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Déformation plastique et dislocations - 1

 1 - Déformation plastique
o 1.1 - Introduction
o 1.2 - Loi de la déformation
o 1.3 - Morphologie de la déformation
o 1.4 - Glissements de plans atomiques
 2 - Dislocations
o 2.1 - Les dislocations : un glissement localisé
o 2.2 - Dislocation coin
o 2.3 - Dislocation vis
o 2.4 - Dislocation mixte
o 2.5 - Conséquences des dislocations
 3 - Pour aller plus loin
o 3.1 - Vecteur de Burgers
o 3.2 - Étalement du coeur
o 3.3 - Force de frottement
o 3.4 - Épinglage

1 -- Déformation plastique
1.1 - Introduction

La déformation plastique est ce qui permet la mise en forme de pièces métalliques :


 le laminage permet de faire des tôles, des plaques et des barres ;
 le tréfilage permet de faire des fils ;
 le forgeage, l'emboutissage, l'estampage, le pliage permettent de donner des formes
complexes, des volumes.

Cela concerne essentiellement les métaux et donc pas les matièplastiques (polymères),
contrairement à ce que pourrait laisser penser le nom ; le terme "plastique" désigne ici la
capacité à modeler, à sculpter (cf. les arts plastiques).
La déformation plastique est aussi ce qui permet à une pièce de résister à la rupture
en cas d'accident : une pièce est prévue pour se déformer de manière modérée en
service, sans que cela ait de conséquence définitive. La déformation est dite
réversible, élastique. Lors d'une surcharge, d'un choc, la déformation qui s'en suit
peut entraîner la rupture, la cassure de la pièce.
Si la pièce peut se déformer plastiquement, cette déformation va absorber l'énergie
de la surcharge et du choc ; la pièce sera inutilisable, mais elle aura tenu et aura ainsi
peut être sauvée des vies.
Ainsi, la voiture se déforme lors d'un choc, mais protège les occupants ; le
mousqueton d'alpinisme se déforme lors d'une chute, mais retient l'alpiniste.
On voit donc que la compréhension de la déformation plastique est capitale, afin de
pouvoir concevoir des pièce de formes complexes, mais aussi des pièces de sécurité.
Le modèle du cristal parfait ne suffit pas pour expliquer cette déformation : en effet,
chaque atome est à sa place, la structure est trop rigide. Il nous faudra pour cela
introduire des défauts linéaires, les "dislocations". Mais nous allons dans un premier
temps regarder le comportement général des pièces lors de la déformation plastique.

1 -- Déformation plastique
1.2 - Loi de la déformation

 1.2.1 - Rupture fragile et rupture ductile


 1.2.2 - Autres courbes de déformation possibles

1.2.1 - Rupture fragile et rupture ductile

Les matériaux fragiles (principalement les verres, céramiques, roches, métaux à basse
température, mais cette liste n'est pas exclusive) cassent sans déformation plastique.
Les matériaux ductiles, eux, gardent une déformation résiduelle après une
sollicitation importante. Pour caractériser la déformation d'un matériau de manière
simple, on pratique un essai dit de "traction uniaxiale" : on prend une éprouvette
cylindrique, c.-à-d. un cylindre fait dans le matériau à tester, et on tire dans l'axe du
cylindre jusqu'à la rupture. On enregistre la force de traction en fonction de
l'allongement, ou plus précisémment la contrainte  (sigma) en fonction de
l'allongement relatif  (epsilon) :
 contrainte  : force F divisée par la section S du cylindre
 = F/S
en MPa (méga-pascal), 1 MPa = 1 000 000 N.m-2 
 allongement relatif ou "déformation"  : le déplacement de l'extrémité solicitée l
divisée par la longueur initiale l0 du cylindre
 = l/l0
sans dimension (parfois en %).
Fig. 1-1 : Essai de traction uniaxial
Dans le cas d'un matériau fragile, la loi est linéaire ; le matériau casse dans le
domaine linéaire.

Fig. 1-2 : rupture fragile, dans le domaine linéaire


Dans le cas d'un matériau ductile, la loi est d'abord linéaire (c'est le domaine
élastique), puis s'infléchit (domaine plastique) avant de décroître (domaine
d'endommagement et rupture).

Fig. 1-3 : rupture ductile


| début |

1.2.2 - Autres courbes de déformation possibles


Dans le cas de la déformation plastique, on observe parfois plusieurs types de
comportements, selon matériau, la température et la vitesse de déformation :
 transition douce : on ne voit pas de distinction franche entre la partie linéaire et la
partie plastique ;
 décrochement : au moment de commencer la déformation plastique, la contrainte
chute ;
 oscillations (phénomène de Portevin-Lechatelier) : dans la partie plastique, la
contrainte varie en zig-zag.

Fig. 1-2 : autre courbes de déformation possibles


Tous ces phénomènes peuvent s'expliquer par la théorie des dislocations.

1 -- Déformation plastique
1.3 - Morphologie de la déformation

 1.3.1 - Déformation et rupture élastiques


 1.3.2 - Déformation plastique
 1.3.3 - Rupture plastique

1.3.1 - Déformation et rupture élastiques

La déformation élastique est réversible, c.-à-d. que si l'on relâche la contrainte, la


pièce reprend sa forme initiale. Lorsque l'on tire sur le cylindre, son diamètre
diminue  à l'inverse, si on le comprime, son diamètre augmente.
Fig. 1-5 : variation du diamètre du cylindre lors de la déformation élastique
Après la rupture, les faces de rupture présentent en général une multitude de facettes
lisses aux arrêtes tranchantes, voire même parfois une seule face lisse. C'est
notamment cette propriété qui permet de tailler les pierres précieuses avec des faces
lisses. Dans le cas de métaux fragiles, il faut en général utiliser un microscope pour
pouvoir voir ces facettes.

Fig. 1-6 : faciès de rupture fragile


La matière cristalline est en général composée d'une multitude de petits cristaux (ou
grains) accolés les uns aux autres, comme soudés entre eux. Dans certains cas, la
rupture fragile se fait par décollement des cristaux les uns des autres, les faces que
l'on voit sont les faces de ces cristaux ; on parle de rupture inter-granulaire.
Lorsque les cristaux sont bien adhérents entre eux, ou bien lorsqu'il n'y a qu'un seul
cristal (cas des pierres précieuses), la rupture a lieu au sein des cristaux, selon des
plans cristallographiques denses ; on parle alors de rupture trans-granulaire, ou
encore de clivage.

1.3.2 - Déformation plastique


La déformation plastique est irréversible, même lorsque l'on relâche la contrainte, il
reste une déformation résiduelle. Si l'on interrompt l'essai avant l'endommagement,
le cylindre reste allongé.

Fig. 1-7 : déformation plastique irréversible


On voit sur la courbe précédente que la redescente se fait de manière linéaire,
élastique, donc réversible. Donc, si l'on retire dessus, on va reparcourir la même
portion de courbe, donc le domaine élastique a été étendu, puisque l'on va rester
dans le domaine linéaire jusqu'à une contrainte  plus élevée que lors de la première
traction. Le matériau s'est durci, on parle d'écrouissage.
La déformation plastique se fait à volume constant, un peu comme si l'on faisait
glisser les carte d'un jeu les unes sur les autres.

Fig. 1-8 : déformation à volume constant, image du paquet de cartes


Si l'on utilise des éprouvettes à faces planes, par exemple des plaquettes ou bien des
barreaux à section carrée, on voit apparaître des stries très fines sur les faces. Ce sont
les lignes de glissement. Pour reprendre l'exemple du paquet de carte, lorsqu'une
carte glisse sur l'autre, il apparaît une strie car le haut du paquet est décalé par
rapport au bas.
1.3.3 - Rupture plastique

L'endommagement commence par une concentration de la déformation plastique, ou


"striction". Au lieu d'être répartie sur toute la longueur du barreau, la déformation se
concentre sur une zone. La rupture va bien entendue avoir lieue dans cette zone ; le
faciès de rupture présente des signes d'arrachement, comme des cupules.

Fig. 1-9 : endommagement : striction et rupture avec faciès d'arrachement

1 -- Déformation plastique
1.4 - Glissements de plans atomiques

Voici comment l'on peut représenter la déformation dans un monocristal. Les atomes
sont empilés selon un réseau ; dans ce réseau, on peut représenter des plans denses,
c'est à dire des plans géométriques contenant de nombreux atomes par µm 2.

Fig. 1-10 : exemple de plans atomiques denses dans un cristal


La déformation va correspondre à un glissement des atomes dans l'un de ces plans.
On voit bien que dans un plan dense, le glissement minimal redonnant une
configuration conforme au réseau est plus petit que dans un plan peu dense, où les
atomes sont éloignés.
Fig. 1-11 : le glissement minimum est plus petit dans un plan dense
On retrouve ainsi l'image du jeu de carte, ce modèle est donc compatible avec le fait
que la déformation plastique se fait sans changement de volume (déformation
isochore).
Ce modèle explique également l'apparition de ligne de glissement sur les éprouvettes
à faces planes : le glissement selon certains plans donne l'apparition de marches en
surface, ce que l'on voit comme des lignes.

Fig. 1-12 : déformation par glissement selon un plan atomique et formation d'une marche

2 -- Dislocations
 2.1 - Les dislocations : un glissement localisé
 2.2 - Dislocation coin
 2.3 - Dislocation vis
 2.4 - Dislocation mixte
 2.5 - Conséquences des dislocations

2.1 - Les dislocations : un glissement localisé

La déformation plastique se fait donc par glissement de plans cristallins. Mais ce


glissement ne peut pas se faire d'un seul coup : il faudrait que tous les atomes
concernés par le plan de glissement (soit environs 10 14 par mm2, soit 100 000
milliards !) se soulèvent en même temps. L'énergie, la force qu'il faudrait est bien
supérieure à ce qui a est mesuré.

Fig. 2.1 - Impossibilité d'un glissement global du plan cristallin


Considérons un problème analogue : nous voulons déplacer un grand tapis de
quelques centimètres, mais si l'on tire dessus, le frottement rend très difficile le
mouvement. Une solution pour le déplacer consiste à former une bosse à l'une des
extrémités, puis à faire avancer cette bosse jusqu'au bout, et là, miracle, nous avons
fait avancer le tapis presque sans effort.

Fig. 2.2 - Comment faire avancer un tapis presque sans effort


C'est ainsi que ce fait le mouvement cristallin, petit bout par petit bout. L'endroit où
se produit la déformation est une perturbation de petite taille, comparé au plan
cristallin total : une seule rangée atomique bouge à la fois. Cette perturbation est
appellée dislocation ; c'est un glissement localisé.
Fig. 2.3 - Propagation de la déformation par une dislocation, deux mécanismes modèle

2 -- Dislocations
 2.1 - Les dislocations : un glissement localisé
 2.2 - Dislocation coin
 2.3 - Dislocation vis
 2.4 - Dislocation mixte
 2.5 - Conséquences des dislocations

2.2 - Dislocation coin

Le premier modèle présenté ci-dessus, que l'on appelle dislocation coin (edge
dislocation), peut être décrit de la manière suivante : on enlève un demi-plan
atomique (vertical sur le dessin), les autres plans se ressèrent donc pour "combler le
vide". La zone de perturbation, ou coeur de la dislocation, est donc une zone dont le
diamètre vaut quelques distances inter-atomiques ; cette dimension (environ un
millionième de millimètre) est très petite devant celle de l'objet. Les atomes n'étant
pas à leur place, la perturbation peut être vue comme une déformation élastique
autour de la dislocation, donc la dislocation est une "concentré" d'énergie élastique.
Fig. 2.4 - Arrangement des atomes au niveau du coeur d'une dislocation
Le cristal se déforme sur toute sa largeur, donc le défaut s'étend lui aussi sur toute la
largeur. La dislocation forme donc une ligne : autour de cette ligne, l'arrangement
des atomes est perturbé, mais loin de cette ligne, l'arrangement des atomes est
normal -- après tout, il ne manque jamais q'une rangée d'atomes sur quelques
millions de milliards...

Fig. 2.5 - La dislocation : une perturbation linéaire de l'arrangement des atomes


Ainsi, lorsque cette ligne se déplace à travers le cristal, il propage la déformation.
Après son passage, le cristal à exactement la même structure qu'avant, il y a seulement
une marche qui s'est crée à la surface de départ de la dislocation. Lorsque la
dislocation a traversé de part en part le cristal, celui-ci présente une marche de
chaque côté, il a été cisaillé de manière irréversible, mais sa structure cristalline est
intacte.
Fig. 2.6 - Cisaillement irréversible du cristal lors du passage de la dislocation coin
Cependant, si la dislocation est une ligne, la structure même du coeur détermine la
facilité de déplacement de la dislocation et donc la facilité de déformation de l'objet ;
ainsi, selon l'aspect que l'on étudie, on considérera la dislocation :
 parfois comme une ligne de largeur infinitésimale (objet de dimension 1) lorsque l'on
regarde la progression de la déformation à l'échelle de l'objet ;
 parfois comme un tube (objet de dimension 3), lorsque l'on regarde les perturbations à
l'échelle de l'atome.

2 -- Dislocations
 2.1 - Les dislocations : un glissement localisé
 2.2 - Dislocation coin
 2.3 - Dislocation vis
 2.4 - Dislocation mixte
 2.5 - Conséquences des dislocations

2.3 - Dislocation vis

Le deuxième modèle de déformation présenté Fig. 2.3 est la dislocation dite vis (screw
dislocation) : elle se propage perpendiculairement à la déformation, à la manière d'une
fermeture glissière (Éclair). Elle porte son nom car, si on fait le tour de la dislocation
en suivant un plan atomique, on monte d'un niveau par tour, à la manière du filet
d'une vis.
Fig. 2.7 - La dislocation vis : une autre perturbation linéaire de l'arrangement des atomes, propageant la déformation
La déformation propagée est la même dans le cas d'une dislocation vis ou coin, mais
c'est le mouvement de la ligne qui change : dans la direction de la déformation dans
le cas d'une coin, perpendiculairement à la déformation dans le cas d'une vis.

2 -- Dislocations
 2.1 - Les dislocations : un glissement localisé
 2.2 - Dislocation coin
 2.3 - Dislocation vis
 2.4 - Dislocation mixte
 2.5 - Conséquences des dislocations

2.4 - Dislocation mixte

Nous avons décrit ici deux types de dislocation rectiligne, qui sont deux modèles
extrêmes ; dans la réalité, les lignes de dislocations sont courbes, et une dislocations
est donc parfois coin lorsque la ligne est perpendiculaire à la déformation, parfois vis
lorsque la ligne est parallèle à la déformation, parfois entre les deux. On peut même
avoir une boucle de dislocation (la ligne est un cercle fermé).
Fig. 2.8 - Dislocation mixte : la ligne de la dislocation est courbe, la dislocation est ici vis à l'extrémité gauche
et coin à l'extrémité droite

2 -- Dislocations
 2.1 - Les dislocations : un glissement localisé
 2.2 - Dislocation coin
 2.3 - Dislocation vis
 2.4 - Dislocation mixte
 2.5 - Conséquences des dislocations

2.5 - Conséquences des dislocations

Les dislocations sont donc des défauts linéaires, qui, en parcourant le cristal,
propagent la déformation plastique (irréversible) ; plus la pièce est déformée, plus
elle contient de dislocations.
Pour de nombreux phénomènes, on peut oublier l'arrangement des atomes et
considérer la dislocation comme un fil élastique qui traverse le cristal (une sorte de fil
à couper le beurre, sauf que le beurre se ressoude après son passage). Le mouvement
du fil peut être bloqué par des obstacles, c'est à dire d'autres défauts du cristal, il y a
donc un effet durcissant des défauts.
La théorie des dislocations permet d'expliquer :
 pourquoi la force à laquelle commence la déformation plastique est très inférieure à
celle prévue par la théorie de l'élasticité du cristal parfait ;
 pourquoi on voit apparaître des lignes sur les côté polis des pièces déformées
plastiquement ;
 pourquoi certains matériaux sont plus ductiles (se déforment plus facilement) que
d'autres ;
 l'écrouissage (le durcissement d'une pièce déformée plastiquement) ;
 ce qui fait varier la ductilité d'un matériau (pureté, taille des grains, température
ambiante, vitesse de déformation...)

Ces phénomènes sont un peu plus compliqués à présenter, vous trouverez des amorces
d'explication dans la page suivante...
3 -- Pour aller plus loin
 3.1 - Vecteur de Burgers
 3.2 - Étalement du coeur
 3.3 - Force de frottement
 3.4 - Épinglage

3.1 - Vecteur de Burgers

La déformation propagée peut être représentée par un vecteur, appellé vecteur de


Burgers. Ainsi, on dit que la dislocation est coin si le vecteur de Burgers est
perpendiculaire à la ligne de dislocation, et qu'elle est vis si il est parallèle.

Fig. 3.1 - Vecteur de Burgers (de déformation) dans le cas d'une dislocation coin et d'une dislocation vis
Le glissement consiste en une translation des atomes, la structure globale du cristal
restant inchangée, donc un atome prend la place d'un autre atome. Comme la
déformation est forcément un vecteur reliant deux atomes, c'est à dire un vecteur du
réseau cristallographique, on peut utiliser les indices de Miller pour donner le
vecteur de Burgers (cf. les notions de Plans nodaux et de Rangées nodales). Ainsi, on
parle de dislocation [100] ou bien 1/2[111].

Force d'entraînement

La contrainte extérieure exercée sur le cristal entraîne le déplacement d'atomes qui


provoque le déplacement de la dislocation. On peut donc considérer que la
contrainte fait elle-même bouger la dislocation. Intuitivement, on voit que :
 la force d'entraînement de la dislocation est proportionnelle à l'intensité de la
contrainte ;
 la contrainte ne peut faire bouger une dislocation que si la déformation qu'elle propage
va en partie dans le sens de la contrainte ; en clair, il faut que le vecteur de Burgers ne
soit pas perpendiculaire à la contrainte (on se place en sollicitation uni-axiale), il ne
peut y avoir de déformation perpendiculaire à la traction.
Ceci fait que globalement, la force d'entraînement de la dislocation dépend du produit scalaire
de la contrainte par le vecteur de Burgers.

3 -- Pour aller plus loin


 3.1 - Vecteur de Burgers
 3.2 - Étalement du coeur
 3.3 - Force de frottement
 3.4 - Épinglage

3.2 - Étalement du coeur

La dislocation est une zone de perturbation élastique, les atomes sont déplacés par
rapport à leur position "normale". Or, le cristal est anisotrope, il y a des directions
préférentielles, dans lesquelles on rencontre plus d'atomes que dans d'autres (par
exemple, les arrêtes et les diagonales de la maille élémentaire). Il est donc logique
que la perturbation élastique soit elle aussi anisotrope.
Pour simplifier : dans une direction où l'on rencontre de nombreux atomes (direction
dite "dense"), les atomes vont se pousser les uns les autres, donc la perturbation se
fera sentir loin ; par contre, dans une direction peu dense, les atomes ont de la place,
il vont pouvoir bouger sans pousser leurs voisins, la perturbation sera concentrée.
Donc, dans les directions denses, le coeur est étalé, alors que dans les directions peu
denses, il est resserré.
La dislocation étant en ligne, on peut en fait dire que le coeur de la dislocation est
étalé sur les plan denses et resserrée sur les plans peu denses. Pour représenter ceci,
on peut tracer les lignes d'iso-déplacement des atomes par rapport à leur position
normale dans une coupe perpendiculaire à la ligne de dislocation (fig. 3.2).
Fig. 3.2 - Étalement du coeur d'une dislocation vis <111> dans un réseau cubique centré, lignes d'iso-
déplacement
L'étalement du coeur s'entend perpendiculairement à la ligne de dislocation. Si la
ligne de dislocation est courbe, alors d'un point à un autre de la dislocation, les
direction cristallographiques perpendiculaires seront différentes. Donc, le coeur de la
dislocation sera plus étalé à certains endroits qu'à d'autres. Ceci peut se voir avec un
microscope électronique en transmission -- MET (transmission electron microscope --
TEM).

3 -- Pour aller plus loin


 3.1 - Vecteur de Burgers
 3.2 - Étalement du coeur
 3.3 - Force de frottement
 3.4 - Épinglage

3.3 - Force de frottement

Lorsqu'une dislocation avance d'une rangée atomique, c'est en fait une rangée
atomique qui sort de son ancienne place (cristal avant déformation) pour prendre sa
nouvelle place (cristal après déformation). L'état initial (ancienne place) et l'état final
(nouvelle place) sont deux états stables, l'étape intermédiaire est un état de plus
grande énergie (les atomes sont hors de leur emplacement normal). Il faut donc
fournir de l'énergie pour que la dislocation avance d'un cran, ceci correspond à un
freinage du mouvement, à une force de freinage. Cette force s'appelle force de Peierls-
Nabarro.
La vitesse de la dislocation dans un cristal "pur" dépend donc de sa force
d'entraînement et de la force de Peierls-Nabarro.
La force de Peierl-Nabarro dépend beaucoup de l'étalement du coeur. Pour
caricaturer, si la déformation est concentrée dans une ligne monoatomique, lorsque
celle-ci se déplace, chaque atome sur la ligne subit un déplacement important, donc
cela nécessite une énergie importante ; par contre, si la déformation est répartie sur
10 atomes de large, lorsque la dislocation avance d'une rangée atomique, chaque
atome de la rangée ne subit qu'un faible déplacement, donc l'énergie nécessaire est
plus faible.
La dislocation glisse donc plus facilement sur les plans ou elle est étalée, donc sur les
plans denses. Ceci explique que, pour une structure cristallographique donnée, le
glissement a souvent lieu sur le même type de plans.

Structures cristallines et systèmes de glissement

Une dislocation de vecteur de Burgers [uvw] glisse sur un plan (hkl) -- on parle de
système de glissement [uvw](hkl). Pour que le glissement soit "facile", [uvw] doit être
forcément une direction dense, car cela donne une déformation minimale, et (hkl) un
plan dense, car cela donne une force de frottement minimale. Donc, pour une
structure cristallographique donnée, il y a un nombre réduit de systèmes de
glissements faciles. Plus une structure a de systèmes de glissement faciles, plus le
cristal pourra être ductile (mais la ductilité dépend aussi d'autres paramètres comme
la pureté, la taille de grains...). À l'inverse, une structure qui a peu de systèmes de
glissement faciles sera intrinsèquement fragile (le cristal cassera sans déformation
plastique).
La structure possédant le plus de systèmes de glissement faciles est la structure
cubique à faces centrées (cfc). On a en effet :
 plans {111} : directions <110> soit 9 systèmes ([1-10](111), [10-1](111), [01-1](111),
[110](-111) ...) ;
 plans {100} : directions <100> et <110>, soit 12 systèmes ([010](100), [001](100),
[011](100), [0-11](100) [100](010)...).

donc au total 18 systèmes.


Fig. 3.3 - Systèmes de glissement génériques dans les cristaux cubiques à faces centrées
Et effectivement, les métaux les plus ductiles comme l'or, le cuivre et l'aluminium
sont des cubiques à faces centrées. Les aciers austénitiques , cubiques à faces
centrées, sont plus ductiles que les aciers ferritique , cubiques centrés.

3 -- Pour aller plus loin


 3.1 - Vecteur de Burgers
 3.2 - Étalement du coeur
 3.3 - Force de frottement
 3.4 - Épinglage

3.4 - Épinglage

Atomes étrangers et nuage de Cotterel

La dislocation est une zone de perturbation. Donc, en raison du désordre ambiant, un


atome étranger, une impureté, peut s'y réfugier sans trop perturber le reste du
cristal ; autrement dit, l'énergie de l'atome étranger est plus faible si celui-ci se trouve
au niveau de la dislocation que si il est au coeur du cristal. Cette diminution
d'énergie constitue une "énergie de liaison" entre l'impureté et la dislocation. On a
donc deux phénomènes :
 les atomes étrangers ont tendance à migrer vers la dislocation, on parle de
ségrégation ; ces atomes entourant la dislocation forment ce que l'on appelle un nuage
(ou atmosphère) de Cotterel ;
 si une dislocation est liée à un des atomes étrangers (qu'ils aient ségrégé vers elle ou
bien qu'elle les ait rencontré lors de son mouvement), elle aura du mal à s'en détacher,
elle sera épinglée.

Le modèle du nuage de Cotterel, proposé en 1949 par Cotterel et Bilby, a été enfin "vu" par
microscopie à effet de champ (field emission microscope) en 2000. Ceci explique trois
phénomènes :
 un métal pur est plus ductile qu'un métal contenant des additifs, le fer pur est plus
ductile que les aciers ferritiques qui contiennent du carbone (puisqu'il n'y a pas
d'épinglage) ;
 les dislocations épinglées sont freinées au démarrage, ce qui explique la diminution de
la contrainte au début de la déformation plastique dans les métaux non purs
("décrochement") ;

Fig. 3.4 - Dislocation épinglée par des atomes étrangers

 l'effet Portevin-Lechatelier : dans certaines conditions, notamment de température et


de vitesse de déformation, la dislocation se décroche de son nuage de Cottrell, mais les
atomes diffusent suffisamment vite pour rattraper la dislocation et l'épingler à
nouveau ; on observe donc des oscillations sur la courbe de traction, c'est l'effet
Portevin-Lechatelier.
Fig. 3.5 - Course-poursuite entre la dislocation en mouvement (déformation plastique) et le nuage de
Cottrell (diffusion)

Précipitité et durcissement structural

Un cristal peut contenir des précipités, c'est à dire des petits cristaux d'un autre phase
noyés au sein du cristal (par exemple dans un fonte, des carbures de fer Fe 3C dans la
matrice de fer). Les précipités vont eux aussi épingler la dislocation ; par contre, vu
leur taille, il ne diffusent pas, donc c'est nécessairement la dislocation qui à leur
rencontre. La présence de précipités durcit donc le matériau, c'est ce que l'on appelle
le durcissement structural.

Fig. 3.6 - Durcissement structural : épinglage par des précipités

Écrouissage : les arbres de la forêt

Deux dislocations, dont les lignes ne sont pas parallèles, et qui se croisent vont
s'épingler mutuellement. Il s'agit là encore d'un effet de la déformation élastique,
globalement :
 soit les déformations s'annulent, il y a donc à l'intersection une diminution de l'énergie
élastique, donc une "liaison" entre les dislocations ;
 soit les déformations s'ajoutent, il y a donc à l'intersection une augmentation de
l'énergie élastique, donc les dislocations se repoussent et rechignent à se croiser.

Conclusion : plus il y a de dislocations, plus leur mouvement est difficile. Or, comme les
dislocations se multiplient pendant le déformation plastique (cf. ci-dessous), on comprend
bien que plus un matériau a été déformé plastiquement, plus les dislocations auront du mal à
bouger. C'est à cela qu'est dû l'écrouissage, l'augmentation de la limite élastique lors de la
déformation plastique.

Fig. 3.7 - Écrouissage : épinglage d'une dislocation par d'autres (arbres de la forêt)

Multiplication des dislocations par le mécanisme de Franck et Read

Les dislocations se multiplient au cours de la déformation plastique. Le principal


mécanisme fut décrit par Franck et Read :
1. une dislocation est épinglée à ses extrémités ;
2. la liaison est trop forte pour qu'elle puisse se libérer, donc elle propage la déformation
en se tordant ;
3. lorsque deux portions de la dislocation se rejoignent, elle se sépare en deux : une
boucle de dislocation qui part propager la déformation, et un segment linéaire qui va
pouvoir recommencer.

Fig. 3.8 - Écrouissage : multiplication des dislocations par le mécanisme de Franck et Read

Tension de ligne

La dislocation est une zone de perturbation élastique, elle contient de l'énergie


élastique ; donc, plus elle est longue, plus elle contient d'énergie. Ainsi, pour
minimiser la quantité d'énergie stockée, elle a tendance à minimiser sa longueur, c'est
à dire à être droite. Lorsqu'elle se courbe, qu'elle s'allonge, il y a donc une "force de
rappel" qui tend à la ramener droite, comme un fil élastique ; on parle de "tension de
ligne".
Cette tension de ligne dépend bien entendu de la structure du coeur, donc de la
direction de la ligne (puisque celle-ci détermine l'énergie élastique, cf. Étalement du
coeur).
C'est en partie cette tension qui lui permet de franchir les obstacles qui l'épinglent :
en effet, la dislocation se courbe sous l'effet de la contrainte (force d'entraînement),
donc la tension augmente, et lorsque celle-ci dépasse la force d'épinglage, la
dislocation se libère.
En fait, la dislocation est comme une corde vibrante ; bien entendu, ce sont les atomes
qui vibrent sous l'effet de l'agitation thermique, mais lorsque des atomes se
déplacent, cela modifie la ligne de dislocation. Tout se passe donc "comme si" la
dislocation elle-même vibrait, comme un fil élastique tendu par la tension de ligne.
Cette vibration peut permettre à la dislocation épinglée de "sauter" l'obstacle.
L'énergie de vibration est proportionnelle à kT, k étant la constante de Boltzmann 1 et
T la température absolue (en Kelvin2), et cette énergie participe à la libération de la
dislocation, à son désancrage. Donc, le désancrage est thermiquement activé, cela
explique que la limite élastique diminue avec la température, le matériau se
"ramollit" lorsqu'il chauffe.
La tension de ligne explique aussi que les boucles de dislocation ne soient en fait pas
circulaires : le cercle est la figure géométrique qui minimise la longueur si le milieu est
isotrope ; or, le cristal a des directions préférentielles. Un boucle de dislocation sera
donc en fait composée de parties rectilignes dont les directions sont perpendiculaires
aux directions denses du cristal ; dans le cas d'un cristal cubique centré par exemple,
les boucles dans les plans {111} seront hexagonales.
Notes
 1 : Ludwig Boltzmann, physicien autrichien (1844-1906) -- k = env. 1,38.10-23 J.K-1, retour
 2 : William Thomson, Lord Kelvin, physicien anglais (1824-1907) -- la température absolue T, en
Kelvin, est calculée par rapport à la température commune t, en degrés Celsius, par T = t + 273,15 ; une
augmentation d'un oC correspond donc à une augmentation d'un K retour