Vous êtes sur la page 1sur 17

La technique du commentaire de texte

Retour

A l'examen, en séries générales, l'exercice du commentaire de texte se présente sous la forme suivante : un
texte court (entre 15 et 20 lignes) d'un auteur choisi dans la liste du programme précédé de cette
consigne : "Dégagez l'intérêt philosophique du texte suivant en procédant à son étude ordonnée".
Souvenez-vous que le commentaire de texte est avant tout une dissertation (nombre de remarques faites
sur la méthode de la dissertation restent ici pleinement valables). La seule différence est qu'il s'agit
ici de penser avec un auteur. Comme pour une dissertation, il s'agit de poser un problème et de le traiter
mais ici on le fera en analysant le texte c'est à dire qu'il s'agit de le comprendre, de saisir sa structure ainsi
que ses enjeux. Certains élèves se rassurent en se disant qu'au moins ici ils ne partent pas de rien, qu'au
moins ici ils sont certains "d'avoir quelque chose à dire". Méfiance ! Contrairement aux idées reçues, le
commentaire composé n'est nullement un exercice plus facile que celui de la dissertation. Comme lui il
nécessite apprentissage et entraînement.

Travail préliminaire : lire un texte c'est à dire le


comprendre
1) Lire le texte.
Le commentaire de texte est d'abord un exercice de lecture et il ne s'agit pas d'une plaisanterie que de dire
qu'il s'agit simplement d'apprendre à lire parce que lire un texte, ce n'est pas simplement en déchiffrer les
mots mais en comprendre précisément le sens. Avant même d'écrire quoi que ce soit sur votre brouillon, il
vous faudra donc lire attentivement deux ou trois fois l'extrait. Vous en profiterez pour souligner les mots
logiques ("car", "donc", "quoique", "mais" etc.) qui aideront à dégager la structure du texte, pour
encadrer les notions philosophiques importantes, pour repérer les énoncés fondamentaux. Ce premier
travail consiste à s'approprier le texte, à se mouler dans la pensée de l'auteur.

2) L'approche globale du texte.


Il s'agit de répondre, au brouillon, aux questions suivantes :

 Quel est le thème du texte ? De quoi ça parle ?


 Quel est l'objectif du texte? Que veut faire l'auteur ? Schématiquement, on peut repérer quatre
types de texte :
1. Ceux qui conduisent le lecteur à réviser une opinion, voire à y renoncer complètement.
2. Ceux qui cherchent à réfuter une thèse philosophique en montrant, soit quelle repose sur
de faux principes, soit qu'elle se contredit, soit encore qu'elle ne rend pas compte de
certains faits.
3. Ceux qui cherchent à établir qu'une définition est nécessaire.
4. Ceux qui cherchent à résoudre une question (explicite ou implicite)

A vrai dire, derrière tout texte se cache une question qu'il vous faut repérer. Quelle est donc la
question à laquelle le texte tente de répondre ?

 Quelle réponse l'auteur donne-t-il à la question qu'il se pose ? Cela revient à se demander quelle
est la thèse du texte c'est à dire l'idée principale défendue par l'auteur. Attention, il est fréquent
que cette idée se situe à la fin de l'extrait !
 N'existe-t-il pas une thèse opposée à celle de l'auteur (présente ou non dans le texte), qu'elle soit
une simple opinion ou qu'elle ait été défendue par d'autres philosophes ?
 Enfin quelle est la structure logique du texte ? Il convient de la repérer avec précision. Les mots
logiques, soulignés lors des premières lectures doivent vous aider mais souvenez-vous qu'ils ne
suffisent pas toujours. Il est d'autres moyens rhétoriques que de marquer une opposition par
"mais" ou une conséquence par "donc". On s'intéressera aux procédés logiques de raisonnement
et d'argumentation. Par exemple il faudra repérer un syllogisme, une relation de conséquence,
une explicitation, une illustration par un exemple etc.

3) L'analyse linéaire du texte.


On s'intéressera ensuite au détail du texte. Rappelez-vous qu'il est impératif de tout expliquer. Le
correcteur à l'examen ne vous accordera pas le bénéfice du doute et considèrera que ce qui n'est pas
expliqué n'a pas été compris.
Pour ne rien oublier, il faut, à propos de chaque phrase du texte, se poser, en y répondant au brouillon, les
quatre questions suivantes :

 Qu'est-ce que cela veut dire ? Définissez les notions et expressions clefs. Soyez attentifs à tous les
mots : un simple adverbe peut complètement modifier le sens d'une phrase.
 Pourquoi l'auteur dit-il cela ? Qu'est ce qui le justifie ? La réponse peut être dans le texte mais, si
elle n'y est pas, c'est à vous de trouver les arguments.
 N'y a-t-il pas des présupposés à cette phrase, des arrière-pensées, une thèse déjà présente chez un
auteur antérieur qui est ici reprise ou, au contraire, combattue. C'est ici que votre cours peut être
utile. Si la connaissance de l'auteur du texte n'est, par principe, pas requise à l'examen, ce n'est
pas pour autant que vos connaissances philosophiques ne doivent pas servir du tout.
 Enfin (mais enfin seulement !) l'auteur a-t-il raison ? Ce qu'il dit n'est-il pas contestable ? Nous
reviendrons plus loin sur le problème de la critique du texte.

On n'oubliera pas d'analyser les éventuels exemples présents dans le texte. Expliquer un exemple, c'est
d'abord repérer quelle idée il illustre, ensuite montrer en quoi il est pertinent et éventuellement repérer les
limites de cette pertinence.
On s'efforcera soi-même de trouver des exemples pour illustrer le propos de l'auteur. Si l'exemple n'est
jamais une preuve, il montre une compréhension du texte lorsqu'il est judicieusement choisi. Pour cette
raison, les exemples sont indispensables dans un commentaire de texte.
Les remarques concernant le style de l'auteur sont, la plupart du temps inutiles, sauf si elles concernent la
structure du texte. Il faut se souvenir que, dans la majorité des cas, vous avez affaire à une traduction et
qu'alors même que vous croyez commenter le style d'un Platon, d'un Kant ou d'un Hegel vous commentez
en réalité le style de leur traducteur. Ce qui importe est le fond.
On notera que ce travail de compréhension du texte dans ses détails est une explication linéaire du texte
puisqu'il s'agit d'expliquer les phrases les unes après les autres. Cela n'exclut pas bien sûr une mise en
rapport de ces phrases entre elles pour bien cerner la progression de la pensée ou pour repérer la reprise
d'un même thème en divers endroits.
Cependant, on ne vous demande justement pas une analyse linéaire mais bien un commentaire composé,
une étude ordonnée. Il reste donc à organiser le commentaire.

Organiser son commentaire


Comme pour toute dissertation, il convient de faire un plan. Il se présente ici deux possibilités :

 Si le texte proposé suit un plan précis avec des moments bien articulés et équilibrés, vous vous
contenterez de le suivre. Chacun des moments de votre devoir correspondra à un moment du
texte. L'avantage de cette méthode est qu'il permet de bien montrer le mouvement de la pensée de
l'auteur. Néanmoins, il faut se souvenir que vous avez affaire à un extrait et que rien ne prouve
que vous tomberez sur ce cas favorable à l'examen.
 Si la structure logique du texte est plus complexe, vous repérerez deux, trois ou quatre thèmes
fondamentaux qui feront l'objet de chacune de vos parties. Veillez à les choisir de telle sorte que
la totalité du texte puisse être expliquée. Il faudra alors trouver un ordre logique pour que votre
dissertation ait un fil conducteur. Rien ne vous empêche, par exemple, de commencer par la fin
du texte. Rien ne vous empêche non plus de traiter dans une même partie la première et la
dernière phrase du texte si toutes deux énoncent une idée analogue.

Pour le reste l'organisation du développement suit strictement les mêmes règles que celles d'une
dissertation : pensez aux transitions, introduisez et concluez chacune de vos parties. Rappelons qu'un
développement se rédige directement sur la copie et qu'on se contente, au brouillon, d'élaborer un plan
détaillé.
Le style du commentaire de texte doit être particulièrement clair, précis, rigoureux. Évitez les phrases
interminables et veillez à la propriété des termes. N'oubliez pas de mettre en lumière les éléments
essentiels. Il s'agit d'expliquer un texte et non de l'embrouiller. Soyez clair ! Soyez simple mais non
simpliste !
Comme pour la dissertation, on rédigera l'introduction et la conclusion au brouillon.
L'introduction doit poser un problème : le problème auquel le texte tente de répondre. Il est donc inutile
(et même nuisible) de commencer par une biographie de l'auteur. Il est pire encore de commencer par un
résumé de la philosophie de l'auteur. Le faire serait réduire toute une pensée à trois ou quatre lignes, ce
qui conduit au contresens et ne peut être, en tout état de cause, que hautement simplificateur. Surtout cela
dénote une incompréhension de l'exercice du commentaire composé : il ne s'agit nullement de partir des
idées d'un philosophe en essayant de voir en quoi un texte les illustre mais, au contraire de partir du texte,
de voir, à sa lumière, ce que l'auteur défend. C'est du texte et du texte seul qu'il faut d'abord tirer la
substance de votre devoir et ce n'est que dans un second temps que vous vous demanderez si ce que vous
savez éventuellement de l'auteur peut l'éclairer.
En conséquence, l'introduction d'un commentaire de texte a une structure identique à celle d'une
dissertation. Appliquez la technique de l'introduction en cinq points déjà exposée : partir d'une idée
générale concernant le thème du texte, amener le problème, le poser sous forme de question, souligner son
intérêt et annoncer le plan du devoir.
La conclusion se fera aussi de la même manière que pour une dissertation ordinaire : bilan des résultats
acquis, élargissement des résultats ou ouverture vers une nouvelle question. La différence est que, en ce
qui concerne le bilan, il faudra insister sur l'intérêt philosophique du texte.

Montrer l'intérêt philosophique du texte. Faut-il ajouter


une partie critique ?
Peut-on critiquer un texte ? Il convient d'abord de s'entendre sur le mot critique :

 Au sens courant critiquer a un sens négatif. Critiquer un texte consiste alors à en montrer les
limites, voire les erreurs. Dans la mesure où il n'y a pas de principe d'autorité en philosophie, que
les textes ne sont pas sacrés, la critique est bien entendu permise. Mais elle exige de la prudence.
Critiquer un texte que l'on n'a pas compris est bien sûr ridicule. D'autre part, n'oubliez pas que
l'auteur de votre texte a écrit des milliers d'autres pages et qu'il a pu très bien répondre par
ailleurs aux objections que vous lui opposez. Souvenez-vous que ce qui doit primer est la
compréhension du texte, son analyse et que l'éventuelle critique ne peut survenir qu'ensuite.
Souvenez-vous aussi que critiquer un texte c'est critiquer ce qui se trouve dans le texte et non ce
que l'auteur a écrit par ailleurs. Le commentaire de texte n'est en aucun cas l'occasion de régler
ses comptes. Souvenez-vous enfin que la critique n'est en aucun cas un prétexte pour exposer ses
idées personnelles sur un sujet annexe menant tout droit au hors sujet. La bonne critique est de
toute façon celle qui éclaire le texte et vous ne la pratiquerez qu'à la condition d'être sûr de vous,
d'avoir des arguments solides, arguments que vous présenterez avec rigueur.
Quant à la question de savoir comment amener cette critique, deux solutions sont possibles. On
peut, premièrement, lui consacrer une partie supplémentaire du devoir. Cela suppose d'avoir
suffisamment à dire et l'inconvénient possible est d'être conduit à se répéter. Vous devrez en effet
énoncer deux fois les mêmes idées : d'abord pour les expliquer, ensuite pour les critiquer. Une
autre solution consiste à mêler explication et critique tout au long du devoir. Dans une même
partie vous pourrez alors d'abord expliquer tel ou tel point du texte et ensuite apporter votre
critique.
 Au sens philosophique, critiquer n'est pas nécessairement dénigrer mais prendre du recul par
rapport au texte pour en montrer la pertinence, les implications et éventuellement les limites. La
question n'est plus alors de savoir si on peut ou non le faire. On vous demande en effet de dégager
l'intérêt philosophique du texte et critiquer en ce sens là est absolument nécessaire.

Qu'est-ce que dégager l'intérêt philosophique d'un texte ?

 Ce peut-être montrer son importance dans l'histoire de la pensée. Énonce-t-il des idées qui seront
plus tard l'objet de développement fructueux ou au contraire qui entraveront la pensée,
développe-t-il un concept clef à l'intérieur d'un système etc. ? Répondre à de telles questions
suppose une connaissance de l'histoire des idées qui n'est bien sûr pas nécessairement la vôtre et
qui n'est d'ailleurs pas requise à l'examen.
 Ce peut-être aussi montrer son importance pour éclairer un grand problème humain. En quoi
l'extrait que vous analyser donne-t-il à penser ? En quoi réfute-t-il une idée reçue ? En quoi
démystifie-t-il ? En quoi éclaire-t-il d'un jour nouveau tel ou tel autre problème ? etc. Tout
dépend bien sûr du texte qui vous est proposé.

Reste une question débattue : faut-il ou non faire un plan en deux parties (1 - Commentaire du texte, 2 -
Intérêt philosophique.) Je n'ignore pas que cette méthode est conseillée par certains de mes collègues et si
c'est ce que vous demande votre professeur vous procèderez alors de cette façon. Je me permettrai
cependant deux remarques à ce propos :

 Si cette méthode est bien menée comme peut le faire un professeur aidé de sa culture
philosophique, tout va bien. Mais une longue expérience de correcteur à l'examen montre qu'il en
est rarement ainsi de la part des élèves. La première partie est souvent réduite à un vague survol
du texte qui ne dépasse guère la paraphrase et le second moment du devoir un prétexte à parler
d'autre chose, à oublier complètement le texte. On cumule alors les deux défauts les plus graves :
paraphrase et hors sujet. S'il est rassurant d'avoir un plan donné d'avance, la sécurité n'évite
malheureusement pas le pire. Il est de plus assez douteux qu'un élève moyen de terminale soit
capable d'équilibrer les deux parties d'un tel plan. Un commentaire satisfaisant de texte demande
du volume. Comment en écrire autant sur l'intérêt philosophique ? Il serait plus judicieux, si on
tient vraiment à une partie critique séparée, de faire un plan en trois ou quatre parties dont seule
la dernière sera consacrée à l'intérêt philosophique.
 D'autre part, un petit rappel historique est ici utile. Il y a une dizaine d'années de cela la mention
accompagnant le texte à l'examen était "Dégagez l'intérêt philosophique du texte à partir de son
étude ordonnée". L'expression "à partir" semblait bien inviter au plan en deux parties et l'on a
vu, progressivement, se généraliser cette méthode. Le risque était alors que toute autre méthode
soit bannie et qu'un élève soit sanctionné pour avoir procédé autrement. Consciente du problème
l'inspection a fait remplacer l'énoncé du sujet par la formule actuelle "Dégagez l'intérêt
philosophique de ce texte en procédant à son étude ordonnée". Il ne s'agissait pas, certes,
d'interdire le fameux plan en deux parties, mais il s'agissait bel et bien d'empêcher d'en faire une
méthode obligatoire. Je conseille donc, pour ma part, de bâtir plutôt le plan comme cela a été
expliqué plus haut. On expliquera le texte et on accompagnera, tout au long du devoir, ce travail
de commentaire par une réflexion sur le texte qui consiste surtout à apporter exemples et
arguments en faveur des idées de l'auteur (pour en montrer la pertinence) et à mettre en lumière,
si cela est nécessaire, les points qui méritent discussion et qu'on pourra confronter avec d'autres
thèses, d'autres auteurs. Ce travail peut donc s'effectuer tout au long du devoir sans qu'il soit
nécessaire d'en séparer les deux axes dans des moments différents. Vous aurez la conclusion pour
en faire le bilan.

Conclusion
En conclusion, nous pouvons dire qu'un bon commentaire de texte est celui qui évite deux écueils : la
paraphrase et le hors sujet. En somme il s'agit d'adopter vis-à-vis de l'extrait la bonne distance : trop près
du texte, par manque de recul critique, on tombe dans la paraphrase, trop loin de lui, on finit par le
perdre de vue et c'est le hors-sujet. La règle d'or qu'il faut respecter est de parler du texte, RIEN que du
texte, mais de TOUT le texte.
Deux corrigés de ce type d'exercice vous sont proposés.

 Le corrigé d'un texte de Kant.


 Le corrigé d'un texte de Pascal
Premier exemple de l'exercice du
commentaire de texte

Sommaire

Retour

Sujet
Dégagez l'intérêt philosophique du texte suivant en procédant à son étude
ordonnée :

" On ne doit pas s'attendre à ce que les rois se mettent à philosopher, ou que des
philosophes deviennent rois ; ce n'est pas non plus désirable parce que détenir le
pouvoir corrompt inévitablement le libre jugement de la raison. Mais que des rois ou
des peuples rois (qui se gouvernent eux-mêmes d'après des lois d'égalité) ne
permettent pas que la classe des philosophes disparaisse ou devienne muette, et les
laissent au contraire s'exprimer librement, voilà qui est aux uns comme aux autres
indispensable pour apporter de la lumière à leurs affaires, et parce que cette classe,
du fait de son caractère même, est incapable de former des cabales et de se
rassembler en clubs, elle ne peut être suspectée d'être accusée de propagande. "

Kant

Approche globale du texte


 Quel est le thème du texte ? : ce texte porte sur la philosophie et, plus précisément
sur le rapport entre la philosophie et le pouvoir politique.
 Quel est l'objectif du texte? : ce texte cherche à réfuter une thèse philosophique, à
savoir la théorie du philosophe-roi de Platon.
 Quelle est la question à laquelle le texte tente de répondre ? : Quelle est la fonction
politique du philosophe ?
 Quelle réponse l'auteur donne-t-il à la question qu'il se pose ?(thèse du texte) : le
philosophe n'a pas pour fonction de gouverner ("ce n'est pas désirable") mais il doit
pouvoir s'exprimer pour éclairer le pouvoir en place.
 N'existe-t-il pas une thèse opposée à celle de l'auteur ? : la thèse opposée est celle
de Platon, la théorie des philosoples-rois, exposée dans La République
 Quelle est la structure logique du texte ? : une relecture du texte nous conduit à
repérer les mots logiques suivants :

" On ne doit pas s'attendre à ce que les rois se mettent à philosopher, ou que des
philosophes deviennent rois ; ce n'est pas non plus désirable parce que détenir le
pouvoir corrompt inévitablement le libre jugement de la raison. Mais que des rois ou
des peuples rois (qui se gouvernent eux-mêmes d'après des lois d'égalité) ne
permettent pas que la classe des philosophes disparaisse ou devienne muette, et les
laissent au contraire s'exprimer librement, voilà qui est aux uns comme aux autres
indispensable pour apporter de la lumière à leurs affaires, et parce que cette classe,
du fait de son caractère même, est incapable de former des cabales et de se
rassembler en clubs, elle ne peut être suspectée d'être accusée de propagande. "

Structure du texte :
1) Il est utopique d'attendre qu'un roi philosophe
2) il est utopique d'attendre qu'un philosophe devienne roi
3) il serait nuisible qu'un philosophe devienne roi
4) explication de l'idée 3 (caractère corrupteur du pouvoir)
5) définition du rôle politique du philosophe
6) Réponse à une objection-accusation contre les philosophes : thème de la
propagande.

Analyse linéaire du texte (à faire au brouillon)- Sont


soulignées les questions qui interrogent le texte :
" On ne doit pas s'attendre à ce que les rois se mettent à philosopher, ou que des
philosophes deviennent rois "
On ne doit pas s'y "attendre". Cela signifie que si l'on s'y attend, ce sera vainement,
qu'il s'agira d'un espoir utopique. Pourquoi ne peut-on s'y attendre ? Qu'est-ce qui
pousse Kant à l'affirmer ? D'abord des exemples empiriques. On peut citer le cas,
par exemple, de Denys 1er que Platon ne réussit pas à rendre philosophe. Mais
donner des exemples ne suffit pas. Il faut aussi s'interroger sur les raisons de cet
échec ? Est-ce qu'il ne s'agit que d'un essai malheureux ? En ce cas on peut encore
s'attendre à ce que les rois philosophent. Y a-t-il au contraire des causes profondes
comme, par exemple, une incompatibilité essentielle, radicale, entre le métier de
philosophe et celui de roi. ? C'est ce que veut dire Kant. Qu'est-ce qui rend les deux
fonctions incompatibles ?
Pourquoi, en premier lieu, les rois ne peuvent-ils philosopher ?

 Les rois sont d'abord jaloux de leur pouvoir et cherchent plus la gloire que la justice.
Peut-être cherchent-ils plus à satisfaire leurs intérêts égoïstes indépendamment de la
justice et du droit. Or on sait que le philosophe vise à l'objectivité du savoir, qu'il est
désintéressé, qu'il ne cherche qu'à connaître et à faire entrer dans la réalité une
rationalité maximale. Il semble donc bien que le roi soit le contraire du philosophe,
qu'ils s'opposent par définition. On voit mal comment un homme qui ne cherche qu'à
satisfaire ses ambitions et intérêts personnels puisse devenir philosophe. Cependant,
est-ce vraiment ce que veut dire Kant ? Si c'est vraiment ce qu'il affirme, alors nul
gouvernement juste n'est possible, tout souverain est un despote au moins en
puissance qui agit sans tenir compte de la justice. Si tel est le cas, alors Kant se
contredit car comment un tel roi pourrait-il suivre les avis du philosophe comme le
préconisera la suite du texte ? Pourquoi celui qui refuse de suivre sa raison irait-il
suivre les conseils de celui qui fait profession de la raison ? C'est impossible. Ce n'est
donc pas toujours le caractère passionné et injuste du roi qui est en cause (même si
c'est parfois le cas). Qu'est-ce qui différencie alors le roi du philosophe, même
lorsqu'il veut gouverner avec justice ?
 Le roi, contrairement au philosophe est un praticien qui s'occupe moins de théoriser
longuement que d'agir. Or il arrive que théorie et pratique soient incompatibles. Le
roi, parfois, n'a pas le temps. Il ne peut suspendre son jugement en vue de savoir si
oui ou non il fait bien d'agir ainsi. Il est des moments où l'action n'attend pas sous
peine de la perte du pays. Or cela est contraire à l'attitude philosophique qui se doit
d'être prudente, de suspendre son jugement en l'absence de certitude. Le politique
n'a pas toujours le temps de philosopher.
Cependant, l'action ne presse pas toujours. Pourquoi alors, même dans ce cas, le roi
ne peut-il être philosophe ?
 Le roi doit utiliser des moyens non raisonnables. Il recourt à la violence (ce qui ne
veut pas dire qu'il le fait toujours sans raison). Il est homme d'expérience et
d'habileté. Parfois il lui faut ruser pour maintenir son pouvoir contre les jaloux. Même
s'il s'agit d'un roi qui gouverne bien, ceux qui veulent gouverner par profit et
s'emparer du pouvoir existent. Contre eux, la raison ne peut rien. Il faut employer la
ruse, la violence, des moyens qui ne sont en rien philosophiques. Il faut savoir
calculer (cf. Machiavel, Le Prince). La politique n'est pas seulement un savoir (même
si elle l'est aussi), il y faut surtout l'habileté pratique, l'utilisation de calculs empiriques
pour des raisons stratégiques. Un roi ne gouverne pas seul. Il est soutenu par des
groupes et même un roi qui serait conscient de l'intérêt de son peuple doit tenir
compte de ces groupes et s'en méfier. Le politique doit être habile, ce qui ne va pas
parfois sans dissimulation. Pour mener à bien une politique même raisonnable, il faut
parfois employer des moyens qui ne le sont pas. La politique est un art au sens où
elle suppose le calcul en fonction d'une situation pratique toujours particulière. Le
philosophe lui raisonne sur le général. Ses principes valent partout. Le politique, lui,
doit s'adapter à des situations par définition toujours uniques s'il est vrai que l'histoire
ne se répète pas.

L'exercice du pouvoir ne demande donc pas des qualités de philosophe. Cela ne


signifie pas pour autant que le philosophe soit inutile au roi (nous le verrons dans la
suite du texte). Mais les qualités du roi ne sont pas celles du philosophe. Si la théorie
et la pratique sont liées, complémentaires, s'il est bon que le praticien soit aidé du
théoricien, il n'en reste pas moins vrai que ce sont des activités différentes.

Pourquoi, en second lieu, ne faut-il pas non plus s'attendre à ce que les philosophes
deviennent rois ?

 D'abord un philosophe ne peut prendre le pouvoir par la force. Cela ferait de lui un
tyran. La violence répugne au philosophe.
 Il ne peut donc devenir roi que si on fait appel à lui, événement des plus improbables.
Les non philosophes se préoccupent peu de reconnaître les qualités du philosophe.
En concurrence avec des non philosophes lors d'une élection, il ne sera pas assez
habile ou assez démagogue.
 Du reste le philosophe désire-t-il vraiment gouverner ? Le pouvoir ne le tente pas car
il n'a pas la passion des honneurs mais seulement celle de la vérité. Ce qu'il veut
c'est que le pouvoir le laisse penser et s'exprimer (comme d'ailleurs tous les citoyens
de la cité). Il veut avoir le droit de critiquer l'injustice, de dire ce qui est juste. Mais les
intrigues du pouvoir ne le tentent pas. Peut-être même serait-il incompétent, en tant
qu'il n'aurait pas toutes les qualités qui font le bon politique. Il n'est pas praticien ce
qui ne signifie nullement qu'il ne souhaite pas que d'autres (les gouvernants, les rois)
mettent sa théorie en pratique. Le philosophe est vis-à-vis du politique, ce que le
scientifique est au technicien. Le scientifique énonce des lois générales valables en
pratique mais c'est le technicien qui les adapte aux cas particuliers. De la même
façon, ce n'est pas le rôle du philosophe que de gouverner, mais c'est son rôle de
réfléchir sur la justice en général.

Kant, dans tout ce qui vient d'être dit, s'oppose à l'idéal platonicien. Il tire la leçon
philosophique des échecs de Platon qui, par trois fois, tenta de rendre philosophe le
tyran de Syracuse. Platon n'abandonna pas son idéal après ses échecs et
n'abandonna jamais l'espoir de voir un philosophe régner. C'est une des raisons pour
lesquelles il fonda son école de philosophie, l'Académie, espérant former des
philosophes qui deviendraient ensuite rois. Mais dans cette entreprise non plus il n'a
pas réussi. Kant en tire les leçons. Platon a échoué parce qu'il n'a pas vu la
différence de nature entre la philosophie et la politique, parce qu'il pensait que la
politique était un savoir. Il n'a pas vu sa dimension pratique, technique. Platon a
échoué parce que ce qu'il voulait était impossible.

"  ce n'est pas non plus désirable parce que détenir le pouvoir corrompt
inévitablement le libre jugement de la raison. "
En quoi y a-t-il ici progression dans l'argumentation ? Ici Kant ne se contente plus de
dire que l'idéal platonicien est utopique. Il veut montrer que si cet espoir se réalisait,
ce serait nuisible. Il ne s'agit plus de parler d'une impossibilité de fait mais de se
placer au niveau de ce qui est ou non souhaitable, bénéfique pour l'homme. Kant ne
dit pas que le pouvoir corrompt celui qui l'exerce (par exemple en le rendant égoïste
etc) mais qu'il corrompt le " libre jugement de sa raison " c'est-à-dire que le pouvoir
empêche de juger librement. En quoi ?

 D'abord être roi c'est manquer de recul. Il n'est pas bon juge de ce qu'il fait puisqu'il
est juge et parti. Il ne juge pas l'exercice du pouvoir de l'extérieur mais est lui-même
en cause. Il peut juger selon son intérêt particulier, plus ou moins consciemment.
 Un homme au pouvoir ne gouverne pas seul. Il existe des groupes de pression, des
flatteurs, des gens qui cherchent à le tromper (même s'il veut, lui, gouverner
raisonnablement) parce qu'ils suivent, eux, leur intérêt. Il peut alors ne plus raisonner
correctement sous leur influence.
 Enfin, si le philosophe cherche la raison, il n'en est pas moins homme et être au
pouvoir, avec la puissance que cela confère, peut présenter bien des tentations pour
tirer de sa position certains avantages relevant plus de la passion que de la raison.
C'est un risque. Est-ce pour autant inévitable ?

Ainsi, l'exercice du pouvoir, autant par les obligations qu'il crée (tenir tête aux
flatteurs, recourir parfois à la violence) que par les avantages qu'il confère peut à
plus ou moins long terme corrompre le jugement. Comment être impartial, lorsqu'il
s'agit de décider souvent dans l'instant, de déjouer les intrigues, de devoir démêler le
juste et l'injuste sans le recul nécessaire ? Le pouvoir politique est un pouvoir
exorbitant. La meilleure volonté, la sagesse la plus déterminée y succomberait. C'est
la nature du pouvoir qui est en cause. Voilà, il faut le dire une vision bien pessimiste
du pouvoir, car si le philosophe y succomberait qu'en est-il alors de celui qui n'est
pas philosophe ? Dans Idée d'une histoire universelle d'un point de vue
cosmopolitique, Kant précise cette idée : " De quelque façon qu'il s'y prenne, on ne
conçoit vraiment pas comment il pourrait se procurer pour établir la justice publique
un chef juste par lui-même : soit qu'il choisisse à cet effet une personne unique, soit
qu'il s'adresse à une élite de personnes triées au sein d'une société. Car chacune
d'elles abusera toujours de la liberté si elle n'a personne au-dessus d'elle pour
imposer vis-à-vis d'elle-même l'autorité des lois. Or le chef suprême doit être juste
pour lui-même, et cependant être un homme. Cette tâche est par conséquent la plus
difficile à remplir de toutes ; à vrai dire sa solution parfaite est impossible ; le bois
dont l'homme est fait est si noueux qu'on ne peut y tailler des poutres bien droites. "

" Mais que des rois ou des peuples rois (qui se gouvernent eux-mêmes d'après des
lois d'égalité) ne permettent pas que la classe des philosophes disparaisse ou
devienne muette, et les laissent au contraire s'exprimer librement, voilà qui est aux
uns comme aux autres indispensable pour apporter de la lumière à leurs affaires "
Qu'est-ce d'abord qu'un peuple roi ? Il est question de la démocratie. En démocratie
le peuple se gouverne lui-même selon des lois d'égalité, ce qui suppose l'apparition
d'une volonté générale (Kant a lu Rousseau). Il s'agit du peuple souverain qui se
donne à lui-même des lois. Remarquons que si le roi est une personne physique, le
peuple roi est une personne morale. La portée du texte ici s'élargit à d'autres
systèmes politiques que la monarchie. Les rois ou peuples rois ne doivent pas
permettre que la "classe" des philosophes disparaisse. Que signifie ici le mot
"classe" ? "Classe" n'a évidemment pas ici le sens qu'on lui donne aujourd'hui après
Marx. Il signifie ici seulement "catégorie", "groupe" d'individus. C'est l'ensemble des
individus exerçant la même fonction. Pour Kant, il ne suffit pas de laisser exister les
philosophes, il faut aussi les laisser s'exprimer car c'est ainsi qu'ils pourront jouer leur
rôle politique. Qui désigne ici "aux uns comme aux autres"  ? Il s'agit des rois et des
peuples rois. Kant ne dit pas que c'est utile, il dit que c'est "indispensable". Les rois
et peuples rois ont besoin des philosophes s'ils veulent éclairer leurs affaires.
Pourquoi ? Parce que c'est la seule manière d'échapper aux risques mentionnés plus
haut. Si le pouvoir corrompt le jugement, il faut trouver un moyen pour
contrebalancer l'influence des causes corruptrices. Les philosophes ne sont pas au
pouvoir. Leur jugement n'est donc pas corrompu par lui. Le roi a donc tout intérêt (au
moins s'il veut être un bon roi) de consulter les philosophes, de les laisser s'exprimer
dans la cité. Les philosophes peuvent redresser le jugement des rois. Les rois
doivent laisser s'exprimer non pas un mais toute la "classe des philosophes" car un
philosophe seul peut se tromper. La cité a besoin du débat d'idées. Du reste si un
seul philosophe devenait le conseiller officiel du pouvoir, il détiendrait lui-même du
pouvoir et l'on retomberait dans le même écueil.
Au fond, puisqu'on ne peut être à la fois roi et philosophe, Kant préconise une sorte
de division du travail. L'un agira, l'autre cherchera des principes d'action, réfléchira
sur ce qui est fait. Les philosophes donneront "de la lumière". Que signifie ce terme ?
Il s'agit bien sûr de la lumière de la raison. La vérité est traditionnellement comparée
à la lumière (depuis Platon).
Les politiques ont besoin du savoir pour éclairer leur pratique. Les philosophies
politiques sont utiles et même indispensables à ceux qui gouvernent.

"parce que cette classe, du fait de son caractère même, est incapable de former des
cabales et de se rassembler en clubs, elle ne peut être suspectée d'être accusée de
propagande." Qu'est-ce qu'une cabale ? Qu'est-ce qu'un club ?
cabale : menée secrète, intrigue.
Club : sociétés plus ou moins mondaines où l'on débattait des affaires de l'Etat.
Le "caractère même" de la classe des philosophes lui interdit de former des cabales
et des clubs. La philosophie ne se préoccupe pas de faire triompher tel ou tel intérêt
au moyen de menées secrètes et violentes. Elle ne ruse pas. Elle ne s'intéresse qu'à
la justice et à la vérité. La philosophie évolue au grand jour ou n'est plus philosophie.
Elle fait part ouvertement de ce qu'elle pense. Pourquoi la philosophie ne peut -elle
être accusée de propagande ? La propagande cherche à persuader, c'est-à-dire à
forcer l'adhésion par la flatterie, la démagogie etc. Le philosophe cherche à
convaincre c'est-à-dire qu'il utilise la raison. Certes le philosophe cherche à répandre
ses idées, à les faire partager mais il accepte la critique, le dialogue. Il ne fait pas de
discours. Un philosophe qui fait de la propagande n'est plus un philosophe.
Il y a donc tout à gagner à unir les philosophes et les souverains. On remarquera que
l'idéal kantien est ici conforme à la philosophie des Lumières. C'est dans ce siècle où
Kant écrit que Frédéric II invite Voltaire à Sans Soucis et que Catherine II de Russie
correspond avec Voltaire et Diderot. C'est l'époque de ce qu'on appelle le
"despotisme éclairé" où les rois eux-mêmes prétendent chercher chez les
philosophes des "lumières pour leurs affaires". On remarquera que Kant étend le
propos aux démocraties.
Ceci dit, si en démocratie la liberté philosophique est à peu près respectée (avec des
nuances : c'est dans une démocratie que Socrate sera condamné), il est clair que les
rois ne laissent pas toujours les philosophes parler. Le premier acte des dictateurs
est souvent d'interdire la philosophie ou son enseignement et le despotisme éclairé
n'a pas été sans échecs. Est-ce à dire que le pouvoir soit à ce point corrupteur que
les souverains ne voient plus leur intérêt ? N'est-ce pas plutôt leur intérêt lui-même
qui n'est pas conforme à la raison ? Ce texte exprime un idéal de justice. Si les
philosophes ne représentent pas un danger pour la justice, ils en représentent bien
un pour les tyrans qu'ils démasquent. Ce texte est un appel à plus de raison en
faveur d'une liberté philosophique que les autorités du temps (et d'autres temps )
n'ont pas toujours respectée. C'est aussi un appel à une politique plus juste et
raisonnable.

Organisation du commentaire
Exemple d'introduction :
Dans la République, Platon développe la théorie du philosophe roi. A ses yeux la
société sera juste lorsque les rois seront philosophes ou lorsque les philosophes
seront rois. Pourtant, malgré ses efforts, cet idéal ne s'est jamais réalisé. Platon ne
s'est-il pas trompé sur ce qui est souhaitable en politique ? C'est en tout cas ce que
pense Kant qui pose plus généralement cette question : quelle est la fonction
politique du philosophe ? Après avoir montré le caractère non seulement utopique
mais même préjudiciable de la théorie platonicienne, Kant précise le rôle éclairant
des philosophes pour le pouvoir s'il veut être juste.

Proposition de plan :

I Ce que n'est pas le rôle politique du philosophe

1. Le roi ne peut devenir philosophe


2. Le philosophe ne peut devenir roi
3. Le philosophe ne doit pas devenir roi - opposition à la thèse platonicienne.
Pessimisme kantien sur le rôle corrupteur du pouvoir.

II Ce qu'est le rôle politique du philosophe

1. Le philosophe éclaire le politique


2. La philosophie est inoffensive pour les rois justes
3. Kant et la philosophie des Lumières - La question du despotisme éclairé, de l'idéal de
justice

A ce niveau du travail, il reste bien sûr à rédiger le commentaire. On remarquera que


l'intérêt philosophique du texte est dégagé à la fin de chacune des deux parties. Il
importe d'en faire précisément le bilan en conclusion :
Exemple de conclusion:
Kant nous explique dans ce texte pourquoi l'idéal platonicien est utopique. Les
philosophes n'ont pas pour rôle de gouverner mais seulement d'éclairer le débat
politique en démocratie comme en monarchie. Fidèle à la philosophie des Lumières,
il appelle les gouvernements à laisser la liberté de philosopher c'est-à-dire la liberté
de penser et de s'exprimer. Les gouvernements se trompent sur leur intérêt quand ils
interdisent la réflexion. Un mauvais pouvoir finit par être renversé. Il est donc
souhaitable pour tous que la cité laisse place au débat d'idées. Mais, parce que la
politique concerne d'abord l'action, le philosophe ne gouvernera pas. Kant défend ici
la position de l'idéologue qui, sans exercer le pouvoir a le devoir de s'y intéresser en
tant qu'il est aussi un citoyen, et l'utilité politique de la philosophie qui, loin de nuire,
est en réalité indispensable.

Deuxième exemple de l'exercice du


commentaire de texte

Retour

Sujet
Dégagez l'intérêt philosophique du texte suivant en procédant à son étude
ordonnée :

"Qu'est-ce que le moi ?


Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants, si je passe par là, puis-je
dire qu'il s'est mis là pour me voir ? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier.
Mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non; car la petite
vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus.
Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on, moi ? Non ; car
je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s'il n'est
ni dans le corps, ni dans l'âme ? Et comment aimer le corps ou l'âme, sinon pour ces
qualités qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont périssables ? Car
aimerait-on la substance de l'âme d'une personne abstraitement, et quelques
qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n'aime donc jamais
personne, mais seulement des qualités.
Qu'on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des
offices, car on n'aime personne que pour des qualités empruntées."

Pascal

Approche globale du texte


 Quel est le thème du texte ? : le moi c'est-à-dire ici la personne.
 Quel est l'objectif du texte? : il est double. Il s'agit ici d'établir une définition, celle du
moi, même si cette définition va s'avérer impossible. Mais il s'agit aussi d'amener le
lecteur à réviser une opinion, celle qui prétend qu'on peut aimer quelqu'un.
 Quelle est la question à laquelle le texte tente de répondre ? : Qu'est-ce que le moi ?
La question est posée explicitement au début du texte. Cependant, une autre
question est aussi traitée : peut-on aimer une personne ? L'autre peut-il saisir ce que
je suis et m'aimer pour ce que je suis ?
 Quelle réponse l'auteur donne-t-il à la question qu'il se pose ?(thèse du texte) : La
première des deux questions ne trouve pas de réponse. Elle est, comme on le dit en
philosophie, aporétique. Quant à savoir si on peut aimer quelqu'un, Pascal répond
négativement : "On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités"
 N'existe-t-il pas une thèse opposée à celle de l'auteur ? : la thèse opposée est celle
de l'opinion qui prétend bien qu'une personne est quelque chose et que l'on peut
aimer quelqu'un.
 Quelle est la structure logique du texte ? : une relecture du texte nous conduit à
repérer les mots logiques suivants :

"Qu'est-ce que le moi ?


Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants, si je passe par là, puis-je
dire qu'il s'est mis là pour me voir ? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier.
Mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non; car la petite
vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus.
Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on, moi ? Non ; car
je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s'il n'est
ni dans le corps, ni dans l'âme ? Et comment aimer le corps ou l'âme, sinon pour ces
qualités qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont périssables ? Car
aimerait-on la substance de l'âme d'une personne abstraitement, et quelques
qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n'aime donc jamais
personne, mais seulement des qualités.
Qu'on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des
offices, car on n'aime personne que pour des qualités empruntées."

Structure du texte :
1) Position du problème - Qu'est-ce que le moi ?
2) Analyse d'un premier exemple : l'homme qui se met à la fenêtre ne me voit pas,
moi.
3) Passage au problème de l'amour.
  a) Aimer quelqu'un pour ses qualités physiques, est-ce l'aimer ? Réponse négative.
  b) Aimer quelqu'un pour ses qualités morales, est-ce l'aimer ? Réponse négative.
  c) Aimer quelqu'un pour autre chose que ses qualités, est-ce l'aimer ? Réponse
négative.
4) Conséquence et conclusion : on n'aime jamais personne.
5) Conséquence de la conclusion : la comédie sociale.

On remarquera le procédé d'argumentation employé : Pascal procède par examen


successif d'hypothèses qu'il élimine. Il s'agit d'une approche négative de la question.
La réflexion porte essentiellement sur des exemples et en particulier l'exemple de
l'amour.

Analyse linéaire du texte (à faire au brouillon)- Sont


soulignées les questions qui interrogent le texte :
 " Qu'est-ce que le moi ? "  Quel type de question est introduit par la locution
" qu'est-ce que " ? Il s'agit de la question de la définition ou, en termes
philosophiques, la question de la nature ou de l'essence. Il s'agit donc de s'interroger
sur la nature du " moi ", c'est-à-dire de la personne. On définit ordinairement la
personne à la fois comme un tout, une unité mais aussi comme une individualité qui
la rend différente des autres. Examinons la réponse de Pascal.
" Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants, si je passe par là, puis-je
dire qu'il s'est mis là pour me voir ? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier. "
Pascal commence par examiner les qualités physiques. Le premier exemple est celui
de la qualité d'être " passant ". Le passant n'est pas une individualité. Etre passant,
c'est être un individu quelconque, qui ne se distingue pas des autres. C'est être
" monsieur-tout-le-monde ". L'homme qui me regarde passer ne " me " voit pas. Il ne
me regarde pas comme un être " particulier ". Le rôle de ce passage est donc de
montrer que le moi ne se situe pas dans la généralité indistincte. Je ne peux me
définir comme passant, ni comme homme, car je suis plus que cela : je suis
quelqu'un qui se distingue des autres. Ajoutons que je suis encore moins passant
que je ne suis homme car être passant est une qualité accidentelle, contingente,
attribuée de l'extérieur. Je suis un passant pour celui qui me regarde, mais pas en
moi-même. Je ne suis pas " passant " par nature. Celui qui me regarde et me qualifie
de " passant " est indifférent à l'égard du moi.
"  Mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non; car la petite
vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. " Nous
avons vu que la personne se situe dans l'individualité, la particularité. Or qu'est-ce
qui me différencie des autres ? En premier lieu (" premier " parce que cela se voit, de
façon évidente), ce qui me distingue d'autrui est mon apparence physique. Mis à part
le cas très particulier des jumeaux monozygotes, nous sommes physiquement des
êtres dissemblables. Est-ce qu'on pourra alors définir le moi par l'aspect physique,
dans la mesure où il m'est propre ? On remarquera que Pascal ne parle pas du corps
en général mais d'une qualité du corps : la beauté. La question est posée sous le
biais de l'exemple de l'amour. L'amour est une passion humaine mais elle a aussi un
sens théologique. Dieu est amour et nous devons aimer Dieu selon la religion
catholique. Quand il s'agit d'un texte de Pascal, cela doit éveiller notre attention.
Quand on m'aime pour mon physique, m'aime-t-on, moi ? Si n'importe qui peut être
regardé comme passant, on ne peut pas aimer n'importe qui pour sa beauté. M'aimer
pour ma beauté n'est pas être indifférent pour ma personne (progression par rapport
à l'exemple du " passant ").Pourtant, dit Pascal, celui qui m'aime pour ma beauté ne
m'aime pas, moi, car il cessera de m'aimer si cette beauté disparaît. Rappelons que
la petite vérole est le nom donné autrefois à la variole, maladie qui défigurait ceux
qu'elle ne tuait pas. Cette maladie, aujourd'hui disparue, était fréquente à l'époque.
La beauté ne fait pas partie de ma nature puisqu'elle peut disparaître avec la
maladie. Elle est un accident. Le raisonnement de Pascal ne se fonde-t-il pas ici sur
un présupposé ? Pascal présuppose que le changement physique ne me change
pas. Or, est-ce si sûr ? Je me sens toujours moi-même mais n'ai-je pas changé ?
Peut-on s'abstraire ainsi de son apparence ? Peut-on s'abstraire du regard des
autres sur soi, regard qui ne sera pas le même si je suis beau ou si je suis défiguré
par la maladie ? Le corps n'est-il effectivement qu'une apparence ou a-t-il des
répercussions sur notre individualité, notre personne, notre comportement, notre
manière de penser, de juger, d'être, bref sur notre personne ? Pascal semble dire ici
que cela n'a aucune incidence sur ce que je suis.
" Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on, moi ? Non ;
car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. " Nous franchissons ici un
nouveau pas dans l'énumération et la démarche par élimination. Puisque nous
n'avons pas trouvé le moi dans les qualités physiques, ne pourrons-nous pas le
trouver dans les qualités intellectuelles ? Nous ne nous distinguons pas d'autrui que
par les qualités physiques mais aussi par nos facultés (notre jugement, notre
mémoire dit Pascal). Nous nous situons ici au niveau de l'âme mais, là encore, non
pas au niveau de l'âme elle-même mais de ses qualités. Mon jugement et ma
mémoire me distinguent d'autrui. On peut avoir plus ou moins de mémoire, le
jugement plus ou moins sûr etc. Ces facultés sont-elles ce qui définit ma personne ?
Non pas selon Pascal et en vertu d'un raisonnement identique à celui qu'il a mené à
propos de l'exemple de la beauté. Je peux perdre la mémoire et devenir amnésique.
Je peux perdre mes qualités de jugement et devenir fou, je ne me perds pas pour
autant moi-même, ma personne n'en est pas pour autant évanouie. Nous retrouvons
ici un nouveau présupposé. Suis-je vraiment toujours le même si je deviens
amnésique ou fou ? Certes, je garde le même corps biologique et la même identité
civile. Mais suis-je le même ? Suis-je encore moi ? S'il est clair que je ne suis pas
beau, intelligent etc. comme cette table est rectangulaire, peut-on pour autant
affirmer qu'il n'y a aucune connexion entre le moi et les apparences ? Le prétendre,
c'est supposer que le moi existe comme une substance, qu'il est invariable et
permanent. Cette conception est problématique, comme le montrera la philosophie
existentialiste et notamment celle de Sartre. Pascal entrevoit quelque chose de
fondamental, à savoir la mouvance du moi, son caractère insaisissable qui pourrait
nous faire conclure que le moi n'est pas. Mais il ne va pas jusqu'au bout, prisonnier
de sa vision essentialiste de l'âme : c'est qu'il faut que le salut reste possible et que
Dieu garde ses sujets. Pourtant, il va reconnaître lui-même que cet essentialisme lui-
même se heurte à une impasse comme le montre la suite du texte.
" Où est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, ni dans l'âme ? Et comment aimer le
corps ou l'âme, sinon pour ces qualités qui ne sont point ce qui fait le moi,
puisqu'elles sont périssables ? Car aimerait-on la substance de l'âme d'une
personne abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et
serait injuste. On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités. " Le
moi n'est ni dans le corps, ni dans l'âme. Mais alors le moi n'est-il pas le corps lui-
même ou l'âme elle-même ? Faut-il condamner la frivolité de notre jugement qui
oriente notre amour vers ce qui est inessentiel ? Y a-t-il un amour superficiel qui
porte sur des qualités et un amour véritable qui atteint la substance ? Le " moi "
n'est-il pas le substrat des qualités changeantes et accidentelles, c'est-à-dire
exactement ce qu'on appelle substance ? Le propre des qualités est d'être
périssables. Ne pas y voir le moi c'est supposer une certaine permanence du moi, du
moins tant que j'existe. Or le corps et l'âme ont une certaine durabilité. Le corps
existe ma vie durant et le chrétien Pascal croit à l'immortalité de l'âme. M'aimer, moi,
ce serait donc aimer mon corps et mon âme indépendamment de leurs qualités.
Pourtant, au moment même où Pascal évoque l'hypothèse il la réfute. Pourquoi ? On
ne peut, dit Pascal, m'aimer " abstraitement ". Rappelons que " abstraire " c'est " tirer
de " par opposition à l'appréhension concrète qui prend en compte le tout. Je suis
une totalité d'être et de qualités. Considérer mon être indépendamment de mes
qualités c'est donc me considérer non comme tout (concrètement) mais en partie
(abstraitement). Aimer quelqu'un abstraitement, indépendamment de ses qualités est
non seulement impossible ( " cela ne se peut ") car qu'y a-t-il d'aimable dans une
abstraction ? mais surtout " injuste ". En quoi est-ce injuste ? Les qualités ne sont
pas sans valeur même si elles sont périssables. L'intelligence est supérieure à la
bêtise, la beauté vaut mieux que la laideur. Aimer quelqu'un sans tenir compte de
ses qualités, c'est en arriver à aimer même le pire des criminels, ce qui est
moralement inacceptable. C'est aimer l'autre indépendamment de ses mérites.
Ajoutons que le moi est ce qui fait que je suis une personne différente des autres. Or
le corps et l'âme abstraits de leurs qualités n'ont rien d'individuels.
" On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités " Pascal énonce ici
la conclusion de son raisonnement. Nous avons cherché le moi et ne l'avons pas
trouvé. Qu'est-ce que le moi ? Nous n'en savons rien. Il est insaisissable. Pascal
répond à une seconde question : peut-on aimer quelqu'un ? La réponse est
négative : on n'aime jamais personne. Il ne faut pas se méprendre sur le sens de
cette phrase. Pascal ne dit pas " personne ne m'aime ". Il n'a plus seize ans. Il ne dit
même pas " personne n'aime qui que ce soit ". L'amour existe bien : on aime des
qualités. On aime, cela est certain, mais ce qu'on aime n'est personne. Le problème
n'est pas dans le sujet qui aime mais dans l'objet aimé. Cet objet n'est pas un être.
Ce texte n'est pas un texte de psychologue mais un texte de métaphysicien. Cet
objet aimé, ce n'est pas moi et lorsque c'est moi qu'on aime, ce qu'en aime en moi,
ce n'est pas moi mais mes qualités. Le moi n'est nulle part. Il n'est que l'illusion d'être
quelqu'un. Comme nous le disions précédemment nous serions presque dans la
thèse existentialiste si Pascal ne restait prisonnier d'une thèse qui reste essentialiste.
Il reste affirmé que les apparences, ce n'est pas moi, que je ne suis pas mes
qualités. Or si effectivement ces qualités ne sont pas un être au sens où une table
est une table, ces qualités ne sont-elles pas pour autant tout ce que, d'une certaine
façon, je suis. Il faut alors aller plus loin que Pascal, ce que fera Sartre, qui, lui,
affirmera que notre être n'est rien d'autre que la somme de ses apparences.
L'homme, dira Sartre, n'est rien d'autre que ce qu'il se fait. La personnalité n'est pas
une entité toute faite. Elle prend forme dans l'existence. Elle est ce que l'individu
décide d'être, l'expression de son vouloir, de son courage ou de sa lâcheté etc. Le
moi est alors bel et bien tel qu'il apparaît parce qu'il n'a effectivement pas d'être,
parce qu'il est " néant ". Rappelons que " personne " vient du latin personna qui
signifie " masque ". Nous n'aimons jamais personne. Nous aimons des personnages
et le monde n'est qu'une comédie, comme le souligne d'ailleurs la dernière phrase :
" Qu'on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des
offices, car on n'aime personne que pour des qualités empruntées " Le texte se
termine sur des considérations morales. Il est hypocrite de se moquer de ceux qui se
font honorer pour leur fonction sociale, car nous n'apparaissons jamais aux autres
tels que nous sommes réellement. La vie sociale est une comédie, un jeu de
masques, comme nous le disions. Le moi est inconnaissable. S'il est possible de le
concevoir abstraitement comme une substance, on ne peut en revanche le
déterminer davantage. Ce qui apparaît n'est jamais la manifestation de l'essence.
La question posée au début du texte était : qu'est-ce que le moi ? Pourtant toute
l'argumentation (ou presque) a tourné autour du thème de l'amour. Il nous faut
revenir sur ce point et sur l'arrière fond théologique qu'il suppose. On ne m'aime pas
parce que, soit on appréhende des qualités trop mouvantes et accidentelles, soit
parce qu'on appréhende une substance abstraite et dénuée de particularités,
d'individualité. On ne pourrait donc aimer qu'un être dont les qualités seraient
immuables. On pourrait l'aimer à la fois comme individu c'est-à-dire comme être
singulier et sans que ces qualités puissent se perdre dans la mouvance du
changement incessant. Or, aux yeux de Pascal, cet être existe : c'est Dieu. Dieu est
une personne parfaite et donc qui ne change pas. Son moi est à la fois singulier et
immuable dans ses qualités. Ce qui est singulier en nous n'est pas stable et ce qui
est stable en nous n'est pas singulier. Mais ce n'est pas ainsi que Dieu est.
Autrement dit, le seul amour réel est l'amour de Dieu : je peux aimer Dieu pour ses
qualités tout en l'aimant lui car ses qualités ne périssent pas. C'est le seul Etre qui
réunit singularité et stabilité.

Organisation du commentaire
Exemple d'introduction :
Nous savons depuis Descartes qu'il est impossible de douter de notre existence. En
revanche, la connaissance de ce que nous sommes apparaît plus difficile. Qu'est-ce
que le moi ? telle est la question que pose explicitement Pascal dans ce texte.
L'enjeu de cette question est situé dans la perspective de l'amour ce qui renvoie à
une seconde question : qu'aime-t-on lorsqu'on dit aimer une personne ? En
procédant selon une méthode par élimination successive, Pascal montre d'abord
qu'on ne saurait déterminer la personne par ses qualités. Il montre ensuite que ce
n'est pas davantage dans l'abstraction de la substance que se situe le moi, ce qui
rend notre problème aporétique. Mais la perspective pascalienne est-elle sans
présupposé ?

Proposition de plan :

I La personne ne se situe pas dans les qualités accidentelles

1. L'exemple du passant
2. Le moi peut-il être défini par ses qualités physiques ?
3. Le moi peut-il être défini par ses qualités intellectuelles ?

II L'insaisissabilité du moi

1. Il est impossible et immoral d'aimer quelqu'un abstraitement


2. Caractère aporétique de notre problème
3. La comédie sociale

III Les présupposés pascaliens

1. Le présupposé substantialiste
2. Amour humain et amour de Dieu
3. Ouverture à la perspective existentialiste

A ce niveau du travail, il reste bien sûr à rédiger le commentaire. On remarquera que


l'intérêt philosophique (qui constitue une partie critique au sens large du texte) peut
faire l'objet d'une partie toute entière : il y a en effet suffisamment à dire.

Exemple de conclusion:
Pascal comprend parfaitement le caractère insaisissable du moi. Il ne peut
néanmoins en conclure, comme le feront les penseurs existentialistes, que le moi n'a
pas d'être ou qu'il est, comme le pensera Sartre, un " néant ". Il reste en effet
dépendant de présupposés essentialistes, substantialistes. L'opposition pascalienne
entre l'être et l'apparaître est contestable mais elle prend son sens dans la
perspective théologique de l'amour que nous devons éprouver envers Dieu, seul
amour possible envers une personne. Ce texte a le mérite de montrer les illusions de
notre conscience lorsqu'elle croit pouvoir se saisir. Il ne voit pas en revanche que
l'être du moi n'est que l'ensemble de ses apparences successives, ce qui permet de
lever le caractère aporétique de la problématique pascalienne.

Vous aimerez peut-être aussi