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Clic Musique 

! ClicMag n° 52
Votre disquaire classique, jazz, world Septembre 2017

CHRISTIANE KARG
L’élixir envoûtant d’une voix aux parfums des sirènes

©© Bernd
© Gisela
Irène Eberle
Zandel
Schenker

Retrouvez les 25 000 références de notre catalogue sur www.clicmusique.com !


Musique contemporaine

John Cage : Harmonie XIII,XXII, Keiko Harada : Midstream, duos Hans Werner Henze : Hommages Adriana Hölszky : Œuvres pour Jamilia Jazylbekova : Portrait de la Tom Sora : Wechselspiele, musique
XXIV et XXVII; Etudes boréales; Levine, flûtes; Hussong, accordéon; Ensemble Recherche orgue compositrice pour voix et instruments
10’40.3’’ Kikuchi, Koto; Meguri, piano Dominik Susteck, orgue -Sabine Akiko J. Jazylbekova, chant; Eva Böcker, violon- Sarah Maria Sun; Tom Sora; Duo Steuber,
F. Gauwerky, violoncelle; M. Knoop, piano Ahrendt, violon; Jens Brülls, percussion celle; Ensemble Modern; Kasper de Roo Öllinger; Trio Coriolis
WER6718 - 1 CD Wergo WER7354 - 1 CD Wergo WER6727 - 1 CD Wergo WER6789 - 1 CD Wergo WER6583 - 1 CD Wergo WER7350 - 1 CD Wergo

William Blank : Einklang Heavy : Pièces contemporaines Klischee ade : Musique contempo- Attraction : Musique contemporaine Different Traces : Œuvres pour Marmarai, Musique contempo-
Barbara Zanichelli, soprano; Quatuor pour violon de Burzynska, Abras, raine pour tuba de Szentpáli, Plau, pour percussion saxophone solo et électronique de raine d’Orient : Œuvres de Sezer,
Sine Nomine Placidi… Kraft, Stevens et Harmon Christoph Sietzen, percussion Jodlowski, Reich, Berio... Pinscher, Saygun
Édua Zádory, violon Constantin Hartwig, tuba Ruth Velten, saxophones Quatuor Asasello
GEN16422 - 1 CD Genuin GEN17473 - 1 CD Genuin GEN17471 - 1 CD Genuin GEN17455 - 1 CD Genuin GEN16424 - 1 CD Genuin GEN14298 - 1 CD Genuin

Pierluigi Billone : ITI KE MI, pour Chaya Czernowin : Wintersongs Klaus Lang : The book of serenity Philippe Manoury : Fragments pour Elena Mendoza : Nebelsplitter, pour Ming Tsao : Plus Minus
alto; Equilibrio. Cerchio, pour violon II, IV, V; Five Action Sketches I, Klangforum Wien; Johannes Kalitzke un portrait piano, violon, alto et violoncelle Ensemble Ascolta; Johannes kalitzke;
Marco Fusi, violon, alto II, IV et V Christophe Desjardins, alto; Ensemble Jürgen Ruck, guitare; Ensemble recherche; Kammerensemble Neue Musik Berlin;
J. Gavett; K. Wessel; ICE; Steven Schick intercontemporain; Susanna Mälkki Ensemble mosaik; Aperto Piano Quartet Stefan Scheiber
0015019KAI - 1 CD Kairos 0015008KAI - 1 CD Kairos 0012862KAI - 1 CD Kairos 0012922KAI - 1 CD Kairos 0012882KAI - 2 CD Kairos 0015014KAI - 1 CD Kairos

David Philip Hefti : Portrait du Michael Jarrell : Portrait du Rolf Liebermann : La Forêt, comé- Frank Martin : Œuvres pour guitare Frank Martin : Requiem Heinrich Sutermeister : Roméo et
compositeur compositeur die musicale en 5 actes Tino Brütsch; Samuel Zünd; René Koch; Capella Cantorum Konstanz; Collegium Juliette, opéra en deux actes
Trio Medea; Neue Vocalsolisten Stuttgart; Ensemble Modern; Peter Eötvös; OS de la Anne Howells; Michal Shamir; Orchestre Gregor Loepfe Vocale Zürich; Klaus Knall Adolf Dallapozza- Urszula Koszut; Münch-
Camerata Bern; David Philip Hafti SWR; Arturo Tamayo de la Suisse Romande; Jeffrey Tate ner Rundfunkorchester; Heinz Wallberg
MGB145 - 1 CD Mus. Suisses MGB044 - 1 CD Mus. Suisses MGB6266 - 2 CD Mus. Suisses MGB6264 - 1 CD Mus. Suisses MGB6183 - 1 CD Mus. Suisses MGB6263 - 2 CD Mus. Suisses

Pierre Boulez : Le Marteau sans 10 minuti all’alba : Hommage à Rotaru, Sarto, Howokawa, Scelsi Edition, vol. 7 : Œuvres pour Salvatore Sciarrino : Intégrale des Salvatore Sciarrino : Pagine, œuvres
maître; Éclat; Dialogue de l’ombre Giorgio Gaslini, œuvres pour guitare Ferneyhough, Aralla. Murakami : violon et piano œuvres pour violon et pour alto pour quatuor de saxophone
double Andrea Monarda Pièces contemporaines pour flûte Marco Fusi, violon; Anna D’Errico, piano Marco Fusi, violon, alto Quatuor de Saxophone Bros
Katalin Karolyi; ICE; Pascal Gallois Keiko Murakami, flûte basse
STR37071 - 1 CD Stradivarius STR37043 - 1 CD Stradivarius STR37070 - 1 CD Stradivarius STR33807 - 1 CD Stradivarius STR37057 - 1 CD Stradivarius STR37042 - 1 CD Stradivarius

Wojciech Kilar : Tryptyk Pawel Lukaszewski : Musica Sacra, Krzysztof Penderecki : Intégrale des Vytautas Miskinis : Thoughts of Damijan Mocnik : Et Lux perpetua, Touched by the Strings : Œuvres
Izabela Kłosinska, soprano; Chœur vol. 3. Chants pour Noël œuvres chorales psalms, chorals contemporains de œuvres chorales pour chœur et violon de Gjeilo,
Philharmonique de Varsovie; OS de la Schola Cantorum Gedanensis; Jan Chœur de Chambre Polonais; Jan Lituanie S : t Jacobs Kammarkör; Gary Graden Buchenberg, Nystedt…
Radio polonaise; Antoni Wit Lukaszewski Lukaszewski Kammerchor consonare; Almut Stümke Ida Bieler; Orpheus; Michael Alber
DUX0484 - 1 CD DUX DUX0440 - 1 CD DUX DUX0694 - 1 CD DUX CAR83459 - 1 CD Carus CAR83487 - 1 CD Carus CAR83481 - 1 CD Carus

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Artiste du mois / Alphabétique
cycle majeur, trop rarement © Walter van Dyck
donné, dont Christiane Karg
distille les étranges poésies
avec son français parfait et
de sa voix de parfum, mer-
Artiste du mois

veille dont je ne peux quitter


l’écoute tant son timbre se
mire dans l’orchestre profond
Un portrait. Arias et lieder de Amoretti. Arias choisis de Mozart, Scene ! Arias choisis de Beethoven,
et secret distillé par David Schumann, Strauss, Grétry, Mozart, Gluck, Grétry Haydn, Mendelssohn, Mozart
Afkham. Ils mettent en regard Wolf, Mendelssohn… Christiane Karg; Arcangelo; Jonathan Christiane Karg; Malcolm Martineau;
Christiane Karg; Arcangelo; J. Cohen Cohen Arcangelo; Jonathan Cohen
l’opus de Debussy/Adams

Christiane Karg
0300788BC - 1 CD Berlin 0300389BC - 1 CD Berlin 0300646BC - 1 CD Berlin
avec les Quatre chansons
françaises écrites d’un jet
par le jeune Benjamin Britten
(seize ans  !) en juin 1928,
Christiane Karg : Parfum
songe de printemps où il caresse avec
M. Ravel : Extraits de « Shéhérazade » / C.
Debussy : Le Livre de Baudelaire / B. Brit- des voluptés là aussi toutes debus-
ten : 4 chansons françaises / C. Koechlin : systes les vers d’Hugo et de Verlaine.
Epiphanie / H. Duparc : L’invitation au Même si Elisabeth Söderström puis
voyage; La vie antérieure; Phidylé Felicity Lott en avait offert de magni- F. Mendelssohn : Lobgesang, op. 52 W.A. Mozart : Davide penitente J.-P. Rameau : Hippolyte et Aricie
Christiane Karg, soprano; Bamberger Symphoni- fiques lectures, Christiane Karg va plus Christiane Karg; Maria Bernius; Werner Karg; Crebassa; De Barbeyrac; Les Ed Lyon; Christiane Karg; Sarah
ker; David Afkham, direction Güra; Kammerchor Stuttgart; Deutsche Musiciens du Louvre; Académie équestre Connolly; Stéphane Degout; William
loin dans les poèmes, allusive, subtile, Kammerphilharmonie Bremen; F. Bernius de Versailles; Marc Minkowski; Bartabas Christie; Jonathan Kent
0300832BC • 1 CD Berlin Classics sensuelle. L’Epiphanie de Koechlin, CAR83213 - 1 SACD Carus CM731608 1 DVD/CM731704 1 BD OA1143D 2 DVD/OABD7150D 1 BD

E n 1994, John Adams réunit et para


de son orchestre quatre poèmes de
Charles Baudelaire que Debussy mit
rareté, ajoute à la mélancolie du disque,
alors que les trois Duparc montrent à
quel chant glorieux, tenu, évocateur
en musique : Le balcon, Harmonies du
mais altier, Christiane Karg parvient
soir, Le jet d’eau, Recueillement, intitu-
aujourd’hui. Ce premier opus français
lant ce recueil à quatre mains « Le Livre
d’une des plus belles sopranos de sa
de Baudelaire  ». Merveille qui montre
une intimité musicale confondante génération doit en appeler d’autres  :
entre les univers des deux composi- les Poèmes hindous de Delage, les
teurs, Adams fondant son orchestre Mallarmé de Ravel, la Lyrique Japo- «Heimlicht Aufforderung» (Invitation «Heimlicht Aufforderung» (Invitation J.R. Zumsteeg : Die Geisterinsel,
dans celui de Pelléas et Mélisande qu’il naise de Stravinsky et quelques autres secrète). Lieder de R. Strauss secrète). Lieder de R. Strauss opéra en 3 actes
Christiane Karg; Christiane Karg; Hönish; Karg; Hulett; Kammerchor
évoque sans cesse, paradis absolu de la recueils de la même eau, l’espèrent. Malcolm Martineau; Felix Klieser Malcolm Martineau; Felix Klieser Stuttgart; Frieder Bernius
première modernité. Cela nous vaut un (Jean-Charles Hoffelé) 0300566BC - 1 CD Berlin 0300571BC - 2 VINYLE Berlin CAR83229 - 3 CD Carus

venit est une page de circonstance jourd’hui. Une musique bien écrite et à
écrite pour le dixième anniversaire de découvrir, sublimée par des interprètes
la libération du Brabant, avec Dies Irae d’exception. (Richard Wander)
et fanfare couronné par un final épique
et solennel mais qui pourtant s’écoute
sans faiblir ; la Canzone parait anecdo-
tique, brève page écrite en 1971 pour
le Concertgebouw – Andriessen fêtait
ses soixante-dix neuf ans  ! - mais le
Hendrik Andriessen (1892-1981) Boris Arapov (1905-1992)
Capriccio de 194I, vif, brillant, mordant,
Symphonie n° 4; Rhapsodie « Libertas Concerto pour violon; Concerto pour violon,
venit »; Caprice; Mélodie
spirituel, véritable danse au bord du vol-
piano et percussions
Orchestre Symphonique des Pays-bas; David can qui semble défier les horreurs de la Mikhail Waiman, violon; Grigory Sokolov, piano;
Porcelijn, direction guerre, quelle œuvre étrange, parcoure Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg;
de pointes de génie que croquent avec Arvid Jansons, direction Johann Sebastian Bach (1685-1750)
CPO777845 • 1 CD CPO
virtuosité David Porcelijn et ses musi- NFPMA99120 • 1 CD Northern Flowers Sonates pour orgue, BWV 525-530

L e plus français des néerlandais ? Ou


le plus anglais  ? La perfection des
orchestrations d’Hendrik Andriessen
ciens. Voilà les Symphonies sont enre-
gistrées au complet et quasi tout l’œuvre O n peut juger cet album dévolu à Bo-
ris Arapov, compositeur soviétique
Marek Toporowski, orgue Joachim Wagner de
Siedlce, 1744-1745

d’orchestre, sinon les quatre concertos, DUX1339 • 1 CD DUX


surprend toujours, harmonie claire officiel, plus intéressant pour ses inter-
mais contrepoint tonnant, couleurs à fruits tardifs mais splendides. Demain prètes que pour les œuvres elles-même,
profusion mais comme contenue dans peut-être ? (Jean-Charles Hoffelé) bien qu’elles comptent parmi les plus
une gangue abrasive, rugueuse. Cette modernes et audacieuses de ce compo-
4e Symphonie de 1954, son ultime, siteur. Le très classique concerto pour
m’évoque les plus orageuses parmi violon (1964) est en effet défendu par la
celles écrites par Ralph Vaughan Wil- somptueuse philharmonie de Leningrad
liams, une densité du son en même sous la baguette du grand Arvid Jans-
temps qu’une lumière incessante, sons, assistant de Mravinsky et père du
secret d’un art qui se dégagea de l’em- désormais célèbre Mariss. Et Mikhail
prise sérielle pour affirmer une singu- Waiman (1926-1977), violoniste et
larité que justement seuls les compo- pédagogue, fait honneur à sa partie Johann Sebastian Bach (1685-1750)
siteurs anglais affichaient crânement virtuose et brillamment écrite. Quant J.S. Bach : Concertos pour piano n° 4 et 5;
après guerre. Ce n’est pas la moindre au concerto à la mémoire de Stravinski Concerto pour flûte, violon et clavier, BWV
Andrea Antico (?1480-?1539)
des qualités de cette musique que Da- (1973), il vaut par son effectif insolite 1044 / J.C. Bach : Concerto pour piano /
vid Porcelijn dirige large, tonnante, lui Frottole Intabulate per sonare organi, et son écriture assez tendue, mais aussi C.P.E. Bach : Concerto pour piano
donnant tout son incroyable pouvoir de Livre I par des solistes où l’on relève avec Sebastian Knauer, piano; Daniel Hope, violon;
suggestion autant dans la Symphonie Maria Luisa Baldassari, épinette, clavicorde, clavi- curiosité le nom du pianiste, un certain Philipp Jundt, flûte; Zürcher Kammerorchester;
que dans les trois pièces de caractères cymbalum, clavecin, orgue (instruments d’époque) Grigory Sokolov, qui n’était pas encore Willi Zimmermann, direction
qui complètent le disque. Le Libertas TC480101 • 1 CD Tactus devenu le gourou qu’on connaît au- 0300764BC • 1 CD Berlin Classics

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Alphabétique

A près un premier volume en com-


pagnie de Sir Roger Norrington, le
pianiste Sebastien Knauer propose un
C.P.E. Bach met en musique l’intégralité
des Odes et lieder, ceux-ci sont «  trop
beaux pour un chanteur qui n’est pas
sa manière, pour en supporter les effets
de dictions. Mais ensuite, il faut bien
rendre les armes, voila un Beethoven
une vision engagée, brillante et cha-
leureuse de quatre de ces petits bijoux.
(Jean-Michel Babin-Goasdoué)
deuxième disque de concertos signés musicien. » Les réactions de Krause et comme personne n’ose guère le jouer
par les Bach père et fils. Il choisit de de Gellert font songer à celles de Goethe aujourd’hui, conquérant, âpre dès les
jouer sur piano moderne, défendant face aux développements schubertiens premiers opus, au langage foudroyant,
l’idée que le style qui convient à Bach de ses poèmes. «  Le jour est beau, la au style fulgurant, comme torturé par
est indépendant de l’instrument. Il nuit est sublime  » (Kant)  : l’alternance un mouvement baroque irrépressible
s’attache dès lors à alléger son tou- de l’enjouement systématique dans qui culmine dans une «  Pathétique  »
cher, à se fondre dans un orchestre à ses élans et de l’inspiration profonde, d’anthologie  : la faire plus noire, plus
cordes lorsque le clavier exécute la sensible, parfois irrationnelle, produit dure, serait impossible. Dans cette vi-
basse continue, ou à s’en détacher (très un ensemble contrasté mais inégal. sion tendue à rompre qui unifie tous les
beau mouvement lent du concerto en Il en résulte pourtant ce fragment de premiers opus, même les deux petites
la majeur). Il trouve de belles couleurs couleur singulière dans la mosaïque du merveilles de l’opus 49 semblent plus
Johannes Brahms (1833-1897)
instrumentales notamment dans l’équi- monde pré-romantique de C.P.E. Bach. ténébreuses, si étrangement contour-
« Die Schöne Magelone » op. 33, cycle
libre avec la flûte dans l’adagio du triple Le lyrisme et l’authenticité expressive nées, promesses d’une suite qui sera
de lieder
concerto. Entre l’époque de Bach père permettant de le contempler honorent probablement passionnante : les grands
Nikolay Borchev, baryton; Boris Kusnezow, piano
et celle de ses fils, les instruments à cla- la soprano Marivi Blasco et favorisent moyens de Bellucci, sa personnalité si
vier ont connu un changement radical l’indulgence pour la justesse toute rela- marquée, nous réservent certainement GEN17470 • 1 CD Genuin
permettant au soliste un jeu plus bril-
lant et une plus grande émancipation de
tive des voix blanches. (Pascal Edeline) des sonates médianes plutôt stupé-
fiantes. J’ai hâte d’entendre sa « Walds-
tein ». (Jean-Charles Hoffelé)
L e cycle, absolument allemand de
thème, d’esprit, est périlleux en
diable, Brahms s’y étant risqué cette fois
l’orchestre. Les deux concertos des fils
Bach affichent l’énergie véhémente du – ce sera la seule – à marcher dans les
Sturm und Drang. Carl Philipp Emanuel traces de Schubert, sans en retrouver le
le plus original et le plus imprévisible génie. Fischer-Dieskau sauva cet opus
de la fratrie n’hésite pas à bousculer les de ballades un peu univoque en mettant
formes classiques. Il signe un Concerto plus l’accent sur les mots de Ludwig
en un seul mouvement où Knauer sait Tieck que sur les notes de Brahms,
laisser à la musique la liberté d’une c’était bien vu surtout lorsque le piano
écriture quasi-improvisée. Un parcours de Sviatoslav Richter y mettait des pay-
impeccable dans la naissance du piano sages, mais ne pouvait être qu’à lui. An-
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
moderne, dans lequel il faut saluer dreas Schmidt, génialement guidé par
Quatuors à cordes, op. 18 n° 5 et 130 Jord Demus aura longtemps été le seul
l’excellente prestation de l’orchestre. Luigi Boccherini (1743-1805)
Quartetto Di Cremona à en proposer une version radicalement
(Thomas Herreng) Trios à cordes n° 2, 4-6
AUD92685 • 1 SACD Audite différente, lyrique, intériorisée. Hier au
Trio Lubotsky
concert Matthias Goerne s’y fourvoyait
BRIL95493 • 1 CD Brilliant Classics un rien, peu aidé par son pianiste, An-

L uigi Boccherini inaugura la longue dreas Haeffliger, aujourd’hui coup sur


série de ses œuvres (plus de 580 coup deux versions paraissent. La sim-
compositions ! ! !) dès 1760 à Vienne, plicité sans fard, même lorsque l’aigu
en écrivant une série de six trios pour lui manque, qu’y met Nikolay Borchev,
deux violons et violoncelle, qui eurent adoptant un ton de barde, est bienve-
l’honneur de plaire au grand Glück. Ces nue, même si elle manque d’allusions,
pièces très en avance sur leur temps ne d’arrière-plans, son premier degré lui
furent cependant publiées qu’en 1767 est en somme une vertu qui pourra
Carl Philipp E. Bach (1714-1788) soulager l’auditeur trop enferré dans les
Ludwig van Beethoven (1770-1827) à Paris. On pourrait penser que le trio
Mélodies sacrées, Wq 194, 197 et 198; à deux violons et violoncelle est une soulignements de Dietrich Fischer-Dies-
Versions pour piano-forte seul des Sonates piano n° 1-10, 19-20
survivance, à cette époque, de la sonate kau. Il a pour lui un pianiste formidable,
mélodies Giovanni Bellucci, piano
en trio baroque (en 1760 plusieurs des aussi évocateur que Richter aussi nar-
Mariví Blasco, soprano; Yago Mahúgo, piano-forte; BRIL95103 • 3 CD Brilliant Classics compositeurs les plus importants de ratif que Demus, et c’est d’abord pour
Ímpetus Madrid Baroque Ensemble
BRIL95462 • 1 CD Brilliant Classics B eethoven aurait-il envouté les pia-
nistes italiens ? Davide Cabassi nous
l’époque baroque sont encore vivants
et en activité, notamment Telemann...).
lui qu’on écoutera avec étonnement
cette version  : Boris Kusnezow que

1 752, année décisive ! Telle une réso-


nance outre-Rhin de la Querelle des
Bouffons, paraît à Berlin « De la poésie
offrait hier les deux premiers volumes,
assez magistralement réalisés, de ce
qui semble devoir être à terme une
Or il n’en est rien, le style boccherinien
moderne, avec un violoncelle virtuose
j’avais découvert dans ses disques avec
Tobias Feldmann est décidément un ar-
tiste singulier qui sait transformer l’ac-
totalement dégagé du rôle de basse
musicale », livre écrit par le compositeur intégrale, aujourd’hui, Giovanni Bel- continue, y apparaît d’emblée, tel qu’il compagnement en un vrai personnage.
C.G. Krause prônant à son tour contre lucci, qui lui a bel et bien bouclé son va perdurer, à peu de chose près, tout Ce disque m’a réconcilié avec l’œuvre
les excès de l’écriture savante les vertus intégrale, en fait paraitre le premier au long de la carrière de l’artiste. Mozart de Brahms que je croyais ne pas aimer.
de la simplicité. « Rien qu’un lied, pas volume : Sonates 1 à 10 puis les deux a 4 ans, Haydn (âgé de 28 ans), n’a (Jean-Charles Hoffelé)
un opéra. ». Insistant sur le respect de petits bijoux de l’op. 49. Test : la 4e en encore composé que des divertimenti
la forme strophique et la subordination mi bémol majeur où Beethoven ouvre en quatuor avec cors optionnels... cette
de la partie pianistique au chant, Krause grand l’espace de son piano en une forme de trios reste chère au Lucquois,
inaugure la première Ecole Berlinoise sonate conquérante, une symphonie de puisque un de ses ultimes opus (six
du lied mais un compositeur d’une toute clavier dont les atmosphères orageuses trios Opus 54, Madrid 1796) lui est
autre envergure va lui donner une valeur de l’Allegro molto e con brio laissent ré- consacré, avec dans l’intervalle plu-
musicale significative en débordant du sonner des graves comme des coups de sieurs autres recueils pour la même for-
cadre des exigences imposées. L’esprit canons. Suspendus dans l’éther, pay- mation arrivant à un total de 30. Ainsi en
novateur de C.P.E. Bach non circonscrit sagés, Bellucci les fait sonner comme 1769 naissent les six trios Opus 6, l’an-
à la musique instrumentale œuvre à sa peux l’on fait depuis le disque fabuleux née d’arrivée de Boccherini à Madrid, où
perméabilité avec l’univers du lied. Les d’Arturo Benedetti Michelangeli. Mais il va passer le reste de sa vie. Depuis Charles Burney (1726-1814)
subtilités de « l’accompagnement » de- avec cela, une manière de jouer avec le les trios de 1760, le style a mûri, l’ex-
Sonates pour piano à 4 mains, livres 1 et 2
venant parfois contrepoint narratif em- tempo, de dire les phrases si particu- pressivité et le lyrisme intense (notam-
Anna Clemente, piano; Susanna Piolanti, piano
barrassent Krause qui dans sa préface lière que je suis comme perdu. Ce Bee- ment des mouvements lents), se sont
demandait aux musiciens de « compo- thoven heurté, fantasque, hautain mais approfondis, on voit apparaître ici et là BRIL95447 • 2 CD Brilliant Classics
ser leurs lieder en chantant, sans utili-
ser le clavier ». Le zélateur du chant dût
déchanter en découvrant la publication
souvent comme volontairement brisé
d’élan, de ligne, est assurément celui
d’un maitre, et qui pense son piano en
ces hispanismes si caractéristiques de
l’idiome boccherinien. Le trio Lubotsky,
fondé en 2003 par la réunion de trois in-
C harles Burney est connu avant tout
comme musicologue, grand voya-
geur et connaisseur émérite de toute
de versions pour clavier seul de certains orchestre, ses Sonates en Symphonies, terprètes aguerris, comble brillamment l’Europe musicale de son époque. Son
lieder. Pour Gellert, l’illustre poète dont il faut un certain temps pour admettre ici une lacune discographique dans grand œuvre « A General History of Mu-

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sic » a largement contribué à fonder la tuor avec piano, premier opus et déjà Josef Suk, l’œuvre sonne dans un équi-
musicologie moderne. Il fut pourtant un Sélection ClicMag ! un manifeste dont l’Adagio regarde libre parfait, exprime toute sa sombre
compositeur apprécié en Angleterre. La vers la musique française, les mou- splendeur, et parle tchèque comme
première série des Sonates enregistrées vements extrêmes plus vers Brahms celle, pourtant excellente des Nash
ici constituent les premières œuvres que vers Dvorak, une manière d’entrer (Hyperion - CDH55416), ne le pouvait
publiées pour un piano à quatre mains. d’emblée dans le grand concert du post pas. Pourtant la merveille de l’album est
Construites en deux mouvements lent/ romantisme dont il allait devenir un bien l’interprétation infiniment lyrique
rapide, elles empruntent autant aux des acteurs majeurs avec son terrible que les Suk donnent du Deuxième Qua-
modèles baroques qu’au classicisme « Asrael ». L’œuvre est difficile, elle ne tuor avec piano d’Antonin Dvorak, dont
naissant. Les mouvements lents ont tombe guère sous les doigts de ses in- l’Allegro moderato murmuré, fluté ainsi,
un caractère improvisé tandis que les terprètes contrairement au Quintette op. révèle en effet parmi les plus belles
allegros adoptent des dissonances 8, autrement séduisant, il faut y mettre pages de sa musique de chambre.
joyeuses et des rythmes dansants. Le Antonín Dvorák (1841-1904) une densité, de sonorité, d’émotion, que Ont-ils entendu la gravure parfaite de
piano-forte utilisé ici, un instrument an- Quatuor pour piano n° 2, op. 87 / J. Suk : Josef Suk et quelque jeunes musiciens Rudolf Firkusny et du Quatuor Julliard ?
glais de 1800, permet aux pianistes de Quatuor pour piano, op. 1
tchèques (dont Jiri Barta) dispensèrent Le final dansé mais tendre, le lento si
trouver des sonorités proches des en- Quatuor pour piano Josef Suk
jadis dans ce qui fut l’un des ultimes évocateur en retrouvent les pesées sub-
sembles de luths typiques des danses SU4227 • 1 CD Supraphon enregistrements du violoniste. Mais tiles, le clavier allégé, les cordes sur les
baroques. Après le succès du premier
cahier, Burney publie deux ans plus tard
un second cycle de quatre Sonates.
J osef Suk n’était pas encore le beau
fils d’Antonin Dvorak, mais déjà
son élève, lorsqu’il composa son Qua-
l’équilibre entre le piano de Jan Simon
et les cordes était incertain. Avec un
quatuor constitué comme celui des
pointes. Radim Kresta et ses amis nous
doivent demain le Quatuor en ré majeur.
(Jean-Charles Hoffelé)
Toujours écrites en deux mouvements,
elles sont pourtant plus ambitieuses,
coulées dans les formes classiques. Ces Casella, l’influence espagnole via la tant des traits de luth à la manière des l’écriture est absolument admirable. Et
pièces permettent de resituer Burney guitare et la rencontre avec Segovia, la musiciens anglais de la Renaissance. donc sous si polie, si protectrice écorce
dans l’histoire de la musique anglaise, littérature anglo-saxonne (Shakespeare, Les inflexions de la langue se marient battait cœur si tendre  : on est au plus
à un moment de transition entre le ba- Keats, Whitman) enfin l’Amérique qu’il subtilement avec les nuances de l’ins- profond, au plus secret de la sensibilité
roque hérité d’Italie (Métastase dont il rejoindra après avoir fui le régime mus- trument. On appréciera la clarté et la et de l’âme (lire absolument le « Ravel et
fut le biographe) et le jeune Mozart qu’il solinien. La musique de Castelnuovo musicalité du timbre du baryton Ashley nous » de son amie violoniste et inter-
avait croisé à Bologne quelques années Tedesco, si profusément nourrie, Riches fort bien servi par le piano disert prète Hélène Jourdan-Morhange, à qui
auparavant. (Thomas Herreng) s’appuie le plus souvent sur du texte. d’Emma Abbate. (Jérôme Angouillant) il échappa à un Ravel furtif de faire une
Auteur d’un opéra (The Merchant of demande rougissante en mariage...).
Venice, 1956) et d’ouvertures orches- Résumons : un pur chef d’oeuvre, rendu
trales d’après Shakespeare, le compo- ici par le berlinois Feininger Trio (ayant
siteur convoque à nouveau le drama- pris le nom de l’artiste du Bauhaus,
turge et poète anglais pour une série de Lyonel Charles Feininger, et de qui l’on
trente-cinq mélodies sur ses sonnets connaissait déjà un CD Dvorak-Sme-
décrivant les affres amoureuses et mé- tana-Suk) avec une justesse digne de
taphysiques d’un homme en proie au leurs plus grands aînés là-dedans (sauf,
désir et au renoncement. Castelnuovo- peut-être, pour ce final si difficile à « te-
Tedesco se livre à un scrupuleux travail nir »). Côté Debussy, rien à critiquer non
de transcription avec l’objectif d’éclairer plus avec ce trio de jeunesse naturelle-
M. Castelnuovo-Tedesco (1895-1968) Frédéric Chopin (1810-1849)
le sens et la forme à la fois passionnés ment de moindre portée, écrit à 18 ans
Sonnets de Shakespeare Intégrale des nocturnes en villégiature italienne chez une riche
et sophistiqués des poèmes (Trois qua-
Ashley Riches, baryton; Emma Abbate, piano Claire Huangci, piano mécène, et salonnardant souplement un
trains et un distique). Il modèle ainsi
RES10141 • 1 CD Resonus son écriture de façon linéaire et méticu- 0300905BC • 2 CD Berlin Classics peu à la Massenet. Enfin, l’arrangement

L ’univers du compositeur Mario Cas- leuse (l’intonation, la ligne mélodique) de la Petite suite glisse agréablement
telnuovo-Tedesco (1895-1968) se tout en maintenant une liberté agogique sur les plumes du premier mélomane à
déploie comme une étoile de mer sur dans l’accompagnement. Le piano se nez canard qui débarque, sans franche-
fond de carte géographique : la source faisant créateur d’ambiance comme ment matière à l’embarquement pour
hébraïque, la formation en Italie avec dans un lied romantique ou emprun- s’y taire. (Gilles-Daniel Percet)

cien mais plutôt une illustration de son


Sélection ClicMag ! aisance à évoquer une grande variété
de climats. Après ses concertos pour
piano, Hypérion vient enrichir une dis-
Claude Debussy (1862-1918)
cographie famélique par ce programme
qui dévoile deux des centres d’intérêt C. Debussy : Trio pour piano, violon et
violoncelle en sol majeur; Petite Suite pour
majeurs de Chisholm  : la musique de
piano à 4 mains (arr. pour trio pour piano
l’Inde et le folklore écossais. Construit de D. Riniker) / M. Ravel : Trio pour piano,
sur un schéma très peu conventionnel violon et violoncelle en la mineur Yuri A. Falik (1936-)
en quatre mouvements, le Concerto Trio Feininger
pour violon est en partie fondé sur des Concerto pour orchestre; « In memoriam
AVI8553317 • 1 CD AVI Music Igor Stravinski »; Concerto pour violon
râgas hindoustanis. Ce qui ne saute pas

T out fervent ravélien vénère le trio. La Victor Lieberman, violon; Orchestre philharmo-
Erik Chisholm (1904-1965) aux oreilles lors d’une première écoute
nique de Saint-Pétersbourg; Edward Serov
devient d’une évidence flagrante si l’on guerre est déjà là, avec ses heurts,
Concerto pour violon; Préludes « From the
substitue mentalement le sitar au vio- ses cahots, ses noirceurs de catas- NFPMA99119 • 1 CD Northern Flowers
True Edge of the Great World »; Suite de

H
danse pour orchestre et piano lon. Voici en tous cas une œuvre d’un trophe qu’évoque son dernier mouve- abile orchestrateur des fragments
Matthew Trusler, violon; Danny Driver, piano; intérêt majeur et les géants du violon ment (comme le Concerto pour la main que l’éditeur Belaïev avait suppri-
Orchestre Symphonique de la BBC Ecossaise; seraient bien inspirés bien de suivre gauche, ou la Valse). Et surtout, Ravel més de la partition du « Prince Igor »,
Martyn Brabbins, direction l’exemple de leurs aînés Max Rostal et est réfugié (de l’esprit volontaire au Yuri Falik était avant tout un composi-
Szymon Goldberg en l’intégrant à leur combat, imaginant même là une oeuvre teur, pédagogue et chef d’orchestre res-
CDA68208 • 1 CD Hyperion
répertoire. Le reste du programme posthume, autant que du corps fluet) pecté dans le monde musical soviétique

Q uel point commun entre Bartok,


Szymanowski, Respighi, Roussel et
Ravel ? Réponse : le compositeur écos-
nous ancre dans le granit celtique des
Highlands où celui que l’on surnom-
à Saint-Jean de Luz, retour et même
recours au pays natal, bien sûr aussi
de la période khrouchtchévienne. De
fait, l’écoute de ce second album que
mait «  Mc Bartók  » puise son inspira- au souvenir de la mère, et effectivement lui consacre la collection des Archives
sais Erik Chisholm. Curieuse entrée en tion sans jamais s’épancher dans la passe ainsi un air basque (comme la Musicales de St-Pétersbourg révèle
matière qui, ne constitue point un déni facilité. Une découverte d’importance. danse du quintette de Pierné). Leçon un style de composition et des for-
de l’authentique personnalité du musi- (Yves Kerbiriou) aussi de Fauré voire de Saint-Saëns, mules instrumentales hautement origi-

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ment de la 9e Symphonie de Bruckner romantique dont le langage singulier hardt. Cette intégrale a le mérite d’exis-
Sélection ClicMag ! dans l’état où le compositeur l’avait ne devait rien à ses contemporains. ter. Elle n’est que simplement honnête.
laissée plutôt que dans la réalisation de Les trois fantaisies symphoniques (Bertrand Abraham)
Ferdinand Löwe, et quel  ! Dantesque, qu’Anthony Hermus grave aujourd’hui
expressionniste comme un Murnau. en première mondiale confirment la sin-
Eugen Jochum, qui fut son élève, lui gularité de cet art, trois poèmes de la
devait beaucoup. Allemand absolument, nature, d’une sombre sensualité (Aufkl-
mais de la vieille Allemagne, il prit rapi- länge) où d’une imagination à la Böcklin
dement ses distances avec le nazisme, (Dionysische Phantasie) plein d’alliages
cédant la direction de son orchestre, le instrumentaux surprenants, dont les
Philharmonique de Munich, à Oswald vastes lignes mélodiques s’épandent
Kabasta. Il y avait établi une tradition tels des horizons infinis. L’un des se-
Sigmund von Hausegger (1872-1948) renouvelée de l’interprétation bruc- crets d’Hausegger est d’abolir le temps,
knérienne qui perdura jusqu’au règne il vous entraine dans son monde par
Ouverture, Symphonie et Variations Girolamo Frescobaldi (1583-1643)
sur une mélodie pour enfant; Poèmes de Sergiu Celibidache. Mais cet apôtre ses discrets sortilèges. Pour de telles
de Bruckner fut dans sa jeunesse un découvertes, les Bamberg Symphoni- Toccata I; Partite sopra Passacagli, sulla
symphoniques « Fantaisie dionysiaque » et Romanesca, sopra il Ruggiero, sopra La
« Wieland der Schmied » compositeur inspiré, dont les vastes ker sont un vrai luxe. Espérons demain
Monica, sopra Follia, sulla Frescobaldia;
Orchestre Symphonique de Bamberg; Antony poèmes d’orchestre surprennent au- qu’Antony Hermus gravera la Messe et Hinni Iste Confessor, della Domenica, degli
Hermus, direction jourd’hui encore par leur panthéisme, le Requiem mais aussi la fantaisie sym- Apostoli, Ave Maris Stella...
leur langage savant et évocateur. La phonique restée dans les cartons, Bar- Daniele Proni, clavecin, orgue
CPO777810 • 1 CD CPO
parution voici neuf ans de la Natursym- barossa. On aura alors au disque tout ce
CON2104 • 1 CD Concerto
L ongtemps l’unique titre de gloire de
Siegmund von Hausegger fut d’avoir
gravé en 1938 le premier enregistre-
phonie exhumée par Ari Rasilainen et le
WDR de Cologne pour le même éditeur
révéla un maitre de l’orchestre post-
que le jeune Hausegger aura composé
avant de réduire son art à la seule direc-
tion d’orchestre. (Jean-Charles Hoffelé)

nales. Musique chorale sans chœur, la gument : un couple âgé reçoit la visite interprétation pour atteindre à la vision
Musique élégiaque, chant funèbre à la de le Jeunesse (allégorie), qui leur offri- idéale d’une œuvre donnée ici trop en
mémoire d’Igor Stravinski pour 4 trom- ra de revivre la leur, l’espace d’un jour. creux, parfois à la façon d’un négatif
bones et 16 cordes, en est une patente A la demande insistante d’un critique photographique. C’est trop sage, trop
illustration. De même, dans la Sinfoniet- éclairé, Fall développa l’accompagne- timoré, pas assez affirmé et énergique,
ta pour orchestre à cordes, la gageure ment pour orchestre. C’est la version notamment dans les menuets, dans les
était de se passer totalement des cuivres que nous entendons ici (cherchez dans gigues, dans les allegros, souvent pris Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
pour faire sonner une fanfare, qui, le livret du CD l’histoire de la version trop lentement. Des nuances oui, mais Neuf Arias Allemandes, HWV 202-210 /
pour n’être pas destinée, comme chez apocryphe : savoureux et révélateur !). des nuances de gris en quelque sorte. J.H. Schmelzer : Ballet « Musikalische
Copland, à « l’homme ordinaire » n’en Au-delà d’une partition sans réelle diffi- Quand on perçoit, plus d’animation, Fechtschul’ » / A. Krieger : 4 Nouveaux
est pas moins archétypale. Construit de culté technique, les chanteurs et le chef d’allant, une accentuation plus forte des Arias
manière cyclique en cinq mouvements, nous rendent présente et sensible la contrastes, des éclats, cela s’accom- Fritz Spengler, contreténor; Christian Voß, violon
le Concerto pour violon échappe, lui Sehnsucht viennoise. Altwiener Sings- pagne aussi, parfois de quelque chose baroque, viole d’amour; Ensemble ContraPunct_us
aussi, aux formes conventionnelles piel indique le sous-titre  : le Monde de mécanique et d’expédié. L’éclectisme KL1520 • 1 CD Klanglogo
dans une construction où, loin d’agir d’Hier de Zweig resuscite l’espace d’une
B
(au bon sens du terme) et la puissance elle époque qui voit émerger une
de concert, soliste et orchestre sont heure. Seul regret : l’absence de traduc- de Fux ne sont pas magnifiés, mais tra- telle diversité de timbres et de per-
constamment en opposition. Autant de tion du texte réservera cette absolue duits de façon trop bridée. L’interprète sonnalités parmi les contre-ténors. Il
bonnes raisons de s’intéresser à ces merveille, très à part dans la produc- de ces pages est pourtant reconnu, il a importe donc de se distinguer, par le
œuvres, brillamment interprétés par dif- tion de Fall, aux seuls germanistes. été à bonne école et a suivi les masters timbre d’abord, ici les graves cuivrés
férentes phalanges pétersbourgeoises, (Olivier Gutierrez) classes de van Asperen et de Leon- d’un bel alto, mais aussi par le réper-
et non des moindres. (Yves Kerbiriou)

pour autant) farandole des miniatures


Sélection ClicMag ! « domestiques » ou « populaires » avec
leurs titres comiques, leurs rythmes fa-
cétieux, leurs sonorités irisées et leurs
petits effectifs. Incluant le rare «  petit
jardin fleuri  », elles constituent la ma-
jeure partie d’un second disque plus fa-
cile d’accès. Les œuvres plus cérébrales
Johann Joseph Fux (1660-1741) (quatuor, quintette et sonate) qui les en-
Leo Fall (1873-1925) cadrent ont été composées dans un tout
Intégrale de l’œuvre pour clavecin
autre esprit. Elles donnent souvent la
Brüderlein fein, opérette en 1 acte Filippo Emanuele Ravizzi, clavecin
priorité au contrepoint et à la structure,
Anke Krabbe; Andrea Bönig; Michael Roider; BRIL95189 • 2 CD Brilliant Classics Paul Hindemith (1895-1963) et leur mélange de virtuosité instrumen-
Chœur et Orchestre de la radio de Cologne; Axel
Kober, direction
CPO777796 • 1 CD CPO
C es CDs présentent l’intégrale des
œuvres originales de Fux pour le
clavecin. Les transcriptions que fit le
Quatuor clarinette, violon, violoncelle et
piano; Sonate clarinette et piano; « Mus-
kalisches Blumengärtlein und Leÿptziger
tale et de complexité musicale exige
beaucoup de l’auditeur (le quintette,
en particulier, dont les mouvements

E n ce temps-là, au sous-sol du véné- Allerleÿ », pour clarinette et contrebasse;


compositeur d’œuvres d’abord desti- extrêmes «  reflètent  » littéralement la
Concert du soir du Festival de musique de
rable Theater an der Wien (où fut nées à d’autres instruments sont donc fascination du compositeur pour les ef-
Plöner; « Ludus minor », pour violoncelle
créé, entre autres, Fidelio), il y avait un absentes, ce qui se justifie. L’ensemble et clarinette; Quintette pour clarinette, fets de miroir). Mais heureusement des
cabaret surnommé «  L’enfer  ». Pour consiste en 5 partitas ou suites — de op. 30 interprètes tous remarquables de bout
revenir aux sources du genre, ses direc- structure variable quant à l’ordon- Davide Bandieri, clarinette; Duccio Ceccanti, vio- en bout arrivent à animer ces architec-
teurs commandèrent aux plus célèbres nancement des différentes «  pièces lon; Alexander Grytsayenko, violon; Joël Marosi, tures parfois lourdes («  la tonalité est
compositeurs d’opérette du moment de danses  » qui les composent — en violoncelle; Vittorio Ceccanti, violoncelle; Marc- une force naturelle, comme la gravité »,
une œuvre originale, sur un cahier des un capriccio — qui renvoie à la fois à Antoine Bonanomi, contrebasse; Matteo Fossi, écrivait Hindemith) et à en révéler la
piano; Quatuor Savinir
charges simple : un acte et l’accompa- la musique allemande, à Couperin et sensualité et les couleurs (le quatuor…)
gnement du seul piano. Lehár lui-même à la musique italienne — en une cha- BRIL95295 • 2 CD Brilliant Classics malgré une scène sonore un peu large
se plia à l’exercice. Leo Fall se fit prier
(surcroît de travail, difficulté à trouver
un sujet, etc…), puis coup de foudre :
conne, un arpeggio et une aria, et enfin
à un ensemble de 12 menuets. L’écoute
génère une sorte de frustration  : ce
P eut-être parce qu’Hindemith fut
un théoricien engagé, sa musique
passe souvent pour rébarbative. Pour
qui tend à éparpiller les instruments.
Dans un paysage discographique assez
clairsemé, voilà un coffret remarquable
Brüderlein Fein fut composé en une soi- que l’on entend ici, c’est trop sou- preuve du contraire, voici au cœur de qui pourrait bien séduire beaucoup de
rée sur un texte de Julius Wilhelm. L’ar- vent, d’emblée, ce qui manque à cette l’album la réjouissante (mais pas facile réfractaires. (Olivier Eterradossi)

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nait une créativité inextinguible. Quasi
tout ce qu’il écrivit durant ces années
aura été détruit ou perdu, revenu d’entre
L a formation du compositeur anglais
Kenneth Leighton (1929-1988)
est typique du cursus musical anglo-
sant du ténor Nicky Spence. Les petites
pièces improvisées datées de 1977 et
jouées au clavecin par Stephen Farr
les mort il reprit sa plume restés intacte saxon : choriste à Wakefield, sa ville na- rappellent in fine l’influence du clavier
et en 1945 troussa son Troisième Qua- tale, pianiste puis diplômé de musique de Paul Hindemith sur le compositeur
tuor plein de violoneux, où une noce au Queen’s College d’Oxford, il part en anglais. (Jérôme Angouillant)
des Tatras emporte un final irrésistible. Italie suivre l’enseignement de Petrassi,
Cette musique solaire semble nier l’ho- puis enseignera dans diverses univer-
locauste. Il réapparaitra plus tard dans sités (Leeds, Oxford), jusqu’à sa mort
les écarts et les stridences du 5e Qua- à Édimbourg. Au même titre que Elgar,
tuor (1963), mais le 4e, chef d’œuvre Vaughan Williams,Walton ou Finzi, il fait
de cette série dont les deux premiers partie de cette école anglaise d’après-
Simon Laks (1901-1983) opus ont sombrés corps et bien, com- guerre empreinte d’un sentiment à la
Quatuors à cordes n° 3-5 mencé dans un blues de pizzicati, est fois nationaliste et romantique. Issu
Quatuor Messages tout entier solaire, musique admirable, de cette mouvance, son langage musi-
DUX1286 • 1 CD DUX véritable danse autour du volcan. Les cal se colore toutefois de sérialisme
(L’influence de Petrassi). Saluons en
R escapé de l’enfer d’Auschwitz où il jeunes femmes du Messages Quartet Franz Liszt (1811-1886)
les jouent tout trois avec des finesses passant Resonus, nouveau label lon-
dirigea l’orchestre, Szymon Laks La lugubre gondola n° 2; Étude d’éxécution
donien qui publie ce coffret de l’œuvre
était de ces polonais venu à Paris durant d’archet, une précision dans les transcendante, S 139 n° 1-4 / F. Chopin :
complète pour orgue du compositeur. Scherzi, op. 20, 31, 39; Mazurka, op. 17
l’entre deux-guerre. A l’instar de son rythmes, un sens des couleurs qui en
Présentation soignée, notice anecdo- n° 4
compatriote Alexandre Tansman, il trou- font les frères des quatuors de Tansman
tique mais instructive. Baignant dans Sebastien Dupuis, piano
va sa place dans la vie musicale de la ou d’Hindemith, vraies musiques de
la musique d’orgue depuis l’enfance et
capitale, éden cosmopolite où bouillon- pure fantaisie. (Jean-Charles Hoffelé) DUX1349 • 1 CD DUX
fin connaisseur de l’instrument, Leigh-
ton n’en demeure pas moins pianiste. Il
toire. Pas de tubes dans cet album qui rapides, nostalgie des mouvements compose avec l’orgue, ajoutant ça et là :
aborde l’œuvre vocale de Haendel par lents (écoutez l’insondable mélancolie un autre orgue, une voix, un violon. Il
son versant le moins fréquenté. Des qui se dégage de l’adagio de la sonate pratique aussi bien le clavier que le pé-
neuf airs allemands, on ne connaît en fa majeur  : peu de versions au cla- dalier et lorsqu’il improvise, il remplace
avec exactitude ni les dates de com- vier ont su distiller une telle émotion). curieusement l’orgue par un clavecin
position, ni la tessiture, ni la formation (Improvisations on De profundis). A
La comparaison de cet enregistrement
auxquelles ils étaient destinés. Elles ne part quelques œuvres profanes particu-
avec une version plus traditionnelle,
semblent pas constituer un cycle. Le lièrement évocatrices composées dans
comme celle d’Alain Planès chez INA,
jeune chanteur allemand Fritz Spengler les années 60 (Elegy, Festival Fanfare,
est passionnante en ce qu’elle nous Ode, Paean), son corpus d’orgue est dé- Gustav Mahler (1860-1911)
et le chef Christian Voss en font des apprend sur l’art de la transcription,
pièces avec violon obligé, soutenu par dié à la liturgie. Leighton use d’une pa- Symphonie n° 5; Lieder extrait de « Des
tout en montrant le profond respect des lette modale et diatonique, de fonds et Knaben Wunderhorn » n° 1, 8, 13, 14;
le continuo. L’arrangement fonctionne œuvres originales dont a su faire preuve « Rückert-Lieder », n° 1-5
de textures que l’on trouve chez les or-
bien, et nous vaut notamment un Süsse l’interprète. Voici donc un disque à Siegfried Lorenz, baryton; Staatskapelle Berlin;
ganistes français, Vierne, Dupré et à un
Stille rêveur, où le chanteur déploie Otmar Suitner, direction; Orchestre Symphonique
recommander, de surcroît servi par une autre niveau chez Messiaen. La Messe
des trésors de legato. La musikalische de Berlin; Günther Herbig, direction
excellente prise de son. (Denis Jarrin) en est l’illustration ainsi que le Veni
Fechtschul’ de Schmelzer, plus qu’une 0300922BC • 2 CD Berlin Classics
Redemptor et le Veni Creator qui sont
musique de ballet pour les fêtes de Car-
naval, est un cycle de romances sans
paroles. Le récital se termine sur une
des variations statiques autour d’un
motif de choral. Les autres pièces font
appel au contrepoint (le Et Resurrexit, le
B el hommage à la haute figure d’Ot-
mar Suitner (1922-2010), chef autri-
chien ayant essentiellement exercé en
note plus légère avec les chansons étu-
Prélude Scherzo & Passacaglia (1966- Allemagne (où il fut même titulaire de
diantes d’Adam Krieger, qui préfigurent
63) comportant des fugues), et à la la Staatskapelle de Dresde) mais resté
un certain Schubert. Quel chemin polyphonie, (La très sombre « Fantasy peu connu chez nous. On le retrouve à
relie les airs de Kaiser au Lied roman- on Es ist Genug » avec le violon inspiré la tête de la Staatskapelle de Berlin pour
tique ? Ecouté attentivement, ce disque de Chloé Hanslip). Les «  dialogues  » une 5e symphonie de Mahler tirée au
intelligent vous en donnera une idée. pour deux orgues intitulés « Martyrs », cordeau, sans sentimentalisme même
(Olivier Gutierrez) alternent climats fondus et déclama- dans le célèbre adagietto, mais d’une
Kenneth Leighton (1929-1988)
toires, évoquant l’univers suspendu et tenue exemplaire d‘un bout à l’autre. Il
Intégrale de l’œuvre pour orgue intériorisé de Jehan Alain. Quant à la accompagne le grand baryton Siegfried
Nicky Spence, ténor; Chloe Hanslip, violon; pièce pour ténor, « A song of renewal » Lorenz dans quatre lieder « militaires »
Stephen Farr, orgue; John Butt, orgue (1981) elle dépare par une surenchère du «  Knaben Wunderhorn  », ceux où
RES10178 • 3 CD Resonus expressive, portée par le timbre puis- la veine fantastique de Mahler s’exerce

Karłowicz laisse une œuvre restreinte Lithuanienne (1906) cite des chants
Sélection ClicMag ! qui, hormis une vingtaine de lieder, est populaires qui ont bercé l’enfance du
exclusivement consacrée à l’orchestre : compositeur. Entêtante et affligée, la
une symphonie, une sérénade, une mu- belle mélodie qui ouvre et clôt ce troi-
Joseph Haydn (1732-1809)
sique de scène, un concerto pour violon sième poème symphonique diffuse un
Sonates pour piano Hob XVI : 23, 25, 34,
et six poèmes symphoniques. A la dif- charme et une mélancolie qui tardent
37 et 40 (trans. pour accordéon)
férence de son compatriote et contem- à se dissiper. Avant-dernier poème, de
Viviane Chassot, accordéon
porain Szymanowski, résolument forme libre cette fois, Histoire Triste
GEN89162 • 1 CD Genuin avant-gardiste et moderniste, Karłowicz
(1908) décrit les tourments psycholo-
V oici une version éminemment ori-
ginale et rafraichissante de 5 des 6
sonates pour clavier Hob. XVI de Jo-
s’inscrit dans le courant postroman-
tique, développant un langage harmo-
nique original et une orchestration riche
giques d’un homme suicidaire  : pièce
expressionniste frôlant l’atonalité,
seph Haydn. En interprétant ces œuvres Mieczyslaw Karlowicz (1876-1909) et colorée qui le rapprochent de Mahler, elle use de sombres dissonances et
à l’accordéon, Viviane Chassot nous Concerto violon, op. 8; Triste histoire, op. Richard Strauss et Scriabine. Très atta- d’intenses contrastes de timbres pour
fait découvrir un monde complètement 13; Rhapsodie lituanienne, op. 11 chant, le Concerto pour violon (1902) décrire la lutte entre le désir de vivre et
nouveau. On ne pense pas spontané- Bartłomiej Nizioł, violon; Orchestre Philharmo- avoue une filiation avec ceux de Tchaï- l’idée fixe de la mort, jusqu’au coup de
nique de Szczecin; Lukasz Borowicz, direction feu fatal qui entraîne le malheureux vers
ment à Haydn ni à un compositeur clas- kovsky et Sibelius par son caractère
sique à la première écoute, tant le dé- DUX1377 • 1 CD DUX éminemment mélodique et son profond le néant. L’interprétation livrée par ce

D
paysement est total : illusion d’entendre isparu à 32 ans dans un accident de lyrisme slave. Empreinte de tristesse et casting 100 % polonais est magistrale
un orgue de foire dans les mouvements montagne, le Polonais Mieczysław de nostalgie, l’émouvante Rhapsodie et inspirée. (Alexis Brodsky)

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avec le plus de férocité, visions de cau- tique, élégante et enjouée, destinée aux contrôlées, au fini technique impec- d’un Bartok. Légèrement plus tardifs,
chemar de la vie de soldat où la mort amoureux de la Kammermusik vien- cable et qui n’ont pas à rougir d’une les Trios de Milhaud bornent exacte-
guette en permanence. Formidable noise. Le quatuor Lissy nous propose concurrence pourtant surabondante. ment sa période d’exil américain, mais
bonus aussi que les cinq Rückert lie- ici avec talent et brio un répertoire et un Sonorités ambrées et chaleureuses, l’équilibre et la lumière méditerranéens
der dont le sublime « Ich bin der Welt musicien à découvrir. (Emilio Brentani) parfait équilibre sonore des trois ins- sont toujours présents. Dans l’opus
abhanden gekommen  » accompagnés truments, conduite millimétrée des 274, démonstration de la finesse qu’a
cette fois par un autre grand chef ger- phrasés : pas une faute de goût ne vient atteint Milhaud dans la maîtrise de la
manique trop peu connu, Günter Herbig contrarier l’élégance de l’ensemble. Est- polyphonie, comme dans la délicieuse
; un bel album qui rappelle à nos oreilles ce «  classique  », pour autant  ? Pas si esquisse de la Sonatine à trois, le
une école de direction d’orchestre qu’on sûr, les interprètes tirant avec insistance Jacques Thibaud String Trio vient avec
associe trop peu à la musique de Mah- les premiers mouvements vers Brahms, bonheur enrichir une discographie hon-
ler. (Richard Wander) et le reste vers Schumann... pardon, teusement spartiate. (Yves Kerbiriou)
plutôt Fesca ! Au final une version tout
à fait recommandable pour ceux qui ne
connaîtraient pas les œuvres, et pour
Felix Mendelssohn (1809-1847) les autres une occasion de découvrir
un remarquable « jeune » ensemble, à
Sextuor pour piano, violon, 2 altos,
violoncelle et contrebasse / K. Penderecki :
suivre. (Olivier Eterradossi)
Sextuor pour clarinette, cor, trio à cordes
et piano
Solistes du festival de Spannungen [A. Pilsan,
piano; A. Reszniak, violon; E. Kufferath, violon; B.
Kang, violon; M. Meron, alto; G. Schwabe, violon-
Josef Mayseder (1789-1863) celle; G. Rivinius, violoncelle; E. Ruiz, contrebasse;
Wolfgang A. Mozart (1756-1791)
Variations concertantes pour suatuor avec J. Johnson, clarinette; M.-L. Neunecker, cor; D. Sonates pour violon en ré majeur, K.
piano, op. 24, 57, 63; Divertimento pour Dörken, piano] 306,376, 378 et 402; Six Variations sur
violon et piano, op. 35 l’Andantino « Hélas, j’ai perdu mon
AVI8553384 • 1 CD AVI Music amant », K. 360
Quatuor Lissy
GRAM99103 • 1 CD Gramola Ulf Schneider, violon; Stephan Imorde, piano
Darius Milhaud (1892-1974) AVI8553372 • 1 CD AVI Music
C ontemporain de Schubert et de
Paganini, Joseph Mayseder mène
à Vienne une carrière de violoniste vir-
Trio à cordes, op. 274; Sonatine en trio,
op. 221b / B. Martinu : Trios à cordes n° A rthur Schnabel disait : - « Mozart est
trop facile pour les enfants et trop
1 et 2 difficile pour les adultes ». Cela semble
tuose (membre adolescent du quatuor
Trio Jacques Thibaud [Burkhard Maiss, violon; se vérifier une fois encore avec cette
Schuppanzigh !), d’enseignant, de mu-
Hannah Strijbos, alto; Bogdan Jianu, violoncelle]
sicien dans les institutions musicales énième version de 4 des sonates pour
viennoises et de compositeur... proli- AUD97727 • 1 CD Audite violon du salzbourgeois. L’interpréta-

P
fique (900 œuvres connues). Figurent à etit frère du quatuor à cordes, le trio tion par trop « romantisante » tire ces
son catalogue 67 opus consacrés à la n’a jamais inspiré au même point les pièces vers Beethoven. Quelques beaux
Felix Mendelssohn (1809-1847)
musique de chambre. Le quatuor Lissy compositeurs. Ce qui n’a pas empêché, moments toutefois comme l’andante
Trios pour piano n° 1 et 2 de la K376 ou encore l’allegro initial
nous en offre un premier volume (d’une dans la période 1920/1950, nombre
Trio Fournier de K378. Il est difficile aujourd’hui de
intégrale ?). Les trois variations concer- d’entre eux, et non des moindres, de s’y
tantes choisies, composées entre 1820 RES10161 • 1 CD Resonus intéresser. Mais outre Hindemith, seuls passer après les baroqueux qui ont

L
et 1849, permettent d’apprécier, passée a forme, rien que la forme et pour Milhaud et Martinu, associés sur le pré- dépoussiéré, rénové l’écoute de ces
la démonstration virtuose, la recherche elle-même  : Mendelssohn était-il sent enregistrement dans un saisissant pièces, notamment en jouant sur ins-
de l’équilibre de la formule du quatuor vraiment, selon les termes repris par contraste, ont commis deux fois l’irré- truments de l’époque de Mozart (ou
avec piano. Aux cordes effervescentes Romain Goldron, un «  maniériste  » parable. Les Viennois, tout comme les des copies). (Nota  : pour mesurer cet
qui dominent l’opus 24 répond la pré- contemporain des peintres nazaréens Françaix, Roussel, Florent Schmitt ou apport, se rapprocher de la version
sence pianistique impérieuse de l’opus allemands et le champion du «  classi- Franck Martin ne s’y sont, eux, risqués Devos/Kuijken, chez Accent en 1992 ou
57. Cette maîtrise de la forme, nous la cisme lyrique » ? Le trio Fournier éva- qu’à une seule reprise. Le premier Trio l’agogique est omniprésente). Ici, nos 2
retrouvons, dans « Souvenir à Baden » cue d’emblée le maniérisme. Évitant les à cordes de Martinu date de son arrivée musiciens ne semblent pas s’être ren-
opus 63, composée en 1849, servant alanguissements romantiques de Ma, à Paris, début d’une période existentiel- contrés  ! Comme s’ils avaient voyagé
d’écrin à l’épanouissement mélodique Ax et Perlman, les simagrées de Mutter lement difficile pour un compositeur cote à cote et non pas « de concert ».
des six variations dont un émouvant avec Prévin et Harrell, les embardées du encore un peu « chien fou » et dont les Le pianiste parait toutefois plus investi.
adagio. Un petit maître, diront certains ! Nash Ensemble ou les articulations ex- racines tchèques font plus qu’affleurer. On ne sait ce qui a prévalu au choix de
Pas de gravité Beethovenienne ici ! Ac- trêmes de Suk, Starker et Buchbinder, il Dans le second, Martinu, qui a retenu ces 4 sonates de périodes différentes
cueillons néanmoins, avec plaisir, une nous offre de ces deux incontournables les leçons de Roussel, a acquis une (1778, 1779, 1781 1782,) si ce n’est la
musique heureuse, d’esprit aristocra- du répertoire pour trio des versions très maestria technique qui le rapproche tonalité « majeure » ! ! Prise de son plu-
tôt lointaine, manquant de détails, tout
semble « arrondi » et une stéréo quasi
de l’intégrale des Sonates pour violon et de son violon absolument libre prend de absente. (Daniel Missire)
Sélection ClicMag ! piano (à moins que ce ne soit l’inverse) fait la suite de ce pionnier, assumant ce
de Mozart, Cédric Tiberghien et Alina que l’on sait depuis des œuvres elles
Ibragimova nous emmènent dans la même, de leurs contextes, de l’usage
part enchantée de ce jardin de musique du violon, de ce que Mozart y entendait.
qui a aussi ses instants de rêve : écou- Sur cette cantatrice qui n’hésite pas à
tez seulement le chant quasi d’opéra se délurer Cédric Tibeghien trisse son
qui s’élève aux premières mesures piano, orchestre et galerie de person-
de la Sonate K303. Qui donc attend la nages à la fois. Quelle fête jusque dans
Comtesse ? Tiens voila justement Ché- les aventures mélodiques de la Sonate
rubin  ! C’est bien le coup de génie de K403 que Stadler compléta ! Mais pour
ce duo, renverser la table, faire sortir le coup de génie de la Sonate en si bé- Johann Pachelbel (1653-1706)
Wolfgang A. Mozart (1756-1791) cet ensemble génial des conventions, mol majeur (K 378), ce grand concerto
Sonates pour violon, K 8, 13, 26, 303, 377 Fantaisie, P 124; Aria prima et Variations,
du « discours de sonate » qui si long- à deux solistes ou aucun ne le cède à P 193; O Lamm Gottes unschuldig, P 393;
et 378; Variations « Hélas, j’ai perdu mon temps les aura tenu seulement dans l’autre, vraiment ils sont si prescients
amant », K 360 Toccatas, P 454 et 468; Was Gott tut, das
le sublime. Déjà Szymon Goldberg des émotions, si parfaits dans le jeu ist wohlgetan, P 379; Ricercar; Nun lob
Alina Ibragimova, violon; Cédric Tiberghien, piano
avec Lili Kraus puis avec Radu Lupu, qu’ils dament même le pion à Szymon mein Seel den Herren, P 47; Suite, P 436;
CDA68164 • 2 CD Hyperion secouait cet illusion, tellement bercé Golberg et à Radu Lupu. Ces disques Fugue, P 151; Chaconne, P 42

E n ouvrant avec les pirouettes de la d’opéra lui-même. Alina Ibragimova, de là ne vont pas me quitter de l’été. Márton Borsányi, clavecin, orgue
Sonate K 377 leur nouveau volume son archet historiquement informé mais (Jean-Charles Hoffelé) KL1519 • 1 CD Klanglogo

8  ClicMag septembre 2017  www.clicmusique.com


prétendants furent nombreux, Emile passer sur la pompe épuisante de la
Sélection ClicMag ! Mynarski tenta l’expérience mais aban- première scène, vide de musique et
donna rapidement, finalement Feliks pleine de bruit où les musicographes se
Nowowiejski emporta la palme. Orato- plaisent à souligner des citations de la
rio ou Opéra  ? Il esquissa son projet Symphonie Résurrection de Mahler que
lors d’un séjour Romain en 1903 mais je n’ai pas aperçues, et aller directement
devant la complexité du matériau dra- au cœur de l’œuvre – roman ou orato-
matique de Sienkiewicz et son ton para- rio d’ailleurs – la vision christique de
bolique la forme de l’oratorio s’imposa : Saint Pierre sur la Via Appia alors qu’il
Ignacy Jan Paderewski (1860-1941) Nowowiejski, alors encore élève de Max fuit Rome, seul moment où la musique
Série de morceaux op. 16; Concertos Bruch qui n’en fut pas avare, dominait
peu inspirée de Nowowiejski trouve
piano, op. 14 et 17; Tatra Album, op. 12; les arcanes du genre. Le succès fut
Felix Nowowiejski (1877-1946) une illumination. Fidèle à l’original en
Suite pour cordes; Scènes romantiques, immédiat dés la création au Concertge-
op. 10; Fantaisie polonaise, op. 19; Chants langue allemande, dirigé par Piotr Sul-
« Quo Vadis », op. 30, Scènes dramatiques bouw d’ Amsterdam en 1909, l’œuvre
du voyageur, op. 8; Danses polonaises, kowski et magnifiquement capté par les
Aleksandra Kurzak, soprano; Artur Rucinski, dans sa version originale en allemand
op. 5 et 9; Symphonie, op. 24; Sonate baryton; Sebastian Szumski, baryton; Rafał Siwek, – celle en fait pratiquée par le composi- ingénieurs de Dux, cette version va plus
violon et piano, op. 13; 4 mélodies pour basse; Arkadiusz Bialic, orgue; Chœur de chambre loin dans les bons cotés de l’œuvre et
voix et piano, op. 7; Lily of the valley, op.
teur dès son enfance, sa langue mater-
Górecki; Włodzmierz Siedlkik, direction; Orchestre nelle, s’il parlait couramment polonais il dispose d’un trio de solistes supérieur :
7; Six mélodies pour voix et piano, op. 18; Philharmonique de Olsztyn; Orchestre Sympho-
Manru, drame lyrique en trois actes ne pourra jamais l’écrire – connut une la Ligie d’Aleksandra Kurzak, surtout
nique Felix Nowowiejski; Piotr Sułkowski, direction le sombre baryton d’Artur Rucinski
Paweł Skałuba, ténro; Janusz Ratajczak, ténor; large diffusion, pas moins de 150 exé-
Wioletta Chodowicz, soprano; Waldemar Malicki, DUX1327/28 • 2 CD DUX cutions dans toute l’Europe mais aussi magnifique dans la scène de la Via

L
piano; Tamara Granat, piano; Kevin Kenner, piano; e roman de Sienkiewicz sur les chré- en Amérique : la création new yorkaise Appia. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle
Marek Mizera, piano; Elzbieta Guzek, piano; tiens de Rome au temps de Néron fit grand bruit. Toute cette gloire dispa- parution surclasse aisément l’ancien
Mariusz Rutkowski, piano; Konstanty Andrzej devait être porté en musique, son suc- rut avec la seconde guerre mondiale. enregistrement de Robert Satanowski.
Kulka, violon; Orchestre de chambre Paderewski;
Jerzy Dybał, direction; Orchestre Philharmonique
cès international le commandait. Les Et voici que cette version parait. Il faut (Jean-Charles Hoffelé)
de l’Opéra Podlaska; Marcin Nałecz-Niesiołowski,
direction; Orchestre Philharmonique de Silésie;
Mirosław Jacek Błaszczyk, direction; Orchestre reux débute par trois « Ritornelli » pour au fond du clavier qui prend le temps publiant les premiers livres de musique
Symphonique de l’Académie de Musique de deux violons et un violoncelle, en fait de chanter et s’éloigne des pures exhi- pour luth de l’histoire. Eminent spécia-
Cracovie; Wojciech Czepiel, direction; Choeur, des danses endiablées et espiègles à la bitions virtuoses. Mais la pièce de résis- liste de la période renaissance, après
ballet et Orchestre de l’Opéra Nova de Bydgoszcz; saveur de carnaval, sorte de résurgence tance de cet enregistrement est une des enregistrements de Kapsberger et
Maciej Figas, direction des innombrables Ländler, Danses transcription pour piano seul (signée Dall’Aquila (ClicMag n°46), le luthiste
DUX1300/01 • 2 CD DUX allemandes et autres Redoutentanzen par la Hinrichs) du célèbre Stabat Mater italien, Sandro Volta, continue sa re-
écrites, entre autres, par Haydn, Mozart de Pergolèse. L’œuvre s’ouvre par une montée dans le temps et, s’appuyant
et Beethoven à la génération précédente. plainte émouvante où les deux sopra- sur les écrits de Petrucci, présente les
La « Sonate Concertante » qui suit éta- nos enchaînent les dissonances comme toutes premières compositions pour
blit effectivement un dialogue entre les des pleurs irrépressibles. De ce tableau luth. Volta les joue dans l’ordre de pa-
deux instruments, mais la suprématie baroque prétexte à peindre les larmes rution, ainsi les complexes Recercare
du violon y est, de manière prévisible, d’une mère ne reste dans la version (recherches) de Spinacino en 1507,
très nette; cette caractéristique de la pour piano qu’un dessin, une épure. Elle puis les œuvres de Dalza (1508) et les
musique pour violon et guitare de Paga- garde de la version originale les lignes Recercare de Bossinensis en 1509. Si
nini est moins flagrante dans les Varia- vocales et l’harmonie en laissant de côté les Recercare sont des pièces d’études,
tions sur la Prière du Moïse de Rossini, non seulement les figures d’accompa- ancêtres de la fugue, le livre IV de Dalza
Niccolo Paganini (1782-1840) mais davantage dans le Moto Perpetuo gnement aux cordes mais également la est un réel programme de danse avec
et le Cantabile qui mettent en œuvre violence du texte original. On y goûte pavanes et saltarello, pièces décrivant
3 ritournelles pour 2 violons et contre-
basse; Sonate concertante pour violon la même formation. Après ces petites l’intelligence de l’usage des ornements les ambiances musicales des salons
et guitare, op. 61; Preghiera del Mosè; pièces pétillantes (mais qui requièrent ainsi qu’une une impressionnante fugue vénitiens de l’époque. Les Recercare
Moto perpetuo, op. 11; Cantabile, op. 17; un violoniste chevronné), une série de (Fac ut ardeat cor meum). La pianiste écrits par Bossinensis, terminant le
Préludes pour violon seul n° 1-6 6 petits préludes pour violon seul, au met à jour des parentés avec Scarlatti disque, sont davantage des préludes à
Roberto Noferini, violon; Anna Noferini, violon; caractère didactique prononcé, viennent (parties lentes et mélodiques : mouve- des pièces vocales, d’où leur brièveté.
Andrea Noferini, violoncelle; Giulio Tampalini, clore cette pittoresque série de petits ments 3 et 5) ou Vivaldi (Largo mou- Le méritoire et considérable travail de
guitare recherche de Sandro Volta permet de
joyaux paganiniens savoureux, auquels vement 12). Une entreprise originale,
BRIL95031 • 1 CD Brilliant Classics les interprètes apportent couleur et pé- mais qui garde à distance la douleur de nous faire découvrir, par son interpréta-

P aganini, lors d’une formation musi- tulance. (Jean-Michel Babin-Goasdoué) la partition originale. (Thomas Herreng) tion maîtrisée, les premières pièces qui
cale très décousue, dont la figure feront du luth l’instrument phare de la
principale fut Alessandro Rolla (1757- renaissance. (Philippe Zanoly)
1841) à Parme, se dégagea très tôt de
toute influence stylistique pour créer
son langage personnel si reconnais-
sable. Quelques leçons avec le violon-
celliste Gaspare Ghiretti (1747-1797),
et avec Ferdinando Paër (1771-1839)
ne semblent pas avoir laissé davan-
tage de traces… C’est toutefois de
Rolla qu’il acquit la brillante technique Giovanni B. Pergolesi (1710-1736) Ottaviano Petrucci (1466-1539)
du violon (ainsi que de l’alto et de la
Stabat Mater (arr. pour piano) / D. Scar- F. Spinacino : Recueil pour luth, 1er livre /
guitare), qui devait le rendre si célèbre Werner Pirchner (1940-2001)
latti : Sonates pour piano, K 9, 64, 159, J.A. Dalza : Recueil pour luth, 4ème livre /
plus tard lors de tournées de concerts 380, 551 Trios pour piano n° 1-3
F. Bossinensis : Recueil pour luth « Tenori
qui défrayaient la chronique dans toute Marie-Luise Hinrichs, piano e contrabassi » Trio Eggner
l’Europe, chacune de ses apparitions Sandro Volta, luth de la renaissance
étant un véritable événement, y compris CPO555103 • 1 CD CPO GRAM99121 • 1 CD Gramola

L
BRIL95262 • 1 CD Brilliant Classics
pour d’autres compositeurs célèbres,
tel que Rossini, Schubert et Liszt. A
côté des fameux et spectaculaires
a pianiste allemande Marie-Luise
Hinrichs s’est fait connaître grâce à
deux disques consacrés aux trop rares P rofitant des nouveaux développe-
ments de l’imprimerie musicale en
W erner Pirchner mena une carrière
de vibraphoniste et claviériste
de jazz, se produisant entre autres
concertos (et de la Sonata per la Gran Sonates de Martin Soler. Remontant Allemagne, Ottaviano Petrucci a été le à Montreux, avant de se consacrer
Viola), le Génois écrivit tout au long de dans la chronologie, elle choisit au- premier à imprimer opportunément entièrement à la composition dans
sa vie de petites pièces pour violon et jourd’hui quelques Sonates de Scarlatti un recueil de musique polyphonique à les quinze dernières années de sa vie.
guitare, guitare seule, ou autres petits qui bénéficient des mêmes qualités : le Venise (1501). Précurseur avisé, il va Il se fit connaître dans son Autriche
ensembles. Cet enregistrement savou- soin apporté aux nuances, un jeu bien s’intéresser aux tablatures pour luth, natale avec la réalisation du jingle des

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Alphabétique
retransmissions culturelles radiopho- Chœur d’hommes de la Cathédrale de Smolny; réussite de cette lecture radicale du chef Giulani, cor anglais; Solistes de la Schola Can-
niques. L’intégralité de ces trios pour Orchestre Symphonique Académique d’État de d’œuvre ravélien repose sur un équilibre torum « Paolo Gugliemetti »; Giuseppe Monari,
piano, connue sous le nom de « Trilogie Saint-Pétersbourg; Alexander Titov, direction toujours juste entre les musiciens ainsi orgue
de la vie difficile », est proposée ici en NFPMA9977 • 1 CD Northern Flowers qu’une compréhension parfaite de la TC921980 • 3 CD Tactus

L L
première mondiale. Chaque opus porte a première symphonie de Gavril logique du discours. Ce jeune trio à la e label Tactus propose, en première
un titre qui questionne le rapport de Popov impressionnait par son mo- carrière déjà bien lancée sait varier sa mondiale et 3CD, les oeuvres sacrées
l’homme au temps, au sens, à sa patrie dernisme furieux et laissait deviner un sonorité en fonction des épisodes, tour de Pellegrino Santucci. Ce personnage
d’origine et se distingue par un climat génie capable de rivaliser avec celui à tour charmeurs, mystérieux ou bril- singulier, admirateur de Mussolini pour
particulier (assez rythmé et dansant de Chostachovitch. Mais l‘évolution du lants mais toujours passionnants. (Tho- le côté sombre, entre dans l’Ordre des
puis sombre puis répétitif autour d’un compositeur, sa soumission aux diktats mas Herreng) Serviteurs de Marie à 12 ans après des
thème central). La musique est facile du réalisme soviétique comme son al- études de théologie à Rome. Ordonné
d’accès combinant une partie très jazzy coolisme allaient en décider autrement. prêtre, il entre à 24 ans au Conservatoire
au piano avec une ligne violon-violon- Sa 2° symphonie «  mère patrie  » de Rossini de Pesaro et devient ensuite
celle de facture classique, sobre, assez 1943 revient aux canons du post-ro- directeur du Chœur de l’Archevêché de
populaire. Les frères Eggner ont eu de mantisme et aux accents folkloristes Santa Maria de Bologne. Compositeur
multiples occasions de présenter ces recommandés par le régime. Et la suite prolifique, il produit un grand nombre
œuvres en concert avant de procé- tirée d’une musique de film comme de pièces essentiellement sacrées et
der à leur enregistrement. Cela donne l’incroyable «  Campagne de la cavale- liturgiques où l’Orgue soliste sert de
une maîtrise, une substance et une rie rouge  » pour chœur d’hommes et centre de gravité à l’apport de chœurs
cohérence à une musique qu’on ne orchestre montrent quel pompiérisme et d’instruments aussi divers que trom-
peut pas qualifier de majeure. Livret ronflant plaisait aux hiérarques commu- Vadim Salmanov (1912-1978) pette, flûte ou violon. Son œuvre, axée
en Anglais et Allemand uniquement. nistes soucieux d’exalter la fibre patrio- sur son amour pour la Sainte Vierge,
Quatuors à cordes n° 4-6
(Thierry Jacques Collet) tique durant la deuxième guerre mon- oscille entre les grandes traditions du
Quatuor Taneiev
diale. Alexander Titov et ses troupes passé, où les influences des chants
jouent avec conviction ces grosses NFPMA99109 • 1 CD Northern Flowers grégoriens et Bach sont sous-jacentes,

S
machines soviétiques, sans parvenir a mère était une von Fricken (comme et un modernisme «  new-age  » pas
(à l’impossible nul n’est tenu  !) à leur la première fiancée de Schumann !) ; toujours de bon aloi et parfois délirant
conférer une véritable épaisseur musi- son père ingénieur, un excellent pianiste comme l’énigmatique « Comète Kohou-
cale. C’est aussi l’intérêt de cette série ; et hydrogéologue de formation (aussi tek  » (CD3). Dommage que les pièces
consacrée aux œuvres de guerre que de mécanicien et passionné photographe), ne soient pas présentées dans l’ordre
faire connaître ces productions de com- il reçut l’illumination d’un récital d’Emil chronologique pour comprendre l’évo-
mande, dont le fracas belliqueux devait Gilels. Nous y verrons trois raisons pour lution de ce compositeur atypique. Le
mobiliser les enthousiasmes contre une tardive carrière musicale (école dite CD1 est le plus esthétique, avec des
l’Allemagne nazie. Une curiosité mais de Léningrad). Toujours servi par les œuvres aériennes et épurées marquant
Leonid A. Polovinkin (1894-1949) le meilleur de Gavril Popov est bien à très sûrs, très stables Taneyev (ex qua- une évidente ferveur spirituelle, moins
Symphonie n° 9 cherche dans sa première symphonie, appuyée et parfois absente dans les
tuor de Leningrad, justement, n’ayant
Orchestre Symphonique Académique d’État de plus que dans ce disque à l’intérêt docu- deux autres disques. Guiseppe Moroni,
Saint-Pétersbourg; Alexander Titov, direction
changé qu’une fois de violoncelliste,
mentaire. (Richard Wander) sauf erreur), voilà vraiment un compo- à l’orgue, encadre avec force de talen-
NFPMA9994 • 1 CD Northern Flowers siteur indépendant, libre et finissant par tueux musiciens. (Philippe Zanoly)

A lexander Titov nous donnera-t-il


la première intégrale des sympho-
nies de l’improbable Léonid Polovin-
échapper, lui, au pseudo chostakovisme
(après une certaine influence aussi de
Prokofiev). Les 4ème et 5ème qua-
kin ? Voici en tout cas, après la 7e, sa tuors, assez dodécaphoniques, restent
9e, une vaste partition de 1944, d’une personnels, expressifs, subtils dans un
forme classique conforme aux canons goût parfait, ceci dit pour ceux qu’effa-
du régime, mais d’une réelle inspiration roucherait d’avance pareille étiquette.
mélodique, culminant dans un déli- Preuve d’un musicien authentique,
cieux andante «  Cantilena della ninna- sincère, que poussa hors de ses posi-
nanna », ravisante berceuse qui évoque Camille Saint-Saëns (1835-1921) tions bureaucratiques officielles (et du
les charmes mélodiques de Rimsky- Trio pour piano n° 2, op. 92 / M. Ravel : conservatoire) une camarilla de jeunes Federico Maria Sardelli (1963-)
Korsakov ou Glazounov. Ne serait-ce Trio pour piano, M 67 petits branleurs apparatchicks carrié- Suites de pièces pour le clavecin n° 1-3;
que pour ces huit minutes de grâce, Trio Fidelio ristes, qu’effarouchait son éloignement Chaconne composé à la mémoire immor-
cet album est à découvrir. Les amateurs RES10173 • 1 CD Resonus d’un conventionnalisme sagement, telle de l’incomparable M. Lully
de trésors méconnus sont comblés par prudemment soviétique. Ainsi, le der- Simone Stella, clavecin
cette série «  Northern Flowers  » tant
toute cette production de compositeurs C e disque propose un couplage inté-
ressant  : deux trios français com-
nier quatuor nous semble-t-il prendre
congé comme sur la pointe des pieds...
BRIL95488 • 1 CD Brilliant Classics

soviétiques durant la seconde guerre


mondiale comporte de richesses, à côté
posés à une vingtaine d’années d’écart
et que pourtant tout oppose. L’œuvre
de Saint-Saëns puise son inspiration
Sans commentaire, révérence et rideau.
Mais quelle époque flamboyante du
S ardelli est un Protée  : flûtiste vir-
tuose, chef d’un ensemble de
musique ancienne internationalement
des chefs d’œuvre désormais reconnus quatuor russe encore trop méconnue,
dans le romantisme, celui du pianisme reconnu, musicologue - responsable de
signés Prokofiev ou Chostachovitch. Et de Glazounov ou Taneïev jusqu’à Wein-
brillant de Mendelssohn (les arpèges la confection du catalogue des œuvres
Alexander Titov est le meilleur guide berg, Miaskovsky, Tischenko, Sheba-
du premier mouvement) et du charme de Vivaldi, il a exhumé des partitions
qu’on puisse imaginer dans ce style lin, Basner ou Tchaikovsky (Boris, pas
des Salons parisiens (Valse). Écrite de ce compositeur, reconstitué des
national et même local (car c’est Saint l’autre) ! (Gilles-Daniel Percet)
en 5 mouvements, elle développe une œuvres, publié sur lui des ouvrages
Pétersbourg le creuset de ces œuvres)
écriture riche et lyrique. Les trois musi- qui font autorité - il est aussi peintre,
bien spécifique. (Richard Wander)
ciens n’hésitent pas à rivaliser avec la satiriste, auteur de BD… Enfin, il com-
plénitude d’un orchestre au complet (en pose et ce Cd est le 3e enregistrement
particulier dans la réexposition fortissi- d’œuvres de sa « plume ». Ce « déca-
mo du premier mouvement ou le déve- lé » est en un sens l’exact contraire d’E.
loppement fugué du final). A l’inverse, Chojnacka  : alors que cette dernière a
Ravel livre une partition fondamentale- incité des contemporains à écrire pour
ment moderne et antiromantique. Les le clavecin des œuvres modernes, Sar-
musiciens l’ont bien compris, qui jouent delli compose à la manière du XVIIe
ce trio avec peu de vibrato (écoutez et du XVIIIe. Il pastiche sans intention
comment les épisodes lent du mou- Pellegrino Santucci (1921-2010) ironique. Méticuleusement. Et rend un
vement initial sonnent fantomatiques, Œuvres sacrées choisies pur hommage à la musique française :
Gavriil N. Popov (1904-1972) quasi sans expression, comme venus Daniela Nuzzoli, mezzo-soprano, violon; Raul Couperin, Rameau, Royer sont convo-
Symphonie n° 2; « The Turning Point », op. d’un autre monde). Ils refusent de Hernandez, ténor; Comaci Boschi, flûte; Antonio qués ici, à travers le genre le plus codé
44; « Red Cavalry Campaign » même tout lyrisme à la Passacaille. La Quero, trompette; Agatha Bodeci, harpe; Giuliano qui soit - la suite. Il n’y a, au dire du

10  ClicMag septembre 2017  www.clicmusique.com


eût été bien gardé chez le mélomane de Schoenberg donne une forme musi- Florian Boesch, baryton; Roger Vignoles, piano
Sélection ClicMag ! classe moyenne qui, comme quand on cale concrète à sa nouvelle méthode CDA68197 • 1 CD Hyperion
veut augmenter les impôts, représente de composition. Les premiers indices
à peu près tout le monde discophage.
Hongrois devenu britannique (toujours
manifestes de l’utilisation de techniques
sérielles se repèrent dans Variationen
S ’attaquer à l’Himalaya des « Winter-
reise  » nécessite un solide savoir-
faire et une prétention à la rénovation
et encore, la montée du nazisme...), ce et Sonett Nr. 217 von Petrarca, deux
compositeur, fils d’une pianiste, étudia des sept mouvements d’une pièce à la tant la discographie est abondante et
avec Kodaly et, son superbe sextette genèse compliquée, lors de l’écriture les références établies. Deux spécia-
ici présent n’ayant pas été primé par de laquelle l’homme affûte progressive- listes du genre relèvent le défi. Roger
un jury, personne de moins que Bartok ment une pensée qui demande encore Vignoles, ex-disciple de Gerald Moore,
lui fit l’honneur d’en démissionner  ! à mûrir mais s’oppose toujours aux est un accompagnateur recherché (il fut
Plus tard, il fricota aussi avec le jazz, généralisations obligées du confor- celui d’Elisabeth Söderström). Florian
Mátyás Seiber (1905-1960) d’où sans doute parfois son esprit un misme. Avec la Valse (1921) des Cinq Boesch s’est fait spécialiste des Lieder
« Divertimento », pour clarinette et quatuor tantinet cabaret, mais dans le sens le Pièces pour Piano (op. 23, 1920-1923), de Schubert et fut listé en 2015 comme
à cordes; « Andante Pastorale », pour plus noble, celui d’une grande préci- ce Sonnet est un des rares exemples de finaliste des Grammy Awards pour
clarinette et piano; 3 Mélodies « Etoile sion d’écriture. Car de toute façon, on structures dodécaphoniques (ici consa- sa «  Belle Meunière  » avant d’entrer
du matin », pour soprano et clarinette; aura rarement entendu compositions crées exclusivement au baryton) primi- sur les plus grandes scènes d’opéra
Introduction et Allegro pour clarinette, instrumentalement (clarinette ou bas- tives, rudimentaires - et donc non com-
violoncelle et piano; « The Owl and the
dans les rôles mozartiens ou celui de
son, cordes, piano, voix soprano...) si pliquées, fait peu fréquent dans l’œuvre « Wozzeck ». Cette paire émérite nous
Pussycat », pour soprano, violon et guitare;
parfaitement ajustées dans une certaine de Schoenberg. De son propre avis - je donne une version très intimiste, à l’op-
« More Nonsense », pour soprano, clari-
filiation avec la seconde école de Vienne le partage -, les Variations constituent
nette, clarinette basse, violon et guitare; posé du sommet habité et indétrônable
Sérénade pour sextuor à vents (plutôt tendance Alban Berg, allez au le meilleur mouvement de Sérénade, où
Goerne/Eschenbach, assez éloignée
Sarah Maria Sun, soprano; Kilian Herold, clari- récitatif du splendide Divertimento). En il exploite déjà pleinement les qualités
structurelles de la série  : forme origi- de l’approche narrative d’un Fischer-
nette; Ensemble instrumental tout cas, ne vous laissez pas possible-
ment arrêter, devant cet enregistrement nale, rétrograde, contraire ou contraire- Dieskau avec Moore ou Baremboim.
AVI8553370 • 1 CD AVI Music S’appuyant sur un piano délicat mis de
aux interprètes allemands absolument rétrograde. Remastering de l’édition

C omme diraient Dupond et Dupont


à Tintin descendu à l’hôtel Bristol
sur les traces du caudillo le très agité
souverains, par une pochette qui déso-
pile, et un prétendu et même soi-disant
vinyle de de 1963, l’enregistrement a
été réalisé sous la direction de Pierre
façon surprenante souvent en avant,
le baryton autrichien joue de multiples
nuances entre le quasi-murmure de
« nonsense » qui vient simplement du Boulez. (Bernard Vincken)
général Alcazar  : si vous comptez sur titre d’une œuvre composée de cari- « Gute Nacht », le chant triomphant du
nous pour vous révéler qu’il s’agit d’une catures musicales. Bref, amateurs de «  Lindenbaum  » ou l’effroi intériorisé
remarquable musique, vous vous trom- musique de chambre à souffleurs and du «  Wegweiser  ». Une approche très
pez lourdement. Car effectivement, et Co, ne manquez pas cette musique personnelle, assez enthousiasmante,
je dirai même plus, c’est une musique d’une originalité aussi belle que plutôt donnant la priorité à une douceur inha-
remarquable, encore que le secret en exceptionnelle ! (Gilles-Daniel Percet) bituelle dans un cycle aux textes plutôt
désespérés et qui saura convaincre par
compositeur, rien de réactionnaire dans son esthétique particulière et sa qualité
intrinsèque. (Thierry Jacques Collet)
ce parti pris. L’enthousiasme, le métier,
et une quasi-identification aux modèles Franz Schubert (1797-1828)
semblent les seuls ressorts de l’écri- 4 impromptus, op. 90, D 899; 3 pour piano,
D 946; Grande Valse, D 924
ture. Cette musique est interprétée avec Ammiel Bushakevitz, piano
énergie, conviction et talent par Simone HC16094 • 1 CD Hänssler Classic
Stella, sur un instrument toutefois un
peu ingrat et lassant. L’on peut prendre
Arnold Schoenberg (1874-1951)
Sérénade, op. 24
à ces pages le même plaisir qu’à des
Louis-Jacques Rondeleux, basse; Guy Deplus,
œuvres d’époque et oublier qu’elles clarinette; Louis Montaigne, clarinette basse; Paul Heinrich Schütz (1585-1672)
Grund, mandoline; Paul Stingl, guitare; Luben
sont d’ « aujourd’hui ». On peut aussi - Recueil de Psaumes
Yordanoff, violon; Serge Collot, alto; Jean Huchot,
Thomas Friedlaender, trompette; Margret
et j’inclinerais plutôt dans ce sens - leur violoncelle; Pierre Boulez, direction
Baumgartl, violon; Matthias Müller, alto; Michaela
trouver un côté trop insistant, répétitif, WER6780 • 1 CD Wergo Hasselt, orgue; Stefan Maazz, théorbe; Chœur de

C
un peu appliqué et systématique et res- ’est avec cette Sérénade, écrite de Chambre de Dresde; Hans-Christoph Rademann,
1920 à 1923 - dans un élan commun Franz Schubert (1797-1828) direction; Ludger Rémy, direction
ter sceptique quant à l’apport qu’elles
à ses œuvres op. 23 à op. 26 - qu’Arnold Winterreise, D 911 (Le voyage d’hiver) CAR83016 • 1 CD Carus
représentent pour le «  patrimoine  »
musical. (Bertrand Abraham)
Sélection ClicMag ! M usique pour les cathédrales, l’œuvre
de Sheppard est aussi et surtout
une cathédrale de musique d’une rare
ornement plus loin, par endroits (Nunc
Dimittis du « Media Vita » par exemple).
Ou alterne avec elle  par contrastes
et audacieuse perfection architecturale. subtils  : plain-chant et polyphonie se
Ayant vécu sous le règne d’Henri VIII trouvent alors sans cesse magnifiés
et celui de Marie Tudor, le compositeur l’un par l’autre (Gaude, gaude…) Har-
connut les «  basculements  » succes- diesses harmoniques, oppositions entre
sifs entre religion catholique et religion grave et aigu, imitations et répétitions,
anglicane. Son œuvre religieuse se par- dédoublement des registres, médita-
tage donc entre l’anglais et le latin. Les tion et exultation se fondent en une
pièces réunies ici appartiennent à cette contexture dont le déploiement placide
deuxième catégorie. Sheppard construit et régulier fascine et envoûte. L’inter-
Domenico Scarlatti (1685-1757) et projette d’amples arches sonores, prétation que donne de ces pages le
John Sheppard (1515-1558) à la fois denses et diaphanes, très Westminster Cathedral Choir est d’une
Sonates pour piano, K 1, 11, 19, 32, 87,
Media vita; Gaude, gaude, gaude Maria; mobiles et extatiques, dans lesquelles fluidité, d’une clarté, d’une lisibilité
200, 208, 213, 239, 322, 365, 377, 426, Gloria Patri et Filio; Messe Cantate le plain-chant, enfoui dans la trame de et d’une évidence proprement splen-
449 la polyphonie (à six voix), ne cesse de dides. Une preuve de plus (s’il en est
Chœur de la Cathédrale de Westminster; Martin
nourrir et de modeler secrètement celle- encore besoin) des incroyables capa-
Katia Braunschweiler, piano Baker, direction
ci, à la façon d’une source souterraine. cités des chœurs anglais. Magnifique.
GEN17477 • 1 CD Genuin CDA68187 • 1 CD Hyperion Laquelle rejaillit, resurgit, pure et sans (Bertrand Abraham)

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Alphabétique
attendent toujours une gravure inté- contraire absolu de la sonate classique,
Sélection ClicMag ! grale, merveilles de poésie et de fantai- plus proche des sonates narratives
sie très exactement situées entre Weber chères à Dussek à Vorisek ou à Koze-
et Schubert et dont Rudolf Firkusny luch, mais avec une écriture pianistique
aimait à parsemer ses récitals. Mais rien plus achevée, quelque chose de cet
de ses sept Sonates dont Petra Matejo- entre Weber et Schubert qui pointaient
va offre ici trois en première mondiale. déjà dans les Eglogues mais s’avoue à
L’invention du tchèque s’y révèle aussi plein dans les espaces assez dévelop-
piquante qu’en ces pièces brèves, la pés de ces trois opus. Petra Matejova
Igor Stravinski (1882-1971) maitrise de la forme en plus, les atmos- les joue avec aplomb et poésie sur un
« Petrushka » et « The Rite of Spring »(ver- phères en sont prégnantes, quelques magnifique pianoforte de Robert Brown
sions pour duo de piano) allusions à Beethoven les mettent abso- inspiré par un instrument du facteur
Katya Apekisheva, piano; Charles Owen, piano Jan Vaclav Tomasek (1774-1850)
lument du coté du pianoforte moderne, viennois Jacob Bertsche, typique des
QTZ2117 • 1 CD Quartz Sonates pour piano-forte, op. 13, 14 et 26
l’art savant des variations, un discours instruments joués par les claviéristes
Petra Matejova, piano-forte

L es transcriptions des ballets russes harmonique complexe, volontiers no- bohémiens, faisant la découverte essen-
enregistrées ici sont de la plume SU4223 • 1 CD Supraphon vateur, partout le goût d’une certaine tielle. Puisse-t-elle demain nous offrir
même de Stravinsky. La version à deux
pianos du Sacre du Printemps (que le D u piano de Tomasek je ne connais-
sais jusqu’alors que les Eglogues,
dont les six cahiers groupant 42 pièces
vocalité qui s’exprime en de longues
phrases mélodiques ornées font comme
un théâtre des sentiments. C’est le
tous les Eglogues, les magnifiques Rap-
sodies, et les quatre autres Sonates  !
(Jean-Charles Hoffelé)
compositeur a joué avec Claude Debus-
sy) est bien connue. Sans l’habillage
orchestral, le piano fait ressortir les
par des scènes cinématographiques de téressante. Voici donc un bouquet d’ou-
répétitions incantatoires des Augures
guerre, mais Stravinski devait ensuite vertures tirées des opéras du premier
de Printemps, les accords polytonaux
revenir sur cette déclaration et dénier Wagner. Comme on pouvait s’en douter,
(Jeu de Rapt), les emprunts à l’impres-
à l’œuvre, proche du «  Sacre  » par c’est la splendeur sonore de la Staats-
sionnisme français du début de l’acte
son style et ses rythmes, toute inten- kapelle de Dresde, et en particulier ses
II. Les deux pianistes livrent une ver-
tion programmatique. Il faut se réjouir cuivres, qui fascinent en premier lieu,
sion brillante (quelles notes répétées
d’entendre ici une lecture dramatique à une époque où les orchestres étaient
dans la Danse de la Terre !), savourant
à souhait, exaltée, caractérisée comme encore reconnaissables d’un rapide
la puissance physique de l’écriture
souvent avec les orchestres de la Fédé- coup d’oreille. Mais le chef ne tire pas
(notamment les tourbillons de trilles
ration, par la raucité et la puissance tout le parti dramatique qu’il pourrait Opera Omnia Religiosa, vol. 2
des Tribus rivales) jusqu’au crescendo des pupitres de cuivres. Le complé- d’un si exceptionnel instrument. L’ou- Katarzyna Dondalska; Ewa Wolak; Paweł Pecuszok;
et l’effondrement final dans lequel ils ment de ce court programme, daté de verture du Vaisseau Fantôme passe Robert Kaczorowski; Ewa Rytel
maintiennent un tempo haletant. On sait la même période, vaut tant par le bref sans rien annoncer des affres du Hol- AP0343 • 1 CD Acte Préalable
que la première idée de Petrouchka était Scherzo à la Russe, témoin du soutien landais. Prises dans des tempos un peu

O
un concerto pour piano. L’arrangement intellectuel du compositeur à son pays n a très peu d’informations sur le
trop retenus, l’ouverture de Tannhäuser
pour piano à quatre mains montre un d’origine engagé dans la guerre, que compositeur polonais Otton Miec-
paraît trop sage, celle de Rienzi subit de
autre visage de l’œuvre, insistant sur par de superbes Danses Concertantes, zyslaw Zukowski sinon une seule source
surprenantes baisses de tension. Deux
la parenté avec le Sacre (rythmes irré- trop rarement enregistrées. Voilà qui préludes issus de Lohengrin concluent polonaise et non traduite que dévoile la
guliers, puissants accords). La célèbre apporte un éclairage différent à l’abon- ce disque. On se délecte des cordes de notice peu bavarde des deux volumes
danse russe sonne plus naturellement dante discographie du compositeur. la Staatskapelle dans le I, le III restant que publie le label Acte préalable. On
orchestrale que dans la version -acro- (Yves Kerbiriou) inratable. Un chef qui dut être adoré apprend qu’il est resté toute sa vie en
batique- à un seul piano. On admire la
des orchestres pour son solide métier,
variété des sonorités avec laquelle le Pologne, même s’il a fait ses études
mais quelle place pour cette antholo-
duo de pianiste traduit les différents épi- musicales probablement à Vienne.
gie face à Klemperer (monumental),
sodes du ballet (une mention particu- Pianiste et interprète, professeur de
ou Furtwängler (démiurgique). Du très
lière à la cadence de flûte, et aux basses polonais dans un collège, il continue à
beau son, mais hélas pas de théâtre.
inquiétantes de la Valse). Un éclairage
(Olivier Gutierrez) composer. Zukowski sacrifie sa carrière
remarquable et rafraîchissant de pièces
bien connues. (Thomas Herreng) musicale au profit d’un engagement
pour la liberté et l’indépendance de son
pays. Catholique fervent, il a consacré
son œuvre à la musique sacrée, essen-
Gaetano Valeri (1760-1822) tiellement des pages chorales. Cette
Intégrale de l’œuvre pour orgue
thématique de la foi et du patriotisme
Paolo Bottini, orgue
baigne toutes ces pièces (la plupart
BRIL95559 • 3 CD Brilliant Classics
sont des motets et chansons) compo-
sées pour divers effectifs a cappella  :
Eugène Ysaÿe (1858-1931) solistes, choeur d’hommes, de femmes,
Sonate pour violon seul n° 1-6, op. 27 choeurs mixtes accompagnés d’un
Igor Stravinski (1882-1971)
Jae-hong Yim, violon orgue. Une messe baptisée «  Messe
Symphonie en 3 mouvements; Scherzo à la
Russe; Danses concertantes DUX1226 • 1 CD DUX Polonaise  » fait intervenir le choeur et
Orchestre Symphonique Académique d’État de un ténor solo. Les mélodies au style
Saint-Pétersbourg; Alexander Titov, direction homophonique sont pour certaines
NFPMA9995 • 1 CD Northern Flowers issus du folklore, d’autres évoquent

C onsacré à Igor Stravinski, cet enre- l’opéra, un geste lyrique hélas soutenu
Richard Wagner (1813-1883) seulement par un orgue domestique un
gistrement fait figure d’exception
dans la passionnante collection « War- Ouvertures « Le Vaisseau Fantôme » et peu rustaud. Tous les textes honorent la
« Tannhäuser »; Préludes « Lohengrin »
time Music  » que Northern Flowers grandeur et la bonté divines (Vol.1) et
Staatskapelle Dresden; Hiroshi Wakasugi, direction
consacre aux compositeurs sovié- Marie (Vol.2). Quant aux voix, le ténor
tiques. Ceci n’enlève rien à l’intérêt d’un 0300923BC • 1 CD Berlin Classics
et le baryton pêchent gravement par
album dont l’un des mérites est de nous
offrir l’une des rares versions véritable-
ment russes de la Symphonie en Trois
T rès actif à la tête des orchestres alle-
mands de 1980 au milieu des années
90, le chef japonais Hiroshi Wakasugi
Otton M. Zukowski (1867-1942)
Opera Omnia Religiosa, vol. 1
leur instabilité mais la soprano est bien
meilleure (projection et timbre aériens).
Mouvements. Créée en 1946 avec le n’a pourtant pas engrangé une disco- Katarzyna Dondalska; Ewa Marciniec; Piotr A défaut d’être une révélation, cet Opéra
compositeur au pupitre du New-York graphie très étendue, ce qui rend cette Kusiewicz; Robert Kaczorowski; Art’n’Voices Omnia Religiosa est une heureuse dé-
Philharmonic, elle lui aurait été inspirée réédition Berlin Classic d’autant plus in- AP0288 • 1 CD Acte Préalable couverte. (Jérôme Angouillant)

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Récitals

L es paysages, images et tableaux


réunis dans ce programme sont
Stephen Farr, orgue Taylor & Boody du Sidney
Sussex College de Cambridge; The Gentlemen
Choir of Sidney Sussex College; David Skinner
autant de visions, impressions, évoca-
tions. L’interprète se fait poète, peintre, RES10143 • 1 CD Resonus
sculpteur de sons, rêveur sensible et
éveillé dans Liszt et Debussy - puis tout
ensemble conteur et acteur aux mille
visages dans Moussorgski. Si l’inten-
Berceuses pour piano tion première des trois compositeurs Harpsichorduo
A. Batagov : Berceuse « Breathin in- semble descriptive dans les Jeux d’eau J.S. Bach : Concerto pour 2 clavecins, BWV
Breathing out » / F. Chopin : Berceuse, à la Villa d’Este, les Images et Tableaux, 1061 / W.F. Bach : Sonate pour 2 clavecins,
op. 57 / C. Debussy : Jimbo’s Lullaby / L. le projet esthétique dépasse évidem- F. 10 / W.A. Mozart : Sonate pour 2 clave-
Desyatnikov : Berceuse « Moscow » / F. cins, KV 448/375a
ment la simple imitation ou retrans-
Liszt : Wiegenlied, S 198 / O. Respighi : Elzbieta Stefanska, clavecin; Mariko Kato, clavecin
cription sonore d’un paysage ou d’une Musique italienne pour violon-
Notturno / R. Schumann : Schlummerlied, DUX1337 • 1 CD DUX
op. 124 n° 16 / D. Chostakovitch : Berceuse scène. Il s’agit pour le compositeur de celle et théorbe
de la Suite de ballet n° 3 / V. Silvestrov :
Berceuse; Benedictus / P.I. Tchaikovski :
sublimer l’impression ressentie et pour
l’interprète de l’incarner dans toute
L e disque s’ouvre sur une étonnante
version du concerto BWV 1061 sans
ses cordes... La notice confirme pour-
G.B. degli Antoni : Ricercatas, op. 1 n° 2 et
11 / G.B. Vitali : Toccata; Ruggiero; Berga-
masque; Chaconne / D. Gabrielli : Sonate;
Berceuse, op. 16 n° 1
l’acception du terme ; le musicien décrit Ricercars n° 1 et 6; Flavio Cuniberto / G.B.
Polina Osetinskaya, piano tant que de tous les concertos pour cla-
un tableau, il s’y plonge et impercepti- vecin de J.S. Bach, c’est bien le seul dont Somis : Sonates n° 3 et 5 / F. Alborea :
QTZ2101 • 1 CD Quartz Sonate en ré majeur / L. Boccherini :
blement il devient le tableau. on soit sûr qu’il posséda originellement

G enre musical universel, la ber- Sonate n° 6, G. 4 / J.M.C. Dall’Abaco :


un tel accompagnement  ! Ceci dit, E. Caprice n° 6 / F. Dotzauer : Etude n° 17
ceuse est présente dans toutes Stefanska et son ancienne élève M. Kato
les cultures du monde et, en occident, Perikli Pite, violoncelle; Craig Marchitelli, théorbe;
s’emploient sans compter pour pallier Roberta Invernizzi, soprano; Ensemble Chiaroscuro
aussi bien dans le répertoire populaire cette absence, et la débauche d’énergie
que classique. Pour le moins éclec- CON2101 • 1 CD Concerto
qu’elles déploient (sur deux clavecins
tique, cette compilation proposée par
la pianiste Polina Osetinskaya (qui s’y
révèle grande musicienne) montre que
hélas anonymes) est réjouissante. On
retrouve ce caractère extraverti dans la D ans la continuité de leur disque « Ba-
roque Enchantment » (même label),
l’Ensemble Chiaroscuro nous offre un
sonate Falk 10 de Wilhelm Friedemann :
ce thème qui ne se prête guère à l’ori- on est assez loin de la finesse et de la panoramique d’œuvres dédiées au vio-
ginalité peut toutefois s’exprimer dans légèreté de touche d’A. Staier et R. Hill, loncelle sur une large période d’envi-
des langages divers, mais qu’au jeu de mais quelle irrépressible joie de jouer... ron deux siècles (1600 à 1800) nous
la figure imposée les compositeurs les
Trios pour piano C’est peut-être dans leur Mozart que la racontant, à travers des pièces oubliées
plus créatifs et «  modernes  » ne sont A. Beach : Trio pour piano, op. 150 / N. recette trouve ses limites  : il faudrait et remises à l’honneur, l’histoire de ce
pas forcément ceux que l’on imagine. Klouda : Trio pour piano n° 1 / C. Schu- des trésors de technique pour recréer magnifique instrument. Le violoncel-
Ainsi, la Berceuse de Chopin (1843), dé- mann : Trio pour piano, op. 17 une sensation de legato sur ces deux liste Antonio Fantinuoli, leader de l’En-
licate improvisation variée déjà presque Monte Piano Trio [Francesco Sica, violon; Claude instruments (Staier / Schornsheim y semble, après de sérieuses recherches,
impressionniste, l’humble et mysté- Frochaux, violoncelle; Irina Botan, piano] arrivaient dans les K.358 et K.381 mais s’attache à nous faire découvrir les par-
rieux Wiegenlied de Liszt (1881) infiltré sur le «  vis-à-vis  » de J.A. Stein, une titions des anciens maîtres et à travers
GEN17449 • 1 CD Genuin
de chromatismes, ou la douce et grave chimère clavecin / fortepiano) et ici la elles, l’évolution technique progressive
Jimbo’s Lullaby du Children’s Corner de
Debussy (1908) sont bien plus intéres-
C e disque propose trois Trios pour
piano et cordes tous écrits par des
raideur de l’Andante lui ôte vraiment
toute trace de rêve. Cette version me
du violoncelle, devenu aujourd’hui un
instrument majeur. Ainsi, nous che-
femmes. Le plus célèbre est sans doute semble toutefois nettement préférable à minons, au cours de ce récit, avec les
sants et novateurs que la banale Elégie
celui de Clara Schumann, son œuvre la la seule autre que je connaisse à 2 cla- compositions de Gabrielli, Alborea, Bat-
de Chostakovitch (1934) et les pièces
plus aboutie. La partition présente des vecins (Sieni / Rocci). Une gourmandise tista Somis, Battista Vitali, dall’Abaco et
de Valentin Silvestrov et Leonid Desyat-
affinités avec le style de Robert (surtout souriante ! (Olivier Eterradossi) le grand Boccherini jusqu’à une petite
nikov (2000 et 2001) dont la gestuelle
étude du virtuose allemand JF.Dotzauer,
classico-romantique est plutôt fade dans les mouvements extrêmes). Les
considéré comme le père du violoncelle
et désincarnée. A tout prendre, c’est trois musiciens soulignent la facilité
moderne. Antonio Fantinuoli délivre
encore avec le Schlummerlied de Schu- mélodique de Clara, sa capacité à com- un son ample et chaleureux, souple et
mann (1841), merveille de tendresse et biner le charme nostalgique du menuet maîtrisé, tout en nuance, laissant l’au-
de poésie, la sombre et mélancolique à la fébrilité du final en passant par diteur sous le charme de ces œuvres
Craddle Song de Tchaïkovsky (1872), l’émouvante sérénité du mouvement intimistes. Il est accompagné de Perikli
première des Six Romances op.16 (ici lent. La compositrice anglaise Klouda Pite au deuxième violoncelle et de Gian-
transcrite par Rachmaninov), le rêveur giacomo Pinardi au théorbe, formant
signe une pièce en forme d’hommage
et séduisant Nocturne de Respighi ex- ainsi le fameux Chiaroscuro, en français
au trio de musiciens formé par Brahms,
trait des Six Pièces pour piano (1905) et «  clair-obscur  ». A noter sur certaines
la Berceuse minimaliste d’Anton Bata- Clara et Robert Schumann. Les deux L’Orgue Symphonique
pièces l’intervention de Craig Marchitelli
gov (2007) que l’on a envie de s’endor- premières parties sont méditatives L. Vierne : Symphonie pour orgue n° 2 / M.
(théorbe) et Roberta Invernizzi dans un
(avec les basses profondes au piano Duruflé : Suite pour orgue, op. 5 / J. Roger-
mir. (Alexis Brodsky) air de Gabrielli. Soutenu par une prise
Ducasse : Pastorale
typiquement brahmsiennes) tandis que de son précise et aérienne, un bel enre-
Richard Pinel, orgue Harrison & Harrison de la
Robert déploie une furie rythmique. Un Chapelle St George de Windsor gistrement à déguster avec plaisir. (Phi-
mari jaloux ? Le trio Monte Piano à qui RES10160 • 1 CD Resonus lippe Zanoly)
la pièce est dédiée la défend avec brio.
L’américaine Amy Beach est surtout cé-
lèbre pour ses pièces de salon pour pia-
no, mais elle laisse une œuvre prolixe
et largement sous-estimée. Un de ses
derniers opus, le trio avec piano pré-
sente des réminiscences fauréennes.
Juliana Steinbach
On y admire le lyrisme naturel du pre-
F. Liszt : Jeux d’eau à la Villa d’Este /
C. Debussy : Images, livres I et II; Lisle
mier mouvement, la construction habile
Joyeuse / M. Moussorgski : Tableaux d’une du second mêlant romance et scherzo. Les Maîtres français au Château
L’organiste virtuose
exposition Une page passionnante de la littérature de Varsovie
Chefs-d’œuvre des époques Tudorienne et
Juliana Steinbach, piano pour trio du vingtième siècle qui mérite Jacobéenne. Byrd, Bull, Tallis, Tomkins, J-B. Lully : Suite « Armide », LWV 71
ADW7576 • 1 CD Pavane une découverte. (Thomas Herreng) Gibbons, Blitheman / F. Couperin : Sonate en Quatuor « La

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Récitals
une période transitoire entre Bach et quintette Alcega joue magnifiquement
Sélection ClicMag ! Mozart. Le programme propose un «  Mladi  » («  jeunesse  » en tchèque)
concerto pour chaque membre origi- d’un L.Janacek de 70 ans qui adjoint
nal du trio, viole de gambe de Graun une clarinette basse au quintette clas-
pour Robert Smith, violon de Leclair sique. Ruptures rythmiques, moments
pour Rie Kimura et clavecin de WF d’exubérance juvénile, de poêsie infinie,
Bach pour Guillermo Brachetta. Ces interrogations mystérieuses, aspect po-
pièces peu connues valaient la peine pulaire du finale par la flûte piccolo se
d’être découvertes. Dans le très enlevé succèdent sans relâche. On admire tout
concerto de Graun, Smith développe un Michail Jurowski autant la souplesse de jeu dans l’œuvre
son riche et une technique accomplie. D. Chostakovitch : Symphonie de chambre, de P. Haas permettant de dérouler les
Le jeu sensuel et retenu de la japonaise op. 110a; From Jewish Folk Poetry, op. différentes atmosphères (tristesse de
Conversed Monologue Kimura met en évidence la musique 79a / A. Pärt : Cantus à la mémoire de B. «  Preghieria  », burlesque de «  ballo
W.F. Bach : Concerto pour clavecin, F 44 / de Leclair, l’un des plus brillants vio- Britten / M. Weinberg : Rhapsodie sur un eccentrico  », solennité de l’épilogue
J.G. Graun : Concerto pour viole de gambe lonistes français de l’époque baroque, thème moldave final) de cette comedia dell’arte en
/ J-M. Leclair : Concerto pour violon n° 6 ses sonates et concertos pour violons, Evelina Dobraceva, soprano; Marina Prudenskaya, miniature. Notre dithyrambe englobe
Fantasticus XL [Guillermo Brachetta, clavecin; scandaleusement ignorés, devraient lui contralto; Vsevolod Grivnov, ténor; Staatskapelle aussi le quintette de J.B. Foerster rendu
valoir davantage d’exposition, ayant été Dresden; Michail Jurowski, direction
Robert Smith, viole de gambe; Rie Kimura, violon] dans ce que sa musique, fleurant bon
RES10166 • 1 CD Resonus considéré comme l’égal de Rameau  ! 0300935BC • 1 CD Berlin Classics la Bohême et la Moravie dans la lignée
Enfin le concerto de JW Bach, fils aîné de Smetana et Dvorak, a de plus jubila-
F ameux trio baroque d’Amsterdam,
Fantasticus XL, remarqué lors des
précédents albums, récidive à notre
et sans doute le plus doué de Jean-Sé-
bastien, rayonne par le jeu effervescent
toire avec ses alliances de timbres d’une
diversité confondante et ses harmonies
et brillantissime de Brachetta qui se wagnériennes. Un CD exceptionnel par
plus grande joie avec ce «  monologue joue des difficultés avec une virtuo- la cohérence et l’intérêt de son pro-
entretenu  ». Ensemble élargi pour sité désarmante. Un disque magnifique, gramme, la justesse de l’interprétation,
l’occasion avec violon, alto, basse et d’une énergie contagieuse. S’il existe un la pertinence et l’ équilibre de l’enregis-
théorbe, illustrant avec force les formes fan-club de Fantasticus XL, j’en suis  ! trement. (Pascal Bouret)
baroques françaises et allemandes dans (Philippe Zanoly)

Sultane »/ M. Marais : Suite « Ariane et pements polyphoniques anarchiques, Bohemia


Bacchus » / M. Corrette : Concerto « Le une tension irrépressible qui aboutit à P. Haas : Quintette à vent, op. 10 / L. Janá-
Phénix » / A. Campra : Suite « Tancrède » cek : Suite « Mladi » / B. Foerster : Quin-
une explosion orchestrale généralisée.
Krzysztof Firlus, viole de gambe; Martyna tette à vent, op. 95 / A. von Zemlinsky :
Le « Poema Elegiaco » (1958) de Sere-
Pastuszka, violon Humoresque pour quintette à vent
brier (Fragment d’une œuvre plus vaste
DUX1382 • 1 CD DUX intitulée Partita) évoque le Villa-Lobos Anne Scheffel, clarinette basse; Quintette Acelga
des symphonies, bigarré, chatoyant, ly- GEN17460 • 1 CD Genuin

L
rique. La pièce « Veri » (Comme vérité) es premières compositions pour
de William Lee repose elle sur une thé- quintette à vent (flûte, hautbois, cla- Airs d’opéras en transcriptions
matique «  anthropologique  ». Chaque rinette, cor et basson) datent de 1788 pour trompette et orgue
mouvement suggérant un concept et (A. Rosetti) et 1802 (G. Cambini) ; le Airs choisis d’après les opéras Rigoletto,
une image (Sol Luna Terra Elementi genre fut développé par F. Danzi (1763- La Traviata, I Puritani, Don Pasquale,
Homo Sapiens). L’écriture de chaque 1826) et par A.Reicha (1770-1836) puis Norma et le Barbier de Séville
épisode est méticuleuse et la cohésion délaissé pendant la période roman- Michele Santi, trompette d’époque; Marco Arlotti,
orgue (orgue de Adeodato Bossi Urbani de 1874)
de l’ensemble ne se révéle qu’au dernier tique au profit du quatuor à cordes
mouvement par une structure en arche. et de l’émancipation des vents dans TC850003 • 1 CD Tactus
José Serebrier Substrat philosophique pompeux mais l’orchestre symphonique. Il connaît un
P. Mennin : Symphonie n° 9 / J. Serebrier : illustration musicale soignée. La der- renouveau à la fin du 19 ème et un âge
Poema elegiaco; Nueve / W. Lee : Veri nière pièce « Nueve » est signée Sere- d’or tout au long du 20ème siècle. Les
Gary Karr, contrebasse; Adelaide Symphony brier. Recherche sonoriste sur l’ins- esthétiques des œuvres tchèques pré-
Orchestra; Orchestre Symphonique de la RTBF; trument (contrebasse) et son contexte sentées ici découlent de la veine roman-
Plainfield Symphony Orchestra; José Serebrier,
direction
(voix et percussion), elle préfigure selon tique pour J.B. Foerster (1859-1951),
la notice  : «  The most accessible and post romantique pour l’inclassable L
UAV5985 • 1 CD Urlicht
enduring music of the pre-digital era Janacek (1854-1928) et pour P. Hass

J osé Serebrier (né en 1938) chef d’or-


chestre et compositeur uruguayen
fut assistant de Léopold Stokowski et
« multimédia » experiments of the 1960s
and 70s  ». On ne saurait mieux dire.
(1899-1944), élève et épigone du précé-
dent – les trois profondément inspirées
(Jérôme Angouillant) du folklore de leur région d’origine. Le Gala Unter den Linden
décrété par le maître «  The greatest
master of orchestral balance  » alors
qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années ! Baumann, direction Polo de la clarinette, ce qui en dit long
C’est effectivement un chef efficace qui Sélection ClicMag ! CPO555154 • 1 CD CPO sur le charme swinguant de son devi-
enregistre énormément mais prend sement musical du monde. Concertant,
aussi le temps de composer. Ce disque
en forme de carte de visite est l’illustra-
L ’Allemagne est décidément riche
de ces polyvalences sans oeillères
ni préjugés sectaires, avec toute une
c’est plus précisément celui ici de Jorge
Calandrelli, compositeur et arrangeur
tion de cette double casquette. La neu- argentin, connu pour ses musiques de
nouvelle génération capable de rendre
vième symphonie de l’américain Peter films, au tissu orchestral très travaillé
la monnaie de son schtroumpf au pre- (les cordes). Celui aussi de Daniel Frei-
Mennin (1923-1983) date de 1981. Elle
mier nain grincheux mélomane venu. berg, d’origine argentine mais devenu
comprend trois mouvements contras-
tés par une alternance de climats. Le Car voilà encore, fort talentueux, un new-yorkais, pianiste ayant beaucoup
premier est roboratif, volontaire, com- jeune musicien faisant son miel (d’ins- étudié le jazz, et dont l’accompagne-
posé chimique d’éléments en fusion ; trumentiste comme de compositeur) ment demeure peut-être un peu simple
le second introverti et mélancolique ; le Symphonic Jazz entre musique classique et jazz (où il (le mouvement central...). Celui enfin de
final expansif et affirmatif. A l’écoute la s’adonne aussi au saxophone). Et il est Jeff Beal, californien rompu à l’habillage
J. Calandrelli : Concerto pour clarinette
symphonie est d’une habile orchestra- jazz / D. Freiberg : Concerto Latin-Jazz d’autant plus à l’aise ici pour éployer de séries télé, sachant donc aller vite et
tion mais son écriture recourt au même pour clarinette jazz « Les chroniques de son jeu profond et personnel qu’il est droit à l’efficacité  : il conclut effective-
procédé dans un style typique des sym- l’Amérique latine » / J. Beal : Concerto accompagné par l’orchestre même dont ment ce programme dans une virtuosité
phonistes américains (Walter Piston). pour clarinette jazz il est officiellement le clarinettiste so- bien revigorante et, pour tout dire, une
Deux ou trois cellules thématiques Andy Miles, clarinette; Orchestre de la radio de liste. A noter d’ailleurs que la presse n’a volubilité ubiquitante au charme irrésis-
assez floues (sérielles?) et des dévelop- Cologne; Wayne Marshall, direction; Rasmus pas hésité à le sacrer comme... le Marco tible. (Gilles-Daniel Percet)

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Airs d’opéras de Mozart, Beethoven,
Weber, Nicolai, Wagner et Strauss
Carola Nossek, soprano; Isabella Nawe, soprano;
Sélection ClicMag ! C es œuvres, inédites au disque,
datent du règne de Marie Thérèse
d’Autriche, époque de mutation dans
en général, d’une grande vivacité, bon-
dissante, alerte et sans mièvrerie. On
est sans cesse captivé, dans les mouve-
Magdaléna Hajóssová, soprano; Margot Stejskal, le rapport de la musique au pouvoir  : ments vifs, par un passionnant échange
soprano; Celestina Casapietra, soprano; Uta Priew,
le temps des festivités baroques est de questions et de réponses ou par un
mezzo-soprano; Ute Trekel-Burckhardt, mezzo-
soprano; Annelies Burmeister, alto; Eberhard
révolu, la cour réduit son train de vie, jeu subtil d’imitations, de reprises où
Büchner, ténor; Peter Bindszus, ténor; Reiner son rôle d’ordonnatrice des plaisirs se chacun dit son mot avec son intonation
Goldberg, ténor; Peter Schreier, ténor; Ekkehard restreint. Ces concertos résultent pro- propre : il y a dans ces pages un sens
Wlaschiha, baryton; Bernd Riedel, baryton; Jürgen bablement de commandes privées, car aigu, souverainement affirmé, du dia-
Freier, baryton; Siegfried Lorenz, baryton; Rolf la flûte était à Vienne un instrument peu
Haunstein, baryton; Fritz Hübner, basse; Theo logue entre instruments. Tout semble
usité et nos quatre compositeurs ont
Adam, baryton-basse; Siegfried Vogel, basse; couler de source, jaillir exactement là
eux-mêmes peu écrit pour cet instru-
Günther Leib, basse; Konzertchor der Deutschen où il faut et comme il faut. Les inter-
Staatsoper; Heinz Fricke, direction; Staatskapelle
Concertos pour flûte viennois ment. Aujourd’hui oubliés, ils ont joui,
jusqu’à la fin de leur vie, d’un prestige prètes engagés à fond, ont visiblement
Berlin Orchester; Otmar Suitner, direction G. C. Wagenseil : Concertos pour flûte en
indéniable. Ainsi, le jeune Mozart étudia un grand plaisir à jouer ces œuvres.
sol majeur et en ré majeur / G. Bonno :
0300925BC • 2 CD Berlin Classics La clarté d’ensemble, l’équilibre des
Concerto pour flûte en sol majeur / F. L. les œuvres de Wagenseil que son père

D étruit jusqu’aux fondations lors de la Gassmann : Concerto pour flûte en do et lui tenaient en estime. Ces œuvres, pupitres, la beauté sonore de chaque
chute de Berlin en 1945, le Staatso- mineur / G. M. Monn : Concerto pour flûte de style « préclassique », s’apparentent partie dans cette conversation musi-
per fut intégralement reconstruit pour en si bémol majeur fortement à des pages de C.P. E. Bach, cale variée, animée et poétique sont
rouvrir en Septembre 1955. Avec l’érec- Ensemble Klingekunst; Sieglinde Größinger, flûte, exact contemporain, et font montre, enthousiasmants. Et le jeu de la flûtiste
tion du Mur, l’Opéra d’Unter den Linden direction dans leur facture, de qualités souvent est superbe. À découvrir absolument.
dut arrêter ses représentations en Août CPO555076 • 1 CD CPO largement équivalentes. L’écriture est, (Bertrand Abraham)
1961 avant de faire l’objet d’une ample
restauration entre 1983 et 1986. Berlin
Classics grava un double vinyle, devenu croisait. Francesco Cera et son excellent (dont le célèbre « Ave Maria ») en n’ou- sur les auteurs des textes, les condi-
introuvable, en 1986-87 pour témoi- Ensemble Arte Musica se sont fait une bliant jamais que c’est une enfant qui tions d’écriture, de publication et de
gner des nombreux prestigieux artistes spécialité de ce genre de répertoire. chante. Apparition trop brève de John réception des chansons ou poèmes
allemands qui s’y produisirent. Le voici Ils accompagnent une jeune soprano, Mark Ainsley (rassurez-vous, il sera de mis en musique (à l’époque ou ulté-
réédité en version CD superbement re- Letizia Calandra, de formation clas- retour dans le volume 1830-1840) qui rieurement ?) et sur les compositeurs.
masterisée. Laissons de côté les Mozart sique, ayant beaucoup joué le répertoire rêve le « Sehnsucht » de Schumann et L’auditeur questionne donc l’historicité
du premier CD, hâtifs et démonstratifs, lyrique baroque avant de se spécialiser le «  Winterabend  » de Schubert. Hors de cette musique, ne sachant décider
pour retenir dans Fidelio l’air de Pizarro à son tour dans des formes vocales de la sphère germanique, le somp- entre l’écoute d’un document d’époque
par Ekkehard Wlaschiha et surtout la baroques plus populaires. On appré- tueux soprano d’Anush Hovhannisyan ou celle d’un passé revivifié ou reconsti-
Cavatine d’Agathe, du Freischütz, par ciera son absence de vibrato, la plasti- nous vaut de douloureux Glinka, et tué ! Malgré cette réserve, ces chansons
Magdalena Hajossyova. Le CD2 offre cité de sa voix, à l’aise dans le haut de deux jeunes ténors Robin Tritschler et patriotiques, héroïques, sentimentales,
quelques bijoux avec, dans Tannhäuser, sa tessiture, mais peinant légèrement Luis Gomes servent Niedermeyer (« Le douloureuses dressent un tableau sai-
le sublime Wolfram de Siegfried Lorenz, en justesse et tenue sur les notes les Lac » d’après Lamartine, une merveille) sissant, dans leur variété, de la guerre
l’enchanteur Hans Sachs de Theo Adam plus basses. Un disque sympathique et Bellini. On n’en saura pas plus sur sur le front russe et de l’esprit d’un
et, dans le Rosenkavalier, l’inoubliable, pour découvrir un répertoire méconnu. ces trois chanteurs, faute de notices peuple en guerre. Les arrangements de
voire inégalé, Baron Ochs de l’immense (Thierry Jacques Collet) biographiques, seule petite faiblesse de Youri Paneenko, servis par d’excellents
Siegfried Vogel. Une belle réédition cette série. Malcolm Martineau, maître chanteurs, ne dédaignent ni le registre
(au livret uniquement en Anglais et en d’œuvre est toujours attentif et présent, intimiste ni le grandiloquent, sorte de
Allemand) qui ravira les collectionneurs son accompagnement d’une beauté Kitsch grandiose, non sans séduction, à
nostalgiques des enregistrements des parfois surnaturelle («  Ellens Gesang hauteur de l’événement. Une bande-son
I »). Vite, la suite ! (Olivier Gutierrez) qui incite à une lecture ou une relecture
années 80. (Thierry Jacques Collet)
de Lydia Ginzburg ou de Vassili Gross-
man. A connaître. (Emilio Brentani)

Decades : A Century of songs,


vol. 2 (1820-1830)
Mélodies choisies de Schubert, Glinka,
Schumann, Mendelssohn, Niedermeyer,
Loewe et Bellini
Erotica Antiqua Anush Hovhannisyan, soprano; Sarah Connolly,
Wartime Music, vol. 17
mezzo-soprano; John Mark Ainsley, ténor; Luis Mélodies choisies de Blanter, Bogoslovsky,
Villanelles napolitaines. Œuvres de
Gomes, ténor; Christopher Maltman, baryton; Fradkin, Khrennikov, Listov…
Dell’Arpa, Nola, Azzaiolo, Lassus, Donato, El Teatro Del Arpa
Falconieri Malcolm Martineau, piano Olga Kondina, soprano; Boris Stepanov, ténor; Ser-
gey Muravyov, ténor; Boris Pinkhasovich, baryton; La musique pour harpe en Espagne au
Letizia Calandra, soprano; Ensemble Arte Musica; VIVAT114 • 1 CD Vivat Music 17ème siècle, oeuvres de F. de Huete, J.
Mikhail Lukonin, baryton; Vitaly Psaryov, baryton;

S
Francesco Cera, direction, clavecin Serqueira de Lima, L. Ruiz de Ribayaz, J.
econde livraison de la série Decades, Chœur de chambre de la Cathédrale de Smolny;
BRIL95448 • 1 CD Brilliant Classics panorama de la mélodie européenne Orchestre Symphonique Académique d’État de Hidalgo de Polanco…

A
de 1810 à 1910, à raison d’une décen- Saint-Pétersbourg; Alexander Titov, direction Adriana Mayer, mezzo-soprano; Victor Sordo,
u XVIème siècle, à Naples, fut inven-
NFPMA99101 • 1 CD Northern Flowers ténor; Sara Agueda, harpe; Daniel Garay, per-
té le genre musical spécifique des nie par volume, ici 1820-1830. Logi-
cussion

D
villanelles napolitaines, lequel influença, quement, une bonne moitié de ce CD ix-septième volume de «  Wartime
de fil en aiguille, l’art du madrigal et de bien rempli (1h20 de musique) est DUX1359 • 1 CD DUX
music  », chronique musicale de la
la canzonetta. D’influence populaire,
d’une forme poétique très structurée,
consacrée au dernier Schubert. On avait
apprécié le Kavalierbariton de Chris-
topher Maltman en Don Giovanni, et
« grande guerre patriotique », cette fois
sans les grands noms de la musique U n disque tout en délicatesse, pro-
duit et porté par Sara Águeda et sa
«  arpa de dos ordenes  », un instru-
chaque villanella était généralement soviétique, à l’exception de Tikhon
écrite pour trois voix accompagnées on avait hâte de l’entendre au Lied. Le Khrennikov, strict censeur jdanovien. ment rare né et développé au sein de la
de diverses percussions, cordes (luths contrôle absolu du souffle, le dosage Au programme, quatorze chansons péninsule ibérique au début du XVIème
et guitares principalement) et parfois infinitésimal du timbre, la mezza-voce interprétées par l’Orchestre sympho- siècle. Harpe nouvelle, elle se dote d’un
de vents (fifres et flutiaux). L’amour, lui autorisent mille nuances dans l’autre nique académique de Saint-Péters- jeu de cordes chromatique en plus de
souvent évoqué sous la métaphore de « Erlkönig », celui du trop méconnu Carl bourg et arrangées par Youri Paneenko, sa conception diatonique traditionnelle.
l’eau omniprésente dans les œuvres re- Loewe, et dans le très sombre «  Herr musicien contemporain connu pour ses Elle deviendra pour plus d’un siècle la
tenues ici, en était l’objet essentiel tant Oluf  », qui plonge au plus profond de musiques de films et de jeux vidéo. Le harpe reine de la musique sacrée puis
il s’agissait de célébrer depuis la rue l’âme allemande. Sarah Connolly délivre livret (traduction en anglais) ne fournit des divertissements profanes. C’est ce
animée les beautés féminines qu’on y de très délicats «  Ellens Gesänge  » malheureusement aucune information répertoire des théâtres de l’époque qui

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Historique
est exploré dans un enregistrement de AUD95645 • 1 CD Audite de Lucerne  : Symphonie Prague, puis
septembre 2016. En trois actes, vingt- Sélection ClicMag ! la Rhénane de Schumann. Il y avait une
six morceaux courts et une longue
conclusion, Sara Águeda et ses acolytes
M orceler les concerts de disque en
disque, est-ce raisonnable ? Le ton
si enjoué, la légèreté du geste de Carl
logique. Mais non, l’éditeur lui préfère
une très sombre Deuxième Symphonie
Calia Álvarez à la vièle (à archet) et Da- de Brahms, captée l’année suivante,
Schuricht dans l’ultime Concerto de
niel Garay aux percussions s’attachent probablement car Schuricht y dirige ses
Mozart rencontre si pleinement le piano
à recréer les tableaux qu’ils imaginent chers Wiener Philarmoniker. Je ne m’en
simplissime de Robert Casadesus, un
de ces temps passés, avec finesse et plaindrais pas, toute ombreuse qu’elle
tel soleil mélancolique s’infuse entre
enthousiasme. Invités, la mezzo-so- soit elle chante pourtant, si lyrique,
prano Adriana Mayer et le ténor Victor eux les faisant respirer dans les mêmes vraie pastorale d’entre orages comme
Sordo sont tout à leur rôle pour sept vibrations de couleurs et de sons, quelle seul Schuricht savait la peindre ; mais
titres transcendants. Ces interpréta- merveille que le pianiste français n’aura voila, elle n’a rien à voir avec l’embellie
tions vocales dialoguent avec la harpe Carl Schuricht pas obtenue à ce degré de naturel, avec subtile de ce 27e Concerto désarmant,
et coupent l’unité d’un répertoire ins- W.A. Mozart : Concerto piano n° 27, K 595 /
cette sorte de tentation de l’abandon, auquel je reviendrais sans cesse, perle
trumental, fait de tableaux souvent J. Brahms : Symphonie n° 2, op. 73 au studio avec George Szell. Je me mozartienne célébrant la rencontre
très courts, qui se place aussi sous la Robert Casadesus, piano; Orchestre du Festival demande bien après un tel état de grâce magique de ce soir d’été entre un pia-
référence textuelle. Dans le beau livret de Lucerne; Orchestre Philharmonique de Vienne; comment fut le reste de ce concert niste et un chef que tout accordait.
(espagnol/anglais), Cervantes, Shake- Carl Schuricht, direction donné le 19 aout 1961 au Kunsthaus (Jean-Charles Hoffelé)
speare, Lope de Vega et d’autres sont
convoqués... Bémol ou merveille, la
prise de son d’une fidélité irréprochable 116; Intermezzi, op. 117 / R. Schumann : seul de Mozart disparues corps et bien orchestre / C. Stamitz : Concerto pour flûte
Scènes pour enfants, op. 15; Carnaval, op. avec l’ancien coffret Références, part la et orchestre, op. 29
nous place au coeur de l’église d’Alco- 9; Schlummerlied, op. 124 n° 16; « Vogel
plus discutée de son héritage discogra- Jean-Pierre Rampal, flûte; Alfred Holecek, piano;
nadilla de Segovia, minuscule et rus- als Prophet », op. 82 n° 7 / Franz Schubert
phique dont rien ne saurait laisser indif- Viktorie Svihlikova, clavecin; Czech Philharmonic
tique, digne de son village. Une acous- (1797-1828) : Impromptus, D 899 et 935;
férent. (Jean-Charles Hoffelé) Orchestra; Vaclav Jiracek, direction; Prague Cham-
tique fruste portée par la meilleure Moments musicaux, D 780; 3 pièces, D 946
ber Orchestra; Milan Muclinger, direction; Martin
technologie moderne, un choix que l’on / F. Chopin : Berceuse, op. 57; Barcarolle,
Turnovsky, direction; Vaclav Neumann, direction
pourrait juger de simplicité artificielle, op. 60 / A. Scriabine : Poème, op. 32 n° 1;
Prélude, op. 15 n° 4 SU4217 • 2 CD Supraphon
à l’auditeur de juger ce projet inspiré.

L
Walter Gieseking, piano ors de ses tournées à Prague, au
(Camille Thébaudeau)
APR7402 • 4 CD APR cours des années cinquante, Jean-

D e l’immense legs que Walter Gie- Pierre Rampal se lia d’une amitié en-
seking engrangea pour Columbia thousiaste avec Milan Munclinger. Ils
Londres, les Debussy seuls sont régu- réalisèrent un des plus beaux disques
lièrement réédités – j’en attends sous de la série Musica Antiqua Bohemica
peu une nouvelle édition - les Ravel couplant le Concerto et ré majeur de
déjà moins et les concertos auront tous Myra Hess Franz Xaver Richter, et celui en mi
reparus, mais les autres gravures  ? Ses plus grands enregistrements, mineur de Frantisek Benda. Album
Après un double album consacrés 1928-1941. Oeuvres pour piano de solaire, décoré par un Grand Prix du
aux enregistrements Homocord, voici Bach, Brahms, Schumann, Schubert, A. Disque de l’Acadamie Charles Cros, qui
Copland before the LP (1928-’49) qu’APR ose ouvrir la boite de Pan- Scarlatti... n’a prit une ride, et trône au centre de
dore, nous faisant retrouver d’un coup Myra Hess, piano ce double album regroupant toutes les
Scherzo humoristique; Variations pour
piano; Etude sur un thème juif pour trio les albums Schumann, Schubert et LHW050 • 1 CD Biddulph gravures pragoises de Rampal. D’entre
avec piano; Nocturne pour violon et piano; Brahms enregistrés à Abbey Road au elles, la Sonate pour flute de Prokofiev,
Sérénade pour violon et piano; Sonate pour long des années cinquante. Les Brahms
si lestement emmenée, jouée avec une
violon et piano; 4 pièces pour piano blues dominent cette période, pénétrant de
profondeur de son, un soyeux, est res-
Ethel Luening, soprano; Louis Kaufman, violon; poésie, d’une tension folle par instant
Jacques Gordon, violon; Ivor Karman, violon; tée justement célèbre, mais quel plaisir
– écoutez seulement l’Opus 76, si rhap-
David Freed, violoncelle; Aaron Copland, piano; de découvrir les sessions des Sonata da
sodique, où vraiment un poète chante
Leo Smit, piano
– avec une invention dans les couleurs, camera (Richter et Benda encore), et le
PACD96057 • 1 CD Parnassus des clairs obscurs dans l’Opus 118 que Concerto de Rössler-Rosetti, où passe
seul Kempff au disque, et Radu Lupu au l’ombre de Mozart, dirigé avec élégance
concert, auront retrouvés. La folie qu’il par Martin Turnovsky. Merveille de
mettait à ses Schumann « live » ne se l’ensemble, le Concerto en sol de Sta-
réédite que parfois au studio : son « Car- Johann Sebastian Bach (1685-1750) mitz, dont Vaclav Neumann romantise
naval » stupéfie par ses bourrasques de Concertos pour clavecin BWV 1052, 1055, le discours au point que Weber souvent
notes alors que ses « Scènes d’enfant » 1056, 1060-1065 n’est pas loin. Le double CD s’ouvre sur
semblent surveillées. Autres merveilles, Erna Heiller, clavecin; Anton Heiller, clavecin; le Concerto que Jindrich Feld écrivit à
les Schubert, «  Impromptus  » impé- Christa Landon, clavecin; Kurt Rapf, clavecin; l’intention de Lutobor Hlavsa en 1954,
rieux, sans aucun charme, mais avec Solistes de Zagreb; Antonio Janigro, direction
lequel ne le joua jamais. Finalement,
une alacrité de clavier, un mordant, des ATM9201045 • 2 CD Vanguard Munclinger attirera l’attention de Ram-
Sonates pour violon tempos fous qui éclateront aussi dans pal sur cette partition qu’il créera et
Œuvres de Debussy, Beethoven, Franck
les Klavierstücke posthumes, menées dont il réalisera le premier enregistre-
et Vogler telle une course à l’abîme. Même les ment mondial réédité ici. Rampal se lia
Alfred Dubois, violon; Marcel Maas, piano «  Moments musicaux  » relus par ce d’amitié avec cette figure majeure de la
piano alerte avancent à grand train, avec nouvelle musique tchèque qui lui écrira
BID80172-2 • 1 CD Biddulph
des sonneries de postillon et des pay-
bien plus tard, en 1979, un second opus
sages à foison. Quel Schubertien ! Dont
concertant, une merveille Fantaisie pour
on cherchera ailleurs les quelques rares
flute cordes, et percussion destinée au
Sonates qu’il aura confiées aux radios
concours fondé par le flutiste qui ne
allemandes. S’y ajoutent quelques Cho-
pin – dont une très sombre Barcarolle l’enregistra hélas pas. Mais du moins on
Jean-Pierre Rampal tient la version magique qu’il laissa du
– et deux Scriabine qui rappellent l’éten-
due de son répertoire. La somme est J. Feld : Concerto pour flûte et orchestre / Concerto, sous la direction alerte, acide,
S. Prokofiev : Sonate pour flûte et piano, tour à tour percutante ou poétique du
parfaite qui précise le génie de ce pia-
op. 94 / F. Benda : Sonate pour flûte et grand Vaclav Jiracek, si peu présent au
niste démiurge, espérons que demain clavecin, L III : 162; Concerto pour flûte,
APR poursuivra pour nous offrir l’inté- disque. Ensemble merveilleux, parfai-
cordes et basse continue, L II : 4 / F.X.
Walter Gieseking grale inachevée des Sonates de Bee- Richter : Sonate de chambre n° 3 pour flûte tement réédité, accompagné d’un texte
J. Brahms : Pièces pour piano, op. 76, 118 thoven, les Pièces lyriques de Grieg, les et clavecin; Concerto pour flûte et orchestre savant et éclairant signé Denis Verroust.
et 119; Rhapsodies, op. 79; Fantaisies, op. quelques Bach et les œuvres pour piano / F.A. Rosetti : Concerto pour flûte et (Jean-Charles Hoffelé)

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DVD et Blu-ray
kespeare, l’omniprésence d’un voile,
des lumières troubles, de tempête à
peine, tout cela se voit, s’oublie, mais
ne nuit ni au propos de Verdi ni même à
ce qu’il reste chez Boito de la dramatur-
gie de l’original. Bémol, les images de
scène sont peu aisément restituables
par la caméra, autre bémol le Maure
Johannes Brahms (1833-1897) Anton Bruckner (1824-1896) Giuseppe Verdi (1813-1901) lui-même, offert à José Cura qui fut
Intégrale des symphonies Symphonie n° 6 Un ballo in maschera, opéra en 3 actes l’un des plus stylé parmi les ténors de
Orchestre Philharmonique de la Radio de Ham- Staatskapelle Dresden; Christian Thielemann, Plácido Domingo; Katia Ricciarelli; Piero Cap- sa génération (et avec une voix d’or et
bourg; Thomas Hengelbrock, direction direction puccilli; Reri Grist; Elizabeth Bainbridge; Gwynne de miel en sa jeunesse). Trop tard, le
Howell; Paul Hudson; William Elvin; John Carr;
CM741008 • 2 DVD C Major CM738208 • 1 DVD C Major timbre est en baryton, la justesse incer-
Francis Egerton; Chœur du Royal Opera House-
CM741104 • 1 BLU-RAY C Major CM738304 • 1 BLU-RAY C Major Orchestre du Royal Opera House; Claudio Abbado, taine, les mots se délitent dans le vibra-

L
direction; Otto Schenk, mise en scène to, un constant effort voudrait tenir la
I
a photographie qui illustre le livret, névitablement, Christian Thielemann
où l’on voit Thomas Hengelbrock se devait de trouver le chemin de la OA1236D • 1 DVD Opus Arte ligne. Dans cette débâcle de sons pour-

C
posant devant la Elbphilharmonie pour- musique de Bruckner. D’un projet d’in- ovent Garden 1975 reprend l’inu- tant le personnage tour à tour impérieux
rait prêter à confusion : les quatre Sym- tégrale à Munich avorté quand le maes- sable spectacle d’Otto Schenk, pure ou hanté d’Otello parait, incarnation de
phonies de Brahms, données dans leur tro claqua la porte, il ne reste que les 4° tradition habile que John Vernon capte théâtre dont il faudrait oublier la voix.
ordre chronologique le 22 mai 2016, et 7° symphonies (C Major également). platement. L’image a vieilli mais pas for- C’est que lui répond la plus belle Desde-
entreprise fleuve, le furent dans la ma- A Dresde, son nouveau port d’attache, cément le style qui colle au propos de mona entendue depuis des lustres, Do-
gnifique Laierzhalle où l’Orchestre de sa programmation fait la part belle aux Verdi et respecte cet ouvrage de demi
rothea Röschmann, blessée et pourtant
la NDR Hambourg donnait historique- symphonies du maître de Saint Florian, caractère, plus d’une fois j’y reviens
ment ses concerts, mais l’album des ardente, risquant tout, déployant des
et chaque année il ouvre sa saison avec voir m’étonnant de la justesse sinon du
DVD qui vient de paraître nomme bien propos. Coté musique c’est la fête abso- aigus gorgés d’harmoniques, c’est elle
l’une d’elles. On sait d’ailleurs que c’est
l’orchestre de son nouveau patronyme : lue, Abbado cherchant le style et jouant le héros de cette soirée difficile. On se
le triomphe rencontré avec une inter-
NDR Elbphilharmonie Orchester. La for- classique au contraire de la tension qu’y doute que sa vénitienne n’est pas pré-
prétation de la 8° qui lui a conquis les
mation est rompue aux symphonies de mettait la même année dans le même cisément italienne, elle est même à l’in-
suffrages de l’orchestre. Captée dans
Brahms, dont elle est un interprète ma- théâtre mais pour le disque, Riccardo verse de l’ultime grande tenante du titre,
le somptueux écrin du Semper Oper à
jeur depuis les années quarante : Eugen Muti qui avait aussi le Riccardo (Gusta- Barbara Frittoli, loin des conventions du
Jochum, Hans Schmidt-Issersterd, l’automne 2015, cette sixième s’impose
vus III ici) de Domingo, les notes graves
par la splendeur de l’orchestre saxon bel canto, aussi exotique, mais aussi
Günter Wand auront marqués de leurs magiques de sa ballade, son person-
comme par la rigueur de la baguette de émouvante, aussi irrésistible que le
empreintes la culture brahmsienne de la nage de héros romantique tourmenté
formation à travers les générations. Ici, Thielemann, particulièrement à l’aise que ni Pavarotti ni Carreras n’osèrent furent jadis une Grümmer, une Jurinac,
et sur ce sujet précis, la tradition n’est dans ces vastes architectures sonores à ce degré de sombre. Ricciarelli lui merveille comme émergée d’un autre
pas un vain mot. Thomas Hengelbrock dont il maîtrise comme peu de ses col- répond, Amelia de style et de feu, dans temps, de ce chant allemand qui avait
le sait bien, qui préside à ses destinées lègues la grande forme. On retrouve sa toute la beauté de sa voix alors à son conquis Verdi dès les années trente. Ne
depuis la saison 2011-2012, il se garde battue inimitable, les temps marqués zénith et dans le simple rayonnement de serait-ce que pour elle, la représentation
de relire drastiquement les partitions vers le haut, comme sa propension à sa blondeur en scène, plus Desdemona doit être vue, d’autant que le Iago de
de Brahms, mais, et cela est autant ralentir de façon assez emphatiques les encore qu’Amelia dans son «  Morro, Carlos Alvarez - model de ligne noir, de
hérité de sa pratique historiquement fins des mouvements comme pour sou- ma prima in grazia » d’anthologie. Rien
chant où se lit la corruption du caractère
informée du répertoire baroque que ligner les retours des grands thèmes que pour ces deux là la soirée est inou-
bliable, mais vous aurez aussi Cappuc- - le Cassio toutes voiles dehors de Ben-
de ses études auprès d’Antal Dorati, triomphaux. Mais l’émotion qui sourd
la débarrasse des derniers lambeaux du sublime adagio est bien réelle et la cilli, le plus stylé des Renato, l’Oscar jamin Bernheim, l’excellence de l’équipe
de legato qui continuaient à en faire le tension du concert se communique aux inusable de Reri Grist, et, star locale, la font un ensemble assez saisissant au-
charme un rien suranné. Ce Brahms est auditeurs grâce au pouvoir de l’image. Madame Arvidson si bien chantée mais quel la sombre clarté de la Staatskapelle
clair, agile, vif dès l’intrada cursive de Pierre après pierre, c’est bien une si peu italienne d’Elizabeth Bainbridge, apporte une sourde angoisse, Christian
la Première symphonie à la Passacaille nouvelle intégrale majeure que le chef peu importe, la production de Londres Thielemann se souvenant qu’à Salz-
conclusive de la Quatrième, on saisit à berlinois édifie avec la patience qui sied reprenait la dénomination des rôles bourg même Wilhem Furtwängler fit
quel point la grammaire du composi- aux grands interprètes brucknériens. historiques : on est en Suède, parait-il.
son Otello si ample et si enténébré. Ce
teur du Requiem allemand y est mo- (Richard Wander) (Jean-Charles Hoffelé)
n’est pas la moindre leçon qu’on puisse
derne pour son temps, repoussant les
en tirer. (Jean-Charles Hoffelé)
limites de l’harmonie romantique pour
découvrir d’autres horizons musicaux,
complexifiant la forme, recherchant des
équilibres sonores inédits. De tout cela
Hengelbrock rend compte avec l’humi-
lité qu’on lui connait, ce sont d’abord
les partitions qui parlent et il explique
lui-même dans un passionnant bonus
son rapport à la musique de Brahms
et l’exégèse qu’il en a tirée. Le voir Giuseppe Verdi (1813-1901)
Giacomo Puccini (1858-1924)
diriger est d’autant plus précieux qu’ Otello, opéra en 4 actes
il possède, à égalité avec avec Harmut La Bohème, opéra en 4 tableaux; Madame Festival de Grafenegg 2016
José Cura; Dorothea Röschmann; Carlos Alvarez;
Butterfly (Madama Butterfly), opéra en 3
Hänchen une des plus belles gestiques Benjamin Bernheim; Christa Mayer; Georg Zeppen- C. Jost : Fanfare pour 9 cuivres; « An die
actes; Tosca, opéra en 3 actes
d’aujourd’hui parmi les chefs d’obé- feld; Bror Magnus Todenes; Chœur Sächsischer
Hoffnung », op. 94 / L. van Beethoven :
Inva Mula; Aquiles Machado; Chœur et orchestre Staatsopernchor de Dresde; Chœur d’enfant du
dience germanique, claire, élégante, Symphonie n° 9; Ouverture « Coriolan »
du Teatro Real; Jesús Lopez Cobos, direction; Gian Théâtre de Salsbourg; Staatskapelle de Dresde;
expressive d’abord par les yeux, c’est Carlo del Monaco, mise en scène (La Bohème); Christian Thielemann, direction; Vincent Boussard, Camilia Nylund, soprano; Elena Zhidkova,
un tout grand chef qui, parvenu à une Cheryl Barker; Martin Thompson; Catherine mise en scène mezzo-soprano; Klaus Florian Vogt, ténor; René
radieuse cinquantaine prend pleinement Keen; Richard Stilwell; Anneleen Bijnen; Peter CM740008 • 1 DVD C Major Pape, basse; Wiener Singverein; Johannes Prinz,
possession du grand répertoire sym- Blanchet; Netherlands Philharmonic Orchestra; direction; Orchestre Tonkunstler; Orchestre des
phonique. Que son art soit enfin docu- Edo de Waart, direction; Robert Wilson, mise en CM740104 • 1 BLU-RAY C Major
Jeunes de l’Union Européenne Alumni; Yutaka
menté par l’image n’est que justice. Et
L e spectacle pratique et sans com-
scène (Madame Butterfly); Daniela Dessì; Fabio
Sado, direction
maintenant, son autre grand œuvre, les Armiliato; Ruggero Raimondi; Chœur et orchestre plication de Vincent Boussard ne se
Symphonies de Schumann, s’il vous du Teatro Real; Maurizio Benini, direction (Tosca) veut pas immortel  : tous les protago- CM740208 • 1 DVD C Major
plait. (Jean-Charles Hoffelé) OA1240BD • 6 DVD Opus Arte nistes en costume de l’époque de Sha- CM740304 • 1 BLU-RAY C Major

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Sélection Brilliant Classics

J.S. Bach : Passion selon St. Bach : Reconstructions des concer- C.P.E. Bach : Symphonies ham- J.C. Bach, W.A. Mozart : Airs de Beethoven : Intégrale des sonates Hildegard von Bingen : O Orzchis
Matthieu tos BWV 1055, 1064R, 35/1059... bourgeoises concert pour piano Ecclesia, œuvres sacrées
Chœur du King College Cambridge; S. Carchiolo; Insieme Strumentale di Marek Toporowski, clavecin; Solamente Thébault; Kouda; Belácek; Solamente Alfred Brendel, piano Ensemble San Felice; Federico Bardazzi
Stephen Cleobury Roma; G. Sasso, violon, direction Naturali; Didier Talpain Naturali; Didier Talpain
BRIL94126 - 4 CD Brilliant BRIL94340 - 1 CD Brilliant BRIL94042 - 1 CD Brilliant BRIL94116 - 1 CD Brilliant BRIL94075 - 9 CD Brilliant BRIL94273 - 1 CD Brilliant

J. Brahms : Intégrale des sym- J. Brahms : Œuvres chorales Johannes Brahms (1833-1897) : Un F. Busoni : Fantaisie contrappun- Niccolò Castiglioni : Œuvres pour Chopin : Œuvres de jeunesse pour
phonies choisies requiem allemand, op. 45 tistica, KiV 256; Elegies, KiV 249; piano choisies piano
Netherlands Philharmonic Orchestra; Jaap Chamber Choir of Europe; Nicol Matt Häggander; Lorenz; Rundfunkchor & Berceuse, KiV 252 Enrico Pompili, piano Costantino Mastroprimiano, piano
van Zweden Orchester Leipzig; Herbert Kegel Sandro Bartoli, piano
BRIL94074 - 3 CD Brilliant BRIL94262 - 6 CD Brilliant BRIL94353 - 1 CD Brilliant BRIL94223 - 1 CD Brilliant BRIL9167 - 1 CD Brilliant BRIL94066 - 1 CD Brilliant

M. Clementi : Intégrale des sonates Girolamo Frescobaldi : Premier livre Luigi Gatti : 6 sonates pour violon E. Grieg : Suites Peer Gynt; Pièces Joseph Haydn : Concertos pour J.N. Hummel, G. Onslow : Quin-
pour piano, vol. 4 des ricercars et alto lyriques clavier, H 18 n° 3, 4 et 11 tettes pour piano
Costantino Mastroprimiano, piano Roberto Loreggian, orgue Alfredo Zamarra, alto; Paolo Ghidoni, Hakon Austbo, piano; RPO; Mark Ermler Jolanda Violante, pianoforte; L’Arte Nepomuk Fortepiano Quintet
violon dell’Arco; Frederico Guglielmo
BRIL94024 - 3 CD Brilliant BRIL94049 - 1 CD Brilliant BRIL94145 - 2 CD Brilliant BRIL94402 - 1 CD Brilliant BRIL94175 - 1 CD Brilliant BRIL94023 - 1 CD Brilliant

F. Liszt : Études d’éxécution trans- Giorgio Mirto : Musique de chambre W.A. Mozart : Concertos pour cor Ildebrando Pizzetti : Intégrale de G.B. Platti : Musique de chambre Franz Poenitz : Œuvres pour harpe
cendante -Transcriptions d’opéras pour guitare n° 1-3 l’œuvre pour piano Ensemble Cordia Laura Vinciguerra, harpe
Michele Campanella, piano G. Tampalini, guitare; Solistes de l’O.C.B. Herman Jeurissen, cor; Roy Goodman, Giancarlo Simonacci, piano
direction
BRIL94147 - 6 CD Brilliant BRIL9259 - 1 CD Brilliant BRIL94644 - 1 CD Brilliant BRIL9202 - 2 CD Brilliant BRIL94007 - 1 CD Brilliant BRIL9179 - 1 CD Brilliant

F. Schubert : Winterreise P.I. Tchaikovski : Intégrale de Alexander Tcherepnin : Concertos Robert de Visée : La musique de la A. Vivaldi : Concertos pour violon, A. vivaldi : 8 concerti solenni
Christian Hilz, baryton; Eckart Selheim, l’œuvre pour violoncelle et orchestre pour piano n° 1-6 Chambre du Roy op. 6 Enrico Casazza, violon; La Magnifica
piano Alexander Rudin, violoncelle; Ensemble Noriko Ogawa, piano; Singapore SO; M. Marchese, théorbe; C. Contadin, viole L’Arte dell’Arco; Frederico Guglielmo, Comunità; Enrico Casazza
Musica Viva; Nicolai Alexeiev Lan Shui de gambe; M. Staropoli, flûte à bec violon, direction
BRIL94053 - 1 CD Brilliant BRIL94188 - 1 CD Brilliant BRIL9232 - 2 CD Brilliant BRIL94154 - 1 CD Brilliant BRIL94245 - 1 CD Brilliant BRIL9198 - 1 CD Brilliant

Œuvres pour duo de harpes et Passionate Baroque Arias : Haen- Œuvres pour violoncelle de Chopin, Duos pour orgue et piano de Dupré, Adagios russes : Tchaïkovski, Musique rituelle de Spontini,
voix de Falla, Ravel, Granados, del, Veracini, Vivaldi, Hasse Falla, Debussy, Britten, Schubert… Langlais, Lutoslwaski, Saint-Saëns, Rimski-Korsakov, Glazounov, Berlioz, Ciannella, Clementi...
Montsalvage Gemma Bertagnolli, soprano; Ensemble T. Rosler, violoncelle; K. Würtz, piano Widor Khatchaturian, Prokofiev... Accademia Barocca Dorica; International
Duo Bilitis Cordia; Stefano Veggettis Duo Musart OS d’État de Russie; Evgeny Svetlanov Ensemble de Cordoba; Francesco Chirivì
BRIL9210 - 1 CD Brilliant BRIL94071 - 1 CD Brilliant BRIL9157 - 2 CD Brilliant BRIL9213 - 1 CD Brilliant BRIL9238 - 1 CD Brilliant BRIL9267 - 1 CD Brilliant

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Cage : Etudes Boreales, Harmonies… Gauwerky, Knoop. WER6718 15,72 € p. 2 
Haendel : Neuf Arias Allemandes. Spengler, Voß. KL1520 12,48 € p. 6 
Keiko Harada : Midstream, duos. Levine, Hussong, Kiku... WER7354 15,36 € p. 2 
Sigmund von Hausegger : Œuvres symphoniques. Hermus. CPO777810 15,36 € p. 6 
Henze : Hommages. Ensemble recherche. WER6727 15,72 € p. 2 
Hindemith : Intégrale de la musique de chambre pour c... BRIL95295 7,57 € p. 6 
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Mozart : Davide Penitente - Adagio et fugue, K 546. K... CM731704 29,28 € p. 3  Récitals
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Rameau : Hippolyte et Aricie (Glyndebourne). Lyon, Ka... OABD7150D 30,72 € p. 3  Liszt, Debussy, Moussorgski : Pictures, œuvres pour p... ADW7576 13,20 € p. 13 
Christiane Karg : Heimliche Aufforderung. Lieder de S... 0300566BC 14,64 € p. 3  Triptych : Trios pour piano de Beach, Klouda et C. Sc... GEN17449 13,92 € p. 13 
Christiane Karg : Heimliche Aufforderung. Lieder de S... 0300571BC 24,00 € p. 3  J.S. Bach, W.F. Bach, Mozart : Harpsichorduo, Œuvres ... DUX1337 15,36 € p. 13 
Zumsteeg : Die Geisterinsel. Bernius. CAR83229 28,32 € p. 3  L’Orgue Symphonique : Musique française pour orgue au... RES10160 13,92 € p. 13 
Alphabétique L’organiste virtuose : Chefs-d’œuvre des époques Tudo... RES10143 13,92 € p. 13 
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Bach : Sonates pour orgue, BWV 525-530. Toporowski, O... DUX1339 15,36 € p. 3  José Serebrier dirige Mennin, Lee et Serebrier. Karr. UAV5985 13,92 € p. 14 
Sebastian Knauer : Bach & Sons, vol. 2. Hope, Jundt, ... 0300764BC 14,64 € p. 3  Symphonic Jazz with Andy Miles. Marshall, Baumann. CPO555154 15,36 € p. 14 
C.P.E. Bach : Mélodies sacrées. Blasco, Mahugo. BRIL95462 6,00 € p. 4  Michail Jurowski au Festival Chostakovitch de Gohrich... 0300935BC 14,64 € p. 14 
Beethoven : Intégrale des quatuors à cordes, vol. 6. ... AUD92685 16,44 € p. 4  Bohemia : Quintettes à vent de Janacek, Haas, Zemlins... GEN17460 13,92 € p. 14 
Beethoven : Intégrale des sonates pour piano, vol. 1.... BRIL95103 9,60 € p. 4  Airs d’opéras en transcriptions pour trompette et org... TC850003 12,48 € p. 14 
Boccherini : Trios à cordes, op. 6. Trio Lubotsky. BRIL95493 6,00 € p. 4  Gala Unter den Linden : Airs d’opéras. Adam, Schreier... 0300925BC 12,48 € p. 14 
Brahms : Die schöne Magelone. Borchev, Kusnezow. GEN17470 13,92 € p. 4  Concertos pour flûte viennois : Wagenseil, Bonno, Gas... CPO555076 15,36 € p. 15 
Charles Burney : Sonates pour piano à 4 mains. Clemen... BRIL95447 7,57 € p. 4  Erotica Antiqua : Villanelles napolitaines. Calandra,... BRIL95448 6,00 € p. 15 
Castelnuovo-Tedesco : Sonnets de Shakespeare. Riches,... RES10141 13,92 € p. 5  Decades : A Century of songs, vol. 2 (1820-1830). Con... VIVAT114 13,92 € p. 15 
Erik Chisholm : Concerto pour violon - Suite de Danse... CDA68208 15,36 € p. 5  Wartime Music Vol. 17 - Wartime Songs by M.Blanter, V... NFPMA99101 9,60 € p. 15 
Chopin : Intégrale des nocturnes. Huangci. 0300905BC 18,96 € p. 5  El Teatro Del Arpa : La musique pour harpe en Espagne... DUX1359 15,36 € p. 15 
Debussy, Ravel : Trios pour piano. Trio Feininger. AVI8553317 15,36 € p. 5  Historique
Dvorák, Suk : Quatuors pour piano. Quatuor Josef Suk. SU4227 13,92 € p. 5  Carl Schuricht dirige Mozart et Brahms. Casadesus. AUD95645 12,48 € p. 16 
Yuri Falik : Œuvres pour violon et orchestre. Lieberm... NFPMA99119 11,76 € p. 5  Copland : Before the LP, 1928-1949. Luening, Copland,... PACD96057 11,76 € p. 16 
Leo Fall : Brüderlein fein, opérette. Krabbe, Bönig, ... CPO777796 15,36 € p. 6  Debussy, Franck : Sonates pour violon. Dubois, Maas. BID80172-2 11,76 € p. 16 

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Christian Thielemann dirige Bruckner : Symphonie n° 6. CM738208 19,68 € p. 17  Giorgio Mirto : Musique de chambre pour guitare. Tamp... BRIL9259 6,00 € p. 18 
Christian Thielemann dirige Bruckner : Symphonie n° 6. CM738304 29,28 € p. 17  Mozart : Concertos pour cor. Jeurissen, Goodman. BRIL94644 6,00 € p. 18 
Puccini : La Bohème - Tosca - Madame Butterfly. Lopez... OA1240BD 25,08 € p. 17  Ildebrando Pizzetti : Intégrale de l’œuvre pour piano... BRIL9202 7,57 € p. 18 
Verdi : Un ballo in maschera. Domingo, Ricciarelli, C... OA1236D 15,00 € p. 17  Giovanni Benedetto Platti : Musique de chambre. Ensem... BRIL94007 6,00 € p. 18 
Verdi : Otello. Cura, Röschmann, Alvarez, Bernheim, ... CM740008 21,84 € p. 17  Franz Poenitz : Œuvres pour harpe. Vinciguerra. BRIL9179 6,00 € p. 18 
Verdi : Otello. Cura, Röschmann, Alvarez, Bernheim, ... CM740104 29,28 € p. 17  Schubert : Winterreise. Hilz, Sellheim. BRIL94053 6,00 € p. 18 
Festival de Grafenegg 2016, Dixième anniversaire : Œu... CM740208 19,68 € p. 17  Tchaikovski : Intégrale de l’œuvre pour violoncelle e... BRIL94188 6,00 € p. 18 
Festival de Grafenegg 2016, Dixième anniversaire : Œu... CM740304 29,28 € p. 17  Alexander Tcherepnin : Intégrale des concertos pour p... BRIL9232 7,57 € p. 18 
Sélection Brilliant Classics Robert de Visée : La Musique de la Chamber du Roy. St... BRIL94154 6,00 € p. 18 
Bach : Passion selon St. Matthieu. Cleobury. BRIL94126 9,60 € p. 18  Vivaldi : Six concertos pour violon. Guglielmo. BRIL94245 6,00 € p. 18 
Johann Sebastian Bach : Reconstructions de Concertos.... BRIL94340 6,00 € p. 18  Vivaldi : 8 Concerti Solenni. Casazza. BRIL9198 6,00 € p. 18 
C.P.E. Bach : Symphonies hambourgeoises. Talpain. BRIL94042 6,00 € p. 18  Falla, Ravel, Granados, Montsalvatge : L’heure Espagn... BRIL9210 6,00 € p. 18 
J.C. Bach, Mozart : Airs de concert. Thébault, Kouda,... BRIL94116 6,00 € p. 18  Passionate Baroque Arias. Bertagnolli, Cordia. BRIL94071 6,00 € p. 18 
Beethoven : Intégrale des sonates pour piano. Brendel. BRIL94075 26,88 € p. 18  Rhapsodies pour violoncelle. Rosler, Würtz. BRIL9157 7,57 € p. 18 
Hildegard von Bingen : O Orzchis Ecclesia BRIL94273 6,00 € p. 18  Duos pour orgue et piano. Duo Musart. BRIL9213 6,00 € p. 18 
Brahms : Intégrale des symphonies. Van Zweden. BRIL94074 9,60 € p. 18  Adagios russes. Svetlanov. BRIL9238 6,00 € p. 18 
Brahms : Œuvres chorales. Matt. BRIL94262 18,24 € p. 18  Misterio : Ritual Music for an Uncertain Age. Chirivi. BRIL9267 6,00 € p. 18 
Brahms : Un requiem allemand. Häggander, Lorenz, Kegel. BRIL94353 6,00 € p. 18 
Ferruccio Busoni : Fantasia Contrappuntistica. Bartoli. BRIL94223 6,00 € p. 18 
Niccolò Castiglioni : Œuvres pour piano. Pompili. BRIL9167 6,00 € p. 18 
Chopin : Œuvres de jeunesse. Mastroprimiano. BRIL94066 6,00 € p. 18  TOTAL A €

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