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Au début du XVIIe siècle, le Japon est un pays verrouillé depuis des

siècles. Contrairement à ce que l’on pense, le pays n’est pas totalement


fermé, seulement replié sur lui-même, redoutant le contact avec les
étranger, qui ne devait pénétrer sans autorisation sous peine de mort. Il y
demeurait pourtant un sérieux problème de piraterie et de contrebande. Ce
qui permet à quelque représentations de se frayer un chemin parmi les
marins et les marchands. On imagine alors des paysages marins avec
d’énormes vagues vertes, des poissons et des tortues dans une eau
légèrement boueuse, d’énormes rochers, comme pliés par les mains de
géants…

Carte du monde datant du XVIIe siècle


En Juin 1600, William Adams prend le large à la tête d’une flotte de cinq
navires affrété par la Hollande pour une expédition en Extrême Orient. Il
est un jeune capitaine qui a passé sa vie dans une Angleterre
élisabéthaine où il y est reconnu pour avoir conduit un importante
compagnie de ravitaillement au moment de la tentative d’invasion de
l’Invincible Armada Espagnole en 1588.
Le débarquement
L’expédition de Williams est reporté en Angleterre comme un désastre
total. Au large de l’océan pacifique, un premier navire se rend aux
Espagnols à Valparaiso, un second est saisi par les portugais à Moluccas,
le troisième navire sombre dans l’océan pacifique avec l’intégralité de
l’équipage – soixante quinze marins.

Il débarque sur les terres du clan Tokugawa. Après plus d’un siècle de
guerre civiles, le Japon se trouve actuellement dans une phase de
transition importante. Ieyasu fait parti du clan Tokugawa, qui a réussi a
imposer son hégémonie et forgera plus tard la destiné du Pays.

Le Leifde atteins dans un état misérable sur les côtes japonaises, au large
de Bungo en plein mois de Juin. La pluie, la chaleur et l’humidité, rendent
l’air difficilement respirable. Ce reste du vaisseaux est saisi et l’équipage
est emprisonné au château d’Osaka.

Qu’on leur coupe la tête


!

William Adams découvre qu’il y a entre 200 et 300 principautés qui ont une
chacune un large autonomie politique et financière, il savait que certaines
d’entre elles commerçait déjà avec le Portugal depuis plus d’un
demi-siècle. Ils étaient malins, ils avaient compris que le Japon était
fragmentée en plusieurs seigneuries concurrentes, et qu’au fond d’un
Palais à Kyoto, l’Empereur était considéré comme un souverain céleste, et
c’est à leur yeux l’équivalent d’un Pape. Il avaient alors envoyé des jésuites
enseigner les bases du christianisme aux japonais.
William Adams avait beau parler couramment Portugais. son drapeau n’en
est pas mieux reçu par les communautés religieuses. Les prêtres jésuites
affirment aux clan Tokugawa que le Leifde est un bâteau pirate et mettent
en place des actions pour crucifier tout l’équipage.

Faut dire que… Williams Adams agissait pour le compte d’une compagnie
appelée les Barbary Merchants. Le but initial de son expédition était, peut
être, le pillage de quelques richesses des Espagnols en Amérique.

Certes, le clan Ieyasu profitait largement du commerce avec les portugais ;


en plus de diverses marchandises chinoises, il séduisait avec des
importations réellement dignes d’intérêt, comme des armes à feu (ou le
tempura de crevettes).

En principe, la conquête maritime n’est pas dans les plans du Japon, bien
au contraire, le pays redoute la pression de la Chine dont le commerce
maritime est en pleine expansion et ne souhaite pas devenir l’un de ses
vassaux. De plus, les navires marchants japonais n’ont d’ailleurs pas
bonne réputation dans la piraterie car il se limitent à une toute petite
capacité.

Le clan Tokugawa étouffait la liberté de construire des navire et de


commercer dans les territoire voisins, Ieyasu avait bien compris que la
conquête maritime était un véritable enjeu de domination. Il trouve en se
naufrage l’opportunité discrète de profiter d’un savoir faire occidental.
William Adams avait passé douze ans sur des chantiers de construction
navale et avait servis quinze ans dans la Royal Navy sous les ordres de Sir
Francis Drake (surnommé « El Dragón » par les espagnols). Son
curriculum vitae va rapidement circuler et le jeune capitaine de 35 ans est
finalement reçu par l’empereur du Japon Go-Yōzei.
Château d’Osaka
William écrira à sa femme « L’empereur m’a bien regardé, et m’a semblé
être merveilleusement favorable. Il m’a fait de nombreux signes, dont
certains que j’ai compris, et d’autres non. À la fin, quelqu’un est arrivé qui
parlait le portugais. Par son intermédiaire, le roi m’a demandé de quel pays
je venais, et ce qui nous avait motivé à venir dans ce pays si lointain. Il me
demande si notre pays est en guerre. Je lui réponds oui, contre le Portugal
et l’Espagne, mais étant en paix avec toutes les autres nations. Plus tard, il
m’a demandé en quoi je croyais. Je lui ai répondu en Dieu, qui a fait le ciel
et la terre. Il m’a posé diverses questions ayant trait à la religion, et
beaucoup d’autres choses, comme le chemin nous avions pris pour venir
dans ce pays. Ayant une carte du monde, je lui ai montré, au travers du
détroit de Magellan. À ce moment il s’est posé des questions et pensait
que je mentais. Ainsi, d’une chose à l’autre, je suis resté avec lui jusqu’à
minuit. »

Le général Ieyasu ordonne à Adams et à ses compagnons de construire


des navires dans le style occidental. Il démarre leur chantier naval à Ito,
une petite ville sur la péninsule d’Izu, en raison de sa proximité avec Edo et
de son abondante de bois de qualité en provenance du Mont. Amagi.

d’Après la construction d’un premier vaisseau de quatre vingt tonneaux, il


ordonne la construction d’un plus gros navire, de cent vingt tonneaux. L’un
des deux navires sera « prêté » à des naufragés espagnols pour leur retour
en Nouvelle-Espagne en 1610, l’autre a servira bien plus tard à titre
récréatif. Ieyasu apprécie Adams et le fait siéger parmis ses conseillers. Ce
qui reste du Liefde à pour le moment été confisqué. Adams et son
équipage et peuvent vivre « librement » au Japon, il leur est juste interdit
de quitter le pays.
Adams tout de même une très haute opinion du Jamon, de son peuple et
de sa civilisation. Il écrit à sa femme « Les gens de ce pays sont de bonne
nature, plus courtois que la mesure, et vaillants au combat : leur justice est
sévèrement exécutée sans aucune partialité contre les transgresseurs de
la loi. Ils sont gouvernés avec une grande civilité. Je veux dire, il n’y a pas
une terre dans le monde qui soit régie avec une meilleure politique civile.
Les gens sont très superstitieux dans leur religion, et sont de diverses
opinions. »

Nami Makioka – Subayado Bushi


Quatre mois plus tard, Adams se retrouve convié à événement majeur de
l’histoire du Japon ; à la bataille de Sekigahara,

La bataille de Sekigahara, l’affrontement des clans qui marque la fin de


l’époque Sengoku et le début de l’ère d’Edo. Elle est d’ailleurs surnommée
« Tenka wakeme no kassen » (天下分け目の合戦, « la bataille qui décida
de l’avenir du pays »).

Dans un dernier mouvement tactique, alors que les avancées des troupes
japonaises sont régie par des règles très stricte, Ieyasu ordonne a ses
mercenaires de tirer sur les troupes ennemies depuis la berge, un attaque
radicale en partie grâce aux armes saisies sur le Leifde, après quoi un allié
de taille bascule dans le camps d’Ieyasu. Cette trahison marque la fin de la
bataille et accorde la victoire à Ieyasu qui accède au titre de Shogun.

Adams quand à lui devient vassal, et reçoit titre, terres et épées. Il devient
le premier samouraï expatrié anglais de l’histoire. On lui confère le nom de
Miura Anjin (三浦按針). « Miura » provenant du nom du territoire qui lui a
été donné et « Anjin » signifiant « pilote ».
Une amitié née entre Adams et Ieyasu. Il lui enseigne des techniques de
navigation, la géométrie et la politique européenne. Bien qu’il conçoit de
nombreux navires côtiers, Adams s’intéresse aux accords commerciaux
malgré le protectionnisme qui définie leur époque.
Propriétaire d’un shuinsen (navire de commerce armé de 500 tonneaux, il
peut désormais quitter le pays et voyage parfois pour le compte de la
Compagnie britannique des Indes orientales, la CBIO, parfois pour son
propre compte.

La Compagnie néerlandaise des Indes orientales, la VOC,


concurrençait sérieusement leurs affaires. Adams incite plusieurs colonies
anglaises à engager un dialogue avec le Japon, il les pique en précisant
que les « Hollandais s’enrichissent beaucoup« . Il parvient à négocier
un entrepôt de choix pour dans la nouvelle capitale d’Edo (aujourd’hui
Tokyo) pour créer un comptoir commercial, mais la compagnie britannique
refuse de s’y installer. Ils ignorent les conseils d’Adams qui consiste à se
concentrer sur le port d’Uraga. Ils s’installent près des Hollandais, ce qui
engendre évidemment des conflits dont Adams en sa qualité de vassal est
resté bien à l’écart.

Ses louanges pour le peuble japonais agacent. Au point que les Anglais le
qualifient de « Japonais naturalisé ». Il s’obstine cependant à explorer les
de nouvelle opportunités commerciales pour l’Angleterre qu’il affectionne.

Après la mort d’Ieyasu en 1616, Adams a vu son statut décliner. Le fils


d’Ieyasu, Hidetada, n’avait pas le même enthousiasme que son père pour
l’Occident et a commencé le processus de fermeture du Japon au reste du
monde. Adams décède quatre ans plus tard à l’âge de 54 ans, à Hirado,
dans la préfecture de Nagasaki, où il aurait été inhumé.

En 1779, l’érudit Isaac Titsing débarquera pour la première fois d’un navire
néerlandais. Nagasaki est alors devenue une grande ville de 50 000
habitants et sa base néerlandaise existe depuis maintenant 150 ans. Les
exportations vers la Hollande et l’Angleterre sont chargées de cuivre et le
camphre, de verres à vin en verre, des verres à bière, des carafes dorées.
Isaac est subergé, il écrira et traduira de nombreux textes pour en partager
toute la beauté.

Des objets d’art et estampes voyages jusqu’en Europe et aux États-Unis ce


qui enthousiasme les foules aux expositions universelles de Londres et
Paris. En un demi-siècle le Japonisme envahi l’imaginaire européen et
influence profondément les avant-gardes, marquant de son empreinte les
Impressionnistes, les Nabis ou les Fauves. Que l’on parle de Degas,
Pissaro, Monet, Van Gogh, Manet, Toulouse-Lautrec, ou Gauguin, tous
seront fortement influencés par l’art japonais de l’estampe, si différent.

Il a finalement toujours été perçu comme un rival par les prêtres portugais.
Les ordres religieux catholiques au Japon l’accusaient d’utiliser son
influence sur Ieyasu pour les discréditer. (On se demande pourquoi). Leur
propagande active devenait pénible. Il seront renvoyé au Portugal 1638.
Trois ans plus tard, le Japon décrètera à nouveau la fermeture complète du
pays.

Tokugawa Ieyasu, le successeur de Toyotomi Hideyoshi, fait d’abord


preuve de tolérance car il profite du commerce avec les Portugais. Cela est
sans doute dû également à l’influence de son consultant britannique
William Adams. Mais après la mort d’Adams, et après le début des
relations commerciales avec la Hollande et l’Angleterre (par lesquelles il
est informé de l’existence du conflit entre l’Église catholique romaine et le
protestantisme) Tokugawa Ieyasu change d’attitude, sous prétexte que des
conflits religieux pourraient surgir entre églises chrétiennes au Japon. En
réalité il s’agissait d’une suspicion que beaucoup de chrétiens puissent
montrer une plus grande loyauté entre eux et envers l’Église qu’envers lui,
le shōgun[1]. À partir de 1612 environ, le christianisme est progressivement
interdit et objet de multiples campagnes de persécutions.

Les 20 ans d’Adams au Japon ont suscité leur lot histoires au Japon, mais
le nom de Miura Anjin il reste relativement inconnu aujourd’hui. Son
empreinte dans l’histoire est relativement faible bien qu’il ait grandement
contribué à l’ouverture commerciale du Japon.

L’histoire de William Adams a notamment inspiré le livre intitulé Shogun de


James Clavell, qui a déclenché son petit regain d’intérêt pour l’histoire
japonaise en 1975. De nos jours, on peut rencontrer dans les rues de
Tokyo une rue nommée Anjin Cho (rue du Pilote), et tous les ans dans la
ville se déroule une célébration le 15 juin en l’honneur du Samouraï «
Pilote », Miura Anjin.