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Énergies marines :

c’est déjà demain


Offert par votre journal. Ne peut être vendu séparément. Cahier n°2 du mercredi 20 janvier 2021

Dans les coulisses du parc éolien de Saint-Nazaire p. 4

Même froide, la mer crée de l’eau chaude p. 10


Ørsted

La mer, notre avenir remercie ses partenaires et ses parrains


2 Les énergies marines Mercredi 20 janvier 2021

Dans le vent, enfin !


L’énergie éolienne marine alimentera tous les Manquait encore une stratégie nationale globa- énergies de demain, renouvelables, inépui-
foyers du Royaume-Uni dans dix ans, promet lisée : elle est désormais actée à travers la nou- sables, à condition de le respecter comme le
son Premier ministre Boris Johnson. Une vo- velle programmation pluriannuelle de l’énergie. bien le plus précieux de l’humanité.
lonté pragmatique née au nord du royaume, en L’éolien marin français semble bien prendre le Comment respecter sans connaître ni com-
Écosse, qui est déjà tout près des 100 % d’éner- vent, avec les conséquences positives atten- prendre ? C’est tout l’engagement de Ouest-
gie renouvelable et conçoit de devenir bientôt le dues sur le climat et sur l’économie (3 000 em- France avec le marin, Le Chasse-Marée et Voiles
plus grand exportateur d’hydrogène. Juste der- plois en 2019, 19 000 prévus en 2028). et Voiliers, dans ce nouveau numéro de La mer,
rière, l’Allemagne est dans la course de l’éolien Dans le sillage de l’éolien flottant ou posé, plus notre avenir.
offshore. La Chine détient le record d’installa- modestement mais aussi sûrement, pointent Étonnez-vous, explorez, admirez la mer, source
tions de nouvelles machines en mer. Les États- d’autres énergies renouvelables nées de la puis- de nouveaux espoirs, comme le racontent les
Unis, avec la côte Est, vont décoller sous peu. sance de la mer : les énergies hydrolienne, hou- chercheurs ou les marins de « I Clean my Sea »
La France ? Elle sort enfin de ce l’on pourrait lomotrice, thermique, osmotique et même solaire et de L’Astrolabe, que vous découvrirez dans
nommer une longue « phase d’apprentissage ». avec la pose de panneaux flottants… Elles sont ces pages. Laissez-vous embarquer dans cet
Elle entre aussi dans une nouvelle ère régle- encore expérimentales, mais la France a une univers plein de ressources, de rêve aussi. Vital
mentaire simplifiée, qui doit laisser toutefois une vraie longueur d’avance en matière de recherche. pour nous tous.
place au dialogue entre les acteurs du territoire. L’océan est donc bien la source de toutes nos Stéphanie GERMAIN.

Les différentes énergies marines renouvelables


Énergie du vent

Éolienne offshore

Énergie de la Énergie Énergie Énergie des Énergie des marées


houle thermique osmotique courants

Houlomoteur °C
Mouvement des vagues eau
Turbine
Turbine

Centrale
Différence de
température
Gradient
de salinité
Hydrolienne marémotrice
entre les eaux à l’embouchure Courants marins
Reuters

de surface et des fleuves


les eaux profondes
Parc éolien en mer, aux Pays-Bas. Infographie Ouest-France. Source : ministère de la Transition écologique - Ademe.

Sommaire Même froide, la mer crée de l’eau chaude ........................................................10


« La France est dans une belle dynamique » ..................................................... 3 Quand les océans éclaireront nos villes .............................................................10
Saint-Nazaire : dans les coulisses du parc éolien ............................................. 4 Est-ce que les éoliennes freinent le vent ? .........................................................11
Sabella, le difficile défi de l’hydrolien ................................................................... 5 Quand la houle génère de l’électricité ................................................................11
Les câbles nuisent-ils aux animaux marins ? ..................................................... 6 La course au large inspire le transport maritime .............................................12
Des récifs d’huîtres au pied des éoliennes ......................................................... 6 L’Astrolabe, la double vie d’un patrouilleur polaire ..........................................13
L’usine marémotrice de la Rance, modèle scruté............................................. 7 La mission « Étoile de mer » a réussi son décollage ........................................14
L’éolien en mer en passe de changer d’échelle............................................ 8-9 Dans la mer, les traces de nos IRM .....................................................................15
Le Royaume-Uni est « l’Arabie saoudite de l’éolien » ....................................... 9 I Clean My Sea collecte le plastique ....................................................................15
En baie de Saint-Brieuc, les pêcheurs vent debout ........................................ 9 Nicolas Catanese, cuisinier voyageur ..................................................................16

Retrouvez également La mer, notre avenir en version numérique Retrouvez l’actualité de la mer et de l’environnement
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Mercredi 20 janvier 2021 Les énergies marines 3

« La France est dans une belle dynamique »


ƒ Économie. Avec les travaux des premiers parcs éoliens marins commerciaux et une programmation pluriannuelle
de l’énergie plus volontariste, les industriels de l’électricité renouvelable ont une meilleure visibilité sur l’avenir.
Entretien

Anne Georgelin, responsable éolien


en mer et énergies marines au Syn-
dicat des énergies renouvelables et
Jérémy Simon, délégué général ad-
joint.

Comment expliquer le retard de la


France par rapport à ses voisins
du Nord, dans l’aménagement de
parcs éoliens en mer ?
Jérémy Simon : Il y a deux raisons
principales au lent décollage français.
La première est liée au contexte admi-
nistratif et réglementaire. Chaque pro-
jet devait – cela a été simplifié depuis –
franchir plusieurs étapes distinctes,
dont chacune ouvrait des possibilités
de recours. Les opposants n’ont pas
manqué de les utiliser… La seconde
raison est que la France manque
d’une stratégie globale de planifica-
tion à moyen et long terme, contraire-
ment au Royaume-Uni, au Danemark
ou à l’Allemagne. Chaque projet a
donc dû, presque au cas par cas, justi-
fier de sa pertinence et de celle de son le même prix que le mégawattheure en Europe, quatre sont en France. devrait alors atteindre 5 à 6 GW instal-
zonage. Avec la nouvelle programma- produit par le nucléaire existant. C’est un beau succès à mettre au cré- lés (1) et entre 10 et 15 GW en 2035.
tion pluriannuelle de l’énergie (PPE) dit d’appels d’offres bien conçus. Et il On peut même imaginer faire mieux
2019-2028, c’est déjà un peu mieux. Tout cela donne un nouvel ne faut pas oublier la sous-traitance. avec des projets de plus grande puis-
élan aux industriels que vous Au total, on estime à plus de 3 000 sance (2 GW au lieu d’un seul) et avec
Anne Georgelin : Il faut toutefois re- représentez. Cette dynamique le nombre d’emplois à plein-temps l’aide d’une planification plus volonta-
lativiser. Entre l’attribution du parc de vous satisfait-elle ? dans les énergies marines en 2019, riste. De plus, c’est le moment où on
Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), en A.G. : Absolument. Tous les éléments soit une hausse de près de 50 % par verra arriver le relais de croissance de
2012, et son entrée en service pré- de la filière se mettent en ordre de rapport à l’année précédente. Avec l’éolien flottant. Cette technologie de-
vue en 2022, il se sera écoulé dix ans. marche sous nos yeux. C’est impres- le démarrage des travaux des parcs vrait alors, à son tour, atteindre la ma-
C’est aussi le temps qu’il a fallu chez sionnant. À Saint-Nazaire, on a pu de Courseulles-sur-Mer (Calvados) et turité et une compétitivité qui permet-
nos voisins pour démarrer les pre- voir, cet été, la pose des câbles de de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), les tront de ne plus la distinguer de l’éo-
miers projets. Il y a toujours une phase raccordement du futur parc au ré- recrutements vont encore s’accélérer. lien posé. Selon l’association Wind-
d’apprentissage. Aujourd’hui, sept seau terrestre. Les sous-stations élec- Europe, le potentiel européen à l’hori-
parcs éoliens en mer sont attribués, triques sont montées aux Chantiers L’horizon est donc désormais zon 2050 serait de 52 GW en France
dont trois sont en construction. Ils en- de l’Atlantique. Un peu plus loin, à dégagé et les perspectives de (450 GW en Europe), sans utiliser
treront en service entre 2022 et 2027 Montoir, General Electric assemble développement assurées ? plus que quelques pourcents de l’es-
pour un total de 3,5 gigawatts (GW). les turbines dont les pales sont faites A.G. : En théorie, oui. Si les enga- pace maritime métropolitain…
On peut commencer à dire que la fi- à Cherbourg (Manche). Au Havre gements de la PPE et de la loi Éner-
lière est mature, tant technologique- (Seine-Maritime), Siemens-Gamesa gie-Climat sont respectés – et nous Recueilli par Stéphane GALLOIS.
ment qu’économiquement. D’ailleurs, construit deux unités de fabrication, ferons tout pour ! – l’éolien en mer
le prix d’achat de l’électricité pour le l’une pour des turbines et l’autre pour devrait employer près de 19 000 per- (1) Soit l’équivalent de la produc-
dernier projet attribué en 2019 est in- des pales… Aujourd’hui, sur une dou- sonnes, majoritairement dans les ré- tion électrique de 4 à 6 réacteurs nu-
férieur à 45 €/MWh, soit sensiblement zaine d’usines d’éoliennes marines gions littorales, à partir de 2028. On cléaires.

Énergies de la mer : de quoi parle-t-on ?


L’éolien posé L’éolien flottant L’énergie hydrolienne Les autres énergies marines
C’est, pour l’instant, la technologie Les parcs sont installés dans des Elle provient des courants marins, Elles sont toutes expérimentales :
la plus avancée avec trois parcs en zones éloignées des côtes, où le vent soit naturels, soit accélérés artificielle- l’énergie houlomotrice provient de la
construction en France. Les pales, est plus stable et plus fort. Les mâts ment (comme dans le cas du barrage récupération de l’énergie de défor-
animées par le vent, font tourner un des éoliennes ne sont pas fixés au de la Rance), qui permettent de faire mation de la surface de l’océan par
générateur qui produit l’électricité. fond de la mer, mais sur des struc- tourner une turbine hydraulique. La le vent ; l’énergie thermique des mers
Les éoliennes reposent sur des fonda- tures flottantes amarrées à l’aide de France dispose d’un potentiel hydro- exploite la différence de température
tions posées ou ancrées dans le sol chaînes. Cette activité en développe- lien intéressant que plusieurs projets entre les eaux de surface et les eaux
jusqu’à une profondeur de l’ordre de ment génère 14 % du chiffre d’affaires tentent de mettre en valeur. Mais leurs profondes ; l’énergie osmotique uti-
50 mètres. En 2019, 82 % du chiffre de la filière. L’éolienne pilote Floatgen, technologies restent largement expé- lise la différence de salinité entre l’eau
d’affaires du secteur des énergies ma- haute de 100 m, produit ainsi de l’élec- rimentales et n’assurent aujourd’hui de mer et l’eau douce… Et on envi-
rines renouvelables (EMR) concernait tricité depuis 2018 au large du Croisic que 2 % du chiffre d’affaires des EMR sage aussi d’installer des panneaux
l’éolien posé. (Loire-Atlantique), à 22 km des côtes. en France. solaires flottants sur la mer.
4 Les énergies marines Mercredi 20 janvier 2021

Saint-Nazaire : dans les coulisses du parc éolien


ƒConstruction. Les éléments XXL du futur parc éolien en mer continuent de prendre forme dans les usines.
Mais cette année, à l’extérieur, sur le port et en mer, il y aura aussi de l’action !
Aux Chantiers de l’Atlantique, la sous-
station qui collectera l’électricité des
80 éoliennes de 6 mégawatts (MW) du
banc de Guérande a déjà pris forme
dans les ateliers Anemos dédiés aux
énergies marines. Sa construction
pour EDF Renouvelables et Enbridge
a démarré le 9 janvier 2020.
Parallèlement, de nombreux élé-
ments comme les pitons de levage,
la serrurerie, les tableaux électriques
ou le tuyautage, ont été préfabriqués
ou réalisés chez des sous-traitants, lo-
caux ou français pour l’essentiel.
Après la construction de l’engin
de 2 200 tonnes, 15 mètres de haut,
41 mètres de long et 27 de large, on
est passé l’automne dernier à l’étape

Bernard Biger, Chantiers de l’Atlantique


grenaillage (projection de microbilles
d’acier pour décaper la structure),
dépoussiérage, puis peinture. Une
phase longue et délicate ! « Une sous-
station électrique passe 25 ans en
mer. La peinture et la préparation qui
précèdent sont primordiales pour
sa durabilité », explique Frédéric Gri-
zaud, directeur de l’unité Énergies ma-
rines aux Chantiers de l’Atlantique. La sous-station électrique, avant la phase de peinture et d’équipement.
Ça turbine chez GE voyée dans le réseau national. électrique insérés dans le premier
La sous-station sera équipée d’un Au pied du pont de Saint-Nazaire, la tronçon des mâts d’éoliennes offshore
transformateur, d’organes de cou- première nacelle d’éolienne de 6 MW (E-Staks) a démarré en décembre.
pure (disjoncteurs et sectionneurs), est sortie de l’usine GE (ex-Alstom) À partir de l’été prochain, le port
d’un système numérique de contrôle- mi-septembre. Une vingtaine de na- de Saint-Nazaire va s’animer de fa-
commande… Une fois en mer sur sa celles sont en cours d’achèvement en çon inédite. Les nacelles d’éoliennes
fondation métallique, elle sera rac- ce début d’année. seront stockées sur une plateforme
cordée au réseau de câbles inter-éo- Comme aux Chantiers de l’Atlan- logistique au bord de l’estuaire de
liennes. L’énergie collectée sera ren- tique, les effectifs vont s’étoffer, car les la Loire, pour préparer l’assemblage
voyée à terre grâce aux deux câbles projets s’enchaînent : après Saint-Na- des pales produites dans l’usine GE
sous-marins de raccordement qui zaire, GE commencera l’industrialisa- de Cherbourg. À proximité, on verra

Véronique Couzinou
arrivent jusqu’à une chambre d’atter- tion de sa super éolienne de 12 MW, la sous-station et sa fondation de
rage, sous la plage de la Courance, l’Haliade-X. Ces deux donneurs 1 200 tonnes et 48 mètres de haut.
à Saint-Marc-sur-Mer. Ces derniers d’ordre prévoient d’embaucher environ Les visiteurs se rendront compte qu’il
ont été déroulés en mer pendant l’été 150 personnes chacun d’ici l’été 2021. n’y a pas que les paquebots qui sont
2020 par un navire spécialisé, pour le Par ailleurs, chez Eiffage énergie sys- XXL à Saint-Nazaire !
compte de RTE (Réseau de transport tèmes-Clemessy services, la produc- La première nacelle, où seront logées
d’électricité). À terre, l’énergie sera en- tion des 80 modules d’équipement Véronique COUZINOU. les pales, devant l’usine GE.

Que se passera-t-il dans les mois à venir ? Les prochains parcs éoliens
En 2021 en mer sur le littoral français
■ Livraison de la base de maintenance
du parc, construite sur le port de La Depuis 2012, sept projets de parcs
Turballe. Elle comprendra 1 250 m2 de ont été attribués à des consortiums
bureaux et d’entrepôts de stockage industriels. Saint-Nazaire (80 éo-
+ 3 navires de service (une centaine liennes, 480 mégawatts) sera le pre-
d’emplois prévus au total). mier en 2022, suivi par Fécamp en
■ Pendant l’été, installation en mer 2023 (71 éoliennes, 497 MW) et
des 80 fondations d’éoliennes mo- Courseulles-sur-Mer en 2024 (64 éo-
nopieux, fabriquées à Anvers et sto- liennes, 448 MW). Les projets de
ckées sur le port de La Rochelle. Leur Saint-Brieuc, des îles Yeu-Noirmou-
implantation par forage sera une pre- tier et de Dieppe-Le Tréport (62 éo-
mière mondiale. Puis viendra la pose liennes chacun, 496 MW) ont encore
des câbles inter-éoliennes fabriqués des recours à purger, rendus devant
en France par Prysmian, et celle de la le conseil d’État pour les deux pre-
sous-station électrique. miers. Le dernier projet en date, attri-
bué en 2019, est celui de Dunkerque
En 2022 (46 éoliennes, 600 MW). D’autres
■ À partir du printemps, pose en sont prévus pour l’éolien posé et flot-
Franck Badaire, NSNP

mer des éoliennes, embarquées par tant (une zone au large du Cotentin
quatre sur le navire Vole-au-Vent. a été retenue fin 2020 pour la créa-
■ Les 80 machines seront mises en tion d’un 8e parc) afin d’atteindre les
service jusqu’à fin 2022. Elles pro- objectifs fixés : une capacité instal-
duiront l’équivalent de 20 % de la lée de 2,4 gigawatts (GW) en 2023 et
consommation électrique de la Loire- Les éoliennes seront préassemblées sur la plateforme créée par le grand port 5 GW en 2028.
Atlantique. maritime de Nantes Saint-Nazaire pour ces opérations (visible au premier plan).
Mercredi 20 janvier 2021 Les énergies marines 5

Sabella, le difficile défi de l’hydrolien


ƒExpérimentation. L’entreprise quimpéroise prévoit la mise en service d’une ferme pilote
composée de deux hydroliennes au large d’Ouessant d’ici à l’été 2023.
« L’hydrolien est une technologie
émergente, on ne crée pas une fi-
lière en dix ou vingt ans », justifie
Marlène Moutel, ingénieure commer-
ciale chez Sabella, en faisant le bilan
de l’expérience du démonstrateur
hydrolien préindustriel Sabelle D10.
Cette turbine sur son socle jaune a
déjà produit de l’électricité à partir des
courants marins.
De juin 2015 à juillet 2016, sa pre-
mière immersion par 55 m de fond
dans le passage du Fromveur, au
large de l’île d’Ouessant (Finistère),
était pleine de promesses. La ma-
chine de 10 m de diamètre et d’une
puissance de 1 mégawatt (MW), rac-
cordée à l’île, était alors la première
hydrolienne à injecter des électrons
d’origine marine sur le réseau fran-

Lucie Lautredou
çais, dès novembre 2015.
Problèmes techniques
Relevée après cette phase de tests,
elle est restée au sec jusqu’à octobre L’hydrolienne de Sabella, à bord de L’Ariadne à Brest, le 9 septembre.
2018. Alors remise à l’eau pour une
durée prévue de trois ans, elle a dû pleine puissance », se souvient la cause : des problèmes techniques sur retour d’expérience de ces épisodes
en être sortie prématurément, en avril représentante de la société basée à le connecteur, la prise qui relie la ma- pour préparer la suite. L’entreprise
2019. « Nous avions constaté un Quimper. chine au câble d’export de l’énergie. prévoit l’installation d’une ferme pilote
défaut sur son circuit de refroidis- Depuis sa sortie de l’eau en avril « La turbine, elle, est fonction- de deux machines D12 de 15 m de
sement. Cela n’empêchait pas de 2019, la turbine n’a été immergée de nelle », assure Marlène Moutel. Les diamètre et 0,5 MW unitaire, toujours
continuer l’expérimentation, et elle nouveau que quelques jours et sitôt re- équipes de Sabella n’ont pas de date pour alimenter Ouessant, en lien avec
injectait du courant vers Ouessant, levée, pour deux essais avortés en oc- de remise à l’eau à communiquer Akuo Energy.
mais nous ne pouvions pas être à tobre 2019 et en septembre 2020. En pour D10, mais elles travaillent sur le Lucie LAUTREDOU.

PAYS DE LA LOIRE
PAYS DU VENDÉE
GLOBE 2020

vendeeglobe.paysdelaloire.fr
6 Les énergies marines Mercredi 20 janvier 2021

Les câbles nuisent-ils aux animaux marins ?


ƒ Biodiversité. L’installation de parcs éoliens s’accompagne de toute une infrastructure sous-marine, en particulier
de câbles qui émettent des champs électromagnétiques. Avec quelles conséquences pour la faune environnante ?
Bastien Taormina a consacré sa thèse
à l’impact des câbles électriques sur
la vie sous-marine, en particulier sur
les jeunes homards que l’on trouve en
grandes quantités à proximité des ins-
tallations hydroliennes des secteurs de
Paimpol et de Bréhat (Côtes-d’Armor).
Lorsqu’ils n’ont que quelques se-
maines, une des priorités des ho-
mards est de trouver un abri pour évi-
ter de se faire dévorer. Le chercheur
a donc placé ces homards d’1,5 cm
dans de petits couloirs au bout des-
quels se trouvait un abri. Puis il les a
soumis à des champs électromagné-
tiques pour observer s’ils mettaient
plus de temps pour atteindre l’abri,

Erwan Amice/CNRS
s’ils zigzaguaient ou perdaient le Nord.
Changements chez les raies
« Aucune altération n’a été obser-
vée, relate Bastien Taormina en
conclusion de sa thèse, terminée La raie est la première espèce observée par Luana Albert dans son laboratoire installé à Océanopolis, à Brest.
fin 2019. Les jeunes homards ne
semblent pas sensibles aux champs Elle a sélectionné des espèces sus- différences. » présence d’un champ électroma-
électromagnétiques testés. » De là à ceptibles d’être proches des instal- Les résultats sur les raies montrent gnétique peut être perçue comme
dire, qu’il n’y a aucun impact sur les lations : raie, étrille, moule, seiche que certaines ont changé leur com- un signal, pas forcément un signal
homards, il n’y a qu’un pas que le et couteau. Parce que les couteaux portement, mais pas d’autres. Difficile d’alerte, il ne causera pas forcément
chercheur ne franchit pas : « La lan- s’enfouissent dans le sol, ils sont les d’en tirer des conclusions tranchées. de stress », souligne la biologiste.
gouste des Caraïbes, proche de nos plus exposés. « Je passe d’abord « Ce n’est pas parce qu’il y a un ef- Ce qui s’approche le plus d’une certi-
homards, possède un organe qui beaucoup de temps à documenter fet sur un individu, qu’il se déplace tude pour le moment est qu’au-delà de
répond à ce type d’émissions à par- le comportement d’une espèce : plus lentement par exemple, que 10 mètres, les émissions venues des
tir de l’âge adulte. Pour le homard, il comment elle se déplace, nage, si l’on peut parler d’impact à l’échelle câbles ne se détectent presque plus.
faudrait vérifier. » elle se colle à la vitre de l’aquarium, de l’espèce, avec une baisse de la Ça tombe bien, pour des raisons de
Dans le prolongement de ce tra- détaille la thésarde installée dans les reproduction par exemple », prévient sécurité, les câbles sont enfouis, limi-
vail, Luana Albert observe depuis locaux d’Océanopolis à Brest. En- Luana Albert. tant leurs émissions.
fin 2019 la faune soumise aux effets suite, je les soumets à des champs « La difficulté est d’interpréter un
des câbles électriques sous-marins. électromagnétiques et observe les changement de comportement. La Julie LALLOUËT-GEFFROY.

Des récifs d’huîtres au pied des éoliennes


ƒ Recherche. Dédié aux innovations, le parc éolien offshore Borssele V, aux Pays-Bas,
va accueillir une expérimentation autour de l’huître plate en mer du Nord.
L’entreprise néerlandaise de travaux
maritimes Van Oord s’apprête à lan-
cer une nouvelle phase de son pro-
gramme de réintroduction de l’huître
plate en mer du Nord. Membre du
consortium Two towers, elle a été lau-
réate en 2018 du parc éolien offshore
Borssele V, en cours de construction
au large des Pays-Bas, et a prévu
d’y immerger huit récifs artificiels
d’huîtres autour des deux éoliennes
de 9,5 MW.
L’objectif est d’étudier l’effet de ces
structures pour renforcer les moyens
de lutte contre l’affouillement (éro-
sion) au pied des fondations mono-
pieux qui supportent les turbines et
de participer à la restauration de l’éco-
Van Oord

système.
« Il y a plus d’un siècle, rappelle
l’entreprise, un cinquième de la par- L’objectif est d’étudier la capacité des huîtres plates à recoloniser le milieu de la mer du Nord.
tie néerlandaise de la mer du Nord
était couvert d’huîtres plates eu- Des structures de différentes huîtres de taille marchande, du demi- huîtres s’y portaient bien et avaient
ropéennes (Ostrea edulis), mais formes avec des huîtres jetées en élevage et du naissain seront utilisés produit des larves. Le sable ayant,
celles-ci ont disparu du fait de la sur- vrac ou installées de manière prédéfi- pour définir la meilleure classe d’âge. en revanche, recouvert la plupart des
pêche, de la destruction de leur ha- nie seront testées. « On veut étudier Fin 2018, Van Oord avait déjà im- structures dans lesquelles se trou-
bitat et des maladies. » Van Oord voit quelle est la meilleure solution pour mergé des huîtres plates dans le vaient les huîtres, l’expérimentation a
dans les parcs éoliens en mer, où le que l’huître colonise les protections parc éolien offshore Luchterduinen, dû être stoppée.
trafic et l’activité sont réglementés, des au pied des fondations », indique aux Pays-Bas. Les résultats après
lieux propices à leur réintroduction. Van Oord. De la même manière, des huit mois avaient démontré que les Loïc FABRÈGUES.
Mercredi 20 janvier 2021 Les énergies marines 7

L’usine marémotrice de la Rance, modèle scruté


ƒIndustrie. Pionnière dans l’exploitation de l’énergie marémotrice, l’usine de la Rance, près de Saint-Malo,
est toujours l’une des deux seules centrales de ce type à produire à l’échelle industrielle, dans le monde.
Inaugurée en 1966, dans l’estuaire la création du barrage ne risquent une
qui sépare Dinard de Saint-Malo (Ille- submersion.
et-Vilaine), l’usine marémotrice de la L’exploitant n’a donc que très peu
Rance est alors une première mon- de marge de manœuvre pour dévelop-
diale. Unique en France, elle est l’une per le site : « Chaque groupe de pro-
des deux seules au monde (avec duction a une puissance de 10 mé-
l’usine de Sihwa en Corée du Sud, gawattheures (MWh), pose Stéphane
en service depuis 2011) à produire de Choley. Des tests sont en cours pour
l’électricité à l’échelle industrielle. À tenter de passer à 11 MWh. »
savoir, 500 gigawattheures (GWh) par EDF prévoit 30 millions d’euros d’in-
an, soit 17 % de l’énergie électrique vestissements, pour l’usine, à l’hori-
produite en Bretagne, et l’équivalent zon 2026, essentiellement pour des

Archives David Adémas, Ouest-France


de la consommation électrique an- opérations de rénovation.
nuelle de 225 000 habitants. Elle reste « un laboratoire unique
pour le retour d’expérience, » pointe
Un laboratoire industriel
la Société hydrotechnique de France
L’ouvrage, exploité par EDF via (SHF) dans un livre blanc consacré, en
un contrat de concession courant 2019, au « nouveau marémoteur »,
jusqu’en 2043, est aussi un axe rou- considéré comme une « chance pour
tier reliant les deux rives de la Rance. les territoires français ». La SHF s’y
L’été, jusqu’à 60 000 véhicules l’em- dit convaincue que l’énergie marémo-
pruntent quotidiennement. L’usine marémotrice et le barrage mobile de la Rance produisent chaque année trice, renouvelable et prédictible, « est
L’usine compte 24 groupes de pro- l’électricité correspondant à la consommation annuelle de 225 000 habitants. un atout majeur pour la transition
duction en forme de bulbes, immer- énergétique ».
gés. À l’extrémité de chacun, une tur- l’électricité est générée quand l’eau hautes d’Europe », resitue Stéphane L’avenir des projets marémoteurs
bine et, en leur cœur, un alternateur. s’écoule de l’estuaire vers la mer ou Choley, directeur du centre d’exploita- pourrait en tout cas passer par leur
Les pièces métalliques en contact inversement. De même, les vannes tion Rance énergies. propension à « améliorer la protec-
avec l’eau de mer sont recouvertes du barrage mobile permettent tantôt Pourtant, EDF limite de lui-même ce tion du littoral contre l’érosion et les
d’une protection cathodique, dont les de sur-remplir l’estuaire, tantôt de le potentiel, côté estuaire. Pendant les submersions marines ». Du côté de
ions contrent la corrosion. Mais pas sur-vider, pour optimiser les hauteurs grandes marées, le niveau de la mer la Rance, une étude est toujours en
les mollusques dont il faut régulière- de chute de l’eau. Des hauteurs d’au- peut se hisser à 13,50 m, mais la rete- cours pour préciser le rôle de l’usine
ment débarrasser les conduits. tant plus importantes que le coeffi- nue d’eau, elle, ne dépasse jamais les et du barrage dans la sédimentation
Les vannes et turbines de l’usine cient des marées l’est aussi : « Or, à 12,30 m, pour éviter que des exploi- de l’estuaire.
fonctionnent de façon réversible : cet endroit, les marées sont les plus tations installées dans l’estuaire après Marie LENGLET.

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8 Les énergies marines Mercredi 20 janvier 2021 9

L’éolien en mer en passe de changer d’échelle


ƒÉconomie. Avec plus de 30 gigawatts en service dans le monde à la fin de l’année, l’éolien en mer s’apprête à franchir un nouveau palier.
Si l’Europe domine le marché, l’Asie accélère et les États-Unis se préparent à entrer dans la course.
L’éolien offshore est en train de gagner tallations de nouvelles éoliennes en La voie d’une accélération du déve-
peu à peu la planète. Dix-huit pays ont mer sur l’année. Le pays pourrait ainsi loppement de l’éolien en mer semble
désormais au moins une éolienne en s’emparer de la seconde place mon- donc aujourd’hui prendre forme. D’au-
mer en service au large de leurs côtes. diale en termes de capacité devant tant que l’arrivée de l’éolien flottant au
L’Europe abrite la grande majorité du l’Allemagne. Cette accélération de la stade commercial va permettre à la fi-
parc. Avec 75 % des éoliennes, elle Chine dans l’éolien en mer depuis lière d’accéder à de nouvelles zones,
n’est pas prête à perdre son leader- 2018 est à mettre en relation avec l’ar- en s’affranchissant de la limite des
ship. D’autant que le Royaume-Uni, rêt programmé fin 2021 par le gouver- 50 m de profondeur pour l’implanta-
qui totalise à lui seul le tiers de la puis- nement central du prix de rachat de tion des éoliennes. Dans son analyse
sance mondiale, veut en faire un pilier l’électricité. du marché parue en août, le Gwec
de sa transition énergétique. L’objec- L’île de Taïwan prend, elle, des al- (Conseil mondial de l’énergie éo-
tif outre-Manche est de quadrupler la lures de plaque tournante pour l’éo- lienne) estime que la capacité instal-
puissance actuelle d’ici 2030. lien offshore dans la région Asie-Pa- lée pourrait ainsi dépasser 234 GW,
cifique. Alors que le Japon, la Corée dont 6 GW d’éolien flottant en 2030.
Le Royaume-Uni, en tête du Sud et le Vietnam s’activent pour « Il est à craindre que la disponibilité
Le pays aime pour cela faire tomber donner corps à leurs programmes des navires [NDLR : autoélévateurs
les records. Le prochain sera celui d’installation, Taïwan a déjà plusieurs pour l’éolien posé] en Chine ne se
du plus grand parc éolien en mer du chantiers de parcs en cours. Un coup présente comme un goulet d’étran-
monde. À sa mise en service en 2022 d’avance qui lui a permis d’inciter les glement », pointe cependant l’asso-
au large du Yorkshire, sur la côte est, industriels de la filière à venir s’im- ciation internationale des industriels
Hornsea 2 en aura la palme. Avec planter sur son territoire. de l’éolien.
ses 165 éoliennes pour 1 386 mé- L’Irena, l’agence internationale pour
gawatts (MW) de puissance, il détrô-
Nouvelle dynamique
les énergies renouvelables, a fait, elle,
nera… Hornsea 1 et ses 1 218 MW.
américaine ?
une projection à 2050, où elle estime
Ces grands parcs vont, du reste, s’en- L’autre région du monde, où le mar- à environ 1 000 GW (dont 5 à 15 %
chaîner dans les prochaines années ché s’apprête à décoller, se trouve sur d’éolien flottant) la capacité qui sera
en Europe avec la construction de la côte Est des États-Unis, où 6 GW installée à cette date. En Europe, la
Seagreen 1 de 1,1 GW en Écosse, de de projets ont été sélectionnés par Commission a fixé le cap. D’ici 2050,
Hollandse kust zuid de 1,5 gigawatt les États. Ces dossiers, qui ont pris du elle entend multiplier par 25 la capa-
(GW) aux Pays-Bas ou le XXL Dogger- retard ces derniers mois dans la déli- cité de l’éolien en mer dans les États
bank de 3,6 GW en Angleterre. vrance de leurs autorisations par le membres. De 12 GW aujourd’hui en
Bureau fédéral des énergies marines service, elle vise 60 GW en 2030, puis
La percée de la Chine (BOEM), pourraient retrouver une nou- 300 GW vingt ans plus tard.
La Chine devrait, pour sa part, velle dynamique avec l’élection de Joe
conserver en 2020 le record d’ins- Biden, à la présidence des États-Unis. Loïc FABRÈGUES.

Le Royaume-Uni est « l’Arabie saoudite de l’éolien » En baie de Saint-Brieuc, les pêcheurs vent debout
Le Royaume-Uni est un archipel Deux motivations ont conduit les Depuis septembre, les premiers amé- tant de coquilles que cette année,
dans le vent. Même le Premier mi- Britanniques sur cette voie verte : nagements ont débuté, à terre, pour explique Alain Coudray. Les travaux
nistre Boris Johnson, que les ques- l’obligation de sortir du charbon, le le futur parc éolien de la baie de Saint- commencent sans explication sur
tions environnementales avaient combustible historique, et la fin an- Brieuc (Côtes-d’Armor) accentuant la ce que va devenir ce travail. »
peu travaillé jusqu’ici, ne jure plus noncée des réserves de pétrole de la colère des marins-pêcheurs : le rac- Certes, les pêcheurs ont été asso-
que par l’énergie éolienne marine. mer du Nord. Aussi, l’ingénierie des cordement électrique du côté d’Er- ciés à la concertation dès le départ.
« Elle alimentera chaque foyer du plateformes pétrolières et gazières quy et l’installation d’une base arrière, Mais pour eux, les porteurs de pro-
pays dans dix ans, a-t-il déclaré, off-shore de l’Écosse se reconvertit. près du port de Lézardrieux, en vue jet vont trop vite. « Ils veulent dé-
très théâtral. Votre bouilloire, votre Le plan de Johnson prévoit 40 000 de la construction des 62 éoliennes marrer les travaux en mer en mars,
machine à laver, votre cuisinière, emplois, sur des sites ciblés, à Tees- en mer dès le printemps 2021. mais tous les résultats d’études
votre chauffage, votre véhicule side et Humber, dans le nord de l’An- Ces engins culmineront à 207 m ne sont pas connus. Ce n’est pas
électrique rechargeable… Tous re- gleterre, ainsi qu’en Écosse et au Pays au-dessus de la mer au cœur de la une cabane de jardin qu’ils veulent
cevront un courant propre et sans de Galles. Un nouvel objectif d’une Manche. Un secteur où les pêcheurs construire », tonne le représentant
conséquence pour les brises qui capacité de 30 gigawatts à 40  gi- attrapent de la seiche, du homard, des pêcheurs. Fin novembre, il a an-
soufflent autour des îles. » gawatts a été fixé. mais surtout, la lucrative coquille noncé la rupture de la concertation et

Archives David Adémas, Ouest-France


Saint-Jacques : la baie de Saint- le début du combat contre le projet.
40 000 emplois L’Écosse, championne Brieuc en est l’un des principaux gise- Ailes Marines assure pourtant que les
des énergies renouvelables
Pour ce plan, Boris Johnson a promis ments français. travaux sont « compatibles avec le
160 millions de livres sterling (179 mil- « Le Royaume-Uni est au vent, ce cycle de vie des espèces ».
lions d’euros) dans l’éolien offshore, que l’Arabie saoudite est au pé-
L’impact des travaux redouté
Des associations de riverains se
au début du mois d’octobre. Ces in- trole », assure le Premier ministre le Ailes Marines, le développeur, a battent également depuis des années
vestissements s’ajoutent à la bonne plus ébouriffé de l’Europe, toujours consenti à implanter le parc le plus contre ce projet. Elles dénoncent l’im-
santé de cette énergie renouvelable, très lyrique. Et aussi opportuniste, au large possible, près de la frontière pact écologique, le coût du projet et
sur laquelle le Royaume-Uni a misé car le bon mot est d’Alex Salmond, maritime avec Jersey, pour s’éloi- les subventions de l’État, mais aussi
Ørsted

très tôt. En 2003, le gouvernement l’ancien Premier ministre de l’Écosse, gner de la zone la plus dense en Le 18 mai 2020, en baie de Saint-Brieuc, des marins-pêcheurs des Côtes-d’Armor l’impact paysager. Cette opposition
travailliste de Tony Blair avait présenté et date d’une décennie. Car ce sont coquilles. Et à ensouiller les câbles. et de Saint-Malo ont bloqué le navire Géo Océan IV, qui réalisait des études. est désormais soutenue par un cer-
un livre blanc sur l’énergie, avec un Les 57 éoliennes du parc éolien Burbo Bank, sur la côte ouest du Royaume-Uni, bien les Écossais qui mènent le lea- En théorie, la pêche pourra conti- tain nombre d’élus locaux qui pointent
objectif de réduction des émissions produisent 348 MW. dership dans le Royaume. Au cours nuer entre les éoliennes, une fois le Ailes Marines insuffisantes. des pêches des Côtes-d’Armor. Ici, la les faibles retombées économiques
de carbone de 60 % d’ici à 2050. de la dernière décennie, elle a atteint parc en activité. Mais la période de Dans un souci d’apaisement, le pro- pêche fait vivre 800 marins et 2 400 pour le territoire, allant même jusqu’à
L’éolien est privilégié pour remplacer Royaume-Uni fait figure de leader cité, avec la mise en service du parc près de 100 % d’énergie renouvelable travaux en mer (2021-2023) inquiète. moteur a commandé une ultime étude personnes à terre avec la transfor- exiger de l’argent au promoteur.
l’historique charbon et devait assurer incontesté de l’éolien en mer », se- éolien de Hornsea Project One, sur et planifie de devenir « le plus grand Les marins-pêcheurs craignent que auprès d’un scientifique. « On exige mation et le mareyage. » Ailes Marines, société détenue par
10 % de la production d’électricité à lon Sylvain Roche, de la chaire « Tran- la côte est (Yorkshire), l’un des plus exportateur d’hydrogène vert de les opérations de battage, forage et qu’ils nous prouvent que l’installa- Depuis une trentaine d’années, la l’énergéticien espagnol Iberdrola, est
l’horizon 2010. sitions énergétiques territoriales », à puissants au monde. Et, dès 2022, l’Europe ». tranchage du fond marin perturbent tion de leurs machines n’aura pas pêche de la coquille est très contrô- soutenue par l’État et la Région Bre-
Promesse plus que tenue. « Avec l’Université de Bordeaux. Il faut désor- Hornsea 2 lui ravira son trône avec le cycle de vie des Saint-Jacques. d’impact sur notre travail, résume lée. « Cette gestion stricte donne tagne, qui cherchent à faire cohabiter
8 483 MW installés en 2019, le mais ajouter les 1 200 MW de capa- ses 165 éoliennes pour 1 386 MW. Christelle GUIBERT. Ils estiment les études fournies par Alain Coudray, président du comité des résultats. Il n’y a jamais eu au- tout le monde.
10 Les énergies marines Mercredi 20 janvier 2021

Même froide, la mer crée de l’eau chaude


ƒTechnologie. À Cherbourg (Manche), près de 2 000 logements sont alimentés en eau chaude grâce
à la mer. Une expérience de thalassothermie, en attente de volonté politique pour se développer.
L’Hexagone recèle peu d’exemples l’environnement jugé mineur. « C’est
du genre. Monaco, La Seyne-sur-Mer, un réseau de chaleur basse tempéra-
Biarritz, Brest, Boulogne-sur-Mer et ture, donc avec moins de perte d’éner-
Cherbourg. Des villes, qui ont en com- gie. Pour l’eau chaude sanitaire, 55 °C
mun de s’être partiellement dotées suffisent et on arrive à faire du chauf-
d’un équipement destiné à capter et fage », explique Loïc Thielley.
valoriser l’énergie thermique venue Sur le papier, la solution semble
de la mer, de manière plus ou moins idéale. Encore faut-il disposer d’un
développée. On appelle ça la thalas- plan d’eau à proximité : « S’il fallait
sothermie, et pas besoin d’une source tirer 3 km de tuyau pour aller pom-
chaude pour l’appliquer : une mer à per de l’eau de mer et en piquer
12-15 °C y suffit. Une énergie renouve- quelques degrés, ce ne serait pas
lable ad vitam æternam, adaptée aux forcément très rentable », observe
zones littorales à forte densité de po- Claude Nicolas. Par ailleurs, le coût
pulation. des installations est élevé, et techno-
logiquement, pour le chauffagiste, le
Des moules dans les tuyaux
défi reste permanent.
Pour le grand port du Nord-Cotentin,
tout commence en 2013. Une impul-
Un choix politique
sion de Presqu’île Habitat, le premier Pourquoi cela ne se développe pas plus

Ouest-France
bailleur du secteur, un défi relevé en front de mer ? « Même si le principe
par EDF et sa filiale Dalkia, et voilà le paraît sympathique, il consomme de
chantier lancé. Aujourd’hui, près de l’électricité pour faire fonctionner
2 000 logements (27 immeubles, au Loïc Thielley, responsable d’exploitation Manche chez Dalkia, au centre de la pompe à chaleur. Le rendement
total) et quelques commerces béné- pompage d’eau de mer. de cet engin-là se situe entre 2,5 et
ficient de cette eau chaude produite 3, c’est-à-dire que 1 kilowattheure
à partir de l’eau frisquette pompée Dalkia. Les pompes à chaleur sont propre, reprend Claude Nicolas. On (kWh) électrique consommé produit
dans le port de pêche. implantées à quelques hectomètres pompait aussi des jeunes moules qui 2,5 ou 3 kWh de chaleur. L’électricité
L’eau du port est pulsée vers les de la mer. Dans la même chaufferie, se fixaient dans les tuyaux, où elles n’étant pas gratuite, ce système n’est
échangeurs en titane (pour éviter la trônent aussi trois chaudières à gaz se développaient énormément. » Il a pas si rentable que ça par rapport à
corrosion) de deux pompes à chaleur, de secours, au cas où. fallu reprendre l’installation, « filtrer et un système au gaz ». Gaz qui n’a ja-
où elle réchauffe un système d’éva- Sept ans plus tard, la vitesse de apporter un léger traitement chloré mais valu si peu sur le marché. On en
porateur. Là, les calories sont récu- croisière est atteinte. Les problèmes qu’on neutralise après avec des bi- revient donc à la volonté politique par
pérées, suivant le fonctionnement in- évacués : « On a rencontré des pro- sulfites », précise Loïc Thielley, res- rapport aux enjeux d’avenir. Énergie
verse d’un réfrigérateur. « Le principe blèmes d’exploitation les premières ponsable d’exploitation. fossile ou or bleu, voilà l’équation.
de Carnot », résume Claude Nico- années, principalement liés au pom- L’eau produite sort à 63 °C, celle reje-
las, directeur de centre opérationnel page de l’eau dans un bassin pas très tée en mer affiche 2 °C et un impact sur Olivier CLERC.

Quand les océans éclaireront nos villes


ƒUrbanisme. Glowee, une start-up francilienne, a plongé au fond des océans pour ramener de la lumière
dans le but d’éclairer nos villes grâce à des bactéries lumineuses.
lampadaires d’une ville, les défis sont
immenses. « Nous avons dû sélec-
tionner la bactérie qui produisait le
plus de lumière, puis nous l’avons
élevée pour qu’elle devienne résis-
tante et plus éclairante », explique la
fondatrice qui garde secret le nom de
cette lampe 100 % naturelle. Un tra-
vail qui a pris près de six ans.
Quant à l’ampoule qui abrite cette
lumière, imaginez une sorte d’aqua-
rium dans lequel baignent bactéries
et nutriments. Logées, nourries, blan-
chies, les bactéries se reproduisent
à l’infini et produisent une douce et
apaisante lumière bleue-verte sans
Glowee

source d’énergie, si ce n’est l’électri-


cité qui sert à contrôler leur environ-
De l’eau, des nutriments, et les bactéries nement.
marines s’éclairent. « L’autre défi est de réguler ce
microcosme très fragile, car si une
Glowee

À tous ceux qui pensent que les autre bactérie colonise le système,
fonds des océans baignent dans elle réduira l’intensité lumineuse »,
l’obscurité la plus profonde, Sandra Glowee développe des éclairages à partir de bactéries marines. décrit Sandra Rey. Aujourd’hui, cette
Rey, fondatrice de la start-up Glowee, lumière naturelle éclaire une salle
les éclairent : « 80 % des organismes réaction naît un photon, et donc de la cueillir ces ampoules vivantes dans le de relaxation dans un hôtel lyonnais,
marins sont bioluminescents : ils lumière. Poissons, mollusques, planc- but… d’éclairer nos villes. Si la biolu- avant le déploiement à grande échelle,
produisent de la lumière, à l’instar tons s’illuminent ainsi grâce à des minescence, utilisée comme traceur, d’ici deux ans, sur une place dans le
des vers luisants. » Cette curiosité de bactéries qui vivent en symbiose avec est très connue dans les laboratoires, centre de Rambouillet (Yvelines). La
la nature est due à l’interaction entre leur hôte. personne ne s’en est encore servi nature est pleine de ressources.
deux molécules, la luciférine et la lu- Partant de ce principe, Sandra Rey pour produire de la lumière.
ciférase, avec de l’oxygène. De cette s’est tournée vers l’océan pour re- Mais avant de remplacer tous les Christophe BOURGEOIS.
Mercredi 20 janvier 2021 Les énergies marines 11

Est-ce que les éoliennes freinent le vent ?


ƒ La question pas si bête. Comme tout autre relief, une éolienne modifie le parcours du vent.
De là à avoir un effet sur le climat ? Un effet oui, mais pas renversant.
Dans les grandes fermes d’éoliennes, ropéen. En 2014, ils ont modélisé l’évo-
les pales des engins des rangées du lution du climat jusqu’en 2020, avec
fond reçoivent moins de vent que un doublement de la puissance éo-
les premières. « C’est un effet à très lienne installée en Europe pour arriver
petite échelle, celle de la ferme à 200 gigawatts (environ la puissance
éolienne, rassure Robert Vautard, installée aujourd’hui). Résultat : de très
directeur de l’Institut Pierre-Simon- légères variations de températures.
Laplace, spécialisé dans l’étude du Pour lui, pas d’inquiétude. Même
« système Terre ». Dès qu’on touche avec un mix énergétique très forte-
à quelque chose, cela a un impact. ment orienté vers l’éolien, les modifi-
La question, c’est son amplitude. » cations restent marginales à l’échelle
Les éoliennes ont ainsi un effet bien européenne. « L’effet des éoliennes
documenté sur les températures lo- n’est pas nul, mais pas aussi im-
cales, comme l’explique le scienti- portant que celui du changement
fique : « La nuit, les vents sont plus climatique. On parle de quelques
forts en altitude qu’au sol et il se dixièmes de degrés dans certains
forme une couche d’inversion avec endroits. Parce que les éoliennes
des températures froides près du créent un frottement qui induit une
sol. Il y a très peu de mélange d’air très légère modification des vents. »
parce que l’air froid est lourd. Mais Le mistral devrait donc continuer
lorsqu’on met une éolienne, ça à souffler sans perturbation. Car les
brasse l’air. Et on observe locale- collines, les montagnes et toutes
ment un réchauffement la nuit. C’est les surfaces créent un frottement
limité à quelques kilomètres. » qui influence les courants d’air. Et
même dans le scénario de l’Ademe
Et à plus grande échelle ?
(l’agence de la transition écologique)

Reuters
Aux États-Unis, Marc Jacobson de à 100 % d’énergie renouvelable pour
l’université de Stanford a mesuré les Au niveau local, le brassage d’air des éoliennes augmente légèrement les 2050, « les éoliennes ne couvriraient
effets de grandes fermes éoliennes températures au sol, comme ici près de New Brighton (Royaume-Uni). que 10 % de la surface du pays, tem-
offshore sur les cyclones. Elles pour- père le scientifique. Il n’y aura pas de
raient drastiquement baisser la puis- côtes. Ce n’est pas un scénario très on peut avoir un effet. » changement radical, sauf à couvrir
sance de ces phénomènes dévas- réaliste, relativise Robert Vautard. Robert Vautard et son équipe ont l’Europe entière d’éoliennes ».
tateurs. « Attention, il y va fort avec Néanmoins, c’est intéressant : ça cherché à connaître l’impact des ins-
800 gigawatts installés le long des montre à quels ordres de grandeur, tallations d’éoliennes sur le climat eu- Aurore TOULON.

Quand la houle génère de l’électricité


ƒ Technologie. On connaît l’énergie du vent et des courants marins pour produire de l’électricité, moins l’énergie
houlomotrice, celle des vagues et de la houle. Pourtant, les expérimentations fleurissent.
cidentale, de Caen, de Bordeaux,
Entretien
l’Ifremer…) qui travaillent dans ce
domaine. On recense une centaine
d’emplois en France.
Marc Lafosse,
Jacques Vapillon, Geps Techno, DR

président Dans quel délai le houlomoteur


de la commission sera opérationnel ?
énergies marines Cette technologie, tout comme l’hy-
au Syndicat drolien, est soutenue par la Commis-
des énergies sion européenne, qui a fixé une feuille
renouvelables. de route ambitieuse. L’objectif pour
l’hydrolien est d’atteindre un coût de
Comment produit-on de 150 € par mégawattheure (MWh) pro-
l’électricité à partir de la houle ? Au large du Croisic (Loire-Atlantique), le prototype Wavegem produit de l’électricité. duit en 2025 et 100 € en 2030. Pour
Plusieurs techniques permettent de le houlomoteur, c’est 200 € en 2025
capter cette énergie. On peut immer- quel est le bon choix de matériaux mistral, y sont constants. Des Régions et 150 € en 2030. En France, l’hydro-
ger des appareils soit à la surface, (béton, métal, inox…) ? Comment évo- s’interrogent aussi sur le potentiel sur lien et le houlomoteur ne figurent pas
soit entre deux eaux, soit au fond de lue-t-il dans le temps ? Quelle produc- leurs côtes et ont engagé des études, encore dans la programmation plurian-
l’eau. L’ouvrage peut aussi être fixé à tion énergétique attendre ? On a be- comme en Nouvelle Aquitaine. En nuelle de l’énergie (PEE). Mais à force
la côte, comme à une digue, qui va soin d’apprendre pour dimensionner Bretagne, des études liées à un pro- de tests et d’apprentissages en mer,
forcer les vagues à entrer dans une le process industriel. jet associé à une digue en baie d’Au- les coûts diminuent et seront au ren-
chambre de capture, dans laquelle dierne (Finistère) sont dans les mains dez-vous, soit de la revoyure de cette
un système peut propulser de l’air qui Où en sont les projets français ? de la Région. PEE en 2023, soit de la nouvelle PEE
active une turbine. La seule technologie installée est au de 2028. Ces technologies pourraient
large du Croisic : le démonstrateur Les projets houlomoteurs vite être compétitives pour les territoires
Mais ces systèmes restent flottant Wavegem de Geps Techno. sont variés… ultramarins (Guadeloupe, Guyane…)
expérimentaux ? Le mouvement de la houle entraîne Oui, il existe plus de 400 technolo- ou pas connectés au réseau métro-
Cette technologie est encore au stade un système de pistons qui produisent gies différentes pour récupérer cette politain (île d’Ouessant, îles anglo-nor-
de la recherche : des prototypes in- de l’électricité. D’ici deux ans, près énergie, en termes de brevets dépo- mandes…). En effet, à Ouessant, le
dustriels, appelés démonstrateurs, de Monaco, il devrait y avoir aussi un sés. C’est très foisonnant. En plus des coût de l’électricité à partir d’énergies
sont installés à plusieurs endroits de autre type d’installation. La Méditer- entreprises et des collectivités, il y a fossiles est à 200 € du MWh, pas à
la planète (France, Espagne, Australie, ranée est un marché intéressant, car beaucoup de centres de recherches, 65 € comme en métropole.
Japon, États-Unis…). Ils servent à ré- les vents thermiques qui génèrent des universitaires (École centrale de
pondre à des questions techniques : la houle, comme la tramontane et le Nantes, Université de Bretagne oc- Recueilli par Laetitia HÉLARY.
12 La mer, notre avenir Mercredi 20 janvier 2021

La course au large inspire le transport maritime


ƒInnovation. Les concurrents du Vendée Globe vont bientôt franchir la ligne d’arrivée de leur tour du monde
à la voile. Une source d’inspiration pour les aventuriers, mais aussi pour les acteurs du transport maritime.
Les bateaux de course à la voile sont
de véritables concentrés de techno-
logie. Chaque détail est scruté pour
gagner en vitesse. Une approche qui
intéresse les acteurs du transport ma-
ritime, engagés dans une course à
la réduction des consommations de
carburant. Pour Erwan Jacquin, res-
ponsable recherche et développe-
ment chez CMA-CGM, le 4e groupe
mondial de transport maritime par
conteneur, « nous sommes comme
des coureurs et allons chercher des

VPLP Design / Alwena Shipping


améliorations pourcent par pour-
cent. Depuis 2008, nous avons ré-
duit de 48 % nos émissions de CO2
par conteneur en diminuant la vi-
tesse de nos navires et en recourant
à des énergies moins carbonées
(biofuel, gaz naturel liquéfié) ».
Un bateau de transport de passagers sur foils ? Le cabinet VPLP l’a imaginé, inspiré par les prouesses des voiliers de la course
Économiser du carburant au large, qui volent sur l’eau grâce à ces appendices.
La voile sur les cargos est déjà en test.
Ce n’est plus de la science-fiction. Bien qui analysent en temps réel les dé- Pour Erwan Jacquin, « un porte- d’ingénieurs Centrale Nantes. Il tra-
sûr, il ne s’agit pas de hisser des voiles formations de la coque et d’autres conteneurs peut utiliser les courants vaille sur l’hydrodynamisme des na-
à la main au-dessus des conteneurs. données. CMA-CGM s’engage dans et le vent pour réduire sa consomma- vires, notamment dans des bassins
Mais de soulager les moteurs avec des cette voie pour ses porte-conteneurs. tion. L’impact est moindre que sur un expérimentaux. Évidemment, les na-
gréements automatisés. Simon Watin « Jusqu’ici les relevés étaient prin- voilier mais cela peut nous faire éco- vires les plus lourds ne voleront pas
est à la tête de la nouvelle division trans- cipalement manuels, précise Erwan nomiser entre 2 et 3 % de carburant. au-dessus de l’eau, « mais même en
port maritime chez VPLP design, le cé- Jacquin. Mais nous sommes engagés Et si un jour nous avons des voiles les faisant sortir de quelques pour-
lèbre architecte naval des plus grands dans un projet de mesure des milliers sur nos navires, l’intérêt sera encore cents de leur ligne d’eau, on va
bateaux de course. « Les ailes rigides, de données de nos navires en temps plus important pour chercher des avoir un gain de carburant », espère
c’est l’exemple n° 1 du transfert réel, avec des analyses qui nous vents favorables. » le chercheur. Chez VPLP, on pense
concret de technologie, raconte-t-il. Ça diront si un navire surconsomme et Quant aux fameux foils... Ces ailes aux foils surtout sur le transport de
a commencé en 2010 avec la Coupe pourquoi ». sous-marines qui font voler les bateaux personnes. Simon Watin explique :
de l’America. Un voilier a gagné avec Dans la course à la voile, le rou- équipent une grande partie de la « Les foils nécessitent des vitesses
une aile rigide. Ça a inspiré un des tage s’impose. Profiter des meilleures flotte du Vendée Globe 2020 et de- assez élevées et des bateaux pas
fondateurs de VPLP. » Résultat : la pro- conditions météo quand on est pro- vraient permettre de faire encore trop chargés. Il y a un vrai pas pour
chaine fusée Ariane sera transportée en pulsé par le vent, c’est indispensable. tomber le record de l’épreuve. « Les s’adapter aux contraintes du trans-
Guyane par un cargo à voiles. Des techniques déjà utilisées par les foils vont arriver au moins partielle- port maritime. »
La flotte des navires du Vendée navires de commerce, mais pas avec ment dans les navires de travail »,
Globe est aussi bardée de capteurs le même degré de précision jusqu’ici. assure David Le Touze, de l’école Aurore TOULON.

En bref L’image
Bonne nouvelle pour la dépollution Prenez date !
des océans Les inscriptions pour la 43e édition du
Basée à Paimpol (Côtes-d’Armor), l’en- Spi Ouest-France-Destination Morbi-
treprise Efinor Sea Cleaner construit des han sont ouvertes. Comme le veut la
navires dépollueurs aux quatre coins du tradition, cette course de monocoques,
globe. De son côté, TheSeaCleaners, ouverte aux professionnels comme
fondée par le navigateur Yvan Bour- aux amateurs et organisée à la Trinité-
gnon à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), sur-Mer (Morbihan), se déroulera lors
est une association reconnue d’intérêt du week-end pascal, soit du 1er au 5
général qui projette la construction d’un avril 2021. Toutes les infos sur https://
grand catamaran dépollueur en 2024. evenements.ouest-france.fr/spi/
Le Manta collectera et traitera en masse
les déchets flottants. Ces deux entités
ont décidé de s’associer pour « parta-
ger leurs expertises et imaginer en-
semble des solutions innovantes de
Lucie Weeger/Ouest-France

dépollution marine », explique Efinor.

Il embarque sur les traces


de Charles Darwin
Dans le cadre de son expédition « Cap-
tain Darwin », le réalisateur rennais Vic-
tor Rault se prépare à naviguer quatre
ans autour du monde, à partir de sep- Les masques jetables destinés à lut- Cela équivaut à 6 800 tonnes de
tembre 2021. Il cherche ainsi à compa- ter contre le Covid-19 sont une nou- masques, constitués de fibres en
rer les découvertes de Charles Darwin, velle menace pour les océans. À plastique, qui mettent 450 ans à se
le célèbre scientifique à l’origine de la l’image de celui-ci photographié en décomposer dans la nature. Pour ré-
théorie de l’évolution qui embarqua juillet près du Mont-Saint-Michel, plus duire l’utilisation de ces protections à
à bord du Beagle en 1831, à celles de 1,5 milliard de masques jetables usage unique, OceansAsia conseille
des scientifiques d’aujourd’hui. Son ont pu se retrouver dans les océans de privilégier autant que possible les
voyage fera l’objet d’une web série. en 2020, estime l’ONG OceansAsia. masques en tissu.
Mercredi 20 janvier 2021 La mer, notre avenir 13

L’Astrolabe, la double vie d’un patrouilleur polaire


ƒNavigation. Connu comme brise-glace desservant la Terre Adélie, L’Astrolabe mène aussi des missions
variées autour des îles Subantarctiques, comme l’explique cet article extrait du magazine Le Chasse-Marée.

La Réunion Iles Amsterdam


Ile Saint-Paul
Iles
Kerguélen

Terre Tasmanie
Archipel Adélie
Crozet
ANTARCTIQUE
O.-F.
O.-F.

Admis au service en 2018, le patrouil-


leur polaire P800 L’Astrolabe est
le fruit d’une collaboration entre les
Terres antarctiques et australes fran-
çaises (TAAF) et l’Institut polaire Paul-
Émile Victor (Ipev) qui l’ont financé, et
la Marine nationale qui en fournit les
deux équipages. Ce bâtiment a rem-

Grégory Pol
placé deux navires en fin de carrière :
l’ancien Astrolabe qui assurait la des-
serte de la Terre-Adélie depuis l’Aus-
tralie, et le patrouilleur Albatros, dé- L’Astrolabe devant Port-aux-Français (îles Kerguelen).
ployé depuis la Réunion vers les îles
subantarctiques : Crozet, Kerguelen, nées par les îles Subantarctiques, aux- mate ou une laitue ! nies par l’AIS (système d’identification
Saint-Paul et Amsterdam. quelles il apporte un soutien logistique. Ensuite, sur la route du retour vers la des navires), les satellites et les détec-
L’Astrolabe est un brise-glace ca- La patrouille australe, réalisée en Réunion, le P800 a traqué les bracon- teurs de radars portés par… des alba-
pable d’ouvrir son chemin dans une mai 2019, offre un bon exemple des niers chinois qui éradiquent les bancs tros. À l’échelle d’un bâtiment long
banquise de 1,20 m d’épaisseur. fonctions de L’Astrolabe durant l’hi- de légines (poisson à la chair appré- de 72 m, l’océan Indien paraît certes
Quatre moteurs diesel de 1 600 kilo- ver austral. Elle comportait d’abord ciée). Ceux-ci sont signalés à L’Astro- bien vaste, mais la peur du gendarme
watts entraînant deux hélices à pales une mission de police des pêches, labe par le Centre national de surveil- garde encore quelque efficacité.
orientables lui confèrent puissance et au profit de l’Australie dans la ZEE de lance des pêches, installé à Étel (Mor-
vitesse. Il peut accomplir des missions l’île Heard, située par 53° de latitude. bihan), qui croise les données four- Dominique LE BRUN.
de 35 jours à 12 nœuds en moyenne. À cause des conditions de mer et de
Avec ses 72 m de long pour 16 de vent, L’Astrolabe s’est tenue en stand-
large, il emporte en cale jusqu’à 1 200 by dans l’archipel de Kerguelen, dans
tonnes de fret, ainsi que deux hélicop- l’attente d’une fenêtre météo favo-
tères, et il accueille une quarantaine de rable. Le patrouilleur a alors travaillé
passagers en plus de ses 21 marins. pour les TAAF, envoyant ses plon-
geurs à la recherche d’anciens corps-
Patrouilleur multifonctions morts mouillés devant Port Jeanne-
Pour assurer son double programme, d’Arc, Port-Couvreux et Port des Îles.
L’Astrolabe partage son année en La météo étant toujours calami-
deux. Pendant 120 jours de l’été aus- teuse sur les 50e Hurlants, L’Astrolabe
tral, il transporte fret et passagers vers a poursuivi sa patrouille en remon-
la base Dumont-d’Urville (Terre Adé- tant vers Saint-Paul, l’île volcanique
lie) en quatre ou cinq rotations ; il est dont il a inspecté le cratère noyé, puis
alors basé à Hobart, en Tasmanie (État l’île Amsterdam où, grâce à une mer
Grégory Pol

d’Australie). Le reste de l’année, depuis pour une fois maniable, il a pu débar-


Port-aux-Galets (Réunion), il assure la quer matériel, courrier et vivres frais.
police des pêches dans les Zones éco- Cela faisait des mois que, sur la base
nomiques exclusives (ZEE) détermi- scientifique, on n’avait pas vu une to- L’Astrolabe double les 40e Rugissants.

La revue du monde maritime Le Chasse-Marée se réinvente


Depuis sa création en 1981, Le ritime » sont conservés, avec des sin de presse, mais également des
Chasse-Marée a régulièrement évo- articles autour des bateaux tradition- pages « En savoir plus » qui viennent
lué, mais probablement jamais au- nels, de l’histoire, des arts et des tech- conclure chaque article afin d’ou-
tant qu’avec cette nouvelle formule, niques, des métiers de la mer, etc., vrir à de nouveaux horizons. Ainsi et
à découvrir en kiosque depuis le de nouveaux sujets sont abordés. plus que jamais, Le Chasse-Marée
2  décembre. Cette fois, non seu- L’environnement devient désormais se pose comme la revue du monde
lement la maquette change, le pa- un thème majeur de la publication, et de la culture maritime, une publica-
pier aussi, mais également la pagi- comme l’écologie et les sciences, un tion de référence pour tous les amou-
nation (40  pages supplémentaires), des objectifs étant d’apporter au lec- reux de la mer qui souhaitent décou-
la périodicité (6 numéros par an) teur la richesse du maritime afin de vrir, comprendre et… rêver.
et surtout le contenu qui, pour au- lui donner le maximum de clés de
tant, conserve ses articles au « long compréhension. Yann KERMAREC.
cours », tant ils sont indispensables Cette nouvelle formule est égale-
à une découverte en profondeur tout ment l’occasion de nouveaux rendez-
en valorisant les images. vous comme le format de l’interview, Le Chasse-Marée, en vente en kiosque
Si les fondamentaux qui ont fait le des actualités entièrement renouve- et sur www.chasse-maree.com (132
succès de « la revue du monde ma- lées avec chroniques, tribunes et des- pages, 12,90 €).
DR
14 La mer, notre avenir Mercredi 20 janvier 2021

La mission « Étoile de mer » a réussi son décollage


ƒCitoyenneté. Restaurer la qualité de l’eau d’ici à 2030 : c’est le défi lancé par l’Europe à ses citoyens. Début
décembre, plus de 6 500 Français ont répondu à l’appel de Pascal Lamy sur la préservation des océans.
« C’est un succès et une marque
d’intérêt de nos concitoyens pour
les enjeux de la mission Starfish
2030. » Début décembre, les mots
de François Houllier, PDG de l’Institut
français de recherche pour l’exploita-
tion de la mer (Ifremer) traduisent le
succès, un peu inattendu, de la mis-
sion « Étoile de mer 2030 », littérale-
ment Starfish 2030.
Ce défi lancé à tous les citoyens
par cette mission Étoile de mer de la
commission européenne est de taille :
« Sauver les océans, les lacs et les
rivières, d’ici à 2030. »
Une large consultation
Bingo ! C’est ce que semblent avoir
répondu plus de 6 500 Français à
l’ancien commissaire européen Pas-
cal Lamy, président de la mission, en
répondant à cette enquête en ligne.
« Vos réponses et propositions gui-
deront les actions prioritaires à
mettre en œuvre », a promis la com-
mission européenne.
Autre bonne « surprise » : un tiers
des répondants (plus de 2 000)

Fotolia
étaient volontaires pour poser leurs
questions lors d’une rencontre vir- L’océan, les mers, les lacs, les fleuves forment un même système qui couvre près des trois quarts de la surface de la Terre.
tuelle organisée, le 5 décembre, avec
l’ancien commissaire européen Pas- vit très loin de la mer, un citoyen comme les résultats de l’enquête, sur vilégient la connaissance, quand la
cal Lamy, le PDG de l’Ifremer et la mi- tchèque doit comprendre que l’eau starfish2030.ifremer.fr/resultats) ont demande d’agir mobilise plus les
nistre de la Mer, Annick Girardin. de sa lessive ou de sa vaisselle a un porté sur les cinq axes de la mission hommes.
L’idée, explique Geneviève Pons, impact sur la qualité des eaux de l’Eu- Starfish : apprendre à connaître les Pas moins de 93 % des répondants
directrice de l’Institut Jacques Delors rope entière, qu’elles soient douces océans, régénérer les écosystèmes, se disent prêts à s’investir davantage
et membre de la mission Starfish, (fleuves et rivières) ou salées (Médi- zéro pollution, décarboner les milieux pour la protection de l’océan, des
était « de sensibiliser le plus grand terranée, mer Noire ou océan Atlan- aquatiques et revoir leur gouvernance. mers, lacs, fleuves et rivières. À elle
nombre et de s’appuyer sur la plus tique) », poursuit Geneviève Pons. Ces résultats français montrent une seule, l’Europe abrite le plus grand
large consultation possible ». Réalisé en un temps très court, l’es- conscience aiguë de l’urgence… se- espace maritime mondial, avec 17 mil-
De semblables consultations sont sai français satisfait pleinement ses ini- lon l’âge et le genre : les femmes té- lions de km2…
encouragées dans tous les pays de tiateurs. Début décembre, les débats moignent d’un plus fort engagement Stéphane GALLOIS
l’Union européenne. « Même s’il d’une matinée riche (à redécouvrir, sur une majorité de sujets, elles pri- et Gaël HAUTEMULLE.

De beaux livres à découvrir


Le Vendée Globe, déjà 30 ans ! prestigieuse ouverte sur le monde, phiés par Benoit Stichelbaut, spécia- Souvent précurseurs, ces fabuleux
En novembre puis berceau du premier sous-marin liste du milieu maritime, et racontés navires ont régné sur les mers aux
1989, Philippe nucléaire, Le Redoutable, aujourd’hui par le journaliste Pierre-François Bon- XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Jean-Yves
Jeantot lance le centre de culture océanique, la cité neau, les phares se dressent, majes- Delitte, peintre officiel de la Marine,
Vendée Globe de la mer est le fruit de rencontres tueux, page après page, illuminant et Jean-Benoît Héron, ingénieur, spé-
Challenge, une de passionnés et d’amoureux de la des sites et des histoires humaines cialiste du dessin d’architecture, nous
nouvelle course mer autour de Bernard Cauvin. Avec exceptionnels. livrent leurs dé-
autour du monde Pascal Vannier, l’enfant du pays ra- (Phares des côtes bretonnes, 224 p., couvertes. Un
en solitaire, sans conte la création de la cité, consa- 150 photos, 25 €) très beau livre,
escale et sans as- crée à l’histoire richement docu-
sistance, passant par les trois grands maritime et à la Douce fable écologique menté et magnifi-
caps de Bonne-Espérance, Leeuwin connaissance Un petit garçon vit heureux sur son quement illustré.
et Horn… Richement illustré, cet al- des océans. île avec son chien Wouf. Un jour, il (À bord des fré-
bum a été écrit par Didier Ravon, jour- (La cité de la découvre une drôle de boule verte, gates, Glénat,
naliste et photographe spécialiste de mer, une décou- pleine de vie, dans une flaque de la Albin Michel,
voile. Il retrace trente ans d’aventure verte inédite de plage et l’adopte. Sauf que la cohabi- 96 pages, 25 €)
extrême et d’évolution technologique, l’océan, 128 p., tation d’abord idyllique tourne court :
ponctués de récits parfois rocambo- 150 photos, la boule a besoin de l’océan. Imprimé Joyaux d’Outre-mer
lesques. La préface est signée Armel 15,90 €) avec des encres végétales, cet album Saint-Pierre-et-Miquelon a beau être
Le Cléac’h, vainqueur de la dernière tendre de Sébastien Pelon permet une à 3 815 km, le premier Atlas de sa
édition. Majestueux patrimoine réflexion sur l’équilibre de la nature faune et de sa flore sous-marines
(Le Vendée Globe, 30 ans d’aventure, Ils éclairent et rassurent. Les phares dès l’âge de 4 ans. (Mon petit bout du (329 pages, 25 €) est brestois ! Issues
Gallimard, 224 p., 35 €) des côtes bretonnes sont les re- monde, Père Castor, 32 p., 14 €) des prospections océanographiques
pères essentiels des marins, même à et des plongées sous-marines des
La sentinelle de la mer l’heure GPS. Ils sont aussi les amers Fabuleuses frégates écologistes du laboratoire BeBEST,
Les grands vaisseaux transatlan- des terriens, de jour comme de nuit. Ces majestueuses cathédrales de ses 280 photographies témoignent
tiques nous mènent aujourd’hui à une 60 phares plantés sur le littoral ou au bois et de chanvre portent le nom des curiosités et beautés des es-
meilleure connaissance de l’océan. large, de Chausey à Saint-Nazaire, de Shtandart (Russie), HMS Rose pèces subarctiques et polaires fran-
Voilà le parcours de la cité de la mer sont présentés dans ce beau livre (Grande-Bretagne), l’Alcyon, La Bou- çaises (sur www.fovearts.com ou en
de Cherbourg. D’abord gare maritime des Éditions Ouest-France. Photogra- deuse ou L’Hermione (France)… vente directe contact@fovearts.com).
Mercredi 20 janvier 2021 La mer, notre avenir 15

Dans la mer, les traces de nos IRM


ƒ Environnement. On peut détecter dans les stries d’une amande de mer l’activité humaine terrestre,
et même celle des hôpitaux. La substance utilisée pour l’examen est ingurgitée par la faune marine.
Plus précis que le scanner, l’IRM
(Imagerie par résonance magnétique)
est un examen courant qui néces-
site parfois l’injection d’un produit
de contraste à base de gadolinium.
Il opacifie les vaisseaux et se fixe sur
les tumeurs en cas de cancer. Un bon
gramme pour un patient de 70 kg.
Une fois l’examen terminé, le patient
expulsera en un jour ou deux cette
substance via ses urines.
Passant entre les mailles des sta-
tions d’épuration, ce gadolinium par-
court rivières, cours d’eau et fleuves
jusqu’à atteindre le littoral, mais aussi
les nappes phréatiques. « Il n’est pas
exclu que le gadolinium détecté
dans le Finistère provienne des
urines d’habitants du Massif central
plutôt que de ceux de Quimper »,
souligne Jean-Alix Barrat, géologue à
l’université de Brest.
Dans le milieu marin, on retrouve
des traces de cette substance, du
poisson aux coquillages comme la

Erwan Amice/CNRS
Saint-Jacques. « Il y a fort à parier
qu’on pourrait en retrouver ailleurs
si on le cherchait, comme dans les
os des grands mammifères ou les
algues », précise-t-il.
Le gadolinium marque les stries de la coquille des amandes de mer, comme celles des autres coquillages.
Métal toxique à l’état pur
Le gadolinium est un métal naturel, fai- À l’époque, les patients atteints d’in- 1980. Depuis cette période, cette pol- est visible partout où les humains sont
sant partie des terres rares. À l’état pur, suffisance rénale développaient plus lution médicale s’inscrit dans la chaîne nombreux et les IRM fréquentes. Ses
il est toxique pour les humains. Rai- facilement des pathologies pouvant alimentaire marine. Si la faune absorbe impacts sur la faune marine sont en-
son pour laquelle, des molécules ont s’avérer mortelles. « Aujourd’hui, on du gadolinium, quel risque pour nous core peu connus, d’autant plus que le
été créées pour que le corps humain utilise des molécules de deuxième de manger du poisson ou des coquil- gadolinium est présent naturellement
le supporte. « L’Europe a interdit les génération. Mais pas partout, l’an- lages ? « J’ai fait le calcul : il faudrait dans l’environnement. Mais quand on
molécules de première génération cienne génération est encore utili- manger plus d’un million de coquilles peut éviter une pollution, autant s’en
en 2017, car elles avaient tendance sée en Amérique du Sud ou en Rus- Saint-Jacques pour ingurgiter un dispenser. « L’injection de gadolinium
à se déposer dans certaines régions sie, par exemple. » gramme de gadolinium. Soit la même pendant un examen n’est plus systé-
sensibles du cerveau des patients », Les premières IRM pratiquées avec dose, inoffensive, que pour passer matique », souligne Douraied Ben Sa-
raconte Douraied Ben Salem, neurora- le gadolinium comme produit de une IRM », détaille Jean-Alix Barrat. lem.
diologue au CHRU de Brest. contraste datent de la fin des années Infime mais bien réelle, cette pollution Julie LALLOUËT-GEFFROY.

I Clean My Sea collecte le plastique


ƒ Développement durable. Créée en 2019, l’entreprise du Pays basque veut faire de la dépollution des eaux littorales
une activité rentable. Son credo : détection, collecte, valorisation. Pour une meilleure « efficacité environnementale ».
chets et donc de calibrer leurs algo-
Trois questions à… rithmes. Et à une échelle plus locale,
ça nous permet de mieux connaître
les endroits où, sous l’effet des cou-
Aymeric Jouon, rants, les matières plastiques ont ten-
I Clean My Sea

océanographe de dance à s’accumuler.


formation et fondateur
d’I Clean My Sea. Pour mieux pouvoir les collecter ?
Oui, c’est notre vocation. I Clean My
Le nom de votre jeune entreprise Sea a loué un bateau, The Collector,
parle de lui-même : nous sommes de l’association Race for the water. Il
tous concernés… a fait ses preuves cet été sur la côte
En effet, la pollution océanique par le basque et à l’embouchure de l’Adour.
plastique est mondiale et on sait dé- En 2021, nous souhaitons en armer au
I Clean My Sea

sormais qu’elle trouve son origine à moins deux autres pour répondre à la
terre, dans nos habitudes de consom- demande croissante des collectivités
mation. I Clean My Sea (« Je nettoie littorales. C’est pour cette raison que
ma mer ») veut donc, tout d’abord, im- Avec le navire dépollueur The Collector, l’entreprise I Clean My Sea a collecté nous menons une levée de fonds à
pliquer chacun de nous : lors de nos des déchets plastiques à l’embouchure de l’Adour durant l’été 2020. hauteur de 350 000 €. Dans le même
sorties en mer ou sur le littoral, munis temps, nous imaginons une gamme
de notre application mobile (Apple À quoi vont servir ces images ? dont certains ingénieurs travaillent sur d’objets fabriqués à partir des tonnes
iOS ou Android), nous pouvons pho- Deux choses principalement. Premiè- l’identification des déchets en mer par de plastiques déjà collectés et triés.
tographier les déchets et ainsi enrichir rement, nous avons un partenariat satellite. Nos photos, vos photos, leur
une base de données géolocalisées. avec l’Agence spatiale européenne, permettront de reconnaître ces dé- Recueilli par Stéphane GALLOIS.
16 La mer, notre avenir Mercredi 20 janvier 2021

Nicolas Catanese, cuisinier voyageur


ƒPassion. À 33 ans, le chef œuvre sur les paquebots de croisières Ponant, aujourd’hui à quai à cause de la crise
sanitaire. À bord, il compose avec les exigences culinaires d’une grande maison et une logistique hors pair.
Portrait
Avant d’entrer dans la compagnie de
croisières Ponant alors qu’il venait
tout juste de fêter ses 30 ans, Nicolas
Catanese a fourbi ses armes au sein
de différents restaurants, quelques
étoilés notamment, en France comme
à l’étranger. C’est d’ailleurs en Angle-
terre que le jeune homme, originaire
de Lyon, a commencé en tant que
commis une fois son BTS en poche.
« La cuisine me passionne depuis
l’enfance, confie-t-il. Mon grand-père
maternel était pâtissier-cuisinier, un
de mes oncles aussi… La cuisine
tient une place assez importante
dans la famille. »
Un goût pour l’aventure
C’est pourtant vers des études en ges-
tion-marketing et hôtellerie, puis de ré-
ceptionniste, que Nicolas Catanese
s’est d’abord tourné, alors qu’il entrait
au lycée hôtelier. Des métiers qu’il
n’exercera jamais, l’appel des cuisines
étant trop fort. Tout juste diplômé, le
futur commis a traversé la Manche
pour travailler dans un restaurant deux
étoiles au Guide Michelin. Et a com-
mencé à profiter de deux de ses pas-
sions : la cuisine et les voyages. Un
goût pour l’aventure et la découverte
que son autre grand-père, marin mili-

Anne-Laure Grosmolard.
taire, lui a transmis. « C’est vrai que je
buvais ses paroles quand j’étais pe-
tit », confirme Nicolas Catanese.
Aussi, quand le cuisinier s’est mis
à chercher du travail en 2016, de re-
tour d’un séjour en Australie, il n’a pas
hésité longtemps avant de dire oui à Depuis deux ans et demi, Nicolas Catanese est chef cuisinier pour la compagnie Ponant.
Ponant. La compagnie l’a contacté
après avoir vu son CV sur un site de aux croisiéristes, et même s’ils sont gler entre l’exigence d’une compagnie toujours l’imprévu lié aux difficultés
recherche d’emploi spécialisé dans pensés à l’avance avec Ducasse de croisières de luxe et une logistique d’approvisionnement, raconte-t-il.
l’hôtellerie. « J’ai fait mon premier conseils (lire encadré ci-dessous), hors pair indispensable pour une cui- Il peut manquer les oignons, l’ail…
contrat à bord de L’Austral comme Ponant nous encourage à acheter et sine en mer. « Quand on est en An- Une fois, nous avons même récep-
sous-chef, complète-t-il. Et à la fin, je cuisiner les produits locaux, notam- tarctique, nous nous ravitaillons tous tionné un conteneur avec des pro-
suis reparti à l’étranger. » ment frais. Une chance car il y a telle- les 12-15 jours à Ushuaia, détaille le duits censés être réfrigérés qui ne
ment de produits fantastiques dans chef. Nous recevons par ailleurs des l’étaient plus. Quand vous êtes à
Cuisiner les produits locaux chaque coin du monde : poissons, des milliers de kilomètres et que
produits de France tous les mois,
En voyage, pour ses loisirs comme fruits, légumes, épices… C’est fabu- mois et demi. Il faut donc compo- vous vous apprêtez à appareiller,
pour le travail, Nicolas Catanese aime leux de pouvoir découvrir tout ça. » ser des menus avec tous ces para- vous n’avez pas le choix, il faut vous
arpenter les marchés locaux et y dé- Revenu chez Ponant en tant que mètres en tête, sachant que nous adapter, c’est ce qu’on a fait. »
couvrir les produits typiques des ré- chef en 2018, après une année pas- nous engageons aussi à offrir à nos Plus tard, Nicolas Catanese, qui peut
gions qu’il visite. « Pour la confection sée à Hong Kong, Nicolas Catanese clients un maximum de variété. » déjà se targuer de mener une équipe
et la réalisation des menus destinés en apprécie la philosophie. Et de jon- d’une vingtaine de personnes, ouvrira
Un jour, son propre restaurant
son propre restaurant. Sans doute
Pour Nicolas Catanese, cette orga- aura-t-il alors moins le loisir de décou-
nisation et la « mécanique intellec- vrir de nouvelles saveurs. Mais, lui qui
tuelle » qu’elle induit compensent cultive de nombreuses graines ache-
la liberté de création quelque peu tées un peu partout dans le monde,
amoindrie par la collaboration Du- sait déjà qu’il invitera sa clientèle aux
casse-Ponant. Même si le chef peut voyages. Et espère ainsi transmettre
toujours proposer un autre poisson ou un peu de ses deux passions.
l’ajout d’un ingrédient et s’amuser sur
les amuse-bouches. « Et puis il reste Anne-Laure GROSMOLARD.

Une restauration embarquée signée Alain Ducasse


Anne-Laure Grosmolard.

Depuis 2016, Ponant travaille avec Ducasse conseil, le pôle expertise en restaura-
tion de Ducasse Paris, pour son offre culinaire à bord. Car si la cuisine n’est pas le
critère numéro un des passagers de Ponant pour le choix de leurs croisières, elle
participe certainement au standard de la compagnie française. En collaboration
C’est à bord de L’Austral que Nicolas Catanese a débuté chez Ponant. Il était aussi étroite avec les chefs cuisiniers, les menus sont établis avant chaque départ avec
à bord l’été dernier, pour des croisières en Méditerranée. Le paquebot est Ducasse conseil selon les navires et, surtout, leur destination.
aujourd’hui bloqué à quai du fait de la crise sanitaire.

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