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Puis-je m’oublier moi-même 

Lorsque je suis en colère, on dit que je suis « hors de moi » c’est à dire que je
m’oublie moi-même dans la colère parce que je ne me reconnais plus et que je ne me
rends plus compte de ce que je fais ou ce que je dis.
L’oublie de quelque chose, c’est rendre la chose de tel sorte à ce qu’elle ne soit plus
un contenu de conscience et qu’elle soit sortie de cette conscience. S’oublier soi-
même, c’est à dire que le moi comme conscience de soi ne soit plus lui-même le
contenue de sa propre conscience, si on considère qu’être conscient de soi-même
c’est être présent à soi comme objet de pensée, je peux donc être la chose que
j’oublierai, mais alors comment m’est-il possible d’être conscient de ma propre
absence ? Ne faut-il pas que je sois conscient de moi-même pour pouvoir m’oublier ?
L’oubli de soi est-il alors même possible ?
Nous expliquerons premièrement qu’il est impossible pour le moi de s’oublier moi-
même dans la mesure où l’oubli implique toujours un Je qui oublie et qui dois donc
être présent. Cependant, nous verrons qu’il est quand même possible de s’oublier soi-
même du point de vue de la personnalité. Mais dans un dernier temps nous établirons
que cet oubli de soi ne doit être permis d’un point de vue moral, même s’il peut l’être
d’un point de vue juridique.

Tout d’abord, oublier signifie ne plus se souvenir, mais oublier implique


forcément le fait d’avoir conscience d’avoir oublié. Si j’ai perdu un objet, il faut
d’abord que je prenne conscience que j’ai perdu cet objet pour prendre conscience
que je ne me souviens plus de ce que j’en ai fait. Tant que je n’ai pas eu cette prise de
conscience, donc tant que je ne sais pas que je l’ai perdu, je n’ai pas conscience
d’avoir oublié. Cependant pour prendre conscience de quelque chose, il faut bien
qu’il y ai un Je présent pour avoir conscience que quelque chose a été oublié. Donc
pour m’oublier moi-même, il faut qu’intervienne un Je, qui oublie le moi, ce qui est
paradoxale.
Le philosophe Descartes a développé dans le « Discours de la Méthode » un
argument appelé le cogito qui explique que je peux douter de tout, mais pas du fait
d’avoir conscience de douter et d’exister pendant que j’ai conscience. De là en est
sorti ça célèbre phrase « je pense donc je suis », phrase qui résiste au doute
méthodique. Suite à cela, il y a eu plusieurs interprétation du cogito, dont l’une qui
est l’interprétation performative, lorsqu’une phrase est dite ou pensée, elle produit
l’information. Ce qui est le cas avec les phrases « je suis, j’existe » ou encore « je
pense donc je suis ». Si on prend l’exemple d’avoir perdu ses clefs, il faut d’abord
penser au fait d’avoir oublier ses clefs, pour que l’action d’oubli soit produite. Donc
tant que cela n’a pas été dit ou pensé, l’oubli n’a pas était effectué. Alors pour
s’oublier soi-même, il faut donc impérativement qu’il y ai un Je, qui puisse prendre
conscience d’avoir oublié moi-même, donc qui le dise ou le pense, pour que l’action
de m’oublier moi-même soit produite.
Il est donc impossible, si l’on suppose un Je qui doit être présent pour effectuer
l’action d’oublier, pour le moi de s’oublier moi-même. Néanmoins, il est peut être
possible, du point de vue de la personnalité, de s’oublier soi-même.

En effet, une situation qui peut expliquer qu’on puisse s’oublier soi-même du
point de vue de la personnalité est lorsque l’on fait toujours passer les autres avant
soi-même, au point d’en arriver à s’oublier. Vouloir faire plaisir aux autres avant de se
faire plaisir soi-même, c’est en réalité une manière de revenir vers soi à travers les
autre car quand on n’arrive plus à penser ou agir envers soi-même, la seule force qu’il
nous reste est d’apporter un bien aux autres et c’est lorsque l’on réussi à faire plaisir
aux autres que l’on s’aide aussi. Cependant le danger et qu’à force de penser toujours
aux autres on fini par s’oublier, c’est à dire qu’on ne fait plus passer ses envies en
priorité, et on peut en arriver à un point où on est plus soi-même, on est celui qui se
regarde à travers les autres, qui s’il ne satisfait pas l’autre, est dans l’échec, sauf que
la demande de l’autre n’est pas forcément un bien pour soi. Et c’est dans ses
moments là, lorsque l’on ne se reconnaît plus, qu’on se rend compte qu’on s’est
oublié. C’est également le cas dans certaines fonctions comme les militaires, les
policiers etc … qui font passer la vie des autres avant la leur pour leur métier, on peut
donc dire qu’ils s’oublient également. Une autre raison pour s’oublier du point de vue
de la personnalité est que comme l’a dit le philosophe Pascal dans Pensées, moi =
amour propre, ou encore, «  le moi est haïssable » car on essaie la plupart du temps de
produire une image à autrui pour s’aimer soi-même, et donc avoir un image de soi
aimable, il arrive donc que certaines personnes jouent un rôle, ne sont pas elles-
mêmes dans le but de produire l’image qui leur convient à autrui, mais qui n’est pas
forcément la leur, ils se perdent donc dans leur rôle jusqu’à s’oublier eux-même.
L’oubli de sa personnalité peut aussi être dû à des défaillances de la mémoire, suite à
une amnésie ou un coma, on peut ne plus se souvenir de soi même, ne plus savoir qui
on est, donc s’être oublié.

Par ailleurs, même si on peut s’oublier soi-même sans s’en rendre compte en faisant
toujours passer les autres avant soi, ou suite à un défaillance de la mémoire, on peut
vouloir s’oublier volontairement, lorsque l’on veut tenter d’oublier quelque chose de
notre passé. Cependant, même si cela est possible d’un point de vue juridique, cela
n’est pas toujours permis d’un point de vue moral.

Lorsque l’on dit « mettre derrière soi » on insinue oublier, oublier un


évènement, oublier une partie de son passé, pardonner et ne plus y penser. Cependant
lorsque cette chose que l’on cherche à oublier est une faute que l’on a commise, cela
nous demande donc d’oublier notre moi-même du passé. Par exemple quelqu’un qui a
commis une erreur, qui a fait de la prison et qui est maintenant libéré, sa faute est
pardonnée d’un point de vue juridique, donc l’ancien moi de cette personne peut être
oublié. Néanmoins, d’un point de vue moral, sa faute restera impardonnable pour
elle-même, et donc l’oublie de son moi du passé est impossible pour elle. Même si on
essaie de s’esquiver pour oublier quelque chose du passé, la dimension morale de
l’oubli fait qu’on n’y arrive pas, certaine chose son pardonnable du point de vue
juridique, mais elles ne le seront jamais du point de vue moral.

Pour conclure, on a donc vu que l’oubli de soi-même implique un Je, qui doit
être présent pour oublier ce qui peut laisser penser qu’il est impossible de s’oublier
soi-même. Cependant, on vu que l’oubli de soi du point de vue de la personnalité peut
arriver, et qu’il est également possible de s’oublier soi-même d’un point de vue
juridique, mais que cela n’est pas permis d’un point de vue moral.