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Travail des enfants

Le travail des enfants est la participation de personnes mineures à des activités à finalité économique et
s’apparentant plus ou moins fortement à l’exercice d’une profession par un adulte. Au niveau
1
international, l’Organisation internationale du travail (OIT) le définit en comparant l’âge à la pénibilité
de la tâche, du moins pour les enfants de plus de douze ans (voir plus bas pour les détails).

En pratique, on distingue le travail « acceptable » (léger, s’intégrant dans l’éducation de l’enfant et dans
la vie familiale, permettant la scolarisation) et le travail « inacceptable » (trop longtemps, trop jeune, trop
dangereux, etc.) ; c’est ce dernier que recouvre généralement la notion de « travail des enfants ». On
Enfants au travail au Honduras, 1999
estime en 2000 que plus de 210 millions d’enfants de 5 à 14 ans et de 140 millions d'adolescents de 15 à
2
17 ans exerceraient une activité économique sont concernés dans le monde ; plus de 8 millions se
trouvent dans une des « pires formes de travail des enfants » : enfants soldats, prostitution enfantine,
pornographie, travail forcé, trafics et activités illicites.

En 2013, le Bureau international du Travail avance le chiffre de 168 millions d'enfants qui travaillent
dans le monde dont environ 85 millions feraient un travail dangereux. Des chiffres donc à la baisse qui
témoignent d'un changement des législations plus en faveur des enfants, mais le mouvement doit
3, 4
indéniablement se poursuivre avec un engagement plus fort de la part des entreprises et des États .

Le travail des enfants est le sujet de nombreuses idées reçues dans le monde occidental, car il est surtout
connu par les scandales médiatisés : un enfant au travail est vu typiquement comme un « enfant-
esclave », dans un pays du tiers monde, employé dans un atelier textile asiatique pour une grande
5 La mine et le travail des enfants ; ici
marque de vêtements ou enfant des rues en Amérique du Sud . En réalité, il y a des enfants au travail
en 1853 : « les esclaves blancs
dans quasiment tous les pays du monde, y compris des pays développés comme l’Italie ou les États- d'Angleterre ».
Unis ; les usines et les ateliers textiles masquent le fait que plus des trois quarts de ce travail se trouve
dans l’agriculture ou les activités domestiques, dans la sphère familiale ; et si les enfants-esclaves
existent, ils ne forment qu’une minorité. Il existait aussi bien avant l’industrialisation ou la mondialisation, même si ces deux phénomènes ont
6
rendu le travail des enfants plus visible .

Si l’élimination des « pires formes de travail » n’est pas discutée, l’abolition est en revanche un sujet de débat pour les autres enfants ; la lutte
contre la pauvreté et les mauvaises conditions de travail reste un objectif commun aux « abolitionnistes » comme aux organisations plus
pragmatiques. Depuis 1992, le programme IPEC tente de fédérer les actions entreprises.

Jeune enfant travaillant seule.


Photographiée à Aït-Ben-Haddou, au
Maroc, le 17 mai 2008.
Sommaire
Définitions
Âge minimum et travail
Type de travail, acceptabilité
Histoire
Avant l’industrialisation
La révolution industrielle
Les enfants ouvriers Jeune berger au Sénégal.
La prise de conscience
Abolition progressive en Europe et aux États-Unis
Les pays en développement
Situation actuelle
Estimations globales
Populations touchées
Répartition géographique
Répartition sociale
Répartition sectorielle
Agriculture
Industrie et construction
Secteur informel
Activités domestiques Enfant ramassant des ordures à Jakarta, en
Indonésie.
« Pires formes de travail »
Travail forcé et esclavage
Trafic d’enfants
Exploitation sexuelle
Enfants soldats
Les déterminants du travail des enfants
Causes socio-économiques
Effets de la pauvreté
Le choix entre travail et scolarisation
Facteurs socioculturels
Faiblesse de la scolarisation et des politiques sociales
Le choix entre travail et scolarisation
Rôle économique
Coûts et bénéfices
Vers l'abolition ?
Évolution du droit
Débat autour de l'abolition
Actions
Dans les pays développés
Dans les pays en développement
Sur le plan intergouvernemental et international
Galerie
Notes et références
Annexes
Bibliographie
Filmographie
Articles connexes
Liens externes

Définitions

Âge minimum et travail


L’Organisation internationale du travail retient les définitions suivantes dans ses publications qui servent
7
souvent de référence lors de l’analyse du travail des enfants :
8
Un enfant est une personne de moins de 18 ans ; puisqu’il est souvent considéré que
9
les enfants de moins de 5 ans sont trop jeunes pour travailler (même s’il existe des cas
d’abus), les statistiques ne prennent souvent en compte que les enfants entre 5 et 17
ans.
10
Le travail est défini comme une « activité économique » , qu’elle soit payée ou non.
Ce dernier cas permet d’inclure l’économie informelle ou le travail domestique dans un
autre foyer que le sien. Les enfants sont ainsi répartis dans cinq catégories : travaillant,
travaillant et allant à l’école, allant à l’école et ne travaillant pas, travail domestique, et
aucune activité (malade, éducation informelle, etc.).

Ces définitions sont essentiellement statistiques et ne servent pas à établir la limite entre un travail
« acceptable » (au vu des conventions internationales) ou non. La convention no 138 de l’OIT sur l’âge
11
minimum d’emploi de 1973 est le document de référence à ce sujet actuellement . Elle distingue un âge
minimum général, un âge minimum pour les travaux légers et un autre pour les travaux dangereux. Elle
distingue aussi les « pays où les services économiques et d’éducation sont insuffisamment développés »
et les autres ; pour les autres pays, l’âge minimum général est de 15 ans ou l’âge de fin de scolarisation Vendeuse de bacoves à Hô Chi
obligatoire s’il est plus élevé (14 ans dans ces pays en développement) ; pour les travaux légers, 13 ans Minh-Ville au Viêt Nam.
(resp. 12 ans) ; pour les travaux dangereux, 18 ans, voire 16 ans selon certaines conditions (idem).

Type de travail, acceptabilité

La convention no 138 de l’OIT impose de définir également les travaux « légers » et « non
dangereux ». D’après cette même convention, un « travail léger » doit être sans danger pour la
santé et le développement de l’enfant et ne doit pas l’empêcher d’aller à l’école ou de « bénéficier
de sa formation ». C’est ce que l’Unicef appelle childwork (ou « travail conforme aux normes de
12
l’OIT ») : ces travaux sont souvent bénéfiques pour leur éducation . Dans les statistiques, cela
est souvent simplifié pour devenir « un travail non dangereux prenant moins de 14 heures par
semaine ». Les deux autres catégories de travaux sont les travaux dits dangereux et les « pires
formes de travail des enfants » (en anglais : Unconditional worst forms of child labour).

Un « travail dangereux » est de façon générale ce qui peut « compromettre la santé ou la sécurité
physique ou morale d’un enfant » ; plus précisément, cela inclut les métiers de la construction,
dans les mines, avec certaines machines, au contact de pesticides, de plus de 43 heures par
semaine, etc. : la convention OIT no 190 définit ces formes plus précisément, de même que les lois
nationales.
Diagramme des différents types de travaux
2
12 des enfants, d’après l’OIT . Les chiffres
L’Unicef retient la notion de child labour (ou « travail non conforme aux normes de l’OIT ») en
correspondent au nombre d’enfants dans
y incluant les travaux dangereux (tous âges), les moins de 12 ans qui travaillent dans une des
ces conditions (en millions), d’après
branches de l’économie et les travaux non dangereux effectués plus de 14 heures par semaine (12-
l’évaluation globale de 2002. La ligne
14 ans). pointillée sépare les formes acceptables et
non-acceptables au sens de l’OIT.
Les « pires formes de travail des enfants » sont définies par la convention OIT no 182, article 2, et
incluent le trafic d'enfants, le travail forcé ou en remboursement d’une dette, la participation des
enfants à des conflits armés (en tant qu’enfants soldats mais aussi comme messagers, porteurs, etc.), l’exploitation sexuelle par la prostitution et la
pornographie ainsi que les activités illicites comme le trafic de drogue (voir les détails dans la partie dédiée).

Histoire
Il semble que les enfants aient travaillé depuis l’Antiquité, principalement aux champs avec leurs parents et en participant aux tâches
domestiques. En Europe et en Amérique du Nord, la révolution industrielle entraîne une prise de conscience de leurs conditions de travail et
mène progressivement à une restriction du travail des enfants. Dans les pays actuellement « en développement », ce n’est qu’à partir de la
5
mondialisation du XXe siècle qu’une véritable prise de conscience s’opère .

Avant l’industrialisation

Le travail des enfants existe depuis l’Antiquité : l’enfance était alors une période courte en raison de la faible espérance de vie. Les enfants
participent aux tâches domestiques et agricoles. Le cercle familial est le principal « lieu de travail », les enfants participant ainsi à l’économie du
ménage. Si les garçons apprennent progressivement le métier du père, les filles sont éduquées à la tenue de la maison puis, à partir du Moyen
13
Âge, sont employés dans l’artisanat à domicile, par exemple avec le tissage .

L’éducation au Moyen Âge n’est guère répandue et reste réservée aux familles aisées. Toujours à partir du Moyen Âge, les enfants commencent
à travailler hors du foyer pour répondre à la fois à la demande d’employeurs à la recherche de main-d’œuvre peu coûteuse et au besoin des
familles pauvres de subvenir à leurs besoins : les garçons sont affectés aux travaux des champs et les filles travaillent comme servantes.
Des contrats de travail apparaissent sous la forme de « contrats
14
de louage » ou de placement comme apprenti dans les
corporations des villes et ce dès 12 ou 13 ans. On trouve ainsi
des enfants et adolescents sur les grands chantiers de
construction, bénéficiant toutefois d’un salaire inférieur à celui
15
d’un adulte quand ils en reçoivent un .

Les enfants abandonnés et les orphelins (environ 2 000


abandonnés par an à Paris au début du XVIIIe siècle, 35 000 par
16
an en France vers 1830) sont mis au travail par les institutions
qui les recueillent, comme pour des travaux de couture (travaux
vendus par la suite), mais aussi placés en apprentissage.
Certaines mineures sont prostituées (de force) et des enfants
vivent de la mendicité comme c’est parfois le cas actuellement.

À la fin du XVIIIe siècle, l’école reste toujours aussi peu


répandue et les enfants sont couramment placés comme valets
Petit marchand de biscuits, F. de ferme à la campagne (dès 9 ou 10 ans) ou comme
Joullain d'après F. Boucher, XVIII e domestiques en ville. On en rapporte ainsi plus de 120 000 à
13
Londres dans les années 1850 . Le travail informel se Scène de gaulage d’olives par des
développe avec les grandes villes et l’on trouve ainsi de jeunes adolescents en Grèce antique.
cireurs de chaussures, vendeurs de journaux, porteurs, éboueurs ; on trouve même des enfants dans les Amphore à col attique à figures
théâtres et les cirques à Paris. En l’absence de protection sociale, leur salaire sert de supplément à celui noires du Peintre d’Antiménès, vers
des parents et permet entre autres de subvenir à leurs propres besoins. 520 av. J.-C., British Museum,
Londres.

La révolution industrielle

Les enfants ouvriers

La révolution industrielle survient tout d’abord au Royaume-Uni et en France à la fin du XVIIIe siècle et
au début du XIXe siècle. Alors que les nombreuses manufactures, les mines ou les chantiers embauchent
des ouvriers en masse, ceux-ci, le plus souvent avec de nombreux enfants et un faible revenu,
encouragent leurs enfants à entrer avec eux à l’usine où ils effectuent les tâches subalternes dans les
mêmes mauvaises conditions que les adultes. On trouve ainsi des enfants dans les cotton mills du Nord
13
de l’Angleterre, dans les docks et les ateliers textiles des États-Unis ou dans les filatures françaises .

Le travail des enfants, avec celui des femmes, a trois avantages pour les industriels. Il permet de faire Détail des enfants exploités au
pression à la baisse sur les salaires des ouvriers adultes masculins ; il permet de livrer la famille entière au cirque in Les Saltimbanques -
Grimaces et misères par F. Pelez,
travail ouvrier, ce qui accélère la rupture avec le monde rural traditionnel ; enfin il fournit une main-
17 1888
d’œuvre plus abondante, permettant d’utiliser les machines à plein rendement .

La souplesse et la petite taille des enfants leur attribueraient des aptitudes que les adultes n’ont pas. Ils
sont employés à des travaux très précis, ils peuvent tirer en rampant les berlines dans les boyaux des
mines (Hercheur), nettoyer les parties les moins accessibles des machines ou encore rattacher les fils
17
brisés derrière les métiers à tisser . Le travail est très précoce : les enfants de quatre ans sont assez
17
recherchés afin d’être « formés » sur les machines dès qu’ils en ont l’aptitude physique .

En Angleterre, les paroisses civiles, qui ont la charge du secours aux enfants déshérités, les vendent aux
industriels, par l’intermédiaire de petites annonces dans la presse, lorsqu’elles ne souhaitent plus les
17
secourir ou font face à des surplus d’enfants. Cette traite se fait souvent sans même l’avis des parents . Enfants employés dans une mine de
charbon à l'époque victorienne
Le travail est non seulement très dur, mais les enquêtes de l’époque témoignent en outre de sévices
infligés par des employeurs : les membres trop courts des
enfants sont adaptés à la machine par des appareillages, ils sont
17
fouettés lorsque la cadence de production se met à baisser .
Ces conditions ont des conséquences sanitaires. Comme les
femmes, les enfants travaillant dans le textile sont souvent
frappés par la tuberculose, du fait de la poussière et de
l’humidité. Ils subissent aussi l’asthme, les allergies diverses.
Les enfants souffrent plus particulièrement de scolioses et de
rachitisme. D’après une enquête de la British Association de
1878, les garçons de onze et douze ans des milieux ouvriers ont
Enfants en usine à la forge sous le une taille en moyenne inférieure de 12 cm à ceux des milieux Dans une usine américaine à
Second Empire français, v. 1865 18
bourgeois et aristocratiques allant à l’école . Newberry, Caroline du Sud, en 1908.

Au cours du XIXe siècle, l’importance du travail des enfants varie


selon les secteurs et les périodes. Ainsi, si en Angleterre la part des enfants dans la main-d’œuvre de l’industrie cotonnière est de seulement 5 %
17
en 1850, contre 13,3 % en 1834, elle remonte beaucoup à l’occasion des crises économiques (14 % en 1874) . L'historien Howard Zinn précise
19
19
qu'aux États-Unis en 1880, un enfant de moins de seize ans sur six travaille (16,7 %) .

La prise de conscience

Si la révolution industrielle n'a peut-être pas accru le nombre d’enfants au travail – car nombre d’entre
eux étaient auparavant affectés aux travaux des champs ou aux tâches domestiques – ce sont les
nouvelles conditions induites par l'industrialisation et le développement d'une discipline du travail propre
20
au fonctionnement des nouvelles fabriques qui en ont profondément affecté la nature . L’historien E. P.
Thompson soutient que l’intensité du travail des enfants s’est considérablement accrue entre 1780 et
Garçons travaillant dans une 1840 et il précise : « Dans les fabriques, la main d'œuvre enfantine et adolescente augmentait tous les
21
manufacture de verre, Illinois, 1910 ans ; et, dans plusieurs métiers « indignes », la journée de travail s'allongeait et le travail s'intensifiait » .
D’après Paul Bairoch, ils commencent à travailler plus jeunes, et les conditions de travail sont aggravées
par l’absence des parents dans la mesure où les enfants ne travaillent plus pour leurs parents comme dans
les sociétés traditionnelles. La durée du travail s’allonge (parfois à 16 heures par jour dans la première phase de l’industrialisation), pour des
22
tâches monotones et répétitives, et ce pour des salaires dérisoires .

Enfants du peuple sous le Second


Empire, v. 1865

L’arrivée massive des enfants dans les usines rend bien visibles leurs conditions de travail misérables et surtout les expose au grand jour. Des
enquêtes permettent d’obtenir des évaluations du phénomène. La Statistique générale de la France de 1840 recense 130 000 enfants de moins de
23
13 ans dans les ateliers de plus de dix salariés, 20 % des mineurs de Carmaux sont des enfants en 1850 et vers 1840, les enfants forment 12 %
des ouvriers de l’industrie. Les accidents dans les usines, les éboulements et les explosions dans les mines causent de nombreux blessés et morts
et attirent l’attention du public.

Les premiers rapports émanent de médecins, d’inspecteurs ou d’élus décrivant les accidents et les conditions de travail des enfants. De même, les
œuvres de Charles Dickens puis de Victor Hugo, d'Émile Zola ont un certain retentissement ; le travail des enfants est utilisé pour dénoncer
l’exploitation de la classe ouvrière (Karl Marx et Friedrich Engels, dans le Manifeste du parti communiste, prônent ainsi l’interdiction du travail
des enfants). Une partie des industriels réplique que la petite taille des enfants leur permet d’effectuer certaines tâches impossibles aux adultes (un
point actuellement réfuté mais couramment admis à l’époque) et que l’emploi d’enfants leur évite de devenir des vagabonds, contribue ainsi à la
paix sociale et aide les familles pauvres. Entre ces deux positions, la réglementation puis l’abolition du travail des enfants en Europe et en
13
Amérique du Nord prend plus d’un siècle .
Où vont tous ces enfants dont pas un
seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs, que la fièvre
maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit
cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures
Enfants affectés au travail du coton, Petits ramoneurs se Une Petite sous des meules ;
Macon en Géorgie, 1909
désaltérant à l'eau marchande de Ils vont, de l’aube au soir, faire
d'une pompe, v. violettes, (en) A. E. éternellement
1830 Mulready, 1877 Dans la même prison le même
mouvement.
Accroupis sous les dents d’une
machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait
quoi dans l’ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans
un enfer,
Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est
de fer.
Le Petit Ramoneur, Martyr, ou Le petit Le petit marchand Jamais on ne s’arrête et jamais on ne
J. Bastien-Lepage, marchand de par Georges Farlet, joue.
1883 violettes, F. Pelez, 1894 Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur
1885 leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin,
hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits
comme nous sommes,
« Notre père, voyez ce que nous font les
hommes ! »
Ô servitude infâme imposée à l’enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle
Le Petit marchand Petits marchands de Hélène, la petite étouffant
de citrons, F. Pelez, fleurs, Tonkin (Viet marchande, Défait ce qu’a fait Dieu ; qui tue, œuvre
1895 Nam), début du XXe Edmond-Jean de insensée,
Pury, av. 1911 La beauté sur les fronts, dans les cœurs
la pensée,
Et qui ferait — c’est là son fruit le plus
certain —
D’Apollon un bossu, de Voltaire un
crétin !
Travail mauvais qui prend l’âge tendre
en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la
misère,
Petit ramoneur au Ramoneur et mitron
Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un
travail en Savoie, place de la
outil !
1910 Madeleine (Paris),
Progrès dont on demande : « Où va-t-
Chocarne-Moreau,
il ? Que veut-il ? »
1926
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui
donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à
Abolition progressive en Europe et aux États-Unis l’homme !
Que ce travail, haï des mères, soit
Le travail des enfants est d’abord réglementé avant d’être aboli. En Angleterre, le Factory Act maudit !
de 1833 interdit, dans l’industrie textile, le travail des enfants de moins de 9 ans, et limite le Maudit comme le vice où l’on
temps de travail journalier en fonction de l’âge (10 heures pour les enfants de 9 à 14 ans, 12 s’abâtardit,
heures pour ceux entre 14 et 18 ans) ; cette loi n’est élargie à l’ensemble des activités qu’en Maudit comme l’opprobre et comme le
24
1853 . En France, le docteur Villermé publie son Tableau de l’état physique et moral des blasphème !
ouvriers, tableau horrifiant des conditions de travail des enfants, tandis que le mathématicien Ô Dieu ! qu’il soit maudit au nom du
Dupin écrit Du travail des enfants qu’emploient les ateliers, les usines et les manufactures en travail même,
1840, ce qui mène à la loi du 21 mars 1841 (Loi relative au travail des enfants employés dans Au nom du vrai travail, saint, fécond,
les manufactures, usines et ateliers) portant l’âge minimum à 8 ans et limitant le travail de généreux,
nuit. La durée de travail est aussi réglementée et la scolarisation obligatoire jusqu’à 12 ans Qui fait le peuple libre et qui rend
13
mais ces mesures n’ont que peu d’effet , Louis Villermé dénonçant des industriels qui l’homme heureux !
cachent les enfants lors d’inspections. En 1874, une nouvelle loi limite l’emploi avant 12 ans.
Aux États-Unis, certains états industriels comme le Connecticut ou le Massachusetts limitent
la durée de travail à dix heures quotidiennes en 1843. Victor Hugo, Les Contemplations, 1856 (Texte
complet)
À la fin du XIXe siècle en Europe, l’âge minimum est encore de 9 ans en Italie, 10 ans au
Danemark, 12 ans en Allemagne et aux Pays-Bas mais de 14 ans en Suisse. Le travail de nuit,
les dimanches et les jours fériés est prohibé avant 16 ans dans de nombreux pays. L’âge
minimum pour la descente dans les mines est en général de un à deux ans plus élevés. La durée de travail est ramenée à 6 heures en Angleterre
25
avant 14 ans, 8 heures en Italie, 12 heures en Belgique .

L'arrivée de la scolarisation obligatoire est le facteur le plus décisif de la baisse du travail des enfants en
Europe. L’école entre d’abord en conflit avec l’usine : pour les parents, la scolarité coûte cher tandis
qu’avoir un enfant qui travaille améliore l’ordinaire ; pour les industriels, les horaires de l’école
concurrencent les heures de travail autorisées. En France, il faut l’imposition de l’école primaire
obligatoire de 6 à 13 ans par Jules Ferry en 1880-1881. Sa gratuité permet de changer lentement les
mentalités en faisant de l’école la norme, même pour les enfants d’ouvriers qui mettront un certain temps
à en comprendre l'intérêt. Les allocations familiales octroyées en fonction de l’assiduité scolaire
contribuent encore à cette généralisation, tout en compensant pour les familles pauvres la perte de salaire
13
associée à la fin du travail des enfants . C’est aussi cette mesure qui a permis de réduire
Deux filles arborant des slogans
significativement (mais pas totalement) le travail domestique et agricole des enfants, jusque-là invisible
« Abolish child slavery »
pour le législateur.
(« Abolissez l’esclavage des
enfants »), en anglais et en yiddish,
Les autres pays d’Europe et d’Amérique du Nord ont suivi des voies similaires tout en relevant l’âge
pendant la labor parade à New York
minimum au cours du XXe siècle pour atteindre généralement 16 ans à la fin de la scolarité obligatoire (en
le 1er mai 1909.
France en 1959, aux États-Unis en 1938).

Les pays en développement

Si le travail des enfants existe toujours dans les pays développés, son incidence y est devenue et restée
faible dans la seconde moitié du XXe siècle : l’OIT indique qu’environ 3 % des enfants des pays
industrialisés sont « économiquement actifs ». En revanche, dans les pays en développement, l’incidence
du travail des enfants reste élevée. Ce travail est resté en grande partie « invisible », souvent cantonné à
la sphère familiale ou aux zones rurales.

La mondialisation a changé cet état et, à l’image de la révolution


industrielle, a rendu plus visible ce travail et les conditions
Moulin à canne à sucre, Liberia,
sordides qui l’entourent parfois. Dans les années 1980, certains
1968.
scandales ont ainsi attiré l’attention du public occidental sur les
enfants travaillant dans les ateliers de confection asiatiques (les
fameux ateliers de misère ou « sweatshops ») ou sur les enfants
des rues survivant de petits travaux. Certaines ONG, tant locales qu’internationales, se sont créées dans
le but d’éliminer le travail des enfants. L’OIT a lancé le « Programme focal sur le travail des enfants » en
1992 et des campagnes ont été menées afin de pousser les entreprises européennes et nord-américaines Jeune berger Maasai au Kenya en
ainsi que les multinationales à ne pas utiliser le travail des enfants. La première estimation globale du 1979 : le travail avec la famille dans
nombre d’enfants au travail paraît en 1996 puis est révisée en 2002. Cette estimation a permis de mieux l’agriculture reste majoritaire, et
saisir l’ampleur du phénomène ainsi que ses caractéristiques. Toujours en 2002, le 12 juin a été déclaré difficilement quantifiable.
« journée mondiale contre le travail des enfants ».

Depuis août 2014, la Bolivie autorise le travail des enfants dès l'âge de 10 ans. Si cette nouvelle loi permet d'encadrer ce secteur, une demande
des syndicats, elle est aussi critiquée pour risquer d'encourager des enfants à travailler très jeunes. L'UNICEF a fait part de sa « préoccupation »
26 27
et l'OIT a annoncé une enquête . La loi est annulée en 2018 .
28
En République Démocratique du Congo, de nombreux enfants travaillent dans les mines d'or de Kamituga, dans la province du Sud-Kivu .

Situation actuelle

Estimations globales

La majorité des statistiques existantes sur le travail des enfants ne sont que des estimations en grande partie à cause du caractère informel et
parfois illégal des activités concernées, de la confusion avec le travail des adultes et du fait que la plupart des activités ont lieu dans la famille.
Elles proviennent de plusieurs sources : l'Organisation internationale du travail (et plus particulièrement le Bureau international du travail, BIT) a
conduit deux évaluations au niveau mondial, l'une publiée en 1996 à partir de questionnaires effectués dans les années 1990 portant sur les 5-14
ans, l'autre publiée en 2002 avec une méthodologie revue portant sur les 5-17 ans. Les chiffres sont souvent extrapolés à partir d’enquêtes de
terrain et de questionnaires, ne donnant ainsi qu'une indication du nombre d’enfants concernés dans chaque pays et dans chaque secteur, mais ces
indications sont tout de même utiles pour obtenir un ordre de grandeur du phénomène. L'OIT fournit ses données aux autres agences de l'ONU
comme l'Unicef ou l'Unesco, ces estimations étant utilisées par de nombreuses ONG, des syndicats, des
29
gouvernements ainsi que par la Banque mondiale et sont devenues la référence de facto . Des
statistiques réactualisées ont été publiées en 2006 avec la même méthodologie qu’en 2002, permettant
pour la première fois une comparaison.

D’autres estimations proviennent de l’Unicef, de la CISL qui tire ses données d’études effectuées par les
syndicats locaux ainsi que d’ONG impliquées dans ces domaines comme Amnesty International pour les
enfants-soldats, Anti-Slavery International pour l’esclavage d’enfants ou ECPAT pour l’exploitation
sexuelle des enfants ; les gouvernements produisent également leurs propres estimations. L’OIT reste la
seule organisation à avoir produit une méthodologie et des estimations globales, notamment grâce au
7
projet SIMPOC (Statistical and Information Monitoring Programme) dans 29 pays différents et au
programme IPEC (Programme international pour l'abolition du travail des enfants).
2
Dans son rapport de 2002 , l’OIT donne ainsi le chiffre de 351,7 millions d’enfants entre 5 et 17 ans
exerçant une activité en 2000, 23 % de cette tranche d’âge, dont 210,8 millions entre 5 et 14 ans (détails
dans le tableau ci-dessous). Bien que ce chiffre représente près d’un quart des 5-17 ans, il est encore
29
souvent considéré comme une estimation « minimale » en raison d’une part de l’invisibilité du travail
domestique et d’autre part de la prudence de l’OIT dans sa méthodologie. Les filles représentent 47 à
50 % des enfants au travail selon les tranches d’âge, 45 % pour les travaux dangereux, mais sont
Jeune adolescent travaillant à
davantage impliquées dans le travail domestique qui est moins visible. évacuer la poussière d'un puits,
2 Gambie, 2008.
Nombre d’enfants (en millions) au travail par tranche d’âge dans le monde en 2000, d'après l’OIT
Enfants non Enfants
Enfants au travail dont travail :
Tranche Total scolarisés scolarisés
d’âge d’enfants à non non
Total Proportion dangereux actifs actifs
abolir actifs actifs
5 - 9 ans 600,2 73,1 12,2 % 12 % 20 % 7% 68 %
10 - 14 186,3 111,3
599,2 137,7 23,0 % 23 % 10 % 13 % 67 %
ans
15 - 17
332,1 140,9 42,4 % 59,2 59,2 42,5 % 14 % 31 % 43,5 %
ans
Tous 1 531,5 351,7 23,0 % 245,5 170,5

30
Données mises à jour en 2004, d’après l’OIT
Enfants au travail Variation dont travail :
Tranche d’âge Total d’enfants
Total Proportion p/r 2000 à abolir dangereux
5 - 14 ans 1 206,5 190,7 15,8 % - 9,6 % 165,8 74,4
15 - 17 ans 359,8 126,7 35,2 % - 9,8 % 51,9 51,9
Tous 1 566,3 317,4 20,3 % - 10,1 % 217,7 126,3

L'organisation internationale du travail recense en 2017 73 millions d'enfants dans le monde, qui ont entre 5 et 11 ans et qui sont obligés de
31
travailler .

Populations touchées

Répartition géographique

Si le travail des enfants existe dans quasiment tous les pays du monde, c’est dans les pays en
développement qu’il est le plus fréquent. En valeur absolue, c’est dans la zone Asie – Pacifique que se
trouvent le plus d’enfants au travail avec 60 % du total mondial. En Inde, les estimations varient entre 16
32
millions d’enfants entre 5 et 14 ans (d’après les ONG locales ) et 150 millions d'enfants actifs de moins
32 33
de 18 ans ; la Banque mondiale retient une valeur de 40 millions et l’Unicef 60 millions . En termes
de proportions, c’est l’Afrique subsaharienne qui montre les taux les plus élevés, souvent liés à la
pauvreté du pays : le Niger et le Sierra Leone affichent des taux de près de 70 % d’enfants au travail
tandis que le Mali ou le Burundi approchent les 50 %. Le Proche et le Moyen-Orient ne sont pas
épargnés, notamment en Irak à la suite de l’embargo et de la guerre de 2003 ou dans les territoires
33 Travail domestique à Sandakphu, au
palestiniens occupés. En Amérique latine, le phénomène concerne près d’un enfant sur six .
Bengale-Occidental.
Mais les pays développés — ainsi que les « économies de transition » — sont également concernés : 3 %
2
des enfants de 10 à 14 ans sont économiquement actifs dans les pays industrialisés , ce qui ne se limite
pas aux petits « jobs » mais inclut également le travail au noir ou certaines des pires formes de travail (prostitution et trafics). Officiellement,
l’Italie compte à elle seule 320 000 enfants au travail de 6 à 13 ans, nombre qui augmente de 50 % pendant la période estivale, tandis qu’en
Grande-Bretagne, le Trades Union Congress estime que deux millions d’enfants travaillent régulièrement et de plus en plus souvent pour
33
suppléer au revenu familial. Les États-Unis compteraient 5,5 millions de jeunes actifs durant l’été dont 800 000 dans l’agriculture . En Europe
2
de l'Est, 4 % des 10 – 14 ans sont actifs , un million en Russie et près de 100 000 en Bulgarie.

36
Proportion d’enfants de 5 à 14 ans au travail pour chaque pays, d’après un Pays ayant ratifié les conventions 138 et 182 de l'OIT, en 2006 :
34 35
rapport de la Banque mondiale et des données de l’OIT : Ratification des conventions 138 et 182
20 à 30 % d'enfants au travail Ratification de la convention 182 mais pas de la 138
Pas de données
0 à 10 % d'enfants au travail 30 à 40 % d'enfants au travail Ratification de la convention 138 mais pas de la 182
Plus de 40 % d'enfants au Aucune ratification
10 à 20 % d'enfants au travail
travail
Aucune donnée / pays non membre de l'OIT

2
Distribution du travail des enfants par région du monde, pour les enfants entre 5 et 14 ans .
La colonne verte (axe de gauche) indique le nombre en millions d'enfants de 5 à 14 ans
économiquement actifs, et la colonne rouge (axe de droite) indique leur pourcentage parmi les
enfants du même âge de cette région.

T : Total C : Amérique latine / Caraïbes

A : Asie / Pacifique D : Moyen-Orient / Afrique du Nord


E : Économies développées
B : Afrique sub-saharienne
F : Économies en transition

Répartition sociale

Les activités exercées par les enfants varient selon les continents et les cultures.

Une constante demeure à travers l'histoire et se poursuit actuellement : les enfants au travail sont issus de
5
familles pauvres, la pauvreté étant une des causes bien établies du travail des enfants . Très souvent, ils
font aussi partie d’une classe sociale « basse » comme en Inde où les enfants au travail sont fréquemment
des dalits ou d’une caste inférieure ; en Europe de l’Est, ils font souvent partie d’une minorité (comme
les Roms) ; en Amérique latine comme en Afrique, les enfants des rues, plus vulnérables, sont davantage
au travail. Cette vulnérabilité touche aussi les immigrants pauvres arrivant en Amérique du Nord ou en
33 Vendeuse ambulante à Grand-
Europe .
Bassam dans le sud de la Côte
Un autre point commun à ces enfants est de quasiment toujours travailler dans des secteurs de faible d'Ivoire.
technologie (on ne trouve virtuellement aucun enfant dans les entreprises à haute technologie), et en
particulier dans les secteurs où il y a un important besoin de main-d'œuvre, comme l’agriculture
familiale, les grandes plantations ou les ateliers textiles. Dans les manufactures, il y a souvent besoin de main-d’œuvre peu qualifiée mais en
37
grand nombre ; la recherche de main-d’œuvre peu chère conduit alors à utiliser le travail d’enfants .

Répartition sectorielle

38
38
Le classement du travail par type d’activité pratiquée peut être trouvé dans une étude de 1996 et
répartit le travail des enfants en grands secteurs : 70,4 % dans l’agriculture, la chasse ou la pêche, 8,3 %
dans le commerce de gros ou au détail ou dans la restauration et les hôtels, 8,3 % dans les manufactures,
6,5 % dans les « services communautaires, sociaux ou personnels », 3,8 % dans les transports, les
entrepôts et la communication, 1,9 % dans la construction et 0,9 % dans les industries extractives
(minières notamment). Les « pires formes de travail » sont traitées dans la partie suivante.

Ces résultats vont à l’encontre de l’image courante d’enfants travaillant majoritairement en usines ou en
5
ateliers de confection : si cette activité existe, elle reste faible par rapport au travail dans la sphère
Enfant chargeant un bateau de
familiale et dans l’agriculture.
pêche.

Agriculture

Selon les pays, les enfants qui travaillent dans l’agriculture peuvent représenter 90 à 95 % des
enfants au travail, la moyenne étant de 70 à 74 % ; la part des enfants augmente quand l’économie
d’un pays est basé sur l’agriculture. On distingue les enfants qui travaillent aux champs avec leurs
parents et ceux qui sont employés sur de grandes plantations ou exploitations. Le premier cas est
fréquent dans les pays dont l’économie est essentiellement basé sur l’agriculture, les enfants sont
alors souvent responsables de la garde du bétail et de petits travaux. Si les abus restent possibles,
39
ils sont moins nombreux puisque les enfants restent dans le cadre familial . Leurs activités
peuvent inclure la participation aux récoltes et à la pêche, à la chasse, la garde des bêtes, le
repiquage du riz ; les filles sont plus souvent chargées de chercher de l’eau, de s’occuper des
bébés, de préparer les repas. Quand ces enfants vont à l’école, l’absentéisme augmente lors des
29 Enfants et jeunes menant une charrue à
récoltes .
bœufs, en Sierra Leone.
Les enfants employés sur des plantations ont généralement des conditions de vie plus dures : leurs
activités sont liées à celles de leurs parents qu’ils aident, pour la cueillette du thé, du café, pour
l’entretien de plantes ou l’application d’engrais. Les techniques d’agriculture modernes exposent les
enfants aux mêmes dangers que l’industrie en raison de la chaleur, de la poussière, des risques liés aux
machines agricoles et des dangers représentés par les produits toxiques comme les pesticides. Cependant,
les enfants des grandes plantations représentent moins de 5 % des enfants travailleurs. Les moins de 15
7
ans atteignent 25 à 30 % de la main-d’œuvre sur les plantations au Mexique, au Kenya ou au Brésil .

Industrie et construction
Retour du champ
Si l’industrie n’est pas le secteur dominant, il est souvent le plus connu d’une part car il s’agit
fréquemment de travail dangereux et d’autre part car c’est le
travail d’enfants dans les manufactures de la révolution
industrielle qui a rendu visible ce phénomène et a mené à sa
réglementation. Dans les pays développés, c’est l’image la plus
courante lorsque l’on évoque le travail d’enfants des pays en
39
développement . L’emploi d’enfants en dessous de 12 ans
n’est pas rare dans la construction pour les petites tâches de
nettoyage et de transport ; c’était encore le cas en Europe du
Sud (notamment en Italie) dans les années 1980.
Enfants et adolescents dans une Ce secteur inclut les manufactures et usines, les briqueteries, les Mineurs aux États-Unis (Gary,
usine de verre au XIXe siècle dans Virginie-Occidentale) en 1908.
chantiers de construction, les mines et carrières, mais aussi les
l'Indiana.
ateliers textiles et les filatures, les tanneries, les poteries, les
usines de savon, d’allumettes, voire de produits chimiques
quand une extraction manuelle est requise.

Secteur informel

Le secteur informel désigne les activités non réglementées, souvent de petite taille, effectuées par un individu ou une famille. Il est répandu
principalement en milieu urbain où le chômage est important : dans les pays en développement, l’OIT estime qu’il représente 60 % de la main-
d’œuvre urbaine et une part importante du PIB (25 % au Nigeria, près de 50 % aux Philippines). Il est intimement lié à l’exode rural et à la
formation des bidonvilles. Les principales activités que l’on retrouve sont la vente à petite échelle (boissons, fruits, cigarettes), l’artisanat
29
(réparations), les services (cirage de chaussures, lavage de voitures, ramassage d'ordures), le transport (conducteur de Rickshaw, porteur) .

Ces travaux sont surtout destinés à la survie à court terme. Le secteur informel n’est pas sans lien avec le formel, par exemple lorsque des
vendeurs de rue travaillent pour le compte d’un commerce, faisant ainsi partie de la chaîne de production. Le secteur informel inclut aussi les
7
enfants des rues exploités pour la revente de drogue ou par la mendicité (ce qui concerne 600 000 enfants d’après l’OIT ). Si nombre des enfants
travaillant dans le secteur informel ont un foyer, ceux qui vivent dans la rue sont encore plus vulnérables ; l’Unicef estime ainsi que le nombre
40
d’enfants des rues se compte par dizaines de millions dans le monde .

Activités domestiques
Le travail domestique est la forme de travail la plus cachée et la plus difficile à estimer puisqu’elle prend
place au sein des foyers. Si l’implication d’un enfant dans les tâches domestiques est généralement
considéré comme bénéfique et participant à son éducation, dans de nombreux pays, des enfants sont
employés comme domestiques par une autre famille que la leur, voire sont exploités par leur propre
famille ; ce dernier cas n’est toutefois pas inclus dans les enfants « économiquement actifs ».

Le nombre exact d’enfants dans ces conditions est inconnu : l’OIT avance pour l'année 2004 un chiffre
41
de plusieurs millions, en grande majorité des filles .

Actualisé en 2013, le nombre des enfants travaillant comme domestiques chez des particuliers est fixé à
15,5 millions (sur un total de 305 millions d'enfants travaillant dans le monde). L'OIT estime qu’il y a
plus de filles de 16 ans astreintes à un travail domestique que dans les autres formes de travail. Certaines
évaluations permettent d’obtenir un ordre de grandeur sur un phénomène présent dans beaucoup de
régions du monde et particulièrement en Afrique, mais aussi en Asie et au Moyen-Orient. Parmi les
estimations chiffrées avancées par l'OIT: 482 000 enfants au Brésil, 300 000 uniquement à Dhâkâ,
700 000 en Indonésie, 200 000 au Kenya, 66 à 88 000 au Maroc, 200 000 en Haïti, etc.
Un enfant travaillant comme
Les raisons de l’entrée dans le travail domestique sont nombreuses : il est souvent perçu comme « homme-sandwich » donnant l’heure
« normal » ou au moins ne posant pas de problème, il peut être institutionnalisé : à Mérida au Mexique.

Il représente une manière d’échapper à la misère comme pour les restavecs


haïtiens,
Il peut aussi faire l’objet d’un trafic ou d’un remboursement de dettes. Ainsi, au
Pakistan ou au Népal, des familles rurales ayant contracté des dettes doivent
42
souvent louer leur enfant comme domestique pour les rembourser .
En Éthiopie, le travail domestique donne lieu à un véritable « commerce
international » : Chaque année des milliers de filles sont envoyées vers des pays
43
du Moyen-Orient pour y travailler dans des conditions parfois très violentes .

« Pires formes de travail »


7 Filles portant des jarres d’eau en Inde.
On estimait en 2002 que 8,4 millions d’enfants se retrouvaient dans une des « pires formes de
travail » telles que définies par l’OIT (convention 182, article 3). Ce chiffre est cependant une
estimation basse car seuls les pays effectivement inclus
dans l’enquête ont été comptés sans extrapolation aux autres
44
pays, et les critères choisis sont relativement stricts . Le
nombre réel d’enfants dans ces conditions peut en réalité être
bien supérieur. L’OIT classe ces formes en cinq catégories : le
travail forcé, le trafic d’enfants, l’industrie du sexe, les conflits
armés et les activités illicites.

Travail forcé et esclavage Enfant poussant un pousse-pousse


Campagne d'information auprès des au Benin, 2016
familles pour lutter contre le travail Le travail forcé concerne environ 5,7 millions d’enfants dans le
des "petites bonnes" en Mauritanie. monde. Il se distingue des autres formes de travail des enfants
par une certaine restriction des mouvements de l’enfant, une
violence mentale ou physique, l’absence de consentement et /
45
ou une forme de contrôle au-delà de la normale . L’esclavage va encore plus loin en réduisant la
personne à l’état de marchandise appartenant à son « propriétaire ».

Si les estimations indiquent que la majorité de ces enfants se trouvent en Asie (5,5 millions), c’est aussi
parce que les sources fiables manquent pour les autres régions, ce type de travail étant difficile à
apprécier. Une autre raison est le caractère quasi institutionnel de la servitude pour dettes (bonded labour
46
en anglais) comme le système de kamaiya au Népal : dans de tels systèmes, des parents peuvent placer
un enfant dès 7 ou 8 ans pour un travail en usine afin d’obtenir un prêt ou de payer des dettes. Les
6
différents rapports montrent que, dans la plupart des cas, ce travail tourne vite à l’esclavage . Fillettes travaillant au tissage des
tapis à Smyrne en Turquie, 1907
Les exemples les plus connus sont au Népal, au Pakistan et en Inde. Dans ce dernier pays, la pratique est
répandue dans l’agriculture et les industries de la cigarette, de la soie ou des tapis. Une étude portait sur
les conditions de vie des milliers d’enfants travaillant dans l’industrie du tapis et les décrivait

« […] kidnappés, déplacés ou placés par leurs parents pour de faibles sommes d’argent. La plupart d’entre eux sont retenus en
captivité, torturés et forcés à travailler 20 heures par jour sans une pause. Ces petits enfants doivent s’accroupir sur leurs orteils,
de l’aube au crépuscule chaque jour, handicapant sévèrement leur croissance. Les activistes sociaux dans ce domaine n’arrivent
47
pas à travailler en raison du contrôle proche de celui d’une mafia exercé par les gérants des ateliers de tissage . »
D’autres situations similaires se retrouvent au Brésil avec les plantations de canne à sucre et les
charbonniers. En 1993, des enfants de 4 ans avaient été reportés au travail dans une plantation de
48
coton à Paraná . En Mauritanie, malgré l’abolition de l’esclavage en 1980, il reste encore
environ 400 000 personnes d’Afrique noire servant d’esclaves à des Berbères, les enfants comme
49
les adultes . La fondation Walk Free (http://www.globalslaveryindex.org/) publie un indice sur
l’esclavage et produit des rapports pour certains pays.

Trafic d’enfants
Dans un sweatshop à Chicago en 1930.
Le trafic d'enfants inclut « le recrutement, le transport, le transfert, l’abri ou la réception d’un
50
enfant à des fins d’exploitations » . L’OIT estime que 1,2 million d’enfants subissent un tel trafic
dans le monde dont 550 000 rien qu’en Amérique du Sud. Mais ce 1,2 million n’est pas compté dans le total des « pires formes de travail » afin
d’éviter un double compte : les enfants trafiqués subissent en général une autre forme d’exploitation.

Le but du trafic dépend de l’âge et du sexe des enfants : les garçons sont généralement trafiqués pour du travail forcé dans de grandes plantations
ou le trafic de drogue tandis que les filles sont plutôt destinées à l’exploitation sexuelle ou domestique. Les enfants peuvent aussi être exploités
dans des réseaux de mendicité organisée, envoyés pour des réseaux d’adoption illégaux ou pour des mariages forcés. Les trafics s’opèrent aussi
7
bien à l’intérieur des pays, qu’entre différents pays ainsi qu’à l’échelle mondiale . Les réseaux sont à la fois nationaux, continentaux ou
mondiaux ; l’OIT a ainsi identifié quelques grandes routes de trafic international : Amérique latine → Europe et Moyen-Orient ; Asie → Europe
et Moyen-Orient ; Népal et Bangladesh → Inde ; Birmanie et Laos → Thaïlande ; Afrique de l’Ouest → Nigéria ; Afrique australe → Afrique du
51
Sud ; Europe de l’Est → Europe de l’Ouest .

Exploitation sexuelle
2
D’après l’OIT , 1,8 million d’enfants sont impliqués dans le commerce sexuel mondial, la plupart entre
15 et 17 ans ; 750 000 se trouvaient en Amérique du Sud et Caraïbes, 590 000 en Asie / zone Pacifique
et 420 000 dans les pays développés. Les formes de travail sont diverses : pornographie juvénile,
53
prostitution, trafic sexuel et / ou tourisme sexuel. 98 % des enfants concernés sont des filles .

L’exploitation sexuelle des enfants apparaît dans les médias à l’occasion de scandales sur le tourisme
sexuel, organisé en général pour des hommes venant de pays développés vers la Thaïlande, la
République dominicaine ou le Brésil entre autres pays. Mais l’exploitation sexuelle est aussi organisée
6
localement : aux États-Unis, on estime à plus de 100 000 le nombre d’enfants prostitués . L’exploitation
sexuelle peut être liée à d’autres formes d’exploitations : les fabriques indiennes de tapis citées plus haut
sont connues pour servir de centres de recrutement pour des maisons closes. Les enfants prostitués sont
exposés aux maladies sexuellement transmissibles, aux grossesses non désirées, aux drogues. Ils
souffrent également de stigmatisations dans le reste de la société, et sont parfois même considérés comme
« illégaux » et traités comme tels par les forces de l’ordre, par exemple quand le racolage est interdit.

La prostitution d’enfants répond à une demande, entretenue par certaines superstitions (avoir une relation
sexuelle avec un enfant entretiendrait la virilité) et la crainte du sida (les enfants sont supposés être moins
29
contaminés que les adultes, supposition souvent fausse) . Enfant prostituée. Daguerréotype
anonyme (1871) « Mary Simpson,
La pornographie enfantine est définie par les Nations unies comme « toute représentation, par quelques une vulgaire prostituée de 10 ou 11
moyens que ce soit, d’un enfant s’adonnant à des activités sexuelles explicites, réelles ou simulées, ou ans. Est connue sous le
toute représentation des organes sexuels d’un enfant, à des fins principalement sexuelles », dans le pseudonyme de Madame Berry
54
protocole facultatif à la Convention des droits de l'enfant . Le développement d’Internet a aussi accru la depuis au moins deux ans. Enceinte
52
demande pour ce type de pornographie dont on estime qu’elle concerne un million d’images en de quatre mois »
circulation, incluant également les images montrant des actes de sadisme, de dépravation sexuelle et / ou
de relations entre enfants parfois très jeunes. Les études font état de graves troubles psychologiques pour
55
les enfants victimes de pédophiles, dont des tendances suicidaires . Ce commerce génère deux à trois milliards de dollars US aux seuls États-
56
Unis .

Enfants soldats

Actuellement, il y aurait environ 300 000 enfants soldats dans le monde, impliqués dans une trentaine de
conflits ; un tiers d’entre eux se trouvent en Afrique subsaharienne et dans les conflits réguliers en
République démocratique du Congo, en Colombie (où entre 11 et 14 000 enfants feraient partie des
forces paramilitaires) et en Birmanie (où 20 % de l’armée serait composée de mineurs d’après Human
57
Rights Watch ). La plupart d’entre eux ont entre 14 et 18 ans mais on compte aussi des enfants d’à
58
peine 8 ou 9 ans qui s’engagent volontairement dans des milices et autres groupes paramilitaires . Si
l’image la plus courante est celle de l’enfant-combattant fusil à la main, les enfants-soldats sont utilisés
pour de nombreuses tâches : espionnage et reconnaissance, pose de mines, entraînements des soldats
adultes mais aussi tâches ménagères, portage du matériel ou cuisine. Les filles sont de plus exposées aux
Enfants soldats dans un centre de
abus sexuels.
réinsertion, Sri Lanka, 2009
Leurs motivations incluent la recherche d’un moyen de survie dans des régions souvent dévastées, l’expérience de membres de leurs familles tués
ou mutilés par le conflit ou la faible éducation qui ne permet pas d’autre choix. De nombreuses filles s’engagent pour échapper aux abus sexuels
ou à la servitude domestique, bien que leurs conditions de vie ne soient pas forcément meilleures en tant que soldats. La proportion de filles serait
59
d’environ 40 % . Les motivations de leurs recruteurs sont différentes : les enfants-soldats sont « impressionnables, sensibles à l’autorité, moins
29
portés à déserter ou à réclamer leur solde que des adultes » . L’Unicef affirme que la diffusion de petites armes légères a renforcé l’utilisation
60
d’enfants .

Les déterminants du travail des enfants


Pour Bénédicte Manier, le travail des enfants est causé par un ensemble de facteurs agissant en commun : la pauvreté des familles, la faible
scolarisation, l’échec ou l’inefficacité des politiques sociales ainsi que certains facteurs socioculturels. Parmi ces facteurs, la pauvreté est
61
régulièrement identifiée comme une raison essentielle .

Causes socio-économiques

Effets de la pauvreté

Le travail des enfants a été identifié comme une des stratégies de survie des populations pauvres : ces
stratégies visent à assurer l’essentiel et en premier lieu l’alimentation du jour. Chaque membre de la
famille étant une bouche à nourrir, tous sont appelés à contribuer au revenu familial. La pauvreté
empêchant le pouvoir de décision à long terme et entraînant une lutte quotidienne pour sa survie, les
familles peuvent être amenées à accepter n’importe quelle proposition les aidant à améliorer leur situation
— l’analphabétisme encore fréquent dans les pays en développement pouvant les amener à croire des
61
personnes peu scrupuleuses . Le lien entre pauvreté et travail des enfants se vérifie également dans les
pays développés (où les enfants au travail font partie des couches défavorisées) et dans les pays ayant
connu des crises économiques (l’Argentine en 2000, l’Asie du Sud-Est en 1997, l’Europe de l’Est) où
les enfants au travail font partie des « nouveaux pauvres ».

La pauvreté des familles provient souvent elle-même du chômage ou du sous-emploi des parents :
d’après l’OIT, en 2003, 180 millions de personnes sont au chômage et 700 millions sont sous-employées
soit au total un tiers de la population active mondiale qui ne gagne pas le minimum vital. Si le secteur
informel absorbe une partie de cette main-d’œuvre, il n’est pas illimité et les revenus qu’il dégage ne sont
pas stables d’où le recours à un revenu d’appoint en faisant travailler les enfants. De plus, la demande Vendeur de mangues à Maracaibo,
d’emploi étant supérieure à l’offre, les employeurs peuvent davantage imposer leurs conditions et choisir Venezuela, 2013.
d’embaucher des enfants (moins payés et plus dociles) que des adultes : dans de nombreuses situations,
les enfants travaillent alors que les parents sont au chômage, entrant ainsi en « concurrence
61
involontaire » .

La vulnérabilité s’ajoute à la pauvreté : les enfants au travail se situent fréquemment au bas de l’échelle sociale parmi les castes inférieures en
Inde, les paysans sans terre au Brésil, les réfugiés, les minorités ethniques, etc. Les systèmes inégalitaires rendent plus facile l’exploitation
d’enfants.

Comparaison des indicateurs

Taux de pauvreté dans le monde : pourcentage de 63


Taux de chômage d’après la CIA, données de 2006 .
personnes vivant sous le seuil de pauvreté officiel du pays,
62
d’après la CIA, années 2001 à 2005 .
64 Classement des pays par Indicateur de développement
Taux d’alphabétisation d’après la CIA, données de 2006 65
humain, données de l’ONU de 2008 .

Le choix entre travail et scolarisation

Appliquée aux décisions familiales, la théorie microéconomique analyse la scolarisation comme le


66
résultat d’un arbitrage avec le travail. D’après Gary Becker , le résultat de cet arbitrage est que les
enfants sont envoyés à l’école tant que le profit à terme anticipé de l’éducation est supérieur au coût
d'opportunité, c’est-à-dire à la perte de revenu immédiate qu’implique la scolarisation. La possibilité du
travail des enfants vient s’ajouter aux coûts de scolarisation, dans la mesure où elle représente un
manque à gagner, tandis que la qualité de l’enseignement influe directement sur le profit anticipé de
l'éducation.

Le coût de la scolarisation s'accroît donc avec les salaires. Des études ont montré que, dans les pays Jeune vendeuse de beurre de karité
67 à Tafiré en Côte d'Ivoire, 2017
latino-américains, la hausse du niveau de salaire diminue les chances de scolarisation . Au Mexique, la
hausse du niveau des salaires diminue les chances que l'enfant soit uniquement scolarisé sans
68
travailler . Cet effet des salaires est parfois plus important dans les zones riches que dans les zones
pauvres. Ainsi au Brésil dans les années 1990, le travail des enfants était plus important dans la région riche de São Paulo que dans celle pauvre
69
de Bahia .

D’ailleurs, d’autres études montrent que le taux de chômage a un effet similaire. Les périodes de chômage, bien que synonymes de pauvreté, sont
70
favorables à la scolarisation et au recul du travail des enfants, parce qu'elles réduisent le coût d'opportunité de la scolarisation . Cela montre que
le coût d’opportunité de la scolarisation a un effet décisif sur le travail des enfants, et que la pauvreté ne suffit pas seule à l’expliquer.

Des mesures microéconomiques peuvent modifier cet arbitrage entre scolarisation et travail. Gary Becker, qui l'interprète comme l’opposition des
intérêts économiques à court terme des parents et ceux à long terme de l’enfant, propose ainsi de payer les parents lorsque leurs enfants sont
scolarisés. Cette mesure est appliquée au Mexique, où environ 2 millions de familles pauvres reçoivent en moyenne 25 dollars par mois lorsque
71
leurs enfants sont scolarisés (le revenu moyen mensuel de ces familles est d'environ 100 dollars) ainsi qu'au Brésil, de façon similaire aux
e
allocations familiales introduites en France au début du XX siècle.

Facteurs socioculturels

La valeur attribuée à l'éducation par rapport à l'apprentissage ou au travail n'est pas la même selon les
cultures : la « culture de l'école » a mis plus d'un siècle à s'implanter durablement en Europe et elle ne
semble toujours pas acquise dans de nombreux pays en développement où les grands-parents et souvent
les parents ne sont pas allés à l'école. Le travail des enfants, loin d'être vu comme un « fléau », y est
valorisé car il permet souvent l'apprentissage tandis que le système éducatif ne mène pas forcément à un
61
bon emploi ; cette conception est souvent celle des populations pauvres . La perception qu'en ont les
enfants est aussi variable : il y a ceux qui souffrent de leur condition mais d'autres qui sont fiers d'aider
2
leur famille ou d'apprendre un savoir-faire .
Enfants employés au Tifton Cotton
Le faible taux de scolarisation des filles (qui forment 60 % des enfants non scolarisés) provient quant à Mills en Géorgie (États-Unis), 1909
lui souvent de préjugés culturels, les filles étant « destinés à être mariées » et l'éducation étant alors une
perte de temps et d'argent : il vaudrait mieux leur apprendre à effectuer les travaux domestiques. Ainsi, si
61
le travail des filles commence plus tôt, il est aussi moins visible puisque restreint à la famille .

Les études empiriques montrent que le niveau d’éducation des parents, et plus particulièrement de la mère, est le plus important déterminant du
travail ou de la scolarisation des enfants. Il aurait plus d’impact que le niveau de revenu, le coût d’opportunité et la qualité du système éducatif
(ces variables sont toutefois toutes liées). L’explication de ce phénomène reste incertaine. Les mères éduquées ont une préférence plus grande
pour l’éducation. Elles ont aussi une plus grande influence au sein de la famille, ce qui se révèle décisif lorsque leur préférence pour la scolarité
n’est pas totalement partagée par le père. Enfin, dans la mesure où les mères passent davantage de temps avec leurs enfants, leur niveau
72
d’éducation diminue le coût de celui de leurs enfants .

Faiblesse de la scolarisation et des politiques sociales

73
73
Pour l'Unicef, 117 millions d'enfants ne sont pas scolarisés dans le monde , chiffre qui monte à plus de
400 millions en incluant les moins de 18 ans. De même que la scolarisation obligatoire a été un facteur
important d'abandon du travail des enfants en Occident, les faibles taux des pays en développement et
notamment de l'Afrique sub-saharienne empêchent ce phénomène de reculer. Même lorsqu'un enfant est
inscrit à l'école, l'achèvement de sa scolarité n'est pas assuré : seul un enfant sur trois termine son cycle
40
primaire dans le monde , les écoles atteignent difficilement les zones rurales et les bidonvilles des
banlieues, les fournitures scolaires et la cantine coûtent cher aux parents, ce à quoi l'enfant peut
contribuer par une activité rémunératrice. Mais ce travail peut lui-même empêcher l'assiduité d'où un
cercle vicieux aboutissant à l'exclusion de l'école.

L'échec de l'éducation est lui-même imputé aux budgets insuffisants alloués à ce domaine alors qu'il
occupe plus d'un cinquième du budget d'un pays comme la France, la part allouée à l'éducation dans les
74
pays en développement ne cesse de régresser (- 30 % dans les années 1990 ) ; la corruption des
gouvernements, la dette des pays pauvres, la faiblesse de l'aide au développement et la faiblesse des
recettes provenant de leurs exportations ne leur permettent pas d'accroître ce budget. L'Internationale de
l’éducation estime ainsi que 70 % des enseignants dans le monde sont pauvres, les obligeant alors à
recourir à un travail supplémentaire pour couvrir leurs besoins, et que la pénurie d'enseignants atteint 2,7 École rurale au Soudan.
75
millions de personnes .

Classement des pays par Indicateur


de développement humain, données
65
de l’ONU de 2008 .

Le choix entre travail et scolarisation

Appliquée aux décisions familiales, la théorie microéconomique analyse la scolarisation comme le résultat d’un arbitrage avec le travail. D’après
66
Gary Becker , le résultat de cet arbitrage est que les enfants sont envoyés à l’école tant que le profit à terme anticipé de l’éducation est supérieur
au coût d'opportunité, c’est-à-dire à la perte de revenu immédiate qu’implique la scolarisation. La possibilité du travail des enfants vient s’ajouter
aux coûts de scolarisation, dans la mesure où elle représente un manque à gagner, tandis que la qualité de l’enseignement influe directement sur le
profit anticipé de l'éducation.

Le coût de la scolarisation s'accroît donc avec les salaires. Des études ont montré que, dans les pays latino-américains, la hausse du niveau de
67
salaire diminue les chances de scolarisation . Au Mexique, la hausse du niveau des salaires diminue les chances que l'enfant soit uniquement
68
scolarisé sans travailler . Cet effet des salaires est parfois plus important dans les zones riches que dans les zones pauvres. Ainsi au Brésil dans
69
les années 1990, le travail des enfants était plus important dans la région riche de São Paulo que dans celle pauvre de Bahia .

D’ailleurs, d’autres études montrent que le taux de chômage a un effet similaire. Les périodes de chômage, bien que synonymes de pauvreté, sont
70
favorables à la scolarisation et au recul du travail des enfants, parce qu'elles réduisent le coût d'opportunité de la scolarisation . Cela montre que
le coût d’opportunité de la scolarisation a un effet décisif sur le travail des enfants, et que la pauvreté ne suffit pas seule à l’expliquer.

Des mesures microéconomiques peuvent modifier cet arbitrage entre scolarisation et travail. Gary Becker, qui l'interprète comme l’opposition des
intérêts économiques à court terme des parents et ceux à long terme de l’enfant, propose ainsi de payer les parents lorsque leurs enfants sont
scolarisés. Cette mesure est appliquée au Mexique, où environ 2 millions de familles pauvres reçoivent en moyenne 25 dollars par mois lorsque
71
leurs enfants sont scolarisés (le revenu moyen mensuel de ces familles est d'environ 100 dollars) ainsi qu'au Brésil, de façon similaire aux
33
allocations familiales introduites en France au début du XXe siècle .

Rôle économique

Fournissant un travail, ces enfants participent à l'économie. Une grande partie de ce travail est « invisible », dans
le sens où il est attesté, mais il n'est pas comptabilisé : c'est le cas du travail dans la sphère familiale, qui concerne
encore souvent les femmes n'ayant pas d'activité professionnelle mais s'occupant de leur famille. Les enfants qui
travaillent à l'extérieur de leur famille y apportent une contribution financière directe (participation au budget
familial) et indirect (ils subviennent à leur propres besoins et représentent une bouche de moins à nourrir). L'OIT
76
estimait qu'un enfant actif peut apporter entre 20 et 25 % du revenu familial pour une famille pauvre .
Enfants camerounais
77
travaillant dans une carrière La minorité des enfants salariés pèse un certain poids dans l'économie du pays : l'OIT estime que les enfants
78
pendant les vacances représentent près 5 % de la population active en Amérique latine, mais 14 % au Kenya . Il n'existe que des
ordres de grandeur pour leur poids par secteur : ainsi, au Pakistan, l'industrie du tapis rapportait 109 millions de
dollars en exportations en 1995-96 d'après le patronat ; selon la SACCS (South Asian Coalition on Child
Servitude), 500 000 enfants y travailleraient (sur 1,5 million de salariés), un chiffre sujet à caution mais qui donne un ordre de grandeur.
Les enfants impliqués dans le commerce, notamment dans le travail informel de vente dans les rues, se
retrouvent souvent à être le dernier maillon d'une chaîne de production, quand ils vendent des boissons
fraîches de grandes marques, des journaux, des friandises, etc., entrant parfois en concurrence avec les
commerces établis. De même, les récupérateurs de déchets font partie du système de recyclage informel,
en apportant les ordures à des récupérateurs professionnels. De fait, la principale motivation pour
employer des enfants est d'ordre économique : un enfant est moins cher et plus docile qu'un adulte, avec
79
des salaires deux à six fois moins élevés qui permettent de réduire les dépenses salariales.

Coûts et bénéfices

Un des arguments avancés contre l'abolition du travail des enfants est le fait que celui-ci, en améliorant la
rentabilité des entreprises, contribue à l'industrialisation et donc au développement économique du
37
pays . L'OIT a conduit une étude en 2004 sur les coûts et les bénéfices liés à l'abolition du travail des
80
enfants . Sa conclusion est claire :

« Bien que certains avantages importants, tels qu’un renforcement des chances de
Enfant thaïlandais vendant des
développement personnel, sont difficilement mesurables en termes monétaires, nos calculs
souvenirs, dernier maillon d'une
permettent clairement de conclure que l’élimination du travail des enfants représente un chaîne de production pouvant
investissement global très rentable. » s'étendre sur plusieurs pays.

Plus précisément, cette étude portait sur la réalisation du programme IPEC dans les pays en
développement et en transition. Les coûts du projet sont l'amélioration de l'éducation (infrastructure,
enseignants, fournitures…), le transfert de revenus (c'est-à-dire les programmes visant à compenser la perte pour les familles du revenu dégagé
par l'enfant, sous forme de prestations sociales), les interventions non scolaires (visant les pires formes de travail, les enfants très pauvres et/ou de
castes inférieures, les facteurs culturels dont les différences liées au genre), et le coût d'opportunité (les bénéfices perdus à la suite du retrait des
enfants de leur travail). Les bénéfices économiques attendus sont une capacité de production accrue grâce à une meilleure éducation, et une
réduction des coûts de santé grâce à l'arrêt des pires formes de travail (dont les conséquences physiques et psychiques ont été exposées plus haut).
En utilisant des données nationales et l'expérience de programmes déjà en place, l'étude a pu estimer le total des coûts et bénéfices :

Total des coûts et bénéfices économiques potentiels résultant de l'élimination du travail des enfants d'après l'OIT sur la
80
période 2000-2020 . Chiffres en milliards de dollars US à parité de pouvoir d'achat.
Pays en Amérique Afrique Afrique du Nord
Région Asie Ensemble
transition latine sub-saharienne Moyen-Orient
Éducation 8,5 299,1 38,7 107,4 39,6 493,4
Transfert de revenus 0,7 6,3 1,2 1,5 1,1 10,7
Autres interventions 0,4 2,4 5,8 0,6 0,2 9,8
Coût d'opportunité 16,0 151,0 30,9 30,1 18,8 246,8
Coûts totaux 25,6 458,8 76,6 139,5 59,7 760,3
Meilleure éducation 145,8 3 307,2 403,4 721,8 500,2 5 078,4
Santé améliorée 4,0 14,0 3,8 2,1 3,9 28,0
Bénéfices totaux 149,8 3 321,3 407,2 723,9 504,1 5 106,3
Bénéfices économiques nets 124,2 2 862,4 330,6 584,4 444,4 4 346,1
Paiements de transferts 13,1 125,8 23,5 29,1 22,1 213,6
Bénéfices financiers nets 111,1 2 736,6 307,1 555,4 422,3 4 123,5

L'OIT a conclu de cette étude que l'élimination du travail des enfants, généralement poursuivie pour des raisons éthiques, est également valable
d'un point de vue économique ou financier : les bénéfices dépasseraient de 6 à 7 fois les coûts. Cette étude rejoint celles de la Banque mondiale
81
qui tendent à montrer qu'investir dans l'éducation est une opération rentable à long terme pour les pays concernés . En Afrique sub-saharienne,
les bénéfices financiers nets dépassent la moitié du revenu national brut annuel. Cependant, l'étude ne reste qu'une estimation, portant sur un
programme théorique durant 20 ans ; et les coûts restent supérieurs aux bénéfices pendant les 15 premières années, les bénéfices s'envolant en
revanche à partir de la 16e année. L'OIT appelle à juste titre ce projet un « investissement transgénérationnel ».

Vers l'abolition ?

Évolution du droit

Au niveau international, le travail des enfants est régi par plusieurs conventions de l'OIT dont les principales sont actuellement la convention
no 138 sur l'âge minimum de travail (datant de 1973 et remplaçant plusieurs conventions précédentes sur l'âge minimum dans divers secteurs
d'activités) et la convention no 182 sur les pires formes de travail (voir la carte à ce sujet plus haut). La chronologie permet de retracer les
premières conventions de l'OIT qui, depuis 1919, portaient généralement sur l'âge minimum dans différents secteurs d'activité. Ces conventions

82
82
servent effectivement de « code du travail » international et de référence pour les ONG . L'ONU joue
également un rôle important, notamment avec la Convention relative aux droits de l'enfant et les
conventions portant sur l'esclavage et les enfants-soldats. Deux conférences ont été organisées
spécifiquement sur ce sujet par l'ONU, à Amsterdam en 1997 et à Kampala en 1998.

Au niveau national, les lois évoluent lentement dans le sens du durcissement et d'un rehaussement de
l'âge légal, la convention 138 accordant une certaine marge de manœuvre dans ce domaine pour les
travaux légers dans les pays en développement. L'âge minimum varie ainsi de 14 à 16 ans dans ces pays
mais avec quelques exceptions notables comme au Bangladesh où 12 ans suffisent pour travailler en
Fillette imitant ses parents, casseurs
magasin ou sur les plantations de thé ou encore en Haïti où l'on peut être légalement domestique dès 12
de pierres sur la carrière d'Ambatobe
ans (quand bien même cette tâche n'y est guère « légère », voir les Restavecs). Cependant, tous les pays
82 à Tananarive (Madagascar), 2016
n'ont pas signé les conventions de l'OIT et les sanctions restent encore faibles : les pays développés
disposent généralement d'une inspection du travail mais dont les moyens restent inégaux ; ces
inspections sont inexistantes dans de nombreux pays pauvres. L'OIT peut émettre des recommandations
lorsqu'un pays ne se conforme pas aux conventions.

Le changement vers l'abolition se heurte à plusieurs obstacles : d'une part, l'ampleur du phénomène est telle que les quelques actions médiatisées
(retrait d'une centaine d'enfants d'une mine par exemple) n'est rien par rapport aux centaines de milliers d'ateliers, d'exploitations agricoles, etc.
concernées et d'autre part, les ONG tant internationales que locales dénoncent régulièrement des problèmes de corruption et d'inertie politique
83
maintenant le système en place, notamment face aux pressions des industriels .

Débat autour de l'abolition

L'application des lois n'est jamais suffisante : tous les acteurs du domaine s'accordent pour dire que ce sont
les transformations socio-économiques qui peuvent affecter durablement le travail des enfants, au premier
rang desquelles la lutte contre la pauvreté. Si la convention 182 de l'OIT a clairement défini les « pires
formes de travail » comme une priorité et si l'esclavage et l'exploitation sexuelle des enfants sont
82
unanimement condamnés , le débat est toujours présent sur les formes « acceptables » ou « tolérables » de
travail des enfants.

D'une part, les « abolitionnistes » — et notamment la CISL — prônent une interdiction complète du travail
84
des enfants, ceux-ci devant être scolarisés . Elle passerait par un durcissement des lois, la répression des
employeurs et un développement des politiques d'éducation. Les arguments rejoignent ceux des
abolitionnistes européens de la fin du XIXe siècle qui ont lentement réussi en imposant la scolarisation. [réf. nécessaire]

D'autre part, les « non-abolitionnistes » — comprenant des ONG de terrain, souvent locales, et des syndicats d'enfants travailleurs — estiment
que l'abolition est une utopie à court et moyen terme et qu'empêcher un enfant de participer à sa survie et celle de sa famille serait contre-
85
productif . L'abolition est ainsi vue comme un dogme occidental, peu adapté à la réalité et à la culture locale. Les non-abolitionnistes proposent
plutôt d'encadrer ce travail pour supprimer l'exploitation et permettre un minimum de scolarisation en même temps. Pour Manier, « en visant à
82
réguler et non à proscrire, cette approche pragmatique comporte toutefois le risque de conforter le phénomène » . Au-delà des divergences, la
lutte contre la pauvreté fait partie des objectifs communs aux deux camps.

Certains arguments sont encore avancés mais ne résistent guère à l'analyse. Le patronat du XIXe siècle suggérait que la petite taille des enfants leur
86
permettait des tâches trop difficiles aux adultes, une idée encore entendue de nos jours . L'emploi d'enfants était aussi considéré comme un
facteur de « paix sociale » en évitant aux enfants pauvres de tomber dans la délinquance. Cette idée a été battue en brèche par la montée de la
scolarisation et par le fait que la délinquance est elle-même liée au monde du travail : des activités illicites comme le trafic de drogue, le
proxénétisme ou le vol sont souvent organisés, avec une relation employeur-employé. [réf. nécessaire]

Actions

Les actions de lutte contre le travail des enfants incluent les mesures législatives prises par les
gouvernements nationaux, la sensibilisation de l'opinion publique, les actions ciblant les entreprises en
amont dont la « consommation citoyenne » et le boycott, les actions de terrain et le syndicalisme des
enfants. On peut mentionner également, les codes de conduite et les protocoles adoptés de manière plus
ou moins volontaire de « chartes » et de « protocoles » par les entreprises, à la suite des pressions
exercées par l'opinion politique, les ONG et les syndicats, ainsi que des programmes d'action de la part
d'organisations intergouvernementales comme, notamment, l'Organisation internationale du travail (OIT)
et l'UNICEF.
Save Girl Child, (en) Beti Bachao,
campagne du gouvernement indien.
Dans les pays développés

Depuis l'année 1982, les ONG, les syndicats et d'autres associations se sont mobilisés pour révéler et dénoncer les conditions de travail d'enfants,
et en particulier dans les fabriques de vêtements ou de jouets en Asie. Ils utilisent différents outils (pétitions, campagnes d'opinion, affiches,
Internet à partir des années 1990) pour attirer l'attention des médias, le point culminant ayant sans doute été la marche mondiale contre le travail
des enfants en 1998. Le résultat de ces actions est une surveillance accrue de certains entreprises (notamment Nike ou Disney), la création
d'organisations de consommateurs (aux États-Unis, la National Consumers League) ainsi que quelques mesures gouvernementales — ne ciblant
82
toutefois que les pires formes de travail .
À la suite de la pression de ces organisations, certaines entreprises se dotent d'une « charte éthique » et autres codes de bonnes pratiques.
Certaines de ces actions sont sincères, notamment la certification SA 8000, issue des conventions de l'OIT. À la suite des révélations médiatiques
sur le travail et le trafic des enfants dans les plantations de cacao, il y a eu la signature en 2001 par les principaux acteurs de l'industrie
chocolatière et des confiseries du Protocole Harkin-Engel, menant entre autres à la création et par la création en 2002 de l'International Cocoa
Initiative (en), dont l'objectif est « d’éliminer les pires formes de travail des enfants et de travail forcé dans la culture et la transformation des
87
fèves de cacao » . Cependant, la pratique fréquente de l'externalisation des activités empêche de contrôler efficacement les mécanismes de
production. D'autre part, la « consommation citoyenne » s'est développée : elle utilise le commerce équitable pour s'assurer que les produits
achetés ont été fabriqués dans des conditions respectueuses du droit des travailleurs, et le boycott pour faire pression sur les entreprises. Ces deux
88
actions ont leurs limites : les labels « commerce équitable » recouvrent des critères variables et parfois contestés ; le boycott peut mener à des
licenciements massifs d'enfants travailleurs. L'exemple le plus connu est celui du Bangladesh en 1992 : le projet de loi du sénateur américain
Harkin d'interdire l'import de marchandises fabriquées par des enfants entraîne le licenciement « préventif » de près de 50 000 enfants au
89
Bangladesh, où la majorité de la production part vers les États-Unis et où 100 000 enfants travaillent alors dans l'industrie textile .

Dans les pays en développement

Les actions entreprises dans les pays occidentaux n'ont cependant qu'un faible impact : ils
n'affectent que les enfants impliqués dans le commerce international, c'est-à-dire une minorité
38
(d'après l'OIT, 8 % des enfants au travail le sont dans les manufactures , et une partie seulement
d'entre eux dans des sous-traitants de firmes internationales ; d'autres sources estiment que seuls
90
5 % des enfants actifs se trouvent dans des activités d'exportation, au niveau mondial ). Sur le
terrain, plusieurs milliers d'ONG et d'associations agissent sur les causes premières du travail des
enfants. Leurs actions incluent la lutte contre la pauvreté au sens large du développement, l'accueil
d'enfants des rues dans des abris et centres d'hébergement, la construction et la maintenance
d'écoles tout comme la mise en place d'activités éducatives ou de formations professionnelles.
Certains programmes plus innovants, souvent financés par l'Unicef, essayent l'enseignement École de vacances pour enfants au travail,
91
itinérant, à la maison ou sur des bateaux , ou encore des prestations sociales liées à l'assiduité à Calcutta. Ce genre d'initiative publique
92 relève d'un certain pragmatisme face à
scolaire, au Brésil . Une initiative plus récente est celle des syndicats d'enfants. Si le mouvement
pionnier s'est créé en 1976 (le MANTHOC péruvien), ce n'est que dans les années 1990 que l'ampleur du phénomène.
d'autres syndicats ont continué à se créer en Inde, en Afrique et dans le reste de l'Amérique latine.
Leurs projets communautaires rejoignent ceux des ONG, mais avec le bénéfice d'un rapport de
force avec les employeurs permettant de meilleures conditions de travail, ainsi que celui d'une identité nouvelle. Ces mouvements sont souvent
82
anti-abolitionnistes, tout en réclamant un travail digne et en rejetant l'exploitation .

Sur le plan intergouvernemental et international

Dans le but de rassembler ces efforts, l'OIT a mis sur pied en 1992 le programme IPEC (International Programme on the Elimination of Child
Labour, « Programme international pour l'abolition du travail des enfants »), visant en priorité les pires formes de travail, celui des filles et des
moins de 12 ans. En plus des évaluations globales citées plus haut, le programme coordonne les acteurs autour de plans d'action et tente de
trouver des solutions économiques avec les employeurs. Dans son rapport de 2006, l'IPEC estime que « les efforts engagés un peu partout dans
93
le monde pour combattre ce fléau ont donné d’importants résultats », mais qu'une importante mobilisation reste nécessaire .

Galerie

En Equateur, 1990 A Madagascar, 2007 Au Congo, 2007 Au Bangladesh, Au Vietnam, 2008


2008

Au Laos, 2009 Au Népal, 2010 En Ethiopie, 2012 En Inde (?), 2012 En Inde, 2012
En Indonésie, 2012 Au Népal, 2012 En Chine, 2013 Au Népal, avant Au Venezuela, 2014
2014

A Madagascar, 2016 Au Nigeria, 2017

Notes et références
1. (en) OIT, Addressing the Exploitation of Children in Scavenging (Waste Picking): a Thematic Evaluation of Action on Child
Labour, Bureau international du travail, Genève, 2004 (ISBN 92-2-116662-7)
« http://www.ilo.org/iloroot/docstore/ipec/prod/eng/2004_eval_scavenging_en.pdf » (http://www.ilo.org/iloroot/docstore/ipec/pro
d/eng/2004_eval_scavenging_en.pdf)(Archive (https://web.archive.org/web/*/http://www.ilo.org/iloroot/docstore/ipec/prod/eng/2004_eval_scavenging_en.
pdf) • Wikiwix (http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.ilo.org/iloroot/docstore/ipec/prod/eng/2004_eval_scavenging_en.pdf) • Archive.is (https://archive.is/htt
p://www.ilo.org/iloroot/docstore/ipec/prod/eng/2004_eval_scavenging_en.pdf) • Google (https://www.google.fr/search?q=cache:http://www.ilo.org/iloroot/docstore/ipe
c/prod/eng/2004_eval_scavenging_en.pdf) • Que faire ?), partie 2.2, p. 3.

2. OIT, Un avenir sans travail des enfants, Rapport global du directeur général, Conférence internationale du travail, 90e session,
Bureau international du travail, Genève, 2002 (ISBN 92-2-212416-2) [lire en ligne (http://www.ilo.org/global/publications/ilo-bo
okstore/order-online/books/WCMS_PUBL_9221124169_EN/lang--en/index.htm)].
3. Travail des enfants: les entreprises trop souvent dans le déni L'Entreprise L'Express.fr (http://lentreprise.lexpress.fr/actualite/tra
vail-des-enfants-une-prise-de-conscience-un-bilan-mitige_1623883.html) 20 novembre 2014
4. Le nombre d’enfants qui travaillent dans le monde a reculé d’un tiers depuis 2000, selon l’OIT Ilo.org (http://www.ilo.org/global/
about-the-ilo/newsroom/news/WCMS_221649/lang--fr/index.htm) 23 septembre 2013
5. Bénédicte Manier, Le Travail des enfants dans le monde, La Découverte, Paris, 2003 (ISBN 2-7071-4179-8)
« http://www.yodawork.com/webcc/sog_dec_rep/notice_reference.html?F_ean13=9782707141798 » (http://www.yodawork.co
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notice_reference.html?F_ean13=9782707141798) • Archive.is (https://archive.is/http://www.yodawork.com/webcc/sog_dec_rep/notice_reference.html?F_ean13=978
2707141798) • Google (https://www.google.fr/search?q=cache:http://www.yodawork.com/webcc/sog_dec_rep/notice_reference.html?F_ean13=9782707141798) •
Que faire ?).

6. (en) Unicef : Carol Bellamy (dir.), The State of the World's Children, Oxford University Press, New York, 1997, 109 p.
(ISBN 0-19-262871-2) [lire en ligne (http://www.unicef.org/sowc97/)].
7. (en) Statistical Information and Monitoring Programme on Child Labour, Every Child Counts, New Global Estimates on Child
Labour, Bureau international du travail, Genève, décembre 2002 (ISBN 92-2-113113-0) [lire en ligne (http://www.ilo.org/ipecinf
o/product/viewProduct.do?productId=742)].
8. Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, article premier (lire sur Wikisource) ; Convention no 182 de l’OIT sur les
pires formes de travail des enfants, 1999, article 2 (« lire sur le site de l’OIT » (http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C182)
(Archive (https://web.archive.org/web/*/http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C182) • Wikiwix (http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.ilo.org/ilolex/cgi-le
x/convdf.pl?C182) • Archive.is (https://archive.is/http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C182) • Google (https://www.google.fr/search?q=cache:http://www.ilo.org/ilol
ex/cgi-lex/convdf.pl?C182) • Que faire ?)).

9. (en) UNESCO, International Standard Classification of Education (ISCED), Paris, 1997 (réed. mai 2006)
(ISBN 92-9189-035-9) [lire en ligne (http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001469/146967e.pdf)], p. 22.
10. (en) United Nations Statistics Division, System of National Accounts, 1993 (ISBN 9264176322)
« http://unstats.un.org/unsd/sna1993/toctop.asp » (http://unstats.un.org/unsd/sna1993/toctop.asp)(Archive (https://web.archive.org/web/*/
http://unstats.un.org/unsd/sna1993/toctop.asp) • Wikiwix (http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://unstats.un.org/unsd/sna1993/toctop.asp) • Archive.is (https://arch
ive.is/http://unstats.un.org/unsd/sna1993/toctop.asp) • Google (https://www.google.fr/search?q=cache:http://unstats.un.org/unsd/sna1993/toctop.asp) • Que faire ?), et
en particulier la définition de « Travail » (http://unstats.un.org/unsd/sna1993/paragraphs.asp?Pnr=17.9.).
11. « Lire le texte de la convention 138 » (http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C138)(Archive (https://web.archive.org/web/*/http://www.ilo.
org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C138) • Wikiwix (http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C138) • Archive.is (https://archive.is/http://
www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C138) • Google (https://www.google.fr/search?q=cache:http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C138) • Que faire ?), en
français.
12. Voir la page de présentation (http://www.unicef.org/french/protection/index_childlabour.html) de l’Unicef.
13. Bénédicte Manier, op. cit., chap. I « Le travail des enfants dans l’histoire », pp. 5 - 16.
14. Philippe Ariès, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Seuil, coll. Points Histoire, 1975, 316 p.
(ISBN 978-2020042352).
15. Un apprenti de 14 ans gagne en général le tiers du salaire d’un adulte. Voir Danièle Alexandre-Bidon et Didier Lett, Les
Enfants au Moyen Âge, Hachette, 2004 (ISBN 978-2012791565).
16. Voir l’article Abandon d'enfant sous l'Ancien Régime, source Jean Sandrin, Enfants trouvés, enfants ouvriers, XVIIe – XIXe siècle,
Éditions Aubier, 1982 (ISBN 2-7007-0272-7)
17. Jean-Pierre Rioux, La Révolution industrielle, Nouvelle édition, Points Histoire, 1989 (ISBN 2 02 010871 2), pp. 174-175
18. J.-P. Rioux, op. cit., pp. 181-182
19. Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours, Agone, 2002, p. 309.
20. Karl Polanyi soulignait en 1944 dans son maître livre La Grande Transformation que pendant tout le XIXe siècle, il était tenu
pour un « fait établi » – entre autres calamités induites par la révolution industrielle – « l'authentique tragédie des jeunes
enfants que l'on faisait parfois travailler jusqu'à ce qu'ils en meurent dans les mines et dans les usines » (La Grande
Transformation, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », 1983, p. 211).
21. Edward Palmer Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise, Gallimard-Le Seuil, Paris, 1988 (1re éd. originale :
Londres, 1963), p. 303.
22. Paul Bairoch, Victoires et Déboires, tome I, folio histoire, 2001 (1997), p. 612 à 618.
23. Gérard Noiriel, Les Ouvriers dans la société française, Seuil, 2002 (ISBN 978-2020580243)
24. Paul Bairoch, Victoires et Déboires, Tome I, folio histoire, 2001 (1997), p. 616
25. Rapport à la Chambre des députés sur le travail des enfants, des filles mineures et des femmes dans les établissements
industriels, 1890, Paris.
26. Frédéric Faux, « La Bolivie autorise le travail des enfants » (http://www.lefigaro.fr/international/2014/08/27/01003-20140827AR
TFIG00274-la-bolivie-autorise-le-travail-des-enfants.php), Le Figaro, jeudi 28 août 2014, page 8.
27. « Bolivie : des enfants au travail, une réalité quotidienne » (https://www.francetvinfo.fr/societe/education/bolivie-des-enfants-au
-travail-une-realite-quotidienne_3038165.html), sur Franceinfo, 16 novembre 2018 (consulté le 17 mars 2021)
28. « RD Congo : le travail des enfants orpailleurs perdure en toute illégalité dans le Sud-Kivu » (https://observers.france24.com/fr/
afrique/20210316-rd-congo-le-travail-des-enfants-orpailleurs-perdure-en-toute-illégalité-dans-le-sud-kivu), sur Les
Observateurs - France 24, 16 mars 2021 (consulté le 17 mars 2021)
29. Bénédicte Manier, op. cit., chap. II « Le travail des enfants aujourd’hui », pp. 17 - 32.
30. (en) OIT : Frank Hagemann, Yacouba Diallo, Alex Etienne et Farhad Mehran, Global Child Labour Trends 2000-2004, Bureau
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duct.do;?productId=2299)] ; certaines données ne sont que des extrapolations de 2000.
31. Rémi Barroux, « 73 millions d’enfants de 5 à 11 ans contraints de travailler dans le monde », Le Monde.fr, 16 novembre 2017
(ISSN 1950-6244 (http://worldcat.org/issn/1950-6244&lang=fr), lire en ligne (https://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/16/
73-millions-d-enfants-de-5-a-11-ans-contraints-de-travailler-dans-le-monde_5215969_3244.html), consulté le
17 novembre 2017)
32. « Inde : Nouvelle législation pour le travail des enfants », dans Courrier international (ISSN 1154-516X (http://worldcat.org/iss
n/1154-516X&lang=fr)), 11 octobre 2006 [lire en ligne (https://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=66971)].
33. Bénédicte Manier, op. cit., chap. IV « Un phénomène planétaire : approches régionales », pp. 43 - 81.
34. (en) Banque mondiale, World Bank World Development Indicators 2005 data series: Labour force, children 5-14 (% of age
group, SL.TLF.CHLD.ZS) [présentation en ligne (http://devdata.worldbank.org/wdi2005/index2.htm)].
35. (en) OIT, Child Labour Statistics sur le site de l’OIT, compilation divers rapports et enquêtes [lire en ligne (http://www.ilo.org/dy
n/clsurvey/lfsurvey.home)].
36. Voir la liste des ratifications par pays à jour (http://www.ilo.org/ilolex/french/docs/declworldf.htm).
37. Bénédicte Manier, op. cit., chap. V « La fonction économique du travail des enfants », pp. 82 - 89.
38. Bureau de statistiques du BIT, Genève, 1996, cité dans OIT, Le Travail des enfants : faits et chiffres, Bureau international du
travail, Genève, 1999 [lire en ligne (http://www.ilo.org/public/french/comp/child/download/pdf/statistiques.pdf)].
39. (en) James Challis et David Elliman, Child Worker Today, Quartermaine House, 1979, 170 p. (ISBN 0-905898-06-0).
40. Unicef, La Situation des enfants dans le monde 2006 : exclus et invisibles, Unicef, New York, 2006, 156 p.
(ISBN 978-92-806-3917-9) [lire en ligne (http://www.unicef.org/french/sowc06/pdfs/sowc06_fullreport_fr.pdf)], p. 41
41. International Programme on the Elimination of Child Labour, Coup de main ou vie brisée: comprendre le travail domestique
des enfants pour mieux intervenir, Bureau international du travail, Genève, 2004, (ISBN 92-2-215747-8) [lire en ligne (http://ww
w.ilo.org/ipecinfo/product/viewProduct.do?productId=359)], p. III.
42. Rapport de l'OIT
43. Cécile Hennion, « Le martyre des "petites bonnes" au Liban » (https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2010/09/17/le-mart
yre-des-petites-bonnes-au-liban_1412408_3218.html), sur Le Monde, 17 septembre 2010
44. Ainsi, de nombreuses sources ont été écartées faute de pouvoir être vérifiables, et les données ont été strictement comparées
à la convention 182. Source : SIMPOC, Every Child Counts, New Global Estimates on Child Labour, op. cit., pp. 34 - 36 et 48 -
51.
45. Article 2 (1) de la convention OIT no 29 sur le travail forcé ILO Forced Labour Convention, 1930 [(en) lire en ligne (http://www.il
o.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C029)].
46. (en) A. Robertson, « Nepal: The struggle against the Kamaiya system of bonded labour », dans International Work Group for
Indigenous Affairs (ISSN 0105-4503 (http://worldcat.org/issn/0105-4503&lang=fr)), no 83 (1997), pp. 83-106 [présentation en
ligne (http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=2887930)].
47. (en) Neera Burra, « Born to Work: Child labour in India », Oxford University Press, Delhi, 1995, 320 p.
(ISBN 978-0195636284), pp. 228-229. Traduction pour Wikipédia.
48. (en) Alison Sutton, Slavery in Brazil: A link in the chain of modernisation, Anti-Slavery International, London, 1994
(ISBN 0-9009-18-32-2), p. 70
49. (en) Charles Jacobs et Mohamed Athie, « Bought and Sold », dans The New York Times, 13 juillet 1994 [lire en ligne (http://w
ww.nizkor.org/ftp.cgi/orgs/american/ftp.py?orgs/american//aasg/press/bought-and-sold)].
50. (en) ONU, Protocol to Prevent, Suppress and Punish Trafficking in Persons, especially Women and Children, supplementing
the United Nations Convention against Transnational Organized Crime, 2000 [lire en ligne (http://www.uncjin.org/Documents/C
onventions/dcatoc/final_documents_2/convention_%20traff_eng.pdf)], article 3(a).
51. OIT, Le mal insupportable au cœur des hommes : Le trafic des enfants et les mesures d’éradication, BIT, Genève, 2003
(ISBN 92-2-213088-X) [lire en ligne (http://www.ilo.org/ipecinfo/product/viewProduct.do?productId=780)].
52. Graham Ovenden et Robert Melville, Victorian Children, Londres, 1972, inscription au dos de la photographie.
53. Unicef, L’État des enfants dans le monde, op. cit., p. 60.
54. Lire le protocole facultatif (http://www.ohchr.org/french/law/crc-sale.htm) en ligne ; source : article 2c.
55. 2e congrès mondial contre l’exploitation sexuelle des enfants, Étude thématique sur la pornographie enfantine [lire en ligne (htt
p://www.csecworldcongress.org/PDF/fr/Yokohama/Background_reading/Theme_papers/La%20pornographie%20enfantine%2
0FORMATTED.pdf)], p. 13 ; citant (en) Jane Warburton, Prevention, Protection and Recovery of Children from Commercial
Sexual Exploitation, 2e Congrès mondial contre l’'ESEC, Yokohama, 2001 [lire en ligne (http://www.woman.ch/children/files/ex
pertpaper-1.doc)].
56. Sir William Utting, People Like Us: The Report of the Review of the Safeguards for Children Living Away from Home, The
Stationeyr Office, Londres, 1997, ministère de la Santé du Royaume-Uni (ISBN 978-0113221011).
57. (en) Human Rights Watch, My Gun was as tall as me, Child Soldiers in Burma, 2002 (ISBN 1-56432-279-3) [lire en ligne (http://
hrw.org/reports/2002/burma/Burma0902-01.htm#P296_16897)].
58. Section « Facts » du site child-soldiers.org [lire en ligne (http://www.child-soldiers.org/childsoldiers/some-facts)].
59. Susan MacKay, entretien vidéo pour Foreign Affairs and International Trade Canade [transcription (http://geo.international.gc.c
a/cip-pic/library/susanmckay-en.aspx)].
60. Voir notamment cette fiche d’information (http://www.un.org/french/Depts/dda/CAB/smallarms/sheet5.htm) de l’Unicef, faisant
partie de la « Conférence internationale des Nations unies sur le commerce illicite des armes sous tous leurs aspects » ; pour
un rapport plus complet, voir notamment Claudio Gramizzi, Félix Nkundabagenzi, Sophie Nolet et Federico Santopinto,
Enfants soldats, armes légères et conflits en Afrique, GRIP, Bruxelles [lire en ligne (http://grip.org/pub/rapports/rg03-3_alesca.p
df)].
61. Bénédicte Manier, op. cit., chap. III « Pourquoi les enfants travaillent-ils ? », pp. 33 - 42.
62. Voir ces données (https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/fields/2046.html) du CIA World FactBook.
63. Voir cette page (https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/fields/2129.html) du CIA World FactBook.
64. Voir cette page (https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/fields/2103.html) du CIA World FactBook.
65. Voir le Human Development Report (http://hdr.undp.org/hdr2006/report.cfm) de l’ONU.
66. Gary Becker, Human Capital, University of Chicago Press, 1964, 412 p. (ISBN 0226041204)
67. Dans le cas du Pérou voir Jacoby, Hanan and Emmanuel Skoufias, « Risk, financial markets and human capital in a
developing country » dans Review of Economic Studies, 1997, vol. 64, pp. 311–335. Cité par Suzanne Duryea, School
Attendance, Child Labor and Local Labor Markets in Urban Brazil, 2001 [lire en ligne (http://www.iadb.org/sds/doc/POVDurye
a.pdf)]
68. Deborah Levison, Karine Moe et Felicia Knaul, Youth education and work in Mexico, New York, 1999. Cité par Suzanne
Duryea, op. cit.
69. Ricardo Barros, Rosane Mendonça et T. Velazco, « Is poverty the main cause of child work in urban Brazil? » dans Texto para
Discussão No. 351, Instituto de Pesquisa Econômica Aplicada, Rio de Janeiro, 1994. Cité par Suzanne Duryea, op. cit.
70. Maria Carolina da Silva Leme et Simone Wajnman, A alocação do tempo dos adolescentes brasileiros entre o trabalho e a
escola, Article non publié, 2000, Universidade do São Paulo. Cité par Suzanne Duryea, op. cit.
71. Gary S. Becker, « “Bribe” Third World Parents to Keep Their Kids in School » dansBusiness Week (Industrial/technology
edition), 22 novembre 1999, p.15 [lire en ligne (http://home.uchicago.edu/~gbecker/Businessweek/BW/1999/11_22_1999.pdf)]
72. Suzanne Duryea, School Attendance, Child Labor and Local Labor Markets in Urban Brazil, 2001 [lire en ligne (http://www.iad
b.org/sds/doc/POVDuryea.pdf)], p. 8.
73. Statistiques de l'Unicef sur le site Childinfo.org (http://www.childinfo.org/areas/education/).
74. PNUD, Rapport mondial sur le développement humain, Nations unies, New York, 2005, (ISBN 2-7178-5114-3) [lire en ligne (ht
tp://hdr.undp.org/reports/global/2005/francais/)] : voir le tableau 11 en page 266.
75. Internationale de l'Éducation, Rapport au CEART, Bruxelles, 2006 [lire en ligne (http://data.ei-ie.org/docs/2/COFJGJPBCNHE
MDCNLBNOCOAOPDBN9DBYPW9DW3F71KM/education/docs/DLS/2006-00228-01-F.pdf)], partie 1 p. 1.
76. Voir H.-A. Patrinos et G. Psacharapoulos, « Educational performance and child labour in Paraguay », International Journal of
Educational Development, Oxford, Elsevier Science Ltd., 1994, vol. 15, no 1, pp. 47-60. Cité dans OIT, Un avenir sans travail
des enfants, 2002, op. cit.
77. Pour estimer cette « minorité » : l'OIT estime qu'aux Philippines, 17 % des enfants travailleurs sont dans un secteur qui puisse
être comptabilisé, comme l'hôtellerie, le commerce, etc.
78. Voir les statistiques de l'OIT sur la population active : site Web Laborsta (http://laborsta.ilo.org/default_F.html). Les statistiques
annuelles incluent un classement par tranche d'âge.
79. En Inde, l'industrie du diamant emploie 20 % d'enfants, qui sont payés six fois moins que les adultes ; au Pakistan, dans la
ville de Sialkot, 14 000 enfants sont employés dans l'industrie du ballon de football aux côtés de 42 000 adultes, mais ils
gagnent 2 à 4 fois moins. Source : M. Bonnet, Regards sur les enfants travailleurs. La mise au travail des enfants dans le
monde contemporain. Analyse et études de cas, éditions Page Deux, coll. Cahiers libres, Lausanne, 1998, 231 p.
(ISBN 2-940189-08-0) [présentation en ligne (http://www.alencontre.org/EdPage2/08-0_Bonnet_Regard.htm)].
80. OIT, Investir dans chaque enfant : Étude économique sur les coûts et les bénéfices de l'élimination du travail des enfants, BIT,
Genève, 2003, 162 p. (ISBN 92-2-215419-3) [lire en ligne (http://www.ilo.org/ipecinfo/product/viewProduct.do?
productId=1199)].
81. Voir à ce sujet la revue de littérature effectuée par la Banque mondiale sur les retours sur investissement dans l'éducation :
George Psacharopoulos et Harry Anthony Patrinos, Returns to Investment in Education: a further update, Policy Research
Working Paper no 2881, Banque mondiale, Washington, septembre 2002 [lire en ligne (http://www-wds.worldbank.org/externa
l/default/WDSContentServer/IW3P/IB/2002/09/27/000094946_02091705491654/Rendered/PDF/multi0page.pdf)].
82. Bénédicte Manier, op. cit., chap. VI « La société face au travail des enfants », pp. 90 - 113.
83. Voir à ce sujet les documents de la CISL (http://www.icftu.org/focus.asp?Issue=childlabour&Language=FR), par exemple à
propos de l'Inde, du Brésil ou du Pakistan.
84. La CISL a ainsi lancé une campagne « Stop Child Labour » et une pétition visant l'interdiction pure et simple (voir cette
pétition en ligne (http://www.icftu.org/petition.asp?Name=childlabour&Language=FR)).
85. Par exemple, l'ONG Oxfam explique, sur son site Web comme dans ses documents de terrain, que « Oxfam ne pense pas,
toutefois, que bannir tout le travail des enfants en une journée aiderait les enfants pauvres et leurs familles à sortir de la
pauvreté. Oxfam pense plutôt que la meilleure façon de résoudre le problème est de mettre fin à la pauvreté qui met les
enfants au travail, pour que leurs familles aient le temps et l'argent de les envoyer à l'école. » (voir cette page (http://www.oxfa
m.org.uk/coolplanet/kidsweb/world/india/indioxf3.htm)).
86. Voir, parmi d'autres publications : Richard Anker, Sandhya Barge, M P Joseph et S. Rajogopal (éds.), Economics of Child
Labour in Hazardous Industries of India, Centre for Operations Research and Training, Baroda, 1998, 211 p. Cité dans OIT, Un
avenir sans travail des enfants, 2002, op. cit.
87. Page d'accueil de l'International Cocoa Intitiative, http://www.cocoainitiative.org (consulté 2009-09-10).
88. Voir notamment Christian Jacquiau, Les coulisses du commerce équitable, édition Mille et une nuits, 2006, 473 p.
(ISBN 978-2-84205-959-0).
89. Rapporté par Amirul Haque Amin, secrétaire général de la Fédération nationale des Travailleurs du Textile du Bangladesh,
dans : (en) War on Want & ICTUR, The global Workplace, Challenging the race to the bottom, novembre 2001 [lire en ligne (htt
p://www.globalworkplace.org/download.php?id=85)], p. 96.
90. Parmi les estimations, on peut citer Alessandro Cigno et Furio Camillo Rosati, The Economics of Child Labour, Oxford
University Press, Oxford, 2005 (ISBN 978-0-19-926445-2), 264 p., en particulier le chap. V « International Trade ».
91. On peut citer le Cambodge où des « écoles flottantes » ont été mises en place ; voir cet extrait (http://www.unicef.org/french/so
wc99/e036.htm) de Unicef - Carol Bellamy (dir.), La situation des enfants dans le monde 1999, Unicef, New York, 1999
(ISBN 92-806-3390-2) [lire en ligne (http://www.unicef.org/french/sowc99/pdf/sowc99f.pdf)].
92. Il s'agit de l'initiative Bolsa Escola, qui s'approche des allocations familiales en France ; après avoir été expérimentées depuis
1987, elles ont été transformées en programme national par la loi no 10.219 du 11 avril 2001 [(pt) lire en ligne (http://www010.
dataprev.gov.br/sislex/paginas/42/2001/10219.htm)].
93. Bureau international du travail, La fin du travail des enfants : un objectif à notre portée, Conférence internationale du travail,
95e session, Genève, 2006 (ISBN 92-2-216603-5) [lire en ligne (http://www.ilo.org/ipecinfo/product/viewProduct.do?productId=
2421)].

Annexes

Bibliographie

Ouvrages généralistes

Bénédicte Manier, Le Travail des enfants dans le monde, La Découverte, 2003, réédition actualisée en 2011.
La synthèse la plus complète de la situation actuelle, avec une analyse économique inédite. La plupart des données et
des analyses de cet article sont tirées de ce livre.
Sigrid Baffert, Ces ouvriers aux dents de lait : Les enfants au travail, Syros, 2006, 159 p. (ISBN 2748504836).
Histoires d'enfants au travail en France à différentes époques.
Martin Monestier, Les Enfants esclaves. L'Enfer quotidien de 300 millions d'enfants, Le Cherche-midi Éditeur, 1999, 271 p.
(ISBN 2862745693).
Chakib Guessous, L'exploitation de l'innocence : Le travail des enfants au Maroc, Eddif Maroc, 2004, 371 p.
(ISBN 9981090824).
Michel Bonnet, Le travail des enfants : terrain de luttes, Page deux, 1999, 126 p. (ISBN 2940189153).
Michel Bonnet, Olga Nieuwenhuys, Kart Hanson, Marie-France Lange, Bernard Schlemmer, Graciela Paillet, "Enfants
travailleurs: repenser l'enfance", Ed. Page Deux, 2006. (aborde notamment le point de vue des enfants travailleurs qui se
sont organisés pour défendre leurs droits).

Rapports
L'OIT et plus précisément le programme IPEC publie de nombreux rapports sur son activité (liste de publications (http://ww
w.ilo.org/ipecinfo/product/searchProduct.do?type=normal&selectedMonthFrom=-1&selectedMonthTo=-1&selectedMediaTyp
es=5&selectedMediaTypes=32&selectedMediaTypes=14&selectedMediaTypes=74&selectedMediaTypes=31&selectedMe
diaTypes=12&selectedMediaTypes=103&selectedLanguages=1560&userType=&selectedFieldOfficeId=-1&resultPerPage=
20&selectedSortById=4)). Trois rapports principaux ont été publiés en 1998, 2002 et 2006 (présentation (http://www.ilo.org/p
ublic/french/support/publ/textcl.htm)).
L'Unicef publie annuellement sa Situation des enfants dans le monde (site Web (http://www.unicef.org/french/sowc/)), le
rapport de 1997 étant consacré aux enfants au travail.
Le programme Understand Children Work (HCW (http://www.ucw-project.org/)) centralise les informations sur le travail des
enfants et édite des rapports pays.

Filmographie
Iqbal, documentaire de Cinzia Torrini, Italie, 1998 ; fiction inspirée de la vie de Iqbal Masih, enfant esclave au Pakistan (102
minutes).
Nous avons partagé le pain et le sel de Atiq Rahimi, 2001, sur l'Afghanistan.
The Big One de Michael Moore, États-Unis, 1998, dans lequel le réalisateur rencontre Philip Knight, PDG de Nike, et
l'interroge sur les pratiques de son entreprise, notamment sur l'emploi d'enfants (86 minutes).
L'association « Films pour un seul monde » de la fondation suisse Éducation et développement [présentation en ligne (http://www.
globaleducation.ch)] propose une collection de documentaires sur le travail des enfants [présentation en ligne (http://www.filmeeinewelt.c
h/francais/pagesnav/KA.htm)] ainsi qu'un DVD « Travail des enfants », à but pédagogique pour des jeunes dès 10 ans
[présentation en ligne (http://www.filmeeinewelt.ch/francais/pagesnav/framesE4.htm?../pages/AK_VnBFA_07.htm&AK)].
Salaam Bombay! de Mira Nair (113 minutes).
Enfants forçats de Hubert Dubois (73 minutes).
Je travaille, moi, Monsieur ! documentaire de Caroline Pothier et Grégory Salomonovitch sur les enfants des rues de Cusco
(30 minutes).

Articles connexes
Droit du travail
Esclavage
Pauvreté
Travail
Atelier de misère
SA 8000
Programme international pour l'abolition du travail des enfants

Liens externes
Le programme Understand Children Work (http://www.ucw-project.org/) Sur les autres projets Wikimedia :
(UCW) sur le travail des enfants, qui rassemble l'OIT, la Banque Mondiale
et l'UNICEF. le travail des enfants (https://commons.wi
Organisation internationale du travail : kimedia.org/wiki/Category:Child_labour?
uselang=fr), sur Wikimedia Commons
Site de l'OIT / IPEC (http://www.ilo.org/ipec/lang--fr/index.htm) sur le
travail des enfants.
Conventions de l'OIT : Convention 138 (http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C138) (âge minimum) et convention
182 (http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C182) (pires formes de travail).
Programme international pour l’abolition du travail des enfants et du travail forcé (https://www.ilo.org/global/topics/force
d-labour/lang--fr/index.htm)
Vue d'ensemble (http://www.unicef.org/french/protection/index_childlabour.html) de l’Unicef.
Le Portail Communautaire 12to12.org (http://www.12to12.org) rassemble divers acteurs engagés contre le travail des
enfants dans le monde (ONG, syndicats, écoles, etc.)
Ligue des droits de l'enfant (http://www.ligue-enfants.be/)
Présentation (http://www.gmfc.org/en/action-within-the-movement/africa/regional-partners/248-regional-partners-africa) du
Mouvement Africain des Enfants et Jeunes Travailleurs
Diana Cooper-Richet, « Du XIXe siècle à aujourd’hui, des enfants dans l’enfer de la mine », The Conversation,
26 février 2019 (lire en ligne (https://theconversation.com/du-xix-siecle-a-aujourdhui-des-enfants-dans-lenfer-de-la-mine-109487))

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