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1 Structure des métaux


de métallurgie physique

1 • NOTIONS DE MÉTALLURGIE PHYSIQUE

NOTIONS DE MÉTALLURGIE PHYSIQUE


Michel Colombié

1.1 Structure des métaux


1.1.1 Liaisons entre atomes d’un solide
Les solides, quels qu’ils soient, sont formés d’atomes liés entre eux par des forces sur
lesquelles nous reviendrons. Rappelons d’abord que les atomes sont constitués d’un
noyau central chargé positivement, autour duquel gravitent des électrons négatifs. Ces
derniers sont organisés en différentes couches en général complètes à 8 électrons sauf
la dernière. Nous noterons que l’état le plus stable est atteint lorsque cette dernière
couche contient, elle aussi, 8 électrons.

 Types de liaisons
À partir des remarques précédentes, on comprendra que plusieurs types de liaison puis-
sent exister entre atomes dans les solides

 Liaison covalente
La liaison covalente est caractérisée par la mise en commun entre atomes d’un ou de
plusieurs électrons de façon à compléter leur couche extérieure à 8 électrons.
Par exemple (figure 1.1), l’atome de chlore possède 7 électrons sur sa couche exté-
rieure : la mise en commun d’un électron de chaque atome entraîne une liaison covalente
entre deux atomes. Autre exemple, le germanium possédant 4 électrons périphériques
se combine avec 4 autres atomes de germanium : chacun mettra en commun un électron
périphérique de façon à compléter toutes les couches extérieures à 8.
Ces liaisons covalentes sont fortes et directionnelles.

 Liaison ionique
Les atomes liés par des liaisons ioniques perdent ou gagnent un ou plusieurs électrons
périphériques pour compléter leur couche extérieure à 8. Ils deviennent ainsi des ions
positifs ou négatifs ; la liaison résulte de l’attraction entre les ions de charges opposées.
Par exemple, dans le cas du fluorure de lithium LiF, l’atome de lithium perd son électron
périphérique qui vient compléter la couche externe du fluor (figure 1.1).
Cette liaison ionique est encore une liaison forte. C’est le cas de nombreux composés
tels que les oxydes métalliques, comme Al2O3, MgO, CaO, etc.

 Liaison métallique
La liaison métallique (figure 1.1) se caractérise par la mise en commun des électrons de
liaison qui sont répartis dans l’ensemble du réseau d’ions. Ainsi, les métaux sont constitués

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Cl Cl Li+ F–

Liaison covalente de deux Liaison ionique du fluorure


atomes de chlore de lithium

H
+
CH2 C N CH2
e–
O –
Fe++ Fe++
+
e– e– e– e– H

Fe++ Fe++ CH2 N C CH2



e–
O
Liaison métallique : ions Fe2+ dans Liaison de Van der Waals.
le nuage électronique Réticulation du nylon

Figure 1.1 – Quatre types de liaisons.

d’ions occupant des positions déterminées, formant un réseau et baignant dans un


« nuage électronique ».
La position des ions résulte des forces d’attraction et de répulsion électrostatiques qui
s’exercent entre ces ions positifs et le nuage électronique délocalisé.
Il s’agit d’une liaison moyennement forte. On comprendra cependant que, compte tenu
de la « flexibilité » du nuage électronique, qui peut se déplacer à l’intérieur de la structure,
cette dernière est assez souple. En effet, s’il manque localement un ou plusieurs ions, la
structure sera préservée, le nuage électronique s’adaptant pour maintenir les liaisons des
autres ions. Nous verrons que cette propriété est à la base du comportement des maté-
riaux métalliques.

 Liaison de Van der Waals


Dans beaucoup de molécules à liaisons covalentes, le centre des charges positives n’est
pas confondu avec celui des charges négatives ; il y a déformation des orbites externes.
Cela donne lieu à la formation de dipôles (figure 1.1). La liaison de Van der Waals est
due à l’attraction de ces molécules polarisées.
C’est, au contraire des précédentes, une liaison de faible intensité. Ce sont ces liaisons
faibles qui, par exemple, relient entre elles les macromolécules par réticulation.

 Types de liaison et propriétés des matériaux


Les matériaux céramiques (oxydes, nitrures, carbures, etc.) sont caractérisés par des
liaisons covalentes ou ioniques ; ces liaisons très fortes expliquent les températures de
fusion et les résistances élevées de ces matériaux. Ce seront donc des réfractaires, en
général très durs mais fragiles. De même, les liaisons étant directionnelles, les atomes

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ne pourront pas prendre toutes les positions pour être le plus proche possible ; leur
densité sera donc relativement faible. Enfin, l’ordre indispensable à ces types de liaison
ne permet pas la présence de nombreux défauts dans la structure.
Les faibles intensités des liaisons de Van der Waals expliquent, au contraire, que les
polymères aient à la fois une température de fusion et une résistance mécanique très
faibles.
La liaison métallique de force moyenne entraîne pour les métaux des résistances ou des A
duretés et des températures de fusion intermédiaires. N’étant pas directionnelle, elle

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permet aux atomes de se rapprocher au maximum, conduisant à des densités élevées
et aux structures les plus compactes. Enfin, sa flexibilité autorise une grande quantité de
défauts, dont nous verrons l’influence en particulier sur les propriétés mécaniques et la
déformation plastique
Ces quelques remarques expliquent donc l’existence des trois grandes familles de maté-
riaux : céramiques, métaux, polymères et leurs principales propriétés. La métallurgie
s’intéressera à la deuxième, caractérisée par la liaison métallique évoquée ci-dessus. On
y rencontrera accessoirement des composés comme les carbures, les nitrures ou les
oxydes, de type céramique.
 Forces interatomiques. Modèle électrostatique
Quel que soit le type de liaison parmi celles évoquées ci-dessus, les atomes sont donc
liés entre eux par des forces d’attraction ou de répulsion très directement fonction de leur
distance x. En première approximation, nous utiliserons le modèle atomique de l’atome
de Bohr ; selon ce modèle, les électrons chargés négativement sont maintenus en équi-
libre autour du noyau, sous l’effet de leur interaction avec des charges positives.
En considérant, toujours en première approximation, le cas de deux atomes (figure 1.2),
les charges électriques de même signe créent un potentiel électrostatique de répulsion
Ur entre les atomes, alors que les charges de signes opposés créent un potentiel élec-
trostatique d’attraction Ua.

e– e–
e– e–

+ +

Figure 1.2 – Deux atomes.

Le potentiel d’attraction Ua est donné par la loi de Coulomb : Ua = A/x. Le coefficient A


dépend des charges en présence ; il est négatif, car s’agissant de forces d’attraction,
l’énergie diminue si x diminue.
Le potentiel de répulsion est de la forme Ur = B/xn, avec n, une constante de l’ordre de
6 à 11 selon les matériaux.
La figure 1.3 représente la variation de Ua, Ur et du potentiel résultant U = Ua + Ur en
fonction de x. Il présente un minimum pour une distance x0 correspondant à la position
d’équilibre des deux atomes. Par conséquent, cette position d’équilibre des atomes à
l’état solide correspond à l’existence du puits de potentiel U0 pour la distance x0. On
constate que ce puits de potentiel est d’autant plus profond, c’est-à-dire que U0 est

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U F

Ur

U
Fm
xo xo
O x O x

Uo Ua

Potentiel entre deux atomes Force entre deux atomes

Figure 1.3 – Variation de U et de F.

d’autant plus grand, que la valeur de n est élevée. U0 représente en réalité l’énergie de
cohésion, c’est-à-dire l’énergie qu’il faut fournir au matériau pour qu’il passe de l’état
solide à l’état gazeux où la distance entre atomes est très élevée : c’est donc l’enthalpie
de sublimation Hm correspondant au passage de l’état solide à l’état gazeux.
L’application d’une force, par exemple de traction, entre les atomes entraînera évidem-
ment un déplacement de la position d’équilibre autour de x0 ; cela n’est autre que le
phénomène de déformation élastique des matériaux correspondant au déplacement de
l’atome dans son puits de potentiel autour de sa position d’équilibre. La force appliquée

se calcule facilement : F = --------


dU
dx
d A B
soit : F = ------- ---- + ------
dx x xn

dF ⁄ S x dF
Le module d’élasticité peut s’obtenir de même : E = ------- = ------------------0- = ------0 ⎛ --------⎞

dε dx ⁄ x 0 S 0 ⎝ dx ⎠ x

( 1 – n )A
soit, tous calculs faits : E = ---------------------
2
S 0x 0
La résistance à la rupture correspondrait à la valeur maximale de la force, soit Fm :

Fm
- = -------------- ⎛ -------------⎞
A 1–n
R m = -------
2 ⎝ ⎠
S0 S 0x m 1 + n
Ce modèle permet donc de comprendre la notion de cohésion et de rigidité des matériaux
solides, en particulier des métaux. Ces caractéristiques, mesurées par Rm et E, sont liées
à la profondeur du puits de potentiel dans lequel se trouve l’atome, c’est-à-dire à la valeur
du coefficient n compris entre 6 et 11.
Par contre, cette théorie présente deux difficultés :

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1. Compte tenu des valeurs de n comprises entre 6 et 11, on calcule facilement que
E
R m ≅ ------ . Or, expérimentalement, cette relation n’est pas vérifiée. Pour un acier, par exem-
10
E 210 000
ple, R m ≅ ------ = ---------------------- MPa = 21 000 MPa (E ≅ 210 GPa).
10 10
Or en pratique Rm ≅ 800/1 000 MPa soit de l’ordre de 20 fois inférieur. A
2. La déformation élastique du matériau correspondrait au déplacement le long de la courbe

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de x0 à xm. On constate, la courbe n’étant pas linéaire, que la force n’est pas proportionnelle
au déplacement x, ce qui est contraire à la loi de Hooke constatée expérimentalement.
Nous expliquerons ultérieurement ces deux contradictions.

1.1.2 Architecture cristalline


 Systèmes et réseaux cristallins
Dans un métal ou un solide en général, chaque ion ou chaque atome occupe une position
bien définie dans l’espace, non seulement par rapport à ses premiers voisins, mais aussi
par rapport à tous les autres atomes. On dit qu’il existe un ordre à grande distance.
L’ensemble de la répartition des atomes ou des ions présente une symétrie telle que
toute la structure peut être décrite par la translation selon trois axes d’un motif constant.
De façon tout à fait générale, ce motif peut être défini par un parallélépipède caractérisé
par (figure 1.4) :
– trois vecteurs a, b et c,
– porté par trois axes Ox, Oy et Oz,
– formant entre eux trois angles α, β et γ.
Le parallélépipède ainsi défini est une maille primitive. Selon les relations qui s’établis-
sent entre les trois longueurs a, b et c et les trois angles α, β, et γ, on distingue 7 systè-
mes cristallins différents.
Chaque sommet de la maille primitive est un nœud. En plaçant d’autres nœuds, soit au
centre de la maille, soit au centre de ses bases, soit au centre de ses six faces, on obtient
14 réseaux cristallins ou réseaux de Bravais.

c
γ α b
O
a β y

x
Maille élémentaire

Figure 1.4 – Maille élémentaire.