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Séminaire de méthodologie | Licence 3 |Communication et relations publiques

Cours
Introduction à la recherche en sciences humaines

Dans cette première séance, l’accent est mis sur les éléments qui fondent une

recherche en sciences humaines et sociales. Cette approche de la recherche se veut

comme une introduction aux questions et problématiques qui dessinent les contours

de la recherche en S.H.S., sa spécificité et son authenticité, une recherche commence

avec une question sur le monde qui nous entoure et un désir d’y apporter une

réponse à un problème de connaissance, Schutt nous dit que ce qui rend la recherche en

S.H.S. différente du processus ordinaire de réflexion sur nos expériences est l’emphase qui est

mise sur des questions plus larges qui impliquent des personnes en dehors de notre expérience

immédiate et l’utilisation de méthodes de recherche systématique pour répondre à ces

questions.

Dans un premier temps nous traiterons, de manière générale, de la recherche en

sciences humaines et des facteurs qui sous-tendent le recours à ce genre d’exercice. Par

la suite, nous nous intéresserons au contexte d’une recherche en sciences humaines et

de ses méthodes dans le but de permettre un début de réflexion sur la nature même de

la recherche en sciences humaines, son objet, ainsi que du type de savoir qu’elle

permet d’acquérir et sur les conditions de sa production, pour BRYMAN : . . . si l’on

est appelé à mener un projet de recherche, une éducation sur les méthodes de recherche est

importante, non seulement pour s’assurer que les procédures correctes sont suivies, mais aussi

pour apprécier les choix qui sont à notre disposition. (Bryman, 2012, 04)

1. La recherche en sciences humaines et son contexte


La recherche prend forme et se développe dans un (ou des) contexte (s) particulier (s),

et les méthodes que le chercheur est appelé à développer pour rendre compte de la réalité

du contexte qu’il est en train d’étudier ne peuvent en être dissociées. Chaque recherche

est spécifique, en ce sens, le chercheur est tenu de prendre grand soin de l’usage qu’il

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fait des éléments constituant son approche de la réalité, des schèmes qui expliquent cette

dernière ainsi que des moyens (logistiques) qu’il décide de mettre en œuvre pour

interroger la réalité du phénomène qu’il veut comprendre ou expliquer. Rendre

intelligible un phénomène, passe par plusieurs considérations épistémologiques et

ontologiques, nous tenons à clarifier certains éléments du contexte dans lequel s’opère la

méthode de recherche pour donner à l’étudiant les moyens d’opérer un travail de

réflexion avant d’entamer sa recherche :

- Tout travail de recherche s’inscrit dans un continuum

Chaque recherche en sciences humaines, quel que soit le degré de son originalité, est

issue d’un (ou de plusieurs) cadre (s) de réflexion (s), théoriques et méthodologiques,

qui la soutiennent : les théories que les chercheurs utilisent pour aider à comprendre le monde

ont une influence sur ce qui est recherché et sur la façon dont les résultats de la recherche sont

interprétés. En d’autres termes, les sujets étudiés sont profondément influencés par les

positions théoriques disponibles [BRYMAN A, 2012, 05], et il en va de l’authenticité et

de l’intégrité du travail de recherche de s’en référer à chaque fois que le besoin est

éprouvé. Ce que nous appelons la science, au sens de tradition, est un amassement de

connaissances objectives, une accumulation, dont le chercheur en sciences humaines ne

peut s’en soustraire, ni en négliger les origines. Nous verrons par la suite que les

études antérieures reflètent ce souci, à la fois moral et académique, de faire bâtir son

travail de recherche sur des mécanismes dont l’exploitation rend l’investigation plus

valide.

- La recherche scientifique est un savoir construit et renseigné

Comme indiqué dans l’élément précédent, les connaissances existantes (on parle aussi

de stock de connaissances) sur le domaine dans lequel le chercheur est appelé à effectuer

sa recherche, constituent une part importante du contexte dans lequel se déroule la

recherche en sciences humaines. Plus spécialement, cela signifie que quelqu’un qui

envisage de mener une recherche doit maitriser les études antérieures, les plus

exemplaires et les plus exploitables, qui ont traité du sujet dont il est question.

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La revue de la littérature (ou l’état de l’art) est un exercice élémentaire auquel le

chercheur doit se prêter pour affirmer l’authenticité de son travail. Plus encore, et de

par la familiarité qu’il va acquérir au fil de ses lectures, le chercheur évitera la

redondance d’informations et d’analyse et assurera le critère de scientificité à son

travail de recherche.

- Considérer la manière avec laquelle une recherche doit être conduite ainsi

que la nature des phénomènes à l’étude et la façon de les rendre intelligible

Cette considération a une double implication pour la recherche : dans un schéma

classique de recherche, on a l’habitude de considérer qu’une approche scientifique des

phénomènes doit se baser sur un ensemble d’hypothèses dont il s’agira de vérifier la

validité en les testant par le biais de techniques de recherche (quantitative ou

qualitative), cette considération met l’accent sur les moyens d’accéder aux

connaissances et quelles postures doit-on adopter dans ce sens, et c’est ce que les

scientifiques appellent : des considérations épistémologiques ; d’autre part, les

considérations axées sur la nature des phénomènes sociaux influencent également le

processus de recherche. Dans la tradition des sciences humaines, Il est suggéré que le

monde social soit considéré comme quelque chose qui soit externe aux acteurs

sociaux et sur lesquels ils n’ont aucun contrôle, mais aussi, une autre approche est

possible en considérant que le monde social est le produit d’une interaction entre les

acteurs sociaux qui donnent toute la signification au vivre dans la société. De telles

considérations sont regroupées dans le ce que les chercheurs en sciences humaines et

sociales ont l’habitude de qualifier d’ontologiques car elles renseignent sur l’inertie

des phénomènes sociaux ou de leurs dynamiques.

2. Les sources d’erreurs dans le raisonnement concernant le


monde social

Lorsque l’on observe le monde qui nous entoure, sans aucun préalable scientifique,

nous véhiculons une image inexacte des phénomènes qui y prennent forme. Dans

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l’absence d’une méthodologie d’observation des faits, nous avons tendance à colporter,

à accepter sans aucune critique, ni recul, certaines vraies-fausses idées qui sont du

ressort du sens commun. Beaucoup d’auteurs ont insisté sur le danger que représente

la connaissance commune sur la construction d’un savoir autour d’une problématique

donnée. Nous illustrons ci-après les principaux processus qui faussent le raisonnement

et voilent la compréhension de la réalité sociale :

2.1. L’observation sélective

L’observation sélective vient du fait que les individus construisent leur point de vue sur

leurs croyances voire leurs préférences. L’observation sélective renferme la pensée ainsi

que le raisonnement dans des cadres construit par la pensée populaire, des stéréotypes.

Dans les faits, notre observation, quand elle est sélective, ne nous permet pas d’avoir

un regard objectif sur la réalité qui nous entoure, et ce que nous ressentons, n’est pas

forcement ce que nous voyons.

2.2. La sur-généralisation

On parle de sur-généralisation pour signifier que les individus ont tendance à émettre

des conclusions à partir de l’observation de certains cas isolés et à généraliser cette

observation sur les autres cas. Ce genre de raisonnement provient de ce que notre

expérience du quotidien interfère dans notre subjectivité dans la manière de considérer

les choses.

Ce genre de constat, de conclusions, hâtifs, montre combien notre expérience du

quotidien est limitée. La réalité sociale est quelque chose de plus complexe pour être

élucidée de manière aussi naïve et vulgaire. Ce que nous permet notre expérience

subjective du réel c’est l’interaction avec un nombre extrêmement limité de cas et

d’individus, dans un espace réduit et un temps très court.

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2.3. Le raisonnement-subjectif

La subjectivité de raisonnement intervient lorsque nous tirons des conclusions à

partir de suppositions ou d’hypothèses non-valides.

2.4. La résistance au changement

Nous parlons de résistance au changement dans les cas où les individus ne veulent

pas revoir leurs opinions ou connaissances d’un problème donné à l’aune de nouvelles

explications ou d’informations.

2.5. La personnalité du chercheur

La formation et les valeurs personnelles du chercheur sont primordiales dans la conduite

des recherches en sciences humaines car elles peuvent influencer le choix de la zone de

recherche, les questions de recherche et les méthodes utilisées dans l’enquête.

3. Les visées de la recherche en sciences humaines

Dans le champ des sciences humaines, différents objectifs sont poursuivis pour les

besoins d’une connaissance précise de la réalité [ANGERS M, 2006, 25]. On associe

généralement, quatre objectifs majeurs à cette activité de connaissance et qui sont : la

description, la classification, l’explication et la c o m p r é h e n s i o n .

- La description : il s’agit dans ce cas de décrire la réalité en produisant un compte

rendu des plus fidèles, de mettre en exergue les caractéristiques qui forment l’essence du

phénomène étudié. La précision est requise, elle a pour objectif d’expliciter les diverse s

c o n s t i t u a n t e s du phénomène.

- La classification : elle vise à dégager les catégories élémentaires du phénomène

on en dégageant les critères qui font sa différence par rapport à d’autres.

- L’explication : l’une des visées les plus poursuivie en sciences humaines et sociales,

l’explication cherche à trouver le rapport de causalité liant différents phénomènes.

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- La compréhension : elle tente de donner toute la signification du vécu des personnes

tel qu’il est perçu par ces derniers.

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Cours
Les stratégies de recherche en sciences humaines et sociales

Dans ce cours, nous allons traiter des diverses considérations qui conditionnent la

recherche en sciences humaines (et sociales). Il s’agira surtout des questions

fondamentales liées à l’aspect « formel » d’une investigation scientifique. Dans le

domaine des sciences humaines, la conception théorique ainsi que la pratique du

terrain ont donné lieu à une formalisation des stratégies de recherche sous une double

forme : quantitative et qualitative. Chacune des deux stratégies obéit, pour donner de

l’importance au terme de considérations cité plus haut, à une logique qui l’anime, et la

prise en compte de ces considérations est primordiale pour quiconque veut assoir sa

recherche sur un raisonnement cohérent, la recherche en sciences humaines et sociales

est un processus dont il faudra maitriser les considérations épistémologiques et

ontologiques, et c’est là aussi que réside l’un des intérêts de ce présent cours.

Dans un premier temps, nous allons nous intéresser au raisonnement qui anime la

recherche en sciences humaines et ce grâce à l’étude de la nature de la relation qui

existe entre la théorie et l’investigation (le raisonnement inductif et le raisonnement

déductif). Par la suite, nous allons aborder des questions relatives à l’épistémologie,

pour savoir quel est le modèle approprié pour produire des connaissances dans les

domaines des sciences humaines ainsi que les grands débats qui ont eu lieu par rapport

à la question de la spécificité des savoirs dans ces sciences

Enfin, nous traiterons des deux stratégies de recherche quantitative et qualitative,

ainsi que de leur relation avec les questions abordées plus haut. Cette partie du cours

revêt une importance capitale dans le travail de projet de recherche qui vous sera

demandé, il sera aussi question des valeurs et pratiques de la recherche et leur

incidence sur la production du savoir en sciences humaines et sociales.

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Introduction
La recherche en sciences humaines n’est pas seulement guidée par la théorie, elle

peut être le résultat d’une pratique de terrain qui va, par la suite, retrouver son

ancrage théorique.

Pour Byman (2012,19) La pratique de recherche n’existe pas dans une bulle, hermétique

et scellée, coupée des nombreuses orientations intellectuelles, et courants de pensées, que les

praticiens détiennent. L’auteur avance que deux points revêtent une importance

particulière : premièrement, les méthodes de recherche sont étroitement liées aux

différentes visions suivant lesquelles une réalité sociale doit être étudiée. Les

méthodes de recherche ne sont pas de simple outils neutre : elles sont liées à la manière avec

laquelle les scientifiques et spécialistes des sciences envisagent la relation entre les différents

points de vue sur la nature de la réalité sociale et comment cette dernière doit être examinée.

Toutefois, il est possible d’amplifier ce point. Alors que les méthodes ne sont pas

neutres, elles ne sont pas entièrement imprégnées de penchants intellectuels non

plus. Deuxièmement, il y a la question de savoir comment est-ce-que les méthodes

de recherche et leur pratique sont liées avec la large entreprise que constitue la

recherche scientifique. Les données de recherche sont invariablement collectées en relation

à quelque chose. Ce « quelque chose » peut être un ardent problème social ou, plus

généralement, une théorie.

1. Lien entre théorie et recherche :


La question du lien entre les considérations théoriques et empiriques d’une

recherche en sciences humaines et sociales est d’une grande importance. Nous

pouvons rendre compte de ce lien en considérant deux éléments : la nature de

la théorie qui importe le chercheur ainsi que celle des données (issues de

l’enquête de terrain) qui serviront à vérifier la théorie ou à la construire (ou pour

mieux dire : à la retrouver).

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La théorie, en tant que littérature, joue un rôle d’impulsion à plusieurs niveaux : le

chercheur peut vouloir résoudre une incohérence entre différents résultats ou entre différentes

interprétations des résultats ; Le chercheur, peut aussi, vouloir traiter un aspect négligé d'un

sujet car certaines idées n'ont peut-être pas déjà été testées amplement. Le chercheur peut

estimer que les approches existantes utilisées pour la recherche sur un sujet sont déficientes, et

fournit donc une approche alternative... (Bryman, 2012, 22).

2. Théorie déductive et théorie inductive


La théorie déductive représente la vision la plus commune de la nature de la relation entre la

théorie et la recherche sociale. Le chercheur, sur la base de ce qui est connu dans un domaine

particulier et de considérations théoriques en relation avec ce domaine, déduit une hypothèse

(ou des hypothèses) qui doivent ensuite être soumises à un contrôle empirique. Les concepts

doivent être Intégrés dans l'hypothèse et sont traduits en entités recherchées. Le chercheur doit,

à la fois, déduire habilement une hypothèse et ensuite la traduire en termes opérationnels. Cela

signifie que le spécialiste des sciences sociales doit préciser comment les données peuvent être

collectées par rapport aux concepts qui constituent l’hypothèse.

Figure N°1 : Schéma classique d’un processus de déduction

1. Théorie

2. Hypothèses

3. Collecte de données

4. Résultats

5. Confirmation ou infirmation des


hypothèses

6. Revue de la théorie

3. Considération épistémologiques

Les considérations épistémologiques concernent la question de savoir qu’est-ce qui est

(ou qui devrait être) considéré comme une connaissance acceptable dans une

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discipline. Une question particulièrement importante dans ce contexte est celle de

savoir si le monde social peut et doit être étudié selon les mêmes principes, procédures

et éthique que les sciences naturelles.

Pour (SCHÜTZ A, 1954, 266-267 )« Le monde de la nature tel qu'expliqué par le scientifique

des sciences de la nature ne signifie rien aux molécules, aux atomes et aux électrons. Mais le

champ d'observation du scientifique social - la réalité sociale - a une signification spécifique et

une structure pertinente pour les êtres qui vivent, agissent et qui réfléchissent à partir d’elle (la

réalité sociale). Par une série de constructions de bon sens, ils ont présélectionné et pré-

interprété ce monde qu'ils éprouvent comme réalité de leur vie quotidienne. Ce sont ces objets

de pensée qui déterminent leur comportement en le motivant. Les objets de pensée construits

par le scientifique du social, afin de saisir cette réalité sociale, doivent être fondés sur les objets

de pensée construits par la pensée de bon sens des hommes [et des femmes !], Vivant leur vie

quotidienne dans le monde social ».

Il existe une différence fondamentale entre le sujet des sciences naturelles et celui des

sciences sociales et humaines, et une épistémologie est requise, elle doit refléter et

capitaliser cette différence. La différence fondamentale réside dans le fait que la réalité

sociale a un sens pour les êtres humains et, par conséquent, l'action humaine est

significative, c'est-à-dire qu'elle a une signification pour les individus et ces derniers

agissent sur la base des significations qu'ils attribuent à leurs actes et aux actes des

autres. (BRYMAN, 2012, 30).

4. Considérations ontologiques
Les considérations ontologiques concernent la nature des entités sociales. L’élément

central de ce genre de considérations est la question de savoir si les entités sociales

peuvent et doivent être considérées comme des entités objectives qui ont une réalité

extérieure aux acteurs sociaux, ou qu'elles peuvent et doivent être considérées comme

des constructions sociales issues des perceptions et des actions des acteurs sociaux eux-

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mêmes. Ces positions renvoient aux deux notions d'objectivisme et de

constructivisme.

5. Les stratégies de recherche


Lorsque l’on parle de stratégies de recherche on entend souvent les termes de

recherches quantitative et qualitative.

Le tableau suivant, résume les principales différences entre les stratégies de

recherche quantitative et qualitative :

Tableau n°1 : les différences fondamentales entre les stratégies de recherche

quantitative et qualitative

Quantitative Qualitative
Orientation principale Déduction ; tester la Induction ; génération de
du rôle de la théorie en théorie la théorie
relation avec la recherche
Orientation Modèle des sciences de la Interprétation
épistémologique nature, en particulier
positiviste
Orientation ontologique Objectivisme Constructivisme

La recherche quantitative est une stratégie de recherche qui met l'accent sur la

quantification dans la collecte et l'analyse des données car elle implique une approche

déductive. La recherche quantitative incorpore les pratiques et les normes du modèle

scientifique des sciences de la nature et du positivisme en particulier, elle incarne aussi

une vision de la réalité sociale comme une réalité externe et objective. A l’encontre, la

recherche qualitative peut être interprétée comme une stratégie de recherche qui met

généralement l'accent sur les mots plutôt que sur la quantification dans la collecte et

l'analyse des données. La recherche qualitative porte principalement sur une approche

inductive de la relation entre la théorie et la recherche, dans laquelle l'accent est mis

sur la génération de théorie. La recherche qualitative propose une vision de la réalité

sociale comme une propriété émergente en constante évolution issue de la création des

individus.

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Cours
La nature de la recherche quantitative
Les auteurs en méthodologie de recherche insistent sur l’importance des concepts

dans une recherche quantitative ainsi que les façons avec lesquelles des mesures

peuvent être opérées à partir de la décortication d’un concept en indicateurs, car dans

les faits, dit-il, un concept ne se prête pas à la mesure de manière directe.

Il est à noter que le fait de décrire une stratégie de recherche comme étant une

recherche quantitative ne veut pas dire, ou ne signifie pas, que la quantification des

aspects de la vie sociale est tout ce qui distingue ce type de recherche de la stratégie de

recherche qualitative ; le véritable fait est que la recherche quantitative possède un

positionnement épistémologique et ontologique distinct.

1. Les principales étapes d’une recherche quantitative :

La FIGURE suivante schématise les principales étapes d’une recherche dite

quantitative. Elle rend compte d’une manière idéale-typique du processus. Dans

les faits, la recherche ne se présente rarement, ou jamais, de cette façon,

l’essentiel étant de saisir toute la portée d’une telle approche et les liens qui

unissent les différentes étapes de ce type de recherche, et de montrer que la

recherche quantitative est loin d’être aussi simple et aussi linéaire que le laisse

supposer cette figure.

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Figure n° 2 : Le processus d’une recherche quantitative

1. Théorie

2. Hypothèses

3. Conception de la recherche

4. Conception de la mesure des concepts

5. Sélectionner le (s) site (s) de la recherche

6. Sélectionner le (s) sujet (s) de recherche et de (s) répondant (s)

7. Administrer les instruments de la recherche / collecter les


données

8. Organiser et traiter les données

9. Analyser les données

10. Résultats / Conclusions

11. Compte rendu des résultats / Conclusions

Source : BRAYMAN (2012, 161)

L’idée principale qui est véhiculée par la Figure est que : les hypothèses sont déduites

et testées à partir d’une théorie donnée.

- La recherche quantitative prend forme à partir d’une théorie, cependant il faut

entendre cela comme un moyen permettant de simplifier la collecte des données

et non pas la stricte spécification des hypothèses (on parle de test d’hypothèse

d’une théorie dans des cas spécifiques de recherches, expérimentales, ayant

pour objectif de les valider ou de les infirmer à partir de théories toutes faites) ;

- La troisième étape (conception de la recherche) a pour objectif de vérifier la

validité externe des résultats ainsi que la capacité à imputer une causalité à ces

derniers. La quatrième étape est celle qu’on a coutume d’appeler

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l’opérationnalisation, consistant à définir la manière avec laquelle les concepts

seront mesurés ;

- Les deux étapes suivantes (5 et 6) ont pour objectif la sélection raisonnée du

« lieu » et des « sujets » concernés par la recherche, c’est une étape cruciale car

elle fait intervenir différents moyens « statistiques » pour réaliser un

échantillonnage reflétant les intérêts et objectifs de la recherche ;

- La septième étape concerne l’administration des instruments de recherche ainsi que

la collecte des données. L’étape en elle-même revêt plusieurs significations et ce,

eu regard au type de recherche envisagée : ce peut être l’élaboration d’un pré-

test dans le cas d’une recherche expérimentale, comme il peut s’agir aussi de la

distribution de questionnaires auto-administrés dans le cas d’une recherche

quantitative. Dans une recherche qui se base sur l’observation structurée, elle

signifiera l’observation qui est faite par le chercheur en vue de dégager des

catégories à partir des comportements d’individus/acteurs faisant partie de son

terrain d’enquête.

- L’étape 08 (organisation et traitement des données), signifie qu’une fois les

informations collectées, ces dernières devront être transformées en « données »,

dans une recherche quantitative, cela signifie que les informations doivent être

manipulées à des fins de quantification (dans ce sens, les données peuvent être

brutes : les données sociodémographiques des enquêtés ; ou des données ayant

à subir une opération de CODAGE pour les préparer éventuellement à une

manipulation informatique).

- L’étape suivante (Analyse des données) est cruciale dans le sens ou le chercheur

se doit d’utiliser un certains nombres de techniques d’analyse de données

quantitatives en vue de synthétiser la masse de données collectée et de pouvoir

leur donner une signification pertinente, de tester les relations éventuelles entre

les variables considérées ainsi que le développement de moyens avec lesquels

il testera la validité des résultats de son analyse. A base de l’analyse des

données, le chercheur est tenu d’interpréter les résultats de de son analyse, et

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c’est à ce moment que les résultats vont apparaître. BRAYMAN insiste dans ce

sens en arguant que le chercheur « va considérer les connexions entre les résultats

et les différentes préoccupations impulsées par la recherche, c’est le moment aussi où le

chercheur s’interrogera sur la validité de ses hypothèses, ainsi que sur l’implication des

résultats dans les idées supposées et supportées par le contexte théorique de sa

recherche »

- Dans l’étape concernant l’élaboration des principaux résultats et conclusions de sa

recherche [cf. étape 10], le chercheur fait plus que relayé les informations rendant

compte de son travail de recherche, le ou les lecteurs devront être convaincus

que la recherche menée, au travers de ses conclusions, est très importante et que

ces dernières sont solides et pertinentes. Elle (la recherche) devra mettre en

avant toute la signification et la validité des buts et résultats poursuivis par le

chercheur.

Remarque sur la boucle de rétroaction

Comme signalé dans la Figure 2, une boucle de rétroaction relie l’étape 11 à l’étape 1.

La présence d’éléments de déduction (dans l’étape 2 : cf. les hypothèses) et d’induction

(cf. la boucle de rétroaction) renseignent sur la base positiviste de la recherche

quantitative. Aussi, la Figure met le point sur un autre élément important : la traduction

des concepts en des termes mesurables (étape 4) renseigne pour sa part sur le principe de

phénoménisme.

Le processus de recherche quantitative met au centre le concept comme moyen central

de cette dernière, les concepts sont les éléments constitutifs de la théorie et représentent le

point autour duquel la recherche est menée, ils sont, en quelque sorte, les étiquettes que l’on

applique sur des éléments du monde social et qui semblent avoir des caractéristiques communes

et que nous considérons comme significatifs.

Si un concept est appelé à être utilisé dans une recherche quantitative, il devra être

mesuré. Une fois mesurés, les concepts peuvent alors prendre la forme de variables

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(dépendantes ou indépendantes). Autrement dit, les concepts peuvent fournir des

explications à certains aspects du monde social, voire, représenter des phénomènes

que nous voulons expliquer.

2. La mesure dans la recherche quantitative


Différentes raisons concourent à la nécessité de mesure des concepts dans une

recherche quantitative, citons les plus importantes d’entre-elles :

a. La mesure d’un concept nous permet de délimiter, de repérer, de fines différences,

entre les individus en termes de caractéristiques dans les questions que nous

aurons à poser. Ceci est rendu plus utile du moment que la mesure nous permet

de distinguer entre les individus en termes de catégories extrêmes ; cependant,

les distinctions les plus délicates sont plus difficiles à mettre à jour ;

b. La mesure d’un concept nous permet d’avoir un dispositif cohérent pour

l’élaboration de distinctions ; et un dispositif de mesure nous offre des

instruments pour évaluer ces différences. Le terme de cohérence revêt ici une

double signification : il témoigne de notre capacité à être cohérent tout au long

de la recherche, ainsi que notre capacité à être cohérent avec les autres chercheurs

(entendu les autres recherches- antérieures-). En d’autres termes, la mesure est

consistante si elle n’est ni influencée durant le temps de sa réalisation, ni par les

personnes qui la réalisent.

c. La mesure du concept fournit des estimations plus précises sur le degré de

relation entre les concepts.

3. Les indicateurs
Dans le but de fournir une mesure valide à un concept (ce qui est communément

appelé définition opérationnelle), il est nécessaire de recourir à un indicateur (ou à

un ensemble d’indicateurs) qui représentera fidèlement le concept.

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Qu’est-ce qu’un indicateur ?

Il vaut la peine de faire deux distinctions ici. Tout d'abord, il existe une distinction entre un
indicateur et une mesure. Cette dernière peut être considérée comme tout ce qui se rapporte à
des éléments qui peuvent être relativement comptés sans équivoque, sans ambiguïté, tels que le
revenu personnel, le revenu du ménage, l'âge, le nombre d'enfants ou le nombre d'années
passées à l'école. Les mesures, en d'autres termes, sont des quantités. Si nous sommes intéressés
par certaines des causes de la variation du revenu personnel, ce dernier peut être quantifié d'une
manière raisonnablement directe. Nous utilisons des indicateurs pour exploiter des concepts qui
ne sont pas directement quantifiables. Si nous nous intéressons aux causes de la variation de la
satisfaction au travail, nous aurons besoin d'indicateurs qui rendront compte du concept. Ces
indicateurs permettront de mesurer la satisfaction au travail et nous pouvons traiter les
informations quantitatives qui en résulteraient comme s'il s'agissait d'une mesure. Un indicateur,
donc, est quelque chose qui est conçue ou qui existe déjà et qui est employée comme si c'était
une mesure d'un concept. Il est considéré comme une mesure indirecte d'un concept, comme la
satisfaction au travail. Nous voyons ici une deuxième distinction, entre les indicateurs directs et
indirects d’un concept. Les indicateurs peuvent être directs ou indirects dans leur relation avec
les concepts pour lesquels ils se réfèrent. Ainsi, un indicateur de la situation matrimoniale a une
relation beaucoup plus directe à son concept qu'un indicateur (ou un ensemble d'indicateurs)
relatif à la satisfaction au travail. Les ensembles d'attitudes doivent toujours être mesurés par
des batteries d'indicateurs indirects. De même, pour beaucoup de formes de comportement.
Lorsque des indicateurs sont utilisés dans des cas où ils ne représentent pas des quantités réelles,
ils devront être codés pour être transformé en quantités (mesurables directement). La directivité
et la non-directivité ne sont pas des qualités inhérentes à un indicateur : les données d'une
enquête portant sur la question du revenu mensuel peuvent être une mesure directe du revenu
personnel. Cependant, si nous traitons du revenu personnel en tant qu'indicateur de classe
sociale, il devient une mesure indirecte. La question de la non-directivité met en avant celle de
la provenance d’une mesure indirecte, c’est de cette façon qu’un chercheur divise un indicateur
comme celui de la satisfaction au travail ? Habituellement, cette division est basée sur
l'interprétation du sens commun des formes que le concept prend ou sur des preuves
anecdotiques ou qualitatives relatives à cette notion.

Il existe plusieurs moyens suivant lesquels un indicateur peut être conçu :

a. A partir d’une question (ou d’une série de questions) qui font partie d’un

entretien directif ou d’un questionnaire auto-administré : les questions

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doivent porter essentiellement sur les attitudes des individus, sur leur

situation sociale, ou sur leur comportement ;

b. A travers l’enregistrement d’un (ou des) comportement (s) individuel (s) en

utilisant la technique de l’observation directe ;

c. Via l’utilisation de statistiques provenant de sources officielles (centre de

recherche, office de statistique publique, etc.) ;

d. A travers l’examen d’un contenu d’un mass-média en ayant recours à la

technique d’analyse de contenu.

4. La fiabilité et la validité de mesure d’un concept


Les deux termes, de fiabilité et de validité de mesure d’un concept, renseignent

sur les processus à prendre en considération pour la réalisation d’une mesure

intègre d’un concept donné.

La fiabilité

La fiabilité rend compte de la consistance de la mesure. Le terme de fiabilité

renvoie à trois acceptions essentielles :

La stabilité

Le moyen le plus approprié de tester la stabilité d’une mesure est de réaliser un

test à deux phases.

Cette opération implique l’administration d’un test de mesure en deux temps,

comme le montre le schéma suivant :

T1 Obs1 T2 Obs 2

Le but de ce type de méthode étant d’établir des corrélations significatives

entre les deux observations, la corrélation étant l’indicateur qui mesure la force

du lien entre les variables.


La validité

La validité se réfère à la question de savoir si un indicateur (ou d’un ensemble

d’indicateurs) conçu pour évaluer un concept le mesure réellement. Il y a différentes

façons d’évaluer la validité d’une mesure de concept à l’aide d’indicateurs : la

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validité apparente ; la validité prédictive ; la validité simultanée ; la validité

construite et la validité convergente.

- La validité apparente

Le chercheur développant une nouvelle mesure d’un concept devrait établir s’il

y a une validité apparente, c’est-à-dire que la mesure reflète de manière

apparente le contenu du concept en question. La validité apparente pourrait être

établie en questionnant d’autres personnes maitrisant le domaine d’étude, la

validité apparente est une mesure intuitive visant à obtenir de la part d’experts

du sujet une réponse conséquente sur la mesure du concept en question.

- La validité simultanée

La validité simultanée est un procédé utilisé par les chercheurs et ce en ayant

recours à différents critères pertinents pour la mesure du concept en question.

- La validité prédictive

Ici le chercheur utilisera un critère de mesure future plutôt qu’un critère

contemporain comme dans le cas de la validité simultanée.

- La validité construite

Certains auteurs préconisent que le chercheur estime également la validité de

construction d’une mesure. Dans ce cas, le chercheur est encouragé à déduire à

partir des hypothèses d’une théorie les éléments pertinents pour la mesure du

concept.

- La validité de convergence

Dans ce cas précis, il s’agira pour le chercheur de mesurer son concept en le

comparant à des mesures du même concept qui ont été développées par d’autres

méthodes.

5. Les principaux objectifs d’une recherche quantitative


On assigne généralement quatre objectifs à une recherche quantitative : la mesure,

la causalité, la généralisation et la reproduction.

La mesure

La mesure est la préoccupation majeure d’une recherche quantitative.

La causalité

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La causalité renvoie à la notion d’explication, les recherches quantitatives ne

se préoccupent pas seulement de décrire l’état des choses, mais elles sont

désireuses de dire pourquoi les choses sont comme elles sont.

La généralisation

Dans une recherche quantitative, le chercheur est habituellement préoccupé

de pouvoir dire si ses résultats peuvent être généralisés au-delà des

configurations du contexte particulier dans lequel la recherche a été menée.

La reproduction

Les chercheurs en sciences sociales considèrent souvent la réplication, ou plus

précisément la capacité de se reproduire, comme un élément important de leur

activité. La possibilité d'un manque d'objectivité et de l'intrusion des valeurs

du chercheur semble être beaucoup plus grande lors de l'examen du monde

social que lorsque le scientifique en sciences naturelles enquête sur l'ordre

naturel.

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