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Argumentation

ensemble des prémisses données


en support à une conclusion.

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En pratique : Quelles sources sont attendues ? Comment ajouter mes sources ?

L’argumentation est l'action de convaincre et pousser ainsi l'autre à agir.


Contrairement à la persuasion, elle vise à être comprise de tous et résiste à
l'utilisation d'arguments fallacieux. L’argument est, en logique et en linguistique,
l’ensemble des prémisses données en support à une conclusion.

Une argumentation est composée d'une conclusion et d'un ou de plusieurs


« éléments de preuve », que l'on appelle des prémisses ou des arguments, et qui
constituent des raisons d'accepter cette conclusion. On distingue 3 grands
groupes :

l'art de démontrer : on s'appuie sur des faits, des preuves, une loi incontestable,

l'art de persuader : l'émetteur fait appel au sentiment des destinataires tels que
émouvoir, rire ou encore provoquer,

l'art de convaincre : l'auteur fait appel à la raison du destinataire, mais sans


utiliser forcément de faits scientifiques.
Une argumentation convaincante peut bien souvent consister à simplement
énoncer un fait, afin de permettre à l'interlocuteur d'en avoir connaissance. Un
argument n'est ni une démonstration, ni une preuve :

La démonstration est une conclusion logique. Démontrer, c'est établir la vérité


d'une phrase abstraite par des moyens strictement logiques.

La preuve est une évidence concrète, empirique. Prouver, c'est montrer un objet
ou causer un événement.

Argumenter, c'est exhorter une personne à agir, en montrant que les


conséquences de cette action causent un bien, éthique, matériel, physique,
psychologique, économique ou autre, accepté par l'opinion générale. Par
exemple, on peut démontrer que l'inflation nuit à la croissance économique, on
peut prouver que la Terre est ronde. Ces conclusions deviennent des arguments
quand (1) elles sont rattachées à un conseil pour déterminer une action ou (2)
quand elles déterminent une action, une décision. Une démonstration change la
connaissance ; une preuve change la connaissance et la perception ; un
argument change une décision d'agir.

Persuader ou convaincre, c'est modifier la décision d'agir d'une personne par


des arguments.

Ce sont les prêtres, dans les sermons, les avocats, dans les plaidoyers, les
politiciens, dans les discours, les compagnies, dans les messages publicitaires,
qui emploient des arguments. S'abstenir du péché et faire le bien, faire
absoudre un accusé, gagner des suffrages, vendre la marchandise sont les
actions souhaitées par ces communicateurs.

L'argumentation désigne également l'échange discursif effectif par lequel des


interlocuteurs tentent de défendre une position ou de faire accepter un point de
vue.

Plus largement, l'argumentation est un champ d'études à la fois descriptif et


critique qui s'intéresse à la mise en forme des arguments (oralement ou par
écrit) en vue, notamment, de la persuasion d'un auditoire. En ce sens,
l'argumentation est une branche de la rhétorique.

Évolution et définitions

Une argumentation est jugée bonne ou mauvaise selon que les prémisses sont
acceptables (logiquement ou consensuellement) et qu'elles sont jugées
suffisantes pour soutenir la conclusion. Lorsqu'une argumentation n'est pas
conforme à ce cadre normatif ou à certaines règles d'inférence logique, elle
sera qualifiée de paralogisme (en anglais, on parle de fallacy).

Une argumentation peut, par ailleurs, être convaincante ou non pour tel ou tel
public (auditoire, selon l'ancienne rhétorique). Plusieurs facteurs peuvent faire
en sorte qu'une bonne argumentation ne convainque pas quelqu'un (préjugés,
intérêt personnel, manque de connaissance du domaine, aveuglement
passionnel, impertinence, etc.). Ces mêmes facteurs peuvent également faire
en sorte qu'une mauvaise argumentation convainque néanmoins quelqu'un ;
c'est ce qu'avait déjà observé Aristote dans les Topiques et les Réfutations
sophistiques.

Selon Chaïm Perelman (Traité de l'argumentation, écrit en collaboration avec


Lucie Olbrechts-Tyteca, 1959), l'argumentation est la manière de présenter et de
disposer des arguments (raisonnements ou raisons avancées n'ayant pas
valeur de preuve mais qui s'imposent à tout être raisonnable) à l'appui d'une
thèse ou contre celle-ci, en vue d'obtenir l'adhésion par consentement d'un
auditoire. Elle se démarque de la démonstration qui repose sur des faits,
lesquels emportent l'adhésion par évidence devant un auditoire. La
démonstration est monologique, elle est un enchaînement nécessaire de
propositions, le parangon étant la démonstration mathématique, là où
l'argumentation est dialogique, raisonne sur du probable, est incomplète, et
donc ouverte à la réfutation.

La distinction argumentation/démonstration, qui identifierait la démonstration


au raisonnement scientifique est fragilisée. Que cela soit dans le cadre de
l'épistémologie de Karl Popper ou de Thomas Samuel Kuhn, la science se
caractérise par la remise en cause de ses propositions - cette remise en cause
pouvant être graduelle (Karl Popper) ou révolutionnaire (Thomas Samuel Kuhn).
Le doute plus que la certitude anime la science.

Parmi les nombreuses contributions post-perelmaniennes à l'étude de


l'argumentation, on retiendra notamment les travaux de :

Stephen Toulmin (The uses of argument, 1959) ;

Kenneth Burke (dramatisme) ;

Stefan Goltzberg (argumentation juridique, philosophie du droit) ;

Georges Vignaux (approche cognitive de l'argumentation) ;


Michel Meyer (approche philosophique, rhétorique) ;

Marc Angenot (rhétorique du pamphlet et approche historique des schémas


argumentatifs) ;

Oswald Ducrot (approche linguistique et pragmatique) ;

Jean-Blaise Grize (logique « naturelle ») ;

Douglas Walton (logique informelle et étude des fallacies) ;

Frans Van Eemeren et Rob Grootendorst (pragma-dialectique) ;

Harald Wohlrapp (non sujette à objection « Einwandfreiheit ») ;

Christian Plantin (approche linguistique) ;

Jean-Michel Adam (approche textuelle) ;

Ruth Amossy (approche littéraire de l'argumentation) ;

Philippe Breton (approche communicationnelle) ;

Marianne Doury (approche pragmatique et sémantique).

Des approches philosophiques ont également été proposées par Karl-Otto Apel
et Jürgen Habermas dans le cadre d'une théorie de l'éthique de la discussion.

Différence entre argumentation et


démonstration

Dans le cadre d'une polémique qui l'a opposé au mathématicien Cédric Villani,
le philosophe et ancien ministre Luc Ferry a souligné qu'il ne faut pas confondre
l'argumentation et la démonstration. La démonstration, qui, dans le domaine
des mathématiques, relève de la déduction logique, est en effet très peu utilisée
dans la vie quotidienne, tandis que l'argumentation est très souvent utilisée
dans tous les cas où il est nécessaire de pousser quelqu'un à agir[1].

Typologie des arguments

Les définitions

Une définition est un argument[2] qui pose une relation d'équation ou


d'équivalence en vue de donner un sens à un concept.
La rhétorique use alors de multiples définitions que reproduit le tableau ci-
dessous :

Les sept formes de la définition en rhétorique


Domaines
Définition Propriétés en rhétorique
d'utilisation

permettent de donner les propriétés


« définition en caractéristiques d'un objet en vue d'en permettre
dans les sciences
compréhension une représentation abstraite ou intellectuelle. Il
et dictionnaires.
et en extension » s'agit alors d'énumérer les éléments constitutifs de
l'objet.

substituer au terme à expliquer un autre terme descriptions


« définition
purement descriptif, tout en ignorant les propriétés littéraires et
descriptive »
essentielles de l'objet à décrire. paraphrases.

en sciences, dans le
« définition
le terme est défini au moyen de ses effets. droit ou en
opératoire »
médecine.

extension de la notion dans toutes ses implications


« définition les codes juridiques
conceptuelles, le but est d'accéder à l'essence de
explicative » et les lexiques.
l'objet.

les néologismes
dans les sciences
« définition création d'un concept nouveau, en accord avec
et les sciences
conventionnelle » l'interlocuteur
humaines et les
jargons.

purement rhétorique, il s'agit de préparer le


le langage politique,
« définition destinataire du message à un développement
la vulgarisation
orientée » argumentatif à partir de notions définies mais
scientifique.
adaptées à l'auditoire.

les slogans
politiques ou
« définition condensation d'une notion par une formule
publicitaires, les
condensée » simplificatrice.
amalgames et les
tautologies.

La comparaison et le distinguo
Par opposition avec l'analogie, la « comparaison » est un argument (à distinguer
donc de la figure de style du même nom) qui permet de définir ou d'exprimer
une notion ou un objet en le rapprochant ou en le distinguant d'autres objets
ayant une ou plusieurs propriétés en commun. On peut par exemple comparer
le fonctionnement du siphon avec celui du geyser[3]. L'argument comparatif met
néanmoins de côté le contexte, en cela, c'est un argument simplificateur et
manipulateur. Les discours démagogiques l'utilisent beaucoup afin d'établir des
« raccourcis de pensée » (par exemple comparer la chute de l'Empire romain
avec la situation américaine).

Le « distinguo » est, a contrario, une comparaison négative. Il consiste à


« définir une notion ou un objet en utilisant, pour le rejeter, un comparant
inférieur ou inadéquat ». Les figures de l'antithèse et de la correction y sont
courantes.

L'incompatibilité

Il s'agit de « deux assertions qui ne peuvent coexister dans un même système,


sans ipso facto, se nier logiquement »[4], comme dans la proposition un astre ne
peut être à la fois une planète et une étoile. L'« incompatibilité » est un
argument quasi logique à distinguer cependant de la contradiction pure selon
Chaïm Perelman. Le discours scientifique ou encore les dictons reposent sur de
nombreuses arguments d'incompatibilités. Jean-Jacques Robrieux distingue
par ailleurs plusieurs types d'incompatibilité dans le discours rhétorique :

1. l'« autophagie » (étymologiquement l'idée « se mange elle-même ») qui est


« l'incompatibilité d'un principe avec ses conditions d'énonciation, ses
conséquences ou ses conditions d'application » comme dans l'expression « rail
de sécurité destiné aux aveugles », qui fait référence à un panneau de
signalisation qu'un aveugle ne peut évidemment pas percevoir. La « rétorsion »
est alors l'argument qui consiste à la mettre en évidence ;

2. le « tiers exclu » selon lequel si une proposition est vraie sa négation est
nécessairement fausse et vice-versa.

3. le « dilemme » est « une alternative qui conduit à opter pour le moindre mal » ;
l'exemple littéraire reste le « dilemme cornélien » exposé dans la pièce Le Cid.
Rodrigue, le héros, a le choix entre venger son père et donc tuer le père de
Chimène, qu'il aime, ou laisser impuni l'offense sur son père et épouser celle
qu'il aime. Dans le discours rhétorique, le « faux dilemme » est particulièrement
manipulateur ; il est par ailleurs selon Jean-Jacques Robrieux « l'argument du
pessimisme »[5].

Autres arguments formels

Provenant plus spécifiquement du raisonnement mathématique, ils sont


particulièrement utilisés par la rhétorique dans des domaines
controversables[6].
Argument Propriétés en rhétorique Exemple

Il y a rapport d'équivalence entre


L'« identité deux idées alors que le sujet et le
« Paris sera toujours Paris ».
apparente » prédicat ne renvoient pas
exactement au même référent.

« La lumière est un mouvement


Jugement dont le prédicat n'ajoute
La « tautologie » luminaire des corps lumineux » (cité
aucune information au thème
par Blaise Pascal).

Argument fondé sur la symétrie de


La « réciprocité » « Mets-toi à ma place ».
jugement.

D'un argument vu comme


équivalent à un deuxième lui-
même équivalent à un troisième, « Les amis de mes amis sont mes
La « transitivité »
on en déduit que celui-ci est égal amis ».
au premier (« a = b », « b = c »
alors « a = c »).

Argument qui consiste à envisager


« Un de mes amis, qui s'appelle
la ou les conclusions autres que
Pierre, m'avait dit : « Je passerai peut-
celle à laquelle on veut aboutir, et
être chez toi lundi après-midi. Si tu
L'« argument par le cas échéant toutes les
n'es pas là, je laisserai un mot dans la
l'absurde » (ou conséquences qu'elles entraînent,
boîte aux lettres ». Or, j'ai été obligé
« apagogie ») afin d'en montrer l'absurdité (le
de sortir lundi après-midi. En rentrant
caractère auto-réfutant). Aristote
chez moi, je constate qu'il n'y a pas
l'étudie en détail dans ses
de mot dans la boîte aux lettres. »[8]
Analytiques[7]

« L'État ne favorise pas la liberté. Il


Argument qui consiste à
L'« argument de n'existe en effet pas de liberté d'aller
décomposer une thèse en ses
partition » et venir, pas de liberté d'expression,
composantes.
de réunion, etc. »

Argument qui consiste à inférer un


« Ce qui ne lèse point la cité ne lèse
L'« argument de jugement sur l'un des éléments à
pas non plus le citoyen » (Marc
l'inclusion » partir d'un examen de l'ensemble
Aurèle)
auquel il appartient.

L'« argument a Argument qui stipule que les cas Les règles de justice et la
pari » semblables doivent subir des jurisprudence se fondent dessus.
traitements analogues. On parle
de règle du précédent lorsque de
deux situations identiques on
traite la seconde sur le modèle de
la première.

« Les salaires modestes doivent


payer très peu d'impôts car ils ne
Argument qui consiste à dire que
permettent de vivre que
si un phénomène appelle un
L'« argument a modestement ; par contre, les hauts
jugement, alors le phénomène
contrario » salaires doivent être fortement taxés
inverse doit entraîner le jugement
car ils permettent de vivre
inverse.
luxueusement, donc permettent de
se priver. »

Argument qui assoit deux


situations ou deux idées en
L'« argument des « Si l'on est catholique, on est contre
posant qu'on ne peut considérer
inséparables » l'avortement. »
l'une sans l'autre ; c'est l'argument
du « tout ou rien ».

Argument qui fonde son autorité


L'« argumentation L'argumentation commerciale des
sur la logique quantitative des
probabiliste » assureurs.
statistiques

Les arguments empiriques

Ces arguments se fondent sur l'expérience. Contrairement aux arguments


logiques ils ne peuvent exister sans une observation du champ de la réalité
(appelée « empirie »). D'après Jean-Jacques Robrieux, ils se sous-divisent en
trois groupes :

Les arguments fondés sur la causalité et la succession


Argument Propriétés en rhétorique Exemple

L'« argumentation
pragmatique » Argument qui établit une cause par
L'utilitarisme.
(ou « ad l'examen des conséquences
consequentiam »)

Il s'agit de décrire, soit dans l'espace Plaidoyer contre la peine de


La « description »
(description), soit dans le temps mort en décrivant une
et la « narration »
(narration) les faits afin de les expliquer. exécution.

Rendre crédible une thèse ou une action


L'« argument du en arguant d'un sacrifice qui ne pouvait L'argumentation de la
sacrifice » être consenti sans une conviction et une martyrologie.
bonne foi absolues.

Argument qui consiste à respecter « Notre banque ne peut


L'« argument du l'engagement en faveur d'un projet afin renflouer Mr. Untel, autrement
gaspillage » que les efforts consentis ne soient pas elle perdra tous les crédits
perdus ; sorte de « quitte ou double ». accordés. »

Lieu commun de la victoire


électorale comme dans : « Le
Argument qui insiste sur la possibilité triomphe du Front Populaire
d'aller toujours plus loin dans un certain est écrasant (...) Maintenant il
L'« argument du
sens, sans que l'on entrevoie une limite faut agir » (Léon Blum).
dépassement »
dans cette direction, et cela avec un Ou après une victoire
accroissement continu de valeur. syndicale : « Nous avons
gagné une bataille, mais le
combat continue ! »

L'« argument de Argument qui stipule que toute action ou


« jusqu'où irons-nous ? ».
la direction » idée sera poussée jusqu'au bout.

Les arguments fondés sur une confrontation


Argument Propriétés en rhétorique Exemple

La disqualification de Jean-
La
Argument qui met en évidence Jacques Rousseau et de son
« disqualification »
l'opposition entre ce que l'on sait d'une Émile en prenant comme
ou « argument ad
personne et ce qu'elle a dit ou fait. argument le fait qu'il ait
hominem »
abandonné ses enfants.

Les pseudo-sciences sont


Argument qui permet de refuser une
mises à l'écart du domaine
L'« apodioxis » discussion accusée de manquer de
scientifique pour leur absence
sérieux.
de rigueurs méthodologiques.

Énoncer la pertinence de la
Argument qui consiste à faire
notion de réfutabilité de Karl
L'« argument admettre une thèse en la rapportant à
Popper en sciences formelles
d'autorité » son auteur, considéré comme
pour discréditer une thèse
d'autorité et digne de foi.
tenant des sciences humaines.

Argument qui consiste à mettre en


Les prescriptions négatives en
L'« argument a présence deux ordres de grandeur
droit : « S'il est interdit de
fortiori » « a minori comparable pour dire que si l'on
camper sur un lieu, il est a
ad majus » admet le plus petit, on admet alors le
fortiori interdit d'y faire du feu. »
plus grand « à plus forte raison ».

Argument qui consiste à mettre en


Les prescriptions positives en
L'« argument a présence deux ordres de grandeur
droit. : « Si l'on peut être éligible
fortiori » « a majori comparable pour dire que si l'on
à un scrutin, on peut a fortiori y
ad minus » admet le plus grand, on admet alors
être électeur. »
aussi le plus petit.

Les arguments inductifs et l'analogie

Avec ces arguments reposant sur l'induction, le raisonnement dépasse la


simple analyse du réel et en propose un traitement davantage abstrait à but
herméneutique.

L'« exemple » est un argument s'appuyant sur un cas particulier et concret. C'est


un argument très courant permettant d'étayer une thèse. Il peut être aussi un
moyen de réfutation, on l'appelle alors le « contre-exemple ». Plus rarement, il
permet de faire une preuve par l'exemple [réf. nécessaire].

L'« illustration » permet une thèse considérée comme admise en lui donnant


une apparence vivante et concrète, en frappant l'imagination. Les fables de
Jean de La Fontaine sont des illustrations pédagogiques par exemple.

Le « modèle » est un argument qui propose un personnage ou un groupe


humain comme support d'identification. Très proche de l'argument d'autorité, il
se concrétise en politique par le culte de la personnalité et dans la publicité à
travers les allégories (la « mère Denis » par exemple). Il existe aussi un
argument modèle négative, se fondant sur des « anti-modèles » à ne pas imiter
(le personnage d'Harpagon de Molière pour l'avarice par exemple) ; Chaïm
Perelman explique que le recours aux concepts de Dieu ou de Diable se fonde
sur la rhétorique du modèle et de l'antimodèle, qui permet un raisonnement
dialectique[note 1].

L'« argument par analogie » ou « a simili » est un argument qui compare deux
rapports, soit quatre termes, dans un raisonnement croisé, de type si a est à b
ce que c est à d. Il s'agit donc de faire comprendre une idée en la transposant
dans un autre domaine, au moyen de l'analogie et selon une certaine structure.
La métaphore est une analogie poétique même si elle peut véhiculer une
volonté rhétorique de persuader l'interlocuteur. Jean-Jacques Robrieux cite
Aristote comme exemple d'argument analogique[9] :

« De même que les yeux de la chauve-souris sont éblouis par la lumière du jour,
de même notre intelligence est éblouie par les choses les plus naturellement
évidentes. »

L'analogie a un rôle puissamment heuristique (qui fait découvrir une vérité) et


pédagogiques, cependant, le recours à l'image permet des détournements
manipulateurs (c'est le cas en science par exemple : la métaphore simplifie trop
la théorie parfois).

Les arguments contraignants et de mauvaise foi

Ces types d'arguments sont hautement manipulateurs, mais à des degrés


divers. Ainsi, les auteurs distinguent ceux fondés sur le bon sens, l'appel au
conformisme, la ruse ou la violence. Ils sont également peu logiques. Peu
étudiés au cours des siècles, Jean-Jacques Robrieux remarque qu'ils font
« l'objet d'un regain d'intérêt théorique depuis quelques décennies seulement,
au moment où les démocraties, le système consumériste et les médias se sont
mis à les employer abondamment »[10]. Certains de ces arguments ont recours
aux valeurs (ce sont les repères moraux admis par une société donnée et
partagées par tous), d'autres sont plus particulièrement des ruses sophistiques
destinées à gagner à tous prix le débat. Ils sont : le proverbe, les lieux communs
et les questions.

Les « proverbes » et les « maximes » permettent d'exprimer des valeurs


communes ou des vérités éternelles (le présent employé est ainsi appelé
« présent de vérité générale »).

Le « bon sens » et le « normal » permettent de se mettre sous l'autorité de


normes générales mais floues. Ils permettent la recherche du consensus et se
présentent sous la forme de formules telles : « cela tombe sous le sens »,
« c'est évident que » etc.

Les « lieux communs » sont des arguments typiques qui peuvent être employés
en toutes circonstances et permettant de manipuler le discours. Il existe un
nombre important de lieux communs dont le « lieu de quantité », qui fait appel
au plus grand nombre (autorité des sondages, des élections) et qui prône de
rejoindre la majorité. Le « lieu de qualité » est au contraire fondé sur le meilleur,
l'unique et le singulier ; c'est le lieu de l'élitisme et des poètes. Chaque milieu et
même chaque domaine (littéraire, artistique, scientifique et religieux) a ses lieux
communs propres.

Les « questions » sont des arguments se fondant sur l'interrogation, recherchée


ou feinte, de l'interlocuteur.

Il existe en premier lieu les « questions dialectiques » qui cherchent à persuader


sans recourir à l'agressivité.
Question Définition Exemple

La « question Argument qui permet d'éviter la discussion en


« Est-ce clair? ».
rhétorique » feignant précisément de la réclamer.

Argument qui place l'interlocuteur en demeure


La « question de « Est-ce là la justice
d'expliquer son point de vue ou permet de le
style » divine? ».
placer devant une évidence.

La « question Argument qui induit une réponse qui sera Les questions
suggestive » exprimée peu après par l'interlocuteur. socratiques.

Questions en séries où toutes ont pour but de


La « question à Les questions lors des
découvrir une même vérité mais où chacune
présupposition » enquêtes de police.
semble interroger autre chose.

« Ce verbe est-il transitif?


La « question Question qui oblige l'interlocuteur à répondre
Si oui, quel est son
multiple » d'une seule manière ou de façon orientée.
complément d'objet? ».

La « question-
relais » (ou Question qui intervient en réponse à une
« Et pourquoi pas? »
« contre- question préalable et qui permet de l'esquiver.
question »)

Les « questions éristiques » sont elles polémiques ; elles cherchent à agresser


l'interlocuteur[note 2]. Le philosophe Arthur Schopenhauer en a proposé une
étude précise dans L'Art d'avoir toujours raison ou Dialectique éristique (1830-
1831).
Question Définition Exemple

La « question Vise à embarrasser l'interlocuteur par « Que signifie être un intellectuel


déstabilisante » sa très grande ouverture pour vous? »

Question qui est destinée à montrer


La « question Demander à un politique le prix
l'ignorance de l'interlocuteur sur un
piège » d'une baguette de pain.
sujet qu'il prétend maîtriser.

La « question
Attaque directe sur un sujet précis. « Vous vous dites intègre? »
provocatrice »

« Es-tu dedans comme au-dehors


La « question de Permet de révéler les intentions de
une vapeur infecte? »(Alfred de
controverse » l'interlocuteur en l'agaçant.
Musset, Lorenzaccio).

La « question « De quel droit affirmez-vous


Vise à pousser l'autre à la justification.
culpabilisatrice » que...? »

Dans le domaine de la mauvaise foi il existe un ensemble d'arguments


particulièrement efficaces s'appuyant sur une déficience de logique formelle :
Argument Définition Exemple

Raisonnement en apparence sensé mais « Tout ce qui est rare est cher.
Le « sophisme » en réalité faux sur le plan logique et fait Un cheval bon marché est rare.
ou « fallacy » volontairement. Le but et les prémisses Donc un cheval bon marché est
utilisés peuvent être très divers. cher ».

Le Forme de raisonnement involontairement « Avec un régime policier, on


« paralogisme erroné se fondant sur l'ambiguïté de la est plus en sécurité » peut
in dictione » langue. s'entendre de deux façons.

Le
« paralogisme Raisonnement faux en logique mais se « S'il est Allemand, c'est qu'il
extra voulant vrai. est discipliné? »
dictionem »

Le
Erreur, parfois assimilée à une
« paralogisme « Qui sauve un homme sauve
généralisation abusive, qui consiste à
de tous les hommes ».
doter le tout de la propriété d'une partie.
composition »

« Les Républicains sont pour la


Le Erreur qui consiste à attribuer à un
peine de mort. Tu votes
« paralogisme élément une propriété de l'ensemble
républicain. Tu es donc pour la
de division » auquel il appartient
peine de mort. »

Raisonnement se fondant sur l'énoncé


« Le gouvernement,
La « pétition de dans les prémisses d'une proposition que
irresponsable, a été incapable
principe »[note 3] l'auditoire est censé avoir admise mais
d'éviter les conflits sociaux ».
dont il n'a pas eu la preuve.

Le « L'eau monte dans le tube dès


« paralogisme Raisonnement se fondant sur la qu'on a fait le vide ; donc le vide
non causa pro confusion entre cause et succession. est la cause de l'ascension de
causa »[note 4] l'eau. »

Le
Argument qui consiste à rejeter sur une
« paralogisme « Puisqu'il y a un mauvais
entité ou sur un principe les jugements
de l'accident » médecin, tout le corps médical
qu'on s'estime en droit de porter sur des
(ou « fallacia est incompétent ».
accidents ou des exceptions.
accidentis »)

Le Raisonnement qui consiste à inférer « S'il y a un feu, c'est qu'il faisait


« paralogisme hâtivement une loi ou un principe à partir trop sec ».
d'induction d'observations insuffisantes ou mal
défectueuse » établies.

Le
« paralogisme « Un médecin est matérialiste ;
Oubli d'une unité dans une énumération
du donc tous les médecins sont
ayant pour effet de fausser la conclusion.
dénombrement matérialistes ».
imparfait »[note 5]

L'« ignorance de Défendre un ministre accusé de


Sophisme caractérisé qui permet
la réfutation » malversations en prétextant
d'esquiver les questions de fond par une
ou « ignoratio son professionnalisme
tactique de diversion.
elenchi » politique.

« Je ne connais pas la position


« Sophisme de Raisonnement qui consiste à attribuer à
de votre parti politique, mais
l'homme de l'adversaire une thèse fictive ou
nous, nous militons pour la
paille »[note 6] déformée.
justice sociale ».

Raisonnement qui accole deux entités ou


deux personnages différents voire
« Sophisme de
opposés, pour fabriquer un ennemi « C'est un nazo-stalinien ».
l'amalgame »
unique dans l'imaginaire des
interlocuteurs.

« Un peuple n'a qu'un ennemi


dangereux, c'est son
Dénégation de la norme qui vise à gouvernement ; le vôtre vous a
Le « paradoxe »
choquer. fait constamment la guerre
avec impunité » (Saint-Just,
discours du 10 octobre 1793).

Raisonnement qui permet soit de


désarmer l'adversaire en mettant les rires
de l'auditoire au service de l'orateur, soit
L'« ironie » « Après ce brillant succès,... »
en s'efforçant de faire comprendre une
idée par des procédés agréables ou
brillants intellectuellement.

« Je n'ai aucune déclaration à


L'« argument du Il s'agit de ne pas répondre à un propos
faire sur ce sujet » ou le silence
silence » dérangeant ou insultant
pur et simple.

L'« argument de Il vise à exagérer une vérité pour la faire « Ce sont tous des voleurs et
l'excès » passer en force, s'appuyant sur une des menteurs ; ils voleraient
hyperbole généralement. même leurs mères! »

Les arguments jouant sur le pathos

Certains arguments ont pour but unique d'émouvoir ou de susciter la pitié. Le


discours judiciaire y est particulièrement sensible, notamment lorsque l'avocat
de la défense tente d'émouvoir le jury par exemple.

Argument Définition Exemple

L'argument ad Permet d'esquiver les questions de « Voyez ce pauvre homme détruit


misericordiam fond en faisant larmoyer. par la vie ».

Menacer l'interlocuteur en position « Si tu ne manges pas de ta


L'argument ad
de faiblesse tout en lui promettant soupe, tu n'auras pas de
baculum[note 7]
une gratification. dessert ».

L'argument ad
« Si on ne protège pas le peuple,
populum ou Argument qui joue sur les préjugés
comment votera-t-il aux
argument du public.
prochaines élections? »
démagogique

Notes et références

Références
1. Sandra Lorenzo, « Luc Ferry, épinglé pour avoir dit que « les maths ne servent à
rien », s'explique », Huffington Post, 15 février 2018, lire en ligne (https://www.huf
fingtonpost.fr/2018/02/15/luc-ferry-epingle-pour-avoir-dit-que-les-maths-ne-serv
ent-a-rien-sexplique_a_23362725/)

2. « argumentum - Dictionnaire Gaffiot français-latin - Page 160 » (https://www.lexi


logos.com/latin/gaffiot.php?q=argumentum) , sur www.lexilogos.com (consulté
le 3 octobre 2020)

3. Jean-Jacques Robrieux, p. 107.

4. Jean Jacques-Robrieux, p. 110.

5. Jean-Jacques Robrieux, p. 1105.

6. Voir notamment une liste et des exemples d'arguments en ligne (http://users.sky


net.be/fralica/refer/theorie/annex/argument/dargum.htm)

7. Premiers Analytiques, Livre II.


8. Exemple tiré de : Vinciane Cambrésy-Tant, Dominique Cambrésy, Stéphane
Carpentier, Autour du raisonnement par l'absurde (http://www.lille.iufm.fr/IMG/pd
f/Texte_Cambresy.pdf) [PDF]

9. Aristote, Métaphysique, 993b.

10. Jean-Jacques Robrieux, p. 154.

Notes
1. « La richesse de l'argumentation par le modèle, c'est qu'elle permet, même quand
ce dernier est unique, d'accentuer l'un ou l'autre de ses aspects pour en tirer
chaque fois une leçon adaptée aux circonstances », in Chaïm Perelman, p. 143.

2. Lorsque l'argument prend la forme d'une menace de violence, on parle de


« commination ».

3. Pour Chaïm Perelman, p. 43 il n'y a en fait pétition de principe que dans la mesure
où cette prise de position est néanmoins contestée par l'auditeur.

4. « Ce paralogisme est également dénommé « Post hoc ergo propter hoc » ou
« Cum hoc ergo propter hoc » ».

5. Appelé également « Ab une disce omnes ».

6. Il s'agit d'une appellation anglo-saxonne « straw man ».

7. « As baculum » signifiant « Du bâton » en latin.

Bibliographie

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Colin, coll. « Portail », 2016

Georges Roque (dir.) et Ana Laura Nettel (dir.), Persuasion et argumentation,


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Philippe Breton, L'argumentation dans la communication (coll. « Repères »),


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Ruth Amossy, L'Argumentation dans le discours, Nathan, 2000


(ISBN 978-2200340766)

Jean-Jacques Robrieux, Éléments de rhétorique et d'argumentation, Paris,


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John Woods, Douglas N. Walton, Critique de l’argumentation: logiques des
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Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses Universitaires de


France, coll. « Premier cycle », 1991, 242 p., 15 cm x 22 cm
(ISBN 978-2-13-043917-2, notice BnF
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Gilbert Dispaux, La logique et le quotidien. Une analyse dialogique des


mécanismes d'argumentation, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Arguments »,
1984, 188 p.

Pierre Oléron, L'argumentation, Paris, PUF, coll. « Que Sais-Je », 1996 (1re éd.


1983)

Chaïm Perelman, L'Empire rhétorique, Paris, Vrin, coll. « Bibliothèque d'histoire


de la philosophie », 2002, 194 p. (ISBN 978-2-7116-1334-2, notice BnF
no FRBNF36192558 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb36192558d.public))

Renée Simonet, Jean SimonetRenée Simonet, Jean Simonet, Argumenter pour


convaincre, Editions Eyrolles, 2018

Annexes

Articles connexes
Analyse du discours Épistémologie Rhétorique

Debategraph Logique Sophistique

Discours Persuasion

Liens externes
[PDF] Linguistique et psychanalyse : pour une approche logiciste, pp. 88-113 (htt
p://www.revue-texto.net/Parutions/Marges/00_ml082004.pdf)

Petit recueil de 18 moisissures argumentatives pour concours de mauvaise foi


(http://cortecs.org/effets-sophismes-biais-techniques/moisissures-argument
atives/)

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