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TRAVAIL PRATIQUE DE LA LINGUISTIQUE AFRICAINE

Sujet : L’approche sémantique de l’image sociopolitique de la République


Démocratique du Congo dans le terme Malewa (20 pages).

INTRODUCTION

L’entreprise qui est la nôtre planchera sur « l’approche sémantique de l’image


sociopolitique de la République Démocratique du Congo dans le terme Malewa ». Il s’agira,
précisément, d’analyser minutieusement ce concept et tenter de dégager le sens caché ou
mieux le sens profond que contient ce vocable en soi et surtout ce qu’il peut signifier dans un
pays comme la République Démocratique du Congo où la vie sociale comme le vécu politique
sont au rabais. Pour bien appréhender ce terme ou encore pour bien le décortiquer, nous nous
servirons, à l’occurrence, de la chanson de l’artiste musicien congolais Werrason intitulée  
« Techno malewa ».  Dans notre investigation rédactionnelle, nous nous évertuerons alors à
faire une analyse herméneutique de ce chant en tenant compte non seulement de la situation
sociale de notre pays mais également et surtout en analysant avec attention la vie politique
ou mieux la gestion de l’Etat ou encore celle des affaires publiques par les différents acteurs
politiques de la République Démocratique du Congo qui semblent refléter une crise et une
inconsistance. En fait, depuis un certain temps, notre pays est à la merci d’une mégestion
notoire de la part de nos autorités politiques. Nous aurons le temps d’en parler de long et en
large dans les lignes suivantes de notre travail. Si tel est l’objet d’étude de notre dissertation,
les questions suivantes nous semblent avoir le mérite d’être posées :

1. Que peut signifier le terme Malewa ?

2. Que pouvons-nous dire de ses origines ?

3. Comment ce vocable est appréhendé, particulièrement, à la lumière de l’artiste


musicien congolais Werrason dans son album « Techno malewa » ?

4. Quelle herméneutique ou encore quelle interprétation pouvons-nous effectuer


par rapport à cet album et notre vie sociopolitique ? En d’autres termes, après analyse de la
vie tant politique que sociale du congolais actuel, quel message l’artiste musicien congolais
Werrason avait voulu transmettre non seulement par la chanson en soi mais également par la
2

tenue vestimentaire de ses acteurs : chanteurs et chanteuses, danseurs et danseuses voire


même instrumentalistes dans ce clip ?

Bref, il s’agit de nous questionner sur le « non dit » du « dit » de l’artiste Werrason en
tant que producteur de cette œuvre d’art qui a considérablement prise de l’ampleur dans
l’espace culturel congolais voire même dans beaucoup d’autres couches de la société
congolaise.

5. En fin, il nous est aussi indispensable de nous demander que peut être l’impact
ou encore que peut représenter le message aussi voilé de l’artiste Werrason sur la situation
actuelle de la République Démocratique du Congo sur toutes ses dimensions et surtout sur le
plan sociopolitique. Voilà toute la problématique de notre travail.

Dans les paragraphes qui suivent, nous renterons de répondre à ces différentes
questions en mettant en exergue l’herméneutique du concept Malewa dans le cadre politico-
social en République Démocratique du Congo. Voilà pourquoi, une fois de plus, hormis
l’introduction et la conclusion, le corps de notre modeste travail sera subdivisé en trois
parties principales.

Premièrement, nous nous efforcerons à brosser brièvement l’historique du concept


Malewa en mettant un accent particulier sur son origine, son appréhension dans l’espace tant
géographique, culturel, social où on l’utilise. Au deuxième plan, nous tenterons d’analyser, en
gros modo, la situation sociopolitique que traverse la République Démocratique du Congo
durant les dernières décennies. En troisième position, nous nous évertuerons, dans la mesure
du possible, à interpréter l’album « Techno-malewa » de l’artiste Werrason, percer la
profondeur de sa pensée, dans cette chanson afin d’en dégager le message aigu qu’il avait
voulu transmettre à ses auditeurs. A ce niveau, il sied de noter que nous n’aurons pas à
interpréter tout l’album. Nous nous limiterons à la chanson que nous pouvons qualifier de
« centrale » dans cet album, intitulée aussi » « Techno-Malewa ». Nous focaliserons notre
attention plus à ce qu’il avait voulu adresser comme message faisant allusion à nos acteurs
sociopolitiques d’une façon voilée. Demandons-nous alors, à présent, que peut signifier,
d’une manière générale, le vocable Malewa ou encore quelle peut-être son origine. Bref, son
historique.
3

DEVELOPPEMENT

I. HISTORIQUE DU TERME MALEWA

Le mot Malewa n’a pas une origine assez fiable et sûre. Mêmement, au sujet des
initiateurs de ce concept, nous n’avons pas non plus des informations qui soient acceptables.
Les avis sont partagés au sujet de cette problématique. Selon les uns, le mot Malewa est une
fabrication émanant du peuple Batetela alors que pour les autres, ce vocable est bel et bien le
produit du génie des enfants de la rue, communément appelés « shegués » en République
Démocratique du Congo. Signalons également que ces mêmes enfants sont appelés
« maibobo » surtout vers l’Est de la République. Bref, il nous plonge dans une confusion et
une ambigüité concernant son origine. Mais devant cette ambigüité, nous, qui sommes dans le
bain de la formation à la recherche scientifique, n’avons pas croisés les bras mais nous
n’avons pas hésité de nous lancer dans les recherches diverses, malgré nos limites et nos
failles intellectuelles. Au terme de notre investigation, nous espérons, à notre humble avis, que
nos recherches n’ont pas été stériles. A titre d’illustration, en tant que chercheurs, l’avons-
nous dit, nous avons fourni et aménagé les efforts afin de dire un mot sur la signification du
terme Malewa. Concrètement, nous avons contacté et interrogé la chaîne de télévision Digital
Congo au sujet de l’objet de la présente rédaction. Voici alors, en substance, ce que nous
avons recueilli de cette chaîne privée œuvrant en République Démocratique du Congo même :
«  Le mot « Malewa », un terme du jargon kinois désignant les restaurants de fortune
répandus dans les quartiers populaires de la capitale congolaise, il trouve son origine dans les
milieux des enfants de la rue, selon une dame propriétaire de ce type de restaurant, qui s’est
confiée à la presse. L e « Malewa », selon la source, est en effet une déformation, par les
enfants de la rue, du vocable «  Maman Laissez », un surnom qu’ils avaient collé à la
propriétaire d’un petit restaurant du quartier où ils venaient, le soir, demander et glaner le
reste de repas abandonné par les clients qui n’avaient pas consommé totalement leurs repas.
Ainsi, de « Maman Laissez (ce reste de repas pour nous) », les enfants de la rue voulant
donner au terme une connotation plus digne, l’ont transformé en « Ma’(man) Lewa », qui
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désigne dès lors tous les petits restaurants, généralement fréquentés à travers la Ville de
Kinshasa par des congolais de petite fortune, notamment les équipages de minibus de
transport en commun, vendeurs de petits marchés, les TT( Tous Travaux), les SDF( les Sans
Domiciles Fixes), les jeunes célibataires, etc… On y trouve, à toutes les heures de la journée,
des plats chauds ou froids de la cuisine congolaise, très prisés par le petit peuple pour leur
coût abordable, soit cinq cents à huit cents francs congolais (moins de un dollar américain).
Face à la crise financière internationale qui frappe encore plus durement les populations
démunies de la République Démocratique du Congo, ce type de restaurants est même en
passe d’être adapté par les personnes de la classe moyenne, qui n’hésitent plus à y recourir, en
cas d’une extrême nécessité » 1

De ce qui précède, il sied de retenir, en peu des mots, que le terme Malewa, bien que
nous plongeant dans un dilemme suite à l’ambigüité que dénotent ses origines et surtout sa
signification, a une raison d’être. La société congolaise, à l’occurrence, le monde kinois, lui a
conféré un statut ou mieux une intelligibilité. Pour cela, ils sont partis des restaurants de
moindre valeur tel que nous avons tenté de le montrer ci-haut, à en croire la chaine de
télévision Digital Congo. Il nous est également important, indispensable et impérieux de
noter que, en tant qu’en formation à la recherche scientifique, nous ne pouvons pas nous
arrêter à ce niveau superficiel du mot. Notre tâche est grande voire exigeante dans ce
domaine. Nous sommes contraints de faire passer ce concept au crible de notre raison afin
d’en dégager un sens plus profond au lieu de rester planer sur un terrain superficiel. La
signification première de ce mot nous est déjà tirée au clair. Mais il nous reste encore de
fournir un effort de transcender ce stade en élevant notre esprit vers ce que peut signifier ce
vocable en corrélation avec le politique et le social congolais. C’est pourquoi, comme c’est
bien stipuler dans notre note introductive, il est préférable et nécessaire de passer, d’abord, en
revue ce qu’a été la situation politique et sociale de notre pays, la République Démocratique
du Congo durant les dernières décennies. Ce n’est qu’après cette brève analyse que nous
pouvons faire une véritable herméneutique de cette situation à la lumière de « Techno
malewa » de l’artiste musicien Werrason. Sans plus tarder, essayons de questionner l’histoire
au sujet de la vie tant sociale que politique dans notre pays durant les dernières décennies de
notre temps.

1
. htt://www. Digitalcongo.net/article/58177. Consulter samedi 26 Mars 2010 à 23h30min.
5

Questionnons-nous comment respire non seulement la politique mais encore le social


dans ce pays qui, d’ailleurs, fête cette année le cinquantenaire depuis son accession à
l’indépendance. C’est, évidemment, le fait de chercher à répondre à ces préoccupations qui
constituera l’objet de notre rédaction dans la deuxième parie de notre travail. En d’autres
termes, notre démarche rédactionnelle dans la deuxième partie que nous allons bientôt
débuter sera axée essentiellement sur une approche analytique de la situation qui a dominé la
vie aussi sociale que politique en République Démocratique du Congo. Finalement, qu’en est-
il concrètement ?

II. BREVE ANALYSE DE LA SITUATION SOCIOPOLITIQUE EN


REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO AU COURS DE DEUX DERNIERES
DECENNIES.

L’histoire de la République Démocratique du Congo nous révèle que l’année 1990 est
marquée par un grand événement historique. En effet, le 24 Novembre de cette année  là, le
maréchal Mobutu, alors qu’il était Président de la République du Zaïre où, pendant plusieurs
années, il n’y avait qu’un seul parti politique : le Mouvement Populaire de la Révolution
(MPR), avait permis par décret présidentiel l’existence du multipartisme dans son pays. A
cette occasion, le Président de la République avait prononcé un discours solennel par lequel il
avait annoncé, les larmes aux yeux, ce changement de paradigme sur la scène politique. Voilà
pourquoi on avait vu naître une panoplie de partis politiques et une nouvelle vision de
l’activité politique au Zaïre. Dès l’adoption de ce nouveau visage sur la scène politique,
malheureusement pour notre pays, c’était l’accentuation d’une crise sociopolitique. Cette crise
s’était perpétuée et plus accentuée dans les années qui suivaient avec la guerre de libération
et toutes ses répercutions sur le politique et le social. Cette dernière avait comme acteurs les
partisans de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération(AFDL) sous la houlette
de Mzée Laurent Désiré KABILA. Il était soutenu par les troupes étrangères dont les
Rwandais pour bien combattre Mobutu. Mais après Mobutu, c’était le chaos et la misère à la
fois sécuritaire, sociale, économique, politique,… qui avaient élu domicile dans l’enceinte de
la République.
6

En effet, c’est après une consultation sérieuse des anciens qui ont au moins vécu
pendant et après le régime mobutiste que nous arrivons à avancer une telle affirmation. Ce
n’est pas un fait hasardeux et une affirmation gratuite. Bon nombre de personnes affirment
qu’à l’époque de Mobutu, bien qu’il fût qualifié de dictateur, la situation sociopolitique était
mieux que celle que nous traversons actuellement dans notre pays. Il était un homme
politique vaillant qui ne tardait pas de neutraliser toute tentative de rébellion qui voulait surgir
dans le pays. La stabilité économique était plus ou moins maintenue et la vie sociale
harmonieuse.

Mais avec le multipartisme, il s’est produit un véritable tournant historique. Rébellions,


guerres, taux d’analphabétisme élevé, corruption, anarchie politique, salaires impayés des
agents de l’Etat, détournement des fonds publics, baisse du niveau de l’éducation, mégestion
aigue de la res publica, injustice généralisée dans les institutions juridiques de la République,
… telle était devenue la situation qui prenait de plus en plus de l’ampleur sur l’étende du
pays. D’ailleurs, jusqu’à nos jours le même drame tragique ne fait que s’accentuer et
s’empirer d’avantage. A ce sujet, un prêtre jésuite Léon de SAINT MOULIN écrit, dans son
article intitulé La guerre de 1998-2004 en RD Congo et ses morts. Parlons-en avec
Respect, ce qui suit : « En 2003, une organisation humanitaire américaine, l’International
Rescue Comittee(IRC), avait estimé à 3,5 millions des morts le résultat des troubles engendrés
par la guerre à l’Est du Congo de 1998-2002. Ce chiffre a été repris par le Gouvernement
Congolais et un rapport de l’ONU » 2

Des telles informations laissent à désirer et donnent à penser. Trois millions et demi
des personnes mortes dans un intervalle temporelle de quatre ans n’est pas chose facile à
digérer par non seulement par les citoyens congolais mais aussi, naturellement, par tout être
humain pourvu de raison et réfléchissant. Malheureusement cette cruauté engendrant une
situation affreuse et un terrorisme dans le psychique du congolais ne se manifeste pas
seulement au niveau sécuritaire. Elle se dévoile plutôt c’est presque dans toutes les couches
organisationnelles du pays.

En fait, à côté de la situation de la guerre, avec toutes les conséquences néfastes qui y sont
liées, beaucoup d’autres événements malheureux ont fait l’objet du drame congolais. Nos
2
.L. SAINT MOULIN, « La guerre de 1998-2004 en RD Congo et ses morts. Parlons-en avec Respect » dans
Congo-Afrique, n° 431, Kinshasa, 2009, p.46
7

propos ne sont pas surtout des affirmations gratuites. Nous avons, une fois de plus, fouillé et
consulté la presse pour avancer de telles affirmations.

A titre d’exemple, nous pouvons citer l’un des fondements qui sous-tendent notre
réflexion : « Depuis 1990, en effet, la République Démocratique du Congo traverse une crise
sociale, économique et politique aigue qui entraîne une profonde désarticulation de l’appareil
administratif, une désintégration de l’économie à la suite des pillages de 1991 et 1993, une
hyperinflation et un taux de croissance négatif. Sur le plan politique, on a assisté à la
déliquescence de l’appareil de l’Etat de droit avec notamment le raffermissement de la
dictature, l’impunité, les viols massifs de droits de l’homme, la confiscation du pouvoir par la
minorité de la population. »3

Une telle affirmation nous éclaire d’avantage sur la situation catastrophique qu’a
traversée notre pays et qui s’embourbe du jour le jour. Nous osons croire que d’aucun ne peut
prétendre prouver objectivement le contraire. Cela ne peut être possible que si ce fameux
analyste est plus sentimental que concret. Il faut être aveugle et dépourvu du sens critique
pour ne pas se rendre compte de la misère multisectorielle qui frappe notre pays. Le social
comme le politique voire même l’appareil judiciaire sont considérablement paralyser à tel
enseigne que, pour certains congolais, il est très difficile de trouver à manger. En réalité ces
gens ne vivent plus mais ne font que vivoter. Et quand nous essayons de creuser à fond la
question afin de nous mettre en quête de l’agent causal de cet handicap, vite nous nous
apercevons qu’il y a un problème sérieux. Ce dernier se situe au niveau de l’appareil
administratif du pays. C’est pourquoi, nous le qualifions d’existentiel. Chose drôle, c’est
devenu presque normal de voir les autorités administratives qui étalent en plaine aire leur
incompétence dans la gestion de la res publica. Cette incompétence relève soit d’une
formation intégrale ratée, soit et surtout d’un manque de volonté politique.

C’est ainsi que, comme les dirigeants de la société privilégient les intérêts personnels
au détriment du bien-être public, le social est automatiquement malade. Bref, il n’ya pas une
politique de bonne gouvernance qui est pourtant une exigence incontournable pour
l’émergence du pays au niveau des couches tant sociales qu’économiques.

En outre, le progrès d’un pays ne doit pas toujours être mesuré par le point qu’il a
atteint mais aussi par le chemin qu’il a parcouru. Nous reconnaissons que la République
Démocratique du Congo vient de très loin.

3
J.THSIMANGA, « La bonne gouvernance : une exigence incontournable » dans Magazine mensuel de la
MONUC, n°29, Kinshasa, Avril 2006, p.5
8

Déchirée par des multiples guerres atroces aussi militaires que civiles, et encore plus grave
divisée et balkanisée en 2000, cette nation a su se réunifier.

Ce qui est plus frappant est que ce pays est allé même jusqu’à tenir des élections plus ou
moins libres et transparentes bien qu’elles soient qualifiées de frauduleuses par certains. Cet
événement grandiose, comme nous le savons, s’était déroulé en 2006. C’était une prouesse
remarquable et de grand prix mais beaucoup reste encore à faire.

Par ailleurs, qu’en est-il de l’après-élection ? Après une analyse minutieuse du social
et du jeu politique dans notre pays, nous avons comme l’impression que s’il y a une chose qui
doit figurer en tête comme priorité des priorités durant cette IIIème République, c’est encore
une fois la question de la bonne gouvernance dans la gestion de l’Etat et de la chose publique.
Nous estimons que c’est parmi les moyens favoris qui peuvent remettre sur les rails, arrêter la
gabegie, la corruption, la désintégration de l’économie et les pillages anarchiques des
ressources naturelles du pays. Les élections dont nous parlions tantôt étaient un moment
déterminant et propice, une opportunité pour le peuple congolais d’extirper de la société tous
les démons qui l’ont hanté les décennies durant. Dictature, impunité généralisée, violations
massives des droits de l’homme devraient être expulsées de la société congolaise. L’intérêt du
pays, la protection et la sauvegarde des richesses nationales, le bien-être général devront
prendre le dessus et rabattre au bas de l’échelle les intérêts personnels ou partisans. Mais,
malheureusement, au lieu que la légitimité qu’avaient reçue nos dirigeants politiques les
rendent plus responsables, nous constatons, avec amertume, que la politique de la bonne
gouvernance reste encore un rêve dans en RD Congo. Elle demeure encore une réalité que
nous ne faisons que caresser sans palper le concret. Les acteurs politiques congolais ont
démontré, plusieurs années durant, leur grande capacité de destruction par tous les moyens
imaginables, à l’occurrence celui de la guerre. Ils se sont qualifiés dans le mal en favorisant
une mégestion horrible du pays. L’éducation, la sécurité, le social, pour ne citer que es
secteurs, ont été ruinés.

La corruption comme la médiocrité y ont gagné libre cour de telle sorte que ces vices
sont devenus une monnaie courante dans notre pays. D’ailleurs, elles ne sont pas loin d’y faire
une normalité. Après les élections au lieu qu’ils fassent une véritable catharsis dans leur façon
de gérer le pays, en prouvant au monde qu’ils peuvent aussi être des bâtisseurs en contribuant
à la reconstruction de leur pays et à la consolidation de la paix, ils sont restés sombrés dans la
médiocrité. Ils n’ont pas encore épousé la politique de la bonne gouvernance comme principe
de leurs actions.
9

Les traces et les séquelles de la mauvaise foi sont encore visibles sur la scène politique du
pays. D’ailleurs, quand nous regardons de très près, nous constatons que la situation est
presque standard comme pendant la transition. Pour le montrer, ne nageons pas dans un nuage
transcendantal.

Restons les deux pieds sur terre et évertuons-nous d’analyser avec un regard critique ce que
nous vivons concrètement dans nos murs. Quelques exemples suffisent pour étayer notre
démonstration. Evoquons, en premier lieu la situation de l’insécurité grandissante à l’Est de la
République : les deux Kivu et dans le Bas-Uélé en Province Orientale ou mieux à Dungu.
Dans cette perspective, le cas le plus flagrant et le plus actuel, ce sont les affrontements
survenus le jour de la résurrection du Seigneur de cette année même en Province de
l’Equateur à Mbandaka.

A cet effet, précisons qu’au Nord-Kivu, précisément au sud du territoire de Lubero


c’est-à-dire dans le Masisi, Rutsuru et Walikale une multitude de villages ont été incendiés à
la fin de l’année passée et au début de cette année même. Il y a eu non seulement des pertes
accrues des biens matériels mais aussi et surtout des lourdes pertes des vies humaines. Ce sont
des faits réels dont beaucoup de nos familiers et de nos connaissances ont été victimes. A nous
attendre parler, l’un ou l’autre peut penser que nous sommes animés des sentiments non
justifiés et subjectifs quand nous affirmons de telles informations. Mais c’est aussi un cri
d’alarme que nous lançons par cette modeste dissertation. Nous avons des sources et nous-
mêmes avons subi ces situations d’insécurité et de guerre. Combien de fois, nous avons eu à
passer des nuits entières à la belle étoile et en brousse parce que nous avons fui les
crépitements des bals ? C’est maintes fois et nous ne pouvons plus critique. D’ailleurs pas
plus tard que Dimanche 25 Avril 2010 des événements malheureux se sont produits dans la
Ville de BENI située dans le territoire de Beni au Nord-Kivu. Après des tueries incessantes
des populations civiles de cette Ville voire même dans la Ville de Butembo durant ces derniers
mois, voilà que même les militaires ne sont pas épargnés de cette criminalité sauvage et qui ne
dit pas son nom. Selon les médias, les drames tragiques du même genre se sont produits au
cours de cette année dans la province du Sud-Kivu. Quant à la situation sécuritaire en
Province Orientale précisément dans le Bas-Uélé avec la LRA, personne ne peut prétendre
ignorer les guerres atroces qu’ont connues les compatriotes de ce coin du pays.

Ces informations nous sont parvenues par le site de Benilubero online auquel nous
sommes abonnés. Précisons que nous n’avons accueilli sur ce site que le dernier théâtre
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survenu à Beni comme nous le disions ci-haut. Et pour être plus matérialiste, nous avons
retenu de ce site ce qui suit :

« L’insécurité qui frappe ces jours la Ville et le Territoire de Beni n’est plus à démontrer.
L’heure est grave et, la situation va de mal à pire. Même les militaires (congolais) ne sont plus
en sécurité. Ils basculent petit à petit dans la catégorie des cibles et des victimes.

Et chose étonnante, 48 heures après l’attaque d’un symbole de souveraineté comme le camp
militaire de Nyaleke, il n’y a pas de poursuite des assaillants qui n’avaient pas touché au
dépôt des armes. Au lieu de poursuivre ces assaillants dans leur dernier retranchement, on
organise des réunions sans tête ni queue, et demain, on apprendra que les mêmes assaillants
ont tué ailleurs.  Pourquoi ne pas attaquer la cause pour éradiquer le mal ? Quand un serpent
est dans la maison, on n’organise pas une réunion chez le voisin, mais on cherche un bâton
pour le traquer, le sortir mort de sa tanière.  La nuit de ce samedi à dimanche 25 avril 2010, le
Centre d’Instruction militaire de NYALEKE (ancien Centre de brassage) dans le grand nord
de la Province du Nord Kivu, a été attaqué.  Les faits se sont passés entre minuit et 5h00 du
matin, heure locale. Un groupe d’assaillants munis d’armes à feu, poignards, etc., ont investi
le Centre militaire situé à 10km-Est de la Ville à la limite avec le Territoire de Beni. Le bilan
provisoire est très lourd. Certaines sources non encore confirmées parlent de plus de 200
morts parmi les recrus qui y étaient pour instruction. La vérification de ce chiffre se fera à
partir des familles qui avaient les leurs parmi les recrus.

Officiellement, le bilan est de 7morts dont un lieutenant, un sergent, un garde de parc,


deux épouses de militaire et deux enfants des militaires. Plus de 60 casernes incendiées, et les
cases envoisinant le Centre incendiées au cours de l’opération. Des blessés que nous avons
rencontrés sur leurs lits d’hôpital, à Beni ont indiqué que l’attaque était surprise ; les
assaillants ont crépité trois coups de balle de sommation à l’air avant de pénétrer d’investir les
maisonnettes du camp et des environs où ils exécutaient sommairement, poignardaient tous
ceux qu’ils rencontraient avant de se saisir de leurs armes et minutions.

Néanmoins indiquent, les autorités militaires, les installations d’armement n’ont pas


été touchées. Jusqu'à l’instant, l’on ignore l’identité des assaillants qui ont saboté l’armée
nationale à Beni sans être inquiété avant de se rétracter de leur gré à l’aurore vers
MUNZAMBAYI, dans la brousse. 

Selon les survivants de ce carnage, les inciviques n’avaient autre mission que de tout
de tout éliminer ou détruire à leur passage. Parmi ceux-ci, le Colonel MUKAZA YAYA
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MBANGU qui s’est échappé de justesse avant de voir sa caserne incendiée et son épouse qui
a été touchée à la jambe. Cet assaut, est un coup dur pour les FARDC à Beni, bien que des
renforts militaires aient été déployé au camp le matin de dimanche pour rassurer la population
et rétablir la quiétude.

Le même jour, de 14 à 17heures, le Maire de la Ville de Beni, MUFUNZA BAYENGO


Ghislain a convoqué une réunion extraordinaire de sécurité élargie à la Société Civile et la
MONUC aux fins d’inviter les uns et les autres à la vigilance et à contribuer à la sécurisation
de la zone vue le pire qui s’observe. Il a été question de discuter de manière concertée
certaines mesures pour conjuguer les efforts ensemble. La MONUC qui a déployée de ses
hommes à NYELEKE a promis à son tour appuyer les FRDC et la police pour le
rétablissement de l’ordre et le contrôle effectif de la situation. Trouvez sur page suivante le
reste d’images de personnes tombées ainsi que de certains blessés  lors de cette attaque
nocturne. »4.

Tout ceci ne relève que de la situation sécuritaire du pays dont l’autorité politique
devrait être le garant principal. Changeons de facette. Comme notre analyse du vocable
Malewa ne concerne pas seulement notre organisation politique mais porte également sur le
social, essayons de jeter un regard critique sur notre social. En effet, il convient de nous poser
la question de savoir s’il y a combien des fils et filles de ce pays qui ne mangent pas à leur
faim ou encore qui passent des nuits à la belle étoile puisqu’ils sont sans abris. Combien
d’enfants, de jeunes garçons et jeunes filles voire même des adultes gonflent les rues dans nos
villes en les transformant à leurs domiciles ? Avec des faits tangibles, nous pouvons répondre
sans hésiter que c’est toute une panoplie d’enfants qui errent dans les rues de nos différentes
villes en prennant comme cas d’espèce cette ville de Kisangani qui nous abrite. Nous pensons
que personne ne peut nous prouver le contraire à moins qu’il soit nouveau dans notre milieu.

Touchons également le secteur de l’éducation car elle constitue un des secteurs


les plus importants de la vie sociale dans un pays. A ce sujet, notre constitution est assez
claire. Selon celle-ci, les études primaires sont gratuites.

Mais avec amertume et une très grande insatisfaction voire une grande surprise, depuis
des années ce texte n’est pas appliqué dans le concret. Depuis que nous avons commencé à
4
http://www.benilubero.com. Consulté en date du 29 Avril 2010 à 23hoo.
12

étudier c’est-à-dire dès les années 92, ce sont les parents qui ont toujours payé et supportent
encore la scolarisation des enfants dès l’école maternelle jusqu’à l’Université. Ce qui nous
paraît encore plus grave c’est que ces frais ne font qu’augmenter chaque année. Et vu qu’il
n’y a d’ailleurs pas d’emploi et qu’une pauvreté qui ne dit pas son nom s’installe dans nos
murs, beaucoup de parents congolais sont incapables d’envoyer leurs enfants à l’école ;
conséquence : taux d’analphabétisme élevé.

Même la minorité des personnes qui sont embauchés quelque part pour le job ne sont
pas bien rémunérés. Les agents travaillant dans les services étatiques ne sont pas épargnés de
ce drame ; conséquence : croissance de la corruption et détournement des fonds publics. Ce
qui est pire est que même les professeurs de l’Université en sont victimes malgré leur rang
social, leur formation et surtout le grand service qu’ils rendent à la nation. Ils ne sont pas très
bien payés et selon les médias, ils ont aussi, comme les autres, des arriérés de salaire. Il n’ya
qu’une petite classe dirigeante qui jouit des biens du pays alors que les subalternes crépissent
dans la misère. C’est un défi à relever. Mais ce qui est plus scandaleux, c’est que lorsqu’un
citoyen éclairé et courageux tente de hausser sa petite voix pour manifester son
mécontentement, il est directement mal vu, vite réprimandé par les autorités compétentes et il
risque même de perdre sa vie.

Alors que la constitution prévoit la liberté d’expression dans un Congo


démocratique, ce principe de base de la démocratie reste plutôt au niveau de la spéculation.
Elle est encore un mythe et non une réalité. Nous pouvons même dire que nous nous faisons
une prétention et une illusion quand nous parlons de démocratie en RDC. Cette politique est
encore étrangère chez le congolais alors que, comme disait Kabasu Babu Katulondi, la
démocratie et la bonne gouvernance constituent une condition sine qua non pour qu’on ait une
paix durable en RD Congo. Au sujet de la démocratie et de la bonne gouvernance, il écrit
alors ce qui suit :

« … Déferlant sur les anciens édifices tyranniques de l’Europe de l’Est, de l’Amérique
latine et de l’Afrique en particulier, avec des vibrations sociopolitiques spectaculaires, la
démocratisation a suscité beaucoup d’espoir. Sur un autre versant, dans son passage aux effets
d’un véritable cyclone, elle a bouleversé les nations et rendu le terrain fertile à l’irruption
d’innombrables tragédies… La démocratie s’impose à l’esprit comme ce système de gestion
13

et ce mode d’organisation de la cité qui permet à l’homme de convertir l’énergie originelle de


la création emmagasinée en lui en des actions tangibles de transformation anthropologique et
sociale. »5

Après une analyse profonde du social congolais, vite nous nous rendons compte que la
démocratisation a brisé certains systèmes, particulièrement ceux de la prédation économique
et de domination politique gérés par des hordes ethno clientélistes. La démocratie qui était
censée, de part son essence, produire la paix, elle a été suivie, dans son séisme, par des
génocides en libérant tant de forces du mal.

En réalité, la démocratie a secoué la société congolaise pour y dévoiler, y extraire le mal. La


démocratisation devrait nous inciter à réinventer notre société, à repenser la bonne
gouvernance, que nous identifions, ici, à la bonne gestion pour une paix durable te un
épanouissement social. Chaque congolais doit alors mettre du sien pour penser un remède
pouvant guérir des multiples maux dont souffre la République Démocratique du Congo. C’est
entre autre, l’avons-nous dit, la manipulation politique, la « démocratie décaféinée », la
dictature se voilant des apparences démocratiques, la corruption, la fraude, l’injustice, les
violations macabres des droits de l’homme, … Ces maux multiformes étouffent et ligotent les
esprits, avalisent les hommes et obstruent la transformation, fertilisant ainsi un terrain pour
une violence plus accentuée. Cette violence peut aussi se perpétuer quand elle devient un
réflexe d’autodéfense en voyant son droit à l’épanouissement bafoué et ses possibilités de
développement anéanties. Comme illustration, si nous analysons très bien notre société, vite
nous nous rendons compte qu’il s’est développé un système de gestion de la chose publique
qui voile le principe de la justice distributive. Il « privilégie les intérêts égoïstes de l’élite au
pouvoir (et les membres des créneaux ethno clientélistes) et marginalise les groupes sociaux
ou ethniques qui sont sous-représentés ou pas du tout représentés dans les hautes sphères du
pouvoir »6

Avec ce système mascarade, un groupe de gens s’enrichissent sur le dos des autres. Voilà
pourquoi, le plus souvent, une fois nommé à un poste plus stratégique et plus supérieur, nos
politiciens s’enrichissent en un clé d’œil. Face à une telle situation pitoyable, il nous faut des

5
K.B. KATULONDI, «  Démocratie et bonne gouvernance : une condition de la paix en RDC », o.c, p.12.
6
Ibid, p.13.
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citoyens avertis, éveillés et critiques qui puissent interpeller, d’une façon ou d’une autre, les
consciences de nos dirigeants politiques qui doivent apprendre à être conséquents des
décisions ou promesses qu’ils font à la population par leurs déclarations officielles ou même
pendant l’élaboration de la constitution. Illustrons, en passant, par la revendication de la
décentralisation de différentes entités administratives par ses originaires, comme le cas des
ituriens, qui est le fruit du non respect de la loi et surtout de l’imprudence et la précipitation
de la part du gouvernement lors de l’élaboration de la loi fondamentale du pays. Ces citoyens
avertis et éclairés sont entre autre les artistes musiciens, les intellectuels : philosophes,
sociologues, politologues, linguistes, juristes,… et d’autres couches sociales non distraites.
C’est dans ce cadre d’éveilleur d’esprit que s’inscrit l’album « Techno malewa » de l’artiste
musicien Werrason. Qu’en est-il exactement de « Techno malewa » ?

III. L’Herméneutique de Techno malewa » de Werrason face à la situation


sociopolitique en RDC

Ce n’est pas pour rien que nous avions fourni un effort particulier pour essayer
de brosser la situation tant sociale que politique de la République Démocratique du Congo
dans le point précédent. Comme nous sommes en Linguistique, d’aucun pouvait croire que
nous avons tapé à côté par rapport à l’objet de notre rédaction. Mais, il sied de préciser qu’il
n’en est pas ainsi. La linguistique ne peut pas se passer du politique ou du social parce que les
langues ne sont parlées que dans une société. Plus particulièrement, la langue est un
instrument indispensable pour la communication de l’homme qui est un « animal politique » à
en croire Aristote. Et d’ailleurs, si nous déboisons le champ sémantique du vocable malewa,
nous nous rendrons compte que ce mot a pris naissance dans une société bien précise. C’est
dans cette société congolaise que ce mot a évolué et a pris plusieurs connotations, jusqu’à être
récupéré par Werrason comme moyen de transmission de son message à la classe politique de
son pays qu’est la République Démocratique du Congo. L’historique de ce concept a fait
l’objet de rédaction dans la première partie de ce modeste travail.

Dans cette dernière partie, nous n’y reviendrons plus d’une façon systématique et
détaillée. Nous en ferons parfois allusion en passant. Ici nous nous attarderons plutôt à
interpréter l’album « Techno malewa » en vue de cibler et déceler ce que le « roi de la forêt »
avait voulu dire à nos dirigeants politiques. Pour cela, il a sûrement tenu compte de la
situation politique et sociale de notre pays que nous avons tenté de décrire dans la deuxième
15

partie de ce travail.

En effet, « Techno malewa » est un album musical que Werrason avait produit
l’an passé. Il a connu beaucoup de succès dans la société congolaise même jusqu’aujourd’hui.
Mais en tant que chercheur, nous ne pouvons guère nous fier à cette popularité de la rue et
nous laisser entraîner aveuglement dans ce mouvement trop sentimental, trop fanatique et
parfois non raisonné. Nous devons plutôt chercher à transcender ces opinions sensibles pour
percer le fond et contempler la profondeur du message qui nous est transmis par cet album.
C’est pourquoi, nous avons pensé qu’en concevant cette œuvre d’art, son géniteur qui est
Werrason même n’était pas ivre moins encore dépourvu de la raison. Au contraire, il avait
bien analysé, avec des lunettes sociologiques, l’actualité de son pays ; et avec une génialité
formidable et admirable, il avait pu mettre sur pied un tel album. C’est pour dire que le titre
malewa que porte cette œuvre d’art n’est nullement un fait du hasard. C’est plutôt le fruit d’un
travail bien fouillé, bien raisonné et de longues haleines. Sans même entrer dans le bain de
l’album proprement dit, c’est-à-dire en nous limitant seulement au titre, vite nous ciblons le
génie de cet artiste. Il se dévoile comme un bon citoyen et un bon analyste toujours à la page
par rapport à la vie et à la respiration de son milieu ambiant qu’est sa société même. Ayant
constaté que son pays traverse une crise aussi bien politique que sociale, cet artiste n’a pas
manqué de réagir en interpellant les responsables étatiques de notre pays. Pour ce faire, il part
d’un terme qui bat le recors dans les rues congolaises. C’est bien évidemment le concept
malewa qui venait de gagner l’espace dans le milieu public congolais. Presque tout le monde
en parlait sans même savoir, pour la plupart des cas, l’origine de ce concept voire même sa
signification profonde et scientifique. Concept à un champ sémantique limité, les gens ne
l’usaient que dans un sens vulgaire. Mais comme nous enseigne aussi bien la linguistique
générale que la linguistique africaine, un mot ou mieux une lexie n’a de sens que dans un
contexte bien précis et dans une société bien précise qui utilise ce morphème. C’est dans ce
sens que le vocable malewa est revêtu d’un sens hautement scientifique une fois pris dans le
contexte qui est le nôtre dans ce travail.

A la lumière de « Techno malewa », nous constatons que son champ sémantique


devient très dense. Ainsi, il passe de la doxa à la scientificité. C’est une véritable dialectique
ascendante platonicienne voire même une véritable catharsis de l’épistémologie
bachelardienne. Pour le moment prenons un peu congé du monde des essences pour atterrir au
monde sensible. Parlons concrètement de « Techno malewa ».

Cherchant à percer la matrice qui voile le message parlant de cet album, précisons, de
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prime abord, que nous n’interpréterons pas tout l’album comptant en entièreté plus de quatre
chansons. A notre niveau, nous nous limiterons à porter une herméneutique seulement au
générique de cet album qui constitue son ossature même. Comme deuxième remarque, faisons
signifier que nous n’aurons pas non plus à épuiser l’interprétation de tout ce générique. Nous
focaliserons notre attention à ses quelques extraits que nous trouvons plus importants pour
avoir transmis les idées maîtresses du générique voire de tout l’album. Pour ce faire, nous
prendrons quelques expressions en lingala de cet album et tenter d’en donner une signification
par rapport à l’actualité politico sociale en RDC telle que brossée dans le point précédent.

Au premier plan, commençons par l’expression « Libumu na ye malewa ». Qu’est-ce


que cela peut signifier pour nous ? Avant de répondre à cette question qui se veut pertinente
dans le cadre de note entreprise rédactionnelle, il nous sied de noter que nous utiliserons le
principe du désordre à l’ordre. Quand Werrason parle de « Libumu na ye malewa », il fait
allusion au ventre creux, presque vide parce que se nourrissant de malewa c’est-à-dire de la
nourriture de moindre valeur ou encore d’une nourriture pauvre, sans protéines ou avec une
carence de glucose ou d’une autre substance nutritive capitale pour notre organisme. C’est
dans ce cadre que cet artiste veut faire passer un message d’interpellation à nos dirigeants
portant essentiellement sur le politique et le social dans son pays. Il le fait d’une façon voilée
et intelligible. Pour bien lire ce message, il faut un effort d’exercice intellectuel qui soit assidu
et sérieux. A vrai dire, Werrason veut nous faire comprendre que la société congolaise est
malade. Elle souffre de plusieurs maux ; à l’occurrence la faim et mal nutrition dans toutes ses
couches confondues. Même nos institutions politiques ne sont pas épargnées par ce mal de
carence nutritionnelle. Elles en souffrent sérieusement. Cela se montre par la fragilité,
l’irresponsabilité des instances dirigeantes. Nous avons assez illustré par des exemples
flagrants cette regrettable situation dans le point précédent. Point n’est alors impérieux d’y
revenir et y insister dans ce point. Mais ce qui frappe notre esprit, c’est le fait de voir
comment ce mot malewa nous aide à desceller une question récurrente de la société. Nous
passons ainsi du populaire au scientifique de ce mot en corrélation avec les faits
sociopolitiques de notre pays. C’est hautement génial de la part de notre artiste.

Mais cela n’épuise pas toute la signification de cette expression. Et en poussant loin
notre cogitation, il y a la possibilité que nous posions l’hypothèse suivante : Ayant comme
source le malewa (le ventre creux et vide, le fait d’être assoiffé de quelque chose pour remplir
un vide), l’irresponsabilité politique de nos dirigeants est à son tour au centre du « malewa
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social » c’est-à-dire le fait que la société soit souffrante de plusieurs maux qui découlent
logiquement de la malnutrition initiale de nos acteurs politiques. Nous nous expliquons : étant
donné que, avant de devenir des cadres politiques, la plupart de nos politiciens viennent des
situations macabres. Quand ils postulent aux postes stratégiques de l’Etat, généralement, ces
gens appartiennent à la classe moyenne dans la société. Ils sont soit enseignants, soit
secrétaires dans les bureaux administratifs étatiques,… A ce niveau, notons que quelques uns
d’entre eux ont déjà une bonne position sociale. Revenant sur la première catégorie de ces
postulants, il faut signaler que ces enseignants et autres agents de l’Etat ne sont pas
régulièrement payés.

Et quand ils sont payés, c’est par un salaire dérisoire. Pour cela ils lancent des grèves
pour réclamer leurs droits ; mais c’est souvent en vain. Ces réclamations tombent caduques.
C’est ainsi qu’ils vivent, malgré eux, dans un écartèlement où ils aspirent à un avenir meilleur
et prospère. Ils sont assoiffés et animés d’un sentiment de monter d’échelon de classe social
afin de jouir eux aussi des biens de l’Etat. Voilà pourquoi, une fois qu’ils sont élus députés ou
nommés à un poste politique important, puisque animés au départ de ce sentiment d’avoir plus
et suite au ventre vide (affamé), ils gèrent les affaires publiques pourvus d’un sentiment de
vouloir tout prendre. Bref, ils deviennent avares. Ils ont un manque à gagner et dans un laps
de temps ils cherchent à combler le vide. Ils ont tendance à récupérer le plus vite possible ce
qu’ils avaient ratés avant leur accession au trône du pouvoir politique. A ce sujet, l’expression
la plus usuelle est : « C’est notre tour de bouffer ou encore de manger ». Les conséquences
logiques de ce genre de gestion sont prévisibles. Il s’agit effectivement de la corruption, le
détournement des fonds publics, la mégestion généralisée ; bref l’égoïsme et l’individualisme
qui priment sur l’altruisme dans cette gestion qui serait normalement communautaire. Et ce
mal gérance plonge automatiquement toute la société dans un désarroi. La faim généralisée, la
malnutrition, le non-paiement des agents de l’Etat, l’insécurité ne font que s’accentuer voire
même prendre une allure de perpétuation. Voilà ce que peut signifier l’expression «  Libumu
na ye malewa ». Il en est de même quand notre artiste parle des expressions comme
« Mukongo na ye malewa » ou encore de « Mipende na ye malewa ». Ce n’est plus comme la
rue le pense dans un sens péjoratif.

Mais nous voyons que ces expressions connotent un sens positif dans la sphère tant
politique que sociale de notre pays. Et pensé dans ce sens, le concept malewa peut
occasionner une métamorphose de notre société ou encore de toute la classe politique qui
nous dirige. Cela ne peut être possible que si les uns et les autres sont à même de saisir le
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message interpellateur que notre artiste veut véhiculer par ces expressions ayant comme point
d’intersection le vocable malewa. Une autre dimension essentielle à prendre en considération
est le style de danseuses dans ce clip. D’aucuns penseraient que leur habilement dénote une
immoralité. Mais en mettant les lunettes herméneutiques, nous comprenons que cet
habillement transmet plutôt un message positif et éducatif.

Les dames qui portent des bodies montrant leur ventre, ne le font pas pour le simple plaisir
d’exposer leurs corps mais parce qu’elles veulent exprimer ce «  Libumu malewa » qui a
besoin d’une nourriture consistante puisqu’étant remplir des nourritures non riches, bref des
presque vides. Et quand elles le font, c’est bien évidemment pour faire allusion à la situation
sociopolitique dans notre pays tel que nous venons de le montrer dans les lignes précédentes.

La deuxième expression de l’album « Techno malewa » qui pique notre attention et


qui mérite une herméneutique sérieuse est « Mwana na tikaki muke sime ekoli ». Loin de
penser à une immoralité qui serait transmise par cette expression, comme bon nombre des
gens le pensent, en tant que chercheurs scientifiques, nous pouvons également faire une
interprétation positive de cette expression. Et comme notre travail porte essentiellement sur
l’approche sémantique de malewa dans le social et le politique congolais, nous jugerons
impérieux de revenir sur ces secteurs. Et quand nous nous mettons à les analyser avec
sérieux, le fonctionnement de ces secteurs et surtout en matière de gestion laisse à penser. Il
suffit d’ouvrir non seulement grandement les yeux et surtout avec un regard critique et
discernement, pour se rendre compte de cette situation angoissante. Pour être plus concret,
essayons de jeter, une fois de plus, un regard critique sur la vie que mènent nos autorités
politiques. D’une façon générale, avant d’accéder à leurs postes, ils sont minces, locataires,
sans déplacement, pauvres ; bref, leur niveau de vie est assez bas. Nous dirions que leur être
est mince et leur vie précaire. Mais une fois qu’ils sont nommés à des postes importants du
pays, leur vie change en un rien de temps. Pour ne pas nager dans les nuages et pour être plus
pragmatique, restons dans nos murs. Si nous voyons nos députés tant provinciaux que
nationaux, les ministres provinciaux et nationaux voire même ceux qui occupent des postes
importants dans le gouvernement de notre pays comme la présidence, le cabinet présidentiel,
les cabinets ministériels, le gouvernorat,…ils ont connu une métamorphose galopante dans
leur être. Pour certains, c’est d’ailleurs un changement de paradigme considérable dans leur
vie. Certains d’entre eux croupissaient dans la misère avant leur nomination. Ils vivaient
difficilement pour ne pas dire qu’ils étaient misérables. Parlant de cette façon, nous trouvons
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très important et nécessaire de souligner une précision avant de continuer avec notre parcours
rédactionnel. Nous devons nous mettre d’accord que nous ne citons en personne qui que ce
soit. Nous réfléchissons en chercheurs scientifiques vivant dans une société avec
discernement.

Etant une partie intégrante de la société congolaise, nous y vivons en l’analysant


objectivement. Ce n’est qu’après constat, observation et analyse bien réfléchie que nous
arrivons à avancer de telles affirmations afin de saisir le message d’interpellation de
Werrason à nos autorités par son album « Techno malewa ». Nous ne critiquons pas pour le
simple plaisir de critiquer mais c’est pour aider nos dirigeants à prendre conscience de leurs
limites afin d’améliorer leurs modes de gestion qui soient profitables pour tout le monde.
Revenant maintenant sur la question de ces autorités qui ne sont pas du tout riches avant leur
élection ou leur nomination, vous constaterez avec nous que six moins c’est trop pour que leur
style de vie puisse changer. Alors qu’ils ont d’abord un salaire considérable par rapport à
d’autres agents de l’Etat, ils ont encore d’autres avantages qui leur permettent de s’enrichir
d’avantage. Certains ne se limitent même pas à ce niveau. Ils profitent de leur pouvoir pour se
laisser emporter par la corruption et d’autres encore se donnent abusivement au détournement
des fonds publics. C’est ainsi que dans peu des temps, ils se tapent des voitures, des villas, ils
multiplient des voyages à l’étranger où ils envoient même leurs enfants aux études. Ils
améliorent leur alimentation et deviennent par conséquent gros avec des « libumu » (ventres)
bedonnants alors qu’ils étaient minces avec une santé précaire avant leur accession au
pouvoir. En un mot, désormais ils jouissent des biens de l’Etat en faisant des dépenses non
réfléchies alors que les pauvres enseignants ne reçoivent même pas leur salaire qui est
pourtant dérisoire. Ici nous n’avons cité qu’un cas parmi les autres agents travaillant dans les
services étatiques et paraétatiques qui perçoivent difficilement leur salaire. La conclusion est
donc que les uns s’enrichissent sur le dos des autres. C’est là le sens même que nous pouvons
attribuer à l’expression de « Mwana na tikaki muke sima ekoli » dans la sphère sociopolitique
de notre pays.

L’autre expression qui mérite une attention particulière dans ce générique est la
suivante : « Na banzungu, na basahani, na balisaso kotisa nyoso ». Cette expression nous
paraît une exhibition sur le plan éthique. Apparemment, cela dénote un désordre et une
immoralité parce que si nous restons superficiels, nous pouvons facilement faire allusion à un
acte sexuel. Et dans un monde africain comme le nôtre, parler tout haut et publiquement de la
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sexualité est un sacrilège. Mais comme étudiants en Philosophie, nous faisons un effort de
transcender ce sens premier pour percer la profondeur de ce que veut signifier cette
expression.

Nous faisons cet exercice spirituel en prenant compte, une fois de plus, de la situation sociale
et politique de notre pays.

Nous avions parlé dans le deuxième point de la présente entreprise des maux qui
guettent la République Démocratique du Congo du point de vue de son politique et son social.
Nous avons concrètement de la corruption qui bat le recors dans nos institutions. Nous avons
également souligné le détournement des fonds publics et d’autres causes du « mal congolais »
c’est-à-dire les principes premiers du malheur général qui trouve son déploiement sur toute
l’étendue de la RD Congo. Et quand nous asseyons de scruter le sens profond que peut
prendre l’expression « Na banzungu,… kotisa nyoso » dans une telle sphère sociopolitique,
nous nous rendons compte que l’artiste faisait évidement allusion à nos hommes politiques
corruptibles e détourneurs des fonds publics. Si nous revenons sur ce que nous disions dans la
page précédente, nous comprendrons que certaines de nos autorités politico-administratives
qui pillent les ressources de ce pays ou mieux qui prennent les biens publics pour leur propre
compte, le font d’une manière systématique à tel point que si quelqu’un veut lui prodiguer un
conseil, il le rejette. Dans ce même cadre, quiconque oserait lui dire de manger moins ou en
pensant aux autres, si c’est son subordonné, l’autorité lui demande de « kotisa nyoso » c’est-à-
dire de faire tout entrer dans la voiture et de ne rien laisser comme pour signifier que nos
politiciens gèrent les richesses du pays à leur gré et pillent le pays sans rien laisser.

CONCLUSION

Pour clore, il nous importe de revenir sur ce qui a constitué l’essentiel de notre
entreprise rédactionnelle. Dans un premier temps, nous avons tenté d’analyser le concept
malewa. Il s’agissait d’essayer de trouver son origine, sa signification première ; bref
l’historique de ce vocable.

Dans un deuxième moment, nous avons tenté de brosser la carte d’identité de la


situation sociopolitique de la République Démocratique durant les dernières décennies du
Congo en vue de bien interpréter le concept malewa dans une telle organisation. En fin, nous
nous sommes alors attardés sur cette herméneutique sérieuse en nous appuyant sur « Techno
malewa de l’artiste musicien Werrason. Pour ce faire, nous avons analysé non tout cet album
mais quelques expressions-clé de son générique. Mais à ce niveau une autre question
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s’impose dans notre esprit en tant que religieux et a le mérite d’être posée. C’est évidemment
celle de savoir quelle charge sémantique peut contenir le concept malewa dans un champ
spécifiquement religieux. Un tel questionnement peut être posé comme perspective de
recherche scientifique dans l’avenir pour quiconque le voudrait.