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Université Abou Bakr Belkaïd Faculté de Technologie

Tlemcen Département d’Hydraulique

LICENCE L3 STE

Transport solide par charriage

A.N.GHENIM
DEFINITION

Le transport solide par charriage représente le déplacement des sédiments plus ou


moins grossiers à proximité du fond par roulement, glissement ou par petits sauts.

Le charriage est un phénomène discontinu d


ans le temps et dans l’espace

Le charriage progresse à des vitesses plus petites que celles de


l’écoulement, et sur des distances relativement petites
Critères de charriage :

La force résistante d'une particule non cohésive isolée fait qu'il n'y ait arrachement
de celle ci qu'à partir d'une certaine valeur de la force d'entraînement exercée par
le courant. En se basant sur leurs expériences, plusieurs chercheurs ont évalué
cette force critique.

♦ Elle peut être représentée par la vitesse moyenne de l'écoulement :

♦ BRAHMS (1753) :

1
Vc = µ . P 6

• Vc : Vitesse critique d'entraînement

• P : Poids déjaugé d'un granulat

• µ : Coefficient convenable
♦ VELIKANOV (1955) :

Vc 2
= 14.d + 5,8(mm)
2g
• Vc : Vitesse critique d'entraînement

• d : Diamètre du granulat (mm)

d
• g : Accélération de la pesanteur (mm/s2)

♦Elle peut être représentée par la tension de frottement τC à la paroi de


l'écoulement (force tractrice) :

♦ LANE (1953) :

τ C = 0,080.d 75
♦ LELIAVSKY (1955) :

τ C = 0,166.d 50

♦ SCHOKLITSCH :

τC = 0,385(ρS − ρ).g.P.ξ

• P : Poids de la particule.

• ρS , ρ : Masses volumiques de la particule et de l'eau.

• ξ : Coefficient de forme (= 1 pour la sphère).


CAPACITE DE TRANSPORT PAR CHARRIAGE

L’établissement des formulations empiriques et semi-empiriques pour la


détermination des débits solides charriés par les canaux et les cours d’eau est
basée sur trois critères essentiels :

■ Les modèles tirés des lois de la mécanique.

■ Les expériences effectuées au laboratoire.

■ Les mesures faites dans la nature (in situ).

Ces formules ont été développés suivant trois approches :

● Celles basées sur les forces de frottement sur le lit du canal.

● Celles basées sur la relation entre le débit liquide et le débit solide.

● Celles basées sur des considérations statistiques concernant les forces hydrodynamiques
et les vitesses d’écoulement.
Modèle de DuBoys (1879)

DuBoys considère que le sédiment est transporté sur des couches très
minces au dessus du lit du canal. Ces couches se déplacent grâce aux
forces d’entraînement.

q sc = χ . τ0 (τ0 − τcr ) (m3.s-1.m-1


)

χ a été déterminé expérimentalement pour des grains de sable et de porcelaine,


il a pour valeur :
0,54
χ=
(ρs − ρ)

χ est aussi déterminé à partir de courbes théoriques en fonction du diamètre des


sédiments transportés.
Formule de Shields (1936)

Shields fût le premier à obtenir une formule de calcul du transport solide par de
s considérations d’analyse dimensionnelle. Sa formule est basée sur l’approche uti
lisant la théorie des forces de frottement.

10 .i
q sc = q . (τ0 − τcr ) (m3.s-1.m-1)
(ρs − ρ) . g . d
2 2

Cette équation a conduit à d’assez bons résultats, pas trop dispersés, pour le tr
ansport par charriage et saltation de granulats ayant :

■ 0,36 à 3,44 mm de diamètre médian


■ 1,06 à 4,30 de densité
Formule de KALINSKE (1947)

Elle résulte d’un calcul théorique qui tient compte des fluctuations locales des vitesses
d’écoulement sur le fond. KALINSKE considère que les actions hydrodynamiques qui
maintiennent la persistance du mouvement d’entraînement d’un granulat vers l’aval
résultent de la différence entre la vitesse instantanée Vs du granulat (se déplaçant sur le
lit) et la vitesse instantanée V du liquide à son contact. KALINSKE écrit donc que la
vitesse Vc qui déclencherait le mouvement de la particule est :

VC = V − VS VC VS
ou = 1−
V V
Or selon la théorie de l’écoulement turbulent, le rapport Vc/V est fonction du rapport τc/τ
entre les tensions tangentielles qui leur correspondent

VC τC VS τC
= f( ) ou = f '( )
V τ V τ
KALINSKE a calculé la fonction f ou f' en admettant que les fluctuations locales

étaient des fluctuations gaussiennes et a établi la courbe représentative de la fonction


ainsi obtenue.

0 2,f5. f
0.001 0.01 0.1 1 10
Pour relier le débit solide à la fonction f ou f' KALINSKE considère que :

• Le poids moyen des granulats est proportionnel à leur poids volumique et au cube de
leur diamètre médian d50
• Le nombre de granulats par couche et par unité de surface est inversement proportionnel
au carré de leur diamètre médian.

Le poids total de granulats P par couche et par unité de surface est donc
proportionnel à leur poids volumique (ρs.g) et à leur diamètre médian d50.

Le débit solide qsc par unité de largeur est proportionnel au produit P.Vs si l’o
n admet que le transport solide met toujours le même nombre de granulats en je
u quel que soit le débit liquide qui s’écoule.

qSC VS
qSC = Kp. ρS . g. d50 .VS ou = Kp.
ρS . g. d50 .V V

Kp : Coefficient de proportionnalité (= 2,5 dans le cas où les granulats ont une porosité de 35%
La formule de Meyer-
Meyer-Peter et Müller (1948)
La formule empirique de Meyer-Peter et Müller donne la capacité de transport solide
par charriage pour des sédiments de taille uniforme. C’est une formule dite à seuil,
c’est à dire qu’elle fait intervenir le paramètre de Shields critique considéré comme
constant.

Les limites de validité de cette loi sont :


- granulométrie uniforme comprise entre 0,4 et 30 mm
- pente entre 0,4 et 20 mm/m
- hauteur d’eau entre 0,01 et 1,2 m
- débit liquide entre 2 et 4000 m3/m.s).

Sous sa forme complète adimensionnelle, elle s’écrit :

q sc 3 R H .i
= 8(β.A − 0,047) 2
A=
γs avec  γ s − 1.d
( − 1).g.d 3
 γ 
γ  
qsc : débit solide en m3/s par mètre de largeur de lit, exprimé en volume de grains, c’est à
dire sans tenir compte du volume des vides
A : paramètre de Shields (sans dimension)
d : diamètre des sédiments en mètre
En remplaçant g par 9,8 m/s2 , il vient plus simplement :

3 3 γs
q sc = 32(β.A − 0,047) .d 2 2
pour = 2,6 à 2,65
γ

3 3 γs
q sc = 33(β.A − 0,047) .d 2 2
pour = 2,7 à 2,75
γ

où :
3
 Kf  2

β=   β est un paramètre adimensionnel compris entre 0,35


K  et 1 qui dépend de la rugosité des grains et de la ru
 grains  gosité du fond.
Formule de Smart et Jaeggi (1983)

Smart et Jaeggi complétèrent les expériences de Meyer-Peter et Muller en


procédant à 77 essais pour des pentes de fond s'étalant de 0,03 à 0,2 . Leur
formule s’exprime :

 dm 
q sc = 2,5 . i 0, 6
. q .  i −  (m3.s-1.m-1)
 12,1. h 
avec :
dm : diamètre médian, défini comme le diamètre égal ou supérieur à celui de
la moitié des granulats.
h : hauteur d’eau.
Formule de Nielsen (1992)

Cette formule est une variante de la formule Meyer-Peter et Muller. Elle se


mble s’étendre plus facilement pour les valeurs élevées du paramètre
de Shields (>0,25).

12,1 × 10 −5  ρs 
q sc = τ 0 τ 0 − 461. . d 
ρs  ρ 
ρ
Formule de SCHOKLITCH (1962) :

2,5 3 2
q sc = .i .(q − q c )
ρs (m3.s-1.m-1)
ρ
où :

5 3
 ρs  d 402 3
q c = 0,26. − 1 . 7 ou
3
q c = g . d r 2 . 0,21.i −1,12
0,5
ρ  i 6

qsc : Débit solide en charriage par unité de largeur (m3.s-1.m-1)


q : Débit liquide (m3.s-1.m-1)
qc : Débit liquide critique (m3.s-1.m-1)
dr : d16 ou 0,8 dm
Formule de H.A.EINSTEIN (1950) :

Le modèle probabiliste d’EINSTEIN est basé sur le raisonnement qui


suppose que chaque sédiment, en mouvement, progresse par bonds de
longueurs moyennes constantes. C’est un raisonnement qui est proche de la
réalité du phénomène. Ce modèle est représenté par la relation fonctionnelle de
s deux nombres sans dimensions Ψ et Φ :

Φ = f (Ψ ) Pour des sédiments de taille non


uniforme d = d35

où:
1
q SC ρ 2
Ψ= 3
[g (ρ S − ρ ) d ] 2
g (ρ S − ρ ) d g (ρ S − ρ ) d (ρ S − ρ ) d
Φ= 2
= =
ρ V* τ0 ρhI
100

10

1.0

Données de :
d = 28.65 mm [Meyer - Peter et al. (1934)]
d = 0.785 mm [Gilbert (1914)]

0.1
0.0001 0.001 0.01 0.1 1.0 10

EQUATION DE CHARRIAGE , Φ = f (Ψ
Ψ ), SELON EINSTEIN ,1950
MÉTHODES DE MESURE :

Le transport solide en charriage est difficile à mesurer pour causes essentielles de


perturbation de l'écoulement et de représentativité des mesures ponctuelles en un
point par rapport à toute la section du cours d'eau.

Les méthodes de mesure directes :

Méthode des fosses artificielles :

Pendant la période sèche, on procède au creusement d'une fosse dont les dimensions
sont adaptées en fonction de la géométrie du cours d’eau et à l'ordre de grandeur de la
quantité charriée par l'oued pendant un temps de mesure.

Exemple :
■ 100 à 150 m de longueur,
■ 15 à 20 m de largeur,
■ 1,50 à 2 m de profondeur

Le tonnage des sédiments prélevés de la fosse pendant un temps de mesure donné


permet de calculer le débit solide en charriage.
Méthode de la trappe transversale :

Utilisée aux U.S.A, cette méthode permet de mesurer le débit solide d’un cours d’eau
d’une largeur pouvant atteindre 30 m. Un radier est construit sur la largeur totale du lit ;
à la partie avale de ce radier, la rivière est divisée au moyen de pilettes en béton en un
certain nombre de pertuis de l’ordre du mètre de largeur dont le fond est muni d’une
trappe qui peut être ouverte ou fermée. Le débit solide qui tombe dans la trappe est
pompé vers une trémie située sur la berge. Cette installation offre l’avantage d’un
enregistrement continu du débit solide en charriage, recueilli pratiquement à 100 %
mais son coût est important et sa mise en place est difficile.
Les méthodes utilisant les appareils de prélèvement :

Appareil du type " à auget" :

L'auget est placé sur le fond en position ouverte et lorsque le câble de tension est lâché,
l'auget se ferme prélevant l'échantillon à 5 cm environ du lit.

Câble de manutension
du couvercle

Bras en bois
Appareil du type " sphinx" :

Mis au point pour mesurer le débit de charriage formé de sable fin, cet appareil se
compose d’une embouchure rectangulaire, d’un tube spiral et d’une chambre de
prélèvement. L’eau entre dans l’embouchure avec une vitesse égale à celle de
l’écoulement puis passe à travers le tube spiral vers le sommet de la chambre de
prélèvement dans laquelle la vitesse décroît rapidement, ce qui provoque le dépôt
des sédiments. Cet appareil a montré une efficacité de 100 %.
0.01 m

0.24 m
0.60 m

0.15 m
0.05 m
Les méthodes de mesure indirectes :

La photo aérienne :
L'observation de documents photographiques pris avant et après des événements
tels que les crues ne permet pas de quantifier le transport solide mais seulement de
préciser l'ampleur du phénomène ou de mesurer le déplacement de matériaux
artificiellement déposés par l'homme.

Le détecteur hydrophonique :

Les mouvements de sédiments sur le fond par roulement, glissement ou saltation


créent des ondes soniques audibles. Des instruments acoustiques sont conçus pour
détecter ces ondes. Le détecteur hydrophonique permet d’enregistrer le son émis
par les graviers et les sables grossiers roulant et heurtant une plaque vibrante liée à
un microphone qui enregistre les coups transmis à un récepteur. Cet appareil
permet de déterminer le début et l’arrêt de l’entraînement des matériaux.
L’arénaphone
L’arénaphone :

Il se compose d’une tige de 0,30 m terminée par un peigne enfoncé dans les
matériaux de fond sableux ; cette tige est reliée à un lecteur phonographique
situé à l’intérieur d’un boîtier. Les vibrations produites par le déplacement des
sables heurtant le peigne sont amplifiées et enregistrées sur magnétophone ou
oscillographe.

La méthode du marquage de galets :

Elle ne permet d'avoir que des informations qualitatives du phénomène.

a) Marquage à la peinture : Des galets prélevés du cours d'eau sont peints à la


peinture (rouge par exemple) et replacés dans la rivière. Le déplacement observé
de ces galets permet d'apprécier le phénomène du transport solide à différents
points de la section de mesure .
b) Marquage radioactif : Cette méthode consiste à immerger en un endroit déterminé
un sédiment rendu radioactif et dont les caractéristiques physiques (densité,
granulométrie, forme) sont identiques à celles du sédiment naturel et à suivre à l’aide
de détecteurs de rayonnement la migration de ce sédiment. La détection s’effectue en
déplaçant sur le fond un traîneau comportant deux ou trois détecteurs étanches.
L’ensemble des mesures effectuées permet le traçage des courbes iso–actives dont
l’interprétation permet de déterminer le débit solide en charriage.

Sondeur

Sondes détectrices

Plomb poisson

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