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Réalisé par : Mme Nisrine MANKAR BENNIS

Encadré par : M Azeddine ANDALOUS

Année Universitaire : 2008-2009


A ma petite fille chérie Mariam,
Mariam,

A ma très chère mère,


mère,

A mon père,
père,

A mon Epoux.
Je tiens à présenter mes profonds remerciements à mon encadreur
Monsieur Azedd
Azeddine
ine ANDALOUS,
ANDALOUS, pour son dévouement sans limite et
pour ses conseils judicieux.
Je voudrais également remercier Monsieur Mohamed EL
MOUEFFAK
MOUEFFAK,
UEFFAK, le Directeur des Etudes ainsi que l’ensemble du corps
professoral de l’ISCAE.
l’ISCAE.
SOMMAIRE
INTRODUCTION ................................................................
................................................................................................
................................................................................
................................................ 1

PARTIE I : LA FINANCE ISLAMIQUE, UNE FINANCE ALTERNATIVE ..... 3


Chapitre I : Les fondements de la finance islamique .............................................4
Section I : Les sources .......................................................................................................4
Section II : Les principes ...................................................................................................5
Chapitre II : La finance islamique, une finance éthique au service du
développement durable ................................................................................................ 12
Chapitre III: Contrats & activités bancaires islamiques ..................................... 15
Section I : Les contrats de la finance islamique ............................................................ 15
Section II : Les activités bancaires islamiques ...............................................................29
PARTIE II : LA FINANCE ISLAMIQUE AU MAROC .........................................
.........................................39
.........39

Chapitre I : Diagnostic de la finance islamique au Maroc .................................39


Section I : Phases du lancement de la finance islamique.....................................................39
Section II : Benchmark des produits alternatifs commercialisés sur le marché
marocain....................................................................................................................................................40
Section III : Freins au développement de la finance islamique .........................................47
Chapitre II : Pronostic pour le développement de la finance islamique au
Maroc.................................................................................................................................54
Section I : Quelques mesures d’accompagnement pour l’essor de la finance
islamique ...................................................................................................................................................55
Section II : Ouverture du marché à de nouveaux produits islamiques ..........................60
Section III : Le filtrage islamique, pour la dynamisation de la bourse par une offre
Charia Compliant ..................................................................................................................................62
CONCLUSION................................................................
................................................................................................
....................................................................................
....................................................74
....................74

BIBLIOGRAPHIE ................................................................
................................................................................................
.............................................................................
.............................................75
.............75

ANNEXE ................................................................
................................................................................................
............................................................................................
............................................................75
............................75
LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1. Fiche signalétique ..................................................................................... 3


Tableau 2. Taille du marché des Sukuk..................................................................... 28
Tableau 3. Benchmark des produits IJARA ................................................................ 43
Tableau 4. Benchmark des produits Mourabaha ........................................................ 45
Tableau 5. Comparaison produit classique /BMCE IJARA 25 ans ................................. 48
Tableau 6. Comparaison produit classique / MIFTAH EL KHEIR (Mourabaha AWB) ..... 48
Tableau 7. Comparaison produit classique / MIFTAH AL FATH (Ijara AWB) ................. 49
Tableau 8. Filtrage extra-financier des titres côtés à la BVC ....................................... 67
Tableau 9. Filtrage financier des titres côtés à la BVC ................................................ 72

LISTE DES FIGURES

Figure 1. Principe de fonctionnement de la Moudaraba .............................................. 17


Figure 2. Principe de fonctionnement de la Mousharaka............................................. 18
Figure 3. Principe de fonctionnement de la Mourabaha .............................................. 21
Figure 4. Principe de fonctionnement de l’Ijara.......................................................... 22
Figure 5. Principe de fonctionnement du Salam ......................................................... 24
Figure 6. Le filtrage islamique .................................................................................. 65
La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

INTRODUCTION

La finance islamique a eu trente ans en 2005. Elle est née en 1975 avec l’avènement de la
première banque islamique commerciale à Dubaï et n’a eu de cesse, depuis cette date,
année après année, de connaître un taux de croissance vertigineux, supérieur à 10 % en
moyenne.
Elle est devenue un ensemble de classes d’actifs à part entière. Un chiffre intéressant est à
mentionner en la matière : Il porte sur la dette globale des pays émergents, de l’ordre de
1
600 à 700 milliards de dollars , soit des montants proches de l’enveloppe des actifs de la
finance islamique, faisant d’elle une vraie industrie. Toutefois, les avis divergent à son sujet.
Elle ne suscite pas le consensus. D’aucuns y voient une vaste supercherie et au mieux une
opération marketing réussie. Pour eux, la finance islamique ne se distinguerait en rien de la
finance conventionnelle. D’autres, au contraire, y reconnaissent l’avenir financier du monde
musulman. Entre ces deux visions extrêmes, notre point de vue est considérablement plus
nuancé. Si nous partons du principe que la finance islamique constitue un compartiment de
la finance, celle qui est éthique, alors elle répond à un besoin qui va largement au-delà des
solutions financières susceptibles d’être offertes aux investisseurs pour financer leurs
opérations.

Ainsi, et à l’heure où l’on parle de refonte du système financier, la finance islamique apparaît
de plus en plus comme une alternative à la crise. L’intégration de ses préceptes en tant que
variables d'ajustement, constitue une source de croissance et d'équité pour asseoir une
finance durable ancrée dans le cœur de l'économie réelle.

La rédaction de cette thèse s’inscrit dans une actualité riche et dense en matière de
développement de l’industrie bancaire et financière islamique à travers le monde,
notamment au Maroc. Elle est perçue comme un phénomène durable puisque sa
réglementation, sa régulation et ses fondements constituent des champs de réflexions et de
recherches non négligeables à une époque où la finance conventionnelle est mise à
l’épreuve.

1
Source : Moody’s Investors Service

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Etude du cas marocain

Notre thèse a donc pour objectif de répondre à deux questions principales : qu’est-ce qui
rend les banques islamiques et les produits qu’elles offrent si différents? Et quels défis la
finance islamique devra-t-elle relever pour se constituer comme une alternative à la finance
conventionnelle au Maroc ?

Ainsi, et à partir d’une revue critique de la littérature portant sur la finance islamique, nous
allons essayer de clarifier ses concepts, d’étudier le cas marocain à travers un benchmark
des produits alternatifs commercialisés au Maroc, benchmark réalisé sur la base des
entretiens menés avec quelques banquiers de la place, et de proposer quelques solutions
pour le décollage de cette jeune industrie dans notre pays.

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PARTIE I : LA FINANCE ISLAMIQUE, UNE FINANCE


ALTERNATIVE

Les deux dernières décennies ont vu l’émergence et le développement d’une nouvelle


industrie: La finance islamique. Cette industrie se caractérise par des opérations bancaires
excluant l’utilisation de l’intérêt (interest free banking). Certains considèrent les banques
islamiques comme une aberration parce que, dans le cadre d’une nouvelle logique, elles sont
venues défier l’ordre institutionnel établi et contrevenir de ce fait aux normes bancaires
classiques et aux règles de contrôle imposées par les banques centrales. Pourtant, ces
banques se développent partout à travers le monde et enregistrent des taux de croissance
inhabituels dans l’industrie. Elles ne devraient pas exister et pourtant elles sont là. Qu’est ce
qui leur a permis de défier l’ordre établi ? Quelle est la logique qui se cache derrière leurs
succès ? Que peut-on apprendre de ces succès ? Ces questions, simples en apparence, vont
nous préoccuper tout au long de notre travail de recherche.
Pour essayer d’y répondre, nous allons en premier lieu essayer de comprendre les
fondements de cette jeune industrie en examinant ses bases, les contrats la constituant ainsi
que les activités bancaires islamiques.

Le tableau suivant présente une fiche signalétique sommaire de la finance islamique :

Tableau 1. Fiche signalétique


Date et lieu de première apparition Au début des années 60 en Egypte (Mit Ghamr
Savings Bank) et en Malaisie (Tabung Haji)

Emergence de la première banque Dubai Islamic Bank a été créée en 1975 à Doubaï

commerciale islamique
Taille du marché à fin 2007 500 milliards de dollars d’actifs des banques et
compagnies d’assurance islamiques 700milliards
de dollars y compris les actifs hors-bilan et les
fonds conformes à la Charia
Taux de croissance annuel moyen au Entre 10% et 30% en fonction des classes

cours des 10 dernières années d'actifs

Distribution géographique 60% dans le golfe Persique ; 20% en Asie du


Sud ; 20% dans le reste du monde

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Chapitre I : Les fondements de la finance islamique


Dans le présent chapitre, nous allons étudier les sources de la finance islamique, ainsi que
ses principes.

Section I : Les sources


La finance, ou l’économie islamique en général est guidée par les valeurs de l’Islam.
Dans une économie islamique l’homme n’est pas dans une position de distribuer les
ressources de la façon qu’il veut. Il existe une limitation morale sérieuse imposée par le Saint
coran et la Sunnah sur les pouvoirs des individus imprégnés par les valeurs de l’islam.
La loi islamique a l’habilité d’évoluer et de se développer pour résoudre et gérer les actualités
du monde musulman .Certes, les principes généraux sont les mêmes à travers le temps. Les
principes islamiques fondamentaux qui étaient valides hier, sont valides aujourd’hui et seront
valides demain. La loi islamique est caractérisée par la globalité de ses principes acheminés à
l’humanité par une série de révélations d’Allah au Prophète Mohammed paix et salut sur lui.
Pour expliquer la dynamique de la loi islamique et son adaptabilité à tous les temps il est
essentiel de parler des sources et des bases de cette loi. Le droit musulman, Charia, est un
système de droit dont les principes et le contenu dérivent du Coran, parole de Dieu révélée à
son prophète Mohammed paix et salut sur lui, des actions, conduite et paroles du prophète
(la Sunnah et les hadiths). Ces sources sont à leur tour développées par le consensus (Ijmâ)
et la raison (Ijtihâd). Le droit musulman se conçoit comme un système de conduite dans le
domaine rituel, social, économique et personnel.
 Le Saint coran
Il s’agit des paroles d’Allah -Exalté soit-Il -révélées au Messager d’Allah -que la Paix et le
Salut soient sur lui -, en langue arabe, il est inimitable et ceci jusqu’à la plus petite sourate.
Il est transmis par génération successive (tawaatour). Sa lecture est une adoration.
Le Coran est dans la législation islamique ce qu'est la constitution dans les législations
séculières des autres nations. Le Coran en tant que constitution n'évoque les préceptes et les
règles qu'avec des textes sommaires et ne s'engage que très peu dans les développements
et les détails sur la manière de procéder. Il est la parole d’Allah -Exalté soit-Il -dans sa forme
et dans son sens. Il a un niveau d’éloquence en dehors des capacités humaines d’où son
inimitabilité. C’est le premier niveau de la législation musulmane et sa psalmodie est une
adoration.
L’intégralité du Coran est en arabe. IL fut révélé par Allah -Exalté soit-Il -en langue arabe
dans sa forme comme dans son sens. L’exégèse du Coran ou sa traduction dans une autre
langue ne sont pas du Coran. Le Coran fût transmis de génération en génération .Il fait

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preuve d’autorité légale, sa transmission est authentique et aucun doute ne pèse sur sa
légitimité.
 La Sunnah

Le terme Sunnah s'emploie pour désigner ce qu'on a rapporté du Messager –paix et


bénédictions d'Allah sur lui- comme parole, acte ou approbation. La Sunnah vient
immédiatement après le Coran en rang dans les sources de la législation. Elle comporte
l'explication de ce qui y est concis, l'élucidation de ce qui y est vague, la restriction de ce qui
y est absolu et traite ce qui n'y est pas évoqué. La Sunnah est donc une source
indépendante de la législation en ce sens qu'elle peut comporter des préceptes et des règles
qui ne sont pas évoqués dans le Coran.
La distinction entre la Sunnah et le hadith est que ce dernier est narratif, rapportant ce que
le prophète a dit, fait, approuvé ou désapprouvé. Alors que la Sunnah est la pratique du
prophète -paix et salut sur lui-, c’est les normes comportementales.
 Ijmâ

C’est l’unanimité des érudits de la religion, à une époque donnée à partir des compagnons
du prophète, sur une règle légale islamique précise. Ce consensus est la résultante de la
compréhension, de l’interprétation et de l’application du Coran et de la Sunnah. C’est un
mécanisme permettant d’entreprendre des législations collectives pour suivre les évolutions
et les changements. C’est la troisième source de législation se situant après la Sunnah.
 Ijtihâd

C’est l’exercice de la raison et du jugement personnel par les savants de l’Islam. Il englobe
l’opinion (ra’y), l’analogie (qiyas)… C’est un élément important assurant la dynamique de la
Charia.

Section II : Les principes


La finance islamique puise ses fondements de la Charia qui édicte cinq grands principes sur
le rapport des musulmans à l’argent :
 L’interdiction de l’intérêt (riba)
 Le partage des profits et pertes entre le prêteur et l’emprunteur (principe des 3P, la
Clé de répartition doit être fixée dans une proportion et non par un bénéfice à la
signature du contrat)
 L’interdiction de l’incertitude et du hasard (gharar), notamment la spéculation

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 La tangibilité de l’actif : On entend par tangibilité de l’actif qu’ une opération doit
être obligatoirement adossée à un actif tangible, réel, matériel et surtout détenu,
toute transaction financière doit être sous-entendue par un actif tangible et
identifiable. C’est le principe de l’Asset-backing.
 L’interdiction des actifs illicites (haram), déterminés comme tels par le secteur
d’activité et la situation financière de l’entreprise.
Ainsi, les cinq piliers de l’islam financier contiennent 3 principes négatifs (-) et 2 principes
positifs (+) :
•Principe n°1 (-): pas de “riba” (intérêt, usure);
•Principe n°2 (-): pas de “gharar” ni de “maysir” (incertitude, spéculation);
•Principe n°3 (-): pas de “haram” (secteurs illicites);
•Principe n°4 (+): obligation de partage des profits et des pertes;
•Principe n°5 (+): principe d’adossement à un actif tangible.
À cela, on peut ajouter l’un des cinq piliers de l’islam qui est l’aumône (zakat). Elle consiste à
donner aux démunis un quarantième (2.5%) de sa fortune annuelle.
Ainsi, l'Islam s'oppose à la thésaurisation, à la concentration du capital, aux monopoles. Il
condamne les exploiteurs et toutes les formes d'exploitation.
La spéculation est aussi interdite en finance islamique. Un spéculateur tend à tirer profit dans
le court terme, des mouvements de prix d’un actif ou d’une commodité. Il peut faire un profit
ou enregistrer une perte, mais son activité n’ajoute rien à la production de l’industrie.
Dans la finance conventionnelle, les deux dimensions de l’investissement sont le risque et le
rendement, alors que dans le contexte islamique, l’investisseur doit prendre en considération
les aspects éthiques et le type d’activité économique dans laquelle il investit. Ainsi
l’investissement dans des compagnies impliquées dans des activités portant sur l'alcool, le
jeu, le tabac et la pornographie n’est pas permis.
Pour assurer la réussite des relations économiques dans le système islamique, tous les
contrats doivent être écrits. Ils doivent inclure les différents détails et clauses clairement.
L’Islam a aussi condamné les transactions basées sur les faux serments, il a mis l’emphase
sur la justice dans les transactions commerciales en respectant les bons poids et mesures.
En résumé, les produits bancaires islamiques respectent quatre règles:
 Le partage de risque,
 La matérialité des échanges,
 L’absence de pénalités de retards de remboursement,

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 Et le non financement des transactions interdites par la Charia (création de


brasseries, de charcuteries (à base de porc), etc.)
Quatre principes de la finance islamique jugés importants vont être examinés plus en détail
à savoir l’interdiction de l’intérêt, du Maysir et Qimâr, du Gharar et l’obligation de la Zakat.
 L’interdiction de l’intérêt (Riba)

L’un des plus importants fondements de la finance islamique est l’interdiction de la riba.
Riba: étymologiquement veut dire surplus, usufruit. Il est traduit au sens de la loi islamique
par usure, intérêt : il est Haram (illicite) en Islam où l'investisseur doit se comporter comme
un entrepreneur et partager les risques et les rendements.
Ce mot arabe englobe l’intérêt dans toutes ses formes, qu’il soit excessif ou modéré. Tout
revenu fixe et prédéterminé, indépendant de la rentabilité de l’actif financé n’est pas admis.
On distingue: Le Riba dans les échanges (vente/achat): riba al-buyû'. Le Riba dans les
crédits : riba al-qurûd.
Le Prophète (sur lui la paix) a dit : « De l'or contre de l'or, de l'argent contre de
l'argent, du blé contre du blé, de l'orge contre de l'orge, des dattes sèches contre
des dattes sèches, du sel contre du sel : quantité égale contre quantité égale,
main à main. Celui qui donne un surplus ou prend un surplus tombe dans
2
l'intérêt… »
Ainsi, l’interdiction de l’intérêt en Islam est catégorique. Elle est confirmée par les quatre
sources légales islamiques : le Coran, la Sunnah, l’Ijmâ et l’Ijtihad. Elle ne fait l’objet d’aucun
doute.
Huit versets coraniques, dans quatre sourates différentes portent sur l’intérêt. Dans l’ordre
de la révélation, le premier verset est : « Tout ce que vous donnerez à usure pour
augmenter vos biens au dépens des biens d'autrui ne les accroît pas auprès de
Dieu, mais ce que vous donnez comme Zakat, tout en cherchant la Face de Dieu
3
(Sa satisfaction)... Ceux-là verront [leurs récompenses] multipliées. » Elle
contient une moralité que le principe de l’usure ne converge pas avec les valeurs islamiques,
sans pour autant contenir une interdiction catégorique.
Le deuxième verset est: « et à cause de ce qu'ils prennent des intérêts usuraires -qui
leur étaient pourtant interdits -et parce qu'ils mangent illégalement les biens des
gens. A ceux d'entre eux qui sont mécréants Nous avons préparé un châtiment

2
Rapporté par Muslim
3
Coran, Sourate les Romains, verset 39

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4
douloureux. » et qui dénonce fermement la pratique usuraire des juifs en rappelant que
l’intérêt leur est interdit entre eux.
Puis deux autres versets interdisent l’intérêt composé : « Ô les croyants ! Ne pratiquez
pas l'usure en multipliant démesurément votre capital. Et craignez Dieu afin que
vous réussissiez ! Et craignez le Feu préparé pour les mécréants. Et obéissez à
5
Dieu et au Messager afin qu'il vous soit fait miséricorde ! »
Enfin quatre autres versets révélés vers la fin de la vie du prophète paix sur lui interdisent
catégoriquement l’intérêt dans toutes ses formes et qualifie sa pratique de guerre contre
Dieu : « Ceux qui mangent [pratiquent] de l'intérêt usuraire ne se tiennent (au
jour du Jugement dernier) que comme se tient celui que le toucher de Satan a
bouleversé. Cela, parce qu'ils disent : "Le commerce est tout à fait comme
l'intérêt" Alors que Dieu a rendu licite le commerce, et illicite l'intérêt.
……………… Dieu anéantit l'intérêt usuraire et fait fructifier les aumônes. Et Dieu
n'aime pas le mécréant pécheur ……… Ô les croyants ! Craignez Dieu; et renoncez
au reliquat de l'intérêt usuraire, si vous êtes croyants. Et si vous ne le faites pas,
6
alors recevez l'annonce d'une guerre de la part de Dieu et de Son messager.»
De plus, il a été rapporté de façon sûre d’après Djâbir que le Messager d’Allah (paix et salut
sur 00lui) a maudit celui qui se nourrit d'usure (Riba), celui qui la produit, celui qui
7
l’enregistre et celui qui en sert de témoin… Il a dit qu’ils sont tous pareils.
Ceci dit l’interdiction de l’intérêt n’est pas une spécificité de l’Islam, l’intérêt étant interdit
par toutes les religions célestes, La Bible contient plusieurs textes qui condamnent
clairement le prêt à intérêt. Parmi les textes de l’interdiction dans l’Ancien Testament : « Tu
n’exigeras de ton frère aucun intérêt ». Dans le Nouveau Testament, on lit : « tout prêt que
vous accordez avec l’intention d’en tirer un profit ne vous sera d’aucune utilité. Faites de
bonnes actions mais n’en attendez aucun profit. Alors vous aurez une grande
récompense...».
Dans la religion juive, la pratique de l’intérêt est condamnée. La Torah affirme dans le verset
15 du chapitre 22 de l’Exode : « si tu as prêté de l’argent à l’un de mes serviteurs, ne te
comporte pas avec lui comme un usurier et ne fait pas de profit sur lui ». Le Saint Coran a
rappelé l’interdiction de l’intérêt chez les juifs. Les juifs ne peuvent percevoir d’intérêt sur un

4
Coran, Sourate les Femmes, verset 161
5 Coran, Sourate la Famille d’ Imran, versets 130-132
6
Coran, Sourate la Vache, versets 275, 276, 279 ,280
7
Rapporté par Muslim

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juif mais cela leur est autorisé sur un non juif selon le verset 20 du chapitre 23 du
Deutéronome qui dit : « ne prête pas d’argent à ton frère juif, ni en argent, ni en nourriture
ni d’autre chose ».
Plus de 300 ans avant Jésus-Christ, le philosophe grec Aristote condamnait le prêt à intérêt,
faisant remarquer que l'argent, n'étant pas une chose vivante, ne pouvait donner naissance
à d'autre argent: «L'argent ne fait pas de petits» dit-il. Platon, Cicéron, Sénèque pour ne
citer que ceux-ci ont également pris parti contre l’intérêt.
La vision économique de l’Islam est basée sur la soumission au Dieu unique Créateur de
l’univers, qui Exalté soit-il a établi les règles de conduite les mieux adaptées pour régir la vie
et assurer la prospérité, le bien être, la paix…. Il a interdit aux musulmans tous les actes
susceptibles de nuire aux intérêts des gens, il a préconisé un système social sans s’opposer à
la propriété privée, au profit, à l’épanouissement personnel. Ainsi, dans un système
islamique, il est charitable et louable d’annuler la dette d’un créditeur en situation difficile
comme stipulé dans le Coran : « A celui qui est dans le gêne, accordez un sursis
jusqu'à ce qu'il soit dans l'aisance. Mais il est mieux pour vous de faire remise de
la dette par charité ! Si vous saviez!».
En plus du strict interdit religieux, deux fondements moraux se cachent derrière la
proscription de l’intérêt :
 L’adoption d’un taux d’intérêt fixe est considérée comme un système injuste et
discriminant. D’une part, il empêche l’accès au crédit aux personnes les plus
défavorisées de la société. D’autre part, dans le cas d’un investissement, il consacre
une répartition inégale du risque et des profits : l’investisseur reçoit une
rémunération fixe décorrélée du succès ou de l’échec de l’activité, alors que
l’entrepreneur en supporte tout le risque ; inversement, en cas de profits importants,
l’investisseur reçoit une part insignifiante des bénéfices alors que l’entrepreneur
s’arroge la plus grosse part du gâteau. En d’autres termes, le profit attribué au capital
est fixe, celui attribué au travail est variable et entaché d’incertitude.
 La rémunération par l’intérêt est par définition décorrélée de l’activité elle-même. Or
cela contrevient au principe que la création de richesse s’appuie sur un actif réel et
que l’argent lui-même ne peut pas être source de valeur ajoutée.
 Interdiction du Maysir et Qimâr

L’interdiction du Maysir et du Qimâr est explicitement citée dans le Coran :


« O vous qui avez cru ! Le vin, la divination par les entrailles des victimes ainsi

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que le tirage au sort (jeu de hasard : Maysir) ne sont qu’un acte impur de ce que
fait Satan. Évitez-le !....Le diable ne cherche qu’à introduire parmi vous les
germes de la discorde par l’animosité et par la haine à travers le vin et le jeu (de
hasard) et à vous détourner de l’invocation de Dieu et de la prière. Allez – vous
8
donc y mettre fin ? »
Etymologiquement le Maysir était un jeu de hasard, Maysir vient de l’adjectif arabe Yassir :
qui veut dire facile : avant l'avènement de l’Islam, les arabes considéraient ces jeux comme
moyen facile de gagner l’argent…
Le Maysir cause des troubles dans la société. Spéculer, parier sont des synonymes de Maysir.
Le Qimâr et le Maysir se définissent alors comme toute forme de contrat dans lequel le droit
des parties contractantes dépend d'un événement aléatoire. C'est notamment ce principe
que l'on trouve dans les jeux de hasard et les pariages avec mise.

 L’interdiction du Gharar

Ce terme signifie incertitude, aléa.


En Islam, désigne toute vente à caractère aléatoire ou possédant un élément vague,
imprécis, ambigu, incertain, caché ou dépendant d’autre événement. Relatif notamment à
l’objet de la vente, au prix ou au délai de livraison. Al-Gharar reprend ainsi les activités qui
ont un élément d'incertitude, d'ambiguïté ou de déception. Dans un échange commercial, il
se réfère à une tromperie ou à une ignorance sur l'objet du contrat (l'incertitude sur les
matières, le prix des matières). La vente “Gharar” est celle où il y a incertitude quant à
l'objet, sa quantité ou s'il sera possible de livrer ou non. Le ‘gharar' est considéré comme
normal dans une transaction s'il n'est pas excessif et si son impact sur l'économie ou la
société est minimal.
Exemple: on ne peut pas vendre les poissons dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel: c’est du
Gharar excessif.
L’interdiction est tirée notamment du hadith suivant :
« Le prophète a interdit l’achat d’un animal non né dans la matrice de sa mère, la
vente du lait dans la mamelle sans mesure, l’achat d’un butin de guerre avant sa
distribution, l’achat des dons de charité avant leur réception, et l’achat de ce qu’a
9
péché un pécheur avant sa pêche. »

8
Coran, Al Maîda , versets 90 et 91
9
Rapporté par Muslim

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 La Zakat

La Zakat peut être définie comme l’Aumône légale due par tout musulman à partir d'un
minimum imposable. C’est un impôt obligatoire qui représente un quarantième (2,5%) des
ressources financières, et est destiné aux plus démunis. Il sert d’une part à purifier le
croyant d’éventuelles pensées contraires à la religion (avarice, cupidité…) et d’autre part à
subvenir aux besoins de la société. Le client d’une banque islamique peut autoriser celle-ci à
le prélever directement et lui délègue alors le choix du projet caritatif à financer.
La Zakat est un des piliers de l’islam et de ses grands fondements, comme le montrent les
preuves du Coran et de la Sunnah.
10
Allah dit : « Et accomplissez la Salat et acquittez la Zakat. » .
Et le Prophète a dit : « L’islam est bâti sur cinq : l’attestation qu’il n’y a de divinité
digne d’être adorée qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah,
l’accomplissement de la prière, l’acquittement de la Zakat, le pèlerinage à la
11
Maison sacrée et le jeûne du mois de Ramadan. »
Allah a rendu la Zakat obligatoire pour tout musulman libre possédant le minimum imposable
(Nisab). Le musulman doit posséder une quantité prescrite par la religion, ce quota diffère
selon la nature des biens. Quand ce quota n’est pas atteint la personne n’a pas de zakat à
payer. Les biens soumis à la zakat sont l'or et l’argent, les bestiaux, les produits agricoles.
L’Islam condamne l’intérêt qui favorise la polarisation des richesses entre les mains d’une
minorité et instaure la Zakat qui stimule la circulation de l’argent dans la société.
En plus d’instaurer un système d’assistance sociale, en prenant de l’argent des riches pour
donner aux pauvres, la Zakat est un catalyseur de l’investissement et de l’utilisation des
richesses. C’est un ennemi de la thésaurisation et stimule la tendance à investir et réaliser
des profits au lieu de payer des pourcentages sur de l’argent dormant.

10
Coran, Sourate Al-Baqarah, verset 110
11
Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim

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Chapitre II : La finance islamique, une finance éthique au


service du développement durable
Le développement durable est désormais au centre de nombreuses réflexions. Politique,
environnement, finance, ou encore stratégies d’urbanisation : rares sont les domaines qui
échappent à une analyse construite en termes de développement durable. Pour autant, le
concept même de développement durable est souvent mal connu, car compris de manière
incomplète.
La définition suivante nous semble assez complète : « le développement durable est un
développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité
des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à
cette notion : le concept de « besoins », et plus particulièrement les besoins
essentiels des plus démunis, à qui il convient de donner la plus grande priorité, et
l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale
imposent sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à
venir. (…) Au sens le plus large, le développement durable vise à favoriser un état
12
d’harmonie entre les êtres humains et entre l’homme et la nature »
Le développement durable repose sur une trilogie où l’économie s’allie au social dans le
respect de l’environnement. Il s’agit de produire plus, au service du plus grand nombre, de
mieux répartir les richesses et de lutter contre la pauvreté, tout en préservant la nature.
Enfin, dans chacune de ces dimensions (économie, social, environnement), on retrouve une
13
exigence transversale de solidarité entre les générations . Parmi les objectifs fixés, certains
sont à traiter à l’échelle de la planète (rapports entre les nations, les individus, les
générations), d’autres relèvent des autorités publiques au sein des Etats ou dans chaque
grande zone économique (Union européenne, ALENA, etc.), et d’autres enfin relèvent de la
responsabilité des entreprises.
Les entreprises sont en effet des actrices à part entière du développement durable. Elles
interviennent principalement de trois manières dans le développement durable. Tout d’abord,
elles participent directement au développement économique par leurs investissements.
Ensuite, elles participent à créer ou réduire des inégalités sociales, à travers les conditions de
travail qu’elles proposent à leurs salariés. Enfin, parce que les entreprises consomment des

12
D’après la commission mondiale sur l’Environnement et le Développement de l’ONU, dite «
Commission Brundtland » Rapport Brundtland, chapitre II

13
S. Brunnel, Le développement durable, PU F, Que sais-je ?, 2007, 2e éd. mise à jour, p. 53-54

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La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

ressources naturelles, produisent des déchets et génèrent des pollutions, leurs activités
modifient l’environnement.
Plus particulièrement, à l’échelle de l’entreprise, le développement durable se décline sous la
forme de la responsabilité sociale – ou sociétale – des entreprises (RSE). La responsabilité
sociale des entreprises est l’intégration volontaire des préoccupations sociales et
écologiques des entreprises à leurs activités commerciales et leurs relations avec les parties
prenantes. Elle signifie essentiellement que les entreprises, de leur propre initiative,
contribuent à améliorer la société et à protéger l’environnement, en liaison avec les parties
prenantes.
Diverses théories ont été proposées par les économistes occidentaux pour étayer la pratique
de la responsabilité sociale des entreprises. En somme, les sociétés s’engageraient dans la
voie du « socialement responsable » d’une part pour s’assurer une forme de légitimité, et
d’autre part pour satisfaire les intérêts et les demandes d’un groupe hétéroclite de parties
prenantes, et honorer les engagements explicites et implicites qui les lient à ces parties
prenantes. En honorant ces engagements, les sociétés développent une certaine réputation,
laquelle constitue alors un avantage économique sur le marché, et procure à plus long terme
profitabilité et viabilité.
Enfin, le développement durable et la responsabilité sociale des entreprises agiront comme
des catalyseurs de financements (notamment par appel public à l’épargne) comme en
témoigne le succès de l’investissement socialement responsable.
Dans le cadre d’un mémoire consacré à la finance islamique, une question doit être posée :
comment les préceptes de l’Islam rejoignent-ils les thématiques de développement durable
et de finance éthique ?
Tout d’abord, la définition que nous avons donnée du développement durable, rejoint les
objectifs de la Charia. La loi islamique vise en effet à promouvoir le bien-être de tous les
hommes, bien-être qui repose sur la sauvegarde de leur foi (din), de leur être (nafs), de leur
intellect (aql), de leur postérité (nasl) et de leur richesse (maal).Les Musulmans, comme tous
les hommes, doivent être forts matériellement et moralement pour poursuivre les objectifs
de sagesse, de pitié, et de justice qu’impose Charia. Cela suppose donc un enrichissement
afin de pouvoir répondre aux besoins essentiels, mais cela nécessite aussi d’éviter toute
dépense excessive.
L’Islam insiste également sur la préservation de la descendance. Cela signifie qu’il faut
assurer une distribution équitable des richesses entre les générations, mais également
préserver les ressources, et l’environnement. Ainsi, l’accomplissement des objectifs de la

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Charia requiert des interactions dynamiques entre les processus socio-économiques et les
priorités environnementales. La Charia propose ainsi un ensemble de directives qui
rejoignent ce que nous appelons aujourd’hui le développement durable.
Plus spécifiquement, la Charia propose aussi un modèle de responsabilité sociale des
entreprises. Alors que l’approche occidentale de la RSE est essentiellement matérielle, plus
centrée sur les conséquences pratiques d’une posture socialement responsable que sur ses
fondements éthiques, la vision islamique de la responsabilité sociale repose sur approche
plus holistique. En effet, les principes moraux et éthiques issus du Coran et de la Sunna, sont
plus durables et absolus. Ils constituent ainsi, du point de vue islamique, de meilleures
directives pour les sociétés qui veulent prospérer tout en se montrant socialement
responsables.
En effet, la détermination de ce qui est bénéfique et de ce qui est dangereux ne peut pas
être laissée à la seule appréciation humaine, mais doit se faire dans le cadre fixé par la
Charia. C’est donc en se basant sur la Charia que les musulmans peuvent témoigner d’une
responsabilité sociale, conformément à leur engagement religieux. Ainsi, un homme ne doit
pas conduire ses activités – qu’elles soient économiques, sociales, ou autres – comme un
agent économique centré sur lui même à la recherche de la plus grande profitabilité.
Au contraire, l’homme islamique doit équilibrer ses droits et ses responsabilités individuels et
ceux de la société. « Les musulmans doivent chercher à gagner des surplus, dans la
mesure où ils ont reçu des talents à faire fructifier. Mais les surplus doivent être
utilisés non pas pour l’élévation de soi, mais pour des buts socialement
14
responsables qui plaisent à Allah »
La responsabilité sociale n’est donc pas perçue ici comme une initiative stratégique ou
intéressée que les sociétés prennent pour valoriser leur image ou pour accroître leurs
performances financières à long terme. Le concept de responsabilité sociale dans l’Islam
prend un sens plus large en englobant la dimension de Taqwa (piété). Ainsi, les sociétés, en
tant que groupes d’individus, assument les rôles et responsabilités qui sont les leurs en tant
que vice-gérants et serviteurs de Dieu, dans toutes les situations. La responsabilité sociale
est donc une initiative morale et religieuse fondée sur la croyance selon laquelle une société
doit bien se comporter vis-à-vis de son environnement, sans se préoccuper des
conséquences financières, positives ou négatives, d’une telle attitude. L’invocation de la
Charia et du principe de Taqwa dans les affaires implique que l’entrepreneur n’est plus

14
Michel Dion, L’éthique du profit et les grandes religions du monde, Entreprise éthique, no 9, oct. 1998, p. 109

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uniquement guidé par la maximisation des profits, mais aussi, et surtout, par la poursuite du
bonheur suprême, dans cette vie et au-delà. Cette recherche du bonheur conduit
naturellement l’entrepreneur à reconnaître sa responsabilité sociale et morale vis-à-vis de ses
compagnons, à savoir les consommateurs, les employés, les actionnaires et la société civile.
Ainsi, nous pouvons dire que l’Islam propose un modèle de responsabilité sociale plus
approfondi que les modèles proposés par les théories économiques classiques, et ce en
raison du principe de Taqwa. De plus, à travers le principe de vice-gérance, l’Islam, envisage
les entreprises comme des intendants, non pas uniquement des ressources financières des
actionnaires, mais aussi des ressources économiques de la société toute entière, pouvant
ainsi parvenir à la bénédiction de Dieu. Cela implique un besoin inéluctable pour les
entreprises de faire pénétrer dans la conduite de leurs activités les meilleures pratiques de
responsabilité sociale, qu’il s’agisse de pratiques environnementales, de contributions
philanthropiques ou de toute autre initiative sociale. Au final, le principe de Taqwa conduira
une entreprise à toujours opérer de façon socialement responsable, sans se soucier des
conséquences financières.
La Finance islamique est ainsi un finance éthique et morale mais aussi financière.
En effet, pour respecter les cinq principes mentionnés plus haut, notamment l’interdiction de
l’intérêt, la finance islamique a développé un certain nombre de mécanismes. Le système
financier islamique ne s’est ainsi pas contenté de poser des règles morales et des principes
extra-financiers, mais a bel et bien conçu les outils nécessaires pour les appliquer. Et ce, en
plus de fonder tout investissement sur un actif sous-jacent réel, et d’avoir fixé des conditions
financières bien spécifiques concernant les entreprises investissables, qui nécessitent de ce
fait une analyse financière particulière.
Dans le chapitre qui suit, nous allons analyser les outils et mécanismes mis en place par la
finance islamique pour atteindre ses objectifs moraux et éthiques.

Chapitre III: Contrats & activités bancaires islamiques


Section I : Les contrats de la finance islamique
L’un des principes essentiels de la finance islamique est celui concernant l’interdiction de
l'intérêt, tout revenu prédéterminé et fixé sur les transactions financières. L'intérêt n’est pas
permis, que le prêt soit employé pour des buts de consommation ou de production.
Des techniques alternatives au financement basé sur l’intérêt ont été développées par les
banques islamiques et les autorités monétaires de plusieurs pays. Les instruments mis en

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œuvre ont été élaborés selon deux principes : le partage de profits et pertes (PPP) et la
marge bénéficiaire (MB).
 Contrats basés sur le partage de profits et pertes (PPP)

Le principe des 3 P est unanimement accepté comme la base des transactions contractuelles
en finance islamique. Selon ce principe, le financier a droit à un revenu sur le prêt qu’il a
fourni et est disposé à supporter une perte si le projet échoue. Deux instruments basés sur
ce principe ont été conçus et sont utilisés par les banques islamiques :
 Moudaraba:

Etymologiquement : La Moudaraba est tirée du terme « ad-darb fi al-ard » : c'est-à-dire le


fait de parcourir la terre…
C’est un contrat entre deux parties : le propriétaire du capital (rabb al mal) et un
entrepreneur (manager) appelé moudarib.
Le profit est réparti entre les deux parties en fonction d’un ratio défini au moment de la
signature du contrat. La perte financière incombe au propriétaire du capital ; la perte du
manager étant le coût d’opportunité de sa force de travail qui a échoué à générer un surplus
de revenu. A noter que les gestionnaires n’ont pas à garantir un niveau de rentabilité au
bailleur. Ils ne peuvent être mis en cause qu’en cas de mauvaise gestion de l’affaire.
L’apporteur de fonds peut imposer certaines conditions et restrictions, comme par exemple
la manière dont le projet sera géré, le type d’activités à ne pas entreprendre.
Cette formule peut être assimilée au capital investissement (private equity).
Les contrats Moudaraba sont conclus entre les deux parties (la banque et l’entrepreneur)
suivant les termes stipulés par la banque et acceptés par le client. Il n’existe pas un contrat
standard de Moudaraba, les contrats diffèrent suivant les termes et les conditions incorporés
dans chacun.
Ce genre de contrats est très risqué et demande une grande confiance entre les parties. Il
est adapté aux professionnels et personnes avec des qualifications spéciales qui ont des
idées, mais ne disposent pas de capital.
Les banques exigent des garanties contre la négligence ou l’abus dans l’utilisation des fonds.
La garantie peut prendre différentes formes selon l’ampleur du risque et l’importance de
l’apport.
La Moudaraba peut prendre une forme inverse, dans laquelle le client devient le propriétaire
de capital et la banque le moudarib. Le client peut déposer son argent dans des bons de la

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banque (des bons de Moudaraba) pour une période déterminée et la banque investit cet
argent dans des projets et partage les gains avec les déposants.
Dans les bilans des banques islamiques, les dépositaires de fonds sont considérés comme
investisseurs et la banque comme entrepreneur. Le rôle de la banque islamique diffère vis-à-
vis du porteur du projet. Elle agit en tant que propriétaire de fonds face au manager
considéré comme entrepreneur.
Figure 1. Principe de fonctionnement de la Moudaraba

 Mousharaka :

La Mousharaka est un contrat similaire à la Moudaraba, avec la différence que dans le cas de
la Mousharaka, les deux parties participent dans le capital et dans la gestion, et aussi dans
les profits et les pertes réalisés. Les bénéfices sont répartis selon des ratios prédéterminés
alors que les pertes sont supportées en fonction de l’apport initial de chacun.
A la fin de chaque exercice, les coûts sont déduits des revenus et un pourcentage est affecté
aux frais de gestion. Le profit net est partagé selon des ratios déterminés et convenus entre
les deux parties. Si le projet est complètement géré par le client, les frais de gestion lui sont
attribués en plus de son revenu sur la contribution au capital. Si la banque est impliquée
dans la gestion, une part des frais sont payés à la banque.
La Mousharaka peut être permanente (mousharaka daa’ima) ou limitée à une certaine
période, c’est ce qui est connu par une mousharaka décroissante (mousharaka
moutanakissa). Dans la mousharaka décroissante, le client est autorisé à acheter
graduellement les parts de la banque.

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Les banques demandent généralement des garanties contre la négligence ou l’abus dans
l’utilisation des fonds. Les garanties sont généralement sous forme de chèques postdatés
signés par le client, portant sur tout le montant de la participation de la banque. Le
partenariat devient effectif après la signature du contrat de Mousharaka entre la banque et
le client.
Dans les Mousharaka, les actifs sont réévalués annuellement pour déterminer la part de
chaque partenaire.
Un aspect important de la Mousharaka est que la banque doit surveiller de près le projet et
participer à son marketing, ce qui va élargir et développer les qualifications et les
connaissances des entrepreneurs. Il y a un transfert de qualifications, de connaissances dans
le processus de la Mousharaka, ce qui est profitable pour l’investisseur.
Dans les partenariats réussis, le revenu sur investissement de la Mousharaka pour la banque
est plus intéressant que dans les autres modes de financement.
Parmi les problèmes qui entravent l’émergence de la Mousharaka, les garanties exigées des
clients. Bien que celles-ci visent à prémunir les dépositaires de la banque contre les abus et
les mauvaises allocations de fonds, elles constituent un facteur décourageant pour les clients
(entrepreneurs). Un autre problème est le poids de la banque dans la gestion et le suivi du
projet.
Les relations d’agence sont omniprésentes dans les contrats de Mousharaka. Le succès de ce
partenariat dépend donc de l’établissement d’une relation de confiance entre la banque et
l’investisseur.
Figure 2. Principe de fonctionnement de la Mousharaka

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 Contrats basés sur la vente :


La banque finance l'achat de marchandises ou loue des capitaux en échange d’une marge
bénéficiaire calculée comme la différence entre le prix d'achat et le prix de vente ou de
location. Les contrats développés selon ce principe comprennent :

 Mourabaha :

C’est un contrat de vente avec marge bénéficiaire. Le client donne l’ordre à la banque
d’acheter pour son compte une marchandise à un prix donné, au comptant. Il s’engage
ensuite d’acheter cette marchandise auprès de la banque une fois que celle-ci l’aurait
effectivement acquise à un prix différé comportant une marge bénéficiaire au profit de la
banque. Ce paiement peut faire l’objet d’un seul versement ou être réparti sur plusieurs
échéances. Ce contrat est utilisé pour financer des actifs ou des fonds de roulement.
Ainsi, la Mourabaha comporte un ordre accompagné d’une promesse d’achat et deux
contrats de vente. Le premier contrat est conclu entre la banque islamique et le fournisseur
de la marchandise. Le second contrat est conclu entre la banque et le client qui émet l’ordre
d’achat et qui accepte le paiement différé d’un prix majoré d’une marge, qui constitue le
bénéfice de la banque dans cette opération. Dans le premier contrat, la banque
généralement désigne la personne émettrice de l’ordre d’achat (l’acheteur final) comme son
agent recevant la marchandise achetée par elle.
Pour que le contrat Mourabaha respecte la Charia, il faut que la banque achète d’abord le
bien puis le revend par la suite. Il est aussi nécessaire que le bien soit tangible, que le client
soit informé et qu’il accepte d’acheter au nouveau prix (prix d’achat augmenté de la marge
bénéficiaire).
Quand toutes ces conditions sont remplies, les parties (le financier et le client) signent un
« contrat de Mourabaha » dans lequel tous les termes et conditions sont précisés : prix
d’achat, marge bénéficiaire, date de paiement etc.
En pratique, la banque islamique dans le cadre du contrat Mourabaha, a tout intérêt à
vouloir se protéger du risque que le client n'honore pas ses engagements en exigeant un
Rahn(caution) et/ ou kafâla(garantie) et elle peut proposer à son client des formules de
Takafoul (assurance mutuelle islamique).
Ainsi, le contrat Mourabaha est une alternative au prêt à intérêt destiné à l’acquisition.
Exemple : Dans le cas classique où l'organisme de crédit accorde un prêt à intérêt à son
client pour que celui-ci achète une voiture, le client prend possession de la somme prêtée et

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la dépense pour acheter ce dont il a besoin. Puis il rembourse au fur et à mesure la somme
qu'il a empruntée plus les intérêts. Si la voiture coûte 100 000 Dh et que le client a pu
bénéficier d'un prêt de ce montant, il remboursera par exemple 150 000 Dh sur cinq ans.
Dans le cas de la Mourabaha, le client adresse une demande à l'organisme de crédit
concernant la voiture qu'il désire acheter. Si l'organisme accepte sa demande, il considère
celle-ci comme étant une promesse d'achat de la part de son client, il achète la voiture puis
la revend au client avec un bénéfice, le tout étant payable par échéances (tout est spécifié
dans le contrat). On pourrait dire : 'Le résultat est le même : ici aussi, pour une voiture que
l'organisme achètera au prix de 100 00 Dh, le client la paiera 150 000 Dh sur cinq ans.
Mais en fait non, il y a des différences.
1) Dans le cas de la Mourabaha, si la marchandise livrée ne correspond pas aux
caractéristiques énoncées, alors ce sera l'organisme de crédit qui fera les démarches pour
que le fournisseur reprenne son bien.
2) De même, si la marchandise connaît des problèmes d'acheminement, ce sera cet
organisme qui se chargera de relancer le fournisseur ou le transporteur.
3) Et si cet organisme a déjà pris possession de cette marchandise et que celle-ci a été
détruite par un incendie avant qu'elle le remette à son client, la destruction se fera aux
dépens de l'organisme.
4) Enfin, en cas de retard dans le paiement du prix convenu par son client, cet organisme ne
pourra pas majorer ses échéances d'indemnités.
Quatre points qui font la différence entre le recours à la Mourabaha et le recours au prêt à
intérêt ; quatre points qui découlent tous de la même différence de forme juridique entre les
deux transactions : dans la Mourabaha, c'est l'organisme de crédit qui achète la marchandise
en son nom, et toutes les règles concernant l'acheteur s'appliquent à lui. Aussi, entre le
moment où l'organisme a acheté puis a réceptionné la marchandise et le moment où le client
en prend possession après l'avoir achetée, l'organisme est entièrement responsable de cette
marchandise.
Attention :
Dans le contrat Mourabaha, la banque islamique achète et prend possession de la
marchandise (voiture, maison) et vendra ensuite cette marchandise au client moyennant des
échéances (sommes réparties sur des échéances) et une marge bénéficiaire consentie entre
les deux parties contractantes.
Dans le contrat du prêt immobilier ou mobilier classique : la banque (non islamique) vent du
crédit (et non la marchandise) : c'est-à-dire elle prête au client une somme d’argent qu’il

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rendra plus tard majorée d’intérêts, exemple : elle lui vend 1000 000 Dh contre par exemple
1 500 000 Dh dans 10 ans. C’est là du Ribâ interdit par l’islam, et c’est la grande différence
entre les deux contrats.
Figure 3. Principe de fonctionnement de la Mourabaha

 Ijara

L’objet principal du contrat Ijara est l’usufruit généré dans le temps par un bien, cet usufruit
est vendu au locataire à bail à un prix déterminé ; le bailleur garde la propriété des biens
avec tous les droits et responsabilités qui en découlent.
Le contrat prend la forme d’un ordre du client envers sa banque lui demandant l’achat d’un
équipement donné, s’engageant par la même occasion de le louer auprès de la banque une
fois que celle-ci l’aurait acquis. Par conséquent, ce mode de financement comprend un ordre
d’achat, une promesse de location, et un contrat de crédit-bail. Il peut être sans ou avec
promesse d’achat dans le premier cas, on parle de Ijara Tachghilia et dans le deuxième de
(Ijara-wa-Iqtina).
La location aboutissant à l’achat consiste à transférer la propriété du bien au locataire à la fin
du contrat de leasing. Ce transfert peut être fait sous forme de don ou de contrat de vente.
Le document portant sur la deuxième option ne peut être signé qu’à la fin de la période de
bail.
Une troisième variante est l’Ijara avec musharaka décroissante. La part de l’institution
financière dans le bien loué diminue avec les paiements de capital que le client effectue en
sus du paiement des loyers. L’objectif est, à terme, le transfert de propriété du bien
(généralement immobilier) au client.

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La seule différence entre Ijara et le contrat crédit bail classique réside dans le fait que la
banque ne peut pas se permettre de facturer des intérêts au cas où le client n’honore pas
ces engagements dans les délais prévus
Figure 4. Principe de fonctionnement de l’Ijara

 Salam (Vente à terme)

On sait qu'en Islam, on ne peut vendre une chose qui n'existe pas encore et qu'on ne
possède pas. L'exception est le contrat Salam avec ses conditions. Ce contrat est licite et
validé par le Hadîth Sahîh: « Celui qui fait le Salam (Salaf), qu’il le fasse pour un
15
volume connu, pour un poids connu, et pour un délai connu »
Le Salam est un contrat dans lequel le prix est payé d’avance au moment de la signature du
contrat alors que la livraison de la marchandise/service se fait à une date future bien
spécifiée.
Principalement utilisé pour le financement des marchandises, il est semblable à un forward.
Il y a sept conditions à remplir pour valider le Salam :
1. L’information doit être donnée sur la catégorie à laquelle appartient le produit à livrer
(jins).
2. L’information doit être donnée sur sa variété ;
3. Sur la quantité (quadr);
4. Sur la qualité (sifa),
5. Sur la date de livraison (ajal)
6. Sur le lieu (makân), avec les coûts de transport et autres frais ;
7. Sur le montant exact qui doit être payé (ra’s al-mâl)

15
Rapporté par Muslim

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Le contrat Salam ne convient pas à toutes les marchandises ; d’une manière générale, il ne
s’applique qu’aux biens fongibles.
Les banques islamiques peuvent financer des opérations par le biais de la technique du
Salam en utilisant deux contrats séparés, le premier un contrat Salam et l’autre un contrat
de vente par versements échelonnés. La banque peut, par exemple, acheter une
marchandise en versant une avance au fournisseur tout en fixant la date de livraison
conforme à celle souhaitée par le client. Elle pourra alors revendre la marchandise à une
tierce personne sur la base d’un contrat Salam ou par versements échelonnés. Si les deux
opérations se font sur la base du contrat Salam, le deuxième contrat reprendra les mêmes
clauses de livraison de la même quantité de marchandises, les mêmes spécifications, etc.,
que celle mentionnées dans le premier contrat Salam. Le deuxième contrat est souvent
conclu après le premier car le prix doit être payé immédiatement après signature des
engagements des deux parties, c’est-à-dire la banque et le fournisseur. Pour être valable du
point de vue de la charia, le second contrat doit être indépendant du premier,
particulièrement en matière de livraison de la marchandise. Si le deuxième contrat porte sur
une vente à tempérament, la date doit être postérieure à celle de la réception de la
marchandise par la banque.
Ainsi, le contrat Salam permet au vendeur (le client) de recevoir son argent d’avance en
échange de l’obligation de livrer la commodité ultérieurement. La banque (acheteur) achète
la commodité dans laquelle elle veut faire du commerce, bénéficie des opportunités de prix
qui s’offrent et se protège contre les fluctuations.
La banque peut vendre en parallèle la commodité en question par un autre contrat Salam
indépendant, comme elle peut attendre la réception de la commodité et la vendre cash ou
par paiement différé.
La livraison et la réception de la commodité se fait à une date précise, et la banque dispose
de plusieurs options. La banque peut recevoir la commodité à la date prévue et la vendre au
comptant ou à crédit. Elle peut autoriser le vendeur de vendre la commodité à sa place
moyennant des honoraires ou sans honoraires. Elle peut aussi demander au vendeur de
livrer la commodité à une troisième partie selon une entente préalable.
Dans le contrat Salam, la Banque n’intervient pas comme vendeur à crédit de la marchandise
acquise sur commande de sa relation (comme c’est le cas de la Mourabaha), mais comme
acquéreur, avec paiement comptant d’une marchandise qui lui sera livrée à terme par son
partenaire.

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Enfin, si les quatre contrats présentés précédemment à savoir la Moudaraba, la Mousharaka,


La Mourabaha et l’Ijara constituent une réponse appropriée de la banque islamique aux
besoins de sa clientèle en terme de financement des cycles de création, d’investissement et
d’exploitation des entreprises ; ils ne permettent pas de couvrir l’ensemble des besoins et
notamment le financement de certains éléments d’exploitation tels que, les stocks, les
salaires, les impôts et taxes, etc. Ces besoins nécessitant souvent un apport monétaire
direct, exigent par conséquent un mode de financement plus approprié que la Mourabaha,
celle-ci devant se traduire obligatoirement pour des raisons de conformité aux principes de la
Charia, par l’achat de stocks et leur revente par la Banque elle-même.

Et c’est là justement qu’apparaît l’intérêt du Salam qui peut être utilisé pour financer les
besoins en trésorerie d’une société, puisqu’il permet à la banque d’avancer directement des
fonds à son client, en se positionnant en tant qu’acheteur vis-à- vis de lui et en lui concédant
un délai pour la livraison des marchandises achetées.

Le Salam peut ainsi suppléer les formes classiques de crédits à court terme telles que les
découverts, facilités de caisse, les crédits de campagne et les avances sur marchandises.

Figure 5. Principe de fonctionnement du Salam

Source : Guide de la finance islamique d’herbert Smith


 Istisna'a

L’ Istisna'a est un contrat d’entreprise en vertu duquel une partie (Moustasni’i) demande à
une autre (Sani’i) de lui fabriquer ou construire un ouvrage moyennant une rémunération
payable d’avance, de manière fractionnée ou à terme. La majorité des juristes considèrent
l’Istisna’a une variante qui s’apparente au contrat Salam à la différence que l’objet de la
transaction porte sur la livraison, non pas de marchandises achetées en l’état, mais de
produits finis ayant subi un processus de transformation.
La banque peut utiliser le contrat Istisna'a de deux manières :

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 La banque peut acheter la commodité par un contrat Istisna’a et la vendre


moyennant des paiements fractionnés ou un paiement à terme, c’est un contrat
Istisna’a de vente.
 La banque peut entrer parallèlement dans deux contrats Istisna’a, un en tant que
vendeur pour les acheteurs d’une commodité particulière, et l’autre en tant
qu’acheteur de la commodité auprès du manufacturier, c’est un contrat Istisna’a
parallèle. La formule de l’Istisna’a, mise dans ce cas revêt l’aspect d’une opération
triangulaire faisant intervenir aux côtés de la Banque, le maître de l’ouvrage et
l’entrepreneur dans le cadre d’un double Istisna’a.

Dans l’Istisna’a, les contrats entre la banque islamique et l’acheteur et entre celle-ci et le
fabricant ou le sous-traitant peuvent être séparés et indépendants, mais la banque ne peut
pas intervenir si deux parties se mettent d’accord sur un projet pour le financer uniquement,
puisque ceci serait assimilé à un prêt à intérêt. La banque ne fait ici que prêter de l’argent en
contrepartie d’un profit déterminé.
Le principe de base est que la rémunération de la Banque dans le cadre de l’Istisna’a se
justifie par son intervention en qualité d’entrepreneur responsable de la réalisation des
travaux afférents à la construction de l’ouvrage objet du contrat, que cette intervention ait
lieu directement ou par l’entremise de sous-traitants.
Le contrat Istisna’a doit obligatoirement porter sur un processus de fabrication, en précisant
toutes les caractéristiques du bien à produire.
L’Istisna’a est applicable dans des industries variées, il peut être utilisé dans les industries de
l’alimentaire, dans le secteur de la construction, dans l’industrie technologique, dans le
financement des importations des biens nécessaires aux différents projets etc.

L’ingénierie financière islamique est ainsi riche en outils et contrats permettant la réalisation
de multitudes de transactions conformes à la charia, en effet, et à part les produits présentés
ci hauts se basant soit sur le principe de partage de profits et pertes ou bien sur la vente
avec marge bénéficiaire, il existe d’autres catégories de produits très intéressants à savoir le
Takafoul et les Sukuk qui vont être présentés ci-après.
 Takafoul

Le Takafoul dérive du verbe arabe « Kafalah »c à d se garantir. Le terme Takafoul désigne


un ensemble de personnes qui s’assurent mutuellement. Les compagnies takaful ont ainsi un

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fonctionnement proche de celui des mutuelles d’assurance, en ce sens qu’elles permettent


de mutualiser les risques et répartir les pertes éventuelles entre l’ensemble des assurés. Les
membres d’une compagnie d’assurance takafoul sont à la fois assureurs et assurés. Ils
détiennent les fonds, la compagnie jouant le rôle de gestionnaire et se rémunérant par le
biais de commissions.
Évidemment, les investissements qu’elle effectue grâce à ces fonds doivent être conformes à
la Charia.
L’idée même de l’assurance solidaire islamique est basée sur le verset :
« Aidez vous les uns les autres à l’accomplissement du bien et de la piété et ne
16
vous entraidez pas à commettre le péché et l’agression »
Ainsi que sur les traditions authentiques suivantes (entre autre) :
An-Nu‘mân Ibn Bashîr (que Dieu l’agrée) a rapporté que l’envoyé de Dieu (que Dieu lui
accorde Sa Grâce et sa Paix) a dit : «Tu vois les croyants dans leur amour, leur
affection, et dans leur miséricorde qu’ils se portent, comparables à un seul corps.
Lorsque un membre est affecté, c’est l’ensemble du corps qui ressent la douleur
17
et s’enfièvre» .
Le Takafoul est fondé sur :
• la mutualisation des risques,
• l’absence d’intérêt (interdiction du Riba),
• le partage des profits et des pertes (Moudaraba),
• la délégation de gestion par contrat d’agence (wakala)
• l’interdiction des investissements illicites (haram), du Gharar, du Maysir et de Riba.
Les compagnies de Takafoul répondent à des critères fondamentaux dont on pourrait citer :
• Faire des contrats sous forme de donation pour l’intérêt mutuelle des participants,
• Distribuer le surplus de souscription aux participants afin que les actionnaires n’aient
aucune prise sur les bénéfices de souscription,
• Placer les investissements dans des fonds qui n’ont pas d’intérêt et acceptés par la
Charia
Ainsi, le Takafoul est une alternative à l’assurance, dans sa forme actuelle, qui est
pénalisée par deux éléments qui lui portent préjudice: le taux d’intérêt et l’aléatoire. En
effet, le taux d’intérêt qui représente l’usure aux yeux de la charia, est formellement

16
Coran: Al Maîda, Verset 2,
17
Sahîh Al-Bukhârî

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Etude du cas marocain

interdit. Mais que peuvent faire les compagnies d’assurances? Elles obéissent au même
fonctionnement universel, sans aucune notion religieuse. Quant à l’élément de l’aléatoire
dans la survenue du risque, il constitue la base de l’assurance. Or, les théologiens
interdisent tout ce qui est compensation sur l’aléatoire et l’imprévu. Par conséquent,
lorsque le client achète la compensation d’un risque, il se met en porte-à-faux avec l’une
des bases de la charia. C’est là où se démarque l’assurance alternative, qui est le produit
islamique. Car à travers une tournure très sophistiquée, le principe d’assurance est
préservé, mais la comptabilité est adaptée à la charia.
 Sukuk

Les Sukuk sont des titres obligataires qui doivent nécessairement respecter les principes
fondamentaux de la finance islamique. En particulier, dans le cas des obligations islamiques,
le principe d’adossement de l’émission obligataire à des actifs sous-jacents constitue une
nécessité absolue. De là découle la conformité de l’instrument aux autres principes. En effet,
les sous-jacents sont des actifs économiques qui génèrent une chronique de flux financiers
(cash flows), lesquels servent de base à la rémunération des coupons servis aux détenteurs
des Sukuk. En cela, les Sukuk préservent leur contenu participatif, dans le sens où les
investisseurs en Sukuk partagent avec l’originateur des obligations les rendements extraits
des sous-jacents. Ces coupons ne sont donc pas des flux d’intérêt, mais bien un transfert de
la richesse accumulée par les sous-jacents vers leurs propriétaires ultimes, à savoir les
détenteurs des Sukuk. Le remboursement du principal de l’obligation sera assuré en retour
par la mise en vente des actifs sous-jacents, à la maturité du contrat obligataire. Les sous-
jacents sont sélectionnés en fonction de leur degré de conformité à la Charia : les actifs en
quelque sorte « titrisés » peuvent être des flux de loyer, des rendements sur des contrats de
crédit-bail ou bien des rendements sur investissements, mais en tous les cas, licites au
regard de l’islam. Aussi, l’émission de Sukuk se trouve-t-elle en phase avec le principe
d’interdiction du « haram ». Les flux extraits des sous-jacents doivent être caractérisés par
un degré relativement élevé de prédictibilité ; leur caractère facilement prévisible et
modélisable évacue, dans une large mesure, le contenu spéculatif ou trop incertain de
l’investissement en Sukuk. Cela ne réduit en rien leur caractère risqué, eu égard au fait que
la prise de risque est valorisée en islam ; en cela, la doctrine islamique valide la distinction
entre la notion de « risque » (un aléa probabilisable) et le concept d’« incertitude » (un aléa
non probabilisable). Cette nuance est au fondement du principe d’interdiction du « gharar »
et du « maysir ».

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La finance islamique : une alternative éthique
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Le tableau suivant met en évidence l’importance croissante des Sukuk dans les marchés
financiers.

Tableau 2. Taille du marché des Sukuk


Taille du marché des Sukuk au 31 97 milliards de dollars (+50% au cours de
déc. 2007 l’année 2007), dont les deux tiers émis à
partir de la seule Malaisie
Emissions de Sukuk en 2006 +17 milliards de dollars de Sukuk globaux
(libellés en dollars) sur un total de +27
milliards d’émissions totales de Sukuk
Emissions de Sukuk en 2007 +19 milliards de dollars de Sukuk globaux
sur un total de +37 milliards d’émissions
totales de Sukuk
Emissions de Sukuk en 2008 +6 milliards de dollars de Sukuk globaux sur
un total de +15 milliards d’émissions totales
de Sukuk

Ceci dit, il existe de nombreuses modalités de structuration des Sukuk. L’organisation de


normalisation comptable des institutions financières islamiques (Accounting and Auditing
Organization for Islamic Financial Institutions, ou AAOIFI) en dénombre par exemple 14, les
plus usitées sont: Sukuk al ijara, Sukuk al wakala/moudaraba,Sukuk al mousharaka et Sukuk
al istisna’a .
En pratique, toute émission de Sukuk commence par l’identification et la ségrégation d’un
pool d’actifs sous-jacents conformes aux principes de la finance islamique. A l’origine, ce pool
d’actifs est détenu par l’originateur des Sukuk, comme une collection de droits à des flux
économiques futurs. Si des actifs tangibles comme des biens immobiliers ou des titres de
propriété en fonds propres sont naturellement conformes à la Charia, certains conseils de
conformité (Charia Boards) ont reconnu le caractère éligible de cash flows futurs pas encore
totalement identifiés au moment de l’émission des Sukuk. Les droits de propriété attachés au
pool d’actifs sont transférés à une entité économique ad hoc, sous la forme d’un fonds
commun (« Special Purpose Vehicle » ou « SPV », qui détient ces droits pour le compte des
investisseurs, en contrepartie de leur paiement du prix des Sukuk. Le SPV n’a (presque) pas
de fonds propres et demeure parfaitement transparent juridiquement. Cela dit, le SPV est
l’émetteur légal des sukuk. Les liquidités reçues par le SPV en contrepartie de l’émission des

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sukuk servent à rémunérer l’émetteur de sa cession des droits attachés au pool d’actifs. A la
maturité des sukuk, les actifs sous-jacents font l’objet d’une revente, la recette de laquelle
sert à rembourser le principal de l’émission. Pendant la durée de vie des sukuk, les coupons
sont servis aux investisseurs à partir des rendements des actifs sous-jacents : s’il existe un
écart entre les coupons servis et les rendements reçus, l’originateur ou tout autre fournisseur
de liquidité externe (garant) peut compenser cet égard.

Section II : Les activités bancaires islamiques


 Genèse et développement des institutions financières islamiques

L’émergence des banques islamiques a eu lieu dans un environnement particulièrement


turbulent.
Le phénomène se produisit en trois phases. Après la deuxième guerre mondiale et le
mouvement d’indépendance des pays musulmans, une prise de conscience généralisée de
l’identité islamique a commencé à se manifester dans les pays musulmans et les penseurs
progressivement commencèrent à échafauder les bases d’une économie islamique.
L’appauvrissement du monde musulman, l’incapacité des systèmes de développement aussi
bien de l’Est comme de l’Ouest à répondre aux problèmes politiques, économiques et
sociaux du monde musulman et l’aliénation culturelle furent le véritable catalyseur.
Dans ce contexte la première banque islamique vit le jour en Egypte en 1963. A la suite de la
guerre d’octobre 1973 le monde avait connu les deux grands chocs pétroliers qui générèrent
des excédants très importants de pétrodollars surtout pour les monarchies du Golfe et par
voie de conséquence à leurs citoyens. Il y avait donc une nécessité de recycler les grands
excédents publics et privés de pétrodollars dans cette région du golfe Arabo-Persique. Le
phénomène s’étendit aux pays musulmans de l’Asie du sud-est tels la Malaisie et l’Indonésie.
Cette deuxième phase a connu le véritable lancement de l’industrie bancaire islamique du
point de vu nombre d’institutions et dépôts recueillis. Le phénomène islamique redoubla
d’ampleur avec la révolution iranienne en 1979. La troisième phase eue lieu avec la fin de la
guerre du Golfe en 1990 - consécutive à l’invasion du Koweit par son voisin irakien- avec
l’accélération du phénomène et l’apparition des problèmes dans l’industrie. L’industrie rentre
actuellement dans une phase qualitative de consolidation, de recherche de performance et
d’interrogation sur son avenir.
Le FMI estime 300 institutions financières islamiques dans plus de 75 pays. Cette industrie a
eu un taux de croissance de 15% par an ces dix dernières années.

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La finance islamique : une alternative éthique
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Pour mieux illustrer l’historique de la finance islamique un listing des principales dates ayant
marqué son développement est donné ci-après.
Grandes dates de la finance islamique :
 1963 : naissance des principes financiers islamiques en Egypte. La Mit
Ghamr Saving bank propose des comptes épargnes basés sur le partage
des bénéfices et non des produits.
 1970 :L’Organisation de la Conférence Islamique est créée et lance l’idée
de la banque islamique.
 1975 : Création de la banque islamique du développement qui fonctionne
à l’image de la banque mondiale pour le monde musulman et naissances
de banques islamiques telles que la Dubai Islamic Bank, la Kuwait Finance
House et la Bahrein Islamic Bank.
 1979 : Le Pakistan islamise son secteur bancaire.
 1983 : le Soudan et l’Iran convertissent aussi leur secteur bancaire.
Nombreux sont les pays islamique du Golfe et de l'Asie qui ont suivi
(Arabie, Emirat, Indonésie, Malaisie...)
 1980-2000 Développement de la finance islamique en Asie du sud est et au
Moyen Orient
 2000-2008 Développement de la finance islamique en Europe et au Moyen
Orient, Asie du Sud Est, Afrique du Nord, autant dans les banques
islamiques que les banques traditionnelles (HBSC, Deutsche, UBS, IBB,
EIB...)
 Le Royaume-Uni est aujourd'hui le leader du développement de la finance
islamique en occident...
Ceci dit, et si le marché de la finance islamique pèse aujourd’hui 500 milliards de dollars,
quel poids est-il en mesure d’atteindre à l’avenir si tous les musulmans de la planète en
viennent à avoir accès au crédit, à un compte en banque et à une carte de paiement ? Son
volume potentiel est estimé à 4 billions de dollars. Autrement dit, la finance islamique a de
beaux jours devant elle, et c’est pourquoi elle continuera à attirer de nouveaux entrants, en
particulier dans le Golfe persique où il ne se passe pas un mois sans qu’un établissement
financier respectueux des principes de la Charia n’ouvre ses portes.
 La banque islamique

L’institut de recherche et de formation de la banque islamique de développement donne la


définition suivante à la banque islamique :

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La finance islamique : une alternative éthique
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« Une banque islamique est une institution qui reçoit des dépôts et mène toutes les activités
bancaires à l’exception de l’opération de prêt et d’emprunt à intérêt. Le passif est constitué
par l’ensemble des fonds mobilisés selon la formule de moudaraba ou de wakala (agent).Elle
accepte aussi les dépôts à vue qui sont considérés comme des prêts sans intérêts des clients
envers la banque, et de ce fait ils sont garantis. L’actif se constitue par les fonds avancés sur
la base de partage des profits et des pertes ou bien sur la base d’un endettement conforme
aux principes de la Charia. Elle joue le rôle d’un manager d’investissement vis-à-vis des
déposants dont les fonds appartiennent à la catégorie des dépôts d’investissement. En sus
de cela, la participation en capital ainsi que le financement de l’actif circulant (stock de
marchandise) et de l’actif fixe constitue une partie intégrale des opérations de la banque
islamique. La banque islamique partage ses gains nets avec ses déposants au prorata de la
date et du moment de chaque dépôt. Les déposants doivent être informés en amont de la
18
formule de partage des profits avec la banque. »
Les banques islamiques sont supposées pratiquer un mélange de participation aux profits
avec les modes de financement à crédit. Elles sont donc basées essentiellement sur un
modèle de partage des profits, qui donne plus d’importance à la rentabilité des projets, qui
dépend du résultat global du portefeuille d’investissement. L’assomption solidaire des pertes
et profits du système bancaire islamique mène à une augmentation de l’offre des capitaux à
risque et de l’investissement productif.
La banque islamique est dotée d’instances religieuses variées: comités de la Charia,
superviseurs, conseillers religieux, assemblées générales islamiques… Des instances
fédérales diverses (cours islamiques suprêmes, université Al-Azhar du Caire…) tranchent les
éventuels litiges entre interprétations de la loi.
Trois organisations internationales ont été créées afin d’harmoniser les pratiques bancaires
islamiques:
• l’Accounting & Auditing Organization of Islamic Financial Institution (AAOIFI), fondée
à Bahrein en 1991, a pour mission d’harmoniser les règles comptables des banques
islamiques;
• l’Islamic Financial Services Board (IFSB), créé en 2002 par plusieurs États
musulmans, a pour rôle de rechercher des voies d’intégration de la finance islamique
à la finance internationale;

18
Document périodique n° 4 écrit par Mabid Ali Al-Jarhi et Munawar Iqbal (2001)

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Etude du cas marocain

• l’International Islamic Financial Market (IIFM), fondé à Bahrein en 2002, a pour


objectif de concevoir de nouveaux mécanismes et instruments de marché
compatibles à la fois avec la Charia et un développement rapide de la banque
islamique.
Les banques islamiques rendent tous les services (qui ne sont pas contraire à la
jurisprudence islamique) qu’offrent les banques conventionnelles.
Leurs dépôts sont semblables à ceux des banques conventionnelles. Le passif des banques
islamiques est constitué outre la part des actionnaires, des comptes courants et des dépôts
d’investissement.
Les comptes courants permettent à leurs détenteurs de recevoir un carnet de chèque, d’avoir
un endroit sûr pour leur argent, ils peuvent faire des retraits facilement, sur place, avec des
cartes de crédit ou des cartes débit. Ces dépôts à vue ne participent pas aux risques de
l’activité bancaire et sont par conséquent garantis. Ces comptes ont un rendement nul, et ils
paient des frais administratifs et de gestion à la banque en contrepartie des services offerts
par celle-ci.
Les dépôts d’investissement sont utilisés par la banque pour entrer dans différents contrats
(mousharaka, ijara, moudaraba etc.). Ces contrats ne sont pas garantis et encourent des
risques. Les propriétaires des dépôts d’investissement peuvent être assimilés à des
actionnaires temporaires. Ils peuvent retirer leur argent même avant l’échéance de leurs
dépôts, mais dans ce cas ils n’auront pas droit aux revenus.
Les banques islamiques opèrent partout à travers le monde. Ce n’est plus l’apanage des pays
islamiques, des banques conventionnelles intègrent cette industrie. La pratique bancaire
islamique peut être scindée en trois formes différentes :
• Des banques et institutions financières islamiques opérant dans un système financier
complètement islamisé, à l’instar du Pakistan, de l’Iran et du Soudan qui ont islamisé
tout leur système économique. Ainsi, des banques occidentales en l’occurrence
l’American Express Bank Limited, la Bank of America et la Citibank mènent leurs
activités commerciales selon le système de partage des pertes et profits.
• Des banques et institutions financières islamiques opérant dans un même
environnement avec les banques conventionnelles, comme c’est le cas pour la
majorité des pays musulmans comme l’Arabie saoudite, le Bahrein, le Kuweit … où
les banques islamiques opèrent côte à côte avec des banques conventionnelles.
• Des branches, guichets et fonds opérant selon les règles de la Charia, créés au sein
des institutions financières et bancaires conventionnelles. C’est le cas de banques

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La finance islamique : une alternative éthique
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internationales comme Citibank, la National Bank of Kuwait, la Saudi British Bank,


Chase Manhattan etc.
 Cadre bancaire islamique

Des règles ont été édictées pour spécifier le cadre dans lequel un système bancaire
islamique pourrait fonctionner. Le point central qui caractérise ce cadre c’est que, en tant
que mécanisme d’allocation de ressources, le taux d’intérêt prohibé, a été remplacé par le
taux de rendement sur des activités réelles. A cet effet un ensemble de méthodes et
d’instruments, basés sur le partage des risques et des profits a été développé dans le cadre
de ce système.
De façon générale les banques islamiques peuvent collecter des fonds du public (individus et
institutionnels), en utilisant deux types de comptes. Les comptes courants et les comptes de
partage des pertes et profits.
 Les comptes courants
Il s’agit de comptes de dépôts sur demande qui ne génèrent aucun intérêt ni profit ni toute
autre forme de rendement. Les titulaires de ces comptes bénéficient gratuitement de
chéquiers, de services de transfert de fonds, etc. Ces fonds sont garantis par la banque
islamique. Les fonds collectés par le biais de ces comptes constituent une infime partie,
quelques pour cent, des ressources de la banque islamique, comparativement aux banques
commerciales pour qui ces comptes génèrent beaucoup de ressources. Il faut souligner que
ces deux types de banques opèrent différemment dans ce domaine. La banque commerciale
finance ses clients par le biais d’avances de fonds, en créditant leurs comptes courants.
Ceux-ci en général opèrent des retraits de ces comptes au fur et à mesure de leurs besoins.
Par contre, le financement offert par la banque islamique à ses clients est toujours associé à
l’achat d’un bien. L’argent est alors avancé à une tierce partie, le vendeur. La banque ne
prend pas un intérêt mais une marge sur l’opération. L’acheteur paie à tempérament ou en
un seul versement après expiration de la période de crédit. Par contre si un client régulier a
besoin d’un prêt pour des besoins urgents n’engageant pas l’achat de biens, tels : mariage,
décès, etc. la banque a recours à un compte spécial pour lui faire un prêt sans intérêt ou
« Qard Hassan ».
 Comptes de partage de pertes et de profits
Il s’agit là de comptes de dépôts à terme basés sur le principe de partenariat moudaraba,
(partage des pertes et des profits) entre la banque et le détenteur du compte. Le détenteur
du compte autorise la banque à gérer ses fonds contre des frais de gestion (frais de

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La finance islamique : une alternative éthique
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Moudarib). Il partage les pertes ou les profits d’un pool / fonds d’investissement dans lequel
il participe. Bien qu’il n’ait aucun droit de regard sur la façon dont la banque gère ses fonds,
celle-ci ne garantit au détenteur du compte ni son principal ni un taux de rendement
prédéterminé comme le ferait la banque commerciale. Le détenteur de compte peut déposer
son argent pour des durées allant d’un mois à cinq ans. La moyenne est en général de six
mois à un an. S’il désire le retirer, il faut qu’il serve un préavis d’un mois. Si l’argent est retiré
avant terme et que le fond a dégagé des profits entre la date d’investissement et la date de
préavis alors ces profits sont reversés dans le fonds au profit des déposants restants. En cas
de perte, cependant, le détenteur du compte qui se retire participe aux pertes.
Il convient de souligner que pour une banque classique les dépôts constituent un passif dans
la mesure où le principal et un taux de rendement prédéterminé sont garantis par la banque.
Il existe une relation de créancier et de débiteur entre le client et la banque. Celle-ci a un
engagement inconditionnel de payer ces montants à maturité. La notion de dépôt est
fondamentalement différente dans le contexte de la banque islamique. La banque islamique
ressemble en quelque sorte à un fonds mutuel « open ended ». Dans ce contexte un
déposant n’est pas un créancier de la banque mais un partenaire autorisant la banque à
gérer ses fonds de la meilleure manière possible. Ainsi, ces fonds ne génèrent aucune
obligation pour la banque puisque ni le capital ni un taux de rendement prédéterminé ne
sont garantis au déposant. Cette façon de procéder pose de sérieux problèmes aux banques
centrales en matière de réserves que les banques doivent constituer vis-à-vis des dépôts. Par
rapport à la banque classique, la banque islamique a un avantage certain, puisqu’elle
n’encourt pas de coûts de réserves qui viennent en général augmenter le coût des fonds des
banques classiques.
 Les banques classiques v.s. les banques islamiques

L’examen de la structure du portefeuille des banques classiques et des banques islamiques


démontre que ces dernières engagent directement plus de ressources que les banques
classiques dans les transactions économiques et commerciales. Les banques commerciales
canalisent de plus en plus de ressources vers l’acquisition de bons du trésor et d’autres
obligations gouvernementales qui génèrent un taux de rendement élevé, représentent peu
de risque et s’accompagnent d’avantages fiscaux importants.
Dans le système bancaire classique, le rôle d’une banque est de collecter des fonds et de les
utiliser pour des opérations de prêts, généralement à long terme, c’est à dire pour opérer
l’intermédiation financière. La banque tire ses revenus en jouant sur les taux d’intérêts

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La finance islamique : une alternative éthique
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créditeurs et débiteurs. Contrairement à la banque islamique, elle ne se livre pas à des


transactions commerciales, industrielles ou agricoles.
Le recours à l’intérêt est interdit à la banque islamique. Celle-ci collecte les fonds des
épargnants comme la banque classique, qu’elle emploiera dans diverses opérations. Mais ces
opérations seront fondées sur le principe de la participation ou celui du partage des pertes et
des profits (3P). Dans la philosophie des banques islamiques les clients sont des partenaires.
S’ils sont des « déposants » rémunérés, ils doivent accepter de partager les risques des
activités financées par les dépôts. S’ils sont « emprunteurs », la banque leur avance des
fonds et est de ce fait partenaire dans leurs activités.
Lorsque la banque islamique s’engage dans un processus d’allocation de ressources (dépôts
des clients), elle agit comme fiduciaire des déposants en même temps que principal vis-à-vis
des entrepreneurs actifs à qui elle avance les fonds nécessaires au démarrage d’un projet
(Mousharaka). Elle a donc une relation contractuelle double. De cette relation contractuelle
double découlent des implications importantes. Mais, malgré les conflits d’intérêt qui en
résultent c’est la banque qui sort la grande gagnante. En effet les déposants tout en
assumant la totalité des risques payent des frais de gestion à la banque. La banque ne leur
assure pas un revenu fixe sur leurs dépôts comme le ferait une banque classique, mais
s’engage à leur verser une part du profit réalisé ou à défaut à les débiter d’une part des
pertes encourues le cas échéant.
De plus les déposants ne bénéficient d’aucune assurance contre leurs dépôts et n’ont aucun
droit de regard direct sur les choix d’investissements faits par la banque. Les entrepreneurs,
qui sont en même temps agents et partenaires, recevront une part des profits, selon un
pourcentage arrêté de façon contractuelle. Si le projet essuie des pertes, seuls le banquier
et en dernière analyse les déposants les assument. Le risque de l’entrepreneur se limite à la
perte de son temps et de son effort. Dans la relation d’agence qui doit s’établir entre la
banque et son agent, le choix de l’entrepreneur est donc crucial. Pour assurer un certain
contrôle sur les activités du projet, la banque qui est actionnaire insiste toujours pour avoir
un siège au conseil d’administration en plus d’imposer certains ratios comptables en matière
de gestion, le cas échéant. Cette situation est d’autant plus difficile voire normalement
inacceptable pour les déposants que la banque ne semble avoir vraiment aucun pouvoir de
gouvernance réel sur les dirigeants des firmes où elle investit.
Il convient de remarquer que les banques islamiques sont encore à leur début et ne sont pas
encore arrivées à un stade où elles peuvent avoir une position de contrôle dans les grandes
entreprises. Elles se trouvent elles-mêmes encore dans une phase d’accumulation de capital.

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La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

Bien que les banques détiennent souvent un siège au conseil d’administration dans les
compagnies où elles investissent (Mousharaka) on ne peut pas dire que le pouvoir de
gouvernance dans les firmes soit concentré entre les mains des hauts dirigeants des banques
islamiques. C’est pour cela que la grande majorité de leurs opérations est concentrée dans
des transactions de type Mourabaha à court terme.
 Les limites et défis du modèle de la finance islamique

Les banques islamiques opèrent aujourd’hui à travers le monde en appliquant différentes


normes réglementaires dans différentes juridictions, ce qui crée des problèmes de
comparabilité et de transparence. Le deuxième problème majeur auquel font face les
banques islamiques est le manque de liquidité à court terme résultant de l’absence d’un
marché interbancaire.
Avec la grande croissance que connaît l’industrie bancaire islamique d’aucuns soulignent la
nécessité de créer un cadre réglementaire unique. Certains estiment que les banques
centrales doivent réglementer les banques islamiques.
D’autres estiment que les mécanismes internationaux comme les ratios Cook (Capital
adequacy ratios) de la Banque des Règlements Internationaux (BIS) à Bâles en Suisse que
l’on veut appliquer aux banques islamiques ne sont pas appropriés. Ces ratios ne prennent
pas en considération les comptes d’investissement qui permettent aux banques islamiques
de mobiliser des fonds. En un mot, les banques islamiques ne sont pas des banques à
proprement parler mais des sociétés d’investissement. Enfin, un troisième groupe préconise
le développement de standards spécifiquement islamiques.
Les banques islamiques qui n’ont pas une banque centrale propre ou plutôt un « prêteur »
de dernier recours font face à d’énormes problèmes de liquidité à court terme. A l’instar des
banques classiques il n’existe pas de marché interbancaire islamique. Les banques islamiques
ne peuvent pas, du fait de la Charia investir leur liquidité excédentaire à court terme dans
des actifs monétaires liquides ou dans des obligations.
Exception faite de la Malaisie, les banques islamiques n’ont pas recours aux liquidités à court
terme des banques centrales. La relation avec les banques centrales, particulièrement dans
les pays occidentaux, est problématique pour les banques islamiques. En effet, dans les pays
occidentaux les banques centrales veillent surtout à la protection et garantissent l’argent des
déposants alors que dans le contexte des banques islamiques les dépôts ne peuvent être
assurés puisque les détenteurs de ces capitaux sont censés participer aux risques des
opérations d’investissement qu’entreprend la banque islamique et les taux de rendement ne

Mastère Spécialisé Finance 36


La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

sont pas communiqués aux investisseurs jusqu’à ce que les taux de performance annuels de
la banque soient connus et les dividendes distribués.
La concurrence croissante entre les banques islamiques a fait que les déposants exigent des
rendements toujours plus grands. Ceci pousse les banques islamiques à rechercher des
transactions générant de hauts rendements qui nécessitent des investissements à long
terme.
Cette situation a pour effet de créer un mis match entre les investissements à long terme et
les dépôts à court terme que la banque ne peut résoudre, car la banque, comme on vient
de le dire, n’a pas accès à des fonds quotidiens comme c’est le cas pour les banques
classiques.
En Malaisie, le système bancaire islamique est réglementé par la banque centrale et a une
supervision religieuse (Charia) centralisée. Dans les autres pays musulmans, et en particulier
dans les pays du Golfe, chaque banque maintient son propre conseil de la Charia ou « Charia
Board ». Généralement composé de quatre à sept membres ou plus. Ces comités
représentent souvent les quatre différentes écoles ou courants religieux du nom de l’Imam
ou docteur de la loi dont l’interprétation de la Charia fait jurisprudence. Il s’agit des courants
Hambali de l’Imam Hambal, Chafii de l’Imam Chafii, Maliki de l’Imam Malik et Hanafi de
l’Imam Abou Hanifa.
Le manque de centralisation de la supervision religieuse a conduit dans les pays du Golfe à
un manque de standardisation et d’uniformité dans les produits bancaires islamiques. La
même transaction présentée à plusieurs banques islamiques est soumise à l’approbation de
chaque comité de la Charia au sein de chacune de ces banques. Le résultat des délibérations
de ces comités peut varier d’une banque à l’autre. Ceci constitue un grand frein au
développement du marché bancaire islamique et au développement de nouveaux produits.
Sans standardisation il y a peu de joueurs qui peuvent être d’accord, par conséquent les
chances pour le développement d’un marché interbancaire ou d’un marché secondaire
restent limitées.
Or, le développement d’un marché interbancaire est une nécessité absolue. La banque
centrale de Malaisie a été un précurseur en la matière puisqu’elle a établit dès 1994 des
lignes directrices pour un marché interbancaire. La Labuan Offshore Financial Services
Authority (LOFSA) en Malaisie avait signé un protocole d’accord avec la Banque Islamique de
Développement en vue d’établir un marché monétaire islamique sur l’île.

Mastère Spécialisé Finance 37


La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

Le développement de l’industrie bancaire islamique dépend entre autre de la standardisation


et de l’expansion de la gamme de produits bancaires islamiques. Par conséquent une
interprétation et une compréhension uniforme de la Charia sont absolument nécessaires.
De façon générale, les comités de la Charia en Asie (en Malaisie particulièrement) sont très
pragmatiques alors que dans les pays du Golfe ces comités sont assez conservateurs.
Certaines questions peuvent maintenant être référées à l’organisation chargée du contrôle et
de la comptabilité des institutions financières islamiques à Bahrain (Accounting and Auditing
Organization for Islamic Financial Institutions). Cette organisation oeuvre pour une
uniformisation des normes comptables.
En définitive, la finance islamique ne gagnera ses lettres de noblesse et ne pourra accéder à
une forme de reconnaissance internationale qu’à un certain nombre de conditions à savoir:
• Transparence, puisque actuellement la lecture des comptes des banques islamiques est
un exercice difficile tant les concepts et les termes employés sont étrangers au jargon
financier standard; le contenu informationnel des états financiers est souvent pauvre.
•Gouvernance: les banques islamiques sont souvent actives dans des régions émergentes
qui valorisent assez peu les bonnes pratiques de gouvernance.
•Gestion des risques: certains risques inhérents aux banques islamiques sont à ce point
spécifiques qu’ils nécessitent une approche différente en matière de gestion des risques.
•Comptabilité: il existe des normes comptables islamiques appliquées de manière très
hétérogène. Notre proposition: des normes duales (IFRS + AAOIFI)
Ceci dit, l’absence de standardisation des pratiques a des conséquences sérieuses à court et
à long terme :
A court terme, il existe peu de convergence en matière d’importance relative des principes
clés qui nourrissent cette industrie. Cela crée:
• de la confusion dans le marché;
• de l’asymétrie, et par conséquent des formes de concurrence déloyale
• de l’illiquidité, et un manque de profondeur des marchés
A long terme, l’absence de monde commun, ou l’absence d’au moins une série de normes
communes, pourrait conduire à:
•davantage de fragmentation: marchés locaux/régionaux Vs marchés
internationaux/globaux
•davantage de ghettoïsation: pas une finance islamique, mais des finances islamiques
•Une perte de crédibilité: rédhibitoire pour une industrie jeune, en gestation

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La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

PARTIE II : LA FINANCE ISLAMIQUE AU MAROC


A ce stade de la rédaction de notre thèse, nous avons effectué une revue de littérature
générale sur la finance islamique en essayant de cerner ses principales facettes, on arrive
alors à la deuxième partie qui va traiter de l’étude du cas marocain en effectuant un
diagnostic de l’état actuel de la finance islamique au Maroc pour ensuite élaborer un
pronostic pour le développement de cette jeune industrie dans notre pays.

Chapitre I : Diagnostic de la finance islamique au Maroc


Ce diagnostic se déroulera en trois étapes, dans une première section nous allons présenter
les différentes phases du lancement de la finance islamique au Maroc, dans une deuxième
section nous procéderons à un benchmark des produits alternatifs commercialisés sur la
place pour enfin présenter les freins ayant bloqué le décollage de ces produits.

Section I : Phases du lancement de la finance islamique


 Phase Pré-lancement
Le débat autour de la finance islamique n’est pas tout récent au Maroc. En 1985 déjà, et
selon des témoins de l’époque, l’Association Marocaine d’Etudes et de Recherches en
Economie Islamique (ASMECI) avait approché feu Moulay Ali Kettani, son président, qui était
sensible à la question. M. Kettani ouvrira les bras aux initiateurs de ce projet et accueillera
favorablement l’idée. Une équipe projet fut constituée et l’ancien président de Wafabank
donnera ses instructions pour que ses troupes suivent une formation dédiée aux produits
islamiques.
Selon un ancien membre de l’équipe dirigeante de la banque, les équipes de Wafa avaient
étudié tous les contours du dossier. Les études juridiques et de marché étaient ficelées.
Cependant le projet s’est heurté au refus de Bank Al Maghrib.
Par la suite, Bank Al Maghrib a toujours refusé l'implantation de banques islamiques au
Maroc sous le prétexte officiel de non conformité de ces institutions aux règles prudentielles
en matière de couverture des risques.
Cependant, le débat autour de la finance islamique au Maroc n’a cessé de croître ce qui a
poussé la banque centrale marocaine à adhérer, en 2006, à l'International Financial Services
Board (IFSB) dans la perspective de développer la finance islamique.
 Lancement de la finance islamique au Maroc
Ce lancement s’est opéré dans le cadre de la recommandation n° RN33 / G / 2007 de Bank
Al Maghrib relative à la commercialisation des produits Ijara, Moucharaka et Mourabaha, et
ce, dans l’objectif notamment :
o d’élargir et de diversifier la gamme des services bancaires;

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La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

o de répondre aux attentes de certaines catégories de la population;


o et de contribuer à une meilleure bancarisation de l’économie.
Cette recommandation a été accueillie à bras ouvert par les principales banques marocaines
qui ont aussitôt commencé la commercialisation de ces produits. Le lancement de ces
produits alternatifs, non pas par le biais d’organismes indépendants, mais par l'intermédiaire
de guichets alternatifs intégrés au sein des banques commerciales existantes est supposé
constituer un moyen pertinent pour dégager des profits et améliorer le taux de bancarisation
qui demeure très faible au Maroc (avoisinant les 30%). En effet, une large frange de la
population attendait cette commercialisation afin d’accéder au crédit et à de nouveaux
produits d’épargne sans avoir à se soucier du dilemme de conscience posé par les produits
de financement conventionnels. Toutefois, Bank Al Maghrib a interdit de faire référence lors
des campagnes de communication à la connotation religieuse des produits de finance
islamique, imposant ainsi l’appellation « produits alternatifs » plutôt que produits « halal ».
 Phase Post-lancement
L’expérience marocaine dans la commercialisation de produits issus de la finance islamique
demeure très jeune, chose qui n’a pas empêché une véritable dynamique au niveau
réglementaire. En effet, et depuis le lancement en 2007, chaque nouvelle loi de finances n’a
pas manqué de soulever un ou deux aspects fiscaux en relation avec ces produits, chose qui
démontre que la mise en place de ces produits a engendré des problèmes pratiques
auxquels ont essayé de répondre, au fur et à mesure, les lois de finances successives.
Avant d’analyser les différents amendements apportés par les lois de finances pour tenter
de résoudre les problèmes rencontrés par les produits alternatifs au Maroc, essayons d’abord
d’examiner la nature des produits conformes à la Charia proposés sur la place bancaire
marocaine à travers un benchmark entre les produits offerts par trois banques marocaines,
de mettre en évidence leurs avantages et inconvénients pour faire ressortir les problèmes
auxquels ils font face.

Section II : Benchmark des produits alternatifs commercialisés sur le


marché marocain
Pour mieux appréhender la nature des produits Charia Compliant offerts sur le marché
marocain, nous allons procéder à un benchmark des produits commercialisés par trois
banques de la place à savoir la Banque Marocaine pour le Commerce et l’Industrie (BMCI),
la Banque Marocaine du Commerce Extérieur (BMCE) et l’Attijariwafabank (AWB).
Pour ce faire, nous allons d’abord présenter les produits alternatifs commercialisés par ces
trois banques et dresser par la suite un tableau comparatif de ces différents produits.

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Etude du cas marocain

 Produits offerts par la BMCI


La BMCI a mis en place deux types de produits répondant aux exigences de la Charia, il
s’agit notamment des contrats Ijara Immobilier et Mourabaha Mobilier.
 Ijara Immobilier
Il s’agit d’un contrat Ijara Wa Iqtinaâ (IWI) qui est défini comme tout contrat selon lequel
un établissement de crédit met, à titre locatif, un bien meuble ou immeuble à la disposition
d’un client.
L’opération IWI consiste en une location assortie de l’engagement ferme du locataire
d’acquérir le bien loué à l’issue d’une période convenue d’avance.
La BMCI a choisi de lancer dans un premier temps le produit Ijara Wa Iqtinaâ Immobilier.
En clair, IWI est une version adaptée du leasing avec option ferme d’achat. Son champ
d’application couvre l’immobilier domestique et l’immobilier professionnel.
Dans IWI, le droit de propriété revient à la banque durant toute la période du contrat, tandis
que le droit de jouissance revient au locataire.
Le produit IWI est destiné aux personnes physiques et morales remplissant les conditions
d’éligibilité fixées par la banque.
 Mourabaha Immobilier
Le contrat Mourabaha Mobilier est un contrat de vente au prix de revient majoré d’une
marge connue et convenue entre l’acheteur et la BMCI.
Dans la pratique, la Mourabaha Mobilier revêt l’aspect d’une transaction tripartite entre un
acheteur final (ici le client qui est le donneur de l’ordre d’achat), un premier vendeur (le
fournisseur du matériel à financer) et un vendeur intermédiaire (la BMCI qui est l’exécutant
de l’ordre d’achat).
La banque intervient donc en qualité de premier acheteur vis-à-vis du fournisseur et de
revendeur à l’égard de l’acheteur donneur d’ordre (ici le client)
La banque achète la marchandise au comptant et la revend à crédit à son client moyennant
une marge bénéficiaire convenue entre les parties.
Le produit Mourabaha Mobilier est destiné aux personnes physiques et morales remplissant
les conditions d’éligibilité fixées par la banque.
 Produits offerts par la BMCE
Le produit commercialisé par la BMCE s’intitule « BMCE IJARA 25 ans ».
Il s’agit d’un contrat tripartite par lequel BMCE Bank acquiert à la demande d’un client, un
bien immeuble auprès d’un propriétaire ou promoteur (vendeur). Le client (donneur d’ordre)
exploite le bien en question moyennant le règlement à la banque de redevances locatives sur

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une durée fixe de 25 ans et s’engage de manière irrévocable, à acquérir le dit bien immeuble
au terme de cette durée.
Le « BMCE IJARA 25 ans » a pour objet le financement de l’acquisition du logement
principal ou secondaire, neuf ou ancien, l’achat de terrain n’étant pas finançable par ce
produit.
 Produits offerts par l’AWB
Attijariwafabank a conçu deux produits conformes à la Charia à savoir « Miftah Al Kheïr »
correspondant à un contrat Mourabaha et « Miftah Al Fath » dans la catégorie Ijara wa
Iqtinaa.

 Miftah Al Kheïr
C’est un contrat par lequel l’AWB acquiert, à la demande d’un client, un bien immobilier
construit à usage d’habitation ou professionnel en vue de le lui revendre moyennant une
marge bénéficiaire convenue d’avance. Le règlement par le client se faisant par mensualité
constante.
 Miftah Al Fath
C’est un contrat selon lequel l’AWB met à la disposition du client, à titre locatif, un bien
immobilier, assorti de l’engagement ferme du client (locataire) d’acquérir le bien au terme du
contrat. Ce produit cible les particuliers et professionnels à la recherche de nouvelles
formules de financement de logement ou local professionnel.

Après cette brève présentation des produits alternatifs offerts par les trois banques, nous
allons dresser un tableau comparatif de ces produits par catégorie :

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Catégorie des produits IJARA WA IQTINAA

Tableau 3. Benchmark des produits IJARA

Miftah Al Fath Ijara Immobilier


Désignation BMCE Ijara 25 ans
AWB BMCI
Droit de propriété La banque La banque La banque
durant la période du
contrat
Droit de jouissance Le client Le client Le client

Rémunération de la Marge bénéficiaire Marge bénéficiaire Marge bénéficiaire


banque
Bénéficiaires Particuliers & Personnes physiques et Particuliers &
professionnels morales professionnels

Objet de financement logement ou local Les locaux construits à l’acquisition du logement


professionnel usage d’habitation, principal ou secondaire
industriel, professionnel

Quotité de Jusqu’à 100% du prix du Jusqu’à 100% du prix du Financement à hauteur de


bien à financer bien à financer 100% de la valeur du
financement
bien + les frais annexes

Durée Minimum 10 ans ne peut pas dépasser les fixe et unique 25 ans
Maximum 20 ans durées suivantes :
- Locaux à usage
d’habitation : 20 ans
- Locaux à usage
industriel : 10ans
- Locaux à usage
professionnel : 10ans

Loyer - inclut le capital, - inclut le capital, - constitué du principal et


refinancement et marge refinancement et marge de la marge.
de la banque, assurances de la banque, assurances - fixe sur toute la durée
- Fixes et payables - Fixes et payables du contrat
mensuellement mensuellement

19 Sur le loyer Sur le loyer Sur le loyer


TVA

19
Modalité de calcul au lancement des produits avant le réaménagement introduit par la loi de finances 2010

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Miftah Al Fath Ijara Immobilier


Désignation BMCE Ijara 25 ans
AWB BMCI
Frais à la charge du • Frais de dossier : 0.3% •Frais de dossier : 0,3% •Frais d’expertise
du capital avec min 1000 par rapport à la base •Frais de dossier: 0.3%
locataire
DH et max 5000 DH locative avec min de HT du capital avec un min
• Frais de 1ère transaction 3.000 DH et max de 6.000 de 1000 DH et un max de
(Frais de mutation, taxe DH 3000 DH
notariale; honoraires • Frais de notaire •Taxe d’édilité
notaire) •Taxe d’édilité •Taxe urbaine
• Taxe urbaine (pas •Taxe urbaine •Frais de cession à terme
d’abattement) • Frais de cession à terme
• Au terme du contrat :
Frais 2ème transaction sur
valeur résiduelle
(enregistrement,
mutation, taxe notariale,
honoraires notaire)
Garanties • Assurance Décès • Assurances du bien •Assurance décès
invalidité financé invalidité BMCE Takafoul,
• Assurance Incendie • Assurance décès prime unique
(assurance perte habituelle, prime unique • Assurance Multirisques
financière suite à incendie ou primes périodiques Habitation BMCE
total) • Billet à ordre de la SECURILOGE.
• Billet à ordre de la somme des loyers TTC • Billet à ordre de la
somme des loyers TTC somme des loyers TTC
• Nantissement du fonds
de commerce (pour les
biens à usage
professionnel)

Apport personnel Possibilité de versement doit être égale au moins à


10% du montant d’achat
d’un premier loyer majoré
sauf dérogation
en cas d’apport personnel
(ne doit pas être
supérieur à 20% de la
valeur totale du bien)
Pénalité Commission forfaitaire Forfaitaire calculée en 300 DH HT pour chaque
unique de 300 DH par redevance impayée
fonction du montant de
impayé
l’échéance impayée

Valeur résiduelle 10% du prix d’acquisition 10% du montant d’achat Correspond au dernier
loyer

Paiement par - Règlement de Règlement de la totalité - Permis à partir du


l’ensemble des loyers des échéances restantes 61ème loyer dû
anticipation
restants + valeur dues, y compris la marge - Payer la totalité des
résiduelle bénéficiaire de la banque. loyers restants dus

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Catégorie des produits Mourabaha

Tableau 4. Benchmark des produits Mourabaha

Miftah Al Kheïr Mourabaha Mobilier


Désignation
AWB BMCI

Catégorie de biens financés bien immobilier à usage d’habitation bien meuble ou immeuble (La BMCI
ou professionnel propose dans un premier temps le
financement de biens meubles,
notamment automobile)
Droit de propriété durant la Le client Le client
période du contrat
Rémunération de la banque Marge bénéficiaire Marge bénéficiaire
Bénéficiaires Particuliers & professionnels personnes physiques et morales

Objet de financement logement ou professionnel - Les véhicules de tourisme neufs


- Les véhicules utilitaires neufs
- Le matériel d’équipement ménager
- Le matériel d’équipement
professionnel

Quotité de financement Jusqu’à 100% - 90% pour les véhicules de


tourisme
- 75% pour les véhicules utilitaires
- 70% pour le Matériel d’équipement
professionnel
- 80% pour le Matériel d’équipement
ménager
Durée 25 ans maximum - Durée maximale : 60 mois
- Durée minimale : 12 mois

Remboursement Mensualité constante Mensualité constante


20 Sur l’échéance totale Sur l’échéance totale
TVA

Frais à la charge de l’acquéreur 0.3% du prix d’acquisition par la 500 dh si contrat inférieur à 200 000
banque diminué de dh
l’autofinancement avec min 1000 DH 1 000 dh au dessus de 200 000 dh
et max 4000 DH
Garantie
- Assurance Décès / invalidité + -Nantissement du véhicule ou du
Incendie / Sécurmanzil matériel
Pour l’assurance décès invalidité, la
-Assurance du bien financé : prime
prime d’assurance est mensualisée
annuelle
et intégrée à l’échéance
- Assurance Décès invalidité de
- Hypothèque
l’emprunteur: prime unique ou
primes périodiques

Apport personnel Autofinancement libre considéré Un minimum de :


comme une avance sur le prix de - 10% pour les véhicules de
vente
tourisme
- 25%pour les véhicules utilitaires

20
Modalité de calcul au lancement des produits avant le réaménagement introduit par la loi de finance 2010

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Miftah Al Kheïr Mourabaha Mobilier


Désignation
AWB BMCI

-30% pour le Matériel d’équipement


professionnel
- 20% Pour le Matériel
d’équipement ménager

Pénalité Commission forfaitaire unique pour Forfaitaire calculée en fonction du


chaque impayé de 300 DH montant de l’échéance impayée

Paiement par anticipation - Règlement de la totalité des - Remboursement partiel ou total


mensualités restantes en cas de autorisé sous conditions et ne donne
remboursement total par lieu à aucune ristourne de la part de
anticipation la banque
- Règlement de 10% du prix de
vente en cas de remboursement
partiel par anticipation :
Raccourcissement de la durée du
prêt sans aucun effet sur le montant
des échéances restantes

Ce benchmark démontre que les produits alternatifs entrés en vigueur en septembre 2007,
n’ont pas été reçus de la même manière par les banques de la place. Entre Ijara,
Moucharaka et Mourabaha, chaque établissement a choisi plutôt de focaliser son offre sur un
ou deux de ces trois produits.
Les caractéristiques des produits commercialisés par les trois banques qui ont fait l’objet de
notre benchmark se ressemblent dans leur globalité à quelques différences près qui varient
en fonction de la stratégie de chaque banque, ainsi la BMCE propose uniquement un produit
IJARA pour financement de logements avec une durée unique et fixe de 25 ans alors que
l’AWB et la BMCI sont présentes aussi bien sur la Mourabaha et Ijara avec l’avantage pour la
BMCI qui destinent ses produits Ijara non seulement aux financements des logements et
locaux professionnels comme c’est le cas d’AWB mais également aux locaux à usage
industriel.
Notons par ailleurs qu’outre les produits commercialisés par la banque Attijariwafa, d’autres
produits sont commercialisés par sa filiale Wafasalaf, spécialisée dans le crédit à la
consommation et le crédit automobile, en effet, il semble que les produits proposés, à savoir
Taksit et Ijar (tous deux pour le financement de l’automobile) marchent relativement bien.
Ceci dit, un premier bilan dressé à fin 2008 fait ressortir un chiffre global que l’on pourrait
qualifier de moyen. En moins de 18 mois d’existence, les produits Ijara et Mourabaha ont
réalisé un chiffre d’affaires global d’environ 500 MDH. En revanche, aucun dossier
Moucharaka n’a été traité à ce jour.

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De plus, les derniers chiffres de l’Association professionnelle de société de financement


21
(APSF) montrent que sur les 500 MDH réalisés par les produits alternatifs, les sociétés de
crédit à la consommation réalisent près de la moitié. Ce montant ne représente que 0,1 %
de l’encours des crédits à l’économie consentis par le secteur bancaire à fin novembre 2008.
Ce qui veut dire que le potentiel de développement est encore très élevé.
Ainsi, les produits issus de la finance islamique sont appelés à se développer au Maroc
cependant leur décollage est entravé par plusieurs problèmes d’ordre financier, fiscal mais
aussi politique.
Dans la section suivante, nous allons essayer d’examiner les problèmes auxquels font face
les produits bancaires Charia Compliant au Maroc.

Section III : Freins au développement de la finance islamique


La finance islamique au Maroc se limite à la commercialisation de produits bancaires
alternatifs dans le réseau bancaire conventionnel, en effet, le Maroc n’a pas autorisé à ce
jour l’ouverture de banques purement islamiques malgré les multiples demandes déposées
par les banques islamiques des pays du Golfe.
Cette situation entraîne un certain laxisme car si le marché marocain reste fermé aux
banques étrangères, les banques locales n’auront pas à se soucier et ne feront pas beaucoup
d’efforts. Par contre, si elles se retrouvent menacées par un concurrent étranger, là
beaucoup de choses vont se faire.
Ainsi, la finance islamique au sens propre du terme n’existe pas au Maroc, et ce n’est pas
simplement une question de terminologie, mais de ressources. En effet, le problème dans les
banques marocaines, c’est que les fonds d’argent proviennent du Riba, alors que dans une
banque islamique, tout le circuit d’argent doit être conforme à la Charia. Les ressources
doivent elles-mêmes être islamiques.
Ceci dit, la finance islamique telle qu’elle existe au Maroc demeure très jeune, et les débats
suscités par le développement progressif des produits dits « alternatifs » au sein du pays ne
perdent pas en intensité depuis leur lancement tardif opéré par la banque centrale, débats
alimentés par les différents problèmes et freins au développement que rencontre cette jeune
industrie.
 Problème tarifaire

Les produits bancaires « halal » sont trop chers au Maroc, tel est le constat qui entrave en
premier lieu le développement de cette catégorie de produits.

21
La vie économique du 30/01/2009

Mastère Spécialisé Finance 47


La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

En effet, la clientèle potentielle existe, nombreux sont les marocains qui ,pour des raisons
religieuses, refusent les circuits bancaires conventionnels pour placer leur épargne ou pour
financer leur investissements, cependant ils s’heurtent à des produits plus chers voir trop
chers par rapport aux produits conventionnels que même les convictions religieuses les plus
profondes ne pourraient tolérer par pure rationalité, chose qui pousse cette catégorie de
clientèle soit à se contenter des produits conventionnels soit de s’éloigner carrément des
circuits bancaires pour plonger dans l’informel.
Pour illustrer ce problème de cherté, comparons les mensualités à payer pour l’acquisition
d’un appartement financé avec un produit alternatif avec celles à payer en cas de
financement par un crédit conventionnel contracté auprès des deux banques BMCE et AWB.
A la BMCE, les mensualités à payer par un particulier pour le financement d’un appartement
de 200KDH ou de 500 KDH par un contrat BMCE IJARA 25ans et un contrat classique
22
IMMOPLUS sont données dans le tableau suivant :

Tableau 5. Comparaison produit classique /BMCE IJARA 25 ans

Montant 200 KDH 500 KDH


IMMOPLUS 1405 DHS 3513 DHS
IJARA 1687 DHS 4216 DHS
Différence 282 DHS 703 DHS

De même, pour AWB, les mensualités à payer pour l’acquisition d’un bien de 100KDH à 500
KDH financés par un contrat MIFTAH classique et par les contrat alternatifs MIFTAH EL
23
KHEIR (Mourabaha) et MIFTAH AL FATH (Ijara ) sont données dans les tableaux suivants .

Tableau 6. Comparaison produit classique / MIFTAH EL KHEIR


Prix du bien (en KDH) MIFTAH classique MIFTAH EL KHEIR Différence

100 779 DHS 860 DHS 81 DHS


200 1558 DHS 1721 DHS 163 DHS
300 2337 DHS 2581 DHS 244 DHS
400 3116 DHS 3442 DHS 326 DHS
500 3895 DHS 4302 DHS 407 DHS

22
Source interne BMCE, mensualité calculé à fin Novembre 2007
23
Lettre Circulaire : N°172/07 d’AWB du 09 octobre 2007

Mastère Spécialisé Finance 48


La finance islamique : une alternative éthique
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Tableau 7. Comparaison produit classique / MIFTAH AL FATH (Ijara AWB)

Prix du bien (en KDH) MIFTAH classique MIFTAH AL FATH Différence

100 779 DHS 922 DHS 143 DHS


200 1558 DHS 1844 DHS 286 DHS
300 2337 DHS 2766 DHS 429 DHS
400 3116 DHS 3688 DHS 572 DHS
500 3895 DHS 4610 DHS 715 DHS

Ce comparatif ne concerne que les mensualités à régler et non le coût total pour client (Ex.
Frais de la 2éme transaction pour Miftah Al Kheïr et montant de la valeur résiduelle pour
Miftah Al Fath…) avec aucun apport personnel et une durée de financement de 20
ans soit 240 mois et une simulation en taux fixe pour Miftah classique.
Il apparaît donc clairement qu’au lancement de ces produits (les tarifs présentés ci-hauts
sont ceux appliqués à fin 2007 et début 2008), les tarifs sont très chers puisque pour
l’acquisition d’un bien de 500 000 DHS, le coût du financement Halal dépasse le coût
classique de plus de 700 DHS par mois, différence qui pèse lourdement sur le budget des
consommateurs et qui a empêché jusqu’à présent l’essor de ces produits.
La cherté que nous venons de mettre en évidence s’explique en grande partie par la fiscalité
jusque là dissuasive de ces produits alternatifs, aspect que nous allons développer dans le
point qui suit , mais aussi par la forte rémunération du risque qu’exige la banque dans le
cadre de ces contrats, en effet, le taux de rentabilité exigé est au maximum car le prix fixé
est définitif et ne peut donner lieu à aucune révision par opposition au taux d’intérêt, ce qui
génère des marges plus importantes à supporter par le client par rapport aux intérêts qu’il
aurait à payer dans le cadre d’un financement conventionnel. Ainsi, c’est le recours à des
subterfuges pour contourner l’interdiction d’intérêt qui rend ces produits aussi coûteux. En
effet, la banque n’applique pas d’intérêt à un prêt, mais elle se rémunère par le biais de
commissions définies au préalable avec le client.
 Problème fiscal

La fiscalité qui entourait les produits alternatifs au moment du lancement était très
contraignante voir dissuasive.
En effet, et avant l’entrée en vigueur de la loi de finances 2009, les acquisitions d’immeubles
dans la formule Mourabaha étaient assujetties doublement aux droits d’enregistrement : une
première fois lors de l’acquisition par l’établissement bancaire du bien à financer pour un
impôt équivalent à 3% du prix du bien et une deuxième fois lors de la revente au client, pour

Mastère Spécialisé Finance 49


La finance islamique : une alternative éthique
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un impôt de 3% aussi, mais sur la base du coût d’acquisition final (autrement dit le prix du
bien majoré des premiers frais et de la marge commerciale de la banque). La charge fiscale
étant intégralement supportée par le client final, cela se traduisait nécessairement par un
coût de crédit global prohibitif en comparaison avec une formule de crédit classique qui ne
donne pas lieu à une double transaction. C’est dire si Mourabaha, appliquée à l’achat de
biens immeubles, avait du plomb dans l’aile au moment même de sa commercialisation.
Même constat du côté de la formule Ijara, qui entraîne également des doubles transferts :
acquisition du bien par la banque avec des frais de première transaction (frais de mutation,
taxe notariale… etc.) qui sont à la charge du locataire puis au terme du contrat des frais de
deuxième transaction sur la valeur résiduelle (enregistrement, mutation, taxe notariale,
honoraires notaire)
La loi de finances 2009 a pallié à ce problème en prévoyant dans le cadre des contrats
Mourabaha l’application des droits d’enregistrement une seule fois sur les acquisitions de
biens immeubles par l’établissement bancaire (sans compter la rémunération qu’il
appliquera), en consécration du principe de neutralité de l’impôt. En effet, elle a apporté une
24
modification de taille au Code Général des Impôts en précisant que :
« La base imposable est déterminée comme suit : Pour les ventes et autres transmissions à
titre onéreux, par le prix exprimé et les charges qui peuvent s’ajouter au prix.
Toutefois pour les acquisitions d’immeubles ou de fonds de commerce dans le cadre d’un
contrat de Mourabaha, par le prix d’acquisition des dits biens par l’établissement de
25
crédit »
Et que :
«II- Lorsqu’un même acte comprend plusieurs conventions dérivant ou dépendant les unes
des autres, il n’est perçu que le droit applicable à la convention donnant lieu à la perception
la plus élevée.
Mais lorsque, dans un acte quelconque, il y a plusieurs dispositions indépendantes, il est dû
pour chacune d’elles et selon sa nature un droit particulier.
Pour les contrats de Mourabaha visés à l’article 131-1° ci-dessus, les droits sont liquidés
26
comme indiqué au premier alinéa du présent II »

24
Article 7 la loi de finances 2009
25
Article 131-1° du CGI
26
Article 132 du CGI, alinéa II

Mastère Spécialisé Finance 50


La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

Ainsi, le problème de double taxation en matière de droits d’enregistrement a été résolu par
la loi de finances 2009, cependant cette nouvelle disposition n’a pas suffit à rendre le produit
Mourabaha immobilier plus compétitif, le différentiel de tarifs entre la Mourabaha et le crédit
conventionnel ayant été uniquement réduit et non pas éliminé.
Une simulation des nouvelles conditions de tarification applicables à compter du 01/01/2009
fournie par un établissement bancaire de la place fait ressortir, pour un financement
classique de 500 000 DH à un taux fixe de 5,7% sur une durée de 20 ans, une mensualité de
27
3 800 DH TTC, contre 4 500 DH pour la formule Mourabaha. Soit 18% d’écart.
Cet écart persistant s’explique en partie par le fait qu’il existe un autre impôt qui continuait
à être perçu deux fois en raison de la double transaction. Il s’agit des droits de mutation qui
s’élèvent à 1% du prix d’acquisition à l’achat du bien par la banque et 1% du prix
d’acquisition majoré de la rémunération de la banque dans le cadre du transfert de
propriété.
Mais à supposer que cette problématique soit résolue, il en demeurera- au titre de l’année
2009- une d’autant plus préjudiciable. Il s’agit de la TVA. S’agissant de cet impôt,
Mourabaha est doublement pénalisée. A cause d’un différentiel de taux d’abord, puisque le
taux en vigueur pour le financement alternatif est de 20% contre 10% pour un crédit
immobilier classique. A cela s’ajoute la base de calcul de cette taxe. Alors qu’elle s’applique
au seul intérêt dans le cas d’un crédit classique, elle frappe intégralement l’échéance dans le
cas d’un financement alternatif.
Une ultime injustice porte l’estocade à Mourabaha. Pour ce type de financement, les banques
ne sont pas explicitement autorisées par la Direction Générale des Impôts à étaler
l’imposition de leur marge bénéficiaire sur toute la durée du crédit. Elles se voient
contraintes, en effet, à payer intégralement l’impôt au début du contrat, avant même de
percevoir le bénéfice sur lequel il est prélevé.
Mais heureusement cette lourde contrainte fiscale semble être éliminée, en effet la loi de
finances 2010 indique que la formule Mourabaha ne sera plus sanctionnée par la TVA
puisqu’elle ne supportera plus la TVA sur l’échéance totale, mais uniquement sur le profit de
28
la banque et au taux de 10% seulement contre 20% auparavant.
La loi de finances 2010 met donc fin à la surtaxation de la Mourabaha qui était considérée
comme une opération commerciale d’achat et de vente comme c’est le cas pour le leasing,
avec application de la TVA au taux de 20% sur le remboursement du capital et sur la marge

27
Source : la vie économique du 13/02/2009
28
Source : L’Economiste du 31/12/2009

Mastère Spécialisé Finance 51


La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

de la banque ou sa rémunération. A partir du premier janvier 2010 il sera appliqué


uniquement 10% de TVA sur la marge de la banque sans toucher au principal comme dans
le cas de l’emprunt avec intérêts.
Pour M.Lahcen Daoudi, député du Partie Justice et Développement et membre de la
commission parlementaire des finances et du développement économique, qui milite depuis
vingt ans au sein de l’Association des études et recherches en économie islamique qu’il a co-
fondée, l’annonce d’une baisse de 20 à 10% de la TVA sur Mourabaha a constitué « un
grand jour qui marque le véritable essor des produits financiers charia compatibles au
29
Maroc ».

M. Daoudi a même fait une simulation entre Mourabaha avec 20 et 10% de la TVA présentée
30
ci-dessus :
Mr X achète en 2009 un appartement de 900.000 Dh avec Mourabaha. Il avance 300.000
Dh. Il lui reste à payer 600.000 + la rémunération de la banque qu’on suppose de 60.000

Dh. Le tout étalé sur 120 mensualités.

La mensualité en 2009 est de :


((600 000:120) + TVA)+ ((60 000:120) +TVA)
= 5000dh +5000×20% + 500 + 500×20%
=5000dh + 1000dh +500dh +100 Dh
= 6600dh
La somme de la TVA est donc de 1100 Dh par mois soit 132.000 Dh pour les 120 mois
En 2010 on ne paie plus la TVA sur les 5000 Dh et uniquement 10% sur les 500 Dh. Donc la
mensualité en 2010 ne sera plus que de :
5000dh + 500dh + 500x 10%
=5000dh + 500 + 50
= 5550 Dh par mois
La TVA mensuelle ne sera plus que de 50 Dh au lieu de 1100 Dh, et sur la totalité 6.000 Dh
au lieu de 132.000 Dh, soit une économie substantielle de 126.000 Dh.
Les produits financiers islamiques deviennent donc, à priori, aussi compétitifs que le
financement bancaire traditionnel.

29
Source : Aujourd’hui le Maroc du 20/11/2009
30
Source : Aujourd’hui le Maroc du 20/11/2009

Mastère Spécialisé Finance 52


La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

 Problème marketing

La commercialisation des produits bancaires Charia Compliant s’heurte au Maroc à


l’interdiction de Bank AL Maghrib de faire référence lors des campagnes de communication à
la connotation religieuse des produits de la finance islamique. Cette obligation est très
contraignante car le label halal est l’argument principal de vente de ces produits. Il est en
effet dommageable de restreindre la publicité de ces produits financiers dans la mesure où
ils pourraient contribuer de façon significative au financement de la croissance économique
marocaine.
 Problème politique

Les mutations du secteur de la finance islamique au Maroc concourent sur un terrain


hautement politique. Dire que les représentants politiques n'y voient que des avantages
relève de l'euphémisme. D'importantes pressions sont exercées par le lobby des banques
traditionnelles sur le gouvernement. Considérant les produits « alternatifs » comme des
concurrents directs aux produits « classiques » qu'elles proposent, elles n'ont aucun intérêt à
voir se diversifier les offres de produits. Le gouvernement répugne d'autant plus à officialiser
le développement de l'islam économique qu'il est ouvertement engagé dans le combat contre
l'islam politique.
En effet, la Banque centrale refuse toute référence explicite à l'islam pour ne pas lâcher la
pression sur les mouvements islamistes et ne pas leur offrir l'occasion de banaliser leurs
discours.
Ainsi, l’essor de la finance islamique reste timide et dérisoire au Maroc : peur de donner
l’impression de céder devant les islamistes, peur de concurrencer le secteur conventionnel,
peur de mécontenter les chancelleries occidentales… Ce ne sont pas les peurs médiocres qui
manquent. On peut en revanche s’interroger sur l’absence de la peur de Dieu, celle de
décevoir les attentes populaires, celle de manquer des opportunités d’investissements qui ne
se représenteront peut être pas, celle de compromettre l’indépendance financière des
générations à venir.
 Problème réglementaire

En matière de finance islamique, le marché bancaire marocain est loin de vivre un


changement avec l’arrivée des produis alternatifs. En effet, tant que ces produits sont
« hébergés et véhiculés » par des établissements bancaires traditionnels, en l’absence d’un
véritable marché concurrentiel, de sociétés d’investissements et de banques islamiques
dédiées, il est mal aisé de parler de capacité concurrentielle pour les produits alternatifs.

Mastère Spécialisé Finance 53


La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

Ainsi, le refus persistant de Bank Al Maghreb d’autoriser l’implantation de banques islamiques


entrave son essor au Maroc.
 Problème humain

La finance islamique au Maroc manque de cadres dotés d’une double compétence


(Finance/Fiqh).En effet, les commerciaux chargés de la vente des produits alternatifs sont les
mêmes qui commercialisent les produits conventionnels, qu’ils maîtrisent de part leur
formation de base ainsi que leur expérience au sein de la banque, chose qui les rend peu
crédibles vis-à-vis de la clientèle.
De plus pour réussir à bien vendre un produit, il faut maîtriser toutes ses caractéristiques et
surtout croire en ses vertus, or, on ne peut pas dire dans l’état actuel des choses que nos
banquiers, dans leur grande majorité, croient en ces produits, ils se sentent davantage à
l’aise avec les modes de financement sans partage, plus proches de la finance
conventionnelle.
A ceci s’ajoute le problème de la formation, puisqu’il n’existe pas encore à ce jour au Maroc
un institut spécialisé dans la formation en finance islamique.
 Problème conceptuel

Les produits Charia Compliant tels qu’ils ont été conçus et commercialisés au Maroc
prévoient l’application de pénalité de retard forfaitaire de 300 DH généralement pour chaque
échéance impayée, chose qui va à l’encontre du principe présenté dans la première partie du
présent mémoire, en effet, les contrats islamiques de base interdisent l’application de
pénalités de retard qu’elles soit proportionnelles ou forfaitaires et privilégient par contre
d’autres types de garanties comme le Takafoul et Rahn.

Chapitre II : Pronostic pour le développement de la finance


islamique au Maroc

La finance islamique au Maroc souffre de plusieurs maux qui entravent son développement,
dans ce qui suit nous allons essayer d’abord de présenter quelques solutions aux problèmes
rencontrés par les produits alternatifs déjà commercialisés sur la place, puis de proposer
l’ouverture du marché national à de nouvelles catégories de produits islamiques tout en
étudiant sa faisabilité, et enfin de présenter un filtrage islamique pour dynamiser la bourse
par une offre conforme à la Charia.

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La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

Section I : Quelques mesures d’accompagnement pour l’essor de la


finance islamique au Maroc

Dans cette section, nous allons essayer de présenter quelques solutions pour chaque type de
problèmes exposés ci-haut.

 Aspect fiscal & tarifaire

Les produits alternatifs lancés au Maroc en Octobre 2007 ont été confrontés à un régime
fiscal non adapté à leurs spécificités imposant des doubles taxations en matière de droits
d’enregistrement, de TVA, de droit de mutation…
Comme nous l’avons vu dans la section précédente, les lois de finances 2009 et 2010 ont
essayé de résoudre ces problèmes en éliminant pour la formule Mourabaha la double
taxation en matière de droits d’enregistrement et en réduisant le taux de TVA à 10% qui est
à appliquer sur la marge de la banque.
Ces adaptations fiscales constituent des efforts louables qui témoignent de la dynamique que
crée la finance islamique au Maroc, certes il existe encore de la résistance face à cette
nouvelle industrie mais l’on pourrait dire que malgré son jeune âge, elle a su créer maints
changements sur le plan fiscal.
Ceci dit, les efforts entrepris ne suffisent pas, car force est de constater que le Maroc accuse
un retard considérable en la matière non seulement par rapport aux autres pays musulmans
(les pays du golfe et la Malaisie notamment) mais également par rapport à l’Occident chose
qui en surprend plus d’un.
En effet, la finance islamique a vu le jour en 2004 dans la zone Euro et plus précisément en
Angleterre, qui a autorisé l'implantation des banques islamiques. La Grande Bretagne, leader
européen en la matière, a réussi à développer une réelle dynamique autour de la finance
islamique en autorisant jusqu’en 2008 la création de trois banques pleinement islamiques :
l’Islamic bank of Britain, l’European Islamic Investment Bank et la Bank of London and
Middle East. La législation britannique tient compte également de la taxation des opérations
de financement islamiques afin d’éviter l’effet de double taxation.
La France, qui a accusé un retard en la matière, s’est également mise de la partie en
autorisant depuis février 2009 la finance islamique sur son territoire, grâce à une
modification de la loi fiscale et l'amendement adopté par le sénat modifiant le régime de la
fiducie. En effet, depuis le mois de février 2009, cette nouvelle législation permet à la place
de Paris de développer l'émission des Sukuk compte tenu d'une instruction fiscale sur la

Mastère Spécialisé Finance 55


La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

neutralité des opérations de Mourabaha et sur la déductibilité de la rémunération versée au


titre des sukuk.
Ainsi, il est temps pour le Maroc de rattraper son retard et de s’inscrire définitivement dans
la logique financière islamique.
Pour se faire, il serait judicieux à notre sens de ne pas se limiter à quelques amendements
fiscaux relatifs aux formules bancaires islamiques ( chose louable en soit) mais à adopter un
régime fiscal global pour le traitement des opérations issus de la finance islamique tout en
s’inspirant des expériences des autres pays qui nous ont devancé en la matière et
notamment le Royaume Uni et la France du fait que notre législation est fortement corrélée à
la législation française de part le facteur historique.
Notre proposition d’adopter un régime fiscal spécial pour les produits islamiques ne doit pas
s’entendre comme une proposition d’un régime incitatif mais plus comme un « package »
englobant toutes les mesures fiscales liées à ces produits : TVA, droits d’enregistrement
mais aussi droits de mutation… etc., et ce, pour l’ensemble des produits alternatifs et non
seulement pour la Mourabaha.
Ce régime fiscal permettra aux professionnels et particuliers de se familiariser avec les
produits issus de la finance islamique et d’effectuer leur choix d’investissement et de
financement en connaissance de cause.
Il serait aussi judicieux de prévoir dans ce régime fiscal la possibilité de déduction de la
marge payable à la banque par le client de sa base imposable à l’impôt sur revenu IR, dans
le cas du financement du logement principal, afin de mettre les produits alternatifs au même
pied d’égalité avec les produits conventionnels en matière de financement immobilier.
Sur le plan tarifaire, les banques sont appelées à mettre à niveau leur politique prix en
baissant notamment les taux de risque appliqués lors du calcul de leur marge et privilégier
d’autres types de garantie comme l’hypothèque ou Rahn.

 Aspect politique & réglementaire

Une économie émergente comme celle du Maroc a besoin d'une épargne suffisante à long et
moyen terme, l'objectif premier étant d'alimenter, et en permanence, le niveau
d'investissement qui serait nécessaire au maintien d'une croissance économique forte et
stable, ceci étant, nul ne doute que l'investissement et l'épargne sont deux variables
fortement corrélées.
L'épargne au Maroc est en outre constituée, d'importants avoirs liquides et à vue souvent
volatiles. Ainsi, la structure de l'épargne se caractérise par une maturité trop courte pour

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Etude du cas marocain

financer des investissements à long terme. Si certaines mesures prises permettent


d'améliorer la gestion et la canalisation de l'épargne, cela a certainement un impact sur son
niveau, mais sans majeurs changements dans les comportements de certains ménages.
Parmi ces déposants figurent des personnes, même fortunées, qui par conviction religieuse,
n'acceptent pas de recevoir des intérêts et rejettent toutes rémunérations; elles refusent
toute mobilisation à échéance, autrement dit, s'interdisent tout placement à terme
générateur d'avoirs additionnels non justifiés.
L’analyse faite précédemment démontre que la finance islamique présente un atout
important pour développer le secteur financier et bancaire par la collecte d’épargne
additionnelle à moyen et long terme auprès d’une nouvelle catégorie d’épargnants, ainsi que
par la création de nouveaux produits et services.
Cependant la finance islamique ne peut atteindre cet objectif que si elle est appuyée par une
réelle volonté politique qui va lui permettre de prendre son envol et d’atteindre son régime
de croisière.
De ce fait, la classe politique marocaine est invitée à se libérer de ses complexes et dépasser
sa phobie “sécuritaire” pour admettre que la finance islamique est une formidable
opportunité d’intégration et un gisement de croissance pour le pays.
Elle est également appelée à faire vite et à rattraper le retard enregistré en la matière en
commençant par l’autorisation des autres catégories de contrats islamiques et notamment
ceux répondant aux besoins de financement des entreprises et surtout à lever les barrières
à l’entrée des banques purement islamiques car le financement islamique peut constituer un
levier puissant de mobilisation et d'affectation d'une épargne additionnelle, avec le
renforcement du secteur financier, pour but de développer l'économie réelle.
Ceci dit, l’adoption de la finance islamique par les banques conventionnelles marocaines
leur impose une nouvelle catégorie de risque qui ne rentrent pas dans le corps de leur métier
habituel, en effet des risques nouveaux qu’elles n’ont pas l’habitude de gérer surgissent,
notamment les risques attachés au transfert de propriété et à la position de revendeur avec
tout ce qui s’en suit en terme de garanties et obligations, chose qui peut induire des
conséquences non négligeables. Il serait ainsi judicieux de prévoir un recours en garantie
directe contre le fournisseur sans recours contre la banque, lorsque cela est juridiquement
possible.
Dans le même ordre d’idées, et afin de contourner les obstacles juridiques relatifs à la non-
conformité avec les règles prudentielles de couverture de risque, les banques peuvent

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La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

développer des partenariats ou alliances avec des banques islamiques étrangères sous forme
de guichets islamiques notamment, pour tirer profits de leur expérience dans le domaine.
Toujours sur le plan réglementaire, l’introduction des produits islamiques dans le système
bancaire, exige un aménagement au niveau de Bank Al Maghrib. En effet, l’instrument de la
politique monétaire et du crédit, qu’est le taux de réescompte, n’existe plus pour contrôler ce
système. Il reste donc essentiellement à la banque centrale les trois autres instruments
conventionnels que sont le coefficient de réserve, la persuasion morale et la politique de
marché ouvert.
De même, et au cas où la finance islamique se développe suffisamment au Maroc pour
permettre la mise en place de produits d’épargne et de placement (chose que l’on souhaite
vivement et que l’on propose à travers le filtrage islamique qui sera présenté dans la section
III du présent chapitre), il serait nécessaire de développer un marché secondaire au même
titre qu’un marché monétaire interbancaire ,en effet, l’épargnant soucieux de se conformer
aux règles de la Charia, comme tout autre épargnant, est en général réticent au risque, et a
une préférence marquée pour la liquidité , en conséquence, il désire avoir la possibilité de
vendre rapidement, si nécessaire, les titres qu’il possède. Vu que les titres islamiques sont
des titres primaires, car liés à une entreprise ou une activité particulières, l’existence d’un
marché secondaire permettrait à l’épargnant musulman, de consacrer une plus grande partie
de son épargne à du financement d’investissements à long terme. La présence d’un tel
marché permettrait aussi aux firmes d’y lever des fonds qui s’ajouteraient à ceux qui leur
sont offerts par les banques.
Le marché monétaire interbancaire augmenterait également la liquidité du système. Dans un
système conventionnel, on le sait, les banques ajustent leur position, en matière de bilan,
par le biais du marché monétaire qui leur donne l’occasion de corriger l’absence de
synchronisation entre les paiements et les recettes. Dans un système islamique, une des
activités principales du marché monétaire serait de canaliser le surplus d’une institution
financière vers des projets avec partage du profit mis en place par une autre institution
financière. Comme les banques islamiques sont contraintes par la structure des dépôts
effectués auprès d’elles, il arrive en effet qu’elles aient des ressources insuffisantes pour
financer un certain type d’opération, tandis que, simultanément, elles aient un excédent de
ressources pour le financement d’autres opérations. Le marché monétaire permettrait,
d’enlever de telles contraintes de compartimentage.

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La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

 Aspect humain & Marketing

L’enseignement de l’économie islamique au niveau des grandes écoles et universités doit


être encouragé, cela nécessite la confection d’un contenu qui rallie la connaissance de
l’économie à la jurisprudence islamique en matière de commerce.
L’application d’un système bancaire islamique dépend dans une grande mesure de la
détermination de la banque centrale, des banquiers et des hommes d’affaires à comprendre
la nature de ce nouveau système et de ses exigences. Cela nécessite des stages et des suivis
à tous les niveaux. Il est donc impératif d’organiser des stages théoriques et pratiques, des
séminaires, des ateliers et des programmes d’orientation pour le personnel travaillant dans
les différents niveaux de l’échelle organisationnelle.
Ainsi, les banques marocaines ne doivent plus rester renfermées sur elles-mêmes. Elles
doivent se réinventer si elles veulent survivre, privilégier la formation et le développement
humain et faire face à la complexité technique découlant du développement de nouveaux
produits répondant aux exigences religieuses.
Les banques marocaines sont également appelées à faire un grand effort au niveau
communication pour vulgariser le concept et expliquer aux consommateurs le bien-fondé des
produits issus de la finance islamique, en effet, une véritable campagne de sensibilisation et
de vulgarisation sur les concepts d’économie islamique globalisante, dans une approche
«alternative» différente, basée sur la solidarité communautaire, le partage des risques, de la
responsabilité et des revenus doit être menée.
Les banques pourront également bénéficier de leur notoriété, de leur réseau de distribution
régional et international et du savoir faire des ressources disponibles pour commercialiser
des produits alternatifs spécifiques.
L’innovation, le marketing, l’investissement dans les hommes sont donc les voies de salut
des banques marocaines désirant investir dans le domaine de la finance islamique.
 Aspect conceptuel

Face à l’interdiction d’application de pénalités de retard en finance islamique, plusieurs


facteurs offrent une protection contre les créances douteuses.
 Encourager le financement participatif aux dépens du financement à crédit
 Accélérer les règlements des différends bancaires et mise en place d’un cadre
juridique qui simplifiera les procédures et écourtera les délais de règlement. Pour
cela des tribunaux spéciaux pour les banques peuvent être créés

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 Renforcer les procédures de contrôle de la banque centrale pour évaluer la


crédibilité du financement le moment de son avènement, la nature des garanties
offertes et leur degré de liquidité
 La mise à profit des expériences en matière de gestion des risques associés aux
fonds d’investissement et aux créances douteuses dans les autres institutions
financières.
 prévoir une remise en faveur de l’emprunteur à chaque échéance si celui-ci paye
à bonne date, ce qui équivaut à le sanctionner en cas de retard.

Section II : Ouverture du marché à de nouveaux produits islamiques


Alors que le Maroc a autorisé la commercialisation de la Mourabaha, Ijara et Mousharaka
(bien que cette dernière n’ait pas encore enregistré de contrat effectif), d’autres produits
issus de la finance islamique peuvent constituer des alternatives de financement toutes aussi
bénéfiques.
En effet, les programmes nationaux de soutien à la petite et moyenne entreprise PME et à
l’entreprenariat ont besoin d’outils financiers adaptés pour atteindre des objectifs
significatifs. Les solutions de financement Mousharaka et Moudaraba proposées par la
finance islamique sont en fait les ancêtres du capital risque et de la commandite qui
pourraient être très adaptées pour la réalisation de ces programmes.
De plus, les contrats Salam et Istisna’a pourront constituer en cas d’autorisation au Maroc
des moyens de financement privilégiés pour les entreprises. En effet, le Salam présenté dans
la première partie du présent mémoire et dont l’équivalent dans l’offre conventionnel est
« l’avance sur marchandise » pourra remplacer le crédit à la trésorerie puisqu’il permettra à
un professionnel d’acquérir une marchandise en recourant à un crédit mais sans payer
d’intérêts. Le second produit «Istisna’a» fonctionne selon le même principe à la seule la
différence que l’objet de la transaction porte sur la livraison, non pas de marchandises
achetées en l’état, mais de produits finis ayant subi un processus de transformation. Ce
produit sera donc très approprié pour le financement des grands projets industriels au Maroc
et pourra remplacer les crédits classiques d’investissement.
Notons que ces deux contrats (Salam et Istisna’a) sont en-cours d’élaboration à Bank al
Maghrib qui a tenu courant 2009 plusieurs réunions avec le groupement professionnel des
banques du Maroc (GPBM) en vue de l’autorisation imminente de leur commercialisation au
Maroc qui s’inscrira dans la continuité de la recommandation n° 33/g/2007 qui réglemente
les produits alternatifs (Mourabaha, Ijara et Moucharaka). Ce dispositif sera réaménagé pour
englober les produits Salam et Istisna’a une fois qu’ils seront au point.

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La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

Ces produits tels qu’ils ont été développés par Bank Al Maghrib ont même été audités et
jugés conformes aux préceptes de l’Islam par l’Auditing Accounting Organisation for Islamic
Institutions (AAOFI), un organisme international basé à Bahreïn et spécialisé dans la
conformité des produits financiers à la charia.
Le lancement de ces deux produits constituera donc une avancée significative de la finance
islamique au Maroc, mais il faudrait qu’il soit bien préparé surtout du côté fiscal, il serait
donc judicieux d’inclure leur traitement fiscal dans le régime spécifique que nous avons
proposé d’instaurer en faveur des produits alternatifs afin que toutes les facettes fiscales de
ces produits soient maîtrisées dès leur lancement.
L’adoption d’une autre catégorie de contrats islamiques peut également constituer un
tremplin pour le développement de la finance islamique au Maroc, il s’agit du Takafoul :
Assurance conforme à la charia. En effet, et comme nous l’avons déjà signalé, l’assurance
conventionnelle est basée sur deux principes qui la rendent illicite à savoir le taux d’intérêt et
l’aléatoire. Au Maroc, le secteur des assurances a un taux de pénétration qui tourne autour
de 2,08%. Et encore, tous les segments ne tirent pas leur lot du jeu. A part l’assurance
automobile qui est obligatoire, les autres produits pâtissent d’un manque de clients. L’alibi de
la religion et la réticence envers le mode de comptabilité des assurances est en grande partie
derrière le peu d’engouement des clients. Ainsi, le Takafoul peut constituer une réelle
alternative à l’assurance conventionnelle notamment avec l’émergence d’une classe moyenne
adoptant des modes de consommation conformes à la religion. L’assurance Takafoul couvre
la plupart des types de contrats : le Takafoul familial (produit d’épargne de longue durée),
médical (produit vie, groupe ou individuel), et enfin, le Takafoul général (dommage,
accident, maritime et responsabilité civile).
Cependant, la mise en place de ces différents types de produits Takafoul nécessite un
réaménagement de la législation en vigueur, en effet, la distribution des bénéfices est
interdite par le code des Assurances et n’existe que dans le cadre des contrats où il y a
épargne, or le principe fondamental du Takafoul est le partage des bénéfices. Autrement dit,
vu la réglementation en vigueur au Maroc, seule l’assurance vie est en mesure de rentrer
dans les rangs des assurances islamiques, car ce produit est le seul qui permet d’avoir une
épargne. Il est donc indispensable d’apporter les réaménagements nécessaires au code des
Assurances de manière à permettre la commercialisation de ces produits qui constituent à
coup sûr l’avenir du secteur d’assurance au Maroc.
Notons qu’actuellement la direction des assurances et de la prévoyance sociale (DAPS) du
ministère des finances travaille sur un modèle de contrat pour la commercialisation des

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La finance islamique : une alternative éthique
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produits Takafoul au Maroc, et que quelques demandes d’homologation ont été déposées
chez la DAPS. Espérons que les autorités marocaines donneront leur feu vert et que le
dossier ne sera pas embourbé dans les mêmes considérations politiques que les produits
bancaires islamiques.
Le Maroc est également appelé à rattraper son retard en matière d’émission de Sukuk, en
effet, et si L’Angleterre, soucieuse de devenir un centre mondial de la finance islamique, a
aligné les règles d’émission de Sukuk sur celles des obligations conventionnelles, le Maroc ne
devrait plus être en marge de ce phénomène, parce qu’ils sont adaptés à une demande
latente exprimée par une catégorie de la population, les Sukuk ont un fort potentiel de
pénétration et pourraient avoir des effets très bénéfiques sur la dynamisation du marché
financier local.
Une dernière proposition consiste en l'intégration de la micro-finance islamique dans les
initiatives du gouvernement comme un outil de lutte contre la pauvreté, en effet, la micro-
finance islamique pourrait constituer un important gisement de développement, elle pourrait
par exemple trouver une application dans le Nord du Maroc pour financer des activités de
substitution visant à éradiquer la culture du cannabis. Les institutions de micro-finance
islamique prêteraient à des éleveurs pour leur permettre d’acheter individuellement du bétail
dont le lait ou la chair serait centralisés par une coopérative, ce qui permettrait une
répartition des profits conformément aux principes de la Charia.

Section III : Le filtrage islamique, pour la dynamisation de la bourse


par une offre Charia Compliant
Au niveau des personnes et des sociétés, acquérir des actions en bourse dans le but de se
constituer un patrimoine qui génère un revenu – ou à une plus grande échelle pour
participer au contrôle d’une société industrielle ou commerciale – est un acte tout à fait
appréciable au regard de l’Islam. L’investissement dans l’économie réelle, loin de toute
pratique spéculative, est d’ailleurs au cœur de la finance islamique.
Afin de répondre aux attentes des investisseurs à la recherche d’opportunités
d’investissement éthique, il est cependant nécessaire de développer les instruments
d’investissement islamiques (OPCVM 100% actions) et de mettre en place des indices
regroupant des entreprises Charia compatibles.
Pour ce faire, il convient d’effectuer un filtrage islamique pour définir les titres (actions bien
évidemment) conformes à la charia.
Le filtrage islamique consiste à détecter un titre financier conforme à la loi islamique. Une
fois que le titre passe ce test, il pourra être inclus dans un portefeuille d’investissement.

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De nombreux établissements appliquent les règles du filtrage islamique. Les fonds


d’investissement de type islamiques peuvent également prendre comme référence plusieurs
31
indices. Il peut s’agir du Dow Jones Islamic Indexes (DJIMI), du FTSE Shariah Equity
32 33
Index ou encore du Standard & Poor’s Shariah Indices . Les développements suivants
consisteront à reprendre les éléments diffusés par ces fournisseurs en vue de réaliser un
34
filtrage islamique en bonne et due forme.
Dès lors, précisons-en les étapes.
 Les différentes étapes du filtrage islamique des titres

Avant de proposer un schéma du filtrage islamique, il convient de distinguer le filtrage extra-


financier (a) du filtrage financier (b) qui sont absolument complémentaires.
a) Le filtrage extra-financier
L’investissement islamique est d’abord sujet au respect des règles issues du corpus juridique
musulman. Ce corpus juridique prohibe un certain nombre d’activités. La première étape est
donc d’ordre qualitatif ; deux paliers de sélection existent.
Le premier palier concerne d’abord l’activité principale de la société. Elle ne doit pas être liée
aux secteurs de l’alcool, de l’industrie porcine, des loisirs, de l’armement, des services
financiers et bancaires non islamiques.
Concernant l’industrie du loisir, les hôtels, les casinos, les sociétés de jeux de hasard, les
produits érotiques et pornographiques sont également écartés au titre de la préservation des
mœurs. Il faut néanmoins nuancer pour l’industrie du cinéma ou de la musique puisqu’il
existe des sociétés qui proposent des produits conformes aux exigences de la foi
musulmane. Cette remarque vaut aussi pour les sociétés de presse.
En outre, les secteurs de la banque, de la finance et de l’assurance conventionnelles sont
également exclus en raison de la prohibition islamique de l’intérêt. En revanche, les titres des
institutions financières islamiques seront inclus.
Quant au second palier, il consiste à rechercher si l’activité secondaire ne constitue pas un
motif d’exclusion. Ainsi, la société ne doit pas être affectée de façon significative par une

31
www.djindexes.com
32
www.ftse.com
33
www.standardsandpoors.com
34
Méthode présentée par Ibrahim Zeyyad Cekici Enseignant-chercheur, coresponsable du diplôme universitaire
de Finance Islamique à l’Ecole de Management Strasbourg, dans le N°1 des Cahiers de la Finance Islamique,
revue mise en place par l’école

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La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

activité illicite effectuée de façon secondaire. Plus précisément, la part des revenus générés
par cette activité secondaire doit être inférieure à 5% de leur revenu total.
Il est possible d’inclure les entreprises pharmaceutiques, informatiques, chimiques,
énergétiques ainsi que celle qui sont dans le secteur automobile ou encore les entreprises
évoluant dans les secteurs de l’électricité, de l’immobilier, des travaux public, des matières
premières si les critères financiers sont respectés.
b) Le filtrage financier

Le filtrage financier tient compte de la structure capitalistique des sociétés émettrices. Dès
lors, une série de ratios a été établie.
 Le ratio d’endettement
Le ratio d’endettement est mis en place en raison d’une forte présomption de genèse
d’intérêt dans l’acquisition des titres des sociétés endettées. Cependant, il présente des
variantes et peut correspondre aux quotients suivants :
- Montant total de la dette sur la valeur moyenne de la capitalisation boursière d’une année ;
Ou
- Montant total de la dette sur l’actif total
Ce ratio doit être inférieur à 33%. Aucun texte scripturaire - ni dans le Coran, ni dans la
Sunna– ne mentionne ce taux. Ce sont les jurisconsultes musulmans qui l’ont établi grâce à
un effort intellectuel collectif (Ijtihad). Selon les uns, il s’agit d’une extension, certes
contestable, du seuil à partir duquel les actionnaires disposent d’un droit de veto aux seins
des assemblées générales des sociétés.
 Le ratio de liquidité

Si les titres sont négociables sur un marché financier, une partie significative de l’actif de la
société ne doit pas être liquide parce que les titres auraient un sous-jacent quasi-monétaire
pouvant entrer dans le champ d’application de la prohibition de l’intérêt. En effet, l’échange
de monnaie par le biais d’un titre est fortement suspect en droit musulman.
Le ratio de liquidité de type islamique présente également des variantes. Il s’agit :
- Soit du rapport montant de la trésorerie disponible sur la valeur moyenne de la
capitalisation boursière ;
- Soit du rapport montant de la trésorerie et des actifs générant des intérêts sur la
capitalisation boursière ;
- Soit le rapport montant des créances clients sur l’actif total.

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Étant donné qu’un des piliers de la finance islamique est l’adossement des financements à un
actif réel et tangible, cette exigence a été chiffrée toujours par les jurisconsultes musulmans
contemporains qui ont certainement tenu compte des besoins des entreprises ainsi que de
leur mode de fonctionnement moderne.
Ces variantes du ratio de liquidité doivent donc être inférieures soit à 33%, soit à 50%. Aux
deux premières, est assigné le taux de 33% ; et à la dernière, celui de 50%.
Notons que les ratios présentés ci-hauts rejoignent ceux pris en compte par les indices Dow
Jones Islamic Market :
- Le ratio de la dette sur la moyenne de la capitalisation boursière sur les 12 derniers mois
ne doit pas dépasser 33%.
- Les liquidités et titres porteurs d’intérêts détenus par l’entreprise ne doivent pas dépasser
33% de la moyenne de la capitalisation boursière sur les 12 derniers mois.
Ces ratios répondent à la logique de l’existence d’une activité sous-jacente aux rentrées
d’argent et à la proscription de l’intérêt : ainsi, s’il est mécaniquement inévitable que
l’entreprise soit endettée, touche des intérêts et détienne des liquidités, la majorité de sa valeur
ajoutée doit venir d’une activité réelle.
Figure 6. Le filtrage islamique

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 Elaboration d’un filtrage islamique des actions cotées à la bourse de


Casablanca

Le filtrage islamique appliqué aux actions cotées à la bourse de Casablanca va permettre de


faire ressortir les titres éligibles à la constitution de portefeuilles purement islamiques qui
pourront être gérés de façon individuelle par tout détenteur pieux ayant les capacités
techniques, humaines et financières nécessaires ou de façon collective dans le cadre des
Organismes de Placement Collectifs en Valeurs Mobilières (OPCVM).
Quelque soit le mode de gestion des portefeuilles islamiques issus de l’opération de filtrage,
une chose est sûre, la sélection des titres conformes à la Charia va permettre la
dynamisation de la bourse puisqu’elle va permettre d’attirer les investisseurs et épargnants
qui répugnaient jusque là à placer leur argent en bourse par scepticisme quant au caractère
licite d’une telle opération.
Dans ce qui suit, nous allons essayer de faire ressortir les titres de type action des sociétés
cotées à la bourse de Casablanca dont l’activité et paramètres financiers sont conformes à la
Charia selon la méthodologie présentée ci-après.
Les titres ainsi sélectionnés vont constituer la base de tout portefeuille qualifié d’islamique.

a – le filtrage extra-financier

Le filtrage extra-financier est, comme nous l’avons vu, un filtrage qualitatif qui consiste à
éliminer du paramètre de sélection, les titres des sociétés évoluant dans des activités illicites
au regard de l’Islam.
Pour appliquer le filtrage islamique aux actions côtées à la bourse de Casablanca, nous avons
commencé par recenser l’ensemble des actions des sociétés côtées et à définir leur secteur
d’activité, en fonction du secteur nous avons déterminé le caractère licite ou prohibé du titre.
Les titres des sociétés évoluant dans le domaine des banques et assurances ont été éliminés
ainsi que ceux des sociétés de financement et de leasing puisque leur activité est basée sur
le taux d’intérêt et donc sur la Riba interdite en Islam.
De même, les titres des sociétés intervenant dans la fabrication et/ou commercialisation des
boissons alcoolisées ont été éliminés, il en est ainsi pour les brasseries, les sociétés de
gestion hôtelière et les supermarchés commercialisant l’alcool.
Le tableau suivant fait ressortir la liste des sociétés cotées à la bourse de Casablanca (BVC)
avec leur secteur d’activité respectif ainsi que l’éligibilité de chaque société à la constitution
d’un portefeuille islamique.

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Tableau 8. Filtrage extra-financier des titres côtés à la BVC

ELIGIBILITE
SECTEUR D'ACTIVITE
SOCIETE COTEE DE L'ACTIVITE
ADDOHA toutes opérations de promotion immobilière licite
AFRIQUIA GAZ Pétrole et Gaz licite
ALLIANCES immobilier licite
ALUMINIUM Bâtiments et matériaux de construction licite
AUTO NEJMA distributeurs de véhicules et accessoires licite
AUTOHALL distributeurs de véhicules et accessoires licite
BALIMA immobilier licite
Distributeurs tous matériels de transport
BERLIET MAROC licite
terrestre. maritime. fluvial.
CARTIER SAADA Agroalimentaire / Production licite
CENTALE .LAITIERE Agroalimentaire / Production licite
CGI immobilier licite
CIMENT MAROC Bâtiments et matériaux de construction licite
L’importation. l’exportation. l’achat. la vente. La
fabrication de tous pigments et colorants
COLORADO licite
industriels et alimentaires. toutes peintures pour
tous usages.
COSUMAR Agroalimentaire / Production licite
CTM Transport de voyageurs. Messageries et Tourisme. licite
DARI Agroalimentaire / Production licite
DELATTRE LEVIVIER Ingénieries et Biens d'Equipement Industriels licite
DELTA HOLDING Société de portefeuille/holding licite
DISTRISOFT Matériels, Logiciels et Services Informatiques licite
Distributeurs de tous métaux et objets fabriqués
FENIE BROSSETTE licite
par transformation des métaux
Distributeurs de tous engrais, aliments de bétail,
FERTIMA produits et matériels destinés à l’industrie et à licite
l’agriculture.
Fondation. l'acquisition et l'exploitation d'usine de
HOLCIM (Maroc) licite
ciments et tous matériaux de construction.
HPS Matériels, logiciels et services informatiques licite
IB MAROC.COM Matériels, Logiciels et Services Informatiques licite
Ingénierie informatique. électronique et de
INVOLYS licite
télécommunication
ITISSALAT AL-
Télécommunications licite
MAGHRIB
LAFARGE CIMENTS Bâtiment et Matériaux de Construction licite
Fabrication et commercialisation de tous corps
LESIEUR CRISTAL licite
gras.
LGMC (LES GRANDES
MARQUES ET
CONSERVERIES Agroalimentaire / Production licite
CHERIFIENNES
REUNIES)

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ELIGIBILITE
SECTEUR D'ACTIVITE
SOCIETE COTEE DE L'ACTIVITE
réaliser le Contrat de Gestion Déléguée portant
sur la délégation pendant trente ans des services
LYDEC de distribution d’eau potable. d’assainissement et licite
de distribution d’électricité dans la Communauté
Urbaine de Casablanca
M2M Group Matériels, Logiciels et Services Informatiques licite
La production et la commercialisation de gaz
MAG.OXYGENE médicaux. industriels et spéciaux notamment licite
l'oxygène. l'azote et l'acétylène.
gestion de sociétés minières. immobilières.
MANAGEM licite
financières. industrielles ou commerciales
MATEL Matériels, Logiciels et Services Informatiques licite
MEDIACO MAROC Bâtiment et Matériaux de Construction licite
MICRODATA Matériels, Logiciels et Services Informatiques licite
MINIERE TOUISSIT Prospection, recherche et exploitation des mines licite
NEXANS MAROC Equipements Electroniques et Electriques licite
Société de portefeuille/holding qui opère au Maroc
et à l'International dans cinq domaines d'activités
stratégiques : Distribution. Activités financières.
ONA licite
Mines. Agroalimentaire et Relais de croissance
(télécoms. immobilier et énergie &
environnement).
La fabrication. l'achat et la transformation
PAPELERA DE TETUAN .l'importation .la vente et l'exportation de licite
cellulose. papier et carton

PROMOPHARM Industrie pharmaceutique licite

La recherche, la mise en valeur et l'exploitation de


REBAB licite
toutes mines. métalliques ou autres
Raffinage du pétrole brut. l'industrie de
SAMIR licite
transformation des dérivés du pétrole
SCE (SOCIETE
Fabrication et vente de produits chimiques et
CHERIFIENNE
engrais. l'exploitation de mines et traitement de licite
D'ENGRAIS ET DE tous minerais.
PRODUITS CHIMIQUES)
SNEP Chimie licite
Participation. placement et gestion de portefeuilles
SNI licite
de valeurs mobilières cotées et non cotées
SMI (SOCIETE L'étude. l'extraction. l'exploitation et la
METALLURGIQUE commercialisation de tous minerais liés ou non à licite
D’IMITER) l'argent
Exploitation et gestion directe ou indirecte des
SONASID licite
projets sidérurgiques
SOTHEMA (SOCIETE DE
THERAPEUTIQUE Industrie pharmaceutique licite
MAROCAINE)
SRM Distributeurs de biens d’équipement licite

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ELIGIBILITE
SECTEUR D'ACTIVITE
SOCIETE COTEE DE L'ACTIVITE
Distributeurs de tous matériels et outillages
STOKVIS industriels. agricoles. de travaux publics. miniers. licite
de manutention. de transport
TIMAR Transport licite
UNIMER Agroalimentaire / Production licite
Prospection. recherche et exploitation des mines.
ZELLIDJA transformation de tous minerais et participation à licite
des sociétés industrielles. commerciales
Société de financement et autres activités
ACRED prohibée
financières
toutes opérations de courtage et de commission
AGMA Prohibée
en matière d'assurances de toutes natures
toutes opérations de courtage et de commission
ATLANTA prohibée
en matière d'assurances de toutes natures
Toutes opérations de banque. de finance. de
ATTIJARIWAFA BANK prohibée
crédits et de commissions
Toutes opérations de banque. de finance. de
BCP prohibée
crédits et de commissions
Toutes opérations de banque. de finance. de
BMCE BANK prohibée
crédits et de commissions
Toutes opérations de banque. de finance. de
BMCI prohibée
crédits et de commissions
BRANOMA (SOCIETE Fabrication et vente de la bière. du malte. de la
DES BRASSERIES DU glace. de l'acide carbonique et de tous les produits prohibée
NORD MAROCAIN SA) qui en dérivent
la fabrication et la vente au Maroc et à l’étranger
BRASSERIES prohibée
de toutes boissons gazeuses et de toutes bières
Toutes opérations de banque. de finance. de
CDM prohibée
crédits et de commissions
Toutes opérations de banque. de finance. de
CIH prohibée
crédits et de commissions
Société de financement et autres activités
DIAC SALAF prohibée
financières
Société de financement et autres activités
EQDOM prohibée
financières
Distributeurs sous forme de supermarché de tout
article et produit de consommation courante et
LABEL VIE notamment : produits alimentaires ; produits prohibée
d'entretien… et de toutes les boissons
(alcoolisées ou non).
Financement par voie de location à bail de toutes
M.LEASING prohibée
opérations mobilières ou immobilières.
Financement par voie de location à bail de toutes
MAGHREBAIL Prohibée
opérations mobilières ou immobilières.
Exploitation et commerce de toutes eaux
OULMES minérales. boissons gazeuses. eaux de table. prohibée
bières. limonades. sodas et dérivés

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ELIGIBILITE
SECTEUR D'ACTIVITE
SOCIETE COTEE DE L'ACTIVITE
RISMA (groupe Acquisition. construction. exploitation d'hôtels et
prohibée
ACCOR) d'ensembles touristiques au Maroc.
La réalisation de toutes opérations de financement
SALAFIN prohibée
et de crédit à la consommation
Crédit automobile. hypothécaire. agricole et
SOFAC prohibée
ménager
TASLIF Toutes opérations de financement et de crédit prohibée
WAFA ASSUR. Toutes opérations d'assurances et de réassurances prohibée

Ainsi, sur les soixante dix sept sociétés cotées à la bourse de valeurs de Casablanca,
cinquante quatre ont passé avec succès le test du filtrage extra-financier puisqu’elles
évoluent dans des secteurs compatibles à la Charia.
Les titres ainsi obtenus ont été par la suite soumis au filtrage financier.

b- Le filtrage financier

Pour chacune des sociétés sélectionnées lors du filtrage extra-financier, nous avons procédé
au calcul de deux types de ratios à savoir les ratios d’endettement et de liquidité. Les
agrégats ayant servis à leur élaboration ont été tirés des comptes sociaux des sociétés
35
concernées .
Ces ratios ont été calculés sur trois années successives (2006, 2007 et 2008) pour garantir
un meilleur jugement.

Les ratios d’endettement ont été calculés de la façon suivante :


- Dettes / Capitalisation boursière moyenne du titre pour l’année concernée ;
- Dettes / Actif total.
Les dettes sont obtenues par la sommation de la rubrique dettes de financement et
Trésorerie-Passif.

Les ratios de liquidité ont été élaborés de la manière suivante :


- Trésorerie / Capitalisation boursière moyenne du titre pour l’année concernée ;
- (Trésorerie + Titres & Valeurs de Placement)/ Capitalisation boursière moyenne
du titre pour l’année concernée

35
www.casablanca-bourse.com / www.cdvm.gov.ma

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Les résultats obtenus par titre pour les trois années considérées ont été par la suite
comparés au seuil fixé, à savoir 33%, pour déterminer son caractère licite ou prohibé.
En effet, un titre est considéré licite pour une année donnée lorsque :
- l’un de ses ratios d’endettement à savoir Dettes/ Capitalisation boursière Ou
Dettes / Actif total est inférieur à 33%
ET (condition nécessaire)
- l’un de ses ratios de liquidité à savoir Trésorerie/Capitalisation boursière Ou
(Trésorerie+TVP)/Capitalisation boursière est inférieur à 33%

Le critère de choix final a été fixé de la manière suivante :


- les titres présentant un caractère licite sur les trois années considérées sont
qualifiés de « Conforme à la Charia »
- Les titres présentant des fluctuations dans le sens où ils présentent des ratios
financiers les rendant licites pour une année et prohibés pour une autre sur les
trois années considérées sont qualifiés de « Titres A risque »
- Les titres présentant un caractère prohibé sur les trois années considérées sont
Qualifiés de « Non Conforme à la Charia»

Le tableau suivant récapitule les résultats obtenus, les données de base sont présentées en
Annexe.

Notons que les cases vides proviennent de l’indisponibilité de l’information du fait que les
titres en question n’étaient pas encore introduits en bourse.

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Tableau 9. Filtrage financier des titres côtés à la BVC

dettes/ capi dettes / Actif total Trésorerie / Capi (Trésorerie + TVP )/ Capi Conformité du
Titre côté Acceptabilité
titre à la Charia
2006 2007 2008 2006 2007 2008 2006 2007 2008 2006 2007 2008 2006 2007 2008
ADDOHA 4,81% 10,46% 11,40% 28,93% 40,50% 42,33% 1,26% 1,04% 0,11% 1,26% 4,01% 1,35% Licite Licite Licite Conforme
AFRIQUIA GAZ 26,49% 16,28% 13,90% 18,02% 14,96% 15,93% 3,95% 10,62% 7,72% 3,97% 16,81% 10,31% Licite Licite Licite Conforme
ALLIANCES 1,52% 5,62% 0,04% 5,11% Licite Conforme
AUTO NEJMA 10,79% 6,00% 11,43% 20,00% 15,88% 31,95% 0,60% 0,76% 0,66% 0,60% 0,76% 0,66% Licite Licite Licite Conforme
AUTOHALL 0,06% 0,03% 2,51% 0,11% 0,09% 12,05% 6,88% 4,47% 0,52% 17,78% 9,39% 0,52% Licite Licite Licite Conforme
BALIMA 5,12% 2,92% 1,12% 12,16% 10,54% 5,76% 4,03% 2,02% 1,92% 4,03% 2,02% 1,92% Licite Licite Licite Conforme
CARTIER SAADA 32,62% 25,93% 21,25% 26,44% 28,26% 19,53% 0,13% 0,13% 0,47% 0,13% 0,13% 0,47% Licite Licite Licite Conforme
CENT.LAIT. 3,59% 2,47% 2,51% 10,26% 7,61% 6,86% 2,74% 2,26% 1,81% 8,55% 6,42% 1,83% Licite Licite Licite Conforme
CGI 0,07% 1,13% 18,30% 0,59% 7,11% 0,65% 0,47% 2,95% 2,86% Licite Licite Conforme
CIMENT MAROC 0,75% 0,57% 1,88% 2,87% 2,53% 5,71% 0,04% 0,11% 0,29% 5,90% 3,60% 2,07% Licite Licite Licite Conforme
COLORADO 3,28% 5,36% 5,80% 11,17% 13,15% 8,81% 2,29% 3,51% 4,88% 4,14% 5,54% 12,41% Licite Licite Licite Conforme
COSUMAR 23,20% 12,42% 10,57% 20,50% 10,60% 10,52% 0,88% 0,98% 0,48% 0,88% 0,98% 0,48% Licite Licite Licite Conforme
CTM 25,14% 10,02% 6,93% 15,55% 9,33% 5,78% 3,03% 2,22% 3,01% 9,47% 5,80% 6,38% Licite Licite Licite Conforme
DARI 2,87% 1,48% 0,09% 4,26% 1,99% 0,09% 4,19% 6,94% 6,61% 26,00% 10,65% 19,47% Licite Licite Licite Conforme
DELATTRE 16,76% 21,74% 18,34% 6,65% 0,05% 0,05% Licite Conforme
DELTA HOLDING 0,13% 0,37% 0,64% 0,00% 0,03% Licite Conforme
FENIE BROSSETTE 0,00% 0,00% 2,31% 0,00% 0,00% 2,96% 0,50% 1,01% 0,08% 7,06% 7,58% 0,08% Licite Licite Licite Conforme
HOLCIM (Maroc) 15,21% 12,70% 20,33% 33,60% 38,66% 45,97% 0,01% 0,01% 0,05% 0,01% 0,01% 1,57% Licite Licite Licite Conforme
HPS 3,02% 2,69% 8,03% 12,17% 15,47% 23,64% 2,01% 1,70% 3,36% 2,01% 1,70% 3,36% Licite Licite Licite Conforme
IB MAROC.COM 3,73% 18,34% 20,42% 1,52% 12,77% 13,34% 22,45% 4,45% 3,62% 22,53% 4,45% 7,32% Licite Licite Licite Conforme
INVOLYS 0,25% 0,00% 0,00% 0,46% 0,00% 0,00% 13,12% 11,47% 5,93% 19,47% 13,94% 6,30% Licite Licite Licite Conforme
ITISSALAT AL- 0,00% 0,64% 0,67% 0,01% 2,62% 3,46% 0,77% 0,10% 0,10% 2,03% 2,42% 1,25% Licite Licite Licite Conforme
LAFARGE CIMENTS 1,06% 0,68% 0,52% 3,57% 3,21% 3,08% 0,27% 0,22% 0,17% 6,13% 4,66% 0,58% Licite Licite Licite Conforme
LESIEUR CRISTAL 11,72% 18,53% 21,31% 10,89% 15,61% 16,30% 4,80% 5,12% 6,74% 4,80% 5,12% 6,74% Licite Licite Licite Conforme
LGMC 3,56% 1,99% 3,91% 4,48% 3,90% 10,18% 6,85% 5,43% 1,41% 6,85% 5,43% 1,41% Licite Licite Licite Conforme
LYDEC 36,81% 50,38% 64,79% 11,47% 13,53% 11,80% 12,82% 26,77% 28,86% 12,82% 26,77% 30,76% Licite Licite Licite Conforme
M2M Group 0,00% 0,00% 0,02% 0,03% 0,00% 0,13% 0,50% 1,98% 1,65% Licite Licite Conforme
MANAGEM 11,37% 7,92% 18,11% 18,24% 17,27% 29,87% 0,03% 0,02% 0,17% 0,04% 0,03% 0,17% Licite Licite Licite Conforme
MICRODATA 0,00% 0,00% 0,00% 0,00% 0,00% 6,94% 4,71% 6,94% 4,71% Licite Licite Conforme
MINIERE TOUISSIT 0,92% 4,44% 3,00% 1,15% 8,68% Licite Conforme
NEXANS MAROC 75,27% 40,15% 38,43% 32,08% 27,22% 24,71% 1,54% 0,67% 2,16% 1,54% 0,67% 5,33% Licite Licite Licite Conforme
ONA 16,95% 14,30% 19,28% 24,97% 21,29% 26,93% 0,02% 0,03% 0,01% 0,31% 2,70% 3,27% Licite Licite Licite Conforme
PROMOPHARM 0,00% 0,00% 4,22% 0,00% 0,00% 13,56% 15,82% 13,56% 15,83% Licite Licite Conforme
REBAB 0,00% 0,00% 0,00% 0,00% 0,00% 0,00% 0,28% 0,26% 0,49% 24,56% 70,61% 54,18% Licite Licite Licite Conforme
SCE 0,40% 0,27% 14,64% 0,29% 0,17% 7,92% 8,52% 6,39% 6,02% 10,07% 12,55% 6,05% Licite Licite Licite Conforme
SMI 0,66% 0,61% 2,72% 0,91% 0,79% 2,91% 0,30% 0,47% 0,27% 0,30% 0,47% 0,27% Licite Licite Licite Conforme
SNEP 8,13% 21,85% 30,97% 24,05% 42,68% 1,98% 2,24% 1,98% 3,63% Licite Licite Conforme
SNI 11,59% 13,10% 23,79% 16,72% 21,47% 34,31% 0,00% 0,00% 0,00% 0,01% 0,01% 0,01% Licite Licite Licite Conforme
SONASID 3,25% 1,15% 5,66% 4,62% 2,65% 16,89% 4,00% 0,65% 0,32% 4,64% 0,65% 0,32% Licite Licite Licite Conforme
TIMAR 7,63% 13,82% 27,47% 9,40% 12,14% 16,63% 3,70% 16,63% 4,25% Licite Licite Conforme
UNIMER 18,15% 19,19% 24,69% 27,76% 24,73% 29,79% 0,25% 1,32% 0,31% 0,25% 1,32% 0,31% Licite Licite Licite Conforme
ZELLIDJA 0,00% 0,15% 0,00% 0,00% 0,23% 0,00% 0,40% 0,10% 0,55% 88,43% 33,68% 24,22% Licite Licite Licite Conforme
ALUMINIUM 24,23% 52,26% 52,70% 22,40% 39,06% 32,51% 10,40% 17,23% 23,49% 10,40% 17,23% 23,49% Licite Prohibé Licite A risque
BERLIET MAROC 0,48% 4,17% 3,14% 0,29% 2,89% 2,40% 40,58% 15,65% 2,05% 40,58% 15,65% 4,73% Prohibé Licite Licite A risque
DISTRISOFT 10,93% 22,66% 42,72% 15,26% 23,01% 37,26% 3,79% 5,52% 3,86% 3,79% 6,30% 8,08% Licite Licite Prohibé A risque
MATEL 25,10% 68,12% 28,34% 25,90% 37,27% 3,44% 6,26% 3,72% 6,68% Licite Prohibé A risque
MEDIACO MAROC 63,80% 108,66% 206,63% 27,48% 48,84% 67,44% 9,24% 4,27% 4,74% 9,24% 4,27% 4,74% Licite Prohibé Prohibé A risque
SOTHEMA 18,34% 82,30% 17,05% 32,06% 157,81% 25,38% 0,01% 0,32% 0,40% 0,01% 0,32% 0,40% Licite Prohibé Licite A risque
SRM 23,16% 52,05% 52,33% 14,76% 38,79% 29,37% 39,65% 9,82% 0,26% 39,65% 9,82% 0,26% Prohibé Prohibé Licite A risque
STOKVIS 34,95% 48,43% 41,23% 34,65% 28,34% 16,00% 2,75% 16,00% 3,04% Prohibé Licite A risque
FERTIMA 50,81% 43,02% 163,51% 42,69% 34,90% 65,94% 9,47% 14,10% 0,12% 9,47% 14,10% 0,12% Prohibé Prohibé Prohibé Non-conforme
MAG.OXYGENE 75,17% 58,90% 80,09% 38,63% 36,41% 38,64% 2,19% 0,16% 1,25% 2,28% 0,23% 5,27% Prohibé Prohibé Prohibé Non-conforme
PAPELERA DE 146,15% 145,88% 227,54% 65,87% 69,22% 51,13% 11,37% 24,59% 4,78% 11,43% 24,65% 4,84% Prohibé Prohibé Prohibé Non-conforme
SAMIR 47,03% 90,87% 104,75% 36,98% 52,55% 45,08% 0,53% 0,08% 0,71% 0,53% 0,08% 0,71% Prohibé Prohibé Prohibé Non-conforme

Mastère Spécialisé Finance 72


La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

Ainsi, sur les cinquante quatre sociétés ayant passé avec succès le test du filtrage extra-
financier, les titres de quarante deux sociétés sont jugés conformes et peuvent donc
constituer la base pour la constitution d’un portefeuille islamique, l’investissement dans huit
titres est considéré comme étant à risque et quatre titres sont considérés comme non-
conformes à la Charia.
En conséquence, et au terme de ce filtrage islamique, on arrive aux résultats suivants :
- L’investissement dans 55% des titres côtés à la bourse de valeurs de Casablanca est
conforme à la Charia,
- L’investissement dans 10% des titres côtés est considéré comme étant à risque au regard
de la Charia
- 35% des titres sont non-conformes à la Charia
Les résultats ainsi obtenus permettront à tout investisseur pieux de constituer un portefeuille
Charia Compliant soit directement ou par l’intermédiaire d’OPCVM dédié à ce genre
d’investissement.
Une communication appropriée à ce sujet serait donc très bénéfique pour informer le public
de la possibilité d’investir en bourse tout en ayant la conscience tranquille quant au caractère
« halal » d’un tel acte.

Mastère Spécialisé Finance 73


La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

CONCLUSION

Sur un plan conceptuel, nous avons vu que la Charia et le concept de développement


durable se rejoignaient. La loi religieuse islamique impose aux Croyants d’inscrire leurs
activités quotidiennes, notamment économiques, dans le respect de l’environnement et des
générations à venir. La Charia impose ainsi aux Croyants de se comporter de manière
« socialement responsable ». La responsabilité sociale, axe de réflexion majeur en matière
d’investissement éthique, a donc nécessairement un grand rôle à jouer dans la finance
islamique.

Nous avons également montré que la finance islamique repose sur une série d’axiomes,
c'est-à-dire de « modes d’être », desquels découlent des principes, c'est-à-dire des « modes
d’action ». Ces modes d’action vont permettre de dicter in fine la conduite des financiers et
la structuration de leurs produits. Ces principes se retrouvent notamment au niveau du
filtrage lors de la construction d’un produit financier.

La finance islamique, acteur peu connu de la finance mondiale, il y a encore quelques


années, connaît aujourd’hui un développement qui suscite intérêts et convoitises, y compris
en occident, où plusieurs pays s’interrogent sur la manière d’intégrer cette finance
alternative aux côtés des activités conventionnelles.

Le travail que nous avons mené nous a permis d’appréhender ce qu’est la finance islamique,
la place qu’elle prend dans la globalisation de la finance et les formes diverses qu’elle peut
emprunter. Cependant, si elle prend de l’ampleur, le Maroc reste un peu en marge du
phénomène. Cette situation tient à plusieurs raisons et notamment culturelles. Ceci dit, et en
autorisant la commercialisation de trois produits alternatifs, notre pays s’est inscrit dans la
voie de la finance éthique. Toutefois cet effort louable reste insuffisant, les enjeux étant très
considérables.

Les responsables marocains sont ainsi appelés à un sursaut et à réagir rapidement pour
démontrer qu’ils sont capables de faire preuve de volonté sur le terrain et de donner un
supplément de vie et de valeur ajoutée aux activités financières en mettant l’accent sur le
développement de la finance islamique.

Mastère Spécialisé Finance 74


La finance islamique : une alternative éthique
Etude du cas marocain

BIBLIOGRAPHIE
 Ouvrages:

- Muhammad Ayub, Understanding Islamic Finance, (Edition John Wiley & Sons, Ltd) - 2007

- S. Brunnel, Le développement durable, PU F, Que sais-je ?, 2007, 2e éd. mise à jour

- Mahmoud A. El-Gamal, Islamic Finance Law, Economics, and Practice Cambridge university
press 2006

 Articles
-André Martens ; 2001 ; La finance islamique : fondements, théorie et réalité ; CAHIER
20-2001
- Mabid Ali Al-Jarhi Et Munawar Iqbal; 2002; Banques islamiques: Réponses à des questions
fréquemment posées ; Document Périodique n°4 de l’Institut islamique de recherches et de
formation ; Banque Islamique de Développement.
- Mohammed El Qorchi ; Décembre 2005 ; La finance islamique est en marche ; Finances&
développement.
- Les Cahiers de la Finance Islamique N°1 de l’Ecole de Management Strasbourg ; 2009
- Michel Dion, L’éthique du profit et les grandes religions du monde, Entreprise éthique, no 9,
1998,
- Herbert Smith, Guide de la finance islamique ; 2009
- Novethic 2009. Finance Islamique et ISR : convergence possible ?

 Presse professionnelle
- La vie économique du 30/01/2009, du 13/02/2009 et 08/06/2009
- L’Economiste du 09/09/2009 et 31/12/2009
- Aujourd’hui le Maroc du 20/11/2009

 Sites web
www.casablanca-bourse.com
www.cdvm.gov.ma
www.bkam.ma/
www.djindexes.com
www.ftse.com
www.standardsandpoors.com
www.islamic-banking.com
www.ribh.wordpress.com
www.islamtoday.net

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AGREGATS FINANCIERS ANNEE 2006

CAPITALISATION
SOCIETE COTEE DETTES TRESORERIE TRESOR+TVP ACTIF TOTAL
BOURSIERE MOYENNE

ADDOHA 20 810 139 344,26 1 001 561 922,51 262 501 436,10 262 501 436,10 3 461 623 339,74
AFRIQUIA GAZ 2 588 679 091,37 685 764 538,09 102 168 056,07 102 668 409,07 3 806 526 495,99
ALLIANCES
ALUMINIUM 567 679 804,80 137 563 962,61 59 055 417,30 59 055 417,30 614 127 352,98
AUTO NEJMA 1 199 178 703,90 129 424 918,00 7 152 196,35 7 152 196,35 647 113 794,46
AUTOHALL 1 929 579 598,39 1 220 475,50 132 807 783,05 342 991 786,11 1 111 894 513,54
BALIMA 155 808 539,76 7 972 507,19 6 276 558,29 6 276 558,29 65 563 280,90
BERLIET MAROC 286 659 889,56 1 364 996,20 116 326 403,83 116 326 403,83 465 621 757,99
CARTIER SAADA 70 668 293,23 23 049 760,99 94 067,93 94 067,93 87 178 215,60
CENT.LAIT. 5 339 857 518,07 191 891 984,31 146 289 521,62 456 291 977,62 1 870 226 004,64
CGI introduite en Aout 2007 317 595 000,00 125 071 000,00 125 071 000,00 1 735 304 000,00
CIMENT MAROC 14 774 699 322,76 111 310 537,62 6 498 144,69 872 265 480,30 3 875 103 589,84
COLORADO 933 180 000,00 30 569 982,86 21 372 937,60 38 608 310,00 273 599 594,03
COSUMAR 3 906 300 765,76 906 171 640,65 34 293 995,04 34 293 995,04 4 419 410 634,93
CTM 279 824 062,53 70 338 790,62 8 488 700,42 26 488 642,33 452 369 186,20
DARI 141 726 747,46 4 073 496,43 5 936 920,30 36 845 598,93 95 659 257,06
DELATTRE LEVIVIER introduite en avril 2008 149 142 071,67 794 281,64 794 281,64 686 070 412,34
DELTA HOLDING introduite en mai 2008 NON DISPONIBLE
DISTRISOFT 232 593 972,65 25 415 198,02 8 809 026,08 8 809 026,08 166 543 737,94
FENIE BROSSETTE 959 363 437,88 0,00 4 755 798,95 67 755 798,95 413 493 197,13
FERTIMA 462 144 750,00 234 806 419,87 43 776 777,06 43 776 777,06 550 048 876,72
HOLCIM (Maroc) 7 928 190 843,37 1 205 830 995,23 650 383,57 670 369,83 3 588 907 569,65
HPS 670 150 000,00 20 271 148,29 13 454 448,02 13 454 448,02 166 592 645,78
IB MAROC.COM 92 544 490,48 3 448 000,83 20 777 765,60 20 850 110,60 227 098 054,28
INVOLYS 163 115 153,85 400 262,62 21 401 304,79 31 762 506,98 86 246 517,21
ITISSALAT AL-MAGHRIB 111 090 289 574,86 2 029 000,00 854 254 000,00 2 254 254 000,00 26 279 322 000,00
LAFARGE CIMENTS 18 367 888 207,89 194 320 553,49 49 433 537,68 1 125 670 533,11 5 446 889 590,18
LESIEUR CRISTAL 2 152 472 435,02 252 189 162,78 103 221 826,15 103 221 826,15 2 314 764 025,07
LGMC ( LES GRANDES
MARQUES ET CONSERVERIES
CHERIFIENNES REUNIES ) 336 862 164,59 12 000 000,00 23 091 352,79 23 091 352,79 267 875 699,50
LYDEC 3 413 837 751,00 1 256 608 525,23 437 515 066,46 437 515 066,46 10 956 893 045,90
M2M Group introduite en juillet 2007 16 255,22 259 800,59 40 459 800,59 99 589 472,98
MAG.OXYGENE 180 874 573,29 135 971 313,81 3 967 274,24 4 117 274,24 351 979 772,74
MANAGEM 3 168 376 094,68 360 338 821,30 882 323,13 1 338 423,16 1 975 030 419,65
MATEL introduite en fevrier 07 134 021 624,86 15 396 418,58 17 021 587,34 472 881 991,37
MEDIACO MAROC 103 144 375,00 65 808 824,33 9 525 418,24 9 525 418,24 239 511 363,05
MICRODATA introduite en decembre2007 0,00 8 179 328,82 8 179 328,82 91 476 341,55
MINIERE TOUISSIT introduite en juin 2008 NON DISPONIBLE
NEXANS MAROC 561 759 387,76 422 843 000,47 8 657 671,88 8 657 671,88 1 318 021 800,25
ONA 22 882 752 401,81 3 877 600 000,00 3 967 311,47 72 076 042,20 15 529 853 048,53
PAPELERA DE TETUAN 191 005 902,36 279 160 739,66 21 717 744,25 21 823 284,93 423 773 482,23
PROMOPHARM (SOCIETE DE
PROMOTION
PHARMACEUTIQUE DU introduite en Juin 2007 16 716 655,30 38 404 476,00 57 310 470,10 395 885 037,20
REBAB 81 581 639,34 0,00 224 490,95 20 039 945,64 42 338 953,11
SAMIR 10 397 392 031,02 4 890 000 469,17 55 129 701,28 55 129 701,28 13 224 782 585,18
SCE ( SOCIETE CHERIFIENNE
D'ENGRAIS ET DE PRODUITS 216 302 319,34 854 789,41 18 428 793,64 21 779 927,04 298 453 833,18
SMI (SOCIETE
METALLURGIQUE D'IMITER) 1 484 663 994,46 9 738 606,22 4 455 601,36 4 455 601,36 1 075 445 078,20
SNEP introduite en Novembre 07 337 706 800,34 61 808 576,52 61 808 576,52 1 090 334 123,05
SNI 13 837 353 012,05 1 604 331 299,63 619 326,60 1 441 486,60 9 598 078 933,28
SONASID 6 948 359 036,14 226 150 913,74 277 690 342,07 322 605 798,07 4 897 796 454,34
SOTHEMA ( SOCIETE DE
THERAPEUTIQUE MAROCAINE
) 960 797 686,75 176 217 566,66 136 378,38 136 378,38 549 583 845,55
SRM ( SOCIETE DE
REALISATIONS MECANIQUES
)
144 137 142,86 33 379 522,19 57 155 557,07 57 155 557,07 226 146 020,64
STOKVIS introduite en decembre 2007 174 707 115,18 9 634 670,64 9 634 670,64 423 770 465,91
TIMAR introduite en Juillet 2007 16 949 189,75 5 940 324,36 5 940 324,36 61 709 742,72
UNIMER 493 577 510,04 89 589 702,04 1 236 987,52 1 236 987,52 322 671 680,74
ZELLIDJA 350 188 805,32 0,00 1 416 338,73 309 660 689,91 461 272 463,90
AGREGATS FINANCIERS ANNEE 2007

CAPITALISATION
SOCIETE COTEE BOURSIERE DETTES TRESORERIE TRESOR+TVP ACTIF TOTAL
MOYENNE

ADDOHA 40 485 155 378,49 4 236 607 266,71 420 588 109,46 1 621 915 233,01 10 460 531 704,36

AFRIQUIA GAZ 4 178 575 697,21 680 429 777,24 443 706 151,76 702 547 958,94 4 547 824 088,35

ALLIANCES Introduite en 2008 52 435 555,46 4 916 938,25 6 783 695,87 680 714 458,05

ALUMINIUM 508 062 504,31 265 490 870,99 87 555 067,99 87 555 067,99 679 768 615,83

AUTO NEJMA 2 400 080 660,08 144 046 555,03 18 248 789,57 18 248 789,57 906 928 734,95

AUTOHALL 4 408 301 354,58 1 329 211,80 196 964 456,65 413 986 069,34 1 467 689 735,02

BALIMA 245 134 138,65 7 159 779,23 4 949 329,58 4 949 329,58 67 961 094,84

BERLIET MAROC 454 705 428,29 18 966 060,15 71 148 912,40 71 148 912,40 657 066 805,29

CARTIER SAADA 108 255 314,90 28 068 777,85 137 221,18 137 221,18 99 329 839,43

CENT.LAIT. 6 484 863 107,57 160 281 478,99 146 440 636,63 416 441 469,63 2 106 254 861,79

CGI 43 650 871 422,68 29 597 000,00 285 176 000,00 1 289 850 000,00 5 055 947 000,00

CIMENT MAROC 20 017 992 646,29 113 300 276,02 22 669 790,29 720 368 288,11 4 471 165 626,25

COLORADO 881 666 533,86 47 225 427,63 30 946 579,88 48 830 796,58 359 250 201,35

COSUMAR 4 031 279 213,00 500 654 895,58 39 511 677,71 39 511 677,71 4 724 826 517,65

CTM 419 736 280,60 42 057 790,03 9 298 327,64 24 331 487,24 450 626 222,77

DARI 161 836 698,01 2 388 009,08 11 236 043,72 17 235 954,82 120 174 383,74

DELATTRE LEVIVIER introduite en avril 2008 146 276 162,27 42 701 118,95 42 701 118,95 797 687 097,12

DELTA HOLDING introduite en mai 2008 2 400 487,58 719 160,92 1 902 285,92 654 492 378,18

DISTRISOFT 275 605 541,20 62 463 340,97 15 224 179,66 17 360 390,97 271 516 316,38

FENIE BROSSETTE 912 894 889,40 0,00 9 189 106,45 69 189 106,45 467 611 936,15

FERTIMA 421 881 852,60 181 484 321,46 59 491 159,22 59 491 159,22 519 991 423,97

HOLCIM (Maroc) 11 925 554 621,51 1 514 225 743,80 759 678,30 759 678,30 3 916 824 419,20

HPS 1 075 734 462,15 28 943 389,84 18 248 515,80 18 248 515,80 187 109 943,66

IB MAROC.COM 146 316 617,81 26 828 193,49 6 517 956,91 6 517 956,91 210 141 666,57

INVOLYS 136 949 126,49 823,17 15 712 578,81 19 095 230,82 93 360 924,57

ITISSALAT AL-MAGHRIB 121 299 221 127,98 770 925 000,00 120 530 000,00 2 930 851 000,00 29 437 589 000,00

LAFARGE CIMENTS 27 538 061 323,73 187 919 959,53 59 798 818,37 1 283 329 173,51 5 857 570 432,15

LESIEUR CRISTAL 2 314 474 723,88 428 930 283,92 118 434 704,65 118 434 704,65 2 747 105 468,34
LGMC ( LES GRANDES
MARQUES ET CONSERVERIES
CHERIFIENNES REUNIES ) 601 664 242,20 12 000 000,00 32 667 348,99 32 667 348,99 307 316 849,84

LYDEC 3 115 988 844,62 1 569 800 572,66 834 132 334,77 834 132 334,77 11 606 404 928,68

M2M Group 729 544 363,43 25 122,59 977 404,50 14 477 404,50 85 109 848,79

MAG.OXYGENE 211 126 020,92 124 345 124,90 330 864,07 480 864,07 341 534 517,90

MANAGEM 4 435 908 781,75 351 471 384,10 988 139,97 1 444 239,97 2 034 677 781,16

MATEL 566 718 031,68 142 231 474,89 19 479 095,29 21 104 264,05 549 075 153,93

MEDIACO MAROC 187 016 137,95 203 219 661,14 7 984 898,77 7 984 898,77 416 129 156,82

MICRODATA 443 520 000,00 0,00 30 800 506,51 30 800 506,51 122 413 855,77

MINIERE TOUISSIT introduite en juin 2008 18 660 155,14 20 866 914,03 189 773 944,75 420 720 344,50

NEXANS MAROC 887726004,5 356 426 481,40 5 975 542,21 5 975 542,21 1 309 448 060,38

ONA 28641548718 4 095 929 245,64 7 494 529,27 772 565 434,00 19 238 166 081,86

PAPELERA DE TETUAN 187899038,2 274 098 593,90 46 210 244,04 46 315 784,72 395 968 355,77
PROMOPHARM (SOCIETE DE
PROMOTION 864338235,3 0,00 117 183 060,19 117 197 186,86 422 517 734,92

REBAB 78029546,21 82,22 205 406,11 55 093 821,26 68 634 817,01

SAMIR 10713206768 9 735 557 520,49 8 168 795,07 8 168 795,07 18 525 993 137,64
SCE ( SOCIETE CHERIFIENNE
D'ENGRAIS ET DE PRODUITS 209483152,2 563 166,11 13 395 017,33 26 293 706,83 323 435 858,38
SMI (SOCIETE
METALLURGIQUE D'IMITER) 1226581726 7 422 165,79 5 733 434,68 5 733 434,68 934 224 450,61

SNEP 3374589474 274 442 815,48 66 925 364,29 66 925 364,29 1 141 339 428,64

SNI 18345829084 2 403 968 361,19 628 555,08 1 503 315,08 11 197 651 833,24

SONASID 11794112749 135 251 965,50 76 636 112,22 76 636 112,22 5 096 851 308,16
SOTHEMA ( SOCIETE DE
THERAPEUTIQUE MAROCAINE ) 1371763128 1 128 969 073,04 4 392 188,93 4 392 188,93 715 410 171,80
SRM ( SOCIETE DE
REALISATIONS MECANIQUES
)
224036143,4 116 612 452,73 22 010 395,81 22 010 395,81 300 632 020,94

STOKVIS 712072416 248 891 253,60 113 899 740,36 113 899 740,36 718 315 806,49

TIMAR 81616138,16 6 230 412,45 13 571 640,16 13 571 640,16 66 275 049,85

UNIMER 449775099,6 86 324 786,06 5 923 081,18 5 923 081,18 349 057 977,12
ZELLIDJA 695351959,9 1 028 107,50 699 752,37 234 225 327,02 442 419 268,25
AGREGATS FINANCIERS ANNEE 2008

CAPITALISATION
SOCIETE COTEE BOURSIERE DETTES TRESORERIE TRESOR+TVP ACTIF TOTAL
MOYENNE

ADDOHA 53 292 371 326,53 6 077 740 365,36 58 032 446,66 720 357 405,83 14 358 527 520,88

AFRIQUIA GAZ 4 986 493 622,45 692 977 170,86 384 776 567,82 514 297 189,82 4 348 814 506,83

ALLIANCES 10 496 805 504,59 159 311 896,87 4 404 934,07 536 434 736,90 2 833 072 752,26

ALUMINIUM 409 499 393,73 215 808 263,43 96 190 916,13 96 190 916,13 663 760 906,65

AUTO NEJMA 2 733 082 456,16 312 263 163,34 17 936 049,98 17 936 049,98 977 415 287,60

AUTOHALL 9 332 598 210,27 234 122 311,53 48 089 652,67 48 330 772,67 1 942 569 499,85

BALIMA 356 916 362,45 3 983 155,88 6 838 923,14 6 838 923,14 69 189 504,47

BERLIET MAROC 459 926 020,41 14 455 130,53 9 412 347,37 21 747 914,94 602 572 233,19

CARTIER SAADA 89 199 103,64 18 951 373,99 416 323,70 416 323,70 97 021 169,16

CENT.LAIT. 6 473 616 244,90 162 469 961,59 117 091 139,16 118 275 547,79 2 367 015 943,59

CGI 41 376 149 975,51 469 405 000,00 193 890 000,00 1 184 983 000,00 6 601 567 000,00

CIMENT MAROC 15247955572 287 243 298,82 43 990 986,03 314 984 451,23 5 034 809 575,67

COLORADO 658 653 061,22 38 180 859,01 32 115 466,61 81 728 032,65 433 490 082,27

COSUMAR 4 515 940 896,10 477 452 760,65 21 768 157,34 21 768 157,34 4 540 522 896,65

CTM 375 219 323,89 26 013 790,04 11 306 385,44 23 941 024,56 450 380 354,58

DARI 154 053 082,86 137 265,65 10 186 791,07 29 994 368,07 148 400 338,48

DELATTRE LEVIVIER 413 537 878,79 69 290 215,09 206 640,25 206 640,25 1 042 539 284,52

DELTA HOLDING 4 179 231 038,96 5 516 500,76 124 149,83 1 088 414,83 862 316 379,04

DISTRISOFT 280 159 460,09 119 671 893,80 10 819 168,43 22 639 958,36 321 162 924,17

FENIE BROSSETTE 716 830 173,27 16 524 802,85 563 608,97 563 608,97 557 649 562,00

FERTIMA 375 812 489,80 614 472 517,61 460 342,98 460 342,98 931 859 210,70

HOLCIM (Maroc) 10 221 192 653,06 2 077 460 180,59 5 212 395,61 160 212 403,15 4 519 038 316,78

HPS 677 530 816,33 54 417 666,37 22 789 705,54 22 789 705,54 230 174 889,19

IB MAROC.COM 149 538 117,52 30 536 544,54 5 418 408,82 10 947 240,82 228 918 195,48

INVOLYS 86 198 031,21 823,17 5 113 466,95 5 429 531,95 89 866 336,56

ITISSALAT AL-MAGHRIB 160 834 080 597,25 1 070 301 000,00 161 153 000,00 2 004 729 000,00 30 965 467 000,00

LAFARGE CIMENTS 35 638 060 057,53 183 560 664,74 58 977 702,11 208 363 009,09 5 964 895 316,45

LESIEUR CRISTAL 2 214 727 556,42 471 944 945,93 149 244 266,08 149 244 266,08 2 895 068 832,80
LGMC ( LES GRANDES MARQUES
ET CONSERVERIES CHERIFIENNES
REUNIES ) 766 627 736,79 29 977 480,87 10 823 197,76 10 823 197,76 294 331 415,49

LYDEC 2 164 323 265,31 1 402 341 765,96 624 544 485,95 665 840 019,00 11 887 711 445,34

M2M Group 520 585 325,05 425,62 2 603 507,67 8 603 507,67 110 437 064,21

MAG.OXYGENE 174 566 619,90 139 816 586,05 2 175 881,46 9 204 731,46 361 887 716,04

MANAGEM 3 820 527 544,08 691 848 753,32 6 461 961,88 6 499 161,88 2 316 145 831,24

MATEL 379 277 561,03 258 368 402,36 23 724 488,39 25 349 657,15 693 160 499,31

MEDIACO MAROC 161 325 312,50 333 353 702,98 7 644 062,50 7 644 062,50 494 331 621,96

MICRODATA 233 383 800,00 0,00 10 987 770,68 10 987 770,68 168 840 720,36

MINIERE TOUISSIT 1128737893 10 366 752,86 13 002 162,84 98 002 162,84 346 000 594,67

NEXANS MAROC 786 622 066,68 302 319 917,59 16 984 244,99 41 902 057,31 1 223 718 883,09

ONA 29 284 243 548,78 5 647 179 595,83 1 594 712,57 957 570 393,16 20 973 091 395,97

PAPELERA DE TETUAN 188 460 760,88 428 828 319,12 9 013 807,13 9 119 347,81 838 668 641,34

PROMOPHARM (SOCIETE DE
PROMOTION PHARMACEUTIQUE
DU MAGHREB ) 692 285 714,29 0,00 109 550 765,85 109 564 892,52 440 683 538,25

REBAB 74 563 319,38 0,00 363 883,60 40 401 304,88 48 314 260,29

SAMIR 8 764 273 267,71 9 180 184 770,74 62 417 201,15 62 417 201,15 20 364 561 883,91
SCE ( SOCIETE CHERIFIENNE
D'ENGRAIS ET DE PRODUITS
CHIMIQUES ) 204 247 590,03 29 897 957,80 12 297 791,80 12 347 791,80 377 279 654,10

SMI (SOCIETE METALLURGIQUE


D'IMITER) 965 836 032,06 26 278 672,39 2 579 320,83 2 579 320,83 902 679 698,72

SNEP 2 597 730 612,24 567 716 982,94 58 162 694,81 94 217 687,81 1 330 236 099,74

SNI 20 054 531 836,73 4 770 373 090,32 842 630,41 2 041 900,41 13 905 112 546,60

SONASID 13 910 122 040,82 787 809 997,43 44 880 980,91 44 880 980,91 4 665 132 134,46
SOTHEMA ( SOCIETE DE
THERAPEUTIQUE MAROCAINE ) 1 109 936 326,53 189 292 332,54 4 400 934,23 4 400 934,23 745 867 910,82
SRM ( SOCIETE DE
REALISATIONS MECANIQUES )
205 608 946,94 107 593 602,82 531 686,26 531 686,26 366 292 504,15

STOKVIS 678 533 763,17 328 613 497,74 18 652 229,30 20 661 020,18 1 159 702 366,13

TIMAR 72 470 675,51 10 015 058,14 2 678 118,06 3 076 414,06 82 512 964,12

UNIMER 470 339 795,92 116 125 580,52 1 478 340,90 1 478 340,90 389 781 982,42
ZELLIDJA 963 660 616,76 1 986,14 5 316 605,17 233 413 057,36 358 462 113,16

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