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Sujet :

A la manière de Francis Ponge ci-dessous, écrivez un poème en prose sur un objet, un


animal, une plante qui vous paraît injustement laissé pour compte. Exprimez-vous sur un
mode lyrique.

Ode inachevée à la boue


La boue plaît aux coeurs nobles parce que constamment méprisée.
Notre esprit la honnit1, nos pieds et nos roues l'écrasent. Elle rend la marche
difficile et elle salit : voilà ce qu'on ne lui pardonne pas.
C'est de la boue! Dit-on des gens qu'on abomine, ou d'injures basses et intéressées.
Sans souci de la honte qu'on lui inflige, du tort à jamais qu'on lui fait. Cette constante
humiliation, qui la mériterait? Cette atroce persévérance!
Boue si méprisée, je t'aime. Je t'aime à raison du mépris où l'on te tient.
De mon écrit, boue au sens propre, jaillit à la face de tes détracteurs2!
Tu es si belle, après l'orage qui te fonde avec tes ailes bleues! […]

Francis Ponge, « Ode inachevée à la boue », Pièces, 1962

Conseils :

-Choisissez une réalité, même insignifiante, pour laquelle vous éprouvez une certaine
affection. Il peut s'agir d'un objet (coton tige, gomme, paire de pantoufles....), d'une plante
(feuille morte...) d'un animal (chauve-souris, vers luisant, araignée...)

-Adressez-vous directement à cet animal, objet ou plante en exprimant les sentiments qu'il
vous inspire.

-Utilisez différents types de phrases

-Utilisez des figures de style et choisissez avec soin et précision vos mots car ce sont eux qui
vont donner de la musicalité à votre poème.

Vous trouverez ci-dessous quelques très beaux textes écrits par des élèves de
3ème 1 et 3ème 3 :

Un amour de paillasson
Tu es là, à la porte de ma maison. Tu peux être le gardien de mes clés et porter le sceau
« bienvenue » sur ta douce rugosité.
Alors pourquoi te frappe-t-on joyeusement et sans ménagement contre le mur ?
Toi qui nous invite humblement à nous débarrasser de nos salissures ; toi, si dévoué qui
jamais ne se plaint, malgré les piétinements ! Tu te fais modeste serviteur pour tous les visiteurs qui
me tiennent à cœur et quelle que soit l’heure, qui sans toi, seraient obligés de se déchausser pour ne
pas tâcher mon intérieur.
Ils ne pensent ni à s’excuser, ni à te remercier pour cette fonction si pratique pour eux, à
laquelle ils te voient seul destiné !
Mon cher paillasson, ne rêves-tu pas à de caresses et de t’installer confortablement de
l’autre côté ? Sache que même si je te laisse dans le froid et l’humidité, c’est que j’y suis obligé.
Pardonne-moi pour tant de sévérité à ton égard, jamais je ne t’abandonnerai.
Le Brigand Thomas, 3ème1
La douce urtica
Douce urtica urticante, on dit de toi que tu es piquante… Tant pis pour les maladroits
et pour leurs grands-mères ! Qu’ils te chassent de leurs jardins, qu’ils se pâment devant les roses !
Quant aux autres, ceux qui sauront te prendre dans le bon sens du poil, ils ne le
regretteront pas. Tu enrichis le sol et, même si ta générosité est parfois envahissante, les jardiniers
avertis savent user et abuser de tes talents naturels pour récolter de merveilleuses tomates.
Toi, si délicieuse en soupes, en soufflés et en tartes ou encore en guise d’épinards. Tes
détracteurs osent t’appeler mauvaise herbe ! Ils persistent à te traiter comme un virus, bien que tu
sois une guérisseuse. Le Moyen-Age connaissait tes vertus, les Temps Modernes te renient et te tuent.
Parce que tu es injustement honnie, je veux être ton défenseur, très chère ortie. Je
t’embrasse de loin.
Léo Arachtingi, 3ème3

La véritable valeur du cactus


Pourquoi n’es-tu pas apprécié à ta juste valeur ?
Tu es comme moi ; une plante à laquelle on ne s’intéresse pas forcément, à laquelle on ne
fait que des reproches et qui passe après la rose et le lilas. Tu piques mais tu es tellement beau,
tellement riche !
Je pense être la seule à voir ce qu’il y a derrière cette image de hérisson chlorophyllé ; tu es
en réalité une plante à laquelle on s’attache sans même s’en apercevoir au fil des années.
Mais pourquoi donc cet injuste sort ?
Tu mérites beaucoup plus que cela ! Même ces pathétiques fleuristes s’abandonnent à
cette vérité mensongère à ton sujet. Tu es comme mon cœur avec ses heures de bonheur. Tu fleuris
trop peu souvent pour que nous puissions admirer cette beauté ravageuse. Tu as déserté les déserts
pour venir fleurir les balcons de certains excentriques vivant en ville, mais désires-tu vraiment cette
vie ?
Après tout, n’essayons pas de te changer car c’est comme cela que je t’aime….
Yvane Robic, 3ème3
La pluie
Toi que personne n’aime et que tout le monde méprise, tu es le fruit de ma passion. Toi
que les gens trouvent désagréable, tu es un éclat de lumière. Transparente comme un pur diamant,
tu es le soleil de mes yeux. Tu illumines la route et mouille l’herbe et sèche à la chaleur du soleil. Tu
es un ingrédient nécessaire à ma survie, je t’aime !
Tu nous rends malade mais c’est toi qui nous fais vivre. Tu peux être d’oiseaux, de
flèches, de balles mais tu es surtout constituée d’une eau luisante. Tu fais des cratères quand tu es
faite de météorites mais tu restes inoffensive à ton état normal ; tu es une fée transparente.
Tu tombes d’un ciel gris pour t’écraser sur le bitume, c’est alors cela qui te rend si douce.
J’aime quand tu descends de mon visage avec une lenteur amoureuse. Sans toi, je ne serais rien.
Nicolas Coune, 3ème1

Moustique tant détesté


Moustique, tu es souvent accusé.
Moustique, tu es tout le temps délaissé. Tu es délaissé injustement à raison des piqûres que tu
nous donnes.
Moustique, tu nous rends fort et au lieu de te chérir, les gens te détestent.
Moustique, je t’aime toi qui n’es pas aimé. Tu es tout le temps fidèle à mes nuits ; tu es tout
le temps fidèle à mes pleurs. Quand rien ne va, tu es toujours là ; tu m’écoutes et tes ailes battant
chantent comme pour me dire « Ca va s’arranger ! » Tu me piques comme pour me faire un grand câlin.
Moustique, tu es comme mon ange gardien.
Moustique, je vais te confier un petit secret : tu es hyper génial et je t’aime.
Moustique, merci d’être toujours là.
Je t’aime.
Nadhoimati Chakiri, 3ème1

Hymne aux paires de chaussettes


Oh ! Toi, paire de chaussettes ! Depuis la nuit des temps, tu nous chauffes les pieds de
manière à éviter virus et autres maladies.
Que tu sois faite en laine, coton ou soie, nous sommes toujours heureux quand tu es à
portée de nos pieds. Dans nos chaussures, tu nous évites verrues et ampoules, tel un ange
protecteur.
Certes, quand l’une de vous se perce, nous vous jetons mais c’est toujours avec tristesse
que nous effectuons ce geste génocide. Mais nos regrets disparaissent lorsque nous apprenons que
vous commencez une nouvelle vie dans la nature, là d’où tout le monde vient !
Votre faible coût de production permet de créer des « Supers héros » à la chaîne, nous
garantissant toujours le confort du contact avec ce précieux velours pour pieds. Vous
accompagnerez toujours l’humanité où qu’elle aille, quoi qu’elle fasse et vous serez toujours
appréciées des plus démunis, comme les maîtresses du monde.
François Saindrenan 3ème3
Le réveil matin
Toi le réveil qui tire tes détracteurs de leurs rêves, tu me libères de mes
cauchemars.
Le matin, quand tu te mets à sonner, certains t’assomment, d’autres se lèvent d’un
bon pied.
Tes aiguilles tournent comme une valse, une ronde interminable, qui me permet
de m’évader dans un autre monde.
O ton tic tac que j’aime tant et que d’autres détestent !
Parfois on voudrait que le temps s’arrête, que tu suspendes ton mouvement. A ces
moments où l’on est heureux comme un pinson. Et d’autres fois, on préfèrerait que le temps
passe beaucoup plus vite. Si certains ne te trouvent que des défauts, d’autres voudraient
que tu ne sonnes jamais, que tu les laisses voguer au pays des rêves ; moi je ne te déteste
point !
Mais toi, as-tu choisi ce destin ? Arracher les gens de leur sommeil et te faire
disputer dès le matin te plaît-il ? Je n’en suis pas si sûre !
Awena Brunel 3ème3

Ma gomme
Toi qui me permets d’effacer puis de recommencer.
Toi qu’il faut faire glisser soigneusement sur la feuille afin de métamorphoser
mes erreurs en justesse.
Toi qui, en te frottant, deviens brûlante.
Toi qui, en te frottant, te consumes.
Toi qui, en te frottant, crées de nombreuses et fines particules que tout le
monde méprise et jette.
Toi qui es toute blanche en septembre, grise en novembre et noire en
décembre.
Toi qui en septembre es forte et en juin toute mince.
Toi qui parais si peu importante aux yeux des gens.
Toi que je ne vais pas quitter avant juillet.
Toi qui vas me manquer pendant deux très longs mois et que je retrouverai de
nouveau avec plaisir en septembre.
Toi que j’apprécie, toi que j’aime.
Moi qui m’appelle Pierre Burban et qui te dédie ce poème ☺

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