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Situation 1 

: La circumnavigation de Magellan (1519-1522)

Problématique : Pourquoi le voyage autour du monde de Magellan est-il capital pour la


connaissance et la maîtrise du monde ?

En 1512, Magellan est de retour à Lisbonne, où il peut mûrir le projet de trouver une route nouvelle vers les
Moluques. Le service de la Couronne le conduit l'année suivante au Maroc, où il est blessé au genou dans une
expédition contre les Maures : il claudiquera jusqu'à la fin de ses jours. Accusé de malversation, il prend sur lui de
revenir se défendre devant son roi, sans passer par la voie hiérarchique : il est mal reçu par Manuel Ier, qui
l'éconduira de nouveau lorsqu'il demandera une modeste réévaluation de sa pension.

Il se lie alors avec un cosmographe, Ruy Faleiro, avec lequel il développe son projet de voyage vers les
Moluques. C'est sans doute de bonne foi, et non poussés par quelque ressentiment vis-à-vis de leur souverain,
que les deux hommes en viennent à considérer que les Moluques dépendent plutôt de la couronne d'Espagne
que de celle du Portugal : les bulles de 1493 et le traité de Tordesillas ne pouvaient être précis quant à la ligne
partageant ces confins de l'Asie, que l'on imaginait proches de l'Amérique espagnole. Dès lors, ce n'est pas une
trahison que de se tourner vers Charles Ier, le futur Charles Quint, pour mettre sur pied le nouvel itinéraire, qui
utiliserait pour la première fois la rotondité de la Terre.

Magellan arrive à Séville en 1517et se place sous la protection d'un Portugais passé au service de l'Espagne et
devenu commandeur de l'ordre de Santiago, Duarte Barbosa (vers 1480-1521). Il peut ainsi entrer en rapport
avec de hauts personnages, et en particulier avec Juan de Aranda, haut fonctionnaire très influent à la « Casa de
Contratación », organisme qui traite les affaires des Indes. Finalement, Charles Ierlui accorde pour dix années
l'exclusivité de la recherchequ'il préconise (22 mars 1518). La Couronne prend les frais à sa charge ; Magellan et
Faleiro recevront le vingtième des revenus des terres découvertes.

Le voyage va être préparé activement, malgré les intrigues des Portugais, qui voudraient bien, maintenant, tenter
de le faire remettre. Cinq navires sont confiés à Magellan, avec 234hommes. Au dernier moment, on embarque
l'Italien Antonio Pigafetta (1480 ou 1491-vers 1534), qui sera l'historiographe de l'entreprise et l'un des rares
survivants. Le représentant du roi d'Espagne est Juan de Cartagena, commandant le San Antonio et avec lequel
Magellan entretiendra très vite des rapports difficiles.

Le départ de Séville a lieu le 10 août 1519. On quitte Sanlúcar (ville située à l'embouchure du Guadalquivir)
derrière la Trinidad, le vaisseau amiral, le 20 septembre. Les Canaries sont atteintes le 26. Après avoir suivi la
côte d'Afrique, on traverse l'Atlantique, en affrontant de mauvaises tempêtes. La côte brésilienne est en vue à la
fin de novembre, vers le site de Recife. Le 13 décembre, la flottille entre dans la baie de Rio, puis, en janvier
1520, l’expédition pénètre dans le río de La Plata. Mais le passage vers l'ouest reste introuvable et, le 31
mars1520, il faut s'arrêter pour hiverner sur la côte de Patagonie, dans la baie de San Julián, bien au sud des
latitudes auxquelles on pensait descendre. L'inquiétude de tous est grande, et Magellan doit faire face à un
complot appelé « la mutinerie de Pâques » : le chef portugais n'a jamais été vraiment accepté par la majorité
espagnole de ses officiers ; Juan de Cartegena, Luis de Mendoza et Gaspar de Quesada qui s'inquiètent du tour
que prend le voyage, doutent de l'existence de ce passage vers l'ouest et surtout de leurs chances de survie
dans ces régions froides et désertes. Cartagena se rend maître de trois navires le 1er avril. Magellan reprend le
dessus par la ruse : l'un des mutins, Luíz de Mendoza, est égorgé ; un autre, Gaspar de Quesada, est décapité.
Le 24 août, Cartagena sera abandonné sur un littoral désert, avec un prêtre. Le 18 octobre1520, quatre navires
partent vers le sud (le cinquième s'est échoué). Dès le 21, le cap qui marque l'entrée du passage vers l'Ouest est
atteint. Magellan le baptise cap Virgenes (le cap des Vierges en espagnol) et en commence l'exploration. Le
1ernovembre, la petite flotte au complet entreprend de forcer ce détroit, auquel le nom du découvreur sera donné
plus tard. Vingt-sept jours de navigation entre de sinistres falaises conduisent enfin à l'autre océan. Mais un
second navire a disparu, le San Antonio, dont l'équipage s'est mutiné : son retour en Espagne (mai 1521)
donnera les premières nouvelles de l'entreprise.

La navigation se déroule par mer calme, à tel point que Magellan dénomme « Pacifique » ce nouvel océan. Mais
l'immensité du Pacifique semble ne laisser aucun espoir aux navigateurs : « Nous demeurâmes trois mois et vingt
jours sans prendre vivres ni autres rafraîchissements et nous ne mangions que du vieux biscuit tourné en poudre,
tout plein de vers et puant de l'odeur d'urine que les rats avaient fait dessus après avoir mangé le bon. » Le 6
mars 1521, enfin, une île (probablement celle de Guam) est atteinte dans l'archipel des Mariannes: ses habitants
montent à bord, commettent mille petits larcins. Un raid à terre leur apportera la terreur : sept naturels de cette «
île des Larrons » seront massacrés. Après dix jours de navigation, la flottille atteint l'île de Samar aux Philippines
(16 mars). Cette fois, les rapports sont bons avec les indigènes, et Magellan entreprend leur conversion : le roi et
la reine de Cebu acceptent de se faire baptiser (14 avril), ainsi que de nombreux sujets (cependant, un village
récalcitrant sera brûlé...). Il ne restera plus, tâche aisée, qu'à faire jurer aux néophytes « fidélité » au grand
souverain d'Espagne. Mais, de ce fait, Magellan doit assurer des responsabilités dans des querelles locales : un
vassal rebelle règne sur la petite île voisine de Mactan. Magellan y débarque avec 59 hommes. Les insulaires
contre-attaquent vivement les intrus, qui sont submergés. La chronique d'Antonio Pigafetta apporte des
précisions essentielles sur cet épisode : les guerriers de Lapu-Lapu s'étaient eux-mêmes confectionnés des
boucliers en bois extrêmement dur, résistant aux arquebuses, tout ens'armant de flèches empoisonnées dont le
venin avait un effet quasi-immédiat.Le 27 avril, Magellan est atteint à la jambe. Alors, « un Indien lui jeta une
lance de canne envenimée au visage qui le tua tout raide ».

Les rescapés reprennent leur périple ; il ne reste que 113 hommes, nombre insuffisant pour assurer la manœuvre
de trois vaisseaux. Le 2 mai 1521, la Concepción est brûlée devant l’île de Bohol. Le Basque Juan Sebastián de
Elcano (1476-1526) impose son autorité. La Victoria et la Trinidad prennent le large début mai, font escale à
Palawan pour s’approvisionner en riz puis gagnent à la mi-juillet la ville de Brunei, dans le Nord de l’île de
Bornéo, pour une escale riche en péripéties. Les Moluques sont atteintes en novembre. Mais la Trinidad n'est
bientôt plus en état de poursuivre sa navigation : de longues réparations lui sont nécessaires, et elle sera
capturée plus tard par les Portugais. À partir du 12 décembre1521, Elcano revient sur la petite Victoria. En mai
1522, il réussit à franchir le cap de Bonne-Espérance, atteint le Cap vert le 9 juillet 1522et parvient à Sanlúcar le
6 septembre. Le premier tour du monde a demandé presque trois années. Dix-huit hommes parvinrent à revenir à
Séville.

Magellan a ouvert la voie des tours du monde. Cinquante-huit ans après son départ, c'est au tour du corsaire et
explorateur britannique Francis Drake d'effectuer la seconde circumnavigation de l'histoire, en 1577. Et il faut
attendre encore deux siècles pour voir le navigateur Louis-Antoine de Bougainville réaliser le premier tour du
monde officiel français, en 1766, avec une visée scientifique cette fois. Côté français, Bougainville avait
cependant été précédé par Richard de Normandie, un charpentier engagé dans l'expédition Magellan. Ce n'est
qu'à partir du XIXe siècle que le tour du monde, qui consiste à partir et revenir à un même point en allant toujours
dans le même sens, est envisagé en tant qu'exploit. Après la circumnavigation, il sera réalisé en vélo, en moto, à
pied, en aéronef ou en avion. Le XXe siècle, entre phénomène des backpackers et engouement pour des
épreuves comme le Vendée Globe, achèvera lui d'institutionnaliser ce qui, longtemps, n'avait même pas semblé
envisageable.