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Ancrage réaliste et reflet du monde actuel dans l’œuvre romanesque

Eldorado de Laurent Gaudé

République Algérienne Démocratique et Populaire


Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
Université d'Oran 2 Mohamed Ben Ahmed
Faculté Des Langues Étrangères
Département de Français

Mémoire de Master
Option : LANGUE ET CULTURE

Présenté par : Dirigé par :


SOLTANI Nadjet Mme BAMBRIK Lineda

M. CHAIB SAMIR MAA Président Université d’Oran 2

Mme. BAMBRIK Lineda Pr Rapporteur Université d’Oran 2

Mme. HARIG Fatima Zohra MCA Examinateur Université d’Oran 2

Année universitaire 2020/2021


REMERCIEMENTS
Mes remerciements à vous Madame Harig, à vous Monsieur Chaib, qui avez accepté d’être
membres du jury.

Malgré les lourdes charges qui vous sont incombées, vous demeurez au-dessus de votre
vocation pour veiller au grain car la jeunesse est la seule promotion sociale et l'Université est
le phare de toutes les institutions.
Merci encore à vous, qui véhiculez, portez la culture, le savoir, l’histoire et le caractère de
l’Algérie malgré les obstacles que vous croisez et que vous contrecarrez perpétuellement pour
la noble cause : celle de l'amour pour votre profession et l’amour que nous portons tous à
.notre pays
Je ne croyais plus, j'y crois, plus, j’ai la certitude qu’il y a une Amazone, une Antigone parmi
les enseignants qui m'ont encadrée pendant mon cursus universitaire, et bien c’est Madame
Bambrik.
Moment propice pour exhumer, sans surinterprétation, tout ce que je vous dois.
Ma reconnaissance envers vous d’avoir réhabilité mon assurance, impact majeur, et vos
encouragements à m’inscrire au Master.
Vous qui concédez à recréer en permanence une pédagogie dans le défi de flairer une élite.
Vous qui transmettez votre savoir avec aisance et qu’aucune question n'importune.

Vous qui honnissez le laxisme et bannissez le dilettantisme, vos exigences étaient dans une
tectonique et ont fait de vous, ce professeur que les étudiants sont enorgueillis de vous avoir
eu.
Nous nous refugions dans la protestation silencieuse, se reflétant à travers notre manque de
participation, mais vous avez su nous en détourner par votre acharnement sur cette anesthésie
culturelle et vous en êtes sortie victorieuse.
L’enseignement, cela à un coût que vous avez assumé dans l’intégrité morale, nous qui étions
dans la frustration permanente, par vous, nous avons repensé positivement le statut du
professeur car nous n'y croyons plus.
Une vraie perte de curseur culturel que vous avez désincarné malgré cette traversée du désert,
en mettant en œuvre une pédagogie dans la thématique de la mise en place d’exposés, de
cours, d’interrogations : résultat très probant, car vous étiez dans l’engouement d’irrigation de
tous les champ et faisceaux du savoir.

Vous étiez toujours dans la dynamique de cette volonté avec la bonne conscience, de
réinventer l’exemplarité du professeur.
Bravo ! Vous avez réussi car résisté, Madame.

DEDICACES

« Mima » une élévation au sacrifice.

Si je pouvais bâtir une stèle au nom du « don de soi » je la nommerai « Mima ».


Ma grand-mère, ma première école, les jalons de mon éducation. Elle a découvert ma
première dent, a accompagné mes premiers pas et décodé mes premières lectures avec un
abécédaire propre à elle, personnifié.

Altruiste, elle s’est toujours dévouée aux siens et aux autres en se désavouant de sa vie.
Elle m'a appris à garder le meilleur et à changer le pire.

Elle avait un certain sens de la responsabilité et s’impliquait entièrement en s’investissant


jusqu’au bout surtout quand cela ne la concernait pas. Elle était toute entière.

Petite, je percevais sa sagesse et le bien-être qu’elle nous communiquait d’où émanait la


candeur de l’innocence. Elle savait faire taire ma colère et résister à mes caprices.

Elle m'a inculqué ce sens de la droiture même par sa prématurée et tragique disparition. Elle
m'a transmis la valeur de fait que « nul n’est éternel » et ancré en moi « qu’il ne suffisait pas
de se rapprocher de Dieu par les cinq commandements religieux mais aussi de son prochain ».

Elle ne se gargarisait pas de mots mais d'actes. Elle était animée par cette fibre morale qui est
la conscience, l'amour pour l’autre et la dignité.

« Ma » qu’il est difficile d’être la fille de ma mère, parce que tout simplement elle vous fait de
l’ombre et sans aucune prétention.
Elle réfute d’être dans la stratégie d'accommodation, avec son caractère très marqué.

« Ma » est toujours dans cette prévisibilité pour mieux se projeter et nous protéger. Toujours
dans cette phase d’optimisme mais jamais dans le déterminisme et sans cesse avec une
attitude permanente face aux affres de la vie dans ce combat inconditionnel.
Toujours à l’écoute et au contact des autres, elle est dans la force et l’engagement.

Elle résiste et existe pour s’engager et se sacrifier, n'adhérant à aucun créneau d’association,
elle œuvre accompagnée des profondes valeurs léguées par sa maman et de son caractère
trempé, pétri par ses enseignants pour lesquels elle a une grande fascination et à qui au
passage, je rends un hommage révérencieux à titre posthume « Madame Hagani » et
« Monsieur Bessaïah ».

C’est dans cet univers que j’ai baigné et grandi, mais que j’appréhende, car je suis dans cette
crainte de ne pas être dans cette capillarité de le préserver, car nous évoluons dans une ère très
complexe où les valeurs universelles sont dans l’expiration car nulles et non avenues, en
l’occurrence inadéquates aux mœurs et us d’aujourd’hui.

AVANT-PROPOS

Prélude du plan général

Notre ambition n'est pas d’innover mais modestement d’octroyer plus de clarté à la démarche
de notre corpus qui ne saurait être performant qu’à partir de trois notions fondamentales : la
dynamique communicative, la cohésion textuelle et la cohérence structurelle et pour ce faire
.seul un plan peut répondre à ses objectifs en les rappelant
A priori, notre plan sera divisé en deux grands chapitres pour se compartimenter en vingt
points précédés d’une introduction et d’une conclusion et ce, afin d’asserter une forme et un
fond à notre étude.

Ainsi va-t-il se proposer ici comme future réalisation d’une macrostructure au micro-
structurelle postulant tous les procédés de textualisation et les mettant en œuvre
respectivement pour orienter « nos censeurs ». Aussi ce plan, à postériori, viendra conforter
une analyse et une évaluation de certaines caractéristiques qui nous ont parues représentatives
de choix et stratégies au niveau de toute l’investigation de notre roman « Eldorado » et enfin
pour que notre recherche ne soit ni vain, ni stérile mais pertinente et féconde.
Ce plan saura-t-il répondre à toutes les attentes de notre encadreur pour la richesse littéraire
de cette œuvre et de ses enjeux dans une notion d’étendard ?

SOMMAIRE
Remerciements …...………………………………………………………………………… 4.

Avant-propos .……..…………………………………………………………………………8.
Sommaire …………………………………………………………………………………….9.

Introduction générale ...........................................................................................................10.

Chapitre I TYPOLOGIE GÉNÉRALE DE L’ÉCRIVAIN ET DISCOURS LITTÉRAIRE


EN PRISE AVEC LA MONDIALISATION ……………………………………………….21.

Biographie de l’auteur .............................................................................................................21.

Résumé du roman ……………………………………………………………………………


24.

Paratexte ……………………………………………………………………………………..27.
Genre littéraire ………………………………………………………………………………29.

Analyse thématique de LA CRISE MIGRATOIRE A LA QUÊTE IDENTITAIRE ….…...30.


La réception critique ...………………………………………………………………………31.

Conclusion du Chapitre I …………………………………………………………...............34.

ChapitreII : LA NOTION D’ELDORADO et PARATOPIE LITTÉRAIRE …………….38.

Vers une analyse du titre ………………………………………………………….………..38.


L’incipit ………………………………………………………………………………….....38.

Les personnages : STATUT DES PERSONNAGES ET REGARDS EXOTIQUE ...........39.

Temporalité du récit : CONSTRUCTION A REBOURS ET CONSTRUCTION AVEC


ENCHÂSSEMENT …………………………………………………………………..……..45.
Unités d’espace, de temps et d’action ……………………………………………………….49.

Structure THÉÂTRALE DU RÉCIT ENTRE DIALOGUE ET MONOLOGUE ………....53.

Grammaire textuelle ……………………………………………………………………...….61.


Conclusion du chapitre II ………………………………………….…….……………..……80.

Conclusion générale ………………………………………………………………………..82.


Table des matières ………………………………………………………………………...…86.

Bibliographie ………………………………………………………………………………...89.

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Pour notre projet de recherche, nous avons choisi d’étudier le roman humaniste intitulé
«ELDORADO» publié par l’écrivain français Gaudé Laurent en 2006 (Actes Sud) . L’auteur
s’est mis à la rédaction de ce livre tout de suite après l’obtention de son prix Goncourt en
2004 pour le Soleil des Scorta .
«l’Eldorado» roman qui lève le voile sur le phénomène de l’émigration clandestine en
direction de Lampudesa et en provenance particulièrement de la partie Nord de l’Afrique
Notre motivation pour cet écrivain renvoie à de nombreux critères : Décryptage de sujets
actuels qui sont source de grands débats . Dans cette œuvre aérée, narration et points de vue
s’entremêlent pour donner naissance aux personnages voire de permettre l’indentification du
lecteur dans une langue fluide, une lecture rapide, un vocabulaire accessible, des récits
entrainants car on est dans le drame absolu, la négation de l’autre et cet imbroglio incarne le
monde moderne «le nôtre » .

Problématique
La migration sujet au cœur du débat universel, est au cœur d’un débat social.
Ce fléau complexe , a pris beaucoup d’ampleur ces dernières décennies et reste
incontrôlable car non maitrisé. Un fléau comme le définit « Hachette 2009 » est un instrument
pour battre les céréales au sens propre , au figuré : grande calamité nuisible .
Notre expérience , ajoutera « un mal » et son étendue est non sans grandes et graves
conséquences et la migration, en revêt le même caractère : Le diagnostic d’un mal qui ronge
qui contamine et se propage incommensurablement et que l’on appelle migration.
L’émigration ou migration comme le définit le dictionnaire ‘‘Hachette’’ est un déplacement :
pour le premier paramètre (émigration) , d’un pays à un autre en quête de richesses , en
revanche ,pour le second (migration) un déplacement d’une région à une autre, en quête d’un
climat clément , exemple pour les oiseaux et d’une terre moins hostile , plus fertile selon les
saisons par besoin de survie seulement, pour hommes et cheptels .
Comment est perçue l'immigration à travers ce roman ?
Sujet actualisé est réactualisé, il demeure jusqu'à ce jour source de débat.

La migration est perçue à travers ce roman comme un exil non choisi.


Une tribune de l’errance qui semble être le lot de ces individus pris à parti avec des histoires
individuelles et d’une manière inique.
Ils sont confrontés aujourd'hui à une planète qui paraît comme une hôtelière où s’est inscrit le
mot « complet » .
Elle désigne cette espèce de bras de fer entre cette fermeté du combat et la désillusion non
négociable du migrant.
L'auteur témoigne de leur état d'esprit dans l'isolement, dans l’arrachement à la vie sociale et
dans une totale détresse mentale et à cela s’ajoute ce malaise suscité par le regard exacerbé
porté sur eux parfois haineux car véhiculant la peur, la phobie de l’autre.
La migration scandée par L.Gaudé, est cette migration confrontée à des situations similaires
aux scènes de guerre, vues les structures drastiques établies dans les pays accueilleurs .
Elle est cette survie qui devient un acharnement car la mort est édictée par des passeurs sans
foi ni conscience désacralisant la vie.
Un enjeu suscitant une profonde réflexion sur la crise sociale : dénoncer, s’interroger et
soutenir.
Les personnages du romancier sont soit dans une situation très précaire, soit exposés aux
affres des guerres ou des survivants aux déboires du terrorisme.
Insoumis à cette équation si difficile, ils font le choix qui leur paraît salutaire, celui de
l'immigration.
Mais dans aucun des cas, les personnages de cette œuvre n’ont immigré par choix .
L.Gaudé fédère par la plume pour ce combat , l'unique moyen pour mettre le doigt sur cette
plaie béante peut-être se porte-t-il legarant à panser cette blessure profonde en changeant à
priori le regard sur le migrant, le repositionner.
L'exil devient une perspective à cours terme ,illustré par les parcours de ses personnages
voués à la déception, à l’échec et cela relève d’une réalité de terrain qui paraît anodine, mais
qu'il faut regarder en face pour cela, ôter ses œillères.

L'écrivain, montre cette cristallisation des laissés pour compte, dans une case à laquelle ils
sont assignés à vie .

Le romancier adopte un optimisme précautionneux en se lançant le défi au moins de partager


ces expéditions tumultueuses, hasardeuses ne serait-ce que par l'intervention de ses
personnages incarnant fidèlement leurs statuts.
Il incrimine cette désinhibition de l’autre envers l’autre qui lui paraît si différent.

Pourtant un regard de considération pourrait les réhabiliter dans leur intégrité, leur redonner
leur dignité dans tout sa sacralité car déconsidérés, avilis déjà dans leurs pays.
L'écrivain dans ce climat problématique, se garde d'avoir la peur d'un combat vain pour se fait
sociétal tendu et trèsviolent.
Il va accompagner ce fléau par sa plume car il veut endiguer cette fatale destinée qui leur est
présagée comme un maudit leg, car inscrit dans un contexte particulier pour des individus qui
paraissent tout particuliers.
C'est dans un optimisme lucide qu’il affiche son soutien en octroyant au « commandant
Piracci » ce personnage principal, la responsabilité de refaire le chemin inverse du voyage
effectué par des migrants , lui faire revivre leur parcours houleux en le plongeant dans cette
descente aux enfers et nous trainer, nous lecteurs avec lui .
Le commandant devient ce bâton de pèlerin.

Il est ce cri de ralliement, un cri de guerre contre cet irrespect de la valeur humaine dans cette
humiliation permanente qui va au-delà de ce qu'elle représente : un langage psychique qui
s'inscrit dans la genèse existentielle et révélateur des marqueurs de la société d'aujourd'hui :
réfractaire, égoïste et indifférente.
Ce roman condamne dans l'interrogation et l'interpellation.
Là est circonscrit l'impact d'une crise sociale, évolutive dans cette impunité contre un principe
cardinal celui del’intégralité et de la dignité de l’homme.
L.Gaudé est dans la quête de la résilience, dans la reconquête de l'identité, ovationnant l’exil
dans la dignité.
Quel caractère revêt ce fléau de nos jours ?

La migration et non l’émigration qui est à souligner parce que leur mode opératoire diffère .Si
la seconde constante (émigration) se considère comme un voyage légal dans la décence et la
dignité notamment, la première constante (migration) est clandestine , illégale , se déroule
dans l’indécence et l’indignité et y va de la vie de celui qui l’entreprend à ses risques et
périls : c’est dans cette perspective que s’inscrit la migration .

Peut-on considérer la Migration comme une tendance c’est-à-dire une mode observable sur
une petite période ou un fléau qui perdurera ?

Oui , une tendance , simulée comme telle il y a deux décennies , parce que ne touchait qu’une
classe isolée d’individus qui rêvait du « farniente » d’une place au soleil mais par voie légale,
et devenait « des sans papier » car leur séjour ayant expiré. Mais aujourd’hui , la migration
force la porte de toutes les classes , de tous les sexes , races et religions confondues , toutes
les tranches d’âge et à priori les jeunes, faisant usage de moyens de transport périlleux pour
échapper au mirador et s’offrir à la mort .

Peut-on considérer la Migration comme les prémices d’une crise sociale ?


Sans aucun doute , car en prenant pour exemple notre pays « l’Algérie », état gangréné vues
les préoccupations des citoyens et leurs attentes ( inflation des prix, surenchère des produits
de première nécessité, SMIG comparé à une solde, crise de logement, pénurie de
médicaments et le tout couronné par la moins-value d’un cours monétaire de singe convertible
à 100% ou 70% dans les pays voisins) alors nous ne pouvons que confirmer cette situation
fastidieuse et pernicieuse : un peuple écouté mais pas entendu, désavoué qui est au bon
vouloir de l’excentricité des gouvernants .
Toutes les instances confondues (éducation, justice, santé etc...) évoluent dans un semblant
de démocratie participative ce qui entraine par conséquent une fracture sociale d’où deux
classes bien distinctes : les privilégiés et les oubliés, les laissés pour compte .
Cette addition de problèmes ne fait que conforter un méchant diagnostic par cet état de fait
enclenchant cette fracture sociale.
Qui ? et Que cautionne ce fléau ?
Passeurs ? Migrants ? tous deux sont dans une relation intrinsèque, fusionnelle car la
migration est considérée comme une chance, une opportunité de part et d’autre.
Le passeur cautionne la cupidité, l’appât du gain, la fortune au détriment du dénigrement de la
vie d’autrui.
Quant au migrant, il cautionne la nécessité d’un changement de vie, un rêve qui reste
inachevé ou qui s’achève sur un leurre .
Les deux parties s’auto-responsabilisent : transaction consentie et univoque ; les premiers se
portent garants d’un voyage en retour d’un marché juteux financier, les seconds se malmènent
souvent pour s’acquitter de la dette faramineuse .

Le gouvernement a aussi sa part de responsabilité car bien que ce fléau soit médiatisé et tous
les éléments suffisants pour mettre en branle des dispositifs efficaces pour contrecarrer et
mettre fin à cela , il a vis-à-vis des faits et des victimes montrer la seule petite once qui puisse
subsister dans leur conscience et l’infime humanité qui les anime est de faire faire repêcher
les centaines de cadavres , de les restituer à leur familles faisant la Une d’ENNAHAR TV,
pour calmer les esprits et glorifier leur action qui est de leur devoir absolu .
Quelles en sont les répercussions sociales ?

En effet , les incidences sur la société ne sont pas des moindres car engendrent une
insurrection passive donc un danger imminent car est un élément enclencheur incitant à un
faible degré la migration et à son paroxysme avortant de la violence, vol , viol, terrorisme,
drogue, crimes crapuleux : le chaos qui demeure dans l’impunité et l’état qui se complait dans
l’omerta .

Choix du corpus :
Personnellement, le choix de ce roman est fortuit, car trouvé dans la bibliothèque de mon
oncle (concerné par ce drame). Lecture faite, je fus touchée par le fort témoignage de ce
contenu, un témoignage poignant d'un réel concret actualisant le quotidien des migrants.

Cette œuvre a été conçue comme pour faire vivre de vives et brûlantes émotions au lecteur et
surtout le faire grandir face aux douloureuses expériences de ces individus qui croyaient et
rêvaient d'une place au soleil.
De ce drame est né le combat dont ce roman porte la voix, ayant pour résonance l'actualité
funeste.
Ce roman est surtout le témoignage crédible, concret, vivant d'un drame que j'ai vécu
personnellement.
Tout comme le terrorisme, la migration laisse des séquelles meurtrissant familles et société.

Nous sommes tous dans l'inconscient collectif marqués par ce fléau : un devoir de mémoire.
Affectée de loin parce que la migration toucha des humains qui ont perdu la vie gratuitement
pour avoir aspiré å un monde meilleur et je compatis à la douleur des leurs, mais de surcroît
impliquée, car ce mal a forcé notre porte il y a trois ans. Nous avons vécu ce cauchemar et
endurons son calvaire par la perte d 'un jeune cousin qui jusqu'à ce jour son corps n'a pas été
retrouvé et ne pouvons en faire le deuil car ne pouvons nous recueillir devant sa tombe.
Un combat de longue haleine a été et est mené à ce jour.
Quelque soit la cause d'un décès on récuse la fatalité et l'acceptons mais ne pas inhumer
un mort demeure une souffrance incommensurable qui mine toute ma famille.

Comment se reconstruire alors que le deuil ne peut même pas être entamé!
Difficultés rencontrées :
Des difficultés rencontrées pour ne dire considérables mais assez importantes, visant en
amont la documentation, par un support précaire auquel je me suis assignée vue la difficulté
de trouver une plus large bibliographie se référant à certains points posés par mon encadreur
et que j’aurai souhaité traiter avec plus d'aisance.

En aval, le roman est tellement riche que j’aurai désiré procéder à une plus profonde étude à
travers tous les chapitres et ne pas me restreindre à un analyse partielle : celle du choix de
certains chapitres véhiculant les directives de mon corpus .
Un balisage contraignant me faisant porter des œillères, sans omettre la soumission à
l’élaboration de mon étude à la réduction de 50 pages.
Hypothèses :

Des hypothèses à peine perçues, à travers le chapitre I pages 17 et 18, elles sont plus dans
cette démarche d'apaisement des migrants, dans leur mise en confiance, dans leur protection
et le ménagement du lecteur que dans le concept d'accusation ou de protestation contre les
dispositifs établis et les lois instaurées.
Ce comportement d'assistance par les officiers de la marine aux migrants va bien laisser place
à des suppositions bien nuancées à travers le chapitre II page 33 et tout le long du récit, elles
sont sur le mode de la dissuasion par la sanction.

Ces hypothèses font état d'une perte de cohésion sociale et vont dans le mode de l'inaction,
d'un laxisme et surtout d'irresponsabilité excessive dans un cumul de dysfonctionnements
mettant dans le viseur les procédures des pays d'accueil et des stratégies trouvant leurs
marques dans la déresponsabilisation des pays de provenance. L'heure est au réajustement :

- problème d'institution qui est non pas dans l’inefficacité de ses rouages mais dans la
mauvaise application par les hommes qui la gère.

- Défaillance des dispositifs créant la dérive qu'il faut repenser.


- Une responsabilité non personnelle mais celle des gouvernements dans une justice à
deux poids et deux mesures.

- Un laxisme qui nourrit la permissivité des passeurs restant dans l'impunité, qui
s'affranchissent des lois car non appliquées fermement et sont dans une géométrie
variable.

- Des mesures opérationnelles inefficaces puisque alimentées par la corruption.


- Instrumentalisation des grandes instances dans le sens du maintien des passeurs pour
enrichir corrompus et corrupteurs .

- Attentif à ce mal, L.Gaudé veut l’identifier en s'attaquant à ses sources, et évaluer ce


constat d'échec.

- Si les motivations sont dans la symbolique du vouloir d’un changement, à l'aspiration


d’un monde meilleur, les hypothèses, quant à elles sont dans la coercition, dans la
protestation vaine ne trouvant exutoire que dans cette fuite périlleuse.

- Sous forme d'infraction, ces hypothèses doivent être dans le mûrissement et la réflexion
pour recréer un élan, dans une reprise point par point du pourquoi ce déclinisme des
valeurs humaines.

- C’est dans un esprit de réhabilitation en vertu des droits et devoirs de chaque citoyen
dans son pays que l’écrivain œuvre.

- Ces hypothèses ne sont-elle pas porteuses de moments paroxystiques, qui demeurent


impunis, et qui sont condamnés et contestés par l’écrivain ?
Nombreuses seront les suppositions que l'on peut faire sur l’explication de ce fléau.

Peut-on considérer la migration clandestine comme prémices et conséquences d’une crise


politique, sociale ou psychologique ?

-A priori politique, et sans aucun doute, car en prenant pour exemple note pays « l’Algérie »,
état gangréné vues les préoccupations des citoyens et leurs attentes inflation des prix,
surenchère des produits de première nécessité, SMIG comparé à un solde, crise de logements,
corruption, pénurie de médicaments et le tout couronné par la moins-value d’un cours
monétaires de signe convertible à 100% ou 70% dans les pays voisins, car la nôtre est
considérée comme monnaie de singe alors nous ne pouvons que confirmer cette situation
fastidieuse et pernicieuse : un peuple écouté mais pas entendu, désavoué qui est au bon
vouloir de l’excentricité des gouvernements.

Toutes les instances confondues ( éducation, justice, santé etc… ) évoluent dans un semblant
de démocratie participative ce qui entraîne par conséquent une fracture sociale d’où deux
classes bien distinguées : les privilégiés et les oubliés, les laissés pour compte.
Cette addition de problèmes ne fait que conforter un méchant diagnostic par cet état de fait
déclenchant cette facture sociale.
Ainsi l’Algérie va se mouvoir dans un contexte social tributaire d’injustice dans une dictature
créant des classes et sous classes cultivant le chômage et la précarité par conséquent incitant
les enfants de la partie à abandonner leur pays natal nourrissant en eux la renonciation, mais
animant en eux le rêve d’un monde meilleur.

-A fortiori, génocide et guerre sont sur le banc des accusés, car ce duo satanique s’octroie
comme mobile la chasse à l’homme, jusqu’à son extermination.

Sous les représailles, les tortures, le crimes, les viols, la terreur, tous ces connecteurs
fusionnés vont encourager les victimes à choisir d’écrire elle-même leur destin : fuir à tout
prix pour un autre univers même s'il n’est pas meilleur au moins apaisé.
-A posteriori, l’état psychologique dû à une détresse mentale peut être un facteur déclencheur.

Évoluant dans un espace austère, balisé par des tabous, l’individu se sent dans une situation
de frustration d’incompréhension.

La personne traversera de virulentes émotions qui montent en crescendo : mal-être, stress


parfois le burn-out et pour faire surface, ces gens vont trouver comme exutoire, échappatoire
l’émigration, parce qu’ils sont en rupture avec la société.
Ils se donnent les moyens de dépasser cette détresse qui les succulent alors ils optent pour un
changement appelé migration.
En Conclusion, toutes ces constantes conjuguées se sont accommodées pour déclencher et
enclencher la migration, une histoire malheureusement qui appartient à tout le monde.
Toutes ces hypothèses émises peuvent être la panacée de l’aboutissement d’un remède à ces
maux universels.
Visée de l’auteur :
La visée de l'auteur et celle de faire le débriefe d'une situation inexorablement tragique. Il
tire la sonnette d'alarme.
Par le biais de son œuvre, il dénonce les dérives des pays d'accueil et se veut le porte-parole
de ces damnés de la terre, leur voix.
Un roman d'humilité à l'image d'une prise de conscience. Il est dans cette lutte de classes
fragiles, vulnérables contre cette lutte de classes favorisées, privilégiées.
L'écrivain est aux migrants ce que le remontoir est à la pendule.

Faire changer le regard de déconsidération qui est porté sur le migrant.


Il est dans le montor du combat et met en œuvre la mobilisation de tous, pour insuffler
l'énergie de continuer cet engagement .
Il jette sur la scène publique, ce mal qui ronge, qui mine.
Un appel à témoin de toute la planète à la mobilisation pour cette lutte.

Ce roman est un moyen d'action. C'est ainsi que L.Gaudé matérialise ce fléau par son œuvre
l'Eldorado pour accompagner la migration.
Les propositions suggérées :
Propositions ou remèdes en l'occurrence car il y a beaucoup de blessures à panser.

Comment réagir face à ce drame car que fait l'état ? L'école ? La famille ?
Préoccupation très présente car il y a un vrai sujet
Le pays se fracture et loin de faire l'unité, l'adhésion est repoussée à chaque fois par cette
indifférence gouvernementale et cette indifférence qu'il affiche ouvertement.
L'état se doit de raisonner en termes de critères qui sont déplorables: terrorisme,
émigration, corruption, le ras-le-bol, l'envolée des prix et inexorablement toutes ces

constantes vont faire exploser la société car nous sommes en situation d'échec. De plus, le
seul critère qui dirige nos gouvernants c'est ce laxisme à outrance.

Par conséquent la conscience humaine doit se modifier car il est temps que l’Algérie fasse son
briefing en apportant des solutions dans l'urgence et trouver le comment penser et panser ce
fléau ?
Besogne fastidieuse car peu facile certes, mais un combat politique et sociale doit en

naitre d'où:

- Des moyens d'intimidation exemplaire pourraient mettre le holà à cette funeste situation
.

- Débattre une loi d'état d'urgence repoussant par des mesures drastiques tout passeur qui
tente de l'enfreindre

- Un mode de répression répressif sous une véritable réflexion comme: châtier rudement
passeur par la prison et le présumé migrant le punir sur le mode de travail d'intérêt
général dans le fin fond du Sud Saharien.

- Verbaliser le passeur par une faramineuse amende


- Mobilisation ferme et quotidienne de la sûreté côtière qui doit toujours ressentir le
devoir d'agir .

- Sensibiliser les jeunes Algériens à la culture du non-mépris du sous-métiers (éboueur,


maréchal-ferrant, fossoyeurs, cantonnier, ramoneur, chaudronnier, chiffonnier et
laveur de peau de mouton métiers qui ont été désolidarisés de puis le départ des
Marocains).

- Ne pas être réfractaire aux métiers manuels littéralement désertés comme la culture de
l'alfa, la dinanderie et l'étanmage du cuivre.

- S’œuvrer à la tâche de jour comme de nuit : entretenir nos routes, ramoner les égouts,
tailler les arbres, nettoyer les rues ( exemple de nos voisins Tunisiens et Marocains).

- L'état doit investir et s' investir dans de gros moyens financiers et humains pour irradier
ce fléau, comme il la prouve face au terrorisme en se surpassant et se mettant au zénith
de la scène planétaire.
Ces déclarations ou reproches soulevés à juste-titre n' épargnent pas la société car les parents
et l'institution scolaire doivent aussi respecter leurs engagements de parents et d'éducateurs
par conséquent changer d'état d'esprit, celui de démissionnaire. Ils doivent répondre de leur
noble mission : mettre des mots sur ce drame en sensibilisant les gens parla création de
comité avec des personnalités qualifiées, psychologues, éducateurs, parents, policiers, Juge
ect.., dans un esprit collectif et non individualiste

- Faire des campagnes de sensibilisation au sein des milieux scolaires et de culte .


- Interdire la déscolarisation des pré-adolescents.
- Créer plus de centres de formation et d'emplois pour jeunes.
- Ensemble, créer des textes et les finaliser dans des débats, mettre en place des
procédures conventionnelles contre la finitude de la vie qui est la mort gratuite.
En Conclusion, ensemble, nous devons repenser les systèmes aux besoins des jeunes, recréer
et consolider les mécanismes d'une démocratie dans l'équité, 1'égalité, la légalité et la
fraternité pour une sortie de la crise sociale impliquant gouvernants et gouvernés car tous
concernes.
Motivations :

Cernées, placées dans un champ assez large, les motivations de l'auteur ne peuvent qu'être
multiples.
Il est dans ce vouloir de :

- À priori, faire ressortir la souffrance continuelle du migrant de sous le tapis, de ce fait


réactualiser ce phénomène qui s'est accruet jeté aux oubliettes.

- De partager le témoignage au-delà de son roman par le support de l'écriture.


- D'anticiper sur les tabous qui n'ont pas été dénoncés à ce jour : la traite des blancs.
- Repenser ce mal en touchant un plus large public.
- D'être le messie de ces « loosers » dans le ravivement de la mémoire collective.
Toute l’œuvre, montre les valeurs les plus basiques, bafouées. Elle est dans cette volonté de
mettre le doigt sur l'atteinte de l'image du migrant comme un sous-homme qu’on a dépourvu
de toute sa dignité, de son intégrité physique et morale.
Ainsi L.Gaudé se pose comme défenseur des droits de l'homme, il cède la souveraineté à
l’hymne de l'humanité.
Ce roman réfute le relativisme, la banalité de ce fléau.
Il clame la phobie de l'étranger un fait longtemps dissimulé non pas par honte mais par
indifférence.
Il se veut dans ce combat homérique quicasse le tabou de l'omerta en élevant leurs voix.
Il est dans cette volonté de dénoncer ces passeurs restés, toujours impunis car il est accordé
peu de crédit à leurs actes innommable, car abjects, infâmants.
Il aspire à réhabiliter l'intégrité et la dignité du migrant.
Il veut contribuer à leur sauvegarde par leur respectabilité.
En Conclusion, en réactualisant ce fléau L.Gaudé l’a historicisé car il rassemble dans son
engagement les valeurs universelles et les fondements humanistes. Il défend les droits de
lumière tout comme Voltaire : l'équité, l'égalité et se veut le plaidoyer d'une classe bannie qui
est le souffre-douleur de toute la planète.
Les motivations de l’auteur ne sont ni dans le populisme, ni dans la démagogie mais dans la
réaction du combat .
CHAPITRE I

CHAPITRE I
Typologie générale de l’écrivain et discours littéraire en
prise avec la mondialisation

Biographie de l’auteur :
Laurent Gaudé a fait sa scolarité au Collège Paul Bert de Paris, puis à l'École alsacienne. Il
poursuit ensuite des études de Lettres Modernes avant de s’orienter vers le département
2
d’Études Théâtrales de Paris III Sorbonne Nouvelle . Il y soutient d’abord un mémoire de
maîtrise intitulé Le thème du combat dans la dramaturgie contemporaine française, sous la
direction de Michel Corvin (1994), puis un mémoire de DEA intitulé Le conflit dans le théâtre
contemporain, sous la direction de Jean-Pierre Sarrazac (1998).
Parallèlement à ses études, il commence à écrire. En 1994, âgé de 22 ans, il envoie un premier
texte intitulé Une fille et trois garçons à Du théâtre, la revue qui le publie. Ce même texte,
ajouté à deux autres, sera publié par Claude Lanzman dans la revue Les Temps Modernes.
En 1996, à l’âge de 24 ans, il écrit sa première pièce de théâtre, Onysos le Furieux [archive].
L’homme de théâtre Hubert Gignoux, figure de la décentralisation théâtrale en France, en fait
une lecture publique à Théâtre Ouvert en 1997. La pièce est ensuite créée au Théâtre national
de Strasbourg par le metteur en scène Yannis Kokkos en 2000 avec Jean-Yves Dubois comme
interprète.
En 1998, il écrit sa deuxième pièce : Pluie de cendres [archive] qui sera montée au Studio de
la Comédie Française en 2001.
Sa troisième pièce, intitulée Combat de possédés [archive], paraît en 1999. Elle est traduite en
allemand et créée à la Schauspiel de Essen [archive] puis au Landes Theater [archive] de Linz
3
et lue au Royal National Theatre de Londres .
En 2001, il écrit son premier roman Cris, un récit choral sur la guerre 14-18 qui est publié
par Actes Sud. S’en suivent des années où Laurent Gaudé écrit aussi bien des pièces de
théâtre (Médée kali [archive], Le tigre bleu de l’Euphrate [archive], Les
Sacrifiées [archive], Salina [archive]…) que des romans.
En 2002, La Mort du roi Tsongor, son deuxième roman, lui vaut d’être reconnu à la fois par le
monde littéraire et par le grand public. Cité pour le prix Goncourt, il est récompensé par
1 3
le prix Goncourt des lycéens et le prix des libraires . Deux ans plus tard, il remporte le prix
Goncourt ainsi que le prix du jury Jean-Giono avec son roman Le Soleil des Scorta qui sera
également un succès de librairie (80 000 exemplaires vendus entre la parution du roman et
1
l'attribution du prix Goncourt en 2004 ).
Dans les années qui suivent, tout en poursuivant l’écriture de romans (Eldorado, La Porte des
Enfers, Ouragan, Écoutez nos défaites) Laurent Gaudé continue son travail pour le théâtre et
développe de nouvelles collaborations avec d’autres formes d'art : photographie, musique,
poésie, films...
En 2010, il rencontre la comédienne irlandaise Olwen Fouéré qui crée à Dublin sa
4 5
pièce Sodome ma douce . En 2016, il écrit pour elle Danse Morob . La pièce sera créée en
2017 à Dublin.
Il collabore par ailleurs avec plusieurs compositeurs contemporains : Thierry Pécou, Roland
Auzet, Thierry Escaich, Michel Petrossian, Kris Defoort [archive].
A partir de 2013, Laurent Gaudé entreprend une série de voyages (à Port-au-Prince,
au Kurdistan irakien, dans la Jungle de Calais, au Bangladesh...) qui donnent lieu à des
reportages dans la presse, mais également à des poèmes qu’il publiera en 2017 sous la forme
d’un recueil intitulé De sang et de lumière. [archive] Il écrit la voix off du film
6
documentaire Nulle part en France , de Yolande Moreau, sur la jungle de Calais.
En 2018, le metteur en scène québécois Denis Marleau créé au Théâtre des Quat’Sous de
Montréal Le tigre bleu de l’Euphrate avec le comédien Emmanuel Schwartz. Ce spectacle
connaît un succès retentissant et est repris la saison suivante.
En 2019, il publie un long poème Nous l'Europe, banquet des peuples [archive] qui remporte
le prix du livre européen. La même année, le texte est créé au Festival In d'Avignon dans une
mise en scène de Roland Auzet. En 2019 toujours, Salina, les trois exils [archive], son
dixième roman, remporte un triple prix à la Réunion : le Grand prix du roman métis, le prix
7 8
du roman métis des lecteurs et enfin le prix du roman métis des lycéens .
En 2020, il publie Paris, mille vies.
Durant toutes ces années, Laurent Gaudé effectue de nombreuses lectures à voix haute, en
compagnie de comédiennes et comédiens tels que : Dominique Blanc, Judith Henry, Rachida
Brakni, Sara Giraudeau, Didier Sandre, Carlo Brandt, Emmanuel Schwartz, Agnès
Sourdillon, Bruno Putzulu, Hugues Quester, Guillaume Gallienne, Jean-Marc
Bourg [archive], Patrick Sueur [archive], Marie Christine Barrault, Benoît Poelvoorde…
Vie privée
Laurent Gaudé est le frère du journaliste Ivan Gaudé (ancien de Joystick, et cofondateur
[réf. nécessaire]
de Canard PC).

Œuvres
Théâtre
• Combats de possédés, Actes Sud, 1999
• Onysos le furieux, Actes Sud, 2000
• Pluie de cendres, Actes Sud, 2001
• Cendres sur les mains, Actes Sud, 2002
• Le Tigre bleu de l'Euphrate, Actes Sud, 2002
• Salina, Actes Sud, 2003
• Médée Kali, Actes Sud, 2003
• Les Sacrifiées, Actes Sud, 2004
• Sofia Douleur, Actes Sud, 2008
• Sodome, ma douce, Actes Sud, 2009
• Mille orphelins suivi de Les Enfants Fleuve, Actes Sud, 2011
• Caillasses, Actes Sud, 2012
• Daral Shaga suivi de Maudits les Innocents, livrets d’opéra, Actes Sud, 2014
• Danse, Morob, Actes Sud, 2016
• Et les colosses tomberont, Actes Sud, 2018
• La dernière nuit du monde, Actes Sud, 2021
Romans
• Cris, Actes Sud, 2001
• La Mort du roi Tsongor, Actes Sud, 2002
• Le Soleil des Scorta, Actes Sud, 2004
• Eldorado, Actes Sud, 2006
• La Porte des Enfers, Actes Sud, 2008
• Ouragan, Actes Sud, 2010
• Pour seul cortège, Actes Sud, 2012
• Danser les ombres, Actes sud, 2015
• Écoutez nos défaites, Actes Sud, 2016
• Salina : les trois exils, Actes Sud, 2018
• Paris, mille vies, Actes Sud, 2020
Recueils de nouvelles
• Dans la nuit Mozambique, 2007 – recueil de quatre nouvelles.
• Voyages en terres inconnues. Deux récits sidérants, Magnard, 2008 – recueil de deux
nouvelles, issues du précédent recueil
Publication scolaire qui reprend deux nouvelles du recueil Dans la nuit Mozambique :
la nouvelle au titre homonyme et Sang négrier
• Les Oliviers du Négus, Actes Sud, 2011 – recueil de quatre nouvelles

Poésie
• De sang et de lumière, Actes Sud, 2017
• Nous, l'Europe banquet des peuples, Actes Sud, 2018

Littérature jeunesse
•La Tribu de Malgoumi, illustré par Frédéric Stehr, Actes Sud Junior, 2008 - album
jeunesse
Photographie
• Je suis le chien Pitié, avec le photographe Oan Kim [archive], Actes Sud, Hors
Collection, 2009

Adaptation de son œuvre


En 2014, son roman Le Soleil des Scorta, publié dix ans auparavant, inspire le peintre et
illustrateur Benjamin Bachelier, qui en tire une version illustrée, aux éditions
Tishina : « Sa version de l’histoire est tantôt lumineuse comme le soleil des Pouilles,
tantôt sombre comme la misère des Scorta. Dans un foisonnement de techniques -
aquarelles, acryliques, dessins et encres - Benjamin réussit, surtout, à donner des couleurs
9
inattendues aux souvenirs et aux rêves des personnages. »

Distinctions
Prix
• 2001 : Prix Atout Lire de la ville de Cherbourg pour Cris
• 2002 : Prix Goncourt des lycéens pour La Mort du roi Tsongor
• 2003 : Prix des libraires pour La Mort du roi Tsongor
• 2004 : Prix Goncourt pour Le Soleil des Scorta
• 2004 : Prix Jean Giono pour Le Soleil des Scorta
• 2004 : Prix du Roman populiste pour Le Soleil des Scorta
• 2005 : Prix du meilleur livre adaptable au Forum international de littérature et cinéma
de Monaco pour Le Soleil des Scorta
• 2009 : Prix du magazine GAEL pour La Porte des Enfers
• 2010 : Prix Euregio (Euregio Schüler Literaturpreis) pour Eldorado
• 2012 : Prix « Lire dans le noir » pour La Mort du roi Tsongor lu par Pierre-François
Garel aux éditions Thélème
• 2019 ː Prix du livre européen pour Nous, l'Europe banquet des peuples
•2019 ː Grand prix du roman métis, prix du roman métis des lecteurs, prix du roman
métis des lycéens pour Salina, les trois exils.
Décorations
10
• Officier de l'Ordre des Arts et des Lettres, le 23 mars 2017 .

Résumé du roman

Ce roman octroie la parole au narrateur pour nous ouvrir les portes d’une réalité récente mais
poignante d’une tendance sociale à caractère de fléau .
Un officier de la marine, Salvatore Piracci, commandant d’un navire des gardes côtes Italiens
vient au secours d’hommes, femmes et enfants qui chaque jour se noient aux portes de
l’Europe La situation en Méditerranée est aussi dramatique aujourd’hui que les années
passées .. Dans l’espoir de trouver du travail ou parce qu’ils ne peuvent plus vivre chez eux à
cause des guerres, ces migrants affluent chaque jour vers cet étau qu’est la Méditerranée, mais
les embarcations de fortune d’ignobles passeurs sont en très mauvais état et coulent après
seulement quelques heures et ceux qui atteignent le large réalisent rapidement qu’ils vont
mourir si personne ne leur vient en aide .

Atteindre l’autre rive est impossible sans secours, les clandestins sont condamnés à mourir.
Des gardes-côtes Italiens présents pour surveiller, sauver et les arrêter, eux qui rêvent de
l’Eldorado .
L’histoire se déroule dans le Sud de l’Italie, l’ile de Lampudesa, qui voit naitre un
phénomène récent : Un déferlement de migrants clandestins. On assiste a un fait
contemporain qui réitère et va mettre sur scène l’officier S.Piracci chargé de la surveillance de
l’interception des fragiles embarcadères se démenant pour atteindre la rive avec des hommes
qui risquent leur vie pour regagner illégalement la terre ferme de Lampudesa. Il se doit de
secourir ces cadavres en vie ou agonisants qui aspirent à une vie meilleure ou plus ou moins
décente . Une fois sauvés, l’Eldorado leur est refusé et devient un asile irradié. Le
commandant Piracci fait face à la détresse de tous ces damnés qui exposent quotidiennement
leur vie au péril afin d’écouler des jours heureux dans un havre de paix sur cette terre, qui elle
aussi les chasse comme des « Parias » à son tour .

Piracci est contraint de se plier aux lois drastiques et draconiennes inhumaines et infâmes et
de les réexpédier chez eux .
Cependant ironie du sort, ce même homme qui interceptait ces
migrants puis les réexpédiait chez eux va être contaminé par le même mal puis envahi par un
mal-être . C’est le burn-out enclenché par un migrant à qui il avait réfuté de le cacher et l’a
livré aux autorités Italiennes .
Rongé par le remord et la culpabilité, terrassé par cette détresse humaine, révolté par l’âpreté
du gain facile, il renonce à tout, quitte carrière professionnelle, pays et son ami pour entamer
une odyssée de migrant clandestin avec un embarcadère de fortune et un chemin inverse pour
se transformer en migrant clandestin.
Après avoir élaboré le résumé de tout le roman, nous avons trouvé plus pertinent de
condenser ses Treize chapitres en deux seulement ce qui n’est guère fortuit, car cette œuvre
retrace deux grandes périodes :
En amont le récit de l’officier Piracci et des odyssées poignantes des migrants clandestins,
puis en aval l’histoire de ce même homme ‘‘le commandant Piracci’’ qui rongé par la
culpabilité, l’égoïsme morbide de l’île et de leur mépris va renoncer à tout pour affronter une
nouvelle vie : celle d’un migrant clandestin .
Deux grands chapitres, deux grands axes, deux fluctueux destins qu’ils soient lumineux ou
tourmentés, impliquent un même individu :l’officier de marine et vont se combiner pour
donner jour à une œuvre qui s’inscrira dans le funèbre et la désillusion, en d’autre termes c’est
la saga d’un même et unique homme dans un avant et un après « Piracci » : deux vies , deux
parcours qui vont être séparés irrémédiablement, Piracci, figure essentielle de l’œuvre, autour
de laquelle vont fusionner divers personnages qui vont changer le cours de son destin .
Nous avons intitulé la première partie : « Le challenge des migrants clandestins » et la
seconde « La saga de l’odyssée de Piracci » .
Procédons au résumé intitulé « Le challenge des migrants clandestins », brassant les sept
premiers chapitres ( 1 chapitre au 7 chapitre ) parce qu’ils retracent le rude combat de ces
hommes face à une fatalité subite mais qui demeure obsessionnelle pour une vie meilleure .
Piracci Salvator, officier de marine depuis deux décennies, devenu commandant des gardes
cotes Italiens de la frégate « le Zeffiro » a pour mission de surveiller ces embarcations de
fortune charriant illégalement des migrants clandestins sur l’ile de Lampudesa . Une fois
sauvés, les rescapés sont amenés dans un centre de détention provisoire sur l’ile ensuite
expédiés chez eux . Ces « losers », ces malchanceux piégés, terrorisés, désespérés doivent
encore une fois secourus, se plier aux lois drastiques, voir leur chance s’échapper et leur rêve
s’envoler car Piracci incombé, de cette lourde mission ne voit pas d’autre échappatoire que de
les livrer aux autorités . Ces resquilleurs avant d’échouer sur la terre ferme, nombreux sont
ceux qui périssent en route, livrés au sort des flots ou dépouillés de leurs biens au détour
d’une frontière par des passeurs immoraux .

Parmi tous les personnages que le commandant avait croisé au cours de cette tumultueuse
période, le hasard fit qu’il rencontra dans les rues de Catane (Sicile), une femme qu’il avait
sauvé deux ans plutôt qui l’accosta, elle le convainc de l’aider à trouver une arme pour
repartir au Proche-Orient afin de se venger d’un ignoble passeur qui avait fait sa perte, car au
cours de la traversée son bébé était mort de soif et avait été jeté en pâture aux poissons ;
l’officier après beaucoup d’hésitation et devant tant d’insistance lui remis l’arme car il se
devait de l’aider : une dette dont il se doit de s’acquitter et ce pour l’avoir obligé à rester en
vie alors qu’elle n’y tenait guère et face à cette rage de ne survivre que par rapport à sa soif de
vengeance, il la lui offrit .
On ne sait pas si elle réussit à tuer celui qui est à l’origine de ces morts «H.Marouk » mais
elle envoie une lettre au commandant pour lui dire qu’elle fait ce qu’elle doit faire, qu’elle a
une place sur le bateau pour se rendre à Beyrouth à Damas.
Le répit est de courte durée chez ce coriace commandant, car les périples et péripéties sont
toujours présentes, et cette fois encore pour la énième expédition , il ne parvient à sauver que
deux embarcations en détresse sur cinq, par une nuit de bourrasque.
Submergé par la colère et l’échec, s’interdisant d’être sensible à la misère de ces individus ,
comme son métier l’exige, il se trouva acculé par la proposition d’un jeune rescapé qui lui
demanda de le cacher à bord et de ne pas le livrer aux autorités Italiennes mais il refusa car le
sens de sa profession le privait de tout excès d’émotion . Miné par le remord, abimé pas son
douloureux parcours professionnel, pris dans l’engrenage de cette spiral infernale, turlupiné,
tourmenté par tout ce qu’il voit, Piracci décide de tout lâcher, même son bon ami Angelo, qui
le comprend et ne pose jamais de question . Il va larguer les amarres pour un autre destin et
une toute autre destination : une hasardeuse Vie avec une mémoire émotionnelle qui le mettra
à contribution .
La second partie à laquelle nous avons octroyé le titre suivant « La saga de l’odyssée du
commandant », est la compilation des six derniers chapitres ( du 8 chapitre au 13 chapitre ) .
Elle est le carrefour de deux important récits concomitants s’inscrivant dans une progression
atemporelle avec des personnages atypiques qui évoluent dans un espace et une histoire
marquée par des événements plus bouleversants encore car si parfois l’homme façonne son
destin, souvent il en est maître .

Notre héros a renoncé à sa vie antérieure pour arpenter le chemin inverse, celui du migrant
clandestin pour l’Afrique du Nord en quête de son Eldorado, il voyage hasardeusement sont
aucun but, va connaitre des périples périlleux : abandonné sur une route déserte parce que
dépouillé par des passeurs sans moralité, désespéré, anéantie il tente de se donner la mort en
s’aspergeant d’essence mais sans feu il échoua, situation incongrue . Il part la nuit sur une
route alors qu’il traverse il se fait renversé par un camion qui le percute et c’est d’un corps
broyé , que va s’élever une âme apaisée .
Le paratexte :
Le pourquoi du paratexte ? Quel code prescrit-il l’informatif ou l’incitatif ? Que privilège-t-
il ?
Introduction :
Son analyse est une étape préliminaire à l’étude de l’œuvre. Considéré personnellement
comme une première prise de contact à travers lequel sont regroupés des éléments hors-texte
non superficiels. Nous ajouterons que ce premier contact est l’indispensable préalable à une
lecture approfondie et la mise en page, une fonction pleinement pédagogique. Une telle
approche conduit à observer les fonctions du paratexte comme objet de communication à
double-sens objectif et subjectif.
Une telle approche va nous conduire à observer :

- Le péritexte dans un premier temps à travers le fonctionnement de l’illustration qui ne


dit pas le titre explicitement. Elle occupe les deux tiers de la couverture, pose l’image
d’une embarcation à bord cinq personnes indistinctes dont on ne peut deviner ni le
sexe ni la tranche d’âge, retranchées dans leur esseulement. Une étendue d’eau : la
mer ? Un lac ? Une rivière? Un étang ? car tout paraît calme et paisible, au milieu de
nulle part, dans un temps figé, suspendu à l’espace .Douze objets éparpillés dont on
ignore la nature. Le tout est dans ce décor de havre de paix baignant dans une
ambiance de quiétude à ne point importuner. Tous ces éléments de l’inconnu aiguisent
la curiosité du lecteur et le pousse à évoquer les résonances que cette photo évoque en
lui et de lever le mystère dont elle est porteuse, probablement pour l’inciter à la lecture
donc à l'achat du roman.
En deuxième temps : le titre, écrit en gros caractères en lettres minuscules. Il occupe le tiers
de la couverture, se présente sous la forme d’un substantif mais ne fournit aucune indication
sur le thème. Ne vise-t-il pas à établir une connivence avec le lecteur c’est-à-dire faire
intervenir ses références culturelles ou linguistiques ou peut-être une autre dimension celle de
« Ne rien dire d’avantage » .
En troisième temps: Nom et prénom de l’écrivain, chapeautant le titre. Écrit en gros et gras
caractères mais cette fois-ci en majuscules comme pour valider une légitimité, son statut en
tant qu’auteur.
Une dédicace dans la préface, adressée au défunt père, lui rendant hommage : « À mon père,
Ce livre que tu ne tiendras pas dans les mains. Je te l’adresse tout entier en pensée ».
La sobriété des termes fait toute la force de cette inscription sur les liens unissant l’auteur à
son parent qui même absent veut lui faire partager cette tragédie humaine et l’adhérer au
combat social porteur d'un message universel .
Dans la postface, nous avons en premier la reprise du titre horizontalement en haut de la
couverture alors que le nom et prénom de l’auteur sont placés verticalement.
Écrit en gros caractères, mais en lettres minuscules pour le premier et majuscules pour le
second.
L’épigraphe : « aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes »
Une citation à valeur anonyme en tête de la postface écrite en italique, anticipant sur la
thématique de l’œuvre. Elle postule pour une mise en garde, pour inscrire la prévention contre
le danger dans un phénomène de société concentré dans une histoire violente au parcours
périlleux. Chargée de sens, elle est dans une vérité générale, comme un adage axiomatique .
Cette citation va se vérifier progressivement au cours du récit et asserter les hypothèses
avancées.
Dans la postface, nous avons en premier la reprise du titre horizontalement en haut de la
couverture alors que le nom et prénom de l’auteur sont placés verticalement.
Écrit en gros caractères, mais en lettres minuscules pour le premier et majuscules pour le
second.
Un bref résumé de dix lignes comme pour crédibiliser la citation, retracent les grandes lignes
et axes du roman sur l’actualité d’un fléau hors contrôle.
Á cela vient s’ajouter le profil de l’auteur avec un rappel partiel de son palmarès .
Un épitexte en critique signé « l'express » vouant une grande prestation à l’œuvre « voyage
initiatique, sacrifice, vengeance, rédemption : le romancier au lyrisme aride manie les thèmes
de la tragédie antique avec un souffle toujours épique » . Le voyage ici véhicule une sombre
dimension, alors que cet acte initialement signifie divertissement, délectation, enthousiasme,
échange rencontre, il se transforme en une descente aux enfers pour s'octroyer une dimension
de la perversion. Il comporte ici des valeurs paradoxales de faits sociétaux allant à l’encontre
de toutes les valeurs humaines et morales nobles, bafouées comme : l’amour de l’autre,
l’altruisme et la solidarité.
En bas de la couverture, à droite un code-barres dans la représentation d’une donnée
numérique puis à sa gauche l’inscription de l’édition « j’ai lu » accompagnée du coût 6,10€
France, précision du cours de reconversion monétaire pour les étrangers qui n’utilisent pas la
même devise.

Une préface sur laquelle sont mentionnées et datées les œuvres de L.Gaudé : romans, théâtre
et nouvelles auxquelles vont s’ajouter les deux noms des maisons d’édition : « J'ai lu » et «
Actes Sud » .
Composition du roman : « Eldorado » est un livre de poches de 237 pages réparties en treize
chapitres que nous avons condensé et réduit à deux parties seulement et ce pour les besoins de
la cause qu’une analyse soumettra.
Une table de matière en chapitres numérotés .

Le genre littéraire :
Peut-être que le genre littéraire auquel se prétendra ce récit, nous le confirmera ou l’infirmera.
Ce roman adhère-t-il :

• Á la biographie ? Oui, car a pour objet, le récit d’une vie particulière,


appartenant a quelqu’un de particulier.
L’officier de marine, personnage principal « Salvator Piracci »,
commandant de la frégate « Seffiro », un navire des garde côtes
Italiennes, se devant de sauver les migrants clandestins et de les
réexpédier chez eux . Tout son parcours est relaté avec minutie.

• À l’odyssée ? : sans aucune intention de hiérarchiser ce genre, ni lui


attribuer une place d’honneur car le lecteur des moins averti et le moins
affranchi éligibilisera l’odyssée car tout le roman n’est que traversées
périlleuses aux multiples périples dans une multiplicité de péripéties, le
tout confiné dans ce que l’on qualifiera d’arrière goût amer de
malencontreuses aventures loin d’être un voyage car payé à prix fort.
Nous supposons que ce courant rime bien avec le récit .

• Á la confession ? Oui, car il y aveu de fautes, des erreurs de vie avouées,


confessions exposées dans un mea-culpa à fleur de peau, à travers le
court échange avec l’un des rescapés : [ interprète Malien y'aurait-il un
moyen pour que je puisse rester ici… j'ai de l’argent ] ,[ je ne peux
pas ] , [ le commandant remonta sur le pont, avec de la rage aux yeux,
frappant de toutes ses forces la petite table qui jouxtait sa couchette ]. Le
commandant prend conscience qu’il est sauveur et en même temps
tourmenteur.

• Á la nouvelle ? Oui, car l’histoire se présente comme réellement arrivée,


et comporte une chute surprenante, car le personnage principal reste
préoccupé par les répercussions d’un événement :[ Piracci : « il pensa
aux hommes dont l’embarcation avait chaviré, il pensa aux corps gagnés
par le froid et disparaître emportés par les flots de cette immensité ].
C’est ce qui chamboula sa vie paisible, il va passer de la sédentarisation
au nomadisme.

• Aux mémoires ? Car y sont relatés des récits de moments marquants


auxquels y a participé le commandant Piracci, et qu’il rapporte à travers
des souvenirs douloureux tout le long du roman.

• Au roman ? En effet, parce qu’il propose des récits entrelacés, régis par
un discours narratif, mais ce bouillon culturel de genre est perplexe et
affûte la curiosité.

Conclusion :
A quel genre se conforte cette œuvre et pourquoi ?
À priori tous les genres cités au-dessus sont adéquats, calcables à ce roman et ce dans le but
d'humaniser la déshumanisation à travers son contenu.
A posteriori, à juste titre didactique, et c’est ce qui en ressort du contenu pour en révéler cette
prise de conscience devant la cupidité de l’homme face au désarroi de l’autre, son prochain.
À fortiori, seul cet amalgame de genres pouvait non seulement mettre en exergue le thème
majeur celui de la migration mais aussi à faire résonner le son du combat dans une remise en
question qui se meut même si elle paraît vaine ou insignifiante des gouvernants qui se
désolidarisent .

Une voix de protestation contre la position de l’Europe face aux migrants.


Ainsi tout ce brassage de genres n’est guère fortuit est c’est dans ce sillage qu’ils vont opérer
pour gérer cette dramatique et tragique réalité qui s’adapte et surpasse la réalité sociale.
Analyse thématique de la crise migratoire à la quête identitaire :
Ce roman s’attaque à un sujet si actuel qu’il revêt un caractère de fait divers . D’une grande
puissance narrative il dépasse le sujet essentiel de l’immigration clandestine s’attelant
assidument avec d’autres thématiques pour faire ressurgir les non-dits de la conscience et de
la mémoire planétaires . Tous ces thèmes vont se réunir pour nourrir ce roman d’aventure
avec un brin de polar , du mystère et surtout de la réflexion sur une humanité déshumanisée .
1)L’homme qui aspire toujours à un monde meilleur .
2)L’homme face à sa fatalité .
3)La misère et l’égocentrisme humain .
4)La vengeance de la mort de son enfant .
5)L’eldorado miroir du monde actuel : cercueil ouvert .
6)La notion de sacrifice.
7)L’ambition ensevelie.
8)La Méditerranée, espace de survie ou de mort .
9)L’inefficacité des frontières face à l’entêtement de l’homme
10)Causes et conséquences de ce pèlerinage maléfique .
Nous pouvons asserter que tous ces thèmes sont les tenants et aboutissants de
l’immigration clandestine, cause à effet, ils font évoluer des personnages dans leur histoire
personnelle mais aussi dans la grande histoire du XXI siècle car ce fléau qui s’accentue a
toujours existé et l’émigration est loin d’être une nouveauté mais une tendance de fond .
Citation, Chapitre V Le cimetière de Lampedusa, Page 111 [ On a tous en nous un Eldorado.
L'herbe sera grasse, les arbres chargés de fruits. De l'or coulera au fond des ruisseaux, et des
carrières de diamants à ciel ouvert réverbéreront les rayons du soleil. Les forêts frémiront de
gibier et les lacs seront poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une
caresse. L'Eldorado. Ils l'avaient tous au fond des yeux ] .
C'est ce lieu magique, paradisiaque sur lequel fantasme ces migrants qui n'ont pas choisi cela.
Différence nettement établie par L.Gaudé, une intervention authentifiant l’histoire comme
vraie, car partie du réel et non de l'imaginaire.
Tous ces thèmes conjugués vont tracer cette histoire amère décrivant des personnages
expulsés de leur vie quotidienne, dépouillés de leur contexte familier, dépossédés et dupés.
La fatalité colle au parcours de Soleiman dans le fait qu'une vie peut se jouer en quelques
instants sur si peu de choses, d’un autre côté le commandant gardien de « la Citadelle
d'Europe » à la vie bien rangée et qui choisit de tout quitter pour un parcours inverse bien
différent de celui de Soleiman, mais qui vont se croiser et prendre fin dans le marché en
Algérie.
« le marché » lieu maléfique, espace d'interception où des destins vont être joués.
Rencontre de la femme avec le commandant, elle est omnibulée par la vengeance de la mort
de son enfant, et va être le vecteur du bouleversement de la vie de Piracci.
Tous ces thèmes sont rattachés aux problématiques sociétales de l'errance, de l'exil, un
tremplin de l'identité rattrapé par tous les thèmes cités, pour devenir des portes voix de ces
tragédies.
Ils s'associent pour libérer la parole et sont dans la réflexion de l'eexistentiel, dans la meilleure
représentation de la réalité luttant contre le déni.
Méditer contre cela dans le dogme de l'humanisme pour la réhabilitation de ces oubliés, de
ces effacés, les sortir de l’invisibilisation.
L.Gaudé est ce justicier qui a su donner du sens à leurs destins enfermés dans le prisme de
l’autarcie et légitimer leurs rêves.
La réception critique :
Par définition, la réception critique désigne l’appréciation publique d’une œuvre littéraire ou
théâtrale au moment de sa rédaction, de sa publication ou de sa présentation.
Ainsi parait-il important de mettre l’accent sur le rapport entre cette notion d’impacts
possibles et les récepteurs et cette notion de domination d’enjeux médiatiques.
Quel a été l’impact de ce roman sur nous lecteurs ?
Un sujet qui nous a impressionné car ancré sur l’actualité, un contenu réel tenant en haleine le
lecteur. Une réalité peinte au couteau car décrit le tragique avec toutes ses formes d’espoir et
de désespoir, de frénésie enthousiaste puis du leurre, de la vie et de la mort ayant pour toile de
fond l’horreur dans l’imposture, la crédulité dans la cupidité, le rêve posthume dans le
cauchemar présumé. Une œuvre humaniste contemporaine, ciblant l’exil, mettant en joug la
fatalité dans un ressenti de moralité suscitant en chacun de nous une transformation du regard
que nous portions sur les immigrants clandestins.
Ce roman, a de la claires résonances avec la situation actuelle du monde. Il est ce cri de
détresse, une alerte sur le migrant. Par le biais de son œuvre, Laurent Gaudé reproduit une
probabilité trop forte en effectuant des dénonciations, qui font en sorte que l’on se détourne de
ce monde abject déshumanisé qui nous entoure pour se tourner vers un autre plus humanisé.
L’auteur a franchi la ligne de démarcation en incriminant l’Europe qui réfute l’asile à plus de
réfugiés, pourtant elle s’est toujours construite à travers des métissages enrichissants comme
les Chinois par exemple et les quatre cents milles Russes en 1917, ce qui aurait permis un
projet passionnant de se renouveler mais au contraires fige par son laxisme.
C’est cet état de fait que conspue le romancier pour en faire ressortir cette honte ressentie, par
rapport aux pères fondateurs.
Quel a été l'impact de ce roman sur la sphère médiatique, théâtrale et cinématographique ?

Eldorado le 3 et 4 octobre 2007 au théâtre le Chatelard, Ferney-Voltaire, puis des tournées à


Genève, Thonon et Yverdon et une adaptation scénique au théâtre du Loup : 54 présentations.
Roman se posant en défenseur délibéré de liberté donc d'humaniste , il fit et fait jus
qu'actuellement le casting de l'actualité de la vie sociale. Ce roman a été soumis à

l'approbation d'une sphère médiatique très large: interviews, radio-France, le net, théâtre,
cinéma et nous ne retenons que les deux derniers paramètres pour mieux montrer la pluralité
des procédés pour un même sujet.

Quel a été l'impact de ce roman sur la sphère cinématographique et théâtrale ?


Au cinéma comme au théâtre, le but de Laurent Gaudé été de déplacer cette problématique
travers d'autres moyens, d'autres stratégies pour toucher, affecter le plus de gens.

Le sujet est le plus souvent emprunté à l'histoire mettant en scène des personnages illustres et
représentant une action destinée à provoquer la pitié, l'empathie. Laurant Gaudé à réussi dans
son roman et théâtre à avoir une forte influence sur ses lecteurs et récepteurs, de l'ascendant
dans une volonté très forte à faire bouger les choses.

Tout comme dans son théâtre et ses courts-métrages, il s'est octroyé pour objectif la
sensibilisation au phénomène de l'émigration. Ce sont par des mots, des gestes, des paroles ou
des images qu'il est parvenu à faire palper un état d'indignation, de révolte, dans un état
émotionnel par le biais de son expérience forte fondée sur l'humanité.

Théâtre et cinéma ont toujours été le lieu du spectacle des passions humaines et des
catastrophes. Le romancier s'en est approprié pour exciter la sensibilité collective sur une, des
destins, ainsi a-t-il réussi en un laps de temps réduit, à mettre sous les yeux des spectateurs de
funestes événements provoquant des émotions extrêmes et titillant les consciences.
Nous concluons par est-ce une réussite pour Laurent Gaudé ? Mais il n'en demeure pas moins
que cela est une tentative de soutien réconfortant qui donne de l'espoir à des jours meilleurs et
que l'auteur se targue d'en faire son cheval de bataille car « l'Eldorado » image idyllique,
ternie par cet état de fait dont 1'Europe s'est décautionné.
Ses enjeux

Laurent Gaudé a en effet augmenté considérablement le nombre de ses lecteurs, il est


représenté dans tous les débats réunissant des journalistes à la radio ou à la télévision.
Personnalité reconnue comme en témoignent ses nombreuses apparitions à l'antenne sur le
sujet de l'immigration. Il a imposé un nouveau style de procéder pour accorder à ce sujet une
place à la une. Par ce renouvellement de stratégies, de genre, roman, théâtre, cinéma et à ce
romancier, les médias lui ont témoigné les gros titres, car ce sujet toujours d'actualité perdure
dans le temps et l'espace, il est désinhibé par Laurent Gaudé, car a pris une grande envergure
sociale, surenchérit-il ? Non, car pas son engagement, par son combat il ne veut pas à mi-
chemin abandonner à leur déplorable sort scellé, ces humains. Il s'en est fait une nécessaire
obligation de se faire le porte-parole et ne pas uniquement s'en indigner mais réagir et en faire
son cheval de Troie.

Il ne veut pas renoncer à cette mission et s'en fait le gardien .Une multitude de problématiques
se juxtaposent en terme de sens et de symbolique: soutenir les réfugiés par un geste de main
tendue qui s'active et il est inadmissible de les abandonner, car dans leur pays sont persécutés.

C’est par cette forme de diversités stratégiques: médiatique, journalistique, romancière,


cinématographique et enfin théâtrale que Laurent Gaudé nous sollicite à être plus actifs et
plus mobilisés.

Sociologiquement parlant, son œuvre a vécu le sillage d'appropriation par une large audience
dans une grande et vive dynamique sociale car son sujet contemporain, d'actualité actuelle a
connu un vif succès et ceci en écho de la réponse psychosociale de son audience.

Une œuvre interprétée à sa juste mesure et surtout à sa juste valeur, car même si le récepteur
ne se reconnaît pas à travers ces réfugiés, il y compati et à une claire conscience de cet état de
fait qui va le transformer ne serait-ce que par ce changement de regard sur ces oubliés.

Une tribune qui va être touchée, émue par les mots et les sentiments des personnages et le
commun des mortels ne sort pas totalement indemne de ce roman ou de la pièce, car cela
amène à réfléchir sur ces images révoltantes.

Conclusion partielle :
Nous concluons que ce roman est le signe d'une vraie rencontre, s'il eut fait campagne et s'il
eut un grand retentissement et eut alimenté tous les styles médiatiques c'est parce qu'il
véhicule l'espoir ainsi va-t-il trouvé grande audience car a touché grand nombre de personnes
à travers tout le monde, par son écriture directe (roman) qui s'est étendue jusqu'à l'écriture
oratoire (théâtre) et celle de l'image (cinéma), ce fût une incidence incommensurable qui
connut un succès conséquent car n'a échappé, ni au livre, ni aux écrans ni aux planches pour
toucher à la mobilisation de tous, tel n'était-il pas le dessein de ce romancier engagé porteur
d'une avancée d'espoir, de changement de regard sur la clandestinité du migrant qui en dépit
des et déboires qu'il encourt choisit de défier la mort, cette faucheuse, avec toujours le rêve de
changer de vie ? Un goût amer d'où il en ressort un verdict de culpabilité envers ces oubliés
qui naissent et meurent avec une part d'inconnu à qui on a extorqué une vie digne et le combat
sera long mais contenu dans une humanité.

Jai achevé la lecture de mon roman, avec un arrière-goût amer, me questionnant sur le
comment salvateur de cette problématique préoccupante qui perdure depuis des décennies.
Je pense que les gouvernants de la planète ne s'échinent guère ou pas assez et se confortent
dans une politique d'autruche désarçonnant l'alerte et c'est dans cette extrême détermination
de tous d'avoir assez fait que je suis convaincue qu'en s'engageant corps et âme, ces leaders
pourront éradiquer ce fléau ou le ralentir en créant cette dynamique de mesures de soutien
militariste car ce n'est qu'un problème d'organisation comme par exemple parrainer les pays
pauvres dans leurs sphères, rétablir la paix dans les pays en feu. Ces réfugiés ne quémandent
qu’une vie décente et digne appelée « Eldorado ».
Mais la meilleure façon de sortir de cette épreuve est d'espérer une vie digne et décente
baptisée «l'eldorado ».

Hélas que d'espérance inhumées et de détresse exhumée!.

Conclusion du chapitre I
Une position clarifiée : pas de renonciation mais une dénonciation dansl'interrogation.

L.Gaudé n'est pas le précurseur de cet engagement car bon nombre d' écrivains étaient et sont
dans ce sillage comme : Khadi Hane « des fourmis dans la bouche », Yamina Benguigui
« mémoires d’immigrés », Charles Masson dans « droit du sol » [ un témoignage violent de
la misère et la violence qui gangrène Mayotte, une île française ] et enfin Maryline Desbiolles
« Lampedusa » [ parle d’une petite île au Sud de l’Italie qui est devenue passage obligé des
clandestins africains cherchant à rejoindre l’Europe. Témoignage poignant d’une jeune fille
entre drame personnel et social], sans omettre le poème de Jacues Prevert « Grand bal du
printemps »[ étranges étrangers, vous êtes de la ville, vous êtes de sa vie, même si mal en
vivez, même si vous en mourez ] : BABELIO.

Tous quadrillent ce sujet dans une perspective altruiste. Ils s'interdisent la banalisation de ce
thème, par des romans peints au couteau et des poèmes forts.
Ils sont tous dépositaires du tabou brisé par l’incrimination du reflux comportemental dans le
déni des souffrances de l'autre .
Ils recontextualisent les situations, dans l'inscription d'événements insurmontables.

À l’unanimité, c'est dans un message de solidarité à l’égard des migrants, que ce thème est sur
la scène scénique et théâtrale. Ils sont discours de vérité commentant les conséquences certes,
mais débattantsurtout les causes.

Hélas, les solutions manifestement sont absentes, oubliées molestées, veulent-t-elle museler
ce fléau dans ses fâcheuses et lourdes conséquences ?
Appeler à la nuance, se réinterroger sur les remèdes, car irréversiblement les individus n'ayant
pas choisi la migration, seront résignés à bénéficier d'un lourd tribu auxquels ils sont
prédestinés.
Un engagement dans les tenants uniquement, est vain. Il est décorrélé car est, dans cette
dimension symbolique de la défaite, de l’échec.
Le combat doit être dans le pari des aboutissements, dans cette volonté motivée par
l'endiguement de ce mal.

Faire vivre le débat dans le renforcement des moyens et non de la fin.


Certes, ces romans sous forme de campagne pourraient en amont changer le regard de certains
et en aval de dissuader d’autres à être à la merci des passeurs restés dans l'impunité bien
qu’ils portentatteinte à l'intégrité et couramment à la vie du migrant. Il leur est accordé peu de
crédit à leurs actes abjects, comme parfois la traite d’hommes, d’enfants et femmes.

Ces écrivains vont à la rencontre de leurs personnages fictifs, symbole fort car inscrit un
message social dans leurs attitudes, leurs positions et leurs idéologies.
Une action qui se poursuit accompagnée par ce dispositif appelé : l'écriture dans
l'accomplissement d'une gageure ostensiblement vaine, dans la faille, car pris de court par les
dysfonctionnements.
Ils sont pris dans un dilemme, car ils encourent une lourde responsabilité vis-à-vis de leur
combat, vis-à-vis de ces migrants et cela remet en cause tout le fondement d’une société qui
paraissait intrinsèquement civilisée, mais qui ne l'est pas, car peu élogieuse àl'intégrité de
l'homme.
Ces romanciers personnalisent selon leurs conceptions, leurs visions et surtout leurs
convictions.

Les personnages qu’ils créent, ils se substituent à eux sans s’identifier et c'est ainsi qu'ils vont
à leur rencontre dans un engagement qui n'est pas sans risque, dans une trajectoire comme
l'opposition des détracteurs, les anti-migrants et parfois les grandes instances politiques
réfractaires à cette forme d'engagement.

Mais l’écrivain décideur, se doit de traverser, de braver cette hostilité, car on ne lui dicte pas
ce qu'il se veut être sa mission. Sa plume devient un mode de l'action.
Laurent Gaudé, se veut que son combat soit plus grand que lui et que rien ne l’arrêtera,
prouvé par le contenu de son œuvre.
À travers tout son roman, il démontre que l’émigration est subite et est un acte désespéré
guère prémédité, accompli dans la coercition.

Tout le récit révèle la violence conjecturelle et structurelle dans toute sa problématique.

Cette œuvre brasse tous les vices des sociétés qui se sont greffés dans l’entité temps et dont
les protagonistes ne sont pas maître de leur destin car dicté, érigé par des antagonistes.
L’émigration telle qu’elle est vécue, telle qu’elle est perçue et telle qu’elle est portée par
l’opinion, est préservée dans ce livre pour attester de l'historicité de ce courant.
CHAPITRE II

CHAPITRE II
LA NOTION D’ELDORADO et PARATOPIE LITTÉRAIRE

Vers une analyse du titre

Si chaque roman est la promesse d’un voyage, chaque titre est une évocation au goût de
suspens : Eldorado .
Titre nominal indiquant un espace exempt de temps, tissé par une triade de voyelles (e, o,
a) fermées et une triade de consonnes (l, d, r) sonores mais fluides comme pour insuffler au
lieu cette vie dorée dans un pays imaginaire .
Qu’évoque ce titre ?

A priori, il se sacre par sa légèreté musicale syllabique ‘‘el-do-ra-do’’ légèreté car prête à
l’émerveillement, à la féerie ; il est naissance à de beaux desseins, de rêves dans l’espoir d’un
monde euphorique, magique, mythique à la limite .
Un espace exempt de temps, voulant exprimer une atemporalité où le temps est suspendu .

Que suggère-t-il ?
A priori : un havre de paix, la trêve, le farniente, une invitation au voyage hors du temps .

A posteriori : une hécatombe, un traquenard, un leurre, une chimère mortifère dans une
spirale infernale. Cet appel au voyage est-il un défi non négociable ? un souhait démesuré ? .

Seule une analyse plus poussée du roman pourrait nous éclairer .


L’incipit :

Quel scénario est susceptible nous offrir cet incipit ??

Le récit s’ouvre sur un lieu : « Catane » Une ruelle ? Un quartier ? Une ville ? Puis insinue un
temps : « le soleil de midi ? …. L'air du matin » jour ? Saison ? Année ? Espace et temps
baignent dans une ambiance floutée et des personnes dans un statut à valeur générique :
« foule …hommes… femmes… »jeunes ? Vieux ? Enfants ?

D'emblée, nous sommes conviés à un espace enchâssé dans un temps, tous deux inscrits dans
l’imprécis comme pour dérouter le lecteur ou aiguiser sa curiosité.
Par contre, le narrateur est plus loquace sur les images qui évoquent l’activité joyeuse et
combien intarissable sur les expressions symbolisant l’action et la vie et paradoxalement
d’autres qui expriment l’oubli de la vie et la mort « la foule se pressait, lentement, comme si
elle avait décidé de passer en revue tous les poissons … Les femmes du quartier remplissaient
leur panier d’osier, les jeunes gens, eux, venaient trouver de quoi distraire leur ennui » image
de la vie.

« Des centaines de poissons morts faisaient briller le soleil de midi … Les thons et les
espadons étaient exposés comme des trophées précieux » image de la mort.
Les informations sont distillées petit à petit et répondent peu ou prou aux interrogations de
celui qui lit ce roman, ainsi est-il jeté dans une histoire entamée sans lui .
Images, expressions, le tout est confiné dans une description judicieuse, car ne porte l’accent
que sur ce qui vit ( vivant ) : le mouvement du mouvement, bruits, couleurs et odeurs qui
s’enchevêtrent puis se cantonnent dans des figures insoupçonnées de style pour attirer
l'attention ou séduire. Notamment cette description est embellie, enrichie par excellence par
des figures qui à juste titre, nous ne ferons que les survoler car là n’est pas notre dessein.
Nous découvrons l'hyperbole « des centaines de poissons morts faisaient briller le soleil de
midi » , la comparaison « son esprit comme happé par ce spectacle », la personnification « un
temps où la mer refuserait d’ouvrir son ventre aux pêcheurs », la métaphore « il continua à
suivre, un temps, le flot des badauds » .
Au fur et à mesure de notre lecture des détails sont livrés petit à petit et se révèlent creusés
dans la description en plus des odeurs, sons et mouvements nous avons tout un paragraphe,
relatant un morceau de vie du commandant quand bien même abandonnant le lecteur avec sa
faim .
Conclusion : riche, l'est, certes cette description mais peu informative comme si le narrateur
voulait insidieusement installer des barrières pour mettre à distance son lecteur afin d’éviter
la rapide familiarité ou peut-être instaurer ingénieusement le spectre du suspens.
Cet incipit s’est octroyé toutes les formes celles dite « statique » car décrit avec précision le
décor de l’histoire, dite « progressive » car filtre des informations sans répondre aux questions
du lecteur puis « dynamique » car accule le lecteur par une histoire déjà commencée sans lui.

Statut des personnages et regards exotopiques :

Cette œuvre est le carrefour de plusieurs récits qui nous facilitent de suivre la progression et
le destin de plusieurs personnages plus au moins liés les uns aux autres et l’analyse de chacun
est essentielle car contribue à tisser l’histoire et assurer la succession temporelle.
Dans ce roman, vont se mouvoir des personnages pour lesquels nous aurons de l’empathie ou
du mépris. En ce qui concerne ces derniers à travers la trame événementielle, nous allons
constater qu’elle est tissée sans héros car l’histoire n’a pas pris la forme de leurs ambitions ou
plutôt un récit ou tous les personnages sont héros car ont en commun le sacrifice ou mieux
encore le « don de soi » et cette quête du changement bien que chacun ait une vision propre,
différente du « farniente » et que le stress causé par l’imprévu soit accentué par l’inconnu
mais enfiévré par la conception d’un changement .
Personnages :

Piracci, le plus présent mais n’est ni un personnage culte ni emblématique, il ressemble au


commun des mortels cependant se pose en héros de sa vie et non pas la victime : deux
existences, deux parcours inverses vont nous montrer comment une décision peut changer la
direction que prend notre vie car cet officier ne pouvait ignorer ce malaise indéfini qui le
rongeait . Homme intègre, consciencieux, doté d’un grand sens du devoir professionnel,
sauveur et bourreau à la fois se trouve dans l’impasse et décide de tout quitter pour un
« Eldorado » à lui.
La femme : sans nom, sans âge, uniquement sa provenance Beyrouth, nous déduisons
‘‘Libanaise’’ pourquoi ? pour mystifier peut être ses personnages ou montrer qu’il y’a peu de
place à l’identité . Cette femme qui a passé la frontière deux ans plus tôt avec son bébé, jeté
en pâture aux poissons par les passeurs, avec un désir virulent de se venger, se présente au
commandant pour lui demander une arme , a-t-elle concrétisé ce fou défi ? on ne sait rien, on
ne nous informe pas .

Souleiman : il quitte son pays natal accompagné de son frère Jamal . La premier partie du
voyage se passe sans heurt puis les passeurs l’abandonnent après l’avoir battu et pillé .
Lorsqu’il repend connaissance, il trouve Boubakar à ses pieds et s’en fait un compagnon de
route et parviennent par chance à entrer en Espagne .

Boubakar : ami intime de Souleiman n’a jamais réussi à dépasser les frontières pour connaitre
l’Eldorado, toutes ses escapades furent vouées à l’échec jusqu’à ce qu’il rencontre Souleiman,
ils réussissent tous deux à franchir la frontière Espagnole .

Jamal : frère de Souleiman qu’il accompagne jusqu’à la frontière et le confie aux passeurs
parce qu’incapable de faire à deux l’expédition car atteint d’un mal incurable, il va mourir et
son vœu est que son frère réussisse pour eux deux .

L’ami du commandant : le fidèle Angelo, le conciliant, celui avec lequel Piracci trinque tous
les jours, celui qui l’écoute, le comprend et ne lui pose jamais de question. Encore sur ce
personnage rien ne nous est dit .

Conclusion partielle :
Nous constatons qu’autour de tous les personnages plane le mystère, ce qui suscite chez le
lecteur de la curiosité : des prénoms, parfois aucune provenance ou vague, peu de détails . Ce
récit tourne autour d’un mythe maléfique qui se perpétue au fil du temps et que le narrateur
craintif, apeuré, terrorisé refuse de désacraliser : c’est l’immigration clandestine .

Que peut encore déceler le lecteur à travers une lecture au second degré du profil des
personnages après son analyse sur leur statut ?
Cette concomitance des personnages dans une infernale spirale de l'immigration ne va-t-elle
pas au-delà de son sens premier et pour un public averti, ce récit ne l’invite-t-il pas à
cautionner ce qui n'est pas signifié et est inaudible .
Ce franchissement de lignes rouges des valeurs universelles ne nous transporte-t-il pas dans là
ème
stratosphère du18 siècle ?

Ne peut-on pas transférer l’Eldorado dans l’ère Voltairienne à travers son œuvre « zadig ou la
destinée ».

Calquant ses personnages à ceux de notre roman, dans l’élan de leurs périlleux parcours bien
que s’interférant dans leur enjeux, mais s’invitant aux mêmes impacts dans une visée
confondue .
La fracture des sociétés, unies dans le même combat celui de la liberté en priorité et la
réhabilitation des droits .
C'est dans cette nébuleuse que l'on ne doit pas relativiser, mais que l'on doit circonscrire dans
l'intégrité de tout être humain, que vont se mouvoir trois personnages principaux de
l’Eldorado.
Tout d’abord l’Eldorado n'est-il pas ce royaume aux jardins suspendus de Babylone, baignant
dans l’atemporalité dont rêvent les migrants .

- Piracci, le commandant de marine, n'incarne-t-il pas Zadig, ce penseur et tout comme


lui réfractaire, doté d’un esprit critique et philosophique ?.

- N’œuvre-t-il pas dans la mouvance d’une vie meilleure par la libération des hommes de
tous les jougs tout comme Zadig ?.

- N’est-il pas ce partisan fervent des droits de l'homme dans la revendication de l'égalité
dans un esprit de résistance ?.

- N’est-il pas ce « zadig » qui incrimine ce climat attentatoire aux libertés individuelles et
collectives, qui mène à l’indigénisme et à l’esclavagisme sous toutes ses formes ?.
Ce commandant, tout le long du récit va œuvrer pour des quêtes effrénées, s'érigeant contre
l’infamie des passeurs.

Cet officier de marine qui était assujetti à sa profession, asservi par son grade va revêtir un
statut particulier dans un profil particulier celui de justicier tout comme Zadig mais
autrement, non pas en défendant les plus démunis mais en les accompagnant dans leur misère
mentale et en partageant leur lot de fatalité au quotidien : un homme plein de compassion et
d’empathie.

Son parcours parsemé d'obstacle est relaté tout comme Zadig, dans une imbrication de
chapitres au lieu de contes, retraçant un combat jusqu'au bout .

Si Zadig montre son dévouement à cette vertu « la vérité », Piracci affiche cette obsession de
faire revaloir l'essence de l’être comme humain, son identité et son appartenance par ses
repères culturels et rituels.
Le second personnage « la femme libanaise » doit être considérée comme actant principal,
puisqu'elle est la provocation du chamboulement de la vie en leit-motiv du commandant.

- N’incarne-t-elle pas Azora et Semire à travers cette œuvre ?


Tout comme elles, elle est porteuse d'amour éternel pour son enfant et de haine,
porteuse de vengeance morbide pour la mémoire de sa progéniture tout comme
Semire.

- Porteuse d'esprit calculateur par sa rencontre préméditée pour acquérir l'absinthe, ici
l’arme tout comme Azora qui voulait faire couper le nez de Zadig.

- N'est-elle pas destructrice, car est cet élément déclencheur qui a bouleversé le cours
événementiel, la quiétude du commandant et l'inscrire dans cette spirale tout comme
Azora, qui a cause d'elle Zadig quitta Babylone pour la campagne et s’est terré dans sa
solitude.
Cette migrante est dans la symbolique des femmes aimées par Zadig, source de mal-
être et de bien-être, de destruction, de haine et d’amour.
Les passeurs, des personnages non anodins, se conduisant en despotes car non impunis.
Tout comme Cador, l’infâme, au cœur scellé, Clétofis l’odieux, le brutal déshumanisé par
l’argent et Orcan le voleur, ne s’identifient-ils pas aux passeurs par leurs vicissitudes ?

Ces passeur représentent ce contrat validé par le consentement de ces désespérés, qui leur ont
déféré la responsabilité qui se termine par une duperie, une supercherie qui en rend la pratique
criminelle.

Le migrant lui a livré sa vie sans aucune réserve, il fait du passeur son dernier salut mais en
retour c'est l'image d'impies qu’il va retenir.

Tous ces personnages ayant peu de relations contextuelles avec ceux de notre roman,
partagent le même point d'ancrage :
ème
Peut-on se prononcer sur ce constat d'échec comme étant un retour à la société du XVIII
siècle ?
ème
Le XXI siècle en est le stéréotype avec tous ses maux, ses vices :une société gangrenée par
l'égoïsme, la cupidité, la violence et surtout l'indifférence vecteur de tous ces paramètres.
Le schéma narratif :
1) Situation initiale : S.Piracci officier de marine depuis 20 ans et depuis 3 ans il est
chargé d’intercepter les embarcations amenant illégalement des immigrés clandestins sur l’île
de Lampudesa . Abandonnés lâchement par d’ignobles passeurs, le commandants de la
frégate Italienne et son équipage les sauvent et les réexpédient chez eux . Le hasard lui fait
croiser une rescapée qui l’avait secouru deux ans plus tôt qui lors de la traversée, on se
débarrassa de son bébé mort par-dessus bord .
Animée par la soif de vengeance, elle le contraint de lui donner une arme
pour abattre le responsable de cet ignoble acte .
2) L’élément perturbateur : son sens de l’intégrité du métier ne
permet pas au commandant lui qui sauve des vies, de ne pas les livrer aux autorités afin qu’ils
soient renvoyés chez eux .
3) Les péripéties : livrer les clandestins aux autorités n’est pas chose facile, refuser
l’aide à un resquilleur qui vous implore de le cacher pour trouver asile à Lampudesa l’est
encore bien moins, ne pas pouvoir sauver des vies et les voir englouties par les flots de la
Méditerranée est pire, insurmontable .
4) Le dénouement : le burn-out pour ce coriace officier, le trop-plein
de ce qu’il vit et voit l’accule, son mea-culpa entamé, il décide de renoncer à tout, même à
son fidele ami Angelo et vivre son Eldorado à lui .
5) Situation finale : l’eldorado du commandant s’achève
tragiquement, percuté par un camion, il succombe à ses blessures .

Le schéma actantiel
Commentaire du schéma actanciel :

Le héros : vraisemblablement, le héros n’existe pas dans ce roman, car tous les personnages
ont vu leurs ambitions vouées à l’échec cependant sont source d’héroïsme mais le récit ici par
lui-même se construit un héros, car l’histoire évolue avec lui, avec ses émotions, ses craintes,
ses remises en question, son amertume et enfin son désir de vouloir lui aussi découvrir
« l’Eldorado » qu’il a connu dans sa vie d’existence antérieure mais pas fougue au défi au pari
fou . Il chamboula sa vie pour un Eldorado des autres, celui des clandestins voilà notre héros :
le commandant Piracci .
L’objet de la quête : C’est ce vouloir d’une vie décente : une utopie ( pour les uns).
C’est cette curiosité d’une nouvelle vie ( pour le commandant).

Le destinateur : cette soif de vie meilleure aux risques et périls. Faire changer tout un parcours
familier pour arriver au bout du rêve escompte .
Le destinataire : Piracci a connu l’Eldorado mais a opté pour l’Eldorado des clandestins,
une stratégie de survie aux périples tumultueux .
Les opposants : un arsenal d’opposants, la méditerranée avaleuse d’hommes, les
frontières barrières inévitables conçues par l’homme pour délimiter l’espace et dans un esprit
egocentrique d’en faire sa propriété et enfin les autorités qui créent des lois drastiques brimant
l’espoir des malheureux, les mutilant de leur réve .
Les adjuvants : ambition incommensurable et légitime à la fois pour une
digne vie, une décence à la mesure de l’homme.
L’intérêt que suscite l’histoire : repris d’un sujet très
actuel car source de débat ; -L’émigration clandestine est une tragédie
contemporaine quotidienne, une stratégie de survie pour fuir une guerre, un système
tyrannique, ou un mal-être parfois un leit-motive qui perdure. Qui de nous n’a pas connu un
‘‘Harrag’’ . Ce roman interpelle, parce
qu’il est manifestement un appel au secours, une préoccupation qui a pris beaucoup
d’ampleur et se doit de l’aborder de la manière la plus ouverte et la plus constructive. Le fléau
revêt le caractère de traite humaine car le passeur s’attelle a déployer un business sur la
souffrance des migrants.

Point de vue ou focalisation :


La vision ici se caractérise par le choix d'un seul personnage « le commandant » qui sera le
centre du récit et à partir duquel nous suivrons les autres protagonistes dans les événements
forts relatés.
L'auteur avec son personnage central, adopte les visions de « l’endogène » et de
l’exogène », pourquoi Objet
Destinataire «:l’eldorad de quête
ce brassage : l’eldorado,
visionnaire ? l’utopie Destinateur : soif d’une vie
o de Piracci . meilleure
La première vision celleConquête d’un nouvel
de « l’endogène Eldorado
» peut supposer l'adhésion du réel, de la véracité à
travers son personnage, ainsi le crédibiliser et de ce fait, permettre au lecteurSoif du changement
à partager son
parcours et de l'intérioriser, [ chapitre I P 20 … 39 ].

Qu’implique le second mode de « l’exogène » ? de la distance forcément. Le romancier fait


en sorte de traiter le personnage dans son aspect physique et le milieu dans lequel il évolue
pour révéler sa psychologie et tracer en quelque sorte son profil, [ chapitre I P 11 … 16 ].
L’adjuvant :lel’ambition
narrateur est dans l'histoire, par conséquent
Lehéros homo-autodiégétique dans le [ chapitre
: Piracci Opposants
I P 20...
: -la
39 ], puis hors de l'histoire qu'il raconte [ chapitre I P 11... 16 ], et ne joue aucunméditerranée
rôle, il écoute
La propos
les liberté de la femme turque, ilQuêteur et conquérant
est appelé hétérodiégétique. -les frontières
-
Le personnage principal « le commandant » n'est pas figé, il octroie souvent sa place à
les autorités
d'autres personnages selon les besoins du récit comme l’intervention de Souleimane le -les
soudanais et puis Boubakeur le boiteux qui ont réussi à passer la frontière espagnole passeurset sont
en focalisation zéro.
Le narrateur est omniscient ici, il décrit leur escapade avec beaucoup de minutie et nous
confie leur peur, leur découragement, puis leur réussite dans leurs pensées les plus intimes [
chapitre X ].

Retour de Souleimane le Soudanais, Car rappelons que ce roman est tout d'abord constitué
autour de deux personnes, d'un côté le commandant et d'un autre côté Souleimane.

Si le récit pour le premier, est à la troisième personne pour la plupart du temps et écrit au
passé donc sur un point de vue externe, c’est pour donner la sensation au lecteur de la lente et
progressive dépossession de soi avec Piracci, car on ne fait qu’observer ce personnage dans
son désarroi et dans sa vie qui s'éloigne peu à peu.

Pour l'histoire de Souleiman, c'est différent. L'espoir le fait vivre à travers sa quête : travailler
donc gagner de l'argent pour guérir son frère atteint de cancer.

Le statut du narrateur interne, marqué par l'emploi du « je » et du présent comme pour faire
partager les péripéties de son expédition au lecteur mais déjà devancé par le commandant.
Puis resurgissement de notre héros ( le commandant ) en focalisation interne, permettant au
lecteurs une forme d’ingérence et l’invite à témoigner de ses périples à Ghardaïa en Algérie et
se faire accompagner dans ses moments les plus fort jusqu'à son agonie pour dire qu'un
combat se vit à plusieurs pour ne pas être vain.
Ce sont tous ces soubresauts, qui sont dans un va et vient continuel, incessant, de situations
dans un plein d’émotions que cette œuvre va évoluer. Elle se nourrie du réel, dans des
virements de focalisation dont elle n’est guère affectée car ancrée dans la réalité.
Bien que le récit soit toujours fait objectivement, il épouse dans chaque scène le point de vue
d'un personnage donné si bien que l'alternance des séquences correspond le plus souvent au
passage d'une subjectivité à une autre. Ce caractère de l’œuvre est étroitement lié au thème
simulé du roman, qui est celui de la solitude absolue des consciences.
Temporalité du récit entre construction à rebours et construction avec enchâssement :

A travers cette œuvre, le temps est le sujet même du roman. Certes les déboires des
personnages et des événements houleux s'y inscrivent, mais il est en passe de devenir le héros
de l’histoire bien qui il revêt des significations différentes selon les cadres de référence que
nous lui octroyons : le temps de l’histoire et le temps de l’énonciation.
Notre parti pris sera de choisir le temps de l’histoire comme point de départ car considéré à
travers ce roman comme un espace où le récit s’organise à la manière d’une succession
d’aventures périlleuses, traversées par des personnages hors du commun.

La première dimension temporelle est l’époque circonscrivant l’actualité du sujet marquant la


durée dans la pérennité du thème et dans son étendue spatiale, mais aussi dans sa durée
psychologique des personnages.

« Eldorado » est un roman du fait social qui se réfère sans cesse à des événements réels
s’étendant dans l'espace et perdurant dans le temps.

Il n’est ni un roman historique ni un reportage romancé. Il évolue sur un fond d’événements


actuels et des situations concrètes comme des séquences d’un film, elles vont traduire
l'intensité de la durée vécue par les personnages, presque comparable à celle des temps de la
tragédie classique : l’essentiel de l’action se déroule en treize chapitres.

L’alternance des scènes obéit à des lois rigoureuses marquent : celles d'actions violentes qui
marquent les temps forts du récit et le font avancer et les scènes de méditation dans des
remises en question qui sont comme le contrepoint des précédentes.

L’ensemble de ces séquences s’organise en deux grands temps, séparés par une sorte
d'interméde et suivis d’un épilogue : deux grands moments , deux grands parcours, deux
destinées, deux vies dans un avant et un après d'un même personnage. Héros et quêteur à la
fois, nommé Salvatore de Piracci« qui veut savoir qui il est ? ».

La première partie, impliquant les six premiers chapitres, relate les principaux épisodes dans
une anachronie narrative. Un va est vient qui se traduit par des anticipations, des retours en
arrière et même des chevauchements.

Une rétrospection où foisonnent des flash-back se réfèrant au passé des personnages : celui du
commandant, de la femme turque et du frère de Jamel le soudanais.
Un chevauchement, empiétant sur une description du décor [ P 13 : il s’était séparé de sa
femme, il repensa à elle, il lui prenait l’idée de lui téléphoner ] . Une liberté qui s’affirme
d’ouvrir dans le récit une petite parenthèse évoquant des sentiments douloureux faisant
surface.
Ce chevauchement se définit comme un soubresaut, qui se refuse de s’astreindre à suivre
l’ordre des faits et donne l’histoire du commandant par bribes [ P13 : il était seul, le fils de
plus personne, ni père, ni mari ] .
Quant à la seconde partie, elle compile les sept derniers chapitres. Ici le temps marque
l’évolution d’individus pour les conduire à leur perte ou à leur gloire.
Ici, le récit semble couler dans l’ordre des faits, il suit pas-à-pas un temps qui n’est pas celui
de la durée mais celui des événements circonscrits dans l'atemporalité comme figés.

L’emploi des temps usités, désarçonne le lecteur : le présent pour raconter le passé, actualisant
de ce fait le thème de ce roman, l’incertitude d’un avenir et surtout en faire ressortir le
tragique ou la fatalité de cette aventure.

Le futur très peu employé comme pour montrer implicitement le rejet de ce temps qui n’est
que chimère, leurre.

Par opposition à la première partie celle-ci marque la continuité dans la rupture : la mort de
l’homme de l’Eldorado, le commandant et l’éternelle quête de l’Eldorado qui perdure.
Cette seconde partie est insérée dans une temporalité qui est dans une alternance nourrie par
des dialogues, des descriptions.

Elle restaure son équilibre chronologique en résumant son temps narratif relativement long
par souvent l’intégration du discours indirect, du dialogue et des pauses descriptives en
scènes correspondant à un temps fort car soulignant un moment décisif de l’action. En
exemple le passage à l’acte de migration du commandant Piracci, le pourquoi de cette
décision confiée à son unique ami Angélo et le comment de cette aventure : une petite barque
achetée à un vieux pêcheur.
Nous constatons aussi des trous dans l’enchainement des faits. Cette absence de transition fait
progresser le récit par bonds : l’exemple du périple du commandant l’illustre bien dans la
description de l’espace ( la méditerranée) laissant place à l’émoi ressenti comme lorsque l'on
quitte un être cher.
L'ellipse entre ce temps de la narration « le commandant dans la méditation en pleine mer » et
ce temps de la séquence événementielle de son arrivée à terre : une suspension du temps de
l’aventure entamée au profit de la durée existentielle du narrateur, comme si le commandant
était bousculé par le temps, semblant en retard pour la nouvelle aventure, son odyssée,
l’illustration dans les chapitres sept et huit, faisant foi.

Le treizième chapitre qui est l’épilogue est signe de prémonition, il souligne cruellement
l’inanité de l’action celle de la conquête de l’Eldorado, « le héros » conquérant et quêteur
avait prédit à travers le titre du chapitre huit, qu’il se perdrait à Ghardaïa en Algérie.

Un temps qui s’estompe derrière une durée psychologique, plus, existentielle, [ P 218 je vais
mourir… il parlait à la terre et aux peuples en souffrance ]
Une conclusion qui se clôt dans l'd’un temps au ralenti, objectivement mesurable, celui d’une
fin funeste [ chapitre 13 P 219 : il parlait pour laisser à la poussière quelques mots en héritage
] [ puis il mourut ].
Une analepse, dans cette rétrospection du parcours atypique d’un homme atypique dans un
passé qui paraît révolu mais qui évoque aussi le destin des personnages qui survivront à la
tragédie.
La prolepse s’invite pour l’évocation dans le futur d’un message celui de la croisée des
chemins d’une chimère mortifère.

Parallèlement l’introduction du roman a pris sens dans l’expression d’une réalité d’un temps
cyclique rythmé par les bruits, odeurs et couleurs du marché.

L’imparfait est employé pour servir la description spatiale, il est à travers elle un temps
socialisé, axé sur l’entassement de journée toutes semblables.
C’est dans cette évocation d’habitudes que le temps devient ainsi mesurable car ritualisé.

Quels sont les procédés utilisés pour parvenir à cantonner cette temporalité dans ses
spécificités ?
Les procédés de l’auteur seront multiples pour intégrer toute l’histoire dans une chronologie
simulée dans les deux premières pages comme garante de l’authenticité de la description
spatiale et sociale, puis faire évoluer son récit.
La rétrospection où analepse ici renvoie à une série d’événements au hasard des circonstances
non semblables, ils sont sous forme d’évocation d’un événement antérieur à ce moment dans :

- Le premier événement est cette rencontre inopinée, surprise pour le commandant avec
cette femme turque, qui elle, l'avait préméditée. Un récit sous forme de flash-back,
relatant son parcours périlleux.

- Le second événement implique uniquement le commandant, par la réminiscence du


sauvetage des migrants et essentiellement celui des rescapés parmi eux cette femme
turque.
La prolepse bien que furtive , évoque par anticipation un évènement ultérieur au
moment du récit [ Chapitre I P12 l’homme a tant fauté qu’aucune punition n'est à
exclure. ]
Analepses et prolepses sont en même temps sous forme d’anachronie héterodiégétique et
homodiégetique à travers le récit, à travers trois événements qui vont porter sur le même
rayon d’action mais vont différer dans leur profil historique :Piracci le commandant, la femme
turque et le frère de Jamel le soudanais des tous deux migrants.
Dans le premier et second événements les deux protagonistes sont dans une situation similaire
homodiégetique, car porte sur le même rayon d’action : celui de sauver et d’être sauvé et en
même temps heterodiégetique, car le parcours historique diffère de l'un à l’autre : le
commandant est partie intégrante de l’Eldorado, et la femme à sa quête.
Ce récit peut être dit itératif car relate en une seule fois ce qui s’est passé plusieurs fois et le
troisième événement, celui des frères Soudanais, relève de toutes les caractéristiques citées au
dessus : l'hétorodiégese et l'homodiégese dans la proleptique et l'analeptique
L’anticipation sur un événement qui est celui de l’exil, [ chapitre II P 44 là où nous irons,
nous ne serons rien, des pauvres sans histoire sans argent ] une prolepse dans l’homodiégese .

Une rétrospection dans l’hétérodiégese sur leur vie antérieure à ce moment [ chapitre II P45
j’aimerais bien faire un dernier tour… nous allons quitter les rues de notre vie… il essaie de
tout enregistrer… et je fais comme lui… nous allons laisser notre nom. ] .

Nous constatons que tous ces éléments s’impliquent, s'emboitent pour tisser cette trame
narrative à travers la temporalité.

Analepses et prolepses se disputent l’œuvre, car nous sommes dans une rétrospection et
anticipation à caractère heterodiégetique, puisque portant sur un contenu historique qui diffère
d'un personnage à un autre : la vie stable et bien rangée du commandant en opposition au
parcours d’une vie tumultueuse des migrants.

Homodiégetique, puisque porte sur le même rayon d’action qui est celui du changement, le
rêve de l’Eldorado, sujet de quête pour les migrants et reconquête d’un nouvel eldorado pour
le commandant.

En conclusion, par tous ces processus de la temporalité, il est aisé d’apercevoir déjà l’utilité
d’une analyse fondée sur une investigation du temps, capable d’éclairer la signification de
toute l’œuvre.

L’unité d’espace d’action et de temps :


L'espace se trouve associé intrinsèquement aux personnages mais aussi lié à l'action par la
succession d’événements.

Ainsi ce roman se déroule sur deux plans spatiaux qui correspondent à deux plans
psychologiques.

La réalité d'un espace serein pour le commandant ou violent pour Souleimane et Boubakeur
mais dans le rêve de pays lointains pour les trois personnages.
Un espace exprimant d’emblée les intentions, et des changements de lieux marquant les
points tournants de l’intrigue et son rebondissement dans la courbe tragique ou heureuse.
Pour cette approche, nous avons opté pour le choix d’un seul personnage « le commandant »,
n’en garde pas moins l’importance du parcours des deux premiers personnages « Souleiman
et Boubakeur », car enclavés dans un cliché stéréotypé du migrant clandestin, contrairement
au premier.

Le choix de ce personnage n’est pas hasardeux ni fortuit parce que grand nombre d’Algériens
s’identifieront à lui, car aillons rompue avec une vie parfois luxueuse pour une autre des plus
indigne et « Piracci » en est la réalité de ce vécu.

Dans ce roman d’une parfaite cohérence, l’espace est organisé avec rigueur : « la
Méditerranée et le Désert »

Le drame du commandant vient de cette rupture avec son espace originel « le port », «
Catane » pour un espace imaginaire, son Eldorado.
Pour lui, le bonheur prend la forme d’un voyage vers l’inconnu, un rêve exaucé dont il n’en
sortira que par la mort.

Ses déplacements sont dans cette alternance qui correspond a des temps forts dans son
évolution psychologique.

La vision subjective du commandant sur son mode ambiant de l’intolérable platitude du


quotidien, et de cette sensation du déracinement au sein même de son pays qui sont bien
marqués à travers ses propos dans le chapitre I P 13 : [ le fils de plus personne, ni père, ni
mari.].

La première partie s’achève sur son départ sous forme de fuite miroitante et le fantasme des
contrées inconnues. [ Le chapitre VII P 132 : je suis le point de dire adieu à ma vie sans
éprouver de tristesse ].

L’action commence a partir de là, point d’ancrage du récit jusqu’au dénouement.


Son Eldorado prendra l’allure d’un périple sans terme, car voué à l’échec puisqu’il n'en
sortira par indemne.
Des déplacements qui s’emboitent dans des pensées intenses. Le commandant fait figure de
deux personnages en un. Dans un dédoublement paradoxal, présentant un homme, se noyant
dans le bonheur trépignant d’impatience à l’idée de son départ puis plus tard un homme plein
d’amertume, avili par sa tragique destinée.
L’événement souligne un fort sentiment de ce vécu ou il avait évolué : sa cabine de navire, les
remparts de sa ville, son appartement et Angelo son unique ami. Tous ses souvenirs
s’enfoncent dans le passé et lui offrent l’image d’un futur empli de curiosité, d’inconnues.
[ Chapitre VII P 135 : Il prit le temps de dire adieu à sa ville, à sa vie. Il repensa à
Angélo avec lequel il avait été heureux. Il se vidait de tout cela.]
Il se défait d’un espace qui lui produisait la sensation de l’incommensurable : « la
Méditerranée ».
Ainsi le narrateur choisit une portion d’espace et se situe à une distance qui vise à produire
une sensation de l’infini marqué par l’immensité de la méditerranée qui l’enferme dans
d’intenses émotions, [ Chapitre VII 136 : il était une infime partie de l'immensité qui
l'entourait. Il allait se fondre dans la vaste foule de ceux qui marchent avec rage, vers d’autres
terres . Il n’était plus personne. Il se sentait heureux comme il était doux de n’être rien ]
Il est dans cet enivrement, se souciant très peu du rivage, sans s’inquiéter de l’horizon qui
n’apparaît pas. La langueur le submergeait et le bonheur l’envahissait .
Le récit s’immobilise dans un temps qui se fige dans l’horizon pour montrer cette détente de
l’homme en paix avec lui-même, puis reprend sa progression.

Le chapitre IX la scène d’Al Zuwarah apparaît comme un coup de théâtre : chamboulement


de la vie du commandant, il va faire l’objet d’une mise en examen de son pourquoi en Lybie
par les autorités libyennes. Ses motifs hasardeux vont le mettre dans une position
embarrassante.

Le commandant semble comme un piètre personnage, endossant le costume du migrant


soumis à un interrogatoire tout comme celui subit par les clandestins, à l’appréciation des
policiers, qui le fustige. Le teaming ici est plus lié à un retour au passé très récent, montrant le
passage du commandant appliquant la loi, à celui de sa soumission à la sommation de la loi de
ce pays.
Une situation qui est montée au créneau et va déterminer la destinée du commandant, c’est
ainsi que l’étau va se resserrer autour de lui et se retrouve dans une geôle.
La cellule, vase clos, est ce lieu restreint servant à l’intégrer à son passé, à s’en subordonner
par un monologue submergé par une question épineuse car dans une problématique hautement
sensible [ que ferait-il à Catane ? Comment pourrait-il revenir à cette vie ? ]

Une portion restreinte de l’espace visant à produire la sensation de cloîtrement dans le plus
grand désenchantement.
Contrairement à cette sensation d’infini que lui procurait la Méditerranée peu avant son
arrivée en Lybie, son cloîtrement met en lumière ce basculement de position d’où ses remises
en question et ce renfermement sur lui-même.
Mais faut-il s’en inquiéter pour autant ?

Comment va-t-il aborder ce nouveau monde qui paraît d’emblée hostile humainement ? est-
ce un mouroir par anticipation ?

Est-ce une forme d’auto-imposture que notre héros s’est infligée par son acharnement au
changement de vie ?
Sentiments et espaces sont étroitement liés, l’émotion ici est espace et l’espace émotion.

Puis transposition d'un autre-lieu : le fief de la reine d'Al Zuwarah où il y a été emmené par le
policier.

Le commandant découvre un panorama plus aéré et son regard se meut à loisir parmi les
objets somptueux aux couleurs criardes et une forte douleur d'encens qui s'y dégageait. Un
espace occupé par l’épais corps de la reine, alors que dans la cellule le regard ne touchait pas
plus loin du sol [ Petite cellule aux murs poisseux. Comme l’antre sale d’un quincailler ]

C’est dans un espace contrasté que les déplacements du regard vont introduire la dynamique
du mouvement : une exploration de l’espace en deux sens : la contiguïté dans le dénudement
d'un état physique et moral [ P 162 : était-ce juste d’affirmer qu’il était le commandant
Piraci ? les coups vont pleuvoir et il serra les dents ] et celui d’un contexte incongru : sa
présentation inopinée avec la reine.

Exploration d’un espace au-delà de l’espace dans une description minutieuse : un étalage
d’objets et de débordement de viande constituant le corps de cette femme dans les moindres
petits détails [ exemple P 162 : le vaste salon chargé de tapis et de lustres. Des fauteuils
couverts de coussins de toutes les couleurs. La reine débordait de partout, son visage était
d’une laideur épaisse et vulgaire. Des petits doigts boudinés par de nombreuses bagues. ]
Tous ces faisceaux d’éléments conduisent à l’intime conviction du statut de cette burlesque
dame : celui d’une tête couronnée au sens figuré incontestablement.

A ce stade, l’investigation de l’espace amplifie l’action et l’écoulement du temps. Ils


s'interpénètrent intimement pour faire immerger une charge émotionnelle très lourde établie
par le regard que le commandant a dans ses rapports avec tous les innombrables objets
l’entourant et ne reflétant pas uniquement son état d’âme dans une vacuité intérieure mais
aussi cette captivité dans cet endroit aux portes qui l’emprisonnent.
Un espace oppressant faisant couver chez lui la haine [ P 168 une colère sourde montait en lui
… le dégoût lui faisait tourner la tête ].

Départ précipité d’Al Zahwarah, pour une destination inconnue.

Une fuite à l’issue incertaine qui lui fait tourner le dos à la Méditerrané, à sa barque échouée,
au misérable trafic d’hommes, à cette immonde femme. Une vision binaire : soulagement et
frustration en même temps.
Le commandant est dans cette stratégie de survie, dans la portée de son engagement du
combat qu’il se doit de mener et ce dans une détermination incroyable jusqu’au sein du car
qui l’emmène à Ghardaïa.
Ghardaïa devient un entrebâillement à El Zawerah, lieu infâme et infamant, un espace
particulier aux histoires particulières.
Cette ville devient un état de compromission d’un espace inconnu. Un long trajet chaotique,
dans une accumulation de pressions qui se multiplient durant tout le trajet.

Cette contrée inconnue d’Algérie semblait booster le moral de « Piracci », à première vue en
terme de changement de lieu, mais le long trajet partagé avec les passagers, nous révèle un
commandant avec des pensées qui s’entassent pêle-mêle dans son esprit, tout comme cet
amoncellement d’objets, d’hommes dans ce bruyant véhicule et cette torride ambiance.

Un espace exigüe traduisant la nostalgie de son monde Méditerranée où l’homme est


dépourvu de croyances, de tabous religieux ou moraux [ chapitre XI P 194, mais une autre
douleur l’étreignait : celle de ne pouvoir partager leur foi. Il aurait aimé y croire, lui aussi. ] se
rappelant l’ordre, l’équilibre moral et psychologique de son éducation, de son milieu.

Il quitte ce car dont il va être chassé car n'ayant plus d’argent. Il est jeté en pâture au désert.
Ce désert espace insaisissable dans lequel l’homme se banni parce qu’il est banni, car étranger
à cette nature torride, hostile et austère à tout. Cet infini va se resserrer autour du commandant
comme un boa, même la chaleur accablante, va se dresser contre lui et va accentuer son
inquiétude et ses angoisses.
L’inimitié les unit dans ce rythme lent de l’imprégnation de l’homme à cette immensité bien
qu’un drame couvre. [ chapitre XI : le message silencieux P 195 : je ne vis plus pour rien. Une
vie solitaire, décrochée de tout. Ma disparition ne changera rien.]
On découvre toute la dimension que revêt le nouveau commandant, il abdique dans cette rage
jusqu’à la fin, à faire emprise vie sur sa vie.

Il est toujours dans cette virulente détermination d’être maître de son destin : [ P 196 : et
maintenant je suis au point où je ne peux plus rien abandonner. Si j’avais cette arme sur moi,
une destination puis plus rien. Il cherche un autre moyen d’en finir, mais n’en trouva pas .]

Puis rebondissement, notre héros va succomber à ses graves blessures causées par un car dans
un espace ouvert à tout et qui ne mène nulle part : la croisée des chemins, lieu de l'abjuration,
lieu du renoncement à la vie.

L’errance pour le commandant prend la forme d’une malédiction mais aussi, la cristallisation
d’un rêve dans la liberté de la réalisation de son destin.
Méditerranée et Désert, deux entités, deux dimensions, deux symboliques, qui alimentent tous
les fantasmes, et à qui on prête des vertus et des défauts, s’articulant autour d’une dynamique
qui repose sur un consensus comme : la mort dans la vie.
Méditerranée et Désert, deux espaces magiques envouteurs mais surtout redoutables, car
sollicitent la mort en la privilégiant à la vie dans un éden factieux. Ils sont un mouroir qui se
laisse librement explorer par l’homme, ils sont cet espace exaltant qui exauce ou tue les rêves.
Méditerranée et Désert, lieux de sociabilisation et de désociabilisation qui nous parlent.
Chaque lieu retrace une histoire et la restitue d’une manière presque pudique : deux espaces
qui n’ont pas de morale car n’épargnent ni les bons ni les méchants.

Structure théâtrale du récit entre dialogue et monologue :

L’écriture de ce roman est surtout aux dialogues et monologues prenant une allure théâtrale.
Ce roman a le privilège de respecter les règles du théâtre comme si elles étaient faites pour
lui : tout semble s'y prêter pour conforter ses lois.
Alors comment intégrer ou faire adhérer toutes ces règles romanesques à celles du théâtre ?

Nous avons l’unité d’action, l'intrigue et le dénouement.


L’unité d’action est dûe à quatre personnages : le commandant Piracci , la femme vengeresse,
souleimane le soudanais et Boubakeur le Libyen boiteux. L’ensemble des séquences va
s’organiser en trois grands moments séparés par une sorte d’intermède qui passe au second
plan celui de la reine d’Al-zurvarah la riche commerçante, qui est à la tête du plus grand
réseau de passeurs d'Al-zurvarah à Tripoli pour partir en Europe [ chapitre IX P 157 à 183 ].

La structure de l’intrigue et dénouement s'effectueront dans l’agencement des treize chapitres


en trois actes qui paraissent très performatifs.
Dès les premiers chapitres en actes I et II, il y a une tentation de bâtir l’intrigue sous forme
d’entrelacement :
Celle du commandant et de la femme Libanaise, celle de Souleimane et Boubakeur et enfin
celle du retour sur scène du commandant.

Croisement des trois différents récits, les plus importants, et trois destins différents dans trois
parcours menant vers une quête commune

L’intrigue ici est habilement centrée sur la quête de la conquête de l’eldorado l'illustrant dans
une vision personnelle et c’est à partir de cela que vont s’affirmer les caractères des
personnages.
Le premier acte relate les principaux épisodes du récit tumultueux du voyage de la femme et
de sa préparation à la vengeance.
L’acte de vengeance est privilégié par le récit de son expédition et se fait dans un dialogue
celui de la femme, avec le commandant à sens unique et qui se réduit à un monologue.

Ce long entretien avec notre héros atypique car héros quêteur/conquérant et reconquérant
suivant les situations auxquelles il est confronté, est l'embrayeur de tout un chamboulement
de deux destins que rien ne prédestinait à se rencontrer : le commandant avec la femme
Libanaise qui est en quête d’une arme pour venger la mort de son enfant.

Moment ultime et décisif pour Piracci qui va tout remettre en question : sa vie, sa carrière, son
entourage, même son ami Angélo l’italien.

La second partie ou deuxième acte évoque le croisement de deux différents récits uniquement,
avec trois personnages seulement car le quatrième ( la femme ) a quitté la scène et ceci pour
montrer un revirement, un bouleversement de situation.

Ici l’intrigue est dans l’imbroglio en ce qui concerne la femme, situation confuse par sa
disparition et on ne saura par conséquent rien d’elle.
Les trois personnages : le commandant, Souleimane et Boubakeur sont dans la même quête
dans tous ses déboires et ses affres, tous dans cet acharnement : toxique pour le commandant
et plein d’espoir pour les deux derniers car rêvent de concrétiser leur utopie.
On pourrait à volonté ajouter ou retrancher des scènes, rien ne changera à l’intrigue car si elle
tourne au mea culpa dans l'acte I elle est mystification dans le second.
Si le commandant apparaît dans l’acte I comme enfiévré par l’idée de tout abandonner, de se
déposséder. S’il était dans ce désir en gestation qui fut réveillé par la femme, le second acte
montre son désespoir, son désenchantement pour son eldorado, qui l'a dépossédé, dépravé et
réduit à cet animal traqué par les prédateurs.
C’est dans un monologue surchargé d’émotions, que notre héros va se remettre en question
dans un pourquoi de cette expérience funeste, car négative.

Souleimane et Boubakeur continueront leurs périples, le premier accroché au rêve de gagner


de l’argent pour guérir son frère et le second dans ce fantasme d’un monde meilleur au sien,
sous d’autres cieux.

Le troisième acte constitue le dénouement de la pièce.


Les dénouement ici ressembleraient beaucoup aux intrigues de Molière, dont le dénouement
tournerait soit au drame, soit à une fin heureuse présentant un caractère quasi miraculeux,
mais le dénouement de L.Gaudé suppose trois formes de dénouement dans la même pièce.
Cette fin heureuse pour Boubakeur et souleimane montrant ce triomphe face aux
infranchissables frontières. Une réussite qui présente un caractère miraculeux non due au
hasard mais à l’habileté audacieuse des deux frondeurs, comme dans « l'avare ».
Quand au second dénouement, il tourne au drame comme dans « tartuffe » de Molière.

Une fin amère pour ce personnage atypique, le commandant qui trouve la force de rompre
avec l’Eldorado dans lequel il vivait pour son Eldorado, qu’il quitte parce que ses forces l'ont
abandonné au milieu d’une route, esseulé même dans l’agonie.

« il a cessé de se désirer ailleurs » citation d’André Breton .


Et le rideau ne se baissera qu’à moitié, car derrière ce double dénouement : joie et drame, se
cache un troisième dénouement.

Comme pour se distinguer des autres dramaturges, L.Gaudé laissera sur sa faim le spectateur
l’entourant du mystère qui enveloppe cette femme, l’enfermant dans des interrogations :

- A-t-elle tuée Hussein Marouk ?


- Qu’est-elle devenue ?
L’intrigue est encore plus forte car non dénouée. Est-ce un stratagème utilisé par l’auteur qui
préfère protéger « l’inconnu » le mystifier ou peut être ne veut-il pas succomber à
l’esclavagisme des traditions textuelles-théâtrales ?
Ou alors se permet-il l’écart dans le sujet qu’il traite ?
Il s’interdit par ses romans de se soumettre à toutes les règles infligées aux pièces théâtrales
comme pour préserver le roman en tant que document dans sa sacralisation car en est son lég.
Une théâtralisation qui appuie là où cela fait mal. Ce roman semble retrouver son origine
avérée dans le théâtre et semble lui faire allégeance.
Par cette dernière forme de dénouement L.Gaudé a le mérite d’avoir apporté un nouvel angle
aux lois du théâtre et a bien joué sur la corde sensible, celle qui fait du suspens un mystère
comme un atout qu’il s’obstine à préserver et ne l’inscrire que dans son œuvre romanesque
pour l’immortaliser.
Quels sont les rouages usés pour l’édification de ce roman? L’histoire ?le récit ?

Tout roman fait le récit d’une histoire et tout récit est une mise en texte d’une narration par
une sélection de termes, de phrases, de registre de langue et enfin de style .
Ce roman est une histoire, à travers laquelle Laurent Gaudé crée une résonance sociale et
d’actualité, dans un récit faisant que le romancier a compris son temps et l'a exprimé
scrupuleusement pour en être le miroir d’une tragique réalité aux blessures invisibles :
« l'émigration clandestine »

Une question difficile se pose ici, celle de l'identification de l’histoire. En regard, on peut se
demander aussi si son contenu est conforme à notre réalité donc crédible, fiable par son récit?
L’écriture :

Quels caractères va revêtir l’écriture ? pourra-t-elle être en adéquation avec le récit ?


Et pourquoi ?

Écriture du mutisme pour l'embaumement des émotions et momification des sensations,


donnant cette impression de blanchiment de conscience par des aveux désavoués lotis dans
l’inconscient .

Écriture du combat pour l’âpreté du sujet, sa rudesse, assassinant des rêves en inhumant
l’espérance et les aspirations pour exhumer la détresse et l'accablement, défiant l’amnésie
pour une mémoire sélective celle du combat.

Écriture du suspens pour non seulement tenir en haleine le lecteur mais et surtout pour une
mise en œuvre d’une forme d’odyssée exaltante dans l’attente d’un aboutissement afin de
dépasser le cap de l’insurmontable. Être dans l’imbroglio, situation qui n’autorise pas le jeu
de main sur l’emprise d’un destin mais qui n’obéit qu’à l’ironie du sort comme l'abandon du
confort pour l’errance et l’abandon de l’enfer pour un fictif éden.
En effet, l’écriture se révèle littéralement adéquate avec le récit car beaucoup d’encre pourrait
couler sur ces trois marqueurs emblématiques de l’écriture car suscitant dans la prédiction une
destinée déjà écrite dans les cieux, celle d’une vie explosée.

La mise en textualisation du roman par les procédés suivants :

- Les registres de langue:


Comment va se structurer, se consolider et se fructifier à partir des registres de langue ce
récit ? Quelle est leur visée ?

Lecture faite, asserterons-nous que ces procédés serviront cette exceptionnelle histoire
romanesque pour aborder un vif sujet contemporain qui perdure dans l’actualité et ne cesse de
reprendre « Du poil de la bête » car réanimé par Laurent Gaudé « la migration ».

Pourquoi leur emploi ?pour susciter l’émotion ? Faire percevoir le réel ? Prôner le combat et
l’engagement ? destituer la fatalité ? .
Que vont-ils nous dévoiler?

Sous quel registre va s’inscrire ce roman ?

• À priori sous le registre pathétique car insuffle la pitié devant l’intensité


de la souffrance et de la douleur des migrants qui nous sont
communiquées. Exemple : la femme meurtrie par la perte de son enfant
au cours de la traversée clandestine, et les exemples sont multiples .

• À posteriori, le tragique car décrit les émotions fortes qui s’entremêlent


dans les pensées du commandant qui est exposé à un dilemme : de
sauveur, il se transforme en tourmenteur. Une prise de conscience qui
pèse sur lui car se culpabilise d’avoir réfuté, interdit à tous ces migrants
le droit de changer de vie et de les exposer à la mort. Tous ces
paramètres montrent fiablement un récit chargé d’émotions dans un
quotidien mouvementé, périlleux .

• A fortiori, adhère au lyrique, alors que recherche le romancier ?nous faire


partager et nous communiquer toutes ces fortes émotions douloureuses
vécues par tous ses personnages. Un drame dit à
travers un vocabulaire violent, virulent dans une cadence en crescendo,
crédibilisant ces événements, faits et actions.

• Épique ?Ce n’est ni le début de l’histoire ni sa fin, mais tout le roman qui
honore cette voix qui s’élève pour cette belle cause qui est : la
mobilisation, le soutien des migrants. Certes des événements
chuchotent, soupçonnent cet acte. En revanche, une lecture en filigrane
nous fera toucher du doigt en plus cette exaltation du combat de
l’homme incarné par le commandant, son défi fou, exceptionnel, tissant
le surpassement de l’être .

• À Contrario , le non-sens, une figure dans une position bien que


binairement paradoxale et bien que n'ayant pas de statut dans ce récit,
s’est s’interférée et s'est développée de façon presque grotesque, car un
décalage est là entre une situation antérieure et une situation postérieure.
Elle va se mouvoir dans un processus de dualité et s’imposer d’une
façon insinueuse plus qu'illogique, grotesque pour alimenter cette
notion de décalage entre l'état initial et l’état final du commandant
Piracci soulignant un rebondissement fulgurant : le passage d’une vie
rangée, paisible, une carrière professionnelle stable puis soudainement
l'abandon de tout : ami, maison, profession, pour une vie hors-norme,
tumultueuse, un passage du sédentarisme à l’aventure, un changement
sous forme de rebondissement insensé .Cette fuite à l’avant simule-t-elle
un mal être ? Un mea-culpa ?ou tout simplement un arrière goût amer de
d’aventure et de curiosité ?.
Ce passage insensé qualifié de folie va être plaidé par la
figure du non-sens intrinsèquement adéquate avec le profil de cet
homme, trahissant son état mental, son burn-out, sa prise de conscience,
ses remords, son mea-culpa attisés par ce qu’il a vécu et ce comment il
s’est comporté de sauveur à destructeur, à assassin de rêves vis-à-vis de
ces quémandeurs, acheteurs de rêve, ces migrants.
Un chemin inverse peut-être pour se déculpabiliser et
réfréner ses remords, se repentir ?.
Ou simplement un homme curieux ? Cette figure
plaide le burn-out, le mea-culpa, la prise de conscience du commandant.
Tous ces paradigmes mis en place sont en faveur du contenu dramatique, thrombotique auquel
nous sommes tous confrontés pour aller dans le sens de la rigueur de l’application de ces
registres. Ils ne laissent aucune chance à la réalité de se tordre pour amenuiser cette bouffée
d’oxygène et seul le combat personnel en fait un leg universel dans un combat permanent.

L’aspect du roman :
Un autre regard sur ce roman, celui de l’aspect qui n’est pas dans le registre, mais y adhère
pour donner raison à une cause, à l’ennoblir celle du combat et de l’engagement dans une
valeur universaliste.

• Didactique et polémique : en amont, elles pointent un vrai sujet des


migrants, jetés au piloris. Deux registres qui s’assimilent pour afficher
l’opinion, libérer la parole faire hausser la voix de l’engagement contre
une discrimination humanitaire. Il vont donner l’écho, faire passer à la
« Une » des journaux, une situation au cœur d’une polémique, car au
tout, du goût du droit légitime des migrants.
Concerné et impliqué au premier chef, vu son engagement et son
grandiose combat, L.Gaudé s’est investi dans la revendication, le droit
de vie décente, ce qui parait très réducteur face à la réfutation d’une vie
digne. Au-delà de cette visée, en aval Gaudé crie, hurle cette forte envie
de changement de vie du migrant, ce vouloir de retransformation de son
quotidien pour s’inscrire dans la mémoire collective. Rien n’est
prédestiné, que rien n’est acquis, que rien n’est mérité, car on peut écrire
son destin.
Le commandant et les migrants, dans l’obstination d’un autre avenir que
celui qu’il leur a été tracé.
Ces deux figures abordent la question existentielle ainsi font-elle
entendre la voix de la détresse, de la contrition, surenchérissées hélas
par ces deux procédés pour s’interroger sur le pourquoi de la vie ?
Sur le plan didactique ce n’est pas uniquement instruire le lecteur, mais aussi le faire réfléchir
à quoi ? Tout nous mène à nous prononcer sur une quête à la recherche de stratégie pour
élucider ce fléau nommé migration afin de l’endiguer. L.Gaudé mène une guerre d'un nouveau
. ? genre, est-il ce nouveau rédempteur qui veut racheter les erreurs des gouvernants
Sur le plan polémique :

Sujet à débat social qui fait diversion du problème. La migration, mot dévitalisé par les
gouvernants feignant des solutions qui s’achèvent dans l’inéluctable.
Le fond du problème n’est-il pas la peur, la phobie de l’autre ?

Discrimination à géométrie variable, si tous les racismes sont immondes et ne doivent pas être
relativisés, le racisme anti-étranger est une adhésion à l’idée d’indigéniste car assignée à
l'essentialisme. Contestations et protestations ne sont pas muselées puisque portées par la voix
et la parole médiatique, hélas, puisque s’éteignent dans le mutisme des gouvernants aveuglés
par leur dogmatisme dans une position extrinsèque .
Des débats au goût d’inachevé car ce fléau est cautionné pas des gouvernants présumés
accueilleurs qui imaginent cette migration, mais ne la vivent pas car jonchée de risques et
périls et des souverains détendeurs et déclencheurs de cette pandémie en alimentant son
addiction et créant la polémique de la polémique.
Fort de cette campagne, Ce roman eut grand audience et mis sous les projecteurs, cri
d’alarme, cri de colère, lanceur d’alerte de l’extrême gravité du sujet L.Gaudé à travers
l’Eldorado en est sorti que grand avec ses lecteurs, son public dans la dignité d’assurer la
mémoire collective dans l’objectif d’empêcher la résurrection de ce mal et d’interdire la
construction d’une castration d’aspirations à une vie meilleure.

• Réaliste ? Dramatique ? Le
réalisme convole en binarité avec le dramatique et tout à fait, car
reproduit en amont un réel lié à des espaces authentiques : les rues de
Catane ( Italie ), le marché de Ghardaïa ( Algérie ), à une situation vraie
baptisée « émigration » avec des personnages, même s’ils sont fictifs
réincarnent, s’identifient, indiciblement, indéniablement aux migrants,
réactualisant, ravivant la douleur, commémorée par eux.
Le roman dégage l’impression d’audace vus les périls, l’obstination,
décrits dans une piètre image de l’humanité, pour résumer toute la
souffrance et le tragique de ce récit.
En amont, dramatique est ce récit, car asserte envers et contre tout un drame mobilisant très
peu de gens . En aval, une problématique, où l’inconscience est en concurrence avec la
tragique réalité . Un état de fait légitimissant la cupidité des uns, l’âpreté du gain au détriment
de l'humain (Les passeurs ) et l’égoïsme des gouvernants du reste du monde. Une tragédie
qu’on ne mesure que si on l’a vécue comme le commandant et les migrants .

Nous concluons que ces deux aspects convolent en binarité pour amplifier le tragique et
l'authenticité d’une réalité dans une véracité morbide .
Figures de style ou rhétorique :

Quelles sont les figure de style ou de rhétorique qui vont répondre aux attentes du lecteur ?
que suggèrent-elles ? de l’indifférence ? de l’empathie ou de la compassion ? .

Cette procédure stylistique est-elle susceptible de permettre d’atteindre les objectifs fixés par
le romancier ?
Ainsi si le style reproduit la pensée de l’auteur alors comment prétendre véritablement déceler
les attentes de l’auteur par le choix des figures de rhétorique d’où une véritable réflexion sur
leur spécificité ?
Des figures qui présentent une variété insoupçonnée que l’auteur manie avec brio par leur
implication implicite et voici quelques exemples volontairement disparates que nous
prendrons et qui tendront simplement à illustrer notre investigation à partir du : chapitre
1« L'ombre de Catane » P11 à P40 .
Une ouverture métaphorique « Des centaines de poissons morts faisaient briller le soleil de
midi »La métaphore ici, est chargée de faire sentir le caractère irréductiblement opaque de la
conscience et est perçue comme une promesse de mort et une conclusion qui s’achève sur une
sensation de l’extrême sous forme de syllogisme : « Il se sentait vidé … d'un vide confortable
qui le dégoûtait » P40 Le commandant nourrit ce sentiment de l’étau qui se resserre de plus en
plus sur lui. La méditation attisée, entretenue par l’euphémisme, parallélisme et
l’accumulation révélant l'angoisse de la conscience et la souffrance de la pensée[P13 au cœur
de cette foule compacte … personne ne pleure avec lui ] l’hymne à l’exclusion déclenchée par
le sentiment de solitude totale, immuable.
La contemplation passive nourrie par : une métonymie [ Une profusion joyeuse de nourriture
lui semblait à lui, une macabre exposition ] Les deux images suggèrent une analogie entre les
pensées du commandant et le monde extérieur : son angoisse se projette sur les choses et ce
décor nocturne à son tour lui communique sa détresse.
Une image d’une grande intensité sous forme d’hyperbole, Ce procédé emphatique ici
souligne certes l’exagération mais surtout l’amplification de deux entités : la mort et la vie,
dans une relation fondamentale de l’affirmation absolue [ P11 des centaines de poissons morts
faisaient briller le soleil ]
L'oxymore marqué par l’expression [ P11 la foule se pressait lentement ] soulignant l’écart
par rapport à l’habitude. L’antiphrase : P11 [ qu'avaient fait les habitants de Catane pour
mériter pareille récompense ? ] une connotation qui prend la dimension d’ironie .
L’allégorie : P11 [ Nul ne le savait ] .

[ Mais il ne fallait pas risquer de mécontenter la mer en méprisant ses cadeaux ]. Image d’une
réalité vraisemblablement concrète sous une forme abstraite retranscrivant la place
privilégiée accordée à la mer cette substance existentielle faisant peser l’épée Damoclès sur
les pêcheurs.

La personnification :

[ P12 la mer avait donné… il serait peut-être un temps où elle refuserait d'ouvrir son ventre ]
cette image se justifie car rejoint la réalité et nécessite un engagement de tous voir un
véritable contrat de négociation avec la mer.

L’euphémisme : [ P13 prostrée dans un coin ] un terme dans l’atténuation pour une réalité
dure, bouleversante pour le lecteur.
La gradation : [ P19 il était seul. Le fils de plus personne. Ni père, ni mari ] évolue dans une
accumulation ascendante renvoie l’image d’une solitude absolue qui porte le commandement
dans une sorte de désemparement, de désarroi, de désespoir.
La litote et l’hyperbole se disputent l’image qu’on peut avoir de cet homme vivant dans
l’ombre [ P15 c’est la seule personne qu'il voyait avec avidité ]

Litote oui, car versée sur la découverte d’un homme distant, asocial .
Une gradation descendante [ P44 là ou nous irons, nous ne serons rien, des pauvres, sans
histoire sans argent ] ; L’illusion s’est retirée pour céder la place au blues , spleen dans une
forte désillusion .
Le paradoxe : [ P 15 Piracci était le genre d’homme à être distant avec ses amis mais
chaleureux avec les inconnus ].Cette figure énonçant une idée contraire au bon sens, aux
conventions, renvoie à l’image d’un homme atypique difficile à cerner .
La répétition lexicale : [ P 44 Nous allons laisser derrière nous la tombe de nos ancêtres. Nous
allons laisser notre nom ] introduit une détermination des plus osée, audacieuse, mêlant
désarroi et désemparement : un constat sans appel.
Conclusion partielle :en amont, toutes ces figures anticipent sur une seconde vie, celles du
commandant Piracci et des autres personnages, par le biais de mots et d’images implicites :
c’est une vraie caisse de résonance de ces exclus.
En aval bien entendu, c’est dans cette démarche bien que limitée, que nous avons choisi ces
figures qui seront l’aboutissement des objectifs que nous nous sommes assignés et qui
prétendront à couvrir les objectifs de l’auteur . Cette stratégie répondra-t-elle à une situation
concrète et actuelle qui est celle de l’émigration dans tous ses déboires ? .
Grammaire textuelle :

Approche syntaxico/lexicale :
Introduction générale syntaxique :

Après avoir fait le tour des figures de style et de rhétorique, de cette démarche, il est resté un
goût d’inachevé, alors avons-nous envisagé de nous tourner vers une approche
syntaxico/lexicale pour mettre plus de lumière à ce véritable puzzle confinant probablement
d’autres d'objectifs, d’autres thèmes et d’autres problématiques ainsi d’octroyer un nouveau
souffle à notre investigation probablement qui avec tous ces éléments cités ( style, rhétorique
et syntaxe ) réunis et pleins de ressource, nous aideront à faire surface dans une totale
émersion, la réflexion et l’action de l’auteur pour une noble mission .
Laquelle de ces deux investigations serait l’aboutissement du combat de l’auteur et de son
engagement ? L’enjeu est de taille.

Ce procédé de textualisation grammaticale est mis en œuvre pour hiérarchiser les éléments
du récit et d'en placer à l’avant-plan ou l’arrière-plan, selon l’importance qu'ils ont pour
l’architecture du contenu dans son ensemble pour dégager la multiplicité des thèmes
possibles.

Quelques exemples volontairement choisis et parfois disparates que nous citerons, illustreront
nos propos et répondront peut-être à nos attentes en montrant l’ampleur du sens des différents
paragraphes dans différents chapitres. Cette sélection de substantifs, d’expressions, de
tournures grammaticales, d’adjectifs, de connecteurs, d’aspect des verbes sans omettre la
ponctuation, ce poumon grammatical, n’est guère fortuite car leurs attributs vont concourir à
mieux cerner des situations sociale, historique et psychologique que nous découvrirons et où
le subjectif prendra souvent le pas.

C’est dans une ambiance imagée de crue et décrue que se meut ce roman et que pour le
décrypter seule une écriture de base syntaxiquo/lexicale pourra mieux nous la faire percevoir.
Alors comment s’assignent explicitement ou implicitement les objectifs de l’auteur par la
syntaxe ? À quoi nous-prépare il ? Prenons du recul et capitalisant plus d’éléments pour
pouvoir nous prononcer sur les objectifs à atteindre.
Que va révéler la syntaxe par cette mise en texte du récit par le choix de phrases, de
mots ect… ?.

Comment l’écrivain parviendra-t-il a faire servir la démarche syntaxique à la reconnaissance


du sens et de sa portée ? Ces aspects syntaxiques nous conduiront-ils à un contexte socio-
historique et psychologique ? Réussiront-ils à véhiculer les objectifs de l’auteur et répondre
aux attentes des lecteurs ?
Cette investigation grammaticale pourrait-elle s’avérer dans la fiabilité ?

Saura-elle saisir la visée de l’auteur et son combat ?


Pour une telle approche, nous poserons l’hypothèse première que la syntaxe de ce récit va
contribuer à son investigation mais sera-t-elle suffisante pour cerner toute la problématique du
roman et l’engagement du romancier ? Alors analysons le comment mue et se meut cette
grammaire textuelle à travers tout le roman.
1)Par la phrase ? Simples, elles comportent une multitude de thèmes potentiels. Nous ne
cherchons pas à en faire l’apologie mais elles paraissent nécessaires et suffisantes à la qualité
de ce que nous désirons à en faire ressortir, courtes elles présentent moins d’enchâssement et
moins de niveaux de subordination pour une approche textuelle moins complexe et plus
pertinente car permettent de hiérarchiser les éléments du texte et de placer à l’avant plan et à
l’arrière-plan selon l’importance qu’ils ont pour l’architecture de l’énoncé dans son ensemble
et par conséquent de donner au texte du relief et ainsi de dégager la multiplicité des thèmes
potentiels par l’illustration d’exemples extraits du Chapitre I P11, 12, 15, 17 :
Chapitre I P11 : [ On s’observait d’un trottoir à l’autre . On se saluait parfois. L’air du matin
enveloppait les hommes d’un parfum de mer. ] .

Chapitre I P12 : [Il continue à suivre, un temps, le flot des badauds, puis il s’arrêta devant la
table de son poissonnier habituel et le salua d'un signe de la tête. L’homme, immédiatement,
saisit son couteau et coupa une belle tranche d’espadon, sans dire un mot. ].

Chapitre I P15 : [Le commandement Piracci décida de sortir à nouveau. Il était en permission
depuis deux jours et n’avait pas encore eu le temps d’aller rejoindre son ami Angelo.
Lorsqu’il était à Catane, c’est la seule personne qu'il voyait avec avidité.] .

Chapitre I P17 : [Il se souvenait d’avoir essayé de les compter ou du moins de prendre la
mesure de leur nombre, mais il n'y parvint pas. Il y en avait partout. Tous tournés vers lui.
Avec ce même regard qui semblait dire qu'ils avaient déjà traversé trop de cauchemar pour
pouvoir être sauvés tout à fait .] .

Chapitre I P17 : [ Ils furent montrer à bord chacun d’entre eux. Cela prit du temps. Il fallut
les aider à se lever. À marcher. Certains étaient trop faibles et nécessitaient qu'on les porte . ] .
Des propositions principales assertant ici l’acte du faire quotidien, celui de compter et de
ramasser les cadavres puis de sauver les rescapés, ainsi sont-elles liées directement au thème
central : l’habitude et des subordonnées donnant des informations secondaires presque
accessoires comme se faire couper une belle tranche d'espadon ou de retrouver les bruits du
peuple de la rue .
Une stratégie de textualisation mise en œuvre par l’auteur pour faire avancer son texte tout en
assurant une cohésion très forte.

Que marque la simplicité de ces phrases ?


Un assujettissement consenti car évolue dans une vie paisible programmée dans un leitmotiv
comme celui du commandant serein ou un assujettissement subit du migrant à sa destinée ?
2)La négation :

Introduction de la négation :
Ce tissus de négation à une grande force interpellative , que cache cet emploi à outrance de
la négation ?

Elle est au cœur d’une spirale de quels maux ?

Quelle mesure de gravité soupçonne-t-elle ? Quel bémol veut-elle apporter en


plus ? L’insécurité sociale ? Psychologique ? Ou la complaisance planétaire ?
Comment la négation à travers ses aspects va-t-elle nous conduire à une approche de l’idée de
négativité, c’est-à-dire à une castration d’aspiration à une vie meilleure ??
er
Toute notre étude va reposer sur les 1 et 2ème paragraphes constitués e en grande partie
d’une kyrielle de phrases négatives sous forme de négation totale, négation partielle, négation
préfixale, antonymique et de négation à sens implicite .

Ce relevé de toutes les expressions négatives vont nous permettre de procéder à une étude
discursive pour dégager les objectifs de ce récit.

Chapitre I P12 : [ que tout n’avait pas disparu, ou définitivement changé ] Une négation
soulignant l’espoir ténu du commandant abandonné pas sa femme.
Chapitre I P12 : [ il était le fils de plus personne ] qui mène une vie sans personne, une
négation du non dit implicitant la négativité, qui marque la grande solitude du commandant
en proie à de gros tourments .
Chapitre I P13 : [ ni père, ni mari ] Une négation partielle, renforçant l’idée de perte de repère
plus de déracinement.

Chapitre I P13 : [ réussir ou échouer sans que nul ne hurle de joie ou ne pleure avec lui ]
négation exprimée par « nul » renforcée par une négation partielle, mettant en évidence l'une
des idées directrices du récit de « laissé pour compte », le mal-être de ne pas être aimé , de ne
compter pour personne.
Chapitre I P16 : [ elle n’était pas dénuée de toute beauté ] négation totale mais à sens
implicite, non pour cacher la beauté de cette femme mais pour dissimuler les mauvais
souvenir du commandant qui défilaient.

Chapitre I P16 : [ Les rescapés ne marquèrent aucune joie aucune peur … ] une négation
accentuée par le pronom « aucun » signifiant le refus d’être dans l’émotion et le renoncement
à la vie ou la résignation

Chapitre I P17 : [ elle n’ignore guère les lois de ce pays ] Une négation antonymique
exprimant un état de laxisme et l’indifférence pour l’autre.

Chapitre I P17 : [ il n'a que sa chaire ], « ne …que » , cette négation restrictive signifie le
dépouillement de l’homme atteint dans sa chair et son psychique .

Chapitre I P18 : [ il n'a plus d’économie,, plus un denier ] négation marquant le dépouillement
total des biens des migrants .

Chapitre II P44 : [ nous ne boirons plus de thé ici, nous allons laisser la tombe de nos ancêtres
] Une négation totale suivie d’une autre implicite renforçant l’idée de dépossession de son
histoire, de ses repères.
Chapitres II P45 : [ tous ces corps de rescapés qui ne gisaient que dans un espace exigüe,
insalubre ] Une négation préfixale, montrant le manque de respect envers ces humains.
Conclusion : toutes ces formes de négation sont liées à l’idée de négativité mettant en lumière
l’engendrement du stress, du chaos, et soulignant l’isolement, la détresse et surtout la solitude
des migrants sous forme de résignation. Un constat de la négativité de l’avoir, de l’être, du
faire, comme une négation de tout ce qui caractérise l’essence de la vie en elle-même de
l’homme.
Sous cette forme d’une chaîne d’implications : pas de biens, pas de travail, pas d’organisation
sociale, pas d’avenir, ni passé et un présent assujetti. Tous ces paradigmes trouvent écho à
travers ce point grammatical et de ce fait construisent le sens profond de tout ce récit
montrant les inégalités et disparités sociales, des humains sans perspective dans leur
dépouillement, dépossession, perte d’identité, renoncement à la vie ou résignation.

une négation qui se verse sur la négativité, pour conspuer, crier haro contre la restriction du
rêve puis son exclusion et de pointer du doigt, de désigner la déshumanisation de l’Europe
dans des stratégies de la politique d’autruche . Cet emploi à outrance révèle la réflexion et
sollicite l’action

L’expansion par la répétition syntaxique :


Que va-t-elle avouer ? Quelle image truculente veut-elle dégager ? Quel plus va-t-elle
ajouter ?

Introduction :
De rigueur, la répétition grammaticale produit un effet d’insistance .
En-est-il de même pour son emploi à travers le Chapitre II P44 [ nous ne reviendrons plus
jamais. Nous n’achèterons plus rien, jamais aux marchands . Nous ne boirons plus de thé ].
« Plus – jamais » : la répétition, qui semble dans la dénotation tout simplement mais au-delà
de son sens s’inscrit une connotation ni péjorative, ni laudative mais moins neutre, car
exprime une idée de fuite à l’avant, un arrachement à un lieu, à des habitudes, un départ sans
retour, laissant tout derrière soi, tout ce que l'on affectionnait . Pour éviter cette mort par
extinction, il faut partir, avancer détruire tout lien et nier l’obstacle imposé par le parcours,
car l’errance sera désormais leur lot.

[ nous allons laisser derrière nous la tombe de nos ancêtres. Nous allons laisser notre nom.
Nous laisserons ce nom ici, accroché aux branches des arbres ] .

Pourquoi cette réitération, cette insistance quel est son enjeu ?


Tout est dans la dénotation comme pour tatouer la mémoire du lecteur, des mots simples pour
des émotions fortes. Un adieu similaire à celui du défunt montrant la fragilité existentielle. Se
séparer de leur histoire en laissant la tombe de leurs aïeux, broyés par l’histoire contraints
jusqu’à se délégitimer en se séparant de leur nom, de leur identité. Ces deux frères, veulent
créer en eux des hommes nouveaux, en échange, ils quittent tout pour devenir et être les
damnés de la migration qu’ils pensaient être leur libération.
[ Des pauvres. Sans histoire. Sans argent. Nous sommes-là. Encore pour quelques minutes.
Nous sommes-là . Et bientôt plus jamais ].
La répétition du « Sans » exprime la dépossession d’identité et dépouillement, de leurs biens
en échange assurer et garantir leur migration.
[ Nous sommes-là ] espace et état, réitérés dans une charge sémantique très lourde signifiant
le dépassement d’une situation extrême .

Ces deux frères sont victimes à plusieurs niveaux et leur intégration à une vie décente reste la
migration, seul recours .

Le temps est compté, la perspective est terrible mais le choix est fait : tout laisser derrière soi
et rêver à un monde meilleur.
Une toute autre forme implicite de répétition récurrente car s’étend sur toute une carrière
professionnelle.
Le commandant dont le parcours est calqué sur une vie rythmée par les sauvetages et remise
des rescapés aux mains des officiers de police, refuse les itinéraires forcés, les trajectoires
routinières.

Conclusion partielle:

Les répétitions à travers celles antérieurement citées ne donnent-elles pas du baume au cœur ?
Avec certitude, car hormis l’abandon de la terre natale, nonobstant cette perte d’identité, la
répétition ici prône l’encouragement, l’hypothèse la plus plausible est le changement pour une
vie meilleure, une promesse d’un bel avenir peu importe ce qu'on laisse derrière-soi, car tous
ces souvenirs seront évoqués, ainsi le passé sera comblé dans un doux soulagement des exilés.
Ce départ ne laisse pas derrière lui l’horreur d’un univers calciné, mais la vie, le rêve et
l’espérance sont devant eux.
Des actions à la hauteur de la gravité des faits, des situations, mais dans une dimension
désacralisée comme si à juste titre, on prend à parti l’intégrité du migrant car il a fait un choix
celui de changer de vie et d'aspirer à un meilleur avenir. Seule solution vers laquelle ces deux
frères se sont tournés c’est l’exil et bien au-delà de cette image d’évasion c’est dans une
musique de fond nommé « leurre » que se contient une sourde colère.

Par les adjectifs qualificatifs :


Pour cette analyse, nous allons procéder à l’étude comparative de deux paragraphes du
chapitre I pour ajouter de l’épaisseur au récit par le biais des adjectifs qui seront au cœur
d’une description de deux espaces différents, de deux mondes différents, qui ne partagent pas
des mœurs communes, mais tous deux se meuvent dans un état anxiogène commun nourri de
la peur de l’autre.
Quelles hypothèses ou suppositions réserve la comparaison de ces deux paragraphes du
Chapitre I ?
De quoi l’adjectif qualificatif est-il susceptible d’avouer à travers eux ?

Sont-ils curseur d’un problème sociétal ?


Ont-ils effet d’annonce de procès de la société dans une volonté de rendre le combat vain ?
er
1 Paragraphe : Chapitre I P11 et P12 : [ À Catane, en ce jour, le pavé des ruelles du quartier
du Duomo sentait la poiscaille. Sur les étals serrés du marché, des centaines de poissons morts
faisaient briller le soleil de midi. Des seaux, à terre, recueillaient les entrailles de la mer que
les hommes vidaient d’un geste sec. Les thons et les espadons étaient exposés comme des
trophées précieux. Les pêcheurs restaient derrière leurs tréteaux avec l'œil plissé du
commerçant aux aguets … L’air du matin enveloppait les hommes d’un parfum de mer.
C’était comme si les eaux avaient glissé de nuit dans les ruelles, laissant au petit matin les
poissons en offrande. Qu’avaient fait les habitants de Catane pour mériter pareille
récompense ? Nul ne le savait. Mais il ne fallait pas risquer de mécontenter la mer en
méprisant ses cadeaux. Les hommes et les femmes passaient devant les étals avec le respect
de celui qui reçoit. En ce jour, encore, la mer avait donné. Il serait peut-être un temps où elle
refuserait d’ouvrir son ventre aux pêcheurs. Où les poissons seraient retrouvés morts dans les
filets, ou maigres, ou avariés. La solitude du commandant devenait plus oppressante au cœur
de cette foule compacte. ] .
Deuxième Paragraphe : Chapitre I P17 : [ Lorsque les marins italiens montèrent à bord,
munis de puissantes lampes torches dont ils balaient le pont, ils furent face à un amas
d’hommes en péril, déshydraté, épuisés par le froid, la faim et les embruns. Il se souvenait
encore de cette forêt de têtes immobiles. Les rescapés ne marquèrent aucune joie, aucune
peur, aucun soulagement. Il n'y avait que le silence, entrecoupé parfois par le bruit des cordes
qui dansaient là, face à lui. Il se souvenait d’avoir essayé de les compter ou du mois de
prendre la mesure de leur nombre, mais il n'y parvint pas. Il y en avait partout. Tous tournés
vers lui. Avec ce même regard qui semblait dire qu’ils avaient déjà traversé trop de
cauchemars pour pouvoir être sauvés tout à fait.
Ils firent monter à bord chacun d’entre eux. Cela prit du temps. Il fallut les aider à se lever. À
marcher. Certains étaient trop faibles et nécessiteraient qu'on les porte. Une fois à bord, ils
distribuèrent des couvertures et des boissons chaudes. Ce jour-là, ils les sauvèrent d’une mort
lente et certaine. Mais ces hommes et femmes étaient allés trop loin dans le dégoût et
l’épuisement ] .

Une description accentuée et emphatisée par l’emploi d’adjectifs qualificatifs . Tous ces
adjectifs en question sont pour la plupart, hyperboliques car consistent à décrire une réalité
extrême, probablement pour frapper avec force l’esprit et d’offrir des images vives qui
incitent à l’action .

Dans les paragraphes I et II nous avons deux espaces : terre et mer , deux types d’individus le
riverain et le migrant, deux situations, deux ambiances et enfin deux états d’esprit évoluant
chacun de son côté dans la divergence mais scellés par le même ressentiment appelé « peur » .
Le premier paragraphe est la naissance de cette histoire dans un cadre de vie paisible dans la
retenue et une ambiance très intimiste dans les rues du marché du port, des couleurs et odeurs
envahissent l’environnement .
Il peint une activité qui bat son plein, dans un climat familial, seuls les habitants de cette île
déambulent, dans un espace qui parait hermétique, vivant en autarcie. Une communauté car se
suggère comme telle.
Cependant le second paragraphe ne dépeint-il pas la même toile de fond ?
Ces adjectifs peignent deux espaces divergents mais qui convergent dans leur symbolique :
terre et mer, habitants et migrants, pourtant dans le même étau qui se resserre autour d'eux.
Deux mondes différents, qui s’entrechoquent, pourtant sont dans un même état anxiogène.
Riverains et rescapés se côtoient, scellés parle cordon ombilical appelé le monde des ténèbres
celui des cadavres .
Ils sont, pour les deux camps dans la même éducation de la peur-panique inhibée, parfois
même de la haine .

Le premier paragraphe ne préconise-t-il pas une ambiance similaire au second paragraphe ?


N'anticipe-t-il pas sur le second paragraphe ? .

Une similarité insidieuse renforcée par une myriade d’adjectifs comme[ étals serrés ] ; comme
pour ces sur vivants entassés dans de fragiles embarcations.
[ poissons morts] ; ne s'agiterait-il pas des cadavres flottant sur l’eau ?

[ geste sec] ; comme geste réflexe propre aux officiers de marine aidant les rescapés et jouant
le rôle de fossoyeurs pour les morts.

[ l’œil plissé] ; réaction d’une personne face à un quelque chose d’intolérable ou d’éprouvant
dans une absence de compassion due probablement à la saturation de la quotidienne vision.
[ poissons seraient retrouvés morts dans les filets, maigres ou avariés] ; cet exemple n’est-il
pas le tableau authentique d’une situation authentique celle des migrants morts, des rescapés
maigres ou handicapés lourdement ?.
[ la solitude du commandant devenait plus oppressante au cœur de cette foule compacte] ;
l'esseulement du commandant, son mal être face à une situation extrême, impérieuse, ne sont-
ils pas, preuve d'un signe d’amour de l’humain pour l’humain ? Ou peut-être un signe de
culpabilité levé sciemment par le comptage du nombre de cadavres ou signe de repentir par le
sauvetage de ce qui bougeait ou de tout ce qui restait ? Ou peut-être que cet homme
s'emmurait-il pour échapper à cet altruisme afin de se protéger ? Cela fait partie de la
condition humaine sans aucun doute.

Après cette profonde analyse ne peut-on pas répondre affirmativement que l’emploi de ces
adjectifs est un curseur à un problème sociétal.

L’adjectif à travers tout le récit avoue un sentiment fort d’indifférence et est un témoignage
poignant car porte la pensée des habitants et des étrangers à travers un mutisme religieux
puisque dans un processus de la non-réaction .
Il incarne un vrai principe actuel celui de l’exclusion, il marque cette démarche de la
vulnérabilité des migrants face aux lois drastiques du pays qui sont inhumaines.
Si le premier paragraphe baigne dans une forme de sérénité nuancée car insoupçonné : ici le
port est espace de vie et espace de mort, un caveau à ciel ouvert et l’île en tant que refuge est
ce .corbillard qui met terme à la vie, unis dans la convergence non désirée presque fatalisée
car montre l’impuissance de ces deux camps et leur résignation.
Affirmativement, l’adjectif a un effet d’annonce de procès de la société dans la volonté de
rendre le combat vain.
Le contexte fait que l’on déduise que seuls les riverains sont acceptés, et sont dans un refus
littéral de mixité sociale, de diversité. Pour eux les autres ne sont-ils pas des nuisances
uniquement ? Ces adjectifs sont-ils supposés porter les couleurs de l’exil, du refus de celui qui
ne partage pas ces mœurs communes par conséquent le non droit d’accueil pourtant ces
individus sont liés, enfermés par le même auto-sentiment dualiste : la peur de l’autre presque
légitimisée, validée car dans l’éducation de la haine mais demeurent quand bien même dans
un processus de victimes collatérales.

: Conclusion
En amont, c’est dans une inversion contrastée d’état d’esprit qu'évoluent ces qualifiants, car
se meuvent dans une binarité qui surfe sur l’ère d’une mentalité de l’exaspération, la crainte,
.l’indifférence, l’égoïsme, la réfutation de l’autre par les habitants
En aval, dans l’état d’esprit des migrants impuissants d’être dans le sentiment d’oubliés,
. d’exclus de parias, perçus comme tels, car n’adhèrent ni à la règle sociale ni à ses normes
Une kyrielle d'adjectifs qui transmettent du sens. Ils sont signe précurseur de drame social, et
.témoignent de faits bouleversants, tragiques
La problématique est celle du cri « Tu »,du désespoir du migrant et du mutisme des riverains,
qui tue les « Autres » : les étrangers. C’est dans un piétinement de valeurs fédératrices de
l’Europe sur les droits de l’homme, de l’accueil des migrants, de la légalité, de la diversité, de
.la souveraineté et de la démocratie qu’évolue cette spirale infernale
Cette rubrique adjectivale est dans cette dynamique d’une société déshumanisée, fragilisée
? peut-être par une insécurité institutionnelle
? Ou par le vouloir de se protéger pour sauvegarder, conserver sa liberté communautaire

? Ou bien vulnérabilisée par la nébuleuse d’un nouveau mode de deal


Ainsi l’auteur veut-il se faire entendre pour briser cette glace et se veut être l’ambassadeur de
ces oubliés, de ces « loosers » c’est-à-dire ces malchanceux.

Le type de discours :
L’écrivain fait parler ses personnages conformément à ce qu’exige leur situation. La
distribution de ces voix circule implicitement sous le texte, dévoilant la parole intérieure du
roman, ses idéologies et ses visions.
Le discours est-il dans une autre démarche des signes avant-coureurs de nouvelles
conceptions et idéologies ? Que présage-t-il ?.
Le dialogue :

Que veut atteindre l’auteur par la stratégie du dialogue ?


Quelle bataille veut-il mener ? Et contre qui ?
Ou bien veut-il tout simplement rapporter exceptionnellement les événements exceptionnels
du moment ?
Alors comment va se mouvoir le récit entre les mailles de ce type de discours ?
Les exemples sur le dialogue dans ce roman sont multiples, ils font avancer l’action,
modifient les rapports entre les personnages, parfois les amènent à prendre une décision
commune qui conduit à l’aggravation ou la résolution d'un conflit, mais ceux choisis ne sont
guère fortuits car à travers eux nous avons choisis de montrer l’occurrence de l’événement
que rien ne laissait attendre et l’émersion de sentiments que rien ne laissaient apparaître, ni
prévoir.

Un dialogue sous forme d’échange de propos avec des verbes introducteurs et parfois sans, et
cela interpelle .
Pourquoi ce stratège ? Que veut démontrer cette caractéristique : l’opposition de deux
positions ? Ou la rupture de cette dualité entre les deux locuteurs pour en faire des partisans
du même combat ?
Cette stratégie est employée peut-être pour démarquer la litanie des événements, c’est-à-dire
le passage de paroles incantatoiresaux actes. Une avancée du récit qui met en branle tout le
processus événementiel, partant du désengagement du commandant à son engagement et de
l’obstination farouche de la femme au cœur de l’action : celle de se venger dans une urgence
absolue. Deux positions dans la volonté du « faire ». Une forme de discours implicitant
l’encouragement à l’action au nom tout simplement des valeurs universelles menacées,
bafouées par l’impunité et le découragement à l’action de l’acte barbare : « Le crime » .

Des éléments probants vont conforter la thèse de l’engagement au combat : « Je la voulais de


vous »,« tenez-la » .

Un geste singulier, réaction surprenante de la part du commandant. Après une longue


hésitation, il lui confie l’arme, ambiance totalement surréaliste, est-ce une prise de position ou
une motivation faisant preuve de sentiment refoulé ?
En amont, nous estimons que cette réaction est signe de culpabilité dans la responsabilité de
la souffrance de la femme. En aval, ce geste pourrait être un signe d’engagement dans le
combat véhiculant un message du cri de cœur : celui d'irradier le mal, d’où il vient, de ses
racines : par conséquent briser l’impunité, nous nous contenterons de dire que la première
hypothèse supposant la déculpabilisation à travers l’engagement, conforte mieux cette thèse .

Chapitre I P31 : [ que voulez-vous une arme ? Demanda-t-il. ] .


[ Que savez-vous du Vittoria, commandant ? ] .
[ pas grand-chose. Répondit-il. Ce que les journaux italiens en dirent quelques jours après
le sauvetage. L’équipage, en fuyant, ne pouvait pas ignorer qu’il vous condamnait à la
mort ou du moins à la dangereuse incertitude du hasard. Les passeurs se paient et
abandonnent leur clients … ].
[ J’ai fait comme vous, commandant, dit-elle. Après notre sauvetage, je me suis fait lire et
traduire les articles qui parlaient de nous… chaque place à bord à coûté trois milles dollars.
Moi, j’ai dû payer quatre mille cinq cents dollars à cause de l’enfant. ].
Quel diagnostic établi ce dialogue ?

Ce dialogue sous forme d’entretien creuse la piste du pourquoi dans un vouloir de la


possession d’un élément matériel : l’arme, de sa provenance et sa destination ?

La femme à travers cette conversation, rend compte d’un vécu douloureux encore vif, car
présent bien que lointain : deux ans. Elle retrace son passé qu’elle fait attester par un témoin,
le commandement Piracci qui corrobore son témoignage de celui de la supercherie à laquelle
elle a été confrontée, de son dépouillement, plus de sa spoliation. Ce discours signifie aussi
cette hargne disséminée dans cet entêtement infatigable des tenants et aboutissants de cette
tragique situation et dénonce l’acte délictueux infâme de ces passeurs .
D’intenses sentiments et ressentiments se heurtent à une dimension émotionnelle pour établir
ce qui en ressort :douleur, souffrance, colère, haine, détermination, culpabilisation des
protagonistes.
Immondicité, infamie, déshumanisation, cupidité, des antagonistes. Les deux parties sont dans
une spirale infernale, irréversible pour les deux mais dans une démarche de procès social
réhabilitable et reconstructif pour les premiers.

Pour élargir ce champ d’investigation sur le pourquoi de cette arme et surtout ce pourquoi de
ce devoir d’impliquer le commandant, nous allons accréditer d’autres éléments dans d’autres
dialogues qui seront toujours dans le sillage de cette dynamique mais qui inscriront
d’autres paradigmes.

Chapitre I P33 : [ vous trouverez toujours des hommes pour exploiter la pauvreté et l’urgence,
dit-il. ]

[ je fais une distinction, commandant, répondit-elle entre le passeur qui prend à son client ses
derniers deniers mais l’amène à bon port et celui qui affrète un bateau dont il sait qu'il
n'arrivera nulle part. Ils nous ont envoyés sur la mer comme on envoie à son ennemi un
paquet contenant un animal mort. Et nous avons payé notre mort. ] .

[ Les hommes comme votre Hussein Marouk, reprit le commandant, finissent généralement
avec une balle dans le crâne. ] .

Cet entretien entre le commandant et la femme révèle contre qui est destinée cette redoutable
arme : Husseim Marouk. Une arme redoutable entre les mains d’une vulnérable femme qui est
dans la dénégation de la peur et l’abnégationde l’audace. Engagée entièrement pour exorciser
un acte fatal, que la mémoire et le souvenir s’interdisent d'occulter : un périple vécu à deux :
elle et sa vengeance avec qui, elle a tissé un lien très fort.
Le discours du désarroi est modulé sur une voix, celle de la femme, cette mère dans la
résolution et la haine dans un esprit fort, urgent de vengeance.
Le dialogue entre Piracci et la femme souligne son lamento et sous entend la culpabilité, la
responsabilité dans une certaine mesure du commandant.
Que confine ce discours du chapitre I P 38, 39, 40 ?
P 38 : [Si vous avez de l’argent, il n'y a rien de plus facile dans cette ville de fous que de se
procurer une arme. Faites comme tout le monde. Acheter-la dans une des ruelles puantes du
port. ].

P 39 : [ je la voulais de vous, répondit-elle d’une voix froide, en se levant. ].


[ j’ai su que c’était de vous que j'obtiendrais cette arme, parce qu'il était juste qu'il en soit
ainsi. J'ai su que les deux années d’attente et de travail venaient de prendre fin. Je repars,
commandant. Je suis contente que nous nous soyons revus. La boucle est bouclée. Vous avez
été le premier visage de l’Europe, vous en serez le dernier. Je retourne là-bas. Je n’ai pas peur.
Je veux quelque chose. De toutes mes forces. Je veux. Jour et nuit. Vous n'imaginez pas la
force que cela procure. Je suis une petite femme têtue, commandant. Je me battrai contre la
mer et le vent. Même les hommes ont cessé de me faire peur.] .
P 40 : [ Tenez, dit-il d’une voix sourde à la femme, en lui tendant l’arme.] .
[ Merci, dit-elle simplement. ].

[ Ne me remerciez pas, murmura-t-il. Je prierai pour que vous en serviez pas. ] .


Toujours dans une détermination effrénée presque enthousiaste frisant le machiavélisme, elle
s'enferme dans l’étau de l’impardonnable. Cette arme la rapproche, la soude à son deuil qui la
dévaste. Une rage à moitié assouvie par ce port d’arme car cette jeune femme n’était qu’à
moitié de son parcours, et son devoir n’est qu’à moitié accompli. Cette remise du revolver,
du commandant par lui-même, n’est-elle pas signe d’acte de sa rédemption, une justification
d’une part de sa responsabilité, des a culpabilité qu’il veut atténuer. L’obsession de la
vengeance est toujours là comme une priorité traumatique, chez cette femme dont la vie
reprend ses droits dans la perpétuelle, continuelle descente aux enfers et dans l'envie présente
et pressante de la vengeance. Elle semble gérer cette haine dans une démarche du pardon vis-
à-vis du commandant, qu’elle avait placé sur le banc des accusés dans son fort intérieur, et de
ses sentiments à son égard qui s’étaient apaisés, car il s’était racheté par cet acte. Une
situation dans un cheminement de la conviction d’une non reconnaissance de ce geste car est
dans une sphère d’obligation impérative d'un devoir, une dette dont le commandant devait
s’acquitter « je la voulais de vous » d’une Voix froide , « tenez » , « merci dit-elle
simplement. » .
Piracci veut prendre de la distance avec son propre geste : « tenez… je prierai pour que vous
ne vous serviez pas », ces mots captent une grande réflexion et expriment une position
embarrassante de l’acculement, il est dans un défi qui le taraude. Pensée et geste
s’entrechoquent dans l’hésitation, car il se trouve dans une impasse. L’imprévisible l’avait
tétanisé puis comme une sorte de relâchement, l’irréparable se produit « tenez-la » ( l’arme )
« Je la voulais de vous » cette femme est dans une configuration de force mais aussi cette
perche tendue à celui qui se trouve en face ( le commandant ) pour le déculpabiliser car
considéré par elle comme un coupable collatéral.

Elle s’est dévêtie de sa rébellion pour devenir cette femme guerrière munie d’un colt . Toute
sa révolte a creusé un gouffre pour en faire un exutoire.
Conclusion partielle :
Ce dialogue est dans la renaissance de deux comportements différents, deux
cheminement paradoxaux, qui se confondent dans une approbation dichotomique : la
renaissance dans l’acte du pouvoir de se venger chez la femme et cette renaissance dans l’acte
de se déculpabiliser chez le commandant.
Le premier personnage est dans ce sentiment de se libérer de cette haine. Le deuxième
personnage dans ce sentiment d’avoir compris cette démarche dans la compréhension de
l’autre en l’accompagnant par ce geste qui prévoit un drame absolu.
Un non-dit du pardon implicitant une reconnaissance partielle de responsabilité marquée par
le geste : la remise du revolver .
Cette femme est dans cette perte contre nature de son enfant donc la perte de son avenir,
incapable de se construire, de se projeter sans lui, elle demeure toujours animée de cette
intense sentiment, si négatif de la haine s'attenuant en colère mais toujours nourrie par la
vengeance, car dans un sentiment intense d’impunité.
Les verbes introducteurs du chapitre I :

Le verbe introductif : « dire »


Chapitre P32 : [j’ai fait comme vous, commandant, dit-elle. Après notre sauvetage, je me suis
fait lire et traduire les articles qui parlaient de nous…].
Le verbe « dire » ici, se définit comme verbe de narration et octroie une grande place à la
locutrice ( la femme ) qui se charge de relater un fait : celui des recherches poussées pour
trouver le coupable ; mais il est en même temps, dans ce cas précis, dans la lignée du
jugement évaluatif car renvoie à l’effroyable parcours de l’énonciatrice dans une vérité
attestée par des preuves irréfutables.
Chapitre I P33 : [ vous trouverez toujours des hommes pour exploiter la pauvreté et l’urgence,
dit-il. ] .
Le verbe « dire » ici, est uniquement dans la lignée du jugement évaluatif car il est le contenu
d’une affirmation légitimée par le locuteur ( le commandant ) dans le sillage d’une vérité
axiomatique .

Le verbe introductif : répondre


P 33 : [ je fais une distinction, commandant, répondit-elle, entre le passeur qui prend à son
client ses derniers mais l’amène à bon port et celui qui affrète un bateau dont il sait qu’il
n’arrivera nulle part. Ils nous ont envoyés sur la mer comme on envoie à son ennemie un
paquet contenant un animal mort. Et nous avons payé notre mort. ] .

P 35 : [ elle répondit sans hésiter : « je ne prétends pas que cet homme soit le seul coupable, ni
même le plus coupable. Je dis seulement qu’il l’est. Et que j’aurais peut-être le moyen de
l’atteindre. ] .
Le verbe « répondre» quant à lui renvoie à un énoncé dont la vérité ne peut en rien être
contestée : la désignation du coupable.
Cet entretien révèle à qui est destinée cette arme : Husseim Marouk. Une arme entre les mains
d’une femme qui est dans la dénégation de la peur et l’abnégation du courage pour
l'exhorcisment d’un acte fatal.
Le verbe introductif : « faire »

P 22 : [ vous rentrez Chez vous ? Dit-il.


La réponse claque comme une gifle.
Non, fit-elle. ] .

L’emploi du verbe faire est dans une moindre mesure. Il se démarque nettement des
précédents car ne va s’inscrire ni au narratif ni à l’évaluatif puisqu'il va introduire un fait dont
la véracité n’est pas vérifiée. Les propos contenus sont ténus mais leur envergure va tracer la
trame du tragique du récit. Partira-t-elle ou pas ? Son départ ou son séjour, tous deux sont
projetés dans le cheminement d’une préparation à l’irréparable. Un verbe qui est dans « le
faire » une décision bien que ferme, catégorique, mais qui ne peut-être prouvée. Outre
mesure, ce verbe introductif va révéler implicitement le caractère bien trempé de cette femme
qui est dans l’obstination et la détermination à se faire justice elle-même puisqu’elle se
projette dans l’action. On est dans la probabilité ou l’improbabilité de l’acte, par conséquent
du faire.
Le verbe introductif : murmurer
Chapitre I P 37 : [ vous ne savez pas ce que vous dites, murmura-t-il avec effroi. ].

P 40 : [ Ne me remerciez pas, murmura-t-il. Je prierai pour que vous ne vous en serviez pas. ].
Ce verbe va évoluer sur deux axes : la réaction et l’action. Le choix de ce verbe introductif est
ce connecteur qui va permettre d’interpréter les paroles dans un sens plutôt que dans un autre
et de signifier leur teneur. Le murmure est un son presque inaudible qui résulte d’une
causalité à l’effet. Cette femme se met en situation de combat. Soumis à sa tactique, elle va
provoquer chez Piracci une suréaction, si intense qu’elle s’articule inaudiblement. Ce verbe «
murmurer » est dans une réaction vive mais étouffée par l'effroi, la torpeur « vous ne savez
pas ce que vous dites » . Un face à face embarrassant et brûlant qui anticipe sur un passage
délictueux « le crime ». Un combat de personnalités qui confirme la rage de vengeance vécue
pleinement par cette femme l’accompagnant continuellement dans sa vie, et le profil du
commandant qui se présente ici comme un homme sage et considère cette démarche comme
une bouffée délirante et qui n’est peut-être que passagère.
« Ne me remerciez pas… » que va signifier ce consentement à la remise de l’arme ? À qui
profite ce basculement de situation ? Quel va être son retentissement ? Le geste est preuve de
compassion de la part de cet homme vis-à-vis de cette femme, lui qui paraissait hostile et si
austère. Il semble être dans une sorte de soumission mais réfléchie. Il n’est plus dans la
réaction, qui signifiait dans le premier propos : « s’interdire d’accepter ou de faiblir devant la
proposition de la femme »,donc plus jamais face à ce dilemme. Il va se surpasser et ne plus
être dans le déni de « ce pourquoi de la vengeance » il se veut dans l’action. Il devient acteur
mais dans une demi-mesure, car il a peur pour cette femme qui face à lui, affiche toujours
cette obsession ponctuelle qui s’est substituée à sa grande souffrance. Il veut la protéger
contre les coupables. Cette approbation à confier son revolver, n’est-elle pas le prélude d’une
action dans l’engagement d'un combat pour accompagner cette femme ?.
Le verbe introductif : demander
Qui y’a-t-ilderrière ce type verbe ? dit-il l’essentiel ?

Chapitre I P 22 : [ j’ai quelque chose à demander ] demander pour demander, car le verbe
demander ici n’est pas introductif mais s’assigne à la demande d’une demande réelle, elle se
greffe sur une attitude quotidienne.
Le verbe demander ne se borne pas uniquement à la demande. Il possède un large champ
sémantique.
Le verbe « demander » évolue insidieusement sur deux axes qui sont : l’enjeu et l’impact :
comment ?

1) L’enjeu :par la mise explicite en situation du combat de la femme.


2) L’impact : l’association implicite du commandant à cet acte.
Dans son sens premier, demander signifie solliciter, inviter mais il s’approprie ici, une plus
large dimension : celle de l’incitation à l’engagement du combat contre ce fléau, comme
l’unique salut. Malgré le dysfonctionnement des structures dans lesquelles se basculent
idéologies et positions, nous devons nous assujettir au respect du concept du consensus des
droits et devoirs de chacun.
P 22 : [ À quoi êtes-vous prête alors ? Demanda-t-il, un peu étonné.] . Suscite en amont un
nouveau profil de la demande qui se voit déportée sur le fond. Une interrogation portée avec
force, elle semble incongrue parce qu’exonère une future concrétisation, du passage à l’acte.
Ce verbe va retranscrire un chemin à travers lequel va s’ancrer l’irréparable.
P 31 : [ pourquoi voulez-vous une arme ? ]. Ce verbe introductif jette la suspicion. Une
interrogation légitime mais qui certes fait gamberger, cogiter le commandant sur le pourquoi
de cette arme redoutable ce qui va le galvaniser. Manifestement ce verbe introduit une action
qui va conduire au désastre. Il met à l’affût son locuteur qui perçoit l’inattendu mais que son
subconscient réfute.

Chapitre I P 37 : [ je n’ai qu’une crainte, une seule qui me hante la nuit ] … [ laquelle ?
Demanda-t-il ]. [ de ne pas avoir la force lorsque je l’aurai devant moi ] . Quel sens prêter à ce
verbe introducteur « demander » ? Une forme d’attention ? Plus, une préoccupation de l’autre
qui va s’exposer à un grand danger. Une compassion non feinte qui simule l’implication à-mi-
chemin du commandant.
Lus entre les lignes, ces propos introduits par le verbe « demander », avouent, l’enjeu du
passage à l’acte et son impact sur Piracci, qui va s’embarquer dans un engagement pour un
combat sans limite et cela ne peut être contesté mais qu'asserté par sa compassion ( du
commandant ) qui octroie un sens à la souffrance de cette migrante en s’identifiant à elle.
Ainsi toute-cette mise en situation du combat n’est point vaine car elle a fait adhérer le
commandant à son combat.

Conclusion partielle:
S'il y’a une volonté d’octroyer une place privilégiée à ces deux verbes introductifs :
« murmurer et demander »,c’est tout simplement parce que les propos qu'ils véhiculent
signifient leur teneur, et renvoient tous deux au principe du combat par l’engagement dans
l'enclenchement de l’action. Si le premier verbe ( murmurer ) insinue la concrétisation d'un
fantasme ( celui de la femme) qui anticipe sur la nature de l’engagement, le second verbe (
demander ) n’est pas que dans la projection de l’engagement, mais aussi dans la
concrétisation du combat, on est dans cette démarche de l’élan de l’action optimisée.

Mais pour ne pas être dans la confusion, il est impératif d’ajouter que cette réitération qui
véhiculent les mêmes thèmes celui du combat et de l’engagement doit être éclairée pour
préciser que si le verbe « murmurer » est dans la modalité du subconscient c’est-à-dire celui
du combat « refoulé » dans la frustration.

Le verbe « demander »,quant à lui est dans le conscient : c’est-à-dire dans l’intention
consciente du temps de l’action.

Parallèlement les verbes « dire, répondre, faire »,sont dans le désengagement, dans l’inaction
et dans le déni de la souffrance taboue des migrants. Ils vont contrer le respect et porter
atteinte à leur intégrité par conséquent les migrants sont ramenés à leur haine, car resteront les
damnés de la terre. Nous sommes sur une faille sismique, avec ces verbes de tout un autre
volet, qui montrent la barbarie chronique que l’on cache comme une tare.
Monologue :
Chapitre II P 43, 44 :

P 43 :[ Je regarde mon frère qui contemple les oranges, le fouillis des voitures et la foule des
passants et je sais ce qu’il pense. Il boit son thé sans quitter des yeux cette place qu'il ne verra
plus. Il essaie de tout enregistrer. Oui, je sais ce qu’il pense et je fais comme lui. Immobilier,
je laisse les bruits et odeurs m'envahira. Nous ne reviendrons plus jamais. Nous allons quitter
les rues de notre vie. Nous ne boirons plus de thé, ici. Ces visages, bientôt, se brouilleront
incertains dans notre mémoire. ].
P 44 : [ Je contemple mon frère qui regarde la place. Le soleil se couche doucement. J'ai
vingt-cinq ans. Le reste de ma vie va se dérouler dans un lieu dont je ne sais rien, que je ne
connais pas et que je ne choisirai peut-être même pas. Nous allons laisser derrière nous la
tombe de nos ancêtres. Nous allons laisser notre nom, ce beau nom qui fait que nous sommes
ici des gens que l'on respect. Parce que le quartier connaît l’histoire de notre famille. Il est
encore, dans les rues d’ici, des vieillards qui connurent nos grands-parents. Nous laisserons ce
nom ici, accroché aux branches des arbres comme un vêtement d’enfant abandonné que
personne ne vient réclamer. Là où nous irons, nous ne serons rien. Des pauvres. Sans histoire.
Sans argent. ] .
Le dialogue nous a permis d’élargir notre champ d’investigation sur le profil des deux
personnages principaux : le commandant et la femme turque autour duquel fusionnaient des
thèmes et ce pour mettre l’accent sur une problématique nébuleuse, alors que révéleront les
monologues choisis dans le chapitre II P43 et 44 ?. Que vont-ils prendre en charge ? Est-ce
uniquement l’objectif sur une description d’un départ ou faire ressortir un thème insoupçonné
jusqu’à lors ?

C’est dans une description assez singulière qui porte très peu sur l’espace, mais privilégie les
gestes du quotidien qui baignent dans une ambiance morose, que se fait embarquer le lecteur.
Un emploi récurrent des pronoms personnels « je et nous » signifiant l'omniscience du
narrateur, un présent actif qui s’octroie une large place dans le récit puis deux actions au futur
comme pour mettre terme à l’anticipation de quelque chose de douloureux, comme
prémonitoire« Là, où nous irons, nous ne serons rien. ». C’est ce que nous avons retenu à la
première lecture.
Le monologue ici, pose petit à petit des jalons qui réduisent la part d’inconnu à mesure
qu’augmente le nombre d’éléments connus.
Les exemples cités par souci d’authenticité visent ici à faire l’esquisse du profil de deux
frères. Seul le prénom de l’acteur passif est connu : le frère « Jamel »comme s'il faisait profil
bas face à cette expédition, et le personnage principal est désigné par le pronom personnel
« je ».
Puis est retracé un morceau de leur vie antérieure qui reste mystérieuse. Le narrateur désigne
les lieux qu’Ils fréquentaient avec son frère, parle de leurs habitudes, même des achats qu’ils
faisaient chez des marchands qu’ils connaissaient, de leurs amis en commun.
Tout cela, il va falloir s’en séparer, s'en détacher, tout abandonner. Mais ce monologue ne
nous dit pas tout, peu de détails sont comptabilisés, est-ce une démarche factieuse pour
acculer le lecteur, c’est-à-dire le mettre devant un fait qui va s’accomplir « leur départ » et le
laisser supposer l’inconnu, exploiter le connu pour découvrir toutes les pensées ensevelies
dans son fort-intérieur ?
Cette démarche hasardeuse, résout le lecteur à exploiter « l’expliqué » pour « l’inexpliqué ».
De ce fait aucune hypothèse ne peut-être écartée, car les éléments que l’on dispose sont des
plus minces. Un monologue qui suscite beaucoup de curiosité comme si le narrateur sur ce
fond d’expliqué fait paraître le connu pour faire porter l’accent sur les faces inconnues. Un
type de discours qui s’est construit un espace de l’énigmatique.

Sont nommés à travers ce monologue : un temps imprécis dans la précision du départ « je sais
que nous partirons cette nuit » faisant supposer le temps de cette dernière randonnée en début
d’après-midi comme celle de l’adieu.
Des espaces précis évoluant dans une symbolique, comme la place de l’indépendance, un lieu
ouvert et aéré, le café lieu sombre et clos rappelant l’enfance et l’attachement .
Le cimetière auquel il fait allusion et un espace funeste, évoquant l’histoire des ancêtres et
leurs racines. Mais ni la destination , ni le motif du départ, ni leur pays d’origine ne sont dits
et ne tendent même pas à l'allusion comme pour mettre à l’écart le lecteur d’une part de leur
parcours à venir. Cependant, seul le recours à une analyse approfondie et une lecture sous
jacente pourront éventuellement briser la rhétorique du mystère.

En amont, un monologue en « je » avec un départ qui en est au centre, cet événement


marquant dont les issues sont au coût fort.

Tout un dispositif grammatical est mis en place pour en faire ressortir les éléments qui font
état de cette tragique situation. La face cachée de ce type de discours sous-entend l’émotion
très vive de cette expédition. Un départ qui va les désavouer de leurs racines, supposant un
reniement de leur identité [ nous allons laisser derrière nous la tombe de nos ancêtres ; nous
allons laisser notre nom. ].
Des pensées chaotiques, s’entrechoquant avec un futur irréconciliable avec leur présent qui
deviendra bientôt un passé car ils auront tendu la main à la fatalité. Des pensées révélant une
nostalgie précoce qui s’installe déjà avant le départ et tue l'excitation.

[ nous ne reviendrons plus jamais] [ Nous ne boirons plus de thé. ] [ Nous n'achèterons plus
rien aux marchands de cette rue. ] [ nous laisserons derrière nous la tombe de nos ancêtres. ].

Une négation fortement prononcée, elle est tissée sur la négativité de l’avoir c’est-à-dire tout
ce qui caractérise le mode de vie de l’homme. Elle se présente sous forme d’une chaîne
d’implications : pas de biens, pas de passé, pas d’avenir, pas d’organisation sociale.
L’emphase de ce procédé révèle une force dans la résignation en dépit des déboires. Le
locuteur fait en sorte de désacraliser les lieux, d’accepter de se dépouiller de ses biens car au
loin surgit le « départ » qui va atténuer cette charge émotionnelle parce qu’il est l’unique
recours salvateur qui reste pour sa survavibilité. Abimé, il abandonnera tout, et tentera de
panser ses blessures invisibles. Il quittera un univers carcéral pour un univers inconnu certes,
mais qu’il n'appréhendera pas parce qu’il lui est étranger, inconnu.
En aval, nous avons le lieu d’origine qui est inconnu, lieu de destination non dit, aucun motif
avéré à ce départ. Alors pourquoi ? Toutes ces inconnues, est-ce pour tenir en haleine le
lecteur ou peut-être tout simplement dans l’exaltation du voyage, elles ont été omises ou
négligées parce que peu importantes, secondaires.
Ce qui en ressort, c’est cette nécessité impérative du changement. Malgré l’empiètement des
souvenirs sur cette frénésie du départ, malgré cet arrachement, n'y a-t-il pas au fin fond de la
pensée, confinés un retour au« bercail », un retour aux sources, dans une reconquête de
l’intégrité physique et surtout morale et cette aventure serait une forme de réparation, mieux
la réconciliation avec son passé, ses origines et avec soi-même. Un monologue sous le signe
de la reconquête par la quête, dynamisées par des sentiments paradoxaux, [ là où nous irons,
nous serons rien, des pauvres sans histoire. ].
Ce qui interpelle c’est le profil de cette errance, qui est dans la méconnaissance de la
destination un fait ahurissant dans cette dynamique du risque et périls. Une errance sous
l’écusson peut-être de la fatalité.

«l’errance » un thème à peine perceptible mais s’est doté d’une grande charge sémantique en
filigrane dans la phrase [ le reste de ma vie. ] .L’errance n’est-il pas ce combat pour être soi ?
Une transition asociale, où la transphobie est dans ce ressentiment du rejet de l’autre.
L’errance se redéfinit comme un marqueur d’exclusion poussant l’autre à être en proie à de
grandes souffrances, [ le reste de ma vie va se dérouler dans un lieu dont je ne sais rien ]. Une
errance qui s’entame puisqu'il y a déjà l’ignorance des codes du lieu. Il va s’insérer dans une
vie qui n’est pas sienne : [ un lieu que je ne connais pas ].
Une rude épreuve que de ne pas savoir où l’on va, une destination méconnue, gérée,
conditionnée par la destinée [ que je ne choisirai peut-être même pas ] un changement de vie
assujettie à l’errance, emplie de doutes et de remise en question.
Peut-être que cette ignorance est la démonstration de l’aguerrissement de cet homme ou tout
simplement veut elle souligner cette grande foi en la fatalité ?

L’errance se vie ou se subit ?


Dans ces exemples cités, ici l’errance se subit puisque va se vivre.
Le frère de Jamel, l’anonyme, la fatalise, car est confronté à une situation incongrue dans
laquelle il est bridé. Un voyage fantasmé qui va se transformer en aventure mieux en galère
car n’apporte ni réconfort ni apaisement et va être réduit au leurre. L’errance ici marque
immanquablement le dépaysement singulier car le narrateur se libèrera dans l’isolement total,
dans une autarcie morale, car cantonné dans un rituel qui lui est étranger.
Il sera perpétuellement confiné dans ses us et coutumes puisque sera dans l’impuissance de
s’en détacher ou de les afficher : un sevrage psychique .

Un long cheminement pour se réinsérer socialement, un combat de tous les jours pour
s’intégrer. L’errance sera la tribune de ses doutes. Il s’agrippera à la fatalité qui deviendra sa
sûre et sécurisante alliée afin de s’assumer et se sentir en adéquation avec l’errance. L’errance
désagrège l’individu car porte en elle le combat de l’inégalité, de la discrimination. Elle se
redéfinit dans la frontière de l’exclusion pour rendre compte d’une invisibilité négative
destructrice et déconstructive. Une longue quête identitaire vouée à la réhabilitation par
conséquent à un retour aux sources.

Toute la dynamique de ce monologue s’est mue dans l’inexpliqué, le mystérieux,


l’énigmatique, le paradoxal pour circonscrire le thème de l’errance qui a omis de dire
l’essentiel pour exhumer l’existentiel dans son essence vitale : la reconquête identitaire par un
retour aux sources.
Conclusion du chapitre II:
Ces discours se commentent plus qu’ils ne s'énoncent, et trouvent un champ commun à ces
situations réelles dans une prestation d’éveil de conscience, d’engagement et surtout de
combat perpétuel.

Des discours qui retranscrivent des propos tenus pour une mise en scène d’une autre instance
énonciatrice formulant une évocation, une prise de position, un ras-le-bol pour faire intervenir
d’autres données que leur contenu et prennent une autre dimension celle de la culpabilité, du
mea-culpa du commandant Piracci et de l’apathie, l'affadissement des migrants, Boubaker le
malien, de la résiliation comme chez « Jamel » le soudanais et de la sourde vengeance de la
femme.
Le discours intérieur du commandant Piracci est l’écho d’une idéologie résultant d’un
bourreau, d’un coupable qui quémande le repentir conséquent de sa profession. Le discours
ici inverse les axes paradigmatiques de deux situations qui n’auraient jamais dues se côtoyer.
Le débroussaillage rend la lecture plus laborieuse mais augmente les risques d’une
interprétation autre que celle voulue par le romancier mais nous tenterons d'en identifier les
objectifs qui seront le procès d’intention .

De tout cet amalgame grammatical n’en ressort-il pas des signes avant-coureurs de situations
socio-historique et psychologique dévoilant un état de comorbidité. La malchance est greffée
dans l'ADN de ces migrants car nés dans des contrées et pays ne se nourrissant que de
l’engouement du pouvoir et ne s’abreuvant que d'argent en laissant pour compte ces classes
pauvres survivant dans le dénuement total : ces hommes sont dans une détermination absolue
et démesurée et vont jusqu’à perdre leur identité pour une vie décente . Tout le récit se veut
être la force du changement coûte que coûte.

Ainsi tous ces paradigmes syntaxiques se sont associés pour tracer le parcours douloureux des
personnages principaux, des hommes extraordinaires sortant de l’ordinaire . Ces outils portent
la voix des migrants, de leur douleur, de leur amertume et surtout de leur détresse
incommensurable à laquelle on ne pourra jamais mettre un degré .

CONCLUSION
GÉNÉRALE

LA CONCLUSION GÉNÉRALE

Immigration clandestine, misère, détresse et volonté humaine sont les thèmes majeurs de
notre corpus. Entre l’horreur de la réalité et le pouvoir de la fiction, il n’est guère difficile de
mettre un grand L à la littérature de ce genre d’ouvrage, ce roman est porté par une plume
rythmée et efficace, la trame narrative attire le lecteur et par cette œuvre nous avons compris
combien la détresse de l’humanité est le terreau de l’écriture.
La littérature recourt à des moyens linguistiques pour narrer la vie, révéler ses défaillances,
ses forces et les événements qui nous greffent lors de notre vécu et c’est ainsi que l’écrivain
en s’inspirant de ce qui l’entoure, en puisant dans son passé va édifier une histoire puis
donner vie à des personnages par le biais d’un champ lexical.
Parmi les diverses littératures, nous avons opté pour la littérature de vulgarisation qui met en
avant l’engagement de l’auteur, dénonçant la déshumanisation de l’être et pointant du doigt
son égoïsme et que l’on appelle aussi littérature contemporaine d’avant-garde.

Les romans de cette envergure littéraire sont à la pointe des innovations et en rupture avec les
traditions pour mettre en avant une quête et trouver un exutoire à leur colère, leur révolte dans
une écriture de la modernité, sans tabou, sans crainte dont la principale fonction est de
désigner, conspuer, témoigner dans le but d’inciter à une prise de conscience et surtout de
faire réagir, bouger, changer les faits.
L’Eldorado raconte un vécu, celui des migrants c’est-à-dire que L.Gaudé est parti d’une
situation actuelle, précise et se réfère sans cesse à des événements réels. Pourtant, le livre
n’est ni un roman historique, ni un reportage romancé.
En effet, si l’histoire fournit non seulement le cadre mais aussi le contenu ou même le sujet
du roman, elle n’en livre pas tout le sens .

Sur un fond d’événements dans des situations réelles, l’auteur a su créer des personnages
romanesques et c’est dans leur conscience que se situe l’action véritable, celui du combat
pour les migrants et de l’engagement du combat pour le frontalier « Piracci ».
L’Eldorado se structure autour d’une suite de scènes chronométrées mais non datées
traduisant l’intensité de la durée atemporelle vécue par les personnages, mettant en relief leur
résistance face aux périples.

Un bras de fer souligné par l’alternance des scènes qui obéit à des lois d’opposition
rigoureuses définissant la structure du roman : opposition tragique entre deux univers : celui
des riverains et celui des migrants, entre le rejet des premiers et l’obstination des autres et le
passage d’une subjectivité à une autre évoquant le destin des personnages et leur périlleux
parcours.
En effet, comme le titre du roman l’indique, l’accent est moins mis sur les événements que sur
la manière dont ils ont vécus.
L'expérience que fait chacun des personnages, c'est celle de sa différence [ le parcours inversé
des personnages ] et de sa séparation avec autrui.
Le modèle de cette expérience est donné dés le début du roman : « Le commandant et la
femme » qui sont tous deux dans une affirmation absolue, révélant le sens que l’homme
donne à sa vie et qui dépend de la nature de ce rapport qu’il établit entre lui le monde et des
valeurs sur lesquelles il le fonde.
Comme on le voit, Eldorado est l’œuvre d’un humaniste, moraliste et non d’un écrivain
politique. C’est aussi l’œuvre d’un vrai romancier, dont le roman à travers lequel les
personnages sont tout à fait individualisés et vivants, décrits extérieurement « handicap » de
Boubakeur et psychologiquement comme celui du commandant, personnage atypique le plus
important, le plus séduisant et surtout le plus curieux.

L’écrivain l'a placé sur tous les tableaux de chasse : quêteur, conquérant, témoin, héros, héros
manqué . Il se révèle à la fois regard du migrant et regard de la société, il en est le pouls.
Modèle du quêteur conquérant, de bonne volonté qui connaît les vraies valeurs et s’engage
totalement pour les défendre mais dans la difficulté, il se réfugie dans la fuite.
C’est un héros qui s’ignore, un héros manqué. Il se sacrifie mais son acte ne donne pas à sa
vie le sens qui lui manquait et ne rompt pas sa solitude parce que c’est un acte individuel avec
lequel il mourut.
Il est aussi un véritable héros car a su se lier à un groupe social autre que le sien pour lequel il
s’est engagé jusqu’à en mourir dans la défense d’une cause qui le dépasse : sa mort, il la fait
sienne, il la charge de sens.
Toute l’œuvre fait exister avec intensité gestes, paroles, bruits, odeurs, objets dans cette
attention scrupuleuse et passionnée que L.Gaudé porte à l’humanité.
Une écriture visuelle qui nous permet de voyager, de découvrir « l’Eldorado » mais en même
temps nous incite à fédérer toute la planète, l’univers, les pays, les sociétés et chaque individu
pour réfuter cette déshumanisation inscrite dans un récent phénomène qui perdure nommé
« Immigration » .
C’est à travers des figures inconstantes de style, que se dessinent des péripéties tragiques d’où
émerge de fortes émotions à l’image de ce que nous vivons .
A travers ce récit, le lecteur plonge dans la cruelle réalité de l’émigration clandestine et
ressent leurs espoirs perdus ce qui développe en lui un sentiment de compassion et
d’humanité parfois de culpabilité.

« La vie et la mort servent à quelque chose » à priori, mais même si la vie de ces migrants
n’eut servi à rien, à fortiori que leur mort serve à quelque chose …. .
Voila cette leçon de vie que nous prodigue Laurent Gaudé dans son combat d’exercice
culturel et humain.
Ce livre n’est pas uniquement un témoin de l’histoire mais surtout un passeur de mémoire
pour un bout de l’histoire.
A l’image de L’Eldorado dans Candide de Voltaire la lecture de ce roman nous convie à nous
demander en quoi ce récit de dénonciation émouvant et réaliste a-t-il pour vocation
d’interroger le lecteur face à ce scandale et l’amener à participer aux changements.

Un roman engagé peint au couteau, impossible de poser ce livre tant la beauté de l’écriture et
de ce qu’elle décrit, touche, révolte et interroge.
TABLE DES MATIÈRES

TABLE DES MATIÈRES

Remerciements ………………………………………………………………………………..4.

Avant-propos …………………………………………………………………………...……..8.
Sommaire ……………………………………………………………………………………..9.
Introduction générale ………………………………………………………………………..10.

❖ La problématique : …………………………………………………………………10.
- Le pourquoi de la migration clandestine ?
- Le comment de cette apparition ?
- Quel caractère revêt-elle ?
- Est-ce un trend passager ou une tendance de fond ?
- Qui la cautionne ?
❖ Hypothèses : …………………………………………………………………………14.
- Est-ce le fait d’un système des dirigeants politiques ?
- Est-elle due aux guerres ? Au terrorisme ?
- Ou simplement fait référence à un état psychologique enclenché par
une détresse morale ?

❖ La visée de l’auteur ………………………………………………………………….16.


❖ Les propositions suggérées …………………………………………………………17.
❖ Les motivations ……………………………………………………………………...18.

Chapitre I : TYPOLOGIE GÉNÉRALE DE L’ÉCRIVAIN ET DISCOURS LITTÉRAIRE


EN PRISE AVEC LA MONDIALISATION ……………………………………………….21.

❖ Biographie de l’auteur
……………………………………………………………….21.

❖ Résumé du roman
…………………………………………………………………....24.

❖ Paratexte :
…………………………………………………………………………....27.

- Le péritexte
- L'épitexte
- L’épigraphe
- Composition du livre de poche
❖ Genre littéraire ………………………………………………………………………29.
❖ Analyse thématique de LA CRISE MIGRATOIRE A LA QUÊTE IDENTITAIRE 30.

❖ La réception critique ……………………………………………………………...…31.


Conclusion du Chapitre I …………………………………………………………………...34.

ChapitreII : LA NOTION D’ELDORADO ET PARATOPIE LITTÉRAIRE ………..38.


❖ Vers une analyse du titre : ……………………………………………………………38.
- Forme et fond
❖ L’incipit ………………………………………………………………………………38.
❖ Les personnages : STATUT DES PERSONNAGES ET REGARDS EXOTIQUES 39.

- Étude analytique
- Schéma actanciel commenté
- Point de vue ou focalisation
❖ TEMPORALITÉ DU RÉCIT ENTRE CONSTRUCTION A REBOURS ET
CONSTRUCTION AVEC ENCHÂSSEMENT ………...…………………………...45.

❖ Unités d’espace, de temps et d’action ………………………………………………..49.


❖ Structure THÉÂTRALE DU RÉCIT ENTRE DIALOGUE ET MONOLOGUE …...53.

• L’écriture.
• Registre de langue.
• L’aspect du roman :
- Didactique ? Polémique ?
- Réaliste ? Dramatique ?
• Figures de style ou rhétorique :
- Figures d’analogie et de substitution
- Figures d’amplification, d’atténuation et d’insistance
❖ Grammaire textuelle : ………………………………………………………………...61.
• la phrase simple
• la négation
• l'expansion par la répétition syntaxique

• l’adjectif qualificatif
• le type de discours
❖ Conclusion du chapitre II …………………………………………………………….80.
Conclusion générale ...…………………………………………..………………………..82.

Table des matières …………………………………………………………………………..86.


Bibliographie ………………………………………………………………………………...89.
BIBLIOGRAPHIE

BIBLIOGRAPHIE

ROMAN
ELDORADO, Laurent Gaudé,
OUVRAGES THÉORIQUES

BAKHTINE, Mikhaïl (1984). Esthétique de la création verbale. Paris : Gallimard.

BOSCHET, Adrien & GUÉGAN, Jean-Baptiste (2017). Comprendre les migrations : Approches
géographique et géopolitique. Clamecy : Bréal.

BOURDIEU, Pierre (1993). « L’espace des points de vue » in Pierre Bourdieu (éd.). La Misère
du monde. Paris : Éditions du Seuil, pp. 13-17.

BRUNO BLANCKEMAN ET JEAN CHRISTOPHE MILLOIS. Le roman français


aujourd’hui. Transformations, perceptions, mythologie.

Umberto Eco, Lector in fabula ou la Coopération interprétative dans les textes narratifs,
Paris, Grasset, 1985 [1979].

JOUVE, Vincent. L’effet personnage dans le roman .


o
LAHLOU, Yasmina (2015). « Migrations : Le cimetière marin », Francophonie du Sud, n 36
(septembre - octobre 2015), pp. 2-3.

LE BRAS, Hervé (2017). L’Âge des migrations. Paris : Éditions Autrement.

Jouve, Vincent, « Le corps du roman : Les structures narratives », dans La poétique du roman,
Paris, Armand Colin, 2001, p. 23-37.

Reuter, Yves, « La narration. Le temps », dans Introduction à l’analyse du roman, Paris,


Dunod, 1996, p. 79-85.

John Searle, « Le statut logique du discours de la fiction », dans Sens et expression, Paris, Les
éditions de minuit, 1982, p. 101-119.
ROMAN DE PIERRE CHARTIER. Introduction aux grandes théories du roman.

Sayad, A. (1999). La Double absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de


l’immigré, préface de Pierre Bourdieu. Paris : Seuil

WEBOGRAPHIE
- LA NOTION D’ELDORADO DANS LE ROMAN DE LAURENT GAUDÉ
https://jyx.jyu.fi/bitstream/handle/123456789/49980/1/URN%3ANBN%3Afi%3Ajyu-
201605302762.PDF
- Les catégories du récit littéraire Tzvetan
Todorovhttps://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_1966_num_8_1_1120
- https://www.fabula.org/atelier.php?
Polyphonisme%2C_de_Bakhtine_%26agrave%3B_Ricoeur

- HTTPS://FR.WIKIPEDIA.ORG/WIKI/LAURENT_GAUD%C3%A9