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Revue des Deux Mondes

PHÉNOMÉNOLOGIE DE LA DÉMOCRATIE
Author(s): Martin Dambreville
Source: Revue des Deux Mondes, (AVRIL 2002), pp. 143-150
Published by: Revue des Deux Mondes
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/44189704
Accessed: 31-08-2017 12:36 UTC

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PHÉNOM
DE LA DÉ

Martin Damb

ment de la démocratie, à prendre la mesure de la révolu-


A',I I tion ttaché ment politique, de à faire la démocratie, ressortir anthropologique les à prendre énigmes la et qui mesure philosophique traversent de la l'avène- révolu-
constitue la démocratisation de la coexistence, le dernier livre de
Robert Legros (1) se distingue des réflexions aujourd'hui domi-
nantes, inspirées généralement par la pensée libérale, tributaires de
préjugés individualistes et d'une conception du citoyen comme
sujet « rationnel », intéressé ou désintéressé. L'étude de Robert
Legros s'attache au contraire à faire ressortir l'inscription des
hommes au sein de la forme particulière que prend leur mode du
vivre-ensemble. Dès lors, elle met en lumière le fait qu'ils ne sont
jamais en mesure de remonter à l'origine des principes fondamen-
taux qui guident leur existence. Le sens de ceux-ci leur échappe

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RKVl H DKS DI-l'X MONDI- S AVRIL 2002

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Phénoménologie
de la démocratie

toujours partiellem
laquelle ils sont m
sein de ce que Husse
l'interrogation sur l
tie, Robert Legros o
la démocratie engag
cite Tocqueville : da
semblables que dans
les sociétés démoc
blable dans les membres de l'humanité ».
En quel sens une perception démocratique de l'autre comme
semblable ? Qu'est-ce qui est reconnu comme semblable, de manière
sensible et immédiate, dans la rencontre d'autrui ? Autrui est évidem-
ment semblable à moi sous bien des aspects. Mais quels sont les
aspects pointés par la démocratie et laissés dans l'ombre au sein de
toutes les sociétés prémodernes ? En quel sens une reconnaissance
proprement démocratique du semblable en l'autre homme ?
Cette dernière question, on le sait, est au cœur de la pensée
tocquevillienne de la démocratie. C'est sous l'effet de la démocrati-
sation des mœurs et des conditions que des individus émergent
comme tels, se reconnaissent en tant qu'individus indépendants les
ung des autres, se reconnaissent les uns dans les autres, se décou-
vrent semblables les uns aux autres. Et c'est dans la mesure où
l'égalisation des conditions s'est poursuivie et accrue que la décou-
verte du semblable s'est répandue dans tout le corps social pour
devenir une sorte d'évidence collective. L'originalité de la réflexion
philosophique de Robert Legros réside certes dans la manière de
reprendre en l'approfondissant la description tocquevillienne de
l'avènement du semblable, mais aussi et surtout dans sa tentative
de confronter l'expérience démocratique du semblable, telle qu'elle
est mise en lumière par Tocqueville, à l'expérience phénoménolo-
gique du semblable, telle qu'elle est décrite par Husserl.
S'inspirant de Tocqueville, l'auteur montre en quel sens
l'avènement de la démocratie est l'avènement d'une expérience du
monde. L'égalisation des conditions, indissociable d'une autonomi-
sation de l'homme et d'une indépendance des individus, a en effet
entraîné non seulement une expérience nouvelle de l'au-delà et de
l'ici-bas (désormais connue sous le nom de désenchantement du

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Phénoménologie
de la démocratie

monde), de la natu
englobant les rapp
« extérieure »), du v
des principes censés
dus en droit autono
en outre une expéri
Sous l'effet de la
appartenances autre
du monde quotidien
de ceux qu'elles ide
nature) en sont ven
quotidien, inessen
alors apparue comm
naturelle. C'est seul
de l'homme ne s'im
comme une nature
ou des volontés hum
« naturellement » se conformer. L'humanité devient alors une idée
infigurable et indéterminée. Elle oblige à se demander ce que
signifie la notion de similitude démocratique par rapport à la simi-
litude biologique ou métaphysique.
Pourrait-on en déceler les causes ultimes ? Mais comment y
prétendrait-on sans se donner l'illusion d'un point de vue de survol ?
L'argumentation développée par l'auteur sur l'impossibilité de rap-
porter la révolution démocratique à une origine socio-historique
telle que l'émergence de l'État moderne (qui s'avère au contraire lui-
même conditionné dans son principe), ou à une origine théorique ou
conceptuelle telle que le projet conscient de réaliser dans les rap-
ports humains l'idée d'une égalité des conditions, celle d'une auto-
nomie de l'homme et celle d'une indépendance des individus
(idées dont le rayonnement et l'efficacité supposent une démocrati-
sation des mœurs), cette argumentation me semble non seulement
emporter la conviction, mais surtout être développée avec une sub-
tilité qui n'entame pas l'énigme du phénomène.
Révéler la fiction à laquelle conduit la compréhension de
l'avènement de la démocratie comme avènement d'un ensemble
d'idées, comme si l'autonomisation, l'individualisation, l'égalisation
avaient pu advenir à la suite d'un projet conscient, force à conce-

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Phénoménologie
de la démocratie

voir les principes fo


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aussi, au sein de la d
cipes à une source d
(plus originelle que
conscient) : l'expérie
Certes, Robert Leg
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de l'origine de l'avè
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Néanmoins, l'égalisa
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conduit à la destruc
tocratiques. C'est plu
tie et monde phéno
ce qui relie et diss
blable et l'expérienc

Autrui, « mon

S'agissant de la d
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être, plutôt qu'à Heid
d'abord parce que H
mentaux, parmi les
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la reconnaissance de
ception d'une chose
sensible sans concep
dante de toute cultu
une expérience d'aut
ment une démocrat
cription husserlien
phénoménologique

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Phénoménologie
de la démocratie

explicite. D'un bout


rencontre d'autrui,
sivement comme un
donné de manière o
perception, écrit Hu
blable » qu'il m'appa
ressente en l'autre
supériorité qui serai
riorité qui serait cell
En quel sens un ch
et le monde démoc
présupposition, de fo
Robert Legros s'
s'attache à montrer
monde archaïque, ar
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prime abord et hab
« naturel », c'est-à-
tion, les choses no
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avant même d'être
déterminée, les ma
jours déjà mises en
nous est naturellem
soit déjà sous l'empr
Alors même que l'ap
chement à l'ordre d
tend à s'imposer, da
ment « naturel » et,
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strictement circulai
qu'à partir d'une ex
préhension préalabl
montable dans la me
Bien entendu, le
souligne Robert Leg
Marc Richir, n'est
l'évidence, de « déc

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Phénoménologie
de la démocratie

là même de briser le
la naïveté d'une telle
de l'intelligibilité q
ment, dans le même
de « suspendre la fo
évidences qui le tapi
de l'évidence quoti
d'apparaître de ce q
cider le paradoxe qu
nomènes ne se don
toujours infiniment p
sous l'effet de conce
L'auteur fait ressorti
à travers un commen
ceau de cire » de Des
heureux, inquiet et
Cette tension qui s
la phénoménologie e
que les hommes entr
tenance à un monde
entre une intelligib
peine de déshumanis
signification.
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qui aurait elle-même
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celui-ci à la source d
nécessaire des éléme
la coexistence sur le
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a posteriori ce deven
lités ou de l'histoir
l'émergence de l'Éta
nement de la démoc
filtrant à travers le

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Phénoménologi
de la démocrati

la transcendance d
produit au sein de
Claude Lefort, qu'o
séparer l'expérien
l'ordre du monde d
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ordres séparés la ca
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de la démocratie, i
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même fondé sur
Principes dont il n
étant bien plutôt d
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La Boétie, n'est pas
voir ne saurait êtr
Reste que l'attenti
ne doit pas faire pe
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s'interdisant aussi
« culture », sous p
politique, que de r
structural.

Aucun pouvoir

Ma seconde rema
rable de l'humanité. La reconnaissance sensible du semblable en
tant qu'homme n'apporte, comme le souligne Robert Legros, aucune
définition de l'humanité qui permettrait de reconnaître en quoi le
semblable est reconnu comme semblable. Appartenance à l'huma-
nité énigmatique qui retentit sur toutes les autres appartenances (à
un sexe, à un âge, à un métier, à un peuple, à une nation...) pour
leur conférer le caractère d'appartenance à des communautés non
substantielles. Ce qui signifie encore, comme l'attestent les renvois
réciproques que Robert Legros éclaire entre le peuple, la nation et

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Phénoménologie
de la démocratie

l'humanité, qu'aucu
voirs prédémocrati
communautés, et en
inédit qu'on appelle
Or, « l'humanité n
même, selon la form
l'Un en quelqu'aut
conduit, relativeme
nations, à ne pas se
partager des repère
l'on pourrait concev
s'universalisent). En e
que celui du manqu
ger politique d'une
entre les États au n
société universelle
pas contre le droit, m
L'interprétation pe
le couvert de la rep
l'expérience démoc
neuve de notre huma
sophique de ce livre
directions nécessair
pôle de la « chose m
d'une rigueur propr

Martin Dambr

1. L'Avènement de la dé
phie », Grasset, 1999).
2. Op. cit., p. 293-304.
3. La Monarchie: la moder
4. Sur ce point, voir les é
international : l'impossible
PUF, 1999).

* Titulaire d'une maîtrise en philosophie de l'Université libre de Bruxelles et d'un DEA


en études politiques de l'École des hautes études en sciences sociales de Paris. Martin
Dambreville prépare actuellement un doctorat de philosophie, sur la Pensée politique
de Claude Lefort, à l'Université libre de Bruxelles et à l'université de Paris VII-Denis
Diderot.

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