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UNIVERSITE ALASSANE OUATTARA BOUAKE

UFR : Sciences Juridiques, Administratives et de Gestion


Master 2 Recherche, Droit Privé Fondamental
SEMINAIRE DE DROIT CIVIL
THEME :

LES GROUPES DE CONTRATS

GROUPE 14

Présenté par :
Professeur:
ZRAN Hailé Steaven
M. Moktar ADAMOU, Agrégé des
GBATO Zrango Obed
facultés de droit du CAMES.
GNAGNE Agnime Jacqueline

ANNEE ACADEMIQUE : 2020-2021


SOMMAIRE

INTRODUCTION……………………………………………………………………3

I- PRESENTATION DES GROUPES DE CONTRAT………………………………


6

A-LES CHAINES DE
CONTRAT…………………………………………………...6
B-LES ENSEMBLES
CONTRACTUELS…………………………………………...9

II-LES ACTIONS EN RESPONSABILITE DANS LES GROUPES


DE CONTRAT……………………………………………………………………...15

A-L’ACTION CONTRACTUELLE………………………………………………..15
B-L’ACTION
DELICTUELLE……………………………………………………..17

CONCLUSION…………………………………………………………………….19
BIBLIOGRAPHIE………………………………………………………………….21

2
3
On lie les bœufs par le joug et les hommes par le contrat. Cette pensée
contextualisée de Loysel1 traduit une réalité juridique ancienne qui n’a pas suffisamment été
remarqué jusqu’à présent : les relations entre les individus créant un groupe de contrat.
L’apparition de la théorie des groupes de contrats ne peut être comprise que située
dans le contexte des années soixante-dix2. En effet, dans les années 1970, avec la pratique
des transferts de technologies, il y a eu la recrudescence des situations tendant à remettre en
cause l’effet relatif du contrat et à complexifier les relations contractuelles.
Partant de la multiplication des actions directes qui constituaient une véritable atteinte
au principe de l’effet relatif de la force obligatoire des conventions, un tiers peut désormais
demander au débiteur l’exécution du contrat à son profit. D’où le sujet : les groupes de
contrat.

Les groupes de contrats ont une double acception : ils expriment d’abord une réalité
économique, ou plutôt juridico-économique, à savoir le phénomène d’une pluralité de contrats
qui ne trouvent qu’en leur ensemble leur véritable sens économique, que ce sens consiste en la
circulation d’un bien ou d’un service ou à la mise au point d’une opération économique
globale phénomène qui est très fréquent dans la vie des affaires. Mais elle exprime aussi en
second lieu une théorie juridique qui, partant de la réalité de la multiplication des groupes
contractuels, en tire des conséquences novatrices concernant des notions fondamentales pour
le droit ivoirien des obligations, dans le souci d’apporter à cette nouvelle réalité des solutions
juridiques adéquates. Il transpire de la thèse du professeur Bernard Teysié publié en en 1975
que l’expression groupes de contrat désigne la chaine de contrat et l’ensemble contractuelle.

La notion de groupe est clairement définie par le dictionnaire Larousse comme plusieurs
objets formant un tout.
Si nous sommes d’accord avec cornu, on peut définir le groupe comme un ensemble de
personnes physique ou morales ayant un caractère ou un objectif commun licite ou illicite, ou
unies par un lien de droit.

1
Antoine loysel est un jurisconsulte resté célèbre parmi les juristes pour avoir collecté les principes généraux
de l’ancien droit coutumier français
2
V. deux articles important, Michel cabrillac, << Remarque sur la théorie générale des contrats et les créations
récentes de la pratique commerciale>>, Mélange Marty, PU Toulouse, 1978, p. 235 ; Brigitte Berlioz-Houin et
George Berlioz, <<le droit des contrats face à l’évolution économique >>, Etude Houin, Dalloz 1985 p. 3. 3 V.
l’article cite dans la note précédente
4
Quant au mot contrat, il vient du latin contractus, dérivé de contrahere, et signifie
rassembler, réunir, conclure. Pour préciser l’origine sémantique du mot contrat, on se réfère à
la convention. Le mot convention vient du latin conventio, dérivé de convenire qui signifie
venir ensemble, d’où être d’accord. Conclure un contrat c’est se mettre d’accord sur quelque
chose. L’approche définitionnelle qui permet de saisir le réel sens du mot contrat, veut que
l’on définisse celui-ci comme étant tout accord de volonté entre deux ou plusieurs personnes
lesquels accords sont destinés à produire un effet de droit quelconque : créer une obligation,
transférer la propriété, transmettre ou éteindre une obligation3.

Il est établi que la convention est un accord de volontés entre deux ou plusieurs
personnes en vue de produire des effets de droit 4. C’est aussi un acte juridique conventionnel
générateur d’obligations et permettant le transfert des droits réels 5. En réalité, le contrat est
une variété d’une catégorie plus large qui serait la convention. Le contrat se distingue de la
convention, terme plus générique désignant tout accord produisant des effets de droit. Si tout
contrat est une convention, l’inverse n’est pas vrai ; car il existe des conventions qui ne créent
pas d’obligations, mais les transfèrent où les éteignent. Cependant en pratique, on parle
souvent indifféremment de contrat ou de convention. Le contrat est l’une des cinq sources
d’obligation présentées par le code civil à l’article 1370 (avec les quasi-contrats, les délits, les
quasi délit et la loi), c’est ainsi que l’article 1101 du code civil définit le contrat comme une, «
convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent envers une ou plusieurs autres,
à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose ». Cette définition ne fait pas de distinction
entre contrat et convention. Car contrairement à la convention destinée à créer où éteindre des
obligations, le contrat ne fait qu’en créer.

En bref, la qualification de contrat devrait être écartée lorsque l’accord des volontés
n’a pas donné naissance à des effets pourvus d’une force juridique obligatoire. Il est
certainement téméraire et risqué de tenter de définir le contrat après autant de controverses
doctrinales. Une opinion majoritaire de la doctrine sacralise l’omnipotence de l’accord de
volonté dans la définition du contrat. Si on respecte cette opinion, le contrat peut être définit
comme un accord de volonté assujetti aux règles préétablies pour pouvoir produire des
effets de droit6.

3
Comité de rédaction, Vocabulaire juridique, Association Henri Capitant, 1 e éd, sous la dir. de Gérard Cornu,
PUF, Paris, 1987, p.266.
4
J. Ghestin, <<la notion de contrat>>, Recueil Dalloz, 1990, p,147
5
Ph. Malinvaud et D. Fenouillet, Droit des obligations, 11 e éd, Litec, Paris, 2010, p.45
6
D
5
Il faut faire remarquer que le contrat repose sur les principes fondamentaux tels que la
force obligatoire et l’effet relatif analysé par l’article 1165, qui pose le principe selon lequel ;
les conventions légalement formées ne nuisent ni ne profitent a ceux qui n’y ont pas été
parties. En vertu de ce principe qui est l’effet relatif des conventions, chaque contrat doit être
regardé comme autonome de sorte qu’il ne peut produire d’effet sur les autres contrats. Mais,
les groupes de contrats qui se définissent comme des accords de volonté participant à la
réalisation d’une même opération ou un ensemble de contrat portant sur un même bien,
tendent à remettre en cause l’effet relatif du contrat. Ils créent des hypothèses ou, par
exemple, un même bien fait l’objet de plusieurs contrats. C’est en effets le cas des contrats de
vente successifs ou même d’une opération de construction immobilière.

L’étude des groupes de contrat est intéressante pour trois raisons. La première résulte
de la complexité des relations contractuelles. Cette complexité a des conséquences sur la
validité du contrat car on assiste le plus souvent à un écroulement du lien contractuel qui
devient plus vulnérable à la nullité ou à la résolution.

La seconde raison qui justifie l’étude des groupes de contrat réside dans le souci de
mettre en relief les liens contractuels qui peuvent exister dans un même groupe.
La troisième raison est qu’une étude d’ensemble de ce phénomène n’a pas été faite. Seul
quelque article ou monographie y ont été partiellement consacré et appuyés par la
jurisprudence. Au demeurant, ces études restent insuffisantes, les éléments essentiels de ce
phénomène ne sont pas traités. En outre, les auteurs n’abordent pas véritablement l’étude des
groupes de contrat dans leurs ouvrages relatifs aux obligations ou au contrat.
Des lors, se pose la question de savoir comment se présente les groupes de contrat ?
Plus concrètement, à quoi renvoie la notion de groupe de contrat et quelles sont les actions qui
découlent de cette nouvelle réalité juridique ?
Pour répondre à cette question, une étude en deux mouvements est nécessaire : d’une part,
nous ferons la présentation des différents groupes de contrat (I) et d’autre part nous
procéderons à l’examen de l’action en responsabilité dans les groupes de contrat (II)

I- NATURE JURIDIQUE DES GROUPES DE CONTRAT

Définition propose par le par le Docteur MONEBOULOU NINKADA Hervé, revue de l’ersuma, Numéro 6, janvier
2016, p.127
6
La notion de groupe de contrats désigne la situation par laquelle
des contrats présentent des liens tels entre eux qu'une analyse globale de ceux-ci peut être
proposée7, s'agissant de l'appréciation de l'exécution de ces contrats et, surtout, des
conséquences de leur inexécution.
Un groupe de contrat est donc l'ensemble formé par plusieurs contrats, en apparence
distincts et isolés, mais qui doivent en fait être considérés comme un tout. Cette pluralité de
contrats peut résulter soit de l'existence de plusieurs contrats distincts entre deux parties,
soit de celle de plusieurs parties signataires de contrats.
Les groupes de contrats sont au centre de la vie économique. Nombre d'opérations
impliquent en effet la conclusion de plusieurs contrats participant à la même fin ou au
même objet. Que l'on pense à l'acquisition d'une entreprise et à son financement, à la
réalisation d'un nouveau complexe immobilier par un promoteur, à la construction d'une
usine clef sur porte à l'étranger ou, plus simplement, aux multiples sous-contrats rencontrés
dans la pratique : sous-locations, sous-emphytéoses, sous-traitances, sous-concessions. Les
exemples sont aussi variés qu'innombrables.
Omniprésents, les groupes de contrats constituent cependant une réalité fuyante
précisément en raison de leur variété. Nous avons donc comme groupe de contrat, les
chaines de contrat(A), et les ensembles contractuels (B).

A- Les chaines de contrat

Les chaines de contrat regroupent des contrats qui portent sur un même bien. L'article
1165 du Code civil pose pour règle que « les conventions n'ont d'effet qu'entre les parties
contractantes ». Les chaines de contrat se positionnent comme des exceptions à ce principe8.
Lorsque plusieurs contrats se succèdent dans le temps et portent sur le même objet ou
concourent au même but et entretiennent des liens entre eux, on fait appel à la notion de
chaîne de contrats9. La chaîne de contrat est dite homogène lorsque se succèdent des
contrats identiques (une vente, suivie d'une revente), elle est dite hétérogène si elle est
constituée de contrats différents (la vente d'un fonds de commerce suivi d'un contrat de prêt,
suivi d'un contrat de cautionnement, suivi d'un apport à une société).
7
Définition des groupes de contrat selon la jurisprudence car cette notion n’est pas définie par le code civil et
elle est moins abordée par la doctrine.
8
D’ordinaire, il y’a une interdépendance des contrats à cause des principes de l’effet relatif et la force
obligatoire des contrats.
9
Il y a deux types de groupes de contrats à savoir les chaines de contrat et les ensembles contractuels.
7
Parmi les chaînes de contrats, celles qui opèrent un transfert de propriété amènent à
ce que soit admise l'existence d'une action directe ce qui les distinguent de celles dans
lesquelles aucun transfert de propriété ne se réalise 10, et pour lesquelles aucune action
directe n'est admise. Ce qui revient à dire que si la chaîne de contrats n'est pas translative de
propriété, les clauses de cette chaîne ne sont pas transmises aux différents contractants.
Ainsi, Le sous-contractant n'est pas contractuellement lié au maître d'ouvrage. Assemblée
plénière 12 juillet 1991, pourvoi n°90-13602, Légifrance. Dans le cas contraire, si la chaîne
est translative de propriété, l'action résolutoire résultant par exemple, d'un même défaut de
conformité se transmet avec la chose livrée.
L'anéantissement de l'un des contrats de la chaîne peut-il affecter l'existence des
autres contrats ? L'indivisibilité contractuelle a été évoquée : elle trouverait sa source dans
la seule volonté des parties. L'Ordonnance française n°2016-131 du 10 février 2016
modifiant l'article 1186 du Code civil a fait cesser les hésitations de la Cour de cassation en
prévoyant que « lorsque l'exécution de plusieurs contrats est nécessaire à la réalisation d'une
même opération et que l'un d'eux disparaît, sont caducs les contrats dont l'exécution est
rendue impossible par cette disparition et ceux pour lesquels l'exécution du contrat disparu
était une condition déterminante du consentement d'une partie. ». Et il a été ajouté "La
caducité n'intervient toutefois que si le contractant contre lequel elle est invoquée
connaissait l'existence de l'opération d'ensemble lorsqu'il a donné son consentement".
Contrairement aux ensembles contractuels qui regroupent des actes qui concourent à
la réalisation d’une même opération, les chaînes de contrats sont constituées d’actes qui
portent sur un même objet.
Dans les chaines de contrat, nous avons trois parties à savoir le vendeur, l’acquéreur et
sous-acquéreur.
Par exemple un contrat de vente est conclu entre les parties A et B, puis entre les
parties B et C. La question qui se pose immédiatement est de savoir si, en cas de vice
affectant la chose vendue, le sous-acquéreur dispose d’une action contre le vendeur initial.
A priori, le principe de l’effet relatif interdit au sous-acquéreur d’agir contre le
vendeur initial dans la mesure où ils ne sont liés par aucun contrat. L’acquéreur fait écran
entre ce que l’on appelle les « contractants extrêmes » lesquels sont des tiers l’un pour
l’autre11.

10
Ce qui donne lieu aux actions contractuelles directes dans les chaines translatives de propriété et aux actions
indirectes dans les chaines non translatives de propriété.
11
Dans les chaines de contrat il y’a très souvent trois parties à savoir le vendeur, l’acquéreur et le sous
acquéreur.
8
Aussi, une action du sous-acquéreur contre le vendeur initial ne semble pas
envisageable, à plus forte raison si elle est engagée sur le fondement de la responsabilité
contractuelle.
Tel n’est cependant pas ce qui a été décidé par la jurisprudence qui a connu une longue
évolution.
En effet, la jurisprudence fait en la matière, la différence entre deux types de chaines
de contrat que sont les chaines de contrat homogène et les chaines de contrat hétérogène.
La chaine de contrat homogène est celle qui est formée d’actes de même nature (plusieurs
ventes successives)
La chaîne de contrats hétérogène est celle qui est formée de plusieurs contrats de nature
différente (vente et entreprise)
Pour les chaînes de contrats homogènes, la Cour de cassation a pendant longtemps
estimé que le sous-acquéreur disposait d’une option en ce sens qu’il pouvait agir contre le
vendeur initial, soit sur le terrain de la responsabilité contractuelle, soit sur le terrain de la
responsabilité délictuelle (Cass. civ. 25 janv. 1820).
L’idée était de permettre au sous-acquéreur de ne pas demeurer sans recours dans
l’hypothèse où une stipulation contractuelle l’empêcherait d’agir contre son propre vendeur.
L’option laissée au sous-acquéreur quant au choix du fondement de l’action dirigée contre
le vendeur initial constituait une atteinte au principe de non-cumul des responsabilités
contractuelles et délictuelles, la Cour de cassation a opéré un revirement de jurisprudence
dans un arrêt Lamborghini du 9 octobre 1979.
La première chambre civile a estimé dans cette décision que « l’action directe dont
dispose le sous-acquéreur contre le fabricant ou un vendeur intermédiaire, pour la
garantie du vice cache affectant la chose vendue dès sa fabrication, est nécessairement de
nature contractuelle » (Cass. 1ère civ. 9 oct. 1979).
Cette solution repose sur l’idée que l’action dont dispose l’acquéreur contre le
vendeur initial serait transmise au sous-acquéreur lors du transfert de propriété de la chose,
ce qui justifie que ce dernier puisse agir sur le fondement de la responsabilité contractuelle.
En somme l’action directe dont dispose le sous-acquéreur contre le vendeur initial dans les
chaines de contrat est fondée sur la théorie de de l’accessoire.
B- Les ensembles contractuels

9
Les ensembles contractuels regroupent des contrats qui concourent à la réalisation
d’une même opération juridique12. Ils se rencontrent dans des circonstances ou une
opération économique suppose pour sa réalisation, la conclusion de plusieurs contrats. Il se
pose dans les ensembles contractuels la question de savoir si l’anéantissement de l’un des
contrats est susceptible d’affecter l’existence des autres contrats.
Pour répondre à cette question à l’effet de mieux cerner la notion des ensembles
contractuels, deux approches peuvent être analyser. Il s’agit de l’approche stricte et de
l’approche souple.
L’approche stricte ramène à l’application stricte du principe de l’effet relatif. Selon cette
approche, chaque contrat de l’ensemble contractuel ne devrait produire d’effets qu’à l’égard
de ses contractants. Ainsi, le sort de chacun des contrats ne devrait, en conséquence, être
déterminé que par son propre contenu et non par les exceptions ou causes d’extinction
susceptibles d’affecter les autres.
Quant à l’approche souple, elle consiste à considérer que de la création d’un ensemble
Contractuel naît un lien d’indivisibilité entre les contrats, de sorte qu’ils seraient
interdépendants.
En raison de cette interdépendance, le sort des uns serait alors lié au sort des autres.
Après s’être arc-boutés sur une position pour le moins orthodoxe pendant des années, les
tribunaux ont finalement opté pour l’approche souple. Ce mouvement ne s’est cependant
pas opéré sans tâtonnements. En effet, la position de la jurisprudence sur les ensembles
contractuels a radicalement changé après l’adoption de la loi n°78-22 du 10 janvier
1978 relative à l’information et à la protection des consommateurs dans le domaine de
certaines opérations de crédit.
Pendant longtemps, la jurisprudence a refusé de reconnaître l’existence d’un lien
d’indivisibilité entre contrats conclus en vue de la réalisation d’une même opération
économique.
Pour la Cour de cassation, dès lors qu’un contrat a été conclu distinctement d’un ou
plusieurs autres actes, il jouit, en application du principe de l’effet relatif, d’une autonomie
propre. Son sort ne saurait, en conséquence, être lié à d’autres contrats, nonobstant leur
appartenance respective à un même ensemble contractuel.
La cour de cassation a notamment fait application de cette position dans un arrêt du 21 mars
1972 (Cass. com. 21 mars 1972)

12
Une définition donnée par la jurisprudence en présence d’un contrat conclu distinctement d’un ou plusieurs
autres actes.
1
0
Dans cette décision elle a estimé que la nullité de deux contrats de vente conclus par
une société qui souhaitait acquérir des semi-remorques était insusceptible de fonder
l’anéantissement du contrat de prêt, souscrit corrélativement par l’acheteur pour financer
l’opération.
Pour la chambre commerciale française, quand bien même l’annulation du contrat
principal faisait perdre au contrat de financement toute son utilité, cela était sans effet sur sa
validité, de sorte qu’il devait, malgré tout, être maintenu.
Pour que l’interdépendance entre ces deux contrats soit admise, cela supposait donc que les
parties aient expressément stipulé, dans le contrat de prêt, que l’emprunt était destiné à
financer l’opération principale. Jugeant la jurisprudence de la Cour de cassation
dangereuse, le législateur est intervenu le 10 janvier 1978 pour y mettre un terme.
Pour ce faire, il a institué à l’ancien article L. 311-20, devenu L. 312-48 du Code de
la consommation française, la règle selon laquelle les obligations de l’emprunteur ne
prennent effet qu’à compter de l’exécution complète de la fourniture de biens ou services
convenue au titre d’un contrat principal.
La portée de cette règle était, cependant, pour le moins restreinte. Elle n’avait été envisagée
que pour les seuls crédits à la consommation.
Très vite les juridictions ont toutefois cherché à s’émanciper de cette restriction en faisait
application du concept d’interdépendance contractuelle au-delà de la sphère du droit de la
consommation.
Après l’adoption de la loi du 10 janvier 1978, les tribunaux se sont donc mis en
quête d’une solution juridique afin d’assouplir la position retenue par la jurisprudence afin
de lier le sort de plusieurs contrats distincts conclus en vue de la réalisation d’une même
opération économique.
La première chose qui leur fallait trouver pour y parvenir était un fondement
juridique sur lequel asseoir le concept d’indivisibilité contractuelle.
Dans le même temps la question des critères et des effets de l’indivisibilité s’est posé au
juge, ce qui a donné lieu à de nombreuses hésitations jurisprudentielles.
Dans la recherche d’un fondement au concept d’indivisibilité contractuelle aux fins
de justifier l’existence d’une indivisibilité ou interdépendance entre plusieurs contrats ayant
concouru à la réalisation d’une même opération, plusieurs fondements juridiques ont été
envisagés par la Cour de cassation Française.
Nous avons en premier lieu, La règle de l’accessoire. Selon l’adage
latin accessorium sequitur principal, devenu principe général du droit, l’accessoire suit le
1
1
principal. Cela signifie donc que l’on va regrouper différents actes ou faits juridiques autour
d’un principal en leur appliquant tous les régimes juridiques applicables à l’élément
prépondérant. Appliquée à des contrats interdépendants, cette règle permet de considérer
que dans l’hypothèse où le contrat principal disparaîtrait, il s’ensuit un anéantissement des
contrats conclus à titre accessoire.
Tel est le fondement qui a été retenu par la Cour de cassation dans un arrêt du 7 avril. 1987
(com. 7 avr. 1987).
Ce premier fondement n’est pas sans reproches. En effet, L’inconvénient de la règle
de l’accessoire est qu’elle ne permet de rendre compte de la notion d’indivisibilité que pour
moitié car, l’indivisibilité suggère, que le lien d’interdépendance qui unit plusieurs contrats
est à double sens, soit qu’existe une certaine réciprocité entre contrats quant aux effets
qu’ils produisent les uns sur les autres.
Cette règle ne permet pas d’envisager la réciprocité envisagée de telle sorte que
l’anéantissement de l’un des contrats n’est susceptible de se répercuter sur les autres qu’à la
condition que le fait générateur de cet anéantissement réside dans le contrat principal.
Dans l’hypothèse où c’est un contrat accessoire qui serait touché en premier, cela serait sans
effet sur le contrat principal.
En second lieu, nous avons La notion de condition comme fondement dans le cadre
de l’appréhension des ensembles contractuels. Dans des arrêts Sedri du 4 avril 1995, la
Cour de cassation française a justifié l’existence d’une indivisibilité entre plusieurs contrats
en considérant qu’ils constituaient les uns pour les autres « une condition de leur existence
» (com. 4 avr. 1995).
Autrement dit, l’efficacité de chaque contrat serait subordonnée à la réalisation
d’une condition suspensive laquelle consisterait en l’exécution complète des autres actes.
Ce fondement n’est également pas exempt de critique car recelant des imperfections.
La principale critique que l’on peut formuler à l’encontre de ce fondement est que, là
encore, la notion de condition ne permet pas de rendre compte du lien d’indivisibilité qui se
noue entre contrats interdépendants.
Conformément à l’article 1304 du Code civil « l’obligation est conditionnelle
lorsqu’elle dépend d’un événement futur et incertain »
Selon cette définition, la condition s’apparente donc à un événement extérieur au contrat.
Tel n’est cependant pas le cas de l’indivisibilité qui consiste toujours en un lien qui unit
plusieurs actes.

1
2
Or, l’existence de ce lien procède de leurs contenus respectifs et non de la réalisation
d’un événement qui leur serait extérieur.
Au surplus, tandis que l’absence de réalisation d’une condition affecte seulement la
formation du contrat, l’établissement d’une indivisibilité lie le sort des contrats, tant au
niveau de leur formation qu’au niveau de leur exécution.
Pour toutes ces raisons, les notions de condition et d’indivisibilité ne se confondent pas.
En troisième lieu, nous avons comme fondement à l’existence des ensembles
contractuels La notion d’obligation indivisible.
Dans certaines décisions, la Cour de cassation a cherché à justifier l’existence d’une
indivisibilité contractuelle en se fondant sur la notion d’obligation indivisible.
La Cour de cassation s’est notamment prononcée en ce sens dans un arrêt du 13 mars 2008
où elle vise expressément l’ancien article 1218 du Code civil, siège de l’obligation
indivisible.
L’inconvénient du choix de ce fondement est qu’il repose sur une confusion entre les
notions d’obligation indivisible et d’indivisibilité contractuelle
L’obligation indivisible est celle qui comporte plusieurs débiteurs ou créanciers.
L’indivisibilité contractuelle consiste, quant à elle, en l’existence de liens qui créent une
interdépendance entre plusieurs contrats
La notion d’obligation indivisible apparait de la sorte inadéquate pour rendre compte du
phénomène de l’indivisibilité contractuelle.
Le quatrième et dernier fondement mis en évidence par la jurisprudence à l’effet de cerner
les ensembles contractuels est la notion de la cause du contrat principal.
Dans plusieurs arrêts la Cour de cassation a fondé l’existence d’une invisibilité sur la notion
de cause.
Pour ce faire, elle a estimé que la cause d’un contrat appartenant à un ensemble
contractuel résidait dans la conclusion des autres contrats auquel il était lié.
L’anéantissement d’un acte de l’ensemble emporterait dès lors disparition de la cause des
autres et réciproquement.
Telle a notamment été la solution retenue par la troisième chambre civile qui, dans
un arrêt du 3 mars 1993, a approuvé une Cour d’appel pour avoir décidé que « la vente du
terrain sur lequel était bâtie l’usine, pour le prix d’un franc, était une condition de
réalisation de l’opération, cette vente ne pouvant être dissociée de celle des bâtiments et de
la reprise des dettes de la société X… par la société Cerinco, l’ensemble concernant la
vente de l’entreprise de briqueterie formant un tout indivisible, et que cette vente
1
3
permettant l’apurement des dettes et la poursuite de l’activité, M. X… avait grand intérêt à
sa réalisation, tant à titre personnel pour éviter les poursuites de ses créanciers, qu’à titre
d’actionnaire de la société X… dont il détenait avec son épouse près de la moitié des parts
sociales, la cour d’appel a pu en déduire que dans le cadre de l’économie générale du
contrat, la vente du terrain était causée et avait une contrepartie réelle» (  3e cvi. 3 mars
1993)
Cette solution a été réitérée dans un arrêt du 1er juillet 1997 où la Cour de cassation
valide l’anéantissement en cascade de deux contrats, après avoir relevé que « les deux actes
de vente et de prêt, qui avaient été passés le même jour par-devant le même notaire, étaient
intimement liés, et en a déduit que les parties avaient entendu subordonner l’existence du
prêt à la réalisation de la vente en vue de laquelle il avait été conclu, de sorte que les deux
contrats répondaient à une cause unique» ( 1ère civ. 1er juill. 1997)
Plus récemment, la Cour de cassation a, dans une décision du 15 février 2000, jugé
s’agissant d’une opération de crédit-bail que « le crédit-bailleur était informé que le
matériel pris à bail était destiné à être exploité par la société de publicité, qu’en tant que
de besoin le crédit-bailleur autorisait cette exploitation, qu’il s’agissait d’un matériel très
spécifique et que la seule cause du contrat de crédit-bail était constituée par le contrat de
prestations d’images, ce dont il déduit que les deux contrats étaient interdépendants et, par
suite, que l’exploitation devenant impossible du fait de la défaillance de la société de
publicité, la résiliation du contrat de crédit-bail devait être prononcée» ( com. 25 févr.
2000).
Le recours à la notion de cause pour justifier l’existence d’une indivisibilité entre plusieurs
contrats n’a pas fait l’unanimité en doctrine.
Le principal reproche formulé à l’encontre de cette solution consiste à dire que la
cause, au sens de l’article 1131 du Code civil, doit être entendue objectivement.
Selon cette approche, la cause représente les motifs les plus proches qui ont animé les
parties au moment de la formation du contrat, soit plus exactement la contrepartie pour
laquelle elles se sont engagées
Aussi, cette conception est-elle incompatible avec la notion de d’indivisibilité.
La justification de l’existence d’une indivisibilité contractuelle au moyen de la notion de
cause supposerait en effet que l’on admette qu’elle puisse être recherchée dans des motifs
extrinsèques à l’acte : la conclusion d’un second contrat.
Selon l’approche objective, la cause de l’engagement des parties réside toutefois
dans un élément qui doit nécessairement avoir été intégré dans le champ contractuel.
1
4
D’où la réticence de certains auteurs à fonder l’anéantissement en cascade de contrats qui
appartiennent à un même ensemble sur la notion de cause.
Les différentes fondement et approches jurisprudentiels ayant tentés de saisir la
notion des ensembles contractuels étant limité face à la complexité du phénomène des
ensemble contractuels, d’autres approches sont exploitées à l’effet d’expliquer au mieux
cette nouvelle notion qui bouleverse l’ordre normal des choses dans le droit des contrats. Il
s’agit en effet des approches objectives et subjectives qui sont envisagées par la
jurisprudence.
Selon l’approche subjective, l’ensemble contractuel trouverait sa source dans la seule
volonté des parties.
Cela signifie que l’établissement de l’existence d’une indivisibilité entre plusieurs
contrats suppose de déterminer si les contractants ont voulu cette indivisibilité. Si tel n’est
pas le cas, quand bien même les contrats en cause auraient concouru à la réalisation d’une
même opération économique, ils ne pourront pas être regardés comme formant un ensemble
contractuel indivisible.
Quant à l’approche objective, elle retient que l’existence d’une indivisibilité entre
plusieurs contrats doit être appréciée, non pas au regard de la volonté des parties, mais en
considération de la convergence de l’objet de chaque contrat
Autrement dit, peu importe que les contractants n’aient pas voulu rendre les contrats
auxquels ils sont partis interdépendants.
L’indivisibilité desdits contrats est établie dès lors qu’ils participent à la réalisation
d’une même opération économique.
La jurisprudence, socle de l’indivisibilité dans les groupes de contrats qu’elle nomme
ensemble contractuels n’a pas de position arrêtée quant aux critères exacts de définitions
desdits contrats.
L’incertitude relative à l’adoption de l’approche subjective ou objective de
l’indivisibilité des contrats par la jurisprudence résulte des arrêts Sedri rendu, le même jour,
soit le 4 avril 1995 par la chambre commerciale française.
Après avoir énoncé les groupes de contrat qui se subdivisent en deux en donnant
ainsi naissance aux chaines de contrats et aux ensembles contractuel, il est nécessaire dans
la suite de notre analyse sur la thématique de groupes de contrat de scruter les différentes
actions en responsabilité qui découlent des groupes de contrat.

II-LES ACTIONS EN RESPONSABILITE DANS LES GROUPES DE CONTRAT


1
5
Nous verrons l’action contractuelle directe (A) et l’action délictuelle (B)

A-l ’action contractuelle directe

L’action contractuelle directe existe dans les groupes de contrat translatifs de


propriété. C’est dans un arrêt rendu le 9 octobre 1979, que la cour de cassation affirme que
l’action directe dont dispose le sous-acquéreur contre le fabricant ou un vendeur
intermédiaire, pour la garantie du vice caché affectant la chose vendue, est de nature
contractuelle dès lors une cour d’appel ne peut, sans violer le principe du non cumul des deux
ordres de responsabilité appliquer à une telle action, les principes de la responsabilité quasi-
contractuelle. En effet, le fabricant des automobiles de marques Lamborghini vend une
voiture à une société d’importation en France, la société Paris Monceau, Landreau, qui lui-
même en vend à une personne privée. Or, un vice de construction affectait la voiture, ce qui
provoqua la rupture d’une pièce de la suspension arrière, causait un accident. L’assureur de
l’acheteur final, l’UAP, assigna le garagiste, qui appela l’importateur, qui lequel appela en
garantie le fabricant. Les juges du fond condamnèrent les trois défendeurs in solidium, en
premier instance. Mais la cour d’appel de Paris, distingua entre les défendeurs suivant qu’ils
étaient ou non reliés à l’acheteur final par un lien contractuel. La cour de d’appel de Paris
dans arrêt du 20 décembre 1977 a observé qu’aussi bien la société Lamborghini que la société
Paris Monceau de pouvaient être tenues à l’égard de l’acheteur final que sur le terrain de la
responsabilité quasi-délictuelle de l’article 1383 du code civil13 La cour de cassation a cassé
l’arrêt entrepris de la cour d’appel en affirmant que << l’action directe dont dispose le sous
acquéreur contre le fabricant ou un vendeur intermédiaire, pour la garantie du vice caché
affectant la chose vendue, est de nature contractuelle.>>
Cette solution repose sur l’idée que l’action dont dispose l’acquéreur contre le vendeur
initial serait transmise au sous-acquéreur lors du transfert de la chose, ce qui justifie que ce
dernier puisse agir sur le fondement de la responsabilité contractuelle. En somme, l’action
directe dont dispose le sous-acquéreur contre le vendeur initial est fondée sur la théorie de
l’accessoire.
Pour les chaines de contrat hétérogène, un conflit s’est noué entre la première et la
troisième chambre civile de la cour de cassation lesquelles ne se sont pas entendues sur la
nature de l’action dont disposait en bout de chaine le maitre d’ouvrage contre le premier
fabricant. Cette opposition entre les deux chambres a provoqué l’intervention, par la suite, de

13
Code civil français de 1804, BULL 109
1
6
l’assemblée plénière. Dans un arrêt du 29 mai 1984, la première chambre civile s’est
prononcée en faveur de la nature contractuelle de l’action. Elle a estimé en ce sens que le
maitre d’ouvrage<< dispose contre le fabricant de matériaux passés par son entrepreneur
d’une action directe pour la garantie du vice caché affectant la chose vendue dès sa
fabrication, laquelle action est nécessairement de nature contractuelle>> il s’agit en l’espèce
d’un contrat de vente suivi d’un contrat d’entreprise. La première chambre civile retient
manifestement ici la même solution que celle qu’elle avait adopté dans l’arrêt Lamborghini
qui portait sur une chaine de contrat homogène.
L’opposition entre la première et la troisième chambre civile a donné lieu à une intervention
de l’assemblée plénière qui s’est prononcée sur le nature de l’action en responsabilité dont est
titulaire le maitre d’ouvrage contre le fabricant dans un arrêt remarqué du 7 février 1986.
Dans cette décision, l’assemblée plénière a tranché en faveur de la solution retenue par la
première chambre civile. L’assemblée plénière estime que le maitre d’ouvrage : « dispose
contre le fabriquant d’une action contractuelle directe fondée sur la non-conformité de la
chose livrée ». Ensuite elle reconnait au maitre d’ouvrage une action directe contre le
fabricant lié à l’entrepreneur : « le maitre de l’ouvrage comme le sous-acquéreur, jouit de tous
les droits et actions attachés à la chose qui appartenait à son auteur ». La reconnaissance d’une
action directe de nature contractuelle entre les membres d’un même groupe de contrats
suppose la présence de contrat qui ont un effet translatif de propriété. La transmission intuitu
rei des accessoire juridiques d’une chose apparait ainsi comme le fondement de l’action
directe dans les chaines de contrat translatives de propriété. La transmission des actions
attachées à la chose vaut non seulement pour l’action en délivrance conforme, mais pour
l’action en dommages-intérêt liée au vice de là ou l’action rédhibitoire. Autrement dit l’action
est transmise concomitamment avec le transfert de propriété de de la chose.
L’arrêt du 27 janvier 199314 fonde l’action directe dont dispose le sous-acquéreur contre le
vendeur originaire en garantie des vices cachés. En effet, dans la transmission intuitu rei des
accessoires juridique d’une chose, le demandeur exerce les droits et action de son auteur,
ainsi, l’action en garantie des vices cachés se transmet au sous-acquéreur en tant qu’accessoire
de la chose vendue. L’action rédhibitoire15 qu’il peut directement exercer contre le vendeur
originaire est celle qui appartenait à son auteur. Le sous-acquéreur ne peut donc obtenir contre
le vendeur originaire un prix supérieur à celui que le vendeur intermédiaire a dû débourser
pour acquérir la chose. Qu’en est-il de l’action délictuelle ?
14
Arrêt Civ.1ère 27 janvier 1993
15
Comité de rédaction, Vocabulaire juridique, Association Henri capitant, 1 e éd, sous la dir. de Gérard Cornu,
PUF, Paris, 1987, p.1837
1
7
B-l ’action délictuelle

La jurisprudence précédente, par l’arrêt de l’assemblée plénière du 07 février 1986,


avait donc posé, dès l’instant qu’il avait un transfert de propriété d’une chose, même si la
chaine de contrat était hétérogène, l’action du cocontractant finale était nécessairement
contractuelle, alors même qu’elle était dirigée contre le fabricant, tiers par rapport à lui.
Cependant, dans les chaines non translatives de propriété et dans les ensembles contractuels,
l’action entre deux membres du groupe qui n’ont pas contracté ensemble est de nature
extracontractuelle. L’Assemblée plénière de la cour de cassation décide que l’action du maitre
d’ouvrage contre le sous-traitant est de nature quasi-délictuelle au motif que « le sous-traitant
n’est pas contractuellement lié au maitre de l’ouvrage ».
Dans l’arrêt Besse, le cas était juridiquement plus difficile car il s’agissait d’une chaine
composée de deux contrats d’entreprise16 , lesquels n’engendrent que des obligations que des
obligations de faire et non pas d’obligation de transférer la propriété. Dès lors, le fondement
juridique pour affirmer la transmission d’une action contractuelle associée à la chose avait
disparue. En l’espèce, une personne, maitre d’ouvrage, a demandé à un autre maitre d’ouvrage
de surveiller et d’organiser pour elle la construction d’un édifice. L’entrepreneur principal a
passé un sous-contrat17 non plus d’achats de matériaux mais également un contrat de
construction. Les travaux de plomberie exécutés par les sous-traitants 18 s’avèrent par la suite
défectueux le maitre d’œuvre assigne tout à la fois l’entrepreneur principal et les sous-traitant
en réparation du préjudice subi, sur le terrain délictuel. La cour d’appel de Nancy, par un arrêt
du 16 janvier 1990, déclare irrecevable l’action contre le sous-traitant, car les juges du fonds
estiment que le créancier ne dispose contre celui-ci que d’une action nécessairement
contractuelle. Un pourvoir est formé, et la cour de cassation se contente alors, dans un pur
syllogisme, de viser tout d’abord l’article 1165 du code civil 19, puis de rappeler par un attendu
de principe que les conventions n’ont d’effet qu’entre les parties contractantes ; qu’après les
cas, la cour rappelle que le sous-traitant n’est pas contractuellement lié au maitre de l’ouvrage
et qu’en conséquence la cour d’appel a violé le texte mentionné en visa.

16
C’est le contrat par lequel un entrepreneur s’engage moyennant rémunération à exécuter pour ne personne
un ouvrage de façon indépendante et sans pouvoir de représentation, Félix T. EHUI, CONTREAT
SPECIAUX,2019
17
Comité de rédaction, Vocabulaire juridique, Association Henri capitant, 1 e éd, sous la dir. de Gérard Cornu,
PUF , Paris , 1987, p.2067
18
Comité de rédaction, Vocabulaire juridique, Association Henri capitant, 1 e éd, sous la dir. de Gérard Cornu,
PUF , Paris , 1987, p.2012
19
Code de civil français de 1804, BULL 109 bis
1
8
L’arrêt rendu par la chambre commerciale le 22 Mai 2002 ne semble pas contredire la
jurisprudence Besse. Ici la cour de cassation prend le soin de préciser que le sous-traitant
ressemble à un vendeur. Elle admet l’action du maitre de l’ouvrage contre ce sous-traitant au
motif que le contrat d’entreprise « avait eu pour objet de transmettre la propriété d’une
chose ». Dans cet arrêt la cour de cassation précise le régime de l’action contractuelle dans les
chaines de contrats. Le maitre de l’ouvrage qui agit contre le « sous-traitant » fournisseur d’un
matériel défectueux utilise l’action du « vendeur intermédiaire » contre le sous-traitant
« vendeur originelle »; ce dernier peut se prévaloir de la clause limitative de responsabilité
figurant dans le contrat qu’il a conclu avec le vendeur intermédiaire, mais ne peut invoquer
une clause figurant dans le contrat unissant le maitre de l’ouvrage et le contractant
intermédiaire.

1
9
CONCLUSION

Les groupes de contrats expriment d’abord une réalité économique, ou plutôt juridico-
économique, à savoir le phénomène d’une pluralité de contrats qui ne trouvent qu’en leur
ensemble leur véritable sens économique, que ce sens consiste en la circulation d’un bien ou
d’un service ou à la mise au point d’une opération économique globale phénomène qui est très
fréquent dans la vie des affaires. Mais elles expriment aussi une théorie juridique qui, partant
de la réalité de la multiplication des groupes contractuels, en tire des conséquences novatrices
concernant des notions fondamentales pour le droit ivoirien des obligations. Dans le souci
d’apporter à cette nouvelle réalité des solutions juridiques adéquates et à la lumière de la
définition donnée à la notion de groupe de contrat qui ne fait nullement l’unanimité, nous
avons été confrontés au problème suivant : A quoi renvoie la notion de groupe de contrat ? Et,
quelles sont les actions en responsabilité qui découlent de ceux-ci ?

L’intérêt qu’il y a à résoudre ce problème réside dans la complexité des relations


contractuelles et ensuite dans la nécessité de mettre à nu les différents liens contractuels qui
peuvent exister dans un même contrat. Résolvant ce problème qui fonde l’importance de notre
sujet, nous avons pu voir et En pris connaissance avec les anciennes et nouvelles pratiques
contractuelles.

L’objectif de l’étude de ce sujet a été d’identifier et de présenter d’abord les différentes


relations entre les contrats qui finissent par former un groupe de contrat avant d’étudier les
différentes actions en responsabilité découlant desdits groupes.

Dans ce travail, il a été question dans une certaine mesure de définir La notion de groupe de
contrat qui selon les approches retenues désigne une réalité juridique qui se résume en la
chaine de contrat et l’ensemble contractuel. Les chaines de contrat regroupent des contrats qui
portent sur un même bien. En principe, la chaine de contrat peut être homogène mais il peut
arriver qu’elle soit hétérogène. La chaîne de contrats homogène est celle qui est formée
d’actes de même nature et La chaîne de contrats hétérogène est celle qui est formée de
plusieurs contrats de nature différente. Les ensembles contractuels regroupent des contrats qui
concourent à la réalisation d’une même opération juridique. Ils regroupent l’ensemble des
contrats unis par l’identité de cause.

Quant à l’action en responsabilité dans les groupes de contrat, elle peut être
contractuelle ou délictuelle. L’action contractuelle directe existe dans les groupes de contrat
translatifs de propriété notamment les chaine de contrat translatives de propriété. Outre,
2
0
l’action délictuelle existe dans les autres groupes de contrat non translatifs de propriété. A
l’issu de de cette analyse sur les groupes de contrat, il nous a été donné de voir que la
convergence d’objet ou de but des contrats qui entrent dans le cadre des groupes de contrat
exerce une réelle transformation sur ceux-ci. Aussi, dans les groupes de contrat, les relations
contractuelles deviennent complexes. Cette complexification se répercute d’abord sur la
validité des différents contrats car on assiste généralement à un affaiblissement du lien
contractuel qui devient plus vulnérable à la nullité ou à la résolution. Une telle configuration
des choses dans la sphère contractuelle n’est-elle pas un signe avant-coureur de
l’affaiblissement des grands principes du contrat tels que la force obligation et l’effet relatif ?
Ne faut-il pas alors envisager dans le droit civil ivoirien une profonde réforme pouvant
prendre entièrement en compte les nouvelles réalités juridiques parmi lesquelles figurent les
groupes de contrat ?

2
1
BIBLIOGRAPHIE
OUVRAGES GENERAUX

BONY (R.-S.), Droit des obligations, 6eme édition ABC, 2017

Félix T. EHUI, Contrat spéciaux, SONSTEG édition, 2019.p111

CARBONNIER (J ;), Droit civil : les biens, les obligations, Quadrige manuels, édition PUF.

CORNU(G), vocabulaire juridique ,12eme édi. Quadrige/PUF, Paris,2300. p.

Code de civil français de 1804, BULL 109 bis

THESE ET MEMOIRE

Bernard Teyssié, les groupe de contrat, Thèse de doctorat rédigée sous la direction de Jean-
Marc Mousseron à l’Université de Montpellier.

Nikiforos KALODIKIS, la question de l’impact de l’évolution des relations d’affaires sur la


théorie générale des obligations : les cas du groupe de contrats, Mémoire pour le DEA de
Droit des Affaires De La Faculté de Droit de Strasbourg, Université Robert-Schuman

ARTICLES

J.Knetsch, quelle place pour la responsabilité contractuelle de droit commun en droit des
contrats très spéciaux, revu des contrats no02-page,rdc juin 2020, no 116v3,p.31

G.Loiseau, réflexions propos de la constitutionnalité de la liberté contractuelle matière de


négociation, revu des contrats No 02,RDC juin 2020,no 116v3,p.59

JUSRISPRUDENCE

Civ.1er ,9 octobre 1979


Ass.Plen,7 fevrier1993
Civ.1er ,7juin1995
Civ.1er ,27 mars 2007
Ass.Plen, 12 juillet 1991, Besse
Com,22 mars 2002

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