Vous êtes sur la page 1sur 14

ASPM

1
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
ASPM
2
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
ASPM
3
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
ASPM
4
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
ASPM
5
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
ASPM
6
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
ASPM
7
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
ASPM
8
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
ASPM
9
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
La décoration des appartements et les appareils de chauffage
central

1926 - LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES


INDUSTRIES DE LUXE

Document en ligne sur le site de Gallica


Ce texte est identique à celui de la plaquette reproduite dans les pages précédentes.
N’oubliez pas de vous reporter d’une part aux photos prises dans l’usine en 1925 (dossier
chauffage) et d’autre part au catalogue de 1927 (chauffage centra).

L'INVENTION du chauffage central a profondément modifié, à notre insu, le


décor de la maison. L'application même de l'électricité à l'éclairage n'a pas eu
d'aussi directes conséquences, sans parler de ce que nous réserve l'avenir.
Si loin que nous remontions dans l'histoire de l'habitation en Occident
— mettons au XIe siècle pour ne pas nous montrer trop ambitieux — la
cheminée a toujours tenu la place d'honneur dans l'appartement. Mais, chose
curieuse, elle n'a cessé au cours de son règne de neuf siècles de perdre en
intérêt et en volume.
Des immenses cheminées féodales, qui occupaient toute la largeur d'une
salle et qui constituaient presque un véritable monument architectural, où
l'on mettait des bancs et des escabeaux, où l'on s'asseyait non devant, mais
dedans et dessous, on a passé aux cheminées encastrées dans le pan de la
muraille. À la fin du XVIIe siècle est apparue la petite cheminée à tablette.
Les décorateurs du XVIIIe siècle, en la contournant au goût du jour, ont
restreint encore ses dimensions, qui ont trouvé, sous Louis XVI, leur mesure
définitive.

Cet amoindrissement progressif n'avait cependant rien enlevé au foyer de


son attraction. C'est toujours autour de la cheminée que se tenait le cercle
de la conversation et l'on réservait, pour les mettre en place d'honneur sur

ASPM
10
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
la tablette, les bronzes les plus riches, les porcelaines les plus précieuses.
Mais, à la fin du siècle dernier, la diffusion de l'éclairage dans toutes les
parties de l'appartement par l'ampoule électrique, porta un premier coup
à la cheminée en la dépouillant de ses candélabres et de ses girandoles.
L'installation du chauffage central par l'air chaud, puis par la vapeur d'eau ou
l'eau chaude précipita sa décadence.

Aujourd'hui, si les architectes continuent à construire des cheminées dans


leurs immeubles, les foyers restent froids. On n'y allume le feu qu'en cas
d'interruption dans le fonctionnement de l'appareil central, et les déco­
rateurs ne craignent pas de les masquer par des boiseries ou par tout autre
dispositif, et d'utiliser leur empla­cement pour des tablettes à livres ou des
étagères. Nous devons envisager le temps où l'on construira des im­meubles
sans cheminées - on en voit déjà des exemples - et où chaque locataire aura
son radiateur, avec un compteur pour ne payer que les calories consommées.
Cette évolution - ou cette révolution – esthétique serait, on peut le croire,
singulièrement plus avancée, si les constructeurs avaient cherché à apporter
à leurs appareils un peu de beauté. Mais les radiateurs ont été dessinés par
des ingénieurs, uniquement préoccupés du souci de donner à leurs éléments
de chauffe la plus grande surface de rayonnement sous le plus petit vo­lume,
et les architectes-décorateurs, qui n'avaient pas été consultés, ont bien été
obligés d'accepter les appareils que leur présentait l'industrie, n'étant pas
outillés pour les produire eux-mêmes. Ils les ont acceptés, mais ils les ont
dissimulés, et le cache-radiateur a été inventé.
Il serait injuste d'en nier l'agrément. Le fer forgé, le cuivre, le bronze, y ont
trouvé matière à de charmantes applications. Nos maîtres du marteau,
chacun avec son tempérament particulier, en ont, depuis dix ans et plus,
exécuté d'excellents. Mais un cache-radiateur est un objet coûteux et par
cela même réservé aux pièces d'ap­parat. En outre, un appareil d'usage peut-il

ASPM
11
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
être dit complet lorsqu'il exige le concours d'un autre appareil pour être mis série de modèles de tendances très variées, mais tous également adaptés à
en service dans l'appartement ? Au lieu de chercher à résoudre le problème leur destination.
par des moyens détour­nés, ne valait-il pas mieux aborder franchement la
diffi­culté et donner à l'appareil lui-même des lignes assez harmonieuses pour En voici les principaux caractères.
que l'architecte pût le placer sans crainte dans sa décoration intérieure ? Le radiateur Georges Dunaime est composé d'élé­ments de différentes
Il était permis de se demander, toutefois, si ces lignes heureuses allaient être largeurs, ce qui permet de glisser entre ceux qui sont en saillie une grille en
applicables à la fonte de fer. Mais pourquoi non ? La fonte est un matériau fonte masquant les éléments en retrait. L'artiste a voulu le dessin de cette
comme les autres. Il est susceptible de décor par le modelage. On peut grille sobre et lisible. Seul, un motif de fruits et de feuillages, grossièrement
lui donner des formes rationnelles, des lignes équi­librées, des plans, des traités, donne à l'ensemble une note de richesse discrète. C'est, en somme,
volumes. Ce qui a discrédité la fonte c'est qu'on a voulu lui faire rendre une combi­naison du radiateur et du cache-radiateur, que l'on peut traiter
ce qui n'appar­tenait qu'à la forge. Mais elle peut, elle doit, avoir sa beauté dans tous les styles, et harmoniser avec tous les décors d'appartement.
propre. Au décorateur d'étudier son modèle par rapport au moulage
industriel. Quant à l'aspect commun et terne de la matière, n'est-il pas Éric Bagge a rompu la monotonie des lignes parallèles et verticales de son
possible d'y remédier par la peinture, l'émaillage, le nickelage, la dorure radiateur en munissant les éléments de barrettes horizontales, ce qui donne
même pour les catégories de luxe ? un effet de treil­lage agréable. L'appareil, doré et recouvert d'une table de
marbre, a sa place marquée dans un boudoir. Il y fera l'office d'une console
La Société des Hauts-Fourneaux et Fonderies de Brousseval, a voulu aller dont il a la hauteur. À côté d'un divan, on y placera des livres, une tasse
plus loin. Possédant une des plus vieilles usines de France, en plein centre de de thé. On peut l'envisager peint de couleurs vives, en carreaux rouges et
la région Haut-Marnaise, berceau de la fonderie, et employant des mouleurs blancs, par exemple, dans l'embrasure d'une fenêtre de salle à manger de
réputés pour la qualité de la « peau de fonte » de leurs pièces, elle s'est campagne. Il rappellera la décoration riante des rideaux.
attaquée aux formes mêmes de l'appareil et a cherché à mettre sur pied des
radiateurs pouvant être placés dans toutes les pièces, sans sacrifier au souci Edgar Brandt, au contraire, n'a pas reculé devant le parallélisme des
du confort l'aspect d'ensemble de l'appartement. éléments. Son appareil, du genre ra­diateur mural, est constitué par des
éléments à colon­nettes, sertis entre deux larges plates-bandes, où nous
Problème délicat mais non insoluble, à la condition d'associer la faculté reconnaissons un des thèmes préférés du maître ferron­nier : le motif
imaginative du décorateur à la science de l'ingénieur. Pour en venir à bout, la d'éventails. La peinture donnera des coloris divers à ce modèle d'une
Société a fait appel à quelques artistes novateurs, familiarisés avec le travail simplicité élégante. Le nickelage en fera un appareil de luxe pour salle de
du métal, et leur a demandé, sans leur imposer de programme préconçu, bains, cuisine de navire.
de lui apporter des solutions. Chacun a envisagé la question avec son
tempérament particulier. Chacun a apporté son idée. Il en est résulté une

ASPM
12
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
La solution de Paul Follot est plus simple encore, mais il fallait y songer. Elle
consiste à décorer le modèle courant. Et pourquoi non ? Le radiateur n'est
pas chose laide. Ses lignes n'ont rien d'hostile, sa forme rien d'étrange. C'est
un meuble, au milieu des autres meubles. Ce qui fait que nous ne l'avons
pas encore adopté, c'est que nous ne sommes pas détachés de l'idée, pour
ainsi dire innée, du foyer à flamme apparente. Puisque nous voici familiarisés
avec le modèle courant, ne vaut-il pas mieux s'y tenir au lieu formes qui
nécessiteront d'imaginer de nouvelles chacune une adaptation d'aussi longue
durée ? Paul Follot a tiré de la fonte même tout l'effet dé­coratif de son
appareil, un simple pas tillage avec deux motifs d'ornement aux angles. Les
éléments peuvent être bronzés ou simplement recou­verts d'une patine leur
con­servant le bel aspect de la fonte qui sort du moule
On peut aller plus loin, et ne rien changer, comme l'a fait Brandt, au modèle
le plus courant, en décorant seulement les deux éléments extrêmes de
sobres ornements. C'est le radiateur « confort » à colonnettes hexagonales,
modèle simple et rationnel, dont les lignes géométriques et les volumes
nettement pré­cisés conviennent à l'esthétique de l'appartement telle que la
comprennent nos plus récents décorateurs.

Ainsi, sans prétendre imposer aux architectes ni à leurs clients un modèle


déterminé, voici toute une gamme de formes et de décors où leur. choix
peut s'exercer. L'impératif de la commande dira demain à la Société de
Brousseval quels types répondent le mieux au goût général. Dans la
fabrication en série, ce ne sont pas les préférences de quelques-uns qui font
loi. Il faut au modèle un somme de qualités moyennes où chacun puisse
retrouver un peu de son goût.

Réservons donc l'avenir et attendons que nous ayons « domestiqué » le


radiateur. Du moment que notre confort en dépend soyons certains que ce
moment n'est pas éloigné.

ASPM
13
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr
Nos grands-pères, au siècle dernier, ont fait leurs délices du poêle de faïence
et même de fonte, et l'appa­reil, avec son tuyau de tirage apparent, n'était pas
élégant. Nos pères ont admis dans les pièces de réception les appareils de
chauffage mobiles et ils sont loin d'être beaux. Pour peu que les architectes
s'y prêtent et que les ingénieurs simplifient les méthodes de pose - ne
vient-on pas tout récemment d'imaginer l'adduction de la vapeur par des
conduites aussi faciles à dissimu­ler que celles servant à l'éclairage au gaz ? -
nous ne tarderons pas à voir se répandre l'usage du radiateur.
Mais, avant tout rendons-le aimable.
Notre siècle a apprivoisé des forces inconnues et redoutables. Nous vivons
dans la vapeur, l'élec­tricité, la radioactivité. Puisque nous en avons fait – et
nous en ferons de plus en plus – nos auxiliaires et nos serviteurs, donnons
leur une enveloppe en accord avec les bons vieux objets que nous avons
adaptés à nos besoins et à notre agrément depuis des siècles.

Quant aux formes, ne nous y attachons pas outre mesure. Au fur et à


mesure que le nouvel appareil se perfection­nera en se simplifiant, il trou­
vera sa beauté propre, tirée de sa parfaite adaptation à l'usage. Les premières
auto­mobiles, avec leur ridicule carrosserie de voiture sans cheval, marchaient
mal. La conquête de la vitesse leur a donné les plus belles formes, avec le
fuselage de l'avion et la proue du navire, qui soient sorties de la main de
l'homme.

HENRI CLOUZOT.

ASPM
14
- D O C U M E N T S - C O N S E R V A T O I R E D E S A R T S D E L A M É T A L L U R G I E www.ars-metallica.fr