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Jules Supervielle : poète

intime et légendaire :
exposition du centenaire :
Bibliothèque nationale, [12
décembre] [...]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


. Jules Supervielle : poète intime et légendaire : exposition du
centenaire : Bibliothèque nationale, [12 décembre] 1984-[8
janvier 1985, Paris] / [catalogue par Florence de Lussy et Michel
Brunet]. 1984.

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JULES SUPERVIELLE
POÈTE INTIME ET LÉGENDAIRE

Bibliothèque Nationale
1984
[texte manquant]
JULES SUPERVIELLE
POÈTE INTIME ET LÉGENDAIRE
Couverture : Portrait de JulesSupervielle,
eau-forte par Fernand Sabatté (cf. n° 50).
JULES
SUPERVIELLE
POÈTE INTIME ET LÉGENDAIRE

Exposition ddu centenaire

Bibliothèque Nationale
1984
Cette exposition a été conçue par Florence de Lussy, conservateur au
Département des Manuscrits. La rédaction du catalogue a été asssurée par
Florence de Lussy, avec le concours de Michel Brunet.

Salon d'honneur
12 décembre 1984 –
8 janvier 1985

CD Bibliothèque Nationale, Paris, 1984.


« Phot. Bibl. Nat. Paris »

ISBN 2-7177-1708-0
:
Prix de vente 110 F
LISTE DES PRÊTEURS

I. COLLECTIONS PUBLIQUES

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet

Bibliothèque de la Ville de Vichy

Bibliothèque – Musée de l'Opéra

Fondation Saint-John Perse

Société des Comédiens français

II. COLLECTIONS PARTICULIERES


:
– Famille Supervielle Mme Bertaux, Mme David, Mme Paseyro,
MM. Henri, Jean et Jacques Supervielle.
– M. Marcel Arland
– M. Pierre Bertaux
– M. et Mme Fenosa
– Mme Maurice Jaubert
– Mme Darius Milhaud
– M. et Mme Frédéric Paulhan
– Mme Rouart-Valéry

Mme Anne-Françoise Roy
– M. Henri Sauguet
AVANT-PROPOS

Un :
paradoxe entoure la réputation de Jules Supervielle son nom est pré-
sent dans toutes les mémoires mais son oeuvre est méconnue. Elle émane, dit-
on communément, d'un homme charmant qui prononce en chuchotant des
paroles délicates. C'est méconnaître la violence contenue d'un tempérament
qu'une lecture plus attentive fait aussitôt apparaître.
Toutjeune il s'effraya de son étrangeté, n'osant rencontrer son regard dans
une glace. Adolescent, ce fut un cavalier fougueux qui s'élançait en galops
éperdus dans la pampa uruguayenne. C'est là que s'imprima en lui cette dé-
couverte que l'immensité de l'espace oppresse autant que la réclusion.
Rien de cette violence ne se laisse devinerà la lecture des premiers recueils
de poésie au conformisme apparent et voulu. Mais, au début des années 20, il
découvrit un ouvrage d'astronomie qui mettait à la portée du grand public les
découvertes les plus récentes dans ce domaine. Le choc de cette révélation fut
décisif, délivrant en lui l'audace de l'esprit et la puissance des images.
C'est alors, en effet, qu'il s'ouvrit à l'ubiquité dans le temps et dans l'es-
pace, s'exerçant à la libre circulation des images entre les deux infinis (« nuit en
moi, nuit au dehors »), dont l'humain représente la fragile frontière. Cette
confusion des domaines revêt chez lui le beau nom de « porosité ». Le recueil
Gravitations, en 1925, fut la conséquence de ce coup d'état intellectuel.
Mais il paya chèrement ces échappées dans des domaines interdits. Né
vulnérable, il fit en sorte de le devenir encore plus :
« Pour avoir mis le pied
Sur le coeur de la nuit
Je suis un homme pris
Dans les rêts étoilés.
[...]
Et même mon sommeil
Est dévoré de ciel. »
En effet, tout est blessure pour ce familier des nébuleuses et des étoiles,
celles qui meurent et celles qui surgissent dans leur jeune et violent éclat à des
;
années-lumière de distance pour cet arpenteur du ciel, « loin de l'humaine
saison ».
Les angoisses qui l'habitent depuis son enfance (n'a-t-il pas perdu tragique-
ment ses parents l'année même de sa naissance ?) vont grandissant. Et la scan-
sion irrégulière d'un coeur qui souffre d'arythmie, les accentue encore ; elles
hantent les nuits d'insomnie durant lesquelles il compose les poèmes du
Corps tragique. Qu'on prenne garde, cependant : il s'agit là d'un tragique appri-
voisé par l'humour, étouffé sous l'apparente distraction et le détachement de
cette voix.
Etranger aux modes et aux débats littéraires, Supervielle a frayé les voies
d'une poésie radicalement nouvelle, mais sans tapage. Rêveur forcené, certes,
:
soucieux pourtant d'une certaine continuité, il prend nettement ses distances
par rapport au Surréalisme
« Je n'aime pas le rêve qui s'en va à la dérive (j'allais dire à la dérêve). »
Avec une discrétion exemplaire, ce poète à pris en charge nos angoisses
d'hommes du XXe siècle auxquels l'avancée prodigieuse de la science a
rappelé le règne éphémère et l'équilibre précaire du phénomène humain.
Enfin, en s'efforçant de concilier la modernité et le classicisme,Supervielle
a su dégager la prosodie des entraves les plus contraignantes de la tradition,
sans désarticuler la langue ni verser dans l'incohérence.
Il convenait, à l'occasion du centenaire de sa naissance, de rétablir à sa
juste place un très grand poète dont l'extrême discrétion a pu, un temps, faire
oublier le message. Son chant très humain, simple mais raffiné, tremblé mais
pur, est un modèle d'élégance ouverte à toutes les nuances, et d'élévation
morale.

André MIQUEL
Administrateur général
de la Bibliothèque Nationale
PRÉFACE

Cent ans après la naissance de Supervielle et un quart de siècle après sa


mort, le chant qui s'élève de son oeuvre garde, dans son humanité, dans sa
beauté voilée, une justesse incomparable. Aussi, le poète qui, de son vivant, se
montra si attentif à la distance – celle de l'espace, celle de l'exil, celle de la soli-
tude –, maintenant qu'il est pris dans la distance absolue de la mort, nous
demeure-t-il, cependant, étrangement et familièrement proche.
Dans son enfance orpheline, Jules Supervielle, privé de père et de mère, ne
se rêva-t-il pas enfant de l'espace (de la pampa, de l'océan, du ciel, de la nuit) ?
Par ailleurs, selon un mouvement complémentaire, l'orphelin, s'il se plaçait
sous la protection familière du cosmos, dut sans doute éprouver le besoin de
protéger à son tour la solitude et la fragilité des autres (des choses aussi bien
que des êtres). Ainsi, l'enfant pourra-t-il tisser des liens entre sa propre
solitude et celle de tel cheval, de tel oiseau ou encore de tel arbre au loin ou
même de quelque animal préhistorique de tous oublié tout au fond du temps.
Il faudra, semble-t-il, au poète un assez long détour avant de retrouver, et
de nous restituer alors avec quelle grandeur, ces évidences qui purent éclairer
son enfance.
De ses débuts littéraires, assez proches à la fois de l'Unanimisme et de
l'Ecole fantaisiste, il gardera, avec le sens d'une âme universelle formée de
toutes les vies comme de toutes les étoiles, l'habitude d'un sourire léger pour
témoigner des choses graves. Mais, au vrai, le poète mènera sa quête et son
chant loin de ses premiers pas, de ses premiers vers. Sa poésie apprendra à
gagner le large, à joindre la haute mer où toutes limites à l'horizon comme en
profondeur semblent abolies. Sur un ton à la fois retenu et ailé, tendre et
moqueur, gauche et majestueux, il chantera aussi bien les Gravitations de
l'univers que le Forçat innocent qu'est l'homme, aussi bien Les Amis inconnus
que La fable du monde.
Dans l'arche de ses poèmes, il embarquera, pour les sauver du néant, tous
les passagers du cosmos. Et, en même temps qu'il rendra poreuse la frontière
entre le poète et ceux qui l'entourent, il soulignera pourtant les distances d'es-
pace, de temps ou d'existence, entre des figures qu'il a voulu fabuleusement
fraternelles. Sans doute, aura-t-il dû ce sens à la fois charnel et métaphysique
de la distance (tantôt exaltée et tantôt effacée) à son expérience de fils de deux
continents : l'Europe et l'Amérique.
Il devra encore à cette double appartenance son sentiment de l'exil, senti-
ment qu'il ressentira avec une particulière angoisse lorsqu'il sera séparé de
notre pays occupé par les nazis. Revenu en Amérique latine, il écrira alors ses
Poèmes de la France malheureuse. L'humour tendre si souvent inscrit en fili-
grane dans ses strophes fera place à une voix douloureuse et blessée.
Malgré ce temps de l'abîme, le poète retrouvera sa confiance en l'homme
et, plus généralement, en l'univers. Quelle que soit en définitive la fragilité de
l'un et de l'autre, le poème ne demeure-t-il pas lieu de leur transfiguration
radieuse ?
Dans son dernier recueil, Le corps tragique, Jules Supervielle s'interroge :
L'univers fait un faible bruit
Est-ce bien lui à oreille ?
mon
Comme nul autre, il aura su écouter, de la même oreille merveilleusement
attentive et bienveillante, battre son coeur (le coeur de l'homme) à l'unisson
du coeur de l'univers. Cela ne l'incitera jamais à hausser le ton, à risquer l'em-
phase ou l'énigme.
« Le poème, déclare-t-il, ne doit pas être un rébus, que le mystère en soit le
parfum, la récompense. Je me suis toujours refusé, pour ma part, à écrire de la
poésie pour spécialistes du mystères ». Il ajoutait : « le conteur surveille en moi le
poète e », enfin il faisait cette confidence : « . Je suis d'une famille d'horlogers, je
tiens à ce que mes poèmes soient bien agencés ». Ainsi, poète, conteur et drama-
turge également admirables, se voulait-il, d'abord, artisan du langag ; la
modestie et la probité de l'artisan ne diminuant en rien en lui l'« immensité
intérieure ». Tout au contraire, le sens du conteur et la maîtrise de l'horloger lui
ont permis de rendre communicable cette « immensité intérieure e » du poète, de
nous la faire partager comme une évidence quotidienne.
Sa poésie nous invite à Boire à la source (selon un de ses titres). Elle incarne
cette osmose de l'univers et de l'homme que notre société moderne tend à
nous faire oublier. Elle nous rend sensibles la continuité de notre être et
du cosmos, l'analogie du microcosme qu'est notre corps et du macrocosme du
monde.
« C'est beau d'avoir donné visage
A ces mots : femme, enfants
Et servi de rivage
A d'errants continents.

C'est beau, cher Supervielle, a-t-on envie de répondre par-delà le silence de


la mort, c'est beau d'avoir été ce poète qui donna aux mots un visage si vrai
qu'ils continuent à nous hanter comme des êtres que nous aimons.

Georges-Emmanuel CLANCIER
CHRONOLOGIE

La vie de Jules Supervielle est transparente ; il ne s'y passa rien – si l'on


excepte le drame de sa petite enfance – qui valût la peine d'être conté ; elle est
seulement ponctuée, à intervalles réguliers, par ses voyages en Uruguay, ses
séjours à Port-Cros et les dates de ses publications successives.

1817 18fév. Naissance de Romain Supervielle, grand-père paternel du poète.


1824 Naissance de la grand-mère paternelle, Anne Etcheun.
1852 Naissance de Jules Supervielle, père du poète.
1856 Naissance, à Montévidéo, de Marie Munyo, fille de basques français,
mère du poète.
1879 6 nov. Naissance de Louis Supervielle, cousin du poète, fils de Bernard,
le fondateur de la Banque Supervielle.
1884 16 janv. Naissance, à Montévidéo, du poète.
1884 Août. Premier voyage en France (Oloron-Sainte-Marie). Mort de ses
parents.
1889- Enfance heureuse à Montévidéo chez son oncle et sa tante.
1894
1894- Paris. Etudes à Janson-de-Sailly (de la 6e au baccalauréat).
1902
1901 Brumes du passé [poèmes].
1902 Il obtient son baccalauréat.
1903 Etudes, menées sans goût, de droit et de sciences politiques. Travaille
les langues étrangères (anglais, italien, portugais.)
Il passe toutes ses grandes vacances en Uruguay.
1904 Service militaire en France. Sa santé s'affaiblit. Il est versé dans
l'auxiliaire.
1906 Licencié ès-lettres (mention espagnol), en un an.
1907 18 mai. Mariage avec Pilar Saavedra. Voyage au Chili. Séjour d'un an à
l'« estancia Agueda ».
1908 Naissance d'Henri.
1909 Installation à Paris, 47, boulevard Lannes. Il y vivra 25 ans.
1910 Comme des voiliers [poèmes].

1914 Août. Il est affecté à l'intendance, dans le service auxiliaire.


1915 Mars. Travaille au Ministère de la guerre (2e bureau, contrôle postal)
jusqu'à la fin des hostilités.
1919 Janv. Les Poèmes de l'humour triste.
Mai. Poèmes, chez Figuière.
Fait la connaissance d'André Gide et de Jacques Rivière.
1919 (fin) – 1920 (début) Séjour en Uruguay, à l'« estancia Agueda ».
1920 Avril. Trois poèmes paraissent à la N.R.F.
1922 ou 1923 Fait la connaissance d'Henri Michaux.
1922 Mars. Débarcadères [poèmes].

1923 Mai. Se lie intimement avec Max Jacob et Marcel Jouhandeau.


Oct. L'Homme de la Pampa [roman].

1924 10 juil. Départ pour l'Uruguay.


1925 Fév. Retour en France.
Août. Séjour à Port-Cros. Il y retournera chaque été jusqu'à la guerre.
Sept. Gravitations, poèmes.
1926 Oct. Le Voleur d'enfants [roman].
1927 Juil. Oloron-Sainte-Marie [poèmes].

Séjour à Marseille. Compose les poèmes de Saisir.
La Piste et la mare [nouvelle].
1927 ou 1928. Devient l'ami de Jean Paulhan, puis, bientôt après, de Marcel
Arland.
1928 Oct. Le Survivant [roman].
Déc. Saisir [poèmes].
1930 Janv. Le Forçat innocent [poèmes].
20 fév. Départ pour l'Uruguay.
8 juin. Quitte Montévidéo. S'arrête à Rio de Janeiro pour voir Alfonso
Reyes.
Nov. Victoria Ocampo fonde à Buenos Aires une revue, Sur.
Trois mythes [contes].
Déc. L'Enfant de la haute mer [contes].
1931 Mi-mars –
mi-avril. Séjour à Port-Cros.
1932 La Belle au bois [théâtre].
1933 Janv. Dit avoir terminé Bolivar [théâtre].
Juin. Boire à la source. Première version, complétée plus tard.
Oct. Travaille encore Bolivar.

1934 Mars. Bolivar en lecture à la Comédie-Française.


Fin mars. Séjour à Port-Cros.
Adapte As you like it de Shakespeare.
Projet de pièce tirée du Voleur d'enfants, à la demande de Louis Jouvet.
Eté. Vacances catalanes à Tossa del Mar.
Mai. Les Amis inconnus [poèmes].
1935 Avril. Séjour à Port-Cros.
Août. Séjour à Mirmande (Drôme).
Traduit Federico Garcia Lorca.
Comme il vous plaira, adapté de Shakespeare.
1936 1ermars. Bolivar est joué à la Comédie-Française.
Eté. Voyage en Uruguay avec Henri Michaux, à l'occasion d'un congrès
international des PEN-clubs.
1938 Mars. L'Arche de Noé [contes].
Sept. La Fable du monde [poèmes].
1939 2 août. Départ pour l'Uruguay. Il y restera près de 7 ans, habitant chez
l'une des cousines Saavedra.
1940 Fin. La Banque Supervielle périclite. Le poète se croit ruiné ; mais les
siens ne l'abondonnent pas et l'Etat uruguayen lui marque sa
reconnaissance.
1941 Mars. Passe quinze jours chez Victoria Ocampo, à Mar del Plata.
Nov. Les Poèmes de la France malheureuse (1939-1941) paraissent à
Buenos Aires.
1942 Juin. Le Petit bois et autres contes paraissent à Mexico.

1943 Avril. S'installe pour plusieurs semaines à Carrasco, aux environs de


:
Montévidéo. Sa santé est mauvaise sa tachycardie se complique
d'arythmie et ses poumons sont atteints.
1944 Juin. La Belle au bois [nouvelle version].
1945 Déc. 1939-1945, poèmes.

1946 Avril. Supervielle regagne la France. Il a été nommé attaché culturel


honoraire de l'Uruguay en France.
Oct. Orphée et autres contes.
1947 Mai. A la nuit [poèmes].
Choix de poèmes.
1948 17 juil. Création de Shéhérazade à Avignon.
15 oct. Le Voleur d'enfants est joué au Théâtre de l'OEuvre.
1949 Obtient le Prix des Critiques.
Mars. Oublieuse mémoire [poèmes].
1950 12 mai. Représentation de Bolivar à l'Opéra, avec une musique de
Darius Milhaud et des décors de Fernand Léger.
1951 Janv. Naissances, poèmes.
1952 6 nov. Robinson au Théâtre de l'OEuvre.

1953 Oct. La Belle au bois [3e version].


1955 Reçoit le Grand Prix de Littérature de l'Académie française.
Avril. Le Jeune homme du dimanche et des autre jours, roman.
1956 Juin. L'Escalier, nouveaux poèmes.
1959 Sept. Les Suites d'une course., théâtre. [1re représentation en 1956].
Le Corps tragique, poèmes.
1960 30 avril. Ilest nommé « Prince des Poètes ».
17 mai. Il meurt dans son appartement du 15, quai Louis-Blériot.
CHAPITRE I

« Moi de Montévidéo »

ORIGINES – ENFANCE
JEUNESSE ET VIE FAMILIALE

« J'ai », écrit Supervielle


du sang basque par ma mère, béarnais par mon père e
dans Boire à la source. Mais comme de nombreux ressortissantsde ces provin-
ces pyrénéennes, sa famille avait traversé l'océan pour chercher fortune en
Argentine ou en Uruguay.
Deux frères Supervielle avaient épousé deux soeurs Munyo, et, l'année
même de la naissance du poète, en 1884, les deux jeunes ménages étaient arri-
vés joyeusement des Amériques pour faire « leur "Tour de France", comme on
dit au Pays Basque ». Mais les festivités furent brutalement interrompues par le
décès, à huit jours d'intervalle, de la mère puis du père de Jules Supervielle
ceux-ci avaient, dit-on, bu de l'eau à un robinet vert-de-grisé. Orphelin à huit
mois, le poète passa sa petite enfance à Saint-Jean-Pied-de-Port chez sa grand-
mère maternelle,jusqu'à ce que son oncle Bernard vînt le chercher pour l'em-
mener vivre à Montévidéo avec ses cousins-frères et ses cousines-soeurs.
Son enfance fut choyée et radieuse. Il n'apprit son état d'orphelin que vers
l'âge de neuf ans. Il est hors de doute que cette horrible révélation explique
que le thème de la mort soit dominant dans son oeuvre poétique, et justifie la
multiplicité de ces êtres indécis, à demi-vivants, à demi-morts qui, telles les
« ombres » dans les Enfers antiques, peuplent ses contes.
« Et si nous regardions la vie par les interstices de la mort ? »

TABLEAU GÉNÉALOGIQUE de la famille Supervielle.

A Mme Bertaux-Supervielle.
L'arrière-grand-père du poète habitait déjà il
Oloron « où était venu de la
vallée d'Aure ». Le fils de ce dernier, qui était horloger-bijoutier, eut six
enfants, cinq fils et une fille.
Le deuxième fils, Auguste (né en 1849), « mourut de la fièvre jaune à Rio où
il était allé chercher [son frère] Bernard qui ne donnait pas de ses nouvelles ».
(Boire à la source.) Sur un coup de tête, cet oncle Bernard « s'était embarqué à
Bordeaux pour les Amériques, à quatorze ans, sans le sou et dans le silence.
»
(Id.) On l'avait retrouvé ; puis, après d'incroyables aventures, dont naufrage
un
au large de l'Afrique, il s'installa à Montévidéo. Il y fonda une banque et fit
rapidement fortune. C'est alors qu'il fit venir son frère Jules, le père du poète.

2
VUE D'OLORON, « prise de chez Mr Usse Marimpoey. » Lithographie par
Paul Gelibert. 1842. 29,5 x 42,5 cm.

B.N., Est., Va 64, tome IV.


« J'entre seul dans la chambre où moururent, il
y a plus de quarante ans, mon
père et ma mère. »(Boire à la source).
« .devant les pics d'Ossau, la Marie-Blanche n'est pas bien loin. On la voit
émerger d'une légère brume, brouillard familier qui se forme au-dessus des jolis
toits de la ville. »(Id.)

3
SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT. Basses-Pyrénées. Lithographie par Paul
Gelibert. 1832. 28,8x37 cm.
B.N., Est., Va 64, tome IV.
La grand-mère paternelle du poète, née Anne Etcheun (1824-1899), était
basque. Elle éleva le petit orphelin jusqu'à ce qu'il eût deux ans.
« Nous montons à Aradoy. A nos pieds, les fumées indolentes de la ville,
ancienne capitale de la Basse-Navarre [.] »(Boire à la source.)

4
MONTEVIDEO. « Vista general tomada del Cementerio nuevo. Vue
générale, prise du Cimetière neuf. » Dessin d'Adolphe d'Hastrel. Lithographie
par Eug. Cicéri. (Album de la Plata, n° 2.) 35,7x55 cm.
B.N., Est., Vd 23, T.8.
alors appelé "Banda oriental", constituait la grande vacherie de
« L'Uruguay,
Buenos-Ayres. »(Boire à la source.)
En 125 ans, en effet, les quelques bovins introduits en Uruguay étaient
devenus un immense troupeau de vingt-cinq millions de têtes.

5
JULES SUPERVIELLE, PÈRE. Photographie B. Loudet. Buenos Aires.
Famille Supervielle.
Les deux frères Jules et Bernard avaient épousé deux soeurs, Marie
et Marianne Munyo, d'origine basque.

6
MADAME JULES SUPERVIELLE, née Marie Munyo. Photograhie Chute
et Brooks. Montévidéo.
Famille Supervielle.
Les parents du poète sont alors jeunes mariés.
7
JULES SUPERVIELLE SUR UN TRICYCLE, à Saint-Jean-Pied-de-Port, à
l'âge de deux ans et demi. Photographie.
Famille Supervielle.

8
JULES SUPERVIELLE ET SON COUSIN LOUIS. Photographie. Montévi-
déo. Ca 1888.

Bernard Supervielle, qui recueillit l'orphelin chez lui, eut cinq enfants :
Famille Supervielle.

Louis, de trois ans plus âgé que Jules, puis quatre filles : Anita, Agueda, Blanca
et Violette.

9
MADAME BERNARD SUPERVIELLE, née Marianne Munyo. Photogra-
phie.
Famille Supervielle.
10
MADAME BERNARD SUPERVIELLE, avec trois de ses filles, Blanca,
Agueda et Violette. Photographie.
Famille Supervielle.

11
LIVRE DE FABLES. Carnet. Manuscrit autographe. Ca 1893. 35 ff. 173 x 120
mm.
Bibl. litt. J. Doucet, Ms. 2401.
Ce carnet de moleskine noire a été placé dans un étui cartonné recouvert
de mica et d'une soie peinte du XVIIIe siècle, laquelle provient de la collection
Rose Adler.
Destiné à des comptes domestiques, ce carnet fut utilisé par l'enfant pour
les cours de français qu'il prenait à la maison. Il était, en effet, élève d'une
école anglaise et parlait espagnol avec ses camarades.
Puis le jeune garçon inscrivit en première page :
« Livre de Fables/de Jules Supervielle/ Préface.
Je vais faire un petit ouvrage court et pas très bien fait. Mais aussi c'est fait par un
petit enfant de l'âge de neuf ans ; vous voyez ; il n'est pas trop âgé mais ça va être
une chose qu'on peut appeler une bonne chose. »
Suivent deux fables. En tournant les pages, aux feuillets 14v-16, on
découvre une série de quatrains en langue espagnole, intitulée : « Chanzas del
gaucho oriental/ J.L. Supervielle e », qui laissent pressentir une vocation de
poète :
« Debajo de mi almohada
Tengo un puñal escondido
Para quitarte la vida
Si no te casas conmigo. »
[...]
« Cuando pasé por tu casa
Me tiraste un limón
El limón cayó en mis pies
Y et jugo en mi corazón. »

12
JULES SUPERVIELLE sur une terrasse à Montévidéo, à l'âge de 13 ou 14
ans. Photographie.
Famille Supervielle.
« ... je me souvins du jour (je devais avoir neuf ans) où une amie de ma tante,
que j'avais toujours prise jusqu'alors pour ma mère, lui dit :
– Dis donc, Marie-Anne, c'est le fils de ta soeur ce petit ? »(Boire à la source.)

13
« OLORON-SAINTE-MARIE ». Brouillon du poème. Manuscrit autographe.
Ca 1927. 1 f.
B.N., Mss.
Jules Supervielle et son cousin Louis (n" 8).
« Comme pères, les Pyrénées écoutent aux portes
du temps de mes
Et je me sens surveillé par leurs rugueuses cohortes.
Le gave coule, paupières basses, ne voulant faire de différence
Entre les hommes et les ombres. »

14
LYCÉE JANSON-DE-SAILLY. Photographies de classes.
1. Année 1894-1895.
2. Année 1898-1899.

Famille Supervielle.
De dix à dix-sept ans, juqu'à l'année de philosophie, Jules Supervielle fit
ses études dans ce lycée, retournant en Uruguay pour les grandes vacances.
J'avais dix ans quand je vis Paris pour la première fois. Je fus déçu. Le petit
«
barbare que j'étais alors s'attendait à une sorte de gigantesque Luna-Park. Et voi-
là que Paris ne m'offrait que les bancs tachés d'encre du lycée Janson. »

15
JULES SUPERVIELLE pendant son service militaire, entouré de deux cama-
rades. Photographie Perrot. Fontainebleau.
Famille Supervielle.
L'un des deux autres jeunes hommes est Maurice Guillaume dont
Supervielle demeura longtemps l'ami.

16
JULES SUPERVIELLE ET PILAR SAAVEDRA, jeunes mariés, assis sur la
plage de « Punta del Este ». Ca 1909. Photographie.
Famille Supervielle.
« ... les merveilleuses plages de la capitale [...] Carrasco, Piriapolis, Punta del
Este ». (Boire à la source.)
Jules Supervielle avait épousé le 18 mai 1907 Pilar Saavedra, née comme
lui à Montévidéo. Le grand-père de sa femme, l'amiral Barrozo, était d'origine
portugaise et avait fait carrière au Brésil. S'étant opposé au gouvernement de
l'empereur Pierre II, il s'exila en Uruguay.

17
« LA QUINTA » à Montévidéo. Photographie.

Famille Supervielle.
C'était la maison de vacances que possédait la famille Saavedra dans le
quartier résidentiel de Montévidéo, la demeure principale étant située au
coeur de la capitale. La femme de Jules Supervielle y connut une jeunesse heu-
reuse entourée de ses quinze frères et soeurs.
Ce terme de « La Quinta » est un terme générique désignant les grandes vil-
las des alentours de la capitale.
Pilar et Julio jeunes mariés (n° 16).

18
PILAR SUPERVIELLE, âgée d'une trentaine d'années. Photographie G.L.
Manuel Frères.
Famille Supervielle.
Son visage très purement dessiné était d'une exceptionnelle beauté.

19
« COEUR ». Poème dédié à Pilar. Manuscrit autographe. Ca 1927.

B.N., Mss.
Ce poème ouvre le recueil Saisir :
« Beau visage de femme,
Corps entouré d'espace,
Comment avez-vous fait,
Allant de place en place,
Pour entrer dans cette île
Où je n'ai pas d'accès. »

« plusieurs fois Saint-Léger Léger à qui j'ai lu Coeur, – écrit Supervielle


J'ai vu
à Paulhan en septembre 1928 –. Il me le demanda pour Commerce mais je lui dis
que ce poème je vous l'avais promis pour la N.R.F. »
Saisir parut, en effet, à la fin de cette même année, (voir n° 75).
20
PILAR SUPERVIELLE tenant son fils aîné, Henri, dans ses bras. 1908. Photo-
graphie.
Famille Supervielle.

21
PILAR SUPERVIELLE avec ses deux aînés, Henri et Denise, à Vaucresson.
Photographie. 1912.
Famille Supervielle.

22
JULES SUPERVIELLE, de profil. Ca 1910. Photographie.
Famille Supervielle.

23
JULES SUPERVIELLE. Ca 1912. Photographie.
Famille Supervielle.

24
JULES SUPERVIELLE, sa femme et leurs cinq aînés. Ca 1923. Photographie.
Famille Supervielle.

25
JULES SUPERVIELLE ET SA FILLE DENISE. Orléans. 1936. Photogra-
phie.
A Mme Bertaux-Supervielle.
CHAPITRE II

« Je faisais corps avec la Pampa


qui ne connaît pas la mythologie »

L'HORIZON ILLIMITÉ
DE L'URUGUAY
ou
LE MONDE DE SENOR GUANAMIRU

Une enfance sud-américaine, de longues vacances à l'« estancia Agueda »


lors de l'adolescence, puis des séjours en Uruguay espacés régulièrementjus-
qu'à ce dernier séjour qui se prolongea six années, de 1939 à 1946, du fait des
événements de guerre, firent de Jules Supervielle un homme écartelé entre
deux patries. Il ne quittait pas l'une sans immédiatement regretter l'autre, tou-
jours en proie au mal du pays. Ces déracinements successifs, longuement dis-
tillés par l'enivrante monotonie de la mer qu'un paquebot franchissait en 30
jours, imprimèrent dans son âme le sentiment d'être ce « hors-venu e », surgi des
brouillards de la mer ou des lointains de la pampa, dont on ne sait d'où il vient
ni où il va.
Il « était devenu une étonnante machine à rêve comme ceux qui ont long-
temps habité la mer ou la pampa e », écrit-il dans Le Voleur d'enfants. Et il avait
contracté le mal du désert, « affection provoquée par une immense oisivité dans
la campagne sans limites », et qui le troublait « même durant les galopades dé-
sordonnées où il se fuyait éperdument. » (L'Homme de la Pampa.)
Engendrées par ces terres nues et livrées aux rages du « pampero », vio-
lence, frénésie, dilatation de l'imaginationjusqu'aux frontières de la déraison
assaillent sa poésie, tout d'abord d'une manière possessive et éclatante,
comme dans les « Poèmes de Guanamiru » (Gravitations), puis par percées
brusques, effractions tumultueuses qui, dans le chuchotement des mots de
tous les jours, rappellent l'existence des grandes peurs paniques.
A. PAYSAGES ET TYPES DE L'URUGUAY

26
PEDRO FIGARI. L'Ombú dans la Pampa. Huile sur toile. 78x58 cm.
Collection particulière.

« L'ombú [.] a en Uruguay une importance presque nationale. On aurait pu


aussi donner son image sur les timbres-poste. C'est un arbre grave, souvent
énorme, aux racines en partie apparentes [...]. Il lui faut à lui seul donner de
l'ombre aux hommes comme aux chiens et aux chevaux, sellés ou non, qui atten-
dent patfois durant des heures avec la patience des os sous la terre. [...] faut-il dire
que le plus bel arbre indigène de l'Uruguay est fait d'un bois presque spongieux,
que son tronc est creux et qu'il appartient à la famille des herbacées ! C'est une
espèce d'herbe monstrueuse, une simple tentative d'arbre, mais il tient admirable-
ment le sol, et je n'en vis jamais de déraciné. »(Boire à la source.)

27
UN GAUCHO. Carte postale, adressée de République argentine à l'écrivain
guatémaltèque Miguel Angel Asturias.
B.N., Mss, Fonds « Miguel Angel Asturias ».
« Les rares gauchos rencontrés sur les pistes, les bêtes de la campagne n'atten-
taient pas à son désir d'isolement. Ils faisaient partie intégrante de la campagne
américaine, de son mutisme, de son grand corps aveugle. »(Le Survivant.)
« De l'action violente au rêve pur le gaucho passe avec la plus grande aisance.
[.] Il mâche de l'espace, et à des doses si fortes qu'il lui tient lieu de
haschich. »(Boire à la source.)

28
SCÈNES ET PAYSAGES DE LA PAMPA URUGUAYENNE. 6 cartes
postales anciennes.
Famille Supervielle.

29
L'« ESTANCIA ÁGUEDA ». Photographie par Gisèle Freund.
Famille Supervielle.
On devine sur la droite la silhouette de Supervielle.
Celui-ci connut longuement la vie d'un « estanciero ». Il passa toutes ses
vacances d'enfant et de collégien à l'« estancia Agueda », propriété que possé-
dait sa famille à l'intérieur des terres. Jeune marié, il y vécut un an. Il y sé-
journa encore plusieurs mois en 1920, et il ne manqua jamais d'y retourner
lors de ses voyages ultérieurs.
:
C'est ainsi qu'il écrit à Paulhan lors du séjour qu'il effectua en Uruguay en
1936 en compagnie du poète Henri Michaux
L'Estancia Agueda (n° 29). CD Photo Gisèle Freund.

« Nous sommes allés hier avec Michaux voir l'estancia Agueda, qui est celle de
mon enfance, la Pampa de Débarcadères, de Guanamiru [héros de
L'Homme de la Pampa] et du Survivant. A 4 heures de Montevideo il
y a là des
coins ou plutôt des surfaces absolument sauvages [.]. L'estancia est bordée par le
large fleuve du Santa Lucia et par le Rio de la Plata. Et avant d'atteindre la rive il y
a une zone d'arbres indigènes, des cactus-chandeliers, d'arbustes épineux où l'on
trouve encore des chats-tigres comme avant l'arrivée de Colomb. Cela est extraor-
dinairement sud-américain. »

30
EXPOSITION PEDRO FIGARI. Musée national d'art moderne. Paris. 1960.
[Catalogue. Introduction de Jean Cassou. Avant-propos de Jules Supervielle.]
In-4 °.

B.N., Impr., 4° V. 21902.


Ecrivain et homme politique uruguayen, Pedro Figari (1861-1938) possé-
dait au plus haut point l'amour de son pays. Et c'est avec le souci de préserver
la mémoire des types, moeurs et coutumes de l'Uruguayqu'il décida, tard dans
sa vie, de s'adonner à la peinture.
André Lhote fit le compte rendu à la N.R.F. d'une première exposition
:
parisienne en 1923. Il exposa ses oeuvres une nouvelle fois en 1925 et
Supervielle écrit à ce sujet à Valery Larbaud
« Mon excellent ami Pedro Figari, peintre et correspondant de la Naciôn de
Buenos Aires, fait actuellement une exposition de tableaux à la Galerie Druet, 20
rue Royale. [.] j'estime profondément que l'auteur de Barnabooth doit voir ces
tableaux dont les sujets sont si authentiquement sud-américains et la peinture infi-
niment suggestive. »
31
PEDRO FIGARI. Scène de commérages. Huile sur toile. 68x48 cm.
A Mme Paseyro-Supervielle.
Cette peinture naïve enchante par la vivacité des couleurs, ordonnées ici
autour de la robe jaune serin d'une négresse dodue, personnage central de la
scène.
« De nosjours, les nègres sont très peu nombreux dans mon pays natal. Ils sont
même si rares qu'ils ont pu presque tous se réfugier merveilleusement dans les
tableaux de Figari. »(Boire à la source.)

B. L'URUGUAY DANS L'OEUVRE


DE SUPERVIELLE

32
GABRIEL BOUNOURE. Lettre à Jules Supervielle. Guéret, s.d. »[ca 1922.]
Famille Supervielle.
Gabriel Bounoure compta parmi les tout premiers admirateurs du poète. Il
n'eut de cesse qu'il ne réunît, deux ans plus tard, Supervielle, Max Jacob et
Marcel Jouhandeau à Guéret où il était en poste comme enseignant. (Voir
n° 157).

:
Dans cette lettre relative à Débarcadères, il s'émerveille, à juste titre, des
poèmes que Supervielle consacre à l'âme sauvage de l'Uruguay

« L'ampleur et la force du rythme, la fierté virile de l'accent, voilà ce qui m'en-


traîne avec vous au Paraguay [sic], dans la pampa, parmi ces harmonies rouges et
bleues, sous le soleil torride. »
Et de vanter « l'ampleur du verset e », « rythmée sur la houle et la pulsation
océanique. »
Composésprécisément à l'« estancia Agueda », lors des retrouvailles avec le
pays natal après la guerre, ces trois admirables poèmes que sont « Retour à :
l'estancia e », « Le Gaucho » et « La Piste e », offrent un exemple accompli du ver-
;
set chez Supervielle. La vision est nette, brûlante les images claquent le ;
rythme est ardent et serré. Il n'y a pas trace de ce vagabondage de la plume,
aux imperfections touchantes qui caractérisent certaines pièces nostalgiques
du poète, et que l'on aimerait comparer aux « divines longueurs » de Schubert.

« et les orages courts sont de brusques fêtes communes


[...]
où la pampa
roule ivre-morte dans la boue polluante où chavirent les lointains, »
33
LA PISTE ET LA MARE. Paris, Les Exemplaires, 1927. In-4°.
B.N., Impr., Rés. m. Y2. 891.
Avec cette nouvelle, la première qu'il écrivit, Supervielle reprend en prose le
thème de la piste « que mangent des foulées et des trous, / que tord la sécheresse
harassée d'elle-même. »
La langue est rude et poignante, comme l'histoire elle-même qui fait l'objet
de cette nouvelle.

34
L'HOMME DE LA PAMPA. Paris, Editions de la Nouvelle Revue Française,
1923. Petit in-4°.

B.N., Impr., Rés. p. Y2. 2050.


Le héros de ce livre, le senor Guanamiru, ressemble comme un frère à
Supervielle ; mais il ne symbolise que l'une des figures qui habitaient le poète,
la plus farouche, la plus tumultueuse, celle que guettaient les délires de l'ima-
gination.
Et c'est en partie pour tenter d'apprivoiser ces démons de son âme que
Supervielle composa cet ouvrage. Le petit texte placé en exergue est explicite
sur ce point :
« Rêves et vérité, farce, angoisse, j'ai écrit ce petit roman pour l'enfant que je fus
et qui me demande des histoires. Elles ne sont pas toujours de son âge ni du mien,
ce qui nous est l'occasion de voyager l'un vers l'autre et parfois de nous joindre à
l'ombre de l'humain plaisir. »
Supervielle soumit ce roman à l'écrivain qui, à cette époque, lui était le
plus cher et qu'il pensait être mieux à même que quiconque de comprendre
les excentricités de son héros : Valery Larbaud. Ce dernier répondit chaleu-
reusement, au grand soulagement de Supervielle qui lui écrit :
« Vous ne savez pas ce que vos pages représentent pour moi oi ! que de fois ne
me suis-je pas dit avant de publier quelque chose : « Ah ! si Larbaud pouvait aimer
ça ! Je saurais ensuite rêver tranquillement sur mes deux oreilles.»

35
MARCEL JOUHANDEAU. Lettre à Jules Supervielle. 14 décembre 1923.
Famille Supervielle.
Ami de fraîche date, rencontré chez Jacques Rivière, et déjà très séduit,

:
Marcel Jouhandeau écrit longuement à Supervielle qu'un article peu amène
de Paul Souday avait un peu ébranlé

« Savez-vous ce queje veux voir dans cet « homme de la Pampa » ! une illustration
extrêmement réussie des travaux psychologiques du siècle sur la perception aussi
bien intérieure qu'extérieure, sur sa nature, ses aberrations, ses indéfinissables
limites, son mystère. [.]
La fantaisie n'est bien souvent qu'un appareil de notre discrétion. Sans cet
appareil, Guanamiru n'eût pas été possible. Tout le poids de l'ouvrage ne lui vient-
il pas de ce que vous l'avez écrit contre vous ? Guanamiru n'est qu'une caricature de
Supervielle. On ne peut tout de même pas se moquer de soi sans un peu de faste,
sans un peu d'excès. [.]
Une caricature de soi par soi-même (voyez le dessin de Max en tête du Disque)
laisse apparaître tant de douleur par delà le sourire déchiré. »
Marcel Jouhandeau fait allusion au portrait de Max Jacob par lui-même
qui parut en tête du numéro spécial que lui consacra Le Disque vert (Cf. n" 72).

36
ANDRÉ FAVORY. Portrait-charge de Supervielle. Reproduction photogra-
phique.
Bibl. litt. J. Doucet, ING 442.
« la charge »
J'aimerais voir « de Favory reproduite en couleur et en relief sur la
couverture de Guanamiru e », écrit Marcel Jouhandeau dans cette même lettre à
Supervielle.

37
LE VOLEUR D'ENFANTS. Paris, Gallimard, 1926. In-16.

B.N., Impr., 8° Y2. 71928.


« J'ai porté près de trois ans ce livre, confie Supervielle à Valery Larbaud
– –,
je l'ai promené sur les mers et dans ma tête, je l'ai roulé au fond de moi. » Et il
continue, en donnant ces précisions drolatiques : « Oui Bigua [le héros du livre]
est un cousin de Guanamiru. C'est une espèce d'Homme de la Pampa renforcé par
le dedans (Il est deux fois Gua). »
Supervielle éprouvait une sorte de « tendresse-faiblesse » pour ce livre,
qu'il transposera pour la scène quelques années plus tard. (Cf. n° 130).

38
LE SURVIVANT. Paris, Editions de la Nouvelle Revue Française, 1928. Petit
in-4°.
B.N., Impr., Rés. p. Y2. 2049.
héros de ce roman est le
Le même colonel Bigua du Voleur d'enfants. Cet
ouvrage fait suite au précédent.

39
« LE SURVIVANT ». Brouillon. Manuscrit autographe, f.3.

Bibl. litt. J. Doucet, Ms. 2387.


Supervielle songe alors à intituler ce roman : « Etre de ce monde e », et ilnote
ces réflexions sur la page qui porte le titre :
« Quand j'ai laissé Bigua, le voleur d'enfants, nageant malgré lui derrière le
grand navire, dans le Haut-A Atlantique, j'ai bien cru qu'il ne reverrait jamais la terre
des vivants.
Et il fallait bien, n'est-ce-pas, le dire aux autres hommes qu'un des leurs [était] sur
le point de périr... »

40
URUGUAY. Frontispice de Daragnès. Paris, Emile-Paul Frères, 1928. In-8°.
(Collection « Ceinture du monde », publiée sous la direction de J.-L. Vaudo-
yer. 6e livre.)
B.N., Impr., 8° G. 11820 (6).
Le 8 mars 1928, Supervielle écrivait à Jean Paulhan :
« Pardonnez au voyageur » [il écrit de Berlin] et surtout à l'auteur d'Uruguay.
Ces pages promises à Europe pour une date beaucoup trop rapprochée pour ma
paresse et mes moyens prenaient toutes mes pensées. »

41
BOIRE A LA SOURCE. Confidences de la mémoire et du paysage. Paris, R.–
A. Corrêa, 1933. In-16.

B.N., Impr., 8° Y2. 79585.


Pour ce volume de souvenirs, Supervielle reprit les pages écrites pour Uru-
guay. Il y ajouta deux chapitres relatifs à son enfance (« Les Pyrénées » : « Saint-
Jean-Pied-de-Port » et « Oloron »).
Une nouvelle édition parut chez Gallimard en 1951, augmentée de plu-
sieurs chapitres : « Journal d'une double angoisse (1939-1946) », « Le Temps
immobile », « Les Bêtes e », complètent la section consacrée à l'Uruguay. Il y
adjoignit trois autres sections : « La traversée », « Carnet de voyage à Ouro-
Preto » et « Un voyage au Paraguay ».

42
RICARDO GÜIRALDES. Don Segundo Sombra. Traduction de l'espagnol
par Marcelle Auclair, revue par Jules Supervielle et Jean Prévost. Préface de
Jules Supervielle. Paris, Gallimard, 1932. In-16. (« La Croix du Sud e », collec-
tion dirigée par Roger Caillois.)
B.N., Impr., 16° Z. 4419 (5).
Ricardo Güiraldes appartenait à la grande bourgeoisie libérale de Buenos
Aires. Il subit comme ses compatriotes le « complexe de Paris », où il effectua
de nombreux séjours en riche amateur. Mais dès 1910, mû par un désir de
revenir aux sources, il entreprit de faire revivre la vie des gauchos dans la
pampa d'Argentine. C'est précisément l'objet de son roman, Don Segundo
Sombra, qui parut en 1926, après une longue gestation. Supervielle qui lui avait

:
écrit en 1923 pour le féliciter de son livre Xaimaca, fit sa connaissancel'année
suivante à Buenos Aires, ainsi qu'il l'écrit à Valery Larbaud
« En réalité ce qu'il y a surtout entre nous (et pour mieux nous unir) c'est un
ami de plus : Ricardo Güiraldes dont je viens de faire la connaissance à Buenos
Aires. étiez notre sujet d'entretien favori. »
Vous

Lors d'un dernier voyage en France, en 1927, Güiraldes, déjà très malade
(il était atteint d'un cancer), commence une longue agonie. Il meurt le 8
octobre. Supervielle est très affecté par sa mort. Il consacre à cet ami très cher,
à qui il avait dédié un poème de Gravitations (« 400 atmosphères »), un article
dans Europe et ; il
compose en guise de préface, un poème pour la traduction
française du roman fameux de Güiraldes.
Supervielle participa de près à la traduction de l'ouvrage, obéissant en cela
aux instructions de l'auteur : Marcelle Auclair et Jean Prévost établirent une
traduction littérale en consultant des lexiques spécialisés, puis le texte fut lu à
haute voix chez Adelina del Carril, la veuve de Güiraldes, devant Jules
Supervielle et Valery Larbaud.
Après la mort de Güiraldes, Supervielle assura auprès de Valery Larbaud le
rôle qu'avait tenu l'écrivain argentin : il le tenait au courant de la vie littéraire
en Amérique du Sud, lui parlant surtout des poètes.
43
« LE HORS-VEN ». Poème. Manuscrit autographe. 1 f.

B.N., Mss.
Dans son roman Don Segundo Sombra, Güiraldes avait usé d'un vocabu-
laire très recherché, d'une haute technicité (en ce qui concerne le monde du
cheval, par exemple), et il faisait fréquemment appel aux richesses des parlers
locaux. C'est ainsi que pour définir le gaucho, Don Segundo Sombra, il utilisa
un mot typiquement argentin : « pajuera » qui est la prononciation vulgaire de
l'expression « para afuera » ; et, par dérivation, il créa le mot « pajuerano ». Or
le terme « hors-venu e », qu'ignore la langue française, est calqué très précisé-
ment sur lui.
Ce terme tenait à coeur à Supervielle. Il l'utilisa maintes fois et composa
deux poèmes sous ce titre, dont celui-ci, qui est très justement célèbre.
Le « hors-venu e », c'était lui-même, dont l'âme vagabonde parcourait les
immensités célestes ou marines, ou ses propres abîmes intérieurs.
« On recevait, à côté de lui, même silencieux, les images de grandes étendues,
d'estuaires et de mers, et de plaines sans fin où l'on avance à cheval. »
(Henri Michaux, « Mil neuf cent trente, » N.R.F., 1er août 1954.)

44
« A RICARDO GÜIRALDES ». Brouillon du poème. Manuscrit autographe.
1 f.

B.N., Mss.
Composé en guise de préface, ce poème fut inséré dans le recueil de poè-
mes Les Amis inconnus.
« Sur un banc de Buenos Aires, sur un sol très lisse et long qui était déjà de la
plaine.
Et fumait de s'élancer dans toutes les directions,
Ils s'étaient assis, Ricardo Giiiraldes et quelqu'un d'autre qui le voyait pour la
première fois. »

45
LAUTRÉAMONT. Portrait. Dessin par Odilon-Jean Périer. In : Le Disque
vert, n° 3, « Le Cas Lautréamont », Bruxelles, 1925.
B.N., Impr., Rés. m. Z. 360.
Ce dessin parut en frontispice du numéro spécial que Le Disque vert, dirigé
par Franz Hellens (et, pour l'année 1925 seulement, par Henri Michaux), avait
consacré à Lautréamont. C'est Henri Michaux, révélé à lui-même par la lec-
ture des Chants de Maldoror, qui avait proposé ce numéro.
Supervielle composa à cette intention un poème devenu fameux « A :
Lautréamont. Poème de Guanamiru ». Repris dans Gravitations, il inaugure la
section des « Poèmes de Guanamiru e », dont le caractère non conventionnel
était apprécié d'une avant-garde à l'écoute du surréalisme naissant :
Je te rencontrais un jour à la hauteur de Fernando Noronha
«
Tu avais la forme d'une vague mais en plus véridique, en plus circonspect,
Tu filais vers l'Uruguay à petites journées.
Les autres vagues s'écartaient pour mieux saluer tes malheurs. »
Lautréamont et Laforgue, nés tous deux aussi à Montévidéo, ne pesèrent
pas du même poids sur le destin littéraire de Supervielle. Celui-ci se sentait de
très certaines affinités avec Lautréamont, comme il ressort de l'allocution qu'il
prononça à Montévidéo lors du dévoilement d'une inscription dédiée aux
deux poètes :
votre goût de la démesure et de l'énorme, par votre fougue, par votre
« Par
absence totale de modestie devant le sujet, par votre ton absolument nouveau dans
la littérature française, vous appartenez, cher Lautréamont, à un continent tout
neuf et qui est encore travaillé par la géologie. »

46
JULES LAFORGUE, de profil. Photographie. Collection Kahn.
B.N., Est., N2 suppl.

:
Dès 1919, Supervielle signifia son congé à ce poète, né comme lui à Monté-
vidéo, auquel il emprunta beaucoup
« – LAFORGUE, FURTIF NOURRICIER
VOIS-MOI, JE DÉPÉRIS, DAIGNE ENFIN ME SEVRER.
JE ME SENS EN CETTE SAISON
ASSEZ DE MÛRE DÉRAISON
POUR FAIRE UN POÈTE
A MA TÊTE.
[...]
SOUFFRE QUE JE SOIS SUPERVIELLE. »
(LES DITS MODERNES. VIENNE, AOÛT 1919.)
CHAPITRE III

« Plus de trente ans je me cherchai »

POÉSIE 1
UNE LENTE MATURITÉ

Un premier recueil, très mince, en 1901, composé à l'âge de 17 ans un ;


autre recueil, neuf ans plus tard, en 1910 (Supervielle a 26 ans) ; Les Poèmes de
l'humour triste, en 1919, suivis, quelques mois plus tard, par un recueil plus
important, Poèmes, jalonnent une longue recherche. Enfin, en 1922, un
ensemble de pièces à couleur exotique, Débarcadères, marque l'ultime avan-
cée d'un poète dans le domaine multicolore de ses souvenirs, avant que, brus-
quement, il ne mette au jour les secrets de son âme vacillante qui oscille entre
les deux nuits primordiales, celle du corps et celle du cosmos. Il écrit alors
Gravitations et il a 40 ans.
Cette lente maturation d'un poète présente un cas unique dans la littéra-
ture. Une complexion délicate, malgré une haute stature, un tempérament de
grand nerveux qui est à l'origine de ses troubles cardiaques, et même une pro-
pension à la neurasthénie, expliquent en partie le caractère conventionnel de
cette poésie (malgré d'éclatantes exceptions et l'existence de nombreuses
:
pièces laissant pressentir le ton et le timbre à venir.) Il s'en explique longue-
ment dans une lettre à René Etiemble
«… je crois que j'avais peur de tout ce qui était original en moi et le refusais

pour me rassurer dans le banal et le quotidien. La peur de la folie que j'ai connue
pendant la moitié de ma vie me faisait fuir les impressions étranges qui m'habi-
taient [...]. Mais malgré les apparences, j'étais déjà poète à 15 ans et même avant. »
D'autre part il fut élevé dans un milieu « fort bourgeois où les noms de Rim-
baud et de Mallarmé [étaient] parfaitement inconnus ». Pour s'éprouver dans
l'art de faire des vers, il lui manqua donc ces nourritures fortes qui l'eussent
aidé à dégager plus rapidement sa voix de poète. Mais il ne vint de lui-même à
Rimbaud que vers 35-40 ans : « Je trouvais tous ses vers trop détraqués confie-

t-il encore à Etiemble –, pour que je pusse les affronter sans danger.»
47
CAHIER DE POÈMES. 1901-1903.
B.N., Mss.
On reconnaît dans ce cahier d'esquisses quelques-uns des poèmes de Bru-
mes du passé et Comme des voiliers, particulièrement « Les Portraits »(ici sans
titre). Cette pièce annonce le poème fameux du même nom (« Le Portrait »)
qui, bien des années plus tard, ouvrira le recueil Gravitations.
Il émane de ces pièces conventionnelles de ton, une grâce assez mièvre ; et
le métier est médiocre. Le jeune Supervielle en était parfaitement conscient,
comme en témoigne, en marge d'une strophe, cette mention : « idiot » !
Et pourtant, certains leitmotive de son oeuvre future apparaissent déjà, tel
celui du coeur qui cogne dans sa cage, hôte encombrant et capricieux ; ou
encore le thème des voix et des êtres qui cohabitent en nous-mêmes :
« Qu'attendent ces hommes qui regardent avec toi l'encoignure de ta chambre
[...]
ces hommes de tous les âges qui fréquentent ta poitrine ? »

48
BRUMES DU PASSÉ, Plaquette publiée à compte d'auteur. 1901. In-8°.
A Mme Paseyro-Supervielle.
Cette très mince plaquette fut dédicacée par Supervielle à sa fiancée :
« A Mademoiselle Pilar Saavedra
J'offre ce souvenir bien petit de mon immense amour
Paris, 22 novembre 1906
Jules Supervielle ».

49
COMME DES VOILIERS. Avec une eau-forte de Fernand Sabatté. Paris,
Collection de « la Poétique », 1910. In-16.
B.N., Impr., 8° Ye. 7767.
Vous verrez que je suis parti de rien ou plutôt de la sincérité seulement – écrit

Supervielle à Etiemble en 1939 –. Mais quelle naïveté dans les premiers recueils
(mon oeuvre commence avec « les poèmes de l'humour triste »). »
Ses maîtres en poésie étaient alors Leconte de Lisle « et hélas Sully Pru-
dhomme e », et Albert Samain. Et il
confie à nouveau à Etiemble :
«Je ne dirai pas que tout cela est bien jeune mais plutôt bien vieux. J'ai
conquis peu à peu et difficilement un peu de jeunesse et de fraîcheur. »

50
FERNAND SABATTÉ. Portrait de Jules Supervielle. Eau-forte. Ca 1910.
A Mme Paseyro-Supervielle.
Il s'agit de l'eau-forte annoncée sur la page de titre du recueil Comme des
voiliers et qui manque à l'exemplaire.
Jules Supervielle. Circa 1910 (n" 22).
51
LES POÈMES DE L'HUMOUR TRISTE. Ornés de dessins inédits par MM.
André Favory, André Lhote et Dunoyer de Segonzac. Paris, La Belle édition,
imprimé par François Bernouard, 1919. Gr. in-8°.
A Mme Paseyro-Supervielle
Le recueil est dédié à Ventura Garcia Calderôn, écrivain péruvien qui avait
largement contribué à la diffusion de la littérature hispano-américaine avant
1920. Il contribua à fonder la Revue de l'Amérique latine qui, en 1922, publia
Débarcadères.
En remplacement du nom, gratté, du dédicataire original, le facétieux
Supervielle inscrivit son nom, sans changer le restant de la dédicace :
« A Monsieur et Madame Jules Supervielle
En témoignage de vive et respectueuse sympathie.
Jules Supervielle ».
« Les Poèmes de l'humour triste » sont un recueil douloureux écrit pendant la
guerre de 1914, – écrit-il à Etiemble. [.] Je crois que cet humour m'est plus natu-
rel que vous le pensez. »
En effet, si l'influence de Laforgue ne saurait être contestée, une note très
tardive donne la clé de cette attitude :
« Pour vivre en paix avec moi-même, j'essayai de me trouver un conformisme. Je
le trouvai dans le sourire de l'humour triste qui est bien autre chose que de la raille-
rie. C'est même le contraire. [...] un sourire si humain qu'il vous empêche defondre
en larmes. »

52
D. CHÉNIER. Portrait romantique de Jules Supervielle. Ca 1907. Huile sur
toile. 72,5x59 cm.
Collection particulière.

53
POÈMES : VOYAGE EN SOI ;
PAYSAGES LES POÈMES DE ;
L'HUMOUR TRISTE ;
LE GOYAVIER AUTHENTIQUE. Préface de Paul
Fort. Paris, E. Figuière, 1919. In-16.
B.N., Impr., Rés. p. Ye. 2012.
Cet exemplaire comporte un envoi à Henri Barbusse. L'ouvrage est dédié
au poète uruguayen José Enrique Rodô que Francis de Miomandre avait fait
connaître en France en publiant, l'année précédente, des Pages choisies de son
oeuvre.
Dans sa préface, amicale et chaleureuse, Paul Fort fait preuve, après de
multiples références au passé, d'un sens prémonitoire étonnant :
« Un vent puissant dularge souffle à travers les plus ardentes strophes de Jules
Supervielle. [...] Ce vent, tumulteux parfois, et parfois d'une douceur étrange, enva-
hit et soulève cette poésie d'un souffle d'Infini. »
La section du recueil intitulée « Le Goyavier authentique », a été composée
avant la guerre. Supervielle donna cette précision à Etiemble.
54
ANDRÉ GIDE. Lettre à Jules Supervielle. Cuverville, le 20 juin 1919.

Bibl. litt. J. Doucet, Ms. 2389.


« Monsieur et cher poète,
Il m'arrive bien rarement, je l'avoue, de répondre aux vers que l'on m'envoie ; mais
ne pas vous remercier de ceux-ci serait de l'ingratitude. [.]
Au revoir, n'est-ce-pas, Je vous quitte pour relire vos
« Paysages de France »,
d'une perfection si rare et inattendue. »
En faisant passer ce message au poète, André Gide renversa la destinée de
celui-ci. En effet, c'est lui qui l'introduisit dans le cercle de la N.R.F et lui fit
connaître Jacques Rivière. Supervielle garda toujours, profondément inscrit
en lui, le souvenir de ce parrainage (Cf. n° 102).

55
PAUL VALÉRY. Lettre à Jules Supervielle. Paris, le 1er juillet 1919 (date du
C.P.).
Bibl. litt. J. Doucet, Ms. 2390.
« C'est une bien heureuse idée que d'avoir placé votre livre sous le nom de Paul
Fort que j'aime tant, et que j'admire depuis quelques lustres avant le Déluge ! Mais
quand il n'eût pas si délicatement et si justement désigné vos Poëmes, je suis sûr
que je les aurais reconnus comme délices, réussites exquises, choses vivantes et par-
fumées. »
», l'Ane, et ces chères impressions créoles, – mais tout
« Denise, écoute-moi.
cela est excellent, Monsieur, et je vous en fais mes compliments les plus
véritables.»
Quoi d'étonnant à ce que Paul Valéry ait goûté particulièrement le sonnet
« Denise, écoute-moi. » ? A cette époque, il a composé l'essentiel de ses poè-
mes de Charmes, il se trouve, par là-même, rompu aux exigences prosodiques
les plus redoutables, et on connaît sa prédilection pour les contraintes raffi-
nées du sonnet.
Le sonnet de Supervielle suit un parcours sans faute, sa chute est remar-
quable, sans que cette perfection formelle n'altère en aucune façon l'émotion
délicate qui le baigne.

56
PAUL VALÉRY. Portrait. Dessin à la plume par J. Texcier. Ca 1920.
B.N., Est., Na 420, petit fol., t. 2.

57
DÉBARCADÈRES. La Pampa ; Une paillotte au Paraguay ; Distances ; Flot-
teurs d'alarme. Paris, Editions de la « Revue de l'Amérique latine », 1922. In-
8°.

B.N., Impr., Rés. 8° Z. Delaunay. 216.


Cet exemplaire comporte un envoi autographe à Robert et Sonia
Delaunay.
La parution de Débarcadères marque une date charnière dans l'oeuvre de
Supervielle. Celui-ci s'éloigne à jamais des douceurs un peu fades des recueils
précédents. Le souffle se fait puissant et viril. Les poèmes qu'il consacre à sa
terre natale (« Retour à l'estancia e », « Le Gaucho », « La Piste ») sont de purs
chefs d'oeuvre.
S'il n'a pas encore atteint la maîtrise de la forme (à l'exception des poèmes
ci-dessus), Supervielle a enfin abordé aux vrais rivages de sa poésie.

58
DÉBARCADÈRES. [Même édition.]

Bibl. de la Ville de Vichy, Fonds Valery Larbaud, O 4327.


Undes cent exemplaires sur Hollande, portant cette dédicace :
« Au Maître Valery Larbaud, au précurseur, au géographe illimité, en signe
d'une fervente admiration qui a résisté à tous les climats. »
Valery Larbaud fut le premier à acclimater en France, dans les milieux
intellectuels très « chauvins » de l'époque, les littératures étrangères, et, tout
particulièrement, la littérature hispano-américaine.

59
DÉBARCADÈRES. Edition revue et augmentée. Maestricht, Paris, Bruxelles,
A l'enseigne de l'Alcyon (A.A.M. Stols), 1934. In-4".
B.N., Impr., 4° Ye. 971.

60
LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE. N° 79. 1er avril 1920.

B.N., Impr., 8° Z. 17955.


:
Répondant à une enquête des Nouvelles littéraires, intitulée « Leurs dé-
buts e », Supervielle donna ces précisions :
« Mes débuts furent lents. Ma premièrejoie date de la publication à la N.R.F.
de mon poème « Centre de l'horizon marin », paru depuis dans « Débarcadè-
res ».
Ce furent en réalité trois poèmes qui parurent dans le numéro du 1er avril
1920 de la N.R.F. : celui que cite Supervielle, « Invocation aux oiseaux » et
« L'Escale portugaise ».
Le Cimetière marin de Paul Valéry, que Jacques Rivière avait réussi à
« arracher » au poète, parut dans le numéro du 1er juin. C'était là une heureuse
conjonction.
Supervielle avait connu Jacques Rivière, directeur de la revue depuis la
reprise de juin 1919, par l'entremise d'André Gide.
CHAPITRE IV

« ... un bruit aéré d'immensité... »

POÉSIE II
UN POÈTE A TROUVÉ SON CHANT

A. L'AFFRONTEMENT DES ABÎMES

En déchirant le voile qu'il maintenait précautionneusement tendu entre les


deux infinis où baigne l'être humain, Supervielle a pris le parti d'affronter des
abîmes trop longtemps éludés.
Il se laisse parcourir par les grands courants de la vie universelle. Il s'ouvre
largement à toutes les profondeurs et à toutes les nuits : nuit du cosmos, nuit
de l'inconscient, nuit des origines et des épaisseurs géologiques, nuit des géné-
rations du vivant, nuit de la mort et nuit de la paix.
Il n'y a plus dès lors qu'un seul espace et l'opposition entre intérieur et
extérieur s'est évanouie : l'intime est grandiose et le grandiose devient fami-
lier. Ainsi qu'il l'a confié à Albert Béguin :
« [Il s'agit] d'humaniser les étoiles les plus lointaines tout comme les déserts les
plus arides, du dehors et du dedans. C'est même sans doute la perception en moi
de ces grandes distances qui m'a donné le fol dessein de coloniser les astres. Et
dans la confusion du monde extérieur et de l'intérieur cela m'a paru poétiquement
possible. »
Cette transparence permet les plus grandes audaces de l'imagination, qui
progresse par percées brutales, parfois encore ; mais, le plus souvent, s'impose
une magique circulation d'images dans un éther fluide propice à toutes les mé-
tamorphoses. Le poète est devenu « l'homme qui n'a pas de nom », mais il a
gagné l'univers.

61
SVANTE ARRHENIUS. Le Destin des étoiles. Etudes d'astronomie physique.
Traduction française par T. Seyrig. Paris, Librairie Félix Alcan, 1921. In-16.
B.N., Impr., 8° V. 41642.
Supervielle eut entre les mains cet ouvrage de vulgarisation et en
contempla les « bouleversantes images ». Il révélait, en effet, pour la première
fois, au grand public, quelques-uns des secrets de l'immense drame qui se joue
dans le cosmos depuis des milliards d'années-lumière. Le poète fut marqué
pour toujours par ces révélations qui permirent à son imagination de hanter
des espaces plus vastes et animés d'une vie plus intense que ce qu'il avait
jamais pu concevoir jusque là :
« Ah ! si je colle l'oreille à l'immobile chaussée
C'est l'horrible galop des mondes, la bataille des vertiges »
Svante Arrhenius est d'ailleurs cité en épigraphe d'un poème de Gravita-
tions, « Les Germes ». Supervielle a condensé, et transposé, une page très poéti-
que du livre d'Arrhenius qui, lui-même, résumait les propos d'un physicien
irlandais :
Ils se répandraient de tous côtés et l'univers en serait en quelque sorte ense-
«
mencé ».

62
« LES GERMES ». Brouillon du poème. Manuscrit autographe. 1 f.

Ce brouillon offre une version très différente de la version imprimée :


B.N., Mss.

« O nuit frappée de cécité,


[...]
voici les germes qui se détachent du pollen vaporeux des mondes,
voici les germes au long cours qui ont mesuré tout le ciel
[...]
Pour eux nous sommes des songes s'étonnant les uns les autres
ou bien de doux somnambules errant sur le toit de la Terre
pour eux qui traversent sans bruit les mathématiques célestes
et les nébuleuses cabrées dans un hennissement étoilé. »

63
GRAVITATIONS. Poèmes. Paris, Gallimard, 1925. In-8°.
Bibl. de la Ville de Vichy, Fonds Valery Larbaud, 0 4332.

:
Ce recueil dédié à Valery Larbaud comporte, en outre, une longue dédi-
cace à l'auteur de Barnabooth
« A Valery Larbaud, / maintenant que l'ouvrage est bien séparé de moi, je me
trouve fort audacieux, mon cher maître et ami, de vous l'avoir dédié aux yeux de
tous.
Puissiez-vous voir dans cet hommage le signe de ma gratitude et de mon admi-
ration les plus émues. »
En octobre 1924, Supervielle lui avait écrit de Montévidéo :
Je voudrais vous dédier mon prochain livre de poèmes. Ce serait pour moi une
«
merveilleuse façon de voyager avec vous. Mon recueil qui s'intitulera « Gravita-
tions »(à moins que ce ne soit : « Loin de l'humaine saison ») paraîtra aux édi-
tions de la N.R.F. dans les premiers mois de 1925. »
« Loin de l'humaine saison » est le titre de l'un des poèmes du recueil, où il
:
inaugure la section intitulée « Géologies ».
64
JULES SUPERVIELLE. Lettre à Valery Larbaud. [Paris, ] le 14 décembre
1925.

Bibl. de la Ville de Vichy, Fonds Valery Larbaud, S 332.


« ... j'avais eu l'intention d'intituler mon recueil « Sans murs ». Mauvais titre
d'abattre les murailles
pour un ensemble mais assez éclairant peut-être. Oui, désir
et pourtant de laisser aux espaces infinis son goût profond d'intimité.
« Suffit d'une bougie
Pour éclairer le monde. »
[...] Ce sont en quelque sorte des poèmes d'intérieur et d'extérieur dans un
même temps [...]. Je me fais l'effet d'un voyageur qui voudrait toujours tout
emporter avec soi, même et surtout dans l'autre monde, dans les autres mondes... »

65
GRAVITATIONS. Edition définitive. Paris, Gallimard, 1932. In-16.
B.N., Impr., 8° Ye. 13060.
Dans la longue et belle lettre qu'il écrivit à Larbaud le 29 mai 1930 (Cf.
n° 177), Supervielle laisse prévoir cette nouvelle édition, très retouchée, du
recueil de 1925 :
« Jetiens beaucoup à ce recueil que je croyais pourtant plus au point quand je
vous le dédiai. Savez-vous que je compte bien donner un jour une nouvelle édition
de ces poèmes que j'ai corrigés avec soin [...]. Mais il y a là encore du désordre et
quelques excès. Pourtant je crois ne jamais être allé plus loin en poésie que dans
certains passages du Portrait ou de La Métaphysique du 47 Bd Lannes ou dans
les poèmes tels que « Le Survivant » ou « 400 atmosphères ». »
Lors de cette révision, Supervielle écourta maints poèmes. Dans le Choix
de poèmes de 1947, il interviendra encore, retranchant à nouveau vers ou sé-
quences de vers.

66
RAINER MARIA RILKE. Lettre à Jules Supervielle.
« Château de Muzot-
sur-Sierre (Valais) Suisse, ce 28 novembre 1925 ». 4 pages.
Bibl. litt. J. Doucet, Ms. 2397.
Rilke ne rencontra Supervielle qu'une seule fois, en février 1925, chez le
tout jeune homme qu'était alors Jean Cassou (qui allait faire paraître son pre-
mier livre, Eloge de la folie). Il découvrit le poème « Le Portrait » dans le
numéro inaugural de la revue d'Adrienne Monnier, Le Navire d'argent, et en
fut vivement frappé. Il répond ici au poète qui vient de lui faire parvenir
Gravitations :
« C'est très beau, cela crée une continuité par-dessus des abîmes, je sens que
cela ne s'arrête nulle part : vous êtes grand constructeur de ponts dans l'espace […].
Et vous possédez, il me semble, le secret des grands constructeurs, la nuance, ce qui
vous permet de remuer un poids formidable, de le déposer à l'endroit voulu, exacte-
ment [.]. »
67
RAINER MARIA RILKE. Vergers, suivis des Quatrains valaisans. Avec un
portrait de l'auteur par Baladine gravé sur bois par G. Aubert. Paris, Editions
de la N.R.F., 1926. In-16.
Bibl. litt. J. Doucet, Ms 2400.
L'ouvrage est dédié à Supervielle, mais cet exemplaire comporte de plus
une dédicace au poète :
« Jules Supervielle
A
admirable Poète
que j'aime
Rilke
(Fin de juin 1926),
Muzot. »
Au verso de la page, Rilke a copié les trois quatrains d'un poème intitulé, là
encore : « A Jules Supervielle » :
[...]
« Qu'est-ce, en somme la rose
Que la fête d'un fruit perdu ? »

68
RAINER MARIA RILKE. Lettre à Jules Supervielle. « Clinique de Val-Mont-
sur-Territet p. Glion (Vaud), ce 21 Décembre 1926 ».
Bibl. litt. J. Doucet, Ms. 2399.
Cette lettre, très émouvante, précéda de quelques jours seulement la mort
du poète :
« Gravement malade, douloureusement, misérablement, humblement malade,
je me retrouve un instant dans la douce conscience d'avoir pu être rejoint, même là,
sur ce plan insituable et si peu humain, par votre envoi et par toutes les influences
qu'il m'apporte.
Je pense à vous, poète, ami, et faisant cela je pense encore le monde, pauvre
débris d'un vase qui se souvient d'être de la terre, (mais cet abus de nos sens et de
leur « dictionnaire e » par la douleur qui le feuillette !)
R. »

:
Supervielle rencontra Valéry avenue Victor-Hugo alors que cet ultime
message venait de lui parvenir
« Je lui dis
angoisse, ce mot écrit au crayon, cette douloureuse écriture. Il
mon
avait reçu le matin même un télégramme lui annonçant que Rilke venait de
mourir. »

69
RAINER MARIA RILKE. Portrait. Dessin à la plume par J. Texcier. 1925.

B.N., Est., Na 420, petit-folio, t. 2.


« Responsable de tout, y compris la mort, écrit Jean Cassou, dans Trois poè-

tes –. Cette mort qu'à son lit d'agonie il a si jalousement possédée, la sienne et non
« celle des médecins ns ». »
Cette complicité avec la mort, cette familiarité avec les disparus avaient
noué de grandes affinités entre les deux poètes. On ne s'étonnera pas qu'en
1927 Supervielle ait dédié « A la mémoire de Rainer Maria Rilke » son recueil de
poèmes, Oloron-Sainte-Marie, presque entièrement consacré à l'évocation de
ceux qui ne sont plus.

70
BLAISE CENDRARS. Carte-lettre à Jules Supervielle. Paris, le 10 novembre
1925.

Famille Supervielle.
« De passage à Paris, je trouve votre beau livre. Merci. J'aime surtout les poè-
mes de Guarnamiru. »
Ces poèmes au ton si neuf, devaient, en effet, attirer l'attention d'un écri-
vain aussi soucieux d'originalité qu'était Cendrars.

71
MAX JACOB. Filibuth ou La Montre en or. Paris, Editions de la N.R.F., 1923.
A Mme David Supervielle.
Exemplaire dédicacé
« Jules Supervielle
A

pour qu'il se souvienne de


son admirateur et de son ami
Max Jacob
Guéret, 24 mai 1923. »
C'est par l'envoi de son recueil Débarcadères, en 1912, que Supervielle était
entré en relations avec Max Jacob. Mais il ne fit sa connaissance que l'année
suivante, lorsque Gabriel Bounoure, alors professeur à Guéret, eut l'heureuse
idée de rassembler autour de lui, pendant les vacances de la Pentecôte, Marcel
Jouhandeau, Max Jacob, Jules Supervielle, ainsi qu'un peintre et un céramiste
espagnols.
Jouhandeau relata la chose plaisamment :
« Jacob ne se déplaçait guère, sans que l'Enfer fût d'emblée alerté. Heu-
Max
reusement la bénéfique et sereine influence du jeune patriarche qu'était Supervielle
suffisait à mettre en fuite les démons, et les soupçons s'apaisaient. »(Livres de
France, fév. 1957.)

72
LE DISQUE VERT. 2e année. N° 2 Nov. 1923. In-4°. Numéro spécial consa-
cré à Max Jacob.
B.N., Impr., Rés. m. Z. 360.
On ne s'étonnera donc pas que Supervielle ait accepté de collaborer à ce
numéro qui comporte en frontispice un auto-portrait de Max Jacob auquel se
réfère Jouhandeau dans sa lettre du 14 décembre 1923 (Cf. n° 35).
:
La contribution de Supervielle fut double
Jacob », évoquant leur rencontre toute récente :
tout d'abord une « Lettre à Max

« Maisje ne puis oublier que Guéret est à l'origine de nos souvenirs communs et
même de ce qui les précéda : un long prospectus jaune sur la table de l'Hôtel du
Commerce où je vous attendais déjà sans le savoir un mois avant de faire votre
connaissance.
Et
[.]
l'art fait si bien corps chez vous avec la matière qu'il enflamme, que, voulant
l'isoler, nous les doigts et n y voyons que du feu. Votre ami confus
nous y brûlons
de n'avoir rien su vous dire devant tout ce monde. »
Supervielle composa aussi à son intention un très beau poème : « Appari-
tion de Max Jacob », qu'il reprendra dans Gravitations sous le titre abrégé
d'« Apparition » :
« Qui est là ? Quel est cet homme qui s'assied à notre table
Avec cet air de sortir comme un trois-mâts du brouillard,
Ce front qui balance un feu, ces mains d'écume marine,
Et couverts les vêtements par un morceau de ciel noir ? »
Le 24 juillet 1925, Max Jacob lui écrit de « St Benoît-la-Jaunisse »[sic] :

« J'adore vos vers du Disque vers [sic]. Etranges vers ! C'est la première fois
qu'un poète me donne l'impression de la nouveauté. »

73
JULES SUPERVIELLE. Portrait. Photographie G. Stoppani. Buenos Aires.
1925.

Famille Supervielle.

B. UN POÈTE APPAREMMENT RÉCONCILIÉ

Une écoute si attentive du qu'elle en est divinatoire (« Ne tourne


monde
pas la tête, un miracle est derrière »), une si fine délicatesse de perception
(« Devant lui pensez bas, il entend les désirs »), auréolent paradoxalement ce
poète d'un nimbe de solitude. Rempli de sollicitude à l'égard des êtres et des
choses, avide d'effusion, il vit ses émotions et laisse passer entre ses doigts dis-
traits ce qu'il a cru saisir.
Il y a une jubilation certaine dans le lent tournoiement de ses poèmes, où
toutes choses sont aspirées d'un mouvement ascendant vers le ciel, comme
dans les tableaux de Chagall.
Mais un mauvais sort menace cet univers magique : cette avancée incer-
taine, un peu à contretemps, qui caractérise ses poèmes, toujours « naissants et
chavirés », comme le dit admirablement son ami Henri Michaux, désagrège le
réel réduit à des apparitions furtives et fragmentées.
Une angoisse court toujours, même souterraine, dans la poésie de
Supervielle ; on la reconnaît à de « grands passages d'ombre », à l'affleurement
d'accents graves un peu rauques, à la ligne du vers qui soudain se brise :
« Depuis longtemps, Capitaine,
Tout m'est nuage et j'en meurs. »
74
OLORON-SAINTE-MARIE.Edition ornée d'un portrait par André Lhote.
Marseille, « Les Cahiers du Sud e », 1927. In-8°. (Collection « Poètes ». N° 7.)
B.N., Impr., 8° Ye. 12067 (7).

75
SAISIR. Avec un portrait de l'auteur par Borès, gravé sur bois par G. Aubert.
Paris, Editions de la N.R.F., 1928. In-16. (Une oeuvre, un portrait. Nlle série.)

Le 28 juillet 1927, Supervielle faisait


B.N., Impr., 8° Ye. 22162.
ces confidences à Valéry Larbaud :
« J'écris aussi des vers depuis quelque temps – et réguliers ou à peu près (mais je
ne renonce pas aux vers libres) [...].
Chut ce sont des vers d'amour et ma femme

n'en est pas exclue. A mesure que le temps passe elle prend de plus en plus d'impor-
tance dans ma vie intérieure. Mais me voilà bien confident. »
Dans une autre lettre, adressée d'Uruguay quelques années plus tard (cf.
n" 177), il évoqua incidemment les conditions dans lesquelles il avait composé
ce recueil :
« Vous me parlez de Marseille où j'ai passé de bien belles semaines. J'y ai
connu des impressions de liberté qui me furent précieuses à bien des points de vue.
« Saisir » est né là. »

Il est fort probable que c'est lors de ce séjour qu'il composa le poème
« Marseille »(= « Le Port »). En effet, ce poème n'apparaît que dans l'édition,
enrichie de pièces nouvelles, de Débarcadères, en 1934.

76
PILAR SUPERVIELLE. Portrait. Photographie Manuel Frères. Ca 1925.
Famille Supervielle.
«… à son bras Pilar, comme transparente, une statue de cristal. »(Marcel Jou-
handeau, « Jules Supervielle e », Livres de France, fév. 1957.)

77
JULES SUPERVIELLE. Portrait. Dessin à la mine de plomb par A. Bilis.
Paris. 1928. Reproduction Photographique.
B.N., Est., N 2.

78
JULES SUPERVIELLE. Lettre à Jean Paulhan. S.d. [1928.]
Archives Paulhan.
« J'ai revu mes épreuves. Voilà plusieurs jours que je me demande si je ne vais
pas faire sauter « Le Veilleur », poème où je me suis décrit à la 3e personne
(ceci
entre nous, comme dans les poèmes de la page 19 ou celui de la page 68.)
De toutes façons je ne veux pas le publier tel qu'il est [ ;] mais quel égocentrisme
danstout
dans Saisir. Puissé-je écrire un jour un recueil où il ne sera pas du tout ques-
toutSaisir.
tion de moi ! »
Le poème « Le Veilleur » deviendra « Attente » dans le recueil Quant aux
poèmes jugés « égocentriques » par l'auteur, il
s'agit des poèmes suivants
:
« Vous avanciez vers lui, femme des grandes plaines », et « Quatorze voix en
:
même temps ».
Supervielle avait joint à sa lettre un poème intitulé « Le Voyageur e », deman-
dant s'il devait être inséré dans le recueil. La réponse fut négative. Jean
Paulhan tranchait et Supervielle se rangeait presque toujours de son avis.

79
« QUATORZE VOIX EN MÊME TEMPS ». Brouillon du poème. Manuscrit
autographe. 1 f.

C'est l'un des


« Peurs
poèmes de
». Repris dans Le
Saisir, que Supervielle rangea sous
B.N., Mss.
la rubrique
Forçat innocent, le poème constituera l'une des par-
:
ties du poème « Le », dans la même rubrique.

80
LE FORÇAT INNOCENT. Poèmes. Paris, Gallimard, 11e édition, 1950. In-
16. Cartonnage d'après la maquette de Mario Prassinos.
B.N., Impr., Rés. p. Ye. 2411.
Exemplaire sur alfa.
Ce recueil dédié à Jean Paulhan réunit les poèmes des deux recueils précé-
dents, Oloron-Sainte-Marie et Saisir. Il contient cependant maints poèmes
nouveaux.
Le titre choisi par Supervielle est bien révélateur de la peur et de l'angoisse
qui rôdent sous la voix sourde, un peu étouffée, d'un poète apparemment ré-
concilié avec lui-même.
:
Et c'est l'irruption soudaine du tumulte intérieur qu'un être vulnérable
s'efforçait d'apprivoiser
« Silence ! On ne peut pas offrir l'oreille à ces voix-là,
On ne peut même pas y penser tout bas
Car l'on pense beaucoup trop haut et cela fait un vacarme terrible.»

81
MAX JACOB. Lettre à Jules Supervielle. Quimper, le 18 février 1930.
Famille Supervielle.
« Votre inquiétude est la nôtre, gardez-la, c'est notre bien, et votre génie. Pour
ne l'avoir plus j'ai perdu quelques dons que j'avais et que je ne regrette pas […].
Mille bravos et amitiés.
Max.»

82
JULES SUPERVIELLE. Lettre à Valéry Larbaud. [Paris, ] le 18 mars 1929.
Avec un poème joint.

Bibl. de la Ville de Vichy, Fonds Valery Larbaud, S 345.


« Savez-vous que depuis quelques semaines, j'ai un enfant de plus ! En chair et
en os cette fois – la 6 – Henri, Denise, Françoise, Jean, Jacques, et. Anne-Marie.
Quand je pense que vous, Léger, Fargue et les 3/ 4 des écrivains que j'aime le mieux
n'ont pas d'enfants je suis terriblement confus de mon insistance. »
Supervielle recopie les vers que sa dernière fille lui a inspirés. Il intitule
« Naissance » cette suite de sept distiques. Ceux-ci, très remaniés, formeront la
première partie du poème, « L'enfant née depuis peu e », qui clôt le recueil du
Forçat innocent.
« Le jour démêle mal encor ce bruit nouveau
Les murs ne savent pas qu'un enfant est éclos.
Le fracas de la rue en cherchant son oreille
Veut pénétrer en lui comme une noire abeille. »

83
LES AMIS INCONNUS. 2' édition. Paris, Gallimard, 1934. In-16.
B.N., Impr., 8° Ye. 13675.
84
JULES SUPERVIELLE. Lettre à Jean Paulhan. [Paris, ] le 6 septembre 1932.

Archives Paulhan.
Supervielle répond à des critiques de Jean Paulhan touchant l'un des poè-
mes des Amis inconnus, « Toujours sans titre e», qui devait paraître, avec dix-sept
autres, dans le numéro du 1er octobre de la N.R.F.
« Tu as sans doute raison. Et je supprimerai volontiers ces trois vers. On aura :
« Ou tout au moins à distance choisir
Et l'on n'entend qu'une voix appauvrie
« Rien n'est… »
:
S'ensuivent des remarques relatives à l'art poétique et à la prosodie.

:
Haïssant les contraintes, Supervielle s'efforce de convaincre son impitoyable
mentor
« Quant à la densité il n y a pas qu'elle. [.] Un bon poème n'est pas seulement
composé de café filtre (à ce propos Fargue nous donne trop souvent depuis plu-
sieurs années de la chicorée forte). Il y faut aussi de l'eau très claire et très pure
(Racine, Chénier, etc.) […]
Je ne suis pas de ton avis quand tu dis qu'il ne faut jamais redoubler une
image. J'ai besoin de certaines insistances, parfois d'équivalences qui en disent un
peu plus que la précédente. Et je ne suis pas le seul. »
Paulhan nota en gros caractères, en tête de la lettre :
« Attention
(épreuves) ».

85
« TOUJOURS SANS TITRE ». Brouillon du poème. Manuscrit autographe.
1 f.

B.N., Mss.
On reconnaît la fantaisie quelque peu nonchalante du poète à ce titre qui
n'en est pas un. Le brouillon révèle, en effet, les hésitations qui ne purent
aboutir « La Bonne distance » devenant : « Clair et noir e », mention elle-même
biffée et remplacée par : « Distance e ».
Le regard critique de Jean Paulhan ne laissait rien échapper. Mais
Supervielle, tout en consentant à la suppression des trois vers incriminés (pré-
sents sur le manuscrit), ne se tient pas tout à fait pour battu :
« Je commencerai un nouveau poème avec les 3 vers supprimés auxquels je
tiens. »

86
LA FABLE DU MONDE. Paris Gallimard, 1938. In-16.

B.N., Impr., 8" Ye. 14887.


« L'immensité, de moins celle qui existe en dehors de tout ce que nous pouvons
mettre dans un paysage est un souvenir du temps où la Terre était encore à peine
habituée aux hommes et bien plus planétaire que de nos jours, dans sa nostalgie de
mondes beaucoup plus vastes dont elle s'était séparée depuis peu. »
(« Paysages », extrait du Corps tragique.)
87
LA FABLE DU MONDE, poème. Lithographies originales de Jean Lurçat.
Lausanne, A. et P. Gonin, 1959. In-folio.
B.N., Impr., Rés., g. Ye. 379.
Exemplaire portant la signature de l'artiste.
Ce livre ne retient que les poèmes relatifs aux origines du monde (les dix
premiers poèmes du recueil paru chez Gallimard).

88
« PRIÈRE A L'INCONNU e ». Poème. Manuscrit autographe signé. 4 ff.

B.N., Mss.
Supervielle composa ce poème à Pontigny en juillet 1937. Il rappelle le fait
à son ami Etiemble dans une lettre de 1941 :
« Je vous trouve dur pour Desjardins à qui je dois quelque chose. Peut-être sans
Pontigny n'aurais-je pas écrit la Prière à l'Inconnu. »

« Voilà que je me surprends à t'adresser la parole,


Mon Dieu, moi qui ne sais encore si tu existes, »

89
JULES SUPERVIELLE. Portrait. Photographie par Yvonne Chevalier. Ca
1935.

A Mme David-Supervielle.
Cette photographie est dédicacée à Pierre David, gendre de Supervielle.
CHAPITRE V

« Ce coeur de silence étouffant ses cris »

POÉSIE III
UNE POÉSIE
DE TEMPS DE GUERRE

En août 1939, Supervielle quitta Paris pour Montévidéo. Il prévoyait un sé-


jour de trois mois. Mais le déclenchement des hostilités et la gravité des événe-
ments le maintinrent dans un demi-exil. Il demeura près de sept ans en
Uruguay. Les relations avec la France sont presque totalement coupées ; mais
il noue des liens avec les intellectuels français regroupés en Argentine autour
de Victoria Ocampo, et il entretient une correspondance suivie avec René
Etiemble, en poste à Chicago. C'est à lui qu'il adressa ses premiers poèmes de
guerre. A l'instar des poèmes de Paul Eluard, ou de Pierre-Jean Jouve, ils
:
chantent la France malheureuse. Mais plus riches d'émotion, peut-être, sont
les prémonitions qui émaillent le recueil précédent
« Tant de choses se préparent sournoisement contre nous,
[...]
Mais qu'est-ce qu'ils ont ce matin avec leur tablier plein de sang e».
Bientôt l'horreur des temps laisse le poète démuni dans son angoisse. Il
compose quelques poèmes sur un ton de chuchotement las et triste, s'effaçant
devant la grande présence monotone de la mer :
« Ce peu d'océan arrivant de loin,
Mais c'est moi [.] ».
Il trouva dans le théâtre un puissant dérivatif à son tourment. Presque tout
ce qu'il écrivit pour la scène fut composé durant cette période.

90
POÈMES DE LA FRANCE MALHEUREUSE (1939-1941). Buenos Aires,
Sur, Editions des Lettres Françaises, 1941. In-16. (Collection des Amis des
Lettres Françaises. N° 2.)
B.N., Impr., 16° Z. 2392 (2).
Dès le septembre 1940, Supervielle adressa à Etiemble trois poèmes de
19
guerre : « Ville ouverte e », « Ciel et terre e », « En temps de guerre e » ; puis un nou-
veau poème, intitulé : « 1940 », le 14 novembre suivant.
Etiemble lui répond longuement, donnant son avis, soulignant les imper-
fections, conseillant. Il lui avoue ne pas aimer du tout « En temps de guerre e ».
Se soumettant au verdict, Supervielle éliminera la pièce.
Les poèmes « 1940 » et « Ville ouverte »(dont le titre devient : « Paris »)
parurent dans la plaquette publiée par les Lettres Françaises (avec quatre autres
pièces : « Des deux côtés des Pyrénées », « La Nuit », « La France au loin » et « Le
Relais »).
Le poème « Ciel et terre » envoyé à Etiemble se décompose en trois parties
qui deviendront trois poèmes autonomes : Le premier : « La nuit, quand je
voudrais changer dans un sommeile », paraîtra dans le recueil 1939-1945. Des
trois quatrains qui composent le second poème, seules les 2° et 3° seront rete-
nus (sous le titre « Ciel et terre ») dans l'édition augmentée des Poèmes de la
France malheureuse, à Neuchâtel, en 1942. Le troisième poème paraîtra aussi
dans ce recueil, avec un léger changement dans l'incipit, « Les taureaux de la
Nuit » devenant : « Les taureaux de la mort. »

91
ROGER CAILLOIS. Lettre à Jules Supervielle, sur papier à en-tête des Lettres
Françaises. Buenos Aires, s.d. [Ca mai 1942.]
Famille Supervielle.
« Merci de tout coeur des deux nouveaux poèmes, admirables frères du précé-
dent [...]. L'humanité, je veux dire la condition d'homme, est diminuée, [.] dé-
pouillée de tout ce qu'elle ajoute à la vie tranquille – simple – de l'ordre végétal,
stellaire ou des éléments. arrive ainsi que vous réussissiez le miracle d'exprimer
la vie en dehors même, e, dirait-on, de ce qu'elle est en particulier pour l'homme. Je ne
connais rien de semblable dans la littérature.
Merci de réserver ces merveilles à Lettres Françaises. »
Il s'agit probablement de certains poèmes qui parurent dans le numéro 5
(1er juillet 1942) : « Le Jardin de la mort e », « Ce peu. », « Tu disparais », « Ciel et
terre ».
Supervielle écrivait à Etiemble le 15 mars précédent :
« Caillois me demande un ou deux poèmes « nocturnes » […]. Je lui enverrai
quelque chose sur la mort plutôt que sur la nuit : il est vrai que ces dames voisinent
souvent dans ma poésie. »
Roger Caillois, venu en Argentine pour un cycle de conférences, fut nom-
mé directeur de cette revue dont l'intitulé complet s'énonce de la sorte
Lettres Françaises. « Cahiers trimestriels de littérature françaises, édités par
:
les soins de la revue SUR avec la collaboration des écrivains français résidant
en France et à l'Etranger. »
Deux poèmes de Supervielle parurent dans le numéro inaugural, le 1er juil-
let 1941 : « 1940 », et : « Le Double e ».

92
POÈMES DE LA FRANCE MALHEUREUSE (1939-1941). Suivis de : Ciel et
terre. Neuchâtel, Editions de la Baconnière, 1942. In-16. (Collection des
Cahiers du Rhône. N° 6.)
B.N., Impr., 16° Z. 776 (6).
Cette édition reprend les poèmes publiés à Buenos Aires, en ajoute deux,
ainsi qu'une nouvelle section intitulée : « Ciel et terre », qui se compose de dix-
neuf poèmes, dont le poème portant ce titre.

93
CHOIX DE POÈMES. Buenos Aires, Talleres de F.A. Colombo, 1944, In-8°.
B.N. Impr., Rés. p. Ye. 1979.
« De este libro, publicado en Homenaje a Jules Supervielle, se han impreso tres-
cientos treinta ejemplares. Terminóse de imprimir el quince de Marzo de mil nove-
cientos cuarentay cuatro, en los talleres de Francisco A. Colombo, Buenos Aires. »
Cet exemplaire est dédicacé « Pour Octave Nadal/son ami/Jules Super-
vielle/ déc. 47. » Et Supervielle ajouta à la main ces deux vers des Amis
inconnus :
« Le mondeest plein de voix qui perdirent visage
Et tournant alentour pour en demander un. »
Sont reliés avec l'ouvrage plusieurs états manuscrits d'un poème : « Le
Navire », avec cette mention autographe de Supervielle, en haut du premier
feuillet : « Le Nuage des Amis Inconnus ».
Cette édition, raffinée mais entachée de maintes coquilles, ne retint aucun
poème antérieur à Gravitations. Tous les poèmes de la section intitulée : « Vers
récents », furent repris dans le recueil 1939-1945.

94
JULES SUPERVIELLE écrivant, en plein air. Photographie par Gisèle
Freund. Montévidéo. Ca 1944.
Famille Supervielle.

95
JULES SUPERVIELLE, de profil. Photographie par Gisèle Freund. Montévi-
déo. Ca 1944.
Famille Supervielle.

96
JULES SUPERVIELLE, PILAR et
un couple d'amis à l'« estancia Agueda e ».
Photographie par Gisèle Freund. Ca 1944.
Famille Supervielle.

97
JULES SUPERVIELLE AVEC ANNE-MARIE. Montévidéo. Ca 1945.
A Mme Paseyro-Supervielle.
Très détendus et souriants, Supervielle (de profil) et sa fille (vue de face)
sont assis et semblent s'adonner à un jeu de société.
98
1939-1945. POÈMES. Paris, Gallimard, 1945. In-16.

B.N., Impr., 16° Ye. 603.


Aux poèmes du recueil précédent s'ajoutent tous ceux que Supervielle a
composés depuis 1942.

99
DIX-HUIT POÈMES. Paris, P. Seghers, 1946. In-8°.
B.N., Impr., 8° Ye. 15829.
Pierre Seghers fit un choix, pour une édition de demi-luxe, parmi les poè-
mes qui venaient de paraître sous le titre de 1939-1945. Poèmes. L'achevé d'im-
primer est de mars 1946.

100
ROGER CAILLOIS. Circonstancielles 1940-1945. Paris, Gallimard, 1946.
A Mme David-Supervielle.
« Pour Jules Supervielle
ces
CIRCONSTANCIELLES
(1940-1945)
Chronique des mauvais jours,
avec l'affection et
l'admiration également
fidèles de son ami.
R. Caillois ».

101
« EN SONGEANT À UN ART POÉTIQUE ». Manuscrit autographe.
B.N., Mss.
Ce texte d'un conférence qui fut prononcé à Montévidéo en 1945 parut
tout d'abord, sous le titre d'« Eléments d'une poétique e », dans la revue Valeurs
que René Etiemble avait créée à Alexandrie à la fin de la guerre (n° 5, avril
1946.)

:
Le poète parle de lui avec simplicité. Ses confidences n'en sont que plus
émouvantes
« S'il est quelque humanité dans ma poésie c'est peut-être que je cultive mes ter-
res pauvres avec un engrais éprouvé, la souffrance. Et c'est peut-être cette anxiété
sourde, continuelle qui empêche souvent ma poésie d'être plus brillante. »
Par ailleur, ces pages laissent à penser que Supervielle s'est profondément
pénétré des textes – fort nombreux – où Valéry a parlé de son art. Ses ré-
contemporain :
flexions sur l'inspiration, par exemple, sont très voisines de celles de son grand

« On a fait de notre temps une telle consommation de folie en vers et en prose


que cette folie n'a plus pour moi de vertu apéritive. [1 Le poète opère souvent à
chaud dans les ténèbres mais l'opération à froid a aussi des avantages. Elle nous
permet des audaces plus grandes parce que plus lucides. »
Son flair extrême, en matière de poésie, lui a permis de surprendre sous les
déclarationsvolontiers paradoxales de Valéry le message profond qu'il s'ingé-
niait à cacher ; et il cite une préface à peu près inconnue où le poète dévoile sa
vraie pensée :
Il faut énormément d'art pour être véritablement soi-même et simple.
« Mais
l'art tout seul ne saurait suffire. »
tout le naturel e », Supervielle prônait
:
« Aimant par dessus
et souple
une prosodie libre

« Je me sers de formes poétiques très différentes : vers réguliers (ou presque),


vers blancs, qui riment quand la rime vient à moi, vers libres, versets qui se rappro-
chent de la prose rythmée. »

102
JULES SUPERVIELLE. Lettre à André Gide. [Montévidéo, ] le 22 juin 1945.

Bibl. litt. J. Doucet, Y 815.3.


Le poète tient à marquer sa reconnaissance à cet écrivain qui joua un rôle
décisif dans son destin en le faisant pénétrer en 1920 dans le cercle de N.R.F. :
« Personnellement je vous sais gré de m'avoir encouragé, il y a plus de 25 ans,
après mon recueil de « Poèmes »[.]. Au reste vous êtes un de ceux qui, dans ma
grande distraction, m'avez obligé à devenir attentif. »
Il expose ensuite longuement les principes de son art poétique, prenant

:
franchement ses distances vis-à-vis de ces poètes « qui transforment les mots en
objets précieux »
« Vous connaissez l'art vers lequel je tends de mon mieux – de faire disparaître
les mots dans la phrase pour le seul bien de l'expression. »
CHAPITRE VI

« La poésie qui sourit de la poésie »


(Joë Bousquet)

UN CONTEUR
LE RAJEUNISSEMENT D'UN GENRE

Chez Supervielle la prose est presque constamment chargée de poésie. Elle


ne représente en réalité qu'un changement de respiration, une circulation plus
lente des images et elle permet de revenir sur des thèmes que la poésie ne peut
prétendre épuiser.
Dans sa brièveté et sa souplesse, le conte offrait au poète le meilleur récep-
tacle de cette voix où, en un mariage peu commun, l'innocence s'allie à l'hu-
mour et à un grand savoir-faire.
Parfois le poète s'amuse franchement et l'humour domine avec des pointes
de férocité vite étouffées sous l'apparente bonhomie du récit et la transparence
faussement naïve de l'énoncé.
Depuis 1927 jusqu'à sa mort, Supervielle n'a cessé de proposer à ses lec-
teurs des contes, tour à tour rafraîchissantes fantaisies, poèmes en prose nour-
ris d'une émotion contenue, ou histoires douces-amères côtoyant le tragique.
Tantôt il puise à pleines mains dans le trésor des fables et de la Bible, tantôt il
met au jour la féerie de son propre monde mythique.

103
JULES SUPERVIELLE. Trois mythes. Avec un bois de Pierre Falké. Madrid,
Buenos Aires, Agrupaciôn de Amigos del libro de arte en Espana y América,
1929. In-4°.

B.N., Impr., Rés. m. Z. 311.

«
Cerecueil dédié à Eugenio d'Ors, regroupe les trois contes suivants
L'Enfant de la haute mer », « La sirène 825 », « Les Boîteux du ciel e».
:
Supervielle avait confié à Valéry Larbaud, quelques mois auparavant, le
29 juillet 1929, son désir de réunir en volume quelques contes déjà écrits ou
dont il avait l'idée:
« Ce que vous me dites des Boîteux m'est extrêmement heureux.
Oui, je voudrais publier un jour en recueil quelques nouvelles où je reprends jus-
tement des thèmes des Gravitations.
J'ai déjà L'Enfant de la haute mer (Le Village sur les flots) qui a paru à La
Revue Hebdomadaire et je voudrais écrire deux ou trois autres mythes de ce genre.
J'y joindrais l'épisode de la Sirène de L'Homme de la Pampa qui peut aisément se
détacher. »

104
L'ENFANT DE LA HAUTE MER. Paris, Gallimard, 1930. In-16.
B.N., Impr., Rés. p. Y2. 2563.
Cet exemplaire comporte un envoi autographe à Henri Barbusse.
Ce recueil, paru un an après le précédent, reprend deux des trois contes
déjà publiés : celui qui donne son titre au volume, et « Les Boîteux du ciel ». S'y
ajoutent : « Le Boeuf et l'âne de la crèche e », « L'Inconnue de la Seine e », « Rani e »,
« La jeune fille à la voix de violon e », « Les suites d'une course e ». Enfin
Supervielle réunit à l'ensemble une nouvelle, parue en 1927, isolément : « La
Piste et la mare e ».
Le 29 mai 1930, Supervielle fournit à Valéry Larbaud des précisions nou-
velles quant aux liens que ses contes entretiennent avec sa poésie :
« Plusieurs ont pour thème des poèmes de Gravitations (tels que La Métaphy-
sique du 47 [boulevard Lannes], pour Les Boîteux du ciel, ou Le Village sur les
Flots, devenu la nouvelle « L'Enfant de la Haute mer ». J'ai aussi L'Inconnue de
la Seine tirée de mes poèmes sous-marins. C'est que la prose est aussi un bien
étonnant véhicule de poésie ! Et j'ai tenté l'aventure. »
L'oeuvre de Supervielle constitue un entrelac, à la fois serré et fluide de
poèmes, contes, romans et pièces de théâtre autour de quelques motifs domi-
nants à caractère presque obsessionnel. Le poème, chez lui, devient un conte,
ou se métamorphose en pièce de théâtre (« La Belle au bois dormant »). Une
nouvelle ou un roman passent à la scène (Les Suites d'une course, Le Voleur
d'enfants). Un roman tire son origine d'un poème (« Le Survivant »), et tout à
l'avenant.

105
L'ENFANT DE LA HAUTE MER. Avec vingt-sept lithographies de Pierre
Roy. Paris, N.R.F., 1946. In-folio.

A Mme Anne-Françoise Roy.


Exemplaire de Pierre Roy, sur vélin pur fil, à la cuve, des papeteries d'Ar-
ches, accompagné de deux suites, l'une sur Annam, l'autre sur Arches des
lithographies originales de l'artiste.
Si la plupart de ces contes tirent leur origine du recueil Gravitations, ceux
qui mettent en scène des animaux furent le fruit de circonstances tout exté-
:
rieures. Supervielle s'en ouvrit à ce sujet à Tatiana Greene (qui lui consacra un
ouvrage important)
« Unjour Jean Grenier, le collaborateur de la N.R.F., voulut fonder aux édi-
tions Gallimard une collection, « La Vie des bêtes illustres ». Et il m'envoya une
longue liste – l'âne et le boeuf de la Crèche, le Minotaure, la fuite en Egypte, etc.
C'était au moment où on écrivait beaucoup de Vies des hommes illustres. [.] Il
fallait être fabuliste. Et en France on n'est pas assez innocent, innocent et rusé à
la fois. Il faut être les deux. »
Le premier conte de cette série animalière fut « Le Boeuf et l'âne de la
crèche ».
106
PIERRE ROY. Deux esquisses préparatoires pour l'illustration de L'Enfant de
la haute mer.
A Mme Anne-Françoise Roy
1. navire dans la rue (« L'Enfant de la
Le haute mer »).
Esquisse au crayon.
2. Dans la stalle près du cheval (« Les Suites d'une course »).
Esquisse à l'encre de chine.

107
L'ARCHE DE NOÉ. Paris, Gallimard, 1938. In-16.
B.N., Impr., 8° Y2. 86436.
Empruntant son titre au premier conte, ce recueil regroupe les autres
:
contes que voici « La Fuite en Egypte », « Antoine-du-Désert », « L'Adoles-
cente », « Le Bol de lait e », « Les Bonshommes de cire e », « La Femme retrouvée e ».

108
JULES SUPERVIELLE. Lettre à Edmond Jaloux. Paris, le 29 avril 1938.
Bibl. litt. J. Doucet, Ms. 6329.
Edmond Jaloux avait consacré à ce recueil de contes une chronique dans
Excelsior qui causa un vif plaisir à l'auteur :
« « C'est primitif et très savant ». dites-vous. Je sais très bien que tout cela m'a
donné beaucoup de mal, comme presque tout ce que j'écris (seuls quelques poèmes
me viennent tout seuls). »

109
JOË BOUSQUET. Lettre à Jules Supervielle. Carcassonne, Ca juin 1938.

Famille Supervielle.
« Je viens d'envoyer une note à Ballard sur l'Arche de Noé. [.]
:
Excusez-moi de vous dire si brutalement ce que je pense je voudrais vous le
crier, tellement vous marchez vite et droit sur la voie que vous avez frayée : vous
avez découvert les clefs du langage, vous avez ramené la voix sur la terre. Vous êtes
;
un poète affranchi de la poésie vous savez que nous ne sommes que l'ombre de
l'être vrai qui est le secret de la parole.»
Une recension par Joë Bousquet de L'Arche de Noé parut, en effet, aux
Cahiers du Sud en juillet 1938.

110
LA FUITE EN ÉGYPTE. Gravures sur cuivre de Pierre Guastalla. Paris,
L'artiste, 1947. In-folio.
B.N., Impr., Rés. g. Z. 158.
Exemplaire 121 sur Vélin de Rives B.F.K.
111
LE PETIT BOIS ET AUTRES CONTES, illustrés par Ramôn Gaya. México,
Ediciones Quetzal, 1942. (Collection « Renaissance ».)
B.N., Impr., 8° Z. 29822 (2).
Supervielle dut la publication de ce recueil à son ami Etiemble qui ensei-
gnait à l'université de Chicago depuis 1938. Lorsque ce dernier se rendit au
Mexique, il y retrouva Michel Berveiller, son camarade d'étude à la rue d'Ulm,
qui dirigeait alors le Lycée français à Mexico.
C'est dans la collection française des Ediciones Quetzal, nouvellement fon-
dées par Berveiller, que parurent ces contes très humoristiques, aux sujets
empruntés, pour la plupart, à la mythologie grecque (« Le Minotaure », « L'En-
lèvement d'Europe », « La Fausse Amazone », « Castor et Pollux », « Cerbère »).
« Je suis assez effrayé, – écrit Supervielle à Etiemble –, d'écrire des pages
aussi souriantes en ce moment où tout est si sombre. »

112
« PREMIERS PAS DE L'UNIVERS ». Brouillon. Manuscrit autographe. 3 ff.

B.N., Mss.
Le titre définitif de ce conte (qui parut dans le recueil Le Petit bois et autres
contes) n'est pas encore trouvé. On lit successivement : « Jupiter enfant e », corri-
: :
gé en « Enfances de dieux », puis « Enfances divines ».

113
JULES SUPERVIELLE. Lettre à Marcel Arland. Saint-Gervais-la-Forêt(Loir-
et-Cher), le 4 juillet 1950.
A Marcel Arland.
« J'ai
toujours été fort préoccupé par la « crédibilité e », la plausibilité de mes
contes aussi bien que des poèmes. Je me soupçonne même d'être depuis longtemps
en réaction contre la gratuité des Surréalistes. Avouerai-je que si j'apprécie telle-
mentla continuité d'un récit ou d'un poème, c'est que je suis moi-même discontinu,
dispersé, confus, et toujours ouvert malgré moi à toutes les digressions.[..]
« Le Petit bois »– comme « Le Bol de lait »– sont à peine sortis du poème en
prose. Oui, ce sont à peine des « histoires s ». »

114
UNE MÉTAMORPHOSE OU L'ÉPOUX EXEMPLAIRE. Montévidéo, La
Galatea, 1945. In-4°.

A Mme Bertaux-Supervielle.

115
ORPHÉE ET AUTRES CONTES. Neuchâtel, Paris, Ides et Calendes, 1946.
In-16. (Collection du Fleuron. 4.)

B.N., Impr., 16" Z. 1928 (4).


», ce recueil regroupe les contes suivants : « Le Modèle des
Outre « Orphée e
époux », « Le Bûcheron du Roi », « Vulcain sort de sa forge », « La Création des
animaux », « La Veuve aux trois moutons s ».
:
La plupart de ces contes furent écrits en 1943, ainsi qu'il ressort d'une lettre
à Etiemble, datée du 15 avril de cette année
« J'ai écrit quelques poèmes, un conte sur Vulcain. J'en prépare un sur une
hamadryade et un bûcheron. »

116
LA CRÉATION DES ANIMAUX, nouvelle. Paris, Editions du Pavois, 1947.
In-4°.

B.N., Impr., Rés. m. Y2. 951.


Exemplaire n° 38 de cet ouvrage qui fut tiré à 50 exemplaires sur les presses
du maître-imprimeur Aulard, à Paris.

117
LA CRÉATION DES ANIMAUX. Dessin de Jacques Noël. Paris, Presses du
livre français, 1951. In-8".
B.N., Impr., 16" Y2. 12003.

118
LES B.B.V. Paris, Les Editions de Minuit, 1949. In-16. (Nouvelles originales.
7.)
B.N., Impr., Rés. p. Y2. 1823 (7).
Ce titre étrange (c'est le sigle d'une invention attribuée au héros d'un
conte : les « Bombes de Bonne Volonté » !) donne la mesure de la fantaisie de
Supervielle qui ne recule pas devant le fantastique et même le bizarre. Les
autres contes du recueil ont pour titre : « De cuerpo présente »(allusion à la cou-
tume sud-américaine des veillées mortuaires « en présence du corps »), « Une
enfant e », « La Vache », « Les Géants e ».

119
PREMIERS PAS DE L'UNIVERS, contes. Paris, Gallimard, 1950. In-16.
Cartonnage d'après la maquette de Mario Prassinos.
B.N., Impr., Rés. p. Y2. 2077.
Exemplaire sur papier vélin.
Supervielle a regroupé pour ce recueil les contes déjà parus dans Le Petit
bois et autres contes, ainsi que dans Orphée et autres contes. Il y adjoignit « Les
Géants e », extrait du recueil Les B.B.V., et trois contes inédits : « le e »,
« Nymphes » et « Vacances ».

120
LE JEUNE HOMME DU DIMANCHE. Illustré par Elie Lascaux. Paris,
N.R.F., 1952. In-16.
B.N., Impr., 16° Y2. 13345.
C'est avec cette nouvelle de Supervielle que la N.R.F. inaugura la reprise de
ses activités le 1er janvier 1953, sous le titre de La « Nouvelle » Nouvelle Revue
Française. Jean Paulhan et Marcel Arland se partageaient la direction de la
revue ressuscitée.
Supervielle prolongea par deux fois le récit des aventures de son héros, ce
qui donna lieu à deux autres publications dans La « Nouvelle » N.R.F. : « Le
jeune homme des autres jours »(1er août 1954) puis « Dernières :
métamorphoses » (1er mai 1955).
La nouvelle et ses prolongements devinrent roman pour paraître chez
Gallimard cette même année 1955.
CHAPITRE VII

«J'aime leur vagabondage poétique »


(à propos des comédies de Shakespeare)

THÉÂTRE ET MUSIQUE

A. UN DIVERTISSEMENT : LE THÉÂTRE
Supervielle ne vint au théâtre qu'en 1931 ; mais, comme il le confiait
alors à Jean Paulhan, il éprouvait « plus ou moins consciemment le besoin de [s']
exprimer au théâtre (les poèmes de Guanamiru, les poèmes dialogues du Forçat,
etc.) »
s'adonna au théâtre avec plaisir et même avec une certaine fièvre (surtout
Il
pendant les sept années d'« exil » qu'il passa pendant la guerre à Montévidéo).
Les répliques fines et spirituelles abondent dans ses pièces, et la poésie y
affleure sans cesse ; le spectateur sourit, charmé ; mais l'oeuvre, le plus
souvent, déconcerta.
Paulhan lui fit le reproche de considérer le théâtre « comme une poésie d'un
peu moins bonne qualité ». A Etiemble, qui formulait les mêmes réserves,
Supervielle répondit :
« Je crois [...] que j'ai eu peur de ne pas avoir de succès au théâtre et le malheur
a fait que je me suis privé dans « Bolivar » surtout, de ce qu'il y avait de meilleur en
moi, le jugeant incompréhensible pour la plupart des gens. [...] ce n 'est que dans la
profondeur que je commence à être moi-même. »
Personnalité attachante et recherchée, il put s'assurer la collaboration de
metteurs en scène de renom : Pitoëff, Jouvet, Rouleau, Vilar, Barrault.
La farce et la pantomime lui donnèrent à exercer le meilleur de son talent
dans le domaine du théâtre : une cocasserie irrésistible donne vie aux dialo-
gues de La Première famille et des Suites d'une course.

121
LA BELLE AU BOIS, pièce en trois actes. Paris, Gallimard, 1932. In-16.

B.N., Impr., Yth. 39937.


Cette pièce fut jouée par trois compagnies différentes, sur des textes à cha-
que fois partiellement récrits.
Créée en 1932 par la Compagnie Georges Pitoëff, elle fut jouée, dans sa
deuxième version, en août 1942, à Buenos Aires, par la Compagnie Louis
Jouvet lors de la tournée que celle-ci effectuait en Amérique du Sud. La troi-
sième version fut donnée au Théâtre de l'OEuvre le 6 novembre 1952.

122
LA BELLE AU BOIS. [Nouvelle version.] Buenos Aires, Sur, Lettres Françai-
ses, 1944. In-16. (Collection « La Porte Etroite ». 4.)
B.N., Impr., 16° Z. 5672 (4).
Edition imprimée aux frais d'amis de la culture française et vendue au
profit des oeuvres du Comité français de Secours aux victimes de la guerre.
:
Sur les conseils d'Etiemble, Supervielle avait remis cette pièce sur le
métier
« pièce, lui écrit-il le 25 mai 1941. Je crois qu'elle a gagné surtout
J'ai revu ma
au 3ème acte qui est mieux gouverné maintenant. »
En préambule à l'édition de 1944, il
donne ces précisions :
« Depuis l'édition de 1932 j'ai souvent songé à cette pièce. Elle n'avait pas fini
de vivre en moi, je veux dire de se modifier. Dans la présente version les scènes du
début ont été remaniées et le 3ème acte contient des passages entièrement
nouveaux. »

123
LA BELLE AU BOIS, version de 1953. Suivi de : Robinson ou l'amour vient de
loin. Paris, Gallimard, 1953. In-16.

B.N., Impr., 16° Yf. 327.

124
ROBINSON, comédie en 3 actes. Paris, Gallimard, 1948. In-16.
B.N., Impr., Rés. p. Yf. 321.
Supervielle fait part à Etiemble, son confident de l'époque, des progrès de
sa pièce, mise en chantier à Paris avant son départ pour l'Uruguay.
« Robinson » ma nouvelle pièce est à peu près achevée e », observe-t-il le 11
novembre 1939.
Il en annonce l'achèvement le 29 février 1940, ajoutant :
« quelques jours avant de quitter la Franceje lisais à Barsacq le I er acte qu'il
trouva bon, le 2e qu'il trouva mauvais et l'ébauche du 3e. »
Mais il a remis en chantier Robinson, et le 13 avril 1945,
d'annoncer à Etiemble qu'il a achevé sa révision : il est en mesure

« .[elle] est en grande partie en vers, surtout de 8 pieds, mètre qui convient je
crois à la pièce.
Je fais alterner la prose et les vers, selon (en gros) la formule
Shakespearienne.»
125
THÉÂTRE DE L'OEUVRE. Affiche pour Robinson.
Famille Supervielle.
La pièce fut créée le 6 novembre 1952.

126
BOLIVAR, pièce en 3 actes et 11 tableaux. La Première famille, farce en 1 acte.
Paris, Gallimard, 1936. In-16.
B.N., Impr., 8° Yf. 2616.
En 1930, Supervielle avait écrit une « nouvelle historique » :
Bolivar et les
femmes. Sur cette lancée il
compose une pièce de théâtre et déclare le 3 janvier
1933 à Valéry Larbaud que Bolivar « est achevé et déjà entre les mains d'un
directeur de théâtre » Cependant le 16 octobre suivant, il
lui avoue que « tout
cela n'est pas encore achevé ».
Le 31 juillet 1934, il est en mesure de donner des nouvelles de sa pièce qui
:
« sera lue, à la rentrée devant le Comité de lecture [de la Comédie-Française] –
sans doute par l'auteur », ajoutant
« Fabre m'a dit qu'il trouvait la pièce « un peu particulière », « un peu surpre-
nante e».
Finalement, Bolivar fut accepté et la première représentation eut lieu le 1er
mars 1936, avec une musique de scène de Darius Milhaud (Cf. n° 145).
Le découpage quasi cinématographique de l'action, en une succession de
tableaux rapides, déconcerta le public de l'époque.
Afin d'honorer Supervielle venu là pour se reposer et pour écrire, il y eut
une mémorable représentation – très confidentielle – de La Première famille à
Pontigny, en mars 1938. Etiemble dirigeait la décade, qui avait pour
thème « L'Anti-Babel ». Ce dernier tenait le rôle d'Adam, et Supervielle celui
du Diplodocus. En septembre de la même année, la pièce fut créée par les
Pitoëff.

127
BOLIVAR [À L'OPÉRA]. Présentation. Lausanne, Société d'édition des
« Cahiers d'Occident », [1950.] In-4°.

Famille Supervielle.
Exemplaire de fabrication.
Richement illustré, ce fascicule reproduit, en couleurs, des études de
décors de Fernand Léger, et rassemble sur une même page la photographie
des quatre « héros » de l'entreprise : Jules Supervielle, Darius Milhaud, Fer-
nand Léger et Jean-Louis Barrault.
Supervielle avait annoncé le 20 décembre 1947 à Etiemble que son Bolivar
passait à l'Opéra. Il dut attendre plus de deux ans que la chose se réalisât.
L'oeuvre fut créée à l'Opéra de Paris le 12 mai 1950, dans une mise en scène
de Max de Rieux, avec des décors et costumes de Fernand Léger et sous la
direction musicale d'André Cluytens.
Roger Bourdin (Bolivar), Janine Micheau (Manuela) et Henri Medus
(Bovès) tinrent les principaux rôles.
128
GONZALES BERNAL. Deux maquettes de décors à la gouache pour le
Bolivar de Jules Supervielle.
A la Société des Comédiens français.
1. 3e tableau : Le tremblement de terre de Caracas.
2. 8e tableau : Le Palais de Bolivar à Lima, en 1826.
Responsable des décors, André Boll travailla à partir des maquettes de
Gonzales Bernal. La mise en scène était d'Emile Fabre, et les danses furent ré-
glées par Serge Lifar.
Les pricipaux rôles étaient tenus par Maurice Escande (Bolivar), René
Alexandre (Bovès), Marie Bell (Manuela), et Berthe Bovy (Precipitaciôn).

129
FERNAND LÉGER. Deux maquettes de décor pour Bolivar.
A la Bibliothèque-Musée de l'Opéra.
1. 3e tableau : Le tremblement de terre de Caracas.
2. 8e tableau : Le Palais de Bolivar à Lima, en 1826.

130
LE VOLEUR D'ENFANTS, comédie en 3 actes et un épilogue. Paris, Galli-
mard, 1949. In-16. Cartonnage d'après la maquette de Mario Prassinos.
B.N., Impr., Rés. p. Yf. 370.
Supervielle mit en chantier cette pièce en juillet 1934, à Tossa del Mar (où
il était l'hôte de Mme Holtzer). Il confia à Valéry Larbaud que c'était à la
demande de Louis Jouvet qu'il avait entrepris d'adapter à la scène les aventu-
:
res du colonel Bigua contées dans ses deux romans Le Voleur d'enfants et Le
Survivant.
neuf années avant que la pièce fût acceptée par un directeur
Il dut attendre
de théâtre. Raymond Rouleau créa la pièce le 15 octobre 1948 au Théâtre de
l'OEuvre, avec une mise en scène de J.J. Grünenwald, et des décors et cos-
tumes conçus par Lila de Nobili.

131
« LE VOLEUR D'ENFANTS e ». Epilogue. Brouillon. Manuscrit autographe.
Bibl. litt. J. Doucet, Ms. 2386
a
Le premier feuillet porte cette mention :« (dernière version. Avril 37). »

132
SHÉHÉRAZADE, comédie en 3 actes. Paris, Gallimard, 1949. In-16. Carton-
nage d'après la maquette de Mario Prassinos.
B.N., Impr., Rés. p. Yf. 342.
Supervielle découvrit tardivement le charme des Mille et une nuits. Il écrit,
en effet, à Etiemble, le 30 janvier 1942 :
«relis ou plutôt je lis – je n'en connaissais qu'une ou deux – les mille et une
Je
nuits. Peut-être en tirerai-je une pièce pour Jouvet. Je la voudrais dramatique,
magique aussi – et presque sans humour (il y en aura malgré moi). »
En réalité, Madeleine Ozeray est à l'origine du projet et de ce regain d'inté-
:
rêt pour les contes d'orient. C'est ce qui ressort d'une autre lettre à Etiemble,
datée du 30 novembre
recevoir « Merci Shérazade ». Cette dernière pièce je ne sais trop
« Vous avez dû
qu'en penser. C'est Madeleine Ozeray qui me disait un jour : « Je voudrais avoir
une pièce tirée des Mille et une nuits. » Je la lui ai écrite. Je l'aimais bien, juste
après l'avoir achevée, elle me plaît moins maintenant. »
Un fragment de Shéhérazade (première version) parut dans le numéro
inaugural de la revue Valeurs, sous le titre de : « Merci, Shérazade. »
Supervielle remit sa pièce sur le métier en 1945, puis encore en 1947, mais
sans y apporter de transformations notables. En mars 1948, il annonce à
Etiemble que Shéhérazade est enfin achevée. Il pensait à la Comédie-
Française, mais ce fut Vilar qui créa la pièce. Ce dernier lui demanda quelques
remaniements que Supervielle lui concéda volontiers.

133
« MERCI SHÉRAZADE e ». Brouillon. Manuscrit autographe.
a.
La chemise porte cette mention : Bibl. litt. J. Doucet., Ms. 2883

« Oui. Merci Shéhérazade qui a été à ma connaissance la première Résistante


de l'histoire et de la légende. »

134
FESTIVAL D'AVIGNON. Programme du 2e Festival d'art dramatique, avec
Shéhérazade de Supervielle.
Famille Supervielle.
La représentation eut lieu le 17 juillet 1948 dans les jardins d'Urbain V, au
Palais des Papes en Avignon. La pièce fut ensuite jouée à Paris, au Théâtre
Edouard VII.

135
ÉDOUARD PIGNON.
1. Maquette du dispositif scénique pour Shéhérazade.
2. Costume de Shéhérazade.

B.N., Arts du spectacle.


C'est Sylvia Montfort qui interpréta le rôle de Shéhérazade.

136
LES SUITES D'UNE COURSE. Suivi de : L'Etoile de Séville. Théâtre. Paris,
Gallimard, 1959. In-16.
B.N., Impr., 160 Y. 298.
Supervielle commenta cette « mimo-farce » en un acte dans le préambule
de l'édition :
« Cette pantomime parlante est tirée d'un de mes contes figurant dans le recueil
L'Enfant de la Haute mer. C'est une farce, une sorte d'image d'Epinal ou plutôt
d'alleluia. [...] Poésie écrite pour la simplejoie de la chose contée avec la sécheresse
de couleurs très vives et presque sans nuances, poésie de la place publique, si l'on
veut, et dont le mystère vient non pas des mots mais de l'art de rendre plausible une
histoire incroyable : un fils devenant cheval dans une très honorable famille de
bipèdes endurcis. »
La pièce fut créée au Théâtre Marigny, à Paris, par la Compagnie Renaud-
Barrault, en novembre 1955. Henri Sauguet est l'auteur de la partition (Cf.
n° 146).
137
ANDRÉ LHOTE. Lettre à Jules Supervielle. [Paris, ] le 14 décembre 1955.

Famille Supervielle.
« Je ne serai pas tranquille tant que je ne vous aurai pas remercié du grand
plaisir que vous m'avez donné avec votre divertissement de Marigny. Les ombres –
non les lumières – autour de 1900 des poètes sans frein, de Jarry à Franc-Nohain,
se levaient tumultueusementde tous côtés pour assister à la montée parmi leur cen-
dres, de la fusée Supervielle, au bruit de nos applaudissements.
Vos collaborateurs, Jean-Louis Barraut [sic], en tête, furent étourdissants. Les
exercices de cheval de cirque et le ballet des lumières de la ville étaient extraordi-
naires. »

138
THÉÂTRE ESPAGNOL. Quatre pièces de Calderôn, Lope de Vega, Cervantes.
Textes français de Alexandre Arnoux, Albert Camus, Jules Supervielle,
Dominique Aubier. Paris, Club des libraires de France, 1957.
B.N., Impr., 160 Y. 229 (9).
Supervielle traduisit, ou plutôt adapta La Estrella de Sevilla de Lope de
Vega.

139
JEAN PAULHAN. Lettre à Jules Supervielle. [Paris, ] le 20 décembre 1956.

Famille Supervielle.
« .ta pièce est bien belle ; belle et étonnante. Y reste-t-il beaucoup de Lope de
Vega a ? Que tu aies suivi le sujet de l'Etoile en y ajoutant simplement ton style (ce
qu'il y a d'unique dans ce style, on ne sait comment, ce qui le fait à la fois ironique
et déchirant) soit. Mais ce qui se passe peu à peu c'est qu'insensiblement tu l'em-
portes, c'est que très vite on ne voit plus que toi, c'est que le ton dont tu te sers
devient la raison de tout le reste. »

140
SHAKESPEARE. Comme il vous plaira, comédie adaptée par Jules
Supervielle. Paris, Gallimard, 1935. In-16.
B.N., Impr., 8" Y k. 2056.
Supervielle confia à Tatiana Greene que « cette traduction [lui] avait été
demandée par un metteur en scène allemand, Barnowski, qui avait donné la pièce
à Berlin [.] et voulait la donner à Paris. »
En juillet 1934, il travaille assidûment à cette adaptation d'As you like it,
« promise pour avant mon départ en vacances e », précise-t-il dans une lettre à
Valéry Larbaud.
La pièce fut créée sous cette forme à la Comédie-Française le 6 décembre
1951.

141
SHAKESPEARE. Le Songe d'une nuit d'été. Version française de Jean-Louis
et Jules Supervielle. Paris, Club français du livre, 1959. In-16.
B.N., Impr., 16° Y. 187 (35).
Deuxième fils du poète, Jean-Louis Supervielle traduisit aussi, mais seul,
cette fois, Peines d'amour perdues.
B. UN POÈTE ET SES MUSICIENS

Jules Supervielle a entretenu avec la musique des rapports privilégiés, et


l'amitié que lui ont vouée les compositeurs à été génératrice d'un certain
nombre de partitions dont nous présentons quelques témoignages. Aux noms
de Darius Milhaud, Maurice Jaubert et Henri Sauguet, il convient de joindre
ceux de Georges Auric, qui mit en musique Quatre chants de la France
malheureuse (1947), Florent Schmitt (L'Arbre entre tous, 1939), ainsi que
ceux d'André Casanova, Enys Djemil, Ennemond Trillat.

142
MAURICE JAUBERT. Le Jour. Deux placards imprimés (distribution et
argument). 1943.
A Mme Maurice Jaubert.
Maurice Jaubert a composé le chorégraphique Le Jour, en 1931, sur
poème
un argument allégorique de Jules Supervielle.
:
Les divers mouvements de l'ouvrage Passacaglia, Scherzo, Aria, Pasto-
rale, Choral et Toccata, développent l'argument poétique où s'affrontent les
forces de la nuit et les premiers éclats du jour naissant.
Cette partition, dans laquelle s'insère une partie chantée, a été donnée
pour la première fois, le 13 décembre 1931, à la Salle Pleyel, par l'Orchestre
symphonique de Paris, sous la direction de Pierre Monteux. Marthe Brega
(Mme Maurice Jaubert) et Martial Singher assuraient la partie vocale.
Elle n'a connu les feux de la rampe que le 23 juin 1943, à l'Opéra de Paris,
trois ans après la disparition du compositeur, qui trouva la mort au cours des
derniers combats de 1940.
La chorégraphie était de Serge Lifar, les décors et costumes de Jacques
Ernotte ; Suzanne Lorcia, Micheline Bardin, Paulette Dynalix et Serge Lifar,
pour la danse ; Janine Micheau, Eliette Schenneberg, pour le chant, partici-
paient à cette création très remarquée.

143
JULES SUPERVIELLE À PORT-CROS, en 1931. Photographie prise par
Maurice Jaubert.

A Mme Maurice Jaubert.


La photographie a été prise par le compositeur au cours d'une partie de
bateau : à gauche, en premier plan, Jules Supervielle, et en vis-à-vis, Marthe
Jaubert, derrière le poète, sa femme Pilar ; au second plan, Françoise Jaubert,
et au fond, les fils de Supervielle.
Dans une lettre du 29 septembre 1931, Jules Supervielle remercie Maurice
Jaubert de l'envoi de plusieurs photographies, dont celle-ci :
« Quelles belles photos, quels précieux aide-mémoire vous nous avez en-
voyés [.] »
Dans la dernière lettre qu'il adressera au musicien, de Montévidéo, le 30
novembre 1939, il évoquera de façon allusive leur première rencontre :
fable que cette rencontre du musicien et du poète ! Ah ! ce n'était certes
« Quelle
pas dans un café littéraire. Le voilà le Buisson ardent. »
Ecrivant à sa femme du Front le 7 octobre 1939, Maurice Jaubert lui parle
du poète Patrice de La Tour du Pin « qu'il rencontre assez souvent au cours de
[ses] déplacements » :
« Et ce matin, [...], ilfut question de Claudel, de Supervielle (pour lequel La
Tour du Pin a fait une sorte de poème de circonstance signé de nous deux), de
musique et de poésie. Le tout ponctué de quelques coups de canon

144
MAURICE JAUBERT. Saisir, mélodies pour soprano et orchestre. Partition
autographe par Maurice Jaubert. Paris – aux Armées, 1939-mars 1940.
A Mme Maurice Jaubert.
Cette suite de mélodies, dédiée à la cantatrice Maria Branèze, a été écrite
pour soprano, orchestre à cordes, harpe et piano, sur des poèmes de
Supervielle extraits de son recueil Saisir :
– « Saisir, saisir le soir »
– « Ce souvenir que l'on cache dans ses bras »
Grands yeux dans ce visage »
– «
– « Vous avanciez vers lui »
– « Un visage à mon oreille ».

145
DARIUS MILHAUD. Naissance de Vénus, cantate pour choeurs mixtes a cap-
pella, par Darius Milhaud, sur un poème de Jules Supervielle. 1949. Partition
autographe.
A Mme Darius Milhaud.
Cette cantate a cappella a été créée par les choeurs mixtes de la Radiodiffu-
sion française, en 1949. Elle conclut la suite des oeuvres que le poète a inspi-
rées au compositeur, auquel le liait une vive amitié :
– Bolivar, musique de scène pour les représentation de la Comédie-
Française, en 1936 ; en 1943, Madeleine Milhaud a tiré de la pièce le livret d'un
opéra qui a été créé, le 12 mars 1950, à l'Opéra de Paris.
La Première famille, musique de scène pour la pièce de Jules Supervielle,

montée au Théâtre des Mathurins, en 1938, par Georges et Ludmilla Pitoëff.

Shéhérazade, musique de scène pour le spectacle présenté au Festival
d'Avignon, en 1948, par Jean Vilar, puis, à Paris, au Théâtre Edouard VII.
Enfin, en ce qui concerne la musique vocale, citons les Chansons de
négresse (1936), et : Trois poèmes pour chant et piano (1947).

146
HENRI SAUGUET. Les Suites d'une course. Ballet-pantomime. Brouillons
autographes de la partition.
A M. Henri Sauguet.
Henri Sauguet a composé cette partition pour la Compagnie Madeleine
Renaud-Jean-Louis Barrault, qui créa le ballet-pantomime en 1955 au Théâtre
Marigny, dans une mise en scène de Jean-Louis Barrault, avec des décors de
Jacques Dupont, et sous la direction musicale de Pierre Boulez assisté de
Maurice Jarre.
On doit ausssi à ce compositeur la musique de scène de la pièce de
Supervielle : Robinson ou l'amour vient de loin (Théâtre de l'OEuvre, 1952), et
de son adaptation de Asyou like it de Shakespeare (Comédie-Française, salle
Luxembourg, 1955).
A l'occasion de cette exposition, Henri Sauguet a pris la décision de faire
don de cette partition à la Bibliothèque Nationale.
CHAPITRE VIII

[…]
«
Ah
Homme égaré dans les siècles,
tu aurais tant aimé les hoommes de ton époque »

LES AMITIÉS

« Ce qu'il surveille à travers les gens et les choses, et guette, et finit par contem-
pler, n'est certes pas à la disposition, à la portée de tout le monde, on ne le tient
jamais tout entier ; une part de lui, la plus noble, occupée ailleurs, nous fausse
compagie, sans s'excuser, ce qui fait peser sur sa présence un air d'absence. »
Ainsi s'exprimait Marcel Jouhandeau, l'un des plus fidèles amis de
Supervielle, corroborant ce propos de l'auteur des Amis Inconnus : « Le poète
fait de la solitude et du mystère avec les visages les plus aimés, les plus quoti-
diens. »
Cette irrépressible distraction qui gênait parfois ses interlocuteurs et ména-
geait dans les entretiens de longues plages de silence, n'empêcha pas le poète de
nouer les amitiés les plus longues, les plus fidèles, les plus chargées d'émotion qui
soient.
C'était un être éminemment attachant qui, par ses doubles origines,
françaises et sud-américaines, joua un rôle notable de lien et de garant au car-
refour des diverses cultures, à un moment où la France littéraire, à la suite de
Valéry Larbaud, cherchait à sortir de son isolement.
Mais il fut surtout l'ami des poètes ; et si sa nature nonchalante fit qu'on lui
doit un nombre restreint de traductions, il ne ménagea pas sa peine et prodi-
gua des sympathies enthousiastes pour ceux que son regard de poète avait
reconnus et aimés ; tant il savait que les poètes sont livrés sans défense, par
leur vulnérabilité, aux cruautés du sort :
« Sais-tu ce qui te fait souffrir ?
C'est ton armure de poète qui fait si mal aux entournures,
C'est notre cotte de maille toute en nerfs, veines et artères,
Habile à nous martyriser. »
A. LE CERCLE DE LA N.R.F.

147
LE CERCLE DE LA N.R.F. Photographie. Ca 1935.
A Mme Rouart-Valéry.
reconnaît autour de Paul Valéry, de gauche à droite : Marcel Arland,
On
André Malraux, Jules Supervielle, Jean Paulhan, Henri Calet, Germaine
Paulhan, Hirsch et Léon-Paul Fargue.
Supervielle devait beaucoup à l'esprit de la N.R.F. qui l'avait aidé à « gou-
verner son tumulte intérieur ». Il trouvait dans ce milieu un esprit de rigueur et
un goût du travail bien fait qui venaient contrebalancer un certain penchant à
la facilité.
De plus, il dut, en grande partie, le succès et le rayonnement de son oeuvre
à ceux qui présidèrent à la renaissance de la revue en 1919 : André Gide, Jac-
ques Rivière, puis Paulhan, et enfin Marcel Arland. Ces derniers « veillaient »
sur leur poète et lui accordaient la place d'honneur dans maints numéros de la
revue.

148
JEAN PAULHAN. Portrait. Photographie par Thérèse Le Prat.
Archives Paulhan.
Supervielle connut Paulhan aux « mercredis » de Jacques Rivière, mais ne
devint vraiment intime avec lui qu'à partir des années 1927-1928.
« partir de 1927-28, – écrit-il à Etiemble en décembre 1939 –, j'ai montré
A

presque tous mes écrits à Jean Paulhan et j'ai profité de ses remarques qui m'ont
paru justes la plupart du temps, et fécondes toujours. »
Les séjours communs à Port-Cros vinrent encore renforcer cette amitié
que rien ne devait altérer. Les deux amis passèrent au tutoiement en 1932.

149
JEAN PAULHAN, de profil. Portrait. Photographie par Daniel Wallard.
Archives Paulhan.

150
JEAN PAULHAN. Clef de la poésie, qui permet de distinguer le vrai du faux
en toute observation ou doctrine touchant la rime, le rythme, le vers, le poète
et la poésie. Paris, N.R.F., 1944. In-16. (Collection « Métamorphoses ». XXI.)
A Mme Bertaux-Supervielle.
Cet exemplaire comporte une dédicace longue et circonstanciée, à Jules et
Pilar Supervielle :
trop souci de clefs, devient lui-même serrure. (Proverbe mongol). »
« Qui a
Suit le dessin d'une clef munie d'une étiquette sur laquelle Paulhan a ins-
crit l'envoi proprement dit :
« clef de Pilarà
Jules Supervielle
leur ami Jean. »
Au bas de la page, il ajoute cette remarque :
« ce petit livre est beaucoup moins ennuyeux
si on commence par les observations.»
il a joint à la maquette un additif imprimé, dont le titre : Sept pages
Enfin,
d'explications, est prolongé par cette mention manuscrite : « pour joindre à la
clef »[avec dessin en lieu et place du mot].
Des annotations de Supervielle montrent que le livre a été lu avec soin.

151
JEAN PAULHAN ET MARCEL ARLAND à la N.R.F. Photographie Paris-
Match.
Archives Paulhan.
Jean Paulhan confia de plus en plus de responsabilités à Marcel Arland
dans les années qui précédèrent la guerre. Ils travaillaient de concert à « La
Vigie », ce fort de Port-Cros où, durant l'été, des lectures et discussions innom-
brables précédaient la mise en oeuvre, et scellaient le destin, des numéros de
l'automne et de l'hiver suivants.
Lorque la revue ressuscita le 1er janvier 1953, sous le titre de La « Nouvelle »
Nouvelle Revue Française, Marcel Arland devint co-directeur de celle-ci avec
Jean Paulhan.

152
JULES SUPERVIELLE CHEZ MARCEL ARLAND, à Brinville, près de
Fontainebleau. Ca 1936. Deux photographies.
A Marcel Arland et à la Famille Supervielle.
Marcel Arland commença très jeune à collaborer à la N.R.F. Il devint bien-
tôt l'ami de Paulhan qui le fit venir à Port-Cros. C'est là qu'il fit la connais-
sance de Supervielle.
Dans la « Lettre premièt-e »(« A Jules Supervielle ») du tome second de La
Nuit et les sources (Grasset, 1963), il évoqua cette journée où Supervielle vint
lui rendre visite dans sa propriété de Brinville :
« Tu as si naturellement compris les bêtes, Julio, que je peux te parler d'un
chien. Tu l'as vu chez moi ; il se tient entre nous sur la photo qui nous rassemble
devant la maison de Brinville ; ou plutôt, de tout son grand corps tacheté de bleu, il
se dresse, cherche à s'asseoir comme nous sur le banc, à prendre sa place, en ami
qui se sait encore inconnu, mais qui voudrait bien ne plus l'être. »
L'une des photographies présente Supervielle souriant ; sur l'autre, il a ce
visage sévère qu'il offrira dorénavant le plus souvent et qui cache une angoisse
qui ira grandissant jusqu'à la fin. Marcel Arland comprit mieux qu'aucun
autre ce drame du poète que gagnaient des ténèbres intérieures.

153
PLAN DE L'ISLE DE PORTECROS. S.d. [Fin XVIIIe s.] Manuscrit. Tracé à
la plume rehaussé d'aquarelle. 40x55 cm.

B.N., Cartes et Plans, Service hydraugraphique de la Marine,


portefeuille 75, division 10, pièce 2.
L'île finement dessinée, avec des vagues ondulées pour en souligner la
nature accidentée, semble perdue au milieu d'un océan. Une rose des vents
accentue ce caractère d'île de Robinson que ses divers occupants ont reconnu
et savouré comme l'un de ses plus grands charmes.
Cette carte indique le nom des forts construits par Vauban : « Port-Mail e »,
au nord ; « L'Eminence e », devenue « La Vigie » au temps de Paulhan ; « Lestis-
sac », et le « Château de Portecros e », sur la rade.
Supervielle pressait Valéry Larbaud de venir leur rendre visite dans l'île. Il
lui écrit le 16 avril 1928 :
« Commevous aimeriez l'île de la N.R.F ! (si j'ose m'exprimer ainsi). Et ce
fameux drapeau, le hissera-t-on bientôt aux accords de l'hymne de la rue de
Grenelle ? »
Valéry Larbaud avait, en effet, projeté de dresser un drapeau aux couleurs
de la N.R.F. au sommet de « La Vigie » qui, par sa position dominante, sem-
blait veiller sur l'île.
154
PORT-CROS. Trois vues de l'île. Photographies de J.-J. Goizet. 1947.
B.N., Est., Touring Club de France, carte 45, section 16.
La propriétaire de l'île, que tout le monde appelait Madame Balyne (en
réalité, Madame Marcel Henry), avait accepté de louer l'un des forts à Jean
Paulhan. Celui-ci l'aménagea. Il y revint tous les étés, attirant à lui ses collabo-
rateurs de la N.R.F. Marcel Arland consacra tout un chapitre de ses chroni-
ques du temps passé (Proche du silence, Gallimard, 1973) à ce lieu de villégia-
ture, et de travail aussi :
« C'est un vieux fort sur une hauteur, d'où l'on domine l'étendue des pins et des
eaux. Par un pont-levis, on accède dans une cour, entre des maisons exiguës, des
casemates, un mirador, et, tout au fond, le renflement d'une poudrière. Sombres,
nos demeures, et presque nues. Mais elles nous plaisaient ainsi, nous y vivions
librement, près du large, et le plein ciel autour de nous. »(« Ce que fut la Vigie ».)
Des amis passaient. Georges Rouault y effectua un séjour. André Gide vint
aussi ; il se réconcilia avec Marcel Arland avec lequel il était brouillé depuis
deux ans.

155
PORT-CROS. Vue du port et du fort « François 1e e ». Photographie.
Famille Supervielle.
« A la pointe de la baie, sur un éperon, c'est lefort où Jules Supervielle a cou-
tume de passer l'été, avec safemme et ses filles. Le bon « Julio » aux longs bras, au
long corps, aux longues jambes, dontil ;
ne sait que faire ses yeux parfois lointains,
discrétion, safine et malicieuse ingénuité, ses mains
son coeur toujours présent, sa
qui modèlent sa parole, les dons qu'il a reçus et sans doute l'anxieux malaise de
ces dons, et les épreuves, mais la grâce des métamorphoses. » (« Ce que fut la
Vigie ».)
Supervielle et sa femme Pilar tenaient table ouverte et le fort « François 1er »
ne désemplissait pas de l'été.
Henri Michaux en fut l'hôte assidu et très fêté. Le poète équatorien,
Alfredo Gangotena, grand ami de Michaux, y séjourna, ainsi que Manuel
Alberti, poète espagnol, et le musicien Maurice Jaubert (Cf. n° 143) ; bien
d'autres encore. En 1928, Saint-John Perse mouilla à quelques encablures du
fort et rendit visite à Supervielle (Cf. n° 160).

156
PORT-CROS. Le fort « François Ier », noyé dans la végétation et ceinturé de
mer. Photographie.
A Mme Bertaux-Supervielle.

157
MARCEL JOUHANDEAU. Portrait. Photographie par Charles Leirens.
Bruxelles. Ca 1938.
B.N., Est., N2 Sup.
« Je considère Jules Supervielle un peu comme un frère jumeau. Nous sommes
nés à la littérature à peu près en même temps et sous le même parrainage. C'est la
N.R.F. qui nous accueillit. Mon premier livre parut en 1920 et L'Homme de la
Pampa, de Jules Supervielle, en 1923, aux éditions Gallimard. Jacques Rivière
aimait rapprocher nos deux noms. Il ne nous séparait pas dans ses propos plus
volontiers, j'imagine, que dans son coeur. C'est chez lui que j'ai dû rencontrer pour
la première fois notre poète, mais la merveille, c'est que, par un concours invrai-
semblable de circonstances, j'aie connu intimement Supervielle à Guéret, c'est-à-
dire chez moi en 1924 [erreur pour : 1923]. »(Cf. nos 32 et 71).
(« Jules Supervielle », dans : Livres de France, février 1957.)

158
MARCEL JOUHANDEAU. Opales. Editions de la Nouvelle Revue
Française, 1928. In-8°.
A Mme Paseyro-Supervielle.
Exemplaire longuement dédicacé au poète :
« Cher Jules Supervielle, / cher ami, je pense à vous, /je vous vois, je vous
parle/ souvent.
Vous êtes parmi les hommes/un de ceux-très-rares-qui/ méritent de regarder/ le
soleil, j'allais écrire, / de ne pas avoir les yeux crevés.
M. Jouhandeau.
Je crois d'ailleurs que celui-là/se lèvera qui ordonnera de crever/ les yeux de
tous les hommes et/qui en terre portera bientôt/une race nouvelle à laquelle/ inu-
tile sera la lumière./ Oh ! ces promeneurs sans/regard dans les bois/et sur la
mer !/ Nous serons de l'autre côté. »
159
ANDRÉ MALRAUX. La Condition humaine. Paris, Librairie Gallimard,
[1933.] In-18.

A Mme David-Supervielle.
La dédicace : « A Supervielle/avec la fidèle sympathie d'/André Malraux »,
est accompagnée d'un amusant dessin représentant un coq stylisé.
Supervielle écrivait à Paulhan le 10 octobre 1928 :
« Il m'en coûte beaucoup de ne pouvoir accepter l'offre de Malraux, mais je
crois vraiment devoir me tenir à l'écart de la critique littéraire – même de la plus
libre. »
Il se voulait poète, et seulement poète. Cette mise à distance des travaux
ordinaires qui échoient aux hommes de lettres, explique la rareté de ses préfa-
ces et de ses conférences.

B. AVEC LES POÈTES, SES PAIRS

160
JULES SUPERVIELLE. Lettre à Saint-John Perse. Paris, le 23 mai 1949.
A la Fondation Saint-John Perse.
L'auteur d'Anabase vient d'adresser à Supervielle son recueil Exil que les
Lettres Françaisesavaient publié à Buenos Aires en 1942, et qui reparaissait en
édition bilingue, en 1949 précisément, à New York par les soins de la Bollin-
gen Foundation.
votre envoi et de votre dédicace qui prolonge
« Soyez profondément remercié de
nos inoubliables entretiens de Port-Cros (et nos silences). [.]
Vous avezfait pour le poème ce que Mallarmé obtenait pour son vers. Les mots
y sont merveilleusement soudés les uns aux autres. Cadre strict et élastique – la
poésie n'est-elle pas faite de ces apparentes contradictions qui favorise et exalte
la grandeur et la liberté et l'espace de vos images. » –
Les visites de Saint-John Perse au fort « François 1er » à Port-Cros, avaient
laissé des souvenirs ineffaçables chez l'un et l'autre poètes :
« Jen'oublierai jamais, – écrit Saint-John Perse le 26 juillet l'accueil de Por-
–,
querolles, ce pur et clair visage qui accompagne le vôtre, vos jeunes nageuses,
aujourd'hui mères, et ces mains de fillette, accrochées à mes hublots, qui élevaient
de bon matin un petit panier de fruits apporté à la nage. »(Cf. n" 155).
Et dans sa réponse, Supervielle ranime encore ces souvenirs :
très souvent parlé de vous avec les miens, évoquant votre inou-
« Nous avons
bliable apparition aux Iles d'or. Depuis, nous vous attendons toujours. »
161
SAINT-JOHN PERSE. Lettre à Jules Supervielle. Cape Cod, le 26 juillet
1949.

Bilb. litt. J. Doucet, Ms. 2396.


Cette admirable lettre, publiée en partie seulement dans les OEuvres com-
plètes de l'auteur d'Eloges, est le plus bel hommage qu'un poète ait jamais
adressé à l'un des ses pairs :
« Votre noblesse en tout m'émeut, dans l'amitié comme dans votre oeuvre. Et je
n'ai jamais connu de vous qu'élégance morale. »
Et répondant à son envoi d'Oublieuse mémoire, il commente de la sorte la
poésie de ce recueil :
« J'aime l'exigence et la fierté secrète de votre
art, mené si loin dans le dépouille-
ment. On ne peut rejoindre plus pure tradition [.] sans rien perdre cependant de
l'immersion moderne aux larges houles du subconscient. C'est une gageure, pres-
que, que vous puissiez ainsi reprendre, avec tous ses risques, le poème psychologi-
que ou même philosophique. L'intelligence sensible et la modulation intime vous y
sauvent, aidées de votre large humanité et de votre sens de l'universel. »
Enfin, il lui fait savoir qu'il serait heureux de voir son nom dans le numéro
d'hommage que Paulhan prépare pour ses « Cahiers de la Pléiade e ».
Comme il le fit souvent, lorsqu'on lui demandait ce genre de contribution,
Supervielle composa un poème (six quatrains d'alexandrins). La perfection
altière de la poésie de Saint-John Perse et la sublimité de son art impression-
naient vivement Supervielle qui, haussant le ton à cette occasion, força sa voix
de poète et en altéra le charme voué à l'intimité et à l'intériorité.

162
HENRI MICHAUX. Portrait. Photographie par Brassaï. Paris. Ca 1942.
B.N., Est., N2.
Supervielle fit la connaissance de Michaux à Paris en 1922 ou en 1923. Dès
1924, leurs liens se resserrent et Michaux devient un ami de la maison. Il
venait déjeuner tous les dimanches, et chaque été, il était l'hôte des
Supervielle à Port-Cros. A la chaleur et à la gentillesse de l'accueil de cette
famille où régnait l'animation la plus joyeuse, il répondait en déployant les
richesses intarissables de son esprit et de son imagination, constamment
requis par les sujets les plus divers. Cependant, même au sein de cette famille
qui était un peu devenue la sienne, sa réserve était légendaire.
Supervielle écrit à son sujet à Paulhan le 28 août 1935 :
« Michaux, depuis que tu le tutoies, afini par consentir à mon tutoiement. Oui,
vous êtes mes deux meilleurs amis. »
Ce grand réfractaire que fut Henri Michaux proposait une voie, dans les
domaines de la pensée et de la création artistique, avec laquelle Supervielle
était d'intelligence, sans que ce dernier eût, cependant, la force et l'audace de
la suivre jusqu'en ses ultimes conséquences. L'auteur de La Fable du monde
tourna court et chercha à ensevelir ces monstres intérieurs que Michaux, au
contraire, s'efforçait à faire jaillir de soi.
« Je n'aime pas l'originalité trop singulière (à part quelques radieuses excep-
tions comme, en France, Lautréamont ou Michaux) »,
nota Supervielle dans son art poétique, avouant par là ses affinités avec ces
deux poètes.
163
« PORTRAIT DE MICHAUX ». Manuscrit autographe inédit. Ca 1942.

B.N., Mss.
En quelques lignes, Supervielle brosse le portrait physique de Michaux,
s'excusant auprès de son ami d'avoir fait de lui « un portrait non abstrait et
pourtant si peu ressemblant ».
Ce fragment se relie à un ensemble de notes manuscrites destinées à une
conférence qui fut prononcée à l'Université Centrale Américaine pendant la
guerre. Celle-ci avait pour thème la poésie française du XXe siècle. Mais l'es-
sentiel du texte est consacré à Henri Michaux que Supervielleconsidère déjà à
cette époque comme « un de nos meilleurs jeunes poètes » :
«... ses poèmes sont [.] parmi les plus intenses et les plus originaux depuis
Rimbaud. »

164
HENRI MICHAUX. Lettre à Jules Supervielle. S.d. [Ca 1926.]
Famille Supervielle.
« Il y a si longtemps que je ne vous ai vu et ne puis attendre jusqu'à dimanche.
Puis-je vous envoyer quelques messagers.
Les voici ; ils sont trois (2 dessins 1 poème) [...] »

Le poème est calligraphié à l'encre sur la page de droite en vis-à-vis du mes-
sage, difficilement déchiffrable, noté au crayon. Intitulé « Le Grand Combat e »,
ce poème fameux parut en 1927 dans Qui je fus, le premier livre important de
Michaux, accepté chez Gallimard par l'entremise de Paulhan.
On sait par René Bertelé, l'un des biographes de Michaux, que ce dernier,
rencontrant Supervielle, eut la « révélation de la poésie vivante », ce qui eut
pour effet de le réconcilier, pour un temps du moins, avec la littérature :
« Je voyais enfin un homme formé et transformé en poète, un homme que la
poésie habitait comme je croyais jusque-là que seule la musique le pouvait. »
Une intelligence aiguë, mais non spéculative (une « intelligence sensible »,
pour reprendre l'expression de Saint-John Perse) – car ils fuyaient l'un et
l'autre l'intellectualisme –, scella une amitié que la générosité et la délicatesse
eut vite fait de nouer.

165
HENRI MICHAUX. Un certain Plume. Paris, Editions du carrefour, 1930. In-
16.

A Mme Paseyro-Supervielle.

:
Cet exemplaire sur grand papier est accompagné d'une longue dédicace à
Pilar Supervielle
« Ne vous moquez de ce pauvre « Plume »
de son retard à se présenter chez vous.
Vous le connaissez, il serait capable
de se jeter un fois de plus dans la voie
d'excuses si tremblantes et dangereuses
que personne, qu'aucun charme n'en
viendrait plus à bout – vous n'entendriez
plus que lui
à Madame Jules Supervielle
Henri Michaux
avec ses hommages respectueux ».

166
HENRI MICHAUX. Mouvements. Paris. Le Point du jour, N.R.F., 1951. Gr.
In-4".

A Mme Paseyro-Supervielle.
Exemplaire dédicacé « à Pilar Supervielle e ».
« Ces quelquesformes mouvantes pour animer sa convalescence
avec les pensées, les meilleurs voeux d'un respectueux ami
Henri Michaux. »

167
PAUL CLAUDEL. Connaissance de l'Est. Brouillons. Manuscrit autographe.
Reliure de maroquin rouge.
Collection particulière.
Pour ce grand voyageur que fut Supervielle, à l'instar de Claudel, le poème
:
en prose intitulé « Pensée en mer », résonnait au plus intime de lui-même,
comme s'il
était né de lui :
« Le voyageur rentre chez lui comme un hôte, il est étrangerà tout, et tout lui est
étrange. Servante, suspends seulement le manteau de voyage et ne l'emporte point,
de nouveau, il faudra partir ! A la table de famille, le voici qui se rassied, convive
suspect et précaire. […] Ce passant que vous avez accueilli, les oreilles pleines du
fracas des trains et de la clameur de la mer, oscillant comme un homme qui rêve,
du profond mouvement qui s'entend encore sous ses pieds et qui va le remporter,
n'est plus le même homme que vous conduisîtes au quai fatal. La séparation a eu
lieu, et l'exil où il est entré le suit. »
Supervielle avait élu ce texte de Claudel pour un entretien radiophonique
avec Robert Mallet sur « la poésie d'un prosateur et la prose d'un poète »(RTF,
15 mai 1956). S'il conclut l'entretien malicieusement en rapprochant cette
page de l'un des ses contes :
« L'Enfant de la haute mer, qu'est-ce que c'est, sinon une
idée en mer r ? Je me
suis retrouvé dans la page de Claudel »,
il se reconnaissait dans ce sentiment d'« étrangeté » que communiquent les
longues traversées en mer.
« L'Arbre-Fée e », Supervielle composa en « Hommage familier
poème que à
Paul Claudel », déconcerta ses contemporains par l'usage du possessif dès le
premier vers :
« O mon Claudel, tu n'es plus à personnee ».
168
« PAUL VALÉRY ». Conférence. Texte dactylographié entrecoupé de frag-
ments manuscrits. 5 ff. Ca 1944. Repris en 1946.
B.N. Mss.
Ayant accepté de collaborer au recueil d'hommages et souvenirs à la
mémoire de Paul Valéry, que les Cahiers du Sud firent paraître, sous la forme
d'un numéro spécial, en 1946, Supervielle remania une conférence qu'il avait
prononcée à Montévidéo (ou à Buenos Aires). Il découpa les feuillets dactylo-
graphiés, intercala des feuillets manuscrits, pratiqua des collages.
Supervielle vouait à Valéry un ferveur particulière, reconnaissant en lui un
de ces « artistes suprêmes [.] qui n'ont pas de défaut à leur cuirasse »(Lettre à
Etiemble du 7 juin 1954.)
nous apprit à n'avoir d'estime que pour ce qui nous a demandé beaucoup
« Il
de travail, – écrit-il. »
Plus loin, il définit ce poète, « un des plus sensuels de la poésie française »,
comme seul un autre poète pouvait le faire :
C'est [.] un grand coloriste et un merveilleux musicien du vers. Tous nos sens
trouvent leur compte dans cette poésie où le verbe se fait chair et jamais il ne fut
plus charnu. [.] En dehors de leur sens même, ces vers forment un ensemble
exquis. C'est un élixir de sonorités. »
Cependant Supervielle se sentait à l'opposé de cette poésie « si profondé-
ment verbale [...] quelque chose de très fort [le] poussant généralement [...] vers
la simplicité ou plutôt la diaphanéité e », ainsi qu'il le confiait en 1935 à Jean
Paulhan.
Non que Valéry n'ait pas été tenté par cette « diaphanéité » de l'expression,
mais l'homme était trop secret pour ne pas voir dans cette transparence un
écran, plus subtil encore ; alors que Supervielle, ce grand traqueur d'abîmes,
avoue son humanité et les angoisses qui l'habitent.

169
JULES SUPERVIELLE AVEC ARAGON, à l'Ambassade de Pologne.
Photographie. 1949.
Famille Supervielle.
Supervielle composa une préface pour une édition des poèmes d'Aragon
en tamil (India, 1959).

170
PAUL ÉLUARD. Lettre à Jules Supervielle. Paris, le 27 juillet 1949.

Eluard vient de relire le Choix de poèmes de Supervielle :


Bibl. litt. J. Doucet, Ms. 2395.

« Mais pourquoi faut-il que nous ne soyions pas tous les deux du même côté du
monde e ? Comment est-ce possible e ? Car, lorsque je vous lis, j'ai conscience de ce
qu'est la poésie. Et aussi, de ce qu'est un poète.
Je comprends toute la lumière et tous les contacts que nous pouvons avoir avec
elle, contacts de raison, de vérité, malgré toutes les taches noires du soleil.
Mon cher Supervielle, vos poèmes m'aident à vivre. Je veux que vous le sachiez.
Et je serais vraiment heureux et fier d'être votre ami,
Paul Eluard. »

171
PAUL ÉLUARD. Au rendez-vous allemand. Nouvelle édition revue et aug-
mentée. Avec un portrait de l'auteur par Pablo Picasso. Paris, aux Editions de
Minuit, 1946.
A Mme F. de Lussy.
Exemplaire dédicacé à Monsieur Albert Tézenas du Montcel, que le poète
avait rencontré à Varsovie.

C. LE TRADUCTEUR DES POÈTES

172
FEDERICO GARCIA LORCA. Chansons gitanes, traduites de l'espagnol par
Mathilde Pomès, Jules Supervielle, Jean Prévost et Armand Guibert. Tunis,
1935. In-16. (Les Cahiers de Barbarie. 10.)

B.N., Impr., 8° Z. 28025 (10).


Supervielle écrivait à Jean Paulhan le 9 octobre 1928 :
« Voici leMartyre de Sainte-Eulalie. Mais ne vaudrait-il pas mieux commen-
cer par le montrer à la Princesse Bassiano qui m'avait demandé de lui traduire des
poèmes de l'espagnol pendant les vacances s ? D'avance j'approuve votre décision.
Si ce poème intéressait Commerce je vous en traduirais d'autres du même
auteur. »
Ce texte parut effectivement dans la revue que commanditait la Princesse
de Bassiano, dans le cahier XVII (automne 1928). Il fut repris dans Les Cahiers
de Barbarie, que dirigeait avec beaucoup de goût et de raffinement Armand
Guibert.
L'année précédente, Supervielle avait ouvert sa brève carrière de
traducteur en traduisant un poème d'Alfonso Reyes, « Amado Nervo ». (La
Revue Européenne, octobre 1927.)

173
JORGE GUILLÉN. Fragments d'un cantique, poèmes traduits de l'espagnol
par Roger Asselineau, Jean Cassou, Pierre Darmangeat, Jules Supervielle,
Paul Verdevoye. Préface de Jean CaOU Paris, P. Seghers, 1956. In-16.
B.N., Impr., 16° Z. 4730 (37).
Supervielle traduisit les deux poèmes limina. :
s de ce livre « L'Air » et
« Les Airs e ».

174
MANUEL ALTOLAGUIRRE. « El Héroe e ». Dactylographie signée. Avec une
esquisse de traduction par Jules Supervielle. 3 ff.
B.N., Mss.
Ce poème, composé en 1930, fait partie du recueil : Las Islas invitadas que
l'auteur avait imprimé sur ses propres presses à Madrid en 1936. Le texte
espagnol, dactylographié à gauche de chaque feuille, est signé par Manuel
Altolaguirre. En face, Supervielle a esquissé une traduction au crayon. Un des-
sin au trait – une silhouette de typographe devant son casier à caractères –
orne chacune de ces feuilles. C'était la marque d'Altolaguirre qui était poète et
imprimeur, et tira sur ses presses les ouvrages des plus grands poètes parmi ses
contemporains : Federico Garcia Lorca, Juan Ramôn Jiménez, Jorge Guillén,
Cernuda.
Avant la fin de la guerre civile espagnole, Altolaguirre était venu trouver
refuge à Paris chez son grand ami Paul Eluard. C'est à la demande de ce der-
nier que Supervielle entreprit ce travail de traduction. Il lui écrivait, en effet, le
29 mars 1939 :
« Je traduirai avec plaisir ces poèmes d'Altolaguirre (du moins la plupart
d'entre eux si tous ne sont pas traduisibles) et je les enverrai à Mesme et à la
N.R.F. »

175
BOSQUE SIN HORAS, poemas traducidos del francés por Rafael Alberti con
versiones de Pedro Salinas, Jorge Guillén, Mariano Brull y Manuel Altola-
guirre. Madrid, Editorial Plutarco, 1932. In-16.
B.N., Impr., 16° Ye. 4295.
Le poète Rafael Alberti était un grand ami de Supervielle et fit des séjours à
Port-Cros. Il est à l'origine de ce choix de poèmes.
D. L'AMI DES POÈTES

176
JULES SUPERVIELLE entouré de poètes uruguayens. 2 photographies.
1. Ca 1920.
2. Ca 1925.

Famille Supervielle.
Supervielle écrivait à Edmond Jaloux le 16 décembre 1938 :
« Je crois en effet avec vous [...] que mon enfance sud-américaine est pour
beaucoup dans ma conception de l'univers. Les poètes lisent encore leurs vers en
public en Uruguay et il
y a chez eux un besoin de communion avec un auditoire
vivant qui n'est pas étranger à la façon de prendre le vers ou le poème.»

177
JULES SUPERVIELLE. Lettre à Valéry Larbaud. « Estancia Agueda »
(Uruguay), le 29 mai 1930. 3 ff.
Bibl. de la Ville de Vichy, Fonds Valéry Larbaud, S 357.
« Ipuche, Casal, Alvaro et Gervasi Guillot-Mufioz, Filartigas, Zarrilli et moi
avons en vain cherché à l'estancia il y a un instant une carte postale repré-
sentant quelque vue de l'Uruguay pour vous l'adresser avec nos sentiments de
fidèle admiration. »
A la fin de cette très belle lettre, où il parle de son recueil de poèmes Saisir,
du poète André Gaillard, découvert à Marseille, des corrections à apporter à
Gravitations, de Moréas et de la stance, et de son premier recueil de contes,
Supervielle recopie les 8 vers d'un poème sans titre qui paraîtra dans Les Amis
inconnus :
« Mon coeur qui me réveille et voudrait me parler. »

178
« CHAMPS-ÉLYSÉES e ». Poème. Brouillon. Manuscrit autographe. 1 f.

B.N., Mss.
« Ohé Pablo et Alfonso, Jorge Luis, Carlos, Roberto,
Ohé Mario et Manuel et Augusto Federico,
Ohé Sara et Gabriela, Ohé Silvina et Juana,
Ohé Orfila et Cecilia
Voici les amis de France
[...]
!
Poètes des deux rivages,
Nous qui buvons nuit et jour à la fraîche source du monde
Et qui sommes familiers du pur compas des étoiles, »

179
JUAN CARLOS ABELLÁ. Poesias completas. [Palabras de Jules Supervielle.]
Montevideo, Impr. El Siglo ilustrado, 1948. In-16.
B.N., Impr., 16° Yg. 493.
180
ALFREDO GANGOTENA. Nuit. Poème liminaire de Jules Supervielle.
Paris, A. Magné ; Bruxelles, Edition universelle, 1938. In-16. (Cahiers des
poètes catholiques. 15.)
B.N., Impr., 8° Ye. 14809 (15).
Grand ami de Michaux qui voyait en lui un « poète habité par le génie et le
malheur », le poète équatorien Alfredo Gangotena avait été le compagnon de
voyage de l'auteur d'Ecuador.
Supervielle l'accueillit à Port-Cros, et il mentionne ce passage dans le
« Message de Jules Supervielle à Alfredo Gangotena » qui ouvre le recueil de ce
dernier :
« Je pense à toi qui te trouves seul au monde en ton Equateur.
[...]
Ne fais pas attention à tant de semaines qui ont passé
Depuis le dernier entretien
Dans le jardin de Port-Cros
Sous le figuier que connaît Michaux sous lequel
Nous te fîmes venir depuis par les chemins de l'esprit
Et asseoir à la place d'honneur
Que l'on réserve à l'absent. »

181
« HOMMAGE AUX « LÉVRIERS CIEL » DE F. THOMSON ». Poème.
DU
Brouillon. Dactylographie corrigée, avec des fragments manuscrits. 1 f.
B.N., Mss.
Supervielle confia à Etiemble en 1959 qu'il se sentait très loin du poète
anglais, mais qu'en revanche le titre de son recueil, The Hounds of Heaven,
lui avait paru extraordinairement évocateur.
Un poème sans titre des Amis inconnus tient peut-être de là sa source :
« Quand le sombre et le trouble et tous les chiens de l'âme
Se bousculent [...] ».
Il juge Thomson comme « un officiel de la religion, au Dieu bien établi et
dogmatique e », alors qu'il est, quant à lui, « toujours à la recherche de [son]
:
Dieu e ». Ses réflexions sur ses relation avec le divin sont savoureuses et pleines
d'humour
« Entre nousl'amitié est parfaite, et avec des élans et de longs silences de bonne
volonté, qui durent parfois des mois. »
Et : « nous sommes là souvent à nous chamailler, mais au sein même de la colère je
reste toujours très poli. Lui aussi. »

182
RENÉ-GUY CADOU. Lettre à Jules Supervielle. Nantes, S. Chiffoleau,
[1947.] In-18.

A Mme David-Supervielle.
Premier poème de la collection « Le miroir d'Orphée ». Exemplaire n° 28.
183
PIERRE SEGHERS. Automne. [Poème-objet.] Paris, Imprimerie Union, 1953.
2 ff.

A Mme Bertaux-Supervielle.
Exemplaire n° 212.
Ce poème-objet fut tiré à 600 exemplaires sur papier Richard de Bas. Une
feuille de fougère a été fixée sur la page qui fait face au poème, dédicacé
ici :
« poète Jules Supervielle
Au
Cette fougère, en hommage
Seghers. »
184
« LES AMIS INCONNUS ». Poème. Brouillon. Manuscrit autographe. 1 f.

B.N. Mss.
Ce poème, qui a donné son nom au recueil, porte ici le titre de « Au poète e »,
corrigé en : « Le poète ».
CHAPITRE IX

« mes yeux gelés de rêverie »

POÉSIE IV
UN VIVANT IRRÉEL

« Le ciel est effrayant de transparence,


Le regard va si loin qu'il ne peut plus vous revenir. »
Ce grand voyageur, familier des pistes cosmiques, avait au travers de ses
méditations vertigineuses, déserté les paysages rassurants de ses frères
humains. L'autre pôle de ses errances, l'univers illimité de l'infiniment petit,
l'avait entraîné dans la poursuite du réel le plus ténu et le plus fugace ; mais il
n'étreignait plus que des ombres, ou rêvait de l'innocence d'un monde qui
n'est vraiment lui-même qu'en l'absence des hommes.
Le tremblement assourdi de sa voix dans ses derniers poèmes parlent d'un
homme qui s'est effacé devant les choses. « C'est comme si c'était fait par per-
sonne », avait souligné Rilke, avec une remarquable prescience, en 1925.
Supervielle semble aspiré par les abîmes dont il avait cru pourvoir exorci-
ser les dangereuses profondeurs en usant du charme poétique. Henri Michaux
avait compris mieux que personne cet attrait, chez lui, des espaces infinis qui
désagrègent le monde et dissolvent jusqu'à l'homme lui-même :
« Il cherche plus lointain encore, pressé par une nostalgie de distance, qui dis-
tend et dépasse tous ses vers, il cherche et pressent une sorte d'absence essentielle,
où tout serait présent-absent.»
Les derniers poèmes expriment son désespoir d'homme à la fois vidé de
lui-même et habité jusqu'à l'obsession par des visions qui le dévorent. « L'hu-
mour triste » est le seul recours du poète face aux puissances de la nuit qu'il ne
maîtrise plus. Cette ironie tournée vers soi-même est l'expression la plus dis-
crète et la plus élégante de l'attendrissement sur soi. Sensible à la nuance,
Supervielle n'appuie jamais. Sa plainte est légère ; elle n'en résonne que plus
douloureusement.
185
CHOIX DE POÈMES. Paris, Gallimard, 1947. In-8°. Cartonnage d'après la
maquette de Mario Prassinos.
B.N., Impr., Rés. p. Ye. 1224.
Exemplaire sur alfa.
Supervielle adressa ce recueil à Henri Hoppenot en ces termes :
J'ai
« beaucoup travaillé. C'est un peu mon testament poétique, mais
bien y ajouter quelques codicilles. »
j'espère
:
La dernière section de ce Choix, intitulée « Poèmes récents », ne compte
;
que six poèmes ces pièces trouveront place dans deux des recueils à venir
Oublieuse mémoire, en 1949, et L'Escalier, en 1956.
:
Supervielle a, en effet, soigneusement revu ses poèmes, faisant, en parti-
culier, subir aux pièces de Gravitations de nouvelles altérations et supprimant
ici ou là vers et séquences de vers.

186
À LA NUIT. Post-face d'Albert Béguin. Neuchâtel, Editions de la Bacon-
nière, 1947. In-16. Reliure de Georges Leroux. (Les Cahiers du Rhône. XVIII
(68). Juin 1947.)
Bibl. litt. J. Doucet, Ms. 2403.
Cet exemplaire est précieux entre tous. En effet, tous les poèmes de la sec-
tion liminaire, « A la nuit », ont été retouchés par Supervielle en 1956, probla-
blement, lorsque, préparant le recueil L'Escalier, il décidait d'adjoindre à un
ensemble de poèmes inédits des poèmes parus antérieurement (Cf n° 189).
Les trois derniers poèmes, surtout, ont été l'objet de très profonds rema-
niements. Et toutes les strates du travail apparaissent ici : nombreuses esquis-
ses manuscrites sur feuilles volantes, annotations sur la page de garde, à la fin
du volume, mises au net dactylographiées, elles-mêmes annotées à la main
(celles-ci étant montées sur onglets et reliées avec le volume.)
Le onzième poème a subi une si radicale métamorphose qu'il en est
devenu méconnaissable. Des corrections manuscrites sur le texte dactylogra-
phié ne livrent pas encore le texte définitif :
« [...]
Nous entendons au loin une imploration
Qui cherche à limiter des abîmes sans fond angoisses
Ce frêle chant venant du fond de nos racines,
Est-ce Dieu qui voudrait calfater ses abîmes ?
Épars dans ses abîmes. Pourra-t-il joindre Dieu épars dans ses abîmes. »

187
OUBLIEUSE MÉMOIRE. Paris, Gallimard, 1949. In-16. (Collection
« Métamorphoses ». 37.)

B.N., Impr., 16° Ye. 1498.


Supervielle dédia ce recueil à son grand confident des dernières années,
Marcel Arland.
La guerre n'a pas tari la veine poétique chez Supervielle et c'est un fait
remarquable que, chez un poète qui approche ainsi de sa fin, on n'observe
pas de déclin.
La voix est dépouillée et l'inspiration se fait métaphysicienne. Il écrit à
Etiemble le 7 juin 1954 :
« Plus je vais, plus je me tourne vers Villon, Verlaine, d'Aubigné et aussi les poè-
tes métaphysiciens anglais de John Donne à Blake et Milton. »

188
« SURVIVRE ». Poème. Manuscrit autographe. Trois versions. 3 ff.

B.N., Mss.
Ce poème clôt le recueil d'Oublieuse mémoire.

189
L'ESCALIER, nouveaux poèmes, suivis de :
A la nuit, Débarcadères, Les
Poèmes de l'humour triste. Paris, Gallimard, 1956. In-16.
B.N., Impr., 16° Ye. 3308.

190
NAISSANCES, poèmes. Suivis de : En songeant à un art poétique. Paris,
Gallimard, 1951. In-16.
A Mme Bertaux-Supervielle.
A des poèmes récents Supervielle joignit des poèmes retrouvés, ainsi que
de « Nouveaux poèmes de Guanamiru e », où se ranime l'ancienne ardeur du
conquérant du ciel. Mais :
« Trop grand le ciel trop grand je sais où me mettre
ne
Trop profond l'océan point de place pour moi
[...]
Je fais ciel, je fais eau, sable de toutes parts, »
Pour étoffer le mince recueil, l'éditeur publia à la suite des poèmes deux
conférences ayant trait à l'art poétique que Supervielle avait prononcées à
Montévidéo pendant la guerre (Cf. n" 101).
Cet exemplaire est dédicacé par le poète à sa femme :
« pour Pilar de chaque jour
avec ma dédicace sans fard
ce qui n'empêche pas les dessous
et les mystères d'une longue
vie commune
Pour ne pas être seul durant l'éternité.
Jules Supervielle
18 juillet 1951. »

Il citait ainsi le vers liminaire d'un sonnet dédié à sa femme, qui avait paru
dans Oublieuse mémoire.

191
JULES SUPERVIELLE, assis, de face. Dessin à la plume par Wilszynski.
1952. Reproduction photographique.

B.N., Service photographique.


192
LE CORPS TRAGIQUE, poèmes, Paris, Gallimard, 1959. In-16.
B.N., Impr., 16° Ye. 3860.
Cet ultime recueil du poète « dans son poignant visage de vivant » regroupe
tous les poèmes publiés depuis 1957 dans la N.R.F. Supervielle y adjoignit les
deux hommages qu'il composa pour Claudel et Saint-John Perse, un « Diver-
tissement » pour sa petite-fille Laurence, ses quelques traductions de l'espa-
gnol, et une suite de morceaux en prose. Il reprit aussi un texte composé en
1953, « Les Pleins pouvoirs de Shéhérazade » pour une réédition en livre de
poche des Mille et une nuits.
Ces poèmes émanent d'un homme désespéré, dont les confidences mur-
murées prennent une résonance tragique. Le titre élu par le poète parle de lui-
:
même. Seuls des mètres courts, heptasyllabes, octosyllabes, convenaient à
cette voix presque sans timbre qui glisse, sans s'appesantir
« Et soudain, où nous nous trouvions
Quand on appelle notre nom
Il ne reste plus qu'un frisson
D'oiseau, de lézard, de poisson
A la recherche d'un pauvre homme. »

193
« DIEU DERRIÈRE LA MONTAGNE ». Poème. Manuscrit autographe. 1 f.

B.N Mss.
Première strophe du poème, ici sans
.,
titre, recueilli dans Le Corps tragique.

:
Supervielle a ajouté en marge du manuscrit, l'entourant d'un trait de plume,
ce commentaire
« àrevoir tout de même/ bien que cela me paraisse au point/aujourd'hui Lundi/8
heures du matin. »
On ne relève qu'une variante, mais d'importance « Au gré de la grande
fièvre/ Humaine [.] », va devenir : « Au gré de la grande fièvre/Divine [...]. »

194
JULES SUPERVIELLE. Lettre à Marcel Arland. « Le Grand Hôtel », Prades,
le 11 février [1959.]

A Marcel Arland.
« Voici donc Oublier sa pensée Cela s'arrête là et tu pourrais la donner avec
un ou quelques poèmes inédits de mon recueil envoyé recommandé hier. On ajoute-
rait à ces pages Chercher sa pensée I et le tout paraîtrait à la fin du Corps tragi-
que. »
Le texte en prose, « Chercher sa pensée, », avait paru dans La « Nouvelle »
N.R.F. le 1er mai 1958 (n° 65). Il fut inséré, en effet, avec les quatre poèmes qui
l'accompagnaient dans l'ultime recueil de poésie, Le Corps tragique.
« Chercher sa pensée (II) »(Supervielle a probablement commis un lapsus)
fut publié le 1er février 1959, dans le n° 76 de la N.R.F. qui a repris son ancien
titre. Dix poèmes parurent dans le même numéro. Mais le premier de ceux-ci,
« Toi qui... e », fut éliminé du recueil.
Supervielle termine sa lettre par une confidence qui jette quelque lumière
sur la question si controversée de sa conception du divin :
as peut-être remarqué que psychologiquement et métaphysiquement je
« Tu
m'éloigne de plus en plus de mon cher Etiemble. Oui le divin m'attire de plus en
plus.
Je t'embrasse
Julio. »
La métamorphose que le poète a fait subir à certaines pièces du recueil
A la nuit confirme éloquemment cette déclaration (Cf. 186).

195
JULES SUPERVIELLE À LA FIN DE SA VIE. Photographie par Etienne
Hubert.
B.N., Est., N2.
« Maintenant que la vie commence à s'éloigner de moi comme si elle me concer-
nait de moins en moins. »(Lettre à Etiemble du 7 juin 1954.)

196
JULES SUPERVIELLE LISANT. Photographie par Charles Leirens. 1958.
B.N., Est., N2.
« J'aurais rêvé ma vie... »

197
JULES SUPERVIELLE ET SA PETITE-FILLE Marie-Laure David.
Photographie.
A Mme David-Supervielle.
Supervielle confiait à Saint-John Perse le 9 août 1949 :
« .j'ai une petitefille, Marie-Laure David qui a treize ans et publie des poèmes
d'« Hommes et mondes » Rassurez-vous, elle n'a rien d'une femme de lettres et
lit avec autant de plaisir les morceaux choisis d'auteurs français que la Semaine de
Suzette. »
Le livre de poèmes de cette adolescente merveilleusement douée parut
:
trois ans plus tard sous le titre Les Images murmurent (Cf. n" 198).

198
MARIE-LAURE DAVID. Les Images murmurent. Paris, Maryla Tyszkiewicz
éditeur, Arco, 1952. In-16.

Supervielle composa un avant-propos pour le


A Mme David-Supervielle.
recueil de l'enfant-poète :
« Alors que les adultes s'égarent si facilement dans la forêt du vocabulaire,
Marie-Laure y cueille toujours les mots qui conviennent. »

199
JULES SUPERVIELLE DANS SON APPARTEMENT. 15, quai Louis-
Blériot, enlaçant familièrement une statuette représentant un saint Jean-
Baptiste enfant. Photographie.

Famille Supervielle.
200
JEAN COCTEAU. Dessin à la plume représentant un profil de poète avec une
lyre. 5 mai 1960.

A M. Jacques Supervielle.

:
Ce dessin, exécuté à l'occasion de l'élection de Jules Supervielle comme
« Prince des Poètes », porte la mention suivante

« Cher Prince
l'ami Jean Cocteau
vous salue. »
Elu le 30 avril 1960, Supervielle succédait à Paul Fort qui détenait le titre
depuis 1912 (après Verlaine, Mallarmé et Léon Dierx).
Sur 346 suffrages exprimés, Supervielle obtint 55 voix, Saint-John Perse
33, Marie Noël 29 et Jean Cocteau 28. Les Nouvelles littéraires célébrèrent l'évé-
nement par un grand article en première page (le 5 mai 1960). Deux semaines
plus tard, la page de titre de la revue annoncait la disparition du poète, décédé
le 16 mai.

201
TOMBE DE JULES SUPERVIELLE, à Oloron-Sainte-Marie.Photographie.
Famille Supervielle.
CHAPITRE X

SCULPTURES, TABLEAUX,
OBJETS D'ART ET PORTRAITS

A. SCULPTURES ET MÉDAILLE

202
MICHELENA. Portrait de Jules Supervielle. Bronze. 1905. 0,40 x 0,21 x 0,26.

Ce
A Mme Bertaux-Supervielle.
sculpteur uruguayen a gravé sur la terrasse du buste cette inscription :
« A mi bueno amigo Supervielle. Michelena. »

203
FENOSA. Portrait de Jules Supervielle. Bronze. Fonte Busato II/5. 1949.
0,15x0,10x0,12.
A Mme Bertaux-Supervielle.
Supervielle fit la connaissance du sculpteur catalan, Apelles Fenosa, en
1924, lors de la première exposition de celui-ci, à Paris, à la Galerie Percier.
Dès 1927, le sculpteur exécuta un admirable portrait de Pilar Supervielle, taillé
dans du marbre rose.
Ami des poètes, Fenosa a portraituré maints d'entre eux : Eluard, Francis
Ponge, Jean Cocteau, Henri Michaux (Cf. n° 204).
Supervielle avait en commun avec lui, outre une exptrême finesse de sensi-
bilité, le même sens de l'immensité de l'espace qui aspire les êtres et les choses
dans un grand tournoiement et les confond dans un rayonnement universel.
204
FENOSA. Portrait d'Henri Michaux. Bronze. Fonte Busato 111/5. 1949.
0,15x0,11x0,145.
A M. et Mme Fenosa.
La rencontre des deux hommes eut lieu chez Supervielle.

205
« A UN SCULPTEUR ». Poème. Manuscrit autographe.
A M. et Mme Fenosa.
Supervielle composa à l'intention de l'artiste une petite pièce de vers qui
parut, avec les poèmes de jean Cocteau et d'Eluard, en accompagnement des
reproductions photographiques, dans le catalogue de la seconde exposition de
Fenosa à la Galerie Dubourg en 1952.
« Ces têtes prises dans le bronze
S'échappent par la pensée.
Ainsi le pigeonnier ne songe
Que par colombes envolées.
[...] »
Le poète recueillit cette petite pièce dans Oublieuse mémoire.

206
ANTOINETTE SLOIMOVICI. Médaille frappée à la Monnaie de Paris. 1952.
Bronze. Diamètre : 68 mm.
Famille Supervielle.
Le revers de la médaille porte deux vers d'Oublieuse mémoire :
« Je lui donne une branche elle en fait un oiseau
Et si c'est un oiseau elle en fait une abeille. »

B. TAPISSERIE, TABLEAUX, DESSINS

207
JEAN LURÇAT. Le Coq noir et blanc. Tapisserie éditée par Tabard à Aubus-
son d'après le carton de l'artiste. Tirage n" 2. 2,10 m x 1,60 m.
Collection particulière.
208
ANDRÉ LHOTE. Tolède. Huile sur toile. 1928. 89x71 cm.
A Mme Paseyro-Supervielle.
Cet artiste, qui fut le théoricien et le défenseur du cubisme, rédigea pour la
N.R.F. d'innombrables chroniques artistiques. Ses toiles sont rigoureusement
composées, mais une lumière chaleureuse les doue d'un lyrisme certain.
Sa verve et son rire étaient légendaires, et Supervielle, qui fut son ami, l'a
qualifié, dans un texte inédit, de « conteur oral extraordinaire».

209
ANDRÉ FAVORY. Portrait de Jules Supervielle lisant. Huile sur toile. Ca
1920. 93x65 cm.

A Mme Paseyro-Supervielle.

210
JEAN DUBUFFET. Portrait de Jules Supervielle. Dessin au crayon (mine car-
rée) et à l'encre de chine. Juillet-août 1947. 33x25 cm.
A Mme Paseyro-Supervielle.
Après la série
de portraits de Jean Paulhan, de juillet 1945, Dubuffet laissa
passer quelques mois ; puis il « se met à fréquenter le monde. L'intermède sera
bref, juste le temps d'un jeu de portraits. [.] Le personnage des Portraits est un
être éminemment équivoque : il se tient à lafrontière de l'individualité et de la gé-
néralité extrême. »(Max Loreau, avant-propos au fascicule II de son Catalogue
des travaux de Jean Dubuffet. J.-J. Pauvert, 1966.)
Dans cette même série de 1946-1947, on recense maints portraits de
Léautaud, Jouhandeau, Ponge, Calet, Paulhan (à nouveau), et aussi d'Henri
Michaux (« Monsieur Plume, plis au pantalon » ; « Michaux griffures blanches »
« Michaux façon momie », etc.)
;
211
HENRI MICHAUX. Petit personnage. Frottage crayon conté. Ca 1945.
31,5x23,5 cm.
A Mme Bertaux-Supervielle
intention particulière, griffonnez machinalement, il apparaît
« Dessinez sans
presque toujours sur le papier des visages. [...]
Derrière le visage aux traits immobiles, déserté, devenu simple masque, un
autre visage supérieurementmobile bouillonne, se contracte, mijote dans un insup-
portable paroxysme. Derrière les traits figés, cherchant désespérément une issue, les
expressions comme une bande de chiens hurleurs. »
(Henri Michaux, En pensant au phénomène de la peinture, 1946.)

212
HENRI MICHAUX. Aquarelle sur fond blanc. Ca 1970. 50x31,5 cm.
Collection particulière.
213
GONZALES BERNAL. Paysage aragonais. Gouache. 31x23,5 cm.
A M. Pierre Bertaux.
C'est sur une impulsion soudaine que cet artiste aragonais décida de
s'adonner à la peinture. Il se lança avec fougue dans cette voie difficile et mou-
rut prématurément, au début des hostilités, des atteintes de la tuberculose.
Supervielle qui sut l'aider dans des circonstances difficiles, écrivit à sa
mémoire un poème, « A Bernal e », qu'il inséra dans ses poèmes de guerre
(1939-1945) :
« 0 Espagnol de la misère sans guérison de l'Espagne,
[...]
Et tu en meurs à trente ans, à la main ta palette fraîche,
Toi qui avais les yeux brûlants de celui qui pendant si longtemps avaitfait taire sa
maladie. »

C. OBJETS D'ART

214
MATÉ (ET « BOMBILLA ») en argent. Art sud-américain ancien.
A Mme Bertaux-Supervielle.
Ce très bel objet finement ciselé faisait partie de ces objets familiers que le
poète aimait à avoir constamment à portée de regard.
« Le gaucho boit rarement de l'alcool mais le maté en tient lieu. Vertus de cette
infusion verte, verte et amère, que l'homme des champs prend généralement sans
sucre dans une courgette, à l'aide d'un chalumeau de métal. Etrange maté [...] il
excite le cerveau et ralentit les battements du coeur. […] Et il exalte ! Il s'empare de
l'âme même de l'homme et s'y installe. » (Boire à la source.)

215
SAINT JEAN-BAPTISTE ENFANT. Statuette polychrome. Art espagnol du
XVIIe siècle. Hauteur : 52 cm.

A Mme Paseyro-Supervielle.
Supervielle était vivement attaché à cette statuette qui ne quittait pas son
univers familier. Une photographie le représente auprès de ce « Saint Jean »
(Cf. n° 199).
D. PORTRAITS PHOTOGRAPHIQUES

216
JULES SUPERVIELLE. Portrait. Photographie par Thérèse Le Prat.
B.N.,Est., N 2.
« Que de Guanamiru la tête ne se meuve pas sans déranger les étoiles, on en est
sûr ; qu'il porte un soleil dans le dos de sa chape et que sa main droite étreigne,
solennelle, une crosse de santal [...], nous n'en saurions douter.»
(Marcel Jouhandeau, « Jules Supervielle », Livres de France, fév. 1957.)

217
JULES SUPERVIELLE, de profil. Portrait. Photographie par Mandello.
A Mme Paseyro-Supervielle.

218
JULES SUPERVIELLE. Portrait. Photographie par Roger Parry.
Famille Supervielle.

219
MAIN DE SUPERVIELLE. Photographie.
Famille Supervielle.
220
JULES SUPERVIELLE. Portrait. Photographie par Henri Martinie.
Bibl. litt. J. Doucet, ING 439.

221
JULES SUPERVIELLE. Portrait. Photographie par Rose Adler.

Bibl. litt. J. Doucet, ING 797.

222
JULES SUPERVIELLE, le visage levé. Photographie par Agnès Varda.
ANNEXE I

DOCUMENTS PHONOGRAPHIQUES
ENREGISTREMENTS DE LA VOIX
DE SUPERVIELLE

A. Deux disques enregistrés par Supervielle à Paris en 1949 :


1.

Sur l'inspiration poétique.
– « Arbre dans la nuit et
:
le jour »(extrait de 1939-1945, poèmes).

« Pointe de flamme »(extrait de :
Gravitations).

à la vie
:
« Plein ciel »(extrait de Le Forçat innocent).
»(extrait de : 1939-1945, poèmes).
– « Hommage
2. – Poèmes de Charles Baudelaire, extraits des Fleurs du mal :
« Le Beau navire ».

« Crépuscule du matin e ».

Deux
78 t,
disques pyral à aiguille, gravure directe (7 min. et 5 min.)
biface ; 30 cm. Enregistrement RTF.
:
Département de la Phonothèque nationale
et de l'audiovisuel.

B. Disque enregistré par Supervielle à Paris, le 12 décembre


1950.


« Le Coq »(extrait de : Oublieuse mémoire).
– « Oublieuse mémoire »(extrait du
recueil du même titre).
Disque pyral à aiguille, gravure directe (4 min. 40 s.) : 78 t, biface ; 30
cm.
Département de la Phonothèque nationale
et de l'audiovisuel.
«…j'entends encore la voix qui [a lu], sourde, longue, avec des sons
rauques, des silences, de solennelles incantations ; »
(Marcel Arland. Préface à Gravitations, précédé de Débarcadères. Paris,
Gallimard, 1966. Coll. Poésie.)
ANNEXE II

NUMÉROS SPÉCIAUX
DE REVUES

1. L'AVANT-POSTE. Verviers-Bruxelles. [1935.]


Cahier spécial consacré à Jules Supervielle.
2. REGAINS. 5e année. N° 21. Eté-automne 1938.
« Reconnaissance à Supervielle ». Avec un portrait à la plume de
Supervielle par Madeleine Bouché.
3. GANTS DU CIEL. Montréal, Editions Fides. Mars 1945.
« Hommage à Supervielle e ».

4. LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE. 2e année. N° 20. 1er août 1954.


« Hommage à Supervielle ».
5. ENTREGAS DE LA LICORNE. Montevideo. 2a epoca. Año IV. N° 7.
1956.
« Homenaje al poeta ».

6. LIVRES DE FRANCE. 8e année. N° 2. Février 1957.


7. LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE. 8e année. N° 94. 1er octobre
1960.
« Hommage à Supervielle (1884-1960). »
[Avec des poèmes et des proses inédites.]
Famille Supervielle.
TABLE DES ILLUSTRATIONS

1. Le Père de Supervielle (n° 5). 17


2. La Mère de Supervielle (n° 6). 17
3. Jules Supervielle et son cousin Louis (n° 8). 19
4. Pilar et Julio jeunes mariés (n° 16). 21
5. L'Estancia Agueda (n° 29). 25
6. Jules Supervielle. Circa 1910 (n° 22). 35
7. Jules Supervielle. Circa 1912 (n° 23). 37
8. Jules Supervielle, Pilar et leurs cinq aînés (n° 24). 39
9. « Haut Ciel », poème de Gravitations. Manuscrit autographe. 43
10. Pilar Supervielle (n° 76). 49
11. Jules Supervielle écrivant en plein air. Circa 1944 (n° 94). 57
12. Jules Supervielle. Circa 1935 (n" 89). 61
13. Jules Supervielle. Circa 1938 (n° 217). 71
14. Jules Supervielle, par Fenosa. Bronze. 1949 (n° 203). 73
15. Le Cercle de la N.R.F. (n° 147). 81
16. Jules Supervielle et Marcel Arland à Brinville (n° 152). 83
17. La Rade de Port-Cros et le fort « François Ier »(n° 155). 87
18. Jules Supervielle et le Saint Jean-Baptiste (n° 199). 101
TABLE DES MATIÈRES

Liste des prêteurs 5


Avant-propos 7
Préface 9
Chronologie 11
Chapitre I. Origines. Enfance. Jeunesse et vie familiale 15
Chapitre II. L'horizon illimité de L'Uruguay 23
A. Paysages et types de L'Uruguay 24
B. L'Uruguay dans l'oeuvre de Supervielle 26
Chapitre III. Poésie I. Une lente maturité 33
Chapitre IV. Poésie II. Un poète a trouvé son chant 41
A. L'affrontement des abîmes 41
B. Un poète apparemment réconcilié 47
Chapitre V. Poésie III. Une poésie de temps de guerre 53
Chapitre VI. Un conteur – Le rajeunissement d'un genre 59

divertissement : le théâtre
Chapitre VII. Théâtre et musique 67
A. Un 67
B. Un poète et ses musiciens 75
Chapitre VIII. Les amitiés 79
A. Le cercle de la N.R.F. 80
B. Avec les poètes, ses pairs 85
C. Le traducteur des poètes 90
D. L'ami des poètes 92
Chapitre IX. Poésie IV. Un vivant irréel 95
Chapitre X. Sculptures, tableaux, objets d'art et portraits 103
Annexe I. Documents phonographiques 108
Annexe II. Numéros spéciaux de revues 109
Table des illustrations 110
IMPRIMERIE S.P.M. – 14, RUE CHARLES V – PARIS – 272 92 27