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LES DÉTERMINANTS DE L'ACCÈS ET DES USAGES D'INTERNET EN

AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Analyse des données camerounaises et implications pour une politique de
développement des TIC

Georges Bertrand Tamokwe Piaptie

La Découverte | « Réseaux »

2013/4 n° 180 | pages 95 à 121


ISSN 0751-7971
ISBN 9782707176516
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-reseaux-2013-4-page-95.htm
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LES DÉTERMINANTS DE L’ACCÈS
ET DES USAGES D’INTERNET
EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Analyse des données camerounaises et implications


pour une politique de développement des TIC

Georges Bertrand TAMOKWE PIAPTIE


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DOI: 10.3917/res.180.0095
L
e Cameroun est connecté au réseau Internet, depuis avril 1997. Mais
c’est à partir d’avril 1999 qu’Internet commence véritablement à se
répandre dans ce pays avec l’ouverture d’un nœud à Douala. Plus
d’une dizaine d’années plus tard, selon une étude du réseau Research ICT
Africa, 38,9 % de Camerounais savent ce qu’est Internet, mais 13 % seule-
ment l’auraient déjà utilisé (Gillwald et al., 2010). Lorsqu’on les compare à
ceux de pays africains économiquement plus avancés comme l’Afrique du
Sud (où on a respectivement 50,8 % et 15 %) et le Nigeria (où on a res-
pectivement 38,3 % et 12,7 %), ces chiffres tendent à révéler une certaine
« internauphilie » de la population camerounaise, relativement à l’ensemble
de l’Afrique subsaharienne.

En effet, le niveau global d’accès aux Technologies de l’Information et de la


Communication (TIC) au Cameroun s’est légèrement amélioré au cours de
la dernière décennie. Ce pays a ainsi vu son taux de pénétration d’Internet
passer de 0,25 % de la population à 4 % de 2000 à 2010, alors que sur la
même période, le taux de pénétration du téléphone mobile passait de 0,66 % à
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44,07 %. Ces performances restent néanmoins relativement faibles et, malgré
la création d’une Agence Nationale des Technologies de l’Information et de la
Communication depuis 2006, le Cameroun n’a toujours pas finalisé sa poli-
tique nationale de développement des TIC. Si le retard dans la finalisation de
ce document stratégique peut être associé à l’existence d’une certaine querelle
de leadership entre les diverses institutions impliquées (Ministère des Postes et
Télécommunications, Agence Nationale des Technologies de l’Information et
de la Communication, Agence de Régulation des Télécommunications) (Nana
et Tankeu, 2007), il n’est pas exclu qu’il trouve aussi quelques fondements dans
l’insuffisance de données et d’études fiables, aptes à éclairer des politiques
pertinentes. Certes, avec l’enquête SCAN ICT, l’Initiative pour la Société de
l’Information en Afrique a permis au Cameroun de collecter diverses informa-
tions utiles à cet égard. Ces informations offrent une bonne monographie de la
situation des TIC au Cameroun en 2005/2006, notamment en ce qui concerne
les infrastructures, la structure des marchés des différents services, le taux de
pénétration des TIC et dans une moindre mesure leurs taux d’utilisation. Cepen-
dant, en vue de l’élaboration d’une stratégie nationale de développement des
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TIC suffisamment efficace, cette enquête gagne à être complétée non seule-
ment par des études descriptives plus détaillées sur les principaux usages des
TIC au Cameroun, mais aussi par quelques études davantage explicatives sur
les déterminants de l’accès, de l’adoption et des usages de ces TIC.

Dans la littérature, de telles études se fédèrent autour du concept de fracture


numérique qui renvoie à des inégalités tant dans l’accès aux technologies de
l’information et de la communication (fracture de niveau un) que dans leurs
usages (fracture de niveau deux). La fracture numérique se révèle ainsi être un
problème à multiples dimensions (Methamem, 2004). Kling (1998) lui attri-
bue deux aspects : un aspect technique qui fait référence aux disponibilités de
l’infrastructure, du matériel et du logiciel ; un aspect social faisant référence
aux compétences à exiger pour manipuler toutes ces ressources techniques.
Dans une perspective davantage comparative, selon Norris (2001), la fracture
numérique décrit un fossé global qui révèle des capacités différentes entre
les nations industrialisées et celles en développement, un fossé social qui fait
référence aux inégalités dans une population donnée et un fossé démocra-
tique. De son côté, Keniston (2003) distingue quatre catégories sociales mani-
festes de ces fractures : ceux qui sont riches et puissants et ceux qui ne le sont
pas ; ceux qui parlent l’anglais et ceux qui ne le parlent pas ; ceux qui vivent
dans des régions où la technologie est bien établie et ceux qui n’y vivent pas ;
et enfin ceux qui sont techniquement bien informés et ceux qui ne le sont pas.
Les travaux concernant l’Afrique sont moins nombreux, mais on peut citer
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celui d’Oyelaran-Oyeyinka et Lal (2005), qui montre que le taux d’utilisation
d’Internet dans les pays d’Afrique subsaharienne est croissant avec la densité
d’ordinateurs dans le pays, la densité des lignes fixes et le nombre d’héber-
geurs de sites. Une autre étude plus récente de Pénard et al. (2012), portant
sur le Gabon, compare les déterminants de l’usage du téléphone mobile et
d’Internet dans ce pays d’Afrique et constate qu’ils ne sont pas identiques.

Notre étude s’inscrit dans le prolongement de ces travaux en se préoccupant


essentiellement d’évaluer empiriquement les déterminants des différentes dimen-
sions de la fracture numérique dans la population camerounaise. Précisément,
elle vise à répondre à deux questions : l’une relative aux facteurs qui favorisent
ou au contraire freinent l’accès à Internet au Cameroun ; l’autre relative aux fac-
teurs qui favorisent ou au contraire freinent les usages d’Internet dans ce pays.

Pour traiter de ces questions, nous disposons d’une base de données issue
d’une enquête effectuée en 2008 sur un échantillon de 2 650 personnes dans
les villes camerounaises de Douala, Buea et Limbe. Elle contient de précieux
Les déterminants de l’accès et des usages d’internet en Afrique subsaharienne 99

renseignements fournis par les habitants de ces villes qui ont été interrogés
sur : leurs caractéristiques individuelles ; les caractéristiques de leurs ménages
de résidence ; leur environnement social ; leurs équipements en Technologies
de l’Information et de la Communication et leurs usages des TIC, notamment
d’Internet. Le principal intérêt de cette base de données est ainsi de pouvoir
nous permettre de mettre en évidence les facteurs recherchés. Pour ce faire,
nous avons recours à des modèles économétriques de choix discrets. L’ap-
proche empirique adoptée dans cette étude commence par retenir un modèle
de base simple ayant pour seules variables explicatives les variables socioé-
conomique et linguistique, modèle qui est ensuite progressivement enrichi par
l’intégration des variables du style de vie et de compétences en informatique,
et enfin par des variables de localisation et de voisinage social.

L’ensemble de l’article est organisé autour de quatre parties. La première


décrit sommairement la base de données de l’étude. La deuxième présente la
modélisation économétrique retenue comme méthodologie d’identification des
déterminants recherchés des fractures d’accès à Internet et de ses usages. Cette
deuxième partie est aussi le lieu de discussion des effets attendus des variables
explicatives des différents modèles. La troisième présente les résultats des esti-
mations et les analyses. La quatrième partie conclut l’étude en soulignant ses
principaux enseignements pour une politique de développement des TIC.

DESCRIPTION DE LA BASE DE DONNÉES


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L’analyse de l’adoption et des usages d’Internet repose généralement sur deux
principaux types de données : d’une part les enquêtes par questionnaires et,
d’autre part, les données de navigation d’internautes volontaires. Cette étude
repose sur le premier type. Nos données proviennent en effet d’une « enquête
sur les usages des TIC par les citoyens et les ménages » au Cameroun. Avec le
soutien méthodologique et opérationnel des personnels de l’Institut National de
la Statistique du Cameroun, cette enquête a été menée en 2008 dans les villes
de Douala (85,59 % de l’échantillon), Buea (9,4 % de l’échantillon) et Limbe
(4,72 % de l’échantillon)1. Douala est une ville majoritairement francophone

1. Nous avons activement participé à la conception et à la réalisation de cette enquête effec-


tuée dans le cadre d’un Programme de Coopération Scientifique Interuniversitaire financé par
l’AUF et réunissant l’Université de Douala (Cameroun), l’Université Omar Bongo (Gabon),
l’Université de Rennes 1 (France) et le CEPS/INSTEAD du Luxembourg sur le thème « Frac-
tures numériques et interactions sociales : une analyse comparée des modes de diffusion et des
usages d’Internet en Afrique centrale et en Europe occidentale ».
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alors que Buea et Limbe sont majoritairement anglophones. Parmi les 2 650
répondants, 2,96 % déclarent n’avoir jamais entendu parler d’Internet alors
que 33,51 % affirment l’avoir déjà utilisé au moins une fois. Dans la mesure
où l’échantillon des ménages visités dans le cadre de cette enquête est fidè-
lement calqué sur celui de la troisième version de l’Enquête Camerounaise
auprès des Ménages (ECAM 3) financée et soutenue par la Banque mondiale,
ces ménages sont représentatifs de la population du Cameroun dans ces trois
villes. Ils ne sont pas parfaitement représentatifs de l’ensemble de la popu-
lation du Cameroun. Néanmoins, étant donné que la métropole cosmopolite
de Douala est un véritable microcosme de cette population et que Buea était
encore le siège de l’unique université publique anglophone du pays – ce qui
la rapproche de son statut historique de capitale de la partie anglophone du
Cameroun –, on peut tirer de cette enquête des enseignements pertinents pour
l’élaboration d’une politique de développement des Technologies de l’Infor-
mation et de la Communication.

Outre les caractéristiques individuelles des répondants et socioéconomiques


des ménages, l’enquête a permis de collecter des informations : sur les équi-
pements des ménages en TIC (ordinateurs ; téléviseurs ; téléphones fixes et
portables ; lecteurs CD/DVD et MP3, appareils photo et caméscopes), sur
l’utilisation de ces équipements, sur le réseau social des répondants et sur les
usages qu’ils font d’Internet.
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Au terme de cette enquête, notre échantillon est composé de 54,34 %
d’hommes. Sa distribution en fonction du niveau d’études présente l’allure
d’une courbe en cloche aplatie à droite avec : 18,14 % de répondants ayant
au mieux le niveau du primaire ; 34,5 % le niveau de premier cycle du secon-
daire ; 25,32 % le niveau de second cycle du secondaire ; 13,66 % le niveau de
premier cycle du supérieur (bac à bac+2) et 8,15 % le niveau de second cycle
du supérieur (bac+3 et plus). 41,32 % des répondants ont des aptitudes linguis-
tiques leur permettant de lire et parler l’anglais et une proportion similaire est
sans emploi. Interrogés sur leur revenu mensuel, 59,21 % de répondants s’ins-
crivent dans la tranche de 0 à 50 mille francs CFA ; 22.41 % dans la tranche
de 51 à 100 mille FCFA ; 8,96 % dans la tranche de 101 à 150 mille FCFA ;
5,74 % dans la tranche de 151 à 200 mille FCFA et seulement 3,68 % dans
la tranche supérieure à 200 mille FCFA. Relativement à ce revenu, 26,67 %
des répondants jugent que leur quotidien est très difficile ; pour 55,49 % il est
difficile ; pour 17,8 % il est confortable et n’est très confortable que pour à
peine 0,4 %. Par ailleurs, près de 85,96 % des personnes interrogées déclarent
ne pas disposer d’un ordinateur fixe ou portable à domicile et accèdent à cet
Les déterminants de l’accès et des usages d’internet en Afrique subsaharienne 101

outil quasi indispensable pour la connexion à Internet au bureau (11 %) ; dans


des cybercafés (32 %) ; dans leurs établissements scolaires ou universitaires
(12 %) ou alors chez des connaissances (14,32 %). Par suite, il apparaît tout à
fait normal que 59 % de ces répondants utilisateurs d’Internet affirment avoir
régulièrement recours aux cybercafés pour y accéder. Ce chiffre corrobore
celui de l’étude du réseau Research ICT Africain précédemment citée, qui
estime que, dans 17 pays d’Afrique subsaharienne où ses enquêtes ont été
menées, en moyenne 70 % des populations utilisatrices d’Internet le font via
des cybercafés. Dans leurs utilisations, plusieurs services d’Internet sont sol-
licités et le graphique ci-après présente un classement des dix les plus utilisés
dans notre échantillon.

Graphique 1. Les 10 services de l’Internet les plus utilisés


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Bien que le téléchargement de la musique et des films y occupe la huitième © La Découverte | Téléchargé le 31/03/2021 sur www.cairn.info (IP: 154.72.150.209)
position, il ressort surtout que les populations au Cameroun considèrent Inter-
net moins comme un outil de divertissement que comme un outil de commu-
nication et d’information. Comme dans la quasi-totalité des études similaires,
le courrier électronique apparaît être l’outil de communication prédominant.
Cette prédominance trouve certainement des fondements dans son caractère
asynchrone, ce qui lève la contrainte de l’obligation d’une connexion simulta-
née de l’émetteur et du récepteur consubstantielle aux services synchrones de
discussions en direct. De leur côté, les recherches d’informations sur les actua-
lités nationale et internationale prédominent parmi les services d’information
offerts par Internet. Cependant, un nombre non négligeable de personnes au
Cameroun exploitent aussi Internet comme média d’information sur l’emploi
102 Réseaux n° 180/2013

et les études, ce qui confère à cette technologie quelques propriétés de bien


public. Ce constat de la prédominance des usages de communication et d’in-
formation peut être perçu comme indicateur de la volonté des populations au
Cameroun de tirer au mieux avantage des opportunités qu’offre Internet. Dans
cette perspective, la recherche des facteurs déterminants de l’accès à cette
technologie et de ses usages constitue un levier important des politiques pour
le développement des TIC.

MODÉLISATION DU CHOIX DE L’ACCÈS À INTERNET


ET DE SES USAGES

Suivant une démarche méthodologique proche de Le Guel et al., l’analyse de


la décision d’accéder à Internet et de ses usages est effectuée ici au moyen de
modèles de choix discrets de type Probit (Le Guel et al., 2005). Ces modèles
d’utilisation courante en économie sur des données d’enquête permettent en
effet d’identifier les déterminants des choix individuels (McFadden, 2001).

Les variables expliquées

Une première modélisation s’intéresse à la décision de l’individu d’accéder à


Internet. Sur ce point, il importe de souligner que la majorité des travaux sur
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les pays développés optent pour l’étude de la décision d’adopter Internet qu’ils
assimilent à celle d’avoir une connexion à domicile. Mais bien que l’étude de
l’adoption eût été probablement très intéressante, sachant que moins de 2 %
de nos répondants disposent d’un ordinateur à domicile et que plus de 97 %
des internautes parmi eux accèdent régulièrement à Internet en dehors de leurs
domiciles, nous nous en tiendrons ici à l’étude de la décision d’avoir accès ou
non à cette technologie, cette décision étant simplement indiquée par le fait
d’avoir déjà eu à utiliser Internet, indépendamment du lieu de connexion. Par
suite, la variable dépendant du modèle d’accès est une variable dichotomique
prenant la valeur 1 pour tout individu ayant choisi d’accéder à Internet et la
valeur 0 pour les autres.

Une seconde modélisation porte sur le choix des services à consommer d’In-
ternet, autrement dit sur le choix des usages qu’on en fera. Dans le question-
naire qui leur était adressé, une question donnait la possibilité aux répondants
d’indiquer s’ils utilisaient ou pas dix-huit services d’Internet dont, en plus des
dix classés dans le graphique précédent : les jeux, la consommation de vidéos
Les déterminants de l’accès et des usages d’internet en Afrique subsaharienne 103

(YouTube, Dailymotion…), la consultation de catalogues de produits ou de


services, la participation à des forums/blogs, la formation, l’utilisation des
services administratifs, la participation à un site de réseau social (Myspace,
Facebook…) et la réalisation d’opérations bancaires ou boursières. En consi-
dérant chacun de ces services comme un bien que l’individu demande et
consomme en fonction de l’utilité qu’il espère en tirer, le raisonnement ici est
semblable à celui de l’accès : étant donné chacun des usages d’Internet qui
s’offre à lui, l’individu décide ou non de l’exploiter. En conséquence, pour
chacun de ces usages, la variable expliquée du modèle sera elle aussi une
variable binaire avec les modalités 1 ou 0 selon que l’individu concerné aura
choisi ou non d’exploiter l’usage en question.

Ceci dit, force est de reconnaître qu’il peut s’avérer inapproprié d’étudier tous
les dix-huit usages énumérés, et ce d’autant plus que certains de ces usages sont
apparus être particulièrement peu choisis par les répondants. Il convient alors
de trouver un critère de sélection des usages à analyser. Dans cette quête, nous
sommes conduits à retenir le critère des usages constituant le quartile supérieur
des plus sollicités par les populations. Nous admettons que ce critère peut prêter
à discussion. Mais en cela, il ne ferait pas exception, car tout autre critère prê-
terait également à discussion et nous l’avons retenu simplement en supposant
que le fait de se limiter aux 25 % des usages les plus courants est acceptable.

Dans la mesure où ce quartile se situe au niveau d’un taux d’utilisation de


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40,42 %, les usages que nous retiendrons sont : le courrier électronique (ou
e-mail), la recherche d’informations sur l’actualité internationale, la recherche
d’informations sur l’actualité locale ou nationale, les discussions en direct
avec des amis/familles à l’extérieur du pays et la recherche d’informations
en relation avec la profession ou les études. Constatons que cette sélection
permet opportunément d’analyser les déterminants des usages pour commu-
nications asynchrone (e-mail) et synchrone (discussion en direct), de même
que les déterminants des usages pour informations événementielles (actualités
nationale et internationale) et professionnelles (profession et études).

Cependant, remarquons que, pour toute personne, les deux décisions analy-
sées sont liées dans une séquence à deux étapes : dans une première étape,
l’individu décide d’accéder ou non à Internet et, dans une deuxième étape, il
décide d’exploiter ou non un usage donné. Il est en conséquence évident que
le modèle d’accès concernera toujours un effectif d’individus plus important
que celui d’usage, puisque l’arbre des parties des deux décisions modélisées
prend la forme suivante :
104 Réseaux n° 180/2013

Figure 1. Séquences des décisions d’accès et d’usage d’Internet

( )

Il s’agit donc concrètement de deux décisions binaires imbriquées que nous


analyserons à l’aide du modèle probit séquentiel ; les variables latentes étant
alors pour la première étape le gain net tiré de l’accès et pour la deuxième
étape la satisfaction nette tirée de l’usage considéré.

Les variables explicatives

Pour les besoins de l’analyse, les variables explicatives globalement com-


munes aux deux types de modèles sont regroupées sous trois grandes catégo-
ries en fonction de leur proximité sémantique, du point de vue de leur contenu,
et de leur proximité fonctionnelle, du point de vue de leur apport informa-
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tionnel dans les modèles. Nous distinguons ainsi la catégorie des variables
socioéconomique et linguistique ; la catégorie des variables du style de vie et
de compétences en informatique et la catégorie des variables de localisation et
du voisinage social.

Les variables socioéconomique et linguistique


Ces variables explicatives sont celles du modèle dit de base. À ce titre, leur regrou-
pement tient surtout à leur proximité sémantique : l’indicateur de la variable lin-
guistique, à savoir l’aptitude à lire et parler ou non l’anglais, est assez lié à au
moins l’un des indicateurs de la variable socioéconomique : le niveau d’édu-
cation. Les autres indicateurs retenus pour cette variable sont le genre, l’âge, la
perception du quotidien comme proxy du revenu relatif et la situation profession-
nelle avec les modalités présentées dans la description de la base de données.

L’ensemble de ces variables permet de savoir si les internautes au Cameroun


présentent un profil socioéconomique spécifique par rapport aux non-internautes.
Les déterminants de l’accès et des usages d’internet en Afrique subsaharienne 105

Pour la variable socioéconomique, plusieurs enquêtes montrent que tel est le cas
sur d’autres continents (Homenet Project, 1995 ; Hoffman et al., 1996 ; Pitkow
et al., 1998 ; Johnson et al., 1999a et 1999b ; Le Guel et al. 2005). Suivant
ces travaux, les primo-adoptants d’Internet sont relativement jeunes, de sexe
masculin, d’un niveau d’études élevé et disposant d’un revenu supérieur à la
moyenne. Le statut de travailleur est un atout supplémentaire. De prime abord,
nous faisons l’hypothèse que les principaux traits du profil des internautes
dressé par ces études se retrouvent dans la population camerounaise. Cela dit, il
importe de souligner que, à la différence des modèles d’acceptation des techno-
logies qui auraient permis par exemple de mettre en évidence les facteurs expli-
catifs de l’acceptation d’Internet chez des personnes de genres différents à la
manière de Venkatesh et Morris (2000), notre approche de modélisation peut au
mieux nous permettre de constater que la fracture numérique de premier niveau,
i.e. celle d’accès, présente un aspect genre au détriment du sexe féminin.

En ce qui concerne la variable linguistique, une étude d’Anantho et Roycroft


(2003) relative à la diffusion d’internet dans les pays africains expliquait sa
diffusion relativement plus importante dans les pays anglophones que dans les
pays francophones par l’existence d’une plus grande quantité de contenus en
langue anglaise sur le Web. Cet aspect linguistique de la fracture numérique
de niveau 1 existe-t-il au Cameroun ? L’estimation économétrique du modèle
d’accès permettra de répondre à cette question plus ou moins péremptoirement,
selon que le coefficient associé à l’indicateur de la variable linguistique sera ou
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pas positif et significatif. À cet égard, on peut néanmoins énoncer l’hypothèse
de la non-significativité au Cameroun de cet avantage comparatif supposé des
anglophones sur la base de ce qu’on peut désormais, quelle que soit sa langue
d’expression (français ou anglais) et sous réserve qu’on sache y effectuer
des recherches, trouver sur Internet des contenus pertinents dans sa première
langue de travail. De plus, dans le contexte particulier d’un pays officiellement
bilingue comme le Cameroun, la probabilité est relativement plus grande d’ob-
tenir dans son entourage le soutien d’au minimum un traducteur amateur.

Au même titre qu’elles influencent la décision d’accès ou non à Internet, les


variables socioéconomique et linguistique sont susceptibles d’influencer celle
d’exploiter ou non les différents usages d’Internet. Mais comme les usages
ont chacune sa particularité, on est en droit d’escompter des impacts diffé-
renciés. Des études montrent que les titulaires de bas revenus auront une pro-
babilité plus grande à tirer davantage bénéfice des usages d’Internet (Sinai et
Waldfogel, 2004). Sur cette base, on peut escompter que pour tous les usages
106 Réseaux n° 180/2013

autres que la recherche d’informations en relation avec les études ou la profes-


sion, les tranches d’âges et de revenus supérieurs présenteront des probabilités
d’exploitation relativement plus faibles. L’exception soulevée pour cet usage
est d’autant plus logique qu’on doit justement s’attendre à un avantage relatif
pour ceux qui peuvent en profiter à l’instar des travailleurs ; ces derniers étant
aussi ceux dont la probabilité est grande d’avoir des revenus élevés. La langue
anglaise devrait être un atout pour tous les usages de recherche d’informa-
tion alors qu’elle serait neutre pour les usages de communication qui mettent
généralement en relation des personnes qui se connaissent. Enfin, même si un
aspect genre de la fracture numérique devait être mis en évidence au niveau du
modèle d’accès (Tankeu, 2005), il est possible qu’il disparaisse dans le modèle
d’usage sous l’hypothèse que, une fois qu’on a accès à Internet, les conditions
d’utilisation sont communes, indépendamment du sexe des utilisateurs.

Les variables du style de vie et de compétences en informatique


La variable du style de vie renvoie essentiellement à la possession ou non des
équipements TIC à savoir : l’ordinateur ; la télévision ; les lecteurs de CD/
DVD et les téléphones portables. Pour sa part, la variable de compétences en
informatique est captée à travers trois indicateurs binaires : l’aptitude à utiliser
un logiciel de traitement de texte ou un tableur, l’aptitude à installer un logiciel
et l’aptitude à programmer une application. Comme leurs contenus renvoient
directement à l’utilisation de matériels TIC, la proximité sémantique de ces
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deux variables est immédiate. Leur proximité fonctionnelle réside quant à elle
dans ce qu’elles permettront d’apprécier l’enrichissement éventuel du modèle
de base par l’intégration des facteurs d’expérience des TIC. Des études citées
plus haut observent en effet que le caractère technophile indiqué par la pos-
session d’équipements de TIC tend à favoriser la décision d’accéder à Internet
(Homenet Project, 1995 ; Hoffman et al., 1996 ; Pitkow et al., 1998 ; Johnson
et al., 1999a et 1999b ; Le Guel et al. 2005). Dès lors, étant donné que l’ordina-
teur reste encore le principal outil de connexion à Internet, on peut être fondé
à faire l’hypothèse que des compétences avérées dans l’utilisation de cet outil
puissent favoriser aussi bien l’accès à Internet que tous ses différents usages2.

Les variables de localisation et du voisinage social


La localisation ici renvoie au standing du quartier dans lequel réside le répon-
dant ; est-il réputé résidentiel ou plutôt populeux ? La variable voisinage

2. Les statistiques descriptives des variables explicatives sont présentées à l’annexe 1.


Les déterminants de l’accès et des usages d’internet en Afrique subsaharienne 107

social a quant à elle trois indicateurs : avoir un membre de la famille à l’étran-


ger ; le nombre d’associations auxquelles on appartient et le nombre d’amis,
collègues et relations utilisateurs d’Internet. La proximité sémantique entre
ces deux variables tient par exemple au fait que les amis et autres associations
ont généralement au Cameroun un ancrage géographique, généralement non
loin du quartier ou lieu d’habitation3. De plus, ces variables partagent une
proximité fonctionnelle liée au fait qu’elles indiqueront l’apport au modèle de
base de la prise en compte des variables relatives à la distance. Cette dernière
étant entendue ici au sens large pour autoriser la perception d’une distance
à connotation géographique (différence entre quartier populeux et quartier
résidentiel ; membre de la famille à l’étranger) et d’une autre à connotation
sociale (rapprochement par les associations ou par les liens d’amitié).

Pour la distance sociale, dans la mesure où les TIC sont généralement des
biens d’expérience, on escompte des externalités de réseau et des effets de
feedback positifs aussi bien dans le modèle d’accès que dans celui des usages.
En effet, Internet étant aujourd’hui le moyen de communication le moins oné-
reux, le fait d’avoir un membre de la famille à l’étranger devrait favoriser la
décision d’accéder à Internet. Cet argument peut également être convoqué
pour soutenir le fait que la multiplicité des associations auxquelles on appar-
tient et du nombre d’internautes dans l’entourage ait une influence positive
sur la décision d’y accéder. Et comme l’entretien de ce faisceau de relations
sociales suppose des communications régulières, les usages de communica-
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tion tendront à être davantage positivement affectés que ceux relatifs à l’infor-
mation. Du simple fait que les habitants des quartiers résidentiels ont plus de
chances d’avoir des parents à l’étranger et des amis au pouvoir d’achat relati-
vement élevé, on peut aussi escompter que le fait d’habiter une zone réputée
résidentielle soit un atout tant pour l’accès que pour les usages, contrairement
au fait d’habiter une zone réputée populeuse.

ESTIMATIONS ÉCONOMÉTRIQUES ET ANALYSES

Conformément au schéma du probit séquentiel présenté supra et suivant la


démarche empirique retenue pour cette étude les estimations sont effectuées
en deux séquences.

3. Même dans les villes, on a dans plusieurs quartiers des « îlots » de regroupement des ressor-
tissants des mêmes villages.
108 Réseaux n° 180/2013

La première séquence consiste en l’estimation du modèle d’accès à Internet à


travers ses quatre variantes. Le modèle de base, n’ayant pour seules variables
explicatives que les variables socioéconomique et linguistique en est la pre-
mière (M1). Ce modèle de base est ensuite enrichi par l’intégration, tour à
tour et alternativement, des variables de style de vie et de compétences en
informatique dans un premier temps (M2), puis des variables de localisation
et de voisinage social dans un deuxième temps (M3). Une dernière variante de
ce modèle d’accès est enfin estimée pour tenir compte de toutes les variables
explicatives à la fois (M4).

La deuxième séquence consiste en l’estimation du modèle d’usage pour les


cinq usages sélectionnés, chacun sur l’ensemble des variables explicatives
à la fois. En effet, si le souci de faire ressortir l’existence possible d’effets
de réseau ou de feed-back ainsi que des effets d’apprentissage sous-tend la
démarche incrémentale adoptée pour le modèle d’accès, une telle démarche
n’est plus nécessaire pour la pertinence du modèle d’usage.

Le tableau 1 présente le résumé des résultats obtenus de l’estimation des dif-


férentes variantes du modèle d’accès à Internet4.

Il en ressort que, lorsque les variables socioéconomique et linguistique sont les


seules prises en compte, l’hypothèse de la similitude du profil des internautes
au Cameroun avec à celui des internautes mis en évidence dans d’autres pays
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par les études dont certaines sont citées plus haut n’est pas rejetée. En effet,
il apparaît que les principaux déterminants socioéconomiques significatifs de
l’accès à Internet au Cameroun sont : le genre au profit des hommes, l’âge au
profit des plus jeunes, le niveau d’éducation favorable aux plus éduqués, le
sentiment d’avoir un pouvoir d’achat relativement élevé et l’aptitude à lire
et parler l’anglais. La significativité de l’anglais comme déterminant de la
fracture numérique d’accès à Internet ne corrobore pas nos anticipations pour-
tant fondées sur la spécificité du contexte camerounais qui se caractérise par
l’utilisation de l’anglais et du français comme langues officielles. Par suite,
ce résultat indique que, au-delà du discours officiel, le bilinguisme demeure
relatif dans ce pays.

4. Les résultats détaillés sont présentés à l’annexe 2.


Les déterminants de l’accès et des usages d’internet en Afrique subsaharienne 109

Tableau 1. Résumé des résultats de l’estimation du modèle d’accès

VARIABLES Descriptifs (M1) (M2) (M3) (M4)

Genre Homme (Oui/Non) +++ +++ NS +


22-29 ans NS NS NS NS
Tranche d’âge
30-44 ans --- --- -- -
Référence : 15-21 ans
45 ans et + --- --- --- --
1er cycle secondaire +++ +++ ++ +
Niveau d’éducation 2d cycle secondaire +++ +++ +++ +++
Référence : niveau primaire Bac/bac+1/Bac+2 +++ +++ +++ +++
bac+3 et + +++ +++ +++ +++
Perception du confort quotidien Difficile NS NS NS NS
Référence: très difficile Confortable +++ ++ ++ NS
Situation professionnelle Avoir un emploi (Oui/Non) NS NS NS NS
Savoir lire et parler l’anglais
Aptitude en anglais +++ ++ ++ NS
(Oui/NON)
Possession d’un ordinateur A un ordinateur (Oui/Non) ++ NS
Possession de TV A la TV (Oui/Non) NS NS
Possession de lecteur de CD/ A un lecteur de CD/DVD
NS NS
DVD (Oui/Non)
A un téléphone portable
Possession de téléphone portable +++ +++
(Oui/Non)
Sait utiliser un traitement de
Compétence informatique +++ +++
texte/tableur (Oui/Non)
Sait installer un logiciel
Compétence informatique NS +
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(Oui/Non)
Sait programmer une
Compétence informatique + NS
application (Oui/Non)
Quartier populaire (Oui/
Standing du quartier de résidence NS NS
Non)
Quartier résidentiel (Oui/
Standing du quartier de résidence NS NS
Non)
A un membre de la famille à
Avoir des parents à l’étranger +++ +++
l’étranger (Oui/Non)
Nombre d’associations dont
Appartenance à des associations NS NS
on est membre
Perception du nombre d’amis, Peu
+++ +++
collègues et relations utilisateurs
d’Internet
Beaucoup +++ +++
Référence : aucun
+++ coefficient positif significatif à 1 % --- coefficient négatif significatif à 1 %
++ coefficient positif significatif à 5 % -- coefficient négatif significatif à 5 %
+ coefficient positif significatif à 10 % - coefficient négatif significatif à 10 %
NS : Non Significatif
110 Réseaux n° 180/2013

La deuxième variante se caractérise par l’ajout des variables du style de vie et


de compétences en informatique au modèle de base. Elle apporte une infor-
mation additionnelle en indiquant que la possession d’un ordinateur et d’un
téléphone portable affecte positivement la décision d’accéder à Internet. Un
comportement initialement technophile confère ainsi une plus forte moti-
vation au choix de l’accès à Internet. La possession de compétences infor-
matiques – comme : savoir utiliser un logiciel de traitement de texte, savoir
utiliser un tableur ou savoir programmer une application – joue également en
faveur de ce choix.

La fracture numérique de genre semble disparaître lorsqu’on intègre au


modèle de base un contrôle sur les variables de localisation et du voisinage
social, en ignorant les variables du style de vie et de compétences en infor-
matique. Mais en réalité, cette fracture reste relativement proche dans la
mesure où le coefficient positif de la modalité homme du genre serait signi-
ficatif au seuil de 10,04 %. De façon plus claire, il apparaît également que le
fait d’avoir un parent à l’étranger et des amis internautes sont favorables à la
décision d’accéder soi-même à Internet. Internet s’avère ainsi être un facteur
possible de neutralisation des distances sociales et géographiques. En outre,
l’impact positif du nombre d’internautes dans le voisinage social sur la déci-
sion d’accès à Internet est révélateur de l’existence d’un minimum d’effets de
réseau et de feed-back positifs. À cet égard, la non-significativité du nombre
d’associations auxquelles l’individu appartient traduit le fait que nombre de
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ces associations restent peu exploitées comme lieux d’apprentissage et de vul-
garisation des TIC. On constate aussi que les habitants des zones réputées
populeuses n’ont pas une probabilité d’accès à Internet significativement plus
faible que celle des habitants des zones réputées résidentielles. Ce résultat non
escompté peut être expliqué par au moins deux faits caractéristiques de l’en-
vironnement urbain au Cameroun : en premier lieu, il n’existe pas de cloison
étanche entre les zones réputées résidentielles et celles réputées populeuses,
car, au cœur des premières, on retrouve toujours quelques taudis alors qu’au
sein des secondes, on retrouve toujours quelques habitations de haut stan-
ding ; en second lieu, le nombre très faible de connexions à domicile conduit
les habitants des zones résidentielles à recourir autant aux espaces publics
d’accès à Internet (les cybercafés notamment) que les habitants des zones
populeuses, ce qui tend à annuler l’avantage présumé des premiers.

Au demeurant, les résultats sont globalement conformes à nos anticipations.


Cependant, lorsqu’on tient compte de l’ensemble des variables pour expliquer
Les déterminants de l’accès et des usages d’internet en Afrique subsaharienne 111

la décision individuelle d’accéder à Internet dans une perspective panoramique,


les déterminants positifs de cette décision sont : le genre, un jeune âge, un
niveau d’études élevé, le fait d’avoir un parent à l’étranger et un grand nombre
d’internautes dans son voisinage social, la possession d’un téléphone portable,
l’aptitude à utiliser un logiciel de traitement de texte ou un tableur et l’aptitude
à installer un logiciel5.

C’est cette perspective panoramique qui est retenue pour le modèle d’usage
dont le tableau 2 présente le résumé des résultats6 avec respectivement : le
modèle d’usage d’Internet pour le courrier électronique (E-mail) ; le modèle
d’usage d’Internet pour des discussions en direct avec des amis/familles à
l’extérieur du pays (Discussion en direct) ; le modèle d’usage d’Internet pour
la recherche d’informations sur l’actualité internationale (Recherche infor-
mations internationales) ; le modèle d’usage d’Internet pour la recherche
d’informations sur l’actualité locale ou nationale (Recherche informations
nationales) et le modèle d’usage d’Internet pour la recherche d’informations
en relation avec la profession et les études (Recherche informations profes-
sionnelles).

Ces estimations donnent à constater l’existence de déterminants communs


à l’ensemble des usages, de déterminants communs à des sous-ensembles
d’usages et de déterminants spécifiques à certains usages en particulier.
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5. Comme pour le genre dans M3, il importe de souligner ici le fait que l’aptitude à lire et par-
ler l’anglais comme facteur de clivage est simplement masqué et reste assez déterminante dans
la mesure où le seuil de significativité qui lui est associé est de 10,04 %.
6. Les résultats détaillés sont présentés à l’annexe 3.
112 Réseaux n° 180/2013

Tableau 2. Résumé des résultats de l’estimation du modèle d’usage

Recherche informations

Recherche informations

Recherche informations
Discussion en direct

professionnelles
internationales

nationales
E-mail
VARIABLES Descriptifs

Genre Homme (Oui/Non) ++ NS +++ +++ +++


22-29 ans NS NS NS NS NS
Tranche d’âge
30-44 ans NS --- -- -- --
Référence : 15-21 ans
45 ans et + NS -- NS NS --
1er cycle secondaire NS NS NS NS NS
Niveau d’éducation
2d cycle secondaire NS NS + NS +
Référence : niveau
Bac/bac+1/Bac+2 ++ NS ++ ++ +++
primaire
bac+3 et + +++ + +++ +++ +++
Perception du confort Difficile NS NS NS NS NS
quotidien
Confortable NS NS NS NS NS
Référence: très difficile
Avoir un emploi (Oui/
Situation professionnelle NS NS ++ + NS
Non)
Savoir lire et parler
Aptitude en anglais NS NS NS NS NS
l’anglais (Oui/NON)
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A un ordinateur (Oui/
Possession d’un ordinateur NS NS NS + +++
Non)
Possession de TV A la TV (Oui/Non) NS NS NS NS NS
Possession de lecteur de A un lecteur de CD/
NS NS NS NS NS
CD/DVD DVD (Oui/Non)
Possession de téléphone A un téléphone portable
NS NS NS NS NS
portable (Oui/Non)
Sait utiliser un
Compétence informatique traitement de texte/ ++ +++ +++ +++ +++
tableur (Oui/Non)
Sait installer un logiciel
Compétence informatique NS NS NS NS NS
(Oui/Non)
Sait programmer une
Compétence informatique +++ +++ ++ ++ +++
application (Oui/Non)
Standing du quartier Quartier populaire (Oui/
NS NS NS NS NS
de résidence Non)
Standing du quartier Quartier résidentiel
NS NS NS NS NS
de résidence (Oui/Non)
Les déterminants de l’accès et des usages d’internet en Afrique subsaharienne 113

A un membre de la
Avoir des parents à
famille à l’étranger NS +++ NS NS NS
l’étranger
(Oui/Non)
Appartenance à des Nombre d’associations
NS NS NS NS NS
associations dont on est membre
Perception du nombre Peu
-- NS NS NS -
d’amis, collègues et
relations utilisateurs
d’Internet Beaucoup NS NS NS NS NS
Référence : aucun
+++ coefficient positif significatif à 1 % --- coefficient négatif significatif à 1 %
++ coefficient positif significatif à 5 % -- coefficient négatif significatif à 5 %
+ coefficient positif significatif à 10 % - coefficient négatif significatif à 10 %
NS : Non Significatif

Parmi les déterminants communs à tous les usages, on retrouve le niveau


d’éducation et les compétences en informatiques. Il apparaît ainsi que la pro-
babilité d’exploiter l’un ou l’autre des cinq usages – courrier électronique ;
discussions en direct avec des connaissances à l’étranger ; recherche d’in-
formations sur l’actualité internationale ; recherche d’informations sur l’ac-
tualité nationale et recherche d’informations en relation avec la profession
– augmente avec le niveau d’études. Cette probabilité est aussi positivement
affectée par l’acquisition de compétences en informatique. Ces compétences
pouvant être relativement élevées, comme le fait d’être capable de program-
mer une application, ou simplement basiques comme le fait de savoir utiliser
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un traitement de texte ou un tableur. Conformément à nos anticipations, l’an-
glais cesse d’être un facteur de clivage et comme dans le modèle d’usage, le
standing du quartier n’est plus déterminant. La non-significativité de la langue
anglaise au niveau de ces usages, y compris pour la recherche d’informations
internationales, peut aisément s’expliquer par le fait que, une fois qu’il accède
à Internet, chaque utilisateur communique (e-mail, discussions en direct) et
recherche des informations prioritairement dans sa première langue de travail.

À l’exception de l’usage d’Internet pour des discussions en direct avec des


connaissances à l’étranger pour lequel le genre est neutre, on observe sur les
quatre autres usages une fracture numérique de second niveau une fois de plus
au détriment des femmes. Ainsi, au-delà du fait que son exploitation diminue
avec l’âge, l’usage d’Internet pour des discussions en direct avec des connais-
sances à l’étranger apparaît ainsi être l’usage le mieux partagé dans la popu-
lation camerounaise. Les femmes au Cameroun ne s’y sont donc pas laissées
distancer par les hommes et tous trouvent d’autant plus d’intérêt à l’exploiter
114 Réseaux n° 180/2013

qu’ils ont des connaissances à l’étranger, ce qui apparaît d’ailleurs être une
spécificité caractéristique de cet usage.

Les usages d’Internet pour les recherches d’informations sur l’actualité natio-
nale, l’actualité internationale et la profession ont aussi en commun une proba-
bilité d’exploitation qui diminue avec l’âge des individus. Le principal intérêt
de ce fait est de marquer la situation particulière du courrier électronique dont
l’exploitation est la seule à échapper au « poids de l’âge » ; ce qui lui confère
quasiment un statut de « service de première nécessité » qui ne serait récusé
que par des personnes estimant avoir peu d’amis et connaissances internautes.

Être employé augmente la probabilité d’usage d’Internet pour rechercher des


informations sur l’actualité nationale et internationale, de même que le fait de
posséder un ordinateur qui, en plus, favorise l’usage d’Internet pour recher-
cher des informations d’ordre professionnel. La complémentarité entre ces
deux variables explicatives peut être liée au fait que nombre de travailleurs se
connectent à Internet à partir d’ordinateurs dans leurs bureaux.

Enfin, la non-significativité de la perception du quotidien marque l’espoir


qu’un clivage supplémentaire entre les nantis et les autres peut être évité. En
effet, et contrairement à nos anticipations fondées sur les travaux de Sinai et
Waldfogel (2004), ce résultat induit qu’au Cameroun, les bénéfices que les
moins nantis tirent des usages d’Internet ne sont pas significativement plus
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importants que ceux des nantis. Ce constat peut être expliqué par le fait que,
malgré l’existence d’inégalités de revenus, non seulement le pouvoir d’achat
au Cameroun reste globalement faible, mais en plus, de nombreux biens d’in-
formation n’y restent efficacement accessibles que via Internet. Ainsi, pour
avoir la primeur de certaines informations internationales par exemple, qu’on
soit nanti ou pas au Cameroun, on doit recourir à Internet.

CONCLUSION ET ENSEIGNEMENTS POUR UNE POLITIQUE DES TIC

Dans cet article, qui s’inscrit littéralement dans le cadre global d’une réflexion
sur les déterminants de la participation des populations d’Afrique subsaha-
rienne à la société de l’information, nous avons voulu mettre en lumière d’une
part les facteurs qui déterminent l’accès à Internet au Cameroun et d’autre
part les facteurs qui déterminent les usages d’Internet dans ce pays.

Sur le premier aspect qui est relatif à la fracture numérique de premier niveau,
nous trouvons que les déterminants de l’accès à Internet sont : le genre, un
Les déterminants de l’accès et des usages d’internet en Afrique subsaharienne 115

jeune âge, un niveau d’études élevé, le fait d’avoir un parent à l’étranger et


un grand nombre d’internautes dans son voisinage social, la possession d’un
téléphone portable, l’aptitude à lire et à parler l’anglais, l’aptitude à utiliser un
logiciel de traitement de texte ou un tableur et l’aptitude à installer un logiciel.

Ces résultats qui sont semblables à ceux de nombreux auteurs cités plus haut
recoupent à maints égards les principaux facteurs de frein à l’utilisation d’Internet
soulignés par les personnes enquêtées à savoir : le manque d’utilité (35,59 % des
répondants) ; le manque d’accompagnement en plus de la complexité perçue de
l’utilisation (20,2 % des répondants) et les prix d’accès jugés onéreux (14,70 %
des répondants). Il en ressort que, pour en accroître les chances d’efficacité, une
politique de développement des Technologies de l’Information et de la Commu-
nication au Cameroun, et par extrapolation dans les pays de niveau de développe-
ment proche, doit reposer au minimum sur trois piliers : 1) la formation classique
pour élever le niveau moyen d’éducation, améliorer les aptitudes en anglais et
accompagner les individus dans leur volonté d’utiliser Internet en diminuant sa
complexité perçue ; 2) la formation professionnelle dans les métiers d’Internet
pour intéresser les utilisateurs en augmentant l’offre des contenus adaptés aux
besoins du marché local  ; 3) une politique d’intensification de la concurrence
dans le secteur pour inciter les principaux fournisseurs d’accès à réduire leurs
prix qui restent parmi les plus élevés d’Afrique (Banque mondiale - Unité de la
Réduction de la Pauvreté et la Gestion Économique/Région Afrique, 2011).
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L’analyse du deuxième aspect de notre questionnement qui concerne d’emblée
la fracture numérique d’usage révèle que les Camerounais utilisent principa-
lement les services d’Internet relatifs à la communication et la recherche d’in-
formations. Elle ne suggère pas de pilier supplémentaire. Toutefois, elle tend
à indiquer par les facteurs qu’elle met en évidence un certain ordre de priorité
dans le déploiement des trois piliers identifiés. Ainsi, une attention particulière
devra être accordée à deux sous-groupes de la population davantage victimes
des fractures numériques à savoir : les femmes et les personnes nées avant la
révolution de la micro-informatique7, surtout lorsqu’elles n’ont pas pu atteindre
au moins le second cycle du secondaire. Ce faisant, cette analyse souligne l’inté-
rêt d’une politique d’initiation aux TIC dès le jeune âge, politique qui sera
alors d’autant plus efficace que cette initiation conduit à des compétences de
programmeur d’application en synergie avec tous les piliers liés à la formation
pour favoriser l’exploitation des multiples opportunités offertes par Internet.

7. C’est-à-dire avant le début des années 1980. Les résultats indiquent en effet que l’âge com-
mence à jouer négativement à partir des 30-44 ans aussi bien pour l’accès que pour les usages.
116 Réseaux n° 180/2013

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usage behavior”, MIS Quarterly, vol. 24, n° 1, p. 115-140.
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118 Réseaux n° 180/2013

ANNEXE 1. STATISTIQUES DESCRIPTIVES DES VARIABLES


EXPLICATIVES

VARIABLES Descriptifs Moyenne Écart-type Min Max


Genre Homme (Oui/Non) 0,5434 0,4982 0 1
22-29 ans 0,2867 0,4523 0 1
Tranche d’âge
30-44 ans 0,3161 0,4651 0 1
Référence : 15-21 ans
45 ans et + 0,2446 0,4300 0 1
1er cycle secondaire 0,3472 0,4762 0 1
Niveau d’éducation 2d cycle secondaire 0,2532 0,4349 0 1
Référence : niveau primaire Bac/bac+1/Bac+2 0,1366 0,3434 0 1
bac+3 et + 0,0815 0,2737 0 1
Perception du confort Difficile 0,5549 0,4971 0 1
quotidien
Confortable 0,1783 0,3829 0 1
Référence : très difficile
Avoir un emploi (Oui/
Situation professionnelle 0,5862 0,4926 0 1
Non)
Savoir lire et parler
Aptitude en anglais 0,4132 0,4925 0 1
l’anglais (Oui/NON)
A un ordinateur (Oui/
Possession d’un ordinateur 0,1420 0,3491 0 1
Non)
Possession de TV A la TV (Oui/Non) 0,5630 0,4961 0 1
Possession de lecteur A un lecteur de CD/
0,6298 0,4829 0 1
de CD/DVD DVD (Oui/Non)
Possession de téléphone A un téléphone portable
0,7952 0,4036 0 1
portable (Oui/Non)
Sait utiliser un
Compétence informatique traitement de texte/ 0,3076 0,4616 0 1
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tableur (Oui/Non)
Sait installer un logiciel
Compétence informatique 0,1387 0,3457 0 1
(Oui/Non)
Sait programmer une
Compétence informatique 0,0962 0,2950 0 1
application (Oui/Non)
Standing du quartier Quartier populaire
0,8309 0,3749 0 1
de résidence (Oui/Non)
Standing du quartier Quartier résidentiel
0,1457 0,3528 0 1
de résidence (Oui/Non)
A un membre de la
Avoir des parents
famille à l’étranger 0,5696 0,4952 0 1
à l’étranger
(Oui/Non)
Appartenance à des Nombre d’associations
0,5642 0,8352 0 5
associations dont on est membre
Perception du nombre Peu 0,3113 0,4631 0 1
d’amis, collègues et
relations utilisateurs
Beaucoup 0,3181 0,4658 0 1
d’Internet
Référence: aucun
Les déterminants de l’accès et des usages d’internet en Afrique subsaharienne 119

ANNEXE 2. RÉSULTATS COMPLETS DE L’ESTIMATION


DU MODÈLE D’ACCÈS

VARIABLES Descriptifs (M1) (M2) (M3) (M4)


0.182*** 0.227*** 0.121 0.161*
Genre Homme (Oui/Non)
(0.0666) (0.0773) (0.0746) (0.0837)
0.0402 0.158 0.0877 0.200
22-29 ans
(0.0928) (0.115) (0.102) (0.124)
Tranche d’âge -0.497*** -0.440*** -0.289** -0.247*
30-44 ans
Référence : 15-21 ans (0.107) (0.131) (0.120) (0.142)
-0.747*** -0.644*** -0.486*** -0.393**
45 ans et +
(0.113) (0.136) (0.134) (0.159)
0.554*** 0.421*** 0.365** 0.256*
1er cycle secondaire
(0.122) (0.128) (0.143) (0.149)
1.269*** 0.855*** 0.889*** 0.543***
Niveau d’éducation 2d cycle secondaire
(0.123) (0.131) (0.143) (0.150)
Référence : niveau
1.906*** 1.166*** 1.258*** 0.670***
primaire Bac/bac+1/Bac+2
(0.135) (0.149) (0.155) (0.167)
2.701*** 1.609*** 1.957*** 1.066***
Bac+3 et +
(0.169) (0.202) (0.192) (0.222)
0.0456 -0.0405 -0.0444 -0.0960
Perception du confort Difficile
(0.0776) (0.0928) (0.0870) (0.103)
quotidien
0.471*** 0.232** 0.241** 0.0986
Référence: très difficile Confortable
(0.0944) (0.114) (0.107) (0.125)
Avoir un emploi -0.0164 -0.0775 0.0357 -0.0280
Situation professionnelle
(Oui/Non) (0.0760) (0.0880) (0.0878) (0.100)
Savoir lire et parler 0.191*** 0.167** 0.149** 0.140
Aptitude en anglais
l’anglais (Oui/NON) (0.0656) (0.0743) (0.0756) (0.0863)
A un ordinateur 0.238** 0.0841
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Possession d’un ordinateur
(Oui/Non) (0.106) (0.116)
0.125 0.00722
Possession de TV A la TV (Oui/Non)
(0.0808) (0.0931)
Possession de lecteur A un lecteur de CD/ 0.0585 0.0779
de CD/DVD DVD (Oui/Non) (0.0833) (0.0938)
Possession de téléphone A un téléphone 0.469*** 0.458***
portable portable (Oui/Non) (0.116) (0.132)
Sait utiliser un
1.387*** 1.321***
Compétence informatique traitement de texte/
(0.0866) (0.0931)
tableur (Oui/Non)
Sait installer un 0.0787 0.281*
Compétence informatique
logiciel (Oui/Non) (0.135) (0.143)
Sait programmer une
0.305* 0.0437
Compétence informatique application (Oui/
(0.166) (0.175)
Non)
Standing du quartier Quartier populaire -0.507 -0.382
de résidence (Oui/Non) (0.318) (0.317)
Standing du quartier Quartier résidentiel -0.123 0.101
de résidence (Oui/Non) (0.328) (0.327)
120 Réseaux n° 180/2013

A un membre de la
Avoir des parents à 0.270*** 0.237***
famille à l’étranger
l’étranger (0.0731) (0.0843)
(Oui/Non)
Nombre
Appartenance à des -0.0163 -0.0684
d’associations dont
associations (0.0448) (0.0527)
on est membre
Perception du nombre Peu 0.806*** 0.693***
d’amis, collègues et (0.0977) (0.111)
relations utilisateurs
1.705*** 1.505***
d’Internet Beaucoup
(0.0984) (0.113)
Référence: aucun
-1.48*** -2.20*** -1.80*** -2.506***
Constante
(0.146) (0.182) (0.361) (0.388)
+++ coefficient positif significatif à 1% --- coefficient négatif significatif à 1%
++ coefficient positif significatif à 5% -- coefficient négatif significatif à 5%
+ coefficient positif significatif à 10% - coefficient négatif significatif à 10%
NS: Non Significatif

ANNEXE 3. RÉSULTATS COMPLETS DE L’ESTIMATION


DU MODÈLE D’USAGE

professionnelles
internationales
Discussion en

informations

informations

informations
Recherche

Recherche

Recherche
nationales
VARIABLES Descriptifs
E-mail
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direct

0.244** 0.118 0.493*** 0.298*** 0.430***


Genre Homme (Oui/Non)
(0.108) (0.109) (0.110) (0.110) (0.112)
0.176 0.0475 0.0521 -0.235 0.0572
22-29 ans
(0.161) (0.165) (0.167) (0.169) (0.173)
Tranche d’âge
-0.199 -0.56*** -0.42** -0.516** -0.525**
Référence : 30-44 ans
(0.198) (0.208) (0.202) (0.204) (0.210)
15-21 ans
-0.275 -0.512** -0.331 -0.340 -0.531**
45 ans et +
(0.226) (0.227) (0.225) (0.230) (0.236)
0.166 0.107 0.156 0.0849 0.495
1er cycle secondaire
(0.342) (0.371) (0.389) (0.391) (0.556)
Niveau 0.496 0.378 0.669* 0.580 1.018*
2d cycle secondaire
d’éducation (0.333) (0.362) (0.379) (0.380) (0.547)
Référence : 0.786** 0.595 0.957** 0.989** 1.492***
Bac/bac+1/Bac+2
niveau primaire (0.340) (0.369) (0.385) (0.387) (0.551)
0.895*** 0.729* 1.113*** 1.223*** 1.657***
bac+3 et +
(0.347) (0.374) (0.391) (0.393) (0.553)
Les déterminants de l’accès et des usages d’internet en Afrique subsaharienne 121

-0.0540 0.0362 -0.0280 0.0734 0.0105


Perception du Difficile
(0.141) (0.146) (0.143) (0.146) (0.150)
confort quotidien
0.107 0.244 0.0558 0.0810 -0.0928
Réf. : très dif. Confortable
(0.163) (0.162) (0.161) (0.162) (0.168)
Situation Avoir un emploi 0.187 0.151 0.279** 0.243* 0.0195
professionnelle (Oui/Non) (0.137) (0.140) (0.139) (0.140) (0.141)
Aptitude en Savoir lire et parler 0.161 -0.0618 0.00630 -0.0934 -0.126
anglais l’anglais (Oui/NON) (0.112) (0.116) (0.114) (0.115) (0.121)
Possession d’un A un ordinateur 0.121 0.118 0.183 0.222* 0.376***
ordinateur (Oui/Non) (0.121) (0.118) (0.120) (0.119) (0.120)
Possession de 0.114 0.0959 0.0486 0.0468 0.110
A la TV (Oui/Non)
TV (0.130) (0.134) (0.136) (0.138) (0.144)
Possession de A un lecteur de CD/ -0.114 -0.159 -0.0458 -0.103 -0.142
lecteurs cd/dvd DVD (Oui/Non) (0.126) (0.132) (0.130) (0.133) (0.140)
Possession
A un téléphone 0.138 0.228 0.228 0.103 0.0256
de téléphone
portable (Oui/Non) (0.182) (0.192) (0.199) (0.199) (0.203)
portable
Sait utiliser un
Compétence 0.309** 0.344*** 0.399*** 0.389*** 0.711***
traitement de texte/
informatique (0.120) (0.125) (0.126) (0.129) (0.135)
tableur (Oui/Non)
Compétence Sait installer un -0.196 -0.144 0.136 0.148 -0.0208
informatique logiciel (Oui/Non) (0.153) (0.152) (0.152) (0.151) (0.156)
Sait programmer une
Compétence 0.522*** 0.535*** 0.403** 0.400** 0.566***
application (Oui/
informatique (0.167) (0.164) (0.161) (0.159) (0.165)
Non)
Standing du
Quartier populaire -0.195 -0.429 -0.0653 0.0157 -0.460
quartier de
(Oui/Non) (0.352) (0.332) (0.356) (0.343) (0.341)
résidence
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Standing du
Quartier résidentiel -0.133 -0.185 -0.0325 -0.0513 -0.477
quartier de
(Oui/Non) (0.362) (0.343) (0.364) (0.350) (0.353)
résidence
Avoir des A un membre de la
0.113 0.324*** 0.129 -0.0134 0.181
parents à famille à l’étranger
(0.115) (0.121) (0.120) (0.120) (0.122)
l’étranger (Oui/Non)
Nombre
Appartenance à 0.0226 0.0475 -0.0493 -0.0278 0.0276
d’associations dont
des associations (0.0632) (0.0592) (0.0588) (0.0606) (0.0588)
on est membre
Nombre de Peu -0.475** -0.347 -0.266 -0.305 -0.401*
relations (0.231) (0.235) (0.225) (0.226) (0.243)
utilisateurs
-3.59e-05 0.0975 0.166 0.142 -0.135
d’Internet Beaucoup
(0.219) (0.220) (0.211) (0.210) (0.227)
Réf. : aucun
-0.837 -1.139** -1.95*** -1.53*** -1.720**
Constante
(0.563) (0.551) (0.588) (0.573) (0.715)
+++ coefficient positif significatif à 1% --- coefficient négatif significatif à 1 %
++ coefficient positif significatif à 5 % -- coefficient négatif significatif à 5 %
+ coefficient positif significatif à 10 % - coefficient négatif significatif à 10 %
NS : Non Significatif

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