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DOSSIERS NOIRS (16)

DOSSIERS NOIRS (16)


Agir ici – Survie François-Xavier
Le brassage continu de l’or noir et de
Verschave
« l’argent noir », du pétrole offshore
(au large) et des capitaux offshore
(dans les paradis fiscaux), des
spéculations inavouables sur le
pétrole, la dette et les fournitures
de guerre, dessinent un paysage où

L’envers de la dette
criminalités économique et politique
entrent en synergie. Il devient

L’envers
évident que les acteurs les plus
conscients participent à un « groupe
criminel organisé ». Ils n’ont pas
conscience, en revanche, que peut

de la
leur être collée cette étiquette, car ils
évoluent depuis trop longtemps dans

Agir ici
Survie
les espaces sans loi, les no man’s
land déshumanisants d’une

dette
mondialisation dérégulée, avec la
quasi-assurance de l’impunité.
Les ouvrages sur le pétrole, la dette,
les trafics d’armes, les guerres
au Congo-Brazzaville et en Angola,
avec leurs cortèges d’horreurs et de
Criminalité politique
François-Xavier Verschave

destructions, ne manquent pas. Il


manquait de tisser ensemble ces et économique
divers éléments.
C’est l’objet de ce « Dossier noir ».
au Congo-Brazza et en Angola

François-Xavier Verschave
est notamment l’auteur de
La Françafrique (Stock, 1998)
et Noir silence (Les Arènes, 2000)
846831

AGONE: ISBN 2-910846-83-0


13,50 € / 88,55 F
782910

COMEAU & NADEAU: ISBN 2-922494-79-9


17,95 $
9
Les « Dossiers noirs » sont issus d’une collaboration entre Agir ici
et Survie, qui mènent régulièrement, avec une vingtaine d’asso-
ciations françaises, des campagnes conjointes pour « ramener à la
raison démocratique » la politique africaine de la France. Afin d’en
refonder la crédibilité, Agir ici et Survie ont émis une série de
propositions régulièrement réactualisées.

Agir ici est un réseau de citoyens spécialisé dans l’intervention


auprès des décideurs politiques et économiques des pays du Nord
en faveur de relations Nord/Sud plus justes. Agir ici mène des
campagnes d’opinion liées à l’actualité en collaboration avec
d’autres associations françaises, européennes et internationales.
104, rue Oberkampf, 75011 Paris.
Tél. (0)1 56 98 24 40 • Fax (0)1 56 98 24 09
Courriel <agirici@agirici.org>

Survie est une association de citoyens qui intervient depuis 1983


auprès des responsables politiques français pour renforcer et rendre
plus efficace la lutte contre l’extrême misère dans le monde. Survie
milite pour une rénovation du dispositif de coopération, un assai-
nissement des relations franco-africaines et une opposition ferme à
la banalisation des crimes contre l’humanité.
57, av. du Maine, 75014 Paris.
Tél. (0)1 43 27 03 25 • Fax (0)1 43 20 55 58
Courriel <survie@wanadoo.fr>
Les « Dossiers noirs » d’Agir ici & Survie

Bolloré : monopoles, services compris, « Dossier noir 15 »,


L’Harmattan, 2000.
Le Silence de la forêt. Réseaux, mafias et filière bois au
Cameroun, « Dossier noir 14 », L’Harmattan, 2000.
Projet pétrolier Tchad-Cameroun. Dés pipés sur le pipe-line,
« Dossier noir 13 », L’Harmattan, 1999.
La Sécurité au sommet, l’insécurité à la base… « Dossier
noir 12 », L’Harmattan, 1998.
La Traite & l’esclavage négriers, Godwin Tété, « Dossier
noir 11 », L’Harmattan, 1998.
France-Sénégal. Une vitrine craquelée, « Dossier noir 10 »,
L’Harmattan, 1997.
France-Zaïre-Congo, 1960-1997. Échec aux mercenaires,
« Dossier noir 9 », L’Harmattan, 1997.
Tchad, Niger. Escroqueries à la démocratie, « Dossier noir 8 »,
L’Harmattan, 1996.
France-Cameroun. Croisement dangereux ! « Dossier noir 7 »,
L’Harmattan, 1996.
Jacques Chirac & la Françafrique. Retour à la case Foccart ?
« Dossier noir 6 », L’Harmattan, 1995.
Rwanda : la France choisit le camp du génocide ; Les liaisons
mafieuses de la Françafrique ; France, Tchad, Soudan,
à tous les clans ; Présence militaire française en Afrique :
dérives ; Les candidats et l’Afrique : le dire et le faire,
« Dossiers noir 1 à 5 », L’Harmattan, 1996.

© Agone, 2001
BP 2326, F-13213 Marseille cedex 02
http://www.atheles.org/agone
ISBN 2-910846-83-0

Coédition Comeau & Nadeau Éditeurs


c.p. 129, succ. de Lorimier
Montréal, Québec H2H 1V0
ISBN 2-922494-79-9
François-Xavier Verschave

L’envers de la dette
Criminalité politique et économique
au Congo-Brazza et en Angola
On trouvera en annexe une chronologie du Congo-Brazzaville
(p. 198), les notices biographiques des protagonistes (p. 200) et
la liste des principaux sigles utilisés dans ce livre (p. 203).
Les notes en chiffres arabes, reportées en fin d’ouvrage (p. 205),
donnent les références des textes et propos cités ; elles sont
numérotées par chapitre.
Introduction

I l ne manque pas d’ouvrages sur le pétrole,


sur la dette, sur les trafics d’armes, sur les guerres
au Congo-Brazzaville et en Angola, avec leurs cor-
tèges d’horreurs et de destructions. Il manquait de
tisser ensemble ces divers éléments. C’est l’objet de
ce « Dossier noir ».
Le brassage continu de l’or noir et de « l’argent
noir I», du pétrole offshore (au large) et des capi-
taux offshore (dans les paradis fiscaux), des spécu-
lations inavouables sur le pétrole, la dette et les
fournitures de guerre dessine alors un paysage où
criminalités économique et politique entrent en
synergie. Il devient évident qu’un certain nombre
d’acteurs, les plus conscients, participent à un
« groupe criminel organisé », au sens où le définit
la future Convention des Nations unies contre la
criminalité transnationale organisée, dite Conven-
tion de Palerme. Ils n’ont pas conscience, en re-
vanche, que peut leur être collée cette étiquette,
car ils évoluent depuis trop longtemps dans les es-
paces sans loi, les no man’s land déshumanisants
d’une mondialisation dérégulée, avec la quasi-assu-
rance de l’impunité.
Ce dossier voudrait aider à une prise de
conscience, de la part notamment des victimes et
des ingénieurs de ces machines à piller, à ruiner, à
broyer. Les victimes découvriront que ces méca-

I. L’argent sale franco-africain, selon le titre du livre de Pierre Péan,


L’Argent noir, Fayard, 1988.
6 Introduction

niques ne sont pas si lointaines que ça, incompré-


hensibles, anonymes, insaisissables : les flux morti-
fères impliquent des personnes et des sociétés
précises, l’argent passe inévitablement par des
comptes archivés, dans des banques “honorables”.
La dette apparaît comme une “double peine”,
s’ajoutant à tous les malheurs et préjudices qu’in-
fligent à la population la razzia, l’extorsion, l’ex-
ploitation inique de ses matières premières.
Décrire les articulations de ces dispositifs ne per-
met pas seulement d’illustrer leur caractère mora-
lement insoutenable : cela multiplie les motifs
d’incrimination. Manifestement, la quasi-totalité
des contrats sous-jacents sont illégitimes, illégaux,
peuvent être frappés de nullité et donner lieu à ré-
parations. Les victimes peuvent demander beau-
coup mieux que l’effacement charitable de leurs
dettes : elles peuvent exiger d’être rétablies dans
leurs droits I. Une bataille juridique qui est aussi
politique, puisqu’elle contribuera à asseoir un
nouveau droit international.
Les désagréments subis par Pierre Falcone (pré-
sumé innocent) à l’occasion de l’“Angolagate” ont
sans doute inquiété les trop habiles profiteurs des
opportunités d’un “monde sans loi II” : le temps
des incriminations a commencé. Leur impudence
a été trop loin, la logique de leurs jeux cyniques et
pervers est peu à peu mise au jour. Ils ne pourront
plus empêcher que les juges et les mouvements de

I. Lire en annexe les pistes juridiques. Cela n’empêche pas de


réclamer d’ores et déjà l’effacement de la dette comme le font les
campagnes internationales auxquelles Agir ici et Survie prennent
part. Notre conviction est politique et non “charitable” : les débi-
teurs ont déjà beaucoup trop “payé”.
II. Titre d’un ouvrage sur les paradis fiscaux, dirigé par Jean de
Maillard (Stock, 1998).
François-Xavier Verschave 7

citoyens, au Nord comme au Sud, interfèrent dans


leurs trafics. Alors, ils feraient mieux de se recon-
vertir dans du business plus légal : il y a des ma-
nières bénéfiques de gagner de l’argent, des jeux
commerciaux à somme positive, des utilisations
intelligentes de la “rente” des matières premières.
S’ils investissaient là leur ingénierie, ils mérite-
raient peut-être un jour la reconnaissance générale,
au lieu de mandats d’arrêt internationaux.
Deux mots encore, sur les services secrets et les
banques. La dimension financière de l’activité des
premiers a été jusqu’ici sous-estimée ; ils sont om-
niprésents derrière les événements que nous allons
décrire, avec des moyens parallèles qui leur per-
mettent d’échapper de plus en plus au contrôle dé-
mocratique – une “dérégulation” vraiment
problématique. Quant aux grandes banques com-
merciales, il s’avère qu’elles n’ont pas su résister
aux tentations de l’argent facile, même s’il favorise
le pire : elles devraient prendre conscience que tôt
ou tard leur image, et donc leur crédit, pourraient
gravement en pâtir.
Grandes
banques

Régimes néo-coloniaux Réseaux mafieux


Parrains politiques transnationaux
occidentaux Traders Courtiers

Trafiquants Trafiquants

Courtiers Traders

Paradis
fiscaux
Traders Courtiers

Trafiquants Trafiquants

Courtiers Traders

Multinationales Services secrets


du pétrole, du bois, et mercenaires
du diamant, etc.

Vendeurs
d’armes

Essoreuse de richesses africaines


François-Xavier Verschave 9

Note méthodologique

Comme souvent, les « Dossiers noirs » s’efforcent


de mettre en perspective l’information disponible
sur les sujets abordés. Bien entendu, fort peu de
publications évoquent les aspects officieux sous-
jacents aux tractations officielles, dans la pétrofi-
nance ou les ventes d’armes. Pour certains
opérateurs ou décideurs, économiques ou poli-
tiques, ce dessous des choses est pourtant essentiel.
Le besoin d’information à son sujet suscite ce
qu’on appelle des “lettres confidentielles”, des bul-
letins périodiques brefs au coût d’abonnement
élevé, destinés à un cercle d’initiés.
Sur les sujets qui nous concernent, la plus
connue est La Lettre du Continent. Plus spécialisée
encore est La Lettre Afrique Énergie, également édi-
tée chez Indigo Publications. Celles-ci publient
encore (entre autres) la traduction française de
l’une des lettres confidentielles britanniques les
plus réputées, Africa Confidential. La première des
deux parties de ce livre est très dépendante de ces
sources. Elles sont incontournables. Nous avons
pu souvent vérifier leur qualité factuelle par nos
propres sources. Celles-ci sont nombreuses pour le
Congo-Brazzaville, mais ne peuvent le plus sou-
vent être citées en raison des risques encourus, par
elles-mêmes ou leurs proches.
On comprend que des publications fournissant
des informations “décisionnelles” à des initiés ne
puissent raconter n’importe quoi : elles y per-
draient leurs clients. Les citoyens et leurs associa-
tions ne sont pas leur cible de clientèle. C’est un
atout supplémentaire : les tentatives de désinfor-
10 Note méthodologique

mation dont ces lettres influentes peuvent être de


temps à autre l’objet ne nous sont pas en principe
destinées. Tamiser sur plus de quinze ans leurs col-
lections à la Bibliothèque nationale I nous permet
d’observer des jeux auxquels nous n’étions pas in-
vités, et de les mettre en perspective. Merci à In-
digo Publications pour ces “nouvelles du front”…
La deuxième partie aborde les maux de l’Angola à
partir des “aventures” du duo Falcone-Gaydamak,
qui ont débouché sur le scandale de l’“Angolagate”
et l’arrestation de Jean-Christophe Mitterrand. Le
juge Courroye a fait très fort. Craignant l’étouffe-
ment d’une affaire aux dimensions himalayennes,
ce stratège a assuré sa première “prise” : un rejeton
de la monarchie élyséenne. L’affaire est entrée du
coup dans la rubrique people, suscitant de nom-
breuses enquêtes de journalistes non spécialisés.
L’éventail des sources est par conséquent beaucoup
plus grand. Elles confirment ce qui ressort de la
première partie de ce livre : les mécanismes de spo-
liation financière, les enchaînements pétrole-dette-
paradis fiscaux-armes-guerre civile…
Nos exemples seront souvent exposés de maniè-
re partielle, voire lacunaire. Les opérations en
question n’étant pas censées être divulguées, n’en
affleurent que des morceaux. Nous sommes un
peu comme des paléontologues à la recherche
d’ossements de dinosaures. Il est rare qu’ils trou-
vent un squelette entier. Mais l’accumulation des
découvertes parcellaires – un tibia ici, une mâ-
choire là, ailleurs une empreinte fossile – permet
la mise en perspective. On peut alors reconstituer

I. Un travail de chercheur de pépites mené par Simon Richard,


sans qui ce dossier n’aurait pas vu le jour.
François-Xavier Verschave 11

l’allure de l’animal, et même sa dynamique : ce


qu’ont réalisé de manière très scientifique des do-
cumentaires en images de synthèse, dont s’est ins-
piré Jurassic Park.
Notre dossier n’a pas le degré d’aboutissement
de ces documentaires. Sur des terrains minés par
les enjeux d’argent et de pouvoir, l’investigation et
la recherche scientifique sont beaucoup moins dé-
veloppées qu’en paléontologie, les consensus de-
meurent prématurés. Ce livre n’a donc pas
l’aisance d’une fiction linéaire, il nécessitera peut-
être deux lectures. Mais au terme de cet effort, le
lecteur aura accès à une compréhension person-
nelle, voire à des instruments pour l’action.
Le schéma qui ouvre cette note méthologique
lui propose dès à présent une idée du décor.
Congo : pétrole,
dette, guerre

P rincipale richesse du Congo-Brazzaville, le


pétrole pourrait y financer des biens publics
tels que l’éducation et la santé, au bénéfice de ses
quelque 3 millions d’habitants. Il a plutôt sur-
chauffé les appétits extérieurs et intérieurs. Elf et
les réseaux françafricains I ont considéré cette ri-
chesse comme la leur. Ils ont fait main basse sur
elle avec le concours d’une série d’intermédiaires,
spécialistes de l’escamotage financier, et la compli-
cité goulue des plus grandes banques françaises.
Sur place, les hommes au pouvoir s’acoquinaient

I. La “Françafrique” est un concept forgé à partir de 1994, au fil


des explorations de la lettre mensuelle Billets d’Afrique (Survie) et
des Dossiers noirs de la politique africaine de la France (Agir ici et
Survie), pour tenter d’expliquer comment la France est capable
de faire en Afrique l’inverse exact de sa devise républicaine. Ce
concept a été amplement développé dans deux de mes
ouvrages, La Françafrique et Noir silence 1. Il subvertit une notion
brièvement utilisée avant les “indépendances” par le leader néo-
colonial franco-ivoirien Félix Houphouët-Boigny, dans une pers-
pective fusionnelle.
C’est la “France à fric” qui s’exporte en Afrique, et s’en réim-
porte. La Françafrique est la face immergée de l’iceberg des rela-
tions franco-africaines. En 1960, l’histoire accule De Gaulle à
accorder l’indépendance aux colonies d’Afrique noire. Tout en
proclamant cette nouvelle légalité internationale, immaculée, il
charge Foccart de maintenir la dépendance, par un ensemble de
moyens forcément illégaux, occultes, inavouables, s’attachant ou
circonvenant les pouvoirs locaux. « La Françafrique désigne une
nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en
France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polari-
sée sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et
l’aide publique au développement. La logique de cette ponction
est d’interdire l’initiative hors du cercle des initiés. Le système,
autodégradant, se recycle dans la criminalisation. Il est naturelle-
ment hostile à la démocratie. 2 »
14 Congo : pétrole, dette, guerre

bon gré mal gré avec cette Françafrique prédatri-


ce, soit qu’ils y aient depuis longtemps adhéré,
soit qu’ils aient cru inévitable de la rejoindre.
Mais le cumul des appétits excédait largement les
marges officielles et parallèles : d’où un recours ef-
fréné à l’endettement, croquant et hypothéquant
les recettes futures.
Cette fuite en avant n’a cessé d’avoir deux car-
burateurs : l’état de “manque” des “responsables”
congolais, avides de comptes en Suisse, de pro-
priétés en France, d’armes et de miliciens, mais
aussi étranglés par la gabegie antérieure (la leur,
ou celle de leurs prédécesseurs) et le surendette-
ment qui en a résulté ; la cour industrieuse d’une
nuée de prêteurs, bradeurs, escrocs ou usuriers.
Pillé, ravagé, criminalisé, l’État congolais est de-
venu la proie des luttes de clans, malgré une brève
éclaircie démocratique. La Françafrique a attisé
ces luttes intestines, qui ne cessaient d’affaiblir
l’État propriétaire du pétrole convoité. Elle a en-
couragé leur dérive ethniste, jusqu’à l’horreur
d’une guerre civile occultée par les médias occi-
dentaux 3– une guerre que l’on pourrait sommai-
rement qualifier de “yougoslave” pour évoquer au
lecteur français les images d’un conflit mieux
connu, objet lui aussi de plusieurs rechutes. Avec
une issue différente : s’est installée à Brazzaville la
dictature d’un régime criminel contre l’humanité,
alors qu’en Yougoslavie ses homologues ont été
relégués par les peuples, les fauteurs de guerre sont
poursuivis, le principal d’entre eux a été arrêté et
sera jugé. La dictature congolaise se double d’une
occupation étrangère : le pays est quasi annexé par
la pétrodictature angolaise voisine, où nous ver-
François-Xavier Verschave 15

rons que se concentre une partie des grands ac-


teurs de la mondialisation de l’argent sale.
Bref, le pétrole et les pétroliers ont ruiné le
Congo, suscitant l’enrichissement sans cause d’un
cercle d’initiés français et africains. S’est ainsi
creusée une première dette. Puis ils ont financé à
crédit les achats d’armes et les milices qui ont exa-
cerbé la guerre civile, terriblement meurtri la po-
pulation du Congo, détruit une partie de ses
infrastructures, relégué sa démocratie. C’est cette
dette-là, ce crédit-là, perclus d’escroqueries et de
crimes, que les Congolais devraient rembourser ?
La dette du Congo-Brazza

Le Congo-Brazzaville doit composer avec


une dette extérieure de près de 36 milliards
de francs. Les créances détenues par la
France – principalement d’origine commer-
ciale – se montent à 11 milliards de francs.
Contrairement à l’Angola, le Congo-
Brazzaville devrait recevoir des allégements
de dette dans le cadre de l’initiative Pays
pauvres très endettés (PPTE). Cependant, il
n’a pas encore rempli certains critères lui
permettant d’atteindre son « point de déci-
sion » ouvrant droit à des allégements
transitoires. Actuellement sous programme
post-conflit financé par le FMI (à hauteur
de 100 millions de francs), le Congo-
Brazzaville fait partie, pour les bailleurs, des
pays en phase de « normalisation » et de
« stabilisation ». C’est pourquoi le calen-
drier du processus d’allégement est pour
l’heure plus qu’incertain.
Source : Rapport sur les activités du Fonds moné-
taire international et de la Banque mondiale
2001, Gouvernement français, 2001.
François-Xavier Verschave 17

1. Le pétrole fait flamber la dette

L’abbé Fulbert Youlou, premier président de l’ex-


Congo français (à côté de l’ex-Congo belge I),
était trop “faible” pour correspondre à l’idéal foc-
cartien : il laissait subsister une relative démocratie
– libertés syndicales, d’association et d’expression.
Paris le laisse donc renverser, mi-1963, par un
accès de fièvre proclamé “révolution”. Les princi-
paux personnages politiques du Congo vont gravir
les échelons de ce nouveau régime, s’y tailler des
fiefs – idéologiques, puis claniques et ethnistes –,
acquérir les détestables habitudes qui feront la tra-
gédie de leur pays, tandis que s’annonce puis
monte en charge l’exploitation de l’or noir. Il est
nécessaire de résumer cette histoire parallèle, poli-
tique et pétrolière 4, pour mieux percevoir les
brèches néocoloniales où va couler la dette.
Les “révolutionnaires”, parmi lesquels Pascal Lis-
souba, adoptent l’idéologie du “socialisme scienti-
fique” et créent un parti unique. L’ancien président
de l’Assemblée nationale, Alphonse Massamba-
Débat, devient président de la République. Lissou-
ba sera l’un de ses Premiers ministres. Un groupe
remuant d’officiers “progressistes”, dont le sous-
lieutenant Denis Sassou Nguesso, cherche à impo-
ser sa loi. Il y parvient en juillet 1968. Marien
Ngouabi, l’un des putschistes, est porté à la tête du
Conseil national de la Révolution.

I. Depuis que le Zaïre est redevenu Congo, il n’est pas simple de


le distinguer clairement et sans périphrase de son voisin homo-
nyme. Le caractère “démocratique” de la République de
Kinshasa n’étant pas vraiment assuré, on parlera de Congo-
Kinshasa ou Congo-K – plutôt que de “République démocra-
tique du Congo”, ou RDC. Et, au nord-ouest, de Congo-Brazza
ou Congo-B.
18 Congo : pétrole, dette, guerre

Le parti unique s’appelle désormais parti congo-


lais du travail (PCT). L’Internationale et le dra-
peau rouge deviennent l’hymne et l’emblème
nationaux. L’économie est étatisée. Premier pays
marxiste-léniniste d’Afrique, le Congo le restera
officiellement pendant 23 ans. Un savoureux pas-
sage de la confession de l’ancien PDG d’Elf, Loïk
Le Floch-Prigent 5, permet de relativiser l’idéolo-
gie affichée : soulignant le rôle central d’Elf dans
la présence française en Afrique francophone, il
donne l’exemple « du Congo, devenu quelque
temps marxiste, toujours sous contrôle d’Elf ».
L’identité du contrôleur local (Denis Sassou
Nguesso) n’est pas un mystère.
Le régime est policier. Les luttes de coterie
s’achèvent en “rectifications idéologiques” – des
purges sanglantes. Sassou Nguesso en est déjà l’un
des arbitres : il commande une unité d’élite, le
Groupe aéroporté (GAP) ; il organise et dirige la
sécurité d’État ; il coordonne les “organisations de
masse”. Elf a trouvé une pierre précieuse, le gise-
ment “Émeraude”. La première d’un collier de gi-
sements au large des côtes congolaises.
En 1976, le président Marien Ngouabi commet
l’erreur de se chamailler avec Elf : « Il accuse la
compagnie de “mauvaise foi” dans l’exécution des
contrats et de rétention dans la production. Le 10
octobre 1975, il décide d’augmenter la fiscalité sur
le pétrole. Elf n’apprécie pas. Cela pourrait don-
ner des idées à d’autres pays, et donc minorer du-
rablement les bénéfices. Le général en chef d’Elf,
Pierre Guillaumat, organise l’asphyxie financière
du régime. En mars 1977, Marien Ngouabi est as-
sassiné. Il est la première victime d’un complot à
François-Xavier Verschave 19

tiroirs [… que laisse ou fait prospérer] le chef des


services de sécurité, le colonel Sassou Nguesso.
S’ensuit l’élimination de deux personnalités in-
fluentes, et donc gênantes : le cardinal Émile
Biayenda et l’ex-président Massamba-Débat. Les
assassins ne pourront pas parler : Sassou les fait
exécuter sans jugement. Il promeut à la présidence
le général Jacques-Joachim Yhombi Opango.
Les revendications congolaises sur le pétrole
d’Elf sont abandonnées, les vannes pétrolières et
financières se rouvrent. […] Le 5 février 1979,
Sassou accède enfin officiellement au sommet de
l’État. Il embastille pour 13 ans Yhombi Opango.
Le pétrole coule à flots sous le règne de Sassou I
(1979-1991) I, qui n’est pas cependant un long
fleuve tranquille. La Conférence nationale souve-
raine lui imputera trois mille assassinats. 6 »
Rival de Sassou, Pascal Lissouba subit une dure
période d’incarcération, qui le marque psychologi-
quement et explique en partie la haine future
entre leurs clans.

La dette de Sassou I
La production pétrolière (officielle) double de
1979 à 1991. Le budget passe de 1,37 milliard de
francs en 1979 à 10,35 milliards en 1985 – avant
de redescendre à 5 ou 6 milliards de 1989 à 1992,
suite à la chute conjointe des cours du baril et du
dollar. La première moitié des douze années de

I. Il est convenu de désigner ainsi la première présidence de Denis


Sassou Nguesso (négligeant son intérim très court mais très
sombre après l’assassinat du président Ngouabi). Restauré par
une guerre civile et des alliances étrangères, à dominante franco-
angolaise, il inaugurera six ans plus tard un second règne :
Sassou II.
20 Congo : pétrole, dette, guerre

règne de Sassou I (1979-1991) a coïncidé avec les


vaches grasses de la rente pétrolière.
Elf est chez elle. Nous verrons qu’elle utilise
toutes les astuces pour s’arroger l’essentiel de la
rente. Mais Sassou est lui aussi largement servi. Il
a de l’État une représentation néo-patrimoniale 7,
l’argent public est “sa chose” – qu’il s’agisse d’af-
fecter à ses intérêts l’argent du budget ou d’ac-
croître à son profit le volume des royalties, bonus
et autres commissions non déclarés. Avec l’argent
public, il se taille une armée sur mesure, recrutée
sur une base ethniste dans son Nord natal. Avec
l’argent parallèle, il se constitue une fortune éva-
luée à plus d’un milliard de francs 8.
Dès 1979, il claque un argent qui le grise, privi-
légie à outrance sa région d’origine – qu’il s’agisse
d’investissements de prestige ou d’embauche dans
la fonction publique –, se laisse fourguer des pro-
jets immobiliers ou industriels disproportionnés
(les “éléphants blancs”). Telle la Sucrerie du
Congo (SUCO), qui accuse en 1984 un déficit de
118 millions de francs 9.
En 1985, la dette franchit la barre des 10 mil-
liards de francs. Le Congo est déjà en cessation de
paiements : il ne peut plus régler la somme des
échéances que lui présentent au long de l’année
ses nombreux créanciers extérieurs, privés et pu-
blics, français ou autres. Certes, le budget prévoit
4 milliards de francs de ressources pétrolières
(43 % en redevances sur les quantités produites,
le reste en impôts et taxes), mais le service annuel
de la dette I atteint 4,4 milliards : 2,2 milliards

I. Le total des échéances exigibles : les intérêts et la part du capi-


tal à rembourser.
François-Xavier Verschave 21

pour le service ordinaire de la dette extérieure,


plus 1,2 milliard d’arriérés, plus encore un mil-
liard au titre de la dette intérieure. Il ne reste plus
rien pour assurer le fonctionnement de l’État.
Même les institutions financières françaises bou-
dent : l’assurance publique des exportations, la
Coface, bloque toute opération vers le Congo de-
puis septembre 1984. La Caisse centrale de co-
opération économique (CCCE, future CFD, puis
AFD, Agence française de développement), qui a
accordé 440 millions de francs de concours en
1984, estime ne pas pouvoir continuer à ce ryth-
me. Le Congo est obligé de se tourner vers la
Banque mondiale et le FMI 10.
Au même moment, Elf s’apprête à « réaliser l’un
des rêves les plus “chers” des responsables congo-
lais : la construction d’une tour d’une vingtaine
d’étages à Brazzaville qui fasse “la pige” aux im-
meubles de Kinshasa 11». La rigueur financière
subit des accommodements : « une renégociation
d’ensemble avec les principaux bailleurs de fonds
du Congo s’esquisse afin de préserver l’ouverture
du pouvoir actuel à l’égard des pays occiden-
taux 12»… Autrement dit : il ne faudrait pas que
le “marxiste” Sassou se braque contre le capita-
lisme pétrolier.
En attendant, il brade quelques bijoux de famille
à des ploutocrates “socialistes” : « de substantielles
rentrées d’argent vont d’autre part être réalisées
par la vente de concessions forestières au groupe
Doumeng I, à l’Algérie et à la Libye avec lesquels

I. Jean-Baptiste Doumeng, magnat du commerce agroalimen-


taire avec les pays “socialistes”, était surnommé « le milliardaire
rouge ».
22 Congo : pétrole, dette, guerre

des sociétés mixtes seront constituées. 13» Denis


Sassou Nguesso noue également une alliance pré-
coce avec les Feliciaggi, qui amorcent la constitu-
tion d’un empire corsafricain des jeux – le black
cash –, dans la mouvance du réseau Pasqua : ce
« sont des Corses… du Congo où ils ont suivi
toutes leurs études. Après avoir fait fortune dans la
pêche et l’hôtellerie, [… ils] sont devenus des in-
times et des conseillers financiers de […] Denis
Sassou Nguesso 14». Ils vont devenir, aussi, les se-
conds clients de la Fiba, la banque d’Elf et des va-
lises à billets 15. Le raffinage de l’or noir en argent
liquide ne va cesser de se moderniser.
La fin du règne de Sassou I (1986-1990) est fi-
nancièrement assombrie par la chute libre des
cours du pétrole, exprimés en francs. Elf, et Agip
(principale société pétrolière italienne) dans son
sillage, ont “obtenu” lors de leur installation des
conditions très privilégiées, pour ne pas dire exor-
bitantes, leur garantissant une marge de 5 dollars
par baril. On en arrive au point où « le Congo ne
dégagerait pratiquement plus de bénéfice sur le pé-
trole vendu. Le Congo se trouvera-t-il dans la
même situation paradoxale que le Tchad où
chaque balle de coton vendue coûte à l’État ? 16»
Tout compris (royalties et impôts), les recettes pé-
trolières publiques de 1988 (780 millions de
francs) ne représentent plus qu’un cinquième de
celles de 1985. Sans surprise, le FMI demande des
coupes claires dans le budget et la liquidation de
nombreuses entreprises publiques 17.
Mais déjà les banques commerciales se glissent
dans la spéculation sur les ressources à venir, aussi
impatiemment attendues par le régime étranglé
François-Xavier Verschave 23

que des secouristes avec une bouteille d’oxygène.


Mi-1986, 400 millions de francs “d’argent frais”
auraient été insufflés 18. Il faut bien que les affaires
continuent : investissements fastueux, bradage des
ressources naturelles, etc. Le premier patron privé
du Congo, Pierre Otto Mbongo, « ne travaille plus
qu’avec les plus grands : Bouygues pour le palais
présidentiel, la […] GMF pour une concession fo-
restière, […] la CGE I pour la maintenance… 19».
La maintenance des immeubles et installations
modernes est sous-traitée à l’étranger, confinant
l’esprit d’entreprise des Congolais dans la politique
et la fonction publique. Otto Mbongo, lui, a ins-
tallé ses bureaux parisiens dans la prestigieuse ave-
nue Marceau. Au Congo, il spoliera et ruinera un
complexe avicole d’une valeur de 150 millions de
francs, dont les produits bon marché concurren-
çaient les filières d’importation.

Il faut s’attarder quelque peu sur la proximité


entre Michel Baroin, patron de la Garantie mu-
tuelle des fonctionnaires (GMF), bizarrement di-
versifiée dans l’exploitation forestière, et Denis
Sassou Nguesso : on peut y deviner la force du
lien qui unit le second à ses créanciers français,
qui ont aussi envers lui, sans doute, quelque dette
stratégique. Cet attachement, si fort qu’il demeure
en partie mystérieux, est l’une des clefs du sujet
dont nous traitons ; tout ne se réduit pas seule-
ment à des affaires d’argent.
Outre ses fonctions à la GMF, Michel Baroin
était Grand Maître du Grand Orient de France.

I. La CGE est ici, semble-t-il, la Compagnie générale des eaux


(future Vivendi) plutôt que la Compagnie générale d’électricité.
24 Congo : pétrole, dette, guerre

C’était aussi un agent secret de grande envergure,


au cœur des financements parallèles et des affaires
militaro-nucléaires, et un ami du Premier ministre
Jacques Chirac. Il est mort le 5 février 1987, dans
l’accident très suspecté de l’avion privé qui le ra-
menait d’une mission urgente en Afrique centrale.
La veille, il avait obtenu de Denis Sassou Nguesso
« une concession forestière de plus de 300 000
hectares dans le nord du pays, autour de la région
de Bétou. […] Il s’agit là de l’une des plus belles,
sinon la plus belle forêt d’Afrique, constituée à
70 % de bois précieux (acajou, sipo, etc.). Pour ce
projet, la GMF s’est associée avec […] Pierre Otto
Mbongo 20».
Mais « Michel Baroin n’était pas au Congo
“que” pour la signature de ce contrat forestier. […]
Il avait passé, dans l’après-midi et dans la soirée de
ce 4 février, quatre heures en tête à tête avec le chef
de l’État congolais. […] On note, parmi les vic-
times de l’accident, Georges Gavarry, très connu
dans les milieux d’affaires franco-africains et dont
la société, la Setimeg, filiale de la GMF, a participé
à tous les grands projets du Gabon, depuis le palais
présidentiel jusqu’au Transgabonais 21».
En fait, Baroin était le patron de Gavarry, et
avait cofondé la Setimeg avec le créateur d’Elf,
Pierre Guillaumat. La Setimeg a édifié un centre
de recherches médicales à Franceville, fief du pré-
sident gabonais Omar Bongo. Ce centre, le
CIRMF, fut le probable camouflage d’une unité
d’enrichissement d’uranium. Le devis pharao-
nique du Transgabonais a vraisemblablement
concouru à payer cette unité secrète. Le trajet à
rallonge de ce chemin de fer a dû servir des objec-
François-Xavier Verschave 25

tifs stratégiques, le transport du manganèse gabo-


nais couvrant sans doute celui de l’uranium 22.
Extrait par la société française Comilog, bastion
françafricain, le manganèse gabonais transitait par
le Congo sur une voie ferrée dite “Comilog”,
branchée sur le Chemin de fer Congo-Océan
(CFCO). Ce transit s’interrompt en 1991, suite à
un « sabotage » jamais réparé. Au même moment
était remis en cause le pouvoir de Sassou I – de-
venu un an auparavant le beau-père de Bongo.
Comme si ce trafic ferroviaire supposait la com-
plicité d’un pouvoir ami… 23
Revenons à février 1987. Denis Sassou Nguesso
débarque à Matignon, chez Jacques Chirac,
quelques jours après la mort de Michel Baroin. La
Lettre du Continent commente, le 18 février : « Le
président Sassou Nguesso a bien sûr reçu, lors de
sa visite à Paris la semaine dernière, toutes les as-
surances sur le soutien financier de la France. 24»
Comme si, tout d’un coup, il se retrouvait en po-
sition de force face à ses interlocuteurs français :
un accord bilatéral est signé en septembre 1986,
portant sur 2,2 milliards de francs 25. La dette en-
vers la France est rééchelonnée – c’est-à-dire que
les échéances sont reportées sur une plus longue
durée, avec un soulagement immédiat. Mais le
total de la dette du Congo atteint déjà 2,5 mil-
liards de dollars (15 milliards de francs).
Ce total bondit à 4,6 milliards de dollars fin
1987, dont 944 millions de dette à court terme.
Brazzaville est devenu, par rapport à sa production
(PIB), le pays le plus endetté du monde. D’où
vient ce grand bond en avant, cette « progression
foudroyante 26» ? Il y a eu, par exemple, 295 mil-
26 Congo : pétrole, dette, guerre

lions de dollars d’achats d’armes aux pays de l’Est.


Pour faire face à quelle menace extérieure ?
En 1989, le Congo, qui ne rembourse plus ses
créanciers depuis 1987, essaie d’obtenir la remise
de la moitié de sa dette à l’instar des pays les
moins avancés (PMA) 27. Mais symétriquement
s’accentue l’échappée belle : « Les responsables de
la Banque mondiale s’inquiètent […] de la pour-
suite par les autorités congolaises d’une politique
d’endettement auprès des banques commerciales.
Celles-ci ne consentent leurs crédits qu’avec des
garanties sur le pétrole, ce qui achève de déstabili-
ser toutes les stratégies de remboursement indexé
sur les recettes tirées des ventes d’hydrocar-
bures. 28» Nous traiterons plus loin de l’offre de
ces banques et des méthodes de leurs intermé-
diaires : une association de malfaiteurs détrousse
tel un orphelin le Congo néocolonisé, avec la
complicité du parâtre… Tout cela va s’emballer en
cette fin des années 1980, et ne s’est toujours pas
calmé au début du troisième millénaire.
Les financiers ne sont pas seuls à pousser au
creusement de la dette. La corruption galopante a
aidé les entreprises françaises à décrocher de
beaux marchés au Congo. Encore faut-il se faire
régler : leur club, le Conseil des investisseurs fran-
çais en Afrique noire (CIAN), déplore 600 mil-
lions de francs d’impayés. Il demande donc que
Paris apporte 400 millions de francs de nouveaux
concours (dont 250 millions de prêts)… pour
que les entreprises se fassent rembourser une par-
tie au moins de ces créances. Des “concours” dont
les Congolais ne verront pas la couleur… Imagi-
natif et précurseur, Pierre Otto Mbongo a déjà
François-Xavier Verschave 27

une autre solution, juteuse, à proposer aux créan-


ciers français : convertir les dettes en actions dans
les entreprises privatisables 29– solution devenue
quelques années plus tard un leitmotiv de la
Banque mondiale.
Nul expédient ne peut suffire. Le différentiel
s’accroît entre la boulimie françafricaine et les res-
sources disponibles. Début 1990, les recettes pé-
trolières ont déjà été hypothéquées jusqu’en 1994.
Sassou I ne sait plus comment payer ses fonction-
naires. « On semble maintenant compter à Braz-
zaville sur les opérations de swaps I de la Banque
française intercontinentale [Fiba, la banque d’Elf]
pour renflouer les caisses de l’État… 30»
D’un côté, le pays s’aliène de plus en plus à Elf.
De l’autre, Sassou I s’en va recevoir à Washington
l’onction de George Bush : il est le premier chef
d’État africain reçu par ce dernier en visite offi-
cielle. Pourquoi tant d’égard envers un allié de
Kadhafi ? Bush, l’ami des pétroliers, est ravi d’une
médiation de Sassou : celui-ci, avec son poisson-
pilote, l’agent français Jean-Yves Ollivier, a facilité
un grand marchandage entre l’Afrique du Sud,
l’URSS, Cuba, les États Unis, la France et l’An-
gola 31. Beaucoup de rivaux, voire d’ennemis, dans
ce sextuor. Mais un attrait commun pour les divi-
dendes du pactole angolais : de gigantesques gise-
ments de pétrole, en partie frontaliers du Congo.
George Bush est ravi, pour les Exxon, Chevron
et compagnie, que le président congolais
convainque son collègue “marxiste” angolais, José

I. Échanges d’actifs financiers ou de rémunérations, selon des


montages plus ou moins sophistiqués. S’agissant du Congo, il
s’agit toujours, in fine, de vendre son pétrole par anticipation ou
de l’endetter davantage.
28 Congo : pétrole, dette, guerre

Eduardo Dos Santos, d’oublier le soutien améri-


cain aux rebelles de l’Unita (Union pour l’indépen-
dance totale de l’Angola). Une paix précaire va
précéder le lâchage progressif, par l’Occident, du
leader de l’Unita “anti-marxiste”, Jonas Savimbi.
Passant outre l’anti-américanisme subalterne, Elf et
la Françafrique, sa marraine, sont ravies elles aussi
de suivre le mouvement et de se faire pardonner le
même méfait. André Tarallo et le réseau Pasqua
vont permettre à Elf d’être invitée, au côté des ma-
jors US, au jackpot du pétrole offshore angolais.
Sassou et son homme d’affaires Pierre Otto
Mbongo ont également bien mérité d’Elf – et en
seront récompensés. Le second a été en 1989
« l’homme clé de l’attribution du bloc 7 à la com-
pagnie pétrolière française 32», laissant dans l’anti-
chambre, pendant un tête-à-tête avec le président
Dos Santos, Jean-Christophe Mitterrand et André
Tarallo I… Selon Claude Angeli, directeur du Ca-
nard enchaîné, Denis Sassou Nguesso est interve-
nu en une autre occasion « pour qu’Elf dispose
d’un bassin offshore en Angola, le [fabuleux]
bloc 17. M. Sassou a ensuite touché une redevan-
ce régulière sur ce bloc, ce qui lui a sans doute
permis de vivre et de maintenir ses partisans en
activité pendant qu’il était dans l’opposition 33».
Si l’intermédiation de Sassou a été aussi efficace,
c’est qu’il connaît de longue date le président an-
golais : « Denis Sassou Nguesso distribuait dans
les années 1970, en qualité de patron de la sécu-

I. Otto Mbongo avait bien des cartes dans son jeu : transporteur
aérien, il était l’un des principaux intermédiaires de la vente des
diamants centrafricains et zaïrois – un commerce qui intéresse
beaucoup Dos Santos. Il lui aurait aussi proposé des missiles sol-
air Matra
François-Xavier Verschave 29

rité d’État, les bourses offertes par les pays de l’Est


aux jeunes Africains réfugiés au Congo. La jeu-
nesse du MPLA [l’un des partis indépendantistes
angolais en lutte contre le colonisateur portugais],
la JMPLA, avait sa direction dans le quartier
Mpila de Brazzaville. Elle était présidée par un
certain… José Eduardo Dos Santos. 34»
Lors de sa visite aux États Unis, Sassou I n’a pas
été choyé que par les Républicains. Il a été l’invité
d’un dîner offert en son honneur par la famille
Kennedy, en particulier la veuve de Bob, Ethel,
dont le fils Michael possède une “société sans but
lucratif”, Citizens Energy Group, qui importe du
pétrole, le raffine et le distribue aux personnes dé-
munies. En août 1989, Michael avait conduit avec
sa mère une mission de personnalités américaines
au Congo. Ethel avait offert 2 millions de dollars à
l’association Congo-Assistance, présidée par An-
toinette Sassou Nguesso, l’épouse de Denis. Début
février 1990, Citizens Energy a signé un accord de
50 millions de dollars avec le Congo. Amoco s’ap-
prêtait à exploiter en 1991 un gisement très im-
portant 35 (2 millions de tonnes par an).
Manifestement, des fées françaises et améri-
caines (républicaines et démocrates) témoignent
leur bienveillance envers la dictature congolaise
alors qu’elle est au plus mal financièrement, et
menacée d’une poussée démocratique. Il faudra
s’en souvenir. Le successeur de Sassou I, Pascal
Lissouba, fera aussi mousser la dette. Mais il ne
sera jamais le favori de l’establishment politico-fi-
nancier, resté “accro” à son prédécesseur. On lui
mettra régulièrement des bâtons dans les roues, le
rendant plus vulnérable aux usuriers non patentés.
30 Congo : pétrole, dette, guerre

L’obsession de l’amnistie

Miné par la dette, la crise budgétaire, l’impossibi-


lité de payer les fonctionnaires, le régime Sassou
ne va pas pouvoir résister à la jonction d’une
fronde syndicale et de la lame de fond démocra-
tique qui envahit l’Afrique après la chute du mur
de Berlin. Elles lui imposent une Conférence na-
tionale souveraine (CNS).
« Durant un peu plus de cent jours (25 février-
10 juin 1991), le peuple suit passionnément un
débat politique de haute tenue. Un moment fon-
dateur. Le bilan est tiré de trois décennies d’indé-
pendance. Le dictateur est formellement
condamné pour ses turpitudes, ses crimes et ses
détournements, mais l’ambiance n’est pas à la
vengeance. Il bat sa coulpe : “L’avenir de la démo-
cratie appartient non à ceux qui prétendent être
innocents, purs et sans tache, mais à ceux qui sau-
ront se convertir à cette nouvelle exigence. I”
« Sensible à cette offre de conversion, la CNS
maintient Sassou à la tête de l’État. Elle transfère
cependant ses prérogatives à un Premier ministre
de transition. Elle élit à ce poste André Milongo
et décrète la fin du parti unique. Elle demande
aussi un audit sur la gestion de l’or noir : la
Banque mondiale a fait remarquer que le rende-
ment de l’exploitation pétrolière était, curieuse-
ment, “l’un des plus bas du monde. 37” » 38
Cette observation suggère une considérable dé-
rive des flux physiques (cargaisons non déclarées)
et financiers du pétrole : le « rendement » évaporé

I. Denis Sassou Nguesso est cité ici par un admirateur, l’ancien


ministre Bernard Debré 36.
François-Xavier Verschave 31

ne l’est pas pour tout le monde, et une partie des


milliards de la dette, peu ou prou gagée sur l’or
noir, est planquée à l’étranger. Ni Jacques Chirac,
héritier du réseau Foccart, ni Charles Pasqua, ni
Elf, ni Omar Bongo, gendre de Sassou, n’admet-
tent la perspective d’un examen à livres ouverts
des comptes du pétrole – et de la dette qui lui est
intimement liée.
« Le général-président complote immédiate-
ment avec eux. Leur implication concertée est dé-
montrée. En perquisitionnant la Tour Elf, les
juges Joly et Vichnievsky ont saisi dans le coffre-
fort du colonel Jean-Pierre Daniel, responsable de
la sécurité du groupe pétrolier, deux notes rédigées
en 1991 […] : “23 avril 1991. Compte-rendu en-
trevue avec M. Tarallo. […] B. […] vient de voir
Sassou et lui a proposé d’exécuter les opposants
qui lui seraient désignés. Sassou vient de recevoir
les pièces des blindés achetés par l’intermédiaire de
M’Baye [directeur du Renseignement gabonais].
Transport aérien de Genève à LBV [Libreville],
puis ensuite LBV-Brazza.” » 39
Autrement dit, le patron d’Elf en Afrique,
André Tarallo, s’intéresse jusque dans le détail à
l’armement d’un président en sursis, en principe
soumis à l’instance suprême de la transition dé-
mocratique, la Conférence nationale souveraine.
Tarallo est très proche de Charles Pasqua, et en
bons termes avec Jacques Chirac. Il suit l’activité
de l’exécuteur B. On s’oblige à ne pas penser au
capitaine Barril. Pure coïncidence, le 4 avril 1991,
un article de Libération signé du pseudonyme Éric
Landal (en réalité Pierre Péan) signalait que quatre
mercenaires, recrutés par la société SECRETS de
32 Congo : pétrole, dette, guerre

Barril, étaient allés donner un coup de main au


général Sassou I. Cet article est à rapprocher de la
seconde note du colonel Daniel, datée du 27 no-
vembre 1991 et tout à fait explicite :
Le chef d’état-major congolais Jean-Marie Mo-
koko « a rejoint Brazza le 26 novembre. Sassou
doit essayer de le persuader d’agir. Bongo, dès son
retour le 25, avait téléphoné à Sassou dans le
même sens. L’entretien du 24 novembre chez
A.T. [André Tarallo] n’avait pas atteint le but re-
cherché. Mokoko reste légal mais ne va rien entre-
prendre… sauf si le gouvernement [installé par la
CNS] ne tient pas ses promesses. […] Une équipe
de mercenaires est prête à agir depuis LBV-Mar-
chiani-[Daniel] Leandri [le tandem de pointe du
réseau Pasqua 41]. […] Appel de Maurice [Ro-
bert, prédécesseur du colonel Daniel à la sécurité
d’Elf, ancien chef des services secrets français en
Afrique, pivot du réseau Foccart-Chirac] le 27 no-
vembre : Leandri vient de rentrer de Brazza avec
vraisemblablement Marchiani ».
La note signale ensuite l’arrivée de quatre
Corses dans l’île de Sao Tomé, où se préparait
l’opération pro-Sassou. Le 15 janvier 1992, le pré-
sident Sassou… tente un coup d’État II , qui
échoue grâce à la mobilisation de la population.
La frénésie putschiste d’Elf et des réseaux se ré-
itérera un peu plus tard, après cet échec et l’élec-
tion démocratique du président Pascal Lissouba.
C’est Alfred Sirven qui, cette fois, est à la ma-

I. Paul Barril a attaqué cet article en diffamation, jusqu’en appel


et cassation : par trois fois, il a été condamné à verser des dom-
mages et intérêts à Libération 40.
II. Une personnalité de la transition nous a assuré que la tentati-
ve de putsch a suivi un pré-accord de prêts gagés américains.
François-Xavier Verschave 33

nœuvre. Christine Deviers-Joncour était entrée


dans son bureau à la Tour Elf : elle surprend Sir-
ven « donnant des ordres au téléphone comme un
véritable chef de guerre : “Il faut garder des ré-
serves, surprendre à tel endroit, attaquer à tel
autre…” “Je me suis aussitôt précipitée au Quai
d’Orsay et j’ai mis Roland en garde : ‘Fred est en
train de monter un coup d’État au Congo.’ […]
Mais Roland a pris cela à la rigolade : ‘Ne t’en oc-
cupe pas’, m’a-t-il dit. J’ai alors compris qu’il était
parfaitement au courant, et que Sirven agissait avec
son plein accord, si ce n’est à son initiative.” 42».
Le souvenir de Christine Deviers-Joncour est
confirmé par son amant Roland Dumas, alors mi-
nistre des Affaires étrangères de François Mitter-
rand : « C’est vrai que Christine est venue me
raconter cela et que je lui ai dit de ne pas s’en oc-
cuper. C’était Omar Bongo qui voulait écarter
Pascal Lissouba pour remettre son beau-père Sas-
sou Nguesso en selle. Vous vous souvenez ? Les
armes transitaient par le Gabon ! 43» – Éric Fotto-
rino précise que « le lieu de passage se situe à la
frontière du Gabon et du Nord congolais, à hau-
teur d’un campement de la garde présidentielle
d’Omar Bongo 44».
Le ministre des Affaires étrangères et du bon
plaisir I traite cette affaire sur le ton de la plaisan-
terie. Nul n’ignore pourtant que le Gabon de son

I. La complicité avec François Mitterrand a plus compté que le


talent diplomatique dans l’attribution à Roland Dumas du porte-
feuille des Affaires étrangères – traitées pour l’essentiel depuis
l’Élysée. D’innombrables épisodes le montrent, les pressions et
chantages induits par le libertinage et les partouzes sont une
composante importante, mais négligée ou traitée sur le mode de
la plaisanterie, des jeux de pouvoir dans notre monarchie répu-
blicaine, a fortiori en Françafrique. Elf y a largement cotisé.
34 Congo : pétrole, dette, guerre

très grand ami français I, Omar Bongo, est une


plate-forme françafricaine. Ni que les armes en
question ne peuvent qu’avoir été payées par sa
caisse pétrofinancière – cette « indivision
africaine » invoquée par André Tarallo devant le
juge suisse Paul Perraudin, le 9 mars 1999 45.
Ainsi, incontestablement, la Françafrique indivise
est montée à l’assaut d’une démocratie naissante.

Sassou et ses amis sont d’autant plus dépités du


cours démocratique qui leur arrache le Congo que
la guerre du Golfe fait flamber les cours du pétrole
et que plusieurs découvertes pétrolières majeures
s’annoncent au large des côtes congolaises. Début
1991, le Congo apparaît, dans les milieux pétro-
liers, comme « l’un des pays les plus prometteurs
du golfe de Guinée 46». Escomptant peut-être que
la démocratie amènera une gestion plus transpa-
rente, la CCCE (future AFD, Agence française de
développement) estime que le Congo devrait se
remettre « assez vite » de sa crise financière, avec
des recettes pétrolières de l’État de 3,7 milliards
de francs dès 1992 47.
Cette perspective optimiste sera tôt démentie.
Les protagonistes de la Conférence nationale sou-
veraine céderont pour la plupart, les uns après les
autres, aux contraintes du réalisme financier (la
faillite du pays le contraint à mendier auprès des
partisans de son pillage) et/ou aux pressions mul-
tiformes de la Françafrique, corruption comprise.
Symptomatiquement, le cabinet Arthur Andersen,
chargé de l’audit pétrolier par la Conférence

I. Omar Bongo a la nationalité française. Il a beaucoup d’amis, au


tout premier rang desquels Roland Dumas.
François-Xavier Verschave 35

nationale souveraine, y renonce. Il invoque la


« force majeure » 48 : les compagnies, Elf en tête,
bloquent systématiquement l’accès aux éléments
comptables et aux données financières I.
Le PDG d’Elf, Loïk Le Floch-Prigent, osera dé-
clarer que si l’audit demandé par le gouvernement
Milongo a été « “mis sous le coude” », c’est parce
que, finalement, il « démontrait que les Améri-
cains sont mieux traités que nous et que nous
avons, de façon transparente, donné une forte ré-
tribution à l’État congolais 50».
Au nom de la CNS, le Premier ministre André
Milongo a, mi-1991, livré un baroud d’honneur.
Il est venu affronter les pétroliers à Paris. La Lettre
du Continent ironise sur celui qui se permet « de
demander, en début de conversation, la transpa-
rence absolue aux compagnies pétrolières étran-
gères – et ce avec beaucoup de sous-entendus sur
le passé – pour réclamer ensuite de l’argent au mo-
ment de se quitter… Surtout lorsque l’on sait que
ses interlocuteurs vont toujours à la pêche en ri-
vière sur le yacht du chef de l’État », Denis Sassou

I. Au même moment, La Lettre du Continent donne une idée de


l’arbitraire du calcul des redevances : entre le Gabon et le Congo-
B, « les taux d’imposition et les avantages concédés aux compa-
gnies [pétrolières] sont comparables. […] Toute la subtilité est
dans le calcul de base : le Gabon prend comme référence de cal-
cul le prix Opep tandis que le Congo doit se contenter du prix du
marché affecté d’une décote. Mais les frais de recherche sont
plus généreusement (30 % en moyenne) et forfaitairement sous-
traits du résultat d’exploitation au Gabon, ce qui n’est pas le cas
au Congo. [… Cette] soustraction libérale […] à l’imposition per-
met donc un partage de la marge réalisée sur chaque baril entre
quelques initiés du système. Par contre, au Congo, les pétroliers
compensent la faible marge d’exonération par des coûts de pro-
duction fixes plus élevés (environ 7 à 8 dollars) qui, eux, ne sont
pas négociables car il ne présentent pas le côté “immatériel” des
frais de recherche… Simple, non ? 49».
36 Congo : pétrole, dette, guerre

Nguesso, non encore remplacé – qui continue de


bénéficier « de l’appui de l’Élysée 51».
L’heureux plaisancier a légué au gouvernement
Milongo une dette flirtant avec les 6 milliards de
dollars. Il s’est payé un yacht, mais a accumulé sur
la tête des Congolais 6,8 milliards de francs d’éché-
ances impayées 52. La Meridian Bank obtient ainsi
« d’un tribunal français le blocage des comptes
bancaires congolais pour récupérer des créances
impayées de l’État 53». On imagine la détresse po-
litique et financière de ce gouvernement quand on
lit qu’« André Milongo est allé chercher à Wa-
shington “l’appui moral, diplomatique et financier
des États-Unis à la démocratisation du Congo”.
[…] Le premier ministre, qui ne dispose que de 7
milliards de francs CFA [140 millions de francs]
pour boucler les fins de mois de sa fonction pu-
blique pour 14 milliards de dépenses, a également
pré-vendu une partie de l’importante production
attendue du gisement de Yombo (Amoco opéra-
teur) pour effacer une dette de 30 millions de dol-
lars envers des créanciers américains 54».
Dans la foulée, le ministre des Finances de Mi-
longo négocie « avec Agip à Milan […] 20 mil-
lions de dollars gagés en partie sur le gisement de
Sendji. Les responsables d’Elf, qui n’étaient pas
très heureux de cette transaction, se sont finale-
ment rattrapés en acceptant de leur côté d’avancer
200 millions de dollars gagés sur le gisement de
Nkossa auquel ils tiennent 55». Cette avance scelle
l’abandon par le gouvernement Milongo de l’une
des principales revendications de la CNS : « La re-
négociation des accords avec les deux compagnies
pétrolières exploitantes (Elf et Agip). 56»
François-Xavier Verschave 37

Avec la bénédiction du président de la CNS,


Monseigneur Kombo, les ténors de la politique
congolaise poussent cette instance de transition
sur la voie d’une amnistie généralisée : amnistie
des pratiques des pétroliers, qui pourront conti-
nuer les mêmes ponctions opaques et occultes ;
amnistie des détournements et de la corruption I ;
amnistie de la criminalité politique françafricaine.
Olivier Vallée dénonce cette « obsession de l’am-
nistie 58», grosse de tous les excès ultérieurs.
La voie est prête pour l’élection, avec l’appui
éphémère de Sassou Nguesso, d’un président qui
ne remettra pas en question le système d’extorsion
qui mène le Congo à l’abîme. Avant même le
scrutin, le futur vainqueur s’était d’ailleurs opposé
à Milongo sur cette question d’audit, déclarant
qu’il ne fallait pas chercher de « bouc émissaire »,
et que les accords pétroliers devaient « être révisés,
mais de manière consensuelle 59».

La dette des Lissoubistes


Largement battu au premier tour de l’élection pré-
sidentielle, Sassou s’allie avec son vieil ennemi
Pascal Lissouba pour barrer la route à l’homme du
Pool (la région autour de Brazzaville), Bernard
Kolelas. L’électorat est pris (se laisse prendre) au
piège de cette manœuvre.
Lissouba est confortablement élu, mais commet
aussitôt une “double faute” : il évince Sassou, le

I. Ainsi, l’un des proches de Pierre Otto Mbongo a expliqué à la


Conférence nationale souveraine (CNS) « le système de réparti-
tion des commissions versées par des entreprises étrangères lors
de rachat d’entreprises d’État congolaises » 57.
38 Congo : pétrole, dette, guerre

chouchou d’Elf, du partage du pouvoir promis


entre les deux tours du scrutin ; puis, pressé par
la nécessité, il se résout à entamer le monopole de
la major tricolore : « Répondant aux questions de
la mission [parlementaire] sur les relations avec la
France et Elf, M. Pascal Lissouba a donné les ex-
plications suivantes : “À son arrivée au pouvoir,
les caisses de l’État étaient vides et la dette […]
s’élevait à 6 milliards de dollars. […] Il devait
faire face à cinq mois de retard dans le paiement
des salaires de fonctionnaires. […] Elf lui avait
refusé un crédit-relais. […] Finalement, il a ob-
tenu le relèvement de la redevance [pétrolière] de
17 à 33 % et il craint que ce relèvement n’ait été
le facteur déclenchant du drame congolais. Il ob-
tient à la même époque une avance de 150 mil-
lions de dollars de la compagnie américaine
Occidental Petroleum [Oxy].” […] Lors d’une
visite en France en novembre 1992, “il a […]
tenté d’obtenir un accord de coopération en ma-
tière militaire et de sécurité. La réponse du Prési-
dent Mitterrand fut brutale : ‘La France ne fait
plus cela.’ […] D’un côté, Elf se livrait à un blo-
cus financier, de l’autre le gouvernement français
ne semblait pas vouloir l’aider sur les questions
de sécurité. […] L’ambassadeur de France,
M. Raymond Césaire, ne cachait pas ses amitiés
pour M. Sassou Nguesso.” 60»
Même si Lissouba résume les faits à son avanta-
ge, il est difficile de mieux dire à quel point la po-
litique intérieure du Congo est commandée par le
pétrole, son argent, ses armes, ses parrains. Le
nouveau président ne va cesser de courir après les
uns et les autres.
François-Xavier Verschave 39

En avril 1993, donc, ne trouvant aucune com-


préhension chez Elf qui a déjà dépensé le maxi-
mum pour son prédécesseur, Lissouba négocie un
accord-cadre d’un milliard de dollars avec Oxy,
via des intermédiaires sud-africains, angolais… et
de Pierre Otto Mbongo, décidément multicarte.
Sont également impliqués des hommes d’affaires
libanais, espérant se faire rembourser en totalité
des créances qu’ils avaient, pour certains, rachetée
avec une forte décote sur le “marché gris” de la
dette (où l’on rachète au rabais des créances dou-
teuses). Objet de la transaction : gager les parts
détenues par la société d’État Hydro-Congo dans
les gisements de Yandga, Sendji, Nkossa et Kitina.
Bref, les bijoux de famille 61.
L’accord incluait une avance de 150 millions de
dollars. Oxy en verse aussitôt la moitié, permet-
tant à Lissouba de payer un mois de salaire aux
fonctionnaires à la veille des élections législatives,
et de rétribuer la filière libanaise qui a effectué le
“branchement” de Lissouba sur Oxy. Cette firme
est présentée comme américaine, mais ses capitaux
et son management sont en grande partie origi-
naires du Moyen-Orient. Son fondateur, Armand
Hammer, était extraordinairement bien introduit
en URSS, dont les créances sur l’Afrique font
l’objet d’une fructueuse spéculation.
Ainsi, malgré la posture nationaliste de Lissou-
ba, l’opération Oxy ressemble à un vol de vau-
tours 62. La transaction valorise le baril congolais à
3 dollars I ! (En 2001, le baril a maintes fois dépas-
sé le cours des 30 dollars.) Mais ce n’est pas cela
qui choque Elf et la fait brutalement réagir :

I. « 2 dollars », affirmera même Sassou II 63.


40 Congo : pétrole, dette, guerre

« Pourquoi le groupe Elf a-t-il déclenché l’alerte


rouge à l’apparition d’Oxy ? Habituée à travailler
en solo dans les pays du Golfe de Guinée, la com-
pagnie pétrolière française a toujours été le pétro-
trésorier de ces pays avec un poids politique à la
hauteur de ses redevances pétrolières. Trésorier-
payeur du Congo, Elf n’a pas échappé au clienté-
lisme du “Qui paie, commande”. Les avances sur
recettes pétrolières et les emprunts sur gisements
en terre font l’objet de négociations secrètes qui
posent problème quand le “client” change. […]
Exemple : début 1990, le brut congolais se ven-
dait à 13 dollars le baril, soit le prix du Brent sur
le marché (15 dollars), moins deux dollars : un
dollar de moins pour la qualité et un autre dollar
de moins pour la distance. Mais en décembre
1990, Elf et les autorités de l’époque ont décidé
de vendre le brut congolais à 11,25 dollars, soit
1,75 dollars de moins qu’au début de l’année… I
[…] Ces “arrangements” ne seront plus possibles
si le renard Oxy “entre dans le poulailler”. 64»
Pour bloquer le renard et aider Lissouba à se dé-
dire, Elf consent, bien à contrecœur, 180 millions
de dollars d’avances sur les recettes du puits de
Nkossa (le plus important des quatre gisements
partiellement cédés à Oxy). Le ministre de la Co-
opération, Michel Roussin, demande à la Caisse
française de développement d’ajouter un prêt de
20 millions de dollars. Lissouba croit avoir com-
pris les règles de la surenchère : il “taxe” presque
aussitôt Elf d’un redressement fiscal d’un milliard

I. Les « autorités de l’époque », c’était Sassou I. Comment aurait-


il pu prendre une décision aussi défavorable pour son pays sans
être associé, en Suisse ou ailleurs, au partage de la différence
(plusieurs centaines de millions de francs par an) ?
François-Xavier Verschave 41

de francs. Puis il fait réclamer la comptabilité en


dollars d’Elf-Congo, pour en vérifier le résultat
fiscal… Le rappel est justifié, évidemment, vu
l’ampleur de la fraude d’Elf sur les calculs de prix,
de coûts et de quantités. Encore faut-il avoir les
moyens politiques d’imposer ce contribuable au-
dessus des lois, tellement plus puissant que l’État
congolais 65.
Le plus efficace aurait été sans doute de rallier les
Congolais à un projet de réappropriation de leurs
richesses, de prolonger aux plans économique et fi-
nancier la reconquête d’une légitimité politique
amorcée par la Conférence nationale souveraine.
Mais Lissouba n’est pas un produit de la CNS,
c’est plutôt un adepte des manipulations anté-
rieures. Il est de surcroît velléitaire, brouillon, inca-
pable de tenir une équipe. Il engage bien « un
programme de restructuration des obligations fi-
nancières du pays avec, à court terme, la mise en
place d’un crédit financier relais de 800 millions de
dollars et d’une fiduciaire I autonome pour restruc-
turer la totalité de la dette gagée sur du pétrole ».
Mais, pour réaliser ce plan, il n’engage pas moins
de « trois équipes de financiers » 66. Les uns (pour
la façade) exploreront les voies d’un assainissement
hautement louable, où cette fiduciaire autonome
gérerait les recettes pétrolières sous le contrôle de
deux représentants du Parlement. Les autres se ser-
viront de ce beau projet pour essayer de décrocher
plusieurs fois des montants analogues (entre 600

I. La société fiduciaire est une forme juridique organisant le “por-


tage” par un tiers d’un patrimoine, en vue de protéger les inté-
rêts du bénéficiaire. Très répandues en Suisse ou dans les para-
dis fiscaux, les fiduciaires ont une fâcheuse tendance à devenir
des sociétés-écrans.
42 Congo : pétrole, dette, guerre

millions et un milliard de dollars), auprès de plu-


sieurs prêteurs différents, sollicités indépendam-
ment, pour de nouveaux emprunts très peu
publics, aussi volatils que les précédents.
« La présidence congolaise qui vient de boucler
un emprunt de 600 millions de dollars sur le mar-
ché de Hong Kong, à l’initiative de Claudine Mu-
nari et de Pierre-Yves Gilleron I, prépare la même
opération pour 1 milliard de dollars… Le premier
était gagé sur du pétrole d’Agip. [Il aurait finale-
ment échoué, Agip ayant refusé son accord… 67]
Les conseillers financiers de Pascal Lissouba –
Édouard Lemaire et Michel-Henry Bouchet –
montent de leur côté une fiduciaire qui serait
chargée d’un crédit financier de 800 millions de
dollars (environ 200 milliards de francs CFA)
pour permettre, en particulier, de libérer les rede-
vances pétrolières déjà gagées. 68»
Les « mandataires financiers du président Lis-
souba […] sillonnent Jersey, Gibraltar et d’autres
places financières offshore pour monter un crédit-
relais d’un milliard de dollars 69».
Par sa démesure, la dette congolaise multiplie les
déséquilibres à haute tension… pétrolière : elle
« constitue avec le second marché des créances
[leur revente au rabais] une vaste opportunité ». La
Fiba s’est lancée sur ce terrain. Elle a demandé à la
banque américaine Bankers Trust de racheter au
rabais, pour son compte, les créances détenues par
les banques étrangères sur le Congo. Elle confie à
la Swiss Bank ces créances obtenues à vil prix en
attendant de se les faire rembourser à taux plein

I. Conseiller “spécial” de plusieurs présidents : Mitterrand,


Habyarimana, Lissouba…
François-Xavier Verschave 43

par la Caisse congolaise d’amortissement. Une cul-


bute qui suppose évidemment la complicité de
toutes les parties prenantes, sur le dos des finances
publiques. Grâce à Elf, sa maison mère, la Fiba est
aux premières loges pour récupérer l’intégralité de
ces dettes gagées sur le pétrole et empocher le ra-
bais – une décote de 90 à 95 % 70 ! Mais même les
banques commerciales créancières ne sont pas fâ-
chées de se débarrasser de vieilles créances provi-
sionnées qui encombraient leur bilan et les
empêchaient de prêter de nouveau au Congo –
donc de participer au festin des gages sur l’or noir.
Ainsi, Elf « a convaincu les banques françaises de
prêter de nouveau 150 millions de dollars 71».
On se bouscule pour « la gestion de ces dossiers,
à la fois sensibles et fructueux ». Pascal Lissouba a
mis sur le coup la firme Stanley Owen de Michel-
Henry Bouchet. Interviennent aussi Jean-Claude
Boucher, fondateur de l’Association des créanciers
du Congo, le groupe Hojeij, l’ambassadeur du
Congo à Bruxelles (Jacques Bouity), associé à
Christophe Bonnafous, un ancien de la banque
Worms. Édouard Lemaire devient « le nouveau
gourou financier du président Lissouba 72».
Comme si cela ne suffisait pas, ce dernier em-
bauche début 1994 quatre conseillers financiers
hautement soucieux du bien public africain : les
deux barons chiraquiens Michel Aurillac et Ro-
bert Bourgi, Pierre Moussa, ancien PDG de Pari-
bas, initiateur de sa dérive offshore (en alliance
avec Nadhmi Auchi, l’ami de Pasqua et Sirven), et
l’ex-patron du CIAN, Jean-Pierre Prouteau 73.
Comme au plan financier, le clan Lissouba va
manipuler à son profit la fibre nationaliste de ses
44 Congo : pétrole, dette, guerre

compatriotes dans l’affaire du nouveau Code pétro-


lier. Ce nouveau texte, mis au point par le minis-
tère des Hydrocarbures, prévoit de rétribuer l’État
congolais davantage par le partage de production
que par un pourcentage (une redevance) sur les
quantités produites ; et un “bonus” devra être
versé lors de l’octroi d’un permis d’exploration 74.
Ces deux modalités facilitent en fait l’enrichisse-
ment personnel du président en place et de son
entourage, d’autant que les contrats sont souvent
très complexes : « Seuls des experts peuvent réelle-
ment jauger les effets de tels accords 75», ce qui
rend très difficile le contrôle démocratique.
À propos d’Elf aussi, Lissouba tient un double
langage. D’un côté il la défie, avant de la vilipen-
der, de l’autre il en fait sa banque de plus en plus
“centrale” : non seulement elle lui sert de caisse (y
compris pour les achats d’armes), mais, renonçant
à ses velléités de fiduciaire autonome, il lui confie à
l’été 1994 le soin de gérer la dette pétrolière
congolaise. Elf « a monté, auprès d’un syndicat de
banques françaises » emmené par la Société généra-
le, « un emprunt à court terme de 180 millions de
dollars ». « Elf a, par ailleurs, réaménagé la dette
gagée pétrolière sous la forme de trois prêts de res-
pectivement 125 millions de dollars (auprès de
l’Industrie und Handelsbank de Zurich [IHAG]),
45 millions de dollars et 185 millions de francs
(auprès de la Canadian Imperial Bank of Com-
merce). La commission de montage et les frais ju-
ridiques sont de 2,5 % à la signature. 76» Cette
dette gagée, « c’est-à-dire prélevée directement à
la source et créditée dans les comptes de banques
suisses d’heureux bénéficiaires 77», hypothèque les
François-Xavier Verschave 45

futures recettes budgétaires du pays. Elle « a


bondi sous Lissouba, de 1,4 milliard de francs mi-
1992 à près de 3 milliards fin 1994 78», et 3,8
milliards début 1996, après le rachat de la dette
vis-à-vis d’Oxy via un emprunt de 1,11 milliard
de francs « dont s’est chargé un homme d’affaires
libanais avec un montage FIBA 79».
Toute l’équipe Lissouba est en chasse. Avec les
pleins pouvoirs du Président, le ministre des Fi-
nances Nguila Moungounga-Kombo et le prési-
dent de l’Union congolaise de banques (UCB)
ont signé des billets à ordre I pour plusieurs cen-
taines de millions de dollars. « Quand on sait que
près d’une vingtaine de lettres de crédit du même
type sont en circulation, c’est près d’un milliard
de dollars que des personnalités congolaises ont
“engagé” en échange de quelques dizaines de mil-
lions de dollars en cash immédiat. » Trois “bénéfi-
ciaires” américains de ces lettres se sont, un peu
tard, inquiétés de savoir s’ils seraient payés 80.
D’un côté on endette le pays, de l’autre on
remet la dette des particuliers. Au second semestre
1994, l’État a effacé une dette bancaire de 2,25
millions de francs de Claudine Munari, la très
proche conseillère de Pascal Lissouba, et une autre
de 20,4 millions du groupe GPOM de Pierre
Otto Mbongo. Plombé par les défauts de rem-
boursement, le secteur bancaire congolais est à
l’agonie 81. Olivier Vallée, qui fut un observateur
privilégié de la finance brazzavilloise au ministère
congolais du Plan, parle du « grand banditisme
des séides de Lissouba 82».

I. Écrits par lesquels le signataire reconnaît une dette et s’engage


à la régler à une échéance définie.
46 Congo : pétrole, dette, guerre

Au printemps 1995, toujours acculé financière-


ment, Lissouba brade à Elf les parts de son pays
dans Elf-Congo (25 %). Le prix officiel de la
vente, 270 millions de francs, est crédité à la Ca-
nadian Imperial Bank of Commerce (CIBC) – ce
chiffre annoncé en 1995 deviendra par la suite
(par arrondi ?) 250 millions… Les estimations de
la valeur réelle de ces parts sont de 4 à 16 fois su-
périeures 83 ! En prime, Elf Congo « va voir ses
privilèges fiscaux et douaniers […] prolongés jus-
qu’en l’an 2010 84».
Puis l’État congolais cède ses parts dans l’impor-
tant gisement de Kitina, opéré par Agip, « en
échange de paiement en cash et d’une garantie de
la compagnie pétrolière italienne pour le rem-
boursement d’un crédit de 50 millions de dol-
lars ». « De son côté, Elf aurait récemment versé
sur un compte au Luxembourg une partie de sa
dette fiscale » – estimée à un milliard de francs par
Brazzaville, ramenée finalement à 350 millions 85.
En échange de cette réduction, Elf a accepté de
créer une « Provision pour investissements diversi-
fiés » (dans le développement d’activités non pé-
trolières), comme celle qu’a obtenue Omar Bongo
au Gabon 86. De quoi « réaliser quelques menus
projets, bienvenus en période électorale 87». Mais
ces rentrées sont aussitôt menacées par la résurrec-
tion de vieilles dettes ou la surrection de nou-
velles. Oxy réclame ses 150 millions de dollars,
menaçant d’un procès. Depuis des années, indiffé-
rent à la conjoncture financière, le groupe d’An-
toine Tabet I “construit” des routes avec la garantie

I. Un observateur bien placé dit Antoine Tabet plus spécialisé


dans l’ouverture des chantiers que dans leur bonne fin. Antoine
François-Xavier Verschave 47

d’Elf. D’où une nouvelle dette gagée de 500 mil-


lions de francs 89.
Comme Elf continue de découvrir du pétrole,
elle invente de nouvelles astuces pour prolonger
quelque peu l’État congolais déliquescent, tout en
l’enfonçant davantage dans le moyen et long
terme. André Tarallo trouve à cet égard une idée
de génie : « Au nom de la souveraineté, il a rétro-
cédé au Congo les actifs d’exploitation – c’est-à-
dire la propriété – des équipements pétroliers de
Nkossa. L’envers du décor, c’est la nécessité pour
le Congo de provisionner [les coûts futurs et les
risques de] cette plate-forme dans ses comptes (dé-
mantèlement après épuisement du champ, assu-
rances). Le coût de l’opération serait de 250
milliards de francs CFA [2,5 milliards de francs].
“Bon prince”, Elf avancera cette enveloppe au pré-
sident Lissouba sous forme d’un prêt spécial. Cela
allégera d’autant les contributions en trésorerie de
la compagnie pétrolière au budget de l’État, au
titre du partage de la production. 90»
Du coup, le bénéficiaire de ce prêt “spécial” ne
tarissait plus d’éloges envers celui qu’il nommait
« le Foccart du pétrole » : sans lui, « la coopération
pétrolière entre la France et l’Afrique s’écroulerait.
[…] L’inculpation d’André Tarallo est une injure,
une humiliation 91».
Elf convainc aussi le tandem Chirac-Juppé de
peser sur les prêteurs institutionnels. Mi-1996 ,
le Club de Paris I remet 5 milliards de créances

Tabet est par ailleurs qualifié par Olivier Vallée d’« affairiste de
Sassou » 88.
I. Regroupement des principaux créanciers publics, où sont
octroyés remises et délais. Le Club de Londres réunit dans le
même but les créanciers privés.
48 Congo : pétrole, dette, guerre

publiques bilatérales, en grande partie françaises,


après que le FMI a prêté 100 millions de dollars.
Un coup d’accordéon aux allures d’amnistie par-
tielle, qui n’arrête pas la valse des milliards. La
même année, le Congo est redevenu le premier
client français d’Afrique noire… Il fallait réamorcer
la pompe, au moment d’inaugurer le méga-
gisement offshore de Nkossa 92.
Le Congo achète, mais pas n’importe quoi. Pour
le premier semestre 1996, la Banque mondiale
pointe l’envolée des dépenses liées à l’armée, à la
sécurité et à la présidence, ainsi qu’aux “études” du
conseiller pétrolier Samuel Dossou. Claudine
Munari, “l’homme fort” du régime, se déplace en
Falcon 900. Le ministre des Finances Nguila
Moungounga-Nkombo multiplie les virements
hors budget à l’étranger (Bahamas, Monaco… ) 93.
Pendant ce temps, les maigres crédits budgétaires
destinés aux fournitures de santé ou de l’éducation
nationale n’ont été décaissés, respectivement, qu’à
hauteur de 11 % et de 5 % – 1 600 000 francs et
700 000 francs… 94

Denis Sassou Nguesso porte certes une respon-


sabilité majeure dans la ruine actuelle du Congo,
financière, politique et morale, mais l’on voit que
le président légitime Pascal Lissouba a galvaudé ce
titre durant son mandat (1992-1997), en adhé-
rant pleinement au système d’escroquerie générali-
sée qu’il dénoncera plus tard – trop tard. Il a laissé
l’éducation et la santé dans un état lamentable, et
accentué le pillage des finances publiques.
Cela aussi a précipité sa chute. Certains ont cru
qu’ils seraient plus facilement remboursés par Sas-
François-Xavier Verschave 49

sou : « Affrétés par des opposants au régime du


président Lissouba, des bateaux sont actuellement
en cours d’équipement en Afrique du Sud pour
prendre, au passage, des mercenaires dans une île
du golfe de Guinée [Sao Tomé ?]. Le financement
de cette “armada” est monté à partir de Londres
par la S.I.C. dont le correspondant en France est
J.-C. B., un spécialiste des montages financiers. 95»
Ce financement d’une opération putschiste de
rétablissement de la dictature sassouiste n’était
qu’un avant-goût de ce qui allait suivre, et qui
s’inscrit dans les stratégies des principaux respon-
sables de cette ruine multiforme, les compagnies
pétrolières. L’embellie financière qu’a connue sur
la fin le régime Lissouba, avec au moins 80 mil-
lions de dollars de bonus sur de nouveaux gise-
ments très importants, en mer profonde, cachait
de nouvelles alliances : Elf « a trouvé un modus vi-
vendi avec Chevron sur le Congo et le Cabinda
[enclave angolaise entre les deux Congo]. Les gise-
ments sont les mêmes des deux côtés de la fron-
tière maritime… […] Quand Chevron est devenu
au Congo le partenaire d’Elf sur Nkossa, elle n’a
pas payé sa quote-part des droits d’entrée et des
travaux préalables. De bonne guerre… 96».
Les relations deviennent également amicales
avec Exxon. Des deals régionaux ont été passés au
Tchad, au Congo et en Angola. Des participations
croisées sont par ailleurs prévues entre les deux
compagnies sur les permis Mer profonde sud (Elf)
et Mer profonde nord (Exxon) 97.
On le voit, Denis Sassou Nguesso, l’ami de
l’Angolais Dos Santos, devenait plus indispensable
que jamais.
François-Xavier Verschave 51

2. Les flambeurs entrent en guerre

Nous ne décrirons pas ici la guerre civile à épisodes


qui a démoli le Congo et sa démocratie en deux
salves, correspondant grosso modo à l’été 1997 et à
l’année 1999. Nous nous attacherons spécialement
aux aspects financiers de cette période. D’un point
de vue politique, il faut seulement redire la certitu-
de historique : la Françafrique s’est clairement
engagée dans ce conflit, et a penché massivement
durant l’été 1997 pour Denis Sassou Nguesso, l’al-
lié des Angolais – contre la grande majorité du
peuple congolais. Mais elle n’a pas pour le moment
l’intention de payer la note.
Le préfet Jean-Charles Marchiani, député euro-
péen du parti de Charles Pasqua, a fait aux enquê-
teurs de l’affaire Falcone-Gaydamak un aveu extra-
ordinaire : « Nous, c’est-à-dire moi pour le compte
de Charles Pasqua, avons négocié publiquement
avec le président Dos Santos l’aide politique et éco-
nomique de l’Angola à l’action de la France dans
cette partie de la région, qui s’est concrétisée par
l’envoi de troupes dans les deux Congos. 98» Un
deal global, qui engageait la France dans trois
guerres civiles (les deux Congos après l’Angola) et
incluait un « accord de sécurité », signé par la
France et l’Angola sous l’autorité de Charles
Pasqua, ministre de l’Intérieur.
Jean-Charles Marchiani a détaillé devant les juges
« les conditions dans lesquelles il avait été amené à
négocier ledit accord, en relation avec le conseiller
de la Sofremi pour les affaires angolaises, un cer-
tain… Pierre Falcone 99». Celui-ci, associé à Arcadi
Gaydamak, a conclu en urgence « deux nouveaux
52 Congo : pétrole, dette, guerre

contrats d’armements d’un montant global de 420


millions de dollars », près de 3 milliards de francs.
« La deuxième tranche a démarré fin juillet 100», sept
à huit semaines après le début de la guerre civile
congolaise, deux mois avant l’invasion du Congo
par les troupes angolaises. Marchiani a enfoncé le
clou dans une interview au Monde du 13 janvier
2001 : « À sa façon, M. Falcone a défendu les inté-
rêts français dans la région. »
Puis est venu, tel un lapsus, l’aveu de la “Grande
muette” : « Plusieurs généraux et colonels français
sont restés de marbre, le 16 janvier, lors d’une éton-
nante réunion, à Paris, au Collège interarmées de
défense, nouvelle dénomination de l’École de
guerre. Trois cents militaires y participaient, dont
environ un tiers d’officiers venus d’Afrique, des
États arabes ou asiatiques, et des États-Unis. Au
détour d’un échange, il a été soudain question de
l’intervention de l’armée angolaise pendant la guer-
re civile du Congo-Brazzaville, en 1997 […]. Et
mention était faite que cette opération militaire
avait été menée à la demande expresse de la
France I. Les officiers angolais présents ont fait
semblant de ne pas entendre. Comme les généraux
français, frappés eux aussi d’une subite surdité. 101»
La lutte à mort Sassou-Lissouba s’est déclenchée
le 5 juin 1997 à Brazzaville, aux petites heures II.
Deux semaines plus tard, La Lettre du Continent
écrivait : « Sassou est tellement sûr de prendre le

I. Le conseiller Afrique de Matignon, Serge Telle, a bonne mine


avec son courrier “historique” : « Les problèmes du Congo relè-
vent de la seule responsabilité des Congolais » (29.06.1998).
II. Mais dès 1994, selon un témoignage, le régime angolais aurait
parachuté près du fief sassouiste d’Oyo cinq conteneurs emplis
d’armes, dont deux se seraient égarés.
François-Xavier Verschave 53

pouvoir qu’il a déjà demandé à Paribas et Suez


d’enquêter sur d’éventuels comptes privés de
Lissouba. 102» Cela veut dire deux choses : premiè-
rement, si un président pétrolier a des comptes pri-
vés dans des banques françaises, c’est plutôt dans
ces deux là ; deuxièmement, Sassou est en si bons
termes avec ces deux banques qu’il peut se per-
mettre de leur demander ces renseignements trois
mois avant le succès de son coup de force.
Mais son adversaire n’est pas né de la dernière
pluie : pour échapper à d’éventuels blocages de ses
comptes, « Pascal Lissouba vient de déplacer, en
plusieurs fois, 150 millions de francs, à son nom et
à ceux de sa femme “Jocelyne” et de sa fille
“Mireille”, qui ont été “adossés” sur des prêts nan-
tis par la BNP I et donc intouchables 103». Par la
suite, il cherchera à « faire modifier les actes de pro-
priété de son hôtel particulier de la rue de Prony II,
acquis en son nom et celui de sa femme,
Jocelyne 104».

La facture de l’été 1997


Il n’y a pas que les besoins familiaux. La guerre
rendait urgents les achats d’armes. Côté Lissouba,
le principal fournisseur a été le Belge Jacques
Monsieur – un cador du trafic d’armes, qui a long-
temps opéré sous couvert de la Direction de la sur-
vaillance du territoire (DST), du Mossad et de

I. L’argent, si l’on comprend bien, s’est mué en prêts de la BNP,


qui se couvre (se “nantit”) sur des sommes équivalentes placées
dans des paradis fiscaux. Un procédé classique, l’un des premiers
utilisés pour le blanchiment.
II. C’est aussi rue de Prony que se trouvait à l’époque le domicile
parisien de Jacques Foccart.
54 Congo : pétrole, dette, guerre

l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique


Nord), notamment en Iran et en Bosnie. Au pou-
voir congolais menacé, il livre rapidement « hélico-
ptères de combat, roquettes, missiles et bombes ».
« Du 23 juin au 28 septembre », Monsieur adresse
12 factures au directeur de la Fiba, Pierre
Houdray. « Côté finances, Lissouba tente avec l’ex-
pertise de Jack Sigolet (devenu, depuis sa retraite
d’Elf I, son conseiller) un nouveau préfinancement
pétrolier : c’est l’opération “Darrow” 105».
Manifestement, “on” a profité de la défaite de
Lissouba pour ne pas payer une partie des armes
livrées par Monsieur. Ce sont les risques du métier
de trafiquant. Monsieur, qui connaît son monde, a
accumulé sur Elf et Sigolet des documents com-
promettants. Il a écrit à ce dernier des courriers qui
ressemblent fort à du chantage. Ces lettres, assor-
ties de fax confirmant les achats d’armes de
Lissouba dans des circuits parallèles et l’implica-
tion d’Elf dans leur financement, sont bien utiles
aux ennemis de Lissouba, à commencer par
“Sassou II” II, et aux règlements de comptes dans le
milieu pétrolier. On conçoit qu’ils aient été adres-
sés à des journalistes. Plusieurs n’en ont pas fait
usage. Alain Lallemand, du Soir de Bruxelles, a
mené une enquête insistante.
Mis en cause dans l’affaire, Jack Sigolet s’est
confié à lui 106: « En juin-juillet 1997 – c’était pen-
dant un week-end – j’ai reçu deux lettres du
ministre des Finances Nguila Moungounga, parce
qu’il ne pouvait pas joindre Pierre Houdray, char-

I. Il dirigeait la banque d’Elf, la Fiba, sous la houlette d’André


Tarallo.
II. C’est ainsi que l’on a coutume de désigner le second règne de
Denis Sassou Nguesso, à partir d’octobre 1997.
François-Xavier Verschave 55

gé de la gestion, à Paris, du compte “MinFin


Congo” auprès de la Fiba – […] un dépôt au nom
de la République du Congo, [… destinataire]
d’une partie de la redevance payée par Elf-Congo
(17,5 % de la valeur marchande du brut exporté).
Moi, à ce moment, j’étais en Suisse, et le ministre
a pu m’atteindre. J’avais même reçu un appel de
Pierre-Yves Gilleron, alors conseiller de Lissouba,
disant que Moungounga allait m’appeler. Et je
reçois […] deux fax que j’ai transmis de suite à
Houdray. À l’époque, j’étais conseiller financier de
Lissouba : je n’avais pas à refuser cette demande.
[…] Il est possible que j’aie pu mettre “vu”. […]
Généralement, je mets “vu” avec mon paraphe.
[…] Qui a détourné [ces fax…] ? Les a-t-on déro-
bés à la Fiba I ? […] Il fallait payer les factures
[d’armes] Matimco […] en Autriche, au bénéfice
de la société Joy Slovakia. […] Fin juillet [1997],
les responsables congolais m’interrogeaient déjà sur
la possibilité de monter un préfinancement sur du
brut. Moungounga a été le premier à m’en parler.
Les Congolais viennent me voir au mois d’août.
[…] Ils avaient besoin d’une enveloppe de 50 mil-
lions de dollars. Ma préoccupation était de savoir le
nombre de barils dont ils disposaient. Ils m’ont
indiqué qu’il s’agissait de 10 000 barils par jour,
qui pourraient éventuellement être portés à 15 000
par la suite [750 000 tonnes par an…]. J’ai préparé
un contrat de brut classique, ignorant qui serait
l’acheteur. Je l’ai rédigé en blanc. […] Nous nous
sommes revus une seconde fois en septembre,
réunion au cours de laquelle ils feront clairement
référence à la situation militaire du pays. Le nom

I. Mystérieusement cambriolée dans la nuit du 9 au 10 mars 2000.


56 Congo : pétrole, dette, guerre

“Darrow” est celui de l’offshore créée pour l’opéra-


tion, dont je ne connais pas l’ayant-droit écono-
mique. À ma connaissance, ce préfinancement ne
s’est jamais réalisé, mais il sera proposé en fin 1997,
et même 1998, par Pascal Lissouba, qui disait être
toujours le président de la République en titre.
Avec le recul, je crois que [si Jacques Monsieur
avait en main ce contrat] c’était pour se faire payer
les armes qui avaient été livrées. J’imagine. On m’a
parlé de 40 millions de dollars d’armes… »
Sigolet cherche à se défendre. Mais il ne cesse de
révéler, dans ses propos de financier du pétrole
basé à Genève, son rôle d’interface entre l’or noir
et les caisses noires, les cargaisons de pétrole et les
avions-cargos bourrés d’armes, son rôle de cataly-
seur d’une dérive exponentielle de la dette congo-
laise, par la facilité avec laquelle il monte de nou-
veaux crédits exotiques. Avec la guerre civile, on
trouvera et dépensera encore beaucoup d’argent
sur les comptes de ce pays déjà hyperendetté.
Le montage proposé par Sigolet a sans doute à
voir avec ce que Sassou II jettera plus tard sur la
table de la négociation avec Elf, « tous les contrats
d’armements signés par son prédécesseur et “cau-
tionnés” directement par la compagnie pétrolière
française. [… Des] contrats “garantis” par la com-
pagnie, et montés avec des préventes de brut par
des anciens dirigeants d’Elf et l’intermédiation
d’une compagnie de maintenance aéronautique de
l’avenue Marceau, dont les responsables travaillent
quasi exclusivement pour Elf 107».
Dès l’automne 1997, La Lettre du Continent
nous avait renseignés sur « le nerf de la guerre » de
l’été précédent. Pour son camp, Lissouba dispose
François-Xavier Verschave 57

des bonus des nouveaux permis, des parts bradées


de l’État congolais dans Elf-Congo et Agip, de
quelques redevances payées par Elf sur le compte
Fiba, de la vente de la part congolaise de la pro-
duction, « commercialisée à Genève par son
conseiller Samuel Dossou (qui est également celui
d’Omar Bongo) à travers Petrolin. Les forces de
Lissouba ont aussi récupéré l’argent qui restait
dans les coffres des établissements bancaires de la
place, en particulier celui de la Banque des États
d’Afrique centrale (BEAC). Autre source d’enri-
chissement : le traitement de la dette gagée pétro-
lière » (commissions multiples, spéculations sur les
décotes) 108. Au total 109, l’équipe Lissouba aurait
levé 1 milliard de francs de juin à septembre 1997
pour des achats d’armes I.
« Denis Sassou Nguesso n’a, de son côté, jamais
été “oublié” par Elf et émargerait toujours sur les
retombées financières de la production d’un gise-
ment angolais. Il avait contribué à l’attribution de
ce permis à la compagnie pétrolière française par le
président José Eduardo Dos Santos. Son bras
droit, l’ancien ministre du pétrole Rodolphe
Adada, était par ailleurs partie prenante dans la
société ORCA, basée à Jersey, qui revendait les
produits raffinés de CORAF [la raffinerie de
Pointe-Noire] sur le marché américain, avec une
confortable marge, en raison de leur basse teneur
en soufre. Cette marge était partagée entre Elf
Trading (Genève) et des hommes d’affaires
proches de Sassou. Après […] l’arrivée au pouvoir

I. Mais Sassou II récupèrera auprès du marchand d’armes Rudolf


Wollenhaupt plusieurs équipements militaires commandés par
Lissouba – dont un Canadair Swingtail et plusieurs centaines de
camions 110.
58 Congo : pétrole, dette, guerre

de Lissouba, le mécanisme a perduré avec une


redistribution “équilibrée”. Les deux “frères” enne-
mis s’arrêtent bien tous les deux à la même station-
service. 111»
Enseigne de cette station : Elf. Des deux côtés,
l’argent de la guerre transite par les paradis fiscaux
– points aveugles de la dette. La dimension régio-
nale du financement du camp Sassou se confirme,
et son insertion dans une vaste pétrostratégie, le
“Cangola” : « On comprend l’intérêt du président
José Eduardo Dos Santos d’avoir son “ami” Denis
Sassou Nguesso de retour au pouvoir à Brazzaville,
pour gérer avec lui tous les méga-gisements décou-
verts en eaux profondes sur la frontière maritime
entre les deux pays par Elf et Chevron. […] Elf-
Congo […] détient les permis […] qui jouxtent la
frontière cabindaise. De l’autre côté se trouve […]
la compagnie Chevron sur l’ensemble des permis.
Au cours de ces dernières années, Elf a fait entrer
Chevron sur ses intérêts au Congo, et Chevron a
fait de même pour laisser une petite place à Elf au
Cabinda. […] La dernière découverte de Chevron
sur les puits D 17 a forcément des prolongements
en territoire congolais. Mieux vaut être bien avec
les voisins. […] Les alliances ethniques de la région
vont désormais devoir suivre le tracé des “patates”
d’or noir 112».
« Désormais baptisé “Cangola” ou “Congola”, le
nouvel empire pétrolier à la frontière maritime du
Cabinda et du Congo a désormais deux “frères
amis” au pouvoir.113»
Chevron et Elf, qui contrôlent cette éponge
pétrolière transfrontalière, « y vivent en “bonne
intelligence” pétrolo-financière ». « Ces données
François-Xavier Verschave 59

pétrolières ont beaucoup incité Paris et


Washington à regarder ailleurs quand les troupes
angolaises ont envahi Pointe-Noire. 114» En des-
tructions seulement, pour le seul été 1997, la
conquête du Congo par le tandem Sassou-Dos
Santos aura coûté 5 milliards de francs, soit 37 %
du PIB I. Si la facture des guerres civiles est inscrite
au débit des peuples, l’accroissement du débit de
pétrole est tout bénéfice pour les majors occiden-
tales et leurs parrains politiques.
Ils ne pourraient rien toutefois sans la complicité
de certains Africains. Il est paradoxal de voir cette
alliance perverse dénoncée par ceux qui en sont les
plus gros profiteurs (mais il faut bien qu’ils se refas-
sent chaque matin une virginité politique). Ainsi
Sassou s’exclamait, au lendemain de sa victoire
d’octobre 1997 : « Nous pourrons prouver que
c’est avec l’argent du pétrole, et par les voies les
plus brumeuses, que l’on a acheté les hélicoptères
de combat et les bombes. Nous avons des docu-
ments que nous avons pris dans les bureaux mêmes
de la présidence. […] L’ancien pouvoir a gagé
comme blé en herbe 300 milliards de francs CFA
sur les recettes pétrolières attendues, indépendam-
ment même de ce qu’il recevait en impôts et autres
redevances ordinaires, selon les sources des compa-
gnies pétrolières elles-mêmes. 116»
Interrogé sur les relations que son propre camp
a pu entretenir avec les compagnies pétrolières,
Sassou II a une réponse hautement significative :
« Nous n’avons pas beaucoup de leçons à recevoir,
quand on sait que, de 1979 à 1992, nous avons pu

I. Selon un bilan établi au printemps 1998 115.


60 Congo : pétrole, dette, guerre

faire que le Congo devienne un pays pétrolier. »


Autrement dit : c’est nous qui avons livré ce pays
aux contrats léonins des pétroliers, il est normal
qu’ils nous rétribuent – et pas ceux qui n’auraient
d’autre légitimité que la volonté du peuple.

Sassou II pompe comme Sassou I


Denis Sassou Nguesso n’avait, lorsqu’il a entrepris
de se réinstaller, par la force, à la tête du Congo-
Brazzaville, pas d’autre projet politique que de
reprendre possession de l’État et de ses rentes, pour
lui-même et son clan. Il a tenté de faire croire qu’il
avait changé, qu’il avait accepté les leçons démo-
cratiques de la Conférence nationale souveraine.
Certains y ont cru. Mais l’exercice de son nouveau
pouvoir s’est vite avéré comme une répétition des
dérives criminelles et ruineuses de son premier
règne – en pire. Symptomatiquement, il a fêté son
sacre par les armes angolaises en livrant Brazzaville,
durant cinq jours, au pillage de ses miliciens.
Elf a été priée de passer à la caisse. Un temps, les
documents attestant la fourniture d’armes au pré-
sident chassé, Pascal Lissouba 117, et son mauvais
usage de l’argent du pétrole, ont servi de moyen de
pression. Mais l’arme était à double tranchant.
« Sassou I avait lui-même par le passé bénéficié des
“bienfaits” du système mis en place (notamment
des préfinancements) par le groupe pétrolier et ses
réseaux financiers (comme le compte ORCA).
Dans le genre “je te tiens, tu me tiens par la barbi-
chette”, il est difficile de faire mieux. 118»
Alors Sassou II, entouré d’une batterie de
conseillers et d’une cour d’intermédiaires, a orga-
François-Xavier Verschave 61

nisé son programme de prédation sur trois fronts :


les bonus, le partage de production, les nouveaux
emprunts gagés.
Il y a deux manières complémentaires de se faire
payer la production d’un nouveau gisement : un
acompte à la signature ou droit d’entrée ; une
rémunération liée aux quantités extraites. Le pre-
mier mode est appelé “bonus” : il ampute évidem-
ment le second – le seul pourtant qui permette de
financer un budget dans la durée. Mais on est ici
dans une logique inverse du bien public : deux des
parties, la compagnie pétrolière et le clan au pou-
voir, ont intérêt à évincer au maximum le proprié-
taire officiel du pétrole, le peuple chez qui on
extrait l’or noir. Toutes les combinaisons sont
bonnes qui avantagent ces deux parties au détri-
ment du budget de l’État. Or les bonus sont large-
ment parallèles, versés dans des paradis fiscaux sur
des comptes “présidentiels”. Un gros bonus est le
gage d’une moindre exigence sur les rétributions
ultérieures au pays producteur. Pour 1998,
Sassou II demandait un bonus de 60 millions de
dollars, lié au gisement de Moho, et une “répara-
tion” de 100 millions de dollars 119.
Elf et Sassou se sont mis d’accord sur le principe
d’un gros bonus initial et d’un passage du régime
de concession au partage de production I: au lieu de
toucher un pourcentage sur les quantités extraites,
le Congo en reçoit une partie, à charge pour lui de
la commercialiser au mieux. Un vrai miracle pour
les intermédiaires de tout poil, l’objectif étant de

I. Mais avec un taux de partage étonnamment bas : Elf voudrait


le ramener de 31 % à 25,5 % (il est de 38 % au Gabon), alors
que « la part de l’État congolais dans sa production pétrolière […
est] l’une des plus faibles du monde selon le FMI » 120.
62 Congo : pétrole, dette, guerre

payer le moins possible l’État congolais afin de


dégager et répartir la plus grande marge possible.
Nous reviendrons plus loin sur ces intermédiaires,
qui sont aussi liés, souvent, à des prêteurs sur gage.
Car le prêt sur productions futures est, lui aussi,
une activité hautement spéculative et lucrative. Bien
sûr, il faut payer le pouvoir qui vous fournit la
matière première de cette activité. Cela transparaît
dans la manière même de rendre compte de ces opé-
rations : ainsi, le courtier Glencore est « prêt à dépo-
ser chez le “patron”… 300 millions de dollars 121».
Pour toutes ces négociations, Sassou II est aidé de
conseillers au passé instructif 122 : Loïk Le Floch-
Prigent, l’ex-PDG d’Elf, que l’on ne présente plus,
Élie Khalil et Gilbert Chakoury, anciens
conseillers du dictateur nigérian Abacha (un her-
cule du pillage), Pierre Aïm, ex-armateur, appor-
teur d’affaires à quelques-uns des pires dictateurs
africains. L’éminence françafricaine Jean-Yves
Ollivier, qui traita aussi de pétrole dans l’Afrique
du Sud de l’apartheid, sert de poisson-pilote à un
niveau plus stratégique. Sassou présente les deux
derniers nommés « comme les seuls “vrais amis”
français de sa traversée du désert 123».
Pour gérer le pétrole reçu en partage de produc-
tion par le Congo, le régime crée une Société natio-
nale pétrolière congolaise (SNPC), « à l’image de la
Sonangol [la société nationale pétrolière angolaise]
– le modèle pour Sassou II ! 124». Encore un modè-
le de pillage… Cette SNPC reste dans la famille :
elle est dirigée par un neveu de Sassou, Bruno
Itoua. Un témoin évoque, écœuré, le ballet des
valises à billets. Comme la Sonangol, la SNPC a
installé « une structure de trading dans la capitale
François-Xavier Verschave 63

britannique avec l’assistance des sociétés TRAFI-


GURA et ARCADIA. La première […] regroupe
des anciens de Marc Rich 125» – l’écumeur des
États-épaves, pourris par leur pétrole.
Les courtiers floueront plus facilement l’État
congolais que son chef : « Sassou II suit personnel-
lement le dossier avec son fidèle Bruno Itoua […].
Même le ministre de l’Économie et des Finances,
Mathias Dzon, ne semble pas toujours au parfum
des cargaisons d’or noir qui quittent le terminal
[congolais] de Djeno. 126»
En 2000, avec la brusque remontée des cours du
pétrole, les traders affluent de toutes parts. La
Lettre du Continent ne cache pas sa perplexité : « Le
grand mystère du Congo est la destination de tous
ces préfinancements pétroliers. Plusieurs projets
stratégiques piétinent 127» dans le transport, la dis-
tribution, l’énergie. Le mystère est-il si grand ?
« Sassou multiplie ses luxueuses propriétés à
l’étranger. Il fait de fréquents allers-retours en
Suisse, transporté par la compagnie aérienne
Occitania. Le pilote, Alain Jacquemont, est un
ancien parachutiste français. 128»
L’exemple est largement suivi. « Maquillées en
dépenses d’investissements, les dépenses courantes
se sont emballées avec les exigences de certains
ministres… 129», qui dévalisent les boutiques de
luxe parisiennes. Une commission d’enquête sur
les pénuries de carburants a révélé « un vaste
détournement à Brazzaville de produits pétroliers
par des ministres et des proches du pouvoir. […]
Une quinzaine de dépôts clandestins ont servi à ali-
menter les besoins personnels de plusieurs
ministres, [généraux et colonels] […]. Convoqué,
64 Congo : pétrole, dette, guerre

André Obami-Itou, le DG [directeur général]


d’Hydro-Congo [la compagnie nationale de distri-
bution], a déclaré que “les comportements mafieux
existent à Hydro-Congo depuis fort longtemps et
qu’il éprouve des difficultés à démanteler le réseau
des voleurs”. On le comprend. À moins de rema-
nier le gouvernement ! 130»
Ce qui se fait pour le pétrole s’applique aussi au
bois : Sassou II a brutalement accéléré la mise en
coupe de la forêt équatoriale – avec l’aide de per-
sonnages comme Jean-François Hénin 131, ancien
virtuose de la spéculation au Crédit Lyonnais, et
de Francis Rougier, PDG d’un grand groupe
forestier I.
Il ne recule pas devant les dépenses vitales : il a
chargé le groupe portugais Espirito Santo « de lui
construire un aéroport international “stratégique” à
Ollombo, près de son fief d’Oyo, dans le nord du
pays, pour […] 370 millions francs, sans doute
financé en […] pétrole 132». Un “éléphant blanc”
d’un point de vue économique, dans une région
très peu peuplée. Mais la possibilité d’un approvi-
sionnement aérien en armes lourdes n’a pas de prix.
Alors que le pétrole afflue, à haut prix, que les
préfinancements abondent (en particulier par la
Société générale), que Lissouba a obtenu 5 mil-
liards de francs de remises de dettes, la dette totale
du Congo se maintenait autour de 5 milliards
de dollars mi-2000 (12 000 francs par habitant).
Certains créanciers, comme Hassan Hodjej,
n’étaient pas loin de pouvoir faire bloquer les

I. Le siège de ce groupe (75, av. des Champs Élysées) héberge


aussi celui du CIAT, une société dirigée par Toussaint Luciani, vieil
allié des Feliciaggi. (Lire p. 108, note II.)
François-Xavier Verschave 65

comptes de l’État congolais… 133. Et Sassou II,


quatre ans après sa victoire, n’avait toujours pas
rétabli les ascenseurs au centre hospitalier universi-
taire de Brazzaville, qui fut un équipement sani-
taire de pointe : il faut porter les malades jusqu’au
cinquième étage.

1999 : finance &


crimes contre l’humanité
Sassou et son clan ayant repris leurs habitudes
autocratiques et prédatrices, la guerre renaît de ses
cendres, entraînant fin 1998 une répression épou-
vantable. Les troupes ou plutôt les milices de
Sassou II y sont secondées par une coalition fran-
çafricaine de circonstance : un corps expédition-
naire venu de l’Angola – un régime allié d’Elf, de
Chirac et des réseaux Pasqua ; un contingent tcha-
dien de l’ami Idriss Déby ; des restes des forces
rwandaises qui encadrèrent le génocide ; des mer-
cenaires français, et de “vrais-faux mercenaires”,
c’est-à-dire des militaires tricolores déguisés en
mercenaires ; le tout avec l’argent d’Elf, de grandes
banques et entreprises françaises. Entre décembre
1998 et décembre 1999, les agressions à connota-
tion ethniste contre les populations civiles, au sud
de Brazzaville et du pays, ont fait au moins autant
de victimes (en nombre de morts ou de viols) que,
durant la même période, les conflits au Kosovo, à
Timor Est et en Tchétchénie réunis 134.
Plusieurs témoignages reçus en 2001 laissent à
penser que le bilan de cette entreprise criminelle
est plus atroce encore qu’on ne le croyait : dans le
sud du pays, un certain nombre de villages
66 Congo : pétrole, dette, guerre

auraient été rayés de la carte, et le bilan de cette


année de guerre pourrait atteindre ou dépasser les
100 000 morts. Bien entendu, nulle enquête inter-
nationale sérieuse n’a été menée à ce sujet dans
cette pétrodictature tellement en phase avec Paris,
mais aussi Washington, Londres et Moscou.
Certes, les médias français ont suffisamment peu
parlé de l’entreprise abjecte de nettoyage du Sud
congolais pour qu’elle soit restée ignorée de l’opi-
nion publique hexagonale. Mais elle ne pouvait
l’être de l’exécutif français, largement informé par
les Services, ni des grandes banques et entreprises
impliquées au Congo : elles ne pouvaient ignorer
les dénonciations et les rapports des ONG, les pro-
testations des Églises, les informations de leurs
réseaux. Quand elles ont soutenu financièrement ce
régime, c’était en connaissance de cause, par un cal-
cul cynique qui les rend complices de crimes contre
l’humanité. Quelle valeur peuvent bien avoir les
créances qu’elles ont alors acquises sur le Congo ?
Laissons Elf provisoirement de côté, puisque sa
complicité est permanente : nous l’examinerons
par la suite. Paribas est naturellement sur les lieux.
Sa familiarité avec les paradis fiscaux, ses liens avec
l’un de leurs meilleurs connaisseurs, le milliardaire
Irako-Britannique Nadhmi Auchi, l’ont naturelle-
ment placée au top du préfinancement pétrolier.
Elle avance 30 millions de dollars en mars 1999 à
Sassou II 135. Cela va s’amplifier durant l’été : « Le
ministre des Finances Mathias Dzon a confié à
Paribas un montage financier de 80 millions de
dollars (dont 50 à décaissement rapide) pour la
vente par anticipation de cargaisons de pétrole.
Inespéré… Il a fallu tout le doigté des équipes de
François-Xavier Verschave 67

Paribas (déjà très inspirées sur l’Angola) pour ver-


ser l’argent sur des comptes qui ne peuvent pas être
saisis par les créanciers du Congo, comme la fa-
mille Hojeij ou Serge Berrebi. Ce montage, qui
pourrait être réutilisé sur d’autres cargaisons, […]
échappe au circuit traditionnel de l’actuelle dette
gagée pétrolière qui passe par FIBA-CIBC-IHAG-
SEB sous le contrôle d’Elf. 136»
Il est plus étonnant de découvrir qu’en fait la
Société générale avait une longueur d’avance, et
qu’elle n’a laissé l’opération à Paribas que durant la
période de leur fusion éphémère (Paribas étant
finalement captée par la BNP) : « Paribas a trouvé,
dans sa corbeille de noces avec la Société Générale,
une synergie en or au Congo-B. De toutes les
banques d’affaires qui tentent de monter un crédit
gagé sur du pétrole avec Sassou II, c’est en effet la
Société Générale qui était la plus avancée. Avec sa
filiale américaine, la Générale avait en effet monté
un prêt de 22,8 millions de dollars sur un an avec,
pour compensation, 2 900 barils par jour de brut
de Nkossa et 4 700 barils par jour de brut de qua-
lité Djenno, soit 4 cargos par an. C’est ce montage
que Paribas vient de récupérer. 137»
Nous reviendrons sur le rôle de pousse-à-la-dette
de ces deux établissements. À plus petite échelle,
nombre d’émissaires françafricains se sont précipi-
tés en pleins massacres pour secourir financière-
ment le massacreur : « Même si la dette gagée
pétrolière et les cargaisons enlevées par Elf ne lais-
sent actuellement pas grand chose – environ
20 000 barils par jour – à commercialiser en direct,
ils restent très nombreux à venir à Brazza dans ce
but : de vieilles connaissances comme les couples
68 Congo : pétrole, dette, guerre

Tarallo/Sigolet ou Lacaze/Le Floch-Prigent. 138»


Il n’est plus besoin de présenter Loïk Le Floch,
André Tarallo et Jack Sigolet. Il est quand même
stupéfiant de voir le prompt rétablissement de ce
dernier, encore accusé par Sassou II d’avoir financé
l’armement de Lissouba. Mais cela prouve qu’il sait
financer, et qu’il n’a pas d’états d’âme. Sassou II
non plus : il a eu tôt fait de le réinviter à sa table,
avec Tarallo et leur “Monsieur sécurité”, Pierre-
Yves Gilleron – qui avait su garder, comme on dit
au Congo, « un pied dans chaque pirogue ». Quant
au général Jeannou Lacaze, ancien haut barbou-
zard, puis chef d’état-major de François Mitterrand
et de Mobutu, conseiller de la plupart des géné-
raux-dictateurs francophones, il est dans son élé-
ment. Accessoirement, on s’indigne un peu moins
que les juges d’instruction de l’affaire Elf aient
confisqué le passeport de son compère Le Floch I.
Les Français n’étaient pas seuls sur le coup. En
février 1999, Texaco négocie l’accès à 4,5 millions
de tonnes de pétrole contre la mise en place d’un
prêt de l’Union des banques suisses (UBS) permet-
tant de rembourser une partie de la dette pétrolière,
et une enveloppe de 40 millions de dollars 140.

I. Qui commente : « Il y a dans tout cela quelque chose de pro-


fondément inhumain. 139» Quels mots reste-t-il alors pour parler
des atrocités subies par les Congolais, par la vertu de l’ami
Sassou ?
François-Xavier Verschave 69

3. Les allumeurs
… Elf
« C’est clair, au Congo-Brazzaville, chaque balle a
été payée par Elf », confiait une personnalité socia-
liste. Sa phrase fait un étrange écho à celle proférée
le 24 janvier 1993, sur RTL, par le PDG d’alors,
Loïk Le Floch-Prigent : « Elf a fait le maximum
pour le développement du Congo. 141»
« La stratégie du groupe pétrolier [Elf] a été
déterminante. Alors qu’il vient d’enchaîner les
découvertes de champs pétroliers majeurs au large
des côtes angolaise et congolaise, il voyait cet eldo-
rado marin exposé à la vague révolutionnaire issue
de la région des Grands Lacs. Les régimes corrom-
pus du Gabon, du Cameroun et de Guinée équa-
toriale étaient menacés. Celui de Brazzaville som-
brait… Il y avait le feu au lac… de pétrole ! Des
bateaux-navettes ordinairement utilisés par Elf ont
débarqué des unités angolaises et des “Cobras” de
Nguesso pour s’emparer du port de Pointe-Noire,
centre névralgique de l’exploitation pétrolière et
clef de la conquête du Congo […].
Opportunément, en 1996, le réseau Pasqua-
Marchiani avait gavé d’armements russes les
troupes angolaises. […] À l’Élysée, Jacques Chirac
n’avait donc plus, en ligne directe avec l’ami
Bongo, qu’à sceller la coalition anti-Lissouba, sans
lésiner sur les moyens proprement français : l’ar-
mée de l’Air et les Services spécialisés dans les tra-
fics d’armes. Les services secrets de l’État et ceux
d’Elf, rappelons-le, ont beaucoup d’agents en com-
mun. Depuis le temps du Biafra, ils savent organi-
ser conjointement des livraisons occultes d’arme-
ments. 142»
70 Congo : pétrole, dette, guerre

Plus précisément – on l’a vu au chapitre précé-


dent –, Elf a armé les deux côtés. Elle le fit jadis
dans la guerre civile angolaise, et l’a fait encore au
moins jusqu’en 1998 143. Elle a continué de verser
des redevances mensuelles au gouvernement de
Lissouba, jusqu’à ce que sa chute soit assurée. Elle
a financé ou garanti ses achats d’armes, via la Fiba.
Toutes les victimes de la guerre civile peuvent
donc remercier Elf…
« Fin 1998, un haut responsable d’Elf est inter-
pellé dans l’émission Capital, sur M6 : “C’est
quand même malheureux qu’ils [les Brazzavillois]
se soient massacrés avec notre argent !” C’était le
29 novembre, trois semaines avant des massacres
encore plus épouvantables. Réponse de “Monsieur
Elf” : “Dans ce cas, oui, c’est un gâchis. Mais nous
ne sommes pas des sentimentaux ! Nous sommes
des gens réalistes, qui gagnons de l’argent : avec
qui, ça nous est égal.” Il n’y a pas de raison que ça
s’améliore. Dans ses négociations africaines, de
l’Angola au Tchad, Elf s’en tient à une stratégie de
négociation éprouvée : moins l’État producteur est
exigeant, plus s’élève le “bonus présidentiel” à la
signature du contrat. 144»
Le Floch mentait outrageusement quand il affir-
mait en 1993, toujours sur RTL, qu’Elf offrait au
Congo « une rétribution plus importante que dans
beaucoup de pays et dans la plupart des pays afri-
cains 145». Le FMI n’est pas seul à s’étonner, au
contraire, de la faiblesse de cette rétribution. La
Conférence nationale souveraine a été dissuadée de
chercher à en savoir davantage. Elf invente sans
cesse de nouvelles astuces pour payer le moins pos-
sible. Parmi les dernières trouvailles : amortir sur
François-Xavier Verschave 71

un seul puits les méga-barges réutilisables, de façon


à minorer les bénéfices et donc l’impôt I.
Ces astuces sont souvent négociées en secret avec
le président en place, abreuvé de bakchichs et “fonds
de souveraineté” II. Cela suppose que ni des impor-
tuns genre Oxy ni des parlementaires intègres ne
viennent se mêler des comptes de l’or noir.
Pascal Lissouba s’est bien gardé de donner suite
à son projet d’un contrôle parlementaire des
comptes du pétrole. Quand en 1995 il vend « pour
des clopinettes 148» les 25 % de son pays dans Elf-
Congo, il y a bien entendu une opération occulte
sous-jacente, portant sur un ou plusieurs milliards
de francs. Négociant âprement avec Elf, Sassou II
savait qu’il la mettrait en difficulté en réclamant la
rétrocession de ces 25 %, à leur prix de vente. Elf
a d’ailleurs curieusement expliqué « que cette opé-
ration “retour” pourrait mettre en péril le monta-
ge financier du Crédit Lyonnais sur le développe-
ment de Nkossa… ». Comme si le ou les milliards
spoliés en cette affaire à l’État congolais étayaient
tout un montage parallèle… III
Compte tenu des risques et des investissements
en jeu, l’activité pétrolière génère un volumineux
marché d’assurances. C’est encore l’opportunité de

I. Les amortissements sont déductibles du bénéfice imposable.


D’où l’intérêt d’amortir un matériel de plusieurs milliards
de francs sur une seule opération, et non sur plusieurs 146.
Certains mauvais esprits en rajoutent : ils émettent « l’idée d’une
surfacturation » de la méga-barge installée sur le puits de Nkossa.
II. « Les dirigeants de pays producteurs peuvent utiliser à leur pro-
fit un pourcentage de la redevance pétrolière : les “fonds de sou-
veraineté”. […] Selon M. Claude Angeli, “les fonds de souverai-
neté sont disponibles pour le chef de l’État […] à titre personnel :
leur existence n’est pas secrète, leur montant l’est”. 147»
III. Porté peut-être par l’ancien Crédit Lyonnais, “victime” d’une
faillite insondable…
72 Congo : pétrole, dette, guerre

juteux prélèvements. Ainsi, Lissouba comme


Sassou ont créé une société d’assurances “maison”,
bénéficiant d’un monopole de droit ou de fait sur
les primes liées à l’exploitation du pétrole congo-
lais. Le nouveau directeur financier de
TotalFinaElf, Philippe Laroque-Laborde, a jadis
aidé son ami Roger Azar à monter la société d’as-
surances CSAR 149 au service de Lissouba et de son
ministre des Finances Moungounga-Nguila –
« actionnaire de la CSAR via une société irlan-
daise I». Un gage de continuité, d’Elf à Total…
Et puis il y a les fameuses cargaisons non décla-
rées, que les initiés disent fréquentes au Congo.
Sur la production du premier gisement de ce pays,
Émeraude, Elf est toujours restée évasive. La Lettre
Afrique Énergies ironise sur ce flou 151 : « Le pé-
trole, c’est pas facile ; […] si l’on veut être précis,
[…] on risque, dans la séquence des rotations de
tankers, de ne pas tomber juste, en oubliant la der-
nière ». Loïk Le Floch Prigent l’admet : « Il est arri-
vé que des cargaisons “fantômes” [d’une valeur de
10 à 12 millions de dollars] échappent aux comp-
tabilités officielles et soient partagées entre
hommes de l’ombre. 152»
Pascal Lissouba avait fini par le comprendre (et
en profiter) : la rétribution de son pays par Elf res-
semblait à une passoire. C’est donc en expert qu’il
a pu évoquer quelques trous devant la mission par-
lementaire d’information sur les compagnies
pétrolières : « Le mécanisme de versement de la
rente pétrolière est difficile à décrire. Les rede-

I. Olivier Vallée présente Roger Azar comme un « collectionneur


d’art africain et esthète de la finance ». Ce n’est pas incompa-
tible, les deux comportements supposant d’être éthiquement peu
sensible au concept de prédation 150.
François-Xavier Verschave 73

vances sont dues à des filiales d’Elf Aquitaine, Elf-


Congo et Elf-Gabon […]. Mais le fonctionnement
d’une autre société, Elf Trading, qui effectue des
transactions reste obscur I. Les fluctuations du dol-
lar jouent sur le montant de la redevance. […] Qui
gère le différentiel provoqué par ces fluctuations
portant sur des sommes considérables ? Qui peut
contrôler cela ? […] Le Congo recevait des rede-
vances d’exploitation dont il était difficile de suivre
le cheminement. Les sommes provenant des
marges de fluctuation pouvaient être élevées et suf-
fisaient à financer un mouvement de déstabilisa-
tion. Il pouvait donc s’agir d’une sorte de pacte de
corruption soutenant un complot. […]
« Il y a plusieurs formes de tricherie sur la rente
pétrolière : on peut s’entendre avec les pétroliers
par des cheminements divers ; ils passent par la
Fiba. Autour de cette banque, il y a d’autres filières
pour faire passer les commissions dont les mon-
tants sont évalués en fonction d’un processus diffi-
cilement décryptable. […] Le ministre des
Finances peut placer l’argent de la rente pétrolière
dans des banques spécialisées où il rapporte des
intérêts sans les reverser à l’État. Normalement,
cela irait dans les caisses noires du Président. II»

I. Il n’y a pas de raison que cela cesse : directeur d’Elf-Trading


sous Le Floch et Jaffré, Bernard Polge de Combret a été nommé
en 2000, par Thierry Desmarest, vice-président de TotalFinaElf.
II. On peut s’interroger sur les motivations de cette vigoureuse
dénonciation 153 des pratiques d’Elf, dont Pascal Lissouba se
pose en victime. Dans les protectorats des compagnies pétro-
lières, les chefs d’“État” sont dans une position paradoxale :
d’un côté ils sont personnellement gavés par la ou les majors qui
patronnent le pays, de l’autre il leur faut tenter de préserver un
minimum de légitimité politique, généralement par un discours
de surenchère nationaliste. Ce grand écart est difficile : il peut
conduire à “péter les plombs”, voire à la paranoïa. Il faut, pour
le tenir durablement, être armé d’un cynisme impitoyable et
74 Congo : pétrole, dette, guerre

On peut aussi, pour comprendre ce qui s’est


passé au Congo, regarder ce qui a transpiré des pra-
tiques d’Elf dans les pays voisins. La Lettre du
Continent a produit sur son site Internet des docu-
ments impliquant la CIBC et Elf dans la savante
évasion, en 1992, de 180 millions de pétrodollars
camerounais (un bon milliard de francs) 154.
L’argent, un crédit gagé sur du pétrole futur,
s’égaille entre les îles Vierges, la Suisse et le
Liechtenstein. Le Cameroun n’en a pas vu la cou-
leur. L’opération a été garantie par Elf. Signataire :
Philippe Hustache, directeur financier (1985-
1994), devenu depuis directeur général de
Dassault… Le même a été interrogé lors du procès
Elf à propos de deux virements à Christine Deviers-
Joncour, de 14 et 45 millions de francs, via la filia-
le suisse d’Elf Rivunion : « Nous faisions chaque
année plusieurs dizaines d’opérations de ce type. Il
n’y avait aucune trace à Paris. […] Je n’ai pas le
souvenir une par une de ces opérations. Je mentirais
si j’étais capable de me souvenir de 350 commis-
sions. 155» À 30 millions en moyenne, cela repré-
sente plus de 10 milliards – 175 affaires Dumas.
Un ancien cadre d’Elf a publié, sous le pseudo-
nyme de Jean-Pierre Vandale, un roman à clefs très
transparent, L’affaire totale. Au Gabon, raconte-t-
il, « il n’était pas possible de jouer uniquement sur
les quantités [de pétrole], alors on trichait sur les
qualités. […] On annonçait à Macaya [Omar

d’une fibre policière. Contrairement à ce que prétend Pascal


Lissouba, ce n’est pas le niveau de ses exigences envers Elf qui a
conduit cette dernière à le lâcher (puisque les arrangements offi-
cieux permettent toujours de corriger les exigences officielles),
mais le fait que, dans l’exercice d’acrobatie politique requis,
Denis Sassou Nguesso ait été jugé globalement plus fiable.
François-Xavier Verschave 75

Bongo] que le puits démontrait bien l’existence


d’un gisement mais qu’il était faillé et difficile et
que son brut n’était pas bon : trop de cobalt, trop
de soufre, trop d’hydrates, trop de paraffine, trop
lourd, […] trop épais. […] Ce brut, en fait excel-
lent, était donc racheté quatorze dollars [le baril]
par notre filiale de négoce pétrolier qui le revendait
dix-sept sur le marché international. Il vaut mieux
gagner de l’argent aux Bermudes et en Suisse que
de le filer au fisc ». Macaya sait qu’il se fait avoir,
mais Nap (Tarallo) lui « rétrocède un droit per-
sonnel » sur le pétrole – sans parler des « jolis cos-
tumes », « livrés par une jolie couturière ». Sur le
total de la production gabonaise, cette tricherie sur
la qualité fait gagner à Elf plus de 200 millions de
dollars par an 156.
Vandale évoque aussi l’incertain Congo.
« Quand la révolte gronderait dans les rues de
Brazza, dans le Groupe quelqu’un pouvait tou-
jours utiliser la petite souplesse de manœuvre
qu’on avait dans la détermination du prix du
pétrole, une sorte d’avance sur recette, de quoi per-
mettre d’anticiper le cours de l’histoire qui donnait
Sassou gagnant et de donner un peu d’oxygène aux
trafiquants d’armes russes, des vieux amis de
Sassou. 157»
Quelques mois après la parution de ce “roman”,
une série de documents parvenus au journaliste
Nicolas Beau déclenchent un nouveau flash : « En
juillet 1995, une mission est envoyée en Suisse [par
le président d’Elf Philippe Jaffré], conduite par le
directeur financier du groupe, Bruno Weymuller,
alors que l’instruction d’Éva Joly débute […].
Objectif […] : recenser toutes les opérations de
76 Congo : pétrole, dette, guerre

financement montées avec les pays africains à par-


tir des sociétés offshore les plus secrètes.
« Plusieurs banques suisses sont associées à ces
montages : la CIBC, basée à Genève, la banque
Ihag à Zurich I, et la BDG II à Lausanne. […]
Ladel Holding Inc [est] la principale des sociétés
panaméennes mêlées à ces opérations. […] Dans le
rapport rendu à son retour de Suisse, Didier
Chanoine, un des membres de la mission […],
écrit : “[…] Ladel a servi de support […] pour
l’opération Gabon et onze opérations au Congo
[…]”. […]
« La filiale suisse [d’Elf] Rivunion […] a partici-
pé à de nombreuses opérations africaines. […] Les
limiers helvètes ont notamment découvert qu’en
1997 des dirigeants du groupe avaient financé
l’une des milices engagées dans la longue guerre
civile du Congo-Brazzaville. 160» III
Au Gabon et au Congo, « Elf est depuis les
années 1960, années des indépendances, plus

I. La Ihag Handelsbank est un « vieil établissement familial fondé


par la famille de Dieter Bürhle, qui fut le plus important marchand
d’armes de Suisse » 158.
II. Banque de dépôt et de gestion, où se géraient des dépôts très
liquides : « “Allô ! J’ai besoin des services d’Oscar”. C’est ainsi, à
l’aide de ce patronyme sympathique, que les dirigeants d’Elf
réclamaient un peu de fraîche à une discrète société suisse,
Comitex SA, chargée d’acheminer les valises de billets en France.
La Banque de dépôts et de gestion (BDG) de Lausanne […] ser-
vait complaisamment d’intermédiaire. Au total, près de 220 mil-
lions de liquide auront transité de 1989 à 1993 vers Paris. […] De
quoi se faire des amis à gauche et à droite. 159» À la BDG, Elf
entretenait, entre autres, les succulents comptes “Langouste” et
”Lille”. (Lire p. 187, note I.)
III. C’est cela la Françafrique : les mêmes comptes qui financent la
guerre au Congo-B achètent les “consciences” des “décideurs”
politiques français. Nicolas Beau souligne que la juge Joly s’est
bien gardée de suivre les pistes africaines, finalement explorées
par ses confrères genevois.
François-Xavier Verschave 77

qu’une simple compagnie pétrolière : tout à la fois


la banque et le parrain des pouvoirs locaux 161».
C’est toujours vrai. Cela risque de l’être davantage
avec le doublement de puissance issu de la fusion
TotalFinaElf. En 1994, rappelons-le, le groupe
pétrolier a même entrepris de gérer directement la
dette congolaise. L’expert Jacques Sabatier, très
cher payé par Elf, suit la dette gagée pétrolière ;
selon un témoignage, il a sur son ordinateur l’ima-
ge de tous les flux financiers du pays. Mais en ce
cas, comment la major pétrolière ne serait-elle pas
le premier comptable et responsable de la faillite
financière des pouvoirs qu’elle parraine ?

Traders & intermédiaires


Une “dette odieuse” I s’accroît sans cesse, elle se
reconstitue sitôt que les créanciers ont accordé de
“généreuses” remises, restreignant donc indéfini-
ment l’argent disponible pour servir aux Congolais
un minimum de bien public. Au fil de l’inventaire
de ces déboires financiers, nous avons croisé à
maintes reprises de petits et gros malins, des
“génies” autoproclamés de la finance, en fait des
vendeurs de tricherie. Bien des dirigeants africains
se laissent tenter par l’argent facile. Encore faut-il
des tentateurs, des conseillers en dilapidation. Les
traders, courtiers et autres intermédiaires se font
insistants. Leurs méthodes, assurent-ils, ne sont pas
forcément illégales, du point de vue de la justice
dominante – occidentale. L’Occident a en effet
multiplié à travers le monde les paradis fiscaux,

I. Cette expression renvoie à de nombreux travaux sur l’iniquité


de la dette 162.
78 Congo : pétrole, dette, guerre

“États” de non-droit, d’où l’on peut impunément


organiser toutes sortes d’arnaques. Mais ce qui est
“légal” depuis Jersey, Monaco ou les îles Caïman
est forcément criminel pour le pays victime de ces
propositions : sa législation sanctionne en principe
le détournement des fonds publics, et c’est tou-
jours de cela qu’il s’agit.
Cela peut passer par le détournement d’une par-
tie du pétrole national, vendu au profit des diri-
geants, ou d’une partie des redevances. Il peut
s’agir aussi des innombrables opportunités de com-
missions, en cascade. Mais le plus scandaleux est
l’enrichissement sur la dette : la plupart des opéra-
tions sur ce cancer du tiers-monde sont en effet
elles aussi l’occasion de formidables spéculations,
accompagnées d’une noria de bakchichs. Nous
l’avons vu sous Lissouba, où Elf elle-même, via la
Fiba, s’est fortement impliquée dans le marché gris
de la dette décotée du Congo.

Dessinons quelques profils des intermédiaires


qui ont fait le malheur de ce pays, en commençant
par un duo qui ne nous éloignera guère d’Elf.

andré tarallo & jack sigolet


André Tarallo a été pendant plusieurs décennies
rien moins que le “Monsieur Afrique” d’Elf, le
« Foccart du pétrole », en lien étroit avec Charles
Pasqua : « Des “bonus” […] que l’on dit “paral-
lèles” peuvent être versés […] pour avoir une
chance plus affirmée d’obtenir un permis. Ces ver-
sements s’inscrivent dans une continuité, dans le
cadre des relations sur le long terme entre la com-
pagnie et le pays considéré et dans un climat de
François-Xavier Verschave 79

confiance avec les dirigeants de cet État. Une de


mes missions, au sein du groupe Elf, consistait à
entretenir ces relations et à être le garant de l’exé-
cution des engagements pris. 163»
Sous la présidence de Mitterrand, indique Loïk
Le Floch-Prigent, « le système Elf-Afrique [est
resté] managé par André Tarallo (PDG d’Elf-
Gabon), en liaison avec les milieux gaullistes. […]
Les deux têtes de pont étaient Jacques Chirac et
Charles Pasqua. […] Tarallo est […] en liaison
quotidienne à l’Élysée avec Guy Penne […] qui est
le Foccart de Mitterrand, tout en maintenant des
liens permanents avec Foccart, Wibaux, etc.
L’argent du pétrole est là, il y en a pour tout le
monde. 164»
Y compris pour le manager : il a construit en
Corse, avec les caisses noires d’Elf, une “case” fran-
çafricaine de 90 millions francs. Sur ses seuls
comptes suisses, le juge de Genève Paul Perraudin
a observé le passage de plus de 600 millions
francs 165. « Tarallo me disait que j’étais naïf, que
l’important était de circonvenir les gens », se sou-
vient Loïk Le Floch-Prigent 166.
L’énarque André Tarallo faisait l’interface entre
Elf, au sens large, la Grande Loge Nationale
Française (GLNF) – omniprésente en França-
frique I –, le néogaullisme chiraquien 168, le clan

I. La GLNF est la plus à droite des obédiences franc-maçonnes.


Elle s’appelait au départ « Grande Loge Nationale Indépendante
et Régulière pour la France et les Colonies ». « La maçonnerie est
devenue un instrument de puissance pour des dirigeants africains
qui ont parfois hérité de pays sans frontières ni institutions légi-
times. Mieux encore que la tribu, elle permet de quadriller un ter-
ritoire. À défaut de légitimité, la maçonnerie apporte un semblant
de cohérence aux hiérarchies parallèles. Surtout, elle maintient le
lien avec l’ancienne puissance coloniale. Et c’est pourquoi il doit
80 Congo : pétrole, dette, guerre

Pasqua et sa composante corse. C’est lui qui a béni


l’attribution d’Elf-Corse aux chefs de file pas-
quaïens Noël Pantalacci et Toussaint Luciani, qui
l’ont refilée aux frères Robert et Charles
Feliciaggi 169. Le monde est petit : les Feliciaggi
sont des intimes de Sassou Nguesso, “frère” de
Tarallo à la GLNF. Robert est le plus connu,
depuis que l’on sait que Charles Pasqua se fit le pro-
moteur de son empire françafricain des jeux, lequel
finança les campagnes politiques pasquaïennes.
Charles Feliciaggi est très introduit auprès de la pré-
sidence angolaise. Rien d’étonnant dès lors qu’en
Angola, où Elf finançait les deux côtés de la guerre
civile, André Tarallo ait préféré orchestrer les
bonnes relations franco-pétrolières avec le régime
de son « ami président Eduardo Dos Santos 170»,
tandis qu’Alfred Sirven se chargeait de l’Unita.
Lors du mouvement de démocratisation au
Congo, au début de la décennie 90, Tarallo, on l’a
vu, suivait de près l’armement du président Sassou
marginalisé et incitait le chef d’état-major à faire
un putsch pour restaurer la dictature. Plus tard, il
séduira le président élu Lissouba tout en réservant
l’essentiel de ses faveurs à ceux qui fourbissaient sa
perte. Ainsi, alors que son bras droit Jack Sigolet
était devenu conseiller de Lissouba et lui avait pro-
curé des armes pendant la guerre civile de 1997,
« le couple Tarallo/Sigolet » fut rapidement réin-
tégré par Sassou II dans le business pétrolier : offi-
ciellement retraités d’Elf, ils se sont mués en magi-
ciens du trading.
Jack Sigolet est « entré à la trésorerie d’Elf en
1962, il est l’un des inventeurs du “préfinance-
ment pétrolier”, ce montage financier qui permet
François-Xavier Verschave 81

aux États – notamment africains – de gager le


pétrole enfoui, en contrepartie d’avances confor-
tables de trésorerie 171». « Tout le monde avait à y
gagner, sauf peut-être les principaux intéressés : les
populations d’Afrique. 172»
Sous les ordres de Tarallo, Sigolet a géré jusqu’en
mai 1996 la fameuse banque Fiba – ce « terminal
des valises, des sacs et des cantines » de billets, selon
un proche collaborateur d’Omar Bongo 173. Il avait
établi aux îles Vierges, sous protectorat britannique,
« une belle collection de tirelires » françafricaines,
dont Le Canard enchaîné reproduit la liste. Par
exemple : « Tauron Business Corp, Congo, 125
millions de dollars ; Miniotta Enterprises, Gabon,
220 millions de francs ; Nivorano Co, Cameroun,
100 millions de dollars… 174»
Ces pays pétroliers très endettés seraient donc
titulaires de cagnottes au soleil ?
Sigolet, très au fait du monde des trafiquants
d’armes, n’est pas pressé de les payer lorsque leurs
clients pétroliers ont perdu la bataille. On a lu plus
haut ses laborieuses explications à propos des armes
livrées à Lissouba. 42 millions de dollars sur 69 res-
taient dus aux fournisseurs de la filière serbo-
croate 175. Sigolet admet avoir subi alors ce qu’il
appelle « un conditionnement psychologique : on a
fait brûler ma voiture. […] L’explosion s’est passée
devant chez moi, à Vaucresson. […] Puis une
deuxième voiture a sauté : celle de mon épouse.
Cela s’est passé dans le Midi, le 2 septembre 1999,
à côté de Sainte-Maxime 176». Les mœurs du
“milieu” gagneraient-elles la pétrofinance ? À moins
que celle-ci ne cousine avec lui depuis longtemps…
82 Congo : pétrole, dette, guerre

Le courtier belge, Jacques Monsieur, avait pour


sa part adressé une lettre non datée à « A. T. »
(André Tarallo) et « J. S. » (Jack Sigolet) 177:
« Messieurs,
[…] Fin octobre 1997, le montant des factures
impayées envers mon associé (A.I.) [Andrezj
Izbedski, dirigeant de la société slovaque Joy
Slovakia] et moi-même pour diverses livraisons et
fournitures de services s’élevait à 14,8 millions de
dollars US. […] Il manque actuellement le […]
dernier règlement [qui] permettrait d’enterrer défi-
nitivement un dossier que tout le monde souhaite
enterrer au plus vite, d’autant plus qu’il semble
maintenant intéresser quelques autorités fran-
çaises. Il se fait que, par un concours de circons-
tances, je dispose d’un nombre important de docu-
ments vous concernant, et notamment :
– ordres d’achats d’armes et munitions pour
compte de gouvernement Lissouba, certaines
signées J. S., d’autres paraphées J. S., envoyées par
fax du bureau d’ADFIN-GEN, de même que les
instructions de paiement adressées à la Fiba ;
– toutes les transactions ACHAT et REVENTE
des avions Elf (contrats et factures) [une opération
réputée miraculeuse] y compris les marchés (com-
missions), le split des marchés, leurs bénéficiaires
et leurs paiements ;
– toute l’exploitation des avions Elf, contrats (y
compris des contrats d’entretien), factures, split
des marchés (plus de 10 millions de dollars/an),
leurs bénéficiaires et les ordres de paiement
signés par J. S. ;
– détail de tous les vols gouvernementaux afri-
cains sur les avions d’Elf (à partir de 1991 jusqu’en
François-Xavier Verschave 83

1997), facturés mais non comptabilisés chez Elf


[une belle différence comptable] ;
– détail de tous les vols privés d’A.T. (une cen-
taine) + date/heure de décollage, destination, nom
des personnes à bord [! !] + factures et modes de
paiement (effectués par J. S.) ;
– affrètement d’un hélicoptère pour la cam-
pagne électorale au Gabon, financé par Elf pour 9
millions de francs suisses et retour vers J. S. ;
– affaire Aeroleasing. Elf achète 5 % du capital
de Aeroleasing pour un montant de 10 millions de
francs suisses, malgré un audit totalement défavo-
rable […]. Trois mois plus tard, Aeroleasing est
mise en faillite. Afin de cacher l’implication d’Elf
dans cette faillite, un dossier est monté de toutes
pièces. L’investissement d’Elf est transformé en un
prêt bancaire via la société offshore “Cloé” (Cloé,
comme le nom de la fille de Stéphane Valentini).
Dossier monté par J. S. et Roger Aiello […] ;
– un compte bancaire de J. S. auprès de la […]
CIBC. Les documents démontrent entre autres la
réception de :
• les retours de financement par Elf de la cam-
pagne électorale de Bongo ;
• certains retours sur la vente des appareils
Falcon appartenant à Elf ;
• les retours des commissions lors de la cam-
pagne militaire de Lissouba ;
• un retour lors de la prise de participation de Elf
dans Aeroleasing ;
• tous les détails sur le circuit de livraison de
pétrole et le circuit financier Sonangol Angola
[société pétrolière publique]-Crossoil (J.S.) au comp-
te Sonangol CCF [Crédit commercial de France]
(N° 280695) - Sonangol Londres - etc. […] ».
84 Congo : pétrole, dette, guerre

Ce Monsieur qui depuis deux décennies, sous la


protection des Services occidentaux, vend des
armes iraniennes, livre le Qatar, les Croates, le
Congo-B (Lissouba, puis Sassou), n’hésite pas à
pratiquer le chantage avec apparemment un stock
d’informations “secret défense”, capables si néces-
saire de booster l’affaire Elf. Installé fin 1999 en
Côte d’Ivoire, où il a obtenu deux passeports
diplomatiques, il se disait mi-2001 prisonnier en
Iran. Ou abrité ?
Au vu de ce courrier, « J. S. » n’apparaît pas très
“clair”. Ni « A. T. », son patron I. Sigolet, dans un
long entretien au Soir 179, a bien du mal à contes-
ter la missive menaçante de Monsieur. D’autant
que le journaliste Alain Lallemand apporte d’autres
documents compromettants, montrant que les
paiements de factures mixtes “armes + avions”
envoyées par Jacques Monsieur ont transité curieu-
sement par une société basée aux îles Vierges,
dénommée… Telogis, l’anagramme-miroir de
Sigolet !
Ce dernier ne trouve rien de mieux que de
mouiller d’autres personnages, à propos par
exemple des “acrobaties aériennes” d’Elf : « En tant
que directeur financier de la Sofineg [une financière
genevoise d’Elf], j’avais à payer un certain nombre
de factures de vols d’un avion Falcon-50 basé à
Genève [… et géré par] Aeroleasing. […]
Aeroleasing s’est porté acheteur [de cet avion d’Elf].

être caché. 167»


I. Il dénonce dans Le Monde (22.03.2001) la « confusion abso-
lue » du dossier du Soir. Ce dossier passionnant est, il est vrai,
affaibli en un passage par une confusion entre Sassou et
Lissouba. Le genre d’erreur qu’A. T. ne fait pas… Mais Jack
Sigolet ne conteste pas l’existence de la lettre de Jacques
Monsieur : « Gilleron me l’a montrée la veille même de notre
François-Xavier Verschave 85

[…] Le montage était le suivant : un prêt était


accordé par la société offshore “Cloé” à la Société de
Banque Suisse, qui reprêtait à Aeroleasing. Le mon-
tant était de 3 millions de francs suisses. Ceci a été
autorisé […] par le président [d’Elf] Jaffré et [son
adjointe] Mme Gomez I. Com-plè-te-ment. J’ai
monté l’opération “Cloé”, c’est vrai. »
Sigolet ne cache pas qu’il évolue dans « un
monde sans loi 180» où il peut à tout moment mon-
ter des opérations hors la loi des pays avec lesquels
il travaille. Il apparaît comme un outlaw financier
jonglant entre pétrole offshore et paradis fiscaux, au
grand dam des États dont il “gère” l’endettement.

michel pacary
Il s’agit d’un pionnier, initié lui aussi à la GLNF :
« Ce spécialiste du refinancement de la dette des
collectivités locales a contribué au financement
occulte du Rassemblement pour la République
(RPR), du parti républicain (PR) et de personna-
lités socialistes, avant de déployer ses talents d’in-
génierie et d’évasion financières au profit des diri-
geants congolais. […]
« Pacary avait aussi monté sa propre association
“humanitaire”, Congo-Renaissance. De source
judiciaire, cette “ONG” a été financée par
Coopération 92, une Société d’économie mixte du
département des Hauts-de-Seine présidé par
Charles Pasqua. À son tour, elle a aidé des mouve-
ments de sécession de l’enclave de Cabinda, le
mini-Koweït angolais au sud de Pointe-Noire.

deuxième rencontre au Noga, en juillet 2000. 178»


I. Geneviève Gomez est la sœur d’Alain, qui concocta en 1993
avec Édouard Balladur le remplacement de Loïk Le Floch-Prigent,
86 Congo : pétrole, dette, guerre

Michel Pacary était très proche du financier poli-


tique pasquaïen Didier Schuller, un “frère” de la
GLNF, intéressé lui aussi par Congo-Renaissance.
“Au Congo, confesse son épouse Chantal 181, il
[Pacary] a financé les campagnes électorales des
trois prétendants, il était sûr de gagner. Il n’était
jamais mandaté officiellement, mais, là-bas, cha-
cun savait qu’il représentait la France et que sa
parole valait une signature.” Peu avant la guerre
civile de 1993, il aurait envoyé une cargaison
d’armes à l’une des factions, sous couvert de… bal-
lons de football. Décédé en 1999, Pacary avait de
quoi faire chanter un grand pan de la classe poli-
tique française. Y compris par tout un arsenal, très
françafricain, de chantage aux partouzes – dans le
château de Chabrol près de Tours. Malgré un dos-
sier accablant, la juge Édith Boizette a fini par le
libérer, suite à “des pressions énormes”. 182»
Ce spéculateur de la dette, partageant une gran-
de partie des allégements qui auraient pu résulter
de la baisse des taux d’intérêt, « représentait la
France » – jusque dans les trafics d’armes barbou-
zards. Il participait aussi, dans la mouvance pas-
quaïenne, à ce jeu classique consistant à armer les
deux côtés d’une guerre : d’un côté on aide les
indépendantistes de Cabinda, dominée par le
pétrolier américain Chevron, de l’autre on s’amou-
rache et on fournit des armes au régime angolais,
qui s’y comporte comme l’armée indonésienne à
Timor-Est.

hassan hojeij
La société Commissimpex de Hassan Hojeij – le
partenaire privilégié de Charles Pasqua et de
François-Xavier Verschave 87

Coopération 92 au Gabon – a creusé la veine


financière des crédits gagés sur les futures rede-
vances pétrolières. Elle a conclu de mirobolants
contrats de prêts en dollars entre 1984 et 1988, au
temps de Sassou I. Celui-ci, alors conseillé finan-
cièrement par les frères Feliciaggi, a accordé à
Hojeij une priorité de remboursement et la garan-
tie de l’État congolais, lequel « “a renoncé à ses
immunités de juridiction et d’exécution” dans
cette affaire. En clair, Hassan Hojeij peut faire sai-
sir des biens congolais où il veut… 183». Il réclame
180 millions de dollars ! En 1998, l’ami Bongo se
faisait fort de faire payer son beau-père, Sassou II.
Mais cela n’empêchait pas Hojeij de pousser très
loin la procédure judiciaire, jusqu’au blocage des
comptes du Congo. Fin 2000, il se voit recon-
naître par le Tribunal arbitral de Genève une
créance congolaise de 350 millions de francs 184.
Tout ça n’est quand même pas très net : Hojeij
travaillait avec l’argent de la Bank of Credit and
Commerce International (BCCI), la célèbre
narco-banque démantelée au début des années
1990, après un énorme scandale financier. Dans
leur livre Révélation$ 185, Denis Robert et Ernest
Backes montrent à quel point le Luxembourg fut
complaisant envers la BCCI I. Après sa fermeture
judiciaire, celle-ci a continué à fonctionner
comme si de rien n’était : elle louait un étage
entier de l’hôtel Intercontinental, propriété de…

ami de Mitterrand et Chirac, par Philippe Jaffré.


I. Sur la BCCI, les auteurs citent un ouvrage américain de réfé-
rence : il s’agissait « depuis l’origine d’une gigantesque machine
à frauder : derrière une façade présentable, un groupe de finan-
ciers de l’ombre originaires du Pakistan et de cheiks du golfe
88 Congo : pétrole, dette, guerre

Nadhmi Auchi, influentissime au Grand Duché,


ami de Charles Pasqua.
Durant l’été 1991, un proche de Sassou,
Lekoundzou Ithi-Ossetoumba, ancien n° 2 du
parti unique (PCT), est inculpé pour avoir « géré
un prêt de 45 millions de dollars accordé par la
BCCI à l’homme d’affaires libanais M. Hodjeij,
via la société Commissintex [sic]. Petit problème :
les deux tiers du prêt ont disparu… 184». Ithi-
Ossetoumba a contacté pour sa défense Michel
Aurillac, ancien ministre néogaulliste de la
Coopération, et Jacques Vergès.

samuel dossou
D’origine béninoise, Samuel Dossou-Aworet était
le “Monsieur pétrole” de Bongo et l’associé de
Tarallo jusqu’à ce que l’affaire Elf ne sème quelque
zizanie dans le trio I. Sa femme, Honorine Dossou-
Naki, est l’ambassadrice de Bongo à Paris, à
Londres, et en Suisse. Il « a ouvert un cabinet à
Genève non loin des grands traders (Marc Rich,
Phibro, etc.) et de l’antenne financière d’Elf 188» .
Il a exercé ses compétences de courtier en car-
gaisons pétrolières au service de Lissouba, via la
société Petrolin, et a bénéficié alors de “largesses
budgétaires”, stigmatisées par la Banque mondiale.
Selon La Lettre du Continent, il a ainsi concouru à
payer les armes lissoubistes. Cela ne l’a pas empê-
ché de figurer ensuite parmi les happy few agréés
par Sassou II au festin pétro-congolais – à propos

Persique avaient mis sur pied une entreprise criminelle d’une


envergure sans précédent ».
I. Dans le quotidien gouvernemental L’Union, l’éditorial du
05.03.1998 signé “Makaya” – c’est-à-dire rédigé ou inspiré par
Omar Bongo – reproche à Samuel Dossou d’avoir gaspillé les
François-Xavier Verschave 89

notamment de la récupération du gisement Éme-


raude 189.

loïk le floch-prigent
Lui n’a pas varié : il a toujours favorisé la dictature
sassouiste. Il a admis, dans le documentaire d’Arte
sur Elf, avoir essayé d’empêcher le succès de Pascal
Lissouba aux élections législatives en faisant retenir
à la Banque de France l’avance d’Oxy qui permet-
tait de payer les fonctionnaires I. C’est en grande
partie au Congo qu’il s’est “refait une santé” après
son incarcération. Il y joue au tennis avec Sassou.
Mais pas seulement. Selon Philippe Madelin, en
mars 1998, Sirven « s’envole vers les Philippines en
suivant un itinéraire compliqué, via Brazzaville
probablement. Il y aurait été accueilli discrète-
ment, par l’entremise de Loïk Le Floch-Prigent,
qui conseille désormais la République du Congo
pour les affaires pétrolières 190». L’escale de Sirven
à Brazzaville est controversée 191, mais pas le rôle
de pétro-conseiller.
Il officie parfois, on l’a dit, en tandem avec le
général Jeannou Lacaze. À 76 ans, celui-ci n’est pas
que le conseiller militaire des dictateurs africains,
et une éminence militaire (ancien patron du ser-
vice Action de la DGSE, où le précéda Paul
Aussaresses ; ancien chef d’état-major). Surnommé
le “Sorcier aztèque”, c’est aussi une éminence
parallèle : « Au Congo, Denis Sassou Nguesso
vient d’être intronisé Grand Maître de la Grande
Loge de Brazzaville. Jusqu’à présent, il n’était que
simple maçon, mais un président africain se doit

revenus pétroliers gabonais dans « le renflouement insensé du


Titanic Biderman 187».
90 Congo : pétrole, dette, guerre

d’être seul maître en sa maison. […] “Promotion


normale, diagnostique un frère africain. Sassou
n’est pas un franc-maçon comme les autres : c’est
un dictateur.” Son intronisation s’est faite en pré-
sence d’une délégation française de la GLNF qui
pour rien au monde n’aurait manqué cet événe-
ment. […] Elle dépêchera ses hauts spécialistes de
l’Afrique et du BTP [bâtiment et travaux publics] :
Jean-François Humbert et Pierre Boireau, anciens
dirigeants de chez Bouygues, […] Jeannou Lacaze
[…]. Tous trois membres de la très secrète loge La
Lyre, non numérotée dans l’annuaire de la GLNF,
de peur que des frères encore ingénus ne puissent
en connaître la composition… 192»
Rappelons que le nouveau Grand-Maître venait
de commettre une série de crimes contre l’huma-
nité. Le Grand Orient, obédience rivale de la
GLNF, déclara dans un communiqué : « Les fron-
tières de l’inacceptable ont été franchies au Congo-
Brazzaville. 193»
Le Floch, ainsi chaperonné par Lacaze I, aide
Sassou II à commercialiser la production qui lui est
laissée en partage. Il reprend aussi de vieux gise-
ments qui n’intéressent plus les majors, mais que
l’augmentation des cours rend encore attrac-
tifs 195. De quoi permettre à Sassou d’élargir à son
profit la capacité d’endettement du Congo.

marc rich & glencore


Avec Marc Rich, on change d’échelle. Cela vaut la
peine de retracer brièvement l’itinéraire de ce per-

I. La zone franc est ainsi faite qu’elle implique ce passage par


Paris.
I. « Parmi les multiples protagonistes mis en cause dans l’affaire
François-Xavier Verschave 91

sonnage de toute première importance qui a su,


avec une sorte de génie, “ouvrir” tant de pays à la
grande prédation des matières premières : « Marc
Rich est né Marc Reich en Belgique, en décembre
1934. Fuyant le nazisme, sa famille s’installe aux
États-Unis en 1941. [… Après des débuts] chez
Philipps Brothers, une société de négoce en
matières premières, […] il se lie avec celui qui va
devenir son partenaire de toujours, Pinky Green
[…]. Les deux hommes deviennent vite des traders
de premier plan sur le marché pétrolier […] et
montent leur propre entreprise, Marc Rich & Co.
[…]
« Au début des années 1990, Rich devient très
actif en Russie, un terrain de jeu à sa mesure : […]
il permet toutes les culbutes. Certains traders
racontent que, lors d’une opération légendaire,
Rich a trouvé et acheté du pétrole à 1 % de son
prix ! Marc Rich a vendu son affaire en 1994 (c’est
aujourd’hui le puissant groupe Glencore) et, deux
ans plus tard, il a lancé un nouveau groupe de
négoce, Marc Rich Investments. […] Aujourd’hui
le financier négocie la vente de son groupe à
Crown, une filiale du groupe russe Alfa. 196»
« Marc Rich est l’un des grands concepteurs des
schémas d’utilisation de cash offshore largement
employés par les magnats russes des matières pre-
mières entre 1985 et 1992. Il leur a appris à échap-
per à la tutelle de l’État pour écouler leur pétrole.
Par la suite, ils ont volé [sic] de leurs propres
ailes. 197»
Ces schémas financiers parallèles, Marc Rich les a
rodés en couvrant à lui seul la moitié des besoins
pétroliers du régime sud-africain d’apartheid, placé
92 Congo : pétrole, dette, guerre

sous embargo 198. Avec les savoir-faire de Marc


Rich & Co et de Paribas, partenaire bancaire privi-
légié, quelques décideurs moscovites ont pu brader
des dizaines de millions de tonnes de pétrole russe,
ce qui a creusé d’autant la faillite financière de leur
pays. Ils ont aussi bradé l’arsenal de l’Armée rouge,
les stocks stratégiques d’aluminium et d’engrais,
quantité de diamants, les créances de la Russie, plus
dix milliards de dollars du FMI. La somme des pro-
fits amassés, placés en Suisse puis en d’autres para-
dis fiscaux, avoisine les 500 milliards de dollars.
Proche des ex-Premiers ministres Gaydar et
Tchernomyrdine, Alfa est l’un des grands « groupes
financiaro-industriels » issus de ce geyser. Plusieurs
d’entre eux lorgnent le pétrole africain, à commen-
cer par l’angolais. Dans le golfe de Guinée, les
méthodes de Rich et de ses élèves se sont imposées.
« Sur le marché congolais du spot I, […] Glencore
semble le maître incontesté des traders. 199»
« Le trading du pétrole dans les pays du Golfe de
Guinée s’opère, dans le plus grand secret, entre une
poignée de grands “joueurs”. Ces traders et leurs
banquiers montent de vraies raffineries financières
pour dégager du cash en dollars. […] Le plus puis-
sant trader de la région est Glencore, créé à l’origine
par Marc Rich, toujours lui-même actif sur le brut
africain : il a notamment fourni des cargaisons de
produits pétroliers au Congo-K, en Côte d’Ivoire
et au Cameroun. En Angola, Glencore a travaillé
avec Paribas […], pour, notamment, préfinancer
les achats d’armements de ZTS-Osos (Falcone/
Gaydamak). Indirectement. Au Congo-B,

Elf, directement ou indirectement, on aurait bien du mal à trou-


ver un profane. L’ex-PDG Loïk Le Floch, peut-être… 194»
François-Xavier Verschave 93

Glencore a pour partenaire financier la Société


générale. Sa plus belle opération a été le rachat,
pour 200 millions de dollars, de la créance pétro-
lière d’Agip sur l’État congolais. En contrepartie, le
trader va enlever, selon nos informations, 18 car-
gaisons de brut congolais jusqu’en juin 2003.
L’autre trader de référence dans ce pays est
Trafigura, créé par des anciens de Glencore comme
Claude Dauphin et Alain de Turckeim. 200»
Avec cette citation de La Lettre du Continent, on
assiste presque en direct – dans le sillage de Rich,
l’homme aux marges fabuleuses qui “saigna” le
pétrole russe – à la prédation de l’or noir africain.
Qui peut croire que les opérations pétrolières au
Congo-B et au Cameroun peuvent se faire sans
l’agrément grassement rémunéré de Denis Sassou-
Nguesso et Paul Biya ? Qui peut imaginer que ces
créatures de la Françafrique ne rétribuent pas leurs
créateurs – dont un Sassou, par exemple, demeure
si dépendant ? Dans ce contexte, comment penser
que les Glencore, Paribas, Société générale et
autres Trafigura ne bénéficient pas d’un accès pro-
tégé à la commercialisation du pétrole local, d’une
“rente de situation” ?
Cela n’exclut pas que, en période de tension, les
alléchantes propositions des traders puissent être
avancées comme une alternative au monopole
d’Elf. Ainsi début 1998, lorsque Sassou II discutait
âprement avec Philippe Jaffré le nouveau bail de sa
compagnie : « Le deal est le suivant : soit Elf met
immédiatement sur la table 180 millions de dollars
correspondant non seulement à des cargaisons de
brut mais également à la concession de Moho, soit
Sassou laisse son nouveau conseiller, Élie Khalil,
94 Congo : pétrole, dette, guerre

négocier les cargaisons avec Glencore (Marc


Rich) I, qui est prêt à déposer chez le “patron”…
300 millions de dollars. 201»
Cinq semaines plus tard, comme ça coince avec
Elf, Khalil « se dit toujours prêt, avec Glencore
[…], à enlever une partie des cargaisons de brut
congolais en avançant 300 millions de dollars à
Sassou 202».
Aux États-Unis, Marc Rich faisait jusqu’à récem-
ment figure de délinquant. Mais il s’en est specta-
culairement sorti : « Le jour de son départ, Bill
Clinton a gracié 140 personnes, [… dont] Marc
Rich, 66 ans, ex-roi des matières premières, […]
qui a carotté 48 millions de dollars au fisc, violé la
réglementation américaine sur les prix du pétrole,
commercé avec l’Iran […]. Profitant de l’hospitali-
té helvétique […], il nargue depuis 1983 la police
américaine. Et continue de s’enrichir : sa fortune est
estimée autour d’un milliard de dollars. […]
« Pour convaincre qu’il méritait cette grâce, Rich
a [entre autres cadeaux et recommandations …]
fait intervenir […] l’ancien chef du Mossad,
Shabtai Shavit, […] pour expliquer combien Rich
avait aidé – financièrement s’entend – les services
de renseignement israéliens. […] Rich a la natio-
nalité américaine, israélienne, mais aussi espa-
gnole. [… Il] ne se montre jamais, sauf pour un ou
deux passages éclairs chez les maîtres du monde, à
Davos. 203»
La grâce a fait scandale, le couple Clinton ayant
apparemment obtenu quelques contreparties.
Mais le plus intéressant est l’intervention du

I. Le marché instantané des quantités de pétrole non traitées


après la satisfaction des contrats prédéfinis.
I. Marc Rich a alors vendu Glencore depuis quatre ans, mais il ne
François-Xavier Verschave 95

Mossad (nous le retrouverons à propos de


l’Angola) et « l’hospitalité helvétique ». Par sa filiale
Warburg, l’Union des Banques suisses « a des inté-
rêts dans Glencore 204»…

quelques autres…
Nous ne reviendrons pas sur quelques fauteurs de
dette épinglés précédemment, les Gilbert
Chakoury, Élie Khalil, Pierre Aïm… Ou encore
Antoine Tabet I et Pierre Otto Mbongo. Ces deux
« affairistes de Sassou » ont aussi, selon Olivier
Vallée, ponctionné la Banque internationale du
Congo (BIDC) 206. Le second l’a “plantée” de 100
millions de francs 207 – sa contribution à la ruine
du secteur bancaire.
On ne sait pas, par ailleurs, quels sont ces
« hommes d’affaires libanais » qui, en 1992, étaient
en train de racheter les 350 millions de dollars de
la dette russe, « avec une sérieuse décote 208».
Compte tenu de ce que l’on sait d’une opération
du même genre réalisée par Arcadi Gaydamak sur
la dette angolo-russe II, on craint le pire pour les
finances congolaises.
Signalons seulement, pour clore ce sous-chapitre,
trois cas emblématiques : Jacques Attali, Michel
Dubois, et les mésaventures de Francis Le Penven.
Jacques Attali se verrait bien, lui aussi, en esthète
de la finance. Mais il s’est retrouvé orphelin à la
fois de son maître François Mitterrand et du
marbre de la BERD (Banque européenne de
reconstruction et de développement). Trop immo-

semble pas que cette cession ait eu des effets susceptibles de


marquer les esprits…
I. Antoine Tabet est en relation avec Rafic Hariri, le Premier
96 Congo : pétrole, dette, guerre

deste dans ses besoins et dispersé dans ses ambi-


tions, il s’est retrouvé épinglé dans l’“Angolagate” I,
pour des “études” macro-payées sur le micro-crédit,
via le mirifique Pierre Falcone.
Mais il n’a pas servi que celui-ci. Au Congo, il
s’est posé en intermédiaire d’un autre milliardaire
de la GLNF, Sassou II, boudé par les bailleurs de
fonds européens : « L’ex-conseiller spécial de
François Mitterrand est devenu celui de Sassou II.
Il a un mandat de “conseiller général” (politique,
économie, culture) et est devenu un aficionado du
général-président. […] Il était encore à Brazza [fin
août 1998] accompagné de la belle Ingrid Van
Galen, qui va s’occuper des dossiers “architectu-
raux” du cabinet Attali & Associés. […] Jacques
Attali devait être reçu le 8 septembre […] par
Charles Josselin [… et] doit ensuite se rendre
auprès de la Commission européenne : il a promis
à Sassou de faire débloquer des fonds en faveur du
Congo… 209»
C’est Ingrid Van Galen, conseillère hyperactive
en relations publiques et culturelles, qui avait
introduit Attali à Brazzaville et lui avait obtenu ce
gros contrat de lobbying financier françafricain.
Elle-même affirme avoir touché en sept mois 1,4
million de francs d’honoraires. Elle aurait travaillé
pour Jacques Attali lorsqu’il présidait la BERD,
mais aussi pour Roland Dumas. Du classique,
mais pas très glorieux pour un ancien stratège ély-
séen. Surtout, le néo-prosélyte de Sassou mettait sa
réputation et son carnet d’adresses au service d’un
tyran dont il aurait pu connaître les crimes. Un de

ministre libanais très lié à Jacques Chirac 205.


François-Xavier Verschave 97

ses amis assure qu’il a rompu ce contrat en 1999,


lorsqu’il a découvert la nature du régime. Celui qui
se voulait l’un des hommes les mieux informés de
France aurait eu un trou noir sur la Françafrique ?
Ou a-t-il arrêté, comme le prétend un proche de
Sassou, parce qu’on « ne pouvait plus le payer » 210
(faute de résultat, probablement, le régime étant
alors indéfendable à Bruxelles) ?

Ami de Gnassingbé Eyadema et Omar Bongo,


partisan des dictateurs tchadien, comorien et
congolais, Michel Rocard se découvre lui aussi un
penchant pour la Françafrique. Sans doute sous
l’influence de son “Monsieur Afrique”, Michel
Dubois 211. Celui-ci « a toujours travaillé la mano
en la mano avec des proches de Jacques
Foccart 212». Il a « des entrées multicartes dans
tous les palais du bord de mer du golfe de
Guinée 213». Il a été prêté à Lionel Jospin pour le
scrutin présidentiel de 1995 : « Michel Rocard a
en effet mis tous ses moyens financiers au service
de Lionel Jospin. 214»
Michel Dubois s’est ainsi trouvé idéalement
placé pour s’entremettre dans plusieurs affaires
financières à Brazzaville. Le financier Charles
Robert Pouchet a prêté en 1989 plus de 75 millions
de dollars à Sassou I et peine à se faire rembourser
le solde, 27 millions de dollars, par Sassou II ?
Dubois est son intermédiaire. Les négociations
financières se compliquent-elles entre Elf et
Sassou II ? Dubois est le médiateur tout trouvé 215.

Durant l’été 1998, la justice française a fait saisir


les comptes de trois filiales d’Elf, dans une affaire à
98 Congo : pétrole, dette, guerre

rebondissements : « En septembre 1993, par l’en-


tremise d’une société luxembourgeoise LMC, l’État
brazzavillois obtient de plusieurs banques interna-
tionales un “prêt” de 150 millions de dollars, en
principe destiné à construire des lycées, moderniser
la justice et relancer l’économie. Le prêt est garan-
ti, entre autres, par Elf-Congo [sur des royalties
futures]. Ni les lycéens ni les juges congolais ne
voient la trace de cet argent. À Brazzaville, l’État ne
l’a pas vu passer, mais ne porte pas plainte ! Les
banques non plus, sans doute discrètement rem-
boursées. Seul s’agite l’intermédiaire, le gérant de
LMC, Francis Le Penven, floué de sa commission.
Victime d’intimidations, convoqué par la DST, il
finit pourtant par obtenir un jugement qui
contraint la caution – le groupe Elf – à le dédom-
mager. C’est ainsi qu’on apprend, par des familiers
du dossier, que l’argent du prêt a “abouti chez des
proches de Pascal Lissouba, mais aurait également
servi à financer des campagnes électorales fran-
çaises”. Avec près d’un milliard de francs, on peut
en effet diversifier les “investissements”. Elf, garant
de l’opération, n’en aurait rien su ? 216»
Francis Le Penven nous a décrit les agressions ou
attentats, effectifs ou avortés, qu’il a subis depuis
qu’il a rompu l’omertà sur les courts-circuits fran-
çafricains…

Les banques
Mi-2001, le journaliste Christian Chavagneux se
rend à l’évidence : « On s’en doutait sans oser y
croire. Grâce à un ensemble d’enquêtes menées en
Suisse, au Royaume-Uni et aux États-Unis, les
François-Xavier Verschave 99

preuves sont désormais là : les plus grands noms de


la banque internationale jouent un rôle majeur
dans la circulation mondiale de l’argent sale. 217»
Olivier Vallée 218, qui intervint notamment
comme consultant au Congo, a observé que la
BNP, la Société générale et le Crédit Lyonnais
bénéficiaient « dans leurs filiales de Monte-Carlo
des dépôts des riches Africains ». Le fruit de spo-
liations, pour l’essentiel – d’où le besoin d’un para-
dis fiscal.
Nous nous limiterons dans ce qui suit au rôle de
prêteur joué par trois grands groupes bancaires
français, en commençant par ceux déjà pointés
pour avoir frayé avec Sassou II durant l’année cru-
ciale de 1999 : Paribas et la Société générale. Ces
deux établissements envisageaient de fusionner…
mais Paribas, on le sait, a été finalement croquée
par la BNP I.

paribas & la bnp


Auparavant, lors de son existence “autonome”,
Paribas avait été très liée à un personnage encore
trop peu connu, fanatique de la discrétion des para-
dis fiscaux. Une liaison qui a beaucoup compté.
Dans un rapport confidentiel envoyé à son
ministère, le 26 novembre 1996, l’ambassadeur de
Belgique au Luxembourg explique qu’existe au
Grand-duché « un circuit dans lequel de “l’argent
criminel” est blanchi ». Il passe par la Banque
Continentale du Luxembourg (BCL), ou “Conti”.

II. Voir la deuxième partie de ce livre.


I. Sur lequel nous reviendrons longuement dans la seconde partie
de ce livre.
I. Nous aborderons aussi le cas du Crédit agricole, mais pas celui
du Crédit Lyonnais, faute d’éléments suffisants dans l’exemple
100 Congo : pétrole, dette, guerre

Celle-ci a appartenu conjointement à Paribas et au


groupe Auchi de 1982 à octobre 1994. À cette
date, Paribas a repris les parts de son associé Auchi,
avant de céder le sulfureux établissement en 1996
à une consœur flamande, la Krediet Bank (KB) I.
Selon la note diplomatique belge, « des analystes
financiers au Luxembourg ont l’impression que,
via la “Continentale”, de grandes banques telles
que la […] KB, Paribas, Suez… profitent chacune
à leur tour de ce circuit noir ».
Longtemps copropriétaire de la “Conti”,
Nadhmi Auchi en était aussi l’ingénieur financier.
Ce multimilliardaire irako-britannique partageait
avec Pierre-Philippe Pasqua (le fils de Charles) un
grand ami commun : Étienne Leandri 220, décédé
en 1995. Le trio représentait un capital exception-
nel d’expérience dans les ventes d’armes et leur
financement. Auchi a « fait fortune dans le com-
merce des armes pendant la guerre Iran-Irak,
explique un businessman moyen-oriental installé à
Paris. Les contrats transitaient par la société
Tradinco, rebaptisée plus tard Concepts in
Communication » – la société fétiche de Leandri.
Auchi avait commencé de s’enrichir en construi-
sant des pipelines dans son pays natal, l’Irak, avec
une filiale d’Elf. Puis il est devenu un acrobate de
la finance, un précurseur de la connexion entre
paradis fiscaux. « Ses sociétés sont domiciliées au
Luxembourg et à Panama, ce qui soulage considé-
rablement les démarches administratives… 221»,

congolais. Rappelons toutefois que cette banque, goulue de


paradis fiscaux, a présidé au montage financier de l’exploitation
de Nkossa, qui a suscité des questions gênantes (lire p. 71).
I. Devenue KBC suite à une fusion avec Cera Bank et l’assureur
ABB. La Lettre du Continent 219 nous rassure sur le savoir-faire de
François-Xavier Verschave 101

mais ne l’aide pas à démentir les accusations de


blanchiment dont il est régulièrement l’objet.
Dans une de ses sociétés luxembourgeoises, la Pan
African Invest, Auchi domicilie une filiale d’Elf. Il
est devenu le cinquième actionnaire de la compa-
gnie pétrolière, avec 1 % des parts.
Il a succédé à son mentor, le marchand d’armes
et de matières premières américano-luxembour-
geois Henry Leir, comme “parrain” de la finance
luxembourgeoise et de son navire-amiral, la société
de compensation internationale Clearstream.
Celle-ci a été mise en cause dans le livre
Révélations$, puis par une enquête de la justice
luxembourgeoise. Elle brasserait des milliers de
milliards d’euros non déclarés. Paribas était l’un
des pivots de son conseil d’administration I.
Le rapport de l’ambassadeur belge a suscité une
enquête de l’hebdomadaire bruxellois Le Soir
illustré 222: « Sous “l’ère Auchi”, la Banque conti-
nentale du Luxembourg a accueilli les comptes en
banque de dictateurs notoires : Saddam Hussein,
Bokassa, Houphouët-Boigny, Bourguiba, Kadhafi
et l’inévitable Mobutu. […] Plusieurs holdings de
droit luxembourgeois auraient été créés par un de
ses hommes de confiance […] Jean-Pierre Bemba,
le fils du patron des patrons zaïrois : Saolona
Bemba [aujourd’hui ministre de Kabila]. […] La
tristement célèbre Radio Mille Collines […] était

ce repreneur : la Krediet Bank du Luxembourg était « spécialisée


dans le financement des ventes d’armes triangulaires avec les
firmes françaises ».
I. Les enquêteurs luxembourgeois ont trouvé dans le système
informatique de Clearstream un chemin parallèle relié aux
patrons d’un certain nombre de très grandes banques, leur per-
mettant d’opérer des transactions sans trace comptable. 15 %
des flux annuels de Clearstream auraient transité par ce circuit
102 Congo : pétrole, dette, guerre

financée par des capitaux provenant des comptes


ouverts auprès de la Banque Continentale du
Luxembourg qui possède, soit dit en passant, des
filiales au Zaïre et au Rwanda. […] La Conti
semble donc être le passage obligé, depuis une
quinzaine d’années, d’opérations de blanchiment à
l’échelle internationale. »
Auchi est un relais considérable des réseaux fran-
çafricains. Paribas est fortement engagée dans leurs
acrobaties financières. Elle n’a pas son pareil pour
surendetter les pays en guerre civile, comme le
Congo-Brazzaville ou l’Angola, où le mélange
armes-pétrole domine les flux financiers. Jusqu’à
son absorption en 1999 par la BNP, son action-
naire de référence était… Nadhmi Auchi, avec
7,1 % du capital.

C’est en Russie et en Angola que Paribas a le


mieux aiguisé ses méthodes. Cela lui valu les
élogues du franco-angolais Arcadi Gaydamak, cet
“inventeur” de milliards d’origine russe dont nous
allons beaucoup parler : « Paribas est la principale
banque au monde pour les préfinancements pétro-
liers. 223» Elle a mis en place « une cellule spéciali-
sée […] dans la compensation pétrolière 224». Le
terme de “compensation” couvre un éventail infini
de deals, de trocs, de transferts, impliquant des
quantités physiques ou monétaires. Il s’agit de s’at-
tacher les clients, de répondre aux besoins les plus
pressants, voire aux caprices, d’un émir, d’un
pétrodictateur ou de leurs fondés de pouvoir. Les
envies basiques sont assez monotones : beaucoup
d’argent aisément disponible dans un paradis fis-
cal, les éléments d’un train de vie luxueux (palais,
François-Xavier Verschave 103

villas à l’étranger, jets, flotte automobile…), des


armes pour conserver le pouvoir et ses avantages.
De l’Angola de Dos Santos au Congo du vassal
Sassou II, il n’y a littéralement qu’un pas. Le
second est traité par la même “cellule” de Paribas
qui flamba avec le premier. En 1999 elle dégaina,
on l’a vu, deux financements à décaissement rapide
(plus d’un demi-milliard de francs au total), au
profit de la coalition angolo-sassouiste en plein
nettoyage ethnique. L’habileté des hommes de
Paribas – Guillaume Leenhardt et Jean Talbot,
notamment, avec l’aide du trader Trafigura 225 – a
pallié les scrupules des bailleurs de fonds tradition-
nels et déjoué provisoirement la vigilance des
créanciers. La remontée ultérieure des cours du
pétrole a rendu l’opération encore plus juteuse.
Cela valait bien quelques risques juridiques : fin
2000, « la société Berrebi & Associés, dont le
Tribunal d’Aix-en-Provence a reconnu une créance
congolaise de plus de 27 millions de francs, assigne
la BNP-Paribas, qui a monté d’importants
emprunts adossés à du pétrole en faveur de l’État
congolais 226».
En 1997, la BNP avait adossé 150 millions de
francs de prêts au nom de Pascal Lissouba, sa
femme et sa fille, protégeant ainsi un argent
soustrait frauduleusement au Congo. Comme
disait Le Floch, « l’argent du pétrole est là, il y en
a pour tout le monde ».

société générale
Les profits réalisés par Paribas dans le gavage de
crédits aux pétrodictatures n’ont pas échappé à la
Société générale : elle aussi a voulu faire son foie
104 Congo : pétrole, dette, guerre

gras au Congo. En 1994, de concert avec les finan-


ciers d’Elf, elle emmenait un syndicat de banques
françaises dans un prêt à court terme de 180 mil-
lions de dollars au gouvernement lissoubiste 227.
Début 1999, elle aurait même devancé Paribas
dans la fourniture de “carburant” au rouleau com-
presseur sassouiste, si elle n’avait finalement laissé
l’affaire à cette dernière, qu’elle croyait avoir épou-
sée en justes noces. « Compensation » prévue : 2,8
millions de barils contre 22,8 millions de dollars,
soit 8,2 dollars le baril 228. Beau cadeau !
La Société générale s’est tôt fait connaître du
nouveau régime congolais « grâce aux bons offices
de Charles Robert Pouchet », financier de Sassou I
puis de Sassou II. Sa bonne implantation dans la
pétrofinance angolaise n’a pu que faciliter les
choses. Pour s’approcher encore de la source d’or
noir, elle négociait en 2000 « la reprise de la
Banque internationale du Congo (BIDC) que le
ministre des Finances, Mathias Dzon, connaît bien
pour en avoir été le directeur général 229». Dans la
foulée, elle travaillait avec trois autres banques –
Natexis (groupe Banques populaires), Warburg
(groupe Union des Banques suisses) et West LB –
sur un préfinancement pétrolier de plus de
200 millions de dollars.

cibc & le crédit agricole-indosuez


Les agriculteurs français seraient peut-être surpris
de savoir que les états-majors de leurs caisses
coopératives spéculent en Afrique. Cela a com-
mencé marginalement avec les produits alimen-
taires ou le bois. Mais la « banque verte », étonnée
puis enivrée par sa dimension de « banque mon-
François-Xavier Verschave 105

diale », a pris goût aux jeux capitalistes les plus


hard. Elle s’est éprise de l’héritière des finance-
ments coloniaux, la banque Indosuez, puis en
2000 de la sulfureuse CIBC, la banque préférée des
pétrodictateurs africains. Elle a également récupéré
la Belgolaise, rejeton de la colonisation belge.
En peu de temps, le Crédit agricole s’est imposé
en Suisse comme l’un des leaders de la gestion de
fortunes. On appelle cette activité la “banque pri-
vée”. Elle est présentée par un rapport du Congrès
américain 230 comme l’un des instruments privilé-
giés du blanchiment de l’argent. La Commission
fédérale des banques helvétiques a épinglé le Crédit
agricole-Indosuez à propos des fonds détournés
par feu Sani Abacha, l’ex-dictateur nigérian : c’est
l’un des quatre établissements bancaires « ayant
montré des défaillances plus graves », avec des
« comportements individuels erronés crasses » ! À
lui seul, le Crédit agricole I a planqué plus d’un
milliard de francs 232. Avec la gratitude de Ken
Saro Wiwa, des Ogonis exécutés II, et des 100 mil-
lions de Nigérians escroqués.

caché – de l’ordre de 20 000 milliards de francs, près d’un dixiè-


me du produit intérieur brut (PIB) mondial : le trou noir de la
mondialisation financière. Un “système Elf” à la puissance cent.
I. Le Crédit agricole a aussi de curieuses accointances en Corse –
qu’annexerait volontiers la Corsafrique (les Françafricains origi-
naires de l’île). Le Crédit agricole de Corse est systématiquement
cité « dans toutes les enquêtes sur les organisations criminelles de
l’île, en premier lieu la “Brise de mer” », affirment les Notes du
Réseau Voltaire (01.10.2000). Selon le journaliste Alain Laville 231,
lorsque le président de la Coordination rurale insulaire, Jean
Cardi, a osé demander un audit du Crédit agricole, « il a reçu des
explosifs en retour, puis a été menacé de mort par Jean-Angelo,
l’un des frères Guazzelli, membre présumé de la Brise de mer ».
II. La junte dirigée par le général Abacha a fait pendre le 10
novembre 1995, après une parodie de procès, le célèbre écrivain
non violent Ken Saro Wiwa et huit autres opposants du
Mouvement de survie du peuple ogoni (Mosop) – une commu-
106 Congo : pétrole, dette, guerre

Comme Paribas, le Crédit agricole s’est intéressé


aux montages financiers de la présidence angolaise
avant de venir en aide à l’allié Sassou II. Deux dic-
tatures en guerre civile. Fin 1998, avec l’appui de
l’Élysée, il a monté un préfinancement de 60 mil-
lions de dollars en faveur de Sassou II, basé sur
1 200 000 tonnes de pétrole. L’opération s’est réa-
lisée avec la Banque française de l’Orient, installée
avenue George V… dans le même immeuble que
la Fiba 233. De quoi conforter le régime qui
presque aussitôt, vers Noël 1998, entreprendra la
“solution finale” des résistances sudistes.
Indosuez est une spécialiste de la pétrofinance.
Elle détenait 5,26 % de la Fiba, la banque d’Elf et
Bongo, où elle était représentée par Philippe
Brault. La Fiba se servait d’Indosuez pour l’accès
aux marchés internationaux 234.
En 1996, la Belgolaise a jeté son dévolu sur un
établissement privatisable, l’UCB (Union congo-
laise de banques). En tandem avec la Proparco,
une institution financière filiale de la Caisse fran-
çaise de développement. L’année suivante, la
Belgolaise a été accusée par le président évincé
Pascal Lissouba d’avoir permis à Elf (avec Elf-
Trading et la Fiba) de financer le « complot terro-
riste du général Sassou Nguesso » 235.
Venons en à la CIBC, nouveau fleuron du grou-
pe Crédit agricole. Cette banque “canadienne” tra-
vaille volontiers depuis la Suisse. Comme le magi-
cien de la pétrofinance Jack Sigolet, ex-président de
la Fiba. Celui-ci avoue une sorte d’addiction 236:
« Elf a énormément utilisé la CIBC, pour au moins

nauté ethnique du Sud-Est nigérian sacrifiée au nom de son


pétrole, victime d’une pollution intense et cruellement réprimée
François-Xavier Verschave 107

30 % des préfinancements que j’ai montés. Et il n’y


a pas qu’Elf qui l’utilise, puisque Total a monté
l’an dernier un préfinancement pour l’Angola à la
CIBC, devenue Crédit Agricole International. »
La CIBC a, on l’a vu, permis à Elf d’exfiltrer en
1992 180 millions de pétrodollars camerounais,
dans un dédale de paradis fiscaux. Philippe
Hustache, le directeur financier d’Elf qui a cau-
tionné cette opération, n’est pas seulement devenu
directeur général de Dassault : il est entré au
conseil d’administration du Crédit agricole. Il
serait intéressant de savoir ce qui attire le vendeur
de Mirage chez la banque des agriculteurs, et réci-
proquement.
Quand Elf a obtenu de gérer elle-même la dette
congolaise, la CIBC est bien sûr devenue l’un de
ses relais privilégiés. Un moment impliquée, la
Société générale lui a refilé sa créance. En 1994, la
CIBC détenait 28 % des 3 milliards de francs de la
dette gagée du Congo 237. En 1995, lors du bra-
dage scandaleux par Lissouba des parts de l’État
congolais dans Elf-Congo, les 270 millions
de francs de la vente ont atterri à la CIBC 238. La
Lettre du Continent récapitule cette emprise de la
CIBC au Congo : « La CIBC gère depuis des
années – à la demande d’Elf – la dette gagée pétro-
lière du pays. À chaque fois que les dirigeants
congolais ont eu quelques soucis de liquidités, Elf
a demandé à la CIBC d’avancer “l’argent frais”,
qui sera par la suite remboursé sur les propres rede-
vances pétrolières de la compagnie. À la fin 1994,
la CIBC gérait ainsi près de 100 milliards de
francs CFA [1 milliard de francs] de prêts sur la
dette gagée pétrolière et remboursait chaque mois
108 Congo : pétrole, dette, guerre

sur les redevances de nombreux prêts, dont 2,2


milliards francs CFA à l’entrepreneur Tabet pour
la construction de la route de Mayumba et, tous les
six mois, 6,5 milliards au même Tabet (de juin
1994 à juillet 1999) pour d’autres infrastructures
routières (ce dernier prêt aurait été remboursé par
anticipation […]). Elf a par ailleurs avancé en
1993 150 millions de dollars à la trésorerie congo-
laise – sur les futures productions du gisement de
Nkossa […] – par l’intermédiaire de la CIBC. En
septembre 1994, la compagnie pétrolière française
a […] réaménagé – sous la haute main de Jack
Sigolet […] – la dette gagée pétrolière congolaise
en “montant” trois prêts […], [dont un de] 185
millions de francs auprès de la… CIBC. Décidé-
ment, une banque incontournable. Seuls les mau-
vais esprits et les banques concurrentes font perfi-
dement remarquer que l’anagramme de CIBC est
BCCI… I » 239
Mais quelle mouche a piqué le Crédit agricole,
pour avoir eu ainsi envie de se doper à la CIBC ?
Peut-être a-t-il pris goût à la gestion exotique des
fortunes en devenant le principal actionnaire du
Crédit foncier de Monaco, la banque des
Feliciaggi II, Sirven et Cie ?

(2 000 tués entre 1990 et 1995). Cette exécution avait mis la


junte au ban du Commonwealth – et l’avait du coup rapprochée
de la Françafrique.
I. Sur cette narco-banque, lire p. 87-88.
II. Le Crédit foncier de Monaco hébergeait une série de comptes
de la SED (Société d’Études pour le Développement), contrôlée
par les Feliciaggi et Tomi. Jusqu’en 1999, la SED était détenue à
65 % par le CIAT (Comptoir international d’achat et de transit
Afrique export), managé par Toussaint Luciani. De 1985 à 1994,
l’un des principaux actionnaires du CIAT a été André Janot, pré-
sident du Crédit agricole mutuel du Cantal. La banque du CIAT
était la Fiba. Jusqu’en juillet 2000, la SED avait la même adresse
parisienne (34, rue des Bourdonnais) qu’Agricongo – chouchou
François-Xavier Verschave 109

4. Paris complice
La France des “décideurs” est et reste indissociable
de TotalFinaElf. Visé lui aussi par les enquêtes des
magistrats financiers Joly et Vichnievsky alors qu’il
était encore président du Congo, Pascal Lissouba se
serait rebiffé : « Si je suis impliqué officiellement, je
ferai des révélations fracassantes qui ne manque-
ront pas d’avoir de graves répercussions intérieures
françaises. 240» Dans l’affaire du “prêt” de 150 mil-
lions de dollars échafaudé en 1993 par la société
luxembourgeoise LMC I, garanti par Elf-Congo et
très largement évaporé, le dossier conduit entre
autres au financement de campagnes électorales
françaises. À notre connaissance, l’État congolais
non plus n’a pas porté plainte dans ce dossier pré-
cis. Il s’agit pourtant de la période Lissouba.
Son ministre des Finances, Moungounga Nguila,
est considéré par les connaisseurs comme le princi-
pal bénéficiaire, sur cette période, de l’égarement
d’une partie de l’argent du pétrole et de la dette –
avec la maîtresse femme de la présidence, Claudine
Munari, et le ministre des Hydrocarbures, Benoît
Koukébéné. Trois banquiers consultés séparément
par un spécialiste sont arrivés à la même estimation
du magot : de l’ordre de 400 millions de dollars (3
milliards de francs). Ce genre d’évaluation n’a évi-
demment aucune valeur probante II. Mais on obser-

d’Elf, de Denis Sassou Nguesso, d’Omar Bongo et de l’Agence


française de développement.
I. Lire p. 98.
II. Relevons seulement un premier aveu : « interrogé par [le juge
suisse] Perraudin, Nguila Moungounga-Kombo a admis avoir
reçu, sur un compte de la Banque du Gothard, […] 10 millions de
francs provenant de Finego Business… », un compte au Crédit
foncier de Monaco sur lequel ont transité plus de 100 millions de
francs et qu’il pouvait « actionner » à l’instar d’Alfred Sirven 241.
110 Congo : pétrole, dette, guerre

vera quand même que, après le putsch de Sassou, le


Président et le Premier ministre du Congo, Pascal
Lissouba et Bernard Kolelas, ont été interdits de
séjour en France, tandis que Moungounga Nguila
et Claudine Munari y évoluaient à l’aise. Le premier
a des bureaux près de l’Étoile. La seconde a rallié le
nouveau régime.
Avant la présidentielle française de 1995, un ami
du ministre Moungounga « a présenté une créance
bancaire de 7 milliards de francs CFA [70 millions
de francs] », relate Olivier Vallée 242. « Le règle-
ment de cette créance, présentée vaguement
comme destinée à des créanciers ordinaires du
Trésor, aurait été affecté partiellement aux frais de
campagne d’un candidat aux présidentielles fran-
çaises… »
En 1989 déjà, le Conseil des investisseurs fran-
çais en Afrique noire (CIAN) faisait pression pour
de nouveaux concours de la France : 250 millions
de francs de prêts et 150 millions de francs de
dons. Il faisait état de 600 millions de francs d’im-
payés congolais envers les membres de leur
club 243. Autrement dit, ceux qui avaient bénéficié
de contrats le plus souvent largement surévalués et
commissionnés s’apprêtaient à se faire rembourser
les deux tiers de leurs créances par les contribuables
français, tout en accroissant de 250 millions la
dette du Congo. À Paris, les décideurs politiques
de ce genre de bonne action savent qu’ils n’ont pas
affaire à des ingrats.

Soulignons aussi que l’argent expatrié dans des banques occi-


dentales n’est plus forcément très disponible. Après le renverse-
ment du régime Lissouba et l’éviction de son ministre
Moungounga, les banques ont pu “déclasser” les sommes en
question, exigeant des formalités plus rigoureuses avant tout
retrait ou transfert. Tels des galions échoués avec leur trésor, ces
François-Xavier Verschave 111

À Brazzaville aussi il fallait arroser pour accélérer


le pillage des biens publics. L’un des proches de
Pierre Otto Mbongo a expliqué à la Conférence
nationale souveraine « le système de répartition des
commissions versées par des entreprises étrangères
lors de rachat d’entreprises d’État congo-
laises… 244».
Tout se mêle à la fin, en une partouze financière
entre corrupteurs et corrompus, décideurs poli-
tiques et économiques, voire militaires, français et
congolais. Un député gaulliste, informateur de
deux journalistes du Canard enchaîné, leur expli-
quait que les fausses factures du RPR parisien (des
milliards de francs I) font de fréquents détours par
le Congo. L’auteur présumé de certains de ces
documents de complaisance, l’entrepreneur
Francis Poullain, s’y rendait volontiers en compa-
gnie de Philippe Jehanne II, bras droit de Michel
Roussin à la Coopération 245. Dans une ambiance
très fraternelle : la plupart des invités à ce genre
d’agapes appartiennent à la Grande Loge
Nationale Française (GLNF).
En permanence, un banquier public, l’Agence
française de développement (AFD, ex-CFD, ex-
CCCE III), est “pressé” de prêter de nouveau, de

comptes en suspens suscitent toutes les convoitises.


I. Entre 2 et 5 % des marchés publics de Paris et de l’Île-de-
France, sur deux décennies.
II. Philippe Jehanne, de la Direction générale de la sécurité exté-
rieure (DGSE), opérait dans les champs politique, économique et
militaire, tout comme Michel Roussin, ancien n° 2 de la Piscine,
devenu le représentant des patrons français en Afrique et le vice-
président du groupe Bolloré ; de même André Tarallo, Jack
Sigolet ou Pierre-Yves Gilleron, impliqués dans des trafics
d’armes. Le général Sassou opère également dans ces trois
domaines, comme nombre d’officiers et chefs miliciens congolais.
112 Congo : pétrole, dette, guerre

creuser le puits d’une dette sans fond, presque


entièrement infondée.
« Au printemps 1998, c’est par l’intermédiaire
de Michel Dubois, le “Monsieur Afrique” de
Michel Rocard, qu’Elf a négocié ses retrouvailles
avec Sassou : la compagnie proposait de décaisser
310 millions de dollars, et d’obtenir un nouveau
rééchelonnement de la dette du pays. Autrement
dit, Elf ajoutait de l’argent public dans la balance :
le coût financier de ce rééchelonnement, compté
une fois de plus en “aide au développement”. Elf
est abonnée aux guichets publics. En 1995, la
Caisse française de développement a prêté 440
millions de francs à Elf-Congo. Une filiale qui, on
l’a vu, est prête à cautionner n’importe quoi. 246»
On le sait maintenant, la très opaque Banque
française intercontinentale (Fiba), les société gene-
voises d’Elf, les comptes suisses d’Alfred Sirven (au
moins 3 milliards de francs), André Tarallo, Jack
Sigolet, etc. ont arrosé un très large spectre de la
classe politique française I, achetant son silence sur
la criminalité françafricaine. La Fiba, admettent
Les Échos 247, c’était « une sorte de tiroir-caisse qui
permet des mouvements de fonds, souvent en
liquide, à coups de valises bourrées de billets, entre
la France, le Gabon, le Congo et la Suisse ».
Cela peut expliquer deux événements décisifs de
l’histoire récente du Congo : d’une part, de juin à
octobre 1997, le soutien politico-militaire de la
France au renversement de la démocratie constitu-
tionnelle et à la restauration de Denis Sassou
Nguesso avec le concours des Angolais II ; d’autre

III. Le mot « Caisse » du « C » initial évoquait-il trop les « caisses


noires » ?
I. Au minimum par la rémunération d’emplois fictifs (parents,
François-Xavier Verschave 113

part, en 1999, le « noir silence », le blanc-seing et


même l’appui (diplomatique, financier, militaire,
barbouzard, comme lors du génocide au Rwanda)
à un “nettoyage ethnique” d’une rare sauvagerie, à
une série de crimes contre l’humanité achevant de
terroriser un pays rétif.
Cela n’a pu se faire qu’avec la complaisance inter-
nationale : « Le lobby pétrolier de Washington suit
le présumé “homme fort”. “Les États-Unis nous ont
abandonnés, a répété […] l’ex-Premier ministre
Kolelas. L’abandon de Lissouba par les Américains
est comme un permis de tuer accordé à Sassou. Une
fois qu’il a commencé de tuer, il ne peut plus s’ar-
rêter car il sait qu’il a tué beaucoup d’innocents et
que, si jamais il s’arrêtait, la vengeance s’exercerait
contre lui.”
« Quant au Secrétaire général des Nations unies,
Kofi Annan, il confie à un ami diplomate qu’il ne
peut rien faire pour ce pays : “Le problème congo-
lais, c’est la France”, membre permanent du
Conseil de sécurité, avec droit de veto. L’Élysée,
Elf et l’état-major ont donc eu quartier libre dans
leur pré carré. 248»
Ainsi atteignit-on l’apogée d’un quart de siècle
de criminalité pétrofinancière françafricaine. Dans
ce contexte, ce n’est pas le Congo qui a une dette
vis-à-vis de la France, c’est la France qui, un jour,
devra payer la reconstruction d’un Congo qu’elle a
détruit.

« Criminalité » ? Quel gros mot, objectera le lec-


teur, et si peu fondé. À ce stade, il nous faut citer
un raisonnement développé par l’économiste
François Lille. Il part du naufrage de l’Erika, mais
114 Congo : pétrole, dette, guerre

sa perspective est beaucoup plus vaste I. Il constate


l’irresponsabilité organisée, systématique, toujours
plus sophistiquée, du transport maritime : pour
envoyer une cargaison de France en Italie, l’affré-
teur TotalFinaElf « a activé Total-Bahamas (qui est
en réalité à Londres) qui, par un courtier maritime
londonien et un autre courtier vénitien, trouve en
Suisse un bateau maltais dont dispose une société-
écran bahaméenne appartenant (?) à un trust ber-
mudien géré par une officine panaméenne, […]
etc. etc. 250». Le seul objectif est une fuite en avant
dans la surexploitation du travail et le mépris de
l’environnement. « Ce “capitalisme de casino”
conduit tout naturellement aux activités propre-
ment criminelles : blanchiment, naufrages pour
l’assurance, abandons frauduleux de navires et
d’équipages, trafics en tous genres.
« La participation constante des professions juri-
diques et financières à ces montages assure la léga-
lité ou la “non-illégalité” de chaque pièce du puzz-
le. Mais la non-illégalité de chaque pièce ne pré-
juge pas plus de la légitimité de l’ensemble que
l’innocuité individuelle des constituants d’une
mitrailleuse ne l’empêche d’être une machine à
tuer. Condamner un type de société, de pavillon
[de complaisance], de paradis, peut être nécessaire,
mais est de peu d’effet durable dans un monde
aussi mobile. […]
« Il faudra donc en arriver à incriminer ces pra-
tiques en elles-mêmes, par delà leurs applications
multiples et variées. […] Nous sommes devant un

amis, ou collaborateurs).
II. Lire p. 51-52.
I. C’est celle de l’association Bien public à l’échelle mondiale, ini-
tiée par Survie et que préside François Lille. Ancien marin, il est
François-Xavier Verschave 115

système permanent permettant des montages cir-


constanciels, selon quelques principes simples d’or-
ganisation, et dont l’intention est inscrite dans ces
principes mêmes : échapper aux lois sociales, aux
lois fiscales, aux règles de sécurité, aux lois pénales
enfin, des pays réels des divers acteurs et des pays
(virtuels) d’accueil offshore. Échapper aussi et ainsi
aux conventions internationales, ratifiées ou non
par ces pays, […] aux conséquences civiles et
pénales éventuelles des actions entreprises.
« L’intention est donc implicite dans le système
général, […] explicitement renouvelée dans cha-
cune de ses applications particulières. On est de ce
fait fondé à s’appuyer sur le concept de “participa-
tion à groupe criminel organisé”, au sens où le
définit la future Convention des Nations unies
contre la criminalité transnationale organisée, dite
Convention de Palerme I. […] Il en résulterait que
chaque montage engagerait la responsabilité soli-
daire de ses acteurs, à commencer par le donneur
d’ordre principal. […] Il ne […] manque […] que
la qualification des types d’infractions graves dont
l’intention avérée conférerait son caractère cri-
minel à l’association. […]
« Il suffirait de reconnaître que le principe géné-
ral de ces organisations et pratiques interlopes est
la négation des droits humains les plus fondamen-

aussi l’auteur de Pourquoi l’Erika a coulé 249 et de contributions


sur les paradis fiscaux pour le comité scientifique d’Attac.
I. « L’expression “groupe criminel organisé” désigne un groupe
structuré de trois personnes ou plus existant depuis un certain
temps et agissant de concert dans le but de commettre une ou
plusieurs infractions graves […] pour en tirer, directement ou
indirectement, un avantage financier ou un autre avantage maté-
riel. […] L’expression “groupe structuré” désigne un groupe qui
ne s’est pas constitué par hasard pour commettre immédiate-
ment une infraction et qui n’a pas nécessairement de rôles for-
mellement établis pour ses membres, de continuité dans sa com-
position ou de structure élaborée. » (Article 2)
116 Congo : pétrole, dette, guerre

taux, obtenue en neutralisant en priorité les lois


nationales et internationales garantissant égalité,
liberté et dignité humaines. »
Il est tout à fait clair que ce sont ces types de pra-
tiques et de groupes qui ont creusé la dette du
Congo, que cela a provoqué sciemment une série
d’« infractions graves », et relève donc de la crimi-
nalité transnationale organisée. Il s’en suit que les
donneurs d’ordre, économiques et politiques, sont
solidaires des intermédiaires et des exécutants.
Angola : pétrole,
guerre, dette 1

C ’est apparu maintes fois au fil des pages


précédentes : le sort politique du Congo-
Brazzaville, son pétrole et donc sa dette sont de
plus en plus dépendants de ceux d’un État voisin
plus grand, plus peuplé et mieux doté, l’Angola.
Nous compléterons donc cet aperçu du contexte
criminel de la dette congolaise par une plongée
dans l’histoire contemporaine de l’Angola. Ce
pays est lui aussi très endetté, payant les armes
d’une guerre civile qui le met à la torture depuis
1975, entretenue par le pétrole et les pétroliers
(plus les diamants et les diamantaires).
Notre incursion dans ce paysage se fera pour
l’essentiel à travers l’itinéraire de deux associés,
Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak. La justice
française les a placés sous les feux de l’actualité, au
cœur de ce que l’on appelle l’“Angolagate” ; au
cœur aussi des dérives que nous dénonçons dans
ce dossier.
Pierre Falcone a été incarcéré en décembre
2000. Arcadi Gaydamak fait l’objet d’un mandat
d’arrêt international. Tous deux appartiennent à
la Grande Loge nationale française (GLNF). Gay-
damak en est un « haut gradé 2». Il a gagné jus-
qu’ici tous ses procès en diffamation I, et obtenu

I. Il me fait aussi un procès pour Noir silence, ce qui m’a conduit


à développer une abondante documentation.
118 Angola : pétrole, guerre, dette

de l’état-major de TF1 (GLNF I) un plaidoyer au


journal de 20 heures. Ce milliardaire d’origine
russe, qui possède quatre passeports (français, is-
raélien, canadien et angolais) 4, se prétend persé-
cuté par le fisc et les juges parisiens. Il a été décoré
de l’Ordre national du mérite par le préfet Mar-
chiani pour son aide dans la libération des pilotes
français en Serbie II – « à la grande fureur de la
DGSE et de la DRM [Direction du Renseigne-
ment militaire] qui avaient préparé de leur côté
une action, sans contrepartie… 6».
Qui sont donc et qu’ont fait ces personnages si
controversés ?

I. Le PDG Patrick Le Lay a été promu au plus haut degré, le 33e,


sitôt son initiation. Son état-major est presque exclusivement
composé de frères de la même obédience 3.
II. « Une breloque prise sur le contingent personnel du président
de la République Jacques Chirac. 5»
François-Xavier Verschave 119

5. Douteuses connexions d’une


pétrodictature

Depuis l’indépendance angolaise en 1975, Fran-


çais et Américains ont, grosso modo, partagé la
même stratégie. Pendant quinze ans, avec le ré-
gime sud-africain d’apartheid, ils ont nettement
soutenu les rebelles de l’Unita, contre Cuba et
l’URSS ; avec la chute du mur de Berlin, la fin de
l’apartheid et le boom pétrolier, ils se sont mis à
armer aussi le gouvernement de Luanda, puis à
miser sur sa victoire dans l’interminable guerre ci-
vile qui déchire le pays. Fin 1999, TotalFinaElf et
les majors américaines se partagent l’essentiel des
énormes gisements de pétrole sous-marin.
Mais justement, la différence est éclairante entre
les méthodes des uns et des autres. Le régime an-
golais avait deux ennemis, Washington et Paris,
qui sont devenus ses associés. Pourquoi s’est-il
trouvé beaucoup plus en phase avec le second ? La
réponse tient à la spécificité des réseaux françafri-
cains de corruption, dont l’imagination a été cette
fois jusqu’à se brancher sur l’argent russe. Non
que les Américains ne corrompent pas, mais ils ne
procèdent pas de manière aussi “intime”, ils sont
incapables du “paternalisme à la française”. Plus
brutales et agressives, leurs méthodes sont du coup
plus visibles et plus facilement répudiables.

La “sale guerre”
Rappelons à grands traits l’histoire récente, com-
plexe, d’un pays qui a la malchance d’être trop
riche en pétrole et en diamants 7. En 1975, trois
La dette en Angola

En 1999, la dette publique extérieure de


l’Angola s’élevait à près de 79 milliards de
francs, le service de la dette représentant
13,4 % de son produit national brut et
21,4 % de ses exportations de biens et ser-
vices. Les créances publiques détenues par la
France sur l’Angola – créances d’aide
publique au développement mais surtout
créances publiques d’origine commerciale –
s’élèvent à plus de 5 milliards de francs.
L’Angola faisait à l’origine partie des 41 pays
considérés comme éligibles à l’initiative Pays
pauvres très endettés (PPTE), lancée en 1996
et confiée par les pays riches aux bons soins
de la Banque mondiale et du FMI. Mais
selon de savants calculs, il se retrouve désor-
mais classé dans les pays qui « n’atteignent
pas les critères d’endettement » nécessaires
pour bénéficier d’allégements de dette par-
ticuliers. L’Angola est 146e sur 162 à l’indi-
ce de développement humain du
Programme des Nations Unies pour le
Développement. L’absence de chiffres précis
en raison d’un contexte troublé ne peut
occulter la situation sanitaire et sociale pré-
occupante dans laquelle se trouve le pays.
Sources : Rapport sur les activités du Fonds moné-
taire international et de la Banque mondiale 2001,
Gouvernement français, 2001 ; Rapport sur le
développement humain, PNUD, 2001.
François-Xavier Verschave 121

mouvements indépendantistes luttent pour


prendre le pouvoir laissé par le Portugal, où la “ré-
volution des œillets” tourne la page des longues
guerres de décolonisation : le FNLA (Front natio-
nal de libération de l’Angola) de Roberto Holden,
le MPLA (Mouvement populaire pour la libéra-
tion de l’Angola) d’Agostinho Neto et l’Unita
(Union pour l’indépendance totale de l’Angola)
de Jonas Savimbi. Le second conquiert de justesse
Luanda contre le premier, qui ne se remettra pas
de son échec.
D’inspiration marxiste, le MPLA a une base
étroite, l’élite urbanisée d’une très ancienne colo-
nie. Il obtient très vite le renfort du “camp pro-
gressiste” : contingents cubains, argent soviétique.
Savimbi, de son côté, recrute à l’intérieur du pays.
Il entreprend une guerre de harcèlement sur un
schéma maoïste. Ce qui ne l’empêche pas d’être
fortement soutenu par le camp occidental, États-
Unis en tête, suivis de la France, du Zaïre mobu-
tiste et de l’Afrique du Sud – puisque le MPLA
participe au front anti-apartheid.
Ces quatre pays, plus Cuba, la Russie, l’ancien-
ne métropole portugaise et les milieux d’affaires
brésiliens, cela fait au moins huit sources perma-
nentes d’ingérence. De quoi relancer indéfiniment
la guerre entre MPLA et Unita – une lutte à mort
pour le pouvoir. Les horreurs vont s’enchaîner, se
répondre : civils massacrés, campagnes ravagées et
minées, mutilés innombrables, villes assiégées et
affamées. Bref, une guerre effroyable. Payée par
l’argent du pétrole offshore et des diamants –
parmi les plus beaux du monde. Deux matières
premières faciles à écouler, éminemment corrup-
122 Angola : pétrole, guerre, dette

trices. Les dividendes de l’or noir vont plutôt au


MPLA, tandis que l’Unita contrôle de riches
zones diamantifères. Mais il existe des croisements
financiers souterrains, affaires obligent : les com-
pagnies pétrolières et la De Beers ont fricoté avec
les deux camps. Côté Unita, il y a une seule caisse,
celle du chef totalitaire, qui purge régulièrement
son entourage. Côté MPLA, la corruption s’ins-
talle. Elle va croître démesurément avec les décou-
vertes des immenses champs de pétrole au large
des côtes.
L’on vérifie encore que les guerres civiles trop
prolongées ont de profonds effets mimétiques :
plus que d’autres, ces guerres grouillent de salope-
ries ; sur un quart de siècle, seuls les “salauds”, ou
ceux qui le deviennent, peuvent encore s’accro-
cher aux manettes ; les idéalistes, les humanistes,
et jusqu’aux gens “normaux” sont éliminés ou re-
légués. Savimbi impose sa conception para-
noïaque du pouvoir et une stratégie de guérilla à
la vietnamienne, terriblement coûteuse pour la
population rurale et, plus tard, pour les habitants
des villes encerclées.
Son adversaire le MPLA n’a, bien sûr, plus rien
de progressiste. Il s’acoquine avec le trader Marc
Rich, le plus important peut-être des “briseurs de
boycott” qui approvisionnèrent le régime sud-afri-
cain d’apartheid 8. Ou il recourt à la firme merce-
naire Executive Outcomes, dirigée par un ancien
responsable des services spéciaux de l’apartheid. À
Luanda, le pactole pétrolier et la police politique
sont les deux obsessions du pouvoir. L’économie
de guerre va très bien à ses occupants : le Président,
son entourage, et quelques généraux influents.
François-Xavier Verschave 123

Leur luxe contraste avec la misère du pays, jusque


dans la capitale pourtant épargnée par la guerre.
Trois enfants sur dix n’atteignent pas cinq ans.
« Bien que l’Angola soit potentiellement l’un
des pays les plus riches d’Afrique (richesses mi-
nières et pétrole), sur onze millions d’habitants,
moins de 50 000 Angolais vivent plus ou moins
selon les standards occidentaux. La guerre absorbe
40 % du budget de l’État ; la production agricole
ne couvre plus les besoins alors qu’avant l’indé-
pendance l’Angola était exportateur net de pro-
duits agricoles. Le tissu industriel, le second
d’Afrique avant 1975, est en ruines. 9»
C’est dans ce contexte qu’ont échoué deux ac-
cords de paix successifs, conclus sous les auspices
des Nations unies avec un triple parrainage : Por-
tugal, États-Unis, Russie. En 1991 sont signés à
Lisbonne les accords dits de Bicesse, qui prévoient
la tenue d’élections libres en septembre 1992.
Eduardo Dos Santos, le successeur de Neto à la
tête du MPLA, devance Jonas Savimbi dans un
scrutin présidentiel très serré et contesté. Le se-
cond reprend le maquis. Le MPLA lance dans
Luanda une chasse à l’homme où périssent deux
mille cadres et militants de l’Unita.
En 1994, un nouveau protocole de paix est
signé à Lusaka, la capitale zambienne. Il tente
d’aménager un gouvernement d’unité nationale :
Savimbi reçoit le statut de chef de l’opposition,
l’Unita envoie 70 parlementaires à l’Assemblée.
Mais la méfiance réciproque est devenue insur-
montable, les enjeux de pouvoir et d’argent trop
énormes. La police politique du régime, qui pour-
suit ses basses œuvres, bouche les perspectives. En
124 Angola : pétrole, guerre, dette

face, Savimbi entretient sa machine de guerre, en


autocrate impitoyable. Il esquive les mesures de
désarmement, et ne se décide pas à gagner Luan-
da. La paix pourrit sur pied. Les marchands
d’armes sont aux anges. L’Organisation des Na-
tions unies (ONU) quitte le pays. Les trois “par-
rains de la paix” choisissent de soutenir à fond le
régime Dos Santos dans son option de guerre to-
tale. Ils tiennent pour négligeable le Manifeste
pour la paix signé courageusement par des repré-
sentants de la société civile angolaise I : ceux-ci
prônent des négociations plutôt que le passage en
force, ils doutent qu’une victoire militaire, ou
même l’élimination de Savimbi, puissent apaiser le
pays. Paris, non sans un reste de double jeu, ap-
porte son soutien à l’offensive “finale”.

Pétrole & Françafrique


Comment Elf et la France se sont-elles insinuées
dans ce jeu mortifère ? Dès 1976, le président Gis-
card d’Estaing demande au patron du Sdece,
Alexandre de Marenches, de fournir l’Unita en
armes et en instructeurs (une trentaine), parallèle-
ment à la CIA (Central Intelligence Agency). Bob
Denard est de la partie. En 1981, Mitterrand or-
donne la cessation du soutien français. Le Sdece,
devenu DGSE, est relayé par les Services maro-
cains et sénégalais. Elf paie. Mitterrand change

I. Il leur faut du courage en effet, au vu du sort réservé aux


contestataires. La situation des prisonniers politiques est innom-
mable, comme le rapporte le journaliste Raphael Marques, incar-
céré pour ses critiques du régime. Un prisonnier avec lequel il
jouait habituellement aux cartes a dû dormir pendant trois jours
dans une cellule sans fenêtres au milieu des corps de trois déte-
nus décédés 10.
François-Xavier Verschave 125

bientôt d’avis : la DGSE peut reprendre une aide


directe 11. À Paris, le lobby pro-Unita est alors au
zénith : on y trouve les héritiers libéraux de Gis-
card – François Léotard, Gérard Longuet, Claude
Goasguen, Jean-Pierre Binet (beau-frère de Vin-
cent Bolloré) –, mais aussi des Chiraquiens comme
Jacques Toubon. En Afrique, les Hassan II, Hou-
phouët, Eyadema et Compaoré sont du même
bord. Chez Elf, on a partagé les rôles : Alfred Sir-
ven côté Unita, André Tarallo côté MPLA.
Parallèlement au soutien à l’Unita, Paris ne
manquait pas de fournir au MPLA des armes coû-
teuses : des hélicoptères, par exemple, livrés en
1985, vite détruits pour la plupart par l’aviation
sud-africaine. En 1987, Paris contribue au sauve-
tage financier de ce bon client, d’autant que se
profile la fourniture d’une couverture radar par
Thomson. En 1989, le ministre angolais de la Dé-
fense négocie avec Aérospatiale l’achat d’hélico-
ptères et d’artillerie pour un montant de 2
milliards de francs 12.
Le vent tourne en faveur des dirigeants de
Luanda (MPLA). Leur allié Denis Sassou Ngues-
so, provisoirement écarté du pouvoir, facilite le
glissement des préférences françaises. Son ami
Charlie Feliciaggi s’insinue dans les circuits d’ap-
provisionnement de la Garde présidentielle, et le
Franco-Brésilien Pierre Falcone dans ceux de l’ar-
mée. Le milliardaire Arcadi Gaydamak acquiert la
nationalité angolaise, devenant même « conseiller
aux Affaires étrangères 13». Ces trois-là consti-
tuent, avec Jean-Charles Marchiani et André Ta-
rallo, une tête de pont pasquaïenne en Angola. Au
printemps 1994, Dos Santos ne cache plus son
126 Angola : pétrole, guerre, dette

attirance pour le ministre de l’Intérieur de


l’époque, qu’il invite à Luanda 14.
Cela n’empêche pas les bonnes manières à
l’égard de Jacques Chirac : son ami Sassou l’a rap-
proché d’Eduardo Dos Santos. Loin des côtes et
de la guerre, les découvertes pétrolières se succè-
dent dans les eaux angolaises. Chance ? Talent ?
Savoir-faire ? Elf est très souvent en pole position.
Elle décroche le prodigieux bloc 17 I.
L’habitude est prise cependant de partager les
risques, y compris politiques, en croisant les parti-
cipations entre grandes compagnies. Il faut inves-
tir en effet quelque 300 milliards de francs pour
faire de l’Angola le premier producteur africain,
avec près de 120 millions de tonnes par an en
2005, et une recette annuelle qui pourrait dépas-
ser les 100 milliards de francs. Dont environ un
tiers pour TotalFinaElf.
Négociés en 1999, les trois blocs en eau ultra-
profonde 31, 32 et 33 renfermeraient les plus
vastes réserves mondiales encore inexploitées. Elf a
été désignée comme l’opérateur principal du bloc
32, BP-Amoco est chef de file sur le 31, Exxon sur
le 33.

L’argent de la guerre & de la corruption


Elf est associée à une société suisse, Pro-Dev, diri-
gée par un homme d’affaires syrien. Celle-ci a servi
d’intermédiaire pour d’importantes livraisons
d’armes au Moyen-Orient. Elle aurait fait de
même en Angola – ses 15 % dans le bloc 32 garan-

I. Ses réserves sont estimées à 600 millions de tonnes, quarante


fois la production annuelle de tout le Congo-Brazzaville.
François-Xavier Verschave 127

tissant la transaction. Les responsables d’Elf affir-


ment ne rien savoir sur Pro-Dev… Évidemment :
c’est un pétrolier de raccroc. Tout comme Pierre
Falcone, dont la société Falcon Oil & Gas s’est
mise à jouer dans la cour des grands : elle a obtenu
10 % dans le bloc 33. Levdan, une grosse société
de mercenariat israélienne, en a obtenu la moi-
tié 15. Ainsi, 15 % de l’exploitation future de l’une
des zones les plus riches en pétrole de la planète est
gagée dans la fourniture de biens et services de
guerre. Quel destin pour le peuple angolais !
Tant de pétrole autorise des prêts considérables.
L’argent se partage pour l’essentiel entre les for-
tunes privées, les dépenses de luxe, les achats
d’armes ou de fournitures pour l’armée angolaise I.
Les commissions sur ces importations publiques
sont de l’ordre de 40 à 50 %. Elles s’ajoutent aux
droits d’entrée, ou “bonus”, obtenus par le clan au
pouvoir : un milliard de dollars pour les seuls blocs
31 à 33 17 ! Ce paiement de “bonus” hors budget,
« c’est comme payer des gangsters pour obtenir un
service », s’indigne un observateur 18. Sans parler
de la part des ventes courantes de pétrole qui ali-
mente directement les comptes présidentiels. « Les
dirigeants angolais participent à un “vol légal”. 19»
Leur peuple est littéralement déshérité.
Dans Politique africaine, Christine Messiant, du
Centre national de la recherche scientifique
(CNRS), dénonce « le “culte de la personnalité” »,
« la privatisation du “bien public” au profit de la

I. La Compagnie angolaise de distribution alimentaire (CADA),


basée aux Îles Vierges, a obtenu un contrat de 720 millions de
dollars pour nourrir les Forces armées angolaises. Le président
Dos Santos a pris le contrôle de la CADA juste avant la relance de
la guerre civile, fin 1998… 16
128 Angola : pétrole, guerre, dette

nomenklatura du parti-État », le renforcement de


« la prédation sur le pétrole », « un ordre sécuritaire
entretenant la peur », l’opacité « dans tous les
comptes cruciaux », « les délits économiques ma-
jeurs », la continuation des « grands trafics, notam-
ment de devises et de diamants », « les plus
grandes dilapidations de fonds publics et de l’aide
internationale, les détournements dans les
banques et les entreprises publiques, ainsi que
ceux, massifs, de marchandises », « la généralisa-
tion de la corruption » 20.
Le journaliste-écrivain Pedro Rosa Mendes, du
très respecté quotidien portugais Publico, a dressé
début 2000 un tableau pénétrant de l’évolution
de ce système – attaqué en diffamation, on le
comprendra, par Eduardo Dos Santos. Nos lec-
teurs le liront avec la prudence nécessaire : « José
Eduardo Dos Santos est au centre d’un réseau in-
ternational d’affaires qui lie le sommet de la hié-
rarchie angolaise à des entreprises et personnalités
suspectées de relations avec le pouvoir parallèle
russe et à des institutions qui sont sous investiga-
tion dans le cadre du “Kremlingate”. Armes, pé-
trole et diamants constituent le terrain privilégié
des intérêts étrangers en Angola, mais les tenta-
cules émanant du Futungo de Belas (siège de la
Présidence et du gouvernement) s’étendent à
d’autres secteurs très rentables. Un des meilleurs
exemples est la société CADA, actuel fournisseur
des Forces armées angolaises, qui lie le président
de l’Angola à des partenaires au Brésil, en France,
en Slovaquie et en Russie.
« L’Angola – à travers les contrats de l’entreprise
publique Simportex [anciennement Ematec], qui
François-Xavier Verschave 129

impliquent le sommet de ses structures gouverne-


mentales, financières et militaires – a payé à l’en-
trepreneur franco-russe Arkadi Gaidamak I 135
millions de dollars en sus de ce qu’il devait rece-
voir pour une livraison de matériel militaire. Ce
montant, versé en équivalent pétrole, a été trans-
féré par la [société pétrolière nationale] Sonangol
sans justification économique, puisqu’il s’agissait
de la fourniture d’armements, ni justification for-
melle, puisqu’il s’est effectué hors cadre budgé-
taire. Il a été payé fin 1996, selon des documents
auxquels Publico a eu accès. L’affaire a été bouclée
par un ensemble d’institutions bancaires presque
toutes européennes (France, Suisse, Allemagne,
Autriche… ) sous le leadership de la banque Pari-
bas – une des banques que Luanda a utilisées de
façon de plus en plus fréquente pour ses transac-
tions et emprunts ces dernières années.
« Les documents consultés par Publico ne confir-
ment pas seulement un élément clef du processus
angolais : le gouvernement, y compris après la si-
gnature des accords de Lusaka (la paix a été signée
en novembre 1994), a continué à investir par cen-
taines de millions en “matériel létal”, à une période
où l’option politique officielle était la reconstruc-
tion du pays. Mais les documents de Publico prou-
vent aussi qu’à partir de 1996 au moins l’Angola a
pu effectuer des transferts nets à l’étranger en di-
rection de personnalités très proches du président
José Eduardo Dos Santos, tel que Gaidamak.

I. Les prénom et nom d’Arcady Gaydamak ont plusieurs retrans-


criptions possibles en alphabet latin. De même pour Lev Leviev ou
la banque Menatep. Dans les citations, nous respectons en prin-
cipe la graphie employée par l’auteur.
130 Angola : pétrole, guerre, dette

« Selon une source de Publico, qui suit de près


les affaires de Futungo de Belas, le paiement à Ar-
kadi Gaidamak “indique une novation des rela-
tions” entre l’Angola et quelques-uns de ses
mystérieux partenaires : le transfert de fonds s’ef-
fectue de l’intérieur vers l’extérieur, au travers de
très nombreux réseaux financiers qui facilitent par
exemple l’achat d’armes ; le paiement à Gaidamak
indique un transfert nouveau en sens inverse […].
L’Angola n’est plus seulement un endroit pour des
affaires rentables ; Luanda fonctionne aussi comme
un “pipe-line” pour des sommes élevées qui pour-
ront passer par Gaidamak, mais continueront plus
loin vers les secteurs obscurs de l’ex-URSS.
« Arkadi Gaidamak et son associé français Pierre
Falcone ont assuré, depuis 1993, la fourniture
d’armements (ou “matériel létal”) aux Forces ar-
mées angolaises. Un commerce juteux : depuis
lors, les FAA sont passées par un processus de mo-
dernisation et se sont équipées pour deux guerres
civiles (la dernière en date n’est toujours pas ter-
minée). Interrogés sur la relation privilégiée de
l’Angola avec Gaidamak et Falcone, les respon-
sables angolais se justifient en privé, au sein des
circuits diplomatiques internationaux, en faisant
remarquer que les deux associés ont avancé à
Luanda les moyens financiers pour réaliser des
achats d’armes. Cela, toutefois, n’explique pas le
paiement de 135 millions de dollars.
« La capacité financière de Gaidamak, d’un
autre côté, n’avait rien à voir avec son succès en
tant qu’homme d’affaires. Arkadi Gaidamak a été
pendant 5 ans débiteur de Menatep, la banque où
il a pu obtenir plusieurs millions de dollars pour
François-Xavier Verschave 131

des investissements – pour la fourniture d’armes à


l’Angola, par exemple. Menatep, qui a exporté vers
l’Occident des capitaux de la nomenklatura de
Moscou (et a fait faillite lors de la crise de 1998),
est à l’origine de l’investigation pour détourne-
ment de fonds appelée “Kremlingate”.
« Il ne serait pas surprenant, selon les sources de
Publico I, que le paiement des 135 millions de dol-
lars à Gaidamak ait été effectué à travers un
compte ouvert par la Sonangol à la Bank of New
York – institution suspectée de relation avec le
blanchiment d’argent et qui depuis l’année der-
nière attire l’attention de l’enquête internationale
sur le scandale du “Kremlingate”. […]
« La relation privilégiée de Gaidamak et Falcone
auprès de la présidence angolaise permet de don-
ner sens aussi à une autre innovation du contexte
angolais : l’entrée de sociétés inconnues et liées au
trafic d’armes dans l’offshore de l’Angola, au côté
de compagnies pétrolières internationales exploi-
tant les blocs en eaux ultra-profondes. Le gouver-
nement angolais avait déjà mis ses diamants dans
des mains russes, par un contrat d’exclusivité signé
entre la société Endiama et un citoyen russe émi-
gré en Israël, Leviev. Maintenant, l’Est arrive dans
le monde du pétrole angolais, avec des concessions
qui prétendent remédier à l’énorme manque de li-
quidités de Luanda.
« En décembre, le rapport de l’organisation bri-
tannique Global Witness sur le pétrole et la cor-
ruption posait la question de la présence
d’entreprises comme Prodev et Falcon Oil dans les

I. Pedro Rosa Mendes, avec lequel nous avons été en contact, ne


peut en dire plus sur ses sources, qui craignent pour leur sécurité.
132 Angola : pétrole, guerre, dette

blocs concédés en 1999. Publico confirme que les


nouveaux opérateurs ont été guidés par la main
présidentielle angolaise, qui les a “introduits
comme un fait accompli”. 21»
Des flux considérables (pétrole, armes, dettes)
ont été brassés entre la Bank of New York et les
eaux profondes de l’offshore angolais. Elf et les ré-
seaux français sont aux premières loges, au mieux
avec le président Dos Santos et les dirigeants de
Luanda.
Leur créativité financière a été déterminante,
tandis que le jeu français en Angola conservait sa
duplicité. Au moins jusqu’à la mort de Hassan II,
le Maroc fournissait un appui considérable à
l’Unita. Le Burkina de Compaoré est un havre
pour les recrues de Savimbi, pour sa famille et ses
affaires. Le Togo d’Eyadema est plus qu’hospita-
lier. Or Jacques Chirac était ou est très proche de
ces trois chefs d’État. Paris « tente de parvenir à
un équilibre entre ses alliés historiques au sein de
l’Unita I et ses intérêts pétroliers à Luanda », écrit
Africa Confidential 22 mi-1999. Au même mo-
ment, Elf et Total étaient en pleine bataille bour-
sière. « Des émissaires des deux compagnies sont
allés, preuves à l’appui, raconter au président an-
golais Eduardo Dos Santos que “l’autre camp”
avait des contacts coupables avec la rébellion de
Jonas Savimbi… 23»
Ces connexions avec l’Unita n’ont pas empêché
Jacques Chirac de se rendre à Luanda en juillet
1998, y féliciter l’armée angolaise d’avoir envahi le
Congo-Brazzaville. Au passage, il décroche pour

I. Le député européen Yves Verwaerde, du Parti républicain, était


appointé par Alfred Sirven pour garder le contact avec l’Unita.
François-Xavier Verschave 133

les groupes Bouygues et Lyonnaise des Eaux une


partie du marché d’équipement du gisement sous-
marin Girassol, d’un coût total de plus de 10 mil-
liards de francs. Puisqu’il convient de mélanger la
guerre, la politique et les affaires, l’ancien respon-
sable des services économiques de l’ambassade de
France à Luanda, Alain Pfeiffer, est promu direc-
teur Afrique à Paribas 24.
Le peuple angolais, l’un des plus misérables et
maltraités de la planète, n’a que le sang et les
armes. Plus une dette exponentielle. Les budgets
sont de pures fictions I. « La situation économique
du pays est de plus en plus désespérée. 26» Le ré-
gime pratique la fuite en avant par l’émission ef-
frénée de papier monnaie, par la guerre civile et la
guerre extérieure. Selon l’ancien président congo-
lais Pascal Lissouba 27, Jonas Savimbi lui aurait ex-
pliqué « qu’il avait compris petit à petit qu’il ne
terminerait jamais cette guerre car on aidait les
Angolais à s’entre-tuer II. Un trop bref moment de
lucidité.
De l’autre côté du miroir, Jean-Christophe Mit-
terrand se souvient : « En tant que consultant, à
tous ceux qui me demandaient quel pays du
continent africain était le plus intéressant, je ré-
pondais invariablement : l’Angola. 29»

I. Un simple exemple : en 1996, « les revenus du pétrole (90 %


des recettes de l’État) sont calculés sur un taux de change de
265 000 kwanzas pour un dollar alors que le taux pratiqué dans
la rue est de 470 000 kwanzas 25». Soit une “marge” de 44 %.
II. L’ancien cadre d’Elf Jean-Pierre Vandale résume l’arnaque dans
un langage moins châtié : « Nap [Tarallo], Caro Papa [Pasqua] et
même les socialistes avaient consolidé le pouvoir de l’homme-lige
de Luanda [Dos Santos] en lui évitant la déroute quand il fut lâché
par ses alliés, Cuba et l’URSS. […] Sire Veine avait joué Sam
Vimbi. Finalement ils les avaient sucrés tous les deux, selon les
vieilles règles du jeu africain. 28»
François-Xavier Verschave 135

6. Sous Gaydamak, Falcone


Pierre Falcone est le fils d’un autre Pierre Falcone,
né en 1923 près de Naples. Parti s’établir en Algé-
rie, il fit fortune dans la pêche et la conserverie
sous la marque “Papa Falcone” 30. Conseillé par
l’avocat Georges Dayan, il aurait été l’un des rares
pieds-noirs à soutenir la carrière de François Mit-
terrand 31. À la fin de la guerre d’Algérie, il rapa-
trie sa société à Port-Vendres, où la “Société
nouvelle Papa Falcone” est désormais gérée par
François Frezouls.
Pierre Falcone senior est un vieil ami d’Étienne
Leandri 32. Cet intermédiaire de haut vol, proche
de Pierre-Philippe et Charles Pasqua, ainsi que de
Jean-Charles Marchiani, était jusqu’à sa mort, en
1995, un personnage central des affaires d’armes
et de corruption en France. Collaborateur notoire,
doté d’un uniforme de la Gestapo, il s’était enfui
en Italie après la guerre. Il y était devenu trafi-
quant de cigarettes, de fausse monnaie et de
drogue, branché sur la filière corse de trafic
d’opium. Ami de Jo Renucci et d’Antoine Guerini,
il se lie aussi au chef mafieux Lucky Luciano : il le
représente auprès de la CIA, dont il rencontre
plusieurs fois le patron, Allen Dulles. L’agence
américaine apprécie son anticommunisme. Elle
obtient en 1955 l’annulation de sa condamnation
à vingt ans de travaux forcés pour collaboration.
Étienne Leandri rentre en France, il est avec son
compatriote corse Charles Pasqua l’un des cofon-
dateurs du célèbre SAC (Service d’action civique).
Il se lance dans l’immobilier, puis dans les contrats
d’armement, avec sa société Tradinco. C’est alors
qu’il devient l’ami inséparable du milliardaire
136 Angola : pétrole, guerre, dette

irako-britannique Nadhmi Auchi. Opérant sou-


vent depuis Londres, comme Auchi, il y représen-
te officiellement les intérêts d’Elf, Dumez et
Thomson – trois groupes où les commissions dé-
passent parfois allègrement la centaine de millions
de francs. Ses propres pourcentages le transfor-
ment en nabab, intime entre autres du roi Fahd
d’Arabie saoudite. En fait, malgré les inquisitions
du fisc, Leandri vit en France. Vu ses clients, il y
bénéficie des plus hautes protections. Et même
d’un droit de regard sur la Sofremi, une officine
parapublique de vente d’armes et d’équipements,
sise rue de Messine et dépendant du ministère
français de l’Intérieur. Il a par ailleurs initié au
monde des ventes d’armes le fils de Charles Pas-
qua, Pierre-Philippe.
La famille Falcone, comme la famille Pasqua, est
donc l’amie de cet Étienne Leandri – allez savoir
pourquoi I. Elle serait aussi au mieux avec la famille
Bush, selon le journaliste Airy Routier 34. Avant de
devenir président des États-Unis, George Bush se-
nior dirigea la CIA. Avant d’accéder à son tour à la
Maison blanche, George Bush junior, gouverneur
du Texas, aurait fréquenté, à Scottsdale en Arizo-
na, le somptueux ranch des Falcone II – qui ont
« généreusement contribué à financer 36» sa cam-
pagne. Son épouse serait d’ailleurs devenue l’amie

I. Simples coïncidences ? Port-Vendres, où la famille Falcone a


rapatrié ses affaires algériennes, est présenté par des spécialistes
comme un port d’attache du trafic de drogue. C’est là aussi que
Jean-Claude Méry a racheté en 1990 les terrains d’une usine
d’explosifs, pour 27 millions de francs. Il projetait d’y réaliser un
port de plaisance de 9 ha, avec 1 000 logements et une marina
pour 500 bateaux. Coût du projet : 500 millions de francs 33.
II. Stephen Smith juge utile de préciser, en sens inverse, que
« George W. Bush n’y a jamais pris le thé, contrairement à une
légende un peu vite colportée 35».
François-Xavier Verschave 137

de Sonia Falcone, l’épouse d’origine bolivienne de


Pierre Falcone junior. Les Bush sont très proches
du lobby pétrolier américain, surinvesti 37 en An-
gola I. Les Falcone surarment le régime angolais.
En 1985, les Falcone créent à Paris la société
Brenco, une SARL au capital initial de 50 000
francs, puis deux ans plus tard Brenco Trading In-
ternational Limited, « basée sur l’île de Man 39» –
dont la SARL parisienne devient la filiale, sous le
nom de Brenco-France. Les Falcone se lancent
dans les ventes d’armes, en commençant par la
Colombie 40. Puis ils représentent la Sofremi en
Amérique latine (notamment, outre la Colombie,
en Argentine, en Équateur et au Mexique). Ils ac-
quièrent le statut de résident à vie au Brésil, mais
peuvent aussi mobiliser des capitaux équatoriens
et colombiens 41. Ils sont présents à Londres et
Montréal. Ils étendent leurs activités commer-
ciales vers l’Asie, puis vers l’Afrique. Brenco aurait
traité vers 1988 un marché de gaz de combat avec
l’Irak (dont est originaire l’ami Auchi). À Pékin,
elle est représentée par Thierry Imbot, fils de
René Imbot, ancien directeur de la DGSE 42. Au
Vietnam et en Birmanie, Brenco et Setraco mêlent
leurs savoir-faire pour placer des équipements
militaires est-européens.
C’est Étienne Leandri qui fait se rencontrer Pierre
Falcone et Arcadi Gaydamak 43. C’est encore lui
qui, en 1993, via Charles Pasqua, fait nommer
deux hommes sûrs à la tête de la discrète Sofremi :

I. « Le vice-président, Dick Cheney, dirigeait Halliburton, une mul-


tinationale spécialisée dans les hydrocarbures. Pour sa part,
Conzoletta Rice, la conseillère du président pour la sécurité natio-
nale, a siégé au conseil d’administration de Chevron. Ces deux
sociétés sont d’ores et déjà très bien implantées en Angola. 38 »
138 Angola : pétrole, guerre, dette

deux anciens de Thomson, Bernard Poussier (corse


par sa mère, originaire du même village que
Charles Pasqua) I et Bernard Dubois. Après coup,
Poussier admet 45 que la Sofremi n’est qu’« un
outil dont le seul but est d’éviter les appels d’offres
internationaux », « une imposture commerciale et
juridique ». Le jeune Falcone est en cheville avec la
Sofremi depuis 1989, sur la recommandation d’un
collaborateur de Charles Pasqua, Yann Guez II.
Dans ce qui est devenu un cocon pasquaïen, où il
est désormais « l’unique interlocuteur 47», omni-
présent, il peut donner la mesure de son talent :
« Avec Marchiani, Pierre Falcone a contribué à la
conclusion d’un accord franco-angolais de sécurité
et de police conclu, avec l’aval de la présidence de
la République française, après le retour de Pasqua
au ministère de l’Intérieur, en mars 1993. Négocié
sur place par Marchiani, il comprenait notamment
un volet “technique” géré par la Société française
d’exportation de matériels, systèmes et services
(Sofremi) relevant du ministère de l’Intérieur. […]
À l’époque, son conseiller pour les affaires ango-
laises n’est autre que Pierre Falcone qui, avec son
partenaire Gaïdamak, va veiller à la livraison
d’armes. L’accord passé entre les sociétés angolaises
et françaises stipulait alors que les armes en ques-
tion ne devaient pas transiter par la France, que les
exportations devaient être en règle et enfin que les
sociétés d’exportation mises à contribution ne de-
vaient pas avoir leur siège en France. 48»

I. Bernard Poussier dément être un proche de Charles Pasqua,


tout en admettant qu’en 1993 celui-ci « cherchait des gens de
confiance 44».
II. Selon le prédécesseur de Bernard Poussier, Philippe
Melchior 46.
François-Xavier Verschave 139

Il n’était pas interdit, par contre, de “dégager”


de belles marges en fourguant des matériels de fin
de série ou d’occasion. Pierre Falcone Jr a bien ap-
pris les leçons de Leandri. Ayant déniché en Italie
du matériel de communication soldé, il l’aurait re-
vendu pour 300 millions de francs à l’Angola, via
la Sofremi. Trois fois le prix. 50 % de commis-
sions 49. Falcone obtient de la Sofremi « des com-
missions exorbitantes », confirme le préfet Henri
Hurand 50, futur directeur de cet office.

Peut-on faire des affaires en Angola sans négo-


cier du pétrole ? Depuis son ranch en Arizona,
Pierre Falcone a compté parmi les chauds suppor-
ters de George W. Bush… tout comme les pétro-
liers américains. Il a établi à Panama une holding
pétrolière, Falcon Oil & Gas. Avec les 10 % obte-
nus dans le bloc 33, opéré par Exxon, ce pétrolier
d’occasion a décroché un pactole 51.
Falcone codirige aussi la société angolaise Sim-
portex, qui avait le quasi-monopole de la nourri-
ture et de l’habillement des Forces armées
angolaises (FAA) I. Simportex est étroitement liée
au principal acheteur d’armes des FAA, le général
Manuel Helda Vieira Dias, alias Kopelipa.
En 1997, Simportex et Kopelipa ont acheté en
Europe de l’Est pour quelque 3 milliards de
francs d’armes, munitions et fournitures diverses.
Heureux courtiers : Pierre Falcone et Arcadi Gay-
damak (ce qui conduit le fisc français à leur récla-
mer 1,25 milliards de francs 53 ). Ingénierie
financière : Glencore et Paribas (chef de file d’un

I. Jusqu’à ce qu’elle soit supplantée par la CADA du président Dos


Santos 52.
140 Angola : pétrole, guerre, dette

pool d’une dizaine de banques dont la BNP,


Worms, la Banque populaire… ) 54. Cette société
suisse et cette banque française sont au cœur du
système de prêts gagés sur le pétrole futur de l’An-
gola. On peut bien appeler cela une pompe à fric,
vu les usages de ces prêts, et leur taux élevé. L’an-
cien “Monsieur Angola” de Paribas, Jean-Didier
Maille, est devenu le directeur financier de Glen-
core. Après la chute du mur de Berlin, celle-ci a
gagné des milliards de francs suisses sur le pétrole
de l’ex-URSS, en association avec Menatep, la
banque russe au cœur du “Kremlingate”. Glen-
core a transféré son expertise en Angola, au servi-
ce de l’équipe Falcone 55.
En septembre 1999, cette sympathique prospé-
rité a été troublée par une alerte rouge. Dix ans
plus tôt, les États Unis avaient battu l’URSS par
jet de l’éponge. Depuis, la mafia tenait le haut du
pavé dans une Russie exténuée – qu’il fallait
quand même aider. D’un coup, la réalité est reve-
nue en boomerang : la mafia captait l’essentiel des
prêts du FMI, elle a “recyclé” 10 milliards de dol-
lars d’aide internationale, elle s’est même permis,
avec cet argent, de circonvenir l’une des plus
vieilles banques américaines. Nombre de diri-
geants occidentaux se laissent volontiers cor-
rompre, avec leurs amis du Sud, par les facilités
paradisiaques des îles Vierges ou Caïman. Mais ils
découvrent qu’à ce jeu-là – la loi de la jungle – les
mafieux russes sont aussi coriaces que leurs com-
patriotes aux échecs.
Les Américains et le FMI s’agitent. Ils ne sont
pas les seuls. Le 30 septembre 1999, La Lettre du
Continent publiait un éditorial, « Angola : une af-
François-Xavier Verschave 141

faire “franco-russe” ? », où elle signalait d’autres


gens soucieux. Arcadi Gaydamak en a fait condam-
ner certains termes. Mais pas d’autres : « Depuis
que l’affaire du “Kremlingate” a éclaté à Moscou,
on dort mal au Palais de Futungo, à Luanda, et on
s’inquiète à Paris chez les initiés du village franco-
angolais. […] Une réunion informelle sur ce dos-
sier s’est même tenue à l’Élysée […] entre des
militaires de haut rang, des responsables des ser-
vices de renseignement et des diplomates. La lanci-
nante question était de savoir si la France ne
risquait pas, un jour, d’être impliquée dans une ex-
tension du “Kremlingate” en Angola. […]
« À l’origine de ce malaise, on trouve l’équipe
franco-russe constituée dans les années 80 entre
Arcadi Gaïdamak, très actif dans le complexe
militaro-financier russe […], et l’homme d’affaires
français Pierre J. Falcone, président de Brenco
[…]. Les deux hommes sont devenus les piliers in-
contournables des relations franco-angolaises […].
Le vrai patron de l’équipe est […] Arcadi Gaïda-
mak […], ancien émigré russe en Israël, naturalisé
français en 1975 sur l’intervention de Robert Pan-
draud […].
« Plusieurs grands groupes angolais ont leurs
comptes à la Bank of New York qui est accusée
par le FBI (Federal Bureau of Investigation)
d’avoir “recyclé” 10 milliards de dollars d’argent
russe. […] Des sociétés liées à Menatep ont aussi
opéré dans les circuits de financement du pétrole
angolais ».
Depuis lors ont été publiés, par Le Parisien du
23 mars 2001, des documents de la DGSE – une
autre bête noire de Gaydamak – décrivant une
142 Angola : pétrole, guerre, dette

chaîne d’« opérations de blanchiment » : l’équipe


Falcone-Gaydamak aurait investi en Angola « des
fonds en provenance de Russie, de l’Équateur et
de Colombie » ; le pétrole angolais fourni en com-
pensation des achats d’armes par l’entremise de
Paribas serait « revendu sous l’étiquette “brut russe”
par Brenco », avec l’assistance de Glencore.
Résumons : Glencore a gagné des milliards sur
le pétrole russe, de concert avec les héritiers de la
nomenklatura soviétique. L’immense bradage des
hydrocarbures est l’une des causes de la faillite de
la Russie. Le même groupe d’héritiers sans scru-
pules a aussi dilapidé l’arsenal de l’Armée rouge,
les énormes stocks d’aluminium, d’engrais I, etc.
(avec des profits astronomiques II), mais aussi les
créances du pays III et les milliards de dollars du
FMI. Une part de ces flux (pétrole, armes, dettes)
a pu être brassée entre la Bank of New York et les
recettes du pétrole angolais, grâce à la gestion par-
faitement occulte du régime de Luanda. Pierre
Falcone est constamment en affaires avec Glencore
et Paribas – entre lesquels Jean-Didier Maille a fait
la navette. Au printemps 2000, Glencore a encore
levé 3 milliards de dollars de prêts gagés à l’Ango-
la, avec des banques comme Paribas, la Société gé-
nérale, la Dresdner Bank Luxembourg IV, etc. 58

I. Arcadi Gaydamak « se présente aujourd’hui comme “le nu-


méro un mondial de l’engrais” 56».
II. Vitaly Chlykov, ancien officier de l’état-major, estime que, « en
tout, ce pillage a spolié le pays d’environ 300 à 400 milliards de
dollars 57».
III. Lire chapitre 9, « Drôle de dette ».
IV. Comme Paribas, la Dresdner Bank est l’un des pivots du
conseil d’administration de Clearstream.
François-Xavier Verschave 143

7. Armes, services, fisc, médias,


justice
Revenons à Pierre Falcone. Par-delà la Sofremi, il
est surtout le dirigeant du groupe Brenco Interna-
tional – une société « très proche de M. Jean-
Charles Marchiani 59», le négociateur tout-terrain
de Charles Pasqua. La filiale Brenco-France, dont
le capital a été porté à 1 500 000 francs, est instal-
lée 64 avenue Kléber, Paris 16e, dans des locaux
somptueux. Grâce à ses « appuis au sein de la DST
ou dans des groupes comme Thomson, le Giat ou
la Compagnie des Signaux », Falcone est devenu
« l’un des plus grands marchands d’armes du
monde 60» I et, depuis Paris, « le chef d’orchestre
incontestable » des ventes d’armes à l’Angola 62.
Via Brenco. Ou la société de droit slovaque ZTS-
Osos II, « dont Brenco pourrait n’être qu’une “ex-
croissance” française 66» : « Les juges ont découvert
effectivement des versements sur son compte
[ZTS-Osos] dans une agence parisienne de Paribas,

I. « Dans son bureau, il y avait un coffre-fort plus grand qu’un


homme, tout plein de liasses de billets », assure un témoin 61.
II. Hasard ? Le général Christian Quesnot, ancien chef d’état-
major de François Mitterrand, et qui joua un rôle majeur dans
l’engagement de la France au Rwanda, préside depuis 1998 une
“Association pour le développement des relations franco-slo-
vaques”. Selon Jean Chichizola 63, ZTS-Osos associe en fait la
firme d’armement slovaque ZTS à son homologue tchèque Osos
Praha. ZTS emploie 3 000 personnes. Elle a été privatisée « de gré
à gré. Et Falcone n’est pas loin. “Tout le monde admet qu’il
contrôle ZTS, admet un expert. Avec son carnet d’adresses inter-
national, il a été reçu comme un homme providentiel.” […] À
Bratislava, les privatisations ouvrent des appétits. Une dizaine de
personnes convoitant ces marchés seront abattues en Slovaquie
entre 1995 et 1997. 64» Falcone, mais aussi l’ex-KGB. Selon un
journaliste russe, Andreï Stotnik, « les racines russes de ZTS-Osos
Rudka sont évidentes. Nos services secrets avaient acheté, dès
1993, à travers la société d’État Spetsvnechtekhnika, 67,5 % des
parts de cette société 65».
144 Angola : pétrole, guerre, dette

et une impressionnante série de marchés d’armes


(chars, bazookas, missiles, orgues de Staline) avec
l’Angola. 67»
« En septembre dernier [2000], les juges avaient
mené de discrètes perquisitions dans les superbes
appartements de Falcone, avenue Montaigne et
avenue Kléber. […] Les logiciels de ses principaux
collaborateurs (eux aussi incarcérés) livrèrent des
comptes rendus fort instructifs de réunions, dont
certaines tenues en présence du président angolais
Dos Santos. Il y était question de ventes d’armes
pour la bagatelle de quelques centaines de millions
de dollars, de mouvements de fonds associés au
nom de Marchiani et plus généralement de bien-
veillance pour Pasqua et ses amis. 68»
Il y en a eu au total pour 633 milliards de dol-
lars : des hélicoptères et des chasseurs Mig ont été
rajoutés au menu 69. Les premiers sont une spé-
cialité maison : Brenco en avait déjà équipé la nar-
codictature birmane, en affaires avec Total. Le
tout « a été vendu au moins quatre fois le prix ha-
bituel du marché pour de tels matériels ! De plus,
les armes censées être neuves se révéleront souvent
être du matériel d’occasion, ou ne pas corres-
pondre aux commandes, voire être carrément dé-
fectueuses. Peu importe… Point n’est besoin de
matériel sophistiqué pour raser des villages 70».
Ainsi, près d’un demi-milliard de dollars (plus de
3 milliards de francs) ont arrosé les hommes poli-
tiques, les officiers, les réseaux et les services secrets
concernés I, d’un bout à l’autre de ce trafic morti-

I. Les disquettes conservées par la secrétaire de Falcone ont livré


environ 300 noms de personnalités et organismes “arrosés” par
Brenco entre 1997 et 1999. Dont, inévitablement, une agence
d’“hôtesses”.
François-Xavier Verschave 145

fère armes contre pétrole. « L’“affaire Falcone”,


saisissant raccourci de la corruption à l’échelle in-
ternationale, donne le vertige. 71» Pas seulement
par le montant des commissions en jeu I, mais par
la multiplicité des connexions, avec tant de pays et
de trafics.
« De nombreux anciens des services travaillaient
pour Brenco comme Thierry Imbot, décédé le 10
octobre [2000]. Le fils de l’ancien patron de la
DGSE était ces derniers temps chargé d’opérations
de change – de francs CFA en dollars – pour des
chefs d’État africains comme le président congo-
lais Sassou II, grand ami du président angolais. 73»
L’on restait très proche des affaires d’État dans
la nébuleuse Falcone-Brenco : « les frontières entre
Brenco et la Sofremi ont longtemps été plus que
floues, Falcone, le patron de Brenco […], ayant
longtemps joué quasiment officiellement les VRP
[agents commerciaux] pour la Sofremi. 74» Falco-
ne s’est vu confier un garde du corps peu com-
mun : celui de Jean-Christophe Mitterrand
lorsqu’il dirigeait la cellule africaine de l’Élysée 75 !
« Brenco et la Sofremi collaboraient tant et si bien
qu’ils ont offert conjointement une voiture blin-
dée [une Safrane] au président angolais, en marge
des contrats de “sécurité”. 76»
Pierre Falcone a servi aussi d’intermédiaire dans
une exportation illégale de matériels d’intercep-
tion de sécurité par la société Communication &
Systèmes (CS, ex-Compagnie des Signaux),
« ayant donné lieu à 7 millions de dollars de com-
missions occultes. Ces matériels, officiellement

I. Elisio Figueiredo, par exemple, émissaire parisien du président


angolais Dos Santos, aurait reçu « plus de 18 millions de dol-
lars 72».
146 Angola : pétrole, guerre, dette

destinés à l’Angola, auraient été finalement livrés à


la Yougoslavie, fin 1999 77». Le juge Marc Brisset-
Foucault enquête sur cette affaire. En perquisi-
tionnant le 9 mai 2000 au siège de CS, il ne
pensait pas déclencher un tel hourvari.
C’est que CS est une firme spéciale, où ont
“pantouflé” d’anciens hauts responsables de la
DST (l’ancien numéro deux Raymond Nart et
son adjoint Jacky Debain), ainsi qu’un brillant
stratège du secrétariat général de la Défense natio-
nale, le général de division Claude Mouton. Sous
la houlette d’un ancien du groupe Bolloré, Yazid
Sabeg. Lorsque Arcadi Gaydamak intente un pro-
cès en diffamation – une arme qu’il dégaine systé-
matiquement –, Raymond Nart vient volontiers
témoigner « des nombreux services » que le Russo-
Israélien, né en Ukraine, a rendus à la France et de
« son parfait loyalisme » 78. Le général Mouton,
quant à lui, deviendra carrément, en juillet 2000,
directeur général de Brenco-France I.
La réexportation vers la Serbie d’une partie des
matériels d’écoute ultra-perfectionnés livrés au ré-
gime angolais n’a rien d’invraisemblable. On est
très serbophile chez les anciens de la DST, comme
dans le réseau Pasqua. Gilles-William Goldnadel,
l’avocat commun à Nart et à Gaydamak, préside
aussi une “Ligue internationale contre la désinfor-
mation” qui a organisé fin 2000 au Sénat un col-
loque historique 80. Vladimir Volkoff y a assuré
qu’au Kosovo « on a péniblement trouvé deux
cents cadavres dont on ne sait s’ils sont serbes ou

I. « Quand il était au sein de Communication et systèmes, a expli-


qué Falcone aux policiers, il recevait les Angolais qui étaient en
formation chez CS, je proposais des espèces pour s’occuper
[d’eux]. » L’intitulé du compte de Mouton ? “Panurge” 79.
François-Xavier Verschave 147

albanais » (les enquêteurs approchent en fait du


chiffre de 10 000 victimes albanaises). D’ailleurs,
« en Russie la liberté de la presse est incroyable,
alors que tout est manipulé en France » I.
Le même avocat a participé à la fameuse mission
d’observation partie cautionner au Gabon la ré-
élection truquée d’Omar Bongo, fin 1998. Le foc-
cartissime Robert Bourgi a dépêché aux frais de la
princesse une escouade de treize gens de robe,
dont l’avocat élyséo-africain Francis Szpiner et
Gilles-William Goldnadel, conduite par le magis-
trat Georges Fenech, président de la très droitière
APM (Association professionnelle des magistrats).
L’équipée fit scandale pour diverses raisons. Entre
autres parce que fut intercepté à Roissy « un fami-
lier des dossiers africains […], porteur d’une mal-
lette contenant une très importante somme en
argent liquide. Il avait expliqué que ces fonds pro-
venaient de la “présidence du Gabon” et qu’ils
étaient destinés au Club 89 81», animé par Robert
Bourgi. En 1997 déjà, un compte suisse de la so-
ciété Brenco, du tandem Falcone-Gaydamak, a
versé 100 000 francs à la revue Enjeu justice de
l’APM… 82
Ce tandem pourtant, malgré sa générosité et la
protection d’une importante faction de la DST,
n’a pas que des amis. Dès « le 12 décembre 1996,
une centaine de policiers ont perquisitionné si-
multanément tous les locaux professionnels et pri-
vés de Falcone et Gaydamak à Paris, ainsi qu’à la
banque Paribas (où étaient ouverts les comptes de

I. Dans la même veine, les propos du professeur de criminologie


Xavier Raufer comparant SOS Racisme à « une association de
malfaiteurs » ont soulevé les applaudissements de la salle.
148 Angola : pétrole, guerre, dette

ZTS-Osos, contrôlée par le Russe) 83». Lors de ces


perquisitions, « selon certains, des documents et
des bandes magnétiques “gênantes pour certains
hommes politiques français” ont été saisis 84». Il
faudra attendre près de quatre ans et une nouvelle
perquisition pour que ces noms-là ressortent…
Une semaine plus tôt, le 5 décembre 1996,
L’Événement du Jeudi avait publié la photocopie
d’un contrat de fourniture de matériel militaire
russe d’un montant de 47 151 550 dollars, signé
par Falcone avec le cachet de ZTS-Osos. De quoi
équiper une division motorisée de 8 000 combat-
tants, à vocation offensive (alors qu’en principe le
gouvernement angolais appliquait l’accord de paix
de Lusaka, avec la rébellion Unita) : « Voilà deux
mois, L’Événement du jeudi (n° 622) a raconté dans
quelles circonstances Falcone, associé à un ressortis-
sant russe naturalisé français, Arkady Gaydamac,
avait vendu des milliers de camions russes à l’Ango-
la – les mêmes que ceux qui équipent l’armée russe.
Nous avions déjà évoqué dans l’article l’existence
du contrat d’armement entre la Russie et l’Angola.
« Falcone et Gaydamac avaient juré le cœur sur
la main n’être aucunement liés à ce marché, expli-
quant même que “le commerce des armes les ré-
vulsait”. Gaydamac, que plusieurs services français
soupçonnent d’avoir des liens avec la mafia russe,
reconnaissait simplement avoir mis les Angolais en
rapport avec les bons interlocuteurs moscovites,
“mais à titre purement gracieux”. Le contrat que
nous publions le prouve : ils ont menti. [… Jus-
qu’en 1993], la France […] a continué de privilé-
gier l’Unita. [… Puis Paris a résolu d’aider aussi]
discrètement Dos Santos sans que la France appa-
François-Xavier Verschave 149

raisse officiellement. […]


« Cette assistance militaire clandestine, ce sont
Gaydamac et Falcone qui la mettent en place. Le
tandem était en service commandé. D’ailleurs, ils
s’en cachent à peine : “Il faut lire entre les lignes de
ce contrat”, tempête Falcone quand on le compare
à un marchand d’armes. “Nous sommes venus au
secours d’un gouvernement légal, celui du prési-
dent Dos Santos. La morale est dans notre camp.”
Plus rusé, Gaydamac affirme ne pas avoir connais-
sance du contrat d’armement signé par son asso-
cié. “Mais si, d’aventure, il existe, souligne-t-il,
vous remarquerez qu’il a permis de rétablir la paix.
Cela seul compte.” […]
« Hélas, la République est parfois ingrate avec
ses serviteurs de l’ombre. Le fisc français estime
que Falcone et Gaydamac, résidents français, doi-
vent acquitter des impôts sur les 47 millions versés
par l’Angola. 85»
Le lendemain 6 décembre, le fisc perquisition-
nait chez Brenco (6 jours avant la police). « La
moisson est considérable. Mais surprise ! Selon nos
informations, les enquêteurs du fisc auraient reçu
quelques heures plus tard une visite inattendue
dans leurs locaux, celle de plusieurs hommes se
présentant comme des fonctionnaires de la DST.
Qui sélectionnent certains des documents saisis et
les emportent. 86» Ce coup du fisc, comme la des-
cente de police qui a suivi, montrent que la Répu-
blique légaliste commençait d’affronter la
“République souterraine” – celle qui, entre autres,
gère les rentes pétrolières et les rétro-commissions
sur contrats d’armement. Gaydamak a été « proté-
gé au-delà de toute prudence par la DST, en rai-
150 Angola : pétrole, guerre, dette

son des portes qu’il lui ouvrait en Russie 87».


« Falcone fut longtemps intouchable. » Mais « un
Pasqua vous manque et tout est dépeuplé 88» I.
On est monté d’un cran deux ans plus tard, fin
1998 : selon Le Canard enchaîné du 23 décembre,
Falcone « vient de se voir menacer par les douanes
d’une amende de 1,5 milliard de francs à la suite
d’un achat d’armes en République tchèque pour le
compte de l’Angola 89». Ce qui donne un ordre de
grandeur des transactions ainsi mises à l’amende…
Fin 2000, le tandem Falcone-Gaydamak est en-
core davantage “agressé”. Pierre Falcone est arrêté
et incarcéré le 1er décembre, après la secrétaire de
Brenco, Isabelle Delubac, et son gérant Jérôme
Mulard. Bernard Poussier, l’ex-directeur de la So-
fremi conseillé par Falcone, est mis en examen et
écroué du 16 décembre 2000 au 12 janvier 2001 :
le fisc a mis en évidence des « transferts de charges
et de produits » entre Brenco et la Sofremi II. Ar-
cadi Gaydamak fait l’objet, le 6 décembre, d’un
mandat d’arrêt international 92. Il préfère se
plaindre au Monde 93 depuis Londres, avant de se
réfugier en Israël : « En France, gagner de l’argent
trop vite est suspect. […] Depuis des années, des
dizaines de journaux m’ont présenté comme un
trafiquant d’armes ou un mafieux. Je les ai tous
fait condamner en diffamation par les tribunaux
français. […] La France devrait me traiter en

I. Le fait que la DGSE ait pu communiquer à la justice ses syn-


thèses sur Gaydamak et Falcone traduit le lâchage conjoint de
Charles Pasqua par l’Élysée et Matignon.
II. Bernard Poussier aurait reconnu, entre autres, « avoir perçu
près de 1 million de francs en liquide de M. Falcone 90». Devenu
avocat après avoir quitté la Sofremi, il n’avait qu’un seul client :
Pierre Falcone Jr 91.
François-Xavier Verschave 151

héros et elle me traite en bandit. »


Cette fois, la menace de procès en diffamation
n’arrête plus la presse. Des noms sortent. « Les en-
quêteurs soupçonnent le parti de Charlie [Pasqua]
d’avoir bénéficié de largesses indues venant des so-
ciétés créées par Falcone et par son associé Arkadi
Gaïdamak. 94» Ils perquisitionnent le parti pas-
quaïen, le Rassemblement pour la France (RPF) et
les bureaux du président du conseil général des
Hauts-de-Seine. L’occasion de découvrir qu’une
résidente gabonaise, Marthe Mondoloni-Tomi, a
fait un don de 7,5 millions de francs pour la cam-
pagne européenne du RPF, et s’est portée caution
d’un prêt de 4 millions par une banque moné-
gasque. Ce n’est pas n’importe qui. À la tête du
Pari mutuel urbain (PMU) gabonais, elle est la fille
de Michel Tomi, général au Gabon de l’empire
corsafricain des jeux des frères Feliciaggi : tout un
pan du clan Pasqua, très proche de la sulfureuse
banque Fiba et du régime angolais. Leurs comptes
à Monaco sont l’objet d’une instruction pour
« blanchiment » 95, par une justice locale guère ré-
putée pour ses excès de zèle. Elle y a repéré d’im-
portants virements I, provenant notamment de la
banque nationale angolaise. Jean-Christophe Mit-
terrand, son ami Jean-Noël Tassez et Jacques Attali
apparaissent eux aussi sur l’inventaire des commis-
sions 97. Ils sont perquisitionnés les 30 novembre
et 1er décembre. Les réseaux de la gauche mitter-
randienne en prennent donc aussi pour leur grade.
Et Yves Thréard, dans Le Figaro 98, fait une décou-
verte : « Longtemps, les Français se sont demandés

I. Au moins 15 millions de dollars sont arrivés sur le compte d’une


société de Charles Feliciaggi au Crédit foncier de Monaco 96.
152 Angola : pétrole, guerre, dette

pourquoi François Mitterrand et Charles Pasqua


entretenaient l’un pour l’autre une estime em-
preinte d’admiration. Quatre ans après la dispari-
tion du chef de l’État, l’actualité vient peut-être
d’apporter une réponse. Et si le dénominateur
commun était la face cachée des relations franco-
africaines ? […]
« Tous les personnages de ce nouveau feuilleton
judiciaire sont bien connus du cercle de la “Fran-
çafrique”, espèce de société secrète et informelle
qui fit la pluie et le beau temps entre Paris et le
continent noir jusqu’au milieu des années 1990.
[…] L’Afrique, “pompe à fric” des partis poli-
tiques français ? On peut le dire. »
À peine perçue, cette réalité serait dépassée, d’au
moins cinq années. Comme le truquage des mar-
chés publics…
Pour corser le tout, « l’enquête des policiers de
la brigade financière […] les entraîne jusqu’à un
réseau de call-girls. L’ensemble du système Falcone
apparaît peu à peu. Des relations à bases finan-
cières, bâties dans les milieux les plus divers :
show-biz avec Paul-Loup Sulitzer, médias avec
l’ancien directeur général de la Sofirad, Jean-Noël
Tassez 99».
La relance de l’enquête sur Falcone et Gayda-
mak se rapproche curieusement de l’affaire de la
cassette de Jean-Claude Méry, avec son exposé
posthume, explosif, des financements politiques
occultes en Île-de-France. Brenco International et
Jean-Claude Méry ont le même avocat, Allain
Guilloux. Celui-ci est soupçonné de « blanchi-
ments de fonds entre la France et le Maroc 100»,
en liaison avec un autre de ses clients, Henri Ben-
François-Xavier Verschave 153

hamou, mis en examen avec son partenaire Steve


O’Hana pour « blanchiment aggravé en bande or-
ganisée 101» – de l’argent présumé « issu du trafic
de drogue 102». En perquisitionnant chez Me
Guilloux, les juges Courroye et Prévost-Desprez
ont découvert « plusieurs dossiers concernant
MM. Falcone et Gaydamak 103». « Guilloux avait
monté des structures immobilières sophistiquées
avec le duo Falcone-Gaidamak, via des paradis fis-
caux. Ainsi, le Russe serait le vrai propriétaire, via
la SCI Point Carré, de l’appartement de l’avenue
Raymond Poincaré gracieusement prêté à Allain
Guilloux 104. C’est lui aussi qui a racheté, grâce à
une cascade de sociétés écrans, la vaste demeure
du promoteur Pellerin dans le Midi 105» – aussi
pharaonique que la faillite dudit Pellerin.
Émerge encore, dans le rôle du caissier, un cer-
tain Sam Mandelsaft, « intime de Pierre Fal-
cone 106 ». L’homme d’affaires Jean-Claude
Alcaraz, autre proche de Falcone, en a fait aux
juges une description éloquente 107 : « On lui de-
mandait de grosses sommes. Il prenait 3 à 4 % des
commissions sur les liquidités ainsi apportées. Je le
surnommais Plastic Bertrand, parce qu’il apportait
toujours l’argent dans des sacs en plastique. […] Il
est clair que Sam prenait ses ordres auprès de Fal-
cone. I» Mandelsaft s’est volatilisé en novembre
2000, peu avant l’arrestation de Falcone. Il serait

I. Pierre Falcone admet ces recettes en espèces. Mandelsaft, pré-


tend-il, allait les chercher chez un Angolais de l’avenue Foch.
Falcone, lui, aurait servi de caissier aux séides de Dos Santos :
« Cet argent était nécessaire aux déplacements de leurs
équipes »… Avis aux Angolais nécessiteux.
François-Xavier Verschave 155

allé, comme Gaydamak, « s’installer en Israël 108».

8. Gaydamak, Menatep, la Russie


& Israël
Gaydamak est au mieux avec la nomenklatura qui
a autorisé le “Kremlingate”. En octobre 1994, alors
qu’il cherchait encore à susciter la curiosité des mé-
dias, il a emmené la journaliste du Nouvel Observa-
teur Natacha Tatu pour un voyage de découverte
de “sa” Russie 109. En jet privé : « Maintenant que
j’ai goûté au jet privé, impossible de reprendre un
avion de ligne. » Il assure à la journaliste qu’il
peut, sur un coup de fil, obtenir un rendez-vous
avec le maire de Moscou Iouri Loujkov I ou le mi-
nistre des Finances. Il se dit sur le point de signer
un énorme contrat avec des banquiers français. Il
déclare brasser des milliers d’activités et les dollars
par millions. Il se targue d’avoir été « le premier
au monde à obtenir des licences d’exportation des
matières premières » russes, et d’être devenu, à 42
ans, « le plus gros propriétaire foncier de Moscou,
l’un des principaux exportateurs de métaux non
ferreux, le géant de l’importation de viande et de
lait et le plus gros transporteur du pays ». Soit un
chiffre d’affaires mensuel de près de 100 millions
de dollars. Pour une activité à objet variable, puis-
qu’il se présente aujourd’hui comme « le numéro
un mondial de l’engrais ». « Il collectionne les mil-
liards 111», jonglant entre « ses sociétés luxem-
bourgeoises, hollandaises, russes, anglaises 112»…
Vingt-trois ans plus tôt, cet « émigrant russe

I. « Dont la fortune, rapidement acquise, est estimée à 300 ou


400 millions de dollars. 110»
156 Angola : pétrole, guerre, dette

courageux » était « arrivé en France à 19 ans, via


Israël, avec trois roubles en poche 113». Et il n’était
longtemps resté, en apparence, qu’un simple in-
terprète – seul d’abord, puis dans une société à la-
quelle était associé Olivier Dassault 114, « qui
assurait la traduction simultanée de rencontres in-
ternationales et de pourparlers d’affaires de Russes
haut placés 115».
« Nous avons bâti en quelques années des for-
tunes que d’autres ont mis des décennies à accu-
muler », résume Gaydamak à Natacha Tatu.
Comment s’enrichir aussi vite dans un pays en
pleine décomposition juridique, dont le pétrole,
les stocks d’armes et les finances sont largement
passés sous la coupe des mafias post-
communistes ? La DST, qui se fait l’avocate de
Gaydamak, “justifie” dans un rapport du 24 oc-
tobre 1997 la fortune subite de son protégé : il a
« su remarquablement tirer profit des opportuni-
tés politiques et commerciales offertes par la dislo-
cation de l’ex-URSS 116».
« Pour faire fortune, il suffisait d’acheter des
dollars le lundi et de les revendre le vendredi »,
confie encore Gaydamak à Natacha Tatu. En
1994, il crée un fonds de retraite, Dobriedelo, qui
offre un taux d’intérêt de 17 % par jour ! Tout
cela n’est guère moral, alors que la population
s’enfonce dans la misère. Et sans doute pas très
légal : « Il faut admettre les injustices écono-
miques. Les plus forts profitent d’une législation
qui est à leur avantage »… puisqu’ils ont fait main
basse sur l’État. Le FMI pouvait payer, le rouble
fondait, les caisses publiques se vidaient.
Mais la spéculation monétaire n’a pas suffi.
François-Xavier Verschave 157

Gaydamak emmène la journaliste à un « rendez-


vous dans une datcha retirée de Moscou. Un
dîner confidentiel avec un jeune homme d’à peine
30 ans, numéro un du groupe Menatep, une des
toutes premières banques du pays. Ce grand ami
de Gaydamac est aussi son premier créancier :
“Dans ce pays, je peux lever des millions de dol-
lars pour financer mes projets. Aujourd’hui, je suis
le Bernard Tapie de Ménotep. Sauf que moi, je
rembourserai mes dettes” ». Il aurait été impru-
dent d’annoncer le contraire. À l’époque, certes,
peu de gens en Occident savaient que Menatep
était au cœur du système mafieux de pillage de la
Russie. Gaydamak s’affichait en intime de son
jeune patron, en voltigeur de cette banque très
spéciale, qui organisait déjà depuis plusieurs an-
nées la mise à sac du pays. Lui, Gaydamak, l’inter-
médiaire si informé du dessous des choses,
pouvait-il ne pas savoir la nature des activités de
son premier créancier ?
Le journaliste portugais Pedro Rosa Mendes
connaît intimement l’Angola. De son point de
vue, Gaydamak apparaît comme le point nodal
d’un pipeline reliant l’Angola aux secteurs obscurs
de l’ex-URSS. Un mirage ? Il en dresse un portrait
peu flatteur 117. Déformé ? Nous lui en laissons la
responsabilité, puisqu’il invoque, entre autres, les
analyses de certains services secrets français – qui
valent ce qu’elles valent : « Gaidamak est né en ex-
URSS et venu dans les années 1970 en Occident
– “intéressé par ses relations avec le KGB”, selon
une source. Il a travaillé comme traducteur à l’am-
bassade soviétique à Paris. Sa “force est d’avoir
prévu avant les autres le passage de la Russie au
158 Angola : pétrole, guerre, dette

capitalisme”, comme le cite en 1996 le périodique


français L’Événement du Jeudi. Doté de relations
privilégiées dans l’ex-bloc de l’Est, il s’est lancé
avec succès dans le monde des affaires, d’abord
dans le secteur agroalimentaire et les transports,
avec la société Vantana. Parmi ses clients, la com-
pagnie d’aluminium Trans World Metal, des
frères Tchiorni (qui ont quitté la Russie pour Is-
raël à la même période que Gaidamak).
« Cette dernière entreprise est un des liens de
Gaidamak avec un des plus influents oligarques
de Russie, Boris Berezovski, un proche de la fa-
mille Eltsine et habituellement appelé “l’homme
du chaos” russe, de Moscou au Caucase. Arkadi
Gaidamak est aussi lié, personnellement et profes-
sionnellement, à deux figures emblématiques que
les services secrets français estiment être en rela-
tion avec le sommet de la mafia russe en
Europe : le Russe Gorchkov et l’Ouzbek Aljiman
Tokhtakhunov. »
Le journaliste russe Vladimir Ivanidze est plus
précis : « Il y a six ans, il [Gaydamak] avait ouvert,
dans une agence parisienne de la Barclay, des
comptes pour Alimjan Tokhtakhounov, égale-
ment connu sous le nom de Taïvantchik, dont il a
fait rénover à ses frais le luxueux appartement,
situé dans le quartier le plus bourgeois de Paris.
[…] Dès qu’il a eu des ennuis avec la police fran-
çaise, Gaydamak, comme par miracle, a sorti de
captivité des pilotes français abattus au-dessus de
la Bosnie. […] Ensuite, les membres les plus en
vue de la mafia russe se sont précipités pour lui of-
frir leurs services afin de sauver les otages français
détenus en Tchétchénie. 118»
François-Xavier Verschave 159

Même si ce n’était pas exact, Gaydamak ne


pourrait passer pour une oie blanche. Le Kremlin
de Boris Eltsine était lui-même impliqué dans les
gigantesques trafics et détournements de fonds de
la Russie, via les Berezovski, Bexhet Pacolli et
consorts. Selon le quotidien américain USA
Today du 26 août 1999, citant des responsables
américains, britanniques et russes, c’est au total 15
milliards de dollars qui auraient été détournés lors
d’opérations complexes impliquant des proches de
Boris Eltsine et une série de membres de ses gou-
vernements successifs (une douzaine).
Il est désormais admis que la haute finance mos-
covite est gangrenée – jusqu’au sommet de l’État.
Richard L. Palmer, grand spécialiste de la question,
en a fait une démonstration implacable devant le
Comité sur les services bancaires et financiers du
Congrès américain 119. La “bénédiction” accordée
par le Kremlin à Gaydamak pour le rachat à vil
prix de la colossale dette angolaise envers la Russie
(quelque 35 milliards de francs) I révèle un rang
élevé dans la nomenklatura kleptocrate.
Gaydamak a fait condamner La Lettre du
Continent au motif, entre autres, qu’elle n’avait
pu démontrer ses liens avec Konstantin Kagalovs-
ky, numéro 2 de Menatep en 1994. Cette année-
là, il banquetait avec le numéro 1 de Menatep,
Mikhail Khordokovsky. Fin 1996, quand il pro-
pose de racheter la dette angolaise vis-à-vis de la
Russie pour 15 % de sa valeur (900 millions de
dollars sur 6 milliards), c’est encore « la Menatep,
la banque fétiche d’Arcady Gadamac [sic], qui se
propose d’avancer l’argent et de “porter” la dette

I. Voir chapitre 9, « Drôle de dette ».


160 Angola : pétrole, guerre, dette

décotée angolaise en compensation de cargaisons


de pétrole. Une bonne action qui rapporterait
plus de 100 millions de dollars à ses auteurs ».
Gaydamak peut contester le qualificatif « fé-
tiche ». Mais il n’a pas attaqué cet article de La
Lettre du Continent 120.
Trois semaines plus tard, un article de Libération
précise : « Arcadi Gaydamac a des liens étroits avec
cette banque [Menatep] et détient 10 % du capital
de la toute nouvelle Banque africaine d’investisse-
ment (BAI), inaugurée à Luanda le 12 novembre
[1996]. La BAI, qui disposerait de succursales à
Lisbonne et à New York, associe des capitaux sud-
africains et français, notamment Paribas et… Pierre
Falcone. 121»
En août 1999 éclate le “Kremlingate”. Il s’avère
que tous les comptes concernés par ce scandale ont
été ouverts dans cinq banques new-yorkaises par la
société Benex Worldwide Ltd, contrôlée par l’un
des grands patrons de la mafia russe, l’Ukraino-
Israélien Semion Mogilevitch. « La plupart des
transactions sur les comptes de cette société (dû-
ment répertoriées sur plus de 3 500 pages du FBI)
sont sourcées auprès de [Menatep]. […] Les en-
quêteurs pensent que la Menatep fut le “point
d’origine principal de l’argent blanchi”. 122»
Enfin, « Menatep aurait continué à fonctionner en
sous-main en 1998 I et transféré des fonds suspects
[…] vers des compagnies offshore basées sur des
territoires aussi lointains que les îles Vierges 124» –

I. Alors que Menatep est officiellement en faillite depuis 1998,


Ernest Backes a trouvé dans le répertoire 2000 de la société inter-
nationale de compensation Clearstream un compte non publié
n° 81738 au nom de Menatep, client « non référencé » 123.
François-Xavier Verschave 161

où se trouve aussi le siège de la société CADA,


contrôlée par la Présidence angolaise.
Sa partenaire en blanchiment (15 milliards de
dollars dans la seule année 1998), la Bank of New
York, possède de nombreux comptes non publiés
dans la nébuleuse société de compensation finan-
cière Clearstream. Autre client russe de Clears-
tream, lui aussi non référencé : la Rossiyski
Kredit, qui possède deux comptes non publiés.
Parmi ses dirigeants : Lev Leviev et le conseiller
présidentiel Alexandre Livchits.

Mikhail Khordokovsky et Konstantin Kagalov-


sky se sont tous deux reconvertis dans… le pé-
trole. Ils se sont retrouvés à la tête de la première
compagnie pétrolière privée de Russie, Youkos 125,
rebaptisée Yuksi – dont Elf a pris 5 % du capital
en mars 1998, en versant cash 528 millions de
dollars 126… Yuksi est très intéressée par l’Angola,
qu’elle a visité au printemps 1999. Cet Angola
dont Gaydamak est une des clefs d’entrée.
La Russie a été placée par le Gafi (le Groupe
d’action financière créé par le G7), avec entre
autres le Liechtenstein, les Bahamas et Israël, sur la
liste noire des “paradis fiscaux” refusant toute co-
opération dans l’identification des centaines de
milliards de dollars de l’argent du crime. Or Gay-
damak a un autre branchement très liquide avec le
régime angolais, l’écoulement des diamants par
son ami russo-israélien Lev Leviev, lui-même très
branché sur les vendeurs d’armes ukrainiens :
« Lev Leviev symbolise la montée en puissance de
cette nébuleuse [russo-israélienne dans le dia-
mant]. Originaire d’Ouzbékistan, émigré en Israël
162 Angola : pétrole, guerre, dette

en 1971, ce juif ultrareligieux de 44 ans se pré-


sente comme un “homme d’affaires international
et un philanthrope”. À la tête de sa société LDD
Diamonds, Leviev est devenu, en quelques années,
le deuxième industriel israélien du diamant, avec
un chiffre d’affaires de 1,5 milliard de dollars. En
1996, cet allié des travaillistes a pris le contrôle du
groupe Africa-Israël, un gros conglomérat aux acti-
vités variées (centres commerciaux, tourisme,
construction, industrie) qui a multiplié les inves-
tissements dans l’ancien empire soviétique. Prési-
dent et grand mécène de la Fédération des
communautés juives de l’ex-URSS, Leviev est pro-
tégé par les plus hautes autorités israéliennes. Et il
s’active beaucoup comme président de la chambre
de commerce russo-israélienne, cultivant d’étroites
relations avec les oligarques de l’ex-URSS, notam-
ment des marchands d’armes ukrainiens, capables
d’équiper les armées angolaises.
« En février dernier [2000], à la surprise géné-
rale, Lev Leviev a été choisi par le gouvernement
de Luanda comme acheteur exclusif des diamants
du pays I. Négocié avec l’aide de diplomates de
l’État hébreu, de proches du président Dos
Santos II et d’un homme d’affaires russo-israélien
très introduit en Angola, Arkady Gaydamak, ce
contrat providentiel de 1 milliard de dollars par
an a été soufflé à la barbe de De Beers et du vieux
diamantaire américain Maurice Tempelsman,

I. Il est aussi l’« un des principaux investisseurs de la mine de kim-


berlite [gangue du diamant] de Catoca, à travers sa société bri-
tannique, Daumonty Financing 127».
II. En particulier « Isabelle Dos Santos, fille à moitié russe du pré-
sident angolais 128».
François-Xavier Verschave 163

protégé du Département d’État et ami intime des


Clinton, naguère très en cours à Luanda.
« Avec cette percée angolaise, Leviev accède au
rang de véritable challenger mondial de De Beers.
Il ne s’arrête pas là. Fin juillet, il acquiert un
centre de taille et de polissage en Arménie, com-
plétant ses usines russe, ukrainienne, indienne,
chinoise, sud-africaine…. Et, ces derniers mois,
Leviev multiplie les voyages à Moscou. Non seule-
ment il souhaite développer les expéditions di-
rectes des pierres extraites des mines de Sakha
(ex-Iakoutie) vers le centre israélien Ramat Gan,
court-circuitant ainsi De Beers. Mais il rêve sur-
tout de devenir le partenaire exclusif d’Alrosa [Al-
maji Rossi Shaka], quand le contrat signé par le
monopole russe avec De Beers arrivera à échéance,
fin 2001. À la clef, le contrôle de 1,5 milliard de
dollars d’exportations ! […] “Ce n’est qu’une
question de temps, nous aurons la Russie”, mur-
mure, sûr de lui, un associé de Leviev I. “Si Alrosa
signe son futur accord d’exportation avec Leviev
plutôt qu’avec De Beers, ce sera une victoire dé-
terminante pour le camp russo-israélien”, estime
Olivier Vallée. 130»
Judy Dempsey précisait, dans le Financial
Times 131, que l’accord de Leviev avec le gouver-
nement angolais passait par une joint-venture
entre eux, Ascorp (Angola Selling Corporation),
et que Gaydamak avait « récemment acquis 15 %
d’Africa-Israël », le holding de Leviev. Une fois
encore, le journaliste Vladimir Ivanidze apporte

I. En mai 2001, le quotidien israélien Haaretz annonçait que


Leviev était sur le point d’acquérir en Russie, près d’Archangelsk,
une mine susceptible de produire à elle seule près d’un milliard
de dollars de diamants bruts par an 129.
164 Angola : pétrole, guerre, dette

des précisions éclairantes : « L’État d’Israël pour-


rait bénéficier de la production des gisements
d’uranium que possèdent Arcadi Gaydamak et
Lev Levaev au Kazakhstan. En effet, leur compa-
gnie Africa-Israël a fait l’acquisition, en 1999, par
l’intermédiaire de la filiale Sabton, du Combinat
d’extraction minière et de traitement chimique de
Tselina, baptisé Kazsabton, qui fut l’une des en-
treprises clés de la production d’armes nucléaires
d’URSS. 132»
Mais le rapprochement Gaydamak-Leviev ne se
réduit pas à ces colossales affaires : « Il y a aussi un
lien religieux I. Gaydamak […] est un juif charis-
matique [born again]. “Leviev a été fasciné par le
parcours de Gaydamak”, selon un ancien agent du
Mossad. “Par son retour au judaïsme. Par son im-
plication en Afrique. C’est une sorte de ‘portier’
[gatekeeper] de l’Angola.”
« Leviev est un fidèle de Chabab Loubavitch, un
mouvement ultra-orthodoxe qui vise à ramener les
juifs à leur religion. “Il est extraordinaire”, com-
mente un responsable israélien. “À travers sa Fédé-
ration des communautés juives dans l’ancienne
Union soviétique (FCJ), Leviev a distribué de l’ar-
gent aux nouvelles écoles juives, aux synagogues,
aux camps d’été et aux soupes populaires. Il est en
train de rebâtir les communautés juives.” “Gayda-
mak a été fasciné par Leviev, par ce qu’il fait pour
les juifs de Russie”, poursuit l’ancien du Mossad.
« L’influence de la FCJ de Leviev est si météo-

I. Si nous évoquons ici cette dimension religieuse, c’est parce que,


loin d’être seulement privée, elle est instrumentalisée dans le
contexte politique russe et les relations russo-israéliennes (Israël
ayant accepté de jouer un rôle d’interface financière offshore
entre l’ex-URSS et le système bancaire occidental).
François-Xavier Verschave 165

rique qu’elle a réussi le mois dernier à faire élire


son grand rabbin, Berl Lazar, grand rabbin de
Russie. Un camouflet pour Vladimir Goussinski,
propriétaire du puissant groupe Media Most. Lea-
der du Congrès juif russe, rival de la FCJ, il soute-
nait son propre candidat.
« “La FCJ a eu l’appui des oligarques”, selon un
responsable israélien. […] “Les intérêts de Poutine
et Leviev coïncident.” 133»
Peu de temps après, Goussinski était poursuivi
par la justice russe, obligé de s’enfuir, arrêté au
Portugal… Gaydamak, par ailleurs « passe pour
un proche du conseiller pour la sécurité de […]
Ehoud Barak, le général Danny Yatom, un ancien
patron du Mossad 134». Un journaliste russe pré-
cise que, dans son business angolais, Gaydamak
« aurait étroitement coopéré avec d’anciens agents
du Mossad. Selon certaines sources, ce seraient
eux qui l’auraient présenté à Lev Levaïev. […] Ce
même Levaïev se trouvait, fin décembre, auprès
du président Poutine pour la célébration de Ha-
noukka [la fête juive des Lumières] à Moscou 135».
Africa Confidential est plus actuel encore : « Les
intérêts de Gaydamak dans l’armement et les dia-
mants sont surveillés de près par le Mossad. 136»
La société Brenco a effectué 29 virements sur
un compte “Cascade”. Falcone a déclaré aux poli-
ciers qu’« ils ont tous été payés à la banque Leumi
de Tel Aviv 137». « Selon les enquêteurs, l’ayant
droit du compte Cascade […] serait Arcadi Gay-
damak. 138»
Résumons. La Russie et Israël sont au top du
classement mondial de l’opacité financière. Le dia-
mant est l’un des principaux vecteurs des trafics
166 Angola : pétrole, guerre, dette

illicites et du blanchiment d’argent. Le diamant


angolais, et bientôt le russe, vont passer sous la
coupe d’une nébuleuse russo-israélienne I, soute-
nue par les autorités de Tel Aviv et par Poutine II.
Au sommet de cette nébuleuse, on trouve des
hommes comme Leviev et Gaydamak… Manifes-
tement, cette vaste stratégie a le soutien d’une
Françafrique pro-Gaydamak, de Raymond Nart à
Jean-Charles Marchiani. Elle a aussi des ennemis,
« des gens qui m’en veulent pour des raisons qui
n’ont rien à voir avec la loi ni avec la vérité 140» III
Pas forcément… Il y a aussi des juges et des ci-
toyens qui estiment que l’interconnexion en
cours des immenses nappes financières parallèles
illégalement constituées sous l’égide ou la bien-
veillance de services secrets français, russes, israé-
liens, britanniques, américains, brésiliens IV, etc.
représente l’une des faces les plus dangereuses de
la mondialisation.

I. Le monopole israélien du diamant congolais, via IDI Diamonds


de Dan Gertl, n’a été que de courte durée. Il a été remis en cause
par Joseph Kabila.
II. Les fortunes rapides, colossales et douteuses des stars de cette
nébuleuse nourrissent malheureusement en Russie un antisémi-
tisme toujours en recherche de combustible 139.
III. Le premier “aviseur” du fisc, en 1994, était « lié à la Mairie de
Paris », à l’époque du divorce entre les tandems Balladur-Pasqua
et Chirac-Juppé 141.
IV. Rappelons que Gaydamak, d’origine russe, est français et
israélien, et qu’il s’était établi à Londres ; le Franco-Brésilien
Falcone était installé aux États-Unis, à proximité de la famille Bush
(ex-CIA). Au niveau où il est pratiqué, leur cocktail d’activités
(finance offshore, armes, pétrole, diamants, etc.) suppose de
hautes protections.
François-Xavier Verschave 167

9. Drôle de dette

Revenons à notre sujet principal, la dette causée


par le pétrole, partagée entre les paradis fiscaux et
les achats d’armes. L’ennui avec des personnages
aussi riches que Gaydamak, c’est qu’ils ont ten-
dance à déborder du cadre de l’épure. En 1997,
avec son compère Falcone, il a obtenu de la Russie
qu’elle divise par quatre ou six (selon les sources)
ses 5 (ou 7) milliards de dollars de créances sur
l’Angola. Si son pétrole n’était pas pillé, l’Angola
serait pourtant loin d’être insolvable. La nomen-
klatura moscovite a dû se faire payer très cher ce
cadeau colossal. L’État russe, lui, s’est retrouvé le
plus mal servi dans le partage du pactole angolais.
Outre les réseaux russes impliqués dans ce vaste
marchandage, on devine entre qui se sont partagés
les milliards manquants : les dirigeants de Luanda,
des compagnies pétrolières occidentales, les inter-
médiaires, les banques…
« Arkadi Gaidamak n’est pas qu’un simple ven-
deur d’armes à l’Angola à travers la ZTS-Osos
Rudka, entreprise slovaque dirigée par Pierre Fal-
cone […]. L’entrepreneur franco-russe […] a
acheté la dette de l’Angola à la Russie […], payant
seulement 16 pour cent de la valeur nominale, 7
milliards de dollars. […] Cette négociation “a eu
la bénédiction du Kremlin”, selon une source di-
plomatique russe. Dans le contrat de “remise” de
la dette était prévue, en contrepartie, la construc-
tion en Angola d’usines d’armement – “à cette pé-
riode, estimait-on à Paris, l’Angola avait vocation
à devenir un fabricant de munitions”, commente
une source gouvernementale angolaise. 142»
168 Angola : pétrole, guerre, dette

La “vocation” de l’Angola, entre pétrole et mu-


nitions…
Dès 1997, sous le titre « Opération “Falcone/
Gaydamak” », La Lettre du Continent 143 détaillait
ce rachat de la dette russe, jumelé à des achats
d’armes : « Cette équipe franco-russe vient coup
sur coup de remporter deux nouveaux contrats
d’armements d’un montant global de 420
millions de dollars (la deuxième tranche a démarré
fin juillet I […]) et une opération de rachat de la
dette angolaise à l’égard de l’ex-URSS (5 mil-
liards de dollars). Pour ce rachat, l’Angola a déjà
promis 300 millions de dollars et 30 000 barils par
jour [1,5 million de tonnes par an] dans le cadre
d’un montage parrainé par un consortium formé
de Menatep, Onexim, Glencore et Zuc, spécia-
listes des barters II pétroliers. Paribas et ses deux ex-
perts des “opérations spéciales” (Jean-Didier Maille
et Alain P. Bernard), qui travaillent à Paris avec
P. J. Falcone, seraient aussi associés à l’opération.
Arcadi Gaydamak et Jean-Charles Marchiani de-
vaient se rendre fin août à Moscou pour conclure
ce vaste montage pétrolo-financier. […]
« Du côté angolais, l’équipe franco-russe peut
compter sur deux “correspondants” au top
niveau : José Leitao, le secrétaire général de la pré-
sidence et Elisio Figueiredo, le “troisième” ambas-
sadeur d’Angola à Paris. Homme des affaires
privées du président, Elisio Figueiredo dispose,
comme l’ambassadeur officiel et celui qui repré-
sente l’Angola auprès de l’Unesco, de toutes les

I. Au milieu, rappelons-le, d’une phase décisive de la guerre


civile congolaise (5 juin-15 octobre 1997).
II. Trocs élaborés, jouant sur les quantités et les dates.
François-Xavier Verschave 169

immunités d’un diplomate en poste. C’est en


1993 que Roland Dumas, alors ministre des Af-
faires étrangères, avait exceptionnellement accordé
cette faveur à l’homme de Dos Santos à Paris pour
faciliter les premières opérations de livraisons
d’armes et de produits alimentaires à l’Angola par
l’équipe Falcone/Gaydamak (plus de 400
millions de dollars de contrats). »
On retrouve, et ce n’est pas un hasard, un autre
protagoniste de l’affaire Elf. Et bien sûr Jean-
Charles Marchiani, l’émissaire polyvalent de
Charles Pasqua. Peu après ces prouesses angolo-
congolaises, il décora Gaydamak de l’ordre du Mé-
rite. Lorsqu’il déclare au Monde 144 que « M.
Falcone a défendu les intérêts français dans la ré-
gion », cela n’exclut pas les intérêts particuliers de
certains Français. « Dans un document saisi chez
son assistante, Falcone explique en des termes par-
faitement clairs au président angolais qu’“une
avance de 450 000 dollars”, sur 1,5 million au
total, a été versée à un certain “Robert”. Or ledit
Robert, trahi par les numéros de téléphone accolés
à son nom sur l’agenda de Falcone, n’est autre que
Jean-Charles Marchiani », assure Nicolas Beau 145.
Ce document entre les mains des juges est une
note intitulée “Robert”, rédigée début 1999. La
secrétaire, Isabelle Delubac, résume les propos
tenus par Falcone en présence du président ango-
lais Dos Santos : « Un accord politique a été passé.
Nous avons avancé à titre personnel 450 000 dol-
lars. De ce qu’ils nous disent, ils en attendent en-
core 6 à 7 millions de francs […]. Je crois savoir
que cet argent devrait être utilisé dans sa totalité
pour la campagne des élections européennes. […]
170 Angola : pétrole, guerre, dette

Cela assurerait le début d’un vrai lobby immédia-


tement opérationnel auprès du Parlement euro-
péen. 146» Une pétrodictature se serait payé un
groupe d’eurodéputés ?
Marchiani est explicitement visé dans le libellé
de la mise en examen de Falcone, « ce qui est très
exceptionnel. […] Avec cette précision : “Verse-
ments à Jean-Charles Marchiani” 147». Celui-ci
dément, ou se tait, fidèle à la logique de l’action
secrète dont il est issu.
Hommes de l’ombre, circuits financiers mysté-
rieux. Si l’on s’en tient aux chiffres de Rosa
Mendes, 84 % des créances russes se sont évapo-
rés. L’Angola a commencé à payer le solde, par
tranches de 40 millions de dollars : déjà 1 milliard
de dollars (7 milliards de francs). Or cet argent
s’est lui aussi volatilisé !
« Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak […] se
chargent de “restructurer” la dette angolaise […]
vis-à-vis de la Russie […] à partir de la Suisse où
ils bénéficient des précieux conseils de Paribas-
Genève, sans parler des montages de Glencore,
[…] dirigée jusqu’en 1996 par le désormais cé-
lèbre Marc Rich. […]
« La justice suisse enquête depuis la fin de dé-
cembre [1999], dans le cadre d’une procédure
anti-blanchiment […], sur une cinquantaine de
comptes. Lesquels appartiennent à Falcone, Gay-
damak et à quelques-uns de leurs obligés – dont
l’ambassadeur angolais Eliseo de Figueredo ou le
français Paul-Loup Sulitzer. […]
« Les Suisses ont découvert que plusieurs de ces
comptes présentaient des “montages ahurissants”,
pour reprendre l’expression d’un des enquêteurs.
François-Xavier Verschave 171

Ainsi le milliard de dollars déjà remboursé ne se


retrouve pas, pour la plus grande part, dans les
caisses de Moscou. Ce versement a profité à une
mystérieuse société offshore […] dont Gaydamak,
Falcone et leurs amis sont les principaux opéra-
teurs. “Les amis de Falcone ne sont pas des
manches, commente un banquier suisse, ils ont
mis en place des écrans subtils”, [… le] genre de
montage [qui] favorise les “pertes en ligne.” 148»
Faut-il dès lors s’étonner quand Gaydamak se
flatte d’avoir multiplié « de façon importante ses
revenus tous les ans 149» ? C’est quand même ex-
traordinaire : avec ses associés Falcone et Leviev,
Gaydamak est gavé de pétrole et de diamants, et
en plus il reçoit de l’argent sans contrepartie appa-
rente ! On ne peut s’empêcher de penser à des
contreparties non déclarées, à des deals différés.
Selon Africa Confidential du 2 mai 2000, « un ac-
cord sur la dette angolaise envers la Russie serait
sans doute basé sur un troc contre du pétrole et
des diamants. […] En décembre dernier, […]
Moscou et la compagnie russe Alrosa ont fait pres-
sion sur le gouvernement angolais pour qu’il
vende la totalité de sa production de diamants à la
Russie pour régler sa dette 150».
Et nous qui croyions que cette dette avait été ré-
glée lors du grand marchandage de 1997 ! On
comprend mieux les affirmations de Pedro Rosa
Mendes : « À partir de 1996 au moins, l’Angola a
pu effectuer des transferts nets à l’étranger en di-
rection de personnalités très proches du président
José Eduardo Dos Santos, tel que Gaidamak […],
au travers de très nombreux réseaux financiers.
[…] L’Angola n’est plus seulement un endroit
172 Angola : pétrole, guerre, dette

pour des affaires rentables ; Luanda fonctionne


aussi comme un “pipe-line” pour des sommes éle-
vées qui pourront passer par Gaidamak, mais
continueront plus loin vers les secteurs obscurs de
l’ex-URSS. »
On devine mieux, du coup, ce que cache cette
phrase sibylline de La Lettre du Continent 151 :
« Le recyclage de l’or noir des pays du golfe de
Guinée n’a pas fini de remplir les dossiers de la
brigade financière. Surtout si les magistrats “croi-
sent” les dossiers : ventes d’armes à l’Angola par
Brenco International (dont Pierre Falcone est le
patron), affaires Méry I et “Sentier” II chez Me Al-
lain Guilloux et trafic des vrais-faux dinars de
Bahreïn », une opération de deux milliards de
francs mouillant plusieurs gouvernements 154. En
plus clair : si les remontées ne passent pas par des
circuits officiels, elles sont forcées d’emprunter ou
de susciter des circuits occultes.
L’on peut craindre cependant, à ce jeu, de ren-
contrer la loi : « L’année de la renégociation de la
dette angolaise, Falcone décide de s’installer en
Suisse. […] Sa demande de permis de résident

I. Le racket chiraquien des marchés d’Île-de-France, avec bran-


chement partiel sur les pays pétroliers du golfe de Guinée. Selon
une ordonnance des juges d’instruction Armand Riberolles, Marc
Brisset-Foucault et Renaud Van Ruymbeke, en date du
17.07.2001, l’ancien numéro 2 de la DGSE Michel Roussin (pré-
sumé innocent) « a été décrit par de nombreux protagonistes du
dossier comme ayant joué un rôle central dans la mise en place
et le fonctionnement du dispositif de financement des partis poli-
tiques, et plus particulièrement du RPR 152».
II. Une escroquerie en chaîne de 540 millions de francs “au détri-
ment” de grandes banques françaises, organisée depuis le quar-
tier parisien du Sentier. Treize des protagonistes de l’affaire se
sont enfuis en Israël. Au procès, le procureur François Franchi a
accusé ce pays de se mettre « au ban de la communauté inter-
nationale en matière de blanchiment » 153.
François-Xavier Verschave 173

permanent est appuyée par les dirigeants de


Matra, autres marchands d’armes de ses amis. […]
[Il] installe […] sa société Montaigne Financial
Service […] sur les bords du lac Léman, au domi-
cile d’un ancien cadre de la banque israélienne
Leumi. […] Coup du sort : à peine vient-il d’ob-
tenir son permis de résident que Falcone est incar-
céré. 155»
Gaydamak s’épargnera ce triste sort en fuyant
en Israël – d’où il poursuivra en diffamation la
DGSE et les Renseignements généraux I ! Leurs
notes distillées dans les journaux sont, prétend-il,
la principale cause de ses déboires 157. C’est trop
injuste d’avoir si mauvaise presse quand on a si
grande fortune.

Mais il n’y a pas, évidemment, que la dette


russe. À Luanda, la comptabilité publique est
considérée comme un art abstrait, un luxe super-
flu. Les trous peuvent s’y creuser encore plus vite
qu’à Brazzaville. Plus ça rentre, plus ça fuit. Fin
1998, « le total des bonus pétroliers offerts par les
trois chefs de file des blocs 31 à 33, British Petro-
leum (BP), Exxon et Elf, approche déjà le milliard
de dollars – sans compter les opérateurs associés…
Chevron atteint 25,5 millions de tonnes par an sur
le seul bloc 0, au Cabinda. Mais le système bancai-
re est à genoux et le déficit budgétaire béant 158».
Cependant, le gage pétrolier surabonde. Paribas
(avec Alain Bernard 159), la BNP et la Société gé-
nérale sont en première ligne du secourisme finan-

I. Pour faire bonne mesure, il indique qu’il va porter plainte contre


le ministre de la Défense Alain Richard, un conseiller du ministre
des affaires étrangères, Georges Serre, et le juge Philippe
Courroye 156.
174 Angola : pétrole, guerre, dette

cier… Tout comme le “retraité d’Elf” Jack Sigolet,


qui « consacre désormais la majorité de son acti-
vité à l’Angola 160».
Mi-1998, « le nouvel accord passé avec le négo-
ciant Glencore vient d’hypothéquer virtuellement
la totalité de la part pétrolière du gouvernement
en échange du versement anticipé de 900 millions
de dollars. […] Les conditions de cet accord,
énoncées dans un mémorandum confidentiel
[…], témoignent de la gravité de la crise finan-
cière que traverse le gouvernement. [… Pourtant,]
l’accord […] passe par Sonangol et la présidence
plutôt que par le ministère des Finances. […] La
dette extérieure angolaise [atteint …] 11,5 mil-
liards de dollars 161».
Les dettes angolaises ont toujours besoin de sang
neuf. Sinon les créanciers se paralysent entre eux :
« Le tribunal de commerce de Nanterre a autorisé,
le 6 juin 1997, la société Crescent Oil Shipping
Services à pratiquer une saisie conservatoire sur les
biens d’Elf Exploration Angola et Total Angola I
pour une ardoise de 22,1 millions de dollars que
lui doit la Sonangol 162» !
Dès 1992, on a bradé le patrimoine public : le
Crédit commercial de France (CCF) – une
banque chère à Sigolet – s’associe « à des Portugais
pour réaliser des opérations de privatisation par
rachat de dettes 163».
Rappelons qu’au printemps 2000 Glencore a
encore levé 3 milliards de dollars de prêts gagés à
l’Angola, avec des banques comme Paribas et la
Société générale.

I. La justice est toujours aussi inopportune : faire des soucis finan-


ciers à Elf et Total alors que s’amorçait depuis la veille l’accou-
chement du Congola !
François-Xavier Verschave 175

Toute cette ingénierie financière privée, plus les


prêts à tout va de l’Agence française de développe-
ment I, plus l’alliance politico-militaire scellée en
1997 dans la mise sous tutelle du Congo, ont ou-
vert de vastes opportunités aux entreprises trico-
lores. Cette année-là, le BTP français a décroché
1,3 milliard de francs de travaux en Angola.
Thomson a bénéficié de gros projets civils et mili-
taires. France Telecom est le partenaire attitré des
télécommunications angolaises, dont Alcatel est
l’un des principaux fournisseurs 165. Rappelons
que le taux global des commissions sur l’Angola
atteint les 40 ou 50 %. Autrement dit, sans préju-
ger de l’utilité des projets mis en œuvre à crédit,
on sait dès le départ que le débiteur ultime, le
peuple angolais, est spolié de près de la moitié de
ce qui a été emprunté en son nom.
L’essentiel de l’autre moitié paie l’effort de
guerre, la construction des infrastructures de l’ex-
ploitation pétrolière et de sa logistique, y compris
les ghettos du personnel expatrié. Pour les Ango-
lais, la contrepartie de leur pétrole, et de la dette
qu’il a permise, se résume à une succession de
drames, la misère, le handicap, un océan de souf-
france. Quelle instance internationale pourra en-
visager de les contraindre à payer cette dette ?
Quel tribunal pénal international jugera un jour
leurs tortionnaires ?

I. Avec d’étranges tours de passe-passe : début 1993, la CFD


(future AFD) prête 553 millions de francs à Elf Exploration
Angola ; en octobre 1994, lors d’une échéance de rembourse-
ment de 6 millions de dollars à la CFD, Elf se substitue à l’État
congolais défaillant afin de faciliter le déblocage de nouveaux
prêts… 164
Dette & ajustement structurel :
le cercle vicieux

Les pays pauvres ayant accumulé des


niveaux de dette insupportables n’ont pas
accès au marché classique des capitaux. Ils
sont tributaires d’institutions telles que le
Fonds monétaire international et la Banque
mondiale pour obtenir des prêts à taux
concessionnels. En échange, ils s’engagent à
mettre en œuvre des programmes d’austéri-
té budgétaire et de réformes structurelles :
les tristement célèbres plans d’ajustement
structurel. Plans qui sont définis en réponse
aux exigences des institutions financières
internationales et qui ont comme priorité
absolue le rétablissement des équilibres
macro-économiques, quel qu’en soit le coût
social et humain. Coupes claires dans les
budgets sociaux et environnementaux, pri-
vatisations et licenciements massifs en sont
les composantes habituelles et ne font
qu’enfoncer les pays dans la récession et la
spirale de la dette. Les changements cosmé-
tiques du Fonds monétaire international
(FMI) et de la Banque mondiale, qui enten-
dent depuis 1999 mener des programmes
de « croissance et réduction de la pau-
vreté », ne suffisent pas à masquer le fait
que l’ajustement est encore et toujours à
l’œuvre, continuant de creuser les inégalités
à l’échelle nationale et mondiale.
Source : <www.globenet.org/ifi>
Conclusion
La “Mafiafrique” pour horizon ?

R epartons de la « Françafrique », cette face


immergée de l’iceberg des relations franco-
africaines. En 1960, l’histoire accule De Gaulle à
accorder l’indépendance aux colonies d’Afrique
noire : telle est la nouvelle légalité internationale
proclamée, la face émergée, immaculée (la France
meilleure amie de l’Afrique, du développement et
de la démocratie). En même temps, Foccart est
chargé de maintenir la dépendance, par des
moyens forcément illégaux, occultes, inavouables.
Il sélectionne, par la guerre (plus de 100 000 civils
massacrés au Cameroun), l’assassinat ou la fraude
électorale, des chefs d’État “amis de la France”. À
ces gardiens de l’ordre néocolonial, il propose un
partage de la rente des matières premières et de
l’aide au développement. Les bases militaires, le
franc CFA convertible en Suisse, les services se-
crets et leurs faux-nez (Elf et de multiples PME,
de fournitures ou de “sécurité”) complètent le dis-
positif. Lequel tendra aussi constamment à gri-
gnoter les anciennes colonies belges (Congo,
Burundi, Rwanda), espagnole (Guinée équatoria-
le), portugaises (surtout l’Angola), voire britan-
niques (sud-est du Nigeria, Sierra Leone), ou le
Liberia sous tutelle américaine.
C’est parti pour quarante ans de pillage, de sou-
tien aux dictatures, de coups fourrés, de guerres
secrètes – du Biafra aux deux Congos. Le Rwanda,
les Comores, la Guinée-Bissau, le Liberia, la Sierra
178 Conclusion

Leone, le Tchad, le Togo, etc. en conserveront


longtemps les stigmates. Les dictateurs usés, bouli-
miques, dopés par l’endettement, ne pouvaient
plus promettre le développement. Ils ont dégainé
l’arme ultime, le bouc émissaire : « Si je prolonge
mon pouvoir, avec mon clan et un discours ethni-
sant, c’est pour empêcher que vos ennemis de
l’autre ethnie ne m’y remplacent ». On connaît la
suite. La criminalité politique est entrée en syner-
gie avec la criminalité économique.
De telles dérives n’ont pas été sans déteindre sur
la France : on est passé de la “raison d’État” foc-
cartienne, très contestable, aux frères et neveux de
Giscard, aux fils de Mitterrand et Pasqua… Les
milliards dispensés par les Tarallo, Sirven et com-
pagnie ont connu une inflation sans mesure, bien
au-delà du seul financement des partis. Les méca-
nismes de corruption ont fait tache d’huile en
métropole, avec les mêmes entreprises (Bouygues,
Dumez), les mêmes hommes (Étienne Leandri,
Roger-Patrice Pelat, Michel Pacary, Michel
Roussin, etc.), les mêmes fiduciaires suisses,
banques luxembourgeoises, comptes panaméens.
Une partie du racket des marchés publics franci-
liens était recyclée via la Côte d’Ivoire ou l’Afrique
centrale.
Mais plusieurs pas supplémentaires ont été fran-
chis en Angola. Désormais, les trafiquants d’armes
comme Falcone ou les sociétés de mercenaires ont
officiellement leur part dans les consortiums pétro-
liers : la guerre est programmée avec l’exploitation
pétrolière. Il est significatif d’ailleurs que nombre
de personnages clefs du pétrole français aient été
également vendeurs d’armes, membres ou proches
François-Xavier Verschave 179

des services secrets : les Étienne Leandri, Alfred


Sirven, Pierre Lethier, Jean-Yves Ollivier, Arcadi
Gaydamak… La Fiba, banque fétiche du pétrole,
abritait encore les comptes de l’empereur des jeux
Robert Feliciaggi, éminence du réseau Pasqua. Des
députés, des journalistes, des enquêteurs de la po-
lice judiciaire soulignent à satiété les liens financiers
des frères Feliciaggi avec Jean-Jé Colonna, présenté
comme le « parrain » de la Corse. Enfin, plusieurs
affaires en cours établissent des connexions entre le
recyclage des pétrodollars et le faux-monnayage ou
le narcotrafic – à commencer par la Birmanie, dont
la junte a rallié la Françafrique avec enthousiasme.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que datent les liens
entre le pétrole, les ventes d’armes et les Services, ni
les accointances de ces derniers avec le narcotrafic
et les mafias. La plupart des Services estiment que
leurs besoins excèdent très largement les budgets
qui leur sont votés. Au-delà du renseignement, ils
estiment de leur rôle de surveiller, contrôler, infil-
trer la criminalité organisée qui tient des régions ou
des secteurs entiers, et de négocier avec elle. Pour la
constitution et la circulation de leurs cagnottes,
ainsi que l’efficacité de leurs alliances, ils ont beau-
coup contribué à l’essor des paradis fiscaux. Au
nom de la sécurité nationale. Mais la mondialisa-
tion dérégulée des moyens de paiement, l’explosion
de l’argent sale et des volumes traités par ces terri-
toires hors la loi ont fait céder les digues. Quand
“l’honorable correspondant” Sirven, jongleur de
milliards, se vante d’avoir vingt fois de quoi faire
sauter la classe politique, il résume malheureuse-
ment l’inversion des pouvoirs : la Françafrique prô-
nait la raison d’État avec des méthodes de voyous,
180 Conclusion

ceux qui les ont appliquées sont devenus des


voyous qui font chanter la République.
Autre enseignement angolais : derrière Falcone,
se profile Arcadi Gaydamak, proche des Services
français (la DST, du moins), russes, israéliens. Cet
homme aux quatre passeports est une figure de la
mondialisation, à l’instar des Henry Leir, Étienne
Leandri, Marc Rich, Nadhmi Auchi. Le multimil-
liardaire Gaydamak apparaît branché sur les cir-
cuits de vente à vil prix du pétrole, des engrais, des
diamants, des armements, des créances de l’ex-
URSS. On sait que ces circuits, organisés offshore
avant même la chute du mur de Berlin, ont généré
une gigantesque et très inquiétante nappe de liqui-
dités. Les protagonistes du pétrole angolais se sont
branchés sur ce pactole. Bref, ce pays est devenu le
champ expérimental d’un passage de la
Françafrique à la “Mafiafrique”. La Françafrique
s’y connecte avec ses homologues américain, bri-
tannique, russe, israélien, brésilien… Plus à l’est,
elle rencontre ses homologues chinois, sud-afri-
cain, etc. De temps à autre, ce difficile partage
mafieux des richesses africaines nourrit une
effroyable guerre civile. Ainsi dans l’ex-Zaïre.

Bien public ou criminalité financière


C’est bien loin, diront certains. Pas si sûr. La
France est duelle. Le cynisme françafricain s’inspi-
re des slogans anti-dreyfusards : la grandeur, l’hon-
neur, l’intérêt “supérieur” de la nation. Mais beau-
coup de Français se sentent davantage héritiers de
ceux qui placèrent plus haut la vérité et la justice.
S’il est des Africains qui aiment la France, c’est
François-Xavier Verschave 181

aussi pour cela. Nous sommes également les héri-


tiers de deux cents ans de mouvement social. Nos
ancêtres ont bâti un socle de biens publics, de
biens de civilisation surplombant la logique mar-
chande : l’éducation, la santé, la retraite, les congés
payés, etc. Seuls quelques idéologues bornés
contestent leur efficacité économique : un peuple
éduqué et en bonne santé est plus efficace qu’un
peuple maltraité. Jusqu’à un certain pourcentage
de prélèvements obligatoires, l’élargissement des
biens publics est un jeu à somme positive. Il élar-
git aussi la richesse privée. Tout le monde y gagne.
C’est ce que nous ont écrit prophétiquement les
deux jeunes Guinéens qui, durant l’été 1999, sont
morts de froid dans une soute d’avion, demandant
en tant qu’êtres humains le droit à l’éducation.
Leur questionnement désigne un champ immense
de mondialisation positive, prenant aussi en comp-
te d’autres défis planétaires (effet de serre, sida, pol-
lution des mers, accès à l’information, justice péna-
le, droit économique et social, etc.). Survie a ouvert
un chantier scientifique et militant pour accélérer
la conquête collective de ces biens publics mon-
diaux, via l’association Bien public à l’échelle mon-
diale 1. Une formidable perspective pour un nou-
vel élan de la solidarité internationale.
Les paradis fiscaux ne sont pas seulement les
réceptacles de la criminalité, les sièges des sociétés
de mercenaires, les coffres-forts des pilleurs de
l’Afrique. Si même un Jean-Christophe
Mitterrand, qui se présente au juge comme un
grand naïf I, est capable de cacher au fisc 13 mil-

I. Il considère cependant, dans Mémoire meurtrie 2, que « Roger-


Patrice Pelat, aventurier flamboyant », a été pour lui « un second
182 Conclusion

lions de revenus, il n’y aura bientôt plus que les


pauvres et les imbéciles pour payer les impôts !
Nous aurons perdu deux cents ans de conquêtes
sociales, gâché le combat collectif pour la dignité.
Adieu l’école gratuite et la couverture maladie uni-
verselle ! En appelant un crime un crime, sans l’au-
torisation du gouvernement, le juge Courroye a
aidé les Français à comprendre le monde où ils
vivent, tel qu’il est et non tel qu’on nous le dépeint.

N’enterrons pas trop vite


la Françafrique
L’incarcération de Jean-Christophe Mitterrand,
après celle de Pierre Falcone, a comme débondé les
médias, débordant le cercle des spécialistes de
l’Afrique. Télés, radios, hebdomadaires, journaux
ont déversé les informations, parfois les scoops, sur
les trafics d’armes mortifères, l’action délétère des
réseaux, la noria des valises à billets. “La França-
frique, le plus long scandale de la République”, est
sortie du “Noir silence” où elle était plongée. Elle a
fait, longuement, la une de l’actualité.
Les intérêts en jeu sont énormes, notamment
dans le pétrole et la privatisation des services
publics. La carte des réseaux et lobbies françafri-
cains est en pleine mutation, mais leur puissance
financière et médiatique reste dominante dans le
paysage français. Plusieurs des principaux leaders
politiques sont mouillés jusqu’au cou. La plupart
des autres, et l’essentiel de la classe politique, sont
intimidés. Comptez le reste, ceux qui se sont oppo-

père ». Avant de passer à un autre parrain interlope : « Avec


Falcone, nous faisons très régulièrement le point ensemble à
Paris, Londres ou Phoenix. »
François-Xavier Verschave 183

sés publiquement à la persistance de ce système :


sur les doigts d’une main.
Bref, il fallait tenter de bloquer le déferlement
des révélations. Et d’abord discréditer l’action des
juges, dont certains, enfin, intervenaient en liberté
dans ce “domaine réservé”. Haro sur le troisième
pouvoir ! Montesquieu n’est pas la tasse de thé des
Charasse, Pasqua, Mitterrand, etc. Une armée
d’avocats abusait de la stratégie de rupture I, théo-
risée jadis par Jacques Vergès au service des peuples
opprimés, pour secourir les réseaux milliardaires II.
Les vendeurs d’armes et leurs amis ont été trans-
formés en victimes. Depuis les plus gros médias,
un tombereau d’insultes a été déversé sur le juge
Courroye, interdit de réponse : s’il esquissait une
réaction, il serait dessaisi pour partialité. Et puis,
“on” a ressorti un décret de 1939 interdisant à la
justice de se mêler des trafics d’armes sans le feu
vert du gouvernement.
En même temps était déclenchée une magistrale
entreprise de “communication” autour du mot
“Françafrique”. Dès 1994, Survie avait inventé et
forgé ce concept dans son sens actuel III. Nous
avions signalé que nous reprenions, en la détour-
nant, une expression utilisée en quelques discours,
autour des années 1960, par l’Ivoirien Houphouët-

I. Stratégie judiciaire qui privilégie la contestation des juges par


rapport à l’objet du procès.
II. Ce renversement reflète la trajectoire personnelle de Jacques
Vergès, transformé en défenseur des Bongo, Sassou, Déby et
autres Eyadema.
III. Nous avons utilisé le terme pour la première fois, incidemment,
en janvier 1994 3. Nous l’avons développé à partir du génocide
du Rwanda, affiché dans le titre du « Dossier noir n° 2 », Les
Dérives mafieuses de la Françafrique 4. Nous en avons donné une
première définition dans le « Dossier noir n° 7 », France-
Cameroun 5.
184 Conclusion

Boigny. Cet indépendantiste “retourné” y fantas-


mait une relation fusionnelle avec la métropole.
L’ennui, c’est que le terme, désormais incontour-
nable, renvoie quasi automatiquement à nos tra-
vaux, qui en exposent les acteurs et les rouages, et
qui montrent surtout que le système est loin d’avoir
perdu sa nuisance. Au contraire : en Afrique cen-
trale ou sur l’océan Indien, l’iceberg a tendance à
s’enfoncer, la Françafrique passe des alliances avec
ses homologues, adossées à d’autres métropoles.
On a donc vu fleurir à longueur d’éditoriaux et
d’articles, à commencer par Le Monde, de savantes
étymologies de la “Françafrique” renvoyant uni-
quement à Houphouët – qui voulait dire le
contraire de l’acception présente ! Il s’agit d’ôter au
concept sa virulence, son tranchant, en le coupant
de la source qui l’actualise… Simultanément, les
médias bombardent le même refrain : la
Françafrique, c’est fini – depuis l’arrivée de Chirac
ou celle de Jospin, selon que le locuteur penche à
droite ou à gauche. Partout, l’on conjugue le
terme au passé révolu. « La page de la Françafrique
est tournée », a “martelé” I le ministre de la
Coopération Charles Josselin à l’occasion du
Sommet franco-africain de Yaoundé – chez le très
françafricain Paul Biya.
De fait, la Françafrique a pris des coups. Le
“secret défense” qui la protège est percé, les révéla-
tions vont se poursuivre, les Français paraissent
plus réceptifs à la proposition d’un assainissement.
Mais la pire erreur serait de croire qu’elle est déjà

I. Les journalistes ont été si percutés par l’insistance du discours


ministériel que plusieurs ont utilisé ce verbe pour en rendre
compte.
François-Xavier Verschave 185

vaincue. Dans Le Monde du 16 mars 2001,


Stephen Smith (après avoir épinglé au passage « les
pourfendeurs de la vingt-cinquième heure du néo-
colonialisme français, […] de la “Françafrique” »)
nous explique qu’il serait bien naïf de croire que la
France peut opérer dans un pays comme l’Angola
sans enfreindre la légalité internationale. Disparue,
la Françafrique ? Non. Son sort est lié à une
conviction persistante : l’on ne peut pas traiter les
États africains comme des États de droit, avec les-
quels passer des contrats équitables.

Les voies du droit


À la conquête de l’État de droit, national et inter-
national, il n’y a d’alternative que la “loi de la
jungle”, l’arbitraire du plus fort et du plus riche. À
ceux qui douteraient de l’efficacité d’une telle
approche, rappelons ce renversement récent : ce
sont désormais les avocats des riches et des crimi-
nels contre l’humanité qui sont contraints d’inven-
ter des “stratégies de rupture”, alors que c’étaient
autrefois les avocats des opprimés.
Les mouvements citoyens l’ont compris. Arnaud
Zacharie, chercheur au Comité pour l’annulation
de la dette du tiers-monde (CADTM), pointe la
criminalité financière qui a surendetté l’Argentine,
dans une approche voisine de celle de ce Dossier
noir 6. La Campagne française pour l’annulation
de la dette des pays pauvres très endettés 7, coor-
donnée par le CCFD (Comité catholique contre la
faim et pour le développement), propose entre
autres la création d’une Cour internationale d’arbi-
trage « pour juger des responsabilités des emprun-
186 Conclusion

teurs, des prêteurs et des fournisseurs, les ONG


pouvant se porter partie civile ». Une révolution !
Elle est en germe dans les attendus du “Tribunal
de la dette extérieure”, institué en 1999 par la
société civile brésilienne. Il considérait entre autres
que « la dette des pays les plus pauvres et les plus
endettés a déjà été payée » ; « que cet endettement
a été créé par des gouvernements dictatoriaux,
donc illégitimes et anti-populaires, et que les
créanciers de ces gouvernements, en plus d’être
leurs complices, étaient au courant des risques
qu’impliquaient ces prêts » ; « que l’expansion de
la dette est liée aux élites brésiliennes qui, dans
toute l’histoire et actuellement, ont été complices
avec les institutions financières de l’étranger, pri-
vées, officielles et multilatérales ». Le “Tribunal”
demandait « l’audit de la dette publique extérieure
et de tout le processus de l’endettement brésilien,
[…] afin de vérifier financièrement et juridique-
ment s’il existe encore une dette à payer, qui doit
la payer, et d’établir des normes démocratiques de
contrôle et d’endettement ».
Odile Biyidi, qui fonda la revue Peuples noirs
avec son mari l’écrivain camerounais Mongo Béti,
résume de manière percutante l’illégitimité de la
dette et suggère une attitude plus offensive que la
simple demande d’une amnistie I : « Qu’est-ce que
c’est que ces pays où il faut tout contrôler, où il
faut que le FMI fasse les comptes, que les mission-
naires des ONG soignent et éduquent ? Ils ont des
dirigeants incapables ? Oui, et on sait pourquoi,
parce qu’ils ont été mis là, par les bailleurs de

I. Selon Jacques Chirac 8, « depuis le début de la crise de la dette


[…], la France défend une politique généreuse ».
François-Xavier Verschave 187

fonds, en raison même de leur incapacité à gérer


ces fonds autrement que pour les retourner au cen-
tuple à certains malins, en se servant bien sûr gras-
sement au passage.
« Ce qui serait plus logique et plus sain, ce serait
de faire rembourser la dette non pas par des popu-
lations qui n’ont rien reçu, mais d’abord par tous
ceux qui ont profité de l’argent indûment : entre-
prises surpayées, commissions pharaoniques d’un
lot d’intermédiaires véreux, trésors de guerre des
dictateurs, fonds secrets des partis politiques. Ce
sont tous ces gens-là qui sont pour qu’on efface
tout. […] La remise de la dette doit […] être
accompagnée d’enquêtes et de poursuites interna-
tionales pour faire la lumière, sinon c’est une
prime à la délinquance. C’est l’argent du peuple, le
peuple doit savoir ce qu’il en fait. 9»
Une illustration parmi d’autres de la complicité
des créanciers. Le 4 avril 2001, Le Monde titrait :
« Un nouveau circuit financier secret d’Alfred
Sirven découvert au Liechtenstein 10», avec le
retrait de 200 millions de francs d’argent liquide.
La somme provenait entre autres d’un compte
“Lille” I, ouvert par Alfred Sirven à la Banque de
dépôt et de gestion (BDG) de Lausanne. Le 1er
mars précédent, Sirven avait déclaré au juge Van
Ruymbeke, à propos de sa fuite aux Philippines :
« Il m’avait été vivement conseillé de m’éloigner.
[…] En retour, il m’a été assuré que je pourrais
séjourner à l’étranger sans risque particulier… »
Face à cette impudence, l’envie est forte d’enga-
ger des plaintes devant les juridictions pénales.

I. Coïncidence : le parti de l’actuel président de la République


française avait, jusqu’à une date récente, son siège rue de “Lille”.
188 Conclusion

Mais la répression de la criminalité financière inter-


nationale est encore dans les limbes. Elle devrait
être à notre avis un objectif majeur des mouve-
ments civiques. Il faudrait d’une part faire recon-
naître à certaines pratiques prédatrices le caractère
d’« infractions graves » relevant de la « participation
à groupe criminel organisé », comme le suggère
François Lille 11. Des voies sont d’autre part
explorées pour obtenir des incriminations pénales
devant la justice française, mais il serait contre-
productif d’en faire état prématurément.
Il est possible aussi dès aujourd’hui, sur la base
des éléments signalés dans le présent livre, d’enga-
ger des procédures de droit civil contre les escro-
queries de la dette et de marquer peut-être, politi-
quement, des points décisifs. Des associations de
contribuables congolais ou angolais pourraient se
constituer et faire constater la nullité de certains
prêts à leur pays. Les causes de nullité ne man-
quent pas. Il y a “vice du consentement” quand il
est fait violence à l’emprunteur, par exemple lors-
qu’on l’a acculé à une situation financièrement ou
militairement désespérée. Il y a “absence de cause”
quand l’argent prêté à un État est allé directement
sur les comptes personnels de ses dirigeants, sans
passer par les caisses publiques : dans une jurispru-
dence retentissante, la Suisse a admis qu’en ce cas
il fallait distinguer entre patrimoines privé et éta-
tique. Dès lors, ce serait aux destinataires des
sommes à les rembourser… Il y a “cause illicite”
dans le cas d’un achat illégal d’armes : le contrat est
également nul.
Les demandes en annulation pourront par
ailleurs être agrémentées de demandes en répara-
François-Xavier Verschave 189

tions si l’on peut établir la mauvaise foi des prê-


teurs. Pour certains que nous avons cités, ce ne
devrait pas être trop difficile… De même, nombre
des commissions évoquées pourraient être récla-
mées, avec dommages et intérêts, pour absence de
cause (service insignifiant ou inexistant), cause illi-
cite, dol (tromperie) ou “violence”…
Nous ne croyons certes pas que ces voies juri-
diques suffiront à elles seules. Mais elle peuvent
procurer aux mouvements d’opinion quelques
positions inexpugnables.
On le voit, ce ne sont pas les chantiers qui man-
quent. Plutôt, pour le moment, les ouvriers –
même s’ils sont déjà nombreux sur plusieurs conti-
nents.
Annexes

Pistes juridiques pour une remise en


cause de la dette
Cette note I n’aborde pas la très importante et plus
médiatique question de la responsabilité pénale des
divers acteurs de la dette. Cependant, il va sans dire
que, par commission directe, par complicité ou par
recel, les infractions d’abus de biens sociaux, de
corruption, de crime contre l’humanité, diverses
infractions fiscales, ou diverses infractions à la légis-
lation sur l’importation ou l’exportation de biens
peuvent notamment être constituées.
Cette responsabilité pénale peut s’apprécier non
seulement au regard du droit pénal français, mais
aussi au regard du droit pénal d’un pays dans
lequel un élément de l’infraction est présent. Il est
à noter que les tribunaux de certains pays peuvent
se reconnaître compétents pour juger certaines
infractions alors même qu’aucun élément de l’in-
fraction n’a été commis sur le territoire de ce pays
(compétence dite universelle pour les crimes
contre l’humanité).
En conséquence, cette note n’aborde que des
questions de nullité des engagements et de respon-
sabilité civile des acteurs de la dette. Ce n’est
qu’une première étape, peut-être un peu frus-
trante : par principe, les dispositions pénales sont

I. Rédigée par un ami juriste.


192 Annexes

d’ordre public, et peuvent être mises en branle


aussi bien par les victimes (souvent) que par des
autorités publiques de poursuite (toujours) ; au
contraire, si les nullités de droit civil frappant un
contrat peuvent être d’ordre public, encore faut-il
que ces nullités soient amenées devant le juge, ce
qui ne peut être fait souvent que par les parties
elles-mêmes. Dans nos espèces, on peut douter que
les parties viennent à contester judiciairement les
contrats passés entre elles.
À la lecture de ce « Dossier noir », il apparaît que
diverses opérations ont été mises en place, qui ont,
pour certaines, donné lieu à la signature de
contrats. On supposera que ces engagements ont
été soumis au droit français par les parties signa-
taires, ce qui doit être vérifié. Si des éléments res-
tent encore à étudier, on peut évoquer des pistes
tendant à conclure à la nullité de certains des enga-
gements pris dans le cadre de ces opérations.
En droit français, les nullités pouvant affecter les
engagements évoqués proviennent principalement
d’un vice du consentement (en l’espèce, dol ou
violence), de l’absence d’objet de la convention, ou
d’une absence de cause ou de la cause illicite d’un
engagement.
Plusieurs types d’opérations ou d’engagements
peuvent être distingués :
– des prêts, cautionnés ou non, gagés ou non sur
des matières premières ;
– des ventes de matières premières ;
– des ventes d’armes ;
– le versement de commissions fictives dans le
cadre de ces différentes opérations.
Plus spécifiquement, on étudiera les prêts, ainsi
que les opérations les accompagnant.
François-Xavier Verschave 193

Sur les prêts, cautionnés ou non, gagés


ou non sur des matières premières
Le dossier mentionne à plusieurs reprises l’existence
de prêts d’argent mis en place par des organismes
de droit privé II. Ces prêts sont parfois accompagnés
de garanties, tels le cautionnement d’une autre
société (souvent une société pétrolière ou coton-
nière) ou le gage d’une partie de la production fu-
ture de pétrole ou de coton du pays.
Même si les éléments ne paraissent pas très
clairs, on peut concevoir que des sociétés, par
exemple pétrolières ou cotonnières, rapprochent
des organismes prêteurs des pays emprunteurs et
fournissent leur cautionnement aux crédits accor-
dés. Les matières premières peuvent soit servir
directement de garantie aux banques, sous la forme
d’un gage, à charge pour elles de se faire promettre
l’achat de ces matières premières par une société ou
de les vendre directement sur le marché, soit être
promises à la société pétrolière ou cotonnière
apportant son cautionnement, à un prix permet-
tant à ces dernières de réaliser un substantiel béné-
fice, ou aux banques d’être remboursées du mon-
tant du prêt.
Ces opérations pourraient être remises en cause
sur les bases suivantes :
vice du consentement
On peut soutenir qu’il y a violence à accorder des
prêts à un emprunteur qui se trouve dans une
situation financièrement ou militairement déses-

I. Il conviendra d’étudier par ailleurs le régime des prêts accordés


par des organismes publics (comme l’Agence française de déve-
loppement).
194 Annexes

pérée. En effet, la violence, cause de nullité des


engagements, se définit en droit français comme
un acte « de nature à faire impression sur une per-
sonne raisonnable » et pouvant inspirer « la crainte
d’exposer sa personne ou sa fortune à un mal
considérable et présent ».
Une situation économique ou militaire désespé-
rée semble donc de nature à constituer une violen-
ce, compte tenu du fait que le prêteur et/ou la
société pétrolière ou cotonnière participe à la réali-
sation de cette situation (en soutenant l’adversaire,
en boycottant le pays, etc.).
D’autre part, les agissements d’un prêteur
sachant que l’argent prêté sera détourné peuvent
être qualifié de dol. Le dol peut alors constituer une
cause de nullité si « les manœuvres pratiquées par
l’une des parties sont telles qu’il est évident que,
sans ces manœuvres, l’autre partie n’aurait pas
contracté I ». Cependant, le détournement d’argent
semble être le fait d’une complicité des deux par-
ties, ce qui laisse penser qu’il n’y a pas véritable-
ment dol, les manœuvres étant connues. D’autres
qualifications semblent plus adaptées.

absence de cause, cause illicite


Le Code civil français précise qu’un engagement
sans cause ou ayant une cause illicite est nul. La
cause du contrat de prêt est la mise à disposition
des fonds. Cette mise à disposition donne aussi
naissance à l’obligation de restitution des sommes
prêtées et au versement des intérêts.
Dans le cas du détournement des sommes prêtées
avec l’assentiment du prêteur, on peut considérer

I. Article 1116 du Code civil.


François-Xavier Verschave 195

que les sommes n’ont jamais été mises à disposition


de l’État emprunteur. Le prêt pesant sur l’État n’a
donc pas de cause, et partant pour un contrat réel,
pas d’existence. L’État en question n’a donc en
théorie aucune obligation de remboursement des
fonds, si ces fonds n’ont pas été mis à disposition.
Plus encore, on pourrait soutenir qu’il existe un
contrat de prêt entre les particuliers ayant détour-
né les sommes prêtées, lorsque ces sommes ont été
directement mises à disposition de ces personnes.
Dés lors, l’obligation de restitution de ces sommes
pèse sur les particuliers ayant détourné l’argent.
Par extension, la cause d’un financement affecté
peut être l’utilisation finale des sommes emprun-
tées. Si l’on prouve que le prêteur connaît la desti-
nation des fonds et que cette utilisation est illicite,
on peut également soutenir que la cause de ces
prêts est donc elle-même illicite, car servant à un
enrichissement personnel d’une partie des diri-
geants des pays concernés, à l’achat illégal d’armes,
etc. Dans ce cas, le prêt est également nul.

infraction à la réglementation bancaire


Un prêt accordé en infraction à la réglementation
bancaire française est nul. Cependant, cette régle-
mentation n’est applicable que lorsque l’opéra-
tion de crédit est faite ou réputée faite en France.
On peut toutefois examiner la conformité des
opérations au regard de la réglementation ban-
caire locale.

Pour conclure, même temporairement, il


convient d’examiner les conséquences de ces nulli-
tés. La nullité d’un engagement remet les parties
196 Annexes

dans l’état dans lequel elles étaient avant la conclu-


sion du contrat. En pratique, l’annulation d’un
prêt entraîne pour l’emprunteur la restitution du
capital restant dû et, pour le prêteur, la restitution
des intérêts déjà perçus. Ainsi, la nullité ne peut
être “intéressante” pour un pays que si le montant
des intérêts déjà versés dépasse le montant du capi-
tal restant dû – sauf à tenir compte des éventuels
dommages et intérêts qui pourraient augmenter
ces restitutions. Sans préjudice d’une action contre
des tiers non contractants en responsabilité délic-
tuelle, le pays emprunteur pourrait donc engager la
responsabilité du prêteur, notamment pour mau-
vaise foi dans l’exécution (ou dans la conclusion)
du contrat I.

Sur le rachat de la dette


Le “commerce” des dettes de mauvaise qualité
(Distressed debt) est une activité paradoxalement
très lucrative. La contestation peut notamment
porter sur les points suivants :
bonne foi des prêteurs & des garants
Les bénéfices importants réalisés par certains
acteurs de la dette, et notamment par des sociétés
pétrolières, peuvent permettre d’engager leur res-
ponsabilité sur la base de la mauvaise foi dans l’exé-
cution des contrats. En effet, ces sociétés rachètent
des dettes avec décote, afin de compenser celles-ci
avec le prix dû pour l’acquisition de matières pre-
mières. Si les prêts et les contrats de vente sont
conclus de concert avec un débiteur que l’on sait
défaillant, il est clair que le but de l’opération est

I. Article 1134 du Code civil.


François-Xavier Verschave 197

de permettre à la société d’acheter du pétrole à vil


prix. Cependant, cette voie semble difficile.
le retrait litigieux
Cette institution permet au débiteur d’une créan-
ce cédée de se libérer de sa dette en payant au ces-
sionnaire de la créance le prix de cession et non le
montant nominal de la dette I.
Cependant, cette disposition ne peut être mise
en place que s’il y a procès et contestation sur le
fond du droit touchant cette créance. Si elle trou-
ve à s’appliquer, cette disposition permet de limi-
ter les bénéfices réalisés par le cessionnaire de la
créance, égaux au montant de la décote.

Sur le versement de commissions


fictives dans le cadre de ces
différentes opérations
Il apparaît que de nombreuses commissions sont
versées à de multiples agents, sans rapport avec des
services en réalité insignifiants ou inexistants. On
peut ici reproduire le raisonnement sur la cause
illicite ou inexistante du versement de ces commis-
sions, soit que les prestations soient illicites, soit
qu’elles soient inexistantes.
On peut aussi penser que ces commissions ne
sont pas librement consenties, mais données par
dol ou violence.
Là encore, les pistes sont nombreuses, à condi-
tion de préciser un peu les choses.

I. « Celui contre lequel on a cédé un droit litigieux peut s’en faire


tenir quitte par le cessionnaire, en lui remboursant le prix réel de
la cession avec les frais et loyaux coûts, et avec les intérêts à
compter du jour où le cessionnaire a payé le prix de la cession à
lui faite. » (Article 1699 du Code civil)
198 Annexes

Repères chronologiques
Congo-Brazzaville

15 août 1960. Proclamation de l’indépendance du


Congo. L’abbé Fulbert Youlou est élu président de
la République.
1963. Une insurrection provoque la démission de
l’abbé Fulbert Youlou. Alphonse Massamba-
Débat devient président de la République. Pascal
Lissouba est nommé Premier ministre.
1969. Proclamation de la République populaire du
Congo. Le parti congolais du travail (PCT) rem-
place l’ancien parti unique et le président de son
Comité central, Marien Ngouabi, est nommé à la
tête de l’État.
18 mars 1977. Assassinat de Marien Ngouabi.
L’ancien président Massamba-Débat, mis en cause
dans cet assassinat, est exécuté le 25 mars. Un
comité militaire présidé par le commandant
Sassou Nguesso déclare assumer tous les pouvoirs.
Le colonel Joachim Yhombi-Opango devient chef
de l’État.
5 février 1979. Destitution de Yhombi-Opango.
Le colonel Denis Sassou Nguesso est nommé chef
de l’État par le PCT.
30 juillet 1984. Le colonel Denis Sassou Nguesso
est reconduit à la présidence de la République par
le PCT.
25 février - 10 juin 1991. Organisation d’une
conférence proclamée « nationale et souveraine ».
Nomination d’André Milongo au poste de
François-Xavier Verschave 199

Premier ministre de la Transition. Sassou


Nguesso, chef de l’État, reste au pouvoir avec des
prérogatives réduites.
16 août 1992. Élection présidentielle. Pascal
Lissouba est élu avec 61,32 % des suffrages au
second tour avec le soutien de Sassou Nguesso. Les
deux leaders ne vont pas tarder à se brouiller.
Juin-juillet 1997. Affrontements à Brazzaville
entre l’armée et la milice de l’ancien président
Denis Sassou Nguesso. Le Conseil constitutionnel
décide de reporter l’élection présidentielle, initiale-
ment prévue le 27 juillet, et de proroger le mandat
du Président.
25 octobre 1997. Denis Sassou Nguesso, soutenu
entre autres par des contingents angolais et tcha-
dien, des résidus des armées de Mobutu (Zaïre) et
d’Habyarimana (Rwanda), ainsi que par des mer-
cenaires de diverses nationalités, y compris fran-
çaise, sort vainqueur de ces affrontements. Il s’in-
vestit président de la République. Le lendemain,
Philippe Jaffré, président d’Elf, se rend à
Brazzaville pour féliciter le vainqueur.
30 juin 1998. Jacques Chirac en visite à Luanda se
« réjouit de l’intervention de l’Angola au Congo-
Brazzaville » qui a permis à Denis Sassou Nguesso
de reprendre le pouvoir.
29 décembre 1999. « Accord de cessation des hos-
tilités » entre le pouvoir et les oppositions armées.
200 Annexes

Biographies
de quelques protagonistes

Barril (Paul)
Numéro 2 du GIGN (Groupement d’intervention de la
gendarmerie nationale), puis de la « cellule » de l’Élysée
sous François Mitterrand. Il multiplie ensuite les mis-
sions en Afrique et au Moyen-Orient, avec le groupe de
sécurité privé qu’il a fondé.
Bongo (Omar)
Président du Gabon depuis 1967 et chef du parti
unique, le parti démocratique congolais (PDG). Élu et
réélu au premier tour grâce à des élections truquées.
Ancien sous-officier de renseignement dans l’armée
française. Gendre de Denis Sassou Nguesso, président
du Congo-Brazzaville.
Compaoré (Blaise)
Président du Burkina Faso depuis 1987, après le com-
plot qui abattit Thomas Sankara.
Dos Santos (José)
Président de l’Angola, chef du MPLA (Mouvement
pour la libération de l’Angola). Ce parti, qui s’est long-
temps réclamé du marxisme, est au pouvoir depuis l’in-
dépendance (1975).
Foccart (Jacques)
Homme de l’ombre du gaullisme, il est l’ancêtre de tous
les réseaux franco-africains depuis l’indépendance.
Secrétaire général de l’Élysée sous la présidence du géné-
ral De Gaulle, chargé du domaine réservé (Afrique et
Services), puis conseiller pour l’Afrique de Georges
Pompidou, il est devenu le conseiller personnel de
Jacques Chirac à Matignon (1986-88), puis à l’Élysée de
mai 1995 jusqu’à sa mort en 1997.
François-Xavier Verschave 201

Kolelas (Bernard)
Maire de Brazzaville depuis 1995, il est entré en poli-
tique dans les années 1950. Après la chute en 1963 du
premier président du Congo, l’abbé Fulbert Youlou, il
brave le système socialiste instauré dès lors, et tente un
coup d’État en 1969. Il est aujourd’hui le chef du
Mouvement congolais pour le développement et la
démocratie intégrale (MCDDI), deuxième parti du
Congo, dont le fief est la région du Pool. Ses milices
s’opposèrent violemment à celles de Sassou Nguesso
durant les guerres de 1997 et 1999.
Le Floch-Prigent (Loïk)
Directeur de Rhône-Poulenc de 1982 à 1986, il est
nommé PDG d’Elf en 1989 et reste à la tête du groupe
jusqu’en 1993. En 1997, dans le cadre de l’affaire
Biderman, il est mis en examen et incarcéré. « Lâché »
par ses amis politiques lors de l’« affaire » et du procès
Elf, il fait de nombreuses révélations qui ont permis de
mieux comprendre le fonctionnement d’Elf. Il conseille
aujourd’hui Denis Sassou Nguesso en matière d’exploi-
tation pétrolière.
Lissouba (Pascal)
Président du Congo-Brazzaville (1992-1997). Élu à la
suite de la Conférence nationale souveraine, il est ren-
versé par la guerre civile de 1997.
Milongo (André)
Président de l’Assemblée nationale, ex-Premier ministre
et ministre de la Défense du gouvernement de transition
de 1991. Candidat indépendant, il partage son fief avec
Kolelas. Son parti est l’Union pour la démocratie et la
République (UDR-Mwinda). Il participe au gouverne-
ment de Lissouba. Il vit aujourd’hui en exil en France.
Roussin (Michel)
Officier de gendarmerie, puis numéro 2 de la DGSE.
Évincé par François Mitterrand, il devient directeur de
cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris. Ministre
202 Annexes

de la Coopération (1993-1994) du gouvernement


Balladur, puis « Monsieur Afrique » du patronat et du
groupe Bolloré.
Sassou Nguesso (Denis)
Officier de l’armée congolaise, puis responsable de la
sécurité sous la présidence de Marien Ngouabi, il
devient président du Congo-Brazzaville en 1979.
Détrôné par la Conférence nationale souveraine de
1991, il revient au pouvoir en 1997, à la tête de ses mili-
ciens Cobras et d’une coalition étrangère.
Savimbi (Jonas)
Chef de l’Unita (Union nationale pour l’indépendance
totale de l’Angola), mouvement rebelle en lutte depuis
1975 contre le régime MPLA.
Sirven (Alfred)
Après quinze ans passés au sein de Mobil Oil, Sirven
rejoint le groupe Avon, puis Bendix, avant d’être promu,
en 1978, directeur des relations humaines de Moulinex.
En 1982, il est nommé par le nouveau PDG de Rhône-
Poulenc, Loïk Le Floch-Prigent, pour diriger les rela-
tions sociales de l’entreprise nouvellement nationalisée.
Quand ce dernier est nommé président du groupe Elf,
Sirven le rejoint au poste de directeur des affaires géné-
rales. Il est son éminence grise et le généreux distributeur
de commissions, via notamment une filiale suisse qu’il
préside. En 1993, la direction d’Elf change. Il quitte le
groupe pour fonder, à Genève, une société de conseil,
Interénergie. En 1997, l’affaire des frégates vendues à
Taïwan éclate. Inquiété par la justice, Sirven quitte la
France et fait l’objet de plusieurs mandats d’arrêt. Sa
cavale prend fin en février 2001.
Tarallo (André)
« Monsieur Afrique » officiel d’Elf jusqu’en 1993, resté
ensuite conseiller officieux de Philippe Jaffré – le succes-
seur de Loïk Le Floch-Prigent à la tête de la compagnie
pétrolière.
François-Xavier Verschave 203

Principaux sigles

AFD : Agence française de développement


(ex-CFD)
BCCI : Bank of Credit and Commerce
International
CADA : Compagnie angolaise de distribution
alimentaire
CCCE : Caisse centrale de coopération
économique (future CFD)
CFA : Communauté financière africaine
CFD : Caisse française de développement
(future AFD)
CIAN : Conseil des investisseurs français en
Afrique noire
CIBC : Canadian Imperial Bank of Commerce
CNS : Conférence nationale souveraine
DGSE : Direction générale de la sécurité extérieure
DST : Direction de la surveillance du territoire
CFA : Communauté financière africaine. Le franc
CFA valait 0,02 de francs jusque début
1994 puis 0,01 francs après.
Fiba : Banque française intercontinentale
FMI : Fonds monétaire international
GLNF : Grande Loge nationale française
GMF : Garantie mutuelle des fonctionnaires
KGB : Komitet Gossoudartsvennoï Bezopasnosti
(services secrets de l’ex-URSS)
MPLA : Mouvement populaire pour la libération
de l’Angola
PCT : Parti congolais du travail
UCB : Union congolaise de banques
Unita : Union nationale pour l’indépendance totale
de l’Angola
François-Xavier Verschave 205

Notes de la première partie


Congo : pétrole, dette, guerre
1. François-Xavier Verschave, La Françafrique, Stock, 1998 ; Noir
silence, Les Arènes, 2000.
2. Agir ici et Survie, France-Cameroun. Carrefour dangereux,
L’Harmattan, 1996, p. 8-9.
3. Cette guerre et les complicités françaises sont décrites dans le
premier chapitre de Noir silence, op. cit.
4. Ce résumé emprunte largement à François-Xavier Verschave,
Noir silence, op. cit., p. 46-48.
5. Dans L’Express du 12.12.1996.
6. François-Xavier Verschave, Noir silence, op. cit., p. 47. Sur les
crimes commis par Denis Sassou Nguesso, ses amis, ses alliés et
ses sbires durant les décennies 1970 et 1980, lire Albert-Roger
Massema, Crimes de sang et pouvoir en Afrique noire, à paraître
chez Karthala. Massema présidait, lors de la Conférence nationa-
le souveraine de 1991, la Commission sur les crimes impunis.
7. Décrite par un spécialiste de la corruption, Jean-François
Médard, in François-Xavier Verschave et Laurent Beccaria (dir.),
Noir procès, Les Arènes, 2001, p. 291-293.
8. Selon L’Événement du 22.05.1997.
9. Lire « Congo : Les infrastructures à plat », in La Lettre du
Continent (LdC) du 09.09.1985.
10. Lire « Le Congo en cessation de paiement », « Congo.
L’improbable rééchelonnement “à la gabonaise” »,
« L’exploration coûte cher au budget de l’État », in LdC des
13.05.1985, 22.07.1985 et 11.02.1986.
11. « Congo. Une mini-tour Elf à Brazza ? », in LdC du
10.06.1985.
12. « Congo. L’improbable rééchelonnement “à la gabonaise” »,
in LdC du 22.07.1985.
13. Lire « Congo : les infrastructures à plat », in LdC du
09.09.1985.
14. Antoine Glaser et Stephen Smith, L’Afrique sans Africains. Le
rêve blanc du continent noir, Stock, 1994, p. 125.
15. Sur ce coffre-fort, lire entre autres A. Glaser et S. Smith, Ces
Messieurs Afrique, tome 2, 1997, Calmann-Lévy, p. 118-124.
16. « Congo : le pétrole à perte », in LdC du 07.04.1986.
17. Lire « Congo : nouveau budget de crise » et « L’analyse du
FMI », in LdC des 23.12.1987 et 12.05.1986.
18. Lire « Congo : un peu “d’argent frais” », in LdC du
22.07.1986.
206 Notes

19. « Congo : Otto Mbongo se passe de la Coface », in LdC du


04.02.1987.
20. « Congo : Michel Baroin et Sassou Nguesso », in LdC du
18.02.1987.
21. Ibid.
22. Lire Dominique Lorentz, Une guerre, Les Arènes, 1997,
p. 141-150.
23. Ibid., p. 150-152 et « Congo : haute tension à Pointe-Noire »,
in LdC du 18.10.1990.
24. « Congo : nouvelle mission du FMI », in LdC du 18.02.1987.
C’est moi qui souligne.
25. Lire « Congo : pas de changement », in LdC du 15.04.1987.
26. « Congo : inéligible à la Banque mondiale ? », in LdC du
27.10.1989.
27. Lire « Le Congo, un futur PMA ? », in LdC du 16.02.1989.
28. « Congo : inéligible à la Banque mondiale ? », in LdC du
27.10.1989.
29. Lire « À noter. Congo » et « Congo : à la recherche de 80 mil-
liards francs CFA », in LdC des 24.11 et 07.12.1989.
30. « Congo : Visite d’État à Washington du président Sassou
Nguesso », in LdC du 08.02.1990.
31. Lire ibid. et « Congo : Sassou l’Américain », in LdC du
08.03.1990.
32. « Congo. La chute de Pierre Otto Mbongo », in LdC du
08.12.1994.
33. Audition devant la mission d’information parlementaire
« sur le rôle des compagnies pétrolières dans la politique
internationale et son impact social et environnemental », in
Pétrole et éthique : une conciliation possible ?, rapport de la mis-
sion, tome 1, p. 151-152.
34. « Congo-Angola. Amitiés congolo-angolaises », in LdC du
30.10.1997.
35. « Congo : 50 millions de dollars de Citizens Energy Group »,
in La Lettre Afrique Énergies (LAE) du 01.03.1990.
36. Bernard Debré, Le Retour du Mwami, Ramsay, 1998, p. 250.
37. Selon Martial Cozette, auditionné par la mission d’informa-
tion sur le rôle des compagnies pétrolières, Pétrole et éthique, op.
cit., t. I, p. 119.
38. François-Xavier Verschave, Noir silence, op. cit., p. 50.
39. Ibid., p. 50-51. La page suivante puise dans cet ouvrage. Les
extraits des deux notes du colonel Daniel, cités ici et plus bas, ont
été publiés par Karl Laske, « Chute d’une barbouze », in
Libération du 21.07.1998.
François-Xavier Verschave 207

40. Lire Frank Johannès, « Le journaliste Pierre Péan mis en exa-


men », in Libération du 02.04.1996.
41. Lire François-Xavier Verschave, Noir silence, op. cit., p. 428-
431 (entre beaucoup d’autres occurrences).
42. Sara Daniel et Airy Routier, « Roland Dumas. Comment l’af-
faire a basculé », in Le Nouvel Observateur du 25.03.1999.
Christine Deviers-Joncour m’avait tenu les mêmes propos début
1999.
43. Cité par Sara Daniel et Airy Routier, ibid.
44. Éric Fottorino, « Charles Pasqua l’Africain », in Le Monde du
04.03.1995.
45. Lire Nicolas Beau, « 3,5 milliards distribués par Elf en Afrique
et ailleurs », in Le Canard enchaîné du 27.10.1999.
46. « Congo : beaucoup de pétrole en toile de fond », in LdC du
14.03.1991.
47. « Congo : les comptes du pétrole », in LdC du 18.10.1990.
48. Lettre du 18.12.1991, publiée par Les Notes d’information du
Réseau Voltaire, janvier 1998.
49. « Gabon/Congo, la différence », in LdC, 05.12.1991.
50. « Congo. Bonne surprise, au pied du mur », in LAE du
16.09.1992.
51. « Congo : l’heure des comptes pour Milongo », in LdC du
25.07.1991.
52. Ibid.
53. « Congo : la guerre des finances », in LdC du 12.09.1991.
54. « Congo/Gabon : voyages aux USA », in LdC du 19.12.1991.
55. « Congo. Le retour du Grand argentier », in LdC du
18.06.1992.
56. « Congo. Elf : Nkossa for ever », in LdC du 16.07.1992.
57. « Congo : grand pardon et caisses vides », in LdC du
29.08.1991.
58. Olivier Vallée, Pouvoirs et politiques en Afrique, Desclée de
Brouwer, 1999, op. cit., p. 113 et 121.
59. Cité dans « Congo : l’impasse », in LAE du 30.01.1992.
60. Pétrole et éthique, op. cit., tome 1, p. 120-121.
61. Ce paragraphe et le suivant se réfèrent à « Congo. Politique
sous influence pétrolière », « La guerre politico-financière » et
« Pour quelques dollars de plus », in LdC des 26.11.1992, 06 et
27.05.1993 ; Olivier Vallée, Pouvoirs et politiques en Afrique, op.
cit., p. 70.
62. Lire « Oxy en procès », in LdC du 30.11.1995.
63. Cité par LAE du 12.11.1997, « Sassou veut revoir la privatisa-
tion ».
208 Notes

64. « Congo. Pour quelques dollars de plus », in LdC du


27.05.1993.
65. Lire « Congo. Nkossa : le bon choix des partenaires », « Oxy
Super star » et « Elf dans la finance », in LdC des 07 et
21.10.1993 et 31.03.1994.
66. « Congo. Pour quelques dollars de plus », et « Le plan secret
du Professeur », in LdC du 27.05.1993.
67. Lire « Congo-B. La troisième équipe financière », in LdC du
03.02.1994.
68. « Congo. Les dollars de Hong Kong », in LdC du 16.12.1993.
69. « Congo. La troisième équipe financière », in LdC du
03.02.1994.
70. Lire « Congo : le nerf de la guerre », in LdC du 02.10.1997.
71. « Congo. Les cavaliers de la dette », in LdC du 06.01.1994.
72. Ibid.
73. Lire « Congo. Les conseillers de Lissouba », in LdC du
31.03.1994.
74. Lire « Congo : Le nouveau code pétrolier », in LAE du
01.06.1994.
75. Lire « Congo. Le “plus” de N’Kossa et Kitina », in LAE du
31.08.1994.
76. Lire « Congo. 180 millions de dollars de prêts Elf », in LdC du
15.09.1994.
77. Lire « Congo-B. Dzon fait les comptes », in LdC du
11.12.1997.
78. Lire « Congo. Les jeux de la dette gagée pétrolière », in LdC
du 10.11.1994. Il faut cependant tenir compte de la dévaluation
de 50 % du franc CFA en janvier 1994.
79. Lire « Congo-B. Dzon fait les comptes », in LdC du
11.12.1997.
80. David A. Mallard, George F. Tolmay et Louis J. Vadino, lire
« Congo. Nouvelles lettres de crédit », in LdC du 12.01.1995.
81. Lire « Congo. Comptes privés » et « Les banques agonisent »,
in LdC des 22.12.1994 et 06.04.1995.
82. Pouvoirs et politiques en Afrique, op. cit., p. 123.
83. Lire « Congo. FMI et pétrole », « L’affaire Elf… Congo » et
« Négociations secrètes avec Elf », in LdC des 06.04.1995,
27.11.1997 et 26.02.1998.
84. Lire « Congo. FMI et pétrole », in LdC du 06.04.1995.
85. Lire « Congo. Kitina gagé pour 50 millions de dollars », in LdC
du 21.09.1995.
86. Lire Antoine Glaser et Stephen Smith, Ces Messieurs Afrique,
op.cit., tome 2, p. 127.
François-Xavier Verschave 209

87. Lire « Congo. Sassou met Elf à l’amende », in LdC du


07.05.1998.
88. Olivier Vallée, Pouvoirs et politiques en Afrique, op. cit., p. 59.
89. Lire « Congo. Tabet, Elf et les routes », in LdC du 20.07.1995.
90. Lire « Congo. Jongleries financières », in LdC du 25.04.1996.
91. Cité par Antoine Glaser et Stephen Smith, Ces Messieurs
Afrique, op. cit., tome 2, p. 128-129.
92. Lire « Congo. Un Club de Paris inespéré » et « Le Congo, pre-
mier client de la France en Afrique noire en 1996 », in LdC des
25.07 et 07.11.1996.
93. Lire « Congo : des pétro-dollars et des larmes », in LdC du
23.04.1998.
94. Lire « Brazzaville. Claudine Munari en voyage » et « Congo.
Dépenses exceptionnelles », in LdC des 24.10 et 05.12.1996.
95. Lire « Congo. Bateaux pour mercenaires en Afrique du Sud »,
in LdC du 24.10.1996.
96. Lire « Elf superstar », in LdC du 17.07.1997.
97. Ibid.
98. Cité par Fabrice Lhomme, « Trafic d’armes vers l’Angola : les
comptes de la liste de M. Pasqua aux européennes placés sous
séquestre », in Le Monde du 07.01.2001.
99. Jean Chichizola, « Jean-Christophe Mitterrand écroué », in Le
Figaro du 22.12.2000.
100. « Angola. Opération “Falcone/Gaydamak” », in LdC du
18.09.1997.
101. « L’Angola au service de la France », in Le Canard enchaîné
du 31.01.2001.
102. Alain Lallemand, « Brazzaville. Sassou surveille déjà les
comptes de Lissouba », in Le Soir (Bruxelles) du 19.06.1997.
103. « Congo-Brazza. 150 millions de francs de prêts “adossés”
à la BNP pour Lissouba », in LdC du 31.07.1997.
104. « À la recherche des comptes », in LdC du 06.05.1999.
105. « Juin 1997, la guerre civile : Lissouba a besoin d’armes et
d’argent », in Le Soir du 07.07.2001.
106. In Le Soir du 07.07.2001.
107. « Congo. Sassou met Elf à l’amende », in LdC du
07.05.1998.
108. Lire « Congo : le nerf de la guerre », in LdC du 02.10.1997.
109. Lire « Congo-B. Dzon fait les comptes », in LdC du
11.12.1997.
110. « Des pétro-dollars et des larmes », in LdC du 23.04.1998.
111. « Congo : le nerf de la guerre », in LdC du 02.10.1997.
210 Notes

112. « Congo/Angola. Chevron et Elf à cheval… », in LdC du


16.10.1997.
113. « Congo/Angola : la “pax pétrolière” », in LdC du
30.10.1997.
114. Ibid.
115. Lire « Congo-B. Le dossier financier », in LdC du
11.06.1998.
116. Cité in « Congo-Brazzaville. Sassou veut revoir la privatisa-
tion », LAE du 12.11.1997.
117. Lire « Congo-B. Sassou met Elf à l’amende », in LdC du
07.05.1998.
118. « Congo-B. À la recherche des comptes », in LdC du
06.05.1999.
119. « Congo. Au jeu de “qui perd gagne” », in LdC du
09.07.1998.
120. In « Négociations avec Elf (II) », LdC du 23.07.1998.
121. « Congo : des pétro-dollars et des larmes », in LdC du
23.04.1998.
122. Lire entre autres « Congo-B. Négociations secrètes avec
Elf », in LdC du 26.02.1998.
123. « Congo-B. Un mardi peu ordinaire », in LdC du
11.12.1997.
124. « Congo-B. Des traders sur le gril », in LdC du 06.05.1999.
125. Ibid.
126. « Congo-B. Les émirs de Brazzaville », in LdC du
20.07.2000.
127. Ibid.
128. François-Xavier Verschave, Noir silence, op. cit., p. 62.
129. « Congo. Premier anniversaire », in LdC du 10.09.1998.
130. « Congo-B. Carburant clando ministériel », in LdC du
04.01.2001.
131. Lire « Sassou à Oyo avec ses amis », in LdC du 12.03.1998.
132. « Escom. Présence renforcée en Angola et au Congo », in
LdC du 31.05.2001.
133. Lire « Créanciers cherchent comptes congolais », in LdC du
04.01.2001.
134. Lire François-Xavier Verschave, Noir silence, op. cit., p. 17-22
et 26-35 ; François-Xavier Verschave et Laurent Beccaria (dir.),
Noir procès, op. cit., p. 37-44, 112-114 et 145-157. Lire aussi plu-
sieurs des pièces fournies lors de ce procès : FIDH/OCDH, Congo-
Brazzaville. L’arbitraire de l’État, la terreur des milices, rapport du
17.06.1999 ; Henrik Lindell, « Quand l’armée sombre dans la
délinquance », in Témoignage chrétien du 15.07.1999 ; Joèl
François-Xavier Verschave 211

Nsoni, « Un jeune sort vivant d’une exécution sommaire », in La


Semaine africaine (Brazzaville) du 22.07.1999 ; témoignage de
Patrice Mangin, in Réforme du 14.10.1999 ; « République du
Congo » : interview de Jean-Claude Mouanda, ancien maire de
Dolisie, in Afrique-Éducation, 12.1999 ; Roger Mvoula Mayamba,
« Juger les crimes au Congo-Brazzaville », in Rupture, n° 2, 2000,
p. 137s ; « “Des dizaines de milliers de viols“ selon l’ONU »,
dépêche AFP citée par Le Monde du 26.02.2000 ; Frédéric
Fritscher, « La quête douloureuse des fils disparus, enlevés ou
assassinés par la Garde républicaine », in Le Monde du
26.02.2000 ; François Bourdillon, « Stigmates de viols à
Brazzaville », in Messages de MSF, novembre 2000.
135. Lire « Congo-B. Montage financier Paribas », in LdC du
01.04.1999.
136. « Congo-B. 50 millions de dollars de Paribas », in LdC du
30.09.1999.
137. « Congo-B. Montage financier Paribas », in LdC du
01.04.1999.
138. « Congo-B. Des traders sur le gril », in LdC du 06.05.1999.
139. Interview donnée à Marianne, 23.07.2001
140. Lire « Congo-B. Cherche barters de pétrole… » et « Les
happy few du pétrole », in LdC des 04 et 18.03.1999.
141. « Congo. Elf vise les 10 Mt pour 1996 », in LAE du
27.01.1993.
142. F.-X. Verschave, La Françafrique, op. cit., p. 313-314.
143. Lire « Total/Elf, guerre de l’ombre », in LdC du 02.09.1999
et le chapitre 5.
144. François-Xavier Verschave, Noir silence, op. cit., p. 62.
145. « Congo. Elf vise les 10 Mt pour 1996 », in LAE du
27.01.1993.
146. Lire « Congo-B. Montage financier Paribas », in LdC du
01.04.1999.
147. Pétrole et éthique, op. cit., tome 1, p.151-152.
148. « Congo-B. Négociations secrètes avec Elf (suite) », in LdC
du 09.04.1998.
149. Lire « Congo-B. 50 millions de dollars de Paribas », in LdC
du 30.09.1999.
150. Olivier Vallée, Pouvoirs et politiques en Afrique, op. cit.,
p. 62-63.
151. « Congo-Brazzaville. Un petit plus pour Émeraude », in LAE
du 12.11.1997.
152. Interview donnée à Marianne, 23.07.2001.
153. Pétrole et éthique, op. cit, tome 1, p.121-122 et 152.
154. Cité par Billets d’Afrique, novembre 2000.
212 Notes

155. Cité par Libération du 15.03.2001.


156. Jean-Pierre Vandale, L’Affaire totale, Écrire, 2001, p. 63-65.
157. Ibid., p. 157.
158. Nicolas Beau, « L’odeur du pétrole d’Elf flotte aussi autour
des amis de Pasqua », in Le Canard enchaîné du 02.06.1999.
159. Nicolas Beau, « Les valises d’Oscar », in Le Canard enchaîné
du 06.09.2000.
160. « Quand Elf égarait la justice », in Le Canard enchaîné du
12.09.2001.
161. Antoine Glaser, Stephen Smith et Sylvaine Villeneuve, « La
saga africaine d’un géant français », in Libération du 20.01.1994.
162. Lire par exemple Archimède et Léonard, n° 9, hiver 1992.
163. Interview d’André Tarallo au Monde du 25.10.1999.
164. « La “confession“ de Loïk Le Floch-Prigent », in L’Express du
12.12.1996.
165. Lire Nicolas Beau, « 3,5 milliards distribués par Elf en Afrique
et ailleurs », in Le Canard enchaîné du 27.10.1999.
166. Cité par Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre, Les
Frères invisibles, Albin Michel, 2001, p. 24.
167. Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre, Les Frères invi-
sibles, op. cit., p. 90 et 174.
168. Dont Philippe Madelin détaille la délinquante boulimie finan-
cière in Les Gaullistes et l’argent. Un demi-siècle de guerres intes-
tines, L’Archipel, 2001
169. Alain Laville, Un crime politique en Corse. Claude Érignac, le
préfet assassiné, Le Cherche-Midi, 1999, p. 119.
170. « Angola : tensions franco-américaines », in LdC du
21.11.1996.
171. Alain Lallemand, « Comment “M. Pétrole” a croisé “M.
Armes” », in Le Soir du 07.07.2001.
172. Alain Lallemand, « Exclusif : Jack Sigolet parle », in Le Soir
du 07.07.2001.
173. Cité par Antoine Glaser et Stephen Smith, Ces Messieurs
Afrique, tome 2, Calmann-Lévy, 1997, p. 119.
174. Nicolas Beau, « Encore un système de caisses noires mis au
jour chez Elf », 23.08.2000.
175. Lire « Congo. Sassou met Elf à l’amende », in LdC du
07.05.1998.
176. Interview par Alain Lallemand, in Le Soir du 07.07.2001.
177. Publiée par Le Soir du 20.03.2001.
178. Interview au Soir du 07.07.2001.
179. Du 07.07.2001.
François-Xavier Verschave 213

180. Lire l’ouvrage de ce nom, déjà cité (Jean de Maillard dir.)


181. Dans Tout va bien puisque nous sommes en vie (Stock,
1998, p. 58), un vrai-faux roman de Denis Robert, fondé sur la
longue confession enregistrée de Chantal Pacary.
182. Voir aussi p. 234. Lire également François-Xavier Verschave,
Noir silence, op. cit., p. 60-61.
183. « Congo-B. Procès financiers à Paris », in LdC du
23.07.1998.
184. Lire « Congo-B. Sassou à Oyo avec ses amis », « Créanciers
privés à l’offensive » et « Créanciers cherchent comptes congo-
lais », in LdC des 12.03.1998, 28.05.1998 et 04.01.2001.
185. Les Arènes, 2001, p. 143-156.
186. « Congo : grand pardon et caisses vides », in LdC du
29.08.1991.
187. « Gabon. Elf, Dossou, Bongo… », in LdC du 12.03.1998.
188. Olivier Vallée, Pouvoirs et politiques en Afrique, op. cit.,
p. 71-72.
189. Lire « Congo. Dépenses exceptionnelles », « Le nerf de la
guerre » et « Au pays des traders heureux », in LdC des
05.12.1996, 02.10.1997 et 11.05.2000..
190. Les Gaullistes et l’argent, op. cit., p. 384.
191. Lire François-Xavier Verschave et Laurent Beccaria, dir., Noir
procès, op. cit., p. 44-47.
192. Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre, Les Frères invi-
sibles, op. cit., p. 175.
193. Cité par G. Ottenheimer et R. Lecadre, op. cit., p. 176.
194. Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre, Les Frères invi-
sibles, op. cit., p. 177.
195. Lire « Congo-B. Des traders sur le gril » et « Négociations
secrètes », in LdC des 06.05 et 09.12.1999.
196. Pascal Riché, « Rich et sauvé par le gong Clinton », in
Libération du 10.02.2001
197. Un ancien cadre de la BERD (Banque européenne de recons-
truction et de développement), cité par Les Échos du 04.04.2001.
198. Lire le rapport de l’ONG Global Witness, « A Crude
Awakening. The Role of the Oil and Banking Industries in
Angola’s Civil War and the Plunder of State Assets » [Un réveil
brut. Le rôle du pétrole et de la banque dans la guerre civile ango-
laise et le pillage des biens publics], décembre 1999.
199. « Congo-B : Au pays des traders heureux », in LdC du
11.05.2000.
200. « Traders de brut et de cash », in LdC du 01.03.2001.
214 Notes

201. « Congo : des pétro-dollars et des larmes », in LdC du


23.04.1998.
202. « Congo. Sassou met Elf à l’amende », in LdC du
07.05.1998.
203. Pascal Riché, « Rich et sauvé par le gong Clinton », in
Libération du 10.02.2001
204. « Congo-B : au pays des traders heureux », in LdC du
11.05.2000.
205. Lire Agir ici et Survie, France-Sénégal. Une vitrine craquelée,
L’Harmattan, 1997, p. 44.
206. Pouvoirs et politiques en Afrique, op. cit., p. 59.
207. Lire « Congo. La chute de Pierre Otto Mbongo », in LdC du
08.12.1994.
208. « Congo. Politique sous influence pétrolière », LdC du
26.11.1992.
209. « Congo. Jacques Attali, mandataire général », in LdC du
10.09.1998.
210. Lire François-Xavier Verschave, Noir silence, op. cit., p. 42 et
452.
211. Ibid., p. 455-457.
212. « Les Africains du Président », in LdC du 04.05.1995.
213. « Pas de “cellule” pour Jospin », in LdC du 09.03.1995.
214. Ibid.
215. Lire « Congo-B. Procès financiers à Paris » et « Négociations
avec Elf (II) », in LdC du 23.07.1998.
216. François-Xavier Verschave, Noir silence, op. cit., p. 58. Lire Le
Parisien du 10.08.1998 et « Créanciers privés à l’offensive », in
LdC du 28.05.1998.
217. « Des banquiers aux mains sales », in Alternatives écono-
miques, juillet 2001.
218. Pouvoirs et politiques en Afrique, op. cit., p. 68.
219. « Congo : des Mistral encore dans l’air », 24.10.1991.
220. Sur ces liens d’amitié, lire Julien Caumer, Les Requins,
Flammarion, 1999.
221. Ibid., p. 241 et 127.
222. Jean-Frédérick Deliège et Philippe Brewaeys, « Cocktail
explosif autour de la KB et Paribas », 02.03.1999.
223. Interview à Libération du 06.03.2001.
224. « Angola. Jaffré… et Monory à Luanda », in LdC du
20.02.1997.
225. Lire « Congo-B. Les émirs de Brazzaville », in LdC du
20.07.2000.
François-Xavier Verschave 215

226. Lire « Congo-B. Créanciers cherchent comptes congolais »,


in LdC du 04.01.2001.
227. Lire « Congo. 180 millions de dollars de prêts Elf », in LdC
du 15.09.1994.
228. Lire « Congo-B. Montage financier Paribas », in LdC du
01.04.1999.
229. « Congo-B : Au pays des traders heureux », in LdC du
11.05.2000.
230. Minority Staff Report for Permanent Subcommittee on
Investigations, Hearing on Private Banking and Money Laundering :
a Case Study of Opprtunities and Vulnerabilities, 09.11.1999.
231. Un crime politique en Corse, op. cit., p. 141.
232. Lire « Banque. Le Crédit agricole s’offre la CIBC » et « Secret
bancaire. Les Suisses lâchent leurs banques ! » in LdC des 19.10
et 06.09.2000.
233. D’après « TotalElfina : l’Afrique est à nous… » et « Crédit
agricole. Préfinancement de 60 millions de dollars pour
Sassou II », in LdC des 16.09.1999 et 03.12.1998.
234. Lire « Congo. FIBA : petite banque, gros clients », in LdC du
10.11.1994.
235. Lire « Congo. Profession : privatiseurs » et « Elf pris en otage
par les “frères ennemis” Sassou/Lissouba », in LdC des
13.06.1996 et 27.11.1997.
236. Interview au Soir du 07.07.2001.
237. Lire « Congo. 180 millions de dollars de prêts Elf » et « Les
jeux de la dette gagée pétrolière », in LdC des 15.09 et
10.11.1994.
238. Lire « Congo. FMI et pétrole », in LdC du 06.04.1995.
239. « Congo. Le volet CIBC de l’affaire Elf », in LdC du
11.07.1996.
240. Selon Le Nouvel Afrique-Asie, mai 1997.
241. Gilles Gaetner et Jean-Marie Pontaut, « Les amis en or
d’Alfred Sirven », in L’Express du 28.06.2001.
242. Pouvoirs et politiques en Afrique, op. cit., p. 178-179.
243. Lire « À noter. Congo » et « Congo : à la recherche de 80
milliards de francs CFA », in LdC des 24.11 et 07.12.1989.
244. « Congo : grand pardon et caisses vides », in LdC du
29.08.1991.
245. Lire Alain Guédé et Hervé Liffran, La Razzia, Stock, 1995,
p. 9-16 et 164.
246. François-Xavier Verschave, Noir silence, op. cit., p. 61.
247. Denis Cosnard, « Thierry Desmarest veut se défaire de la sul-
fureuse banque gabonaise d’Elf », le 04.01.2000 – citant Le
216 Notes

Canard enchaîné !
248. François-Xavier Verschave, Noir silence, op. cit., p. 40.
249. François Lille, Pourquoi l’Erika a coulé, L’Esprit frappeur,
2000.
250. Citation extraite, comme celles qui suivent, d’un projet de
communication au colloque « Que faire contre la criminalité
financière et économique en France et en Europe ? », organisé le
30.06.2001 à Paris par Attac, le Syndicat de la magistrature et
Alternatives économiques.

Notes de la seconde partie


Angola : pétrole, guerre, dette

1. Certains passages de cette partie empruntent à François-Xavier


Verschave, Noir silence, op. cit., p. 338-346.
2. « Angola : Opération “Falcone/Gaydamak” », in LdC du
18.09.1997.
3. Lire Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre, Les frères invi-
sibles, op. cit., p. 131-132.
4. Lire Hervé Gattegno, « De Londres, Arcadi Gaydamak défie les
juges français », in Le Monde du 09.12.2000.
5. « Un homme bien sous toutes latitudes », in Le Canard en-
chaîné du 01.10.1997.
6. « France : “Affaires africaines” d’État ? », in LdC du
14.12.2000.
7. Colette Braeckman a résumé cette histoire dans L’Enjeu congo-
lais, Fayard, 1999, p. 102-105 et 251-267.
8. Lire le rapport de l’ONG Global Witness, « A Crude
Awakening. The Role of the Oil and Banking Industries in
Angola’s Civil War and the Plunder of State Assets » [Un réveil
brut. Le rôle du pétrole et de la banque dans la guerre civile ango-
laise et le pillage des biens publics], décembre 1999.
9. Pétrole et éthique, op. cit., tome 1, p. 149.
10. Lire In an Angolan jail, “you are below a dead dog”, it is some-
times like a horror movie [Dans une prison angolaise, “vous êtes
moins qu’un chien mort”, c’est parfois comme un film d’horreur],
NCN, 27.11.1999.
11. Lire Roger Faligot et Pascal Krop, La Piscine, Le Seuil, 1985, p.
360.
12. Lire « Angola : Hélicoptères français détruits » et « Parrainage
français pour le FMI ? » in LdC des 14.10.1985 et 02.09.1987 ;
François-Xavier Verschave 217

brève « Angola » du 13.10.1989.


13. Hervé Gattegno et Fabrice Lhomme, « Une enquête sur une
société de vente d’armes vise des personnalités politiques », in Le
Monde du 09.12.2000.
14. Lire « Charles Pasqua, le “chouchou” de Dos Santos », in LdC
du 03.03.1994.
15. D’après « Angola : le pétrole et la guerre », in Africa
Confidential, édition française (ACf), 17.05.1999.
16. Global Witness, The Role of the Oil and Banking, op. cit.
17. « 1 million de dollars de prêts gagés en quelques mois », in
LdC, 31.03.1999.
18. Interrogé par Global Witness, The Role of the Oil and
Banking, op. cit.
19. Idem.
20. « La Fondation Eduardo dos Santos », in Politique africaine
n° 73, 03.1999, p. 83-88.
21. Pedro Rosa Mendes, avec Jose Milhazes, « Ligaçoes perigosas
de Luanda a Russia e ao “Kremlingate” » [Liaisons dangereuses
de Luanda à la Russie et au “Kremlingate”], in Publico du
14.01.2000. Le journaliste a publié par ailleurs sur son expérience
angolaise un livre exceptionnel, Baie des tigres (Métaillé, 2001),
qui lui a conféré au Portugal le statut d’une sorte d’Albert Camus.
22. « Congo-Brazzaville : négociations secrètes », ACf,
12.07.1999.
23. « Total/Elf, guerre de l’ombre », in LdC du 02.09.1999.
24. Lire « Eaux profondes », in Acf du 12.10.1998 ; « La Société
Générale hérite du réseau angolais de Paribas », in LdC du
18.02.1999.
25. « Angola : pauvre pays riche », in ACf du 18.05.1996.
26. « Angola : le pétrole et la guerre », in ACf, 17.05.1999.
27. Audition, Pétrole et éthique, op. cit., tome 1, p. 148.
28. L’Affaire totale, op. cit., p. 151.
29. Mémoire meurtrie, Plon, 2001. Bonnes feuilles in Le Vrai
Papier journal, septembre 2001.
30. Lire « France : “Affaires africaines” d’État ? », in LdC du
14.12.2000.
31. Si l’on en croit les “confessions” très renseignées de son
labrador Baltique (Aboitim, tome 4, Oua Oua m’a dit. Vingt ans
de secrets d’État, Éditions 1, 2001, p. 72-73).
32. Les informations de ce paragraphe et du suivant sont issues
de l’enquête du journaliste Julien Caumer : Les Requins,
Flammarion, 1999.
33. Lire Karl Laske, « “Méry de Paris”, acteur du mélodrame gaul-
218 Notes

liste », in Libération du 22.09.2000.


34. « Enquête sur une affaire d’État », in Le Nouvel Observateur
du 28.12.2000.
35. « Les hommes de l’“Angolagate” », in Le Monde du
13.11.2001.
36. Dennis Wagner, « Pierre Falcone, enfant chéri de l’Arizona »,
in The Arizona Phœnix, cité par Courrier international du
18.01.2001. Selon un habitant de Phœnix, les Falcone « ont l’air
plus riches que Dieu lui-même ».
37. Sur ce surinvestissement, lire par exemple Jon Lee Anderson,
« Letter from Angola. Oil and Blood » [Lettre d’Angola. Pétrole et
sang], in The New Yorker, 14.08.2000.
38. The New York Times, cité par Courrier International du
18.01.2001.
39. Comme le précise aimablement l’avocat de Jean-Christophe
Mitterrand, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi, cité par Fabrice
Lhomme, « La libération de M. Mitterrand suspendue au verse-
ment d’une caution », in Le Monde du 04.01.2001.
40. Lire Geoffroy Tomasovitch, « Pierre Falcone, homme d’af-
faires et de relations », in Le Parisien du 22.12.2000.
41. Lire « Angola. L’équipe franco-russe », in LdC du 03.07.1997.
42. Lire Laurent Léger, « La vente d’armes russes à l’Angola faite
depuis la France va peser très lourd », in Paris-Match du
04.01.2001.
43. Selon Denis Demonpion et Jean Guisnel, « Les mauvaises fré-
quentations de Mitterrand l’Africain », in Le Point du 05.01.2001.
44. Interview au Monde du 17.01.2001.
45. Dans une note à son avocat, citée par Marie-Amélie Lombard,
« La note secrète de l’ancien dirigeant incarcéré », in Le Figaro du
05.01.2001.
46. Cité par Karl Laske et Armelle Thoraval, « L’étrange don du
marchand d’armes », in Libération du 21.12.2000.
47. Interview du préfet Henri Hurand, directeur de la Sofremi
depuis 1997, au Figaro du 09.01.2001.
48. Jean Chichizola, « Les ramifications de l’affaire Falcone », in
Le Figaro, 11.12.2000.
49. Lire Nicolas Beau, « Chevènement veut nettoyer sa vitrine à
l’export », in Le Canard enchaîné du 01.10.1997.
50. Interview au Figaro du 09.01.2001.
51. D’après « Angola : Le pétrole et la guerre », in ACf, du
17.05.1999 et Nicolas Beau, « La Falcone connection servait la
France », in Le Canard enchaîné du 27.12.2000.
52. Global Witness, The Role of the Oil and Banking, op. cit.
53. Lire Stephen Smith et Antoine Glaser, « Les hommes de
François-Xavier Verschave 219

l’“Angolagate” », in Le Monde du 13.01.2001.


54. Lire « France : “Affaires africaines” d’État ? », in LdC du
14.12.2000.
55. Lire « Angola : Une affaire “franco-russe” ? », in LdC du
30.09.1999.
56. Hervé Gattegno, « De Londres, Arcadi Gaydamak défie les
juges français », in Le Monde du 09.12.2000.
57. Cité par Sylvaine Pasquier, « Le tsar pervers et corrompu », in
L’Express du 23.09.1999.
58. Lire « Glencore. 3 milliards de dollars de crédits syndiqués »,
in LdC du 08.06.2000.
59. Francis Christophe, « Total : les dessous du chevalier blanc du
pétrole », in Golias Magazine, septembre 1999, p. 35.
60. Airy Routier, « Enquête sur une affaire d’État », in Le Nouvel
Observateur du 28.12.2000.
61. Cité par Stephen Smith, « Pierre Falcone, marchand d’armes
prospère aux relations diverses et haut placées », in Le Monde du
04.01.2001.
62. Nicolas Beau, « Du beau monde sur la piste angolaise », in Le
Canard enchaîné du 06.12.2000.
63. « Les ramifications de l’affaire Falcone », in Le Figaro du
11.12.2000.
64. Karl Laske, « Falcone et compagnie, fournisseurs d’armes en
gros », in Libération du 03.01.2001.
65. Andreï Sotnik, « Et si la piste angolaise menait au
Caucase ? », in Moskovskié Novosti, cité par Courrier internatio-
nal du 11.01.2001.
66. Hervé Gattegno et Fabrice Lhomme, « Une enquête sur une
société de vente d’armes vise des personnalités politiques », in Le
Monde, 09.12.2000. Lire aussi Laurent Valdiguié, « Pasqua rat-
trapé par l’affaire Falcone », in Le Parisien du 04.12.2000.
67. Laurent Valdiguié, « Les “affaires” africaines d’Attali, de
Pasqua et du fils Mitterrand », in Le Parisien du 02.12.2000.
68. Nicolas Beau, « Du beau monde sur la piste angolaise », in Le
Canard enchaîné du 06.12.2000.
69. Lire Stephen Smith et Antoine Glaser, « Les hommes de
l’“Angolagate” », in Le Monde du 13.01.2001 ; Fabrice Lhomme,
« Trafic d’armes en Afrique : Jean-Christophe Mitterrand
écroué », in Le Monde du 23.12.2000.
70. Denis Demonpion et Jean Guisnel, « Les mauvaises fréquen-
tations de Mitterrand l’Africain », in Le Point du 05.01.2001.
71. Fabrice Lhomme, « L’enquête sur l’Angolagate dévoile l’am-
pleur du “système Falcone” », in Le Monde du 24.01.2001.
220 Notes

72. Ibid.
73. « France : “Affaires africaines” d’État ? », in LdC du
14.12.2000.
74. Stéphane Johanny, « Jean-Christophe Mitterrand, du fait
divers à l’affaire d’État », in Le Journal du Dimanche du
24.12.2000.
75. Lire « Garde du corps », in LdC du 01.07.1999.
76. Karl Laske, « L’État rattrapé par ses offices de sécurité », in
Libération du 23.12.2000.
77. « Affaire Communication & Systèmes », in Notes du Réseau
Voltaire du 01.06.2000.
78. Cité par Nicolas Beau, « Arcadi Gaydamak. Russe de Sioux »,
in Le Canard enchaîné du 03.01.2001, et Jean Guisnel, « Quand
la DST couvait Arcadi Gaydamak », in Le Point du 12.01.2001.
79. Lire Fabrice Lhomme, « L’enquête sur l’Angolagate dévoile
l’ampleur du “système Falcone” », in Le Monde du 24.01.2001.
80 Lire Jean-Dominique Merchet, « Messieurs les désinformateurs
au Sénat », in Libération du 08.11.2000.
81. « Soupçons sur les observateurs français des élections gabo-
naises », in Le Monde du 09.12.1998.
82. Lire Karl Laske et Armelle Thoraval, « L’étrange don du mar-
chand d’armes », in Libération du 21.12.2000.
83. « Un homme bien sous toutes latitudes », in Le Canard
enchaîné du 01.10.1997.
84. Nicolas Beau, « Les douanes persécutent un honnête mar-
chand d’armes », in Le Canard enchaîné du 23.12.1998.
85. Serge Faubert, « Des marchands d’armes au service d’Elf », in
L’Événement du Jeudi du 05.12.1996.
86. Jean Guisnel, « Quand la DST couvait Arcadi Gaydamak », in
Le Point du 12.01.2001.
87. Jean Guisnel, « Le début d’une nouvelle affaire d’État », in
Le Point du 22.12.2000.
88. Nicolas Beau, « Les douanes persécutent… », op. cit.
89. Ibid.
90. Fabrice Lhomme, « Une nouvelle mise en examen dans une
enquête sur un trafic d’armes », in Le Monde du 16.12.2000.
91 Lire « En tirant sur le pétrole », in Le Pli du 19.12.2000.
92. Lire Hervé Gattegno et Fabrice Lhomme, « Une enquête sur
une société de vente d’armes vise des personnalités politiques »,
in Le Monde du 09.12.2000 ; Karl Laske, « Falcone et Cie, armes
en tous genres », in Libération du 13.12.2000.
93. Du 09.12.2000.
François-Xavier Verschave 221

94. Nicolas Beau, « Du beau monde sur la piste angolaise », in Le


Canard enchaîné du 06.12.2000. Lire aussi Laurent Valdiguié,
« Les “affaires” africaines d’Attali, de Pasqua et du fils
Mitterrand », in Le Parisien du 02.12.2000.
95. Lire Nicolas Beau, « Les jeux d’argent des amis de Pasqua en
Afrique » et « Sauve qui peut à Monaco », in Le Canard enchaîné
du 10.01.2001.
96. Lire Jean Chichizola, « D’Annemasse à l’Angola, le jeu de
piste des enquêteurs », in Le Figaro du 19.06.2001.
97. Lire Hervé Gattegno et Fabrice Lhomme, op. cit., 09.12.2000.
98. « Perquisitions chez Jacques Attali et Jean-Christophe
Mitterrand », 02.12.2000.
99. Jean Chichizola, « Les coûteux conseils d’un fils de prési-
dent », in Le Figaro du 23.12.2000.
100. Laurent Valdiguié, « Les “affaires” africaines d’Attali, de
Pasqua et du fils Mitterrand », in Le Parisien du 02.12.2000.
101. Lire Karl Laske, « À l’origine, un fait divers », in Libération du
23.12.2000, et Stéphane Johanny, « Jean-Christophe Mitterrand,
du fait divers à l’affaire d’État », in Le Journal du Dimanche du
24.12.2000.
102. Fabrice Lhomme, « Les conditions confuses du passage d’un
fait divers à une affaire d’État », in Le Monde du 04.01.2001.
103. Hervé Gattegno et Fabrice Lhomme, « Une enquête sur une
société de vente d’armes vise des personnalités politiques », in Le
Monde du 09.12.2000. Lire aussi Jean Chichizola, « Les ramifica-
tions de l’affaire Falcone », in Le Figaro du 11.12.2000.
104. Lire Fabrice Lhomme, « Les conditions confuses… », op. cit.
105. Nicolas Beau, « Du beau monde sur la piste angolaise », in
Le Canard enchaîné du 06.12.2000.
106. Éric Decouty, « Jean-Christophe Mitterrand de nouveau
entendu », in Le Figaro du 29.08.2001.
107 Procès-verbal cité par Éric Decouty, ibid.
108. Ibid.
109. Natacha Tatu, « Une journée avec un milliardaire russe », in
Le Nouvel Observateur du 20.10.1994 .
110. Sylvaine Pasquier, « Le tsar pervers et corrompu », in
L’Express du 23.09.1999.
111. Hervé Gattegno, « De Londres, Arcadi Gaydamak défie les
juges français », in Le Monde du 09.12.2000.
112. Laurent Léger, « La vente d’armes russes à l’Angola faite
depuis la France va peser très lourd », in Paris-Match du
04.01.2001.
113. Nicolas Beau, « Arcadi Gaydamak. Russe de Sioux », in Le
222 Notes

Canard enchaîné du 03.01.2001.


114. Lire Laurent Léger, « La vente d’armes russes à l’Angola faite
depuis la France va peser très lourd », in Paris-Match du
04.01.2001.
115. Andreï Sotnik, « Et si la piste angolaise menait au
Caucase ? », op. cit.
116. Cité par Pascal Ceaux et Fabrice Lhomme, « Les services
secrets français s’opposent sur le cas de l’homme d’affaires », in
Le Monde du 10.04.2001.
117. « Ligaçoes perigosas… », op. cit.
118. « Le “surdoué du diamant” et les camarades angolais », in
Soverchenno Sekretno. L’article est traduit et publié par Courrier
international (18.01.2001), dont le directeur, Alexandre Adler, a
été cité comme témoin de moralité par Gaydamak !
119. Statement on the Infiltration of the Western Financial
Systems by Elements of Russian Organized Crime, 21.09.1999.
120. « Angola. Opération “Dette russe” (II) », 21.11.1996.
121. Stephen Smith, « Tripatouillages franco-russes pour armer
l’Angola », in Libération du 11.12.1996. L’implication de
Menatep dans l’opération “Dette russe” de Gaydamak est confir-
mée par Le Canard enchaîné (« Un homme bien sous toutes lati-
tudes », 01.10.1997).
122. Fabrice Rousselot, « L’écheveau qui vaudrait 15 milliards »,
in Libération du 31.08.1999.
123 Lire Révélation$, op. cit., p. 216.
124. Fabrice Rousselot, « Le clan, le parrain, et les 15 milliards de
dollars », Libération, 27.08.1999.
125. Lire Patrick Sabatier, « Zigzags bancaires de l’aide à la
Russie », in Libération du 24.08.1999.
126. Lire Dominique Gallois, « Elf s’appuie sur Yuksi pour déve-
lopper les gisements de Sibérie », in Le Monde du 08.04.1998.
127. « Angola : Des pierres précieuses et des armes », in ACf du
02.05.2000.
128. Marc Roche, « Lev Leviev, un franc-tireur des gemmes afri-
caines en chasse sur les terres de la De Beers », in Le Monde du
05.07.2001.
129. Lire Pascal Lacorie, « La Russie veut s’allier avec les lapidaires
israéliens », in La Tribune du 23.05.2001.
130. Vincent Hugeux et Vincent Nouzille, « Diamants. La guerre
secrète », in L’Express du 07.12.2000 – une enquête exception-
nelle.
131. « Upstart Dealer Muscles into Market », 11.06.2000.
132. « Le “surdoué du diamant”… », op. cit.
François-Xavier Verschave 223

133. Judy Dempsey, « Upstart Dealer Muscles… », op. cit.


134. Lire Stephen Smith et Antoine Glaser, « Les hommes de
l’“Angolagate” », in Le Monde du 13.01.2001.
135. Andreï Sotnik, « Et si la piste angolaise menait au
Caucase ? », op. cit.
136. « Angola : des pierres précieuses et des armes », in ACf du
02.05.2000.
137. Cité par Fabrice Lhomme, « L’enquête sur l’Angolagate
dévoile l’ampleur du “système Falcone” », in Le Monde du
24.01.2001.
138. Ibid.
139. Lire Clément-Marie Vadrot, « Vladimir Poutine, le nouveau
tsar » in Le Journal du Dimanche du 17.12.2000.
140. « De Londres, Arcadi Gaydamak défie les juges français », in
Le Monde du 09.12.2000.
141. Nicolas Beau, « La Falcone connection servait la France », in
Le Canard enchaîné du 27.12.2000 ; lire aussi Stephen Smith et
Antoine Glaser, « Les hommes de l’“Angolagate” », in Le Monde
du 13.01.2001.
142. « Ligaçoes perigosas… », op. cit.
143. Du 18.09.1997.
144. Du 13.01.2001.
145. « L’Angola soupçonné d’avoir versé 450 000 dollars au parti
de Charlie », in Le Canard enchaîné du 20.12.2000.
146. Nicolas Beau et Hervé Martin, « Quand Falcone demandait
aux Angolais de financer la liste Pasqua », in Le Canard enchaîné
du 17.01.2001.
147. Nicolas Beau, « La Falcone connection servait la France », in
Le Canard enchaîné du 27.12.2000.
148. Nicolas Beau, « Le milliard de dollars introuvable de l’affaire
Falcone », in Le Canard enchaîné du 14.03.2001.
149. Interview à Libération du 06.03.2001.
150. « Angola : Des pierres précieuses et des armes ».
151. « France : “Affaires africaines” d’État ? », 14.12.2000.
152. Cité dans Le Monde du 25.07.2001.
153. Renaud Lecadre, « Début sinueux pour le procès du
Sentier », in Libération du 21.02.2001.
154. Lire Noir silence, op. cit., p. 161-165 et Noir procès, op. cit.,
p. 174-177 et 231-234.
155. Nicolas Beau, « Le milliard de dollars… », op. cit.
156 Interview au Parisien du 28.06.2001.
157. Lire Pascal Ceaux, « Arcadi Gaydamak part en guerre contre
224 Notes

les services secrets », in Le Monde du 02.06.2001.


158. « Angola. Entre le FMI et les “préfis”… », in LdC du
17.12.1998.
159. Lire « Angola. Un séminaire “opportun” le 26 mars 1997 au
CFCE », in LdC du 06.03.1997.
160. Alain Lallemand, « Exclusif : Jack Sigolet parle », in Le Soir
du 07.07.2001.
161. « Angola : hypothèque sur le futur », in ACf du 13.07.1998.
162. « Luanda. José Eduardo dos Santos “l’Italien” », in LdC du
03.07.1997.
163. « Angola. Le CCF dans les privatisations », in LdC du
09.01.1992.
164. Lire « La “Caisse française d’or noir” sur le bloc 3 » et « Elf
rembourse les arriérés de Luanda auprès de la “Caisse” », in LdC
des 28.01.1993 et 02.11.1995.
165. Lire « Angola. BTP français en flèche de grue » et « L’enjeu
des télécoms », in LdC des 09.04 et 09.07.1998.

Notes de la conclusion
1. Association Bien public à l’échelle mondiale, 57, av. du Maine,
75014 Paris, tél. 33 (0)1 43 27 76 72.
2. Jean-Christophe Mitterrand, Mémoire meurtrie, op. cit.
3. Billets d’Afrique n° 5.
4. « Les dérives mafieuses de la Françafrique », janvier 1995,
publié in Agir ici et Survie, « Dossiers noirs n° 1 à 5 »,
L’Harmattan, 1996.
5. Agir ici et Survie, France-Cameroun, « Dossier noir n° 7 »,
L’Harmattan, 1996, p. 8-9.
6. « Genova. Dette illégitime ou criminalité financière contre
développement humain », in Grain de sable du 06.07.2001.
7. Voir le site <www.dette2000.org>.
8. Entretien avec le magazine du PNUD, Choix, 22.06.2000.
9. Courrier du 09.04.2000.
10. Hervé Gattegno, « Un nouveau circuit financier secret
d’Alfred Sirven découvert au Liechtenstein », Le Monde, 04.04.
2001.
11. Lire supra, p. 113-116.
Table des matières
Introduction 5
Note méthodologique, schéma général 9

I. Congo : pétrole, dette, guerre 13


La dette du Congo-Brazza 16
1. Le pétrole fait flamber la dette 17

La dette de Sassou I 19
L’obsession de l’amnistie 30
La dette des Lissoubistes 37

2. Les flambeurs entrent en guerre 51

La facture de l’été 1997 53


Sassou II pompe comme Sassou I 60
1999 : finance & crime contre l’humanité 65

3. Les allumeurs 69

… Elf 69
Traders et intermédiaires : Sigolet-Tarallo,
Michel Pacary, Hassan Hojeij,
Samuel Dossou, Loïk Le Floch-Prigent,
Marc Rich & Glencore, etc. 77
Les banques : Paribas & BNP,
Société générale, CIBC
& Crédit agricole-Indosuez 98

4. Paris complice 109

II. Angola. Pétrole,


guerre, dette 117

5. Douteuses connexions
d’une pétrodictature 119
La “sale guerre” 119

La dette de l’Angola 120

Pétrole & Françafrique 124


L’argent de la guerre & de la corruption 126

6. Sous Gaydamak, Falcone 135

7. Armes, services, fisc, médias, justice 143

8. Gaydamak, Menatep,
la Russie & Israël 155

9. Drôle de dette 167

Dette & ajustement structurel :


le cercle vicieux 176

Conclusion. La “Mafiafrique”
pour horizon ? 177
Bien public ou criminalité financière 180
N’enterrons pas trop vite
la Françafrique 182
Les voies du droit 185

Annexes
Pistes juridiques 191
Repères chronologiques
Congo-Brazzaville 198
Biographies des protagonistes 200
Principaux sigles 203

Notes
Chap. I. Congo : pétrole, dette, guerre 205
Chap. II. Angola : pétrole, guerre, dette 216
Conclusion 224
DOSSIERS NOIRS (16)

DOSSIERS NOIRS (16)


Agir ici – Survie François-Xavier
Le brassage continu de l’or noir et de
Verschave
« l’argent noir », du pétrole offshore
(au large) et des capitaux offshore
(dans les paradis fiscaux), des
spéculations inavouables sur le
pétrole, la dette et les fournitures
de guerre, dessinent un paysage où

L’envers de la dette
criminalités économique et politique
entrent en synergie. Il devient

L’envers
évident que les acteurs les plus
conscients participent à un « groupe
criminel organisé ». Ils n’ont pas
conscience, en revanche, que peut

de la
leur être collée cette étiquette, car ils
évoluent depuis trop longtemps dans

Agir ici
Survie
les espaces sans loi, les no man’s
land déshumanisants d’une

dette
mondialisation dérégulée, avec la
quasi-assurance de l’impunité.
Les ouvrages sur le pétrole, la dette,
les trafics d’armes, les guerres
au Congo-Brazzaville et en Angola,
avec leurs cortèges d’horreurs et de
Criminalité politique
François-Xavier Verschave

destructions, ne manquent pas. Il


manquait de tisser ensemble ces et économique
divers éléments.
C’est l’objet de ce « Dossier noir ».
au Congo-Brazza et en Angola

François-Xavier Verschave
est notamment l’auteur de
La Françafrique (Stock, 1998)
et Noir silence (Les Arènes, 2000)
846831

AGONE: ISBN 2-910846-83-0


13,50 € / 88,55 F
782910

COMEAU & NADEAU: ISBN 2-922494-79-9


17,95 $
9

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