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INTRODUCTION

Zadig est un conte oriental de 1748 sur la recherche du bonheur. La difficulté - et Voltaire


nous le signifie dans un sourire - vient de ce que le bonheur ne dépend pas de nous seuls.
Zadig, le héros, vertueux comme personne, sera ainsi amené à travers des épreuves. Mais, si
l'auteur retrace la destinée chaotique d'un personnage qui n'a pas ce qu'il mérite, la fin
paraît heureuse cependant, comme dans tous les contes, et nous soulage... à moins que
Voltaire ne se joue encore de nous.

Zadig ou la Destinée est un conte philosophique de Voltaire qui a été inspiré des Mille et Une
Nuits. Ainsi, Voltaire propose un récit fictif, court et plaisant qui emprunte des traits aux
contes traditionnels (thèmes traditionnels, stylisation des personnages) tout en y joignant les
problématiques sérieuses de la philosophie, ainsi qu'une critique sociale et politique.
Rappelons que Voltaire répugne à toute pesanteur philosophique ainsi qu'à l'exhibition de
ses opinions. Pour lui, le conte n'est pas seulement une mode à suivre, mais un art d'installer
une distance et une manière de refuser de se prendre au sérieux.

I. PRESENTATION DE L’AUTEUR
1. BIOGRAPHIE

Voltaire naît à Paris en 1694 sous le nom de François-Marie Arouet. Fils d’un notaire, il
entame son éducation chez les jésuites de Louis-le-Grand. Étudiant la philosophie et la
rhétorique, il y développe son sens de la répartie et se passionne pour la littérature antique
et le théâtre. Brillant élève, le jeune François-Marie impressionne ses professeurs par sa
facilité à composer des vers et voit sa toute première œuvre publiée, Ode à sainte
Geneviève. Décidant à 17 ans de vivre de sa plume, il commence à fréquenter la société du
Temple, où il rencontre divers poètes et membres de la haute société parisienne. Son sens
de la conversation et son esprit vif le rendent populaire dans les salons et châteaux, mais ses
opinions virulentes lui portent préjudice. En 1717, accusé d’avoir écrit des pamphlets contre
le Régent, il est envoyé à la Bastille, où il purge une peine d’emprisonnement de 11 mois.
C’est lors de cette longue incarcération que le jeune homme décide de prendre le
pseudonyme de Voltaire et qu’il écrit sa toute première pièce de théâtre. Créée à sa
libération, Œdipe marque le début de son succès littéraire. Un peu moins de 10 ans
s’écoulent avant que Voltaire ne retourne à la Bastille suite à une altercation avec le
chevalier de Rohan. Il est toutefois libéré deux semaines plus tard, à condition de s’exiler en
Angleterre.

En 1758, il achète le château de Ferney et entame la période la plus active de sa carrière.


Grâce à sa fortune accumulée, il transforme le petit village en ville prospère et accueille de
nombreux visiteurs venus de toute l’Europe pour discuter avec lui. C’est aussi à cette époque
qu’il devient un ardent défenseur de la liberté individuelle. Il prend position dans plusieurs
affaires notables, dont celles de Calas et de la Barre, deux hommes exécutés à tort à cause
du fanatisme catholique. Souhaitant revoir une dernière fois Paris, Voltaire peut enfin
retourner dans la capitale pour assister à la création de sa pièce Irène à la Comédie-
Française en 1778. Devenu incroyablement populaire grâce à ses nombreux combats pour la
justice, le vieil auteur de 83 ans est encensé par le peuple. Fort affaibli par la maladie, il
meurt à Paris quelques mois plus tard, le 30 mai 1778.

2. BIBLIOGRAPHIE

Le talent d’écriture de Voltaire et sa vie incroyablement longue pour l’époque en font l’un
des auteurs les plus prolifiques du XVIIIe siècle. Si on le connaît principalement aujourd’hui
pour ses contes, dont Zadig ou la Destinée (1748) et Candide ou l’Optimisme (1759), ainsi
que pour ses écrits philosophiques, tels que le Dictionnaire philosophique (1764), Voltaire
est aussi l’auteur de plus de 25 000 vers, dont l’épopée la plus célèbre est La
Henriade (1723), d’une correspondance gigantesque avec de grandes personnalités de son
temps, que l’on estime à 23 000 lettres, et d’une cinquantaine d’œuvres de théâtre. Voltaire
est d’ailleurs considéré comme le plus grand auteur dramatique de son siècle. Il a aussi
collaboré à la fameuse Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751-1772). Peu importe le
genre d’écriture, ce grand humaniste n’aura de cesse de dénoncer le pouvoir royal,
l’injustice sociale, la guerre et le fanatisme religieux à travers ses œuvres, certaines ayant été
écrites sous anonymat pour éviter la censure.

Les dernières œuvres de Voltaire

 Très humbles et très respectueuses remontrances du grenier à sel (1771)


 Vers au chevalier de Rivarol (1774)
 Mémorandum sur Gex (1776)

II. PRESENTATION DE L’OEUVRE

1. RESUME

Voltaire retrace les mésaventures d’un jeune homme, nommé Zadig 5, qui fait l’expérience du
monde dans un Orient de fantaisie.
Tour à tour favorable ou cruelle, toujours changeante, la fortune du héros passe par des
hauts et des bas qui rythment le texte : tantôt victime d'injustices, tantôt accusé à tort, Zadig
échappe plusieurs fois à des amendes ou à la prison. Quand il devient Premier ministre du
roi de Babylone, celui-ci l'apprécie fort, car Zadig mène une politique équitable, et ses
décisions ou jugements ne prennent pas en compte la richesse de ses administrés.
Malheureusement pour lui, l’amour compromettant qu’il porte à la reine Astarté est
découvert par la Cour. Zadig, craignant que le roi n'assassine la reine par vengeance, se
résout à fuir le royaume de Babylone.
Durant son voyage à travers le monde, Zadig rencontre de nombreux personnages hauts en
couleur, se trouve parfois en proie au désespoir ou à la souffrance, doit faire face à l’injustice
et à la superstition, ainsi qu’à tous les dangers d'une telle errance, mais ne perd pas l'espoir
de retrouver un jour Astarté. Il revient finalement à Babylone, défie le roi et, vainqueur,
prend sa place.
C'est du chapitre VI qu'est extraite la célèbre citation « il vaut mieux hasarder de sauver un
coupable que de condamner un innocent »
2. PERSONNAGES
 Zadig : philosophe de Babylone, personnage principal de l’histoire ;
 Astarté : reine de Babylone, dernier amour de Zadig ;
 Moabdar : le roi de Babylone ;
 Sétoc : maître de Zadig esclave, en hébreu « tais-toi » ;
 Cador : ami fidèle et confident de Zadig ;
 Sémire : premier amour de Zadig ; le trahit en épousant Orcan ;
 Hermès : grand médecin provenant de Memphis ;
 Orcan : rival de Zadig, qui lui vole sa première femme ;
 Azora : deuxième amour de Zadig ;
 Almona : veuve, en hébreu Almana « veuve » ;
 Arbogad : riche brigand ;
 Arimaze: surnommé « l'envieux », il veut nuire à Zadig
 Ogul : le maitre d'Astarté quand celle-ci fut esclave
 Missouf : elle sera la seconde épouse de Moabdar. Elle deviendra ensuite esclave du
prince d'Hyrcanie auprès d'Astarté ;
 L'Ermite : Il prétend se nommer Jesrad, mais il est en réalité un ange qui guidera
Zadig vers le bonheur.
III. THEMES

L'argument qui tue : « De manière détournée, Voltaire s'attaque aux problèmes de société
de son époque »
Plutôt que de dénoncer les injustices de manière directe (et aussi pour essayer d'éviter la
censure), Voltaire utilise le rire et l'émotion qui sont des instruments critiques beaucoup plus
efficaces que n'importe quel exposé didactique. Le détour permet au lecteur de s'identifier
au héros positif (Zadig) et de prendre conscience, avec lui, des abus de la société
contemporaine véhiculés par les personnages négatifs.
Les grands thèmes :
La justice (et l'injustice) : c'est un thème essentiel défendu par les Lumières. Dans Zadig,
Voltaire montre son idéal de justice. Lorsque Zadig devient ministre du roi, ses jugements ne
sont non pas arbitraires, ils résultent d'un jugement, de la raison. C'est tout l'idéal de justice
véhiculé par les Lumières.
La satire des mœurs et des institutions : Voltaire s'attaque au fanatisme religieux et à
l'intolérance. Il dresse un véritable réquisitoire contre l'Eglise qui détourne les valeurs de la
religion au profit des intérêts personnels. Sa dénonciation est claire dans le chapitre XIII, «
Les rendez-vous », dans lequel les prêtres décident de condamner Zadig à mort pour avoir
fait abolir une tradition cruelle. Voltaire parsème aussi le conte de notes satiriques contre la
cour, les financiers, les hommes d'église, bref tous ceux qui détiennent le pouvoir. Pour lui,
une réforme du système politique est nécessaire.
Le voyage initiatique : chaque chapitre apparaît comme une épreuve que le héros doit subir
pour devenir un adulte et un homme vraiment libre. On retrouve l'un des motifs les plus
courants du roman de formation, le motif du voyage. Car c'est en quittant son pays natal que
le héros du roman de formation accède peu à peu à la sagesse, grâce au contact avec
l'altérité.
CONCLUSION

Les aventures de Zadig sont racontées sur un ton faussement désinvolte qui contraste avec
le sérieux et la gravité des thèmes abordés. La question de la croyance religieuse par
exemple est évoquée dans la discussion du chapitre « Le souper », ou chacun essaie
d'imposer ses croyances, toutes plus saugrenues les unes que les autres à son voisin. Seul le
narrateur n'essaie pas d'imposer sa parole et garde le silence. C'est derrière ce silence que
l'ironie de Voltaire et son idéal de tolérance se cachent. Le silence de Zadig en dit long sur les
intentions de l'auteur qui est un pourfendeur du fanatisme et des partis pris.

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