème que nous connaissons déjà, pour l'avoir étudié comme exemple d'une
solution à profils de vitesse auto-similaires au chapitre précédent. On vérifiera que l'équation:

(IV.81)

et les conditions aux limites :

UIt('lC.
1
t œ) = 0

'du· (IV.82)
Of(tt,o) = 0

permettent (sans utiliser la transformation x = Ut du chapitre précédent) de retrouver la solution

(IV.83)

L'application du théorème des quantités de mouvement dans le cas du jet montre que l'échelle de
vitesse Uo (x) est de la forme Kx- 1/ 2 et permet de relier la constante K à la traînée.
IV - 37

V.3 - Couche de mélange

Revenons à cet écoulement déjà étudié au paragraphe (IV.4) du chapitre Il, mais cette fois
en analysant bien le développement avec l'abscisse x (et non pas avec le temps t) de la couche. En
admettant que la différence de vitesse

U'J.. - U-f
(IV.84)
2.

est assez petite par rapport à la vitesse moyenne des deux courants et en
notant

(IV.85)

les équations de Prandtl se réduisent encore à l'équation (IV.81), avec les conditions aux limites:

M"(·~O) = 0
(IV.8S)

Recherchons encore une solution auto-similaire de la forme

u = f ('Yl )
1 (IV.87)

L'équation (IV.81) s'écrit:

(IV.88)
IV - 38

1
Pour que uJJ
\J soit constant, il faut que cl SOI·t ·
proportionne l'a V!Ji
7I Posons
donc:

2
.cf = 4 (IV.89)

L'équation devient:

(IV.90)

Elle s'intègre une première fois en donnant:

(IV.91)

Puis une seconde intégration conduit à :

-1- H (IV.92)

Compte-tenu des conditions à l'infini ( p(o):: 0 et f (00) := 1 ), on retrouve la


solution élémentaire du chapitre Il :

(IV.93)
IV -39

VI - METHODES GLOBALES DE CALCUL DES COUCHES LIMITES

VI.1 - Equations globales

Considérons d'abord l'équation de continuité, et intégrons-la entre les bornes


y = 0 et y = h, où h est une hauteur quelconque supérieure à l'épaisseur de la couche. limite. On
obtient la relation :

(IV.94)

qui s'interprète sans difficulté; elle exprime le débit qui sort de la couche limite dans la direction des
y entre les abscisses x et x+dx (par le côté BC du prisme ABCD) comme la différence entre les
débits entrant par AB et sortant par CD.

-
~,.
-,------, c
d:x
.
11
.""".,..- ---t.---' ---
1
1
J-- --- --- --- --- --
~~ 1 1
11
0
1\. 1 1
.1 1
AI I:J

Considérons maintenant l'équation locale du mouvement, qui peut toujours se mettre sous
la forme:

(lV.95)
IV -40

et intégrons-la elle aussi entre y = 0 et y = h :

~
+ l JJ.'\Y \
o
(IV.96)

En utilisant l'expression de v (h) tirée de l'équation intégrale de continuité, et l'expression du


gradient de pression tiré de la relation de Bernoulli, on a encore:

Cette relation peut s'écrire, en çhangeant les signes, et en notant la


contrainte tangentielle à I~ paroi :

(IV.97)

La borne supérieure des intégrales peut être prise égale à l'infini puisque la contribution à ces
intégrales ne provient que de la couche limite où u :1=- uo.

La signification de cette équation intégrale est très claire; ce n'est pas autre chose que
l'expression du théorème des quantités de mouvement appliqué au volume du prisme ABCD et
projeté sur l'axe des x. Le tableau des débits et débits de quantité de mouvement est en effet facile à
construire :
IV - 41

.... 1 fAA. (.a-:~)


~
-.
JJ...'1l. ds dS
S

~ ~
Ae -9 -= - l~~ -j 0
fM
t
~
~ .
~
E>c. - d~ :: - cl J)J..~ -r.u. o d9 ~ -ru. d jo i.A. ~
0 0

~ ~
CD ~ ;. dCJ Jr.u.1.~ T- cl Jr.t ~
() 0

D~ 0 0

~ \
0 ci J~u.1.~ - ru. o cl 1}.L~
o "

Il conduit à la relation:

~ ~
ci Jpo..l..~ - fU. ~ f .v.. ~ =- ~ op
o
c
0
- "t:o àrx.

évidemment équivalente à l'équation intégrale précédente.

Il est agréable de noter la contrainte à la paroi ?:o ,et de ne pas expliciter cette
grandeur à l'aide de la loi de Newton. Ceci permet d'avoir une formulation des équations intégrales
indépendantes du fait que l'écoulement so~t laminaire ou turbulent. Pour les régimes laminaires
auxquels nous nous limitons dans ce cours, où le frottement est dû uniquement à l'agitation
moléculaire, la loi de Newton en rend compte complètement. Mais pour les régimes turbulents le
brassage du fluide à grande échelle introduit des contraintes supplémentaires (dont l'étude est
d'ailleurs l'un des problèmes cruciaux de la théorie de la turbulence) et l'expression de ~o en
fonction du champ de vitesse local ne peut plus être celle de la loi de Newton ; la viscosité du fluide
s'avère également une variable de moins en moins pertinente lorsque le niveau de turbulence
s'accroît.
IV - 42

L'usage a conduit à définir deux épaisseurs mesurables de la couche limite. L'épaisseur de


déplacement e5 it est définie par l'expression:

OCJ

J.J.od'lt :: f (.0.
o
0
'" .u.) ~ (IV.9a)

Elle mesure la surépaisseur qu'il faudrait ajouter aux parois pour obtenir le même écoulement
extérieur avec un fluide parfait. L'épaisseur de quantité de mouvement f) est définie par
l'expression:

(IV.99)

L'équation intégrale des quantités de mouvement s'écrit alors:

(IV.100)

VI.2 - L'idée de la méthode. Application à la couche de Blasius

Etudions d'abord la méthode approchée basée sur les équations intégrales à propos de
l'exemple simple et bien connu de la couche limite sur une pla.que plane dans un écoulement
uniforme. La comparaison avec la solution à profils de vitesse auto-similaires (m = 0) permettra de
mesurer la précision de la méthode.

L'idée essentielle de la méthode consiste à se donner un profil de vitesse fonction d'un


paramètre, et à utiliser l'équation intégrale pour calculer ce paramètre. Dans le cas simple envisagé
cette équation s'écrit:

= (IV.101)
IV - 43

Si l'on admet que le profil de vitesse peut être bien représenté par une expression du type:

(IV.102)

contenant un paramètre inconnu cS<~) , elle devient:

llJ (-1-.,.)
00

..u. o2. da
ch. r C> d
't :.
o

C'est une équation différentielle pour le paramètre inconnu d,-x.)

(IV.103)

où le choix du profil de vitesse adimensionnel f('r() intervient par les valeurs des coefficients
numériques :

(IV.104)

La solution qui annule cS au bord d'attaque (x = 0) s'écrit:

(IV.105)

Il est bien clair que le problème est complètement résolu, pourvu que l'on ait fait un bon
choix de profil ~ " ) . On peut en effet déduire de cette expression d (x ) toutes les
IV -44

informations pratiques nécessaires :

e (IV.106)

On a introduit ici un troisième coefficient numérique:

Pour choisir un profil de vitesse qui conduise à de bonnes valeurs des coefficients
numériques 0( ~ '0' le seul élément dont on dispose est l'ensemble des
conditions aux limites:

JJ. ( 1Y.1 0) = 1\1" (1l\1 0 ) = 0

(IV.107)
.AJ..(rt..,«» = ~o

Et, puisque la méthode est, par nature, une méthode approchée, on choisit en général de remplacer
le raccordement asymptotique avec la vitesse ua par un raccordement à une distance é''1C.) qui
sera le paramètre libre de ce profil de vitesse. La condition à l'infini devient alors:

'd~
..a = »-a 1
-- - 0
O~'L )

Le nombre de dérivées que l'on impose égales à zéro repousse aussi loin que l'on veut la singularité
apparente de ce profil de vitesse. On conçoit d'ailleurs qu'il ne faut peut être pas que le nombre de
conditions imposées à la distance y = d soit beaucoup plus grand que ie nombre d~ Gelles
imposées à l'origine. Au voisinage de la paroi les conditions aux limites s'écrivent d'ailleurs aussi
sous la forme :

-- ..(J. = 0 1

en tenant compte de l'équation locale du mouvement pour la dernière. Bien entendu, dans le cas
particulier envisagé ici, cette dernière condition se réduit simplement à 'a\t.
~~~
-= 0 .

Si l'on choisit de construire la fonction F(''r{) sous la forme d'un polynôme, le nombre
IV -45

des conditions à s'imposer est lié au degré du polynôme. Au minimum on retiendra les deux
conditions:

f (0) = 0 f (1) = 1

et on pourra choisir l'expression ~= "l. Il est cependant courant d'ajouter deux conditions
supplémentaires:

"
~ (0) =_ u~ ~1 '
1

c'est-à-dire, pour le cas de la couche de Blasius:

fit (0) =0 l' (1) =0 ·

On peut ainsi choisir pour fonction ~ (."l ) , soit un polynôme de degré trois, soit une fonction
sinusoïdale :

~\'Yl) = i-~ - 1ttt~


~t,)=~~.

On peut encore aller au-delà et, par exemple, choisir le polynôme de degré quatre qui annule fit (1) :
IV - 46

Le tableau suivant donne et permet de comparer les résultats de ces divers choix. Il donne
aussi, en dernière ligne, les résultats exacts. Il est clair que le polynôme de degré 3 et la fonction
sinusoïdale, très proches l'un de l'autre, et très proches du profil exact d'après la figure, donnent les
meilleurs résultats. Mais ce qui mérite d'être noté à propos de ces résultats, c'est leur sensibilité
relativement faible 'au -choix-du profil de vitesse; ainsi la fonction : ~ (.,,) ='il ' évidemment le
plus mauvais de tous les choix, conduit à des erreurs inférieures à 0,2 % pour l'épaisseur de
déplacement et à 13 % pour le frottement à la paroi.

~ ("t) CA ~ Ô */fi J*lé


S h r:o~
, VU~

A/ 6 A AI 1t32 '3 o 2..gg

"
..f/2- 1

~ .;f ~ :}~ 3/2. ?>/g 1140 2'10 o1 '2>13


1"l - 2 'yt 2.90 1 1

~!r !=Jr Tr rr-2. '2. / 66 01 ~2.1


2.'\ n-
--il t"1
2.n- 2
2'Yl - 2"fl.' -+ "t 4 3T~ Q ~~o ~1 +52. 2 /55 o{ ~4 ':>
·315
.exo.c:l- .. - - 1, '12.1 2./ 6~ 01 3~'2..

VI.3 - Méthode de Karman-Pohlhausen

Telle que nous venons de l'appliquer la méthode approchée basée sur les équations
globales est extrêmement simple, tout en étant d'une bonne précision. Elle permet d'obtenir le
coefficient de frottement avec une précision de 3 % en quelques minutes sans l'aide d'aucun
calculateur. Sa simplicité tient cependant au cas particulier de l'exemple traité qui permet de choisir
un profil de vitesse non évolutif. Nous allons voir maintenant comment la méthode peur s'adapter à
des couches limites complexes, définies par une loi Uo (x), susceptible d'être obtenue elle-même par
la théorie des écoulements irrotatiénnels. Due à Karman-Pohlhausen (1921) dans son principe, cette
méthode est généralement connue et utilisée sous la forme améliorée, proposée par Holstein et
Bohlen (1940), que nous suivrons ici.

L'idée de départ consiste à choisir un bon profil de vitesse vérifiant les conditions:
~ du.o
'}::o
------ ~::. 0
/
7J2JJ,.,
~'}z. =- y d?C-
--... ~2..u.
'}=- fJ U: Mo 1 ~=o ~~o
~'t 1 ~'t
IV -47

Pohlhausen propose de choisir une fonction ~ \. 'l'\. ) ,où "'t:: ~I S 'l. 1 b<tx.) étant
l
toujours le paramètre libre, sous la forme d'un polynôme de degré quatre : )

(IV.107)

qui vérifie déjà la condition de non-glissement à la paroi. En introduisant la grandeur


adimensionnelle :

( 0'2.
~o
A :
\)
(IV.108)

les conditions imposées aux limites fixent les coefficients du polynôme:

a= 2 " ' -
A c = -2 -1- -
A
6 2.

.A-
b= - 21\ d = -1 - T

et conduisent au profil de vitesse adimensionnel :

~
(IV.109)
M o -

Ces profils de vitesse apparaissent comme une famille de courbes à un paramètre A

(IV.110)

Le premier terme représente une sorte de profil-type, le p~lynôme de degré quatre étudié au
paragraphe précédent, autour duquel le profil de vitesse réel peut évoluer suivant les valeurs de h (....).
Ce paramètre, qui peut varier le long de la couche limite, apparaÎt donc comme facteur de forme du
IV -48

profil de vitesse. On pourra remarquer que ce facteur de forme est par ailleurs une mesure du
rapport des forces de pression (accélératrices ou retardatrices) aux forces de frottement visqueux
sur volume fluide de dimension c5

l ,2
)J.: 0 0
l\.: .y -= - (IV.111 )

La valeur 1\. = 0 correspond à la couche limite sur une plaque plane (couche de
Blasius) ; elle correspond aussi, parmi tous les profils de vitesse possibles le long d'une couche
limite à profil évolutif, à celui qui se trouve situé à l'abscisse où l'écoulement irrotationnel extérieur a
une vitesse maximale ou minimale. Le profil de vitesse à l'abscisse où une couche limite décolle de
la paroi correspond à la valeur A =. 12 ; c'est le profil de vitesse à frottement nul ( ~t~ -: : 0
. Pour des valeurs A < - 12 un courant de retour apparaÎt avec des vitesses négatives, mais alors
l'hypothèse de minceur de la couche limite perd toute validité.

----- ----------- --==:.--.... --~

of
1

ob
1

A
o~
1

o b
1

~4
1

o~
1

o
IV -49

On verra plus loin que la valeur A = 7,052 caractérise le profil de vitesse au point d'arrêt (uo =
o et d~~'1C.. > 0). Pour des valeurs de A supérieures à 12 on trouverait toujours des vitesses
supérieures à u , ce qui doit être exclu, sauf pour les couches limites non permanentes. Il apparaÎt
. 0
donc que l'intervalle utile des valeurs du paramètre de forme est:

- 12 ~ 1\ 4. 12 .

Nous devons maintenant substituer ce profil de vitesse dans l'équation intégrale des
quantités de mouvement, de façon à en déduire la fonction 0 (~) ou la
fonction Â{tV.) (elles sont liées par la définition de A ). Pour cela il suffit de calculer les
intégrales :

i (IV.112)
%:: J [F(trt)~AG("1)J[1- F{"ll-AG('tt)] d~
o

On trouve, après un calcul élémentaire :

3 il
10 120
(IV.113)

9 31 A h~
J = 315 - :3't5 - 9m

Quant au frottement à la paroi 't:o :)A- (~) , il est donné par:


~~ 4)

2 + ~ .
(IV.114)
IV -sa

L'épaisseur <3(~) n'apparaît pas explicitement dans l'équation intégrale, qui peut se
mettre sous la forme adimensionnelle :

(IV.115)

Il est bien clair cependant que cette équation ne comporte qu'une seule fonction de x inconnue
lorsque ua (x) est connu, puisque ~ d~ t:A:) et  s'expriment en fonction de S\~).
La technique de résolution de cette équation n'est pas évidente et c'est en cela que Holstein et
Bohlen ont apporté une amélioration à la méthode de Karman-Pohlhausen. Ils proposent
d'introduire un second facteur de forme:

, e2-
K = ~o
~
(IV.116)

construit comme A , mais avec l'épaisseur de quantité de mouvement, et une fonction Z


(x) définie par:

92
Z = -- (IV.117)

"
Par définition ces deux quantités sont déjà reliées :

K = Z u' a (IV.118)

Et la relation liant le second facteur de forme au premier résulte de l'expression de e

K =A l ~15
31 A 1\1.)2
- 345 - 9012 (IV.119)
IV - 51

L'équation intégrale est alors de la forme:

(IV.120)

où les fonctions f 1 (K) et f2 (K) désignent tes quantités:

(IV.121)

D 'K) --
1'"... \
~o Q -= (2
- -
1\) (-~ 'J. - -1\ + - " ~ )
\ + -6
)J-JJ.
o 3lS ~4S ~ol2

Cette écriture peut encore être abrégée. L'équation intégrale s'écrit en effet:

où l'on désigne par F (K) la quantité 2f - 2Kf 1 - 4K. Compte-tenu de la relation entre K et Z, on a
2
finalement une équation différentielle non linéaire, du premier ordre pour déterminer la fonction
Z (x) :

dZ (IV.122)
à"L = 1

La fonction auxiliaire F (K) est donnée sous forme numérique sur le tableau ci-joint, ainsi que les
fonctions f (K) et f (K) nécessaires au calcul de l'épaisseur de déplacement ô'fet du frottement à
1 2
la paroi '1:0 lorsque B est connu.

On peut signaler une approximation fort utile de la fonction F (K), due à Walz (1941) ; elle
consiste à remplacer la loi exacte par l'approximation linoéaire :

F (K) = 0,47 - 6 K (IV.123)

qui, comme le montre la figure, est extrêmement bonne entre le point d'arrêt et le point de vitesse
A K FtK) ~-i {K) =: cS"
, .F, tK} ='Co B
2. j)-l-1 o

15 0,0884 - 0,0658 2,279 0,346


14 0,0928 - 0,0885 2,262 0,351
13 0,0941 - 0,0914 2,253 0,354
12 0,0948 - 0,0948 2,250 0,356
11 0,0941 - 0,0912 2,253 0,355
10 0,0919 - 0,0800 2,260 0,351
9 0,0882 - 0,0608 2,273 0,347
8 0,0831 - 0,0335 2,289 0,340
7,4 0,0794 - 0,0132 2,301 0,335
7,052 0,0770 0 2,308 0,332
7 0,0767 0,0021 2,309 0,331
6,6 0,0737 0,0186 2,318 0,328
6 0,0689 0,0459 2,333 0,321
5 0,0599 0,0979 2,361 0,310
4 0,0497 0,1579 2,392 0,297
3 0,038? 0,2300 2,427 0,283
2 0,0264 0,3004 2,466 0,268
1 0,0135 0,3820 2,508 0,262

°
-1
0
- 0,0140
0,4698
0,5633
2,554
2,604
0,235
0,217
-2 - 0,0284 0,6609 2,647 0,199
-3 - 0,0429 0,7640 2,716 0,179
-4 - 0,0575 0,8698 2,779 0,160
-5 - 0,0720 0,9780 2,847 0,140
-6 - 0,0862 1,0877 2,921 0,120
-7 - 0,0999 1,1981 2,999 0,100
-8 - 0,1130 1,3080 3,085 0,079
-9 -0,1254 1,4167 3,176 0,059
-10 -0,1369 1,5220 3,276 0,039
- 11 -0,1474 1,6257 3,383 0,019
-12 -0,1567 1,7241 3,500
-13 -0,1648 1,8169 3,627 °
- 0,019
-14 - 0,1715 1,9033 3,765 - 0,037
-15 -0,1767 1,9820 3,916 - 0,054
IV - 53

o~
1

,
-C)o\,

maximale, mais devient de moins en moins bonne au fur et à mesure que l'on approche du
décollement. Elle permet diécrire l'équation intégrale sous la forme:

J.J.
o
dz
d'X. = 0 41-
1
- (,.LL'0 Z (IV.123)

assez facile à intégrer. D'ailleurs il est commode de revenir aux variables initiales, toujours plus
IV - 54

intéressantes en raison de leur signification physique, et l'on a :

u o 82. ~o
= 0,41 -5 -r' (IV.124)
Al"

Cette équation différentielle en s'intègre explicitement:

0. 0 e'l. (IV.125)
-V- =

Il apparaÎt alors que, si l'on veut bien se contenter de cette première approximation, le calcul d'une
couche limite se ramène finalement à une simple quadrature.

VI.4 - Résultats. Décollement des couches limites

Mis à part le cas de la plaque plane dans un écoulement uniforme, on peut trouver dans la
littérature de nombreux exemples de couches limites calculées à l'aide de la méthode approchée de
Karman-Pohlhausen, ainsi qu'une confrontation des résultats avec des calculs exacts (Schlichting,
Boundary Layer Theory, 1955). Ces exemples peuvent être groupés en deux catégories, ceux où A
et K sont invariants, où ua est de la forme x m et où la forme du profil de vitesse n'évolue pas, et ceux
où A et K varient et où la forme du profil de vitesse évolue. Dans ceux de la première
catégorie, les deux exemples les plus importants sont celui où la couche de Blasius, déjà étudié, et
celui de l'écoulement au voisinage d'un point d'arrêt. Dans la seconde catégorie on trouve tous les
problèmes d'écoulements autour de cylindres et de profils d'ailes; l'une des questions les plus
importantes est alors la position au point de décollement.

La couche limite au voisinage d'un point d'arrêt est définie par la loi ua = u'o x, elle
appartient à la classe des couches limites à profils auto-similaires calculés par Hartree, sa solution
est bien connue. La méthode de Karmann-Pohlhausen conduit à des résultats très voisins de ceux
de Hartree, avec une erreur inférieure à 5 Ok sur le frottement. On notera qu'à l'origine ua s'annule;
la dérivée dZ/ d~ serait alors infinie si F (K) ne s'annulait pas. C'est donc cette condition qUt
fixe la valeur de K correspondant au point d'arrêt ; on trouve que les facteurs de forme
correspondants ont pour valeurs A = 7,052 et K = 0,0770. La valeurZ (0) s'en déduit
directement: Z (o)'; 0,07 -; 0 . La dérivée (~) est alors de la forme % et
~~ ax 0
IV -55

l'indétermination se lève par passage à la limite:

(dZ)
à"X. 0
= _ 0, 0652 J.AJ'o
~
o

Cette limite est nulle dans le cas de l'écoulement arrêté par une plaque plane, elle est non nulle dans
le cas de l'écoulement autour d'un obstacle arrondi. Dans le premier cas r:S e et 0:'"
sont invariants, mais ce n'est plus vrai dans le second cas.

Ecoulement arrêté
ua = Ax d·(~O e f~'o ~o
)J-JJ..
Il
.u,~

Karman-Pohlhausen 0,641 0,278 1,19

Hartree 0,648 0,292 1,234

Pour illustrer les résultats obtenus avec des couches limites à profils évolutifs, l'écoulement
autour d'un cylindre circulaire est un des exemples les plus nets. Il réunit en effet tous les caractères
possibles : un point d'arrêt où ua s'annule, une abscisse où ua passe par un maximum, et une
abscisse où la couche limite décolle. Il va de soi que, de toute façon, la seule ambition possible est
de calculer la couche limite jusqu'au point de décollement, puisqu'au-delà l'approximation de la
couche limite ne tient plus. Quelle que soit la méthode, elle exige de connaître d'abord une loi ua (x)
convenable. Dans le cas de l'écoulement autour d'un cylindre circulaire on peut penser utiliser la loi
de l'écoulement à potentiel de vitesse (ua = 2U sin ~ ), mais elle ne coïncide avec la loi réelle,
celle que l'on peut mesurer par la variation de pression sur le contour, qu'au voisinage du point
d'arrêt. Ce défaut est justement une conséquence du décollement qui modifie prodondément
l'écoulement irrotationnel extérieur. Pour illustrer cet effet on peut noter que d'après les mesures le
point de pression minimale (u'a = 0) ne se trouve pas à 90° du point d'arrêt, mais à environ 70° (en
régime turbulent, pour MB. > 3.10 5 , ce point se trouve à 90° environ). Il est donc bien clair que,
"
si l'on veut comparer la méthode approchée à une méthode exacte, il faut s'assurer que, dans les
deux cas, on utilise la même loi ua (x), de façon à ne pas risquer d'interpréter comme un défaut de la
méthode approchée un mauvais choix ua (x).
IV -56

.... -----

~C>
1

- - - - \1À.CAAk~

------~~

1.0 10
IV -57

La figure précédente
.
montre les résultats obtenus en prenant la loi u0 (x) de l'écoulement
irrotationnel, d'une part par Hiemenz (1911) à l'aide d'une méthode basée sur des développements
en séries due à Blasius (1908) (solution dite "exacte"), d'autre part par Pohlhausen (1921) à l'aide de
la méthode intégrale. L'accord entre les deux théories est tout à fait satisfaisant. Le point de
décollement est trouvé à 109°5 par Pohlhausen, à comparer avec 108,8° valeur obtenue par
Hiemenz.

La même confrontation a été effectuée en prenant une loi Uo (x) déduite des mesures de
pression. La solution de Hiemenz donne le décollement à 82,0° alors que la méthode de Karman-
Pohlhausen se situe à 81,5°. Cet exemple illustre bien la sensibilité de toutes les méthodes au bon
choix de la loio (x). Prises ensemble ces deux comparaisons montrent bien la qualité de la
U

méthode approchée.

Une conclusion importante de tous ces résultats est évidemment la nécessité d'introduire un
couplage entre l'écoulement extérieur irrotationnel, la couche limite et le sillage proche, de telle
sorte que la loi Uo (x) puisse être, non plus une donnée (dans ce cas il faut avoir recours à une
expérience préalable), mais une inconnue à calculer en même temps que le frottement ~o et
les épaisseurs ô" et g. Ce couplage, qui n'a fait l'objet d'une théorie satisfaisante que très
récemment (Stewartson, 1970), dépasse les objectifs de ce cours.

VII - METHODES NUMERIQUES DE CALCUL DES COUCHES LIMITES

Les équations de la couche limite sont de type parabolique. Ceci signifie que·si, en plus des
conditions de vitesse nulle à la paroi u ( x,o) =v ( X,o ) =0 et de la condition à l'infini
u (x,.) = Uo (x) ,on se donne le profil de vitesse dans une section origine d'abscisse xo: u (xo,y),
la solution est déterminée pour tout x > Xo (ou pour tout x < Xo si l'on procède par pas négatifs).
Les méthodes numériques s'appuient bien entendu sur cette propriété. Elles doivent cependant être
classées en deux catégories bien distinctes: les méthodes explicites et les méthodes implicites.

VII.1 - Méthodes explicites

L'idée de ces méthodes est élémentaire. On se propose de déduire des équations une
expression de ~U./d~ , pour toute distance de la paroi y, qui permette de prolonger la solution
connue à l'abscisse x jusqu'à une abscisse x + Aa'ft. . Si l'on se limite à l'un des schémas de
différences finies les plus simples on a, pour le premier pas:

(IV.126)
IV -58

et pour tout autre pas:

(IV.127)

Le calcul de ~U./~1.. est relativement facile. 1/ est agréable dans tous les problèmes
numériques d'utiliser des variables adimensionnelles :

~+
~~.
~~

~'à-
- 0
(IV.128)

~'lu.
.u.~ +'\7"~ : - ~
~~ ~~ dIX. +-~
~

Compte-tenu de l'équation de continuité, l'accélération peut s'écrire:

(IV.129)

On a donc en intégrant :

::
(IV.130)

et l'on en déduit v (x,y) en fonction du profil de vitesse u (x,y). Il est alors immédiat d'en déduire 'Ju..
. ~~

(IV.131)
IV -59

Et il apparaît effectivement que, pour toute abscisse x où l'on connaît la fonction u (x, y) , on peut
calculer le second membre et par conséquent en déduire d.LA../ô '1-

Il est assez clair que des difficultés surgissent dès que u = 0, ce qui est toujours le cas à la
paroi. Toutefois ~- ~ s'annule également et l'indétermination peut se lever (par exemple
en utilisant des dévloppements limités au voisinage de y = 0) de façon à permettre le calcul de
l'intégrale. En ce qui concerne le cas où u = oà une distance non nulle de la paroi (couches limites
décollées), on n'a pas à se poser le problème car l'approximation de la couche limite n'est plus
valable.

Ces méthodes explicites ont donc l'avantage d'être extrêmement simples et d'illustrer très
concrètement le caractère parabolique des équations de la couche limite. Elles ont cependant le
défaut de n'être stables que si le pas Ax est petit, c'est-à-dire d'exiger un maillage fin et, par là,
des temps de calcul longs. On leur préfère en général les méthodes implicites, beaucoup plus
rapides.

VI1.2 - Méthodes implicites

Ces méthodes sont basées sur une idée tout à fait différente : elles consistent à utiliser un
schéma aux différences finies pour les dérivées dans le sens des x de façon à ramener les équations
aux dérivées partielles à des équations différentielles où ne figurent que des dérivées par rapport à la
variable Yo. Le profil de vitesse inconnu se calcule alors en résolvant cette équation différentielle, à
chaque pas, par une technique standard (par exemple Runge-Kutta).

La méthode présentée ici est due à Smith et Clutter (1963, AIAA Journal). Elle s'appuie sur
l'équation de Falker-Skan généralisée, que l'on obtient en posant:

(IV.132)

La fonction F (x, 1 )vérifie alors l'équation aux dérivées partielles:


(IV.133)

où l'accent désigne une dérivation par rapport à la variable "l ,et où :

(IV.134)
IV -60

Si la fonction Uo (x) est de la forme Kxm , la fonction F (x, rtt ) est indépendante de x, et
l'équation se ramène à l'équation de Falker-Skan déjà rencontrée.

Les conditions aux limites s'écrivent:

F(~/O) = F/l~to) :: 0
. ~(( 'l.., ()O):- ~ (IV.135)

F(Oi'): ~V{U

On notera un avantage appréciable de cette méthode: à la section origine x = 0, l'équation coïncide


avec celle de Falkner-Skan ; on connaît donc la fonction F0 (~) par intégration numérique de
l'équation différentielle en F'" ("l).

Smith et Clutter proposent d'approcher les dérivées en x du second membre par une
formule de différences décentrée amont et basée sur trois points. La dérivée ~~ ) à l'abscisse
x est calculée à l'aide des valeurs go' gO-1 et go-2 : ~'). '\'\.

(IV.136)

Si le pas  x est constant, la formule est beaucoup plus simple et plus facile à interpréter:

(IV.137)

La fonction g désigne aussi bien F' (x, "l ) que F (x, " ) dont les dérivées premières
figurent au deuxième membre de l'équation. Le second membre de l'équation est alors de la forme:

(IV.138)
IV - 61

où les fonctions K (
1
'yt ) et K2 (Il( ) sont connues puisque reliées aux fonctions Fn-1 et Fn-2·
L'équation est alors une équation différentielle ordinaire de la forme:

(IV.139)

qui peut être résolue .par une méthode classique.

La seule difficulté de cette intégration numérique est la nécessité d'utiliser une méthode de
tir sur la valeur de F" (x,o), cette fonction devant être telle que F' (x, C1J ) = 1. Plusieurs auteurs ont
proposé des procédés automatiques de tirs que l'ordinateur effectue et arrête lui-même.

Cette méthode, à l'opposé des méthodes explicites, exige de ne pas utiliser des pas Àx
trop petits. En effet, si le terme entre crochets ci-dessus était calculé exactement il s'annulerait en
même temps que Ax ; mais ce n'est pas le cas, il est calculé avec une certaine erreur d'arrondi
au minimum. Celle-ci est alors amplifiée par le coefficient V ~'X. si ~x est très petit.
Smith et Clutter suggèrent de maintenir ~x. inférieur à 25 en précision simple.

L'avantage crucial de ces méthodes implicites (d'autres schémas que celui de Smith et
Clutter donnent des résultats équivalents) réside essentiellement dans leur stabilité.

REFERENCES SUR LE CHAPITRE 4

BATCHELOR G.K., "An Introduction to Fluid Dynamics", Cambridge University Press, 1967.

ROSENHEAD L., "Laminar Boundary Layers", Carendon Press, 1963.

SCHLICHTING H., "Boundary Layer Theory", Mc Graw Hill, 1979.


V -1

Chapitre 5

ECOULEMENTS IRROTATIONNELS

DES FLUIDES INCOMPRESSIBLES

1- PROPRIETES GENERALES

1.1 - Détermination et propriétés ~u potentiel de vitesse


1.2 - Exemples simples: source, doublet
1.3 - Propriété de minimum de l'énergie cinétique
1.4 - Comportement du potentiel de vitesse loin d'une paroi en mouvement

Il - ASPECTS PARTICULIERS AUX ECOULEMENTS PLANS

11.1 - Propriétés conjuguées du potentiel de vitesse de la fonction de courant


11.2 - Potentiel complexe et vitesse complexe
11.3 - Ecoulement autour d'un cylindre circulaire
11.4 - Théorie des images

III - TRANSFORMATIONS CONFORMES

111.1 - Principes généraux et exemples simples


111.2 - Transformation de JOUKOVSKY
111.3 - Transformation hodographique
111.4 - Transformation de Schwarz-Christoffel
V-2

IV - EFFORTS SUR LES OSSTACLES EN MOUVEMENT

IV.1 - Efforts sur un obstacle en mouvement uniforme


IV.2 - Cas singulier des obstacles bidimensionnels
IV.3 - Aperçu sur la théorie de l'aile portante d'envergure finie
IV.4 - Efforts sur les obstacles en mouvement variable

REFERENCES
V-3

1- PROPRIETES GENERALES

1.1 - Détermination et propriétés du potentiel de vitesse

Nous avons déjà vu que "les régions productrices de tourbillons sont les parois et que,
lorsque le nombre de Reynolds est grand, c'est-à-dire dans la grande généralité des problèmes, ce
tourbillon ne peut pas contaminer le fluide loin des parois. Il est don~ bien clair que, dans des
régions extérieures aux régions tourbillonnaires (couches limites, jets, sillages...) les équations du
mouvement se ramènent à :

(V.1)

Le champ de vitesse appartient alors à la classe des champs de vecteurs irrotationnels qui jouit de
propriétés générales très importantes.

La première est l'existence d'un potentiel de vitesse tel que:

(V.2)

Considérons, en effet, une courbe fermée (C) réductible (réductible à un point par
déformation continue tout en restant à l'intérieur du domaine fluide), et une surface (~ )
ouverte située toute entière dans le fluide et limitée par cette courbe (C). On a :

ff. ~ · ï;r c/S (V.3)

Considérons deux points 0 et M situés sur cette courbe et limitant deux arcs C 1 et C2 , tous les deux
orientés de 0 à M, on a également:

1 c..
;;.d.4- (V.4)
V-4

M
La quantité 1~.d.o-
o
apparaît indépendante du chemin suivi pour aller de 0 à M. On peut donc
définir une fonction cp (~) telle que: .

(J)
1 (~)
·~o
+ 1~.-J-:-
~ \4G (V.5)
o

ce qui est équivalent à (V.2).

c~
-- ,...--.---~--------

o CA

Les équations d'Euler se ramènent alors à :

ou encore:

P+ 1ru. + r ~! : .
2
Cù. (V.6)

Il apparaît que cette équation ne fait que d~finir la pression lorsque la vitesse et son potentiel sont
connus.

Dans les fluides in'compressibles, le champ de vitesse doit par ailleurs vérifier l'équation de
continuité:

(V.7)
v-s

qui impose au potentiel de vitesse -cp de vérifier l'équation de Laplace:

,6<p = O. (V.8)

Les propriétés des solutions de cette équation (on les appelle fonctions harmoniques
lorsqu'elles ont des dérivées continues dans le domaine considéré), sont très classiques. Nous nous
contenterons de rappeler quelques-unes des plus importantes, en raison de leurs applications à la
mécanique des fluides. Elles dépendent essentiellement de la topologie du domaine fluide
considéré.

a) Domaine simplement connexe

On dit qu'un domaine est simplement connexe si toute courbe fermée intérieure est
réductible. Dans ce cas, il résulte de la définition antérieure que le potentiel de vitesse est une
fonction à détermination simple.

Considérons l'intégrale étendue à tout ce domaine fluide D limité par une surface fermée S :

(V.9)

Compte-tenu de l'équation de continuité, on a :

II. Vrp :. d..Mr(epiI).

Par suite, en appliquant le théorème de la divergence:

J ... ~ (V.10)
l = cp .tt./)\, cl S ·
S

Cette formule importante est connue sous le nom de 1ère formule de Green. Il est clair que,
si les parois sont immobiles ( u.n 0), cette intégrale 1 est nulle et la vitesse doit être identiquement
nulle. Ce résultat signifie qu'il n'existe pas de mouvement irrotationnel d'un fluide incompressible
possible dans un domaine limité par des parois rigides.

On en déduit aussi une preuve très simple de l'unicité de la solution vérifiant à la fois
V-s

l'équation II cp: 0 et la condition u.nfixé en tout point de S. Imaginons en effet deux solutions
distinctes:

et ~;*
~ = V'f ....-.
..

La différence:

-- = Â.C..
ltA.r
... -
...
..oU" .:
VrA
r /

vérifie elle aussi l'équation de Laplace et vérifie la condition à la frontière: -;.w = o. Nous venons de
voir que cette différence ne peut être qu'identiquement nulle. L'unicité est donc établie.

domaine domaine domaine


simplement connexe doublement connexe triplement connexe

b) Domaine multiplement connexe

On dit qu'un domaine est doublement connexe s'il suffit d'y tracer une barrière
infranchissable pour le rendre simplement connexe. On dit qu'il est n-uplement connexe, s'il suffit
d'y tracer n - 1 barrières infranchissables pour le rendre simplement connexe (voir figures).

Les domaines doublement connexes sont très importants en hydrodynamique, puisqu'ils


interviennent à la base de la théorie de la portance. Nous considérons simplement ici le domaine
doublement connexe constitué par l'extérieur d'un cylindre de longueur infinie. Considérons la
circulation de la vitesse sur une courbe fermée C. Selon que cette courbe est réductible (C 1 sur la
figure), irréductible entourant une fois le cylindre (C2 et C'2)' ou irréductible entourant p fois le
cylindre (Ca)' on a, par application du théorème de Stokes:

= r.
i .u.Cl
~
d4'"
V-7

La constante r ,qui correspond au flux du tourbillon à travers la portion de surface


s'appuyant sur S, n'appartenant pas au domaine fluide mais au cylindre, est appelée constante
cyclique.

La circulation de la vitesse d'un point 0 à un point M peut donc prendre une infinité de
valeurs, suivant le parcours choisi, qui diffèrent toutes d'un multiple entier de r Il n'en
reste pas moins que, si l'on envisage une petite variation cr~ autour du point M, elle donne lieu à
l'accroissement 3- o~ de la circulation. on a donc encore:

Mais la fonction cpC:;') est alors une fonction à détermination multiple; ces déterminations diffèrent
d'un multiple de la constante cyclique.

Il est intéressant de noter que l'argument qui a permis d'établir la condition d'unicité dans le
cas d'un domaine simplement connexe tient encore. Considérons en effet deux solutions supposées
distinctes Y' et ep* mais ayant la même constante cyclique. La différence cp- ep~ est
le potentiel de vitesse d'un mouvement acyclique (c'est-à-dire dans un domaine simplement
connexe obtenu avec n - 1 barrières) et est donc une fonction à détermination unique. Le
raisonnement antérieur s'applique. L'unicité du champ de vitesse vérifiant Ll ~ ::: 0 et
la condition ri . û' = 0 aux parois, est encore vraie.

c) Théorème de la moyenne

Une propriété importante des fonctions harmoniques s'énonce ainsi: la valeur moyenne
d'une fonction harmonique sur une sphère est indépendante du rayon de la sphère et est donc
égale à sa valeur au centre.
v-a

Si cp est une fonction harmonique (IJrp= 0) ,on a en effet, pour toute surface fermée S
dans laquelle Cf est défini, par application du théorème de la divergence:

f~
'à?\.,
S
d5 =
1 S
il. lit ds =1 ~
cJiq;t dllr .: 1il <p
~
dt; == o. (V.11 )

Mais cette intégrale peut s'exprimer simplement si la surface est une sphère de rayon fixé:

(V.12)

La dernière intégrale était une intégrale à limites fixes, comme on le voit ci-après en détaillant
l'expression de l'angle solide dw =ÂMf) cJfPrJe , on peut permuter les signes ~ et ~ :

lit" TC

{~J~: ~ 1, ~~9~d9 = ~:[J.1~~9d'·d9J = 0

On en déduit que:

1
-5
<op dw - <At. (V.13)

\
\ \
V-9

Considérons notamment le cas d'une sphère très petite 51 entouranfle point P :

J cp
~.,
c/U) = 4 TC" cp Cp) · (V.14)

Alors, pour toute autre sphère de rayon quelconque centrée en P, on a :

~ f~
S
dS = Cp ( OP) · f.Y.15)

d) Formules de Green

Appliquons le théorème de la divergence:

117
di.v X dJJ :: 1. x. iit
S
d5

successivement aux deux expressions suivantes de X :

5i les fonctions scalaires cp et cp' sont toutes les deux harmoniques, on vérifie que les
deux intégrales de volume sont identiques, et qu'il doit en être de même des deux intégrales de
surface:
v - 10

Si l'on suppose maintenant que Cf =cp / . on retrouve la première formule de Green,


déjà rencontrée:

=15 Cf dCP dS ·
ô')1,.
(V.16)

Si )0 et cp / sont différents, on obtient la deuxième formule de Green:

(V.17)

1.2 - Exemples simples: source, doublet

a) Source ou puits

C'est un écoulement de débit Q issu de 0 et réparti uniformément dans toutes les


directions. La vitesse est dirigée suivant r et son module ne dépend que de la distance au point
source. Le débit à travers une sphère de rayon r étant invariant, on a :

1 a (Il,) J = 4 Tr:Jl.:J.

Soit:

Q .-. (V.18)
:: -4 Tr'l,,2. • e't ·

. Il est facile de vérifier que ce champ de vitesse dérive d'un potentiel:

Ona donc, en choisissant le potentiel nul à l'infini:

Q
ep = -47r~
-- (V.19)
v - 11

b) Doublet

La linéarité de l'équation de Laplace permet de construire une fonction harmonique en


superposant deux solutions connues. Superposons donc une source et un puits de même débit,
respectivement situés au point o~ et à l'origine:

~
lit 1
J. (V.20)

Faisons maintenant tendre l'écartement de ces deux singularités vers zéro ( ,s~ -. 0 )

tout en faisant tendre leur débit vers l'infini, de telle sorte que le produit demeure fini:

On appelle ~ le moment du doublet ainsi réalisé. On a :

:: v (~). J~

Il vient donc :

cp= V(~ } (V.21)

Le champ de vitesse s'en déduit directement:


V -12

1.3 - Propriété de minimum de l'énergie cinétique

Nous avons déjà rencontré une relation conduisant à une expression simple de l'énergie
cinétique d'un écoulement irrotationnel dans un domaine simplement connexe:

(V.23)

La dernière intégrale est prise sur la surface fermée qui limite le volume V.

Considérons un autre champ de vitesse u* (x) qui vérifie lui aussi l'équation de continuité:

..*
div u = 0

qui a exactement les mêmes valeurs aux limites du volume'\tque le champ de vitesse u(X), mais qui
n'est pas irrotationnel. La différence entre les énergies cinétiques de ces deux mouvements s'écrit:

Soit, avec:

.u. Il ~ _ JJ.~ = (.JJ. ft _ Mo ) 2. + 2 (-û/f _;;). ;; 1


(V.24)

E c.*- Ec =~ f Jtr
(JJ. It_ «l dv- -1- pl (.w-
/u-
i1.). Vy> d'lJ". (V.25)

Il est facile de montrer que sous les hypothèses faites, la dernière intégrale du second
membre est nulle, et que par conséquent E*c - Ec > o. En effet, la condition d'incompressibilité
conduit à :

t7[fP{-«It-.a}J= (;;'·_;;').Vep + cp V(-ü*_J:)

= (i:.*--.il). Vep ·
V -13

Par suite:

j ("J.- iI). Vep


1.T
d'lr = 1 Il [epc.ü,,- ;;)] d1i'
'lT

= 1 cp (u
5
lt
- .a). ~ dS.

Et cette intégrale est nulle, compte tenu des conditions aux frontières.

Il est donc clair que si u* ~


.. l! la différence E*c - Ec est positive. Ceci implique que tout
mouvement autre que le mouvement irrotationnel compatible avec la condition cinématique aux
parois (0' . n = 0), représente un stockage d'énergie supérieur. Un tel mouvement ne peut donc se
maintenir que s'il est entretenu par des forces extérieures.

1.4 - Comportement du potentiel de vitesse loin d'une paroi en mouvement

Dans tous les écoulements engendrés par le mouvement de parois dans un fluide illimité
(obstacles ou surfaces libres en mouvement), il est précieux de connaître quelques propriét~s
générales à grande distance des fonctions harmoniques.

Nous allons d'abord montrer que le potentiel de vitesse en un point P quelconque est lié à la
distribution du potentiel au voisinage d'une frontière quelconque S qui entoure P par la relation:

(V.26)

où nest la normale unité extérieure et r =1XI -xl .


...
(V\.

M
/
q.lj
/ ...
?C. ____

/
0
--- --- ---- ----
(5)
V -14

Appliquons la seconde formule de Green, en prenant cp ~ ~ qui est bien une fonction
harmonique, à une frontière quelconque r:r , limitant un domaine où cp (~ ) est défini:

1[0-
CD - 'ê>
r /() I)L
(-1)
-
"t.
- - -1
~
-ôep ]
'01)\.
dS _- O.
. 01·27)

On ne peut pas appliquer cette relation à la surface S qui contient le point singulier P où 1Ir
n'est pas défini, mais on peut l'appliquer au domaine fluide limité par S et ~ , où ~ est
une petite sphère centrée en P. Alors, en prenant la normale ri extérieure aux deux surfaces S
et ~ ,on a:

L'intégrale du dernier terme du second membre est nulle, comme on l'a déjà vu, et celle du premier
terme s'écrit :

La dernière égalité est une conséquence directe du théorème de la moyenne. La relation est donc
établie.

Il est intéressant d'interpréter ce potentiel de vitesse cp (P) comme la somme des


potentiels élémentaires :

dcp = + (V.29)

induits par chacun des éléments de surface dS au point P. On remarque alors que chaque unité de
surface peut être assimilée à la superposition:

.. d'une source de débit:


- d'un doublet de moment:

On notera que cette relation ne peut pas du tout être considérée comme une expression de
la solution d'un problème aux limites. En effet, on ne peut pas se donner arbitrairement à la
V -15

frontière tp et ()~'7l. ,mais seulement l'une des deux fonctions. C'est simplement une
propriété de la solution.

Appliquons maintenant cette relation (V.26) à la surface S p .,. S~ où Sp est la paroi


d'un objet en mouvement et où SO) est une sphère centrée en P dont on se propose de faire
tendre le rayon vers l'infini. En choisissant les normales définies sur la figure, on a :

. (V.3D)

On remarquera que l'on ne peut pas appliquer le théorème de la moyenne sous la


forme L
cp CP) =~ ~dS ,puisque .5., contient Sp à l'intérieur duquel <pciX) n'est pas
défini. Mais onpeu~~iquer la condition sur le flux total:

en notant q le flux sortant des surfaces S (q n'est pas nul dans le cas d'une fusée). On a alors:
p

(V.31 )
'l.2 ( ~ dw = 'l.~!!.-1 Cf dû) = - q
JSCIJ ~ . d't. S
(J:J

puisque l'intégrale sur la sphère de rayon unité a des bornes indépendantes de r. Il en résulte que:

Ci + C. (V.32)
- ïE""
V -16

Soit, en reportant :

ou encore:

(V.33)

On peut vérifier facilement que la constante C ne dépend pas du point P choisi. Il suffit de
dériver: C= 1::501'rpdcN- 1."L par rapport aux coordonnées de P (à rfixé). Il vient:

Vc = 1. Vr>
5 eo
dCJJ =l 5«'0
i1dW .

Et il est clair que si le fluide à l'infini est au repos, C doit être une invariant. On peut aussi remarquer
que, si le point est très éloigné des parois en mouvement Sp' l'intégrale sur Sp qui contient les
termes en 1/2 et ~ (t't, ) devient très petite. Ceci éclaire la signification de la constante C qui
n'est autre que ~ ((JO) :

(V.34)

On peut encore écrire cette expression :

(V.35)

Admettons que P soit assez éloigné de S pour que les variations de r soient négligeables par
P
rapport à r quand on déplace P. Cette approximation des grandes distances revient à considérer r
comme invariant dans l'intégration sur Sp' et permet d'écrire:

<D(p) -
r
ep(lP) ~ -~
~rr"1.3
lepiii. dS (V.36)
Sp
V -17

Les variations de cp ( p ) à grande distance des parois sont donc assimilables à la


superposition :

- de la source de débit:

- du doublet de moment:

Dans le cas très fréquent d'un obstacle en mouvement qui n'injecte aucun débit (q = 0), le
potentiel de vitesse à l'infini tend vers sa valeur limite comme 1/(2 et la vitesse tend vers zéro
comme 1/r3 .

Tous les résultats obtenus jusque là concernent des écoulements tridimensionnels tout à fait
généraux. On remarquera une différence très importante entre les écoulements tridimensionnels et
les écoulements bidimensionnels autour des obstacles en mouvement : les premiers sont
simplement connexes et ont donc un potentiel de vitesse à détermination simple, les seconds sont
doublement connexes et ont un potentiel de vitesse à déterminations multiples. Nous verrons plus
loin que cette distinction est à la base de la théorie de la portance.

11- ASPECTS PARTICULIERS AUX ECOULEMENTS PLANS

11.1 - Propriétés conjuguées du potentiel de vitesse et de la fonction de courant

L'existence de la fonction de courant tp (~/ t ) en termes de laquelle peut


s'exprimer le champ de vitesse:

~= ~
~~
.... (V.37)
.u.. I\T= -~
~~
~= 0

assure que l'équation de continuité div 0 = 0 soit vérifiée. Nous devons maintenant imposer à cette
fonction de courant de satisfaire à la condition d'irrotationnalité :

o
(V.38)

Cette fonction '1J jouit donc, dans les écoulements irrotationnels plans, tout comme le
potentiel de vitesse cp , des propriétés des fonctions harmoniques.
V -18

On notera donc l'équivalence des trois manières de ·définir un écoulement irrotationnel


plan rOC'X.,CS) l '(:>("','1)/ 'Il(-",~)J

.(J. = ~ - 04'
';)i)C.. a~
'tr ~ d<p :. _ ~cp
~ ()~
o

Il est agréable de visualiser les écoulements plans par le tracé de lignes de courant ( 4J :: e4J.
sur chacune) et de lignes équipotentielles ( <p= C4t sur chacune). Ces deux familles de courbes
sont orthogonales. Soit, en effet, ds l'élément d'arc d'équipotentielle de composantes dx et dy entre
deux points infiniment voisins M et N. Entre ces deux points, on a :

(V.39)

Soit maintenant t!;- l'élément d'arc de ligne de courant de composantes cfr,... et


d~ entre les points infiniment voisins ~ et P. Entre ces deux points, on a :

(V.40)

En effectuant le produit membre à membre des relations:

u dx = -v dy
1rcf~ :: ..fA d~

on établit la condition d'orthogonalité: dA. cf~ = o.


V -19

On pourra noter que cette propriété est presque évidente, puisque d'après leur définition, les
lignes de courant sont tangentes au vecteur vitesse, et que celui-ci, égal au gradient du potentiel de
vitesse, est nécessairement normal aux surfaces équipotentielles.

Cette ,visualisation des réseaux de lignes de courant et de lignes potentielles est


particulièrement commode si l'invariant des diverses lignes varie par pas fixé d'une ligne à la voisine
( Aq; = A t;J ~ Ra ). Alors, ces réseaux forment des petits carreaux dont le côté varie en raison
inverse du module de la vitesse, puisque:

Il est fréquent d'orienter ces lignes. On choisit alors sur les lignes de courant le sens de la
vitesse, c'est-à-dire le sens des cp croissants, comme sens positif. Et on choisit le sens
des 4J croissants comme sens positif sur les lignes équipotentielles. Ce dernier se déduit
alors du sens de la vitesse par une rotation de + ' [ conformément aux propriétés du produit
vectoriel:

( ;Z A
......
d-4 ). e} .

Il.2 - Potentiel comple?<e et vitesse complexe.

On peut représenter chaque point d'un plan par un nombre complexe:

- (V.41)

Considérons la fonction complexe :

(V.42)

Les relations liant cp et montrent que cette {onction w (z) est analytique, c'est-à-dire
que la dérivée :

(V.43)
v - 20

a une valeur unique en chaque point, indépendamment de la manière dont e5'} - 0 ·

Vérifions cette propriété en calculant le rapport ~ avec un argument fixé tJ du


petit accroissement complexe Ô} : ~

SfiJÜ = ~ d1. ~ ~ J~ of-.i ( ~ [1(. ~ ~ cf~ )


$'}
cr 'le. -4- ;. cf:f

(*,L~~) + (*~l~)lJj8 .
.;( -1- .i ~e

Pour que cette quantité soit indépendante de la direction {} (et soit ainsi une propriété du seul
point M), il faut que le numérateur puisse être proportionnel à ...{ + ). ~e ,ou encore que:

(V. 44)

Mais ces relations sont justement les propriétés qui lient les fonctions hydrodynamiques <.p
et 4.J . A tout couple des fonctions Cf' et 4J correspond donc une fonction
analytique ~(r):: cp + ;, lfJ ,et, réciproquement, toute fonction analytique peut
être considérée comme définissant un écoulement plan ; sa partie réelle en est le potentiel de
vitesse, sa partie imaginaire en est la fonction de courant. Cette fonction analytique est appelée le
potentiel complexe.

La dérivée du potentiel complexe est alors:

(V.45)
v- 21

Son module est égal au module du vecteur vitesse, mais leurs arguments sont opposés. On appelle
cette quantité la vitesse complexe.

Le tableau de la page suivante résume les expressions de la vitesse, des fonctions <.p
et 4.J ,et du potentiel complexe w pour quelques exemples simples d'écoulements plans. On
notera la présence dans cette liste d'un nouvel écoulement simple, le vortex, qui n'a aucun
équivalent à trois dimensions. On passe de la source plane au vortex en inversant les lignes de
courant et les lignes équipotentielles ; à priori, ces deux écoulements résultent d'une singularité
logarithmique sur l'axe. Pour la source, c'est la fonction de courant qui est à déterminations
multiples, avec une constante cyclique égale à Q (le débit), tandis que pour le vortex, c'est le
potentiel de vitesse, avec une constante cyclique égale à r (la circulation le long de toute
courbe fermée entourant l'origine, c'est-à-dire l'intensité tourbillonnaire du vortex).

A partir de ces exemples élémentaires, on peut construire beaucoup de nouvelles fonctions


analytiques, par superposition, qui représentent d'autres écoulements plans. Il est en effet clair que,
si w 1 (z) et w 2 (z) sont deux fonctions analytiques, leur somme w = W1 + W2 est également une
fonction analytique, et ses parties réelle et imaginaire vérifient l'équation de Laplace. C'est bien
en~endu la linéarité des équations de Laplace et des conditions aux limites (u. il = 0) qui ouvre ces
possibilités de combinaisons linéaires. A titre d'exemple de cette méthode, on pourra vérifier que le
doublet plan peut être interprété comme la superposition d'une source et d'un puits de même débit,
qui se rapprochent indéfiniment et dont le débit croît indéfiniment, de telle sorte que le produit débit-
distance demeure fini.

Finalement, rechercher l'écoulement plan irrotationnel d'un fluide incompressible défini par
une géométrie fixée des parois, revient donc à construire la fonction w (z) dont la partie imaginaire
est invariante sur les parois. Nous avons, en effet, établi l'unicité de la solution qui vérifie la condition
cinématique aux parois.
)J.
... <PI 4J l'W""l)

Ecoulement -U.= U <p= U'X


uniforme 1-7: 0 'Lü = U}
l.fJ= U}

Source .u.-t. -- -Q-


2 Tr'Z.
cp = 2rr
Q L~'1.
~=~~}
plane
~9= 0 lp = t (91)2k<<)

u."t= 0 cp = frr (e +2 krr)


Vortex
-u r L ~'f..
IW"=- ;n-<Ar ~'t
9 - 2rr~ 41::- 2rr

cp: lJn. 'Je.


'"k..2 .,. ~2.
Doublet plan
nTI-
Ittr =
d'axe réel ... trrLCJ T
41=
i?(2 + ~2.

.-u. = ~t)( cp =} (~~~~)


Voisinage d'un 'tü= ~'}2.
~=-~~ I.jl= ~ ~iJ
point d'arrêt
V -23

11.3 - Ecoulement autour d'un cylindre circulaire

Considérons l'écoulement de potentiel complexe:

(V.46)

Cette expression fait apparaÎtre w (z) comme la somme de deux fonctions analytiques:

(V.47)

dont l'une est déjà connue et représente l'écoulement d'un vortex de circulation r centré à
l'origine.

Considérons d'abord l'écoulement représenté par la fonction w 1 (z), qui apparaît lui-même
comme la superposition de deux écoulements élémentaires, l'écoulement uniforme de vitesse U et
le doublet centré à l'origine de moment Ua2. La vitesse complexe s'écrit:

(V.48)

Il est clair qu'à de grandes distances de l'origine ( z > > a), la vitesse induite par le doublet est
négligeable devant celle de l'écoulement uniforme. A l'infini, cet écoulement coïncide donc avec
l'écoulement uniforme de vitesse U.

La fonction potentiel et la fonction de courant de cet écoulement s'écrivent:

Cf.; = U (~+ o.l.~)


..l z
?c. 1- ~
- U'X (1+ *-)
(1- ~)
(V.49)
_ o!"~'Z. -
'd-2. ) -
U ( U~
41=
-1 ~ ?(.1. f

Il apparaît que la fonction de courant lfJ.4 s'annule à la fois sur l'axe réel (y = 0) et sur le
cercle de rayon a. Ces deux lignes peuvent être considérées comme des frontières des domaines
fluides. On peut donc considérer cet écoulement plan de potentiel complexe w 1 (z) comme
v- 24

l'écoulement uniforme de vitesse U à l'infini, dérangé par un obstacle circulaire de rayon a centré à
l'origine.

A l'origine, la vitesse uniforme U devient négligeable devant la vitesse du doublet de


moment Ua2 parallèle à l'axe réel. On peut donc encore interpréter cette expression w 1 (z) en
considérant qu'elle définit l'écoulement d'un doublet dans un domaine limité par un cercle. La figure
montre l'allure du réseau des lignes de courant dans le plan tout entier.

La vitesse du fluide en tout point s'écrit:

(-1- (V.50)

oU-1& = - u A.im. t9 (-1 + ~~ ) ·

On en déduit la valeur de la vitesse tout le long du cercle:

(V.51 )

et l'on pourra remarquer qu'elle est deux fois plus grande au point de vitesse maximum ( &::. rr/ 2
qu'à l'infini.

Revenons maintenant à l'expression complète w (z). Puisque W2. la partie


.imaginaire de w ,est invariant sur tout cercle centré à l'origine, il est clair que le cercle de rayon a est
2
encore une ligne de courant. Il est clair aussi qu'à l'infini, la vitesse du vortex représenté par w 2 (z),
qui s'annule comme 1/z, est négligeable devant la vitesse U. On peut donc encore considérer cet
écoulement de potentiel complexe w (z) comme l'écoulement uniforme dérangé par un obstacle
circulaire. La différence entre w (z) seul et w (z) + w 2 (z) tient donc uniquement à la constante
1 1
cyclique r qui rend le potentiel de vitesse à déterminations multiples:

(V.52)
V -25

La vitesse devient:

(V.53)

Sur le cercle de rayon a, la vitesse est donc:

(V.54)

..u.9 ('t =o.) = - r


2 U..6(in. 9 r2n:o..
-- ·

On notera que la circulation de la vitesse sur le contour d'un cercle de rayon r n'est autre que:

r = 1
o
2rr
.u.9 ~d~
(V.55)

et est indépendante de r. C'est tout simplement la vitesse moyenne des divers points du cercle
obstacle, au coefficient 1/21\ près. On peut donc considérer cette expression de w (z) comme le
potentiel complexe de l'écoulement uniforme de vitesse U dérangé par un obstacle circulaire
tournant à la vitesse angulaire r / 2 -rr 0. . Les figures montrent comment la rotation de
l'obstacle peut faire varier l'allure du réseau de lignes de courant.
v - 26

11.4 - Théorie des images

En raison du théorème d'unicité établi précédemment, déterminer le potentiel complexe


d'un écoulement dérangé par un obstacle consiste à trouver la fonction analytique w (z) qui vérifie
les deux conditions suivantes (wo (z) désigne le potentiel complexe de l'écoulement non dérangé) :

- à l'infini, la vitesse de l'écoulement dérangé doit être identique à celle de


l'écoulement non dérangé:

(V.56)

- en tout point de la surface de l'obstacle, la vitesse doit être tangente à cette


surface, soit lfJ = C4.t
Les écoulements simples que nous connaissons sont dûs à des singularités (sources,
vortex, doublet ; on pourra montrer que l'écoulement uniforme peut être considéré comme un
doublet de moment infini situé à l'infini), et l'on sait construire des écoulements moins simples à
partir de ceux-ci en les superposant. La théorie des images propose de construire le potentiel
complexe de l'écoulement dérangé en superposant à celui de l'écoulement non dérangé W
o
(z)
celui de ses images par rapport aux parois de l'obstacle. L'objet de cette théorie consiste donc à
étudier la nature des images de singularités typiques, par rapport à des parois définies. Bien
entendu, on ne sait que l'image supposée est l'image vraie que lorsque l'on s'est assuré qu'elle
permet de vérifier les deux conditions ci-dessus. O.n étudiera en détail deux exemples simples et on
donnera brièvement quelques résultats complémentaires.
V -27

a) Image d'une source par rapport à un plan

Nous allons montrer que cette image est une source de même débit située au point
symétrique de la source-objet par rapport au plan. On choisit l'axe réel sur ce plan et l'on a :

Source-objet :

a.€eI:.
Souce-image :

0/.57)

Pour tout point de l'axe réel (tel que z = x) on a :

d'UT _ ~ [ 2~ .. (Cl. +- 0. ft)]


ci'). - 2rr 1 (IX. - o.) 2 J ·

Il est donc clair que le plan y = 0 est une ligne de courant de l'écoulement de potentiel complexe
w (z). Il est également clair que les deux sources donnent, aussi bien qu'une seule, une vitesse nulle
à l'infini. Les deux conditions sont donc bien vérifiées.

/'
.",.------ . . ."'. 1 ~
-----.....- """'"'"
/ ,/
,.,--- ~-""'"'- ~~
/
/
/
/
/'
1 \
"" "
1 1 \ \
1 \ \
" 1
v- 28

b) Image d'une source par rapport à un cercle

Nous allons montrer que cette image est double; elle comporte en effet une source au point
inverse de la source-objet par rapport au cercle (ce que l'on peut considérer comme une
généralisation de l'exemple précédent, la symétrie devenant une inversion en remplaçant la droite
par un cercle), mais elle comporte aussi un puits de débit égal et opposé au centre du cercle; ce
puits doit d'ailleurs être considéré comme l'image du puits-objet situé à l'infini. On notera qu'il est
parfaitement clair que la somme algébrique des sources intérieures doit être nulle pour que le cercle
soit une ligne de courant.

Source-objet:

Source-image : 1ü~ ('}):: ~ L~ ( 'c} ~}~ )

'LtJ~/(}) =- - ~ 4 '}

Nous allons montrer que l'écoulement de potentiel complexe

(V. 58)

vérifie les deux conditions nécessaires et suffisantes. A l'infini, chaque source ou puits donne une
vitesse nulle, il en est de même des trois sources et la condition à l'infini est donc vérifiée. Pour
montrer que le cercle est une ligne de courant, posons:

}-} = 'te"d1'/
e
}_}':
Q
't'~i.G:
v- 29

En prenant la partie imaginaire de w, on obtient:

Il faut donc montrer que 8 + &':.. 0( est invariant quand le point d'affixe z décrit le cercle de
rayon R. Sur la figure suivante on a porté, en plus des angles B, tf r et 0<
les angles suivants:

(3 = (c~ 1 O}a)
JJ..= (C}Q 1 }. '})

1r= (<l}o 1 O})

u ' = ( 7~ lo 1 )~ , . )

ainsi que les bissectrices zA et zB qui définissent des angles égaux x et y.

Les relations :

e= .JL+;3 2?e.+-2~ =~

el:. J.).." + ;3 ~: 2. t'J- + .AL


c( -: -v- ~ j3 JJ.' -;. <J -1- ~
v- 30
permettent de relier la somme e.,. f):" lX au seul angle invariant (3
() .,. fi '- 0< :: .u.. + J.J.' - 11" -#0 f3 .: f3 +Tr' .

Le cercle de rayon R est donc bien une ligne de courant et w (z) est bien le potentiel
complexe de l'écoulement d'une source dérangée par un cercle.

On remarquera que la circulation de la vitesse autour de ce cercle est nulle, car le potentiel
de vitesse <p est à détermination simple:

L'expression w (z) est donc celle de l'écoulement d'une source dérangée par un obstacle non
tournant. Il est facile de construire le potentiel complexe d'une source dérangée par un cercle
tournant, en ajoutant au centre un vortex de circulation r
Q
= 2rr

c) Autres images classiques

L'image d'un vortex de circulation r; placé au point d'affixe Zo par rapport à un


cercle de rayon R est un vortex de circulation ... t; situé au point inverse du point objet par
r~pport au cercle; et l'on peut toujours envisager de placer un autre vortex de circulation r au
centre, de telle sorte que l'on puisse ajuster la circulation de la vitesse le long du cercle à une valeur
fixée:

a.
/}o IIvQo j=R. (V.59)

L'image par rapport à un cercle de rayon R d'un doublet de moment m et d'axe faisant un
angle 0< avec l'axe réel, est un doublet de momeot m' d'axe anti-parallèle à l'axe du doublet-
objet, avec:

=
i" ri /
~
IYYL' e
~---- (V.50)
v - 31

On notera que l'image d'un écoulement uniforme (doublet à l'infini) est un doublet placé au
centre du cercle obstacle.

Un résultat très général, connu sous le nom de théorème du cercle, résume tous les cas
particuliers ci-dessus: si f (z) est le potentiel complexe en l'absence d'obstacle, et si f (z) n'a aucune
singularité à l'intérieur du cercle de rayon R, alors le potentiel complexe de l'écoulement dérangé
par ce cercle est :

(V.51 )

Remarque: On prendra garde à éviter, dans toute application du théorème, de confondre ..o*(JR,7/
-r
f ( ~: ) 1 f*(~)'

III - TRANSFORMATIONS CONFORMES

111.1 ~ Principes généraux et exemples simples

Considérons deux plans (x,y) et (X,Y). Si l'on établit une relation de correspondance entre
chaque point z = x + iy et un point Z =X + iY (ou plusieurs), on définit une transformation qui, au
plan z, associe le plan Z. Les relations qui définissent cette transformation sont les relations entre les
coordonnées des points homologues.

Z :: Z (~) (V.52)

Une transformation est dite conforme, si elle conserve les angles, c'est-à-dire si les
transformés ôZ., et cSZ2. de deux accroissements petits c5Jo..(J4 et e5'}2
font entre eux le même angle 0( que leurs homologues.

y
V -32

Il est facile de vérifier qu'il est nécessaire et suffisant pour qu'une transformation soit
conforme, que la fonction Z (z) soit analytique. En effet, ~z = ~(}) est alors définie (sauf en un
nombre fini de points singuliers). ; on a : '}

J Jz / = J l} /./ ~(~) 1

0It.} (d'z) = ~ (J}) + ~ ( }(}) )

et il en résulte que (si g (z) est non nulle et non infinie) :

(V.53) ."

Il est clair que les points où la dérivée dZ/dz est nulle peuvent être des points singuliers de
la transformation ; il en est de même des points où elle est infinie, dont l'analyse se ramène à celle
de ceux où elle est nulle, en considérant la transformation inverse z = z (Z). Soit donc un point tel
que dZ/ d·z = 0, au voisinage duquel la relationZ (z) peut se mettre sous la forme:

avec f (zo) ~ O. Si P = 1, on a :

Il en résulte encore:

Par contre, si p * 1, on a :

(V. 55)

et il est clair qu'à une augmentation de Tf" de l'argument de ~ - ~ correspond un


V -33

accroissement différent ( pre- ) de l'argument de Z - Zoe

Ces points où cI~r s'annule, peuvent donc donner lieu à la transformation d'une ligne continue
en une ligne présentant un point anguleux.

zo

L'idée des transformations conformes est alors la suivante : on définit la transformation à


l'aide de deux réseaux connus de potentiels complexes w 1 (z) et w 2 (2), en considérant comme
homologues les points z et Z ayant le même potentiel complexe (c'est-à-dire les mêmes
"coordonnées" cp et 4J ). La fonction analytique caractérisant cette transformation
est alors:

::: f c'}) }
(V. 66)
::: ~(Z)

Il est en effet clair que, f (z) et g (2) étant des fonctions analytiques (puisqu'elles
correspondent à des réseaux connus), la fonction Z (z) l'est aussi.

Exemples simples:

a) Z = m z. En posant '} = f e. À, 9/ Z =Re.i GJ 'M=)'-e~at. On obtient:


l

Cette transformation apparaît comme le produit d'une homothétie de rapport }Jo- . et d'une
rotation d'angle 0(

b) Z =
~
0.. /à- ou Re.c.·8
.. = sr e
~ ~8
-J., • Cette transformation apparaît
comme le produit d'une inversion par rapport au cercle de rayon a et d'une symétrie par rapport à
l'axe réel.

c) Z = zn ( 'l'\. e IR ), ou R e i. @) =F rn; e .è..11. (& + 2 ATt" J


Cette transformation puissance modifie les arguments en les multipliant par n. Si n < 1, à tout point
V -34

du plan z correspondent plusieurs points, tels que:

On utilise notamment cette transformation (ou son inverse) pour transformer l'écoulement dans un
dièdre d'angle 0< en un écoulement défini dans un demi-plan ( tn = rr / ex ).

/ /7 / / /,. /'/ 77 / 7
o
d)Z = ~ 't • ou X +;. y ::. ~ r + .i (9 + 2..i Tl:) ·

Cette transformation logarithmique, ou encore transformation éventail-damier, est définie en


établissant la correspondance entre une source (~ = ~J'r ~ â- ) et un écoulement unifome
(w2 = UZ). On notera qu'à tout point z elle en associe une suite infinie se déduisa~t les uns des
autres par la translation suivante OY de valeur 2 rr . Le réseau obtenu sur .Ie plan Z est donc
une suite infinie de bandes parallèles de largeur 2 Tt . L'application classique de cette translation
consiste à transformer l'écoulement dans une bande en un écoulement défini dans tout le plan (ou
vice-versa).

111.2 - Transformation de JOUKOVSKY

On définit cette transformation par la correspondance de l'écoulement autour du cercle


~ (}) = U (}+ O..},. ) avec un écoulement uniforme w2 (Z) = UZ, c'est-à-dire par
la relation :

0/.67)

On remarquera que la dérivée d~l- =-/- <1:/â-2.


2-
est définie en tout point et s'annule
en z =± a, dont les points homologues sont Z =± 2a. Ces points sont des singularités du type de
celles que nous avons étudiées:

0/.68)
V -35

A une augmentation de n:- de l'argument de z ± a correspond une augmentation de 2 rr


de l'argument de Z ± 2a. Donc, toute courbe continue passant par z= ± a est tranformée en une
courbe possédant un point de rebroussement en Z =± 2a.

't

-2oQ. +20.. X + a..

Le cercle de rayon a montre très nettement ces singularités puisqu'il a pour transformé le
segment - 2a, + 2a . Notons sur la figure :

OA::: a. OA' = - Q...


2-
Om = 1z 1- Om' = 1~ 1
--.
OM'
.... -
= 1/2 (om + om')
--. -.
OM = 20M'

M est le transformé de m .

Il'
La droite mm' coupe Oyen et Ox enr
K. Les axes Ox et Oy sont les
bissectrices de mOm' et découpent
une division harmonique sur la droite
mKm'I:

Dans le cas particulier où m décrit le cercle de rayon a centré en 0, m et m' sont situés tous
les deux sur ce cercle, et sont réciproques l'un de l'autre. Le point 1 est alors à l'infini et le point M'
est sur le diamètre AA' qu'il décrit chaque fois que m décrit un demi-cercle. Le point M décrit alors le
segment - 2a, + 2a .

Si le point m décrit un cercle (C) passant par les deux points singuliers A, A', mais centré en
J distincts de 0, m' décrit également ce cercle, les deux arcs étant inverse-symétriques l'un de
l'autre. Le point 1 est alors un point fixe, c'est le pôle de la droite Ox par rapport au cercle (C) (K
décrit le segment AA'). Le triangle IJM' est rectangle en M' puisque JM' est la médiatrice de mm'. En
conséquence, le point M'est situé sur le cercle de diamètre IJ. On notera que le lieu de M'est
seulement l'arc AJA' à cause de la réciprocité entre m et m'. Le lieu géométrique de M est donc l'arc
homothétique de l'arc AJA' dans le rapport 2.
V -36

A' A

1.

Un tel arc AJA' est appelé profil squelette. Il est défini par la position du centre J du cercle
(C), c'est-à-dire par la valeur du critère de courbure:

A chaque profil squelette on peut associer une famille infinie de profils d'ailes obtenus,
chacun, en transformant un cercle (C') passant par A et centré en P tel que PA > JA. Puisque ce
cercle (C') entoure A' son transformé ne présente qu'un seul point de rebroussement. La grandeur
PJ est appelée le deuxième critère de profil.

A
V -37

On voit alors clairement l'une des applications classiques de cette transformation de


JOUKOVSKY : partant de l'écoulement autour d'un cercle tel que (C') passant par l'un des deux
points singuliers de la transformation, on obtient l'écoulement autour d'un profil d'aile.

Puisque le profil d'aile prés~nte en A (ou au point homothétique de rapport 2) un point de


rebroussement, le vitesse en ce point serait infinie si celui-ci n'était pas un point d'arrêt. Il faut donc,
pour que l'écoulement obtenu ait une signification physique réelle, avoir pris la précaution de placer
en A le point d'arrêt arrière de l'écoulement autour du cercle (C'). Autrement dit, l'écoulement de
départ doit avoir une circulation r telle que:

r
Il est clair que, sur le plan purement mathématique, la solution obtenue avec un point d'arrêt
arrière autre que A et une vitesse infinie en A est parfaitement correcte. C'est seulement sur le plan
physique qu'elle est incorrecte. Pour le comprendre, il faut tenir compte de la viscosité qui, si faible
soit-elle, impose un décollement de la couche limite au bord de fuite et par suite, la formation d'un
vortex qui se détache et est emporté à l'aval. Si la circulation de ce vortex est 01-r , la
circulation de l'écoulement autour de l'aile après le détachement de ce vortex est - r . Le point
d'arrêt arrière se déplace le long du profil dans le sens de la circulation. Il' est clairalors que la seule
situation stable excluant tout détachement de tourbillon et tout déplacement du point d'arrêt arrière
est la situation telle que ce point d'arrêt arrière soit au bord de fuite. .

Il est remarquable que cette situation stable soit indépendante de la viscosité et que la
viscosité ait pour conséquence de faire converger tout autre situation éventuelle vers celle-ci.

Ecoulement irrotationnel
sans circulation.

Ecoulement irrotationnel
avec circulation adaptée. ~-----------~

On notera encore que la présence de cette circulation autour du profil d'aile a pour effet de
réduire la pression sur l'extrados où la vitesse est augmentée, et de l'accroÎtre sur l'intrados;
donnant ainsi lieu à une portance que l'on reliera à la circulation dans le paragraphe IV de ce
chapitre.
V -38

111.3 - Transformation hodographigue

A un réseau R, caractérisé par un potentiel complexe w (z), on fait correspondre le réseau


hodographe H tel que l'affixe du point transformé l; soit la vitesse complexe du point à
transformer; on attribue au point transformé le potentiel complexe w du point à transformer. La
transformation hodographique est donc définie par la relation:

(V.59)

Cette transformation est particulièrement utile pour les écoulements à ligne de jet (c'est-à-
dire ayant une ligne de courant sur laquelle la vitesse est constante en module). La ligne de jet est
alors transformée en arc de cercle. D'une manière générale, les lignes de courant du réseau
hodographe, sont issues de points sources situés à l'origine ou à l'infini et aboutissent à des points
puits situés sur le cercle; ces points correspondent à des sections contractées du jet.

A titre d'exemple, considérons l'écoulement à travers un ajutage en mince paroi d'angle Tt'
et d'ouverture unité. Le jet est limité par deux lignes de courant AB et A'B' dont les transformés
constituent deux quarts du cercle de rayon V = QI cr (Q désigne le débit qui s'écoule à travers
l'orifice AA' et (j la sectio~ contractée BB'). Les autres lignes de courant du réseau H partent
toutes de l'origine (vitesse nulle) et aboutissent en B, en demeurant intérieures au quart de cercle
considéré.

Complétons ce réseau H, pour l'instant défini uniquement dans un demi-cercle, par son
prolongement analytique : symétrie par rapport à AA' pour obtenir un cercle entier, puis inversion
par rapport au cercle de rayon V pour obtenir un réseau occupant tout le plan. Ce réseau
hodographe apparaît alors comme la superposition d'une source à l'origine (débit 2Q) et de deux
puits (débits - 2Q) aux points t; = ± V ; son potentiel complexe est donc:

(V. 70)

4'= G/2. :B
1
4' --_Go"...
/2 BI'
==10-
V -39

On peut vérifier que la fonction de courant 4J est constante sur le cercle et sur
l'axe imaginaire, et vaut ± Q/2. Aux points A et B le potentiel de vitesse et la fonction de courant ont
les valeurs:

ep(S) = <XJ (V.71)

= 2Q 4J (B) =~ ·
La relation w (~ peut s'inverser. En ne retenant que la racine positive (qui correspond à la
moitié droite du réseau hodographe, c'est-à-dire à l'écoulement réel et à son prolongement
analytique), on a :

-1 -10 1-1"'4v"2.e2rr~ (V. 72)


= rr1AT
2. e c:s-

Cette équation différentielle en w (z) s'intègre explicitement. Il convient d'utiliser le


changement de variable :

Tr'1J.Ar
A! 1: = 2 V e <r
et l'on obtient après un calcul direct:

(V.73)

Les deux relations précédentes définissent sous forme paramétrique (t est le paramètre) le potentiel
complexe de l'écoulement à travers l'ajutage.

L'application pratique de cette transformation hodographique, qui permet assez facilement


de construire le potentiel complexe de l'écoulement à ligne de jet à travers un ajutage, est bien sûr le .
calcul du coefficient de contraction rr

~(8)
cr= (V.74)
~ (~)
V -40

Il est commode, pour séparer partie réelle et partie imaginaire, de noter:

À _ rrc:p = rr4J
- Q 1
$
Q 1
t = eX +).(3.

Alors, le nombre complexe t apparaît relié à et par:

C04(3 ~o( = 2 V el' COd fl

AÎ/rr,~ cSLo( = 2 V gÀ M. B

et la relation z (t) devient:

1)(. - 1)(.0::' rr
Tt"
[ex + f
C-64
A-A. 0(
2.p. ci.. 2
0( .,.. A-CM.:l.,& A-A. 1. Q'
J
2. ~ 2"2

q-
d'
~0
:: L
Tf
[131- +
2
i M.f3
~2.E.. cAtJ!. + ~~ .A~'Z r;(
2. 2. r
J

Plaçons-nous maintenant sur la ligne de courant AB, sur laquelle nous avons trouvé li-: ~ /
Ll _ ...lI:.
soit 0- 2

A cette ligne de jet AB correspondent les valeurs (3:: 2'


tandis qu'à la paroi correspond l'autre possibilité:

0<=0/

Sur la ligne de jet, on a donc, après avoir remarqué que X o = Yo = 0 :

~=: [/lM) {J, (2Ve).) }


~ = 1;[ ; + 2~eÂ]'
D'où les valeurs:

2Ve>'(fl) 2 V e). (B)-p


= -1 00

1)(. (A) = 0 ~ ( 8) .... 00


a-
Ij-CA)= rr (; t1) 'J- (13): ~.
v- 41

Et l'on trouve finalement le coefficient de contraction:

~(.B) = ,.., ~611. (V. 74)


:f (A) -rr- + 2

Cette méthode basée sur la construction du réseau hodographe vaut pour l'étude de tous
les écoulements à ligne de jet, aussi bien les jets issus d'ajutages en forme de fente, que les jets
frappant des obstacles, ou les lames déversantes.

111.4 Transformation de Schwarz-Christoffel

a) Définition et propriétés

On considère deux plans sur lesquels un point est caractérisé, respectivement, par les
nombres complexes 1: :: ~ .,.,i~ et z =x + iy. La transformation de Schwarz-Christoffel associe à
toute valeur de ~ un nombre complexe z défini par:

N·75)

où ~ E TR (3). E 7R et Jo< € a: , l'indice i pouvant prendre


une suite finie (voire infinie) de valeurs entières: i = 1, 2, ... ,n. La relation N.75) peut encore s'écrire:

(V. 76)

Cette fonction z (t) définit une transformation qui est conforme sauf aux points ai où di/dl:= 0 · Et
l'intérêt de cette transformation provient précisément des propriétés de ces points singuliers.
V -42

Si à t on ajoute un petit accroissement ot ,l'accroissement correspondant é~


vérifie:

0/.77)

Supposons t réel, et envisageons un point lY1L qui décrit l'axe réel de - ()D à + 00
en passant successivement par tous les points a.. Pour commencer
1
- 00 <t .< 0.
~
,alors:

et quelque soit a..1

Donc ~ (dJ.-t) =
A~/( of- rr. L
f3;. : C.. . Le point M, d'affixe z, homologue
du point m, décrit alors un segment (ou une demi-droite), de pente fixée par la constante C .
1
Lorsque m est en a 1, M est en A 1.

Dès que a 1 < t < a2 , Arg (t - a 1) devient nul, alors que Arg (t - ai) = tr sii ~ 2.

....
0.2. 0

Et la nouvelle constante C est


2

si l'on pose (3.ë. = ~ - '1 . Le point M décrit donc un nouveau segment A1A2 dont la direction
se déduit de celle du segment UA 1 (U correspond au point t = œ ), par une rotation 1\ - oi.-of

La même propriété s'applique chaque fois que t franchit l'un des points ai où r:J~/ cl,. '" 0 . Le
changement de direction du déplacement de M est l r - 0(-4 . La transformée de l'axe réel t = ~
est donc une ligne brisée dont les sommets sont les homologues des points d'affixes aï Les angles
internes du contour polygone UA 1A2..• AnU sont donc les 0(1 . On notera bien que ces angles
internes sont comptés positivement dans le sens des aiguilles d'une montre (se"ns trigonométrique
inverse). Ce polygone est fermé si

0(., 1- 0(2, t- .. ' + ~~ = (/)'l-2.) Tf 0/.79)

puisqu'alors An U a la même direction que UA 1. On peut encore remarquer que, puisque ~m (t) > 0
V -43

se trouve sur la gauche d'un observateur se déplaçant avec m de - CJ() à , la


région correspondante sur le plan z est l'intérieur du polygone.

Examinons l'influence éventuelle du point à l'infini sur l'axe ~ . Supposons que


Q h'" ()O , alors que t et les autres ai demeurent finis. Posons d'abord :

k = ,q (- a.,,) -;31t
de telle sorte que:

k ( t - ail )
13n --

Lorsque , t demeurant fini, la relation 01.75) devient:

fi ...J.. - ~
) f3~. . . . ( é- a.1)t_., ) f3n.-1
= (

et ignore totalement le point à l'infini. Donc les éventuels zéro à l'infini ( ~..... ~ ex-
n'impliquent aucun changement de direction au point homologue du plan z.

b) Exemple d'application

On se propose de définir une transformation de Schwarz-Christoffel permettant d'étudier


l'écoulement irrotationnel plan au voisinage d'un rétrécissement brusque. Le contour polygonal
imposé est représenté sur la figure: côté AB à l'ordonnée y = a, côté CO à l'ordonnée y = 0 parce
que l'on choisit de placer l'origine de z au sommet de la marche DE, côté DE à x = 0, et côté EF à
Y = a - b, où a et b désignent les largeurs du canal après et avant le rétrécissement.

/II/I~ Il
:J'~ a.
l
bl
1
t-------I111111--.-- 1
1
c/// 1
i ~ = 0.- b
IF
/

Pour définir une transformation de Schwarz-Christoffel qui ramène le problème à


V -44

l'écoulement dans un demi-plan :lm (t), on choisit de placer les points homologues de la façon
suivante: B et C confondus à l'origine (ce point doit donc être un point puits recevant du demi-plan
supérieur un débit égal à celui du canal), D à t = 1, A et F respectivement à - co et + CD

~c.
(t:o)

On notera que seuls trois parmi la suite des points singuliers de la transformation peuvent
être choisis à priori. Le point E, com~e la suite le montre, doit être laissé libre pour être déterminé
par l'égalité des flux des deux réseaux.

Les angles internes du contour polygonal sont: aSc. = 0 O(n -- L2Tr ,


N
s-
V't
- Jr
~ ·
On en déduit les exposants:

~ =_--1 /:l __ -1/ .


Isc. ' fJe - '2

La transformation est donc définie par une relation de la forme:

(V. 80)

Le potentiel complexe du réseau sur le plan t doit correspondre à un puits de débit 20 (0


dans chaque demi-plan) :

d1ü _ Q (V.81)
dt: - - Tt"t; ·

La vitesse complexe sur le plan i s'écrit:

= (V.82)
V -45

Pour qu'elle ait pour valeurs, respectivement en OC et en AF: - tya. et - Q/b , il faut que
les constantes encore disponibles K et tE aient pour valeurs:

(V. 83)

Finalement, en ajoutant l'origine des z au point D, la transformation cherchée s'écrit:

~ == -
(f
b
rr
J( t
ll- 1 . )
~- ~
61
.-f
12 da
-u- · (V.84)
--1 0.

IV - EFFORTS SUR LES OSSTACLES EN MOUVEMENT

IV.1 - Efforts sur un obstacle en mouvement uniforme

Le fluide est au repos à des grandes distances de l'obstacle, mais l'observateur lié à ce
fluide stationnaire ne voit pas un mouvement permanent. Il est donc commode d'utiliser un repère lié
à l'obstacle, dans lequel le mouvement du fluide peut être considéré comme i"otationnel et
...,
permanent. Si la vitessè de l'obstacle est U par rapport au fluide lointain, la vitesse absolue du fluide
Wet la vitesse relative à l'obstacle V, on a :
..
V=-U+W
~ -.

c y
x

Le torseur des efforts extérieurs sur l'obstacle (qui se réduisent aux forces de pression
puisque l'écoulement est irrotationnel), s'écrit:

~ f'" ...
M = - },.. 1. "pm. ds. (V.8S)
S
V -46

Si l'on exclut la poussée d'Archimède dûe au terme de pesanteur, on a encore:

F:: JgV~~dS
2
S
/ M= 1;;:
s
f
A
2
V ;;L dS ·
(V.86)

Il est commode, pour mettre à profit des résultats antéri~urs, d'exprimer ce torseur sous la
forme d'intégrales portant sur une surface ~ extérieure à S et aussi grande que l'on veut. En
appliquant le théorème des quantités de mouvement au volume fluide limité par S et L

lp~dS - f pildS =l fV(V.~) dS


S ~ ~ (V.a7)

1 eS
"t 1\ /,?i. ds -1 ~II p~
~
ds =1it" p'Y (v.~) aS
~

et en notant :

(V.88)

on a encore:

-...
F =-J_( P... r:/;E. 1 M
--P 1 ..
=- ;{ /\ P ds.
(V. 89)

~ ~

En raison de la définition de la vitesse relative V, on a :

v 1 lYl-a>
- -
...
V (
-....,;,)
v. ~ = ~~ _ Ü (Ü,;;) +- Ü(W.~) + ÜA (W,,;n)
2
.,. _W2. m,
... - -- (W.
VI ~)
-- ~
2

où l'on.a utilisé l'identité relative au double produit vectoriel:

La résultante des efforts extérieurs F se réduit alors à une somme de deux intégrales:

F = pÜ 1\ JfWII;n) dS +- f if ~:l~
1:.
_ Vi (W.~)] a~ (V.90)

~
V -47

puisque trois autres intégrales sont identiquement nulles:

u2.f~ dS
.2. ~

. . 1 ......)
U (W.?1. dI::. 0 (incompressibilité)

I
...
On remarquera que le premier terme de l'expression de F est indépendant de la forme de la
surface ~

... i"'l.ot VI (V.91)


C
=J 2
dS =
V-
dV"

-.
On peut appeler circulation de surface cette quantité C uniquement liée au "tourbillon" de
l'obstacle.

On a vu que le comportement de la vitesse à grande distance d'un obstacle tridimensionnel


est tel que W = 0 «(3). Si l'on choisit de considérer une surface 2: assez éloignée ~ = 0(1.2.) ,
-. .-.
il est clair que C et F sont nécessairement nuls. On retrouve ainsi le· résultat annoncé :
portance nulle à trois dimensions. On retrouve également le paradoxe d'Alembert: la traînée est
nulle elle aussi, bien qu'il ne s'agisse que de la traînée de pression, en raison de l'absence de sillage.

IV.2 - Cas singulier des obstacles bidimensionnels

Les surfaces S et ~ sont alors des surfaces cylindriques. On en considère seulement


une tranche de longueur unité dans la direction perpendiculaire au plan de l'écoulement, de telle
sorte que toutes les grandeurs calculées sont relatives à une longueur unité de l'obstacle.

En tout point du domaine fluide (extérieur à S), la vitesse complexe l; = u - iv est


bien définie Considérons la fonction ~ ('j/) avec z' = 1 /~au voisinage du point à l'infini ( J ... (P /
}I _ 0 ); elle est nulle et régulière. on peut donc exprimer "Ç (}I) sous la forme d'une
série de Taylor:

Q.a} 1 + CL...}It +. ··

Soit encore :

r ... (V.92)
}
V -48

Cette dernière forme est une série de Laurent. Elle montre que W = 0 ((1) à grande
distance de l'obstacle. La surface ~ , elle, varie comme r quand ~ .... iJfJ • Il est donc
clair que le seul terme éventuellement non nul dans l'expression de ~ est:

-- =
p f
-.
U" C ·
.. (V.93)

Intégrons une fois l'expression 'T(}) pour en déduire le comportement du potentiel


complexe:

IW'" = 0.
0
Loa '} + a..,.}. r ...

Le terme dominant quand a.... ()fJ est la singularité logarithmique. On peut donc écrire en
toute généralité:

(V.94)

Mais, puisque l'on considère des obstacles limités par des parois, le débit Q à travers toutes les
surfaces ~ doit être nul. Seule demeure la possibilité d'une circulation
invariante et non nulle, donnant lieu à une résultante des efforts non nulle. On vérifiera que, si k
r
...
désigne le vecteur unité suivant la normale positive au plan de l'écoulement, on a encore:

-.
---
fV\
... =
ll1.. [ ex, Id;- 0]
t
--... =
W [~; V; 0]
0\<
... e = [d'lt.._
ct4 - -
f3 1
~- 0(
dA -.,. 1 0]
.....
\VI\~ =[~ ~ -(~~~~~)]

c =j i;iA~ cis = -kr


(V.95)
.5

Par suite, on obtient le résultat connu sous le nom de théorème de Kutta-Joukovsky:

(V.96)
V -49

...
L'utilisation des nombres complexes conduit aussi à des expressions très utiles du torseur
des efforts extérieurs. En notant Px et Py les composantes du vecteur P, et en notant ds l'élément
d'arc sur le contour (C) de l'obstacle, on a :

(fi +.i ~ ) â<I = ~ r; ~ * ..i cl} + f ~,. dtp

= f"5 * (; dy> ~ fd<f )

= 2', f >' '* cJ'IJI1t.


Soit, en prenant la partie conjuguée:

01·97)

..
En désignant par X et Y les composantes de la résultante F, on obtient la première formule de
Blasius:

01·98)

En ce qui concerne le moment des efforts extérieurs qui se réduit à sa composante suivant
la normale au plan de l'écoulement, on a :

-.. j ~...
M =
C
1'\1...
2.
AT""" d4 - 1
C
....
-2. A
.........
F V (V.'n.) dA 01·99)

Pour le premier terme, avec d4- = (d~ cI'J, 0 JI iiL d4 = (d:J, - d'X, 0) ,ana:

dA =- [0 /
0/ - (~dtM. j. ~a,.)]

que l'on peut encore écrire: -3<e {}dr f


}
puisque:

Cette première intégrale s'écrit donc:

1~ f V'J~
c
A d4 ::: - k Jj?~{
C
f7i'5*} d}~} (V. 100)
V-50

Pour le second terme, avec

on obtient:

(V.101)

La somme de ces deux intégrales donne finalement la valeur du moment des efforts
extérieurs, et la seconde intégrale de Blasius:

(V. 102)

On peut bien sûr se poser la question de savoir si la partie imaginaire de cette intégrale a

...
une signification physique simple. On pourra vérifier qu'elle donne la valeur de la circulation de la
force F.

Rappelons que le calcul d'intégrale de ce type s'appuie sur la théorie des résidus. Une
intégrale de la forme:

(V. 103)

est nulle si la fonction f (z) est holomorphe à l'intérieur du domaine limité par le contour C (ce qui
signifie qu'elle ne prend qu'une seule valeur en chaque point et qu'elle y possède une dérivée
continue). Si la fonction analytique f (z) n'est pas holomorphe, c'est qu'elle possède des points
singuliers dans le domaine considéré, autour desquels elle est développable en série de Laurent:

o
fr}): L B n (}-o.)1l + (V. 104)
h. -: - (1J

On montre alors que l'intégrale 1calculée le long d'un circuit C entourant une seule singularité vaut:

l = (V. 105)
V-51

et le coefficient 8 est appelé "résidu". Si le circuit C entoure J points singuliers repérés par des
1
indices i € (..t, J], l'intégrale vaut:
J
1 = 2.iTr" L ~(i)
J=-1
A titre d'application, reprenons l'expression de w (z) déjà utilisée au début de ce paragraphe
('W"=- ~~~)) pour ce qui concerne le mouvement absolu du fluide. Le mouvement relatif du fluide
à grande distance de l'obstacle a alors une vitesse complexe de la forme:

== - (U -). V) - =---
"r
27t}
(V. 1OB)

Le terme en 1 /z dans (
dV)2
ëlf
est . On en déduit les composantes X
et Y de l'effort sur cet obstacle:

X-.iY =.i l. 2iJT:'. ;.rcu-J..V) =- f r ( V+1U).


(V. 107)
2 rr-

Soit encore :

x = - frv / (V. 108)

Et l'on retrouve évidemment le résultat de Kutta-Joukovsky.

En ce qui concerne le moment M des efforts sur cet obstacle, puisque l'intégrale
porte sur
de dur:
'} ( ::r)r 2 • il est nécessaire de retenir un terme de plus dans la série de Laurent

d}

:: _ [(U-j.V) + ;.r +
2n:}
~ ... J.
Le coefficient A (a priori complexe) dépend, lui, de la forme de l'obstacle, alors que r est
une valeur globale indépendante du détail de cette forme. Le terme en 1/z du développement du
produit } ( â}' )'2 est:

[- ::r'L2, + 2. R ( U-..i V) ]
V-52

On trouve donc :

01·109)

-. ...
On notera cette différence essentielle entre F et M, bien mise en évidence par ce calcul : F
...
....
est indépendant de la forme de l'obstacle (c'est pourquoi on a pû obtenir de manière très générale
l'expression de Kutta-Joukovsky), alors que M dépend de cette forme.

Ces résultats, notamment la première formule de Blasius et le théorème de Kutta-Joukovsky,


donnent à la circulation de la vitesse autour de l'obstacle un rôle absolument majeur. Il est donc
important de bien comprendre l'origine et la signification physique de cette circulation. Nous avons
vu à propos des profils d'aile du type Joukovsky quel mécanisme imposait, pour tout obstacle
présentant une pointe (ou plusieurs), que celle-ci soit un point d'arrêt et qu'ainsi une circulation
prenne naissance autour du profil, exactement opposée à la circulation de la nappe tourbillonnaire
située à l'aval. Ainsi, si la vitesse est nulle partout à un certain instant initial, la circulation autour du
circuit ACC'A' est nulle. Elle doit le rester en vertu du théorème de Kelvin. Ceci implique l'égalité (au
signe près) de l'intensité tourbillonnaire de la nappe et de la circulation autour du profil.

v.(, -- - -

En régime permanent, assez longtemps après que l'écoulement se soit stabilisé avec le
point d'arrêt arrière au bord de fuite, il y a constamment équilibre entre la dissipation de l'intensité
tourbillonnaire par la viscosité, et la production de cette intensité tourbillonnaire. C'est pour cela que
la circulation de la nappe tourbillonnaire demeure finie. Cette nappe (en réalité le sillage où la
viscosité est non négligeable) reçoit le tourbillon formé dans les couches limites d'extrados et .
d'intrados. Si dr est la circulation d'une tranche infinitésimale de couche limite, on peut
encore lui associer son image par rapport à la paroi (de circulation - dr) ainsi la
circulation - r autour du profil peut encore être considérée comme la somme des
circulations de l'infinité des images des tranches de couche limite. Il est bien clair alors que la
circulation globale - r résulte du défaut de symétrie entre l'intrados et l'extrados. Il est clair
V-53

également que la circulation r ...


de la nappe tourbillonnaire située à l'aval de l'aile (du
-.
sillage) correspond en fluide parfait à une discontinuité de vitesse Vi - Ve, entre les filets fluides
d'intrados et d'extrados.

IV.3 - Apercu sur la théorie de l'aile portante d'envergure finie

Une aile d'envergure finie est très proche d'un obstacle bidimensionnel et l'écoulement dans
le plan d'une section droite de l'aile est en effet très voisin d'un écoulement plan. On conçoit bien
que, si l'on considère une tranche dy d'une aile d'envergure finie, on puisse, au moins en première
approximation, lui appliquer les résultats du paragraphe précédent et calculer la portance
élémentaire de cette tranche d'aile à l'aide du théorème de Kutta-Joukovsky :

Toutefois, cette aile d'envergure finie est bel et bien un obstacle tridimensionnel et ne devrait
pas pouvoir être l'objet d'une portance. Ces deux points de vue contraires' se réconcilient cependant
lorsque l'on analyse les mécanismes tourbillonnaires de l'aile d'envergure finie. Ce système
tourbillonnaire ne peut plus être examiné seulement dans le plan d'une section droite de l'aile, il est
en effet essentiellement tridimensionnel.

L'élément nouveau est la variation de r (CJ) la circulation autour d'un profil d'aile local.
Cette variation r
(~) est associée à l'envergure finie, tout comme les variations de la corde I(y)
ou de l'incidence géométrique i (y). Alors qu'une aile bidimensionnelle peut constituer un tube
9
V-54

.
tourbillon de circulation r (ce tube tourbillon a une extension infinie), une aile d'envergure finie
ne peut pas. Ceci signifie que les lignes tourbillons situées localement sur la surface de l'aile ne
peuvent pas demeurer entièrement sur cette surface. Considérons plus précisément la tranche
d'épaisseur dy limitée par les sections droites S et S'. Le flux tourbillonnaire sortant de l'ensemble
des sections S et S'est dr ; il faut donc qu'un flux tourbillonnaire - dr sorte par le bord de
fuite de l'aile. Dans le cas d'une aile monoplane symétrique, il est facile d'imaginer l'allure des lignes
tourbillons représentées sur la figure.

Cette nappe tourbillonnaire tridimensionnelle bien caractéristique peut encore s'expliquer


par la convergence des filets fluides d'extrados (faible pression et grande vitesse) et par la
divergence des filets fluides d'intrados (forte pression et faible vitesse). Cette convergence et cette
divergence, qui manifestent clairement le défaut de bidimensionnalité de l'écoulement, montrent
bien que la discontinuité de vitesse qui constitue la nappe tourbillonnaire n'est plus dans le plan de
la section droite. Elles illustrent bien la torsion de chaque bande élémentaire (de largeur dy) de cette
nappe.
V-55

1
1 a
1 1 1
1 1
1
1 i
1
•J
a
l 1 1 I~,

~(i l~ 1-..11
1

. Pour compléter la description du système tourbillonnaire de l'aile d'envergue finie, il est


nécessaire d'évoquer le comportement de la nappe tourbillon assez loin à l'aval de l'aile.
L'expérience montre que cette surface de discontinuité ne demeure pas plane. Au contraire, le
tourbillon se concentre à l'aval des extrémités de l'aile sur la forme de deux tourbl7/ons marginaux,
sortes de rouleaux formés par la nappe qui s'enroule autour de ses bords.

En ce qui concerne le calcul de la portance subie par une aile d'envergure finie, nous nous
contenterons d'esquisser les bases de la théorie de Prandtl, sans entrer dans les détails. En chaque
section, le profil d'aile local est attaqué par une vitesse V différente de V0 (le vent uniforme à l'infini)
et sous un angle d'incidence i différent de l'incidence géométrique locale ig . On évaluera ces
V-56

différences:

- la vitesse induite w = v-vo


- l'incidence induite j =i-i
9

en assimilant l'aile à une ligne portante, ce qui revient à supposer-e < < L. Et on admettra que la
circulation autour du profil local est celle de la théorie de Joukovsky :

r = 47Ta. V.-i, (V.110)

où a est le rayon du cercle générateur du profil. Alors la portance subie par la tranche d'aile de
longueur dy s'écrit :

d~ =- fvr d~. (V.111 )

... .. ..
La résultante d F est perpendiculaire à V et non pas à Vo . La portance dFz est donc accompagnée
d'une traÎnée induite qui s'ajoute à la traînée ordinajre.

, c:;. - dr

...
~r-----= ~
La circulation autour de l'aile est négative ( r <0 ) si la portance est positive. La
vitesse induite par le système tourbillonnaire en tout point de la ligne portante ou de la nappe
tourbillonnaire est donc verticale et vers le bas. Au point M de la ligne portante, chaque bande dy'
induit la vitesse (loi de Biot et Savart) :
V-57

La vitesse w induite par l'ensemble du système tourbillonnaire est alors:

(V.112)

et l'incidence induite j s'en déduit directement:

(V.113)

Il est clair que toute la question consiste à calculer la distribution r('!) de la circulation pour une
aile donnée. On peut aussi considérer leproblème inverse: chercher à quelle aile correspond une loi
donnée r(~).

Commençons par le cas simple pour lequel la circulation est constante. Le schéma
tourbillonnaire correspondant se réduit au schéma en fer à cheval de la figure et la nappe se réduit
aux tourbillons marginaux de circulation r. La vitesse induite au point d'ordonnée y s'écrit:

- rL (V.114)

La portance élémentaire est constante (en remplaçant V par V0 au premier ordre), et


l'on en déduit:

(V.115)
V-58

L'expression trouvée pour w montre les défauts de ce schéma: w et j doivent devenir infinis aux
deux extrémités de l'aile. On ne pourrait déterminer aucune aile réalisable (calculer une corde !<<<A)
une incidence géométrique ig (y), une épaisseur e (y) )dans le problème inverse correspondant à
cette distribution r = Car .

D'une manière générale, qu'il s'agisse du problème direct ou du problème inverse l'équation
fondamentale est l'expression de la circulation:

r = 4n-0. V~· (V.116)

Avec les expressions trouvées pour la vitesse induite et l'incidence induite, on en déduit l'équation
intégrale:

(V.117)

La théorie des profils à pointe permet facilement de relier le rayon a du cercle générateur aux
paramètres du profil local (1 et e) :

Le coefficient trL vaut 0,77 pour le profil Joukovsky à point de rebroussement ; il a des
valeurs un peu plus faibles (0,6 à 0,7) pour des profils à dièdre. On notera donc le caractère
fondamental de cette intégrale qui relie la fonction inconnue (dans le problème direct) r(1) aux
données: Vo' .f(y). e (y), ig (y).

Nous n'examinerons pas les méthodes de résolution de cette équation intégrale qui font
l'objet des manuels spécialisés (ThWaites: Incompressible Aerodynamics).
V-59

On remarquera que la portance est une fonction linéaire de l'incidence:

F} __
c = ~.z Le
l Q'

1:.,l, ·
(V.118)
~ q"ft

L'expérience confirme tout-à-fait ce résultat déduit de la théorie de Joukovsky, au moins tant que
l'incidence demeure faible. Elle montre également qu'il existe une incidence critique au-delà de
laquelle la portance ne croît plus avec i, mais au contraire s'effondre. Cette valeur critique s'explique
par l'apparition du décollement de la couche limite. Elle conduit sur le plan du vol des avions au
phénomène du décrochement On montre que la pente dC%i s'accroît proportionnellement au
L/R,
coefficient d'allongement de l'aile . Si l'on fait croÎtre l'incidence, la valeur critique et le
décollement de la couche limite sont d'abord atteints localement dans une section donnée de l'aile.
Le décollement se propage rapidement lorsque i augmente pour gagner toute l'aile.

IV.4 - Efforts sur un obstacle en mouvement variable

Considérons maintenant le cas d'un corps solide en mouvement de translation de vitesse U.


Le fluide alentour peut être soit illimité, soit limité par d'autres parois solides au repos. On tiendra
--
compte des forces de masse extérieures (la pesanteur) qui dérivent d'un potentiel et s'écrivent:

...
dF :: - p Vn.. d'1r.

L'équation de l'énergie cinétique appliquée au domaine fluide limité par S (la surface de l'obstacle)
et une surface extérieure z:. s'écrit (les normales sont dirigées vers l'extérieur) :

.:Lj
d V
é
p
l
Z
r.u dv- ·
(V.119)

fiC·

o
(S)

(! )
V -60

Nous nous proposons de calculer la poussée du fluide sur l'obstacle, c'est-à-dire la


quantité:

-..
p =- j p,y{ dS · (V.120)

.
Le premier terme de l'équation de l'énergie cinétique n'est autre que - U. P.
_...
Le troisième terme, puissance des forces de masse extérieures, s'écrit:

-jv p V.n. a dv =::. - iv ~~ P dv- =- d~ jn? dtr


v .
et d'après la formule de la dérivée particulière d'une intégrale de volume, il s'écrit encore:

Si le fluide était au repos, la distribution de pression serait hydrostatique (e = f; - f11. ).


On reconnaît alors dans le dernière intégrale, la poussée d'Archimède : ~ep

~ = -1s ~Jlep ;n. ds = 1


5
pJl;yr dS ·

Enfin, l'énergie cinétique s'écrit:

Ec 1fi ~~
= d'Il" = 1
~ Cf~ cl;$. - :1 <p ~ aS. (V.121)

" L 5

....
Considérons le cas de l'obstacle dans un fluide illimité. Le potentiel de vitesse cp est
nécessairement une fonction linéaire et homogène de la vitesse U et l'on peut l'écrire:

<p = u. ep* (V.122)

de telle sorte que l'énergie cinétique du fluide illimité s'écrive:

(V.123)

-.
en désignant par e l'angle entre la normale ri et la direction de la vitesse U.
v- 61
Puisque eptt a la dimension d'une longueur, l'intégrale a la dimension d'un volume. Posons alors:
(V.124)

Cette quantité sera appelée la masse virtuelle du fluide puisque l'énergie cinétique de celui-ci
s'écrit:

E.(O)
c
= .::L
2
M If U ~ (V.125)

L'énergie cinétique du fluide limité par les surfaces S et L s'écrit alors:

= ::!..2 M *U 2 + ..f.j
2
Ct1
T
ého d~
'a11.
.
(V.126)
Z

L'équation de l'énergie cinétique devient donc, en reportant les expressions obtenues ci-
dessus:

La relation de Bernoulli

p~f 11 or 1P u2. + f ~ - Ccv

permet encore de l'écrire:

(V.127)

Nous avons déjà vu qu'à grande distance d'un corps solide en mouvement, la vitesse
décroÎt comme 1/r3 et le potentiel de vitesse comme 1/(2. Il est clair alors que lorsque r devient
assez grand, les deux intégrales du second membre tendent vers zéro. On peut donc écrire:

..,.....
u. p
... .....
= U. ~ (V.128)
V -62

Si l'obstacle est seul en mouvement dans un fluide illimité, la masse virtuelle du fluide est
constante et l'on en déduit:

r;:J - M If dU (V.129)
= 'X. dt "

Si l'obstacle se meut en présènce d'autres parois immobiles, la masse virtuelle M* dépend


de la position instantanée des solides les uns par .rapport aux autres. Notons alors x 0 l'abscisse du
centre de gravité de l'obstacle par rapport à un repère lié aux autres solides immobiles. On a :

::.
u.
d ,,,,,
d'X.a ·
d ?C. a
dt
=U dM
ëFi'Q
If
(V.130)

et par suite :

(V.131)
F;.=

....
Cette relation montre que la poussée hydrodynamique P - A est non nulle même en mouvement
permanent ( d~t = 0 ) dès lors que l'énergie cinétique du fluide change.

Pour bien comprendre la signification physique de la masse virtuelle appliquons la loi


fondamentale de la dynamique au solide S soumis à une force extérieure
-.
et à la poussée du F
fluide"R

... + -.
M dU .
... (V.132)
F P = -dt

...
En projetant cette relation dans la direction de la vitesse U, et en utilisant l'expression obtenue pour
la poussée Px on obtient (on suppose ici le fluide illimité) :

dU
= CFt"
(V.133)

Il apparaît donc que le fait qu'il soit nécessaire de fournir de l'énergie cinétique au fluide (et non
seulement au solide) se ramène à ajouter à la masse M du solide la masse virtuelle M*.
v- 63

A titre d'exemple, calculons la masse virtuelle d'un obstacle sphérique dans un fluide illimité.
Il faut connaître le potentiel de vitesse de l'écoulement irrotationnel autour de la sphère. Celui-ci doit
vérifier la condition à la paroi:

dt[> _ - -
. d't. - U.'YL = si r = 0- •

La fonction harmonique qui vérifie cette condition est:

(V.134)

On notera que ce potentiel de vitesse est équivalent à un doublet orienté suivant U, de


...
moment.)J- = 2TCc:l U · Sur la sphère (r = a.), on a donc:

(V.135)
CP *" = - ya COd $.

Il ~uffit dès lors de calculer l'intégrale:

M *:: - f 2" 0.1 S


c:.c-c 2 $ d$ (V.136)

pour trouver cette masse virtuelle, égale à la moitié de la masse fluide déplacée par l'obstacle solide.

Ces résultats s'appliquent notamment au mouvement de petites bulles sphériques dans un


liquide.

REFERENCES SUR LE CHAPITRE 5

LAMB H., "Hydrodynamics", Cambridge University Press, 1975.

MILNE - THOMSON L.M., ItTheoretical Hydrodynamics, Mc Millan, 1960.


VI-3

La première expenence de laboratoire précise et bien contrôlée sur l'apparition des


instabilités hydrodynamiques est due à Reynolds (1883). Après un siècle elle garde encore une
valeur particulière. Cette expérience consistait à observer à l'aide d'un colorant l'écoulement dans
un tube circulaire (diamètre 0 =1 - 0,5 - 0,25 inch). L'entrée du tube est profilée de façon à ne pas
créer elle-même de perturbations; elle est immergée dans un grand bassin. Et la sortJe débouche à
gueule bée dans l'air ou dans un autre bassin. Les principales observations de Reynolds sont les
suivantes:

a) Quand le débit est assez faible pour que le nombre ~ soit inférieur à une valeur
critique Rc ' le filet coloré demeure absolument rectiligne jusqu'à la sortie du tube.

b) Quand le débit est assez grand pour que le nombre .l:!f1- soit supérieur à Rc ' à une
certaine abscisse (toujours assez éloignée de l'entrée) le filet coloré se mélange brusquement à
l'eau environnante et cette masse colorée remplit toute la section. Tout accroissement du débit
provoque alors un rapprochement entre la zone de transition et l'entrée du tube.

c) Lorsque le débit est voisin du débit critique (JJ!2-


voisin de Rc) Reynolds observe des
bouffées turbulentes qui apparaissent soudainement, puis disparaissent, de façon intermittante.

=-t::~------
(a)

(b)

=-_t>_--B1-.. . 1. mHifflA-~1#H
~
Figure VI.2 - Expérience de Reynolds: a) Régime laminaire,
b) Transition laminaire-turbulent lorsque Re > Rec-
c) Voisinage du nombre de Reynolds critique Rec·
VI-4

La valeur critique R du nombre ~D (désormais appelé nombre de Reynolds), mesurée


par Reynolds était de l'ordre de 13 000 ; mais elle semblait dépendre du niveau des excitations
extérieures (vibrations par exemple), qui n'étaient pas contrôlées. Plus tard, d'autres
expérimentations ont tenté de contrôler ce niveau de· perturbations, soit en les rendant assez fortes
(disons finies) grâce à des parois rugueuses ce qui a conduit à Rc ~ 2 000, soit en prenant des
précautions extraordinaires (dalles anti-vibrations ...) pour les minimiser ce qui a conduit à
Rc ::t 40000 ou plus.

Ces instabilités sont des phénomènes essentiels en mécanique des fluides. Il est important,
d'abord d'avoir une vue un peu panoramique sur les instabilités les plus typiques et de comprendre
les mécanismes qui forcent ces instabilités; ce sera l'objet du paragraphe II. Si l'on veut s'interroger
sur la stabilité d'un écoulement et dégager un critère de stabilité, la théorie linéaire esquissée au
paragraphe III est l'outil fondamental. Enfin, pour prédire l'évolution de l'écoulement au-delà des
conditions critiques seule une théorie non-linéaire peut apporter une réponse. Mais le prix à payer
sur le plan mathématique s'accroit très vite dès que l'on s'écarte du voisinage des conditions
critiques. Les théories non-linéaires de la stabilité hydrodynamique se sont bien consolidées au
cours des quinze dernières années. Elles rendent compte de nombreuses observations, mais elles
sont encore très loin de pouvoir expliquer la naissance de la turbulence. Le paragraphe IV n'est
donc qu'une introduction volontairement superficielle à ces théories, faite pour des ingénieurs, et
privilégiant le point de vue heuristique au point de vue mathématique.

Il - EVIDENCE EXPERIMENTALE D'INSTABILITES

Il.1 -Instabilité de Kelvin-Helmholtz (interfaces cisaillées)

L'interface entre deux couches de gaz (situation assez fréquente en météorologie quand
une masse d'air chaud et léger arrive au-dessus d'une masse d'air froid et lourd bloquée au fond
d'une"vallée), ou l'interface entre deux liquides (situation assez facile à réaliser au laboratoire, mais
aussi assez fréquentes dans les océans), ou bien l'interface entre un liquide et un gaz (comme à la
surface des lacs ou des mers), n'est généralement pas plane . Elle est souvent le siège de
perturbations qui ont la forme d'ondes progressives (fig. IV.3).

Pour interpréter cette instabilité de Kelvin-Helmholtz plaçons-nous dans un repère qui se


déplace à la vitesse moyenne des deux fluides; notons V la vitesse du fluide supérieur et - V celle du
fluide inférieur. Et limitons-nous au cas le plus simple où les deux fluides orit la même densité (en
pratique le fluide le plus lourd est en général en-dessous de l'interface, et la gravité exerce alors une
influence stabilisante). Considérons une petite perturbation sinusoïdale et bidimensionnelle dans le
plan (x, z). On se souvient que l'interface est une nappe tourbillon (chapitre Il, paragraphe IV.4). A
l'équilibre la circulation r est distribuée uniformément ( if = Cu-), elle est négative si V > O.
Dès qu'une perturbation se développe, les bosses sont transportées dans le sens de V et les creux
sont transportés dans le sens de - V. Or dans la limite des fluides non visqueux, les particules fluides
VI-13

Puisque les champs vrais et les champs de base vérifient tous les deux les équations et les
conditions aux limites on peut toujours former, par différence, les équations et conditions aux limites
que doit vérifier la perturbation. La théorie linéaire suppose, par principe, que la perturbation est
assez petite pour que les termes non linéaires puissent être négligés. Les équations du mouvement
perturbé s'écrivent alors:

(VI. 4)

Et les conditions aux limites imposent en général que u'i ou certaines dérivées de u'i soient nuls ou
con~inus sur certaines frontières. Le point essentiel ici est le fait que ces équations et conditions aux
limites soient vérifiées par la solution identiquement nulle: u'i = p' = o. La recherche des conditions
d'instabilité se ramène alors à la recherche des conditions de soIvabl7ité, telles que ce système
linéaire et homogène admette des solutions autres que la solution identiquement nulle.

La linéarité du système autorise d'abord à chercher à séparer les variables en cherchant des
solutions sous la forme

'"
~.
.f,
-_ e-j. wt .u.(~)
Â

-(.
...
J p=e-.ieût: p'1.
1 " , ..)
. (VI. 5)

Elle autorise aussi à décomposer la solution en modes normaux en écrivant chaque grandeur g'
sous la forme

(VI. 6)

...
Chaque mode normal est caractérisé par un vecteur d'onde k = (kx' ky ' 0) en général contenu dans
une surface. Dans le cas des instabilités de Kelvin-Helmoltz ou de Rayleigh-Bénard ce vecteur
d'onde est effectivement situé dans un plan. Dans le cas des instabilités de Taylor-Couette il est situé
sur un cylindre circulaire de rayon r et peut être décomposé en composantes kz et k i l ' On
comprend bien que. lorsque k et k sont des nombres réels, chaque mode normal représente une
x y
1/
perturbation sinusoïdale de longueur d'onde ~ ~ i(J . la partie imaginaire de w représente
alors le taux d'amplification du mode considéré ; ce mode ne s'amplifie que si :lm (w» 0 ; il sera
dit stable si :lm (w) < o. La partie réelle de w représente la pulsation de cette
perturbation ; si elle est non nulle cela signifie que la perturbation est une onde qui se propage à la
vitesse de phase /Re (W)1/k 1·
VI-14

La linéarité du système (V1.4) permetd'analyser séparément la stabilité de chaque mode


normal, et d'oublier, en pratique, qu'une perturbation quelconque est en réalité une somme de
modes. Pour que l'écoulement soit stable il faut bien entendu que tous les modes le soient. Pour
qu'il soit instable·iI suffit qu'il existe une valeur de ktelle que Jrn. (w) > o. La perturbation est
donc écrite
~
.i,(k.~ - c.>t;)
JJ.,'.
.(, = U.. Cl) e
.. ~
(VI. 7)

e ~ ( k.'L - CJJI: )
~

P' = PCt) .

"" A
Les fonctions Uj (z) et P (z), qui caractérisent la variation de l'amplitude dans la direction
orthogonale au plan du vecteur d'onde, sont des fonctions propres essentiellement contrôlées par
les conditions aux limites.
Comme dans tout problème aux valeurs propres le système linéaire et homogène formé des
équations (V1.4) et des conditions aux limites ne peut être vérifié par une solution de la forme (V1.7)
que si une certaine équation caractéristique

F ( w ,kx' 1< , Re' ...) =0 (VI. 8)

est vérifiée. Celle-ci relie les paramètres de la perturbation (Cù,k,


x k)
y aux paramètres de
l'écoulement (Re, ...). Le premier enjeu d'une étude de stabilité consiste donc à obtenir cette
équation caractéristique. Cela fait, on peut en déduire d'importants résultats.

En écrivant que 7'rte )J::~), on obtient d'une part l'équation de la courbe neutre

Re = f (k) (VI. 9)

Et d'autre part on obtient la partie réelle de l.ù en fonction de k, c'est-à-dire l'équation de


dispersion Cù (k) des ondes (si celles-ci existent).

La courbe neutre se situe donc dans un plan (Re, k) où elle caractérise l'ensemble .des
points tels que :J~ (<.&J):: 0 . Elle sépare un domaine où 3m tu))) 0, c'est-à-dire un domaine
d'instabilité, d'un domaine où ~ (wJ<o c'est-à-dire un domaine de stabilité. Elle présente en

=, ..k \) susceptibles d'être instables. Cette bande n'existe qu'au-


général un minimum (ou plusieurs) comme sur la figure V1.12. Pour un nombre Re donné, on note la
bande MN des nombres d'ondes (k
dessus du minimum, c'est-à-dire seulement si Re > Re*. Cette condition est la condition d'instabilité
recherchée.
VI-15

1
_____ L __ ~~

1
1
1
1
1

Figure VI. 12- Courbe neutre et conditions critiques

La courbe neutre indique aussi la valeur k. du nombre d'onde qui sera le premier a être
excité lorsque l'on franchit la condition d'instabilité. Au-delà de la courbe neutre, lorsque Re > Re. le
taux d'amplification varie le long du segment MN, en s'annulant en M et' N (pour k = kmin
. et
k = kmax), et il est maximum pour une valeur de k rarement très différente de k•.

Il est bien clair que la grandeur portée en ordonnée peut ne pas être un nombre de
Reynolds. C'est notamment le cas dans toutes les études de stabilité en fluides non visqueux. Mais
c'est toujours une grandeur liée au mécanisme moteur de l'instabilité 01 dans l'instabilité de Kelvin-
Helmoltz, A T dans l'instabilité de Rayleigh-Bénard).

111.2 - Application à la stabilité des interfaces fluides

L'état non perturbé est représenté sur la figure: deux fluides illimités dans les directions ~ .. qJ
et '}--oo , de densités p, et Pl. ,s'écoulent aux vitesses - V et V
parallèlement à l'interface plane et horizontale z = o.

u= f-V~
y~ 011.10)

Si l'on néglige les phénomènes de viscosité l'étude de la stabilité de cet écoulement est
relativement simple. Et elle permet de dégager un grand nombre de résultats que la prise en compte
de la viscosité ne modifierait que très peu car les nombres de Reynolds pertinents sont en général
VI-16

extrêmement grands.

O· --.....-.
----.-:r--.
..... .--

Figure V/.13 - Instabilité de Kelvin-Helmoltz. Principales notations.

Dans ces conditions l'écoulement perturbé dérive d'un potentiel ~ (x, y, z,t). On note
donc la perturbation de vitesse:

...
--U/ = V ri.Y' ·

L'équation de continuité impose à ce potentiel de vérifier l'équation de Laplace:

(V1.12)
J1qS= O.

Soit une perturbation de l'interface, dont l'équation instantanée s'écrit:

(V1.13)

La fonction doit satisfaire les conditions à l'infini:

't2 (rr.
ri. lt (JI)
/41 1
/:) = 9., ('X, ~ 1. - c:J) t:) = O. (V1.14)

A l'interface les particules fluides doivent avoir le même déplacement vertical que l'interface, faute de
quoi le contact entre les deux fluides serait rompu. Ceci s'écrit:

~
dt:
VI-17

et se décompose, dans chaque fluide, en :

cl QS2. V?l V d1[


B} ('t[) = ~ + 'd~ = .1.1 ( v~1l. - w)
(V1.15)
'd ~4 ~ v~ -::. -.i?t
d}
(
~
)
= 'dl: a'X (V~ ')f, + w).
.

Ces conditions aux limites (V1.14) et (V1.15) suffisent à déterminer le potentiel de vitesse ~ .
Mais il restera à écrire la condition de continuité de la contrainte normale à l'interface. La
décomposition en modes normaux

(/:> = et>"'" C}) e. .i(~ 1(,


'lC. +-~ ((
• ~d"
-cJ t )
(V1.16)

transforme l'équation (V1.12) en:

(V1.17)

où ~ = ~x ~ ~Y' La solution qui vérifie (V1.14) s'écrit:

(V1.18)

Les conditions à l'interface (V1.15) s'écrivent donc:

C2 =~ (c.,) - V ~'X )

(V1.19)
=- T
-A
Co{ (W +- V~?4. ) ·

Finalement, à la forme perturbée de l'interface (V1.13) correspond le pbtentiel de vitesse:

~2 = .i. : (vJ _ V A?\) e-.st} +-..i ( ~~')(, + -4~ ~ - CA,) 1: )

. Il ~} l-1. (~ ')(, 10 ~ 't - w t: ) (V1.2D)


~ =- ..c. 1: (<A) + V R.,J e 1(, ~ •
VI-18

La pression vraie p vérifie les équations d'Euler:

(V1.21 )

où U vaut ± V suivant le fluide considéré. A l'interface la pression vraie a donc a priori deux valeurs
possibles:

(VI.22)

Or ces deux pressions doivent être liées par la loi de Laplace (voir cours de 1ère année) :

A2 - ~1 = rr(...:!..
Rf
+..:!-)
R~
OÙ R1 et R2 désignent les rayons de courbure principaux de l'interface et la tension
superficielle au c'ontact des deux fluides, soit encore:

(V1.23)

En substituant les expressions (V1.22) dans cette relation (V1.23) on obtient la condition de
soIvabHité cherchée, puisque A s'élimine tous les termes étant proportionnels à 't (les deux
constantes 8 1 et 8 2 devant être égales) :

111.3 - Premier exemple: Instabilité de Rayleigh-Taylor

Le cas le plus simple correspond à V = 0 (deux fluides au repos). Alors:

~-~ (T~3 (VI.25)


<:.ù1J.:
~~ f,~~
+- --
~ '# P2
Il est clair que c:..v est réel si P1 > P2 (fluide le plus lourd en-dessous). La condition
VI-19

d'instabilité :hn (CAl» 0 s'écrit:

(VI. 26)

Elle montre que, si le fluide le plus lourd se trouve au-dessus de l'interface, tous les nombres d'onde
inférieurs à k. = J~ (P2 - Pt) sont instables. Cette instabilité est connue sous le nom d'instabilité
de Rayleigh-Taylor. q- .

Dans les conditions habituelles d'une surface libre liquide ( ~ ~ 10 3 R~. 1)1\.-3 ) située au-
dessous d'un gaz lp2 < < 91)' l'information importante fournie par la relation (V1.25) est la célérité
(vitesse de phase) des ondes susceptibles de se propager:

(VI. 27)
= c.J =
T
On distingue habituellement les deux branches asymptotiques de cette courbe ~ ( ~) :

- ondes de gravité :
-l«/;;
- rides capillaires : Ai. - ~ >'> I,;~

'"--

'2 3
Figure V/.14 - Vitesse de phase des ondes à la surface de l'eau

111.4 - Second exemple: Instabilité de Kelvin-H~lmholtz

L'équation caractéristique (V1.24) est du second degré en te) avec des coefficients tous
réels. Pour qu'il y ait instabilité, il faut que le discriminant soit négatif et que l'équation ait deux
VI-20

racines imaginaires conjuguées; l'une d'elles représente alors une onde amplifiée. On a :

2-

L1 := - -/6 ~ ~ y2 :: + " ( ( +~ ) [ 1(e-p,) +- rrRJ. (VI. 28)

A l'évidence les perturbations les plus instables sont telles que k = k, c'est-à-dire que le vecteur
x
d'on~e soit colinéaire aux vitesses des deux fluides. Ce résultat peut être vu comme un exemple
d'un résultat beaucoup plus général connu sous le nom de Théorème de Squire, disant que les
perturbations les plus instables sont bidimensionnelles (le théorème de Squire est valable pour tous
les écoulements parallèles, quelque soit le profil de vitesse U (z)). La perturbation la plus instable
s'amplifiera donc, même si P1 > P2 (fluide le plus lourd au-dessous), pourvu que

> ~ (P,-f,)
If(-1 2
+- cr~. (VI. 29)

On obtient l'équation de la courbe neutre en remplaçant le signe > de cette inégalité par un
signe =.

y'J.
*

Figure VI.IS - Instabilité de Kelvin-Helmholtz. Courbe neutre.

Le minimum de la courbe y 2 = 'J.(f.- t:.) .,. û B est atteint lorsque k = k*, avec
R -1 :2,

(VI. 30)
VI- 21

Et l'ordonnée du minimum y2 * se déduit aisément de la variante suivante de l'équation de la courbe


neutre:

(V1.31 )

~
Si k = k*, on obtient y. fi :2-(D-0) , d'où la valeur critique de V :
~ ~ If J~ '2

(VI.32)

On notera bien que V n'est pas la différence, mais la demi-différence des vitesses:
V = 1/2 1U2 - u11·

Dans le cas de l'air !P2 = 1,25 kg.m-3) et de l'eau (P1 3 3 2


= 10 kg. m- ) , avec 9 = 9,81 m.s·
2

et (j = 75 dyn.cm- 1, on trouve: . ~

-1
c::m. ,
-1, 14 cm...

Dans ces conditions critiques rJ = V* et k = k*) telles que L1 = 0, la seule racine de


l'équation (V1.24) est:

(VI.33)
ec..>M =-

On en déduit la vitesse de phase de ces ondes marginales (ni amplifiées, ni amorties) :

(VI.34)

Pour le couple eau-air on obtient ~ ~ - 14,33 m.s·1. Le fait que cette vitesse (comptée
dans le repère se déplaçant à la vitesse moyenne des deux fluides) soit du même ordre de grandeur
VI-22

que V*' signifie que la célérité de l'onde par rapport au fluide le plus lent (l'eau) est très faible:

Ces valeurs expliquent la remarque de Lord Kelvin : uObservation shows the sea to be ruffled by a
u
wind of much smaller velocity than this .

IV - APERCU SUR LA THEORIE NON-LINEAIRE

IV.1 - Limites de la théorie linéaire et enjeu d'une théorie non-linéaire

Les exemples décrits ci-dessus mettent en évidence la valeur des résultats susceptibles
d'être obtenus à partir d'une théorie linéaire. Ce sont essentiellement les conditions critiques:

- Valeur du paramètre lié au mécanisme déstabilisant au-dessus de laquelle certains modes


normaux sont amplifiés.

- Propriétés des perturbations marginales (nombre d'onde, et vitesse de phase si ces


perturbations sont des ondes).

Il est bien clair que l'amplitude des perturbations demeure totalement inconnue, même si
elle demeure très petite. Cela tient au fait que le système général des équations et conditions aux
limites est linéaire et homogène et, comme tel, ne peut donner aucune information sur l'évolution de
l'amplitude des perturbations.

Or les expériences montrent bien qu'au-delà du seuil d'instabilité, certaines lois


reproductibles existent. A titre d'exemple la figure VI.16 montre l'évolution du couple dans
l'expérience de Taylor-Couette. Les mesures sont en accord avec la loi (VI. 1) au-dessous du seuil.
Mais au-dessus de ce seuil on voit néanmoins les points expérimentaux se grouper sur une courbe
bien définie.

Ces lois expérimentales ne sont cependant pas toutes aussi simples que celle-ci. Ainsi dans
le cas de l'écoulement de Poiseuille, on peut noter un phénomène d'hystérésis illustré sur la figure
V1.17. La transition dans le sens des débits·croissants se situe toujours nettement plus haut que la
transition dans le sens des débits décroissants (située au voisinage de Re ~ 2000).
VI-23

1.0

,,
,,
,,
0.1 ,,
,,
,,
,,
,,
,,
,,
,,
,
0.0 1 - -......._'"--'---Ioo--"-l'""-ol....l~ ..'--"""""'-----I.----I.---I-...L....J'-L'...'~I_'..::::'~
10 10 2
Re

Figure VI. 16- Variation du couple G en fonction du nombre de Reynolds


Re = .t21R.., (7<2- R.,) /»
pour.tJ.a = 0, R1 = 1 cm, R2 = 2. cm, H = 5 cm,
y = 0,1226 cm 2.s"1, f = 0,8404 gr.cm-3.

Les transitions que nous venons d'évoquer entre divers régimes, c'est-à-dire entre diverses
solutions des équations générales, sont appelées des bHureations. Celles-ci peuvent être de
plusieurs types parmi lesquels on peut notamment citer celles qui correspondent aux deux cas
évoqués ci-dessus. Les bHurcations supercritiques qui correspondent à l'instabilité de Taylor-
Couette, ne donnent lieu à aucun hystérésis, et permettent de passer continuement de la solution de
base à la solution bifurquée (seule stable au-dessus du seuil R*). Au contraire la figure de droite
montre une solution bifurquée qui ne peut être stable que par morceaux et qui conduit à des
phénomènes d'hystérésis. On notera bien que chaque point sur les courbes (en trait plein ou en
tirets) représente un régime bien défini. Les courbes en pointillés représentent des trajectoires entre
ces régimes.
VI-24

1
1
1

1
.,....... 1
, ...... -- ........ -- 1
1 --- ....... -- __ _.
i--.-........-P~..,..----I----...;;::..:::.- - -- - - - _

Q ~ JO"
1t-
Q

Figure V/.t7 - Caractéristique de l'écoulement de Poiseuille


au voisinage de la transition.

Bifurcation supercritique Bifurcation sous-critique

Figure V/.tB- Diagrammes de bifurcation typiques


VI-25

L'enjeu d'une théorie non-linéaire apparaÎt donc tout à fait formidable. Il consisterait à
prédire ces diagrammes de bifurcation pour toutes les transitions successives, et de plus à conduire
à des équations d'évolution dans l'espace et dans le temps de l'amplitude A des perturbations. En
cas de succès èette théorie devrait décrire la naissance et le développement de la turbulence. Cet
objectif n'est att.eint qu'exceptionnellement, et encore .dans le cadre de modèles (c'est-à-dire de
représentations inexactes) des phénomènes réels. La figure VI.19 montre le diagramme de
bifurcation auquel conduit le modèle de Lorentz pour l'instabilité de Rayleigh-Bénard. On sait que ce
modèle tronqué à 3 modes ne représente pas exactement le phénomène. Il est néanmoins d'un
intérêt pédagogique considérable.

IV.2 - La théorie de Landau

Cette théorie intuitive n'a reçu qu'une confirmation partielle depuis que Landau l'a proposée
en 1944. Par exemple l'apparition de la turbulence, vue par Landau comme le résultat ultime d'une
suite infinie de transitions faisant naÎtre chacune l'un des "degrés de libertés" est maintenant
abandonnée. Néanmoins à l'autre extrémité (au voisinage de la première transition) cette théorie a
. reçu une confirmation suffisante et demeure sans doute l'introduction la plus simple aux difficultés
majeures de la théorie de la stabilité non-linéaire.

attracteur étrange

::~'7-----;
, \,
.. _
, \ -- -
/ bifurcation
de Hopf
1 l 't ";-r -- "t'
: :~...i---:.\_~{~\"'MI':~"''''-'''-T;_/~s-crl .que
\,: "~ ..... ,,,
.......'.,,'-
--- --1---
.......
/....~ ....
, ,
: ~:---;~--.;..'~I~~--.:.t
: 1 1 ~:
l ,1 l ,
,
, ,
l '
\,
,
\,." ...
1

\,' \~;. ..............


"1..-'- .. -
roo 13 :926 24:06 24:_74_ _~,.
i
• chaos métastable _ r
létal.], 2 étals stationnaires ~\:Ilao!.ique
stationnaire

Figure VI: 19- D~agramme de bifurcation du modèle de Lorentz


pour l'instabilité de Rayleigh-Bénard.
La variable r représente le rapport Ra / Ra•.
(D'après Bergé, Pomeau, Vidal, 1984)
VI-26

La théorie linéaire montre que des modes indépendants, chacun de la forme

(V1.35)

avec une amplitude complexe A ~est où l'on notera s = CT-~W ,peuvent se développer. Lorsque
R < R* ces perturbations sont stables: cr < 0 (R désigne ici soit le nombre de Reynolds, soit
un nombre analogue lié au rapport du mécanisme déstabilisant au mécanisme stabilisant). Lorsque
R = R* seul un mode normal avec A-( :: ~ -10 ~ cv.., est marginalement
stable: 0.; > 0, mais (j = 0 pour tous les autres modes. Quand R est suffisamment grand

ces autres modes deviennent à leur tour instables. On peut souvent montrer que:

0; = k (R-~if') -#- o {(R-"R.,fl] · (VI. 36)

4 ~ ... R.

Landau propose de décrire l'instabilité par l'équation:

= (VI. 37)

où JAl serait l'amplitude du mode dominant au sens de la théorie linéaire. Le coefficient e,


appelé constante de Landau, reste à exprimer en fonction des paramètres de
l'écoulement. Posons X =IAr . L'équation s'écrit encore
2

dX + 2a-X __ /J. (VI. 38)


dt" 11

Elle s'intègre alors de façon élémentaire à partir de la valeur initiale X (t = 0) = Xo pour donner:

.e -2 ut 2,
X : ( Xo - -
20-) e + 20- (VI. 39)

En revenant aux amplitudes, et en notant Ao la valeur de lA}, on a donc:

(VI. 40)
VI-27

Envisageons d'abord le cas où e> 0 et R > R* (ce qui


entraîne rr > 0). Lorsque t ... 00 et A ' " 0 la solution (V1.40) prédit un comportement:
o

JAl (V1.41 )

La valeur limite A 1 apparaÎt alors indépendante de .Ia valeur initiale Ao . Pour R > R*, un nouvel état
stationnaire existe donc, indépendant de l'amplitude initiale, mais dont la phase, caractérisée par la
pulsation W., , peut être liée aux conditions initiales. D'après (V1.36) on a encore:

(VI. 42)

Ainsi, si 0 < R - R* < < 1, A demeure assez petit pour que l'on puisse penser que l'équation de
1
Landau (V1.37) est correcte, malgré l'absence de termes d'ordre 1~/6 ou d'ordre supérieur. Les
figures suivantes montrent, d'une part l'évolution A (t) ,suivant que Ao > A 1 ou Ao < A 1, et d'autre
part la variation A (R). Ce type de bifurcation est typique d'une bifurcation supercritique. On
1
remarquera aussi, si À, < 1)., l'équation de Landau et sa solution (V1.40) confirment la théorie linéaire
puisqu'alors lAI ~ ,qo e rI; ...... 0 .

1 ~I
: ~ ~ 'R- R,.) 2
l
~------~---~----~
o · "R,. ~

Figure V/.20 - Bifurcation supercritique


VI-28

Envisageons maintenant le cas où e< 0 et R > R. (ce qui entraÎne encore a- > 0). Alors
les deux termes du second membre de (V1.37) sont positifs et la croissance de A (t) doit être plus
rapide qu'une croissance exponentielle (comme si €. était nul). La solution (V1.40) indique alors que
1A \ devient infini au bout d'un temps fini t 1 tel que le dénominateur s'annule:

(VI. 43)

En réalité on n'observera pas ce phénomène catastrophique car avant t = t 1 les termes d'ordre 1A1&
et supérieurs auront modifié cette tendance. On peut penser que le comportement réel connaÎtra
une transition rapide vers la turbulence.

Si maintenant e< 0 et R < R. (ou (j < 0) les deux termes du second membre de (V1.37)
ont des signes opposés; c'est le terme non-linéaire qui est amplificateur alors que le terme linéaire
est amortisseur. Donc, suivant que JAI est supérieur ou inférieur à un niveau critique:

fi
~
= J(-2rr)
(-2)
(VI.M)
~

l'amplitude va croÎtre ou décroÎtre. Si Ao < A 1 l'amplitude d.écroÎt comme:

(VI. 45)
JA} ~

Par contre, si Ao > A 1, alors lAI devient infini en un temps fini t 1 tel que

.,é : _1_ (VI. 46)


., (-20- )

Les deux graphes suivants illustrent cette bifurcation dite sous-critique, parce qu'il existe un
seuil minimal d'amplitude requis pour que la perturbation puisse se développer. Landau a suggéré
que dans ce cas une seconde valeur critique R•• du nombre R doit exister au-dessous de laquelle la
solution bifurquée n'existe pas. Alors la courbe du graphe A 1 (R) possèderait une autre branche
permettant à A de croître avec R. Mais l'équation de Landau à elle seule ne prédit pas cette
1
branche. On notera bien que la solution bifurquée est instable (courbe en tirets).
VI-29

Figure V/.21 - Bifurcation sous-critique.

On aura noté que Landau a eu l'intuition de la forme d'équation (VI. 37) , à partir de laquelle
maints comportements observés peuvent être interprétés. Depuis 1960, dans de nombreuses
configurations cette équation a pu être obtenue à l'aide de techniques rationnelles qui ont toutes en
commun l'idée d'une assez faible non-linéarité. Des méthodes de perturbation, basées sur un petit
paramètre (par exemple ê = R - R*), ont permis le calcul de la constante de Landau en
fonction des paramètres du problème. Ces techniques débordent largement le cadre de ce cours.

REFERENCES SUR LE CHAPITRE 6

CHANDRASEKHAR S., "Hydrodynamic and Hydromagnetic Stability", Clarendon Press, 1961.

DRAZIN P.G. and REID W.H., "Hydrodynamic Stability", Cambridge University Press, 1981.

SERGÉ P., POMEAU Y. et VIDAL Ch., "L'Ordre dans le Chaos", Hermann, 1984.
ANNEXE

SUJETS D'EXAMENS POSES AU COURS DES ANNEES ANTERIEURES.

(Certains sujets ont été proposés par:


Ph. CAPERAN
Y. FAUTRELLE
M. FAVRE-MARINET)
ii

IMPLOSION D'UNE BULLE

(FEVRIER 1980)

Dans les machines hydrauliques comme les turbines et les pompes, des
dépressions locales assez fortes peuvent apparaître dans certaines régions comme l'intrados des
. aubages. Si la pression locale devient inférieure à la tension de vapeur saturante du fluide pq
une bulle de vapeur se forme, qui peut contenir aussi un gaz éventuellement dissout dans le liquide.

Le problème posé consiste à étudier le collapse de cette bulle après qu'elle ait été
convectée dans des régions de plus haute pression, dans le cadre schématique suivant:
- il n'y a pas de gaz dissout
- les forces de pesanteur sont négligeables aussi bien dans le liquide que dans la bulle
- les variations de température sont négligeables
- il n'y a aucun retard à la vaporisation ou à la condensation
- le liquide et sa vapeur sont des fluides parfaits et incompressibles.

Question 1 - Montrer que la pression intérieure pv demeure constante.


Soit PI la pression dans le liquide, supposée constante, à des distances de la bulle assez grandes
pour que les variations de pression dues au mouvement engendré par le collapsesoient
négligeables. Pour plus de simplicité on introduit la pression relative p = PI - Pv ; tout se passe
comme si p = 0 dans la bulle et p = Po> 0 au loin.
Les conditions initiales sont les suivantes:

Si t < 0 : Pext = P 0 p."nt = Po


rayon de la bulle = Ro

Si t = 0 : brusque variation de pression extérieure


Pext = Po Pint = 0
rayon de la bulle = Ro

Si t > 0 : Pext(r .. <)C) ) = P


0
Pint =0
rayon de la bulle = R(t)

Question 2 - Etant donné la symétrie sphérique quelle est la relation entre la fonction R(t) et la
fonction Q(t) où Q désigne le débit du puits qu'il faut imaginer au centre de la bulle pour représenter
le mouvement dans le liquide?

Question 3 - Etablir en appliquant le théorème de Bernoulli l'équation différentielle en R(t) qui permet
le calcul de cette seule inconnue du problème.

Question 4 - D'une première intégration de cette équation déduire la vitesse de l'interface en


iii

fonction du rayon de la bulle, et montrer que cette vitesse devient nécessairement supersonique.
Calculer la vitesse atteinte dans de l'eau lorsque Po = 1 atm. et R.:: ~
-10

Question 5 - La durée du collapse est-elle finie? Si oui, donner une valeur approchée de cette durée
T dans le cas d'une bulle d'eau de 1 mm avec Po = 1 atm., et en déduire une valeur moyenne
significative de la vitesse de l'interface.

Question 6 - Est-il justifié de négliger les forces de pesanteur dans le liquide et pourquoi?

Question 7 - Pour mieux comprendre et interpréter énergétiquement les résultats obtenus, retouver
l'équation différentielle en R(t) en appliquant le théorème de l'énergie cinétique à l'ensemble du
liquide.

Question 8 - Le phénomène inverse de celui étudié ci-dessus est celui d'une explosion sous-marine,
qui consiste à faire apparaÎtre dans le liquide une cavité remplie d'un gaz dont la pression initiale est
largement supérieure à celle du liquide. Que faut-il changer au calcul précédent pour traiter ce
nouveau problème? (II n'est pas demandé de traiter ce nouveau problème).

N.B.: 1) La première solution du problème du collapse d'une bulle est due à Lord Rayleigh (1917)

2) La solution complète de ce problème peut être rédigée en 3 ou 4 pages.


iv

VORTEX DANS UN ANGLE DROIT

(FEVRIER 1981)

Lorsqu'un bassin à surface libre se vide par un orifice circulaire situé au fond un tourbillon
apparaît. On se propose d'étudier les efforts engendrés par ce tourbillon sur les parois verticales du
bassin. On schématise la situation en négligeant les autres composantes de la vitesse et en ne
prenant en compte que ce tourbillon dérangé par les parois. On se limite à la configuration la plus
dangereuse d'un tourbillon situé au voisinage d'un coin. On suppose donc le bassin infiniment
grand et le problème se ramène alors à l'étude d'un tourbillon au voisinage d'un angle droit (voir
figure 1). Pour simplifier encore le fluide est supposé parfait et le tourbillon est assimilé à un vortex
de circulation r situé sur la bissectrice de l'angle droit à la distance r du coin.

1. Former le potentiel complexe de cet écoulement.

2. Etablir la distribution de la vitesse due au tourbillon sur la paroi Ox, en fonction de la


distance x.

3. Etablir la distribution de pression le long de cette paroi Ox (on notera Po la pression à


l'infini). Préciser la valeur de la pression au coin et montrer qu'il existe une dépression ~ont oh
calculera le maximum.

Pour illustrer de quelle manière cette distribution de pression peut être modifiée lorsque le
coin du bassin est arrondi, on suppose maintenant que la paroi à bord anguleux (Ox, Oy) est
remplacée par une paroi dont la trace sur le plan (Ox, Oy) est une hyperbole équilatère
d'asymptotes Ox et Oy passant à la distance À du point 0 (voir figure 2). Le paramètre A
susceptible de varier de 0 à r, permet de représenter un arrondi plus ou moins important.

4. Proposer une transformation conforme qui permette d'étudier cet écoulement d'un vortex
dérangé par une hyperbole.

5. Former le potentiel complexe de cet écoulement.

6. Etablir la distribution de pression le long de cette hyperbole et souligner les différences


essentielles entre celle-ci et celle trouvée en 3.

7. Exprimer le rapport des dépressions trouvées en 6 et en 3 en fonction du paramètre À

8. Si vous deviez construire ce bassin, quelle valeur de À choisiriez-vous et d'après quels


arguments?
v

;r ~ r
/
.IL /
/
/
/
/
o o

Fig. 1 Fig. 2
vi

ECOULEMENT PERISTALTIQUE DANS L'URETERE

(NOVEMBRE 1981)

Le problème consiste à analyser les mécanismes et à définir les caractéristiques de


l'écoulement de l'urine dans l'uretère (entre les reins et la vessie). Cet écoulement est
essentiellement caractérisé par le fait qu'il n'y a aucune différence de pression entre les deux·
réservoirs situés aux deux extrémités de cette conduite simple et très longue. L'urine arrive
cependant goutte à goutte dans la vessie. On a pu observer l'uretère par radioscopie et mettre en
évidence son mouvement péristaltique; on a pu également, en y introduisant un cathétère, mesurer
la variation de la pression au cours du temps à une abscisse fixée. Ces urogrammes et ces
déformations de l'uretère sont illustrés sur les figures jointes. Les questions posées ci-dessous
ouvrent une première approche du problème mais elles ne sauraient, à elles seules, permettre une
étude exhaustive. Les étudiants qui souhaiteront approfondir le sujet pourront se reporter à l'article
suivant et à ceux qu'il cite en références :

P.s. Lykoudis and R. Roos. The fluid mechanics of the ureter from a lubricationtheory point
of view, J. of fluid Mech. (1970), vol 43, part 4, p 661 - 674.

2
On admet que l'urine se comporte comme de l'eau et a une viscosité \) = 0,007 .cm /s
(celle de l'eau à 40°C). On admet que l'écoulement est engendré par la propagation d'une
contraction vers l'aval, à une célérité c. Le long de l'uretère ces contractions sont séparées d'une
longueur À telle que la période mesurée des pics de pression soit T =c: / À . On notera Ro le
rayon minimum de l'uretère et a l'amplitude des variations du rayon. Chez l'homme ces grandeurs
ont des valeurs proches des suivantes :

c = 2 cm/s, 1\= 0,02 mm, a = 2 mm , À = 24 cm

L'écart de pression maximal est voisin de 25 mm de mercure.

1) Etablir avec précision et concision l'ensemble des hypothèses qui permettent de réduire
les équations du mouvement (dans un repère cylindro-polaire mobile avec la contraction) au
système suivant :

+ i~ ("'t.1r) :::: 0

: {-* (~~~)

Dire si vous jugez que cette approximation est légitime pour le mouvement péristaltique de l'uretère.
De toute façon, pour la suite du problème, on utilisera cette approximation.

2) Ecrire les conditions aux limites qui doivent être associées à ces équations et en déduire,
vii

en fonction d'une loi R(x) (variation du rayon de l'uretère avec l'abscisse) pour l'instant inconnue les
expressions :

- de la distribution radiale de la composante de vitesse longitudinale u,

- du gradient de pression longitudinal al'/ ê>"(, 1

- du débit instantané q vu par l'observateur mobile avec la contraction,

- du débit a vu par un observateur stationnaire.


Afin d'éviter toute ambiguité sur la signification des débits q et a on précisera l'expression
du volume d'urine amené dans la vessie pendant une période T ; on le notera ttJ-.

3) En admettant que la fonction R(x) puisse être.approchée par l'expression suivante:

R0 + 2a.. ~ Ai E (01 i)
{
t'X..
À
R=
Ra + .2 0. (1- ; ) 4i IX. E ( ~ 1 ;\ )

calculer les quantités q, a et 'If, exprimer la variation de pression p(x) sur une longueur d'onde
et tracer la courbe correspondante. On tiendra compte du fait que CÀ. > > Ro ·

NOTE: les variations de R(x) ont été choisies aussi simples dans le seul but d'abréger les calculs.
Les étudiants intéressés pourront reprendre cette question avec la fonction:

R -- R a +

Ils constateront que ce choix meilleur modifie très peu les résultats.

4) La comparaison du graphe p(x) obtenu à la question précédente (aisément prévisible à


partir de l'expression de'al' I~?C. obtenue à la question 2) avec les urogrammes
expérimentaux met en évidence les défauts de la thèorie proposée:

... le pic de pression obtenu juste avant la contraction est nettement trop faible (d'un
facteur 25 environ),

- la durée de la surpression est elle aussi beaucoup plus faible.

Dire, avec des arguments précis à l'appui, quel est le point qu'il faut modifier dans cette
théorie pour l'amener en accord avec les résultats observés, et proposer une modification. On
pourra se limiter à une analyse des ordres de grandeur pour montrer que cette modification
proposée est bien celle qui convient.
~ dJurir
(,0.)
Co.Ql~

- - - - - - -'- 1?J~tX-
l\))
----
30
- - - - - - - - lhufàNL. dJur\\- Âp &0
le) _.~

da. ..,. ..-4&

r - - - V~~ 3 " ~ ~t ..cS A~ ft 21t ').1


t ~~.

r - UJuliw.. d~ Forme instantanée de l'uretère: (a) à l'échelle, (b) en


1 dilatant les rayons 5 fois, (c) urogrammes typiques. ~:
1
1
1
1
r
L __

LE REIN, L'URETERE
ET LA VESSIE CHEZ ~-rCA..o
u,U~ac..
L'HOMME
• , 1 ~

o t. ).. fY-
~
" ~.&.,... (\
-. - D~f:u.. \w-I.\Q)/

',,- - UtillAL (~~) Schéma géométrique de l'uretère à la question 3.


xi

ECRASEMENT D'UN FILM VISQUEUX

(MARS 1983)

Le problème consiste à étudier la loi d'écrasement d'~n film visqueux par un disque de
masse M et de rayon R.

1. Si V(t) désigne la vitesse du disque, comment s'écrivent les équations du mouvement du


disque? Montrer qu'il faut nécessairement étudier au préalable le mouvement du fluide pour pouvoir
résoudre ce problème.

2. Quelles sont les équations et les conditions aux limites qui gouvernent le mouvement du
fluide et la pression à l'intérieur du domaine fluide? Comment se simplifient-elles dans le cas d'un
film mince très visqueux. Quel est le nombre sans dimension crucial pour apprécier la validité de
cette simplification?

3. Quelle remarque intuitive suggère de rechercher une solution de la forme:

et quelle est alors l'expression de w(r,z) ?

4~ Calculer le champ de vitesse dans le cadre de la simplification de-la question 2.

5. Calculer le champ de pression p(r,z) dans le film visqueux et tracer les deux distributions
de pression po(r) = p(r,o) et P1 (r) = p(r,h)

6. Quelle est alors la formulation précise des équations du mouvement du disque, qui
permet le calcul de la loi h(t) ? Quelle est la solution? (Si une nouvelle simplification est faite à ce
stade, en préciser les conditions de validité).

7. Si le disque n'écrase pas un film visqueux à surface libre, mais un film en charge (disque
noyé dans un grand réservoir) , que doit-on changer à cette théorie? Comment les résultats sont-ils
changés?
xii

1
r ~l
1

NOTATIONS:
r = distance de l'axe au point considéré
z = distance du sol au point considéré
u = composante radicale de la vitesse du fluide
w = composante verticale de la vitesse du fluide
V = vitesse du disque (dans la direction z)
p ~ pression
xiii

BUTEE AEROSTATIQUE

(DECEMBRE 1983)

Une butée aérostatique est un organe utilisé dans certaines machines tournantes pour
remplir les fonctions suivantes (cf. figures) :
- il sert de joint entre deux compartiments à différente pression;
- il sert de butée axiale pour le rotor de la machine grâce à un plateau qui vient
s'appuyer sur la butée. Pour éviter tout contact entre le plateau et la butée, on réalise un film de gaz
entre le plateau et la butée en injectant de l'azote dans le bassinet à une pression Pb. L'azote
s'écoulant de part et d'autre du bassinet évite d'une part toute contamination entre les deux
compartiments, et d'autre part maintient une certaine distance h (l'entrefer) entre le plateau (mobile)
et la butée (fixe) supprimant ansi tout frottement solide-solide.

On se propose d'étudier la butée en fonctionnement permanent et en statique (toutes les


pièces sont immobiles). Les hypothèses de calcul sont les suivantes:

- l'azote, gaz parfait. est isoterme. sa masse volumique est f = 1 kg/m3 à 2QoC
sous pressièn de 1 bar.
- la pression dans le bassinet est constante.
- on peut négliger la courbure du repère cylindrique (r, 9, z).

1. Calcul de l'écoulement

1) Donner la forme du champ de vitesse et établir les équations et les conditions aux limites
correspondantes en justifiant les approximations.

2) Calculer les champs de vitesse et de pression dans l'entrefer.

3) Calculer le débit massique d'azote à injecter.

4) Calculer les vitesses débitantes en sortie de bassinet et les commenter, compte tenu des
approximations des équations. Donner les nombres de Mach correspondants.

II. Calcul des forces

Quelle doit ~tre la force exercée par le ressort sur la butée pour maintenir celle-ci à la
distance h du plateau. •
xiv

A.N.: Pb = 2 bars ; Pi = 0,1 bar; Pe = 1 bar

viscosité dynamique de l'azote

R = 10 cm ; rbe = 10,2 cm ; rbi =9,8cm; ri = 8,8 cm

Re = 11,2 cm

J'te
R

/.
\
\~'e~
- j.~~~~",,- clr~ote,

'b~~
,-
1
'lb,
i~ 1?
huré..
Pe Fi
. --- 't,
).

VUE GENERALE

VUE DE DETAIL DE LA BUTEE


xv

ECOULEMENT AUTOUR D'UNE ELLIPSE

(MARS 1984)

On considère l'écoulement à grand nombre de Reynolds d'un fluide incompressible autour


d'un cylindre elliptique dont le grand axe est orienté dans la direction de la vitesse au loin. Sauf dans
les deux dernières questions, le fluide sera supposé parfait.

1. Quelle transformation de Joukovsky proposez-vous pour transformer un cercle de rayon R en


ellipse? Quelles sont alors les rayons principaux de l'ellipse?

2. Suivant la valeur de la circulation de la vitesse autour de cet obstacle, quelle peut être l'allure du
réseau de lignes de courant? (Former le potentiel complexe de l'écoulement, préciser la position
des points d'arrêt ainsi· que le comportement à l'infini des lignes de courant, et dessiner quelques
figures caractéristiques).

3. Soit '} = R e ;'B l'affixe d'un point quelconque du cercle générateur. Quelle est la valeur de
la vitesse U
o
sur le contour de l'ellipse en foncti~n du paramètre e ? Quelle relation permet d'en
déduire les variations de la pression p(9)? Donner l'expression de la différence de pression
maximale mesurable sur le contour de cet obstacle en fonction de la vitesse du fluide à l'infini et des
paramètres de l'ellipse.

4. Montrer que l'expression de l'abscisse curviligne s sur ce contour, comptée à partir du point
d'arrêt amont, peut s'écrire sous la forme:

On ne cherchera pas à calculer cette intégrale. Quelle est la signification de la longueur m qui
apparaît dans cette expression?

5. On s'intéresse maintenant à la couche limite qui se développe sur chaque demi-ellipse, et l'on se
limite au cas simple où r
= O. Quels sont les paramètres dont dépend l'épaisseur locale cS de cette
couche limite? Sans expliciter complètement la fonction liant cS à ces paramètres, pouvez-vous
réduire à un minimum le nombre des variables indépendantes?

6. Toujours dans l'hypothèse où r


= 0, en étudiant les valeurs prises par la dérivée df.t yds
pouvez-vous prédire si la couche limite doit -décoller? Dans le cas asymptotique d'une ellipse de
plus en plus mince, pouvez-vous préciser· vos conclusions à propos de ce décollement? Ces
conclusions sont-elles compatibles avec les propriétés de la couche limite qui se développe sur une
plaque plane de longueur finie?

REMARQUE: La question 4 est indépendante des autres et peut être sautée. L'expression de s
donnée dans cette question peut cependant être utile pour résoudre les questions suivantes.
xvi

ECOULEMENT DE HELE-SHAW

(DECEMBRE 1984)

On considère l'installation schématisée sur la figure: écoulement à surface libre d'un fluide
visqueux incompressible entre deux parois planes parallèles et verticales. On se propose de calculer
le débit Q et la variation de profondeur H(x). Les notations sont définies sur la figure. On admettra
que la pente de la surface libre est assez faible pour que l'écoulement puisse être supposé quasi-
parallèle.

1. D~ns cette première partie, le régime sera supposé hydrodynamiguement établi, et le profil de
vitesse sera pris de la forme:

1.1 - Reconnaissez-vous ce profil et que signifie-t-il ?

1.2 - Donner les expressions du débit Q, du frottement à la paroi ta ,et du débit de


quantité de mouvement M à toute abscisse x, en fonction des paramètres u et H.
m

1.3 - Donner l'expression de la poussée F exercée par le fluide situé à gauche sur le fluide
situé à droite d'une section d'abscisse x.

1.4 - Aplliquer le théorème des quantités de mouvement à une tranche de fluide, située entre
les abscisses x et x + dx, et en déduire l'expression générale de la loi H(x).

1.5 - Montrer que cette expression peut se simplifier, et proposer alors des valeurs du débit
Q et de la vitesse um à l'abscisse x = L. Quel est le sens physique des termes négligés? Voyez-vous
une raison fondamentale pour que ces termes négligés ne puissent jamais dominer les autres
termes?

Application numérique (pour la question 1.5) :


e = 2 mm ., H0 = 12 cm .' HL = 10 cm .' L = 2m
g = 10 m.s·2 ; \> = 10-2 st

Il. Dans cette seconde partie, on supposera que deux couches limites se développent sur chaque
paroi verticale et sont séparées par une région de vitesse U ne dépendant que de l'abscisse x. On
o
négligera l'influence des couches limites qui se développent sur le fond et sous la surface libre.

11.1 - Quelle relation lie la vitesse Uo (x) et la profondeur H(x) ? Pouvez-vous préciser
xvii

complètement les constantes figurant dans cette relation? On notera U = uo(x=o).

11.2 - On admet que le profil de vitesse dans la couche limite est bien représenté par
l'expression:

avec

où y est compté à partir de la paroi. Quelle est la relation entre ua (x), H (x) et E(x) qui exprime
l'invariance du débit?

11.3 - Pour simplifier la suite on admettra que

On dispose ainsi de 3 relations entre uo(x), H(x) et ~ (x) qui permettent de résoudre le problème.
Pouvez-vous rappeler brièvement quelle équation générale il aurait fallu écrire au lieu d'utiliser
l'hypothèse ci-dessus, pour fermer le système d'équations?

Il.4 - En supposant ~ < < 1 résoudre de manière approchée le système obtenu et


proposer des expressions simples de ~o eè ~.

Remarquez-vous une valeur singulière d'un paramètre essentiel de ces expressions? Pouvez-vous
interpréter ce paramètre et cette valeur singulière?

11.5 - Proposer des valeurs du débit Q et de la vitesse U = uo(x=o) à partir de cette théorie
développée dans la. partie Il. ·

III. Les valeurs du débit Q trouvées dans ces deux parties 1 et Il ne coïncident pas du tout. Cette
troisième partie a pour objet de les réconcilier.

111.1 - Proposer la méthode et préciser les relations à utiliser.

111.2 - Quelle valeur proposez-vous finalement pour le débit?


xviii

1
1
1
1
l
1 1 Ht'J.}
:-f
1/
L -- --------~--

e = 2 mm, Ho = 12 cm,

L = 2m, 9 = 10 m.s·2 , = 10.2 st


xix

TRANSFORMATION DE JOUKOVSKY

(MARS 1985)

1. On applique la transformation Z = ( t-)


~ ~+
2-
à un cercle (C) passant par les points
d'affixe z =±Q et centré en z = ib. Quelle est la courbe (S) ainsi obtenue?

2. Quelles· caractéristiques l'écoulement autour du cercle (C) doit-il posséder pour que l'écoulement
obtenu par la transformation ci-dessus :

- soit uniforme à l'mfini,


- possède la courbe (S) comme ligne de courant,
- n'ait pas de points d'arrêt autres que les extrémités de cette courbe (S) ?

3. Quelles valeurs prend la vitesse aux extrémités de la courbe (S) dans le plan Z ? Donner une
expression de la vitesse V en tout point de cette courbe (S). Existe-t-il une dissymétrie entre les deux
côtés de ce "profil squelette" ? Si oui, caractérisez-la en distinguant les expressions de V sur chacun
des deux côtés.

4. L'écoulement irrotationnel dans le plan Z exerce-t-il une force sur le profil squelette (S) ? Si oui,
quelle est la valeur de cette force? Pouvez-vous interpréter ce résultat à l'aide des différences de
pression entre les deux côtés du profil ?

5. Montrer que la transformation de Joukovsky définie en 1 s'écrit aussi:

Z+a
Z-Q.

Et montrer que le "réseau des croissants" obtenu par la superposition d'une source et d'un puits de
même débit placés en z = a et z = -a, se conserve globalement dans cette transformation.

6. Soit la transformation définie par la relation :

z ~q
Z-a.

Montrer que, si n '* 2, à un cercle (C) passant par les points d'affixes z = ± a
correspondre un profil formé de deux arcs de cercles distintcs (S) et (S') dont les tangentes aux
elle fait

deux points de contact z = +a et z = -a forment des angles 7tTr.

7. On considère l'écoulement obtenu à l'aide de cette nouvelle transformation, à partir de


l'écoulement autour du cercle (C) trouvé à la question 2. Quelle est la force exercée par cet
écoulement sur le nouveau profil ?
xx

ECOULEMENT AUTOUR D'UN DIEDRE

(FEVRIER 1986)

On considère l'écoulement à grand nombre de Reynolds autour d'un dièdre de demi-angle


au sommet lX . ~t l'on se propose de calculer le champ de vitesse autour de ce dièdre et la
poussée du fluide sur l'obstacle représenté sur la figure (dièdre coupé perpendiculairement à son
axe).

Pour analyser l'écoulement irrotationnel au voisinage des côtés OA et OB du dièdre, on


utilisera la transformation conforme définie par la fonction analytique

1. Montrer que, pour toute valeur fixée de n, aux parties positive et négative de l'axe réel du plan Z
cette transformation associe, respectivement, les côtés du dièdre et la partie négative de l'axe réel
dans le plan z.

2. Montrer qu'à l'écoulement uniforme de potentiel complexe w = UZ elle fait correspondre


l'écoulement cherché, et donner les composantes u et v de la vitesse en fonction des coordonnées r
et e dans le plan z. Montrer notamment que sur les côtés du dièdre la vitesse varie comme ,.m et
relier l'exposant rn-à l'angle ex

3. On note Po la pression au sommet du dièdre. Quelle est la distribution de pression p(r) sur les
côtés du dièdre?
(II pourra être commode, pour cette question et pour la suite, d'introduire la vitesse V prédite par
cette théorie irrotationnelle aux points A et B).

4. On admet que sur la face coupée à l'aval du dièdre la pression est uniforme et a la même valeur
qu'aux points A et B. Quelle est la poussée Fp résultant des forces de pression sur le dièdre?

5. On sait qu'une couche limite se développe sur chaque côté OA et OB du dièdre, et que le profil de
vitesse dans cette couche est de la forme:

avec

Quelle est la distribution de la contrainte tangentielle 1::o ('L) exercée par le fluide sur les côtés
du dièdre? Et quelle est la résultante Ff des forces de frottements sur le dièdre?
(On précisera la contribution à Ff de la face coupée à l'aval du dièdre).

6. On se propose d'optimiser l'angle du dièdre ex pour que cet obstacle offre la résistance à
xxi

l'avancement la plus faible possible. Pour cela, on introduira les grandeurs sans dimension:

C'X = /

et on admettra que la vitesse V ne dépend pas de 0( mais seulement de la vitesse de


l'écoulement uniforme lointain.
Quels arguments et quelle méthode très simple proposez-vous pour déterminer 0< or&'. ?
Quelles expressions en déduisez-vous pour o(~ et C" ort ?

7. Application numérique. Quelles valeurs de Cf' Cp et Cx obtenez-vous lorsque 0( = TT/-10


V = 10 cm/s et R = 10 cm (le fluide est de l'eau, V est la vitesse prédite par la théorie irrotationnelle
aux points A et B).

.B
xxii

ECOULEMENT RADIAL CONVERGENT

(DECEMBRE 1986)

Un élément de servo-mécanisme est constitué de deux disques parallèles entre lesquels


circule un fluide (masse volumique f ,viscosité dynamique fA- ,~ébit total q). Le fluide
s'écoule radialement de l'extérieur vers l'intérieur et s'échappe à travers un orifice de rayon r . Les
s
deux disques sont distants de 2h et ont pour rayon extérieur r0' on suppose que les dimensions sont
telles que:

rs < < r0 h < < ro

On utilise les coordonnées cylindro-polaires.


Compte tenu -de l'ordre de grandeur des dimensions, on fait l'hypothèse que l'écoulement est
purement radial et axisymétrique (ua = z= 0
U 1 ~ == 0 ) sauf dans une petite zone proche
de l'orifice, que l'on n'étudiera pas. B

On se propose de calculer la répartition de pression ainsi que la force qui s'exerce sur un des
disques.

1) Montrer que les équations qui régissent le mouvement du fluide peuvent se mettre sous la forme:

~u.",-
'()~
+ ~
.,(J.
- 0

éJ-u, '\, ..,


.,.
t
...te
-"'~ = -r .!!f-
d~ "V
'dttll.
xxiii

2) Ecrire les équations sous forme adimensionnelle. Quelles échelles de vitesse et de pression
choisissez-vous? Quel est le paramètre sans dimension R caractéristique de l'écoulement? On
repèrera dans la suite avec un indice 1 toutes les grandeurs adimensionnelles.

3) Comment se simplifie l'équation adimensionnelle de Navier-Stokes en projection dans la direction


radiale dans les cas extrêmes suivants (on indiquera dans chaque cas en quelques mots comment
on pourrait résoudre cette équation, mais sans effectuer cette résolution) :

a) R ..... 0
b) R - . 00·

4) On se limite au domaine des valeurs intermédiaires (R '::::! 1) et on se propose de calculer la


répartition de pression P1(r ) sur l'un des disques en linéarisant l'équation de Navier-Stokes. On
1
admet pour cela que la vitesse radiale u~ est proche de la vitesse débitante U ("1.)::. 9 !4Tt'~ R.. .
Montrer que le terme non-linéaire peut s'écrire c.J12 u 1 (u 1 vitesse radiale adimensionnelle) et préciser
l'expression de w..,en fonction de r 1·

5) Préciser les conditions aux limites et résoudre l'équation linéarisée. On obtiendra une expression:

-<.L
i
(1.
(/-'1 1
'R
1
c.J
-t 1
c:JP-t)
d
.
t,...

6) Expr!!TIer le gradient de pression dP1 / dr1 en fonction de R et r 1, et indiquer une méthode


(numérique) qui permettrait d'effectuer le calcul de P1 (r1) et de I:effort exercé par le fluide sur chaque
disque pour une valeur donnée de R.

7) Quelle est alors la distribution de vitesse radiale u 1(2 1, R, r1) ?


Tracer quelques courbes montrant l'allure de cette distridution de vitesse entre les deux disques.

8) Comment se simplifie le résultat précédent dP1 / dr1 quand R.. O ou quand R .... ()O . Retrouver
ces résultats à partir des équations simplifiées de la question 3).
xxiv

COUCHE DE MELANGE

(FEVRIER 1987)

On considère une situation très fréquente dans l'atmosphère et dans les océans, où deux couches
fluides horizontales sont séparées par une mince couche de mélang~. On admet que les deux
fluides sont incompressibles et ont la même den~ité et la même viscosité; celle-ci est supposée
assez petite pour que le nombre de Reynolds basé sur les échelles horizontales de vitesse et de
longueur soit extrêmement grand. Le problème consiste à étudier deux modèles simples de cette
situation.

Premier modèle: Nappe tourbillonaire d'intensité uniforme

1. Montrer que lorsque l'on schématise la distribution de vitesse réelle continue par une
discontinuité, il faut que les vitesses uniformes U1 et Ü2 de part et d'autre de la discontinuité (pas
forcément parallèles) vérifient les conditions suivantes.

a)
-.
b) = 2A

..
h désigne la normale unité à la nappe tourbillonnaire. On s'attachera à préciser la signification
de na . On illustrera le résultat (b) dans le cas particulier où les vitesses des deux fluides sont
parallèles.

2. On se propose de montrer à partir de la loi de Biot-Savart que les vitesses induites par
une nappe tourbillonnaire plane sont uniformes et que leur différence u - u est liée à l'intensité
1 2
tourbillonnaire uniforme de la nappe. On suivra la démarche suivante:

a. Exprimer les composantes dux et duy de la vitesse induite en un point M situé


sur l'axe des y par une portion infinitésimale de la nappe de longueur chf.

b. En déduire que la composante uy est nulle et calculer la composante U


x
au-
dessus et au-dessous de la nappe pour établir le résultat cherché.

3. Au bout d'une durée t quelle influence la viscosité peut-elle avoir sur les différentes
quantités u1, u2 ,.n.. et ~ ?
xxv

Second modèle: Suite infinie de lignes vortex

On peut montrer que ces nappes tourbillonnaires sont instables, et d'ailleurs l'expérience
révèle que les couches de mélange ne demeurent pas uniformes mais acquièrent une structure
périodique. Le schéma le plus simple compatible avec cette structure périodique s'appuye alors sur
une suite de lignes vortex de circulation r , séparées d'une longueur a.
4. A partir d'arguments intuitifs tracer quelques lignes de courant et quelques lignes
équipotentielles caractéristiques du réseau de petits carreaux correspondant.

5. Montrer que cette file de vortex induit à l'infini des vitesses parallèles à la file et
,egal ' r .
es a ± 2Q.

6. On se propose de former le potentiel complexe de cet écoulement par la méthode des


transformations conformes. On envisage d'abord une rotation de /2
Tr (l'affixe z devient
z'), puis une transformation logarithmique qui, à la bande de hauteur 2a du plan z', fait
correspondre un plan u entier.

a. Préciser les fonctions analytiques z'(z) et z'(u).


b. Former le potentiel complexe w(z).

7. Comment varie la vitesse sur une verticale passant par l'un des vortex?

8. Comment varie la vitesse sur une verticale mitoyenne?

9. A l'aide de ce schéma pouvez-vous définir une longueur caractéristique de l'épaisseur de


la couche de mélange?

REMARQUES:
* Le réseau obtenu sur le plan z est connu sous le nom de "réseau des yeux de chats".
* On montre facilement que la vitesse que s'auto-induit la file de vortex est nulle, et que, par
conséquent, cette file de vortex peut demeurer stationnaire.
* On peut construire le potentiel complexe de la rue de tourbillons alternés de von Karman
en superposant deux files de vortex placés en quinconce et ayant des circulations opposées.
xxvi

~ 1 ~~ pr-
}~ .(A.f\..

i ... 1 ...
--'P
ft- 1 ~ 1
1
..
J ~
~

REALITE PREMIER MODELE

- ~r- - -
t~
-..."-
Ir - -
1
~-
~I - - ---..~
r -
~
-
SECOND MODELE
xxvii

ECOULEMENTS RECIRCULANT A L'INTERIEUR DE CAVITES

(DECEMBRE 1987)

1. La première partie du problème, relativement générale, a pour objet d'établir certaines propriétés
des écoulements plans et permanents de fluides incompressibles confinés dans des cavités.

1°) Montrer que, si l'écoulement est permanent, sur toute la ligne de courant fermée (C) on
doit avoir:

fC
.Itot W. dA- =0 (1 )

Par ;:j on désigne ici le vecteur tourbillon i~ et on note  l'abscisse sur la ligne de
courant (C).

(On remarquera que cette relation (1) est vraie quelle que soit la valeur de la viscosité li ).

2°) Montrer que si ~ .. 0 on doit avoir:

.......
-'LAw=~H
~

(2)

Rappeler alors quelle est la définition et quelle est la propriété essentielle de la grandeur H. En
déduire que ~: W ( cp)

3°) Montrer que dans tout domaine où existent des lignes de courant fermées et où
l'influence de la viscosité est négligeable, la fonction W('JJ) . se ramène à G): ~ .

Il. La seconde partie du problème consiste à appliquer les résultats établis précédemment à un cas
particulier élémentaire. La configuration retenue est illustrée sur la figure 1 : le cylindre de rayon R
tourne à la vitesse angulaire Cù., ,le manchon intérieur d'arc oc est maintenu fixe. Une couche
limite annulaire sépare ces parois d'un noyau central où la viscosité n'a pas d'autre influence que d'y
avoir transmis, au cours d'une période initiale d'établissement du régime, une rotation uniforme de
xxviii

vitesse angulaire "'0 .Le problème consiste à déterminer <:Jo pour de grands nombres
de Reynolds.

4°) Montrer que l'équation de la couche limite (équation de Prandtl)/Iorsqu'on lui applique la
transformation de von Mises, prend la forme:

= (3)

Note: la transformation de von Mises consiste à passer du couple de variables indépendantes (':1." j-) c3rL
couple ('X, e,J) où YJ est la fonction de courant.

5°) Montrer que dans la couche limite annulaire envisagée cette équation (3) impose:

6°) En déduire la relation cherchée.

'r) Application numérique: le fluide est de l'eau, R = 10 cm, w.., = 5000 tjmin, Of = 90°,
quelle est la valeur de W o ?

III. La troisième partie du problème, qui consiste à étudier un cas non élémentaire (fig. 2 : cavité
rectangulaire dont l'un des côtés a une vitesse U donnée) fera l'objet de travaux pratiques d'analyse
numérique au cours des prochains mois.

NOTE: seules les 4 premières pages des copies seront lues et corrigées.
xxix

Figure 1

---~~u,------~. j

Figure 2

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