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Bernard Dantier

(docteur en sociologie de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales)

(7 décembre 2007)

Textes de méthodologie en sciences sociales


choisis et présentés par Bernard Dantier

“Psychosociologie des rapports techniques et affectifs


dans les groupes de travail : Robert Bales,
Rôles centrés sur la tâche et rôles sociaux… ”
Extrait de : Robert F. Bales, Rôles centrés sur la tâche et rôles sociaux
dans des groupes ayant des problèmes à résoudre, in Lévy, André,
Psychologie sociale, Paris, Dunod, 1972, pp. 263-277.

Un document produit en version numérique par M. Bernard Dantier, bénévole,


Docteur en sociologie de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales
Courriel: bernard.dantier@orange.fr

Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"


dirigée et fondée par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
Site web: http://classiques.uqac.ca/

Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque


Paul-Émile-Boulet de l’Université du Québec à Chicoutimi
Site web: Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 2

Un document produit en version numérique par M. Bernard Dantier, bénévole,


Docteur en sociologie de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales
Courriel: bernard.dantier@orange.fr

Textes de méthodologie en sciences sociales choisis et présentés par Bernard


Dantier:

“ Psychosociologie des rapports techniques et affectifs


dans les groupes de travail : Robert Bales, Rôles centrés
sur la tâche et rôles sociaux…”

Extrait de:

Robert F. Bales, Rôles centrés sur la tâche et rôles sociaux dans des
groupes ayant des problèmes à résoudre, in Lévy, André, Psychologie
sociale, Paris, Dunod, 1972, pp. 263-277.

UTILISATION À DES FINS NON COMMERCIALES


SEULEMENT.

Polices de caractères utilisée:

Pour le texte: Times New Roman, 14 points.


Pour les notes de bas de page: Times New Roman, 12 points.
Citation: Times New Roman, 12 points.

Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft


Word 2004.

Mise en page sur papier format: LETTRE (US letter, 8.5’’ x 11’’)

Édition complétée à Chicoutimi, Ville de Saguenay, Québec, le 11


décembre 2007.
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 3

“ Textes de méthodologie en sciences sociales


choisis et présentés par Bernard Dantier:

“ Psychosociologie des rapports


techniques et affectifs dans les groupes
de travail : Robert Bales, Rôles centrés
sur la tâche et rôles sociaux…”
Extrait de:

Robert F. Bales, Rôles centrés sur la tâche et rôles sociaux dans des
groupes ayant des problèmes à résoudre, in Lévy, André, Psychologie
sociale, Paris, Dunod, 1972, pp. 263-277.

Par Bernard Dantier, sociologue


(6 décembre 2007)
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 4

Psychosociologie des rapports techniques et affectifs


dans les groupes de travail : Robert Bales,
Rôles centrés sur la tâche et rôles sociaux…

Cette étude du psychosociologue américain Robert Bales remet


en question le présupposé stipulant que dans les groupes constitués
pour accomplir une tâche, notamment résoudre un problème, les
rapports s’organiseraient selon une logique pratique basée sur
l’échange et le traitement des informations techniques pertinentes.
Au terme de multiples expériences de laboratoire, les rapports
socio-affectifs se manifestent ici aussi importants que les rapports
purement techniques. Les groupes satisfont ainsi leur
incontournable besoin en relations sentimentales, besoin que traite
systématiquement (avec plus ou moins d’opportunisme) un
« leader » spécialiste du « socio-affectif », leader qui complète et
concurrence le leader qui possède les compétences d’ingénierie.

De la sorte on s’aperçoit que le succès social et la « popularité »


ne s’acquièrent pas par le simple mérite, et bien au contraire
tendent à décroitre avec celui-ci qui produit des frustrations
relationnelles de toute espèce. Les pouvoirs techniques et les
pouvoirs socio-affectifs ne paraissent pas conciliables dans une
même personne non assez polyvalente pour cela et sont répartis
entre plusieurs dans une certaine division du travail et une certaine
lutte des pouvoirs.

Le chercheur en sciences sociales tirera plusieurs profits de


cette étude.

Les interviews de groupes, en effet, « risquent » de se dérouler


à cet exemple et le sociologue ou ethnologue s’expose à recevoir
des informations très biaisées s’il ne sait pas reconnaître, traiter ou
corriger les processus socio-affectifs et les luttes de pouvoir qui
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 5

interfèrent chez les enquêtés avec leur travail de production et de


communication de l’information souhaitée.

Le chercheur s’intéressera aussi à la méthode d’observation des


interactions dans un groupe que Bales construit et met en œuvre (il
s’agit d’une « grille » à douze entrées, servant à quantifier les
manifestations de chaque participant à l’égard des autres,
manifestations typées en catégories d’actions soit centrées (les
unes passivement les autres activement) sur le traitement direct du
problème, soit orientées (les unes positivement les autres
négativement) vers l’évolution de l’état affectif.

Enfin le chercheur en sciences sociales s’interrogera sur le


protocole d’expérimentation en psychologie sociale qui est ici
appliqué, protocole exemplaire à cet égard. On pourra, là encore,
dans un certain scepticisme ou un certain pessimisme, se demander
si les résultats de l’étude de Bales ne seraient pas en partie des
artefacts des conditions très artificielles de l’expérimentation qui
consiste à construire de toutes pièces des groupes au coup par coup
(avec rémunération à la clef) en leur attribuant dans des lieux
exogènes des tâches qui ne sont décidées que par
l’expérimentateur. Mais cette critique peut être atténuée en
constatant que même ailleurs les groupes de travail devant
accomplir une tâche ou résoudre un problème ne sont pas plus
naturels ou spontanés.

Bernard Dantier, sociologue


6 décembre 2007
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 6

Robert F. Bales:

extrait de

Robert F. Bales, Rôles centrés sur la tâche et rôles sociaux


dans des groupes ayant des problèmes à résoudre, in Lévy, André,
Psychologie sociale, Paris, Dunod, 1972, pp. 263-277

Pendant les dix dernières années, des laboratoires ayant pour


but l'étude de l'interaction sociale à l'intérieur de petits groupes et
d'organisations furent constitués dans des centres de recherche
universitaire, des hôpitaux, des cliniques et des administrations
militaires. Les études et les expériences que je vais décrire ont été
élaborées dans un de ces laboratoires, établi en 1947 à l'Université
de Harvard.

Le laboratoire se compose d'une grande pièce bien éclairée,


destinée au groupe étudié, et d'une pièce attenante d'où les
observateurs peuvent entendre et surveiller les sujets à travers des
miroirs sans tain. On commence l'expérience en expliquant aux
sujets que la pièce a été conçue spécialement pour étudier les
discussions de groupe, qu'il sera fait un enregistrement intégral des
propos échangés et que des observateurs se trouvent derrière les
miroirs sans tain. La séparation n'a pas pour but de tromper les
sujets, mais de réduire au minimum l'interaction entre eux et les
observateurs.

Suite à des expériences pendant plusieurs années, nous sommes


arrivés à définir un type de groupe et de tâche, plus ou moins
standardisés, qui constituent la base d'un bon nombre d'études. Les
données dont je vais rendre compte proviennent de plusieurs
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 7

études qui se sont toutes déroulées dans les mêmes conditions


expérimentales de sorte qu'une description de la plus récente de ces
recherches va nous servir en substance pour toutes les autres.

PROCÉDURES

L'échantillon qui nous fournit les données pour la plus récente


de ces recherches, était constitué de trente groupes expérimentaux,
de cinq hommes chacun. Les sujets, cent cinquante étudiants de
première année de l'Université de Harvard, furent recrutés par une
lettre, envoyée à un échantillon d'étudiants pris au hasard, dans
laquelle l'on précisait brièvement que l'expérience concernait la
résolution de problèmes et la prise de décisions à l'intérieur d'un
groupe. On offrit un dollar par heure aux volontaires. Les groupes
furent constitués au hasard. En règle générale, les membres d'un
même groupe ne se connaissaient pas et ne furent pas présentés les
uns aux autres. Ils se trouvèrent donc confrontés à un problème
d'organisation de groupe en même temps qu'au problème plus
spécifique qui leur était soumis. Ce problème, intitulé tâche
standard, impliquait la discussion d'un cas de relations humaines:
cinq pages présentant les données d'un problème auquel se trouve
confronté un administrateur dans son organisation. On donna à
l'avance une copie identique du cas à chacun des sujets, afin qu'ils
la lisent et on leur dit que bien que les renseignements dont chacun
d'entre eux disposait fussent exacts, on les laissait exprès dans le
doute sur le fait de savoir s'ils étaient tous en présence de la même
série de données. Les comptes rendus furent repris après avoir été
lus individuellement par chacun des membres du groupe afin de
prévenir une comparaison directe des copies, les sujets étant
néanmoins autorisés à prendre des notes. Chaque groupe avait pour
tâche de centraliser l'information, de discuter des raisons du
comportement des personnes impliquées dans le cas et de décider
quelle action pourrait être recommandée pour apporter une solution
au problème présenté.

On demanda à chaque groupe de limiter leurs discussions à 40


minutes, et de dicter au magnétophone la solution trouvée en
commun dans les deux minutes précédant la fin de la séance.
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 8

Pendant que les sujets commençaient à s'organiser et à chercher


une solution au cas exposé, les observateurs se mirent au travail
dans la pièce avoisinante. Ils enregistrèrent systématiquement
chaque unité d'interaction, y compris les signes d'approbation et les
froncements de sourcils. Chaque observateur disposait d'un
appareil pourvu d'un ruban de papier se déroulant régulièrement,
sur lequel il inscrivait en code la description de chaque message,
un message correspondant à une seule phrase, question ou geste.
Les messages se produisirent approximativement à une fréquence
de 15 à 20 par minute. L'information enregistrée pour chaque
message comprenait l'identification de l'émetteur et du récepteur, et
une classification du message selon des catégories déterminées à
l'avance. Ces catégories comprenaient les tentatives faites pour
résoudre soit les problèmes d'organisation du groupe, soit ceux
concernant la tâche, par l'émission d'informations, d'opinions ou de
suggestions.

Les questions, ainsi que différents types de réactions positives


et négatives complètent les douze catégories indiquées dans la
figure 1. Cette méthode est intitulée « analyse du processus
d'interaction ». Ces catégories d'analyse sont conçues pour toute
recherche portant sur les relations de groupe en général, et leur
usage ne se limite nullement aux conditions de laboratoire décrites
ici bien que les meilleures normes établies pour ces catégories
soient celles correspondant à la tâche standard et au type de groupe
décrits ci-dessus 2.

Comme l'indique la figure 1  , 56% des messages enregistrés


1

pendant une séance de groupe portant sur la tâche standard, entrent


dans les catégories de tentatives orientées vers la solution du
problème. Les 44 % restants sont distribués entre les réactions
positives et négatives et les questions. Autrement dit, le processus
1 Note de l’éditeur : Pour des raisons techniques d’édition, les graphiques
statistiques auxquels renvoie le texte n’ont pas été reproduits. Il faut noter
que la figure 1 est construite sur 12 catégories en ligne, soit en partant du
haut : manifestation de solidarité, manifestation de détente, manifestation
d’approbation, émission de suggestion, émission d’opinion, émission
d’information, demande d’information, demande d’opinion, demande de
suggestion, manifestation de désapprobation, manifestation
d’accroissement de tension, manifestation d’agressivité.
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 9

tend à avoir deux aspects, les réactions constituant un feedback


plus ou moins constant sur l'admissibilité des tentatives de
résolution du problème. L'exemple suivant illustre le modèle
d'interaction:

Membre 1: Je me demande si nous disposons tous des mêmes


faits concernant le problème? (Demande une opinion.) Peut-être
devrions-nous consacrer quelque temps au début pour nous en
rendre compte. (Émet une suggestion.)

Membre 2: Oui. (Approuve.) Nous pourrions peut-être


compléter certaines lacunes de notre information. (Émet une
opinion.) Que chacun de nous dise à tour de rôle ce que contenait
son rapport. (Émet une suggestion.)

Membre 3: Oh, laissons courir ! (Manifeste de l'agressivité.)


Nous disposons tous des mêmes faits. (Émet une opinion.)

Membre 2: (Rougit. Manifeste une tension.)

On peut faire d'intéressantes généralisations concernant la façon


dont les niveaux d'activité dans les différentes catégories tendent à
varier selon la dimension du groupe, les périodes de temps
comprises dans la durée de la séance, la façon dont un groupe se
développe au cours d'une série de séances, les caractéristiques de
statut préalable de chacun des membres du groupe et ainsi de suite.
Mais cet article concerne un ensemble particulier de problèmes
pour lesquels les données sur l'interaction jouent un rôle essentiel.
Il s'agit de savoir si les sujets manifestent une tendance à s'attribuer
des rôles différents au cours du processus d'interaction bien qu'il
n'y ait pas entre eux des différences préétablies de statut et, si cela
est, quels sont ces rôles et pourquoi cette tendance se manifeste. Il
existe différents points de vue possibles concernant ces problèmes.
Le rapport qui suit présente quatre points de vue distincts, ainsi que
la façon dont les recherches successives ont conduit de l'un de ces
points de vue à un autre.
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 10

L'HYPOTHÈSE D'UN ORDRE UNIDIMENSIONNEL


DES STATUTS

La conception la plus commune du groupe est peut-être celle


selon laquelle il comprend un leader suivi de plusieurs
subordonnés dont les statuts s'ordonnent du plus élevé au plus bas.
Le leader est le membre du groupe qui suscite le plus de
sympathie, c'est lui qui participe le plus activement à la vie du
groupe et il est perçu comme étant le plus habile pour toute tâche,
quelle qu'elle soit, entreprise par le groupe. On obtiendrait le même
classement par ordre des membres du groupe quel que soit le
critère choisi. L'hypothèse selon laquelle la plupart des groupes
sont structurés de la sorte, et que les déviations à cette forme
d'organisation simple peuvent être considérées comme résultant de
circonstances spéciales, constitue l'hypothèse d'un « ordre
unidimensionnel des statuts ».

Cette hypothèse est plausible et se trouve à la base de


nombreuses recherches sur le leadership. Elle est conforme à la
position idéologique qui considère qu'il est très important pour
exercer un bon leadership, que le leader soit « un grand homme » à
tous points de vue et implique que de tels hommes existent, du
moins relativement aux autres membres d'un groupe donné. Cette
hypothèse implique une différenciation des rôles, mais
essentiellement selon une seule dimension quantitative: le statut de
leadership.

Peu de temps après le début de notre étude, nous commençâmes


à interroger les membres du groupe sur leurs sympathies et
antipathies réciproques; sur leurs opinions quant à ceux parmi les
membres du groupe qui avaient les meilleures idées et
manifestaient le plus de tendance au leadership, et d'autres
questions semblables. Nous voulions connaître le rapport existant
entre ces différentes questions, d'une part, et d'autre part, entre
elles et nos propres observations portant sur l'interaction. La
question de savoir s'il existe une différenciation des rôles à
l'intérieur d'un groupe peut, en partie, être ramenée à la question de
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 11

savoir s'il existe un accord général des membres du groupe quant à


la supériorité de certains membres par rapport aux autres, pour un
critère donné et si des critères différents correspondent à des
classements différents des statuts, plutôt qu'à un classement
unique.

En commençant à examiner les données résultant de nos


premiers groupes expérimentaux, je travaillais d'après l'hypothèse
qu'il pouvait exister quelque chose comme un « groupe organisé de
façon simple », c'est-à-dire où les classements des membres selon
l'activité, la compétence dans la tâche et la sympathie
coïncideraient et qu'un tel groupe devait, d'une façon ou d'une
autre, réussir le mieux, ou être le plus satisfait.

La figure 2 indique les résultats qui suscitèrent une série de


questions très intéressantes. La quantité totale d'interactions
initiées par un individu au cours d'une séance est la base selon
laquelle il est classé par rapport aux autres en ce qui concerne
l'activité. S'il y avait une forte tendance vers un ordre
unidimensionnel des statuts, l'individu classé premier pour
l'activité devrait également réunir le plus de voix en réponse à la
question: « Quel est le membre du groupe ayant les meilleures
idées » et devrait aussi totaliser plus de choix « positifs » et le
moins de « rejets ». L'individu classé second pour l'activité devrait
en moyenne conserver sa place de second pour les autres critères et
ainsi de suite. Le classement selon chaque critère devrait être en
corrélation étroite avec les classements selon les autres critères.

Que nous suggère la figure 2? Il semble premièrement y avoir


une corrélation positive entre les classements selon l'activité et
selon les idées, bien que l'individu classé second semble être un
peu bas. Mais la différence est marquée en ce qui concerne le
classement selon les choix positifs reçus. L'individu classé premier
pour l'activité a une position nettement inférieure quant aux choix
positifs reçus à celle à laquelle on pouvait s'attendre. Les membres
classés second et troisième pour l'activité, ont en moyenne une
position supérieure à la sienne. Le premier, fait-il quelque chose
qui diminue la sympathie à son égard et provoque l’antipathie?
Observons maintenant la courbe des rejets. Les différences sont
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 12

faibles et probablement non-significatives, mais suggèrent que le


premier totalise probablement le plus de rejets. Les choix positifs
sont centrés sur le second et le troisième pour l'activité, et tous
deux semblent avoir une position inférieure à celle à laquelle on
pouvait s'attendre en ce qui concerne les idées. Peut-on en conclure
que ces deux individus s'abstiennent de trop insister sur la tâche de
peur d'être rejetés?

En poursuivant l'examen de ce problème, on découvrit que dans


les groupes ayant participé à quatre séances de travail, il se passait
quelque chose d'également intriguant. Pendant la première séance,
il y avait 50 % de chances pour qu'un individu classé premier pour
les idées ait cette même position pour le nombre de choix positifs
reçus. Mais cette probabilité tombait de façon marquée à la
seconde séance et devenait de un pour dix à la quatrième. Le
pourcentage des cas où une même personne tient la première place
pour les idées ainsi que pour les choix positifs reçus pour chacune
des séances est indiqué ci-dessous:

Séances
1 2 3 4
56,5 12,0 20,0 8,5

Est-il possible que le fait de tenir la position de plus haut statut


en raison de sa contribution technique à la résolution des
problèmes liés à la tâche du groupe soit lié à une tendance à «
perdre des amis et se faire des ennemis »? Et, dans ce cas, apparaît-
il probablement un autre individu, accordant plus d'importance aux
problèmes socio-affectifs du groupe et tendant ainsi à réunir plus
de choix positifs? L'idée que ce phénomène est assez fréquent pour
être considéré comme typique, constitue « l'hypothèse de deux
leaders complémentaires ».

L'HYPOTHÈSE DE DEUX LEADERS


COMPLÉMENTAIRES

Pourquoi, si cette hypothèse se justifie, les groupes ont-ils


tendance à avoir deux leaders complémentaires, un spécialiste de la
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 13

tâche et un spécialiste des problèmes socio-affectifs? Il serait peut-


être utile de considérer l'interaction des individus classés premiers
pour les idées, mais qui ne le sont pas en ce qui concerne les choix
positifs reçus, et vice versa. Il se peut que ces deux types
d'individus se comportent différemment, et que ce soit justement
ces différences de comportement qui nous donnent des indices
quant aux raisons qui provoquent les différences.

Le tableau I indique les profils de 44 paires d'individus 2, paires


composées à chaque séance par les individus classés premiers pour
les idées mais qui ne réunissent pas le plus de choix positifs et les
individus classés premiers quant au nombre de choix positifs reçus
mais qui ne le sont pas en ce qui concerne les idées. Ce tableau est
tiré d'un article de Slater qui note: « La différence essentielle la
plus frappante dans le tableau I est la tendance que manifeste
l'homme à idées à initier plus d'interactions dans le domaine B
tentatives de résolution du problème et l'homme le plus aimé à en
initier davantage dans le domaine A réactions positives. L'homme
à idées semble, d'autre part, manifester un peu plus de
désapprobation et d'agressivité, tandis que l'homme le plus aimé
pose plus de questions et manifeste plus de tension 3. »

Du côté des réactions reçues, la situation est complètement


inversée, l'homme à idées recevant plus d'approbation, de
questions et de réactions négatives, tandis que l'homme le plus
aimé reçoit plus de tentatives de résolution du problème, de
manifestations de solidarité et de détente. On obtient donc un
tableau général de spécialisation et complémentarité, l'homme à
idées étant centré sur la tâche et jouant un rôle plus agressif, tandis
que l'homme le plus aimé est centré sur les problèmes socio-
affectifs, distribuant des récompenses et jouant un rôle plus passif.

Le type de complémentarité qui apparaît dans le comportement


est donc celui qui intervient dans des interactions brèves au cours
2 Bien que le nombre de séances fut de 44, le nombre d'individus impliqués n'était pas 88,
chaque groupe ayant fonctionné pendant 4 séances et plusieurs individus ayant été dans la
même position plus d'une fois.
3 Il n'est pas possible de dire que toutes les différences détaillées qui sont indiquées soient
significatives, car les taux dans les différentes catégories sont interdépendants.
Cependant, Slater montre que les deux types sont eu général différents de façon
significative l'un de l'autre.
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 14

de conversations, où une tentative faite par l'un pour résoudre un


problème est suivie par l'approbation ou la désapprobation d'un
autre, où la remarque amusante ou la plaisanterie de l'un entraîne le
sourire ou le rire de l'autre. Une telle division du travail basée sur
le type de message est très habituelle et facilement reconnaissable.
Il peut y avoir ou ne pas y avoir de spécialisation incitant une
personne à continuer à produire un certain type de comportement
plus qu'un autre.

Mais considérons maintenant un fait important. On tend à


retrouver presque exactement le même type de différence dans le
profil d'interactions entre individus à forte et faible participation,
même si on laisse de côté le classement d'après les idées et les
choix positifs reçus. Les individus à forte participation tendent à se
spécialiser dans les tentatives de résolution du problème, tandis
que ceux à faible participation tendent à se spécialiser dans les
réactions positives ou négatives ou dans les questions. La
proportion de tentatives de résolution du problème croît, en outre,
lorsqu'un individu est placé au milieu d'individus à faible
participation et décroît lorsqu'il travaille avec des individus à plus
forte participation. Que nous suggèrent ces faits?

Ils semblent impliquer que les différences qualitatives dans le


type d'action attribué à une personne donnée peuvent être plus ou
moins exagérées par la tendance qu'ont les autres membres du
groupe à parler peu ou beaucoup, lui laissant ainsi le champ libre
pour prendre l'initiative des tentatives de résolution du problème,
ou ne lui laissant que l'alternative de répondre aux propositions
plus rapides où plus valables faites par d'autres.

Dans la mesure où les évaluations concernant un individu sont


basées sur la façon dont il se comporte, la façon dont les autres
l'évaluent dépend certainement de l'importance de son temps de
parole. Supposons qu'un individu ne puisse être bien noté du point
de vue des idées que s'il fait de nombreuses tentatives de résolution
du problème. Dans ce cas, pour obtenir un rang élevé pour les
idées, il devra beaucoup parler. Par contre, supposons qu'un
individu ne puisse être bien classé du point de vue de la sympathie,
qu'en récompensant les autres par des réactions positives. Il ne peut
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 15

faire cela qu'en laissant les autres faire de nombreuses tentatives de


résolution du problème, ce qui implique donc de les laisser parler
beaucoup. Il devra donc parler peu pour être bien classé du point
de vue de la sympathie qu'il inspire. Ce raisonnement paraît adapté
aux faits présentés jusqu'ici et semble de plus assez plausible si l'on
considère la façon dont s'organisent les groupes habituellement. Le
mari et la femme semblent jouer dans beaucoup de familles des
rôles complémentaires tels que nous les avons décrits. Beaucoup
d'administrateurs rencontrent dans leur expérience des cas où
l'organisation a en fait deux leaders, dont l'un est spécialiste de la
tâche, et l'autre des problèmes socio-affectifs. Le fait qu'il soit
presque impossible d'élire la personne qui techniquement
convienne le mieux pour une fonction donnée, parce qu'elle n'est
généralement pas assez populaire, est devenu une sorte de maxime
politique. Il doit certainement y avoir beaucoup de personnes en
position de leadership qui considèrent comme bienvenue une
théorie leur expliquant que leur manque de popularité n'est pas
imputable à leur personnalité, mais résulte d'une spécialisation qui
est dans l'ordre des choses.

Le problème qui se pose maintenant est qu'on puisse inférer de


cette version idéologique de la théorie, qu'il n'y a pas de différence
essentielle entre l'activité pure et les évaluations reçues quant à la
valeur des idées émises, et qu'il y a de plus une corrélation
négative entre activité et idées d'une part, et la sympathie que l'on
inspire d'autre part. Est-il exact que les leaders doivent choisir
entre l'efficacité par rapport à la tâche et la popularité?

L'HYPOTHÈSE DE TROIS FACTEURS


ORTHOGONAUX

II y a heureusement dans la littérature plusieurs études qui


portent sur cette question et les résultats obtenus par un certain
nombre de chercheurs tendent à converger vers une réponse. Trois
facteurs ou dimensions distinctes tendent généralement à
apparaître lorsque l'on demande aux membres de petits groupes de
s'évaluer et de se choisir les uns les autres en fonction de critères
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 16

descriptifs très variés, de même que lorsque ce sont des


observateurs qui font ces évaluations.

Carter indique la fréquence selon laquelle on retrouve ces


facteurs, en s'appuyant sur une série d'études d'analyse factorielle,
comme celles de Couch et lui-même, Sakoda, Wherry et Clark. On
peut ajouter à cette liste une étude récente de Wispe.

Carter décrit les facteurs comme suit:

Facteur I. Supériorité et réalisation individuelle:


Comportements de l'individu liés à ses efforts pour se mettre en
valeur par rapport aux autres et pour réaliser individuellement des
buts personnels.

Facteur II. Aide pour la réalisation des buts du groupe:


Comportements de l'individu liés à ses efforts pour aider le groupe
à atteindre les buts vers lesquels celui-ci est orienté.

Facteur III. Sociabilité: Comportements de l'individu liés à ses


efforts pour établir et maintenir des relations cordiales et
socialement satisfaisantes avec d'autres membres du groupe.

Ces facteurs semblent constituer les dimensions sous-jacentes


des jugements que les individus portent les uns sur les autres, qu'ils
soient observateurs ou membres du groupe. Peut-être la meilleure
façon de voir ces facteurs est de les considérer, non pas comme des
traits de personnalité, mais comme des cadres de référence par
rapport auxquels sont perçus les traits de personnalité d'autrui.

Mais ce qu'il est important de noter, c'est que dans ces études,
les trois facteurs que j'appellerai respectivement « activité », «
compétence dans la tâche » et « sympathie suscitée » ne s'excluent
généralement pas mutuellement: un rang élevé selon l'un de ces
facteurs n'est pas incompatible et n'interfère pas avec un
classement élevé selon un autre facteur. Ils ne se renforcent
généralement pas non plus, mais tendent plutôt à être
interdépendants les uns des autres.
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 17

Le fait qu'il n'y ait pas de corrélation entre eux n'exclut


évidemment pas la possibilité qu'il y ait des relations dynamiques
entre les phénomènes que ces facteurs représentent. Cela signifie
seulement qu'il n'y a pas entre eux un simple rapport linéaire qui
tendrait à se retrouver dans toutes les populations et que, par
conséquent, le fait de connaître le rang d'une personne dans le
classement selon l'un des facteurs ne nous permet pas de préjuger
de son rang selon l'un des deux autres ou des deux. S'il existe des
relations dynamiques entre ces facteurs, elles doivent être plus
complexes, non linéaires ou accidentelles. Quelles peuvent être ces
relations possibles?

L'HYPOTHÈSE DE DIFFÉRENCES INDIVIDUELLES


EN CE QUI CONCERNE LE TEMPS DE PAROLE

Bien qu'il ne soit pas exact que le simple fait de parler


beaucoup garantisse un bon rang quant à la qualité des idées, il est
vrai néanmoins que dans les groupes du type que nous étudions, il
est très difficile d'apporter une contribution substantielle à la tâche,
sans beaucoup parler; cela est vrai surtout lors de la première
séance, et l'excès de parole peut être ressenti par les autres
membres du groupe comme une menace à l'égard de leur statut et
une frustration de leur propre désir de parler. Certains des résultats
obtenus par d'autres chercheurs sont conformes à cette hypothèse.
Considérons quelques-uns de ces résultats.

Leavitt et Mueller étudièrent l'effet de la communication


unilatérale dans une situation de communication restreinte où celui
qui reçoit une information n'a pas la possibilité de renvoyer un «
feedback », ni approbation, ni question, ni réactions négatives à
l'émetteur. Ils découvrirent qu'il tend à apparaître une réaction
initiale d'hostilité dirigée vers l'émetteur.

Thibault et Coules établirent que les personnes qui ne sont pas


autorisées à communiquer avec quelqu'un qui leur adresse une
manifestation d'hostilité, font preuve à son égard de moins d'amitié
post-expérimentale que les personnes ayant eu la possibilité de lui
répondre.
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 18

Une position périphérique dans un réseau restreint se rapproche


en quelque sorte de la position de celui qui reçoit sans possibilité
de réponse. Leavitt découvrit, dans une expérience où les membres
d'un groupe n'étaient autorisés à communiquer que par écrit et
selon des réseaux fixes à propos d'une tâche consistant à assembler
des informations, que les membres occupant une position
périphérique étaient moins satisfaits de leur travail que ceux
occupant une position centrale.

Ces résultats nous suggèrent que la moyenne relativement basse


de sympathie inspirée par les membres à forte participation pouvait
être due à l'existence parmi les leaders d'individus qui parlent trop
en ce sens qu'ils ne permettent pas suffisamment de feedback, sous
forme d'objections, de remarques, de questions ou de contre-
propositions. Notre méthode d'observation nous a permis
d'examiner la quantité d'interactions reçues par un individu donné,
par rapport à celles qu'il initie. Nous sommes ainsi arrivés à
émettre l'hypothèse que le rapport entre interaction reçue et initiée
peut nous aider à établir une distinction parmi ceux qui parlent
beaucoup, entre ceux qui sont relativement perçus comme
sympathiques et ceux qui ne le sont pas.

Nous avons déjà constaté que lorsque l'on veut évaluer une
population totale, les classements d'après l'activité, la compétence
dans la tâche et la sympathie suscitée apparaissent généralement
dans beaucoup d'études comme étant des facteurs orthogonaux,
c'est-à-dire sans corrélation entre eux pour l'ensemble de la
population. Il est toutefois important de reconnaître que ces
variables peuvent être reliées entre elles de façon différente, dans
des fractions d'une population donnée ou dans une population
différente. C'est cette possibilité que des fractions de notre
population présentent des rapports différents entre ces variables
que nous allons maintenant étudier.

Nous répartissons d'abord la population selon des catégories de


base correspondant au rang de chaque personne à l'intérieur de son
groupe, selon la quantité de participation initiée par elle et que
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 19

nous appellerons son activité. On distingue ainsi cinq classes,


puisque chaque groupe comprenait cinq membres.

Une deuxième division de la population est faite alors à


l'intérieur de chaque classe. Les personnes appartenant à chacune
sont réparties en trois sous-groupes, selon le rapport entre la
quantité de participation reçue par chacune et la quantité initiée par
elle. Ce rapport R /I, représente l'indice de feedback. Il y a donc à
l'intérieur de chaque classe trois sous-groupes comprenant chacun
dix membres, ayant un indice de feedback faible, moyen et élevé

La figure 3 indique les valeurs moyennes des évaluations ou


rangs correspondants à chaque sous-groupe de dix membres pour
la sympathie, l'antipathie et les idées. Les évaluations ou rangs
proviennent des réponses fournies pour chaque membre par les
quatre autres membres du même groupe et ont été établis de façon
à ce que les nombres élevés correspondent à un rang moyen élevé.

Le résultat le plus intéressant est le fait que la relation entre


sympathie et activité varie selon l'indice de feedback. La figure 3
indique que dans le sous-groupe correspondant à un indice de
feedback faible, les deux leaders semblent classés bien plus bas
qu'ils ne seraient si la sympathie variait de façon directement
proportionnelle avec l'activité. La corrélation entre activité et
sympathie inspirée est égale à zéro.

Toutefois, les sous-groupes à R/I moyen et élevé présentent


tous deux une corrélation positive. En jugeant d'après ces données,
il est toutefois plausible de supposer que même le leader à R/I
élevé inspire moins de sympathie qu'il serait normal. Mais cet effet
est faible.

Les données obtenues en questionnant les personnes sur leurs


antipathies réciproques présentent en essence la même
configuration. Dans le sous-groupe ayant l'indice de feedback le
plus faible, les membres qui participent le plus, non seulement
inspirent moins de sympathie mais encore sont plus antipathiques
que leurs collègues qui parlent moins dans le même sous-groupe.
Plus une personne parle, et plus elle est rejetée, dans ce tiers de la
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 20

population totale. Mais dans le tiers opposé, c'est-à-dire la partie de


la population à indice de feedback élevé, il n'y a pas de relation
entre la quantité de parole et le degré de rejet.

En ce qui concerne les idées, il y a une indication précise dans


le sens que les membres qui parlent le plus dans le sous-groupe à
indice de feedback faible ont tendance à être mal classés du point
de vue des idées, comme ils le sont du point de vue de la
sympathie qu'ils inspirent, bien que l'effet soit moins marqué. Cet
effet semble disparaître complètement dans les sous-groupes à R/I
moyen et élevé.

Il est clair néanmoins qu'il y a une corrélation linéaire


appréciable entre les rangs du point de vue des idées et du point de
vue de l'activité, si l'on considère la totalité de la population, c'est-
à-dire les trois sous-groupes. Ce résultat diffère donc de ceux
obtenus à partir d'autres recherches selon lesquels ces deux
variables sont généralement orthogonales. Nous attribuons, du
moins en partie, la corrélation trouvée dans nos groupes au fait que
nous n'avons considéré dans cette étude que les données résultant
de la première séance de travail. Les données obtenues à partir de
quatre séances de groupe indiquent que cette corrélation tend à
diminuer avec le temps, surtout dans les groupes où le consensus
initial quant à la personne ayant les meilleures idées est faible. La
corrélation entre idées et sympathie tend elle aussi à diminuer
comme il est indiqué plus haut dans le tableau I. Bref, la tendance
de ces trois facteurs à se séparer et devenir indépendants se
manifeste plus nettement dans les séances ultérieures que dans la
première séance.

En résumant brièvement, il n'y a qu'une faible corrélation entre


sympathie inspirée et activité dans l'échantillon total constitué par
tous les groupes, à condition de ne pas établir de différences entre
sous-groupes. Mais il y a, pour environ un tiers de la population,
une corrélation positive et linéaire entre la quantité de parole et la
sympathie que l'on inspire. Il s'agit du tiers qui reçoit une
proportion plus grande d'interactions par rapport à celles qu'il
initie, c'est-à-dire du tiers à indice de feedback élevé. Le degré
relativement faible de sympathie inspirée par les individus qui
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 21

parlent le plus, dans la population totale, doit être spécialement


attribué au tiers opposé de la population qui parle
proportionnellement plus, par rapport à la quantité d'interactions
reçues. Les mêmes constatations peuvent être faites en ce qui
concerne leur classement.

CONCLUSION

II apparaît que les classements d'après l'activité, la compétence


dans la tâche et la sympathie inspirée doivent être traités comme
trois facteurs distincts, car il y a tendance à ne pas y avoir de
corrélation entre eux, lorsque l'on considère une population
importante, en nombre de personnes, de séances et de groupes. Si
l'on accepte cette hypothèse, une classification simple et très utile
des types de rôles dans les petits groupes est suggérée.

1. Un membre qui a un rang élevé selon ces trois facteurs


correspond à a conception traditionnelle du bon leader et du «
grand homme ». On peut trouver de tels individus, mais ils sont
rares si l'on admet qu'il n'y a pas de corrélation entre les facteurs.

2. Un membre ayant un rang élevé pour l'activité et la


compétence dans la tâche, mais plus faible pour la sympathie qu'il
inspire, correspond au type familier que l'on pourrait nommer le «
spécialiste de la tâche ». Ce type est moins rare que le premier et
peut agir avec efficacité en coopération avec le troisième.

3. Un membre qui a un rang élevé pour la sympathie qu'il


inspire mais plus faible pour l'activité et la compétence dans la
tâche peut être considéré comme « le spécialiste social ». Ce type
est beaucoup moins rare que le premier et les groupes qui opèrent
sous le double leadership d'un individu de ce type et du type
précédent sont nombreux.

4. Un membre qui a un rang élevé pour l'activité, mais


relativement faible pour la compétence dans la tâche et la
sympathie qu'il inspire peut être considéré comme un « déviant
suractif ». Ce type n'est pas rare. Il s'agit d'une personne dont on
Psychosociologie des rapports techniques et affectifs… : Robert Bales… 22

dit dans la littérature sur le leadership qu'elle manifeste plus de «


domination » que de « leadership ».

5. Un membre qui a un rang faible selon les trois facteurs, peut


être nommé un déviant sous-actif et peut être en fait une sorte de
bouc émissaire. En supposant qu'il n'y ait pas de corrélation entre
les facteurs, ce type devrait être tout aussi rare que le premier, mais
comme la non-corrélation résulte de différences qui se manifestent
surtout à l'extrémité supérieure des échelles, ce type n'est en fait
pas aussi rare que le premier, mais au contraire probablement très
commun.

On peut évidemment distinguer logiquement beaucoup d'autres


types. Mais ceux que nous avons mentionnés ont l'avantage d'une
certaine précision intuitive et dans l'immédiat servent à résumer et
harmoniser les différents points de vue, concernant la
différenciation des rôles, qui ont été examinés dans cet article.

Fin de l’extrait