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Troisième République (France)

La Troisième République, ou IIIe République, est le


régime républicain en vigueur en France de
République française
septembre 1870 à juillet 1940, soit pendant presque 70 Troisième République
ans, le premier à s'imposer en France dans la durée a
depuis 1789. En effet, la France expérimente, en 80 4 septembre 1870 – 10 juillet 1940
ans, sept régimes politiques : trois monarchies (69 ans, 10 mois et 6 jours)
constitutionnelles, deux républiques et deux empires.
Ces difficultés contribuent à expliquer les hésitations
de l'Assemblée nationale, qui met neuf ans, de 1870 à
1879, pour renoncer à la royauté et proposer une
troisième constitution républicaine.

Formant une constitution de compromis, les lois


Drapeau de la France
constitutionnelles de 1875 établissent une république
parlementaire de type bicaméral. Marqués par le
Armoiries de la France
renversement en 1851 de la République par son
premier président élu, les républicains n'accordent Devise Liberté, Égalité, Fraternité
dans la pratique au chef de l'État qu'un rôle b
Hymne La Marseillaise
représentatif. La IIIe République constitue ce que
1
Philip Nord a appelé « le moment républicain » ,
c'est-à-dire une période marquée par une forte identité
démocratique, que les grandes lois sur l'instruction, la
laïcité, les droits de grève, d'association et de réunion
illustrent.
La France métropolitaine et ses colonies en 1939.
La IIIe République est aussi une époque où la vie des
Français est « passionnément politique, autant que la Informations générales
vie d'un peuple peut l'être dans une période non c
2 Statut Régime d'assemblée
révolutionnaire » . C'est ce que Vincent Duclert
qualifie de « naissance de l'idée de la France comme puis République
3 parlementaire
nation politique » . Les débats passionnés provoqués
par l'affaire Dreyfus précédent l'arrivée au pouvoir des Texte fondamental Lois constitutionnelles de
radicaux qui procèdent à la séparation des Églises et 1875
de l'État (1905) et l'instauration de l'impôt sur le d
Capitale Paris
revenu (1914). e
Bordeaux
f
La IIIe République est aussi une période marquée par Tours
g
toute une série de réformes sociales auxquelles la Versailles
société aspirait, notamment par l'adoption d'une Langue(s) Français
législation plus favorable pour les salariés lors de la Religion État laïque
h
brève expérience du Front populaire. Il est à ce jour le
régime républicain ayant survécu le plus longtemps en Monnaie Franc français
France, après l'échec des Première (1792-1804) et
Deuxième Républiques (1848-1852), qui n'avaient
Démographie
duré respectivement que douze et quatre ans.
Population
Population
• 1872 37 653 000 hab.

Née dans la défaite, la IIIe République évolue de sa • 1914 41 630 000 hab.
proclamation à sa chute dans un contexte de • 1918 38 670 000 hab.
confrontation avec l'Allemagne. Le 10 juillet 1940,
• 1926 40 581 000 hab.
face à la progression allemande, l'Assemblée nationale
vote les pleins pouvoirs constituants à Philippe Pétain. • 1938 41 560 000 hab.
Le lendemain, le 11, Pétain se nomme lui-même « chef
de l'État français » (régime de Vichy), mettant de facto
un terme à la Troisième République. Superficie

Superficie
• 1876 528 573,04 km2
• 1894 536 464 km2
Histoire et événements

Du 19 juillet 1870 au Guerre franco-prussienne


28 janvier 1871
4 septembre 1870 Proclamation de la
République depuis l'hôtel
de Ville de Paris
Du 18 mars au Commune de Paris. La
28 mai 1871 Semaine sanglante met
fin à son existence.
10 mai 1871 Traité de Francfort.
Annexion de l'Alsace-
Lorraine par l'Empire
allemand.
Du 24 février au Adoption des Lois
16 juillet 1875 constitutionnelles
Du 16 mai au Crise du 16 mai
14 décembre 1877
29 juillet 1881 Liberté de la presse
16 juin 1881 et Lois Jules Ferry
28 mars 1882
21 mars 1884 Loi légalisant les syndicats
Du 15 octobre 1894 Affaire Dreyfus
au 13 juillet 1906
1er juillet 1901 Loi légalisant les
associations
9 décembre 1905 Séparation des Églises et
de l'État
i
Du 28 juillet 1914 au Première Guerre
j
11 novembre 1918 mondiale
28 juin 1919 Traité de Versailles. La
France obtient le retour
de l'Alsace-Lorraine.
6 février 1934 Émeutes
antiparlementaires
Du 3 mai 1936 au Front populaire
10 avril 1938
Sommaire
Du Seconde Guerre mondiale
k
Hésitations initiales entre république et 1er septembre 1939
monarchie (1870-1879) au
l
Fin de la guerre franco-allemande de 2 septembre 1945
1870 et ses suites
18 juin 1940 À la suite de la demande
Gouvernement de la Défense
d'armistice formulée à la
nationale
radio la veille par le
Élections du 8 février 1871 et la paix
maréchal Pétain alors que
La Commune (18 mars - 28 mai la France est envahie par
1871)
l'Allemagne nazie, le
Premiers temps de la IIIe République général de Gaulle appelle
Adolphe Thiers, administrateur depuis Londres à
nécessaire de l'infortune nationale continuer le combat
Réformes de Thiers depuis l'Afrique du Nord et
Adolphe Thiers : premier les colonies
président de la Troisième
22 juin 1940 Signature de l'armistice
République
entre la France et
Tentative de restauration l'Allemagne nazie. La
monarchique
France est divisée en
Retour à l'Ordre moral
deux zones et occupée au
Un président pour sept ans en Nord de la ligne de
attendant la restauration
démarcation.
Évolution vers un régime républicain
10 juillet 1940 L'Assemblée nationale
Lois constitutionnelles de 1875
réunie à Vichy vote les
Crise du 16 mai 1877 et victoire
pleins pouvoirs au
des républicains
maréchal Pétain
Belle époque de la Troisième République Président de la République
(1879-1914)
République opportuniste : une mise en (1er) 1871–1873 Adolphe Thiers
place pragmatique (1879-1898) 1873–1879 Patrice de Mac Mahon
Gouvernements Jules Ferry (1879-
1879–1887 Jules Grévy
1885)
Œuvre scolaire 1887–1894 Sadi Carnot †
Révision constitutionnelle 1894–1895 Jean Casimir-Perier
Grandes libertés républicaines 1895–1899 Félix Faure †
Épuration des conservateurs 1899–1906 Émile Loubet
Crise boulangiste 1906–1913 Armand Fallières
Élections de 1885 et instabilité
gouvernementale 1913–1920 Raymond Poincaré
Origines du boulangisme 1920 Paul Deschanel
Réaction républicaine 1920–1924 Alexandre Millerand
Nouvelle république dans le monde 1924–1931 Gaston Doumergue
Choix de l'expansion coloniale 1931–1932 Paul Doumer †
Conquêtes en Afrique et
(Der) 1932 1940 Albert Lebrun
q q
(Der) 1932–1940 Albert Lebrun
difficultés avec le Royaume-Uni
Alliance franco-russe Président du Conseil

République radicale : une évolution (1er) 1871–1873 Jules Dufaure


résolument progressiste (1898-1914) (Der) 1940 Philippe Pétain
Affaire Dreyfus (1894-1906)
Assemblée nationale
Séparation des Églises et de l’État
La diplomatie de Théophile Chambre haute Sénat
Delcassé (1898-1905) : l’Allemagne Chambre basse Chambre des députés
isolée
Difficultés et effondrement (1914-1940) Entités précédentes : Entités suivantes :
L'épreuve de la Grande Guerre (1914-
1918) Second France libre
Échec de l'offensive allemande sur
Empire État
la Marne
Guerre de positions Empire français
Victoire allemand Zone
(Alsace-Lorraine) occupée
Une gestion difficile de l’après-guerre
(1919-1929) Commune de Reich
Politique intérieure de Raymond Paris allemand
Poincaré
(Alsace-Moselle)
Question du positionnement des
radicaux Empire
Redressement financier et du Japon
problème des réparations (Indochine
Politique étrangère pacifique occupée)
Nation traumatisée par la guerre Thaïlande
Politique étrangère d’Aristide (Province de
Briand
Battambang)
La crise des années 1930 (1929-1939) (Province de Siem
Crise politique
Reap)
Émeutes de 1934 : opportunité
(Province de
manquée de réforme du régime
Champassak)
Front populaire
(Province de
Effondrement face à l’Allemagne en
1940 Sayaboury)
Expansion du Reich
Défaite et instauration du régime
de Vichy
Portraits des quatorze présidents de la
Troisième République
Documentaire
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Sources primaires
Témoignages, mémoires, essais
Bibliographie
Ouvrages généraux

Débuts de la IIIe République


La Commune
Institutions
Sociologie électorale et suffrage
universel
Familles politiques, partis et
personnel politique
Société
Articles connexes
Liens externes

Hésitations initiales entre république et monarchie (1870-1879)

Fin de la guerre franco-allemande de 1870 et ses suites

Gouvernement de la Défense nationale

Au cours de la guerre de 1870,


les opérations militaires
aboutissent à la défaite et à la
capture de l'empereur
Napoléon III à Sedan, le
2 septembre 1870. À la suite
de l'invasion du palais
Bourbon, siège du Corps
législatif, par une foule
d'émeutiers, la République est
proclamée le 4 septembre par Le gouvernement de la Défense nationale.
Léon Gambetta, depuis l’hôtel De haut en bas et de gauche à droite :
Léon Gambetta proclamant
de ville de Paris. Des Jules Favre, le général Trochu, Léon
la République à l'hôtel de
événements similaires se Gambetta, Emmanuel Arago, Adolphe
ville de Paris le
déroulent dans plusieurs villes Crémieux, Henri Rochefort, Ernest Picard,
4 septembre 1870.
de France, notamment Lyon et Alexandre Glais-Bizoin, Jules Simon, Louis-
Marseille, et même aux Antoine Garnier-Pagès, Jules Ferry, Eugène
4
Antilles . Un gouvernement de Pelletan.
la Défense nationale est constitué, avec à sa tête le général
Trochu, gouverneur militaire de Paris, dont la nomination vise
aussi à obtenir le ralliement de l'armée. Sont également membres de ce gouvernement Jules Favre (ministre des
Affaires étrangères et vice-président du gouvernement), Jules Ferry (secrétaire du gouvernement), Léon
Gambetta (ministre de l'Intérieur), Ernest Picard (ministre des Finances), Henri Rochefort, Jules Simon
(ministre de l'Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts), Adolphe Le Flo (ministre de la Guerre),
Martin Fourichon (ministre de la Marine et des Colonies), Adolphe Crémieux (garde des Sceaux), presque
tous députés républicains de Paris.

L'armée du maréchal Bazaine résiste toujours dans Metz assiégée. Paris est également assiégée à partir du
18 septembre. Le 30 septembre 1870, est instauré un premier moratoire des loyers pour inciter les hommes à
5
aller se battre . Le 7 octobre, Gambetta quitte Paris en ballon pour tenter de réorganiser la défense. La
capitulation précipitée de Bazaine et de l'armée de Metz (150 000 hommes) le 30 octobre porte un grave coup
à la France. Elle intervient au moment où la délégation gouvernementale de Tours est parvenue à organiser une
armée de la Loire. Les Prussiens peuvent alors concentrer leurs forces sur cette nouvelle armée sans
entraînement et mal équipée, ce qui oblige la délégation gouvernementale à se replier sur Bordeaux.

Le 18 janvier 1871, l'unification allemande est réalisée : les souverains allemands réunis au château de
Versailles proclament le roi Guillaume Ier de Prusse empereur allemand. À partir du 23 janvier, alors que Paris
souffre des bombardements et est menacée de famine, Jules Favre, ministre des Affaires étrangères, resté dans
la capitale avec la majorité du gouvernement, engage des négociations avec les Allemands. Un armistice est
signé ; il prend effet le 28 janvier, après 132 jours de siège. Il a une durée de trois semaines, au cours
desquelles des élections doivent se tenir, le chancelier allemand Otto von Bismarck voulant traiter avec un
pouvoir à la légitimité incontestable. Gambetta fait alors voter deux décrets : un premier qui frappe de
proscription politique tout le personnel de l'Empire, ainsi que ceux qui ont eu une charge au sein de ce dernier ;
un deuxième qui, pour combler le vide créé par ce premier décret, indique que les préfets nouvellement élus
pourront être éligibles dans leur département. Mais ces deux décrets sont finalement annulés et Gambetta
démissionne.

Élections du 8 février 1871 et la paix

Le décret du 29 janvier 1871 fixe les conditions des élections,


reprenant la tradition républicaine de la Seconde République,
inaugurée par la loi électorale du 15 mars 1849 : scrutin de liste,
départemental et majoritaire, par opposition avec le scrutin uninominal
à deux tours qui avait été la règle sous le Second Empire. Les
élections ont lieu dans des conditions spéciales : 40 départements sont
Composition de la Chambre des occupés, 400 000 Français sont prisonniers, et aucune campagne
députés à l'issue des élections. (exceptée à Paris) n'a été préparée. Par ailleurs, les votes se déroulent
Union républicaine : 38 sièges
au chef-lieu du canton pour pousser les campagnes conservatrices à
6
l'abstention .
Républicains modérés : 112
sièges
Les élections ne portent pas sur le choix du régime, mais sur le thème
Libéraux : 72 sièges de la guerre (ou de la paix). Les républicains sont divisés entre ceux,
Bonapartistes : 20 sièges comme Léon Gambetta et les radicaux, qui veulent poursuivre la
Orléanistes : 214 sièges guerre à outrance contre l'ennemi, et les modérés résignés à la paix.
Légitimistes : 182 sièges Les conservateurs, regroupant divers courants allant de la bourgeoisie
6
libérale aux monarchistes, s'unissent sur le thème de la paix . Le
8 février 1871, l'Assemblée nouvellement élue est majoritairement
monarchiste : sur 675 élus, environ 400 monarchistes (dont 182 légitimistes et 214 orléanistes), et
250 républicains avec une minorité de socialistes, comme Félix Pyat et Benoît Malon, et quelques
7
bonapartistes issus de la Corse et de la Charente . Les départements de l'Est, envahis, se sont largement
prononcés pour les républicains et la guerre, tout comme le Midi de la France et Paris. Mais la majorité des
Français, lassée de la guerre, a préféré voter pour les tenants de la paix, sans que ce vote signifie une adhésion
à la cause monarchiste. André Encrevé écrit à ce sujet : « la majorité monarchiste va, d’une certaine façon,
commettre la même erreur que Louis-Napoléon en 1851, c'est-à-dire confondre une circonstance
exceptionnelle (ici l’invasion) avec une tendance profonde de l’opinion publique. Ces députés ont été élus
parce qu’ils proposaient de signer la paix ; mais leur option majoritaire pour la monarchie n’est pas à l’unisson
8
des préférences des Français » .

Le 16 février 1871, Jules Grévy est élu président de l'Assemblée nationale, un républicain modéré « en faveur
auprès des monarchistes pour s'être constamment tenu en dehors de la Révolution depuis le jour où elle s'est
9
p p p j
9
faite » . Son hostilité à la guerre et son engagement pour la défense de l'ordre en font un candidat idéal pour la
nouvelle majorité. Le 17 février 1871, Adolphe Thiers, ancien ministre de l'Intérieur de Louis-Philippe, est
nommé chef du pouvoir exécutif de la République française à une quasi-unanimité : il est « l’administrateur
nécessaire de l’infortune nationale », exerçant « ses fonctions sous l'autorité de l'Assemblée Nationale, avec le
concours des ministres qu'il aura choisis et qu'il présidera ». Le 19 février, il constitue un gouvernement,
composé de ministres du centre droit et de la gauche modérée, avec à sa tête Jules Dufaure, qui prend le
10
portefeuille de la Justice . Dans son programme du 19 février, Thiers invite l'Assemblée à mettre entre
parenthèses la question du régime pour se concentrer sur ce qui importe le plus : « pacifier, réorganiser, relever
11
le crédit, ranimer le travail » . Il est ensuite prévu par un pacte tacite conclu entre Thiers et l'Assemblée, dit
pacte de Bordeaux (10 mars 1871), que le chef du pouvoir exécutif ne préparera pas de solution
constitutionnelle à l'insu des députés de l'Assemblée, mais pourvoira aux nécessités nationales et à la
négociation avec l'Allemagne.

Thiers rencontre Otto von Bismarck le 21 février 1871. Le chancelier lui signifie qu’il ne pourra pas proroger
l’armistice au-delà du 24 février et lui annonce les conditions exorbitantes auxquelles doit se soumettre la
France pour qu'un traité de paix entre les deux pays soit possible. Un traité préliminaire de paix est signé à
Versailles le 26 février. L’Allemagne obtient : une indemnité de guerre de 6 milliards de francs (réduite à 5
milliards après négociation) ; la cession de l'Alsace (sauf Belfort, défendu avec acharnement par le colonel
Denfert-Rochereau), de l'essentiel de la Moselle, d'une partie de la Meurthe et des Vosges ; un défilé des
troupes allemandes sur les Champs-Élysées. Le 1er mars 1871, l’Assemblée ratifie la convention lors d’une
12
séance dramatique. 546 députés l’adoptent, 107 la rejettent . On compte parmi ces derniers tous les députés
de Paris (Louis Blanc, Henri Brisson, Georges Clemenceau, Victor Hugo, Édouard Lockroy, Henri Martin,
Arthur Ranc, Henri Rochefort, etc.) ainsi que les députés d’Alsace et de Lorraine, qui démissionnent aussitôt,
bientôt suivis de nombreux députés républicains. L'extrême gauche radicale, socialiste, internationaliste
désavoue l'Assemblée et lui dénie toute légitimité.

Le traité définitif, rédigé en français selon les usages diplomatiques, est signé le 10 mai 1871. Il est connu sous
le nom de traité de Francfort.

La Commune (18 mars - 28 mai 1871)

La Commune trouve son origine dans la défaite de 1871, dans


l'attitude de l'Assemblée nationale et du gouvernement, et dans les
manifestations idéologiques de la population parisienne.

La guerre de 1870 a profondément marqué la capitale qui a subi un


siège très dur et dont la population a souffert de la faim. L'armistice de
janvier 1871 est contesté par les Parisiens qui ont résisté à l'ennemi
pendant près de quatre mois. « Les insurgés vibraient d'un patriotisme
13
de gauche que la honte de la défaite exaspérait ». L'attitude de
l'Assemblée, majoritairement royaliste et pacifiste, qualifiée L'enlèvement des canons de
d'« Assemblée de ruraux » par certains Parisiens, contribue à Montmartre, décidé par Thiers, est le
l'exacerbation des esprits. Le 10 mars 1871, siégeant alors à point de départ de l'insurrection
Bordeaux, elle décide de s'installer à Versailles plutôt qu'à Paris, parce communarde.
qu'elle voit dans cette dernière, non sans raison, « le chef-lieu de la
14
révolution organisée, la capitale de l'idée révolutionnaire » . Par une
loi du même jour, elle met fin au moratoire sur les effets de commerce, acculant à la faillite des milliers
d'artisans et de commerçants, et elle supprime la solde de 1,50 franc par jour, payée aux gardes nationaux.

L'attitude du gouvernement n'est pas conciliante, notamment lorsqu'il nomme trois bonapartistes aux postes de
préfet de police (Louis Ernest Valentin) de chef de la Garde nationale (le général Louis d'Aurelle de
Paladines), et de gouverneur (le général Joseph Vinoy), nominations vécues comme une provocation par les
Parisiens qui sont à l'origine de la chute du régime impérial à la suite de la défaite de Sedan. Le 9 mars 1871, le
préfet de police interdit les principaux journaux d'extrême gauche, comme Le Cri du Peuple de Jules Vallès.

Toutes ces mesures font monter la tension à Paris au sein du petit peuple composé de « ce qui a produit la sans-
15
culotterie en 1792-1794 : ébénistes, tanneurs, cordonniers, tailleurs, maçons, charpentiers… » . Comme
l'écrit Jean-Jacques Chevallier, « la Commune était l'expression, chez ses meneurs, d'un républicanisme ultra-
13
rouge, antireligieux, jacobin, prolétarien, fouetté par la haine pour cette assemblée monarchiste » . Certains
historiens voient d'autres facteurs dans le déclenchement de la Commune de Paris, notamment Jacques
Rougerie qui souligne le rôle de la révolution haussmannienne et interprète la Commune comme « une
16
tentative de réappropriation populaire de l'espace urbain » .

La révolte éclate lorsque Thiers tente de faire saisir les 227 canons de la Garde nationale (canons financés par
les Parisiens) le 18 mars 1871. Deux généraux sont sommairement exécutés et le gouvernement quitte Paris
précipitamment. Le Comité central de la Garde nationale, constitué lors de la fédération des bataillons de la
Garde nationale en février 1871, resté maître de Paris, s'installe à l'Hôtel de Ville. Le 26 mars, les insurgés font
élire le Conseil général de la Commune, composé de 90 élus, dont 20 modérés qui démissionnent rapidement.
17
En effet, les élections ont été peu représentatives, la moitié des électeurs n'ayant pas voté . Le mouvement
parisien se radicalise et va « se transmuer inexorablement en révolution politique et sociale », selon le mot de
Jacques Rougerie.

Durant ces événements, le gouvernement constitue en hâte une armée, que les communards appellent
versaillaise, composée en partie de prisonniers de guerre libérés par les Allemands, qui soutiennent la
répression. Le 21 mai, les Versaillais parviennent à entrer dans la ville par la porte de Saint-Cloud. Commence
alors la Semaine sanglante (21 au 28 mai), marquée par des combats de rue sans pitié, barricade par barricade.
Les communards se livrent à des exécutions d'otages et à la destruction par le feu de plusieurs édifices
symboliques du pouvoir central à leurs yeux : le palais des Tuileries, l'Hôtel de Ville et le Palais de Justice. Les
hostilités s'achèvent par la défaite des insurgés au cimetière du Père-Lachaise. Les combats font moins de
900 morts du côté des Versaillais ; les pertes des communards, longtemps estimées à 20 000, ont été réévaluées
à 10 000 par Robert Tombs, dans La Guerre contre Paris : 1871. Les tribunaux militaires prononcent
270 condamnations à mort (dont 26 furent exécutées), 13 450 condamnations dont 7 500 à la déportation en
Nouvelle-Calédonie. Plusieurs milliers de communards doivent s’exiler. Le mouvement socialiste est décimé
pour près de dix ans.

L'historien Jacques Bainville explique que la répression de Thiers a bénéficié très largement à la forme
républicaine de gouvernement. En effet, la République a montré qu'elle pouvait défendre l'ordre et qu'elle s'est
détachée de la violence révolutionnaire. Dans son Histoire de France, en 1924, Bainville explique : « Ce fut la
République qui signa la paix. Elle vint à bout de la Commune et rétablit l'ordre. Elle assuma toutes les
responsabilités et elle en eut le bénéfice. Ce fut elle qui remplit le programme sur lequel la majorité de droite
avait été élue. Alors les craintes que la République inspirait - révolution, guerre sans fin - s'évanouirent. Et ces
causes réunies firent que le régime républicain, d'abord provisoire, devint définitif. » Il conclut : « C'est elle [la
18
Commune]… qui a consolidé le régime républicain . »

Premiers temps de la IIIe République

Adolphe Thiers, administrateur nécessaire de l'infortune nationale

Réformes de Thiers

Chef du pouvoir exécutif, Thiers se lance dans des réformes financières, administratives et militaires.

D'abord, il faut payer l'indemnité de guerre de 5 milliards de francs exigée par l'Allemagne, somme
19
d tàd t i b dg t l à l'é L i ti d' g d t bli t
correspondant à deux ou trois budgets annuels à l'époque . La souscription d'un grand emprunt public est
décidée par Thiers, votée le 21 juin 1871 ; elle permet de réunir dans la seule journée du 27 juin plus de
4 milliards de francs. Les Allemands évacuant le territoire au fur et à mesure des paiements, Thiers demande
que les quatre départements parisiens soient d’abord
évacués, et, en septembre 1873, les derniers fonds sont
versés alors que les dernières troupes d'occupation quittent
le pays.

La loi monétaire prussienne du 4 décembre 1871,


souhaitée par Bismarck, a obligé la France à emprunter
25 % de son PIB, pour verser un stock d'or à l'Allemagne
en guise d'indemnité de guerre, ce qui a fait doubler la
dette publique française et a créé une classe d'épargnants
participant à l'expansion boursière sous la IIIe République :
4 millions de Français sont porteurs de dette publique en
20
1880, contre 1,5 million en 1870 . Le territoire français après la défaite de 1871.

Par ailleurs, Thiers entreprend de réformer la carte


administrative par deux grandes lois :

celle du 10 août 1871, qui maintient le préfet comme unique représentant de l'État dans le
département ; le Conseil général de préfecture est, comme sous le Second Empire, élu au
suffrage universel masculin, mais, et c'est une nouveauté, le département obtient le statut de
collectivité territoriale ;
celle du 14 avril 1871, qui revient sur la loi du 7 juillet 1852, adoptée sous le Second Empire :
le maire est élu par le conseil municipal, lui-même élu au suffrage universel masculin, sauf
dans les villes de plus de 20 000 habitants où le maire est nommé à la discrétion du
gouvernement. Cette défiance à l'égard des grandes municipalités s'explique par les
événements de la Commune. Par ailleurs, Paris « bénéficie » d'un régime spécial, sans
maire.

Enfin, est votée la loi du 27 juillet 1872 sur l'armée, refusant aux militaires le droit de vote. L'armée devient
« la Grande Muette ».

Adolphe Thiers : premier président de la Troisième République

Adolphe Thiers est considéré indispensable à l'Assemblée pour négocier le


départ anticipé des troupes allemandes. Un diplomate orléaniste en poste à
21
Londres, Charles Gavard , déclare n'être pas fâché de laisser la répression de
la Commune afin de préserver « les Princes d'un pareil fardeau en pareil
22
temps » . Par ailleurs, il faut éviter que les Français assimilent le retour du
roi à l'humiliation de la défaite et à l'occupation de la France par une armée
étrangère. L'Assemblée est donc amenée à conforter Thiers dans sa position
de chef de l'exécutif, en attendant que la Restauration puisse se faire. Celui-ci,
critiquant son titre de « chef », lui préfère celui de « président de la
République », et l'Assemblée précise ses pouvoirs, par la loi Rivet du
31 août 1871 : le président est révocable à tout instant et son mandat dure tant
qu'existe l’Assemblée. Il nomme et révoque les ministres, responsables tout
Adolphe Thiers photographié
par Nadar.
comme lui devant l’Assemblée, préside le Conseil des ministres et ses actes
sont contresignés par un ministre. Par décret du 2 septembre 1871, Jules
Dufaure, le Garde des Sceaux, est nommé vice-président du Conseil.
L'historien Jean-Marie Mayeur explique les méthodes de gouvernement de Thiers : usant perpétuellement de la
menace de démissionner, se considérant absolument nécessaire, le président de la République impose son
23
23
autorité à une majorité de plus en plus réticente . L'expression de ses véritables convictions entraîne sa chute.

Les monarchistes sont divisés en deux familles, deux obédiences n'acceptant


pas le même héritage :

les Légitimistes, qui prônent un retour à une monarchie rejetant


les principes de la Révolution et qui sont réunis autour de la
personne du comte de Chambord, le futur « Henri V » s'il venait
à accéder au trône ;
les Orléanistes, qui veulent réconcilier royauté et Révolution ; ils
adoptent le drapeau tricolore comme l'a fait le Roi-citoyen et ont
pour prétendant le comte de Paris.

La Chambre étant divisée en trois grands blocs (Légitimistes, Orléanistes et


Républicains), les monarchistes doivent s'allier pour espérer le retour d'un roi.
Or cette alliance ne se fait pas. En effet, par le Manifeste du 5 juillet 1871, le
comte de Chambord, prétendant au trône légitimiste, refuse d'adopter le
drapeau tricolore pour lui préférer le drapeau blanc. Ce refus, empêchant la Photographie du comte de
Restauration, sépare les Orléanistes des Légitimistes, et le 7 juillet, une Chambord. Son
déclaration de 80 députés légitimistes libéraux entraîne une scission au sein du intransigeance ruina le projet
24 de restauration
Cercle des Réservoirs .
monarchique.
Devant les échecs d'une restauration, Thiers semble se tourner de plus en plus
vers le régime républicain, et dans un discours du 13 novembre 1872, il
affirme son ralliement à la République, qu'il voit socialement conservatrice et politiquement libérale. Dans son
message présidentiel à l'Assemblée, il dit : « La République existe, c’est le gouvernement légal du pays.
Vouloir autre chose serait une nouvelle révolution et la plus redoutable de toutes. » Les monarchistes veulent
de plus en plus éliminer Thiers. L'élection de Barodet, un républicain radical face à Rémusat, une des grandes
figures de l'orléanisme, aux élections partielles conforte les monarchistes dans cette idée. Les royalistes
prennent peur : ils pensaient avoir détruit la révolution. Thiers n'est plus le rempart contre les républicains.
Inquiets de la montée des groupes parlementaires républicains aux élections partielles et des mouvements de
gauche, notamment radicaux, les monarchistes attendent de Thiers qu'il s'y oppose. Celui-ci se contente de leur
répondre : « Puisque vous êtes la majorité, que n'établissez-vous la monarchie ? » Comprenant que Thiers ne
les aidera plus, la « loi chinoise » est votée, le 13 mars 1873, portant sur « les attributions des pouvoirs publics
et les conditions de la responsabilité ministérielle ». Désormais, si le président peut toujours s'exprimer au sein
de l'Assemblée nationale, son allocution n'est pas suivie de débats. Cela limite son temps de parole et le
transforme en monologue. Cette loi est importante en ce qu'elle établit définitivement les relations entre
l'Assemblée nationale et le président de la République sous la IIIe République. Le 15 mars 1873 est signée la
convention d'évacuation des troupes allemandes, qui ne rend plus Thiers indispensable à la majorité
monarchiste. Une « Union des droites » se forme autour d'Albert de Broglie afin de faire « prévaloir dans le
gouvernement une politique résolument conservatrice ». Mis en minorité, Thiers démissionne le 24 mai,
persuadé qu'il sera rappelé puisque trop indispensable. Patrice de Mac Mahon, général légitimiste ayant
réprimé la Commune, est alors élu président de la République le soir même.

Tentative de restauration monarchique

Retour à l'Ordre moral

Sous la présidence de Mac Mahon, d'obédience légitimiste, la tendance est à l'ordre moral, fondé sur
l'encouragement des valeurs religieuses. En effet, dès le lendemain de son élection, le 25 mai 1873, il prononce
un discours à la Chambre, dans lequel il déclare : « Avec l’aide de Dieu, le dévouement de notre armée… et
l’appui de tous les honnêtes gens, nous continuerons l’œuvre… du rétablissement de l’ordre moral de notre
pays ». Par la loi du 24 juillet 1873, les légitimistes décident ainsi de la construction d’une basilique dédiée au

Sacré-Cœur de Jésus, sur la colline de Montmartre, en réparation de


crimes de la Commune ; la première pierre est posée en 1875 et
l’édifice achevé en 1914, pour être consacré en 1919. Les pèlerinages
de l’été 1873 marquent la force retrouvée de l’Église sur la société,
25
pèlerinages auxquels de nombreux députés participent . Cette
politique ouvertement religieuse est associée à une politique
farouchement antirépublicaine, qui vise à unir les monarchistes
toujours divisés sur la restauration. La censure d'État frappe la presse
républicaine, la commémoration du 14 Juillet est interdite, les bustes Déclarée d'utilité publique, la
de Marianne sont retirés des mairies dans le Midi rouge, les construction du Sacré-Cœur de
26 Montmartre était considérée par les
enterrements civils sont prohibés . Par ailleurs, l'importante loi de
réforme administrative du 20 janvier 1874 donne au chef de l'État et à partisans de l'Ordre moral comme un
ses préfets le droit de nommer les maires dans toutes les communes, moyen d'expier les évènements de la
Commune et de s'opposer
mesure très mal reçue dans les campagnes. Jean-Marie Mayeur
symboliquement aux progrès des
explique que cette réforme importante a su rendre populaires les
Républicains anticléricaux.
républicains, opposés à cette « loi des maires ». Les mesures
autoritaires de l'ordre moral préparent ainsi la victoire des républicains
aux élections législatives de 1876.

Un président pour sept ans en attendant la restauration

Mac Mahon, dont l'ambition politique semble se limiter au retour du roi,


n'assume que la fonction de chef de l'État et laisse la tâche de gouverner à
Albert, duc de Broglie (prononcé « Broye » ou « Breuil »), descendant d'une
des plus puissantes familles aristocratiques de France. Le retour du roi semble
imminent après une rencontre entre Henri d'Artois et Philippe d'Orléans le
5 août 1873, au cours de laquelle le comte de Paris reconnaît le comte de
Chambord comme le « représentant du principe monarchique de la France ».
Il est prévu par les orléanistes qu'en cas de restauration, le prétendant
légitimiste monte sur le trône et que, n'ayant pas d'enfants, un Orléans soit son
héritier. Mais Artois refuse toujours de renoncer au drapeau blanc et l'affaire
échoue à nouveau. Artois ayant alors la cinquantaine, les orléanistes attendent
avec impatience sa disparition : « Puisque Dieu n’a pas voulu ouvrir les yeux
au comte de Chambord, on va attendre qu’il les lui ferme » déclare le comte
22
Portrait officiel de Patrice de de Mérode . C’est pourquoi, sous l’impulsion du duc de Broglie, la loi du
Mac Mahon. 20 novembre 1873 assure une prorogation de sept ans des pouvoirs de Mac
Mahon, calquée sur l'espérance de vie approximative du comte de
27
Chambord . Les légitimistes, tenant de Broglie et les orléanistes pour
responsables de l'échec de la restauration, votent alors avec les républicains, le 16 mai 1874, contre un projet
cher au gouvernement. Ce dernier, faute de trouver la confiance de la Chambre, démissionne, et le duc de
Broglie est remplacé par Ernest Courtot de Cissey, qui forme un gouvernement de droite et de centre droit.

Évolution vers un régime républicain

Lois constitutionnelles de 1875

En juillet 1874, Auguste Casimir-Perier, un républicain conservateur, prend l’initiative d’une demande
d’ouverture des travaux sur la future constitution. Le 30 janvier 1875, est adopté l'amendement Henri Wallon,
é l é d d l é bl él à l é b l d ff l é l
qui prévoit que « le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la
Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans ; il est rééligible ».

L'amendement est adopté en première lecture à une seule voix de majorité, 353 contre 352. Ce premier texte
est important en ce qu'il établit l'impersonnalité de la fonction présidentielle (jusqu'alors, la loi du
20 novembre 1873 confiait le pouvoir spécifiquement à Mac Mahon, duc de Magenta). Sont ensuite votées les
trois lois constitutionnelles qui fixent le régime :

La loi du 24 février 1875 porte sur le


Sénat, établi comme la chambre haute,
composée de 300 sénateurs, dont 75
inamovibles. Les républicains, fidèles à
la tradition de la Ire République, ne
voulaient qu'une seule Chambre, élue
par le peuple français au suffrage
universel masculin ; l'idée d'une seconde
Chambre, élue par les pouvoirs locaux,
s'accorde avec la pensée orléaniste du
parlementarisme. Mais, devant la
nécessité de trouver une constitution
pour le pays, les républicains se
résignent à accepter un Sénat, quitte à le
supprimer plus tard, en échange de la
reconnaissance de la République. Selon Organigramme simplifié des institutions politiques de la
Albert de Broglie, « Le vrai moyen de Troisième République.
sortir de nos embarras était de vendre au
centre gauche la reconnaissance de la
République au prix de la constitution d’un Sénat vraiment conservateur » (dans Mémoires du
Duc de Broglie) ;
La loi du 25 février 1875 porte sur l'organisation des pouvoirs publics. Elle donne au
président de la République des pouvoirs étendus, notamment par son article 3 : « Le
président de la République a l’initiative des lois, concurremment avec les membres des deux
autres chambres. Il promulgue les lois lorsqu’elles ont été votées par les deux chambres ; il
en surveille et en assure l’exécution. Il a le droit de faire grâce ; les amnisties ne peuvent être
accordées que par la loi. Il dispose de la force armée. Il nomme à tous les emplois civils et
militaires. Il préside aux solennités nationales… » De plus, l'article 5 lui donne le droit de
dissoudre l'Assemblée nationale. L'Assemblée nationale de 1871 devient la Chambre des
députés ; le terme d'« Assemblée nationale » désigne dorénavant la réunion du Sénat et de
la Chambre en vue de la révision des lois constitutionnelles ;
28
La loi du 16 juillet 1875 porte sur les rapports des pouvoirs publics .

« C’est un monument incohérent dont on ne pourrait même pas désigner l’architecte, tout le monde y ayant mis
la main » écrit Gabriel Hanotaux à propos des institutions de la IIIe République. En effet, contrairement aux
deux premières républiques, bâties par des républicains de convictions, les lois constitutionnelles de 1875 sont
des lois de compromis, entre une majorité monarchiste divisée et une forte minorité républicaine, pour un
régime qui ne semble que provisoire : provisoire pour les monarchistes qui se préparent à une restauration, et
provisoire pour les républicains qui attendent de pouvoir modifier les institutions de ce régime si peu conforme
à leurs idéaux. Ces institutions vivront pourtant 65 ans.

Ayant rempli son rôle, l'Assemblée nationale se sépare le 31 décembre 1875.

Crise du 16 mai 1877 et victoire des républicains

Les élections sénatoriales du 30 janvier 1876 donnent une très légère majorité à la droite : la victoire échappe
es é ect o s sé ato a es du 30 ja v e 8 6 do e t u e t ès égè e ajo té à a d o te : a v cto e éc appe
de peu aux républicains, qui remportent 149 sièges (84 pour le centre gauche, 50 pour la gauche, et 15 pour les
radicaux), contre 151 à droite (98 pour le centre droit orléaniste, 40 pour les bonapartistes, et 13 pour les
légitimistes). Les élections législatives du 20 février 1876 sont
marquées par une très nette victoire des républicains
(360 républicains, 200 conservateurs dont 80 bonapartistes) malgré
29
une forte censure de la presse républicaine par le gouvernement .
Les bastions républicains réunissent sans surprise la capitale, les
grandes villes de France, le Nord-Est, le Sud-Est et l’Ouest du Massif
central ; le Sud-Ouest s’affirme Bonapartiste, le reste de la France
Composition de la Chambre des monarchiste.
députés à l'issue des élections
législatives de 1876. Mac Mahon forme alors un gouvernement de centre gauche, avec à sa
Extrême-gauche: 40 sièges tête Jules Dufaure, homme du centre gauche, républicain conservateur
et catholique. Par décret du 9 mars 1876, Dufaure prend le titre de
Union républicaine: 67 sièges
président du Conseil pour affirmer son autorité de chef de
Gauche républicaine: 149 sièges
gouvernement face au président de la République. Les tensions entre
Centre-gauche: 99 sièges la Chambre des députés et le président du Conseil commencent à se
Divers: 4 sièges faire sentir lorsque les débats s'engagent sur l’invalidation des députés
Constitutionnalistes et hostiles à la République, l’épuration de l’administration préfectorale
orléanistes: 41 sièges ou l’amnistie des communards. Perdant la confiance de la majorité
Bonapartistes: 88 sièges républicaine, Dufaure démissionne le 3 décembre 1876. Mac Mahon
choisit alors de nommer à la tête du gouvernement Jules Simon,
Légitimistes: 45 sièges
ancien ministre de Thiers, professeur de philosophie à la Sorbonne,
« profondément républicain et profondément conservateur », le
13 décembre 1876. Un grand débat a lieu à la Chambre en cette
année 1877 : la publicité éventuelle des réunions des conseils municipaux. Les royalistes sont contre, les
républicains pour. Mac Mahon estime que la constitution lui donne les droits d'imposer sa ligne politique. Le
16 mai 1877, Simon trouve sur son bureau une lettre de Mac Mahon, lui disant que le gouvernement a
singulièrement manqué d'énergie pour s'opposer à des mesures qu'il considérait dangereuses, et qu'il pense que
Simon n'a pas d'autorité sur la Chambre. Jules Simon, ne pouvant résister à l'opposition de Gambetta,
démissionne après une demande d'explication de Mac Mahon, le 16 mai 1877. Ignorant la couleur politique de
la Chambre, Mac Mahon rappelle à la présidence du Conseil Albert de Broglie, le 17 mai 1877, qui lance une
autre épuration : 62 préfets et la quasi-totalité des sous-préfets sont remplacés, et 1385 fonctionnaires sont
30
révoqués . La Chambre refuse de voter sa confiance à de Broglie, de sorte que Mac Mahon la dissout le
25 juin. « Nous partons 363, nous reviendrons 400 », affirme alors Gambetta, qui prononcera cette phrase
restée célèbre : « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien, Messieurs, il faudra se
soumettre ou se démettre. »

La campagne pour les élections est très animée, et la participation aux élections des 14 et 28 octobre 1877 est
exceptionnellement forte : 80,6 %, soit six points de plus qu'en février-mars 1876. Les républicains perdent 40
sièges, passant de 363 à 323 députés, mais restent majoritaires. Mac Mahon refuse les résultats du suffrage
universel et envisage une seconde dissolution, que le Sénat lui refuse. Mac Mahon commence alors par se
« soumettre » : le 13 décembre 1877, il consent à rappeler à la tête du gouvernement Jules Dufaure, qui intègre
31
des personnalités de la gauche, comme Charles de Freycinet aux Travaux publics . Le 6 janvier 1878, les
élections municipales donnent une majorité républicaine, et le 5 janvier 1879, les élections au premier tiers
sortant du Sénat sont une éclatante victoire des républicains, qui obtiennent la majorité des sièges (179 contre
32
121) . Mac Mahon finit par se « démettre » : isolé, ne pouvant plus compter sur le Sénat et refusant de signer
un décret de révocation épurant l'armée, il préfère démissionner de sa fonction présidentielle, le
30 janvier 1879.

Des plans de travaux publics de grande ampleur, dont le plan Freycinet lancé en 1878-1879, sont mis en place,
destinés à donner accès au chemin de fer à tous les Français, afin de favoriser le développement économique
du pays et désenclaver les régions reculées
du pays et désenclaver les régions reculées.

Belle époque de la Troisième République (1879-1914)

République opportuniste : une mise en place pragmatique (1879-1898)

Jules Grévy est élu président de la République le 30 janvier 1879, à la suite de la démission de Mac Mahon.

Le 14 février 1879, La Marseillaise est faite hymne national. Elle l'est en fait depuis 1795, selon la loi, car le
33
décret qui l'a établi en tant qu'hymne n'a jamais été abrogé par les précédents régimes .

Le 21 juin 1879, les chambres sont autorisées à siéger à Paris, sauf pour l'élection du président de la
République, le Congrès se déroulant encore à Versailles.

Le 6 juillet 1880, le 14 Juillet est déclaré fête nationale, commémorant la fête de la Fédération de 1790.

Le 11 juillet 1880, les communards sont amnistiés.

L'historien Maurice Agulhon explique : « tout un ensemble d'actes symboliques singuliers et localisés
accompagne et démultiplie cette série de décisions. On baptise en grand nombre de rues, places et avenues de
34
la République, en attendant d'honorer les héros bientôt disparus : Gambetta ou Victor Hugo » .

Gouvernements Jules Ferry (1879-1885)

Les républicains sont, en 1879, divisés entre un centre gauche (modérés en


politique et conservateurs en matière sociale), la gauche républicaine de Jules
Ferry, l'Union républicaine de Gambetta et les radicaux (avec Clemenceau).
Les élections législatives de 1881 renforcent cette majorité puisque les
républicains sont désormais 457 contre 88 conservateurs.

Jules Ferry est la personnalité dominante des premiers gouvernements


républicains de 1879 à 1885, chargé soit de l’Instruction publique, soit des
Affaires étrangères. Il engage alors une série de réformes touchant l'école, la
magistrature et d'une certaine manière la constitution.

Œuvre scolaire
Jules Ferry.

Dans l'esprit des républicains, l'école doit être le moyen pour les Français de
lutter contre l'ignorance, « d'éclairer chaque jour davantage le suffrage
universel » (Gambetta) et aussi de rattraper son retard vis-à-vis de l'Allemagne. En effet, il est couramment
35
admis que « Sedan était la victoire du maître d'école allemand » . Il faut donc que l'école soit gratuite,
obligatoire et laïque, conformément au programme de Belleville de 1869. L'objectif principal de Jules Ferry est
de mettre en place une école républicaine qui forme des citoyens éclairés et qui puisse réunir sur les bancs de
l'école les enfants que mêlera plus tard le service militaire.

Deux décrets du 29 mars 1880 disposent que la Compagnie de Jésus, largement investie dans l'éducation, doit
être dissoute dans les trois mois après publication desdits décrets, et que les autres congrégations auraient trois
mois pour déposer une demande d'autorisation sous peine de dissolution. La loi Ferry du 16 juin 1881 établit la
gratuité de l'enseignement primaire dans les écoles publiques et la nécessité de l'obtention par les instituteurs
d'un brevet de capacité. Elle est complétée par la loi du 28 mars 1882 qui affirme l'obligation pour les enfants
de 6 à 13 ans de fréquenter les bancs de l'école qui serait désormais laïque La fin des études primaires est
de 6 à 13 ans de fréquenter les bancs de l'école qui serait désormais laïque. La fin des études primaires est
sanctionnée par un certificat d'études, décerné après un examen public. Quant au personnel enseignant, il est
aussi laïcisé par la loi Goblet du 30 octobre 1886, et sa formation est encadrée par la loi Paul Bert du
9 août 1879 : chaque département doit avoir une école normale primaire d'instituteurs et d'institutrices, les
cadres de ces écoles sortant de l'école normale supérieure de Fontenay-aux-Roses pour les femmes et de l'école
36
normale supérieure de Saint-Cloud pour les hommes .

Révision constitutionnelle

Il est difficile d'obtenir la révision des lois constitutionnelles de 1875 car il y a des divergences au sein du
Parlement quant à la teneur de cette révision, même entre les républicains. Les radicaux embrassent la
conception jacobine de la chambre unique, issue du vote direct du peuple, comme l'était la Convention entre
1792 et 1795, et par conséquent, veulent la suppression du Sénat. Au contraire, les républicains libéraux
veulent maintenir le Sénat comme contrepoids de la Chambre des députés. Alors, Jules Ferry se fait le
défenseur du Sénat qui, en échange de ce soutien, cède sur la question scolaire, surtout sur la laïcité.

La loi constitutionnelle, votée le 14 août 1884, supprime les prières publiques à l'ouverture des sessions
parlementaires, dispose que les princes sont inéligibles à la présidence de la République, et qu'il sera
impossible de réviser la forme républicaine de gouvernement. Enfin, la loi constitutionnelle du
9 décembre 1884 supprime le renouvellement des sénateurs inamovibles et modifie leur recrutement électif. Il
n'est pas question de la présidence de la République (que beaucoup de républicains voulaient voir disparaître)
car la « Constitution Grévy », en neutralisant la fonction, avait écarté tout danger du retour d'un Louis-
Napoléon.

Grandes libertés républicaines

Le régime républicain met fin aux mesures prises par le gouvernement de l'Ordre moral. La loi du
29 juillet 1881 établit un régime libéral en matière de presse, en substituant le régime de déclaration au régime
d'autorisation. La loi du 30 juin 1881 accorde la liberté de réunion publique sans autorisation qui, en fait, est
remplacée par une déclaration préalable (la déclaration préalable sera supprimée en 1907). Sur le plan social, la
loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884 légalise les syndicats, sauf au sein de la fonction publique et des corps
dépendant de l'État tandis que, sur le plan familial, la loi Naquet du 27 juillet 1884 rétablit le divorce pour
faute. Enfin, du point de vue administratif, la loi du 5 avril 1884 consacre le principe de l'élection du conseil
municipal au suffrage universel masculin (tous les 4 ans jusqu'en 1929) et le principe de l'élection du maire et
de ses adjoints par le conseil municipal.

Épuration des conservateurs

Après l'épuration antirépublicaine ayant suivi le 16 mai, les républicains se lancent à leur tour dans une
30
campagne d'épuration sans précédent : ceux des préfets fraichement promus par le gouvernement de Broglie
37
et qui n'ont pas démissionné de leur propre chef sont remplacés . Certains corps de l'administration,
notamment celui de la magistrature, restent des milieux conservateurs. Pour les républicains, il est urgent
d'écarter ces hauts fonctionnaires qui pourraient s'opposer à eux. 600 magistrats sont suspendus pour 3 ans, le
24 mars. Déjà, lors de l'application des décrets anticongréganistes du 29 mars 1880, 200 magistrats avaient
38
refusé d'expulser les jésuites et avaient démissionné , et au total, entre avril 1880 et juin 1884 ce sont 600
30
d'entre eux qui procèdent à une « auto-épuration » . Par la loi du 30 août 1883, Jules Ferry touche à
l'inamovibilité des magistrats du siège en la suspendant pendant trois mois, le temps pour le gouvernement de
mettre à la retraite ceux qui étaient hostiles à la République. Sont notamment visés « les magistrats qui, après le
2 décembre 1851, ont fait partie des commissions mixtes » (article 11, alinéa 4 de la loi de 1883), c'est-à-dire
39
ceux qui avaient prêté main-forte à Louis-Napoléon Bonaparte contre la République . En purgeant le corps
judiciaire, les républicains s'assurent désormais que les décisions de justice ne contrecarreront pas la volonté du
législateur
législateur.

Crise boulangiste

Pour Jean-Marie Mayeur, le temps des fondateurs de la République s'achève


avec Jules Ferry : « une période nouvelle s'ouvre, marquée par une instabilité
40
ministérielle accrue par la montée des oppositions ennemies au régime . »

Élections de 1885 et instabilité gouvernementale

Les élections de 1885 sont marquées par un renforcement des extrêmes, c'est-
à-dire par un retour en force des conservateurs et une forte poussée des
radicaux. La Chambre, qui est formée de trois tendances (conservatrice,
opportuniste et radicale), est ingouvernable ; de là procède l'instabilité
ministérielle. À la chute de Ferry en 1885, se succèdent, jusqu'en 1889, pas
moins de sept gouvernements (Brisson, Freycinet, Goblet, Rouvier, Tirard,
Floquet, Tirard). L'opinion s'exaspère de ces changements perpétuels de Le général Georges
cabinets, et l'instabilité ministérielle crée le terreau du boulangisme : Boulanger, photographié par
l'antiparlementarisme. Nadar.

La IIIe République reste ainsi connue pour son instabilité ministérielle :


104 gouvernements se sont succédé entre 1871 et 1940, certains ayant une durée de vie d'une seule journée.
Cette apparente instabilité cache cependant une réelle stabilité, celle d'une centaine d'hommes qui se sont
maintenus au pouvoir. L'instabilité ministérielle est caractérisée par un changement des combinaisons de
gouvernement, par un échange de portefeuilles, alors qu'il s'agissait des mêmes hommes dans les formations
gouvernementales. D'où la célèbre boutade de Clemenceau qui se défendait d'avoir été un « tombeur de
41
ministères » .

Origines du boulangisme

Outre la « valse des ministères » qui déplaît à la population, le peu de mesures sociales prises par les
gouvernants (et notamment les radicaux) suscite le mécontentement des Français (grève des ouvriers du
bâtiment à Paris en 1888).

Selon l'ouvrage Une Histoire populaire de la France de Gérard Noiriel, marqué par une lecture marxisante de
42, 43
l'histoire , à l'inverse de l'école ou de la presse, en matière économique et sociale les républicains mènent
une politique beaucoup moins en rupture avec celle du régime conservateur précédent [style à revoir]. Or, le
pouvoir républicain est pris au dépourvu — ils minimisent les alertes signalant un retournement de
conjoncture — lorsque démarre la première grande crise du capitalisme, restée dans l'histoire sous le nom de
4
Grande Dépression . Partie de Vienne, la crise bancaire de 1873 s'étend rapidement, suivie, en 1882, par le
krach boursier à Paris provoqué par la faillite de l'Union générale, qui conduit à de nombreuses tensions
sociales et économiques en France.

Mais ce qui alimente la vague d'antiparlementarisme est le scandale des décorations, qui éclate en
octobre 1887 : le gendre du président Grévy, le député Daniel Wilson, se livre à un trafic de légions d'honneur.
Cette affaire pousse Jules Grévy à la démission. Pour le remplacer, Sadi Carnot est élu face à Jules Ferry,
personnalité trop forte pour un poste qui demande de l'effacement [réf. nécessaire]. De là, ce sentiment chez
beaucoup de gens que les parlementaires forment une oligarchie d'affaires, corrompue.

À cet état d'esprit s'ajoute le nationalisme revanchard. Selon l'expression de Barrès, la France a été amputée de
ses « deux sœurs » (l'Alsace et la Moselle) lors du traité de Francfort en 1871, et le sentiment de revanche sur
l'All i L Li d i dé l l f l h i d l i
l'Allemagne resurgit. La Ligue des patriotes veut « développer les forces morales et physiques de la nation »

pour reprendre ce qui a été enlevé à l'issue de la guerre. Elle prône donc l'abandon de la colonisation, qui
détourne les Français de leur vraie tâche, et souhaite la fin du parlementarisme, qui pousse à la colonisation,
« la grande aventure des temps modernes ».

Une caractéristique du boulangisme est de rassembler tous les mécontents du parlementarisme, que ce soit les
monarchistes qui y voient une occasion de renverser le régime, des républicains convaincus (radicaux souvent)
qui refusent la corruption et demandent des mesures sociales, ou des nationalistes en quête de revanche sur
l'Allemagne. Il faut voir dans le boulangisme un mouvement à la fois hétérogène en ce qu'il rassemble des
personnes aux tendances politiques différentes, mais également homogène en ce qu'il réunit les opposants au
parlementarisme absolu. Le juriste français Raymond Saleilles affirme que « le phénomène du boulangisme
n’a pas d’autre explication que le besoin d’un pouvoir fort et d’une volonté de la part du gouvernement. On ne
peut expliquer autrement pourquoi tant de gens honnêtes et même sérieux, sans parler de républicains
44
absolument sincères n’ayant jamais rêvé de coups d’État, se sont laissés entrainer dans le mouvement » .

Officier républicain, à gauche, de tendance presque radicale, le général Georges Boulanger est soutenu par ses
amis d'extrême-gauche (notamment Georges Clemenceau) comme celui qui inculque à l'armée — bastion
monarchiste — des convictions républicaines. Il obtient en 1886 le portefeuille de la Guerre dans le
gouvernement Freycinet III et s'illustre auprès de la troupe par des mesures qui améliorent son quotidien. Il fait
remplacer le fusil Gras par le fusil Lebel et rend l'armée populaire. C'est également là où Drumont distille ses
thèses antisémites. Les républicains radicaux et les modérés en général l'apprécient en cette heure de
« boulangisme jacobin » (Adrien Dansette). Boulanger s'affirme antiparlementariste et prône la révision de la
Constitution. Il veut, selon ses mots, rendre la parole au peuple, rétablir la souveraineté confisquée par le
parlementarisme. Son slogan est : « dissolution, constituante, révision ».

Le soir du 27 janvier 1889, des manifestants le poussent au coup d'État, mais il refuse.

Réaction républicaine

Le « boulangisme revanchard » (Dansette) déplaît aux républicains. Après l'affaire Schnæbelé en 1887, les
républicains, inquiets de la surenchère nationaliste de Boulanger face à l'Allemagne, de l'augmentation
dangereuse de sa popularité et de sa capacité à canaliser les opposants au parlementarisme, commencent à se
détacher de lui, et même à vouloir s'en débarrasser. Boulanger est menacé de passer en Haute Cour de justice
pour « crime d'attentat à la sûreté de l'État, détournement des deniers publics, corruption et prévarication » et
s'exile à Bruxelles, où il arrive le 3 avril 1889. Le lendemain, 4 avril, la Chambre lève son immunité
parlementaire par 333 voix contre 190. Il se suicide le 30 septembre 1891, au cimetière d'Ixelles, sur la tombe
de sa maîtresse Marguerite de Bonnemains, « mourant comme il a vécu, en sous-lieutenant » (Clemenceau).
45
La loi du 17 juillet 1889 interdit les candidatures multiples qui avaient profité à Boulanger et remplace le
scrutin de liste par le scrutin d'arrondissement. Ces mesures avantagent ainsi les personnalités républicaines
maintenant bien implantées, et ce malgré les souhaits initiaux de certains fondateurs de la République, comme
Gambetta, qui redoutaient une personnalisation excessive des scrutins électoraux.

La République parlementaire sort renforcée de cet épisode, ayant su défaire ses adversaires et écarter ses
éléments présidentialistes. La défaite de Boulanger contribue, selon Dansette, à « décimer et disperser les
adversaires de droite, assagir ses fidèles de gauche », ce qui a pour conséquence que le radicalisme perd Paris
et s'installe dans les campagnes.

Nouvelle république dans le monde


Choix de l'expansion coloniale

Jules Ferry relance l’expansion coloniale par deux entreprises audacieuses : il impose le protectorat de la
France sur la Tunisie à la barbe de l’Italie (1881) et sur l'Annam, le Tonkin et certains territoires de la Chine
continentale, lors de la guerre franco-chinoise (1881-1885). Il bénéficie de la bienveillance de Bismarck, qui y
voit un dérivatif au ressentiment contre l'Allemagne.

La politique coloniale des républicains opportunistes a plusieurs motifs :

D'abord économique, car la conquête a pour but de prolonger les débouchés économiques :
« La question coloniale… C’est la question des débouchés » dit Ferry ;
Ensuite, patriotique : faire de la France une puissance coloniale, c'est lui redonner sa
grandeur, faire d'elle la puissance qu'elle était autrefois, lui restaurer son rang et donc
préparer la revanche ;
Enfin et surtout, pour ces hommes convaincus du rôle civilisateur de la France auprès des
populations indigènes, la France républicaine est porteuse d'un messianisme humanitaire :
« L’œuvre civilisatrice qui consiste à relever l’indigène, à lui tendre la main, à le civiliser, c’est
46
l’œuvre quotidienne d’une grande nation » affirme Ferry .

L'opposition à la politique coloniale se fait entendre aussi bien à droite qu'à gauche : la droite monarchiste et
nationaliste ainsi que la gauche radicale estiment que les guerres coloniales détournent la France de la « ligne
bleue des Vosges » et de la revanche sur l'Allemagne.

Conquêtes en Afrique et difficultés avec le Royaume-Uni

À partir de ses bases en Algérie, au Sénégal et sur la côte congolaise, la France crée le domaine colonial le
plus important d'Afrique, avec l'Afrique-Équatoriale française, l'Afrique-Occidentale française et Madagascar.

L'expansion coloniale en Afrique met la France en concurrence avec le Royaume-Uni, ce qui l'amène à :

abandonner sa forte position en Égypte : le Royaume-Uni profite de l'affaiblissement de la


France pour prendre une importante participation financière dans le canal de Suez (1875) et
imposer son protectorat à l'Égypte (1882) ;
puis renoncer à toute la vallée du Nil (incident de Fachoda en 1898).

Cela complique pour un temps les relations diplomatiques entre les deux pays.

Alliance franco-russe

La diplomatie européenne est dominée en cette fin de XIXe siècle par deux antagonismes. En Europe de l’ouest,
la France n’a pas renoncé à l’Alsace-Lorraine, alors que le but de la politique allemande est de maintenir le
statu quo. En Europe de l'Est, l’Autriche-Hongrie et la Russie sont rivaux pour la domination des Balkans.

À l’occasion du congrès de Berlin (1878), qui fixe les modalités d’un nouveau reflux de l'Empire ottoman, la
Russie affiche des exigences ambitieuses, que l’Autriche-Hongrie met en échec avec l’appui de l’Angleterre.
L’Autriche-Hongrie demande une alliance privilégiée à l’Allemagne, ce qu’elle obtient (1879). L’Italie se joint
plus tard à eux pour former la Triple Alliance.

Face à cette coalition, la France se rapproche progressivement de la Russie. Ce rapprochement franco-russe


présente plusieurs intérêts :

il est d’abord financier, la France a une importante épargne à placer en Europe et la Russie
est un pays en plein développement qui manque de capitaux ;

il est ensuite militaire, par la conclusion d’une alliance : le 17 août 1892, une convention
secrète prévoit la mobilisation mutuelle des armées des deux pays en cas de menace
allemande pour la France ou de menace austro-hongroise pour la Russie. Pour inaugurer
cette nouvelle amitié, le tsar Nicolas II effectue une visite d'État en France en octobre 1896 ;
l'année suivante, c'est le président de la République, Félix Faure, qui se rend à Saint-
Pétersbourg ;
sur le plan politique, l'intérêt est cependant moins évident, entre une république
parlementaire et un empire autocratique.

La France, longtemps isolée diplomatiquement depuis les guerres révolutionnaires, a enfin un allié.

République radicale : une évolution résolument progressiste (1898-1914)

Affaire Dreyfus (1894-1906)

En 1894, le capitaine Dreyfus, accusé à tort d'espionnage au profit de


l'Allemagne, est condamné à la déportation à vie sur l'île du Diable en
Guyane. Plusieurs personnalités tentent, en vain, de démontrer
l'innocence de Dreyfus. En janvier 1898, dans le journal L'Aurore de
Georges Clemenceau, Émile Zola publie « J'accuse… ! », un article
dans lequel il accuse l'armée d'avoir condamné un innocent et de ne
pas vouloir le reconnaître. On parle alors de l'affaire Dreyfus. Pour les
révisionnistes, ou « dreyfusards », il faut, au nom de la justice, faire
éclater la vérité quelles qu'en soient les conséquences pour l'armée.
Beaucoup se rassemblent dans la Ligue des droits de l'homme, créée à Le procès d'Alfred Dreyfus au
cette occasion. Pour les « antidreyfusards », la raison d'État, le Conseil de guerre de Rennes.
prestige de l'armée, l’intérêt national exigent de ne pas revenir sur la
chose jugée. Certains se retrouvent dans la Ligue de la patrie française
ou la Ligue des patriotes. En 1899, quelques-uns tentent même d'organiser un coup d'État pour mettre en place
un régime autoritaire. À la suite d'un procès en révision en 1899, Dreyfus est condamné à dix ans de détention,
avant d'être gracié par le président de la République puis réintégré dans l'armée en 1906.

Séparation des Églises et de l’État

L’affaire Dreyfus se traduit en termes électoraux par une nouvelle


poussée à gauche aux élections de 1898, contre les partisans d’un
ordre plus autoritaire dont on identifie des bastions dans l’armée et
dans l’Église. Le républicain modéré Méline cède la présidence du
conseil au progressiste Waldeck-Rousseau. Celui-ci constitue un
ministère de défense républicaine : il prend même au ministère du
travail un socialiste, Millerand. Il épure la hiérarchie militaire et fait Composition de la Chambre des
adopter la loi de 1901 sur les associations, qui soumet les députés à l'issue des élections
congrégations religieuses à autorisation administrative. législatives de 1902.

Les partis se forment durant les premières années de 1900, dans un


but électoral. L'Action française est fondée en 1899, le Parti radical et l'ARD en 1901, l'Action libérale
populaire en 1902 et le Parti socialiste en 1905. L'entrée de Millerand au gouvernement pose un problème aux
socialistes : un socialiste peut-il participer à un gouvernement bourgeois ? Les indépendants sont pour (comme
J è) l di
Jaurès) et les guesdistes sont contre.

Les élections de 1902 sont un triomphe pour le parti radical-socialiste,


allié aux socialistes de Jaurès dans le Bloc des gauches. Émile
Combes, président du conseil de juin 1902 à janvier 1905, fait voter la
séparation des Églises et de l'État (1905). L'État ne nomme plus les
évêques et ne rémunère plus les prêtres : l’Église devient totalement
indépendante et doit subvenir par elle-même à ses besoins financiers.

Georges Clemenceau succède à Émile Combes d'octobre 1906 à


juin 1909. Aristide Briand, ministre des Cultes, met en œuvre avec
pragmatisme la séparation des Églises (en pratique, essentiellement
l'Église catholique) et de l'État, tandis que Joseph Caillaux, ministre Manifestation des viticulteurs à
des Finances, propose l'instauration de l’impôt sur le revenu, que le Montpellier en 1907.
Sénat n’accepte finalement qu’en 1914.

Entre avril et juin 1907, les viticulteurs du Languedoc et du Roussillon dénoncent la fraude sur les vins et
déclenchent de gigantesques manifestations, la plus importante ayant lieu à Montpellier. Clemenceau n’hésite
pas à recourir à l’armée. L’arrestation des meneurs provoque des troubles, la troupe tire sur la foule à
Narbonne. Environ 500 soldats du 17e régiment d'infanterie se mutinent et sont accueillis chaleureusement par
les habitants de Béziers. Clemenceau réplique par de nouvelles démonstrations de force. Le 23 juin, est votée
une loi qui réprime la chaptalisation massive des vins.

La diplomatie de Théophile Delcassé (1898-1905) : l’Allemagne isolée

Théophile Delcassé est ministre des Affaires étrangères pendant sept ans. Tout en renforçant l'alliance russe, il
mène une politique continue de rapprochement avec d’une part l’Italie et d’autre part le Royaume-Uni. Avec
ce dernier, est signé en 1904 un ensemble d'accords sur les différents litiges divisant les deux puissances en
Afrique, Amérique et Asie : on parle d'Entente cordiale.

L'empereur d'Allemagne, Guillaume II, finit par obtenir le renvoi de Delcassé (6 juin 1905), mais ne peut que
constater l'isolement de l'Allemagne lors de la conférence internationale d’Algésiras sur le Maroc en 1906 :
l’indépendance du Maroc est sauvegardée, mais au profit des intérêts financiers français.

En 1905, la défaite de la Russie contre le Japon favorise un rapprochement du Royaume-Uni et de la Russie.


Désormais, le Royaume-Uni s’inquiète plus du développement de la flotte de guerre allemande que de
l’expansion russe. Toujours plus soucieuse de sa modernisation, la Russie s’intéresse aux capitaux disponibles
sur la place financière de Londres, qui pourraient lui donner une plus grande autonomie vis-à-vis de la France,
jusqu'alors son principal financeur.

En 1907, le Royaume-Uni et la Russie mettent fin à leurs différends en Asie, et en 1912, la France impose son
protectorat sur le Maroc. Une Triple-Entente entre les trois pays se développe.

Cependant, les tensions montent dans les Balkans : l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche-
Hongrie, puis les guerres balkaniques, mènent l'Empire Russe (allié de la France) et l'Autriche (alliée de
l'Allemagne) vers la confrontation.

Difficultés et effondrement (1914-1940)

L'épreuve de la Grande Guerre (1914-1918)


Échec de l'offensive allemande sur la Marne
Le 28 juin 1914, un nationaliste serbe assassine le prince héritier austro-hongrois à Sarajevo. Soutenue par
l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie décide de déclarer la guerre à la Serbie, que soutient la Russie. La logique des
alliances se met en branle et déclenche une guerre européenne à partir de juillet-août 1914.

En France, l’heure est à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Le socialiste Jean Jaurès, militant
pour la paix, est assassiné.

L’armée allemande bouscule l'armée française, est arrêtée par Joffre sur la Marne puis tente sans succès un
débordement. En outre, la violation du territoire belge entraîne la déclaration de guerre du Royaume-Uni à
l’Allemagne.

Guerre de positions

La guerre s’installe dans la durée. La


France s'enlise avec l'Europe dans
une guerre totale où les industries, les
économies et les mentalités sont
orientées vers l'objectif de la victoire,
ou tout du moins de la résistance. Les
combats autour de Verdun en 1916
sont particulièrement meurtriers. Femmes fabriquant des obus,
France, 1917.
Georges Clemenceau En 1917, après l'échec de Nivelle au
visitant le front, 1917. Chemin des Dames, Pétain prête une
attention particulière au moral des troupes et rétablit la confiance par des
premiers succès. À la fin de l'année, le président de la République, Raymond
Poincaré, nomme à la tête du gouvernement Georges Clemenceau, « le Tigre », qui mène le pays à la victoire.

Victoire

Libérés par l'arrêt des combats sur le front oriental après la signature du traité de Brest-Litovsk, les Allemands
lancent en vain cinq offensives majeures sur le front français, entre mars et juillet 1918, pour forcer la victoire
avant l'engagement massif des États-Unis, nouvellement entrés en guerre.

Puis Foch dirige l’offensive des armées alliées, qui reprennent l'initiative le 18 juillet et font reculer le front de
près de 150 kilomètres, poussant les Allemands épuisés et en proie à des troubles politiques internes à
demander un armistice signé le 11 novembre 1918.

La France sort cependant, elle aussi, épuisée par ce conflit de quatre ans, qui se prolonge pour elle jusqu'en
1919 dans la guerre en Russie contre les bolcheviques.

Les régions du nord et de l'est, très industrialisées, ont été occupées par l'armée allemande ou ravagées par les
combats, et leur appareil de production est très endommagé. Près d'un million et demi d'hommes sont morts au
front (10,5 % de la population active masculine), et trois millions et demi ont été blessés et mutilés.

Contredisant les propos de Guillaume II, la République a tenu le choc de la guerre, contrairement aux empires.

Une gestion difficile de l’après-guerre (1919-1929)


Politique intérieure de Raymond Poincaré
Question du positionnement des radicaux

Les élections législatives de 1919 se traduisent par une large victoire de la droite et d'une partie des radicaux
dans le Bloc national, qui forment la « chambre bleu horizon ».

Celles de 1924 sont une victoire moins nette de la gauche : Édouard Herriot forme un gouvernement radical
soutenu par les socialistes qui ne dure pas. En fait, les radicaux éprouvent des difficultés à se positionner.
Hommes de gauche par leurs convictions philosophiques, leur attachement à l'héritage historique républicain et
leur réformisme social, ils adhèrent au principe de l'alliance à gauche réactivé à la suite de l'affaire Dreyfus.
S'ils acceptent d'entrer dans des gouvernements d'union nationale pour « sauver la République », ils ne
souhaitent pas, en revanche, participer à des gouvernements de droite, en dehors de ces circonstances
47
dramatiques .

Toutefois, leur assise électorale est mise en péril par la crise des classes moyennes, atteintes par l'inflation (qui
rend caduques les valeurs radicales de sobriété et d'épargne) ainsi que par les évolutions sociales (diminution
des entrepreneurs indépendants et développement du salariat). Confrontés à la montée des socialistes et à la
percée des communistes à la Chambre, ils rejettent les principes de lutte des classes et de collectivisation des
47
moyens de production .

Par ailleurs, les élections de 1924 sont l'occasion d'un nouveau conflit entre le président de la République,
Alexandre Millerand, et la Chambre des députés. Ce premier cherche à accroître les prérogatives du pouvoir
exécutif, et il a soutenu la droite. Il tente d'imposer un président du Conseil modéré à la majorité de gauche, qui
refuse de l'investir. Le président de la République démissionne alors.

Redressement financier et problème des réparations

Le volume des dépenses publiques reste important après la guerre car il faut reconstruire dans toutes les
régions qui ont subi les actions militaires : la France entend bien en faire pleinement payer le prix à
l’Allemagne. Président de la commission des affaires étrangères du Sénat, Raymond Poincaré critique
durement Aristide Briand qui se fait l’écho des capacités financières limitées de l’Allemagne. Devenu
président du Conseil (1922-1924), il fait occuper le bassin de la Ruhr en 1923 pour suppléer à la défaillance de
l’État allemand. Il transige finalement et accepte le rééchelonnement des réparations allemandes par l’arbitrage
de comités d’experts : les plans Dawes (1924) et Young (1929).

Revenu au pouvoir (1926-1929), il remet en ordre les dépenses publiques en augmentant les impôts et en
rationalisant l’administration. Il finit par stabiliser le franc à un cinquième de sa valeur d’avant guerre.
Légèrement sous-évalué, son cours facilite les exportations : l’excédent de la balance des paiements extérieurs
permet à son tour le développement des activités financières de la place parisienne.

Politique étrangère pacifique

Nation traumatisée par la guerre

La France a été saignée par le conflit. Les monuments aux morts, les mutilés ainsi que les veuves et orphelins
de guerre font désormais partie de l’environnement quotidien. L’immense majorité des Français ne veut plus
revivre ça (« la Der des Ders »).

La stratégie militaire vise dès lors à épargner les hommes, et l'État-Major adopte une approche défensive :
protéger le territoire en dissuadant toute attaque. La ligne Maginot, suite de fortifications modernes construites
entre 1930 et 1935, en est le symbole.

Cette stratégie est, dès le départ, en contradiction flagrante avec les engagements diplomatiques qui impliquent
la possibilité de lancer l'offensive contre l'Allemagne. En effet, la France est chargée de la protection des petits
États d’Europe de l’Est, qui ont été créés ou agrandis au détriment de l’Allemagne et de la Russie. Dès 1920,
elle est ainsi amenée à fournir à la Pologne d’importants moyens militaires contre l’URSS.

Politique étrangère d’Aristide Briand

La nomination du radical Édouard Herriot (1924) à la tête du gouvernement est l’occasion d’amorcer une
politique de détente avec l’Allemagne. Cette politique, qui a pour artisan Aristide Briand, culmine avec pacte
de Locarno (1925), par lequel l’Allemagne accepte sa frontière occidentale. Concomitamment, la France
confirme son alliance avec la Pologne et la Tchécoslovaquie, l’Allemagne n’acceptant pas ses frontières
orientales.

L’Allemagne est admise au sein de la Société des Nations. Aristide Briand s’efforce d’œuvrer pour la paix en
favorisant une politique internationale d’arbitrage et de limitation des armements. En 1928, 63 pays signent le
pacte Briand-Kellogg dans lequel ils affirment renoncer à la guerre pour résoudre d'éventuels conflits
d'intérêts.

La crise des années 1930 (1929-1939)

Crise politique

Émeutes de 1934 : opportunité manquée de réforme du régime

La crise économique internationale touche la France avec retard, mais y reste plus tenace qu’ailleurs. D'autre
part, la disparition de Poincaré et Briand laisse un vide, et l’instabilité ministérielle reprend de plus belle.

L’agitation des mouvements hostiles à une république parlementaire reprend ; elle est amplifiée par l'affaire
Stavisky. Elle culmine par les émeutes de février 1934 aux abords de la Chambre des députés. Le 6 février
1934, une manifestation antiparlementaire d'extrême droite, notamment des membres de l'Action française et
des Croix-de-feu, tourne à l'émeute place de la Concorde, causant la chute du second gouvernement Daladier.
On dénombre douze morts et des centaines de blessés au cours de ces émeutes. Le 9 février, des manifestations
du PCF, interdites par le nouveau gouvernement, font également plusieurs morts. Le 12 février a lieu la
première manifestation unitaire de toutes les forces de gauche.

Un nouveau gouvernement, présidé par Gaston Doumergue, est censé aborder la réforme du régime. En fait
48
partie André Tardieu, un des responsables de la droite, qui souhaite renforcer les pouvoirs de l’exécutif , et
notamment : élargir le droit de dissoudre la chambre ; pouvoir recourir au référendum ; interdire aux députés de
proposer des dépenses. Il ne parvient pas à convaincre et quitte la vie politique en 1936.

Front populaire

Les manifestations de février 1934, inspirées par les mouvements d'extrême-droite, favorisent le
rapprochement des forces de gauche. Le 11 mai 1934, Dimitrov, nouveau secrétaire général du Komintern,
invite Maurice Thorez, le secrétaire général du parti communiste, à quitter les « vieux schémas dogmatiques »
de la politique du front unique [pas clair]. Les partis de gauche se rassemblent au sein du Front populaire, qui
remporte en 1936 la majorité à la chambre des députés. Léon Blum forme alors le premier gouvernement
incluant une représentation de la SFIO et du PCF, à côté de membres du Parti radical et de l'USR. Marquée
par les grèves de mai-juin 1936, cette période bouleverse les rapports sociaux. Les accords Matignon apportent
les conventions collectives qui régissent désormais les rapports
sociaux dans les entreprises, limitent la durée du travail à 40 heures
par semaine et créent les deux premières semaines de congés payés.
C'est à ce moment qu'est unifié le réseau ferré, nationalisé au sein de
la SNCF. Les dissensions créées par la question de l'éventuel soutien
à apporter aux républicains espagnols, face au coup d'État du général
Franco, minent la coalition, qui se défait finalement.

Effondrement face à l’Allemagne en 1940 La Chambre des députés le


3 mai 1936.

Expansion du Reich

Face à la volonté d’Hitler de remettre en cause le traité de Versailles, la France est tentée de se rapprocher de
l’Italie et de l’URSS, alors que le Royaume-Uni et les États-Unis se tiennent à l'écart. Or, la condamnation de
l’invasion de l’Éthiopie par Mussolini, assortie de sanctions économiques inefficaces, entraîne le
rapprochement de celui-ci avec Hitler. Alors qu’il s’était opposé au rattachement de l’Autriche à l’Allemagne
en 1934, il consent à l’Anschluss en 1938. De plus, le rapprochement avec une puissance communiste telle
que l’URSS est très controversé, tout particulièrement chez les alliés traditionnels de la France : la Pologne
s’oppose à ce que l’armée soviétique traverse son territoire pour venir soutenir l’armée tchécoslovaque.

Lorsque Hitler s’en prend à la Tchécoslovaquie, dont la région des Sudètes est peuplée d'Allemands, la France
et le Royaume-Uni persistent à poursuivre une politique d'apaisement pour éviter la guerre. Les accords de
Munich permettent le démantèlement de la Tchécoslovaquie, notamment au profit de deux nouveaux satellites
de l’Allemagne : Hongrie et Slovaquie (septembre 1938 à mars 1939). Sans coup férir, Hitler se rend ainsi
maître de l'Europe centrale.

Il s'attaque ensuite à la Pologne, couvert par un accord avec l’URSS de non-agression et de partage de
l’Europe de l’Est (le pacte germano-soviétique). France et Royaume-Uni lui déclarent alors la guerre.

Défaite et instauration du régime de Vichy

Le général Gamelin, commandant en chef, se prépare à une guerre d’usure, et l’Armée française reste
cantonnée dans les puissantes fortifications de la ligne Maginot. Seules des opérations de blocus sont tentées,
comme en Scandinavie, pour gêner l'approvisionnement allemand. Le gouvernement se vante ainsi auprès de
l'opinion publique, majoritairement pacifiste, de cette nouvelle façon de faire la guerre sans combattre.

Cependant, l’offensive allemande est lancée le 10 mai 1940 en passant par la Belgique, puis par Sedan, où les
fortifications sont les plus faibles. Le 15 mai, le front est percé, la ligne de défense est facilement contournée
par une armée allemande bien motorisée qui avance vers le sud. La retraite des armées françaises se transforme
en débâcle : pris de panique, les civils se ruent sur les routes à la suite de l’armée, dans un véritable exode. Le
14 juin, les Allemands entrent dans Paris. Devant l’ampleur de l’échec, le maréchal Pétain, en qualité de
nouveau chef du gouvernement, demande l’armistice aux Allemands. Le 10 juillet, l'Assemblée nationale,
réunie à Vichy, vote les pleins pouvoirs à Philippe Pétain en vue de rédiger une nouvelle constitution. Le
lendemain, ce dernier se proclame « chef de l'État français », et le terme de « République » disparaît dès lors
des actes officiels.

Portraits des quatorze présidents de la Troisième République


Le titre porté est « président de la République française ». Les dates complètes mentionnées sont celles du
début et de la fin du mandat.

Adolphe Thiers Patrice de Mac Jules Grévy Sadi Carnot


(1797-1877) Mahon (1807-1891) (1837-1894)
Du 31 août 1871 au (1808-1893) Du 30 janvier 1879 Du
24 mai 1873. Du 24 mai 1873 au au 3 décembre 1887 au
30 janvier 1879. 2 décembre 1887. 25 juin 1894.

Jean Casimir- Félix Faure Émile Loubet Armand Fallières


Perier (1841-1899) (1838-1929) (1841-1931)
(1847-1907) Du 17 janvier 1895 Du 18 février 1899 Du 18 février 1906
Du 27 juin 1894 au au 16 février 1899. au 18 février 1906. au 18 février 1913.
16 janvier 1895.
Raymond Poincaré Paul Deschanel Alexandre Gaston
(1860-1934) (1855-1922) Millerand Doumergue
Du 18 février 1913 Du 18 février 1920 (1859-1943) (1863-1937)
au 18 février 1920. au Du Du 13 juin 1924 au
21 septembre 1920. 23 septembre 1920 13 juin 1931.
au 11 juin 1924.

Paul Doumer Albert Lebrun


(1857-1932) (1871-1950)
Du 13 juin 1931 au Du 10 mai 1932 au
7 mai 1932. 11 juillet 1940.

Documentaire
En 2017, Charles Thimon et Eric Deroo réalisent un documentaire sur la Troisième République intitulé « Aux
Pièges de la République ».

Notes et références

Notes
a. De facto le 10 juillet 1940 avec le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain. De jure le
21 octobre 1945 avec l'élection de l'Assemblée constituante. L'ordannance du 9 août 1944
prise par le gouvernement provisoire avait dénié toute légalité au régime de Vichy.
b. Depuis le 14 juillet 1879.
c. Jusqu'à l'adoption des lois constitutionnelles, la France eut un Parlement monocaméral avec
l'Assemblée nationale de 1871 élue le 8 février 1871. Adolphe Thiers fut désigné chef du
pouvoir exécutif le 17 février 1871 puis président de la République le 31 août suivant, après
l'adoption de la loi Rivet qui instaure la fonction.
d. Paris est la capitale de jure depuis l'adoption de la Constitution de 1791, bien que Louis XVI
était revenu à Paris dès le 6 octobre 1789, résidant au palais des Tuileries. Néanmoins, avec
l'avènement de la Commune de Paris après le siège de la ville en 1870, le gouvernement est
déplacé, faisant que Paris n'est plus la capitale de facto durant cette période. La méfiance
d'Adolphe Thiers fait que le gouvernement et l'Assemblée nationale ne reviennent à Paris que
le 19 juin 1879.
e. De facto. Pendant la guerre franco-prussienne, Bordeaux accueille le gouvernement de la
Défense nationale puis le premier gouvernement de Jules Dufaure du 9 décembre 1870 au
10 mars 1871, jusqu'au départ de l'Assemblée nationale de 1871. De même, pendant la
Première Guerre mondiale, la capitale girondine accueille le deuxième gouvernement de René
Viviani et Raymond Poincaré du 2 septembre au 8 décembre 1914 à la suite de la menace de
l'Armée impériale allemande sur Paris après la bataille de Charleroi perdue par les Alliés.
Enfin, la ville accueille le gouvernement de Paul Reynaud et Albert Lebrun le 14 juin 1940.
Deux jours plus tard, le maréchal Pétain forme un gouvernement, qui quitte Bordeaux le 29 juin
une semaine après l'entrée en vigueur de l'armistice, le maréchal refusant de gouverner en
zone occupée.
f. De facto pendant la guerre franco-prussienne. Le 7 octobre 1870, le ministre de l'Intérieur Léon
Gambetta quitte Paris depuis Montmartre pour rejoindre Tours en ballon monté pour rejoindre la
délégation menée par le ministre de la Justice Adolphe Crémieux déjà présent dans la capitale
de la Touraine depuis le 12 septembre pour éviter que le gouvernement de la Défense
nationale ne soit capturé par l'Armée prussienne. La délégation quitte Tours pour Bordeaux le
9 décembre 1870. La capitale de la Touraine accueille également le gouvernement de Paul
Reynaud et Albert Lebrun durant leur transfert de Paris jusqu'à Bordeaux pendant la Seconde
Guerre mondiale.
g. De facto. L'Assemblée nationale de 1871 puis la Chambre des députés et le Sénat siégent au
château de Versailles, d'abord dans la salle de l'opéra puis dans la salle de l'aile du Midi
jusqu'au retour des chambres à Paris le 19 juin 1879.
h. La France vit sous le régime du concordat jusqu'à la Séparation des Églises et de l'État le
9 décembre 1905 qui instaure la laïcité.
i. L'Empire allemand déclare la guerre à la France le 3 août 1914. La mobilisation des troupes
françaises avait été décrétée deux jours auparavant en réponse à l'invasion de la Serbie à la
suite du rejet de l'ultimatum austro-hongrois.
j. Signature de l'armistice à 5 h 15 du matin entre la délégation des Alliés menée par le maréchal
Foch et la délégation de la République de Weimar, l'Empire allemand s'étant effacé deux jours
plus tôt du fait de la révolution en cours dans le pays.
k. La France déclare la guerre à l'Allemagne nazie le 3 septembre 1939, en réponse à l'invasion
de la Pologne. La France était liée militairement à la Pologne depuis 1921, et garantissait avec
le Royaume-Uni l'inviolabilité des frontières de la Pologne conformément au traité de
Versailles. Auparavant, la France et le Royaume-Uni avaient renoncé à aider la
Tchécoslovaquie, la France étant pourtant liée au pays par un traité d'alliance depuis 1924, qui
fut progressivement démembrée après les accords de Munich signés le 30 septembre 1938.
Entre 1933 et 1939, le Royaume-Uni mena une politique d'apaisement vis-à-vis de l'Allemagne
nazie, que la France dût subir. En effet, à partir de 1933, le Royaume-Uni négocia secrètement
des traités avec l'Allemagne nazie au mépris du traité de Versailles.
l. La France ne fut pas directement impliquée directement dans la Guerre du Pacifique.
Néanmoins, l'Indochine française intégrée à l'État français fut envahie par l'Empire du Japon en
septembre 1940. Une guerre contre la Thaïlande eut lieu pendant quelques mois jusqu'en mai
1941, le conflit étant arbitré par une médiation de l'Empire du Japon. La France libre et le
Gouvernement provisoire furent confrontés au coup de force de l'armée japonaise en Indochine
en mars 1945, qui désorganisa considérablement l'administration coloniale en Indochine. Le
général Leclerc cosigna les actes de capitulation du Japon pour la France le 2 septembre 1945
dans la baie de Tokyo.

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Voir aussi
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Articles connexes
Chronologie de la France sous la Troisième République (1870-1914)
Crises de la Troisième République
Histoire de la gauche française de 1919 à 1939
Front populaire
Septennat
Élections présidentielles sous la Troisième République, Liste des présidents de la
République française, Président du Conseil
Loi de la presse sous le Second Empire et la IIIe République
Ligue du Midi

Liens externes
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« Les débuts de la IIIe République » (https://
clio-texte.clionautes.org/-iiie-republique-inst
itutions-.html), sur clio-texte.clionautes.org, Textes
« Biographies résumées des présidents » (http://www.elysee.fr/la-presidence/les-presidents-
de-la-republique-depuis-1848/), sur www.elysee.fr
« Les reportages photographiques sur les déplacements d’Albert Lebrun, dernier président
de la IIIe République » (http://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/IR/FRAN_IR_05
0658), sur www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr (consulté le 19 novembre 2016).

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