Vous êtes sur la page 1sur 3

Casablanca, le 21juin 2021

Communiqué de l’Alliance des Economistes Istiqlaliens (AEI)

La planification et la mise en œuvre de certains changements retenus par la


Commission Spéciale pour le Modèle de développement sont urgentes pour
amorcer une relance responsable et inclusive, particulièrement au niveau
régional. Cinq séries depriorités sont ainsi proposées par l’AEI

L’Alliance des Economiste Istiqlaliens (AEI) félicite la Commission Spéciale du Nouveau


Modèle de Développement (CSNMD) pour l’approche holistique et la démarche
participative adoptées. Le travail accompli constitue un cadre pour aboutirà un « Pacte
National » comme outil de mobilisation et d’engagement collectifsen vued’accélérer le
développement de notre Pays et assurer son émergence au cours des 15 prochaines
années. Le diagnostic, acté et partagé,rappelle les contre-performancesenregistrées par
notre pays au cours des dix dernières années.
Les recommandations proposéesconvergent, en grande partie, avec le référentiel et les
contributions soumises par le Parti de l’Istiqlal à la Commission. Et l’AEI tient à la
réussite du déploiement du Nouveau Modèle de Développement (NMD) de notre Pays.
Compte tenudela profondeur économique et sociale de la crise actuelle, l’AEI considère
qu’il est nécessaire de bien définir certaines priorités permettant desortir notre
Pays de cette crise, au plus vite, et de lui faire saisir toutes les opportunités
offertes par la reconfiguration en cours du tissu productif mondial. A côté des
chantiers structurants initiés par Sa Majesté le Roi (Couverture Sociale généralisée, Eau,
Energie, réformes du secteur public, financement des entreprises…), il
s’agitparticulièrement de mettre en œuvre des actions et adopter des mesures visant à
répondre aux besoins pressants des marocaines et marocains, notamment les jeunes et
les femmes, en préservant leur dignité. Préserver les emplois et créer de nouvelles
opportunités de travail valorisant ; relancer puis développer notre tissu entrepreneurial et
impliquer les différents corps intermédiaires, à travers un contrat social pourredonner
confiance à tousen vue de contribuer au développement de notre Pays. Dans ce cadre,
l’AEI tient à souligner les 5priorités suivantes:

1- Assurer les conditions de réussite de la protection sociale généralisée


Il s’agit de mettre en place les conditions de réussite du grand chantier Royal visant à
assurer la protection sociale pour l’ensemble des marocains à l’horizon 2025. Ainsi, la
couverture médicale ne pourra être efficiente que si des soins de qualité sont
accessibles à tous sur l’ensemble du territoire dans le cadre d’une vérité des prix et sans
exiger de paiement des soins à l’avance aux familles vulnérables et celles de la classe
moyenne. Ainsi, ce chantier exige la mise en place d’une carte sanitaire, d’une politique
juste et équilibrée des prix des soins et l’instauration du tiers-payant. Il nécessite
également la disponibilité d’établissements de santé équipés et surtout la formation de
personnel soignant en nombre suffisant ; soit le doublement voire le triplement

1
des capacités nationales de formation des médecins, des infirmiers et des aides-
soignants et l’amélioration de leurs conditions de travail.

2- Accélérer la généralisation d’un préscolaire de qualité


La généralisation d’une éducation préscolaire de qualité est la première des priorités en
matière d’éducation. Sa mise en œuvre doit également être portée par les Régions et les
collectivités territoriales. Elle doit bénéficier à tous les enfants durant les 2 années
précédant le cycle primaire.
L’étude du HCP, à l’instar d’autres études internationales, a prouvé que les enfants
ayant bénéficié de l’éducation préscolaire sont capables de poursuivre leurs études pour
une durée moyenne de 4 années de plus que ceux qui en ont été privés. La
généralisation d’un préscolaire de qualité, préparera les futurs citoyens de 2035 à
acquérir les compétences et les habiletés nécessaires à leur insertion sociale et leur
épanouissement dans le Maroc émergent, visé par le NMD.

3- Rentabiliser les efforts réalisés en infrastructures, Stimuler


l’entrepreneuriat et Accélérer le développement du tissu productif en y
investissant une partie conséquente de l’investissement public.
L’AEI considère que la libération des énergies, et la création massive d’emplois, passent
par la réalisation d’un véritable « choc entrepreneurial compétitif » dans notre Pays.
Cette inflexion nécessite (1) un positionnement technologique claire et perçu de tous ;(2)
l’investissement conséquent dans des programmes de recherche ;(3) la publication de
textes juridiques simples et accessibles ;(4) des codes d’investissement et de fiscalité
tenant compte des spécificités régionales et territoriales ;(5) des procédures légères et
dématérialisées ;(6) un mécanisme d’accompagnement de proximité aux entrepreneurs,
auprès des CRI ; (7) des zones d’activité, proches des bassins d’emploi, équipées et
connectées aux réseaux de transport, d’énergie et de communication ; et bien sûr, (8) un
financement approprié. Pour ce dernier, l’AEI recommande de réorienter une partie
substantielle de l’investissement public vers des activités directement productives. Ainsi,
nous préconisons d’allouer, directement ou indirectement, 20 à 25% de
l’investissement public global, soit 40 à 50 milliards de Dirhams par an, et sur les 5
prochaines années, au développement des capacités productives du pays,
notamment pour la création et le développement des TPE, des PME et des
startups, qui constituent le plus fort gisement d’emplois,dans le
cadred’écosystèmes régionaux dans notre pays. Ce financement peut prendre la
forme de subventions, de prises participations directes ou indirectes, complétées par des
prêts obligataires ou bancaires garantis. L’accompagnement de ces structures à travers
des véhicules tels que le Fonds Mohammed VI ou les grandes entreprises peut faire
émerger et croitre des écosystèmes performants, innovants et compétitifs.

2
4-Atténuer les inégalités sociales et territoriales et promouvoir la classe
moyenne
Veiller, d’urgence, à réduire les inégalité sociales et spatiales qui ont atteint un niveau
devenant insoutenable, notamment dans le monde rural. Il s’agit particulièrement de
rétablir et de renforcer le pouvoir d’achat des classes moyennes et vulnérables. Celui-ci
a été fortement érodé par une décennie de politiques ultra-libérales,accentuéespar la
crise issue de la COVID 19 qui a basculé plus d’un million de nos concitoyensdans la
pauvreté. Il s’agit particulièrement (1) d’améliorer le revenu des ménages et de réduirela
pression fiscale surles revenus bas et intermédiaires.Il s’agit également (2) d’accélérer la
généralisation de la protection sociale globale effective ;(3) d’améliorer l’accès au
logement ; (4) de réduire le coût et de renforcer la qualité des services publics tels que la
santé, l’éducation et le transport et(5) de permettre l’accès delarges pans de la
population à la culture, au sport et aux loisirs. Ces mesures amélioreront les conditions
de vie des ménages marocains et renforceront la demande intérieure,principal moteur de
croissance et de souverainetééconomiques de notre pays.
Dans ce cadre, l’AEI appelle à déployer des stratégies intégrées et à orienter les
efforts publics en faveurd’un rattrapage accéléré du développement des Régions
les plus défavorisées, et plus particulièrement deszones frontalières,
montagneuses et oasiennes etde réduire ainsi les fortes inégalités dont elles pâtissent.

5- Une Gouvernance économique pour replacer le Pays sur des sentiers de


croissance durable et responsable :
La plupart des stratégies sectorielles étant arrivées à échéance, il s’agit de s’atteler, au
plus vite, à l’évaluation desdites stratégies et à la mise en œuvrede plans d’action,
nationaux et régionaux, des secteurs et branches constituant les moteurs de relance et
de croissancede l’économie pour les toutes prochaines années. Ces plans doivent être
immédiatement accompagnés de programmes de formation sur mesureen termes de
métiers et de compétences. Les entreprises viables, particulièrement les PME,
anciennes ou nouvelles, bénéficieront de l’appui public (échéancier fiscal et social,
renflouement des capitaux permanents…) à travers des contrats de croissance
individuels, suivis par une task-force multisectorielle régionalisée, dédiée à cet effet.
Cette task-force doit s’appuyer, dans ses démarches, sur le “défenseur de l’entreprise »,
rattaché au chef du gouvernement, qu’il convient d’actionner au plus vite pour
« débloquer d’éventuelles situations liées à des lenteurs ou des abus administratifs
causant un préjudice économique significatif ».
Enfin, et compte tenu des ressources limitées de notre pays pour les prochaines
années, nous n’avons droit ni au saupoudrage, ni à la perte de temps. Il est donc
nécessaire de faire des choix courageux de nos premières priorités sectorielles et
territoriales. L’annonce de ces choix et surtout leur prise en charge par la Loi de
Finance 2022 donnerait plus de visibilité et plus de confiance aux opérateurs et
aux citoyennes et citoyens marocains.