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L’Etat cristallin

La cristallographie est l'étude des relations étroites qui relient les formes des
cristaux et leurs propriétés physiques et la façon dont les atomes s’arrangent
dans l'intimité de leur architecture.
I- Les trois états de la matière
La matière telle qu’elle se présente le plus couramment à nous, existe sous trois
formes essentielles : les états solide, liquide et gazeux. On parle aussi de phase
solide, liquide ou gazeuse. L'exemple qui nous est le plus familier est celui de
l'eau qui, à pression ordinaire, se trouve à l'état solide en dessous de 0°C, à l'état
liquide entre 0°C et 100°C et à l'état gazeux au-dessus de 100°C.
Les changements de phases ainsi que les transitions de structures dépendent de
la température.
Le passage de l'état solide à l'état liquide s'appelle la fusion, celui de l'état
liquide à l'état gazeux l'évaporation. Dans le sens contraire, nous avons la
liquéfaction ou condensation qui ramène un corps de l'état gazeux à l'état
liquide, puis la solidification qui le fait passer à l'état solide. Sous certaines
conditions, les corps peuvent passer directement de l'état solide à l'état gazeux
et, réciproquement, de l'état gazeux à l'état solide. On parle dans les deux cas de
sublimation.
Si, à l’état gazeux, la matière ne possède pas de forme propre et occupe la
totalité du volume disponible, il n’en est pas de même dans les états condensés.
A l’état liquide la matière n’occupe pas tout le volume disponible et ne possède
pas de forme propre, à l’état solide, la matière possède une forme propre.

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Figure 1 : les états de la matière
Au sein de l’état solide, deux groupes peuvent être distingués : les solides
amorphes et les solides cristallisés. Alors que les solides amorphes peuvent
prendre une forme quelconque, les solides cristallisés se présentent sous la
forme d’une structure polyédrique, forme géométrique limitée par des surfaces
planes.
Certains composés peuvent exister sous les deux formes (ex : la silice), d’autres
existent sous plusieurs formes cristallines appelées variétés allotropiques (ex :
soufre, phosphore, étain).

II- Etude expérimentale des cristaux


L’observation à l’état macroscopique de la régularité des angles formés par les
faces de certains cristaux comme ceux du chlorure de sodium (90°) et ceux du
quartz (120°) par exemple , malgré qu’ils soient de forme et de taille
différentes , a conduit les chimistes à la notion d’un cristal constitué d’un
empilement régulier d’unités élémentaires identiques dont la structure
microscopique se traduit dans la structure macroscopique.
L’étude expérimentale des structures cristallines repose sur leur propriété de
diffraction des rayons et des particules.
II-1-Principe de la diffraction des rayons X
La technique de diffraction des rayons X utilise un cristal de l’ordre du
millimètre monté sur un système permettant la rotation selon différents axes, un
rayonnement X monochromatique et un système de détection du rayonnement.
L’analyse des propriétés de diffraction d’un cristal a deux objectifs : identifier
la disposition des atomes et déterminer leur nature.

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Figure 2 : diffraction des rayons X par un cristal
La disposition des atomes dans le cristal se déduit de la loi de BRAGG qui
indique que l’intensité diffractée est maximale lorsque la différence de marche
entre deux rayons se réfléchissant sur deux plans réticulaires contigus est un
multiple de la longueur d’onde du rayonnement c’est-à-dire 2dsinθ = nλ
(condition satisfaisante) avec :
*d : distance inter réticulaire (en m) ;
*n : nombre entier positif ;
*θ :angle entre la direction de la radiation et le plan interréticulaire;
*λ : longueur d’onde du rayonnement électromagnétique (en m).
Dans la matière des forces de cohésion maintiennent les molécules en contact les
unes avec les autres. Les liaisons sont toutefois assez lâches et les molécules
sont animées de mouvements pendulaires qui leur permettent de glisser les unes
sur les autres.
Dans les solides, l'énergie cinétique des molécules n'est plus suffisante pour leur
permettre de se déplacer. Elles sont animées d'un mouvement de vibrations de
faible amplitude autour d'une position fixe. Elles sont donc pratiquement
immobiles. Dans certains cas elles ne sont pas immobilisées dans des positions
quelconques, mais tendent à se disposer d'une manière parfaitement ordonnée
qui détermine une configuration géométrique répétitive dans les trois
dimensions de l'espace. Cet état ordonné de la matière solide s'appelle l'état
cristallin.

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Figure 3: Schématisation de l’état cristallin

La représentation ci-dessus indique des atomes maintenus à des emplacements


fixes. Ceux-ci vibrent sans s’écarter trop de leur place.
Dans l’état cristallin, les molécules sont arrangées selon une configuration
parfaitement géométrique. La plupart des substances minérales à l'état solide
sont cristallisées. L'état cristallin est l'état normal du règne minéral. Certains
corps font exception et les atomes qui les constituent sont disposés en désordre.
Ce sont principalement les verres et certains plastiques. Les physiciens les
considèrent comme de "faux états solides" et les assimilent à des liquides
extrêmement visqueux. L'état cristallin s'étend à la quasi-totalité des substances
solides du règne minéral. L'état cristallin n'implique pas nécessairement la
présence de cristaux bien développés aux faces lisses et brillantes. Ainsi, les
minéraux constitutifs du granite (quartz, feldspath et mica) sont des grains sans
contours bien définis. Au cours de leur croissance dans le magma originel, les
germes cristallins se sont développés tout d'abord librement, puis, en
grandissant, ils se sont gênés mutuellement dans leur croissance, occupant les
espaces laissés vides par leurs voisins au détriment de leur forme propre. Ce sont
des minéraux dits xénomorphes.

Figure 4: Schéma de la croissance des minéraux d’ne roche éruptive

A l'opposé, les cristaux bien développés, ceux qu'on admire dans les vitrines des
collectionneurs se forment dans des conditions bien particulières.

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On utilise l'adjectif idiomorphe pour qualifier les minéraux qui présentent des
formes cristallines bien développées.

Figure 5 : Minéraux informes dans une roche Figure 6 : Halite en cristaux bien developpés

II-2-Le cristal parfait


Comme le gaz parfait est le modèle idéal de la matière à l’état gazeux, le cristal
parfait constitue la base de l’étude de la matière à l’état solide.
Un cristal parfait est un ensemble de particules empilées régulièrement dans
l’espace, il forme une structure triperiodique à la base du modèle. Idéalement, il
est sans défaut et de dimension infinie. Les particules du cristal peuvent etre
constituées d’atomes, d’ions, d’une ou de plusieurs molecules , dont la structure
peut contenir plusieurs milliers d’atomes.
La structure cristalline est décrite grâce à deux concepts fondamentaux : le
réseau et le motif.
III- Réseau, maille et motif
III-1- Réseau
Il est constitué par un ensemble de points appelés nœuds, de dimension infinie,
obtenu par translation dans l'espace de trois vecteurs non coplanaires a, b, c
qui déterminent les directions et les distances entre les nœuds du réseau. Dans le
cristal, chaque nœud présente le même environnement pour une direction
donnée. Ainsi, une propriété fondamentale des cristaux est la translation. Pour la
décrire, les différents nœuds sont définis à partir d'une origine quelconque Ο par
l'équation OM = m1a+ m2b + m3 c avec mi ∈ Z et non simultanément nuls.

Un réseau périodique est constitué par un ensemble de motifs identiques


disposés de façon périodique dans une direction (réseau monodimensionnel) un
plan (réseau bidimensionnel) ou un espace (tridimensionnel). Un réseau
cristallin est constitué par un arrangement triplement périodique de particules
dans trois directions de l’espace.

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Réseau tridimensionnel
Figure 7: Exemples de réseaux

Remarque : Un réseau est appelé réseau de Bravais du cristal, si à partir de


chacun de ses points, on voit le cristal identiquement à lui-même, en structure,
en orientation et en composition chimique.

II-2- Notion de maille


La construction d’un cristal est un problème géométrique de pavage dans un
espace à trois dimensions. L’unité de pavage du réseau est une structure
parallélépipédique appelée maille
On appelle maille la structure géométrique la plus simple qui par translation
dans les trois directions de l’espace, permet de générer le réseau cristallin dans
son ensemble.
La maille est généralement un parallélépipède, définie par les trois longueurs a,
b, c et par les trois angles α, β, γ ; a, b et c constituent les paramètres de la
maille.

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Figure 8 : schématisation des paramètres d’une maille
Une maille est dite simple si elle ne contient qu’un seul nœud. Une maille est
dite multiple si elle contient plusieurs nœuds. La plus petite maille cristalline
permettant de décrire tout le cristal est appelée maille élémentaire.

II-2- 1- Maille primitive


L’existence d’une infinité de mailles simples permettant de décrire le réseau
suppose de choisir une maille particulière ; ce choix repose sur l’examen des
propriétés de symétrie. La notion de propriété de symétrie peut être
intuitivement saisie en examinant un carré ; ce polygone est retrouvé identique
à lui-même au terme d’une opération de symétrie par rapport à un élément de
symétrie (un axe ou un plan par exemple). Les opérations de symétrie sont des
réflexions, des rotations ou des opérations composées de rotation et de
réflexions. L’ensemble des opérations de symétrie possibles pour une figure
donnée définit un groupe mathématique et ce groupe constitue le critère de choix
entre les mailles simples.
La maille primitive est une maille simple qui possède tous les éléments de
symétrie du réseau. Dans le réseau de la figure ci-dessous, la maille primitive
est le carré (maille a) puisque tous les éléments de symétrie de cette maille sont
ceux du réseau lui-même, les mailles b et c ne possèdent pas tous les éléments
de symétrie du réseau et ne sont pas des mailles primitives, bien qu’elles soient
aussi des mailles simples.

Figure 9 : mailles simples (a, b, c) et maille primitive (a)


Lorsqu’une maille primitive existe, elle est choisie pour construire le réseau,
ainsi dans un réseau cubique, la maille primitive est le cube.

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II-2-2- Maille conventionnelle
Dans le cas de certains réseaux tridimensionnels, il peut ne pas exister de maille
primitive, c’est à dire de maille simple possédant tous les éléments de symétrie
du réseau ; on emploie alors la maille conventionnelle qui est la maille multiple
possédant tous les éléments de symétrie du réseau ; elle contient donc plusieurs
nœuds (il subsiste une incertitude dans la terminologie, en raison de l’emploi
fréquent d’un terme comme maille élémentaire à la place de maille
conventionnelle).
Le schéma ci-dessous résume les relations entre les différents types de mailles.

Ensemble de mailles possédant la symétrie du réseau

n nœuds Maille multiple Maille conventionnelle

un nœud Maille simple Maille primitive

Figure 10 : Types de mailles et leurs relations


La figure ci-dessous permet de comparer la maille conventionnelle et la maille
simple dans le cas du réseau cubique centré :

Figure 11 : Maille conventionnelle et maille simple de réseau cubique centré

II- 3- Le motif ou groupement formulaire


L’étude de la maille conduite jusqu’à présent est purement géométrique (nœuds
d’un réseau assimilés à des points) et ne préjuge pas de la disposition des objets
à l’intérieur de la maille. Pour la majorité des cristaux il est nécessaire de définir
le motif qui est le contenu de la maille simple ; ce peut être un atome ou un
groupe d’atome (ou de molécules) qui permet de retrouver le cristal par pavage
de l’espace.
On retient que le cristal est l’association d’un réseau et d’un motif.

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Figure 12 : Motif d’une maille et réseau bidimensionnel

Le motif est l’entité chimique de base constituant le cristal: c’est l’atome, la


molécule ou les groupements ioniques occupant les nœuds du réseau cristallin.
L’exemple ci-dessus permet d’observer que :
- S’il est possible de proposer une infinité de motifs pour effectuer le
pavage de la surface, ces motifs contiendront les mêmes objets ;
- Le motif peut posséder (ou pas) une symétrie propre (le motif ci-dessus
n’en possède pas), laquelle est à priori différente de celle du réseau ;
- Les nœuds du réseau peuvent être occupés ou non par des atomes en
fonction du motif.
Dans le cas des cristaux métalliques simples, les atomes sont positionnés sur les
nœuds du réseau ; ainsi la distinction entre les positions atomiques et le réseau
n’est pas nécessaire. Cette correspondance cesse d’être vraie dès que le cristal
est plus complexe.
La maille de description du cristal (maille du réseau + motif) peut être appelée
maille de structure ou maille cristalline afin d’éviter les confusions avec les
notions de maille conventionnelle et de maille élémentaire.
Partons de l'exemple concret du chlorure de sodium NaCl (halite), plus connu
encore sous le nom de sel de cuisine. Si nous faisons évaporer tranquillement
une solution de NaCl, nous assistons à la formation de petits cristaux plus ou
moins bien développés, aux faces orthogonales et qui tendent à former des
cubes. Ce minéral cristallise donc dans le système cubique. La première idée qui
vient à l'esprit est que, selon toute vraisemblance, les atomes de chlore et de
sodium se disposent alternativement sur des rangées parallèles aux arêtes d'un
cube.
Ex : réseau à deux dimensions (c = 0)

II-Classification des solides cristallins


Il existe deux types de solides cristallisés :
- les cristaux moléculaires
- les cristaux macromoléculaires

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Les cristaux moléculaires sont formés par des empilements réguliers de
molécules ; c’est le cas par exemple du diode I2, du dioxyde de carbone CO2, de
l’eau H2O…..
Dans les cristaux macromoléculaires, la notion de molécule en tant qu’entité
chimique indépendante est remplacée par le cristal qui constitue ainsi une
molécule. On classe parmi les cristaux macromoléculaires :
- les cristaux ioniques (NaCl, CsCl, CaF2……) ;
- les cristaux covalents (carbone à l’état graphite et diamant, Si, Ge….) ;
- les cristaux métalliques (Na, Fe, Cu……..).

III- Systèmes cristallins et réseaux de Bravais


Les propriétés de symétrie des réseaux permettent de distinguer sept (07) classes
appelées systèmes cristallins : cubique (48), hexagonale (24), quadratique (16),
rhomboédrique (12) ; orthorhomboédrique (8), monoclinique (04) et triclinique
(02). Le nombre entre parenthèse après chaque classe indique le nombre
d’opérations de symétrie possibles pour la classe, ce qui montre que le système
cubique est le plus symétrique et le système triclinique le moins symétrique.

Maille Longueur Angles Polyèdre


Cubique a=b=c α=β=γ= Cube
Hexagonale a=b α=β= , γ= Prisme droit, base losange
Quadratique a=b c α=β=γ= Prisme droit à base carrée
Rhomboédrique a=b=c α=β=γ Parallélépipède six faces losanges

Orthorhombique a b α=β=γ= Prisme droit à base rectangle

Monoclinique a b β α= γ= Prisme oblique à base rectangle

Triclinique a b α β γ Parallélépipède quelconque

Les sept systèmes cristallins


Cette classification présente le défaut de ne pas distinguer trois réseaux cubiques
(simple, à face centrée et centré) qui ont tous les mêmes éléments de symétries.
La classification en quatorze réseaux de Bravais à partir des sept systèmes
cristallins permet de lever cette difficulté ; elle s’effectue en précisant les modes
de chaque classe. Les modes sont les suivants :
 mode P (primitif) : maille simple (un nœud à chaque sommet) ;
 mode C : maille simple plus un nœud au centre de deux faces opposées de
la maille ;
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 mode F (face centrée) : maille simple plus un nœud au centre de chaque
face de la maille ;
 mode I (centré) : maille simple plus un nœud au centre de la maille.
Les quatorze réseaux de Bravais sont :
Maille Modes
Cubique P, I F
Hexagonale P
Quadratique P, I
Rhomboédrique R*
Orthorhombique P, C, F, I
Monoclinique P, C
Triclinique P
* le mode R est en fait un mode Primitif

IV-Cristaux métalliques
IV-1-Propriétés des cristaux métalliques
Sur les 90 éléments naturels du tableau périodique, 68 éléments présentent dans
les conditions usuelles (T= 298K et P =1 bar) des propriétés qui définissent
l’état métallique. Ces propriétés physico-chimiques sont de nature variée :
 mécanique : les métaux sont ductiles (aptitude au filage), malléables
(aptitude à la déformation sans rupture) et tenaces (aptitude à résister
mécaniquement aux déformations, leur masse volumique est comprise entre
0,53 (Li) et 22,6 (Osmium) mais fréquemment élevée : 80% des métaux
ont une masse volumique supérieure à 5, les moins denses étant les métaux
alcalins et alcalino-terreux :
 optique : les métaux sont des composés opaques aux rayonnements
électromagnétiques visibles et possédant un grand pouvoir réflecteur ;
 électrique : les métaux présentent une grande conductivité électrique,
thermique et sont capables d’émettre des électrons par effet
photoélectrique, thermoélectrique ;
 chimique : les métaux sont des espèces possédant une énergie de
première ionisation faible (inferieure en général à 5eV), ce sont des
réducteurs, donnant aisément des cations.

IV-2-Modèle structural
Les propriétés électriques, thermiques et chimiques des métaux indiquent que
les électrons de la couche externe sont assez faiblement liés aux noyaux. Cette
caractéristique a conduit à un premier modèle de la liaison métallique : le
modèle de Drude-Lorentz ou modèle du gaz d’électrons.
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Dans ce modèle simple les électrons de la couche externe d’un atome donné,
soumis à l’action des atomes voisins, acquièrent une énergie suffisante pour
échapper à l’attraction de leur atome d’origine et ont ainsi la possibilité de se
déplacer à l’intérieur du métal : il en résulte une structure composée d’un
empilement régulier de cations au sein d’un gaz d’électrons. La cohésion de la
structure métallique se trouve assurée par des liaisons fortes qui ne présentent
aucune orientation privilégiée et ne sont pas localisées. Dans un métal, les
électrons périphériques des atomes sont partagés entre tous les atomes de la
structure, la liaison métallique est une liaison communautaire et le métal peut
être considéré comme une "molécule gigantesque et unique".

Figure 13: Modèle de DRUDE –LORENTZ d’un métal

Dans ce type de liaison, la contribution individuelle de chaque électron à


l’énergie de cohésion du métal est faible mais cette faiblesse est compensée par
la multiplicité des liaisons formées par chaque atome.
Ce modèle permet d’expliquer qualitativement les propriétés thermiques et
électriques des métaux.
La structure ordonnée des cations et l’intensité des liaisons métalliques
permettent d’autre part de comprendre les propriétés mécaniques. La résistance
du métal à la déformation provient de l’importance de l’énergie de la liaison
métallique comme de son absence d’orientation, la malléabilité des métaux
provient de l’existence d’une structure ordonnée de cations au sein d’un gaz
d’électrons : au cours d’une déformation, les plans de forte densité peuvent
glisser les uns sur les autres sans que l’énergie d’interaction ne s’en trouve
notablement modifiée

Figure 14 : Glissement des plans dans un métal

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V-Cristaux ioniques
V-1- Propriétés des cristaux ioniques
Les cristaux ioniques possèdent des caractéristiques commues :
 mécaniques : ils sont fragiles (ils ne présentent qu’une faible résistance à
la traction) et de dureté variable ;
 électriques : ils possèdent une très faible conductivité : les ions peuvent se
déplacer très lentement dans le réseau sous très forte tension. A l’état
fondu ou mis en solution, ils permettent le passage d’un courant ;
 chimiques : ils se solubilisent avec dissociation dans les liquides polaires
comme l’eau ;
 thermiques : leur dilatation est faible et leur point de fusion en général
élevé.
V-2- Modèle structural
Les propriétés physiques et chimiques s’expliquent par la présence d’ions : la
fusion du cristal correspond à la dislocation du réseau d’ions et a pour effet de
permettre une certaine mobilité de ces ions, la situation est semblable en
solution aqueuse où les ions libérés par la dislocation du réseau sont solvatés.
L’énergie d’interaction attractive qui confère au réseau cristallin sa stabilité peut
être décrite à l’aide d’un modèle électrostatique.
Le modèle structural le plus simple repose sur les hypothèses suivantes :
 les structures ioniques stables correspondent à une énergie minimale ;
 les ions sont assimilables à des sphères possédant un volume propre
(hypothèse d’une sphère dure) et une charge définie.
Les édifices stables correspondent à des arrangements des ions dans l’espace où
un ion de signe donné n’a pour plus proche voisin que des ions de signe opposé.

Figure 15 : Modèle bidimensionnel du cristal d’un halogénure alcalin

VI-Cristaux covalents
VI -1-Propriétés des cristaux covalents
Les cristaux covalents se caractérisent par les propriétés suivantes :
 mécaniques : une grande dureté et une faible résistance à la déformation ;

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 électrique : très faible conductivité : ce sont des isolants ;
 thermique : température de fusion généralement élevée.

VI-2-Modèle structural
Le prototype du solide covalent est le diamant dans lequel tous les atomes de
carbone sont au centre d’un tétraèdre. La distance internucléaire entre atomes
de carbone est de 154 pm, les angles CCC sont de 109°28’.

Figure 16 : Structure du carbone diamant

Tous les solides covalents ne forment pas des structures tridimensionnelles


dans lesquelles les atomes ne sont liés que par des liaisons covalentes. Ainsi le
graphite, une forme allotropique du carbone, est constitué d’un assemblage
d’atomes de carbone disposés selon des plans parallèles, les atomes d’un plan
constituant un réseau hexagonal.

Figure17 : Structure du carbone graphite

VII-Cristaux moléculaires
VII-1-Propriétés des cristaux moléculaires
Les espèces chimiques constituées d’un assemblage défini d’atomes reliés entre
eux par des liaisons covalentes peuvent également donner lieu à la formation
de cristaux (par exemple le diiode ou le dioxyde de carbone CO2). Ces cristaux
appelés cristaux moléculaires possèdent des caractéristiques communes
suivantes :

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 mécaniques : souvent très fragiles et de faible dureté et de masses
volumiques généralement faibles ;
 électriques : ce sont des isolants électriques, cette propriété n’évolue pas
avec la fusion ;
 thermiques : leur coefficient de dilatation est élevé, leur température de
fusion et leur enthalpie de fusion est généralement faible ;
 enfin les cristaux moléculaires possèdent souvent un motif cristallin qui se
modifie assez facilement et ils donnent lieu au phénomène d’allotropie.
Les exemples les plus simples de cristaux moléculaires sont fournis par les gaz
nobles et les solides dans lesquels le motif est constitué d’un seul atome.
Par rapport aux solides métalliques, ioniques et covalents, les solides
moléculaires présentent une caractéristique essentielle: la plus grande partie des
propriétés physico-chimiques (spectrale notamment) des entités élémentaires
(molécules) qui les constituent sont conservées lors d’un changement d’état.

VII-2-Modèle structural
Le modèle structural expliquant l’énergie de cohésion des cristaux moléculaires
fait intervenir des interactions de faibles énergies rassemblées sous le terme
d’interactions de Van Der WALLS.

VIII- Limites de validité des modèles structuraux


Les quatre modèles structuraux précédents ne doivent pas conduire à penser
qu’il existerait quatre états solides de nature différente et aux propriétés bien
distinctes.
Un moyen simple pour prévoir de quel type structural (ionique, métallique ou
covalent) s’approche une espèce chimique constituée de deux types d’atomes A
et B est donné par le triangle de KETELAAR

Figure18 : Triangle de KETELAAR


Les solides ioniques correspondent au cas où la différence d’électronégativité
(XA –XB) entre A et B est la plus grande, les solides covalents aux cas où cette
différence est la plus faible, les métaux aux cas où A et B possèdent tous les
deux une faible électronégativité. Ce diagramme indique clairement qu’il existe
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des régions du triangle dans lesquelles la cohésion des solides est assurée par
des interactions de plusieurs types.
IX. Aspect et propriétés des minéraux
Les minéraux ne présentent que rarement les belles formes cristallines.

Figure 19 : Forme cristalline d’un minéral


Les minéraux sont le plus souvent des grains informes (surtout lorsqu'ils
apparaissent comme éléments constitutifs des roches), des masses mamelonnées,
feuilletées, des stalactites1, des encroûtements, etc... On réserve donc le nom de
cristal à ceux qui montrent une forme cristalline sur laquelle on distingue des
faces, des arêtes et des sommets.

VIII-1-Habitus
L’habitus décrit les différentes formes, propres à chaque minéral. Pour décrire
ces particularités on utilise divers qualificatifs précisant la forme cristalline, un
aplatissement ou un allongement. On parle alors d’habitus octaédrique,
pyramidal, prismatique ou encore d’habitus isométrique, allongé, aciculaire,
tabulaire, etc...

Figure 20 : quelques termes qualifiant les habitus

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Concrétion (réunion de plusieurs parties en un corps solide) qui se forme à la voute des cavités souterraines
par des infiltrations contenant en dissolution des sels calcaires, siliceux, etc….

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Il est intéressant de souligner qu'une même espèce minérale peut apparaître avec
des habitus déférents suivant les conditions de pressions et de températures dans
lesquelles elle s'est formée ou sous l'influence d'une très légère modification de
sa composition chimique.
Exemple : le béryl forme des prismes hexagonaux allongés lorsqu'il est vert
(variété émeraude), des prismes trapus lorsqu'il est rose (variété morganite) et
devient franchement tabulaire lorsqu'il est incolore (variété goshenite).

VIII-2-Groupement de minéraux
Lorsque les minéraux sont groupés, on leur attribue à leur façon de s'associer
des qualificatifs évocateurs : massif, granulaire, fibreux, fibro-radié, foliacé,
dendritique, stalactitique, globulaire...

Figure 21 : quelques adjectifs qui qualifient les habitus de groupement

VIII- 3-Clivage
De nombreux minéraux présentent la propriété de se débiter (découper en
morceaux) selon des plans précis lorsqu'on exerce sur eux une pression
mécanique. Ce phénomène est particulièrement bien marqué pour les cristaux de
calcite qui se débitent en rhomboèdres et pour les micas qui se débitent en
feuillets. Les plans de clivage correspondent, au niveau de la structure, à des
directions de liaison faible entre les atomes.
Un clivage est dit facile ou difficile selon le degré de l'effort mécanique qu'il a
fallu exercer pour l'obtenir. On parle aussi de clivage parfait si la surface
obtenue est bien lisse et réfléchissante comme un miroir. Il est dit imparfait
lorsque le plan obtenu ne réfléchit qu'imparfaitement un signal lumineux.

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Figure 22 : quelques adjectifs utilisés pour définir divers types de clivage

VIII-4-Les macles
Le plus souvent, les agrégats de cristaux d'une même espèce cristalline
s'agencent entre eux d'une manière quelconque. Parfois cependant, on observe
des cristaux qui font penser à des "frères siamois" : deux par deux, ils sont
soudés l'un à l'autre avec une orientation mutuelle qui est toujours la même. On
parle de cristaux maclés. Une étude plus attentive permet de déterminer les lois
de macle, qui décrivent du point de vue géométrique l'orientation mutuelle des
deux individus. Les cristaux sont soit accolés par un plan commun, le plan de
macle, soit interpénétrés.

VIII-5-Le polymorphisme
Pour une même composition chimique on observe parfois des structures
cristallines déférentes : c'est le polymorphisme. L'exemple le plus frappant est
celui du carbone qui, suivant la façon dont les atomes sont arrangés, peut donner
des minéraux aussi différents que le diamant et le graphite. Pour un même
composé chimique ce sont les conditions de cristallisation qui déterminent
l'apparition d'une structure plutôt qu'une autre. Pour cristalliser dans sa forme
cubique, le diamant a besoin d'une pression énorme alors qu'à faible pression
c'est la structure du graphite qui apparaît.

Figure 23 : différentes formes du carbone

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VIII-6-L'isomorphisme
C'est la propriété que présentent certains composés chimiques différents de
cristalliser dans une même structure. Les compositions chimiques sont
généralement analogues et les constantes cristallographiques sont très proches,

L'exemple le plus connu est celui des carbonates. Certains cristallisent dans le
système rhomboédrique d'autres dans le système orthorhombique. Voici ces
deux séries :

VIII-7-L’anisotropie
L'état cristallin se distingue de l'état amorphe (verre, certains plastiques) par
l'anisotropie qui affecte la plupart de ses propriétés physiques. En clair, cela
signifie que les propriétés sont différentes suivant la direction dans laquelle on
les considère. L'aspect le plus évident de cette anisotropie est la vitesse de
croissance des faces d'un cristal. Si la vitesse de croissance était identique dans
toutes les directions, on aboutirait à la formation de sphères! C'est justement la
variation discontinue de la vitesse de croissance d'un minéral selon la direction
qui est responsable de la forme des cristaux. Le degré d'anisotropie des
propriétés physiques est différent d'une espèce minérale à l'autre. Il dépend
étroitement de leur structure et de leur symétrie. Les minéraux appartenant au
système cubique font exception à cette règle : la plupart de leurs propriétés
physiques sont isotropes.
VIII-8-Aspect des faces
Les faces des cristaux ne sont pas toujours parfaitement planes et brillantes.
Elles peuvent être aussi mates, rugueuses, striées. Elles peuvent même présenter
une apparence courbe due à une croissance en gradins. L'aspect des faces peut
parfois nous renseigner sur la symétrie du cristal. Par exemple, les faces des
cubes de pyrite sont souvent striées parallèlement aux arêtes. Cela indique que
les axes de symétrie perpendiculaires aux faces de ce cube ne sont pas des axes
d'ordre 4, mais seulement des axes binaires.
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VIII-9-Les inclusions
Lorsqu'un minéral se forme relativement rapidement (dans le cas des pegmatites,
par exemple), la croissance n'est pas toujours uniforme, et de nombreuses
inclusions viennent voiler la limpidité des cristaux. Ce sont souvent de
minuscules inclusions liquides, solides ou gazeuses qui sont les reliques des
éléments nourriciers qui ont assuré la croissance du minéral et qui sont restées
emprisonnées dans le cristal. Les inclusions sont souvent mixtes, gouttelette
renfermant une bulle de gaz avec parfois même un petit cristal libre, isolé dans
le liquide. On parle alors d'inclusion à une, à deux ou à trois phases. Dans
d'autres cas, un minéral en voie de formation a simplement inclus des cristaux
qui existaient déjà auparavant. L'exemple le plus connu est celui des aiguilles de
rutile qu'on trouve fréquemment dans le quartz.

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Remarques personnelles:

1- Figure 11 : la maille est cubique centrée. Sur le premier réseau la maille est
simple parce qu’elle contient un seul nœud propre (au centre). Sur le
second, la maille comporte plusieurs (4) nœuds propres (les nœuds qui sont
au centre des cubes.

2- Cristaux moléculaires, cristaux macromoléculaires

Revenons aux monocristaux de structure régulière bien définie. Deux situations


peuvent se présenter. La plus simple est celle où l'arrangement périodique porte
sur des entités identiques aux molécules présentes dans le liquide, suffisamment
éloignées les unes des autres pour qu'on puisse considérer le cristal comme un
empilement ordonné de ces molécules de base. En particulier, les
caractéristiques géométriques (distances entre les noyaux en particulier) sont les
mêmes. Un tel cristal est dit moléculaire. C'est le cas par exemple de l'oxygène,
de l'azote, du benzène, de l'iode, etc.

Mais il arrive aussi que la répartition des noyaux ne présente pas de domaines de
concentration comme dans un cristal moléculaire. Le cristal tout entier doit être
pris comme une molécule géante. Il est dit alors macromoléculaire. Plusieurs cas
peuvent se présenter selon que le motif, qui se répète périodiquement est
construit à partir d'atomes de même nature ou de nature différente. Voyons
quelques exemples typiques. Dans le premier cas, entrent par exemple le
diamant (C) et les métaux (Fe, Cu, etc.). Comme premier exemple du second
cas, citons le chlorure de sodium (NaCl). Les noyaux Cl et Na sont
alternativement situés aux nœuds d'un réseau cubique simple. Toutes les
distances entre plus proches voisins sont égales (0,281 nm) alors que dans la
vapeur ClNa la distance entre les noyaux est de 0,251 nm. Pour rappeler que le
cristal est constitué d'une seule molécule, nous écrirons sa formule (NaCl).

Analogue est le cas du carbonate de calcium (CaCO3). Même si on retrouve là


des entités comprenant un noyau de carbone entouré de trois d'oxygène,
nettement séparées des noyaux calcium, on ne saurait parler de molécules
CO3Ca par suite de leur empilement régulier dans l'espace. Nous écrirons donc,

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pour représenter le cristal, (CaCO3). Ici, on n'a pas de point de comparaison avec
la vapeur car, par chauffage, le carbonate de calcium.
Maille quadratique : se dit d’un cristal dont la maille est un parallélépipède
(ou prisme droit) à base carrée

Mode monoclinique
En cristallographie, le terme monoclinique indique un des systèmes cristallins dans lesquels on
classe les cristaux selon leurs propriétés de symétrie.
Un cristal monoclinique se distingue :

 soit par la présence d'un axe de symétrie : axe de rotation ou axe hélicoïdal ;
 soit par la présence d'un plan de symétrie : miroir (plan de réflexion) ou miroir
translatoire ;
 soit par la présence d'un axe de symétrie perpendiculaire à un plan de symétrie.
Il n'existe qu'une seule direction de symétrie dans le cristal monoclinique, qui est parallèle à l'axe
ou perpendiculaire au plan de symétrie. La symétrie impose que le réseau de Bravais d'un cristal
monoclinique ait au moins deux angles droits ; toute autre spécialisation métrique n'est pas
imposée par la symétrie mais peut se réaliser dans certains intervalles
de température et pression.
Les groupes ponctuels de symétrie appartenant au système monoclinique sont 2, m et 2/m.

Mode triclinique

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