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COURS LES DROITS DE L’HOMME

VER/BETA2014

Les droits de l'homme sont un concept selon lequel tout être humain possède des droits


universels, indivisibles et inaliénables, quel que soit le droit positif en vigueur ou les autres
facteurs locaux tels que l'ethnie, la nationalité ou la religion.
On peut ainsi, définir les droits de l’homme comme un ensemble de droits qui garantissent
la liberté de l’être humain, conditionnent le respect de sa dignité pour l’épanouissement
de sa personnalité.

Les droits de l’homme présentent les caractéristiques suivantes :


 Ils sont universels : Ces droits sont liés à la condition humaine ; il s’agit de droits
inhérents à la personne humaine, dont tout être humain devrait y accéder du seul
fait de sa naissance, sans aucune considération.
 Ils sont indivisibles : ils s’agit de droits qui sont intimement liés et interdépendants
qu’on ne peut diviser ou réduire proportionnellement sans mettre en péril
l’ensemble ;
 Ils sont inaliénable : ils s’agit de droits qui ne peuvent être ni vendus, ni saisis, ni
cédés. Ces droits ne sont pas négociables.

Selon cette philosophie, combattue ou éclipsée aux XIXe siècle, XXe siècle et XXIe siècle par


d’autres doctrines (nazisme eugenisme….etc), tout homme -en tant que tel, et
indépendamment de sa condition sociale- a des droits « inhérents à sa personne,
inaliénables et sacrés », et donc opposables en toutes circonstances à la société et
au pouvoir.

Ainsi le concept de droits de l’homme est-il par définition universaliste et égalitaire,


incompatible avec les systèmes et les régimes fondés sur la supériorité ou la « vocation
historique » d’une caste, d’une race, d’un peuple, d’une croyance, d’une classe ou d’un
quelconque groupe social ou individu ; incompatible tout autant avec l’idée que la
construction d’une société meilleure justifie l’élimination ou l’oppression de ceux qui sont
censés faire obstacle à cette édification.
Les droits de l'homme, prérogatives dont sont titulaires les individus, sont généralement
reconnus dans les pays civilisés par la loi, par des normes de valeur constitutionnelle ou par
des conventions internationales, afin que leur respect soit assuré par tous, y compris par
l'État.
Distinction entre droits de l’homme et quelques notions
voisines :
Les libertés publiques

Les libertés publiques peuvent être définies comme des droits de l’homme reconnus par des
textes et protégés juridiquement. Autrement dit, le terme de libertés publiques désigne une
forme de consécration juridique des droits de l’homme, il s’agit précisément de la
juridicisation des droits de l’homme.

Pour J. RIVERO ; Les droits de l’homme constituent une catégorie générale, permanente,
quasiment ajuridique. Il s’agit alors d’attributs essentiels de la personne, existant
indépendamment de leur consécration du droit positif.

Autrement dit, les libertés publiques sont la traduction juridique par un système juridique
donné des droits de l’homme. Elles correspondent à des droits de l’homme que leur
reconnaissance et leur aménagement par l’État ont inséré dans le droit positif.

Toutefois, cette conception, très inspirée de la théorie du droit naturel, encourt le reproche
de ne conférer aucun statut protecteur aux droits de l’homme, qui, ignorés ou écartés par
le droit, ne bénéficient d’aucune garantie. Or, cela ne correspond pas à la réalité, car les
mécanismes de protection des droits de l’homme ont donné naissance à la notion de libertés
fondamentales.

Les libertés fondamentales :

Les libertés fondamentales ou droits fondamentaux représentent juridiquement l'ensemble


des droits primordiaux pour l'individu, assurés dans un État de droit et une démocratie. Elles
recouvrent en partie les droits de l'homme au sens large.

Les libertés fondamentales ont un contenu très large car elles englobent :

 Les droits de l’homme


 Les libertés publiques ;
 D’autres disciplines comme les garanties procédurales

La consécration de cette notion peut se faire selon plusieurs systèmes :

 Certains systèmes traditionnels protégeant des libertés déjà affirmées dans des
textes de nature juridique diverse (ex. :  Royaume Unis
 D'autres privilégiant des listes de droits affirmées et protégés dès la Constitution
(Espagne et Allemagne).
Pour finir, les systèmes qui adoptent une attitude intermédiaire en ayant une jurisprudence
« créatrice » de protection, à partir de textes à l'origine purement déclaratifs. C’est le cas de
la France et du Maroc.
Dans ces systèmes, la protection des libertés fondamentales est d'origine prétorienne. C'est
le juge administratif qui s'est le premier imposé en tant que garant de la protection des
droits de l'homme. Par la suite, le juge constitutionnel a amplifié ce mouvement en lui
apportant une garantie plus forte : le statut constitutionnel.
La première étape vers la protection des libertés a donc été la soumission de l'État au droit.
Ensuite, la nouveauté du concept de liberté fondamentale a été de rendre ces droits effectifs
et revendicables. Par conséquent, il a fallu instaurer une procédure de protection des
libertés contre l'ingérence des autres citoyens.
Le droit international humanitaire
Le droit international humanitaire (DIH) est un ensemble de règles qui, pour des
raisons humanitaires, cherchent à limiter les effets des conflits armés. Il protège les
personnes qui ne participent pas ou plus aux combats et restreint les moyens et méthodes
de guerre. Le DIH est également appelé « droit de la guerre » ou « droit des conflits armés ».
Le droit international humanitaire est un droit ancien. On remonte l'origine des règles
actuelles du droit humanitaire, telles qu'elles sont codifiées dans les conventions de Genève,
aux travaux d'Henry Dunant. Cet homme d'affaires suisse s'est retrouvé en 1859 sur le
champ de la bataille de Solférino et à la vue des atrocités, décida de ramener les corps des
blessés au village sans faire de distinction quant à leurs nationalités. À la suite de cette
expérience, ne pouvant sortir de son esprit les atrocités vécues lors de cette bataille, il
entreprit la rédaction du livre Un souvenir de Solférino. Par cet ouvrage, publié en 1862,
Henri Dunant souhaitait transmettre aux personnalités politiques et militaires européennes,
l'idée que les souffrances des soldats devaient être réduites à l'avenir. Il appela ainsi à ce que
tous les pays autorisent des organisations humanitaires fondées sur la neutralité à porter
secours aux blessés, amis ou ennemis. Son appel se concrétisa en 1863 par la mise en place
d'un comité international de secours aux blessés qui deviendra le Comité international de la
Croix-Rouge. En 1864, la première convention de Genève consacrait la naissance du droit
international humanitaire. À cette époque, le droit international humanitaire ne
règlementait que les conflits interétatiques, ou internationaux. Ce n'est qu'à partir
des Conventions de Genève de 1949 et du second protocole additionnel de 1977 que le DIH
commence à prendre en considération les conflits non-internationaux, plus couramment
qualifiés de guerres civiles.
Le DIH fait partie du droit international qui régit les relations entre États. Il est formé par un
ensemble de règles internationales d'origine conventionnelle ou coutumière. Les
quatre Conventions de Genève de 1949 et leur premier Protocole additionnel de 1977
constituent les principaux traités applicables aux conflits armés internationaux. Les conflits
armés non-internationaux dépendent quant à eux de l'article 3 commun aux Conventions de
Genève ainsi qu'au second Protocole additionnel de 1977.

CHAPITRE 1 : LES SOURCES ET LES CONTOURS DES DROITS DE


L’HOMME
Ce chapitre sera consacré à l’étude des source des droits de l’homme, et leur fondements
philosophiques ainsi, que l’évolution du concept des droits de l’homme.

La genèse d’un cadre international des droits de l’homme:


L’antiquité :
En 539 avant J.-C., les armées de Cyrus le Grand, premier roi de l’ancienne Perse, conquirent
la ville de Babylone. Mais ce sont ses actions suivantes qui marquèrent une avancée importante
pour l’humanité. Il libéra les esclaves, déclara que toutes les personnes avaient le droit de
choisir leur propre religion et établit l’égalité raciale. Ces décrets et bien d’autres furent
enregistrés sur un cylindre d’argile rédigé en akkadien et en caractères cunéiformes.
Connu aujourd’hui sous le nom de cylindre de Cyrus, ce document antique est maintenant
identifié comme la première Déclaration des droits de l’Homme dans le monde. Il est traduit en
chacune des six langues officielles de l’ONU et ses clauses sont analogues aux quatre premiers
articles de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
La diffusion des droits de l’Homme
De Babylone, le concept des droits de l’Homme se répandit rapidement en Inde, en Grèce et
enfin à
Rome. Ici, le concept de « loi naturelle » est né de l’observation du fait que les gens avaient
tendance à suivre certaines lois non écrites au cours de leur vie, et la loi romaine fut basée sur
des idées rationnelles dérivées de la nature des choses.
Les documents affirmant les différents droits de l’individu, tels que la Magna Carta (1215), la
Pétition de droit (1628), la Constitution des États-Unis (1787), la Déclaration des droits de
l’Homme et du citoyen en France (1789), et la Déclaration des droits des États-Unis (1791) sont
les précurseurs écrits de la plupart des documents contemporains concernant les droits de
l’Homme.
La Magna Carta 1215
La Magna Carta, ou « Grande Charte », représente sans doute l’influence la plus ancienne et la
plus importante dans l’élaboration historique des lois en usage aujourd’huidans le
monde anglophone.
En 1215, à la suite de violations par le roi d’Angleterre Jean sans Terre d’un certain nombre de
lois anciennes et de coutumes qui régissaient l’Angleterre, ses sujets le forcèrent à signer la
Magna Carta, qui énumère ce qui plus tard allait être considéré comme les droits de l’Homme.
Parmi eux figure le droit de l’Église à ne pas être soumise à l’influence d’un gouvernement, le
droit de tous les citoyens libres à posséder et à hériter des biens et à être protégés contre des
impôts excessifs. Elle a établi le droit des veuves ayant hérité de propriétés d’être libres de ne
pas se remarier, et a établi les principes de jugement en bonne et due forme et les principes
d’égalité devant la loi. Elle contenait également des dispositions interdisant la corruption et les
abus des officiels.
Largement considérée comme l’un des documents juridiques les plus importants pour le
développement de la démocratie moderne, la Magna Carta a marqué un tournant crucial dans
la lutte pour assurer la liberté.
La Pétition de droit (1628) 
L’étape suivante enregistrée dans le développement des droits de l’Homme fut la Pétition de
droit, élaborée en 1628 par le Parlement anglais et envoyée à Charles Ier comme un exposé des
libertés civiles. Le refus par le Parlement de financer la politique étrangère impopulaire du roi
avait poussé son gouvernement à imposer des emprunts et à cantonner les troupes dans les
maisons des habitants à titre de mesure d’économie. Des arrestations et des emprisonnements
arbitraires pour opposition à ces mesures avaient déclenché au Parlement une violente hostilité
contre Charles Ier et contre George Villiers, premier duc de Buckingham. La Pétition de droit,
initiée par Sir Edward Coke, était fondée sur d’anciens statuts et d’anciennes chartes et
s’appuyait sur 4 principes : (1) aucune taxe ne peut être levée sans le consentement du
Parlement, (2) aucun sujet ne peut être emprisonné sans cause (réaffirmation du droit de
l’habeas corpus), (3) aucun soldat ne peut être cantonné chez l’habitant et (4) la loi martiale ne
peut être utilisée en temps de paix.
La déclaration d’indépendance des Etats Unis 1776

Le 4 juillet 1776, le Congrès des États-Unis a ratifié la Déclaration d’indépendance. Son


principal auteur, Thomas Jefferson, a rédigé la Déclaration pour établir formellement le fait que
le Congrès avait voté le 2 juillet pour déclarer l’indépendance par rapport à la Grande-Bretagne,
plus d’une année après la déclaration de la guerre d’Indépendance américaine, annonçant ainsi
que les treize colonies américaines ne faisaient plus partie de l’Empire britannique. Le Congrès
a fait paraître la Déclaration d’indépendance dans plusieurs publications. Elle a initialement été
publiée sous forme d’une brochure imprimée qui a été largement distribuée et lue au public.
Du point de vue philosophique, la Déclaration a mis l’accent sur deux thèmes : les droits
individuels et le droit à la révolution. Ces idées se sont largement répandues chez les
Américains et se sont propagées dans le monde, influençant en particulier la Révolution
française.

La Constitution des Etats Unis 1787 & La déclaration des droits 1791

Écrite pendant l’été de 1787 à Philadelphie, la Constitution des États-Unis d’Amérique est la loi


fondamentale du système de gouvernement fédéral des USA et le document de base du monde
occidental. C’est la constitution nationale écrite la plus ancienne utilisée actuellement et elle
définit les principaux organes du gouvernement, leurs juridictions et les droits fondamentaux
des citoyens.
Les dix premiers amendements de la Constitution — la Déclaration des droits (Bill of Rights) —
sont entrés en vigueur le 15 décembre 1791, limitant les pouvoirs du gouvernement fédéral des
États-Unis et protégeant les droits de tous les citoyens, résidents et visiteurs sur le territoire
américain.
La Déclaration des droits protège la liberté de parole, la liberté de religion, le droit de posséder
et de transporter des armes, la liberté de se réunir et le droit de pétition. Elle interdit aussi les
fouilles et les arrestations injustifiées, la punition cruelle et inhabituelle et les aveux sous
contrainte. Parmi les protections légales qu’elle accorde, la Déclaration des droits interdit au
Congrès d’adopter une loi quelconque concernant l’établissement de religions et au
gouvernement fédéral de priver quiconque de la vie, de la liberté ou de propriétés en l’absence
d’une décision de justice. Dans les cas de crime fédéral, elle exige la mise en accusation devant
un grand jury pour tout délit capital, ou crime infamant, garantit un jugement public rapide par
un jury impartial dans la région où le crime a été commis, et interdit la double accusation.

La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen (1789)

En 1789, le peuple de France a renversé la monarchie absolue et a préparé le terrain pour


l’instauration de la première République française. Six semaines après la prise de la Bastille, et à
peine trois semaines après l’abolition du féodalisme, la Déclaration des droits de l’Homme et du
citoyen a été adoptée par l’Assemblée constituante, première étape vers la rédaction d’une
constitution pour la République française.
La Déclaration proclame que tous les citoyens doivent bénéficier des droits à la
« liberté, propriété, sécurité et résistance à l’oppression ». Elle soutient que la nécessité d’une
loi provient du fait que « l’exercice des droits naturels de chaque homme a pour seules limites
le fait de permettre aux autres membres de la société de jouir de ces mêmes droits. » Ainsi, la
Déclaration considère la loi comme une « expression de la volonté générale » destinée à
soutenir cette égalité des droits et à interdire « seulement les actes nuisibles pour la société ».

Les Nations Unies

La Seconde Guerre mondiale avait fait rage de 1939 à 1945, laissant derrière elle des villes
d’Europe et d’Asie en ruines. Des millions de personnes étaient mortes, des millions d’autres
étaient sans foyer ou mouraient de faim. L’étau des forces russes se refermait sur les derniers
sursauts de la résistance allemande dans la capitale détruite par les bombardements, Berlin.
Dans le Pacifique, les marines américains luttaient toujours contre les forces japonaises
retranchées sur des îles comme Okinawa.
En avril 1945, les délégués de cinquante pays se sont réunis à San Francisco, pleins d’optimisme
et d’espoir. Le but de la Conférence des Nations Unies sur l’organisation internationale était de
créer un corps international pour promouvoir la paix et éviter defutures guerres. Les idéaux de
l’organisation ont été énoncés dans le préambule du projet de charte : « Nous, les peuples des
Nations Unies, sommes déterminés à sauver les générations successives du fléau de la guerre,
qui, par deux fois dans notre vie, a apporté la douleur à l’humanité. »
La charte de l’ONU nouvellement créée est entrée en vigueur le 24 octobre 1945, date qui
est célébrée tous les ans comme Journée des Nations Unies.
La Déclaration universelle des droits de l’Homme (1948) 

En 1948, la nouvelle Commission des droits de l’Homme des Nations Unies a attiré l’attention
du monde. Sous la présidence dynamique d’Eleanor Roosevelt — veuve du président Franklin
Roosevelt, ardente défenderesse des droits de l’Homme et déléguée des États-Unis auprès de
l’ONU — la Commission a formulé le document qui allait devenir la Déclaration universelle des
droits de l’Homme. Eleanor Roosevelt, qui l’a inspirée, en parlait comme de la Grande
Charte internationale pour toute l’humanité. Elle a été ratifiée par l’ONU le 10 décembre 1948.
Dans son préambule et dans son article 1, la Déclaration proclame sans équivoque les droits
inhérents à tous lesêtres humains : « Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits
de l’Homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité,
l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la
terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme... Tous les
êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. »
Les pays membres des Nations Unies se sont engagés à collaborer afin de promouvoir les 30
articles des droits de l’Homme qui, pour la première fois dans l’histoire, ont été assemblés et
codifiés dans un document unique. En conséquence, nombre de ces droits, sous différentes
formes, font aujourd’hui partie des lois constitutionnelles des pays démocratiques.

Les sources régionales des droits de l’homme :


La charte arabe des droits de l’homme

La dimension de cette charte n’est pas juste géographique, mais aussi religieuse. Cette Ligie
illustre bien le relativisme des droits de l’homme.

En 1994, au Caire, on adopte la Charte arabe des droits de l’homme. Cette Charte comporte des
droits classiques. Le mécanisme de contrôle prévoit une Commission permanente, comme à
l’ONU.Le point de distinction, c’est la référence directe à la religion musulmane.« Les droits de
l’homme de l’Islam sont enracinés dans la conviction que Dieu, et Dieu seul est l’auteur de la
loi » : tous les droits de l’homme sont interprétés au regard de l’Islam. On trouve donc un
encadrement des convictions, des pensées religieuses. Les libertés de la femme, elles, sont
interprétées au regard du Coran.

Le cadre normatif interne des droits de l’homme au


Maroc :
Le processus de mise en place du cadre normatif des droits de l’Homme, engagé depuis les
années quatre-vingt-dix, a connu une accélération du rythme des réformes à travers, l'adoption
de nouvelles lois, l'harmonisation de la législation nationale avec les instruments internationaux
auxquels le Maroc est partie, la création de structures gouvernementales et d'institutions
nationales de suivi et de mise en oeuvre des droits de l’Homme et la valorisation constante du
rôle de la société civile, considérée comme un partenaire à part entière.
Ce cadre a été encore plus renforcé  à travers la dernière constitution marocaine du 29 juillet
2011 qui consacre encore plus les droits de l’homme et en leur conférant pour la première fois
tout un titre dans le corps même des articles de la constitution alors qu’ils n’était que
mentionné dans le préambule de la constitution de 1996.

A - Dispositions constitutionnelles
La constitution de 1996 :
Le Royaume du Maroc adhère aux principes des droits de l’Homme, dans leur acception
universelle, et le préambule de sa Constitution dispose que : « conscient de la nécessité
d’inscrire son action dans le cadre des organismes internationaux dont il est un membre actif et
dynamique, le Royaume du Maroc souscrit aux principes, droits et obligations découlant des
chartes desdits organismes et réaffirme son attachement aux droits de l’Homme, tels qu’ils sont
universellement reconnus ».
La Constitution du Royaume garantit un ensemble de droits, et consacre notamment, l’égalité
de tous les marocains devant la loi (art. 5) ; le libre exercice des cultes (art. 6) ; l’égalité entre
l’homme et la femme dans l’exercice des libertés et droits civils, politiques et syndicaux (art. 8 &
9) ; le droit à l’éducation et au travail (art. 12 & 13) ; le droit de propriété et la liberté
d’entreprendre, sans discrimination aucune (art. 15), la liberté de circuler, la liberté d’opinion, la
liberté d’expression sous toutes ses formes, la liberté d’association (art. 9).
De même, la Constitution affirme l’indépendance de l’Autorité Judiciaire et consacre un
ensemble de principes fondamentaux, tels que le multipartisme. La réforme constitutionnelle de
1996, a élargi les prérogatives du Parlement, des commissions parlementaires d’enquête
peuvent être constituées, et un Conseil Constitutionnel a été créé pour contrôler la
constitutionnalité des lois et la régularité des élections législatives et des référendums.
La constitution de 2011 :
La constitution de 2011 va encore plus loin car elle consacre son deuxième titre aux libertés et
droits fondamentaux consacrant ainsi les droits de l’homme dans leur expression la plus
souveraine et de façon détaillée
Le droit à la vie art.20, le droit à la sécurité art.21,le droit à la dignité physique et psychique art
22, le droit d’information art.27……..etc.
B- Textes législatifs relatifs à la promotion et la protection des droits de l’Homme
Les principes constitutionnels soulignés ci-dessus sont consacrés par la législation marocaine,
qui a enregistré au cours des dernières années, une évolution considérable dans le sens de la
consécration de la volonté nationale de promotion des droits de l’Homme.
De nouveaux textes législatifs ont été adoptés, d’autres amendés, notamment pour : consacrer
l'égalité entre l'homme et la femme et préserver les droits de l'enfants (loi sur la kafala - recueil
légal des enfants abandonnés -, 2002 ; code de la famille, 2004 ; code du travail, 2003 ; loi sur
l'état-civil, 2002 ; code de la nationalité marocaine, 2007) ; protéger les libertés publiques et
individuelles et garantir un procès équitable (code de procédure pénale, 2003 ; loi organique sur
l'immunité parlementaire, 2004 ; loi supprimant la cour spéciale de justice, 2004) ; renforcer la
protection pénale de l'intégrité physique et morale des personnes (modification du code pénal
incriminant la torture, 2006 ; modification du code pénal sanctionnant la violence conjugale et le
harcèlement sexuel, 2003).
Les nouveaux textes législatifs ont également concerné l'amélioration des conditions de
détention (réforme de la législation pénitentiaire, 1999), la lutte contre les nouvelles formes de
criminalité (modifications du code pénal pour lutter contre le terrorisme ; la criminalité
organisée, 2005 ; et le blanchiment d'argent, 2007), et l'élargissement du champ des libertés
publiques (réforme du code des libertés publiques, loi relative aux partis politiques, 2006).
D’autres textes sont en cours d’élaboration, tel que celui réformant le code de la presse et le
projet de loi sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes.

C- Instruments internationaux ratifiés ou signés en matière de droits de l’Homme


Le Maroc est partie aux deux Pactes internationaux sur les droits civils et politiques et sur les
droits économiques, sociaux et culturels, aux Conventions pour l’élimination de toutes les
formes de discrimination raciale, la lutte contre la torture et la lutte contre toutes les formes de
discrimination à l’égard des femmes, les droits des travailleurs migrants et les membres de leur
famille, les droits de l’enfant et ses deux protocoles facultatifs ainsi qu’aux Conventions de La
Haye et de Genève relatives au droit international humanitaire.
Le Maroc a signé en 2000, le Statut de Rome instituant la Cour Pénale Internationale (CPI). Il a,
par ailleurs, signé en février 2007, la Convention Internationale pour la protection des personnes
contre toutes les formes des disparitions forcées et, en mars 2007, la Convention internationale
sur les droits des personnes handicapées. Il a également ratifié 48 conventions internationales
du travail, dont 7 parmi les conventions fondamentales de l’OIT.
D-Jurisprudence
Dans le cadre de l’application des dispositions des conventions internationales, le juge marocain
confirme, à travers plusieurs décisions de justice, la primauté des dispositions du droit
international des droits de l’Homme par rapport aux lois nationales. Cette tendance est appelée
à s’intensifier en raison de la nouvelle orientation du cursus de formation des magistrats, qui
s’est renforcé par l’introduction de modules portant sur les droits de l’Homme et la diffusion du
contenu des conventions internationales.
C’est ainsi que la Cour de cassation a consacré, dans plusieurs arrêts, la primauté de la règle
internationale, notamment dans l’arrêt 426 du 22 mars 2003, dans lequel la haute juridiction a
appliqué l’art. 11 du Pacte international des droits civils et politiques (interdiction de la
er
contrainte par corps pour une obligation contractuelle). En outre, dans son arrêt du 1 octobre
1976, elle a confirmé la décision de la Cour d’appel de Rabat, se basant sur la convention
maroco-française du 2 octobre 1956 et son protocole additionnel du 20 mai 1965, pour préciser
que l’ignorance de la langue arabe ne constitue pas un handicap à l’inscription sur le tableau de
l’un des barreaux du Maroc. Dans le même sens, cette Cour (arrêt 754 du 19 mai 1999) a
souligné que la convention des Nations Unies, relative au transport de marchandises, signée à
Hambourg le 31 mars 1978 et à laquelle le Maroc a adhéré le 17 juillet 1978, s’applique depuis le
er
1 novembre 1992 et qu’à compter de cette date, elle a force de loi à l’échelle nationale.
Aussi, la Cour d’appel de Casablanca, dans son arrêt 1413 du 23 mai 2007, s’est-elle basée sur
l’arrêt précité de la Cour suprême, pour souligner que « attendu que la convention
internationale est une norme particulière dont l’application prime sur le droit interne - qui, dans
le cas d’espèce, n’est autre que le code de statut personnel et code de la famille qui a une
norme générale -, et ce conformément au principe de la primauté de ces conventions, qui a été
affirmé par la Cour suprême dans son arrêt n° 754 du 19 mai 1999 ».
Le Tribunal administratif de Rabat, se référant à l’article 18 du Pacte international des droits
civils et politiques, a estimé que le droit à l’enseignement était non seulement un droit
constitutionnel, mais aussi un droit universellement reconnu. Dans le même sens, celui de
Meknès s’est référé au Pacte concernant le respect de la libre circulation des personnes. Ces
jugements ont été confirmés par la Cour suprême.
Aussi, faut-il souligner que plusieurs textes législatifs et réglementaires reconnaissent de
manière explicite la primauté de la norme internationale sur le droit interne. Il en est ainsi du
nouveau Code de procédure pénale, de la Loi sur l’exercice de la profession d’avocat et du Code
de la nationalité.

Les fondements philosophiques et politiques des droits de


l’homme

 L’école du droit naturel et l’école du droit des gens. La première parle d’un droit qui
préexiste, de règles éternelles. Pour St Thomas d’Acquin, il existe une loi naturelle,
humaine à côté de la loi divine.L’école du droit des gens a aussi influencé les
révolutionnaires, en donnant naissance au droit international public, avec Suarez,
Vitoria, Grotius… Ils sont à la base du droit international du des droits de l’homme.
L’idée est que si la guerre est vraiment indispensable, il faut au moins en limiter les
effets ; on ne peut faire n’importe quoi des êtres humains. Les humains s’associent
au travers d’un contrat social. Hobbes (Léviathan, 1651) dit qu’avec ce contrat social,
les hommes abandonnent la liberté au profit de la sécurité : c’est donc un contrat
restrictif. Locke (Essai sur le Gouvernement Civil, 1669), au contraire, admet le
contrat social, mais pas la restriction des libertés, qui demeurent, étant juste
réglementées.
 Les Lumières, surtout avec Montesquieu, qui aurait théorisé la séparation des trois
pouvoirs : cette idée est une sorte de dogme pour les révolutionnaires, pour lesquels
le pouvoir doit arrêter le pouvoir. Voltaire, lui, a influencé par sa tolérance, son idée
du respect des autres. Rousseau (Le Contrat Social, 1762) a eu une grande influence,
l’article 1 de la DDHC étant directement inspiré du « Contrat Social » : la naissance
même donne la liberté. Mais aussi, l’organisation de la société repose sur la loi, qui
est expression de la volonté générale : c’était un dogme pour Rousseau, c’est l’article
6 de la DDHC. Pour les révolutionnaires, il ne peut y avoir d’autre parole que celle du
Parlement, qui ne se trompe jamais ; il faut attendre 1958 pour abandonner ce
légicentrisme.
 Les Physiocrates, qui mettent en avant l’aspect économique des droits de l’homme et
des libertés fondamentales. Le principal aspect est le droit de propriété, avec
Mirabeau, Mercier de la Rivière, A. Smith.
 La conception marxiste: l'idée de ce courant prévaut que l'existence des droits est
conditionné par une certaine intervention de l'Etat dans le domaine éco et social. le
marxisme est un matérialisme. il ne croit donc pas en une nature humaine
transcendante et abstraite; d'ou découleraient des D.H. Pour lui les droits naturels
n'existent pas. Les seuls droits dont il reconnait la réalité sont les droits positifs,
posés par les acteurs juridiques. Cette conception part du principe que la liberté n'est
pas donnée à l'homme, c'est une conquête liée aux transformations de la société.
Selon Marx, l'accession des individus aux droits et aux libertés réels suppose la
construction préalable de la société sans classes. la 1ère étape est celle de la
dictature de prolétariat - la seconde est celle de l'Etat socialiste - la 3ème est celle de
la société communiste.

LES GENERATIONS ET CATEGORIES DES DROITS

L'effort contemporain pour établir le respect des droit humains s'insère dans une lutte pour
réaliser l'émancipation des individus qui dure depuis des siècles. Chaque étape de l'histoire
de l'humanité a contribué à élargir le concept des droits humains.

En général, les spécialistes parlent de trois générations de droits qui se sont développées au
cours des siècles, à savoir :

1. les droits civils et politiques (droits de la première génération) ;


2. les droits économiques, sociaux et culturels (droits de la deuxième génération)
3. les droits des peuples ou droits de la solidarité (droits de la troisième
génération)
4. Dernièrement, quelques spécialistes distinguent une quatrième génération de droits :
Ceux des personnes vulnérables.

A- DROITS DE LA PREMIERE GENERATON : DROITS CIVILS


POLITIQUES

Parmi les droits civils et politiques, on trouve :

! le droit à la vie ;
! le droit à la dignité et à la sécurité de la personne
! le droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion et d'expression
! le droit de n'être ni torturé arrêté arbitrairement ou exilé ;
! le droit à la liberté de réunion et d'association ;
! le droit à l’égalité devant la justice ;
! le droit de vote et le droit d'accès aux responsabilités publiques ;
! le droit à la propriété privée ;
! le droit à une nationalité.
Cette conception d'abord essentiellement individualiste des droits a évolué avec le temps
pour finir par inclure également une dimension collective. C'est l'origine des droits
économiques, sociaux et culturels ou droits de la deuxième génération.

B- DROITS DE LA DEUXIEME GENERALE

Cette deuxième catégorie de droit apparaît au XIXème siècle, elle est liée à la sociale
démocratie qui cherche à intégrer l'égalité socio-économique à la liberté. L'intention est de
garantir les conditions sociales et culturelles qui permettront à chacun et à chacune de jouir
pleinement de tous ses droits.

Parmi les droits socio-économiques et culturels, on trouve :

! le droit au bien être ;


! le droit au travail et aux conditions d'emploi justes ;
! le droit à l'éducation ;
! le droit à la santé physique et mentale
! le droit à la syndicalisation et le droit de grève ;
! le droit à l'alimentation, aux vêtements, à l'habitation ;
! le droit à la culture ;
! le droit au repos et aux loisirs.

Ces deux générations de droits ont été énoncées sur le plan international dans la Déclaration
Universelle des Droit de l'Homme signée par les Nations Unies en 1948

C- DROIT DE LA TROISIEME GENERATION


Une troisième génération ou catégorie de droit se développe à partir des années 1970 en
réponse à la situation mondiale de notre époque. Certains auteurs l'appellent droits de la
solidarité.

Ces droits s'infèrent d'une conception planétaire qui tient compte de l'interdépendance
mondiale et du besoin d'établir un nouvel ordre politique et économique international. La
solidarité est considérée comme un élément nécessaire à la mise en application du respect
de ces droits. Etant donné l'état embryonnaire de leur formulation, on ne trouve pas encore
de texte universel qui les énonce dans leur ensemble, comme c'est le cas des deux premières
générations de droits.

Parmi les droits de cette génération, on trouve :

! le droit à la paix ;
! le droit à la libre détermination des peuples ;
3
! le droit des minorités ;
! le droit au développement ;
! le droit à un environnement sain et à l'utilisation de ses ressources naturelles ;
! le droit à un régime démocratique représentant l'ensemble des citoyens et des
citoyennes, sans distinction de race, de sexe, de croyances et de couleur.

D- QUATRIEME GENERATION

Finalement, une quatrième génération ou catégorie de droits a pris forme durant les
dernières décennies. Il s'agit des droits des personnes vulnérables, à savoir ; les handicapés,
les personnes âgées et les enfants. Tout comme dans le cas précédant,
il n'existe pas encore de texte universel qui énoncerait ces droits dans leur ensemble. En ce
qui concerne les enfants, une convention sur les droits des enfants vient d'être signée
en1989 par les Nations Unies à l'occasion du trentième anniversaire de la Déclaration des
Droits des enfants de 1959. Cette convention vient compléter la Déclaration de 1959.

Parmi les droits des enfants, on trouve :

! le droit à la protection contre toute forme de négligence, de cruauté, d'exploitation, de


discrimination ;
! le droit à une éducation obligatoire et gratuite au moins aux niveaux élémentaire.
! Le droit à la santé physique et mentale ;
! Le droit aux jeux ;
! Le droit à un traitement juste et équitable ;
! Le droit des enfants handicapés à bénéficier des soins spéciaux et d'une éducation
appropriée.

Bien que ces diverses catégories de droits diffèrent par leur caractère et par leur système de
protection, les juristes s'entendent généralement pour affirmer que ces droits sont de
même nature, c'est-à-dire qu'ils sont inhérents à la dignité humaine.
En d'autres termes, aucune hiérarchisation qui voudrait justifier la présence d'une catégorie
de droits sur une autre n'est admissible. Ces droits sont tous reliés entre eux ; ils sont
interdépendants et constituent un tout.

CHAPITRE 2 : LE REGIME JURIDIQUE DE PROTECTION DES


DROITS DE L’HOMME AU MAROC

Ce chapitre sera consacré à l’étude du régime juridique des droits de l’homme et sa


matérialisation et ce, à deux niveaux : l’étude des institutions chargés de la protection et
l’étude Les droits de l’homme et à travers l’étude du dispositif légale permettant la
consécration des droits de l’homme.

Au niveau institutionnel
Les Droits de l’homme peuvent être mis en danger par le privé comme par le public. Il y a
donc des dispositifs pour protéger ces droits, pour sanctionner les violeurs.
Il y a protection contre toutes les autorités publiques. Il y a une grande diversité des
protecteurs de ces droits.

Les premiers protecteurs sont les juges, qui peuvent prendre des sanctions. Selon les pays,
on peut avoir un seul ordre juridictionnel avec des branches spécialisées à l’intérieur
(Grande-Bretagne), ou plusieurs ordres juridictionnels séparés (Maroc et France).

De plus, il y a des juges constitutionnels. Puis il y a des institutions spécialisées de nature


plus ou moins administrative : Médiateur, CNDH…

En outre, il y a diversité des modalités de protection. Cette dernière peut être


juridictionnelle- c’est-à-dire comporter un contentieux –ou non juridictionnelle –dans ce cas,
elle est plutôt administrative. Mais aussi, il y a des protections politiques ou sociétales.

 La protection nationale
A. Les moyens non juridictionnels
1. Les recours administratifs
Le recours administratif trouve son fondement actuel en droit marocain à travers les
dispositions de l’article 23 de loi n°41-90 instituant les tribunaux administratifs qui
dispose : «  que Les recours en annulation pour excès de pouvoir contre les décisions des
autorités administratives doivent être introduits dans le délai de soixante jours à compter de
la publication ou de la notification à l'intéressé de la décision attaquée. Toutefois, les
intéressés ont la faculté de saisir, avant l'expiration du délai visé à l'alinéa précédent,
l'auteur de la décision d'un recours gracieux ou de porter devant l'autorité administrative
supérieure un recours hiérarchique. Dans ce cas, le recours au tribunal administratif peut
être valablement présenté dans le délai de soixante jours à compter de la notification de la
décision expresse de rejet, total ou partiel, du recours administratif préalable. Le silence
gardé plus de 60 jours par l'autorité administrative sur le recours gracieux ou hiérarchique
vaut rejet. Si l'autorité administrative est un corps délibérant, le délai de 60 jours est
prolongé, le cas échéant, jusqu'à la fin de la première session légale qui suivra le dépôt du
recours. Lorsque la réglementation en vigueur prévoit une procédure particulière du recours
administratif, le recours en annulation n'est recevable qu'à l'expiration de ladite procédure et
dans les mêmes conditions de délais que ci-dessus. Le silence conservé pendant une période
de 60 jours par l'administration à la suite d'une demande dont elle a été saisie équivaut sauf
disposition législative contraire, à un rejet. L'intéressé peut alors introduire un recours devant
le tribunal administratif dans le délai de 60 jours à compter de l'expiration de la période de
60 jours ci-dessus spécifiée. Le recours en annulation n'est pas recevable contre les décisions
administratives lorsque les intéressés disposent pour faire valoir leurs droits du recours
ordinaire de pleine juridiction. »

Il y a plusieurs types de recours administratifs :

 Recours gracieux : c’est une demande à l’autorité ayant pris la décision de revenir
sur sa décision.
 Recours hiérarchique : on s’appelle au supérieur hiérarchique de celui qui a pris la
décision, pour qu’il revienne sur la décision de son subalterne. C’est difficile, car
souvent même le supérieur n’a le droit de revenir sur la décision du subalterne.
Les recours administratifs, en fait, permettent d’éviter le recours au juges. C’est un moyen
de chercher un règlement différent du litige, avec une marge plus large pour la conciliation,
pour l’arbitrage. Cette procédure, dite « administrative non contentieuse »

2. Le droit de pétition
Dans les constitutions modernes, y compris celles des démocraties occidentales, l’occasion

est rare de voir figurer des entités comme la société civile. Dans la quasi-totalité des cas,
celle-ci ne transparaît qu’indirectement à travers la liberté d’association ou le droit de
pétition qui se veulent des outils classiques pour permettre au pouvoir civil d’agir et
d’influencer l’action des pouvoirs publics. Sur ce registre, le constituant marocain de 2011 a
fait œuvre de pionnier en consacrant textuellement la société civile comme entité titulaire
du droit de cité, au même titre que les autres institutions constitutionnelles.

Ainsi, sur le premier registre, l’article 12 de la Constitution de 2011 ne souffre aucune


ambigüité : « Les associations de la société civile et les organisations non gouvernementales
se constituent et exercent leurs activités en toute liberté, dans le respect de la Constitution
et de la loi. Elles ne peuvent être suspendues ou dissoutes par les pouvoirs publics qu’en
vertu d'une décision de justice ». Outre le principe de libre exercice des activités, la nouvelle
Constitution institue le principe de partenariat entre les deux secteurs, public et civil. À ce
titre, et comme le précise l’alinéa 3 du paragraphe 12, « Les associations intéressées à la
chose publique, et les organisations non gouvernementales, contribuent, dans le cadre de la
démocratie participative, à l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des décisions et
des projets des institutions élues et des pouvoirs publics ». Plus encore, la mise en place de
ce partenariat revêt le caractère d’une obligation à la charge des autorités qui doivent, en
vertu de l’article 13 de ladite Constitution, œuvrer « (…) à la création d’instances de
concertation, en vue d’associer les différents acteurs sociaux à l'élaboration, la mise en
œuvre, l’exécution et l'évaluation des politiques publiques ».

Sur le second registre, le droit de regard dont disposent les organisations de la société civile
se trouve notamment conforté par la consécration du droit de pétition qui peut être défini
comme le droit accordé aux citoyens de faire une demande directe au souverain ou au
représentant de l’exécutif.

Il s’agit d’un mécanisme éprouvé de démocratie participative, le droit de pétition est


formellement institutionnalisé par l’article 15 de la Constitution. Il permettra, à ce titre, aux
citoyens marocains d’adresser, à titre individuel ou collectif, des requêtes aux autorités
nationales en vue d’attirer leur attention sur des questions d’intérêt général. Saisi sous ce
rapport, le droit de pétition constituera un moyen de moralisation de l’action publique
autant qu’un rempart contre des mesures supposées inopportunes sur le plan économique,
social ou politique.

3. Le médiateur
Au Maroc, les Sultans ont disposé d’institutions chargées de redresser les torts et les
préjudices occasionnés par des dysfonctionnements administratifs ou par une mauvaise
application de la loi. Ces institutions portaient différentes appellations :

• Wilayat Al Madhalim : exercée par le Sultan lui-même, le Sultan My Ismail réservait une
journée par semaine (mardi) pour traiter les doléances des citoyens ;

• Wizir des chikayates : depuis My Hassan 1er ;

• Bureau de recherche et d’orientation, relevant du Palais Royal depuis 1956 (SM


Mohammed V) ;

• Diwan Al Madhalim, depuis 2001, sous le règne de SM le Roi Mohammed VI.

• Institution du Médiateur créée le 17 mars 2011 en remplacement de Diwan Al Madhalim


sous le règne de SM le Roi Mohammed VI.

Statut :
Le médiateur est une institution nationale, indépendante et spécialisée, créée par le Dahir
n°1-11-25 du 17 Mars 2011. Le recours à l’institution du médiateur se fait gratuitement et
sans frais. Le recours à l’institution du médiateur n’a pas pour effet d’interrompre ou de
suspendre les délais de prescription et de recours prévus par la loi.

Missions :
• Contribuer au renforcement de la primauté du droit et à la propagation des principes de
justice et d’équité ;
• Procéder à la diffusion des valeurs de la moralisation et de la transparence dans la gestion
des services publics ;
• Promouvoir une communication efficiente entre les citoyens et l’administration.

Attributions :
• Instruire, soit de la propre initiative du médiateur, soit sur plaintes ou doléances dont il est
saisi, les cas qui porteraient préjudices à des personnes physiques ou morales marocaines ou
étrangères en raison de tout acte de l’administration, qui soit une décision implicite ou
explicite, notamment lorsqu’il est entaché d’excès ou d’abus de pouvoir ou contraire aux
principes de justice et d’équité ;
• Procéder soit de la propre initiative du médiateur ou sur demande de règlement de
différend présentée par l’administration ou le plaignant, à toute médiation et conciliation en
vue de rechercher des solutions équitables et équilibrées au différend entre les parties ;
• Erigée en force de proposition.

Moyens d’intervention :
• Mener des enquêtes et des investigations pour s’assurer de la véracité des faits ;
• Engager des poursuites disciplinaires ou saisir le parquet, conformément aux dispositions
de la loi ;
• Présenter des recommandations concernant l'assistance judiciaire à apporter notamment
aux personnes les plus démunies et aux personnes en situation de précarité

4. Le Conseil National des Droits de l’homme

le Conseil national des droits de l'homme est, selon les termes du Dahir n° 1-11-19
du 3 mars 2011 l'ayant créé , une institution pluraliste et indépendante chargée de connaître
de toutes les questions relatives à la défense et à la protection des droits de l’homme et des
libertés, à la garantie dans leur exercice et à leur promotion, ainsi qu’à la préservation de la
dignité, des droits et libertés individuelles et collectifs des citoyens et c'est dans un respect
stricte des références nationaux et universels en la matière1.
Il a remplacé le Conseil consultatif des droits de l'homme créé en 1990 par le Roi Hassan II.

Le Conseil national des droits de l’Homme a vu ses missions s’élargir en matière de


protection des droits de l’Homme en vertu du dahir du 1er Mars 2011. Le nouveau mandat
du Conseil se distingue aujourd’hui des anciens mandats en matière de protection des
libertés individuelles et collectives des citoyens par l’intervention par anticipation, ainsi
qu'un mandat régional distribué sur 13 régions du Royaume.
Le Conseil national des droits de l’Homme intervient en matière de protection à cinq
niveaux :
1- Le monitoring
Le Conseil national des droits de l’Homme veille à l’observation, à la surveillance et au suivi
de la situation des droits de l’Homme aux niveaux national et régional. Ainsi, chaque
commission régionale dispose d’un service de protection qui a pour mission de faire le suivi
de la situation des droits de l’Homme au niveau de la région ainsi que le traitement des
plaintes émanant des citoyens.
Le Conseil effectue également, dans le cadre de l’exercice de ses missions en matière de
protection des droits de l’Homme, des visites aux lieux de détention et aux établissements
pénitentiaires et surveille la situation des détenus et le traitement qui leur est réservé, ainsi
qu’aux centres de protection de l’enfance et de la réinsertion, les établissements hospitaliers
spécialisés dans le traitement des maladies mentales et psychiques et aux lieux de rétention
des étrangers en situation irrégulière.
Il élabore des rapports sur les visites qu’il a effectuées, faisant état de ses observations et de
ses recommandations visant à améliorer les conditions des détenus et des pensionnaires
desdits centres, établissements et lieux et les soumet aux autorités compétentes.
Les autorités publiques concernées sont tenues d’accorder au Conseil toutes les facilités à
même de lui permettre de s’acquitter de ses missions dans les meilleures conditions.
2- le traitement des plaintes
Le CNDH reçoit les plaintes des citoyens et examine les cas des violations des droits de
l’Homme.
Le Conseil procède, dans le cadre du suivi des plaintes dont il est saisi, à l’information des
plaignants concernés et à leur orientation et, dans la limite de ses compétences, prend
toutes les mesures nécessaires en vue de les assister.
Comme stipulé dans le règlement intérieur du Conseil, les plaintes sont adressées au
président du Conseil national des droits de l'Homme, directement par le/la plaignant(e) ou
par son (sa) représentant(e) à cet effet. Elles sont déposées auprès du secrétaire général du
Conseil, comme elles peuvent être envoyées par courrier recommandé, ou par tout autre
moyen jugé approprié à cet effet, au Conseil.
Une plainte recevable doit :
- Etre faite par écrit. Toutefois, le/la plaignant(e) ou son (sa) représentant(e), peut, à défaut,
la présenter oralement. Dans ce cas, elle est consignée et enregistrée par les services
compétents du Conseil. Une copie en est délivrée au (à la) plaignant(e) ;
- Etre signée par le/la plaignant(e) en personne, ou par son (sa) représentant(e) ;
- Etre accompagnée, le cas échéant, des preuves et des documents justificatifs en la
possession du (de la) plaignant(e) ;
- Relater, si nécessaire, les démarches entreprises par le/la plaignant(e) auprès d’autres
instances.
L’article 55 du règlement intérieur stipule que les services compétents du Conseil remettent
au (à la) plaignant(e) ou à son/sa représentant(e) un récépissé provisoire contenant les
informations suivantes:
- La procédure de traitement de la plainte ;
- Le nom, le numéro de téléphone et le courrier électronique du responsable chargé du
traitement de la plainte ;
- Une formule indiquant que l’examen de la plainte ne peut ni arrêter ni suspendre les délais
de prescription ou de recours en révision, prévus par la loi.
Le Conseil peut, dans le cadre du suivi des plaintes qui lui sont soumises :
- Demander au (à la) plaignant(e) ou à son/sa représentant(e), ou aux autorités concernées
toute donnée jugée nécessaire ;
- Examiner les différents preuves, documents et données accompagnant la plainte ;
- Inviter le/la plaignant(e) ou son représentant, ou l'autorité concernée à participer à la
séance d’audition, que ce soit à titre individuel ou collectif.
Les parties susmentionnées sont convoquées sept jours avant la date de l'audition.
Il est créé, dans le cadre de cette procédure, une commission ad-hoc chargée de l’audition
des parties concernées.
Cette commission, présidée par le président du Conseil ou par son représentant, se compose
des membres suivants :

 Le secrétaire général du Conseil ;


 Le (la) responsable de la structure administrative chargée de la protection ou son/sa
représentant(e) ;
 Un membre du Conseil nommé par le président ;
Le (la) responsable de la structure administrative chargée de la protection ou son/sa
représentant(e), dresse au plus tard sept jours suivant la date de l'audition, un rapport
contenant les recommandations qui seront soumises à la présidence et au secrétariat
général du Conseil.
3- la médiation et intervention
Par anticipation Le Conseil peut, dans le cadre des missions qui lui sont dévolues et en
coordination avec les autorités publiques concernées, l’institution chargée de la promotion
de la communication entre le citoyen et l’Administration et les associations œuvrant dans le
domaine des droits de l’Homme, intervenir par anticipation et d’urgence chaque fois qu’il
s’agit d’un cas de tension qui pourrait aboutir à une violation individuelle ou collective des
droits de l’Homme et ce, en déployant tous les moyens nécessaires de médiation et de
conciliation qu’il juge appropriés.
4- les enquêtes et investigations
Le CNDH peut procéder aux investigations et enquêtes nécessaires chaque fois qu’il dispose
d’informations confirmées et fiables sur la survenance de ces violations, et ce, quelle qu’en
soit la nature ou l’origine.
Il élabore, des rapports sur ses observations, ses conclusions et ses recommandations et les
soumet à l’autorité compétente. Le Conseil peut inviter, s’il y a lieu, les parties concernées et
toute personne dont le témoignage peut éclairer le Conseil, pour les auditionner et
compléter ainsi les informations et les données relatives aux violations examinées.
Le Conseil peut également demander aux administrations et aux institutions concernées de
lui transmettre des rapports spéciaux ou des éléments d’information sur les plaintes dont il
connaît ou les cas examinés par lui de sa propre initiative.
5- le reporting et la pratique conventionnelle
Le Conseil national des droits de l’Homme émet son avis sur toute question relevant de son
domaine de compétence, qui lui a été soumise par Sa Majesté le Roi. Le CNDH soumet à Sa
Majesté le Roi, des propositions ou des rapports spéciaux et thématiques sur tout ce qui est
de nature à contribuer à une meilleure protection et à une meilleure défense des droits de
l'Homme.
Il soumet à Sa Majesté un rapport annuel sur l'état des droits de l'Homme ainsi que sur le
bilan et les perspectives d'action du Conseil. Lequel rapport est publié au « Bulletin officiel».
Le président du Conseil informe l’opinion publique, les organisations et les instances
nationales et internationales concernées par les droits de l’Homme, du contenu dudit
rapport.
Il présente devant chacune des chambres du Parlement, en séance plénière, un exposé
synthétique du contenu dudit rapport, et ce, après en avoir saisi leurs présidents respectifs.
Concernant l’intervention du Conseil dans le domaine de la pratique conventionnelle, le
Conseil contribue, en coordination avec les autorités compétentes, à la mise en œuvre des
mécanismes prévus par les conventions internationales relatives aux droits de l'Homme et
les protocoles facultatifs ou additionnels que le Royaume du Maroc a ratifiés ou auxquels il a
adhéré.

B- les moyens juridictionnels


1- La justice constitutionnelle
Si l’institution de la justice constitutionnelle au Maroc, ébauchée dans le projet de
Constitution de 1908 est relativement ancienne, c’est la Constitution de 1962 qui l’a
inaugurée dans la réalité sous une forme moderne en créant au sein de la Cour suprême une
Chambre constitutionnelle chargée de contrôler la constitutionnalité des lois organiques
avant leur promulgation et celle des règlements intérieurs du Parlement avant leur mise en
application. En outre l’article 103 de la même Constitution attribuait à la Chambre
constitutionnelle le pouvoir de statuer « sur la régularité de l’élection des membres du
Parlement et des opérations du référendum ». .

Composée de cinq à sept membres suivant que le Parlement est monocaméral ou bicaméral
et présidée par le premier président de la Cour suprême, la Chambre constitutionnelle a
exercé ses compétences pendant une trentaine d’années, totalisant avec la commission
constitutionnelle provisoire mise en place au cours de deux périodes, du 11 au 20 juin 1963
et du 9 octobre 1970 au 20 octobre 1977, huit cent vingt décisions prises aussi bien dans le
domaine du contrôle de constitutionnalité que dans celui du contentieux électoral.

Cette longue maturation de l’expérience de la justice constitutionnelle devait aboutir en


1992, dans le cadre de la révision de la Constitution, à une profonde transformation de
l’institution de contrôle tant au plan de l’organisation qu’au plan des compétences. Un
nouvel organe, le Conseil constitutionnel, est crée en remplacement de la Chambre
constitutionnelle de la Cour suprême. Il s’individualise par son indépendance par rapport à la
Cour suprême et aux autres institutions. 

Composé de neuf puis de douze membres, sa compétence et sa saisine sont élargies. Il se


trouve désormais compétent pour statuer sur la conformité à la Constitution non seulement
des lois organiques et des règlements intérieurs du Parlement, mais également des lois
ordinaires, et peut être saisi de ces dernières par le quart des membres de chacune des
chambres du Parlement.

Le Conseil constitutionnel est régi par la Constitution, qui définit notamment les bases de
son organisation, ses attributions essentielles ainsi que l’autorité de ces décisions, et par les
lois organiques dont l’une, sur invitation de la Constitution, détermine les règles touchant les
divers aspects de son organisation et de son fonctionnement. 

A partir de 2011 le Conseil Constitutionnel a été remplacé par la Cour Constitutionelle.

La Cour constitutionnelle marocaine est composée de douze membres ; six nommés par le
Roi pour une durée de neuf ans et six désignés pour la même durée, moitié par le Président
de la Chambre des Représentants (chambre basse), moitié par le Président de la Chambre
des conseillers (chambre haute), après consultation des groupes parlementaires. Chaque
catégorie de membres est renouvelable par tiers tous les trois ans.

La justice constitutionnelle agit notamment à travers de l’examen de la conformité des lois à


la Constitution qui porte, obligatoirement, sur les lois organiques avant leur promulgation et
les règlements intérieurs des chambres parlementaires avant leur mise en application.
Depuis la Constitution de 1992, ce contrôle est extensible aux lois ordinaires sur saisine
facultative.

La publication au Bulletin officiel d’une décision du Conseil constitutionnel constatant qu’une


loi, organique ou ordinaire, n’est pas contraire à la Constitution met fin à la suspension du
délai de promulgation. Si cette décision refuse d’approuver une disposition d’une loi
organique, d’une loi ou d’un règlement intérieur, comme non conforme à la Constitution,
elle met obstacle à la promulgation ou à la mise en application de cette disposition.
Toutefois, si celle-ci est dissociable de l’ensemble du texte, il peut être procédé à la
promulgation ou la mise en application de celui-ci à l’exception de la disposition en cause. 

Une vue d'ensemble des décisions - plus de huit cent - rendues jusqu'à nos jours par le
Conseil constitutionnel, ne peut se faire qu'à travers les repères fonda- mentaux qui se
dégagent de l'apport jurisprudentiel général de ces décisions.
Placé dans le cadre d'un système constitutionnel qui poursuit les deux objectifs
fondamentaux de la démocratie et de l'État de droit, le Conseil a affirmé, à travers les
différentes compétences qui lui sont dévolues, un certain nombre d'éléments qui vont dans
le sens de ces objectifs.

Le Conseil a pu, ainsi, consacrer dans ses décisions relatives à la conformité à la Constitution
et au contentieux électoral, une série de principes et de règles relatifs soit aux institutions
constitutionnelles, soit aux individus en tant que citoyens.

Le Conseil a pu ainsi consacrer, même d'une façon indirecte, la liberté individuelle, en


annulant un décret-loi pour vice de forme, soulevé d'office par le Conseil, dû au non respect
de la procédure législative le concernant (37/1994). La décision d'annulation du décret-loi a
conforté ainsi, indirectement, les citoyens dans leurs droits et libertés dans le domaine de
l'information, soulevés par la requête et a obligé ainsi le Gouvernement à restituer aux
citoyens concernés des taxes indûment perçues dans ce domaine.

D'une façon générale, les libertés de caractère politique sont affirmées par le Conseil aussi
bien dans le contrôle de la conformité que dans le contentieux électoral. En examinant des
dispositions de lois organiques, le Conseil sanctionne ce qui semble admettre l'appartenance
politique comme condition de candidature aux élections parlementaires (475 et 476/2002).
Dans le domaine électoral, les affirmations des libertés et des droits sont récurrentes: liberté
de choix de candidats (97/1995), droits liés aux listes électorales, faisant que le manquement
de l'administration dans l'établissement et le renouvellement des listes électorales est
sanctionné pour avoir privé certains électeurs de leur droit de vote (404/2000), secret du
vote (793/2010) et droit de candidature protégé à l'égard de jugements erronés des
tribunaux ou d'actes administratifs irréguliers (471/2004). Dans ce sens, le Conseil sévit
toujours contre l'inapplication par l'administration des décisions de justice annulant les
décisions de rejet de candidature (185/1998, 795, 796 et 800/2010).

Par ailleurs, le Conseil veille d'une façon récurrente à la sincérité du scrutin au profit de sa
régularité, dans l'intérêt des électeurs et des candidats (plusieurs décisions dans ce sens).
Dans ce cadre, le Conseil s'est basé, par exemple, sur le contenu des communications
téléphoniques des candidats dont l'élection est contestée, pour établir - tout en s'assurant
que les écoutes de ces communications ont été effectuées conformément aux prescriptions
légales - qu'il y a eu violation de la régularité du scrutin et de sa sincérité.

Des principes de portée plus générale sont affirmés par le Conseil. À titre d'exemple: le
principe de présomption d'innocence a été consacré plusieurs fois par le Conseil, faisant
(entre autres) que le prévenu ne peut être astreint à faire une déclaration (586/2004), et
l'ordre public comme principe fondamental en matière électorale concernant des éléments
incontournables comme la sanction de l'inéligibilité même après désistement du requérant
(762/09).

Concernant le principe d'égalité, l'article 5 de la Constitution qui dispose que «Tous les
marocains sont égaux devant la loi » a été à maintes reprises rappelé et précisé par le
Conseil. Dans ce sens, ont été affirmés l'égalité de traitement entre les détenus (52/1995),
l'égalité entre candidats à l'élection (475/2002), l'égalité entre les électeurs (475/02) et le
droit d'accès de tous les citoyens, dans les mêmes conditions, aux fonctions et emplois
publics (382/2000).
2- Le role du juge judiciaire
Article 117 de la constitution (…………….)

L’organisation du contrôle et les domaines de compétence

La justice judiciaire est une organisation complexe de juridictions, chacune ayant sa spécificité.

Dans l’organisation judiciaire, il y a des juridictions répressives, d’autres non répressives. Il y a des
juridictions générales, d’autres spécialisées. Il y a les juridictions de premier degré, d’appel et de
cassation.

Les juridictions générales répressives oursuites. Cependant, ils n’ont pas le principe d’inamovibilité.

3- Le rôle du juge administratif


Les tribunaux administratifs sont régis par la loi 41-90 promulguée par le dahir n° 1-91-225
(22 rabie I 1414) du 10 septembre 1993 et le Dahir n° 1-06-07 du 15 moharrem 1427
portant promulgation de la loi n° 80-03 instituant des cours d'appel administratives (B.O.
n° 5400 du 2 mars 2006).

Organisation :

Les tribunaux administratifs, au nombre de 7, sont installés dans les principales régions du
Royaume. 
Leurs magistrats relèvent du statut de la magistrature mais font l’objet d’un recrutement et
d’une formation adaptés à leur fonction. 
Leurs assemblées générales définissent leur mode de fonctionnement interne. 
La juridiction est collégiale. Les audiences sont tenues et les jugements rendus par trois
magistrats. Lorsque le volume des affaires le rend nécessaire, le tribunal peut être divisé en
sections spécialisées dans certains types d’affaires. 
Le Président du tribunal administratif désigne parmi les magistrats du tribunal et sur
proposition de l’assemblée générale du tribunal, pour une période de deux ans, un ou
plusieurs commissaires royaux de la loi et du droit. 
Ces commissaires doivent présenter, en toute indépendance, à l’audience, des conclusions
sur chaque affaire. Ils contribuent à éclairer le tribunal sur le droit applicable et proposent
des solutions. Ils ne prennent pas part au jugement. Ils ne sont pas chargés de défendre
l’administration, mais doivent présenter une analyse objective et équilibrée de l’ensemble
des éléments de l’affaire et guider le tribunal vers une décision équitable et juridiquement
correcte. 
Attributions :

Les tribunaux administratifs sont compétents pour juger en premier ressort : 


• Les recours en annulation pour excès de pouvoir formés contre les décisions des autorités
administratives ; 
• Les litiges relatifs aux contrats administratifs ;
• Les actions en réparation de dommages causés par les actes ou les activités des personnes
publiques ;
• Les litiges nés à l’occasion de l’application de pensions et du capital décès des agents de
l’État, des collectivités locales, des établissements publics et du personnel de
l’administration de la Chambre des Représentants et de la Chambre des Conseillers ;
• Les contentieux fiscaux ;
• Les litiges électoraux ;
• La légalité des actes administratifs. 
Par dérogation aux règles de la compétence territoriale, le tribunal administratif de Rabat
statue sur deux sortes de litiges, quel que soit le domicile du défendeur. Est porté devant
lui : 
• Le contentieux relatif à la situation individuelle des plus hauts responsables administratifs,
ceux qui sont nommés par dahir ou par décret ;
• Le contentieux qui a pris naissance à l’étranger ou en haute mer et plus généralement en
tout lieu qui n’est pas inclus dans le ressort d’un tribunal administratif. 

- Référé-suspension, qui permet la suspension d’un ordre administratif


s’il y a urgence et s’il y a un doute sérieux sur la légalité de l’acte,
- Référé-liberté, où le juge peut ordonner toute mesure nécessaire à la
sauvegarde d’une liberté fondamentale. Cela permet d’empêcher les
actes administratifs qui auraient été irréversibles.
Le référé-liberté a permis de préciser la liberté d’aller et de venir en 2001, mais aussi le droit
de propriété, la liberté d’entreprendre…

On a donné aux juges un pouvoir d’injonction vers l’administration, afin que celle-ci soit
obligée de prendre des mesures.

Dahir n° 1-06-07 du 15 moharrem 1427 portant promulgation de la loi n° 80-03 instituant


des cours d'appel administratives (B.O. n° 5400 du 2 mars 2006).

Le régime de protection des droits de l’homme :


Il s’agira dans ce chapitre de l’étude non exhaustif du régime interne de protection des
droits de l’homme en droit positif marocain.
L’égalité des droits civils et politiques entre l’homme et la femme
En conformité avec les dispositions des instruments internationaux pertinents, notamment,
la Déclaration universelle des droits de l’Homme (Articles 2 et 7) et le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques (articles 23, 25 et 26) ainsi qu’avec la Constitution du
Maroc, notamment son préambule et son article 19, et en vue de concrétiser sa ferme
volonté politique, le Maroc a œuvré pour la consolidation progressive de l’égalité entre les
sexes en tenant compte des objectifs de la religion islamique et des impératifs d’ouverture
et de développement.
I - Egalité des droits civils
D’importants acquis dans le sens de la consécration de l’égalité entre les deux sexes à
travers la modification des dispositions juridiques régissant le statut de la femme au sein de
la famille. On peut citer les nouveautés suivantes :
a- Le nouveau Code de procédure pénale (loi n° 01-22 promulgué par le dahir n°1-02-
255 du 03 octobre 2003) a supprimé la disposition obligeant l’épouse qui déclare
vouloir se constituer partie civile contre son mari à y être autorisé par le tribunal.
b- Il a été procédé à la suppression des discriminations dans le code pénal par la loi n°
24-03 (promulguée par le dahir n° 1.03.207 du 11 novembre 2003) qui accorde à
chacun des deux époux le bénéficie de l’excuse atténuante en cas de meurtre,
blessures et coups commis par l’un sur la personne de l’autre, ainsi que sur le
complice, à l’instant où il les surprend en flagrant délit d’adultère (article 418).
Selon l’ancien texte, l’excuse atténuante était accordée au seul mari. L’égalité se
manifeste également dans la modification de l’article 491 qui prévoit la poursuite
par le ministère public, du conjoint qui, de notoriété publique, entretient des
relations adultères, au cas où son époux ou son épouse est éloigné du territoire du
Royaume ; cette intervention du ministère public n’était possible auparavant qu’à
l’encontre de la femme et non du mari.
c-Les grandes orientations du nouveau code de la famille ont été définies dans un
Discours Royal à l’occasion de l’ouverture de la deuxième année législative de la
septième législature du Parlement, le 10 octobre 2003. Ces orientations confèrent à
la femme le rang qu’elle mérite en lui rendant justice, en éliminant l’injustice dont
elle pâtissait, en la considérant désormais comme une partenaire de l’homme en
droits et obligations et en consacrant l’égalité entre les sexes. Il convient de citer à
cet égard:
- La famille est désormais placée sous la responsabilité conjointe des deux époux sur la
base du hadith selon lequel « les femmes sont égales aux hommes dans les dispositions ».
- L’âge du mariage est fixé uniformément à 18 ans pour la femme comme pour
l’homme.
- La fille, comme le garçon a la possibilité de choisir librement à l’âge de 15 ans la
personne à qui sa garde sera confiée.
- Les petits-enfants du côté de la fille peuvent hériter de leur grand-père, au même
titre que les petits-enfants du côté du fils, dans un souci de justice, sur la base de l’effort
jurisprudentiel en matière de legs obligatoire.
- La « wilaya » est désormais un droit de la femme majeure qui exerce son choix selon
sa propre volonté et son libre consentement.
II - Egalité au niveau des droits politiques
Malgré la consécration de l’égalité des droits politiques des deux sexes par les textes
juridiques, la contribution de la femme à la vie politique est demeurée limitée à son rôle
d’électrice, sans qu’elle participe activement au processus de prise de décision politique.
Quelles qu’en soient les raisons, cette situation a suscité des pressions pour l’adoption
de techniques électorales favorisant l’accès des femmes au parlement par une
discrimination légale positive en faveur de la femme. Cependant, certains considèrent cela
comme une sous-estimation de la femme et non comme une victoire.

Droit de l’individu à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne

La Déclaration universelle des droits de l’Homme consacre dans son article 3 le principe
selon lequel « tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne  ». Le
Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par notre pays stipule quant à
lui que « le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par la
loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie » (article 6, alinéa 1). Il ajoute que « dans
les pays où la peine de mort n’a pas été abolie, une sentence de mort ne peut être
prononcée que pour les crimes les plus graves, conformément à la législation en vigueur au
moment où le crime a été commis et qui ne doit pas être en contradiction avec les
dispositions du présent Pacte et avec la Convention pour la prévention et la répression du
crime de génocide… » (Article 6 alinéa 2).

La constitution aussi confirme ce droit dans son article 20

La peine de mort
Caractéristiques générales de la peine de mort dans la législation marocaine
D’après le code pénal, le législateur marocain considère la peine de mort comme étant une
peine et l’a placée au sommet de la hiérarchie. Malgré cette classification, il a essayé
d’atténuer la situation en octroyant au tribunal la possibilité de faire profiter l’accusé de
circonstances atténuantes, et appliquer une peine de prison à perpétuité ou une
incarcération de 20 à 30 ans sauf existence d’un texte juridique stipulant le contraire,
lorsqu’il s’avère que la peine de mort est une peine sévère en comparaison aux actes
commis par l’accusé ou au degré de sa criminalité.
De même la législation a prévu des alternatives législatives autorisant le tribunal à substituer
ou à atténuer la peine de mort suivant les circonstances. En effet, la peine de mort peut être
substituée par une autre peine allant de 10 à 15 ans de prison dans le cas d’actes attribués à
des mineurs.
Parallèlement à cette mesure, et dans le but de consolider les garanties procédurales
accompagnant le verdict de peine de mort, l’instruction est devenue obligatoire dans les
crimes punis par cette peine.

Des actes criminels punis par la peine de mort


Les actes criminels punis par la peine de mort dans la législation marocaine présents dans les
différents lois pénales se répartissent entre l’ensemble du code pénal qui regroupe la
majorité de ces crimes et qui se résument en catégories criminelles rassemblant
essentiellement les crimes terroristes, les crimes affectant le droit à la vie et à l’intégrité
physique des personnes, le recours aux moyens de torture, ou le fait de commettre des actes
barbares pour accomplir un acte considéré comme étant un crime , la provocation
d’incendie, la destruction en plus des crimes et des délits contre la sûreté intérieure ou
extérieure de l’Etat, ainsi que les crimes commis par les fonctionnaires contre l’ordre
public...
Le deuxième ensemble concerne les crimes qui sont regroupés dans la loi réprimant les
crimes contre la santé de la nation qui stipule : « seront punis de mort, ceux qui sciemment
ont fabriqué ou détenu, en vue d’en faire commerce, distribué, mis en vente ou distribué
des produits ou denrées destinées à l’alimentation humaine dangereuse pour la santé
publique".
Enfin, l’ensemble des crimes mentionnés dans le code de justice militaire pour les crimes
militaires.

L’exécution de la peine de mort dans la législation marocaine

Le législateur marocain a consacré à l’exécution de la peine de mort des dispositions


particulières réparties entre le code de procédure pénale et le décret d’application de la loi
organisant les institutions pénitentiaires. De manière générale on peut distinguer 2 étapes :
Etape antérieure à l’exécution de la peine de la mort
Vu la gravité de la peine de mort, le procureur général est tenu par la loi d’informer le
Ministre de la justice, en sa qualité de responsable de la politique pénale, immédiatement
après le prononcé du verdict de peine de mort car il s’agit d’une catégorie de condamnés
que le décret d’application de la loi organisant des institutions pénitentiaires a doté d’un
régime particulier. Les condamnés à la peine capitale peuvent être transférés,
immédiatement après le prononcé du verdict à un établissement disposant d’un quartier
aménagé pour cette catégorie de détenus. Ils sont soumis autant que possible, au régime de
la détention individuelle et doivent faire l’objet d’une attention spéciale permettant
d’étudier leur personnalité, de suivre leur état psychologique et de préserver leur équilibre
de façon à empêcher toute tentative d’évasion, de suicide et d’atteinte à autrui. Ils peuvent
être autorisés à effectuer certains travaux après avis du médecin et de l’assistant social. Les
condamnés à la peine capitale peuvent recevoir la visite des membres de leurs familles, de
leurs représentants légaux et de leurs alliés dans une salle réservée à cet effet. Il est interdit,
dans tous les cas, de notifier la décision du rejet de la demande de grâce au condamné à
cause de l’impact que cela pourrait avoir sur sa personne.
Etape postérieure à l’exécution de la peine de mort
Le législateur marocain a soumis l’exécution de la peine de mort à la décision de rejet de la
demande de grâce. Dans le cas de la femme dont la grossesse a été prouvée, l’exécution de
la peine a lieu 2 ans après l’accouchement. L’exécution de la peine capitale se fait
secrètement sur décision du ministre de la justice, par balles et par l’autorité militaire au
sein de l’institution pénitentiaire où se trouve le condamné sauf si le ministre de la justice en
décide autrement. Il peut décider que l’exécution soit publique ou qu’elle ait lieu dans un
endroit différent, selon des formalités légales particulières. Un PV sera rédigé dont une copie
sera affichée durant 24 h à la porte de l’institution pénitentiaire ou au cas où l’exécution se
fait en dehors de l’institution pénitentiaire à la porte de la municipalité du lieu où aura lieu
l’exécution.
La dépouille du condamné sera remise à sa famille suite à leur demande, à condition qu’elle
s’engage à un enterrement non public. Sinon, les autorités compétentes se chargent de son
enterrement suite à la demande du Ministère public.

La législation pénale marocaine maintient la peine de mort, et adopte une politique


judiciaire tendant à restreindre et à limiter la condamnation et l’exécution de cette peine. De
même, la grâce royale joue un rôle important dans le rééquilibrage de la politique punitive
ce qui permet de déduire une évolution vers de peine de mort à travers la réduction
progressive des peines prononcées et de l’arrêt des exécutions, et ce alors que la peine de
mort suscite des questionnements au vu du contexte international actuel de recrudescence
des crimes terroristes et du crime organisé.
Si la situation actuelle ne favorise pas l’abolition légale de cette peine, par contre celle-ci
sera possible avec le changement des circonstances et l’évolution progressive de l’opinion
publique, tout en insistant sur le fait que le thème de la peine capitale doit être débattue à la
lumière des valeurs, du vécu et des spécificités de chaque société.
Cette position examinée par la législation nationale ne nie pas l’existence d’une forte volonté
qui pousse à une réflexion sereine sur la peine de mort, ainsi que le montrent les indicateurs
suivants :
- La non application de la peine de mort au Maroc depuis 1993 ;
- Les initiatives répétitives de grâce royale en faveur des condamnés à la peine de mort ;
- Le nombre de condamnés à mort ne dépasse pas 125 ;

Les autres mesures relatives au droit à la vie et à la sécurité

Les législations modernes accordent un grand intérêt aux victimes d’infractions, non
seulement pour leur rendre justice et leur octroyer la réparation des dommages subis, mais
aussi, dans la mesure du possible, pour leur permettre d’accéder à leurs droits par un
règlement amiable, sans avoir recours à un jugement, car comme le prévoit le préambule
du code de procédure pénale, la réconciliation des deux parties au litige élimine les troubles,
les désordres et les vengeances éventuelles et favorise donc la paix et la sécurité.
A cet égard, le code a prévu dans son article 41, une possibilité de transaction pour les
parties, alternative entre les décisions de poursuite et de classement dont dispose le
ministère public.

Cette possibilité concerne des délits définis, considérés comme non dangereux pour l’ordre
public et dont le préjudice ne concerne que les parties impliquées ; le consentements de ces
dernières est nécessaire pour la transaction. La transaction est contrôlée par la juridiction
qui doit vérifier qu’elle a eu lieu en présence des parties et de leur conseil avant qu’elle ne
soit approuvée par une ordonnance judiciaire délivrée par le président du tribunal ou son
représentant.
La protection de la liberté de l’accusé est assurée par la présomption d’innocence selon
laquelle toute personne est présumée innocente jusqu'à sa condamnation par un jugement
définitif. Le code de procédure pénale a mis en place dans son article 160 une nouvelle
disposition, la mise sous contrôle judiciaire, qui évite le recours à la détention préventive
critiquée pour des raisons humanitaires et sociales. Cette mesure, exceptionnelle selon le
code tout comme la détention préventive, est soumise aux conditions, prévues par les
articles 161 à 174.
En relation avec la protection de la liberté du débiteur, en cas de condamnation à l’amende,
à des restitutions, dommages intérêts et frais de justice, les articles 633 à 647 traitent la
procédure de contrainte par corps, conformément à la loi n° 15-97 portant code de
recouvrement des créances publiques (promulguée par le dahir n° 1-00-175 du 3 mai 2000),
qu’il s’agisse des délais, de la procédure ou des motifs de dispense.

Ainsi, l’insolvabilité a été considérée comme un obstacle à l’application de la contrainte par


corps, tout comme il a été décidé d’instituer un contrôle judiciaire préalable à toute
demande d’application de la contrainte par corps avec le maintien du droit de recours sur la
régularité de la procédure. Dans le même ordre d’idée, l’âge minimal pour son application
passe de 16 à 18 ans et l’âge maximal descend de 65 à 60 ans. D’autres précisions relatives à
la contrainte par corps seront données dans le paragraphe relatif à la protection contre la
détention pour non-acquittement d’une dette d’origine contractuelle.

Protection contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains


ou dégradants et contre la discrimination

Outre la Déclaration universelle des droits de l’Homme (article 5), cette protection est
assurée par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Convention contre
la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et d’autres
instruments notamment, la convention relative à la lutte contre la discrimination et
l’ensemble des règles minima pour le traitement des détenus.
A la lumière de ces références internationales, le législateur marocain a organisé, au
cours de l’année 2003, des garanties supplémentaires pour le respect de ce droit dans le
cadre du nouveau code de procédure pénale et des dispositions répressives complétant ou
modifiant le code pénal.
I - Consolidation de la protection à travers de nouvelles règles de procédure
Ces nouvelles règles prévues par le code de procédure pénale sont les suivantes:
 renforcement du contrôle des activités de la police judiciaire par la justice. Ainsi,
le procureur du Roi doit visiter périodiquement, au moins une fois par semaine,
les locaux de mise en garde à vue pour vérifier la légalité et les conditions de
détention ; par conséquent, il écoute les plaintes des détenus, détecte les cas de
torture ou de traitements cruels ou dégradants et prend les mesures nécessaires
(article 45),
 Renforcement du rôle de l’avocat au cours de l’interrogatoire par le ministère
public en cas d’infraction flagrante. L’avocat a le droit de produire des documents
et des preuves au nom de son client, de demander sa mise en liberté contre un
cautionnement pécuniaire ou personnel, de demander un examen médical afin
de s’assurer qu’il n’a pas été torturé. Le procureur du Roi doit soumettre la
personne interpellée à cet examen si elle le demande (art.73-74), ou de lui-même
s’il constate des traces qui le justifient. La même procédure est, par ailleurs,
prescrite au juge d’instruction.
 Interdiction de publier, quel qu’en soit le moyen, une enquête, un commentaire
ou un sondage d’opinion concernant une personne faisant l’objet d’une
procédure judiciaire en tant qu’inculpé ou victime, sans son consentement, et ce
pour la préserver contre toute diffamation ; la violation de ces dispositions est
passible d’une amende de 5000 à 50 000 dirhams avec confiscation, le cas
échéant, des appareils et bandes d’enregistrement. (article 303).
 Protection de l’intégrité physique et morale de la femme lors de la fouille par un
officier de police judiciaire. Si cette mesure s’avère nécessaire, l’officier de police
judiciaire doit désigner une femme pour l’effectuer à moins que cet officier ne
soit une femme. (article 81).
 Outre le principe selon lequel l’aveu est laissé à l’appréciation discrétionnaire du
juge, la loi prévoit expressément que tout aveu arraché par la violence ou par
contrainte est nul et de nul effet (article 293), ce qui, comme le souligne le
préambule du code de procédure pénale, est conforme aux dispositions de
l’article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme selon lequel « nul
ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels inhumains ou
dégradants », et à l’article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques.
 De plus, le même code comporte d’autres dispositions importantes concernant la
protection des détenus et des prisonniers contre les traitements cruels ou
dégradants, qui seront abordées dans le paragraphe relatif aux droits des détenus
et des personnes privées de liberté.
II - Consolidation de la protection par de nouvelles dispositions répressives
En vue de renforcer les dispositions du Code pénal qui assurent la protection contre la
torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains, ou dégradants, la loi n° 24-03
(promulguée par le dahir n° 1-03-207 du
11 novembre 2003), modifiant et complétant le texte du code pénal a renforcé la
protection contre certains actes portant atteinte à la dignité ou à l’intégrité corporelle, et la
protection contre différentes formes de discriminations que l’on peut considérer comme des
manifestation de traitements inhumains ou dégradants.
Ainsi, la protection de la femme a été renforcée par l’incrimination du harcèlement
sexuel, et des violences ou voies de fait commises par l’un des époux sur son conjoint (article
404), par l’aggravation de la peine (10 à 20 ans de réclusion) pour le viol, lorsqu’il est commis
sur une personne incapable, handicapée ou connue pour ses facultés mentales faibles, ou
sur une femme enceinte, ou sur une mineur de moins de 18 ans (au lieu de 15 ans
auparavant) (article 486, alinéa 2).
Dans le même sens, la protection a été renforcée concernant les mineurs de 18 ans
victimes de coups et blessures, violences ou voies de fait, privation d’aliments ou de soin,
abandon, enlèvement, incitation à la débauche ou proxénétisme, exploitation dans la
production de spectacles à caractère pornographique, attentat à la pudeur ou viol, vente, ou
fait d’employer des enfants dans des travaux susceptibles de porter atteinte à leur santé,
leur sécurité leurs mœurs ou leur formation.

Quant aux autres nouvelles dispositions, elles consacrent la protection contre la


discrimination dont le législateur a donné une large définition conforme à la définition
internationale puisqu’elle comprend :«toute distinction opérée entre les personnes physiques
à raison de l’origine nationale ou sociale, de la couleur, du sexe, de la situation de famille, de
l’état de santé, du handicap, de l’opinion politique, de l’appartenance syndicale, de
l’appartenance ou de la non-appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation, une
race, ou une religion déterminée.» (Article 431-1).
Ainsi, la discrimination est punie de l’emprisonnement d’un mois à deux ans et d’une
amende de 1.200 à 50.000 dirhams, lorsqu’elle consiste:
 à refuser la fourniture d’un bien ou d’un service,
 à entraver l’exercice normal d’une activité économique quelconque,
 à refuser d’embaucher, à sanctionner ou à licencier une personne,
 à subordonner la fourniture d’un bien ou d’un service ou l’offre d’un emploi à une
condition fondée sur un des éléments visés à l’article 431-1.
La personne morale est punie lorsqu’elle commet un acte de discrimination telle que
défini à l’article 431-1 ci-dessus, d’une amende de 1.200 à 50.000 dirhams.
Les sanctions de la discrimination ne sont pas applicables aux cas suivants :
 aux discriminations fondées sur l’état de santé lorsqu’elles consistent en des
opérations ayant pour objet la prévention et la couverture des risques de décès, des
risques portant atteinte à l’intégrité physique de la personne, ou des risques
d’incapacité de travail ou d’invalidité,
 aux discriminations fondées sur l’état de santé ou le handicap, lorsqu’elles consistent
en un refus d’embauche ou un licenciement fondé sur l’inaptitude médicalement
constatée soit dans le cadre de la législation du travail soit dans le cadre du statut de
la fonction publique,
 aux discriminations fondées, en matière d’embauche, sur le sexe lorsque
l’appartenance à l’un ou l’autre sexe constitue, conformément à la législation du
travail ou aux statuts de la fonction publique, la condition déterminante de l’exercice
d’un emploi ou d’une activité professionnelle.

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