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e en Italie une traduction des textes arabes et, par là-même, la redécouverte des textes

grecs14. Tolède, ancien centre culturel de l'Espagne musulmane, devient, à la suite de


la Reconquista, l'un des principaux centres de traduction, grâce au travail d'intellectuels
comme Gérard de Crémone ou Adélard de Bath.
L'essor économique et commercial que connaît alors l'Europe, avec l'ouverture de nouvelles
routes commerciales notamment vers l'Orient musulman, permet également aux milieux
marchands de se familiariser avec les techniques transmises par les Arabes. Ainsi, Léonard de
Pise, avec son Liber abaci en 1202, contribue largement à faire redécouvrir les mathématiques à
l'Europe. Parallèlement au développement des sciences, se concentre une activité mathématique
en Allemagne, en Italie et en Pologne aux XIVe siècle et XVe siècle. On assiste à un
développement important de l'école italienne avec Scipione del
Ferro, Tartaglia, Cardan, Ferrari, Bombelli, école principalement tournée vers la résolution des
équations. Cette tendance est fortement liée au développement dans les villes italiennes de
l'enseignement des mathématiques non plus dans un but purement théorique tel qu'il pouvait
l'être dans le Quadrivium mais à des fins pratiques, notamment destinée aux marchands. Cet
enseignement se diffuse dans des botteghe d'abbaco ou « écoles d'abaques » où
des maestri enseignent l'arithmétique, la géométrie et les méthodes calculatoires à de futurs
marchands à travers des problèmes récréatifs, connus grâce à plusieurs « traités d'abbaque »
que ces maîtres nous ont laissés15.
C'est à la suite des travaux de Scipione del Ferro, repris par Tartaglia, et publiés par Cardan sur
l'équation de degré trois que les nombres complexes furent introduits. Ils trouvent une première
formalisation chez Rafaele Bombelli. Ferrari résout les équations du quatrième degré.
Jusqu'à la fin du XVIe siècle, la résolution de problèmes demeure cependant rhétorique. Le calcul
algébrique apparaît en 1591 lors de la publication de l’Isagoge de François Viète avec
l'introduction de notations spécifiques pour les constantes et les variables (ce travail popularisé et
enrichi par Harriot, Fermat et Descartes modifiera entièrement le travail algébrique en Europe).

Le XVII  siècle[modifier | modifier le code]


e

Article détaillé : Mathématiques en Europe au XVIIe siècle.


Les mathématiques portent leur regard sur des aspects physiques et techniques. Créé
indépendamment par Isaac Newton et Gottfried Wilhelm Leibniz, le calcul infinitésimal fait entrer
les mathématiques dans l'ère de l'analyse (dérivée, intégrale, équation différentielle).
En octobre 1623, Galilée publie un ouvrage sur les comètes, Il Saggiatore, dans lequel il énonce
la mathématisation de la physique :
« La philosophie est écrite dans cet immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux, je
veux dire l'univers, mais on ne peut le comprendre si l'on ne s'applique d'abord à en comprendre
la langue et à connaitre les caractères dans lesquels il est écrit. Il est écrit en langue
mathématique, et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques,
sans le moyen desquels il est humainement impossible d'en comprendre un mot 16. »
Au-delà de l'héliocentrisme, se produit avec Galilée une grande révolution mentale, qui est celle
de la mathématisation de la nature, c'est-à-dire l'idée que la langue du livre de la nature est celle
des mathématiques17.
En 1637, dans le Discours de la méthode, Descartes fait part de son goût pour les
mathématiques lors de ses études au collège de la Flèche, et annonce leur développement
futur18 :
« Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et de l’évidence de leurs
raisons : mais je ne remarquais point encore leur vrai usage ; et, pensant qu’elles ne servaient
qu’aux arts mécaniques, je m’étonnais de ce que leurs fondements étant si fermes et si solides,
on n’avait rien bâti dessus de plus relevé. »
Le XVIII  siècle[modifier | modifier le code]
e
Leonhard Euler par Emanuel Handmann.

L'univers mathématiques du début du XVIIIe siècle est dominé par la figure de Leonhard Euler19 et


par ses apports tant sur les fonctions que sur la théorie des nombres, tandis que Joseph-Louis
Lagrange éclaire la seconde moitié de ce siècle.
Le siècle précédent avait vu la mise en place du calcul infinitésimal ouvrant la voie au
développement d'un nouveau domaine mathématique : l'analyse algébrique dans laquelle, aux
opérations algébriques classiques, viennent s'ajouter deux opérations nouvelles, la différentiation
et l'intégration (Introductio in analysin infinitorum - Euler, 1748). Le calcul infinitésimal se
développe et s'applique aussi bien aux domaines physiques (mécanique, mécanique
céleste, optique, cordes vibrantes) qu'aux domaines géométriques (étude de courbes et de
surfaces). Leonhard Euler, dans Calculi differentialis (1755) et Institutiones calculi
integralis (1770), essaie de mettre au point les règles d'utilisation des infiniment petits et
développe des méthodes d'intégration et de résolution d'équations différentielles. Jean le Rond
d'Alembert puis Joseph-Louis Lagrange lui emboîtent le pas. En 1797, Sylvestre-François
Lacroix publie Traité du calcul différentiel et intégral qui se veut une synthèse des travaux
d'analyse du XVIIIe siècle. La famille Bernoulli contribue au développement de la résolution
des équations différentielles.
La fonction devient un objet d'étude à part entière. On s'en sert dans des problèmes
d'optimisation. On la développe en séries entières ou asymptotiques (Taylor, Stirling,
Euler, Maclaurin, Lagrange), mais sans se préoccuper de leur convergence. Leonhard Euler
élabore une classification des fonctions. On tente de les appliquer à des réels négatifs ou à des
complexes20.
Le théorème fondamental de l'algèbre (existence de racines éventuellement complexes à tout
polynôme) resté sous forme de conjecture depuis deux siècles est remis en avant dans
l'utilisation de la décomposition des fractions en éléments simples nécessaire pour le calcul
intégral. Successivement, Euler (1749), le chevalier de Foncenex (1759) et Lagrange (1771)
tentent des démonstrations algébriques mais se heurtent à la partie transcendante du problème
(tout polynôme de degré impair sur ℝ possède une racine réelle) qui nécessiterait l'utilisation du
théorème des valeurs intermédiaires21. La démonstration de D'Alembert, publiée en 1746 dans
les annales de l'académie de Berlin, est la plus achevée mais présente encore quelques trous et
des obscurités. Gauss, en 1799, qui critique d'Alembert sur ces points n'est d'ailleurs pas
exempté des mêmes reproches. Il faut à un moment faire intervenir un résultat d'analyse fort que
le siècle ne connaît pas. De plus, l'obstacle se situe dans la question des points de
branchement : on retrouve ici une question déjà débattue lors de la polémique sur les
logarithmes des nombres négatifs que tranchera Euler. La seconde et la troisième démonstration
de Gauss ne souffrent pas de ces reproches mais on n'est plus au XVIIIe siècle...
En arithmétique, Euler démontre le petit théorème de Fermat et en donne une version élargie aux
nombres composés (1736-1760). Il infirme la conjecture de Fermat sur la primalité des nombres
de la forme 22n + 1 (nombre de Fermat)22. Il s'intéresse à la répartition des nombres premiers et
prouve que la série des inverses des nombres premiers est divergente23. La conjecture de
Bachet (tout nombre est somme de 4 carrés au plus) est démontrée par Lagrange en 1770. C'est
aussi Lagrange qui démontre en 1771 le théorème de Wilson (si p est premier, il divise (p – 1)! +
1). Il développe la technique de décomposition en fractions continues et démontre l'infinité des
solutions de l'équation de Pell-Fermat22. Legendre publie en 1798 sa Théorie des nombres qui
rassemble un grand nombre de résultats d'arithmétique24. La loi de réciprocité
quadratique conjecturée par Euler et Legendre ne sera démontrée que le siècle suivant.