Vous êtes sur la page 1sur 51

Introduction Générale

En vue d'assurer la protection des biens, des personnes et des choses, l'Etat s'est muni
d'appareils répressifs au nombre desquels l'on compte l'armée. Elle a pour vocation première
la défense de l'intégrité territoriale, la protection des populations par le maintien de l'ordre et
de la sécurité. Cet important rôle exige de la part des troupes certaines aptitudes physiques,
morales et intellectuelles. C'est pourquoi, seuls les adultes, matures et endurants, sont enrôlés
dans l'armée.

Cependant, la montée des mouvements nationalistes, les situations de guerres civiles qui
résultent de la remise en cause constante de l'autorité et de la légitimité du pouvoir central
dans les pays africains depuis la fin de la guerre froide renversent l'état de fait où seuls les
adultes participent à la guerre. Ces conflits qui opposent souvent sur le territoire d'un même
Etat, des forces armées régulières aux rebelles, entraînent de plus en plus, l'enrôlement de
civils parmi lesquels les enfants figurent en bon nombre. Selon le Fonds des Nations Unies de
Secours à l'Enfance (UNICEF), «plus de 300 000 enfants, dont certains n'ont pas plus de 8
ans, dans 44 pays de la planète participent directement aux conflits»1. Ces enfants, recrutés
dans les armées sont privés de leurs droits fondamentaux notamment le droit à la santé, le
droit à l'éducation tout comme le droit à l'unité familiale.2

Mais, avant toute analyse le terme enfant soldats mérite d’être précisé. A cet effet nous
retiendrons la définition fournie dans les principes et meilleurs pratiques de Cape Town2,
acceptée par la majorité des ONG et des institutions onusiennes selon laquelle l’enfant soldat
désigne « Toute personne sous l’âge de dix-huit ans faisant partie d’une force armée, régulière
ou irrégulière quelle qu’elle soit et dans n’importe quelle capacité. Ceci inclut, mais ne se
limite pas à tout cuisinier, porteur, messager et tous ceux qui accompagnent ces groupes, en
1
AMNESTY INTERNATIONAL, le bulletin de la commission, EXT - SF 04 ENF 06, n°8 janvier 2004,
http://www.amnesty.fr/var/amnesty/storage/fckeditor/File/bulletin8.pdf, consulté 20/12/2009
2
Définition formulée par l’UNICEF et un groupe d’ONG lors d’une conférence en 1997 au Cape Town en
Afrique du Sud

1
tout rôle autre que celui purement de membre de famille. La définition comprend les filles
recrutées pour des fins sexuelles et de mariage forcé. Elle ne décrit donc pas simplement un
enfant qui porte ou qui a porté des armes3 ».

Ces âmes fragiles combattent, de manière volontaire ou forcée dans les forces armées
gouvernementales ou les groupes d’opposition de plusieurs pays africains, en toute légalité.
Ils sont utilisés également comme démineurs, espions, bombes vivantes. Et aussi en tant que
messagers, cuistots, porteurs, « enfants à tout faire », esclaves sexuels. S’ils ne tuent pas, ils
sont tués, fatalement.4

Alors, tous ces enfants impliqués dans les conflits armés africains ne sont-ils pas des
véritables victimes des guerres et que leur protection mérite une attention particulière ?

D’autres notions doivent aussi être élucidées, La notion de protection provient


étymologiquement du latin protegere qui signifie «accorder son soutien, son aide matérielle
à quelqu'un ».

Aujourd'hui, il prend le sens de « action de protéger », « dispositif, institution qui protège ».


Dans notre contexte, la protection dont il est question ici concerne l'enfant. En effet, la
protection de l'enfant comprend l'ensemble des mesures qui sont destinées à promouvoir le
développement optimal des enfants et des adolescents, à protéger ceux-ci contre les dangers et
à atténuer et réparer les séquelles d'atteintes à leur sécurité5. Font notamment partie de ces
instruments les connaissances éducatives et pédagogiques, les mesures officielles relevant du
domaine social et de la politique de la famille ainsi qu'un certain nombre de mesures
facultatives (service de conseil et services spécialisés), des moyens relevant du droit public
(autorité tutélaire) et d'autres qui sont contenus dans le droit international tels que la
Convention de la Haye sur la protection des mineurs ; convention concernant la compétence
des autorités et la loi applicable en matière de protection des mineurs. Tous ces instruments
sont au service du bien-être de l'enfant. La protection de l'enfant comprend la prévention et
l'intervention.

Quant à la notion de guerre ou de conflit, il est assurément le phénomène social le plus


constant que l'humanité ait connu. Sur près de 3500 ans d'histoire connue, les historiens ont
3
Citée par Saoudatou FOUSSENI ,Responsabilité pénale des enfants soldats, mémoire en vue de l’obtention du
diplôme interuniversitaires en droit fondamentaux, Université de Nantes, 2003-2004, p.6
4
Groupe de Recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), Enfants Soldats, Armes légères et
Conflits en Afrique, document pdf, www.grip.org consulté le 09/12/2009
5
http/www.memoireonline.com/07/10/3640/les-ONG-et-la-protection-des-enfants-soldats-html#fn23, consulté
le 15/07/2010

2
seulement compté 250 ans de paix générale6. L'histoire de l'humanité est émaillée en effet de
guerres qui ont revêtu diverses formes. La typologie des guerres a certes évolué mais l'atroce
réalité de la guerre est restée la même; elle est allée d'ailleurs de cruauté en cruauté:
génocides, razzias, pillages, massacres de populations civiles, destruction massive des biens,
viols, ruines, désolations, etc.

Ces nombreux abus pourraient faire penser, comme Cicéron, que «dans le fracas des armes,
les lois sont muettes»7.

Tantôt qualifié de conflit, on assiste de nos jours à l'apparition de nouvelles formes de guerre
qui mettent en lice des armées régulières, des mouvements de guérilla avec souvent
l'intervention des puissances étrangères.

En somme, la distinction classique opérée par le DIH entre conflits internationaux et conflits
non internationaux semble plier l'échine. Elle tombe en obsolescence dans un contexte animé
par des nouveaux conflits ou même des conflits déstructurés. De tels conflits se caractérisent
par l'absence totale ou partielle de l'Etat. La guerre ne semble plus être «la continuation de la
politique par d'autres moyens»8. Elle est interne.

Selon le Tribunal Pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), « un conflit armé existe
chaque fois qu’il y a recours à la force armée entre Etats ou un conflit armé prolongé entre les
autorités gouvernementales et des groupes armés organisés ou entre de tels groupes au sein
d’un Etat9 ». Ainsi, le conflit armé peut être international ou non international. Mais il
convient de faire remarquer que le développement et l’ampleur qu’a connus le phénomène
d’enfants soldats sont intimement liés à la multiplication des guerres civiles. En effet,

« La guerre "traditionnelle" entre Etats n’est plus la règle, elle est devenue une exception.
Sur les quelques cinquante conflits armés de ces dernières années, seuls deux ou trois ont
opposé comme principaux protagonistes, les troupes régulières de deux Etats souverains.
Pour le reste, il s’agit de conflits que l’on peut qualifier, sommairement, d’"internes" 10», c’est

6
http/www.memoireonline.com/07/10/3640/les-ONG-et-la-protection-des-enfants-soldats-html#fn22,
consulté le 15/07/2010
7
Ibidem
8
Ibidem
9
Cité par par Saoudatou FOUSSENI ,Responsabilité pénale des enfants soldats, op.cit. p.6
10
M. SCHMITZ, ,"Les enfants-soldats, un phénomène universel de plus en plus préoccupant" Croix Rouge de
Belgique, Amnesty International, UNICEF, La guerre – Enfants admis, Bruxelles : Editions GRIP/Editions
Complexe, p. 25.

3
peut-être pourquoi Foucher, Michel affirme « Les frontières de l’Afrique posent plus de
problèmes par ce qu’elles regroupent que par ce qu’elles recoupent... »11

Au vu de toutes ces définitions, se pose la question de la protection des enfants en temps de


paix ou en temps de guerre. Cette dernière hypothèse qui renvoie au cas des enfants soldats
constitue l'objet de la présente étude. L'utilisation d'enfants à des fins militaires est devenue
un phénomène préoccupant. Les images d'enfants maniant des armes, semant la désolation,
infligeant des atrocités animent constamment, hélas, le théâtre des conflits armés. Entraînés à
la culture de la violence,drogués, les enfants sont devenus les plus cruels des combattants, des
tueurs sans merci. La notion d'enfant soldat est donc intimement liée à celle de conflit armé.

Ainsi il est important de se poser la question de savoir si ces enfants impliqués dans les
horreurs les plus inimaginables de la guerre ne sont pas des véritables victimes des guerres et
que leur protection mérite une attention particulière. En effet, plusieurs instruments juridiques
internationaux interdisent le recrutement et l’utilisation d’enfants à des fins militaires. Des
Protocoles additionnels de 1977 aux Conventions de Genève de 1949 à la Convention n°182
de l’Organisation Internationale du Travail sur les pires formes de travail des enfants et
l’action immédiate en vue de leur élimination, en passant par le Statut de la Cour Pénale
Internationale (CPI), les règles interdisant l’implication d’enfants dans les hostilités sont
légion. Aux termes de l’art. 8 §. 2 b (xxvi) du Statut de la CPI, par exemple, le recrutement
des personnes de moins de quinze ans et leur participation active aux hostilités sont
considérés comme un crime de guerre. Cette disposition s’applique au recrutement pratiqué
aussi bien par les forces armées que par les groupes armés.

Mais avec toutes ces interdictions le phénomène est toujours d’actualité en Afrique
subsaharienne, pourquoi donc enfants soldats dans cette région ? Quels en sont les
conséquences ? Comment garantir le respect des instruments juridiques par tous les acteurs,
étatiques et non étatiques? Comment faire valoir la responsabilité naissante d’une violation de
ces interdictions ? Quelles mesures utiliser pour faire cesser et réprimer les violations? Que
faire pour apporter de l’aide aux enfants victime de ces violations ?

Les différentes approches de solution apportées à ces interrogations ont été inspirées
d’ouvrages et d’articles de revue, de rapports dont nous nous sommes procurées dans des
bibliothèques et sur internet.

11
Cité par Amandine Gnanguenon, Cours de Relations Internationales, UATM/Gasa-Formation, CRI 3, 2009-
2010

4
Pour les besoins de cette étude, il a été fait référence spécifiquement aux Conventions
de Genève de 1949 et leurs Protocoles additionnels de 1977, aux Statuts des TPI et de la CPI,
Ces instruments contiennent des dispositions applicables en cas de conflit armé. Mais aussi,
d’autres instruments spécifiques aux enfants et à leur implication dans les conflits armés tels
que la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) et son Protocole facultatif concernant
l’implication d’enfants dans les conflits armés, la Charte africaine des droits et du bien-être de
l’enfant (CADBE) et aussi des principes internationaux ont servi de base à notre analyse.

Ces différentes préoccupations ont sous-tendu l’organisation de notre réflexion autour de deux
principaux axes. Ainsi, le premier axe nous permettra d’examiner la participation des enfants
soldats aux conflits armés. Le second d’analyser les mécanismes de leur protection.

5
PREMIERE PARTIE :
LA PARTICIPATION DES ENFANTS AUX CONFLITS

Phénomène croissant depuis une dizaine d’années, le recours aux enfants soldats devient
systématique dans les conflits des dernières années. En 1996, on estimait à 200.000 le nombre
des enfants soldats, ils seraient aujourd’hui 300.000, répartis dans une vingtaine de pays en
guerre12, l’Afrique subsaharienne compte à elle seule environ 120.00013. Main d’œuvre docile
et largement disponible, ce phénomène est devenu une nouvelle stratégie guerrière. Ils sont
souvent arrachés à leur famille, coupés de leur vie d’enfant et conditionnés à la guerre et tout
cela n’est pas sans conséquences sur leur bien d’être voire même sur leur avenir. Ainsi cette
partie sera consacré uniquement à l’implication des enfants dans les conflits armés en Afrique
subsaharienne ;on parlera d’abord des causes et ensuite des conséquences de cette implication
sur les enfants.

12
Unicef, Enfants soldats : sanctionner les pays coupables, http://www.unicef.fr/contenu/actualite-humanitaire-
unicef/enfants-soldats-sanctionner-les-pays-coupables-2004-08-11 consulté le 27/04/2010
13
Ibidem

6
Chapitre I : Le contexte de l’implication des enfants soldats dans les conflits
armés

Les faits montrent que le recrutement et l'utilisation d'enfants comme soldats sont devenus
une tactique privilégiée pour de nombreux groupes armés en temps de guerre. De multiples
facteurs expliquent le recrutement et l'utilisation d'enfants soldats. Ainsi plusieurs facteurs
favorisent l’enrôlement de enfants et ses formes sont aussi multiples.

Section I: Les Circonstances favorables au recrutement des enfants soldats


Bon nombre de circonstances favorisent le recrutement d’enfants soldats en Afrique
subsaharienne en particulier et dans le monde en général mais les facteurs les plus importants
sont entre autre la prolifération des armes légères et la nature même des conflits.

Paragraphe II : La multiplicité des Conflits Armés en Afrique


L’étude de ce point renvoie d’abord à l’analyse du Panorama des conflits (A) et ensuite des
caractéristiques même de ces conflits (B).

Panorama des conflits en Afrique Subsaharienne


Les conflits les plus violents se déroulent en Afrique de l’Ouest et dans la région des Grands
Lacs. L’Afrique occidentale est marquée par les guerres en Sierra Léone, en Guinée, Guinée-
Bissau, au Libéria, en Côte-d’Ivoire et des troubles au Nigeria14. La région des Grands Lacs,
théâtre d’une guerre régionale opposant directement ou indirectement 6 pays de la sous-région
(Angola, Namibie, RDC, Zimbabwe, Rwanda et Ouganda), connaît des situations
humanitaires dramatiques dont l’implication des enfants. L’Angola, le Burundi, le Congo-
Brazzaville, l’Ouganda, la RDC, le Rwanda et le Soudan, victimes des activités de
mouvements de rébellion ayant trouvé refuge dans les pays limitrophes, s’investissent dans
des guerres transfrontalières ruineuses. Dans la Corne de l’Afrique, la Somalie continue de
subir la guerre des clans tandis que l’Ethiopie et l’Erythrée qui se livraient un conflit de
territoire viennent de conclure un accord de paix15.

14
GRIPS, Claudio Gramizzi, Félix Nkundabagenzi, Sophie Nolet et Federico Santopinto, Dossier documentaire,
enfants soldats, armes légères et conflits en Afrique, p.27
15
Ibid. p.27

7
Ainsi en résumé l’encyclopédie des conflits en africains repère sept axes de contagions16 qui
se résument comme suit :

 L’épicentre du premier qui se trouve dans la région des grands lacs implique
six pays : l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Kenya, la Tanzanie, la
République Démocratique du Congo

 L’axe sahélo-touareg qui implique le Mali, la Mauritanie, le Niger et le


Sénégal

 L’axe Soudan-Ethiopie pour le Soudan, la Somalie, l’Ethiopie, l’Erythrée,


l’Ouganda et le Tchad

 Le bassin du Lac Tchad avec le Nigéria, le Tchad, le Cameroun et la


République Centrafricaine

 L’axe Casamance Libéria qui regroupe le Sénégal, le Libéria, la Gambie, la


Côte d’Ivoire, le Nigéria, le Ghana, la Sierra Léone, la Guinée, la Guinée
Bissau et le Togo.

 Le sixième foyer se trouve dans le Golf de Guinée

 Le dernier axe est celui de l’ex-ligne de front de l’Afrique du Sud : Angola,


Zambie, Zimbabwe, Afrique du Sud, Mozambique, Botswana et Namibie

Mais quelle est la nature et les caractéristiques de ces conflits ?

A- Nature et Caractéristique des conflits

Si l’on observe de près les 25 conflits les plus meurtriers en 1999, 15 ont été des conflits
internes et 10 des conflits de territoire et parmi les conflits internes, une grande majorité
d’entre eux présentent un caractère « ethnique » : environ les 2/3 des conflits actuels 17. Le
conflit de territoire évoque la séparation juridique et physique d’entités politiques
(communautés, ethnies, etc.) ne souhaitant plus vivre ensemble.

16
Joubert, Jean Paul. La marge de manœuvre des africains in Géopolitique africaine, rapporté par Kafilath
17
GRIPS, Claudio Gramizzi, Félix Nkundabagenzi, Sophie Nolet et Federico Santopinto, Dossier documentaire,
Op.cit p.27

8
La durée des conflits, la proximité des camps de réfugiés ou des camps de personnes
déplacées des zones de conflit contribuent aussi au phénomène d’enfants soldats. Dans cette
optique, plusieurs enfants sont utilisés dans des conflits de grande échelle comme ceux qui
faisaient rage au Burundi, en Côte d’Ivoire, en Ouganda, en République démocratique du
Congo (RDC), en Somalie et au Soudan18.

Le recrutement d’enfants soldats, souvent de façon forcée, s’est intensifié alors que les
négociations de paix concernant les conflits en RDC et au Soudan arrivaient à leur stade final.
En Afrique de l’ouest, des groupes armés en Sierra Leone et au Libéria ont continué de
recruter des enfants, respectivement jusqu’en 2002 et 2003. Ces recrutements ont souvent été
effectués parmi les enfants réfugiés se trouvant dans des pays limitrophes comme le Burkina
Faso, la Côte d’Ivoire et la Guinée19. Le conflit qui, au cours des dix dernières années, a
dévasté la Sierra Leone et le Libéria s’est étendu en Côte d’Ivoire où une guerre civile a éclaté
en septembre 2002. Des enfants ont été recrutés, souvent de force, par les différentes parties.
Au Tchad, au moins 600 enfants soldats servaient au sein des forces gouvernementales et de
celles de l’opposition et, toutes deux, auraient déployé des enfants soldats en République
centrafricaine, entre 2001 et 200320. Depuis l’effondrement du gouvernement central en
Somalie, en 1991, environ 200 000 enfants auraient détenu des armes à feu ou auraient été
impliqués dans les activités des milices armées. De jeunes enfants ont également été utilisés
comme soldats dans les combats incessants entre factions rivales. Ainsi lorsqu’un conflit dure
depuis des décennies, les enfants des combattants se trouvent souvent dans les rangs des
forces armées ou des groupes armés. Parfois recrutés au-delà des frontières du pays ou formés
à l’étranger, certains, tels des mercenaires passent de conflit en conflit. Que pourrait-on dire
des conséquences de cette implication sur les enfants soldats ?

Paragraphe I : La Prolifération des Armes légères

La problématique liée à la prolifération et à la dissémination des armes légères est un


phénomène complexe, souvent masqué par l’ombre qui caractérise le domaine de l’armement
et de l’industrie de la défense. Elle favorise plus la participation des Enfants dans les Conflits
armés21.

18
Ibidem
19
Ibidem
20
Ibidem
21
Claudio Gramizzi, Félix Nkundabagenzi, Sophie Nolet et Federico Santopinto, Dossier documentaire,
Op.cit.p.28

9
A-Notion d’arme légère et de petit calibre ?

Plusieurs définitions existent au niveau international et les critères utilisés ne sont pas
toujours identiques, mais ici nous allons nous basé plus sur la définition de l’ONU22. En effet
la définition d’arme légère et de petit calibre adoptée par les Nations unies fut établie par un
groupe d’experts gouvernementaux en 1997. Elle comprend toute arme comprise entre les
armes blanches (couteaux, machettes, sabres...) et les armes à feu de calibre inférieur à
100mm et ne comprend essentiellement les armes conçues et fabriquées spécifiquement pour
un usage de type militaire. Cela signifie, en d’autres termes, que ce sont des armes «
fabriquées pour servir de moyens de guerre meurtriers »23. Cette notion, difficile à déterminer
de manière univoque, laisse donc la porte entrouverte à des « zones d’ombre ». La distinction
entre les armes conçues pour un usage civil (les armes de chasse ou de tir sportif) et celles
typiquement militaires est, en effet, plutôt subtile. En plus d’être réduites en taille et en poids,
ces armes présentent également la caractéristique de pouvoir être déplacées aisément par une
ou plusieurs personnes, un animal de trait ou un véhicule léger.

Plus en détail, elles se répartissent en trois catégories :

- les armes de petit calibre (revolvers et pistolets automatiques, fusils et carabines, fusils
d’assaut, pistolets-mitrailleurs et mitrailleuses)

- les armes légères (mitrailleuses lourdes, lance grenades portables ou fixes, canons anti-
aérien portables, canons portables anti-char, lance missiles et lance-roquettes anti-char, lance-
missiles anti-aériens portables et mortiers de calibre inférieur aux 100mm)

- les munitions et les explosifs (cartouches et munitions pour armes de petit calibre,
projectiles et missiles pour armes légères, projectiles anti-aériens ou anti-chars, bombes à
lancée manuelle, mines antipersonnelles et explosifs) Pour les armes de petit calibre à
chargements multiples, on retrouve généralement une autre subdivision en trois groupes :
celles à fonctionnement normal (lorsque toutes les phases se font de manière manuelle), les
semi-automatiques (lorsque l’opération de déclenchement du coup de feu est manuelle) et les
automatiques (uniquement le premier tir se déclenche manuellement, le reste des opérations se
fait de manière répétée et automatique)24.
22
Cette définition a été publiée pour la première fois dans le Rapport du Groupe d’Experts Gouvernementaux
de l’ONU sur les armes légères A/52/298, 27 août 1997
23
GRIPS, Claudio Gramizzi, Félix Nkundabagenzi, Sophie Nolet et Federico Santopinto, Dossier documentaire,
Op.cit p.5
24
Ibid. p.5

10
Au plan national, y compris au sein d’une même organisation comme par exemple l’Union
européenne, ce que les Etats considèrent comme étant des armes légères varie souvent en
traversant les frontières. Chaque pays fait en effet référence à des textes juridiques qui
diffèrent souvent de ceux des ses voisins25. Ces armes contribuent en effet à l’implication des
enfants dans les conflits armés.

B- Armes légères et Enfants soldats en Afrique

La prolifération des armes légères bon marché a facilité le recrutement d’enfants comme
soldats. Jadis, les armes les plus dangereuses étaient des armes lourdes ou complexes, mais les
nouvelles armes sont si légères que de jeunes enfants peuvent les utiliser et si simples qu’elles
peuvent être démontées et remontées par un enfant de dix ans26. En Ouganda par exemple, un
AK-47 automatique ne coûte pas plus qu’un poulet et, au nord du Kenya, pas plus qu’une
chèvre27. Ainsi si la prolifération d’armes légères n’est pas la cause première d’une guerre, il
est néanmoins évident que la grande disponibilité d’armes à feu joue un rôle direct dans
l’exacerbation de la spirale violente et, souvent, dans le déclenchement des hostilités et le
recrutement d’enfants soldats. De plus les caractéristiques mêmes de ces armes favorisent
l’enrôlement de combattants non-formés ainsi que l’augmentation des pertes en vies
humaines28. Elles contribuent également à compliquer sensiblement les opérations de
désarmement envisagées à l’issue d’un conflit et à prolonger le processus de construction de
la paix. Lors d’un nombre important de conflits en particulier dans certaines régions
d’Afrique, la dissémination d’armes légères a également favorisé les exactions et les
violations des droits de l’homme et l’émergence de crises humanitaires aux proportions
effrayantes29. Mais il n’ya pas que la prolifération des armes légères qui favorise le
recrutement des enfants soldats, la nature des conflits n’est aussi à négliger.

Section II : L’enrôlement des enfants soldats

Les enfants sont recrutés comme soldats des façons différentes. Ils peuvent s’associer
« volontairement » à des forces armées ou à des groupes armés, des fois aussi leur enrôlement
est forcé.
25
Ibidem
26
Nation Unies, Enfants Soldats,http://www.un.org/children/conflict/french/childsoldiers.html
27
ibidem
28
ibidem
29
ibidem

11
Paragraphe I : L’Enrôlement volontaire

Plusieurs raisons peuvent pousser les enfants à s’engager dans l’armée, ces raisons peuvent
être des raisons socio-économiques (A) ou encore des raisons idéologiques et sécuritaires (B).

A- Raisons socio-économiques

Parmi ces raisons on peut citer notamment la pauvreté, l’éducation mais les relations sociales.

Premièrement, la pauvreté30 En fait, la caractéristique commune la plus courante des enfants-


soldats est leur pauvreté. Quand une guerre éclate et que la société s’effondre, les possibilités
de générer un revenu stable diminuent. Souvent, le seul moyen de survivre économiquement
est de rejoindre l’armée ou un groupe armé. Les soldats manquent rarement de nourriture et
ils reçoivent généralement une sorte de salaire, même irrégulièrement.

Deuxièmement, l’accès à l’éducation peut aussi jouer un rôle. Le « facteur éducatif »


comprend de nombreux éléments : d’une part, le manque d’accès à l’éducation mène de
nombreux jeunes à considérer que la formation militaire est leur seule possibilité d’apprendre.
Si vous n’avez ni travail ni école où aller, l’option militaire peut paraître relativement
attrayante. La qualité de l’éducation que l’enfant recevait dans le contexte civil joue
également un rôle. Si un enfant va dans une école où l’éducation est de mauvaise qualité et où
les enseignants ne respectent pas les droits et la dignité des enfants, ceux-ci peuvent partir par
frustration.

Troisièmement, la famille et les amis peuvent pousser les enfants dans un sens ou dans
l’autre : les enfants qui ne sont pas entourés d’un réseau familial sont plus susceptibles de
rejoindre des groupes armés ou les forces armées que ceux qui vivent dans une unité familiale
qui fonctionne bien. En revanche, un environnement familial à problèmes peut inciter un
enfant à s’enrôler pour échapper à cette situation. Les membres d’une famille peuvent en
outre encourager les jeunes à rejoindre les forces armées ou un groupe armé pour défendre
une cause.

A part ces raisons socio-économiques il existe aussi d’autres raisons mais qui sont d’ordres
idéologiques et sécuritaires.

B- Raisons idéologiques et sécuritaires

30
ICRC, op.cit

12
L’identité de groupe et l’idéologie peuvent jouer un rôle, car les jeunes peuvent très bien
s’engager dans un parti politique qui exige leur participation aux combats. Certains enfants
s’enrôlent parce qu’ils veulent défendre leur village, leur groupe ethnique ou des zones qui
ont une grande valeur symbolique à leurs yeux. Le désir ou la pression poussant à faire partie
d’un groupe pèse aussi dans la balance, tout comme la présence d’enfants plus âgés dans ces
groupes, car ils constituent un fort « facteur d’attraction ».

Au plan sécuritaire, de nombreux enfants rejoignent les forces armées ou des groupes armés
parce qu’ils pensent qu’ils seront ainsi mieux protégés, selon l’idée que « si vous ne pouvez
pas les vaincre, rejoignez-les » ou leurs ennemis. Les enfants pensent souvent que s’ils font
partie d’un corps armé, celui-ci ne les attaquera pas. Cependant, la façon dont ils seront
traités une fois qu’ils l’auront intégré est une autre question, et il est possible qu’ils n’en aient
pas eu conscience préalablement.

Et enfin, il y a la vengeance de nombreux enfants deviennent soldats pour se venger, souvent


après que leurs ennemis aient tués, maltraités ou pillés leur famille et leurs amis.

Les facteurs ci-dessus, qui sont généralement liés et cumulatifs, peuvent tous constituer une
preuve du degré de volonté de l’enfant31. Mais le recrutement n’est pas que volontaire les
enfants peuvent aussi s’enrôler par contrainte.

Paragraphe II : Le recrutement par contrainte

Le recrutement par contrainte comprend le recrutement forcé et le recrutement obligatoire.

A- Le recrutement forcé

Le plus souvent, les enfants sont recrutés par la force après avoir été enlevés à leur famille.
Vulnérables physiquement, mentalement et émotionnellement, ils sont plus dociles et plus
malléables que des adultes32. Le témoignage de Jeanne ne nous reste pas indifférent, "J’ai été
recrutée à Goma alors que je rentrais de l’école. Sur la route, il y avait des soldats dont le
véhicule avait l’air d’être en panne. C'était en fait un piège. Ils m’ont appelée, moi et
d’autres enfants. Quand je me suis approchée d’eux, ils m’ont alors attrapée et mise dans
leur véhicule avant de m’emmener dans un camp d’entraînement militaire. C'est là que j’ai
été entraînée et c’est de là que nous avons commencé à marcher sur Kinshasa. Parce que
31
ibidem
32
Anatole AYISSI et Catherine MAIA, Les filles-soldats.grandes oubliées des conflits en Afrique, p.24

13
nous avons été emmenés de force alors que nous rentrions de l’école, nos parents n’ont pas
su ce qui nous était arrivé. A ce jour, je ne sais pas si mes parents sont vivants. Et même s’ils
le sont, ils ne savent pas ce qui m’est arrivé.33" Ainsi plusieurs enfants auraient été enlevé de
cette façon et les raisons qui poussent les commandants des guerres à le faire sont
diverses34.On peut citer La témérité, l’innocence et les atouts physiques.

La témérité : dans les conflits armés, beaucoup redoutent les enfants et les jeunes combattants
plus que les adultes, car ils peuvent se montrer impitoyablement cruels. Leur inexpérience de
la vie et le fait qu’ils sont souvent nés dans la guerre, les prédisposent au combat comme
unique perspective d’existence.

L’innocence : apanage de l’enfance, elle se révèle être ici une terrible infirmité. Les adultes
peuvent communiquer à l’enfant un sentiment de toute-puissance ou d’invincibilité : un
talisman, des drogues qui abrutissent (au sens propre), ou simplement un discours suffisent
pour procurer ce sentiment. Ainsi ils sont facilement endoctrinés, manipulés et influencés par
les notions héroïques de masculinité et de puissance.

Les atouts physiques : Lorsqu’ils participent au combat, les enfants sont souvent plus disposés
que les adultes à commettre des atrocités. Manquant de maturité, et fréquemment sous
l’influence de drogues, ils ont souvent moins peur que les adultes, ne pensent pas toujours aux
conséquences de leurs actes et peuvent involontairement violer les règles du droit
international humanitaire. Petits et légers, agiles, les enfants se camouflent facilement et se
faufilent partout. Le recrutement peut être aussi obligatoire pour les enfants dans certains
pays.

B- Le Recrutement Obligatoire

Également décrit par le terme de circonscription, est le service dans les forces armées
étatiques régulières requis par la loi. Le recrutement obligatoire de personnes de moins de 18
ans est interdit par le Protocole Facultatif à la Convention relative aux Droits de l’Enfant

33
Dossier sur les enfants soldats, Autour du spectacle la Gigantea, les trois clés, temoignage de Jeanne, récrutée
à l’age de 11ans en 1996 à Goma.
34
GRIPS, Claudio Gramizzi, Félix Nkundabagenzi, Sophie Nolet et Federico Santopinto, Dossier
documentaire, enfants soldats, armes légères et conflits en Afrique, p.19

14
concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés. Le recrutement obligatoire
d’enfants soldats est prioritairement destiné :

- A remplir le besoin étatique de soldats en temps de conflit, cela peut être illustré par le
témoignage de ce soldat burundais « Oui, l’armée recrute des enfants. Parce que nous
n’avons pas assez de soldats, deux fois par an, nous organisons une campagne de
recrutements et tant que le nombre nécessaire de soldats n’est pas atteint, tous ceux qui se
présentent sont enrôlés, quel que soit leur âge. »35

-A maintenir une vaste armée en temps de paix.

D’autres enrôlements sont fréquents dans des pays où l’absence d’un système de recensement
des naissances efficace a rendu impossible la vérification de l’âge des recrues ainsi que la
protection d’enfants de moins de 18 ans contre l’accomplissement du service militaire36.

CHAPITRE II : LES CONSEQUENCES DE L’IMPLICATION


DES ENFANTS DANS LES CONFLITS

35
Organisation internationale du travail (OIT), Enfance blessée : L’utilisation des enfants dans les conflits
armés en Afrique centrale, avril 2003.
36
Coalition pour mettre fin à l’utilisation des enfants soldats, rapport mondial 2004, p.19

15
Au moins deux millions d’enfants sont morts ces 10 dernières années à la suite de
guerres déclenchées par des adultes, qu’ils aient servi de cibles civiles ou qu’ils aient été tués
au combat en tant que soldats37. Ainsi les conflits armés peuvent avoir un impact néfaste sur
le développement, la stabilité, la prospérité et la démocratisation des sociétés auxquelles ces
enfants appartiennent et les filles soldats n’en sont pas épargnées mais si des fois elles
délibérément ou non exclues des programmes de démobilisation et de réinsertion.

Section I : Les Conséquences chez les enfants soldats en général

Les enfants considérés comme toujours les plus faibles des populations civiles du fait de leur
vulnérabilité sont transformés par la méchanceté des commandants de guerres à des véritables
acteurs de la guerre dont les conséquences leur sont réservées avant et même après les
conflits. Ces conséquences sont d’une part physiques et morales et socio-économiques
d’autres part.

Paragraphe I : Les conséquences physiques et morales

Dans les lignes qui suivent, nous allons développer les conséquences physiques en A et
morales en B.

A- Les conséquences physiques

Les enfants soldats sont les plus à payer le prix des conflits armés. En effet, la fragilité de
leur corps les rend plus vulnérables lors de blessures, de longues arches, d'inhalation de
produits toxiques ou de violences sexuelles. Les dommages physiques sont plus courants chez
les enfants soldats inexpérimentés et la tranche d'âge la plus touchée est donc celle des 11-15
ans38. Parmi les conséquences physiques les plus communément relevées sur des enfants
soldats, on notera surtout :

- Des mutilations ou des blessures graves sur des enfants soldats en bas âge utilisés comme
chair à canon ou envoyés sur des champs de mines.

- Des lésions irréversibles dues aux blessures et brûlures non traitées ou à la présence de
balles ou d'éclats de balles.

- La perte d'un ou de plusieurs sens, le plus souvent l'ouïe ou la vue.


37
Carol Bellamy, Les enfants sont les premières victimes de la guerre, p.30,
http://www.observateurocde.org/news/fullstory.php/aid/423/Les_enfants_sont_les_premi_E8res_victimes_de_la
_guerre_.html consulté le 24/04/2010
38
ibidem

16
- Des infections intestinales ou respiratoires résultant d'une alimentation inadéquate, de la
mauvaise qualité de l'eau et du manque d'hygiène. Des maladies infectieuses infantiles
(paludisme, tuberculose) dues à l’absence de suivi médical.

- Une exposition accrue aux maladies sexuellement transmissibles, particulièrement pour les
filles soldats, qui doivent par ailleurs subir des grossesses non désirées ou à risque.

- Divers dommages physiques et psychiques dus à une longue prise de substances dangereuses
tels que les amphétamines, les tranquillisants et/ou l'alcool. La perte d'un sens ou d'un organe,
tout comme une longue exposition aux drogues peuvent avoir des conséquences très lourdes
sur les espoirs de réintégration d'un ex-enfant soldat. Le développement psychique, social,
éducatif et professionnel est fortement compromis par ces handicaps physiques, et ceci peut
conduire au rejet de l'enfant par la communauté et à la marginalisation au sein de la société.

Des milliers d’enfants ont été tués, violés et ont connus toutes sortes de violences physiques,
de traitements dégradants et inhumains ; d’atteinte à leur intégrité physique. L’horreur qu’ils
ont subie dépasse l’imagination comme le témoigne cet enfant : « Ils ont creusé des trous dans
la terre. Des petits trous. Oui. Pas trop grands. Ensuite, nous avons baissé nos pantalons. Et
couché avec la terre comme si c’était une femme…Tous les uns à côté des autres, avec le
pantalon en bas »39. Ils doivent porter de lourdes charges, risquent la malnutrition ; ils sont en
contact avec les drogues et alcool, risquent la contamination par le virus du sida, des
grossesses non désirées, doivent faire du déminage (perte de membres) et risquent qu’on leur
tire dessus ou même d’être tués. Le dur régime d’entrainement et le combat final mènent
souvent à des décès parmi ces enfants.

A- Les Conséquences Morales

Outre les dangers physiques, ces enfants sont soumis à de lourds efforts psychologiques. S’ils
ne plient pas aux ordres de leurs « supérieurs », ils sont traités mal et brutalement. Ils sont
obligés de tuer des amis et/ou des membres de leur famille. Tous ces facteurs rendent les
choses difficiles, insupportables pour les enfants. Parfois les enfants ne voient pas d’autres
solutions que de se tuer ou d’en tuer d’autres et ceci affecte à long terme leur bien être
émotionnel s’ils ne reçoivent pas de soutien approprié. De tels traumatismes se manifestent le
plus souvent par la dépression, l’angoisse, l’insomnie, des cauchemars, des sentiments de
peur, d’insécurité et d’instabilité, de même que par le repli sur soi, des difficultés
39
Lucien BADJOKO, J’étais enfant soldat, Katia Clarens, Plon 2005, p.25

17
d’apprentissage et un comportement agressif. Le recrutement illégal prive les enfants du droit
de recevoir une éducation et par conséquent, réduit leur capacité d’autonomie dans la vie
futur. Le plan socio-économique compte aussi des conséquences considérables.

Paragraphe II : Les Conséquences Socio-économiques

Il s’agit des conséquences au plan social (A) et celle qui sont plus tôt économiques (B).

A- Les Conséquences Au plan Social

Il est important de savoir que, si dans une région déterminée, des enfants soldats participent
activement à un combat, tous les enfants, donc également les enfants « civils » sont visés.
Tous les enfants de cette région courent un danger et ils peuvent être utilisés comme un
objectif par l’ennemi. Ces enfants peuvent rencontrer de grandes difficultés pour recouvrir
leur identité et leur place dans la communauté.

Le phénomène d’enfant soldat à des conséquences au-delà même de l’enfant. L’entourage


peut également subir de sérieux impacts. Le recrutement peut diviser la communauté si
l’enfant recruté est reconnu comme auteur d’actes de violence, qui peuvent induire un
sentiment irrépressible de douleur ou de perte. De plus, lorsque la pauvreté incite les enfants à
rejoindre une entité armée, parents et communautés peuvent se sentir coupables et impuissants
de n’avoir pas pu constituer un réseau d’entraide suffisant pour les en empêcher. Cela n’est
pas rare de voir des groupes armés forcer des enfants à se retourner contre leur propre
communauté, en vue de rompre tous les liens avec cette communauté ; augmentant ainsi leur
dépendance au groupe et accroissant la détresse ressentie par les membres de la communauté.
Que pourrait-on dire des conséquences économiques ?

B- Les Conséquences Economiques

Les enfants constituent l’avenir de toute nation. Leur éducation demeure ainsi donc l’une des
priorités pour le développement de tout Etat. Remarquons cependant que lors des conflits, le
secteur éducatif est paralysé. Les écoles et autres infrastructures de base (hôpitaux, centres de
santé…) et espaces de jeux sont détruits. Dans les quelques écoles qui ont survécu à la guerre,
les enfants étudient dans des classes sans pupitres, assis à même le sol ou sur des morceaux de
bambous et des morceaux de calcaires sont utilisés comme craies. Des milliers d’entre eux
abandonnent le chemin de l’école du fait du déplacement dû à la guerre et le taux de
déperdition scolaire s’accroit considérablement. Les enfants sont parfois exploités par leurs

18
enseignants pour des travaux champêtres, la recherche de bois, les parents étant devenus
incapables de payer les frais de scolarité. Le droit à une éducation, fondamental des droits de
l’enfant est jeté aux oubliettes.

En dehors de ces paramètres, notons que lorsqu’un conflit éclate dans un pays, tous les
secteurs de l’économie sont atteints : il y a chômage et les services de l’Etat n’existe plus car,
pillés par les divers combattants.

« Les violences physiques, sexuelles et émotionnelles auxquelles sont exposés les enfants
soldats ébranlent les fondements de leur univers. La guerre détruit leurs foyers, désintègre
leurs communautés et mine leur confiance dans les adultes » 40. D’autres conséquences sont
beaucoup plus spécifiques aux filles combattantes.

Section II : Le cas spécifique des filles

Le terme générique d’enfants soldats ou d’enfants combattants ne fait pas la distinction entre
les genres. Combattantes ignorées de cette armée invisible, les filles représentent pourtant un
tiers environ des enfants soldats41. Il existe très peu de cas de filles recrutées dans les armées
régulières lors de conflits, mais on les retrouve par contre en grand nombre dans les milices
paramilitaires ou dans les groupes armés d’opposition. Une fois impliquées, des séquelles
leurs seront réservées pendant et après le conflit.

Paragraphe I : les conséquences au cours conflits

Lors des conflits des conséquences psycho-sociales (A) et sanitaires (B) sont les plus souvent
remarquées chez les filles soldats.

A. Les conséquences psycho-sociales

Selon la coalition pour mettre fin à l’utilisation des enfants soldats42, 41 % des filles recrutées
dans les groupes armés sont avant tout des combattantes. Alors qu’elles forment environ 20 à

40
Etude de Nations Unies dirigées par Graça Machel. Elle a travaillé sur l’impact des conflits armés sur les
enfants
41
Anatole AYISSI et Catherine MAIA Les filles-soldats.grandes oubliées des conflits en Afrique, op.cit, p.24
42
Tous les pourcentages sont issus du rapport de la Coalition internationale pour mettre fin à l’utilisation
d’enfants soldats, «Girls in militaries, paramilitaries and armed opposition groups»

19
30% des soldats, des femmes et des jeunes filles y compris des fillettes âgées d’à peine huit
ans, représentent entre un quart et la moitié des membres actifs de certains de ces groupes.
Ces jeunes filles endurent toutes les épreuves de la vie militaire. Elles assument les mêmes
tâches que les jeunes garçons. On leur apprend à manipuler des armes, à recueillir des
informations et à participer à des opérations militaires.

- 1% des filles soldats servent également d’espions ; elles sont envoyées en missions de
reconnaissance parce qu’elles sont moins soupçonnées que les garçons.

- 31% d’entre elles sont aussi utilisées lors de missions suicides ou comme chair à canons
dans les champs de mines.

Les filles sont également enrôlées par les groupes armés afin de servir d’esclaves sexuelles ou
«d’épouses» de soldats. En Ouganda, des filles de 12 ans sont affectées aux commandants de
la Lord’s Resistance Army (LRA), récompensés pour leur courage et leur dévouement. Il
s’agit en même temps d’une reconnaissance symbolique du statut : Joseph Kony, le chef de la
LRA avait plus de cinquante épouses en titre43. Les filles qui résistent ou refusent des relations
sexuelles sont punies. Grace, kidnappée de 1995 à 1998 (elle avait 13 ans) raconte : « J’étais
donnée comme épouse au commandant Onen. Il m’a souvent battue et quand j’ai refusé un
jour, il m’a tailladée la figure avec sa baïonnette »44. Il existe de nombreux témoignages de ce
type d’exactions sur de toutes jeunes filles en République démocratique du Congo. Ainsi,
Julie, 14 ans confiait à Amnesty International qu’elle avait été envoyée à Mushaki en 2002
pour y suivre un entraînement : « Je me suis retrouvée avec cinq autres filles, qui y sont
toujours. Elles n’ont pas été démobilisées car elles servent de « femmes » aux soldats. La nuit,
les soldats les violaient. Parfois, elles étaient violées par plusieurs soldats dans une même
nuit»45.

Enfin, environ la moitié des filles enrôlées servent pour des tâches non militaires, comme
cuisinières, porteuses, femmes de ménage… Il est essentiel de prendre conscience que ces
tâches ne sont pas mutuellement exclusives. Une fille soldat peut passer une partie de la
journée comme combattante auprès des soldats garçons, puis la nuit venue servir de
concubine. C’est d’ailleurs le cas le plus courant. D’autre part, la distribution des rôles entre

43
Compagnie Les Trois clés, Dossier sur les enfants soldats, SITUATION DES ENFANTS SOLDATS DANS LE
MONDE, p.18
44
Ibidem
45
ibidem

20
garçons et filles soldats n’est pas toujours aussi prévisible : ainsi au Libéria ou en Ouganda, la
plupart des filles étaient sur le front, alors que des garçons subissaient des sévices sexuels46.

B. Au plan sanitaire

Même si les garçons ne sont pas totalement épargnés, ce sont les filles et les adolescentes qui
paient le plus lourd tribut en sévices sexuels et viols. Ces abus s’accompagnent de lésions
corporelles graves, parfois douloureuses et invalidantes à vie, de grossesses non désirées. Les
jeunes filles-soldats qui parviennent au terme de leur grossesse accouchent sans accès à des
soins médicaux, dans des conditions peu hygiéniques, seules ou avec l’assistance de
personnes inexpérimentées47. Leur condition physique dégradée elles sont souvent sous-
alimentées, atteintes de blessures ou de maladies augmente les risques de décès maternels et
infantiles. Dans ces circonstances, ces jeunes mères ne parviennent souvent pas à allaiter leur
enfant. Elles sont nombreuses avec leurs bébés à ne pas survivre. Violées, traumatisées, ces
filles doivent également subir les risques sanitaires que ce type d’exactions impliquent :
grossesses, hémorragies internes, blessures corporelles, perte de leurs menstruations ou encore
exposition accrue aux MST. Il semble que ces relations ne résultent pas de l’usage de la force
mais qu’elles ont lieu dans un contexte où les commandants ont pouvoir de vie et de mort sur
les combattants placés sous leurs ordres. Des jeunes filles âgées d’à peine douze ans sont
contraintes d’utiliser des contraceptifs et sont obligées d’avorter si elles tombent enceintes48.

Paragraphe II: Les filles soldats après un conflit

Les filles soldats sont non seulement victimes d’une discrimination au profit des jeunes
garçons (A) et aussi des tribunaux militaires comme tous autres enfants soldats dans certains
pays (B).

A. La discrimination des Filles combattantes

La discrimination se retrouve aussi vive lors des phases de désarmement, démobilisation et


réinsertion (DDR). Dans la majeure partie des pays où les conflits internes font rage, les filles
46
ibidem
47
AYISSI (A). et Maia (C). « Les filles soldats. Grandes oubliées des conflits en Afrique », op.cit.p.24
48
Compagnie Les Trois clés, Dossier sur les enfants soldats, op.cit.p.17

21
sont moins puissantes socialement, culturellement et économiquement. Aussi sont-elles
encore plus invisibles que leurs pairs masculins à la fin des hostilités, et ont-elles encore plus
tendance à disparaître tout simplement. La honte d’avoir été soldat est plus difficile à porter
pour une fille que pour un garçon, qui va subir déjà le rejet de sa communauté. De plus,
qu’elles aient servi de femmes de soldats ou non, elles seront traitées à leur retour comme des
filles salies. Lorsqu’elles sont enceintes ou déjà mères, elles craignent tant le regard
désapprobateur des leurs qu’elles évitent les camps de démobilisation, mendient dans la rue,
souffrent de malnutrition et finissent par perdre leur enfant. La plupart des filles soldats
tentent de toute façon d’éviter ces camps ou s’en enfuient parce qu’elles y subissent les
mêmes abus sexuels que dans les groupes armés. En effet, une importante lacune des
campagnes de DDR est qu’elles ne prennent pas toujours en compte la nécessité de séparer les
garçons des filles. Il faut éviter de reproduire les schémas existant lors du conflit et tenir
compte des vécus différents. Le suivi psychologique et sanitaire doit être approprié. Ceci a
d’ailleurs été rappelé dans la résolution 1325 de l’Assemblée générale des Nations unies, qui
demande à «tous ceux impliqués dans la planification des désarmements, démobilisations et
réintégrations, de considérer les différents besoins des hommes et des femmes ex-combattants
et de prendre en compte les besoins de ceux qui en dépendent». Il s’agit donc bien ici de
mettre l’accent sur les différences d’âge et de sexe, et sur les différences physiques et
psychologiques entre les combattants, mais les besoins spécifiques des filles soldats sont
encore mal abordés. Par ailleurs, il est important de noter que lors du simple processus de
rassemblement des combattants, les filles soldats sont peu reconnues, et leur expérience au
combat est aussi rarement prise en compte plus tard dans la reconnaissance d’un statut de
vétéran. En Namibie, lors du cessez-le-feu, les filles soldats rentrer chez elles, passer de la
tenue de combat à la robe et être donc envoyées dans des camps de réfugiés et non de
démobilisation, où elles ne reçurent ni formation ni prise en charge psychologique pour les
assister dans leur réintégration49. Pour certaines cultures, il est tellement incongru d’admettre
que les filles soient capables de devenir de vraies combattantes et de soutenir une idéologie
guerrière, que l’on préfère les ignorer au lieu d’admettre qu’elles nécessitent autant que les
garçons des programmes de démobilisation spécifiques.

Lors de la réintégration, les filles soldats peuvent aussi tout à coup sembler trop émancipées
par rapport à leur statut de civiles avant les conflits. Elles deviennent alors un danger pour
l’ordre traditionnel de la société qu’elles cherchent à réintégrer. Elles se trouvent ainsi
49
Compagnie Les Trois clés, Dossier sur les enfants soldats, SITUATION DES ENFANTS
SOLDATS DANS LE MONDE, op.cit p.17

22
fréquemment forcées de se marier ou de quitter la communauté. «Le plus marrant c’est que
parmi les enfants soldats, il y a des filles, oui de vraies filles qui ont le kalach, qui font le «
farot » avec le kalach. Elles ne sont pas nombreuses. Ce sont les plus cruelles ; ça peut te
mettre une abeille vivante dans ton œil ouvert»50. Avec ses mots simples, le petit Brahimi du
roman d’Ahmadou Kourouma exprime pourtant une réalité maintes fois constatée sur le
terrain : discréditées dans un monde d’hommes, les filles soldats n’en sont que plus dures et
plus cruelles. Leurs existences dans ces groupes armés restent pourtant peu reconnues, et elles
finissent par être mises à l’écart lors des phases de démobilisation et de réintégration. Rejetées
par leur communauté, elles tombent alors très vite dans la prostitution et la mendicité, ou
finalement retournent au sein d’un groupe armé. La prise en compte des besoins spécifiques
des filles soldats demeure donc un enjeu majeur pour l’instauration d’une paix durable et juste
dans les pays touchés par les conflits armés. Comme tous les enfants soldats, elles sont aussi
souvent victimes des jugements des tribunaux militaires.

B. Les victimes des Tribunaux militaires

Ainsi ces enfants soldats peuvent être obligés à la fin d'un conflit de comparaître devant un
tribunal militaire en tant que soldats ou devant un tribunal pénal de droit commun et de se voir
infliger une peine de prison, quel que soit leur âge. Par exemple en juillet 1999, en RDC, un
tribunal spécial sans instance d'appel avait condamné cinq enfants soldats à la peine de mort51.
Les procès avaient été menés sommairement et les enfants avaient tous été condamnés en tant
que soldats à l'époque des faits. En mai 2001, ces enfants avaient vu leur peine commuée en
peine de prison à vie. A la suite d'un conflit violent, les enfants soldats ne bénéficient pas
d'une indulgence particulière liée à leur statut d'enfant52. Pour la plupart des tribunaux
militaires, s'ils ont été capables de commettre des exactions, ils sont également assez grands
pour répondre de leurs crimes. Mais un tel raisonnement oublie que les enfants sont loin d'être
conscients des risques qu'ils encourent par leur méconnaissance des législations et ne sont pas
capables comme les adultes de comprendre la gravité de leurs crimes. La participation
d'enfants soldats aux processus de justice pénale demeure donc très problématique53. Au-delà
de la nécessité de donner aux victimes le droit de voir les crimes punis, il existe un risque
important de perturber l'instauration d'un climat de paix à travers la réouverture de plaies
psychologiques, les représailles et le rejet de la communauté ou les actes de vengeance. De
50
Amnesty International, le bulletin de la commission, op.cit, p.14
51
ibidem
52
ibidem
53
ibidem

23
plus, on craint que la menace de poursuites pénales ne donne une raison de plus aux enfants
soldats d'éviter les phases de démobilisation et de réintégration et donc de disparaître à
nouveau et d'être très vite ré-enrôlés. Il faut donc trouver des moyens novateurs de concilier
les témoignages d'enfants soldats avec une prise en charge psychologique et sociale qui
permettrait d'éviter les stigmates et les traumatismes. D'autre part, quelle que soit la forme de
justice pénale utilisée, traditionnelle ou officielle, l'enfant doit continuer à être considéré
comme une victime. Les procédures judiciaires doivent donc s'assouplir pour prendre cette
réalité en compte.

CONCLUSION PARTIELLE

Au terme des réflexions menées dans la première partie, on a remarqué que des enfants sont
impliqués dans les conflits armés en Afrique au sud du Sahara et que cette implication est
conditionnée par plusieurs facteurs qui méritent bien d’être souligné avant d’analyser l’impact
sur cette couche vulnérable de la population. Ainsi d’innombrables enfants sont confrontés à
l’angoisse de perdre leur foyer, leurs biens et leurs proches et servir dans les groupes ou
forces armés. Et pratiquement toutes les constantes nécessaires à leur épanouissement sont
gravement perturbées, et les dégâts psychologiques des conflits armés sont incalculables.
Alors cette exploitation criminelle des enfants, et le fait qu’ils soient pris comme cibles dans
les conflits constituent une violation non seulement de leurs droits mais aussi des fondements

24
mêmes de la paix et de la sécurité internationales. Lorsque des enfants se voient refuser la
possibilité de grandir dans un climat de confiance, de tolérance et de justice, l’espoir
d’endiguer les conflits au cours des générations suivantes est en fait très faible. Il est donc
grand temps à ce que la communauté internationale pense aux mécanismes de leur protection.

DEUXIEME PARTIE :

LES MECANISMES DE PROTECTION DES ENFANTS SOLDATS

Au regard des considérations que nous avons énumérés dans la première partie, il convient de
faire remarquer que les enfants sont impliqués dans les conflits armés et que cela aura de
graves conséquences sur leurs biens êtres sur tous les plans. Ainsi la communauté
internationale à l’obligation d’établir des normes en vue de les protéger contre d’éventuels
recrutements et utilisation dans les conflits armés. Dans ce sens plusieurs règles ont été

25
éditées et les tribunaux sont mis en place pour poursuivre et punir les auteurs et les co-auteurs.
Il existe aussi des institutions non juridiques œuvrant dans la protection des enfants. Dans les
lignes suivantes, nous aborderons dans un premier temps les mécanismes juridictionnels et en
second lieu ceux non juridictionnel.

Chapitre1 : Les mécanismes juridictionnels

Chapitre2 : Les mécanismes non-juridictionnels

CHAPITRE I : LES MECANISMES JURIDICTIONNELS

Pour faire respecter les droits de l’enfant aux forces et groupes armés qui recrutent les enfants,
des dispositions sécuritaires ont été prises à leur encontre et des juridictions veillent à leur

26
mise en œuvre. Ce chapitre parlera du fondement juridique de la protection des enfants soldats
en section I et la mise en œuvre de cette protection en section II.

Section 1 : Le fondement juridique de la protection des enfants soldats

Cette section sera consacrée aux normes de la protection juridique accordée aux enfants dans
les conflits armés et les garanties judiciaires des délinquants mineurs.

Paragraphe 1 : Les normes interdisant l’enrôlement des enfants soldats

Ces normes vont des instruments juridiques internationaux (A) aux textes à portée politique
(B).

A- La reconnaissance par les instruments internationaux

Si la première étape juridique a été franchie en 1924 lorsque la Société des nations entérina
la première Déclaration sur les droits de l'enfant, il a fallu attendre 1989 pour que les normes
concernant les enfants soient réunies dans un instrument unique approuvé par la communauté
internationale. Adoptée à l'unanimité par l'Assemblée générale des Nations unies le 20
novembre 1989 et entrée en vigueur en septembre 1990, la Convention internationale relative
aux droits de l'enfant (CIDE) est considérée comme le plus puissant instrument juridique au
service de la reconnaissance et de la protection des droits fondamentaux des enfants. Le
premier apport de cette Convention concerne une clarification de la notion d'enfant qui selon
l'article 1 est défini comme "tout être humain âgé de moins de 18 ans, sauf si la majorité est
atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable" 54. Mais le seul article se
rapportant à la question des enfants soldats est l'article 38 qui demande aux Etats de prendre
toutes les mesures possibles pour veiller à ce que les personnes n'ayant pas atteint l'âge de 15
ans ne participent pas directement aux hostilités et pour s'abstenir d'enrôler dans leurs forces
armées tout enfant de moins de 15 ans55. Son Protocole facultatif entré en vigueur en février
2002 traduit une nette évolution en ceci qu'il fait passer de 15 à 18 ans l'âge auquel la
participation directe aux conflits armés est autorisée. Dans cette logique, il proscrit
l'enrôlement forcé des moins de 18 ans. Les Conventions de Genève de 1949 et ses deux
Protocoles additionnels de 1977 fixent à 15 ans l'âge minimum d'enrôlement dans les forces
armées et de participation aux hostilités.

54
CIDE, article 1er
55
Voir art 38 de la CIDE

27
En juin 1999, l'Organisation internationale du travail (OIT) adopte la Convention 182
concernant les pires formes de travail des enfants. Notons que pour l'OIT, l'enfant est défini
comme toute personne de moins de 18 ans, sans dérogation possible, contrairement à la CIDE.
L'article 3 cite parmi les pires formes du travail "le recrutement forcé ou obligatoire des
enfants en vue de leur utilisation dans les conflits armés"56.

Au plan régional, plusieurs organisations ont placé la question de l'enfant dans les conflits
armés au premier rang de leurs préoccupations. Parmi les normes les plus importantes, on
peut citer la Charte Africaine des droits et du bien-être de l'enfant, entrée en vigueur en
novembre 1999, qui fixe à 18 ans l'âge minimum de recrutement 57. Des succès remarquables
ont été remportés dans la codification des normes et principes touchant à la protection des
enfants en cas de conflits armés. De nombreux Etats s'emploient à harmoniser leurs
législations nationales avec les normes internationales pertinentes en la matière.

B- Les résolutions du conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une série de résolutions relatives à la
protection des enfants dans les conflits armés. Ainsi les résolutions 1261 (1999), 1314 (2000),
1379 (2001), 1460 (2003), 1539 (2004) ont condamné de manière réitérée l’utilisation et le
recrutement illégaux d’enfants par des parties à des conflits armés, en violation du droit
international et ont appelé à y mettre un terme. La résolution 1612 (2005) demande au
Conseil de sécurité de mettre en œuvre le mécanisme de surveillance et de communication
d'informations pour les six abus graves58, mentionné par le Secrétaire général dans son
cinquième rapport sur les enfants et les conflits armés (A/59/695-S/2005/72). En fin Dans sa
résolution 1882 (2009), le Conseil a désigné comme domaines prioritaires cruciaux le meurtre
et les mutilations d’enfants, les viols et autres formes de violence sexuelle dont les enfants
sont victimes et a aussi demandé aux parties à un conflit armé d’élaborer et d’appliquer des
plans d’action pour mettre fin à ces violations.

Paragraphe 2 : Les garanties judiciaires en faveur des enfants

Le droit humanitaire prévoit des garanties judiciaires pour les mineurs en tant qu’ils
constituent une catégorie de personnes vulnérables.
56
Article 3 de la Convention 182 concernant les pires formes de travail des enfants
57
article 22 CADBE
58
Il s’agit de : Assassinat ou mutilation d’enfants; Recrutement ou emploi d’enfants soldats; Attaques dirigées
contre des écoles ou des hôpitaux; Refus d'autoriser l'accès des organismes humanitaires aux enfants;
Enlèvement d’enfants; Viol d’enfant ou autres actes graves de violence sexuelle à leur égard

28
A- Les règles relatives au procès

Ces règles tiennent compte de la vulnérabilité de l'enfant et visent à protéger les droits
fondamentaux qui lui sont reconnus dans la CDE. Il s'agit notamment du droit au respect de sa
vie privée et de son droit de participation à toute affaire le concernant.

1- Le respect de la vie privée du mineur :

L'article 40 § 2 b (viii) de la CDE dispose que tout enfant suspecté ou accusé d'une infraction
à la loi pénale a droit à ce "que sa vie privée soit pleinement respectée à tous les stades de la
procédure.

2- La participation du mineur:

Le mineur prévenu a le droit de s'exprimer lors des procédures judiciaires dont il fait l'objet.
Le droit à la participation est en effet, un droit fondamental reconnu à tout enfant par la CDE 59
et ce droit peut permettre aux enfants accusés de contester " la légalité de leur privation de
liberté devant un tribunal60. La Charte africaine des droits et du bien-être des enfants(CADBE)
reconnaît aussi en son article 17 alinéa 2 c (iii) que l’enfant doit obtenir une assistance légale
ou autre qui soit appropriée dans la préparation et la présentation de sa défense. Le Comité
des droits de l’enfant « recommande aux Etats parties de fournir autant que possible une
assistance juridique adaptée, notamment par l’intermédiaire d’avocats ou d’auxiliaires
juridiques dûment formés »61. Les Règles des Nations Unies pour la protection des mineurs
privés de liberté ou Règles de Havane62 définissant les principes à respecter ainsi que les
garanties dont un mineur doit bénéficier, lorsqu’il est privé de liberté, énoncent que « Les
mineurs doivent avoir accès aux services d’un avocat et pouvoir demander une assistance
judiciaire lorsque celle-ci est prévue et communiquer régulièrement avec leur conseil… »63
D’autres garanties sont accordées lorsque le mineur fait l’objet d’une détention ou d’une
condamnation.

B- Les normes relatives à la détention et à l’administration


de la peine
59
Art. 12 § 2 CDE.
60
Art. 37 d) CDE.
61
Eric MONTCHO-AGBASSA, L’Assistance Juridique aux mineurs délinquants dans les pays de l’Afrique
Occidentale Francophone: l’exemple du Benin, Copenhague, The Danish Institute for Human Rights 2008, p.29
62
Elles ont été approuvées lors du Congrès de la Havane le 7 septembre 1990, d’où elles tirent leur nom,
rapporté par Eric MONTCHO-AGBASSA http://www.humanrights.dk/files/doc/forskning/Research
%20partnership%20programme%20publications/E.Montcho-Agbassa.pdf , consulté le 26/01/2010
63
Article 18

29
Le mineur qui a été reconnu coupable d’une infraction peut encourir des peines. Plusieurs
instruments juridiques réglementent les modalités de l’administration des peines. Certaines
énumèrent les conditions de détention des mineurs et excluent certaines peines du répertoire
des peines à appliquer à ces mineurs.

1- La séparation avec les adultes : un principe fondamental de la Détention des


mineurs

Le mineur délinquant ne peut être détenu dans les mêmes locaux que les délinquants adultes.
Cette garantie constitue une mesure de protection pour les mineurs délinquants contre une
exploitation ou un abus éventuel de la part des délinquants adultes. Le principe de la
séparation des mineurs en détention d’avec les adultes a été affirmé dans plusieurs
dispositions relatives aux droits de l’homme et aux droits de l’enfant, notamment dans les
articles 37 c de la CDE ; 17 § 2 b) de la CADBE et dans les instruments clés de l’ONU relatifs
à l’administration de la justice pour mineur.64 Le droit humanitaire leur offre aussi cette
protection à travers notamment le Protocole I65.

2- L’interdiction de la peine de mort : Elle constitue une garantie indélogeable en matière


de justice concernant les mineurs.

Toutes les normes relatives à l’administration de la justice pour mineure excluent une telle
condamnation à l’encontre des mineurs reconnus coupables d’un crime à la suite d’un procès
pénal66. La CDE le précise en sont article 3767 et la CADBE, dans une formule assez simpliste
énonce : « La peine de mort n’est pas prononcée pour les crimes commis par des enfants 68».
Les Règles de Beijing excluent aussi la peine de mort de leur gamme de peines applicables
aux mineurs69.

Les Protocoles additionnels interdisent aussi la peine de mort comme sanction pénale à
l’encontre des mineurs condamnés70. En effet, l’art 77 § 5 du Protocole I dispose : « Une
64
Il s’agit des Règles de Beijing et les Règles des Nations Unies pour la protection des mineurs privés de liberté
de 1990.
65
Protocole I, art 77 § 4.
66
Cependant des Etats parties à ces instruments continuent d’appliquer la peine de mort contre des mineurs.
Parmi les Pays africains, on cite la République démocratique du Congo et le Soudan. Sur la question, voir,
Amnesty International, "Halte à l’exécution de mineurs délinquants !", Index : ACT 50/001/2004, 21 janvier
2004.
67
Voir Art 37 CDE.
68
Art. 5 § 3 CADBE.
69
Règles de Beijing, § 17. 2.
70
Ici il convient de faire une nuance selon que l’infraction a été commise dans le cadre d’un conflit armé
international ou non. Dans le cadre d’un conflit armé international, l’interdiction se rapporte seulement à
l’exécution d’une telle condamnation contre les mineurs (ce qui n’exclut pas qu’une telle condamnation soit

30
condamnation à mort pour une infraction liée au conflit armé ne sera pas exécutée contre les
personnes qui n’avaient pas dix-huit ans au moment de l’infraction. » tandis que l’art 6 § 4 du
Protocole II pour sa part indique qu’une telle condamnation : « (...) ne sera prononcée contre
les personnes âgées de moins de dix-huit ans au moment de l’infraction (…) ». Toutes ces
normes offrent une protection considérable aux mineurs délinquants. Mais la question se pose
de savoir si les mineurs qui font l’objet de procès pénal bénéficient de toutes ces garanties.

Section II : La Mise en œuvre de la Protection Juridictionnelle et ses limites

Le continent africain a été le théâtre de nombreux conflits de notre temps avec leurs violations
du droit international humanitaire (DIH), tels les actes de génocide et les crimes contre
l’humanité dont l’implication des enfants dans les conflits. Ainsi pour mettre fin à l’impunité
de ces crimes, des instances pénales internationales(I) ont été créés et œuvrent dans ce
sens(II).

Paragraphe I : Les tribunaux pénaux pour l’Afrique

Ces tribunaux pénaux pour l’Afrique sont au nombre de deux à savoir Le Tribunal Spécial
pour le Rwanda (A), organe subsidiaire des Nations Unies et le Tribunal Spécial pour la
Sierra Leone (B) qui selon sa composition est considéré comme un tribunal hybride.

A- Le tribunal pénal pour le Rwanda :

En novembre 1994, le Conseil de sécurité, agissant en vertu du chapitre VII de la Charte des
Nations Unies71, comme il l’avait fait l’année précédente lors de la mise en place du Tribunal
pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), décide de créer le TPIR. Le TPIR un est
organe subsidiaire du Conseil de sécurité, et tous les États membres de l’Organisation des
Nations Unies ont l’obligation, conformément au droit international, d’apporter leur pleine
coopération. Au titre de l’article premier de son Statut, le TPIR est habilité à juger les
personnes présumées responsables de violations graves du droit international humanitaire
commises sur le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais présumés responsables de tels
actes ou violations commis sur le territoire d’États voisins, entre le 1er janvier et le 31
décembre 1994. Il est intéressant de relever que le TPIR a été chargé de traduire en justice les
prononcée contre eux) alors que dans le cadre conflit armé non international, l’interdiction va plus loin en se sens
qu’ une telle condamnation ne doit même pas être prononcée contre les mineurs
71
Le Chapitre VII de la charte de l’ONU concerne les Action de l’Organisation en cas de menace contre la paix,
de rupture de la paix et d'acte d'agression

31
auteurs de violations graves de l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et du
Protocole additionnel de 1977 (Protocole II)72.
B - Le Tribunal Spécial pour la Sierra Leone :
En août 2000, le Conseil de sécurité des Nations Unies a, par sa résolution 1315, prié le
Secrétaire général de négocier un accord avec le Gouvernement de la Sierra Leone en vue de
créer un tribunal spécial indépendant73. Le 16 janvier 2002, l’Organisation des Nations Unies
et le Gouvernement de la Sierra Leone ont signé l’accord sur la création du Tribunal spécial
pour la Sierra Leone. Le Tribunal spécial créé par traité est donc une juridiction mixtes qui
devait être intégré dans le droit national sierra-léonais. La compétence matérielle inclut le
droit international aussi bien que le droit sierra-léonais ; les juges, les procureurs et le
personnel auxiliaire peuvent être sierra-léonais ou étrangers. Conformément à l’article
premier du Statut du Tribunal spécial, le TSSL est habilité à juger les personnes qui encourent
la plus lourde responsabilité pour les violations graves du droit international humanitaire et du
droit sierra-léonais commises sur le territoire de la Sierra Leone depuis le 30 novembre 1996.
Le Procureur du Tribunal spécial pour la Sierra Leone (établi par l'ONU et le gouvernement
sierra léonais en 2002) a prononcé ses premières inculpations en 2003. Ainsi trois accusés :
Alex Tamba Brima, Brima Bazzy Kamara et Santigie Borbor Kanu ont été reconnus
coupables de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et d'autres violations graves du droit
international humanitaire, y compris le recrutement et l'utilisation d'enfants soldats. Cela
constitue une avancée considérable dans la lutte contre l'impunité de militaires qui exploitent
des milliers d'enfants soldats dans le monde. Qu’en est-il de la cour pénale internationale ?

Paragraphe : La Cour Pénale Internationale

Il sera question de l’aspect théorique de la CPI (A) et des poursuites contre les recruteurs
d’enfants soldats (B).

A- Aspects théoriques de la cour

72
L’inclusion de l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et des Protocoles additionnels de
1977 dans la compétence du TPIR a été considérée comme la plus grande innovation du Statut du TPIR et un
développement d’une importance normative considérable. Voir Theodor Meron, « International Criminalization
of Internal atrocities », American Journal of International Law, Vol. 89, p. 55.
73
Résolution 1315 du Conseil de sécurité, Document des Nations Unies S/2000/1315 du 14 août 2000. Le
Conseil de sécurité affirme que « ceux qui commettent ou autorisent la commission de graves violations du droit
international humanitaire en sont responsables et comptables à titre individuel ». Il affirme en outre que la
communauté internationale ne ménagera aucun effort pour qu’ils soient jugés conformément aux normes
internationales de justice, d’équité et de respect de la légalité.

32
La CPI, à la fois institution créée par voie de traité et juridiction permanente, est de toute
évidence fondamentalement différente du TSSL, institution hybride nationale émanant des
Nations Unies, et du TPIR, organe subsidiaire ad hoc du Conseil de sécurité des Nations
Unies. Le traité constitutif est le Statut de Rome de la Cour pénale internationale du 17 juillet
1998 (Statut de Rome), adopté par 120 États lors de la Conférence diplomatique des
plénipotentiaires des Nations Unies sur la création d’une Cour criminelle internationale. Le
Statut de Rome est entré en vigueur le 1er juillet 2002, 60 jours après que 60 États l’aient
ratifié ou y aient adhéré. La CPI a souvent été mentionnée comme une « instance de dernier
ressort » comme le souligne le préambule du Statut de Rome. Elle est toutefois
complémentaire aux juridictions pénales nationales et ne peut assumer la juridiction que
lorsque les États « ne souhaitent pas ou ne peuvent pas » poursuivre ou juger les auteurs
présumés des crimes visés par le Statut de la CPI74. Notons aussi qu’elle n’est pas compétente
pour juger des mineurs de moins de 18 ans et peut être saisie d’office par le procureur, par un
État partie ou par le Conseil de sécurité agissant en vertu du chapitre VII de la Charte des
Nations Unies. La cour peut prononcer des peines d’emprisonnement mais aussi, pour la
première fois, des amendes et des confiscations. La grande innovation posée par ce statut dans
le domaine qui nous intéresse est la qualification expresse de l’enrôlement et du recrutement
d’enfants comme crimes de guerre.

B- Les poursuites de la CPI contre les recruteurs d’enfants soldats

Le Statut de la Cour pénale internationale (CPI), élaboré en 1998, prévoit des poursuites et
l'application de peines à l'encontre d'individus jugés coupables de recrutements d'enfants âgés
de moins de 15 ans pour les utiliser dans les hostilités. En 2004, la CPI a annoncé l'ouverture
d'enquêtes sur des crimes commis dans le cadre du conflit armé dans le Nord de l'Ouganda et
en République Démocratique du Congo (RDC) où des milliers d'enfants soldats sont encore
utilisés. Les premières poursuites de la CPI ont été lancées en 2006, lorsque Thomas Lubanga
Dyilo75, le dirigeant d'une milice basée au nord-est de la RDC, a été transféré à La Haye. Il est
74
Selon le Statut de la CPI, pour déterminer s’il y a « incapacité » de l’État, la Cour considère si l’État n’est pas
en mesure, en raison de l’effondrement de la totalité ou d’une partie substantielle de son propre appareil
judiciaire ou de l’indisponibilité de celui-ci, de se saisir de l’accusé, de réunir les éléments de preuve et les
témoignages nécessaires ou de mener autrement à bien la procédure. Pour déterminer s’il y a « manque de
volonté » de l’État, la Cour considère a) si la procédure a été ou est engagée ou la décision de l’État a été prise
dans le dessein de soustraire la personne concernée à sa responsabilité pénale ; b) si la procédure a subi un retard
injustifié qui, dans les circonstances, dément l’intention de traduire en justice la personne concernée ; ou c) si la
procédure n’a pas été ou n’est pas menée de manière indépendante ou impartiale mais d’une manière qui, dans
les circonstances, dément l’intention de traduire en justice la personne concernée.
75
Thomas Lubanga Dyilo était le chef d’un groupe actif en Ituri, l’Union des patriotes congolais (UPC). Il aurait
commis une série de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, notamment des massacres, des viols et des
actes de torture. La CPI a confirmé les charges dont il faisait l’objet et l’affaire a été confiée à la Chambre

33
inculpé d'avoir recruté par la force des jeunes garçons et filles âgés de moins de 15 ans pour
combattre au sein de sa milice de juillet 2002 à la fin de l'année 2003. S'il est déclaré coupable
mais son procès est toujours en cours Lubanga pourrait être passible d'une peine
d'emprisonnement à vie.

Malgré l’avancés majeurs pour la lutte contre la culture de l’impunité, le problème est loin
d’être résolu car les poursuites engagées contre les recruteurs d’enfants ont été très rares. En
RDC par exemple, l’indépendance du système judiciaire et sa capacité à opérer sans
interférences politiques et militaires restent source de préoccupation76. Les commandants de
groupes armés accusés de crimes de guerre et d’autres atteintes aux droits humains ont occupé
des postes au sein du gouvernement national ou de l’armée, ce qui entrave les efforts mis en
œuvre pour mettre fin à l’impunité. L’incapacité d’arrêter Laurent Nkunda 77 est
particulièrement inquiétante. De nombreuses enquêtes ont souligné son implication dans des
exécutions sommaires, des viols et le recrutement d’enfants soldats. Nkunda a été inculpé de
crimes de guerre et un mandat d’arrêt a été émis à son encontre en septembre 2005 par le
gouvernement congolais mais jusqu’ici, il demeure en liberté78.

préliminaire I de la CPI : ICC-01/04-01/06 Affaire Le Procureur contre Thomas Lubanga Dyilo, www.icc-
cpi.int.
76
Coalition pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats, Forum international sur les groupes armés et
l’implication des enfants dans les conflits armés - Résumé des thèmes et des débats, Synthèse des thèmes et des
débats, Château de Bossey, Suisse, 4-7 juillet 2006, p. http://www.child-
soldiers.org/childsoldiers/Forum_international_sur_les_groupes_arm
%C3%A9s_2007.pdf,consulté,le 02/12/2009
77
Laurent Nkunda était un militaire, officier au sein du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-
Goma), un groupe armé soutenu par le Rwanda qui est entré dans le gouvernement de transition au lendemain
des accords de paix de 2002. En juillet 2006, Nkunda, un Tutsi congolais, a lancé, dans le Nord-Kivu, un
nouveau mouvement politique, le Congrès national pour la défense du peuple et a déclaré qu’il s’opposerait aux
efforts en cours pour exclure les groupes minoritaires du nouveau gouvernement.
78
Rapport de la Division des droits de l’homme de la MONUC, La situation des droits de l’homme en
République démocratique du Congo, juillet à décembre 2006

34
CHAPITRE II : LES MECANISMES NON
JURIDICTIONNELS

La communauté internationale et les organisations non gouvernementales (ONG), prennent


timidement conscience de l’affligeante leçon des conflits armés et de la nécessité d'agir.
Aujourd'hui plus que jamais, ces dernières apparaissent en Afrique comme un impératif
catégorique au regard des conséquences désastreuses des conflits pour ce continent, conflits
que les Etats seuls n'arrivent plus à gérer. Toute cette situation réduit à néant les règles
sociales de fonctionnement des sociétés traditionnelles africaines. La nécessité de faire
intervenir les ONG s'impose puisqu'elles sont aujourd'hui indéniablement devenues des
acteurs incontournables dans la résolution des conflits et de situation de crises. Pour la plupart
des ONG, la neutralité de leur intervention, affichée depuis la création de la Croix-Rouge en
1864, leur confère un pouvoir de médiateur unique. Ces Organisations Internationales

35
contribuent d’une manière ou d’une autres à la prévention de l’implication des enfants dans
les conflits armés et réagissent aussi cas d’implication pour les démobiliser et les réintégrer.

Section 1 : Le Rôle des Acteurs Transnationaux dans la mise en œuvre de la


protection des Enfants Soldats

Nous allons nous pencher sur le rôle de l’ONU d’une part et l’effort en matière de protection
de l’enfance en période de conflit armé des ONG d’autre part.

Paragraphe1 : Le Rôle de l’Organisation des Nations Unies (ONU)

L’ONU intervient inlassablement dans la protection des enfants soldats. Sous son égide, un
comité des droits de l’enfant (A) a été créé et l’UNICEF (B) travaille sur le terrain .

A- Le Comité des droits de l'enfant de l’ONU

Le Comité des droits de l'enfant est un organe composé d'experts indépendants. Il surveille
l'application de la Convention relative aux droits de l'enfant par les États parties et la mise en
œuvre des deux Protocoles facultatifs à la Convention, l'un concernant l'implication d'enfants
dans les conflits armés, l'autre la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie
mettant en scène des enfants.

Tous les États parties sont tenus de présenter au Comité, à intervalles réguliers, des rapports
sur la mise en œuvre des droits consacrés par la Convention. Ils doivent présenter un premier
rapport dans un délai de deux ans après avoir adhéré à la Convention, puis tous les cinq ans.
Le Comité examine chaque rapport et fait part de ses préoccupations et de ses
recommandations à l'État partie sous la forme d'«observations finales». Il examine aussi les
rapports complémentaires présentés par les États qui ont adhéré aux deux Protocoles
facultatifs. Il ne peut examiner de communications émanant de particuliers mais les questions
relatives aux droits de l'enfant peuvent être soulevées auprès de comités qui ont compétence
pour examiner de telles communications.

À la fin de l’année 2007, le conseil avait examiné les rapports initiaux de 28 États parties au
Protocole facultatif. Ces examens ont apporté de nombreux éclaircissements sur les pratiques
de ces pays en matière de protection de l'enfance et ont permis de mesurer la volonté réelle de
ces États de protéger les enfants mineurs contre le recrutement et l’implication dans un
conflit. Le Comité a également soigneusement examiné les législations nationales qui

36
interdisent explicitement la participation d’enfants de moins de 18 ans dans des hostilités et le
recrutement de mineurs, y compris le recrutement par des tierces parties d’enfants de moins
de 18 ans à des fins militaires. Il a également examiné minutieusement les lois établissant la
compétence extraterritoriale pour les crimes de recrutement de mineurs et l'utilisation
d’enfants soldats, notamment en matière d’incorporation dans la législation nationale des
dispositions relatives à cette question figurant dans le Statut de Rome de la CPI.

B- L’UNICEF

L’UNICEF, organe subsidiaire de l’ONU a un rôle central dans la protection des enfants en
période de conflit et en période de sortie de conflit. Dans ces situations si violentes pour les
enfants, l’environnement dans lequel ils évoluent est brusquement perturbé et souvent détruit.
L’Unicef travaille en partenariat avec d’autres agences, des ONG et des services
gouvernementaux, afin de prendre en charge ces enfants et ces jeunes démobilisés et de les
accompagner dans leur retour à une vie hors du groupe armé. Ainsi il a contribué activement
dans l’élaboration des Principes Cap79 concernant la prévention du recrutement d’enfants dans
les forces armées, la démobilisation et la réinsertion sociale des enfants soldats en Afrique, un
des textes importants de la prévention des Enfants Soldats. Son objectif est de démobiliser le
plus d’enfants soldats, de s’assurer qu’aucun enfant ne soit recruté dans le futur, ensuite aider
les enfants soldats à se réinsérer au sein de leur communauté, si possible au sein de leur
famille. Il s’agit de proposer des soins spécifiques à celles et ceux qui ont particulièrement
soufferts pendant le conflit. Ces dix dernières années, l’UNICEF et ses partenaires ont mené
des programmes de prise en charge et de réinsertion des enfants dans une douzaine de pays.
« Depuis 2001, plus de 95.000 enfants ont pu bénéficier de tels programmes »80. Le fait que
ces programmes existent est bien sûr le signe d’une avancée pour les enfants.

L’UNICEF et ses partenaires ont maintenant un autre objectif pour l’avenir : être vigilant sur
tous les pays en conflit qui utilisent des enfants soldats afin de les démobiliser, de les soigner
et de les réinsérer. L’Unicef travaille de manière neutre et impartiale pour engager les parties
aux conflits à respecter leurs obligations vis-à-vis des enfants81.

79
Les Principes du Cap de 1997, ont contribué à guider les décisions et mesures prises en vue de prévenir le
recrutement illégal d’enfants âgés de moins de 18 ans dans des groupes ou des forces armés, de mettre fin à leur
utilisation, d’obtenir leur libération, d’assurer une protection et un soutien à leur réinsertion ou leur insertion
dans leur famille, la collectivité et la vie civile.
80
Kafilath H, Les Enfants Soldats : Cas de la RDC, Mémoire en vue d’obtention de la licence, Université
Africaine de Technologie et de Management, 2008-2009
81
Ibidem

37
Paragraphe 2 : Les Actions des Organisations Non Gouvernementales

Les acteurs de la communauté internationale ayant menées des actions en faveur des enfants
soldats sont d’une part les ONG (Organisation Non Gouvernementale) (A) et le CICR
(Comité International de la Croix Rouge)(B).

A- La coalition des ONG pour mettre fin à l’utilisation des enfants


soldats :

Devant les horreurs vécues par les enfants soldats dans le monde, certains acteurs ont créés un
groupe d’ONG influentes de « la coalition, des ONG pour mettre fin à l’utilisation d’enfants
soldats ». La Coalition a été créée en mai 1998 par d’importantes organisations internationales
humanitaires et de défense des droits humains. Elle dispose de réseaux régionaux et nationaux
en Afrique, en Asie, en Europe, en Amérique latine et au Moyen-Orient. La Coalition
internationale a son siège à Londres. Les organisations membres du Comité directeur de la
Coalition sont l’Alliance Internationale Save the Children, Amnesty International, Défense
des Enfants Internationale, la Fédération Internationale Terre des Hommes, Human Rights
Watch, Quaker United Nations Office – Genève et le Service Jésuite des Réfugiés.

Elle plaide pour l’interdiction du recrutement avant 18 ans dans les armées régulières ou
groupes rebelles82. Comme actions entreprises par la coalition, nous pourrons citer la
protestation de Human Rights Watch le 11 août 1998 s’insurgeant contre le recrutement par la
RDC des enfants de 12 ans dans l’armée nationale83.

Par ailleurs, il s'avère important de mentionner que la Coalition publie tous les trois ans un
rapport mondial sur les enfants soldats. La Watchlist and Armed Conflict est un autre réseau
d'ONG qui surveille le droit des enfants et signale les cas de violation de ces droits à certains
pays. En dehors de ces ONG internationales, des ONG locales œuvrent également à
l’éradication du phénomène des enfants soldats.

B- Le Comite International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

Le CICR est le gardien du droit international humanitaire et a pour responsabilité de le


promouvoir et d’en favoriser le développement. Le CICR fait donc connaître le droit
humanitaire, encourage les États à respecter leurs obligations conventionnelles en agissant de
82
Coalition des ONG pour mettre fin à l’utilisation des enfants soldats « Non aux enfants soldats »
83
Raada Barnen « children of war protest against child recruitment in Congo » N° 3/9/98 P.2 ; Raada Barnen est
une organisation membre de la coalition

38
même et soutient les efforts de promotion des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du
Croissant- Rouge. Les Services consultatifs du CICR se tiennent à la disposition des États
pour les aider à rédiger des lois nationales de mise en œuvre du droit humanitaire et à
appliquer la Convention relative aux droits de l’enfant (art. 38) et son Protocole facultatif.
Dans le cadre de la formation des forces armées au droit des conflits armés, le CICR s’attache
tout particulièrement à mettre l’accent sur les obligations relatives à la protection et au bien-
être des enfants. Les enfants en général, et notamment les enfants-soldats, font l’objet d’une
attention particulière. Dans le cas des enfants-soldats, le CICR agit à chacun des stades
suivants :

1- avant et pendant le conflit, pour prévenir le recrutement d’enfants dans les forces ou
les groupes armés et protéger les enfants-soldats en détention ;

2- après le conflit, pour favoriser la réadaptation des anciens enfants-soldats ;

3- à tout moment, pour réunir les enfants avec leur famille.

L'objectif principal des ONG étant d'assurer l'application effective du droit et de prévenir sa
violation, leurs activités les conduisent forcément à évaluer les mesures prises par les Etats in
concreto et à exercer une surveillance quotidienne sur leur mise en oeuvre. L'activité des
ONG se présente par conséquent comme un facteur de surveillance des agissements des Etats
et des groupes armés. Leurs dénonciations ont d'autant plus de poids que les médias
permettent de les diffuser à l'échelle internationale.

Section 2 : Le Programme de Démobilisation, Désarmement et Réinsertion


et ses enjeux

Les Programmes de Désarmement, Démobilisation et de Réintégration est un processus qui


passe par plusieurs étapes mais peut être résumé par le fait de quitter un groupe armé et de
réintégrer la vie civile. Cette démarche commence à la suite d'un accord de paix signé entre
les forces en présence, d'une restructuration des composantes militaires ou d'une négociation
directe avec un groupe armé. La fin du cycle serait alors la réinsertion totale des enfants.

Paragraphe 1 : La Problématique des DDR

39
Pour bien intervenir aux PDDD afin de démobiliser et d’éviter le ré-enrôlement des enfants
soldats, faut d’abord analyser le problème (A) et ensuite s’intéresser aux points prioritaires
des programmes (B).

A- Les Considérations Générales

Les principes du Cap énoncent que « les droits des enfants participant au processus de
démobilisation doivent être garantis et respectés, notamment par les médias, les enquêteurs,
etc. »84. Naturellement, la participation des enfants soldats n’équivaut pas à satisfaire leurs
moindres caprices. Il s’agit plutôt de travailler avec les enfants pour élaborer la meilleure
stratégie en vue de leur réinsertion sociale. Les enfants soldats peuvent être considérés de
deux façons85 : ils peuvent être perçus comme des enfants ayant besoin de recouvrer leur
santé; ils peuvent aussi être perçus comme les anciens combattants d’une guerre au cours de
laquelle ils ont eu des responsabilités à assumer. À un certain moment, durant ou peu après le
programme de réinsertion sociale, la résolution non violente des conflits devrait être amorcée
à autant de niveaux de la société que possible. Le plus grand obstacle vis-à-vis de la
réinsertion sociale se situe fréquemment chez les villageois ou d’autres personnes qui veulent
se venger des anciens enfants soldats, plusieurs d’entre eux hésitant alors à réintégrer la
société pour cette raison même. De plus, pour mettre fin aux cycles de violence, il faut aider
les anciens enfants soldats à résoudre leurs conflits de façon non violente plutôt que l’arme au
poing. C’est une erreur impardonnable que de négliger les croyances et les coutumes locales
lors de la réinsertion sociale d’anciens enfants soldats. Les programmes doivent être élaborés
de concert avec les gens du milieu, et il est nécessaire de miser sur les ressources actuelles et
de tenir compte du contexte ainsi que des priorités, des valeurs et des traditions locales. En
planifiant et en surveillant ces programmes, on doit mettre l’accent sur les résultats, mais la
souplesse est tout aussi essentielle.

B- Les Priorités des PDDR

Les enfants ayant vécu l’expérience des combats risquent de souffrir de profondes blessures
physiques, psychologiques et sociales qui peuvent sembler incurables. Pourtant, des soins
adaptés peuvent les aider à en guérir. Il faut donc donner aux enfants les moyens de
reconstruire leur vie.
84
Voir le Principe du Cap, prévention du recrutement, point 31
85
ACDI, Programme et guide des propositions « soutient aux enfants soldats », mai 2005, p.6 http://www.acdi-
cida.gc.ca/INET/IMAGES.NSF/vLUImages/Childprotection/$file/Enfants-soldats.pdf , consulté le 30/12/2009

40
Ainsi, il est essentiel de prévoir des mesures de réintégration appropriée, en tenant compte des
difficultés sociales, psychologiques et médicales qui peuvent se présenter. La priorité
première doit être de réunir les enfants avec leur famille et leur communauté d’origine. La
solution idéale serait donc de réinsérer les enfants-soldats dans le système éducatif ou de leur
assurer une formation professionnelle afin qu’ils puissent trouver du travail. Il est ensuite
important de mettre en œuvre des programmes de soins médicaux et psychologiques, car de
nombreux systèmes de soutien ont été démantelés pendant la guerre.

Ceux qui recrutent des enfants-soldats doivent être sensibilisés à leur tour au fait qu’ils
portent la responsabilité du délit que constitue l’enrôlement d’enfants et, dans une large
mesure, des actes que ceux-ci peuvent commettre en tant que soldats. Tous les enfants qui ont
été recrutés, en violation du droit, doivent être démobilisé et doivent bénéficier d’un soutien
pour retrouver leur famille86. Les jeunes filles soldats sont souvent victimes de viols et
d’autres formes de violence sexuelle tout en étant impliquées dans les combats ou utilisées à
d’autres tâches. Dans certains cas, elles sont victimes d’ostracisme lorsqu’elles rentrent dans
leur communauté87. Ces programmes de DDR doivent répondre aux besoins des jeunes filles
soldats. En somme les anciens enfants-soldats doivent être aidés à rassembler les pièces
éparses de leur enfance brisée et à s’engager sur la voie d’un avenir plus radieux, où il n’y
aura ni peur, ni menaces, ni violence.

Paragraphe 2 : Les Obstacles liés aux DDR

Les obstacles liés aux programmes de désarmement, démobilisation, réinsertion sont de


plusieurs ordres, mais analyse sera focaliser essentiellement sur les obstacles du
Désarmement et de la Démobilisation des Enfants soldats (A) d’une part et Les défis de la
Réadaptation et la Réinsertion (B) d’autre part.

A- Les obstacles du Désarmement et de la Démobilisation des Enfants


soldats

Comme obstacles, nous avons le problème de l’âge d’une part et la volonté même des enfants
soldats.

1- Le problème de l'âge
86
Cela signifie que des programmes mis en œuvre doivent garantir aux enfants vulnérables un environnement
familial stable et leur permettre, s’ils ont été séparés de leur famille, de retrouver leurs proches.
87
ibidem

41
Il se pose en dehors de toute considération politique dans des pays ravagés depuis plusieurs
années par un conflit, et où toutes structures sociales ont depuis longtemps disparu, il est
souvent difficile de déterminer l'âge d'un enfant. Aucun registre d'état civil ne permet de
connaître l'année de naissance mais, de plus, ces enfants sont marqués par la guerre et les
conditions extrêmes dans lesquelles ils vivent. Ils sont donc physiquement plus matures que
ne le supposerait leur âge réel et endurcis par les violences dont ils ont été les témoins ou les
acteurs88. Les enfants soldats défient toutes les expertises psychologiques qui tenteraient
d'évaluer leur âge. Un enfant peut avoir combattu en tant que mineur lorsqu'il s'est fait
enrôler, mais avoir atteint sa majorité avant la fin du conflit.

2- La Volonté des enfants soldats

Il existe aussi un obstacle particulièrement difficile à contourner dans les phases de DDR : la
volonté des enfants soldats elle-même. Ils ne sont pas toujours ravis de réintégrer la vie civile,
et disparaissent avant d'avoir été recensés. Les enfants soldats refusent également de rentrer
chez eux, car ils pensent, le plus souvent à raison, qu'ils seront rejetés. Des solutions existent
cependant, et les démobilisations effectuées ces dernières années apportent de nouvelles
réponses à ces questions. La priorité réside dans le renversement des mentalités à la fois chez
les enfants mais aussi au sein des communautés.

B- Les défis de la Réadaptation et la Réinsertion

Les enfants soldats sont considérés comme des armes89, on détruit méthodiquement leur
identité (ils sont souvent rebaptisés), on les déshumanise, car souvent sous l’emprise de la
drogue ils sont influençables et manipulables. Le groupe devient leur nouvelle famille. Ils
assistent ou participent à des actes de violences, ils transgressent leurs anciennes valeurs et
interdits culturels et deviennent dépendants de cette famille de substitution. Du coup, certains
d’entre eux résistent à la démobilisation.

De plus, pour une part de ces enfants, la guerre offre un statut, une fonction sociale avec des
avantages matériels et l’exercice du pouvoir sur le reste de la population. Leur retour dans la
vie civile est souvent difficile. Beaucoup ne supportent plus les ordres, la hiérarchie familiale
et agressent leurs parents, leurs professeurs, les autres enfants.

88
Amnesty International, enfants soldats, la Situation dans le monde, Bulletin de la commission enfant, op.cit,
p.16
89
Ibidem

42
Les problèmes considérables que pose la réadaptation et la réinsertion des enfants dans leurs
communautés après un conflit sont parfois encore compliquées par la grave addiction de ces
enfants à des drogues telles que la cocaïne et leur dépendance vis-à-vis de ces substances. En
Sierra Leone par exemple90, un mélange volatil de cocaïne et de poudre à canon était souvent
donné aux enfants pour leur ôter toute peur pendant la bataille91. Et parce que les enfants sont
désormais également des instruments de brutalité, parce que ce sont parfois eux qui
commettent les pires atrocités, la réinsertion est souvent un processus complexe de
réadaptation et d'expiation communautaire ainsi que de négociation avec les familles pour
qu'elles acceptent de les reprendre92. Tous ces aspects de l'expérience des enfants combattants
ont des incidences importantes et posent des problèmes de taille lorsqu'il s'agit de déterminer
et prévoir les ressources nécessaires à leur réinsertion, notamment sur le plan psychosocial.

CONCLUSION PARTIELLE

En somme une visibilité de la cause des enfants soldats par le Conseil de sécurité et d’autres
instances atteste d’une profonde évolution de la compréhension des besoins des enfants
impliqués dans des conflits armés, et a préparé le terrain à l’adoption de normes plus strictes
pour les protéger et améliorer l’assistance humanitaire. Des textes tels que la CDE et la
CADBE ont été adoptés pour réglementer les droits de l’enfant aussi bien en temps de paix
qu’en temps de guerre. En temps de conflit armé précisément, des Tribunaux Pénaux
Internationaux comme le TPIR et le TSSL et la CPI veillent aux respects de ces droits tant au
niveau africain qu’au niveau universel. Des organisations internationales et non
gouvernementales se sont aussi intéressées à cette question, en ce sens des ONG et même
l’ONU ont mis en place des politiques pouvant permettre la prévention du recrutement et la
réintégration des enfants dans le tissu social, éducatif et économique.

90
Nation Unies, Enfants Soldats,http://www.un.org/children/conflict/french/childsoldiers.html
91
Ibidem
92
ibidem

43
Conclusion Générale

La question de la protection des enfants soldats s’inscrit dans la problématique générale de la


protection des enfants victimes des conflits armés. Pour réglementer la question, un nombre
impressionnant de normes juridiques a été consacré à la problématique d'enfants soldats.
Malgré cela, les parties aux conflits continuent de saper les droits des enfants qui auraient pu
bénéficier d'une protection spéciale. Le recrutement d'enfants de moins de quinze ans et leur
utilisation pour les faire participer activement à des hostilités constituent un crime de guerre
selon le droit international. Les responsabilités des enfants coupables de crimes, des
recruteurs, des Etats et des groupes armés pour violation des règles internationales interdisant
le recrutement des enfants et leur participation à des hostilités sont reconnues.

Les droits de l'homme en général ne suffisent plus à assurer la protection des droits de
l'enfant. En effet, celui-ci se différencie de l'adulte par une situation de faiblesse particulière,

44
tant physique qu'intellectuelle ou morale liée à son âge. Cette position désavantageuse milite
en faveur d'un droit à une protection spéciale mais, en même temps, elle interdit d'accéder à
tous les droits de l'homme.

L'enfant est sujet à part entière des droits collectifs attachés à une catégorie particulière parmi
les individus. Mais il n'est pas un sujet actif, faute de pouvoir faire valoir personnellement ses
droits.

De plus, les efforts des Etats affectés par les conflits armés, et des agences spécialisées,
impliqués dans la protection des droits des enfants, sont certes, louables, mais demeurent
insuffisants par rapport à l'ampleur du phénomène d'enfants soldats qui atteint des proportions
inquiétantes surtout en Afrique. Les processus de désarmement, démobilisation et réinsertion
devraient s'inscrire dans un cadre global de retour à la paix et de la reconstruction pour éviter
la résurgence du phénomène.

Au demeurant la Communauté internationale est toujours à la recherche de nouvelles normes


et en quête de nouveaux progrès afin de remédier au sort des enfants victimes de guerre, voire
de résoudre ce problème. En témoigne l'entrée en vigueur récente du protocole facultatif à la
CDE, du statut de la CPI et de la Convention C182 de l'OIT.

En depit du sentiment mitigé sur la portée de toutes ces nouvelles règles, nous sommes d'avis
qu'elles sont déjà assez satisfaisantes et que la solution ne réside pas dans la création, pour le
moment, de nouvelles normes.

Effectivement, l'entrée en vigueur du Protocole facultatif représente un grand progrès pour les
enfants, mais elle ne résoud pas le problème des atteintes aux droits humains que subissent
quotidiennement des milliers d'enfants soldats. Elle devrait simplement être perçue comme
une avancée importante dans un processus qui passe par sa ratification généralisée et son
application systématique. L'objectif final : l'arrêt du recrutement et de l'utilisation des enfants
soldats. Cet objectif ne sera atteint que si les Etats ont la volonté politique de mettre en oeuvre
des instruments juridiques, d'en soumettre le contrôle à la communauté internationale, de
rendre des comptes à ce sujet et de se convaincre que les droits de tous les enfants constituent
une priorité, non seulement pendant mais aussi après les conflits. En effet, les difficultés liées
au Protocole reposent sur l'application du droit plutôt que sur l'interprétation de ses
dispositions. Si les enfants ont tant souffert et si les parties aux conflits commettent tant de
violations et d'infractions, c'est parce qu'il n'y a pas surtout de volonté politique d'appliquer ce

45
qui existe déjà. Ainsi, l'élaboration de nouvelles règles ne sera souhaitable que si elle vient
combler un vide juridique ou lorsqu'elle apportera une solution à la violation des règles
existantes.

Toutefois, la problématique des enfants soldats fait appel à la responsabilité des Etats et des
communautés dont sont issus ces enfants car, les enfants soldats sont avant tout des enfants
privés des droits fondamentaux qui leur sont reconnus dans des instruments spécifiques
consacrés à leur protection. L'horreur et les atrocités dont les enfants soldats se sont rendus
coupables sur le champ des hostilités doivent interpeller la conscience des adultes face au
damne que constitue l'implication d'enfants dans les hostilités. Comme le reconnaît Desmond
TUTU, « Nous ne devons pas refuser de voir que les enfants soldats sont à la fois victimes et
coupables. Ils commettent quelquefois des violences de la plus grande barbarie. Mais peu
importe de quoi l'enfant est capable, c'est nous les adultes, qui portons la principale
responsabilité. [...] ».Il convient donc d'œuvrer pour que cesse cette forme inhumaine
d'exploitation des enfants que constituent leur recrutement et leur utilisation dans les conflits
armés. L'urgence est maintenant de renforcer largement les moyens de prévenir les conflits
futurs ou de prendre des mesures pour que les enfants ne supportent plus les conséquences de
la guerre. A cet égard, il convient, entre autre, de sensibiliser et mobiliser les mécanismes de
solidarité et de consensus susceptibles d'agir directement sur la plupart des causes énoncées
en première partie.

Ratifier une norme est une chose, la mettre en œuvre en est une autre. Dans l'esprit des
hommes doivent naître le respect des droits fondamentaux de la personne humaine et la
culture de la paix.

Au demeurant, l'enfance est l'espoir et l'avenir de la nation. Elle représente la génération


future qui constituera l'avenir. C'est donc la protection de l'humanité elle-même qui est en
cause. L'espoir est donc toujours là. Mais nous nous demandons s'il faut toujours garder espoir
même si cet espoir tarde à se concrétiser depuis la confession de la jeune Anne FRANK 93 qui
disait: « je vois comment le monde se transforme lentement en un désert, j'entends plus fort,
toujours plus fort, le grondement du tonnerre qui approche et nous tuera, nous aussi, je
ressens la souffrance de millions de personnes et pourtant, quand je regarde le ciel, je pense
que tout finira par s'arranger, que cette brutalité aura une fin, que le calme et la paix
reviendront régner sur le monde ».

93
Source et référence ?

46
Bibliographie

A - Ouvrages Généraux :

B- Ouvrages Spécifiques

-Amnesty International, la guerre n’est pas un jeu d’enfant, protocole facultatif se rapportant à
la convention relative aux droits de l’enfant concernant L’implication d’enfants dans les
conflits armés, Londres : EFAI, 2000,50p

B-Articles :

-AYISSI (A). et Maia (C). « Les filles soldats. Grandes oubliées des conflits en
Afrique » Etudes 2004/7-8, Tome 401, pp.19-29

-JEAN-HERVE (J). « Les enfants soldats d’Afrique, un phénomène singulier ?sur la


nécessité du regard historique »revue vingtième siècle, revue d’histoire, n°89 janvier-mars
2006

-NAIRI (A). et FRANCESCA (P). « victimes et bourreau : questions de responsabilité liées à


la problématique des enfants-soldats en Afrique », RICR décembre 2003 vol 85 N°852,
pp.827-856

47
-TSHIKALA (k. BIAYA), « enfants en situation de conflit armé et de violence urbaine »,
Série des monographies du CODESRIA, 2002, 63p

C-Mémoires :

-Saoudatou (F). La responsabilité pénale des enfants soldats, mémoire en vue de l’obtention
du diplôme inter universitaire en droits fondamentaux, Université de Nantes, 2003-2004,67p

-Kafilath (H), Les Enfants Soldats : Cas de la RDC, Mémoire en vue d’obtention de la
licence, Université Africaine de Technologie et de Management, 2008-2009

D-Rapports :

-Agir pour les enfants du monde, rapport annuel 2008-2009, 20p

- Coalition pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats, Enfants Soldats, rapport mondial
2004, 416p

-Coalition pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats, Enfants soldats, rapport mondial
2008, 35p

- Coalition pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats, Priorités relatives aux enfants
associés aux forces et groupes armés, Document présenté au Groupe de travail du Conseil de
sécurité sur les enfants et les conflits armés, Juillet 2007, 17p

-CICR, les enfants dans la guerre, Fichier pdf

-Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité, Claudio (G), Félix (N), Sophie
(N) et Federico (S), Dossier documentaire, enfants soldats, armes légères et conflits en
Afrique, p.

E- Instruments Juridiques :

-Les 4 conventions de Genève du 12 Aout 1949

-Les 2 protocoles additionnels aux conventions de Genève du 12 Aout 1949

-La convention Internationale des droits de l’enfant, 1989

-La charte Africaine des droits et du Bien-être de l’enfant, 1990

-Statut du Tribunal International pour le Rwanda, 1994

48
-La Convention sur les Pires formes de travail des enfants, 1999 (OIT, n°182)

-Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, 1998

-Protocole facultatif se rapportant à la convention relative aux droits de l’enfant, concernant


l’implication d’enfants dans les conflits armés, 2000

-Résolution 1882 adoptée par le conseil de sécurité à sa 6167éme séance du 4 Aout 2009

-Engagement de Paris en vue de protéger les enfants contre une utilisation ou un recrutement
illégal par des groupes ou des forces armées

F- Documents Web :

- AMNESTY INTERNATIONAL, enfants soldats, LA Situation dans le monde, Bulletin de


la commission enfant ext-sf o4 enf 06 /n°08 janvier 2004 AMNESTY INTERNATIONAL,
le bulletin de la commission, EXT - SF 04 ENF 06, n°8 janvier 2004,
http://www.amnesty.fr/var/amnesty/storage/fckeditor/File/bulletin8.pdf

-Carol (B) situation des enfants dans le monde, Unicef


2005,http://www.unicef.org/french/sowc/archive/FRENCH/La%20situation%20des
%20enfants%20dans%20le%20monde%202005.pdf

-Charte Africaine des droits et du bien d’être de l’Enfant,


http://www.africaunion.org/Official_documents/Treaties_Conventions_fr/CHARTE
%20AFRICAINE-DROITS%20ENFANT%20new.pdf

- Coalition pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats, Forum international sur les
groupes armés et l’implication des enfants dans les conflits armés Synthèse des thèmes et des
débats Château de Bossey, Suisse, 4-7 juillet 2006 Août 2007 , http://www.child-
soldiers.org/childsoldiers/Forum_international_sur_les_groupes_arm%C3%A9s_2007.pdf

- Les enfants soldats et le désarmement, la démobilisation, la réhabilitation et la réinsertion en


Afrique de l’Ouest
http://www.childsoldiers.org/fr/Child_soldiers_in_WA_Nov_06_FRENCH.pdf

-Enfants Touchés par les Conflits Armés,


http://www.icrc.org/Web/Fre/sitefre0.nsf/htmlall/5FZGBM/
$File/FRA03_10_POAMvmt_2_logo.PDF

-Engagements de Paris – Projet, engagements de Paris en vue de protéger les enfants contre
une utilisation ou un recrutement illégal par des groupes ou des forces

49
armés,http://www.child-soldiers.org/fr/Engagements_de_Paris_Février_2007.pdf consulté le
25/04/2010

- Eric MONTCHO-AGBASSA, The Danish Institute for Human Rights L’Assistance


Juridique aux mineurs délinquants dans les pays de l’Afrique Occidentale Francophone:
l’exemple du Benin, 2008, 63p http://www.humanrights.dk/files/doc/forskning/Research
%20partnership%20programme%20publications/E.Montcho-Agbassa.pdf

- ONU,AG, promotion et protection des droits des enfants impact des conflits armés sur les
enfants, note du Secrétaire Général, A/51/306,26 août 1996,103p, http://daccess-dds
ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N96/219/56/PDF/N9621956.pdf?OpenElement

-Pratiques De Désarmement, Démobilisation Et Réintégration (DDR) de « deuxième


génération » dans les opérations de paix une contribution aux discussions « nouvel horizon »
sur les défis et les opportunités du maintien de la paix de l’ONU
http://www.un.org/en/peacekeeping/publications/ddr/ddr_062010_fr.pdf

-PRINCIPES DE PARIS, principes Directeurs Relatifs aux Enfants associés aux forces
armées ou aux groupes armés, consulté le 25/04/2010 http://www.child-
soldiers.org/fr/Principes_de_Paris_Février_2007.pdf

- Principes du Cap, http://www.aidh.org/DE/Images/1997-Princi-Cap.pdf

-ACDI, Programme et guide des propositions « soutient aux enfants soldats », mai 2005,

31p http://www.acdi-cida.gc.ca/INET/IMAGES.NSF/vLUImages/Childprotection/
$file/Enfants-soldats.pdf

- SITUATION DES ENFANTS DANS LE MONDE 2005


http://www.unicef.org/french/sowc/archive/FRENCH/La%20situation%20des%20enfants
%20dans%20le%20monde%202005.pdf

-Statut de la Cour Pénale Internationale, http://www.icc-cpi.int/NR/rdonlyres/6A7E88C1-


8A44-42F2-896F-D68BB3B2D54F/0/Rome_Statute_French.pdf

-Victimes et bourreaux : questions de responsabilité liées à la problématique des enfants-


soldats en Afrique http://www.icrc.org/Web/fre/sitefre0.nsf/htmlall/5WNK3G/
$File/IRRC_852_Pizzutelli.pdf

F- Sites internet :

www.chl.icrc.org ; consulté le 25/12/2009

50
www.unicef.org ; consulté le 20/12/2009

www.childsoldiers.org ; consulté le 20/12/2009

http://conflits-revues.org ; consulté le 10/01/2010

www.politique-africaine.com ; consulté le 21/01/2010

51