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MODÈLES ÉCONOMIQUES, USAGES ET PLURALISME DE

L’INFORMATION EN LIGNE
Les nouveaux enjeux du pluralisme de l’information à l’ère des plateformes
numériques

Inna Lyubareva, Fabrice Rochelandet

La Découverte | « Réseaux »

2017/5 n° 205 | pages 9 à 19


ISSN 0751-7971
ISBN 9782707197535
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-reseaux-2017-5-page-9.htm
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MODÈLES ÉCONOMIQUES, USAGES
ET PLURALISME DE L’INFORMATION
EN LIGNE

Les nouveaux enjeux du pluralisme


de l’information à l’ère des plateformes numériques

Inna LYUBAREVA
Fabrice ROCHELANDET
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DOI: 10.3917/res.205.0009
L
e débat sur le pluralisme de l’information – garant d’un bon fonc-
tionnement de la démocratie – est traditionnellement lié à la concen-
tration industrielle des médias écrits et audiovisuels et à ses effets
en matière de contrôle de l’information. En France, à la Libération, le pro-
gramme « Les Jours heureux » du Conseil national de la Résistance résume
bien ce type d’enjeux, à savoir « garantir la liberté de la presse, son hon-
neur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des
influences étrangères », notamment suite à l’influence exercée par le Comité
des forges, puis le régime de Vichy sur le quotidien Le Temps. L’ordonnance
du 26 août 1944 sur l’organisation de la presse française et bien plus tard la loi
du 23 octobre 1984 ont ainsi visé à assurer davantage de pluralisme en tentant
de réguler la concentration de la presse au niveau de son actionnariat. Dans
une perspective plus spécifiquement économique, l’objectif est de déterminer
quelle structure de marché permet d’assurer une production suffisante par la
presse d’« opinions différentes, nouvelles et indépendantes » en adéquation
avec les intérêts des communautés de lecteurs (Hiller et al., 2015).

Les discussions actuelles sur le pluralisme reprennent largement cette question


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en raison des mouvements de concentration contemporains des titres de presse
tout en l’étendant, nouveauté du numérique, à l’intervention d’un autre pouvoir
de concentration distinct : les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon,
Microsoft…). Ceux-ci mettent en œuvre des modes de contrôle de l’informa-
tion et de conditionnement des opinions différents, déplaçant ainsi le débat et
posant de nouvelles questions pour la régulation. Pour autant, on aurait pu pen-
ser que la baisse des barrières à l’entrée induite par le numérique en matière de
production et de distribution d’informations permette de contourner ou d’atté-
nuer les conséquences négatives de la concentration du capital et des GAFAM
en matière de pluralisme. Au contraire, le numérique a introduit un problème
de qualité de l’information affectant les actualités certes proliférantes, mais
plus facilement manipulables et redondantes, et donc préjudiciables à la forma-
tion d’opinions plurielles. Loin de réguler les problèmes de qualité, les géants
de l’Internet exploitent largement cette prolifération d’informations dégradées,
qui alimentent les effets de réseau à la base même de la domination de leurs
plateformes sur le trafic et l’accès aux contenus et services en ligne.
12 Réseaux n° 205/2017

La numérisation des médias et l’explosion actuelle des contenus information-


nels sur l’Internet mettent ainsi en lumière le caractère réducteur du débat
traditionnel, focalisé principalement sur la concentration du capital dans la
presse, et la nécessité d’étendre ce débat aux enjeux tout aussi fondamentaux
de la qualité de l’information diffusée en ligne soulevant de nouveaux enjeux
de régulation.

D’UNE CONCENTRATION… À UNE AUTRE

Le problème de la concentration industrielle a été ravivé ces dernières années


en raison de l’ampleur et des formes qu’elle prend dans les médias (Mauduit,
2016) : de la concentration mono-média aux conglomérats inter-médias qui
peuvent englober des secteurs aussi variés que l’édition, le sport, le BTP ou
encore les parcs d’attractions. À son tour, l’arrivée dans le secteur des acteurs
des télécommunications, de l’informatique et du numérique a considérable-
ment bouleversé l’architecture de la filière des médias, qui se trouve confrontée
à la multiplication des alliances croisées entre les groupes. La concentration
de la propriété des médias aux mains d’une poignée d’acteurs industriels, pour
qui les médias représentent une activité parmi d’autres, pousserait ainsi à une
uniformisation des contenus des médias écrits et audiovisuels. Parallèlement,
un mouvement de dérégulation s’est mis en place, notamment avec la remise
en cause de la loi Bichet fondant le pluralisme de la presse sur un principe
d’universalité de sa diffusion. Ce retrait de l’État pourrait favoriser une cen-
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sure économique ou politique des titres distribués par les opérateurs de plate-
formes numériques. Plus généralement, le principe de neutralité de l’Internet
pourrait être menacé, celle-ci ne concernant plus seulement la gestion du trafic
Internet, mais de plus en plus l’accès aux services et aux contenus par des
applications disponibles à partir de plateformes « propriétaires ».

Avec le numérique, les mouvements de concentration « classiques » se


doublent ainsi d’une concentration par une poignée d’acteurs transnationaux
comme Google et Facebook. La question de la concentration des médias écrits
et audiovisuels et de leur impact sur les différentes dimensions de qualité et
pluralisme de l’information doit donc davantage prendre en compte le poids
des GAFAM. Les autorités de concurrence, de part et d’autre de l’Atlantique,
ont commencé à envisager la possession et l’utilisation des données selon le
prisme de la concurrence : leurs collecte et exploitation massives pourraient
devenir un instrument de pouvoir de marché, créer des barrières à l’entrée et
avoir des effets ambigus sur le fonctionnement des marchés (Dumont, 2012).
Présentation13

Dans le domaine de l’information journalistique, l’accumulation inédite de


données confère aux opérateurs de plateformes numériques un rôle d’inter-
médiaire incontournable dans la mise en contact des internautes avec tout
type d’informations en ligne, mais aussi avec d’autres internautes, ainsi qu’un
contrôle sur la majorité du trafic entrant des sites journalistiques (Rebillard et
Smyrnaios, 2010).

PLATEFORMES NUMÉRIQUES ET NOUVEAUX ENJEUX


DE LA QUALITÉ ET DU PLURALISME

L’étendue de ce pouvoir de marché a différentes conséquences en matière de


qualité et de pluralisme de l’information.

Au niveau des producteurs de l’information journalistique, l’offre des plate-


formes numériques remet en question la grille éditoriale des journaux – via
l’accès direct aux articles en ligne – et met en péril le financement de la presse
d’information générale et politique, devenue très dépendante des recettes
publicitaires. À travers les traces d’usages des internautes, les opérateurs
de plateformes numériques et autres infomédiaires collectent et traitent une
grande diversité de données personnelles. L’exploitation de ces ressources et
les modèles de revenus en découlant (la publicité ciblée, la revente de pro-
fils…) permettent notamment le financement de la gratuité de leurs services,
applications et contenus en ligne. Or c’est précisément cette gratuité qui
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enclenche des effets de réseau en matière d’usages numériques – plus d’uti-
lisateurs entraînant plus de contenus entraînant plus d’utilisateurs, etc. – et
par conséquent, permet à ces acteurs d’imposer leurs offres auprès des inter-
nautes. En verrouillant ces derniers sur leurs plateformes et leurs applica-
tions – en rendant moins simple et plus coûteux le changement de plateforme
pour chaque utilisateur final – et donc en devenant des intermédiaires incon-
tournables pour accéder à nombre de services et de biens informationnels, ils
peuvent par ricochet imposer leurs conditions aux fournisseurs de contenus.
Ce processus explique précisément le pouvoir de marché des monopoles de
l’Internet sur les éditeurs de presse. Dès lors que l’accès aux actualités par
les individus se fait principalement à travers les médias sociaux, les titres de
presse se voient imposer les conditions tarifaires (désavantageuses) des plate-
formes en matière de partage des revenus publicitaires.

Symétriquement, au niveau de la consommation des informations journalis-


tiques, cette concentration des données numériques peut affecter le pluralisme
14 Réseaux n° 205/2017

en influençant les pratiques de partage et la circulation des actualités entre


les internautes. Le phénomène des filter bubbles mis en avant par Eli Pariser
(Pariser, 2011) suggère ainsi que l’usage des plateformes tendrait à confor-
mer les individus dans leurs opinions – en les exposant à des informations
en adéquation à leurs profils – sans finalement leur proposer de points de vue
alternatifs susceptibles de faire évoluer leurs opinions et créer des débats. De
manière générale, les métadonnées associées à la consommation de l’infor-
mation (les « likes », le nombre de retweets d’une actualité, etc.) peuvent ali-
menter des comportements mimétiques poussant les individus à consulter et
partager les mêmes informations, quelle que soit leur qualité intrinsèque.

Enfin, la collecte massive de données comportementales a permis à des


acteurs comme Google et Facebook de produire des métriques d’audience.
Or les usages professionnels et les pratiques en ligne se polarisent autour de
ces données produites par les algorithmes des plateformes numériques, ces
informations devenant, par le jeu de rendements croissants d’adoption, des
biens publics pour une grande diversité d’acteurs (entreprises, particuliers,
administrations…). Dans la presse, les salles de rédaction, les journalistes
partagent les mêmes données disponibles publiquement ou produites par les
mêmes algorithmes. Le speed-driven journalism illustre parfaitement les
conséquences de ce comportement généralisé où, d’une part, la sélection et
le traitement de sujets d’actualité sont déterminés en fonction de leur popula-
rité sur l’Internet et, d’autre part, les articles en découlant ne survivent qu’à
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l’aune de leur propre popularité sur l’Internet… De tels comportements ne
sont pas sans incidence sur la qualité et le pluralisme de l’information, que
ce soit en matière de moindre variété des sujets abordés ou de focalisation de
l’attention des internautes sur un faible nombre de sujets « stars » (Rebillard,
2012).

Pour autant, les informations circulant à travers ces plateformes numériques


sont plus difficiles à contrôler, donc à censurer. L’offre d’outils et de services
numériques sur ces plateformes a indéniablement abaissé les barrières à l’en-
trée en matière de production et de distribution d’informations : moindres
besoins en capitaux pour créer et faire vivre un journal ; décentralisation des
sources de production ; réduction forte des coûts de distribution… Il devient
ainsi quasiment impossible pour les médias dominants de contrôler les sources
d’information et les moyens d’accès aux actualités. Les individus, lecteurs ou
producteurs d’informations, peuvent ainsi contourner les canaux traditionnels
de l’information.
Présentation15

Cela pourrait être une bonne nouvelle pour le pluralisme et la formation


d’opinions différentes. Néanmoins, ces informations s’avèrent de qualité iné-
gale, susceptibles d’être manipulées et relayées sans vérification, que ce soit
au niveau de la fiabilité et de la crédibilité des sources, de la véracité des
faits, etc. L’explosion actuelle des contenus informationnels en ligne a ainsi
transformé de manière radicale les enjeux traditionnels du pluralisme à tra-
vers les fake news qui ont notamment marqué la communication autour du
Brexit, de la montée des mouvements populistes et de la campagne électorale
de Donald Trump ; ou encore à travers la pratique massive du « copier-col-
ler » des dépêches des agences de presse (Cagé et al., 2017 ; Boszkowski,
2010), la « standardisation du journalisme » (Picard, 2009) et la montée des
normes de productivité et des choix éditoriaux fondés sur le trafic et le réfé-
rencement en ligne.

Si jusqu’à récemment, la sélection des actualités était un processus ex ante,


notamment par le filtre exercé par les journalistes professionnels et les salles
de rédaction s’appuyant sur des procédures de vérification et de validation des
informations (White, 1950), elle devient dorénavant un mécanisme ex post.
Avec l’entrée de nouveaux acteurs au niveau de la production (pure players,
plateformes numériques…) et de la circulation d’informations (lecteurs-
contributeurs, blogueurs, réseaux sociaux numériques…), la sélection des
informations selon leur qualité s’opère après sa mise en circulation. Or ce
processus de tri s’opère selon une logique de parapluie percé et explique en
grande partie la prolifération d’actualités non vérifiées et de mauvaise qualité,
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voire fausses. Ainsi les décodex et les outils de fact-checking – déchiffreurs
de l’information – ne touchent bien souvent qu’un public très spécifique et
ne permettent pas de mettre fin aux rumeurs et autres théories du complot
naissant de fausses informations (Allcott et Gentzkow, 2017). Loin d’être les
principaux responsables de ce phénomène 1, les médias sociaux et leurs uti-
lisateurs constituent néanmoins une caisse de résonance venant massifier la
diffusion de ces informations de mauvaise qualité.

Les médias écrits et audiovisuels demeurent indéniablement un maillon essen-


tiel du pluralisme politique en contribuant à l’information des individus et à
la formation de leurs opinions. Une diversité de points de vue et une certaine

1. Ces mêmes médias sociaux peuvent évidemment aboutir à la circulation sur une large
échelle d’informations de bonne qualité, authentifiées, telles que des scandales politiques ou
environnementaux et des atteintes aux droits fondamentaux.
16 Réseaux n° 205/2017

qualité de l’information journalistique favorisent le développement de meil-


leurs contrôles et contre-pouvoirs démocratiques. Pour autant, les modèles
économiques et les pratiques informationnelles contribuent actuellement à la
production et à la diffusion d’informations, certes abondantes, mais de qua-
lité inférieure. Plus fondamentalement, ils ne permettent plus aux procédures
classiques de contrôle ex ante des actualités de fonctionner correctement.
Face à des médias traditionnels à la recherche de la bonne « formule » pour
restaurer des revenus et une audience qui ne cessent de s’étioler et à des plate-
formes numériques intéressées avant tout par la monétisation des audiences et
des données personnelles qu’elles génèrent, l’un des enjeux des politiques du
pluralisme pourrait précisément consister à définir des instruments de régula-
tion et à favoriser l’émergence de nouveaux modèles et pratiques permettant
la sélection et la circulation d’informations de bonne qualité sans pour autant
en réduire la diversité. Cela s’avère un exercice redoutable en raison de la
nature multidimensionnelle du pluralisme de l’information 2.

OBJECTIFS DE CE NUMÉRO

Le développement du « journalisme citoyen » en ligne, la multiplication


d’outils, de services, d’usages numériques, se greffant notamment sur des
plateformes contributives et participatives (autopublication, médias sociaux,
crowdfunding…), offrent de nouvelles possibilités de recueillir, de produire,
d’enrichir, de financer, de diffuser et d’accéder à des informations diversi-
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fiées. Ces facteurs ont facilité l’arrivée de nouveaux entrants et la multipli-
cation des modèles d’affaires numériques (Lyubareva et Rochelandet, 2016).
Ils favorisent également de nouvelles pratiques informationnelles liées à la
facilité d’accès, de partage et de publication en ligne d’informations grâce
aux réseaux sociaux numériques. Toutefois, ce pluralisme des contenus et des
sources n’est pas synonyme en soi de qualité de l’information.

Le présent numéro de Réseaux vise précisément à analyser les relations entre,


d’une part, les modèles économiques de production et de consommation de

2.  Le pluralisme peut ainsi renvoyer aux sources (l’éventail de fournisseurs de contenus), aux
contenus (la diversité des genres d’informations et d’opinions émises), mais également à l’ex-
position (les relations entre le pluralisme offert et consommé), la variété (le nombre de sujets
d’actualité abordés au cours d’une période donnée), l’équilibre (le poids des actualités « star »)
ou encore la disparité (les différences de traitement journalistique à partir d’un même sujet
d’actualité). Voir notamment Rebillard (2012).
Présentation17

l’information en ligne et, d’autre part, le pluralisme et la qualité de l’informa-


tion dans un contexte d’intenses débats, notamment en raison de la place et du
pouvoir exorbitants des plateformes numériques.

Dans un premier article, Christophe Cariou, Inna Lyubareva et Fabrice


Rochelandet proposent une étude exploratoire analysant l’impact du finance-
ment participatif en ligne – le crowdfunding – sur la qualité des projets jour-
nalistiques financés par ce biais. Plus particulièrement, cet article étudie dans
quelle mesure ce modèle original, à travers les dynamiques participatives
initiées lors des campagnes de crowdfunding, peut influencer la qualité des
actualités produites par les titres de presse ainsi financés. Il analyse un échan-
tillon de 40 projets portés sur les deux principales plateformes en France, à
savoir Ulule et KKBB et à partir d’une approche inédite, multidimension-
nelle, de la qualité de l’information.

L’article de Nikos Smyrnaios et Emmanuel Marty s’intéresse au processus lié


à l’organisation de modération des espaces des commentaires de lecteurs sur
les sites d’information français. Les auteurs montrent comment le paradigme
de la culture participative de l’Internet dominée par les initiatives d’interac-
tion ambitieuses en ligne, sous l’impact des contraintes économiques et des
tensions géopolitiques croissantes, laisse la place au filtrage et au contrôle
de l’expression publique. Ce fonctionnement influe ainsi directement sur le
pluralisme des opinions et sur les types d’expression présents dans l’espace
public numérique.
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Dario Compagno, Arnaud Mercier, Julien Mésangeau et Kamel Chelghoum
analysent la manière dont la diversité des thèmes abordés par les médias d’in-
formation est modifiée par la sélection des actualités opérée par les usagers de
Twitter. Ils mettent ainsi en évidence, à partir d’un corpus de 27 sites d’infor-
mation en France, un processus de rééquilibrage entre l’offre d’information
médiatique et la circulation de l’information qui se pratique sur les réseaux
sociaux numériques par le biais d’une « consommation active » des utilisa-
teurs. En prenant l’exemple de Twitter, cet article met en lumière le fait que
l’information passée au filtre de ce réseau social perd son équilibre originaire
pour se concentrer sur un nombre limité de médias centraux dans le réseau.

Alexandre Joux se focalise sur les logiques de production de l’information


en ligne. Basée sur l’exemple du Groupe Figaro, cette étude monographique
montre l’évolution des choix stratégiques du Groupe ces dix dernières années
au regard de la qualité et du pluralisme de l’information. L’auteur illustre
18 Réseaux n° 205/2017

notamment comment dans le contexte numérique marqué par une baisse


importante des recettes issues du papier, la presse quotidienne d’information
générale et politique construit sa stratégie pour explorer de nouveaux mar-
chés, générer de nouvelles ressources, mais aussi défendre l’identité journa-
listique de sa rédaction.

Sylvain Malcorps analyse le processus par lequel les métriques d’audience


se sont imposées dans le monde de la presse en ligne belge francophone.
À partir d’une enquête réalisée par entretiens, l’auteur montre le rôle struc-
turant des web metrics qui rendent compte de certaines dimensions du com-
portement des internautes sur les plateformes en ligne et qui sont devenus
l’objet stratégique dans le secteur de la presse. Cette étude, qui s’appuie sur
une monographie fouillée de l’entreprise médiatique belge Mediafin, permet
de mieux comprendre comment les chiffres d’audience des sites d’informa-
tion influencent les routines quotidiennes des journalistes et, par conséquent,
l’offre de contenus en ligne.

En Varia, on trouvera tout d’abord un article historique de Benoît Lelong


qui étudie la vision de l’électron des ingénieurs d’État positivistes à la fin du
XIXe siècle. Contrairement aux universitaires avant-gardistes qui voyaient
dans l’électron un élément de rupture fondamental dans la physique, les
ingénieurs cherchèrent à intégrer l’électron dans leurs perspectives électro-
techniques.
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De son coté, Marie Benedetto-Meyer présente une étude de cas sur un nou-
veau dispositif collaboratif ouvert. Cette trop grande ouverture a eu pour effet
une faible utilisation de l’outil expérimenté dans un centre de recherche-
développement.
Présentation19

RÉFÉRENCES

ALLCOTT H., GENTZKOW M. (2017), « Social Media and Fake News in the 2016
Election », NBER Working Paper n° 23089, [pour une analyse des fausses actualités
et leur impact sur les élections présidentielles de 2016 aux États-Unis].
BOSZKOWSKI P. (2010), « Ethnographie d’une rédaction en ligne Argentine »,
Réseaux, n° 160-161, pp. 43-78.
CAGÉ J., HERVE N., VIAUD M.-L. (2017), L’information à tout prix, Bry-sur-
Marne, Ina Éditions.
DUMONT B. (2012), « La régulation à l’échelle européenne : une analyse écono-
mique des instruments et institutions de la protection des données au sein de l’UE »,
Réseaux, vol. 29, n° 167, pp. 49-74.
HILLER R.S., SAVAGE S.J., WALDMAN D.M. (2015), « Market structure and
media diversity », Economic Inquiry, vol. 53, n° 2, pp. 872-888.
LYUBAREVA I., ROCHELANDET F. (2016), « L’évolution des modèles d’affaires
dans les industries créatives. L’exemple de la presse en ligne en France (2004-2014) »,
Revue d’économie industrielle, n° 156, pp. 123-157.
MARTY E., REBILLARD F., POUCHOT S., LAFOUGE T. (2012), « Diversité et
concentration de l’information sur le web. Une analyse à grande échelle des sites
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MAUDUIT L. (2016), Main basse sur l’information, Paris, Don Quichotte Éditions.
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Monitor, 19 mai, Disponible sur www.csmonitor.com/2009/0519/p09s02-coop.html
(consulté le 4 août 2017).
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possibilités d’une information diversifiée », Les Enjeux de l’information et de la com-
munication, vol. 12, n° 3, pp. 81-95.
REBILLARD F., SMYRNAIOS N. (2010), « Les infomédiaires, au cœur de la filière
de l’information d’actualité en ligne. Les cas de Google, Wikio et Paperblog »,
Réseaux, n° 160-161, pp. 163-194.
WHITE D.M. (1950), « The gate keeper: A case study in the selection of news »,
Journalism Quarterly, vol. 27, n° 4, pp. 383-390.