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Patrimoine″″″

Ahmed Skounti, Anthropologue

Le patrimoine Marocain
Un héritage précieux
Le souci de la préservation et de la transmission d’éléments et de formes d’expression culturels
existe dans l’histoire du Maroc. Songeons au Roi Juba II (25 av. J.-C. – 23 J.-C.) qui s’intéressa
à ses origines et au patrimoine naturel de son royaume qu’il collecta et commenta dans des
livres aujourd’hui disparus. Plus près de nous, les dynasties musulmanes ont conservé des
édifices et des objets des périodes antérieures tout en en éliminant d’autres. A titre d’exemple,
les Almohades (XIIe-XIIIe siècles) détruisent le palais de leurs prédécesseurs Almoravides (XIe-
XIIe siècles) à Marrakech sur les ruines duquel ils édifient la mosquée de la Koutoubia. De la
mosquée almoravide du quartier Ben Youssef qu’ils détruisent également ils conservent tout
de même la Qoubba et le minbar, respectivement un chef-d’œuvre d’architecture et la plus belle
chaire à prêcher marocaine qu’ils placèrent dans leur nouvelle mosquée. Aux XVe et XVIe siècles,
la reconquête par les Saadiens des villes côtières occupées par les Ibériques n’a pas justifié leur
destruction comme peut en témoigner la cité de Mazagan à El Jadida, aujourd’hui inscrite
sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. A un niveau plus modeste, les objets se sont
transmis en famille tels que les coffres en bois, les tissages, le service à thé, les bijoux et bien
d’autres. Les livres ont trouvé dans les bibliothèques publiques et privées des sultans, des zaouïas
et des oulémas des lieux de préservation et de transmission du savoir.
Mais, d’une manière générale, probablement comme les Japonais qui s’attachent à la part
intangible des héritages, les Marocains se sont davantage intéressés à la transmission des savoirs,
des savoir-faire, des pratiques et des représentations qu’aux supports, périssables à leurs yeux,
dans lesquels ils s’incarnent. Ils donnent ainsi crédit à la célèbre formule chantée du groupe
Nass El Ghiwane :

« Ma hemmouni ghir errjal ila dha’ou


Wa lehyout ila rabou koullha ibni dar.
Ne m’importent que les hommes s’ils venaient à disparaître
Si les murs s’effondrent, chacun bâtit une demeure. »

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Transmissions à l’ancienne leur sont associés, des objets de la vie nouveaux centres urbains modernes ; (ii) Après l’Indépendance, la gestion de cet
Les transitions socioéconomiques et quotidienne, etc. l’inscription et le classement de sites et de héritage échoit tour à tour aux ministères
politiques, la mobilité d’une grande monuments historiques et naturels ; (iii) la de l’éducation nationale, du tourisme ou
partie des populations, les mutations Sur le plan immatériel des héritages, des mise en œuvre de fouilles archéologiques de l’artisanat avant d’être définitivement
culturelles et les ruptures cultuelles n’ont mythes, des légendes, des poèmes, des et la mise en valeur des sites  ; et (iv) la placé sous la responsabilité du Secrétariat
pas favorisé la stabilité sociale propice à la proverbes, des devinettes, des savoirs création de musées archéologiques et d’Etat à la Culture créé en 1969, ancêtre
transmission de pans entiers de la culture et des savoir-faire, des pratiques et des ethnographiques alimentés par les fouilles de l’actuel ministère de la Culture. Il
matérielle des Marocains. Cependant, représentations nous sont parvenus par et les acquisitions d’objets cérémoniaux et est géré avec des moyens financiers très
nombre d’édifices, d’objets et de formes la simple transmission de génération de la vie quotidienne. modestes et des ressources humaines
d’expression culturelle sont passés de en génération. Ils ne sont pas arrivés majoritairement formées sur le tas. En
génération en génération. jusqu’à nous tels quels mais après avoir Des mesures institutionnelles, juridiques 1985, la création de l’Institut national des
été constamment recrés à chaque époque et financières aident à l’application de sciences de l’archéologie et du patrimoine
Leur transmission était, néanmoins, historique, à chaque région du pays, par cette politique ambitieuse. Dès 1912, (INSAP) et celle de la Direction du
intimement liée à une fonction avérée chaque communauté selon son mode de Lyautey crée par arrêté le Service patrimoine culturel (DPC) en 1988
dans la société et nullement à un usage de vie, son histoire, ses goûts. Une archéologie des Antiquités, des Beaux-arts et des marquent une volonté du département de
type patrimonial au sens où on l’entend des pratiques et des représentations Monuments historiques. La première tutelle de prendre véritablement en charge
aujourd’hui. Seule la pratique des biens pourrait montrer toute la profondeur loi du patrimoine est promulguée par un legs resté presque en l’état depuis la fin
de mainmorte ou habous peut être insoupçonnée de la culture marocaine. dahir la même année. Il s’agit du Dahir du Protectorat.
assimilée à une pratique patrimoniale chérifien du 26 novembre 1912 relatif à la
aux accents religieux. Le livre semble y L’invention du patrimoine conservation des monuments historiques L’INSAP a pour objectif de former
occuper une place centrale depuis fort La notion de patrimoine au sens moderne et des inscriptions. La loi, amendée par la des conservateurs du patrimoine (en
longtemps puisque Ibn Khaldoun lègue du terme est donc toute récente au suite, permet la promulgation de dizaines préhistoire, archéologie antique et
de sa propre main ses Prolégomènes à la Maroc. Elle trouve ses origines dans de dahirs de classement de sites et de islamique, anthropologie, muséologie
bibliothèque de la Qaraouiyine de Fès à la le regard que portèrent les autorités monuments historiques à travers le pays. et monuments historiques). En 25 ans
fin du XIVe siècle. Par extension, nombre du Protectorat franco-espagnol (1912- Des moyens financiers sont mobilisés pour de fonctionnement, cet institut a formé
de mosquées, de zaouïas, de maisons, de 1956) sur des éléments de la nature, la conduite de fouilles archéologiques plus de 200 lauréats, toutes disciplines
hammams, de jardins fruitiers, de vergers, sur des témoins de l’histoire et de la à Volubilis et pour l’achat d’objets ou de confondues.
de champs de culture, entre autres, ont culture du pays. Elles en firent un legs collections d’objets.
été sauvegardés. L’usufruit de ces biens du passé mobilisé pour donner forme De son côté, la Direction du patrimoine
permettait parfois d’entretenir d’autres à une nouvelle configuration sociale et Cela permet la création de deux types culturel, créée en 1988, a regroupé en
édifices ou bâtiments. politique qui assoie leur légitimité et leur de musées  : des musées archéologiques son sein les services des Beaux-arts
domination. En zone française, Lyautey comme le musée archéologique de Rabat et des antiquités qui étaient jusque-là
Dans les campagnes, les pâturages est très sensible à la question de ce qu’on et le musée de la Kasbah à Tanger (le éparpillés à la fois administrativement
d’altitude en montagne ont été placés appelait à l’époque les «  monuments musée archéologique de Tétouan est et spatialement. Elle compte aujourd’hui
sous la protection de saints tutélaires historiques  », les «  inscriptions  » et les créé en zone espagnole) d’une part et des trois divisions (Inventaire, musées, études
qui ont en garanti la protection. Plus « antiquités ». Les collaborateurs qu’il fit musées ethnographiques tels que le musée et interventions techniques) et recrute
généralement, les traces du passé ont venir, notamment d’Algérie, partageaient des Oudaïas à Rabat et le musée du Batha l’essentiel des lauréats de l’INSAP.
davantage été épargnées que détruites sa fibre «  patrimoniale  » qui dépassait à Fès, créés en 1915, puis ceux de Meknès,
permettant que nous parviennent des le seul héritage culturel d’un vieux pays Tanger, Marrakech et Tétouan. La gestion La gestion compte également, au niveau
gravures et des peintures rupestres, des comme le Maroc pour s’intéresser à son des monuments historiques et le contrôle régional, sur les Directions régionales
vestiges archéologiques, des ruines, des système politique à la fois monarchique et des constructions en zone classée a de la Culture dont relèvent les musées
greniers collectifs et des tours de guet, tribal. Quatre fronts sont alors ouverts : (i) nécessité la création d’inspections de régionaux et les inspections des
des mausolées et les sources et arbres qui la conservation des médinas doublées de monuments historiques et de sites. monuments historiques et des sites.

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Le patrimoine marocain est constitué en charge du patrimoine devra viser l’affirmation de l’architecte paysagiste Les fouilles ont permis de mettre au jour
de l’ensemble des biens ou des valeurs davantage la mise en valeur d’un gisement américain Frederic Law Olmsted qui des sites archéologiques entiers avec leurs
naturels ou culturels, matériels ou particulier dont le mérite est double  : écrit en 1865 au sujet du Parc national de vestiges, leurs monuments et surtout
immatériels, mobiliers ou immobiliers, contribuer au développement du pays et Yosemite en Californie : « nous ne devons leurs objets qui se comptent par dizaines
modestes ou élaborés, comprenant des fortifier son identité culturelle. Faisons un pas faire passer l’intérêt de millions de milliers dans les réserves de certains
sites, des constructions, des objets, des tour d’horizon de cet héritage précieux. de personnes après les préoccupations musées et celles de l’INSAP.
techniques, des savoir-faire, des arts, égoïstes de quelques-uns  ». L’enjeu de la
des connaissances, des croyances, des Le patrimoine naturel protection de la nature est aujourd’hui un De la préhistoire aux temps modernes,
traditions, etc. qui nous ont été légués par Il se compose de tous les sites naturels, souci mondial interpellant l’ensemble de ces richesses archéologiques permettent
nos ancêtres et que nous préservons pour forêts, formations géologiques ou la communauté humaine sur la durabilité de retracer la longue histoire du pays.
les transmettre aux générations futures. géomorphologiques, littoraux, baies, lacs de la vie sur terre.
et cascades qui, d’un point de vue de Le patrimoine médinal :
Ces composantes du patrimoine partagent l’environnement et des sciences naturelles, Le patrimoine culturel Il existe au Maroc près d’une trentaine
la particularité d’être une ressource non présentent un intérêt pour le Maroc. Les Il comprend les catégories suivantes : de médinas. Elles représentent une
renouvelable, chaque partie ou aspect parcs nationaux existants illustrent déjà part importante, en tout cas visible, du
qui disparaît étant à jamais perdu. La en partie ce souci de conservation de la Le patrimoine archéologique : patrimoine national. C’est la raison pour
conscience de la valeur de ce patrimoine biodiversité. Il s’agit du Parc national du Les premières fouilles archéologiques laquelle elles sont les plus nombreuses
pour la consolidation de l’identité Toubkal et du Parc du Haut-Atlas oriental au Maroc remontent au tout début à figurer sur la Liste du patrimoine
nationale est de plus en plus partagée par dans le Haut-Atlas, du Parc de Massa et du du Protectorat franco-espagnol. Elles mondial (Fès, Marrakech, Meknès,
les différentes composantes de la société. Parc du Dragonnier Ajgal dans le Souss, s’intéressent aux sites archéologiques Tétouan, Essaouira, El Jadida) aux côtés
Elle vient, comme partout ailleurs, au du Parc de Tazekka dans le Moyen-Atlas, préislamiques (Sala, Volubilis, Lixus, de catégories minoritaires comme les sites
moment où ce même patrimoine fait du Parc de Talassemtane et du Parc d’Al Tamuda, Banasa, Thamusida, Tanger, archéologiques représentés par Volubilis
l’objet de pressions diverses, fortes et Hoceima dans le Rif, de la Baie de Dakhla Mogador), puis aux sites préhistoriques et l’architecture de terre représentée par
inédites. et de la Lagune de Khnifiss au Sahara. (Harhoura, Skhirat, Tafoughalt, Carrières Aït Ben Haddou. Leur administration
Thomas, Sidi Abderrahman, Mzora, etc.) a pendant longtemps été minimale,
Patrimoines marocains Ceux inclus dans la liste indicative du et islamiques (Marrakech, Fès, Rabat). plus sécuritaire que véritablement
Partout dans le monde d’aujourd’hui, le royaume pour une future proposition Elles vont se développer davantage gestionnaire.
patrimoine constitue un enjeu de taille. d’inscription sur la Liste du patrimoine avant et après la Seconde Guerre pour
La préservation de l’environnement mondial de l’UNESCO devraient voir leur s’essouffler dans les années 1960 avant de Un déficit de compétence explique qu’elles
par l’institution de parcs naturels et statut renforcé et leur protection rendue connaître un regain d’intérêt à partir des aient bénéficié de moins de sollicitude
d’aires protégés, la sauvegarde des sites plus étroite. années 1970 (Ksar Seghir, Belyounech, contrairement aux nouveaux quartiers
archéologiques, des centres historiques Aïn Kerouach…). pour lesquels architectes et urbanistes
urbains, des monuments historiques, La protection de tous ces parcs, réserves étaient et sont formés. Le développement
des architectures rurales, des objets, et aires protégés, existants ou à créer, gérés Depuis la création de l’Institut national du secteur immobilier et l’engouement
des savoirs et savoir-faire immatériels par le Haut Commissariat aux Eaux et des sciences de l’archéologie et du pour le patrimoine ont fini par rattraper
n’est plus un luxe laissé à des individus Forêts et à la Lutte contre la Désertification, patrimoine en 1985, les fouilles sont ces centres historiques que sont les
nostalgiques. loin de poser un quelconque problème mieux réglementées et surtout plus médinas. Les soucis de restauration et
au développement économique et social, diversifiées dans le cadre de missions de réhabilitation commencent à intégrer
Des instruments normatifs internationaux contribue à l’équilibre écologique du mixtes conduites en collaboration avec les projets urbanistiques et les médinas
ont été mis en œuvre par l’UNESCO pour pays, à la préservation de ses richesses des partenaires étrangers (Casablanca, essaient de se débarrasser de l’image
protéger les patrimoines de l’humanité. faunistiques et floristiques, qu’elles soient Rabat, Oujda, Tanger, Larache, Sijilmassa, d’espaces «  bidonvillisés  » qui leur ‘‘a
Au Maroc, qui a adhéré à l’ensemble de en montagne, en plaine, dans le désert ou en Basra, Jabha, Ksar Seghir, Badis, Tinmel, collé’’ des décennies durant.
ces conventions internationales, la prise bordure de mer. Elle reprend à son compte Safi, Marrakech, Tamdoult, Aghmat, etc.).

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Le patrimoine architectural : Liste du patrimoine mondial, récemment de ce qui peut encore l’être et non orale en voie de disparition, aux genres
Outre les médinas qui comptent de envoyé à l’Unesco, inclut des quartiers et seulement de l’ancien mais aussi de ce qui dont la survie est tributaire des festivals
véritables chefs-d’œuvre de l’architecture des jardins de cette période. s’est produit récemment et de ce qui se (troupes folkloriques) et du tourisme
marocaine, les architectures rurales et produit aujourd’hui. Ce sera le patrimoine (savoir-faire de l’artisanat), en passant
régionales étonnent par leur diversité Le patrimoine mobilier ou mobilier à léguer aux générations par les genres disparus mais dont on peut
et leur richesse. Des maisons aux toits à muséographique : futures. reconstituer quelques fragments et ceux
double pente des villages des Jbala et du Il est essentiellement constitué des qui se transforment à l’image de la société,
Rif aux tentes des nomades sahariens, en collections des musées largement héritées Le patrimoine culturel immatériel : sans oublier ceux qui inspirent la nouvelle
passant par les villages du Moyen-Atlas, du Protectorat. Il comprend deux types Riche, divers et enraciné sont création dans la mode, l’artisanat, la danse
du Haut-Atlas, de l’Anti-Atlas et des d’objets, selon la typologie adoptée  de probablement les qualificatifs les plus ou la chanson- un large éventail s’ouvre
vallées présahariennes, l’éventail est large. longue date : des objets archéologiques et appropriés pour caractériser le patrimoine ainsi à un travail pluridisciplinaire.
Ces architectures utilisent les matériaux des objets ethnographiques. Les premiers culturel immatériel au Maroc. Riche par
localement disponibles (terre, pierre, sont issus des fouilles archéologiques la qualité des éléments et des expressions La ratification par le Maroc en 2006
bois) et s’inscrivent dans leur paysage de entreprise depuis bientôt un siècle sur qui le composent ; divers par le nombre et de la Convention pour la sauvegarde
la plus belle des manières. le sol national tandis que les seconds l’étendue de ces éléments et expressions ; du patrimoine culturel immatériel de
constituaient (et constituent encore enraciné par l’épaisseur historique qui les l’UNESCO devra aider à préserver
De profondes transformations socio- quoique de façon marginale) l’essentiel caractérise. l’héritage intangible des générations
économiques secouent depuis des de la production matérielle mobile de la passées. Quelques éléments du patrimoine
décennies l’ensemble de ces régions culture nationale. En somme, il serait difficile d’en faire national ont été inscrits sur la Liste
et connaissent une accélération sans l’inventaire sans être sélectif, d’en dresser représentative du patrimoine culturel
précédent ces dernières années avec les Les collections archéologiques une liste qui ne soit lacunaire, d’en immatériel de l’humanité  : la Place
grands projets d’infrastructures lancés comprennent des chefs-d’œuvre tels que restituer la profondeur sans en réduire la Jamaâ El Fna, l’Almouggar Tan-Tan, la
partout dans le royaume. les bronzes du Musée archéologique de teneur. Les origines et les influences de ce Fauconnerie et la Diète méditerranéenne.
Rabat. Les collections ethnographiques patrimoine sont à l’image de son épaisseur
Il en résulte des changements dans les comprennent des bijoux (Musée des et de son étendue : que ce soit sur un plan La préparation en cours d’un projet de
modes d’habitaion, dans les matériaux Oudaïas), des céramiques et des poteries historique ou sur un plan géographique, le loi sur le patrimoine culturel qui prenne
utilisés et dans les configurations (Musées du Palais Batha et Musée de Safi), patrimoine culturel immatériel du Maroc en compte le volet immatériel ainsi que
urbaines et architecturales qui relèguent des tapis et des objets en bois (Musée Dar présente une profondeur millénaire et d’un projet de loi sur la mise en place d’un
au rang de patrimoine ce qu’il reste des Si Saïd à Marrakech, Musée Dar Jamaï à une vaste étendue. Nous pouvons nous système de Trésors humains vivants sont
constructions, édifices, monuments, Meknès), des instruments de musique en rendre compte aisément en jetant un appelés à aider dans ce sens.
ensembles architecturaux anciens. (Musée Sidi Mohamed Ben Abdellah regard scrutateur sur l’histoire, le présent
d’Essaouira), entre autres. et le territoire national. On le voit bien, le patrimoine au Maroc
Font partie de ce patrimoine architectural est à la fois riche, divers et enraciné.
également les quartiers construits à Les uns témoignent de la profondeur D’une manière générale, la prise en charge Qu’il soit naturel ou culturel, matériel ou
l’époque du Protectorat dans les villes historique de notre identité, les autres du patrimoine immatériel demeure à ses immatériel, il est aujourd’hui confronté
et les villages, parfois même en rase de sa longévité, de sa diversité et de sa débuts. Il lui manque une base académique à divers écueils qui en fragilisent la
campagne. Les villes nouvelles créées aux créativité. En nombre et en quantité, qui consiste en l’encouragement et transmission. La prise de conscience
côtés des médinas en offrent des exemples ils débordent de loin les collections la multiplication des recherches, des récente dans la société et les moyens dont
remarquables, longtemps ignorés, conservées dans les musées. Mais il en inventaires, des enregistrements, en on dispose aujourd’hui permettront à
parfois détruits, aujourd’hui de plus en circule de moins en moins de pièces somme de tout ce qui permet de constituer coup sûr d’en entamer la sauvegarde pour
plus revendiqués comme faisant partie véritablement «  authentiques  » sur le une base de données représentative de la que s’en délectent les générations actuelles
du patrimoine national. Le dossier de marché. Ce qui nécessite l’engagement richesse du pays. Des métiers, des chants, et en profitent les générations futures.
proposition d’inscription de Rabat sur la dans une politique offensive d’acquisition des danses, des techniques, de la littérature

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La préservation du patrimoine national un peu partout au Maroc depuis plus
naturel et culturel est aujourd’hui plus d’une dizaine d’années. La récente mise
qu’une nécessité, une urgence. Elle re- en place d’une Fondation des Festivals de
quiert une plus grande implication des Tradition à l’occasion des 10èmes Assi-
acteurs publics et privés. Il s’agit à la ses du Tourisme présidées par Sa Majesté
fois de protéger les acquis et d’identifier le Roi entend fédérer ces efforts, les ren-
davantage de sites naturels et culturels, forcer et les soutenir.
d’éléments de la culture immatérielle qui
demandent à être sauvegardés. Le patrimoine dépassant les seules capa-
cités du département de la Culture, l’éveil
Le cadre en serait une vision d’ensemble et la mobilisation de partenaires publics
déclinée sur le court, le moyen et le long et privés conjugués aux initiatives de la
termes en programmes et projets auxquels société civile et à l’implication des auto-
un financement est identifié dans le cadre rités et des élus locaux entrainent la mise
d’un partenariat public-privé avec la plei- en place de structures innovantes desti-
ne participation de la société civile. nées à revaloriser notre patrimoine. Le
partenariat tripartite entre la Société Ma-
Cette vision aura un prolongement inter- rocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT),
national qui participerait au rayonnement MADAEF qui est une filiale de la CDG
du Maroc. Les sites culturels déjà inscrits et AKWA Group, conduit par la Société
sur la Liste du Patrimoine mondial ga- Marocaine de Valorisation des Kasbahs
gneraient à être enrichis de sites naturels (SMVK) ambitionne ainsi de redonner
afin d’équilibrer l’apport marocain au vie à ces édifices, notamment en réhabili-
patrimoine matériel de l’humanité. Les tant et en transformant certaines kasbahs
sites culturels eux-mêmes sont appelés à en structures hôtelières et touristiques,
plus de diversité. Celle-ci est aujourd’hui tout en veillant à préserver leur aspect
confortée par la récente proposition d’ins- architectural. Cette exigence passe aussi
cription de la ville de Rabat et l’inclusion par la conception de projets de réhabili-
de l’Oasis de Figuig sur la liste indicative tation destinés à accueillir des structures
du Maroc auprès de l’UNESCO. socio-éducatives et socioculturelles tour-
nés vers les populations locales.
Le patrimoine culturel immatériel n’est
pas en reste. En plus de la Place Jamaâ Ces initiatives multiples sont de nature à
El Fna de Marrakech et du Moussem de enclencher une dynamique de revalorisa-
Tan-Tan, la Liste représentative du patri- tion du patrimoine national, contribuer au
moine culturel immatériel de l’humanité développement et générer une attractivité
comprend la Diète méditerranéenne ins- touristique par la mise en valeur de des-
crite au nom du Maroc et d’autres pays tinations culturelles. Mais le patrimoine
méditerranéens et la Fauconnerie inscrite est bien plus qu’une affaire de dévelop-
également au nom du Maroc et de plu- pement, c’est une question de fierté de
sieurs autres Etats d’Asie et d’Europe. La l’enracinement, de partage du présent,
promotion de ce patrimoine aux niveaux de protection de la vie et de transmission
national et international est essentielle- aux générations de demain. v
ment le fait des festivals qui fleurissent

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