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Science des Matériaux / Essai « Jominy »

Trempabilité des aciers : Essai « JOMINY »


I/ Introduction

L’effet de la vitesse de refroidissement VR d’une pièce d’acier trempée est


considéré en général par rapport à la surface de la pièce. Si la pièce est mince la
vitesse de refroidissement du cœur est pratiquement la même que celle de la
surface. Ainsi la structure cristalline est partout la même. En revanche pour les
pièces volumineuses, le cœur qui se refroidit par conduction aura une vitesse
inférieure à celle de la surface. Ainsi sa structure cristalline sera différente de celle de
la surface. Elle couvrira celle qui figurent dans la zone intermédiaire et le domaine
perlitique de la courbe TRC.
Cette différence de structure et par conséquent de propriétés, peut être
appréciée par voie directe ou par voie indirecte. Ce phénomène caractérise ce qu’on
appelle la trempabilité des aciers.
La trempabilité est définie alors par l’aptitude que peut avoir un acier au
durcissement le plus profondément possible par trempe. Ce phénomène est favorisé
dans les aciers ou le domaine de stabilité de l’austénite en surfusion est grand.
Autrement dit pour les aciers à faible vitesse critique de trempe.
Cette caractéristique est très importante pour les aciers destinés aux traitements
thermiques. La microstructure et la dureté en sont les plus sensibles pour la
détermination de caractéristique.

II/ Détermination de la trempabilité par voie directe

Une pièce relativement volumineuse de diamètre D et de longueur supérieure


à deux fois le diamètre est austénitisée convenablement , ensuite trempée dans les
conditions martensitiques avec VR > VCT . Cette pièce est tronçonnée en son milieu
suivant la section sans affecter sa structure. Une série de mesure de dureté lui sera
effectuée suivant le diamètre de la section.
La courbe qui trace la variation de la dureté en fonction de la distance au centre de la
pièce est appelée communément courbe en U puisqu’elle en a vaguement la forme.
Cette courbe est spécifique au diamètre de cet acier. Elle est tout autre pour peu que
le diamètre change. Ainsi on est amené à tracer , pour un acier donné , les courbes
en U de tous les diamètres conventionnels à partir desquelles on peut déterminer si
l’acier en question est recommandé pour l’application à laquelle il sera destiné .
Il va sans doute dire que cette méthode bien qu’efficace et directe, n’est pas
commode aussi bien pour la technique de travail qu’elle demande que pour la
quantité d’information à stocker. Elle est par ailleurs très coûteuse.

III/ Détermination de la trempabilité par voie indirecte : « ESSAI JOMINY »

L'essai Jominy est un essai permettant de déterminer la trempabilité de l'acier.


Dans cet essai, une éprouvette cylindrique de 25 mm de diamètre et de 100 mm
de longueur (fig.1) est chauffée à la température d'austénitisation puis est refroidie
sur la face terminale par un jet d'eau. Le refroidissement sur une génératrice
s'effectue donc suivant une vitesse décroissante depuis la face trempée jusqu'à la
face opposée. Les conditions opératoires de cet essai sont normalisées.

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Pour déterminer la trempabilité sans recourir à la voie directe, on utilise une


technique commode qui est l’essai JOMINY . Cette méthode consiste à :
- Austénitiser (fig.2-a) dans des conditions convenables une « éprouvette
Jominy » normalisée de 25 mm de diamètre et 100 mm de longueur.

Φ 25

100 mm

Fig.1 : Eprouvette Jominy

-Tremper la base inférieure de cette éprouvette , tenue à l’aide d’un support


approprié , par un jet d’eau courante de température comprise entre 15 et 25° C
(fig.2) jusqu’à son refroidissement total par conduction .

Fig.2 : (a) : four d’austénitisation (b) appareil de trempe

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Fig.3 : système de refroidissement (jet d’eau)

-Mesurer la variation de la dureté sur un méplat de la génératrice de


l’éprouvette à partir de son extrémité trempé selon les distances suivantes 1.50mm
,3.00 ; 5.00 ; 10.00 … prises à partir de son extrémité trempée par le jet. Ces
distances seront désignées par J1.5 ; J3 …. ( Jx )
La courbe de la dureté H ( HRC , HV ) en fonction de la distance Jx ( mm )
entre la base inférieure et la base supérieure de l’éprouvette (HRC = f( Jx)) porte le
nom de ″ courbe Jominy ″ permet de déterminer la trempabilité de l’acier .

Fig.4 : Mesure de la dureté pour différents Jx & courbe Jominy

On lit en effet la dureté en chaque point de l’éprouvette correspondant à la vitesse


de refroidissement qu’il a subit. Chaque coulé d’une nuance d’acier normalisé

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compte sa courbe Jominy propre. Elle doit être comprise entre deux courbes limites
normalisées relatives à la nuance qui tolèrent une dispersion due d’une part à la
composition chimique du prélèvement et d’autre part à la coulée.

Fig.5 : Diag. TRC d’un acier allié montrant la différence de structure entre la surface
(martensite) et l’intérieure d’une éprouvette (bainite+martensite)

Fig.6 : Equipement pour l’essai « Jominy »

a- Analyse de la courbe Jominy :

La trempabilité d’un acier est considérée :

- Bonne lorsque la courbe Jominy ne subit que très peu de variation tout en
gardant une dureté suffisamment élevée. Ce cas est rencontré dans les aciers
faiblement alliés au Nickel et notamment les aciers autotrempants.

- Mauvaise lorsque la nuance durcit uniquement en surface et subit une chute


rapide de dureté à partir des couches sous-jacentes. Dans ce cas de figure, qui

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couvre les aciers pour traitements thermiques non alliés, la trempabilité est mal
définie.
- Moyenne lorsque la courbe présente une moyenne de la dureté. On peut
pour ce cas déterminer la trempabilité.

Courbes Jominy de 3 aciers


contenant le même % en C:
1040 : acier non allié contenant
0.40% C (mauvaise trempabilité)

3140 : acier allié au Ni-Cr


contenant 0.40% C (trempabilité
moyenne)

4340 : acier allié au Mo contenant


0.40%C (bonne trempabilité

Fig.7 : Courbe Jominy d’aciers de différentes nuances d’aciers

b- Exploitation de la courbe JOMINY

La courbe Jominy permet une appréciation qualitative de la trempabilité d’un


acier. A l’aide des abaques de WISS elle permet le traçage de la courbe en U (H = f
(prof)) d’une pièce de nuance et diamètre donnée.
Ces abaques représentent les diamètres des ronds en ordonnée et les
distances Jx en abscisse pour différentes profondeurs de l’éprouvette (0 ; 5 mm ; 10
mm ; …..). Ils constituent les courbes de sévérité de trempe, qui dépendent du milieu
de refroidissement.

Fig.8 : Abaque de Wiss

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Obtention de la courbe en U

Les opérations qui permettent le traçage de la courbe en U à partir de la courbe


Jominy et l’abaque de sévérité de trempe sont :

Traçage de l’horizontale, sur le diagramme de Wiss, au diamètre donné ;


Prélèvement des abscisses Jx des points d’intersection de l’horizontale avec
les courbes (0 ; 5 ; 10….) ;
Reporter ces Jx sur la courbe Jominy pour déterminer les valeurs de dureté
correspondantes
Traçage de la courbe en U : en ordonnées la dureté H (HRC ou HV) en
abscisse la profondeur correspondante.

Remarque :

Sur la courbe en U d’un acier on peut à l’aide de la courbe TRC de la nuance


en question, délimiter les domaines des structures. On inscrit sur cette courbe les
valeurs des duretés de la martensite HM et de la perlite HP correspondant aux
vitesses critiques de trempe (VCT) et de recuit VCRC. Elles correspondent
respectivement à deux profondeurs e1 et e2. La première limite le domaine
martensitique du domaine intermédiaire. La deuxième sépare le domaine
intermédiaire du domaine perlitique.

IV/ Facteur influençant la trempabilité

Le lien direct entre la courbe de trempabilité et la courbe TRC nous permet


aisément de déduire les facteurs intrinsèques et extrinsèques qui engendrent une
influence sur la trempabilité. En effet chaque fois qu’un facteur agit sur la
germination de la ferrite et des carbures, il agit par voie de conséquence sur la
trempabilité.

Si la vitesse de germination de la ferrite et des carbures est faible , on


assiste à une amélioration de la trempabilité .

Si par contre la vitesse est relativement élevée, il y a mauvaise trempabilité.

IV-1/ Influence de la grosseur des grains γ

La germination de la ferrite et des carbures s’effectue à partir des joints de


grains de l’austénite. Si les surfaces des joints sont importantes c’est à dire les
grains sont de faible taille, on assiste à une prolifération de la germination et ainsi
une diminution de l’effet de la trempabilité. Si en revanche ces surfaces sont
faibles et les grains sont gros, la germination est freinée et donc la trempabilité est
meilleure.

L’utilisation du facteur de taille des grains γ pour l’amélioration de la trempabilité


se trouve malheureusement incompatible, avec les propriétés mécaniques de
l’acier. On ne peut alors l’exploiter

IV-2/ Influence de la composition chimique

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L’ajout à l’acier de quelques éléments alliés en quantité donnée se traduit


en général par une amélioration de la trempabilité. En effet pour l’acier de base la
structure martensitique en cœur est rencontrée pour un diamètre D , en présence
d’éléments d’alliage ce diamètre peut doubler .

Pour une (teneur fixe en carbone, le choix et la teneur des ces éléments
permet d’une part d’améliorer la trempabilité et d’autre part de réduire ou du moins
de maintenir les contraintes de trempe.

Les aciers au carbone non alliés présentent une mauvaise trempabilité. Elle
peut être expliquée par la forme de la courbe TRC de ces aciers. En effet les deux
vitesses critiques VCT et VCRC de ces aciers sont relativement élevées et très
proches. Le refroidissement permet la formation en surface de la martensite en
profondeur limitée suivie dans les couches sous-jacentes des constituants
intermédiaires, également en profondeur limitée et le reste de la pièce est dominé
par les constituants d’équilibre (domaine perlitique). Ce caractère est du à la
germination relativement rapide de la ferrite et des carbures. D’ailleurs ces
nuances présentent une structure martensitique en cœur que pour des diamètres
très faibles.

L’amélioration de la trempabilité par utilisation d’un milieu de sévérité de trempe


plus élevée ne constitue pas un recours indiqué puisqu’il implique des risques de
déformation voire de fissuration.

On emploie en revanche des aciers alliés qui sont caractérisés par des vitesses
critiques de trempe relativement faibles. Ils sont trempés à cœur même pour de
forts diamètres dans des milieux à sévérité de trempe modérée.

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