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POLITIQUE

MONETAIRE

SUPPORT DE COURS LICENCE 3: SCIENCES ECONOMIQUES

Dr. DIABATE VASSIAFA

ABIDJAN – 2019-2020
Introduction

I. DEFINITIONS ET REFERENCE THEORIQUE DE LA POLITIQUE


MONETAIRE
1. Définition de la politique monétaire
2. La politique monétaire classique
3. La politique monétaire keynésienne
4. La politique monétaire monétariste
5. De l’orthodoxie monétariste à l’indépendance des Banques Centrales
II. OBJECTIFS DE LA POLITIQUE MONETAIRE
III. INSTRUMENTS DE POLITIQUE MONETAIRE ET EFFICACITE
1. Les instruments de la politique monétaire
1.1. Les instruments directs (instruments quantitatifs):
1.2. Les instrument indirects
2. Condition d’efficacité de la politique monétaire et instruments de la
politique monétaire de la BCEAO
2.1. Condition d’efficacité de la politique monétaire
2.2. Les instruments de la BCEAO
3. Taux directeurs et variables économiques
4. Mise en oeuvre de la politique monétaire
III. CANAUX DE TRANSMISSION DE LA POLITIQUE MONETAIRE
1. Le canal du taux d’intérêt ou canal monétaire
1.1. Effet sur la consommation et l’épargne
1.2. Effet sur l’investissement
2. Le canal du crédit
3. Le canal des prix d’autres actifs : le canal du taux de change
IV. POLITIQUES MONETAIRES ET CRISE FINANCIERE
1. Effet des politiques monétaire de rigueur sur les crises financières
2. Cas de la crise financière de 2008-2010
2.1. Les causes de la crise
2.2. Les conséquences économiques de la crise
2.3. Les réponses à la crise
2.3.1. Les réponses d’urgence
2.3.2. La politique dite du « quantitative easing (QE) »
ou « assouplissement quantitatif »
2.3.3. Le cas de quelques banques centrales
2.3.4. Les risques liés aux politiques QE
2.4. Des reformes structurelles pour le long terme
3. Mise en perspective historique de la crise
2
Introduction

Donner une idée générale sur la politique économique s’impose avant d'évoquer la
politique monétaire.

Selon Keynes, la politique économique est l’ensemble d’intervention de l’état


tendant à orienter ou à infléchir l’activité économique. Une politique économique
se définit par ses objectifs : promouvoir une économie de puissance ou au contraire
une économie de bien être.

A long terme, la politique économique se réalise par l'action sur les structures, et à
court terme par l'action sur la conjoncture. Sa réalisation nécessite un certain
nombre de moyens qui sont eux-mêmes sous forme de politique, on distingue : la
politique monétaire, la politique fiscale, la politique douanière et commerciale, la
politique des revenus, la politique de la concurrence et des prix, la politique de
l'emploi, la politique démographique, la politique de l'innovation et de la
productivité, la politique de logement, la politique agricole...

Nous constatons que la politique monétaire est un élément parmi d'autre qui
composent la politique économique.

L’objet de ce cours est de présenter l’effet des politiques monétaires sur l’activité
économique. Pour ce faire, nous analyserons successivement, les fondements
théoriques relatives à la politique monétaire, les objectifs, les instruments et
l’efficacité des politiques monétaires, les canaux de transmission à l’activité
économique et les réponses des banques centrales (via les politiques monétaires) à
la crise financière de 2008-2010.

I. DEFINITIONS ET REFERENCE THEORIQUE DE LA POLITIQUE


MONETAIRE
1. Définition de la politique monétaire

La politique monétaire consiste à fournir les liquidités nécessaires au bon


fonctionnement et à la croissance de l'économie, tout en veillant à la stabilité de la
monnaie. La quantité de monnaie mise en circulation dans une économie donnée
ne doit pas être trop faible, au point où les agents économiques seront obligés de
limiter leurs activités économiques: En terme de consommation, production et
investissement,.... La politique monétaire ne doit donc pas non plus être trop
restrictive, afin de ne pas favoriser la déflation, qui incite au report des achats, et
entraîne donc une baisse de la consommation, un ralentissement de la croissance et
une hausse du chômage. L'inverse est vérifié, en d'autres termes cette quantité de
monnaie ne doit pas être abondante au point de donner aux agents économiques un
3
pouvoir d'achat bien supérieur à la quantité des biens et services disponibles, ce qui
provoque une situation inflationniste (hausse des prix). Autrement dit, si la
politique monétaire est trop « accommodante », le danger est celui d’une inflation
trop forte, néfaste pour l’ensemble de l’économie : une inflation excessive entraîne
à terme une baisse de la valeur de la monnaie (avec la même somme d’argent, on
peut acquérir moins de biens et de services) et complique les anticipations de prix
et les décisions d’investissement et d’achat. De plus, cela déséquilibre les
répartitions de richesse entre emprunteurs et épargnants.

La politique monétaire est un ensemble d'actions délibérées des autorités


monétaires (banque centrale et trésor public) sur la masse monétaire en vue de la
régulation de l'économie à court et à moyen terme.

La politique monétaire vise à adapter la masse monétaire et le coût du crédit à un


ensemble d'objectifs économiques.

Il n’y a cependant pas de politique monétaire sans un débat théorique sur le rôle de
la monnaie (monnaie passive ou monnaie active). C’est ce débat qui a alimenté les
réflexions sur la politique monétaire contemporaine.

2. La politique monétaire classique

Pour les économistes classiques, les phénomènes monétaires n’ont pas d’incidence
sur les conditions de l’échange. La monnaie est un voile, « les produits s’échangent
contre des produits » (Jean-Baptiste Say, 1803). Cette approche a été formalisée
par Irving Fisher sous la forme de la théorie quantitative de la monnaie (TQM).

Mv = P T

M : Masse monétaire,
V : vitesse de circulation de la monnaie
P : Niveau général des prix,
T (noté souvent Y) : transactions économiques (production) ou le revenu réel, ou
quantités échangées

• Au cours d'un laps de temps donné, chaque unité monétaire peut être
échangée au cours de plusieurs transactions.
• La vitesse de circulation de la monnaie V n'est pas la même selon l'agrégat
choisi pour mesurer la masse monétaire.
• La vitesse de circulation de la monnaie V n'est pas la même selon l'intervalle
de temps retenu, celui-ci déterminant le flux T .

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Cette équation souligne que toute augmentation de la masse monétaire qui ne serait
pas issue d’une hausse des transactions économiques, se traduirait essentiellement
par de l’inflation. Autrement dit, Si la vitesse de circulation de la monnaie V est
constante, toute variation de la masse monétaire se répercute sur le PIB en valeur
(revenu nominal), P x T. Réciproquement, il est possible de lutter contre l’inflation
en restreignant la quantité de monnaie en circulation, sans générer de conséquences
sur le niveau réel de la production.

Toute fois, deux cas sont à prevoir dans le cadre du partage prix-quantité :

1- Le long terme (ajustement des prix total) ou cas classique; A long terme, une
variation de la quantité de monnaie en circulation affecte les prix, pas le revenu. Il
y a neutralité monétaire.

2- Le court terme (absence d'ajustement des prix) ou cas keynésien; A court terme,
une variation de la quantité de monnaie en circulation affecte le revenu, pas les
prix.

3. La politique monétaire keynésienne

A la suite de la crise de 1929, John Maynard Keynes dénonce les postulats de la


théorie classique en insistant sur les quatre points suivants :

- La monnaie peut être désirée pour elle-même. A côté du motif de transaction, il


existe une demande de monnaie de spéculation et de précaution. Keynes introduit
ce qu’il appelle la «préférence pour la liquidité ».

- Les prix sont fixes à court terme

- L’offre ne crée par la demande, il convient de stimuler la demande effective


(anticipée) pour que la demande globale soit égale à l’offre globale.

Pour les keynesiens, la politique monétaire se présente comme une politique active
d’utilisation de l’instrument monétaire dans le but de favoriser la croissance
économique et de lutter contre le chômage. Elle a également pour mission de
corriger les déséquilibres extérieurs.

La politique monétaire keynésienne se fixe comme objectif final l'arbitrage entre


inflation et chômage et retient comme objectif intermédiaire les taux d'intérêt :
lorsque l'économie est en surchauffe, une politique monétaire restrictive, en
augmentant le taux d'intérêt, permet de combattre les tensions inflationnistes. À
l'inverse, en période de hausse du chômage, une politique monétaire
expansionniste avec une diminution des taux d'intérêt doit permettre de relancer
5
l'activité et l'investissement.

Keynes montre qu’une politique monétaire peut s’avérer indispensable pour


parvenir au plein emploi. Dans une situation de sous-emploi, il convient d’accroître
la quantité de monnaie en circulation, pour que les taux d’intérêt baissent et que
l’investissement augmente jusqu’à ce que le plein emploi soit réalisé. Notons que
la baisse des taux d’intérêt n’est pas préjudiciable à l’épargne étant donné que
celle-ci dépend du revenu (et non du marché des fonds prêtables).

La politique monétaire peut cependant être inefficace, dès lors que la baisse du
taux d’intérêt a dépassé un certain seuil. La préférence pour la liquidité devient
absolue et la hausse de la quantité de monnaie en circulation ne se traduit plus par
une baisse des taux d’intérêt. Cette situation est plus connue sous le nom de
«Trappe à liquidités ».

La théorie keynésienne de la politique monétaire se base sur l'hypothèse que la


monnaie à court terme n'est pas neutre. Pour Keynes et ses disciples la politique
monétaire est un instrument de politique conjoncturelle. On parle à ce propos de
«policy mix ».

La théorie keynésienne a inspiré les politiques économiques des pays occidentaux


au lendemain de la seconde guerre mondiale jusqu’à ce que la crise économique
des années 70 (deux chocs pétroliers, 1973-1974, 1979), marquée par la
conjonction de l’inflation et du chômage, entraîne un retour des thèses libérales, les
pratiques monétaristes.

4. La politique monétaire monétariste

En réaction à la théorie keynésienne et à la montée de l’inflation dans les années


70, les monétaristes, en la personne de Milton Friedman, chercheront à réhabiliter
la théorie quantitative de la monnaie.

Selon les monétariste (Milton Friedman (1912-2006) est le chef de file), la


politique monétaire est plutôt passive. Elle vise avant tout à combattre l’inflation et
non pas à relancer l’activité économique. Le mal est donc l'inflation qu’ils
présentent comme un phénomène d'origine monétaire.

Selon les monétaristes, si l’on essaie de faire descendre le taux de chômage au


dessous d’un seuil critique (5% de la population), qu’ils appellent taux naturel, et
qu’on le maintient dans cette position, il y aura une croissance continuelle de

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l’inflation (Friedman, 1968, 1977; Edmund Phelps, 1968)1. Selon cette thèse, les
banquiers centraux n’avaient pas à effectuer d’arbitrage entre chômage et inflation.
Leur tâche consistait simplement à maintenir le chômage à son niveau naturel.

Le meilleur moyen de lutter contre l'inflation consiste à agir sur la création


monétaire. Il convient de mesurer et de contrôler un agrégat monétaire, et de se
tenir à un comportement prédéfini, prévisible. Ainsi, la masse monétaire doit
progresser au même rythme que la production (ceci renvoie à la neutralité de la
monnaie) et la politique monétaire ne doit pas servir à relancer la croissance.

En effet, partant de la courbe de Phillips, qui montre une relation empirique inverse
entre le taux de chômage et le taux d’inflation, Edmund Phelps -1967) et Milton
Friedman (1968) ont montré, sur la base d’arguments théoriques, que cette courbe
ne fonctionnait qu’à court terme et qu’il n’y avait pas d’arbitrage possible à long
terme. Ils sont arrivés à cette conclusion en mettant en évidence le rôle des
anticipations. En cas de hausse de salaire, les agents économiques pensent d’abord
qu’ils bénéficient d’une augmentation de leur pouvoir d’achat, ils se mettent ainsi à
consommer davantage. Par la suite, ils se rendent compte que les prix ont
augmenté et qu’ils ont été victimes d’une illusion monétaire à la suite à une
politique monétaire expansionniste (hausse de la quantité de monnaie en
circulation). Friedman considère ainsi que les agents font des erreurs d’anticipation
qu’ils ne corrigent que progressivement : on parle d’anticipations adaptatives.

Les agents économiques vont recalibrer leurs dépenses de consommation sur leur
revenu réel permanent et non sur le revenu courant. Dès lors, l’effet de la dépense
sur l’activité économique est aussi éphémère que l’illusion monétaire (si bien que
le taux de chômage rejoint rapidement son niveau naturel tandis que l’inflation, en
revanche, augmente de manière importante).

Traduite graphiquement, cette différence entre le court et le long terme signifie que
si la courbe de Phillips2 présente une pente négative à court terme, elle devient
verticale à moyen-long terme. On retrouve là un grand enseignement monétariste.

1
Un chômage naturel en economie considère que 5% de la ppulation est au chômage. En effet si le taux de chômage
est supérieur, c’est mauvais pour l’économie car les personnes enclines à consommer diminuent. De même, un taux
de chômage sous la barre des 5% favorise l’inflation. A ce moment-là, le marche du travail sera tellement sérré que
les salaires subiront des pressions à la hausse.
2
La courbe de Phillips est une courbe illustrant une relation empirique négative (c'est-à-dire décroissante) entre le
taux de chômage et l'inflation ou taux de croissance des salaires nominaux. Autrement dit une relation entre le
chômage et la variation des salaires nominaux; or l'augmentation des salaires nominaux est source d'inflation, car
elle accroît les coûts de production des entreprises et celles-ci se voient alors contraintes de rehausser leurs prix afin
de restaurer leur marge bénéficiaire.
Cette relation s'explique par le fait qu'au-delà d'un certain niveau de chômage, les salariés ne sont plus en position de
force pour exiger une hausse de salaire ; le partage des gains de productivité s'effectue alors en faveur de
l'entreprise. Donc, les salariés ont plus de pouvoir quand il y a un faible taux de chômage.
7
L'inflation et le chômage ont des déterminants totalement différents . L'inflation est
un phénomène monétaire ; à l'inverse, le chômage résulte de déterminants réels,
comme par exemple le niveau des salaires réels, l'efficacité du processus de
recherche sur le marché du travail, l'inadéquation qualitative entre l'offre et la
demande de travail, etc. Sur le long terme, une expansion monétaire ne modifie en
rien ces déterminants réels.

L'interprétation de Phelps et de Friedman fait de la courbe de Phillips un


phénomène essentiellement transitoire lié à une situation de déséquilibre, ellemême
liée à une erreur d'anticipation. Milton Friedman note que si les gouvernements
persistent à promouvoir une inflation élevée, les agents économiques vont ajuster
leurs anticipations d’inflation à la hausse et réclamaient des hausses de salaire en
conséquence. Ainsi l’anticipation de l’inflation accroît les revendications sociales
et oblige les entreprises à maintenir les salaires réels en augmentant les salaires
nominaux. Dans ces conditions, l’inflation ne peut qu’augmenter et l’effet sur
l’activité et le chômage disparaît totalement.

Pour mettre un terme à ce cercle vicieux, Milton Friedman propose l’abandon des
politiques monétaires expansionnistes au profit de règles fixes. Il suggère de
déterminer un objectif de croissance pour la masse monétaire compatible avec le
taux de croissance moyen de la production afin de garantir la stabilité des prix à
long terme. Dès lors, si la croissance excède son rythme potentiel structurel, l’offre
de monnaie devient insuffisante et les taux d’intérêts augmentent, ce qui freine la
croissance et évite une surchauffe inflationniste. De la même manière, une baisse
des taux viendrait soutenir l’activité si la croissance se trouvait inférieure à son
potentiel de long terme.

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Les monétaristes défendent quelques principes que nous pouvons résumer par les
points suivants :

1°) l’offre de monnaie est déterminée par la banque centrale (elle est donc exogène
au système économique). Les banques centrales doivent rester indépendantes des
états;

2°) la demande de monnaie est stable ;

3°) l’inflation est toujours un phénomène monétaire. Cela signifie qu’une


augmentation trop rapide de la masse monétaire augmente les moyens de paiement
qui sont mis en circulation et donc favorise la hausse des prix, l’inflation. La lutte
contre l’inflation doit primer la lutte contre le chômage ;

4°) Il existe un taux de chômage en-dessous duquel on ne peut pas descendre ;

5°) les politiques conjoncturelles de relance ou de rigueur sont inutiles et il

préconise des règles de croissance fixe pour la masse monétaire. Il suppose que les
agents économiques s’adaptent en fonction des situations.

5. De l’orthodoxie monétariste à l’indépendance des Banques


Centrales

A la suite des travaux des monétaristes, on s’est aperçu que la crédibilité des
décisions de politique monétaire prenait une importance cruciale dans la lutte
contre l’inflation, dont elle constitue l’unique objectif. La transparence et
l’indépendance des banques centrales ont dès lors été jugées indispensables pour
asseoir les bases de l’Ecole monétariste.

De ce fait, l’indépendance dont ont profité la FED, puis la Bundesbank (après la


seconde guerre mondiale) a été accordée à la plupart des banques centrales sous le
motif de les éloigner des pressions du pouvoir politique, susceptible d’utiliser
l’instrument monétaire à des fins de relance conjoncturelle.

De même, la lutte contre l’inflation est devenue, sinon le seul, du moins le premier
objectif :
-de la Banque Centrale Européenne,
- des banques centrales ayant accédé à l’indépendance
- dans le cas de la FED, cet objectif peut cependant entrer en concurrence directe
avec le soutien à la croissance.

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II. OBJECTIFS DE LA POLITIQUE MONETAIRE

Les objectifs de la politique monétaire ne sont pas seulement d'agir sur la masse
monétaire, mais aussi sur les agrégats monétaires. En effet, les objectifs de la
politique monétaire s'effectuent en fonction des objectifs économiques (la
croissance economique) et des objectifs monétaires (la stabilité interne de la
monnaie).

Les objectifs économiques d'une politique monétaire s'arrêtent en tenant compte


des conjonctures économiques qui sont:

La lutte contre l'inflation: Il s'agit de jouer sur le rythme des prix intérieurs de
tous les biens et services.
L'absorption du déficit extérieur: Il s'agit principalement de :
- Développer les exportations et limiter les importations de manière à dégager un
solde positif;
-Réduire le niveau de l'endettement extérieur global par la modération de la
demande intérieure.

Les objectifs monétaires: Si la théorie quantitative et les autorités monétaires


s’attachent à atteindre un objectif final, libellé en termes d’inflation, il existe
plusieurs objectifs intermédiaires. Il s’agit notamment de contrôler la croissance de
la masse monétaire, les taux d’intérêt et le taux de change. Les objectifs monétaires
d'une politique monétaire consistent à jouer sur trois facteurs qui sont:

- La croissance de la masse monétaire. C'est la banque centrale qui se charge de la


surveillance de la masse monétaire. Tout changement de la quantité de la monnaie
créée peut influencer le taux de croissance du niveau réel des prix. En effet, la
croissance de la quantité de monnaie en circulation doit correspondre à celui de la
croissance économique. Ceci signifie que cet objectif doit porter sur les différents
agrégats monétaires (M1, M2,M3,...), c'est-à-dire les indicateurs de la masse
monétaire en circulation.

La fixation des limites à la progression annuelle des agrégations monétaires permet


d’éviter des risques de tension sur les prix et d’indiquer aux agents économiques
les principaux choix qu’il convient d’effectuer en matière monétaire. La stratégie
de la banque centrale consiste à surveiller l’évolution de M3.

M1 : monnaie au sens strict de moyen de paiement (billets, pièces et dépôts à vue)

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M2 : M1 + dépôts à terme jusque 2 ans et les dépôts assortis d’un préavis de
remboursement inférieur ou égal à 3 mois (Codevi, livrets A et bleu, compte
épargne logement en France)

M3 : M2 + les instruments négociables sur le marché monétaire émis par les


institutions financières monétaires (IFM) et qui représentent des avoirs dont le
degré de liquidité est élevé avec peu de risque de perte de capital en cas de
liquidation (OPCVMmonétaires, certificats de dépôts)

M4 : M3 + les bons du trésor, les billets de trésorerie et les bons à moyen terme
émis par les sociétés financières.

EIT : il est encore possible de surveiller un agrégat de financement (Endettement


intérieur total).

Différents éléments altèrent cependant la pertinence de la masse monétaire comme


indicateur de la politique monétaire :

-La vitesse de circulation de la monnaie n’est pas constante, si bien que la relation
entre quantité de monnaie, prix et transactions économiques est difficile à
anticiper.

- La croissance des financements désintermédiés, c’est-à-dire obtenus via le


marché financier et non le crédit bancaire, rend la masse monétaire moins
pertinente.

Un nombre croissant de banques centrales ont ainsi décidé d’abandonner la


stratégie de maîtrise des agrégats et de se tourner vers des objectifs intermédiaires,
il s’agit des taux d’intérêt et des taux de change.

- Les taux d'intérêt. Ceux sont des instruments qui permettent à la Banque Centrale
d’agir directement sur les comportements des agents économiques : la création de
monnaie des banques de second rang, l’investissement des entreprises, l’épargne
des ménages et sa structure (actifs financiers et actifs monétaires). Les autorités
monétaires envisagent de fixer le taux d'intérêt selon les mécanismes du marché
(loi de l'offre et de la demande). En fixant le taux d'intérêt les autorités monétaires
doivent tenir compte de la réalité économique du pays (surtout du taux d'inflation).

- Le taux de change. L’objectif habituel assigné aux autorités monétaires est la


stabilité monétaire, or cette dernière recouvre deux choses : la valeur interne de la
monnaie (inflation) et la valeur externe de la monnaie (taux de change). La gestion
de la valeur externe de la monnaie ne peut être séparée de la gestion interne. En
théorie, une Banque Centrale peut orienter le taux de change de la monnaie de
11
deux façons: directement sur le marché des changes en utilisant les réserves
monétaires, indirectement par la fixation de ses taux directeurs, qui ont une
influence sur le cours de la monnaie.

Taux de change et transactions internationales (1.Prix domestiques et


etrangers ; 2. taux de change et prix relatifs- VOIR FICHE DE COURS)
Le taux de change correspond au prix d’une monnaie exprimée dans une
autre monnaie. C’est le prix relatif entre deux monnaies. Les prix des biens
et services sont détermines par l’interaction des vendeurs et des acheteurs ;
De la même façon, les taux de change résultent de l’interaction des
ménages, des entreprises et des institutions financières qui vendent et
achètent des monnaies sur le marché des changes international.Le taux de
change peut etre cote3 de deux facons :
- Cotation au certain (ou en termes indirects ou encore a l’europeenne) :
c’est le prix en monnaie étrangère d’une unité monétaire domestique ;
- Cotation a l’incertain (ou en termes directs ou encore a l’americaine) :
c’est le prix en monnaie domestique d’une unité monétaire étrangère.
Avant l’avènement de l’euro, pratiquement tous les pays cotaient leur
monnaie à l’incertain, à l’exception de la Grande-Bretagne et de certaines
anciennes colonies de l’Empire britannique. Depuis 1999, les pays de la
zone euro cotent egalement au certain.
Les prix relatifsdes monnaies sont presentés chaque jour dans les pages
financieres des journaux. Le tableaux 14.1 (voir fiche de cours) présente les taux
de changes (cotation au certain) de l’euro par rapport au principales monnaies
etrangeres, au 14 novembre 2014, tels qu’ils apparaissent dans la presse de
lendemain.
Dans la partie gauche du tableau, la premiere colonne presente les taux de change
de reference de la BCE. Ces taux reposent sur une procedure de concertation
quotidienne entre banques centrales (qui a lieu normalement a 14h15, heure de
Francfort) au sein du Systeme europeen de banque centrales (SEBC) et hors du
SEBC. Le 14 novembre 2014, le taux de change de reference EURO/USD est de 1
euro pour 1,2436 dollar americain, le taux de change de reference EURO/GBP est
de 1 euro pour 0,7991 livre sterling, etc.
Le 14 novembre 2014, on pouvais acheter sur le marche de changes 1 euro au
comptant contre 1,2520 dollar (au cours vendeur du marché) ou vendre 1 euro
contre 1,2518 (au cours acheteur du marché).
SUITE VOIR FICHE DE COURS

3
Une cotation est une détermination du prix auquel les transactions se font sur un marché.
12
En effet, un pays peut apprécier sa monnaie pour bénéficier d'une désinflation
importée par la baisse des prix de ses importations. Cependant l'objectif principal
reste la stabilité des prix. Un pays peut aussi déprécier sa monnaie pour relancer
ses exportations.
Par ailleurs, dans l’espace de l’Union Economique et Monetaire Ouest-Africaine
(UEMOA), conformement à l’article 8 des statuts de la Banque Centrale des Etats
de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), l’objectif prioritaire de la politique monétaire
de la BCEAO est d’assurer la stabilité des prix.4 Sans préjudice de cet objectif, les
autorités monétaires de l’union affirme que la Banque Centrale apporte son soutien
aux politiques économiques de l’UEMOA, en vue d’une croissance saine et
durable.

III. INSTRUMENTS DE POLITIQUE MONETAIRE ET EFFICACITE

Il s’agit ici de présenter les instruments de la politique monétaire et les conditions


d’efficacité des politiques monétaires.
1. Les instruments de la politique monétaire

Les autorités monétaires disposent d’un ensemble d’instruments pour réguler la


quantité de monnaie disponible dans l’économie d'une manière rationnelle. Ces
instruments sont de deux (02) types:

1.1. Les instruments directs (instruments quantitatifs):

Les instruments directs de la politique monétaire sont des instruments qui


consistent à déterminer le plafond du montant du crédit (l'encadrement du crédit),
ainsi que les secteurs privilégiés pour ces crédits (sélectivité des crédits).

L'encadrement des crédits: L'encadrement des crédits est une mesure


institutionnelle et administrative de contrôle directe de la distribution des crédits
par la banque. Cet instrument consiste à limiter, par voie règlementaire, la
progression des crédits distribués par les banques (il s'agit de déterminer le plafond
des crédits à ne pas dépasser).
La réglementation en question est mise en place par l’Etat de façon à suivre le taux
de croissance et en tenant compte des dépenses publiques, ainsi que de la balance
des paiements des années précédentes.
Cette limite aux crédits accordés par les banques peut être sous forme d'une norme,
ou d'un pourcentage.

4
Objectifs de la Politique Monétaire. Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest. URL:
https://www.bceao.int/fr/content/objectifs-de-la-politique-monetaire [04.04.2020]
13
Les autorités monétaires sanctionnent chaque banque ou établissement de crédit
qui ne respecte pas cette limite.
L'encadrement de crédit ne concerne que les crédits internes, mais il n'a pas
d'influence sur les crédits venant de l'extérieur (ce sont des crédits non encadrés).

La sélectivité des crédits : La sélectivité des crédits est un instrument qui consiste à
soumettre à certains crédits un régime particulier selon leur nature, leur objet et
leur finalité. En effet, l'état dans sa politique économique peut orienter les crédits
bancaires vers un / ou des secteurs prioritaires selon les objectifs des réformes
économiques tracées à l'avance.

1.2. Les instrument indirects

Ce type d'instrument regroupe toutes les interventions des autorités monétaires


dans le domaine de la liquidité bancaire, en d'autres termes il s'agit du rôle que joue
la banque centrale dans l'équilibrage de liquidité bancaire. Donc, il y'a lieu d'agir
sur l'offre de la monnaie. A ce niveau, un certain nombre d'instruments peuvent se
distinguer :
Les instruments sur la liquidité bancaire: Dans ce cas l'action sur la liquidité
bancaire concerne:
- Le refinancement des banques ordinaires auprès de la banque centrale:
Le refinancement des banques est considéré comme l'une des principales
formes du contrôle monétaire. En effet, la banque centrale utilise un
certain nombre d'instruments monétaires, dont les principaux sont : Le
Réescompte, Les pensions de titres, l'Open Market.
A- Le réescompte : C’est le plus ancien de la régulation monétaire, il met
en relation la banque centrale et les banques ordinaires. La politique du
réescompte est une opération qui consiste, pour une banque centrale, à
acheter un effet avant son échéance à une banque ou à un organisme
financier qui l'a déjà escompté, en remettant le montant de la créance,
déduction faite du taux d'escompte officiel, appelé taux de réescompte et
fixé par la banque centrale. Le réescompte est l'opération par laquelle une
banque centrale escompte des effets (traite, lettre de change, billet à
ordre) présentés par une banque ordinaire et déjà escomptés par celle-ci.
Le mécanisme de réescompte reproduit à peu près, entre la banque
centrale et une banque ordinaire, le schéma de l’escompte mettant en
relation la banque et son client.
Il s’agit donc pour la banque de se fournir en liquidités en précédant à la
cession d'effets qu'elle détient à une banque centrale. Autrement dit, le
réescompte est utilisé par les banques pour se refournir en liquidités
14
auprès de la banque centrale et pourvoir ainsi, à leur refinancement. C’est
un refinancement contrôlé des banques auprès de la banque centrale.
Etant considéré comme rigide, la politique de réescompte a été
abandonnée par la plupart des pays et remplacée par un système de mise
en pension. Le refinancement désigne des opérations effectuées par les
banques qui ont un besoin de liquidités. Soit elles s’en procurent auprès
de la banque centrale, soit elles se portent demandeuses de monnaie sur le
marché monétaire en échange de titre. Afin de régler la masse monétaire
la banque centrale peut manipuler le taux de réescompte:
- Elle peut l'augmenter lorsqu'elle veut restreindre le crédit, afin de
limiter la masse monétaire;
- Elle peut le baisser lorsqu'elle veut accroître le crédit, donc la masse
monétaire.
Les banques ordinaires représentent la hausse du coût de refinancement
sur le taux d'escompte c'est-à-dire le coût des prêts accordés. Ceci, peut
encourager ou décourager la demande suivant le changement du taux
d'escompte.
B- Les pensions de titres : Les pensions de titres représentent une des
techniques les plus utilisées par la banque centrale dans leurs
interventions. La mise en pension consiste en ce que les banques qui ont
des besoins de liquidité cèdent des titres avec engagement de rachat à un
terme déterminé, à la banque centrale qui, en contrepartie, leur accorde
des liquidités. Il s’agit généralement d’opération de court terme dont les
durées vont d'un jour à un an. Au niveau européen, la prise en pension de
la banque centrale européenne à une durée de deux semaines.
Les pensions de titres permettent à la banque centrale d'influer sur le
niveau des liquidités dans le système financier et d'approvisionner
l'économie en liquidités. Selon les besoins de la politique monétaire et la
situation en matière de liquidités sur le marché monétaire, la banque
centrale conclut des pensions de titres destinées soit à injecter, soit à
résorber des liquidités. Dans le premier cas, elle achète des titres à une
contrepartie et crédite la somme correspondante en francs sur le compte
de virement de cette dernière à la banque centrale. Parallèlement, la
banque centrale convient avec la contrepartie qu'elle lui revendra à
l'échéance une quantité équivalente de titres de même catégorie.
L'établissement concerné verse un intérêt (taux des pensions de titres) à la
banque centrale pour ce crédit en francs d'une durée limitée couvert par
des titres. Les pensions de titres visant à résorber des liquidités (reverse
repo) fonctionnent dans le sens inverse : la banque centrale vend des
15
titres à l'établissement et lui débite la somme correspondante de son
compte de virement. Parallèlement, il est convenu qu'elle rachètera les
titres à l'échéance. Pour la durée de l'opération, la banque centrale verse à
la contrepartie un intérêt (taux des pensions de titres). Les banques
concluent également des pensions de titres entre elles selon ce même
principe (marché interbancaire gagé) afin d'optimiser leur gestion des
liquidités.
C- Open Market : L'open Market (marché ouvert : est une technique
d'intervention directe de la banque centrale sur le marché monétaire par
achat et vente de titre). Ce marché est ouvert à d'autres intervenants, les
épargnants institutionnels: Caisses d'épargne, assurance des agents non
financiers comme certaines entreprises.
Ce marché permet aux banques de trouver les liquidités nécessaires à leur
financement. La banque centrale n'a pas un grand rôle sur ce marché, car
elle se présente sur le marché monétaire comme un agent financier
ordinaire. Cependant, elle peut y intervenir pour resserrer ou élargir les
trésoreries des banques en vendant et en achetant des titres publics.
L'achat de titres se fait par la banque centrale quand elle veut augmenter
la liquidité des banques. Elle se portera alors comme acheteuse de titres,
ce qui aura pour effet d’en faire monter le cours et de baisser le taux
d’intérêt. Ainsi, un achat de titre se traduit par un versement d’espèce qui
vient alimenter le compte d’une banque. Inversement, la vente des titres
publics consiste à réduire la liquidité des banques ordinaires, car elle se
traduit par une destruction de monnaie centrale.
L'open Market est une opération journalière qui permet de produire de la
monnaie centrale selon la loi du marché. C'est un instrument efficace
dont dispose la banque centrale pour contrôler la masse monétaire et de
suivre l'activité du système bancaire.

- Les réserves obligatoires : La politique de réserves obligatoire est très


rigide. Elle consiste à imposer aux banques de constituer des réserves
liquides auprès de la banque centrale: des dépôts obligatoires des
établissements financiers auprès de la Banque Centrale. Il s'agit de
l'accroissement de besoins en monnaie centrale. Les réserves obligatoires
sont des avoirs liquides ou des fonds de sécurité, généralement constituées
de la monnaie centrale que les banques ordinaires conservent dans leurs
comptes au niveau de la banque centrale en guise de garantie pour toute
panique de retraits massifs de dépôts. Rémunérées ou non selon les pays,

16
leur montant constitue généralement un pourcentage (coefficient de réserve)
de l’encours de leurs dépôts (court terme).
Actuellement, ces réserves obligatoires sont utilisées pour modifier la
liquidité bancaire, c'est à dire les besoins des banques ordinaires en monnaie
centrale. Il permet d'agir sur la masse des crédits. La hausse des taux de
réserve obligatoire (ou coefficient de réserve) aura comme conséquence
principale un manque de liquidité des banques. Ceci décourage les banques à
donner d'avantage de crédits et l'inverse est valable. Cet instrument n'est pas
efficace que s'il est associé à une notion sur le coût de refinancement à
savoir : Le taux de réescompte et le taux du marché monétaire (taux d'open
Market). Aujourd’hui, les banques centrales ne réajustent les coefficients de
réserves obligatoires qu’à intervalles très éloignés et privilégient les
politiques de taux directeur.

En général cette politique est utilisée plutôt comme base structurelle de la


politique monétaire. Elle se détermine dans des perspectives de plus long
terme.

Création monétaire et réserves obligatoires

Si les coefficients des réserves obligatoires varient peu, il convient de signaler que
les réserves obligatoires exercent une action sur la création monétaire à travers les
mécanismes du diviseur et du multiplicateur de crédit.

➢ Diviseur de crédit : Il permet d’estimer le besoin en monnaie banque centrale


suite à un certain volume de création de monnaie banque commerciale. Si les
banques commerciales créent une quantité q de monnaie, elles devront se
procurer un montant Q de monnaie banque centrale, égal à d x q (avec d :
diviseur = b + r – (r x b)) soit : Q = q x (b+r – [r x b])

r: réserves obligatoires, b: propension moyenne des individus à détenir une partie


de leur monnaie sous forme de billets. Si les banques commerciales accordent un
million de franc CFA de nouveau crédits, que r = 2°% et b = 10%, elles devront se
procurer 118 000 FCFA de monnaie Banque Centrale

➢ Multiplicateur de crédit : Il permet de déterminer le volume de création


monétaire permis par un accroissement des disponibilités de monnaie banque
centrale (logique expansionniste), q = Q x m (multiplicateur tel que m = 1/d)
Soit q = Q x 1/ (b+r – [r x b])

17
- La politique des changes :
La politique de change représente l'action des pouvoirs publics visant à
modifier le taux de change de la monnaie nationale vis-à-vis des autres
monnaies. C’est la banque centrale qui déteint et gère les réserves de
change du pays ou de la zone monétaire en or ou en devises. Alors
qu'autrefois la politique de change avait pour but de rétablir l'équilibre
commercial, elle est utilisée aujourd'hui pour lutter contre l'inflation. La
mise en oeuvre de la politique de change peut se traduire par une
politique de dévaluation/dépréciation ou la réévaluation/appréciation.
Une dévaluation est un terme employé quand la monnaie à un cours fixe
(système de change fixe), que ce soit par rapport à un métal (l’or,
l’argent, voire les deux) ou par rapport à une monnaie (la Livre Sterling,
le Dollar, etc.). La parité est garantie par l’État, qui s’engage à échanger
une certaine quantité de sa monnaie contre une certaine quantité de la
référence, soit métallique soit d’une autre monnaie, à un taux de change
donné. On dit qu’il y a dévaluation quand ce taux est administrativement
baissé. Il s’agit donc d’une décision officielle des autorités monétaires
consistant à diminuer la valeur de la monnaie nationale par rapport à un
étalon de référence (or, une autre monnaie, etc.).
Ainsi, après une dévaluation, il est nécessaire de fournir davantage de
monnaie nationale pour obtenir la même devise étrangère qu’auparavant.
Il est donc plus coûteux d’acheter à l’étranger. Inversement, les étrangers
trouvent le territoire national meilleur marché (favorable au tourisme,
favorable aux exportations, etc.).
La dépréciation d'une monnaie (sur le plan externe) doit être distinguée
de la dévaluation. Dans un système monétaire international où les
changes ne sont pas fixes, c'est-à-dire lorsque les banques centrales ne
sont pas obligées d'assurer la stabilité de leur propre monnaie par rapport
à d'autres devises, les taux de change fluctuent librement sur le marché
des changes. La dépréciation correspond alors à la diminution de la
valeur d'une monnaie par rapport à une ou plusieurs autres devises. Une
dépréciation (ou, à l'inverse, une appréciation) peut être un processus très
lent, à l'inverse d'une dévaluation qui est une modification brutale et
officielle de la valeur d'une monnaie.
Ainsi, la dépréciation est la baisse du taux de change d’une monnaie
constatée sur un marché des changes en l’absence d’intervention directe
de l’État ou de la Banque Centrale pour en fixer le cours.
Cependant, la politique de dévaluation présente un effet important et
néfaste pour l’économie, à savoir qu’elle favorise l'inflation. Avec
18
l'incompressibilité de certaines importations, si nécessaires que leur
demande ne diminue pas alors que leurs prix augmentent après une
dévaluation (énergie, matières premières, machines), se produit un
accroissement des prix intérieurs (inflation importée). Les coûts de
production des entreprises s'élèvent alors, ce qui contribue à
l'augmentation générale des prix et annule les effets bénéfiques de la
dévaluation.

Les taux d’interêts. Le taux d'intérêt exprime le rapport entre l'intérêt annuel
stipulé et la somme empruntée : Il représente le prix unitaire du service rendu. Il
représente le coût de l'argent prêté ou emprunté soit entre les agents financiers, soit
entre les agents financiers et les agents non financiers. Plusieurs taux d'intérêt
peuvent se distinguer:

- Taux d'intérêt d'un marché monétaire : Le taux d'intérêt d'un marché


monétaire est le taux pratiqué entre les banques et les institutions
financières pour la procuration de la liquidité.
Chaque institution peut déterminer librement son taux et qui ne doit pas
être trop différent du taux fixé par le marché.
Le taux d'intérêt se fixe en fonction de l'échéance du montant des dépôts,
ainsi que de la qualité de la clientèle. Le taux d'intérêt doit être supérieur
au taux d'inflation.
- Taux administré: le taux administré est un taux fixé ou préalable par les
autorités monétaires en vue d'égalité de change des banques dans la
collecte de liquidité (taux d'intérêt créditeurs) et aussi dans la distribution
de crédit (taux d'intérêt débiteur). La fixation du taux d'intérêt à pour
objectif la procuration de ressource stables aux banques.

Zone Euro

Dans la zone euro trois taux d’intérêt sont ainsi définis par la banque Centrale
Européenne (BCE):

-Le taux de l’Opération Principale de Refinancement (OPR) ou taux directeur, il


s’agit du taux auquel la BCE (mais également toutes les banques centrales de la
zone euro) prend en pension un volume plus ou moins important de titres
prédéterminés (titres éligibles) sur appels d’offre hebdomadaires , pour une durée
de deux semaines. Il s’agit d’un taux plancher pour les taux d’intérêt à court terme
car si les banques de second rang pratiquaient des taux inférieurs, tout
refinancement occasionnerait des pertes.

19
- Le taux de la facilité de prêt marginal (facilité permanente) : il s’agit d’un taux
auquel la BCE fournit automatiquement des liquidités à 24 h aux banques
demandeuses, sans autre limitation que le montant des actifs que ces dernières sont
susceptibles de lui apporter en garantie. Ce taux, plus élevé que le taux de l’ORP
(les banques accèdent à la facilité sans restrictions et donc sans maîtrise
instantanée du volume de refinancement par la BC, l’excède généralement de 1 pt.

- Le taux de facilité de dépôt (facilité permanente) auquel la BCE rémunère les


disponibilités que les banques peuvent lui prêter, sans limitation de montant ni de
durée. Ce taux, nécessairement fixé à un niveau inférieur au taux de l’OPR (sans
quoi les banques du second rang pourraient gagner de l’argent en déposant
simplement auprès de la BCE la monnaie centrale obtenue au terme d’un OPR), lui
est généralement inférieur d’un point.

Taux directeurs de la Banque Centrale Européenne5


Date de valeur des taux des appels d'offres
Dernière décision du Conseil des Gouverneurs : 12 mars 2020
Prochaine décision du Conseil des Gouverneurs : 30 avril 2020
*
A taux fixe (En pourcentage)
Date de valeur Opérations Facilités permanentes
principales de Dépôt au Prêt
refinancement jour le jour marginal
Appels d'offres à taux fixe au
jour le jour
18 Septembre 2019 0.00 -0.50 0.25
16 Mars 2016 0.00 -0.40 0.25
09 Décembre 2015 0.05 -0.30 0.30
10 Septembre 2014 0.05 -0.20 0.30
11 Juin 2014 0.15 -0.10 0.40
13 Novembre 2013 0.25 0.00 0.75
8 Mai 2013 0.50 0.00 1.00
11 Juillet 2012 0.75 0.00 1.50
14 Décembre 2011 1.00 0.25 1.75
9 Novembre 2011 1.25 0.50 2.00
13 Juillet 2011 1.50 0.75 2.25
13 Avril 2011 1.25 0.50 2.00
13 Mai 2009 1.00 0.25 1.75
08 Avril 2009 1.25 0.25 2.25
11 Mars 2009 1.50 0.50 2.50
21 Janvier 2009 2.00 1.00 3.00
10 Décembre 2008 2.50 2.00 3.00
12 Novembre 2008 3.25 2.75 3.75
15 Octobre 2008 3.75

5
Taux directeurs de la Banque Centrale Européenne. La Banque de France. URL : https://www.banque-
france.fr/statistiques/taux-et-cours/les-taux-monetaires-directeurs
20
Le marché interbancaire

Les établissements de crédit s’octroient mutuellement des prêts en monnaie banque


centrale sur le marché interbancaire.
D’une manière générale, les taux ont tendance à augmenter avec la durée, mais
dans une faible mesure compte tenu d’un horizon qui reste celui du court terme.

Le marché interbancaire a une importance primordiale, puisque c’est sur cette


place que les banques à la recherche de liquidités, en trouvent, soit auprès des
banques excédentaires, soit auprès de la BCE au travers de ses appels d’offre.

Les taux du marché interbancaire sont situés :

-A un niveau supérieur à celui du taux OPR, le spread (écart) n’excède guère


quelques dixièmes de points, sauf dans l’hypothèse d’une défiance marquée entre
établissements financiers (ce qui était le cas pour la crise des subprimes).
- toujours à un niveau inférieur à celui des facilités de prêt marginal

Au final, les opérations d’open market servent à piloter le taux d’intérêt au jour le
jour, tandis que les facilités permanentes le maintiennent dans un corridor.

2. Condition d’efficacité de la politique monétaire et instruments de


la politique monétaire de la BCEAO

L’efficacité de la politique monétaire peut s’analyser en fonction de la sensibilité


de la demande de monnaie au taux d’intérêt.

2.1. Condition d’efficacité de la politique monétaire

La politique monétaire est efficace si la demande de monnaie est peu élastique au


taux d'intérêt et s'il existe une forte élasticité de l'investissement au taux d'intérêt.
Si la demande de monnaie est très élastique au taux d'intérêt, une baisse de celui-ci
se traduira par une hausse de la détention monétaire qui n'aura pas d'impact sur
l'activité économique. Si les entreprises autofinancent leurs investissements, elles
ne sont pas contraintes directement par une hausse des taux.

L'efficacité d'une politique monétaire dépend donc de la réalisation de deux


conditions : l'accroissement de l'offre de monnaie et la baisse des taux d'intérêt.

21
1°) l'accroissement de l'offre de monnaie doit conduire à une baisse du taux
d'intérêt; or cette condition n'est pas toujours vérifiée en particulier dans les
situations de trappe à liquidité. Il s’agit d’une situation où le taux d’intérêt est à son
niveau plancher (le plus bas possible) et ne plus baisser. A ce taux, la demande de
monnaie est parfaitement (infiniment) élastique par rapport au taux d’intérêt : les
agents pensent alors tous que le taux va augmenter, et leur préférence pour la
liquidité est alors absolue. Une politique monétaire de baisse du taux d'intérêt est
alors totalement inefficace dans le cadre d'une relance.

2°) la baisse des taux d'intérêt doit se traduire par une reprise de l'investissement.

2.2. Les instruments de la BCEAO

La politique monétaire conduite par la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de


l'Ouest (BCEAO) souffre d'une faible efficacité, au regard de l'absence de liaisons
existant entre l'objectif de lutte contre l'inflation que l'Union Economique et
Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) lui a assignée et les instruments dont elle
dispose (taux d'intérêt directeurs). Elle est également la proie de critiques sur
l'absence d'objectif de croissance économique dans son mandat de banque centrale
de pays en développement parmi les plus pauvres du monde.

Dans l’espace UEMOA, le dispositif actuel de gestion de la monnaie et du crédit


s’appuie sur des mécanismes de marché et des instruments indirects de régulation
de la liquidité, notamment les taux d’intérêt et le système des réserves obligatoires.

La politique des taux d’intérêt, mise en oeuvre dans le cadre des guichets de
refinancement de l’Institut d’émission, vise le pilotage des taux de court terme sur
le marché monétaire. Ce pilotage des taux qui est assuré à travers la réalisation
d’opérations d’open market et le refinancement sur le guichet de prêt marginal
permet à l’Institut d’émission de viser l’atteinte de l’objectif de stabilité des prix.

Le taux d’intérêt minimum de soumission aux opérations d’open market (appels


d’offres) et le taux d’intèrêt applicable sur le guichet de prêt marginal (taux de
pension), dont les niveaux sont actuellement fixés, par le Comité de Politique
Monétaire (qui se reuni en general quatre fois par an soit chaque trimestre),
respectivement à 2,50% et 4,50%, constituent les deux principaux taux directeurs
de la BCEAO.

Taux directeurs de la bceao et taux du marche monetaire6


6
TAUX DIRECTEURS DE LA BCEAO. Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). URL :
https://www.bceao.int/sites/default/files/2020-03/TAUX%20D%27INTERET%20DE%20LA%20BCEAO%20-
%20F%C3%A9vrier%202020.pdf
22
Dakar, le 4 février 2020

Date de Taux du guichet Taux minimum de Taux moyen Taux marginal des
modification de prêt marginal soumission mensuel du appels d'offres
(*) marché monétaire hebdomadaires
(T.M.M)
Injections Reprises
Février 2019 4,5000
1 février 2019 4,5000 2,5000 4,5000
5 février 2019 4,5000 2,5000 4,5000
12 février 2019 4,5000 2,5000 4,5000
19 février 2019 4,5000 2,5000 4,5000
26 février 2019 4,5000 2,5000 4,5000
28 février 2019 4,5000 2,5000 4,5000
Avril 2019 3,0947
1 avril 2019 4,5000 2,5000 4,5000
2 avril 2019 4,5000 2,5000 4,5000
9 avril 2019 4,5000 2,5000 2,6000
16 avril 2019 4,5000 4,5000 2,6100
23 avril 2019 4,5000 2,5000 2,5500
30 avril 2019 4,5000 2,5000 2,5201
Juillet 2019 2,6917
1 juillet 2019 4,5000 2,5000 2,5200
2 juillet 2019 4,5000 2,5000 2,9005
9 juillet 2019 4,5000 2,5000 2,6000
16 juillet 2019 4,5000 2,5000 2,6500
23juillet 2019 4,5000 2,5000 2,6500
30 juillet 2019 4,5000 2,5000 2,6600
31 juillet 2019 4,5000 2,5000 2,6600
Janvier 2020 2,9613
1 janvier 2020 4,5000 2,5000 4,5000
7 janvier 2020 4,5000 2,5000 2,6000
14 janvier 2020 4,5000 2,5000 2,6000
21 janvier 2020 4,5000 2,5000 2,6000
28 janvier 2020 4,5000 2,5000 2,5500
31 janvier 2020 4,5000 2,5000 2,5500
Février 2020 2,5500
1 janvier 2020 4,5000 2,5000 2,5500
4 janvier 2020 4,5000 2,5000 2,5500
11 janvier 2020 4,5000 2,5000 2,5500
18 janvier 2020 4,5000 2,5000 2,5500
25 janvier 2020 4,5000 2,5000 2,5500
29 janvier 2020 4,5000 2,5000 2,5500

* Entrée en vigueur le 16 décembre 2016 des décisions du Comité de Politique Monétaire portant
le taux de guichet de prêt marginal à 4,5000%

Le dispositif des réserves obligatoires permet à la BCEAO de réduire ou de


développer la capacité de distribution de crédit du système bancaire. Ainsi, toutes
les banques et les établissements financiers distributeurs de crédit, autorisés à
recevoir des dépôts du public et les établissements de financement de ventes à
crédit, sont assujettis à la constitution de réserves obligatoires auprès de la Banque

23
Centrale. Le dispositif de réserves obligatoires est utilisé par la BCEAO comme un
instrument visant à renforcer l’efficacité de la politique des taux d’intérêt.

3. Taux directeurs et variables économiques

La relation entre l’évolution des variables économiques et celle des taux directeurs
est appelée « fonction de réaction » des autorités monétaires. La plus connue de ces
fonctions de réaction est la règle de Taylor, qui relie le taux d’intérêt (i) décidé par
la Banque Centrale au taux d’inflation de l’économie et à l’écart entre le niveau de
PIB (y) et son niveau potentiel (y*).

Soit i° le taux d’intérêt neutre à long terme, p le taux d’inflation courant, p* la


cible d’inflation de la Banque Centrale, l’équation s’écrit :

i = i° + 0.5 (p – p*) + 0.5 (y – y*)

Le taux d’intérêt doit être égal à la croissance potentielle augmentée du taux


d’inflation toléré dans la zone de référence lorsque la croissance économique est
sur une trajectoire d’équilibre. Le taux directeur doit ainsi être majoré lorsque
l’inflation dépasse sa cible ou quand l’économie en est surchauffe.

Notons que les objectifs de politique économique peuvent être contradictoires,


lorsqu’il y a stagflation, l’inflation dépasse sa cible alors que l’économie est en
sous-emploi. De même, il est possible de modifier les pondérations liées à
l’activité économique et l’inflation, mais au risque d’augmenter la volatilité des
taux d’intérêt des Banques Centrales.

Dans la pratique, les banques centrales ont un mode de détermination des taux
d’intérêt plus ou moins opaque, signe d’une pratique discrétionnaire. Cependant, la
règle de Taylor permet d’apprécier la politique mise en place par les autorités
monétaires.

4. Mise en oeuvre de la politique monétaire

La politique monétaire est délicate à mettre en oeuvre : une action par trop
expansionniste peut se traduire par une perte de crédibilité auprès des marchés et
par un relèvement des anticipations d'inflation, tandis qu'une action par trop
restrictive sera accusée de brimer la croissance et l'emploi.

Autant que la "dose", le délais" pose aussi problème. L’ajustement de l’économie


ne s’effectue pas de manière instantanée. En effet, il existe un décalage entre la
mise en oeuvre des politiques (le temps pour elles de se propager : et les conditions
24
réelles de l’économie. S'agissant du PIB par exemple, il faut attendre avril pour
connaître les chiffres à peu près définitifs du dernier trimestre de l'année
précédente (c'est encore pire pour les pays sous-développés). Dans ces conditions,
le risque est grand de multiplier les erreurs.

Ainsi, une politique qui se veut contra-cyclique peut in fine s'avérer procyclique
(c'est-à-dire qu'elle va amplifier les fluctuations économiques plutôt que les
réduire) soit parce qu'une politique accommodante aura été décidée au moment où
l'économie a déjà touché le fond et s'apprêtait à repartir d'elle-même, soit parce
qu'une politique restrictive aura été entreprise en haut du cycle à un moment où
l'activité entamait toute seule le début d'une chute. Autrement dit, selon Friedman,
si les cycles d'activité sont courts et que les délais d'efficacité de la politique
monétaire sont longs alors une politique monétaire contra-cyclique risque de s
retrouver pro-cyclique.

III. CANAUX DE TRANSMISSION DE LA POLITIQUE MONETAIRE

Comment les modifications de taux d’intérêt directeurs décidées par les autorités
monétaires affectent-elles l’ensemble du secteur financier et du secteur réel de
l’économie ?

Le schéma de base : instrument(s) èobjectif(s) intermédiaire(s) / cible(s) ou


pilier(s) è objectif(s) final(s), ne peut se réaliser sans l’existence de canaux de
transmission représentés par les flèches.

Ces canaux constituent des liens spécifiques par lesquels les impulsions de la
politique monétaire se répercutent sur l’activité économique et, plus
particulièrement, sur le niveau des prix. La littérature théorique identifie trois
canaux essentiels de la politique monétaire : le canal du taux d’intérêt ou canal
monétaire, le canal du crédit et le canal des prix d’autres actifs.

Le canal du crédit met en avant l’offre de crédit des banques alors que le canal du
taux porte sur la demande de monnaie des agents non financiers.

1. Le canal du taux d’intérêt ou canal monétaire

Dans le cadre du canal du taux (ou canal monétaire), le rôle des banques se limite à
la création de monnaie. L’offre de monnaie est proportionnelle à la base monétaire.
Les variations de taux entraînent des substitutions au sein des portefeuilles d’actifs
(monnaie et titres) détenus par les agents non financiers. Ainsi, les interventions de
politique monétaire modifient les conditions monétaires et s’observent par

25
l’intermédiaire du passif du bilan des banques. L’actif du bilan des banques
n’intervient pas dans l’analyse. Il n’existe d’ailleurs pas de différences entre les
titres et les crédits pour le financement de l’activité économique.

Les effets des modifications de taux d’intérêt directeurs sont généralement étudiés
dans le cadre d’une analyse des comportements de dépenses des agents (ménages,
entreprises et Etat) : dépenses de consommation et d’investissement.

1.1. Effet sur la consommation et l’épargne

Dans une perspective de court terme et en supposant une baisse non anticipée des
taux d’intérêt, trois effets peuvent être mis en évidence sur les comportements de
dépenses des ménages :

1°) L’effet de substitution : les modifications de taux d’intérêt conduisent les


agents à revoir l’arbitrage entre consommation immédiate et épargne. Une baisse
de taux rend l’épargne moins attractive et incite à consommer aujourd’hui. Dans ce
cas, la valeur de la consommation future diminue.

2°) L’effet de revenu : une baisse de taux entraîne une hausse de la valeur
actualisée des dépenses de consommation anticipées pour des périodes futures. Dès
lors, la consommation future est plus coûteuse, toutes choses égales par ailleurs.
Les ménages préfèrent par conséquent épargner davantage et réduire leur
consommation immédiate pour faire face à cette situation.

3°) L’effet de richesse : une baisse de taux d’intérêt entraîne une hausse de la
valeur actualisée des revenu futurs des ménages. Cette augmentation s’applique au
capital humain, au capital physique et au capital financier.

1.2. Effet sur l’investissement

En ce qui concerne les effets sur l’investissement, une baisse de taux implique une
hausse de l’investissement qui se produit à travers deux effets.

1°) Une baisse de taux entraîne une baisse du coût d’usage du capital et donc une
augmentation de la profitabilité de la production et une offre supérieure de biens.

2°) une substitution du capital au travail.

Le canal du taux d’intérêt est le principal mécanisme de transmission de la


politique monétaire dans le modèle keynésien de base IS-LM, qui sert de référence
dans l’enseignement de la macro-économie. La conception keynésienne IS-LM
traditionnelle du mécanisme de transmission de la politique monétaire peut se
26
résumer par le schéma suivant, qui illustre les effets d’une expansion monétaire :
M↑⇒ ir↓ ⇒ I↑ ⇒ Y↑ où M↑ indique la conduite d’une politique monétaire
expansionniste, qui aboutit à une baisse des taux d’intérêt réels (ir↓); celle-ci réduit
le coût du capital, ce qui entraîne une augmentation des dépenses d’investissement
(I↑) et, par là-même, un accroissement de la demande globale et de la production
(Y↑).

Pour Keynes, le taux d’intérêt agit principalement par l’intermédiaire des décisions
des entreprises en matière de dépenses d’investissement. Les décisions
d’investissement concernent l’investissement en logement et l’acquisition de biens
de consommation durables des ménages. Par conséquent, le schéma présenté ci-
dessus s’applique tout aussi bien à certaines dépenses des consommateurs, I
représentant alors les dépenses relatives au logement et à l’achat de biens de
consommation durables.

Une caractéristique importante du canal du taux d’intérêt est l’accent qu’il met sur
le taux d’intérêt réel plutôt que nominal, comme étant celui qui affecte les
décisions des consommateurs et des entreprises. En outre, c’est le taux d’intérêt
réel à long terme, et non à court terme, qui est souvent considéré comme ayant une
incidence majeure sur les dépenses.

Comment se fait-il que des modifications du taux d’intérêt nominal à court terme
induites par une banque centrale entraînent une variation correspondante du taux
d’intérêt réel à court et à long terme ? Cela s’explique par la rigidité des prix, de
sorte qu’une politique monétaire expansionniste qui abaisse le taux d’intérêt
nominal à court terme réduit également le taux d’intérêt réel à court terme et à long
terme.

Ce fléchissement des taux d’intérêt réels aboutit ensuite à une hausse de


l’investissement en capital fixe des entreprises, de l’investissement en logements,
des dépenses de biens de consommation durables et de formation des stocks, le
tout provoquant une augmentation de la production globale.

L’incidence du taux d’intérêt sur les dépenses de consommation et


d’investissement en fait un puissant mécanisme de transmission de la politique
monétaire selon Taylor (1995). Cependant, de nombreux chercheurs, parmi
lesquels Bernanke et Gertler (1995) mettent les taux d’intérêt comme mécanisme
de transmission de la politique monétaire. Cela a d’ailleurs encouragé la recherche
d’autres mécanismes, notamment le canal du crédit.

27
2. Le canal du crédit

Dans le cadre du canal du crédit, les banques jouent un rôle déterminant dans le
processus de financement par l’intermédiaire de l’octroi de crédits. Désormais, le
système bancaire n’est plus neutre dans la transmission de la politique monétaire.
L’actif et le passif du bilan des banques doivent être considérés de façon
symétrique. En cas de durcissement de la politique monétaire, les banques vont
ajuster leurs conditions débitrices : augmentation du taux des nouveaux crédits
et/ou une diminution des crédits offerts. De plus, les crédits bancaires ne sont pas
parfaitement substituables aux émissions de titres pour financer les projets
d’investissement. Cette substituabilité imparfaite résulte des imperfections
constatées sur le marché du crédit. En effet, les emprunteurs disposent d’une
meilleure information que les prêteurs sur les caractéristiques de leurs projets
d’investissement et sur leurs situations financières (asymétrie d’information:
problèmes de sélection adverse et d’aléa de moralité). Les prêts bancaires sont
considérés comme spécifiques puisqu’ils constituent la principale source de
financement en cas d’asymétrie d’informations. Les agents économiques les plus
fréquemment touchés sont les ménages et les petites et moyennes entreprises.

Comme la probabilité de non-remboursement des prêteurs se trouve par là même


renforcée, la dégradation de la situation nette des emprunteurs (entreprise,
notamment) aboutit à une diminution des prêts et donc des dépenses
d’investissement.

La politique monétaire est susceptible d’affecter les bilans des entreprises de


plusieurs manières. Une politique monétaire expansionniste (M↑), qui entraîne une
hausse des cours des actions (Pe↑) du fait de la baisse du taux d’intérêt, renforce la
situation nette des entreprises et aboutit donc à une augmentation des dépenses
d’investissement (I↑) et de la demande globale (Y↑), puisque les problèmes de
sélection adverse et d’aléa de moralité sont atténués. On en déduit donc le schéma
suivant, pour un canal de transmission de la politique monétaire par le bilan : M↑
⇒ Pe↑ ⇒ sélection adverse↓ et aléa de moralité↓ ⇒ prêts↑ ⇒ I↑ ⇒ Y↑.

Une politique monétaire expansionniste, qui suscite une baisse des taux d’intérêt,
entraîne également une amélioration des bilans des entreprises car elle accroît leur
revenu d’exploitation, réduisant par là même les problèmes de sélection adverse et
d’aléa de moralité. On en déduit le schéma suivant, pour un canal de bilan
supplémentaire : M↑ ⇒ i↓ ⇒ trésorerie↑ ⇒ sélection adverse↓ et aléa de moralité↓
⇒ prêts↑ ⇒ I↑ ⇒ Y↑

28
La transmission à la sphère réelle s’opère par les variations de l’offre de crédit.
L’action monétaire aura des effets sur les décisions d’investissement.

3. Le canal des prix d’autres actifs : le canal du taux de change

Pour les monétaristes, l’analyse des effets de la politique monétaire sur l’économie
ne concerne par seulement le prix d’un seul actif, à savoir le taux d’intérêt, mais
aussi le prix de plusieurs actifs telles que les devises (les taux de change) et les
actions qui sont aussi essentielles dans le mécanisme de transmission de la
politique monétaire. Compte tenu de l’internationalisation croissante des
économies, et du passage aux taux de change flexibles, la transmission de la
politique monétaire peut se faire à travers l’influence des taux de change sur les
exportations nettes.

Ce canal fait également intervenir les effets du taux d’intérêt. En effet, la baisse
des taux d’intérêt réels nationaux réduit l’attrait des dépôts nationaux en dollars par
rapport aux dépôts libellés en monnaies étrangères, ce qui entraîne une chute de la
valeur des dépôts en dollars par rapport aux dépôts en devises, c’est-à-dire une
dépréciation de la monnaie nationale (figurée par E↓). La dépréciation de la
monnaie nationale abaisse le prix des biens nationaux par rapport aux biens
étrangers, ce qui se traduit par une augmentation des exportations nettes (NX↑) et
donc de la production globale. Par conséquent, le schéma du mécanisme de
transmission de la politique monétaire par le canal du taux de change est le suivant
: M↑ ⇒ir↓ ⇒E↓ ⇒NX↑⇒Y↑. Ce canal de transmission de la politique monétaire a
été mis en évidence par Bryant, Hooper et Mann (1993) et de Taylor (1993).

29
La transmission de la politique monétaire

Mandat de la banque
centrale la stabilité des
prix

Instrument principal :
les taux directeurs

Taux bas : politique


Taux élevés : politique
monétaire
monétaire restrictive
accommodante

Canal des taux d'intérêt : Canal des prix d'actifs :


hausse / baisse des taux baisse / hausse des prix Canal des anticipations
d'intérêt dans l'économie d'actif

Baisse / hausse de la
demande de biens et
services, et donc des prix

Source : Banque de France.

• le canal des taux d’intérêt: le taux d’intérêt est le prix auquel les agents
économiques s’endettent pour financer leurs activités économiques. Une baisse du
taux d’intérêt incite les agents à avoir recours au crédit ;

• le canal des prix d’actifs: la baisse des taux d’intérêt augmente le prix des actifs
(par exemple les titres financiers) sur les marchés. Les agents qui détiennent des
actifs voient leur richesse s’accroître, ce qui gonfle d’autant leur pouvoir d’achat ;

• le canal des anticipations: l’action de la banque centrale doit être claire et


crédible pour permettre aux agents économiques d’anticiper correctement les
évolutions futures du taux directeur.

30
Le circuit du financement de l’économie

FINANCEMENT REFINANCEMENT
des agents économiques des banques commerciales
par les banques commerciales par la banque central

Pour les entreprises, il s'agit Les taux directeur servent


de crédits de trésorerie de référence au refinancement
ou d'investissement ; des banques commerciales
pour les ménages, il s'agit et se répercutent
de crédits immobiliers sur les taux sur le marché.
ou de crédits consommation.

Agents Besoin de financement Banques Besoin de financement BANQUE


économiques commerciales CENTRALE

Monnaie dite «centrale»


Monnaie en circulation (via les opérations de
(via des opérations de crédit) refinancement
de la banque centrale)

Source : Banque de France.

IV. POLITIQUES MONETAIRES ET CRISE FINANCIERE

Une crise financière se définit comme une perturbation affectant les marchés
financiers, qui aggrave sensiblement les problèmes d’asymétrie d’information, de
sorte que ces marchés ne sont plus capables d’orienter efficacement les fonds vers
les agents dont les projets d’investissement sont les plus rentables. Il s’ensuit une
forte contraction de l’activité économique.

1. Effet des politiques monétaire de rigueur sur les crises financières

Une politique de rigueur monétaire (restriction monétaire) peut jouer un rôle


important dans le déclenchement de crises financières. La théorie des crises
financières liée à l’asymétrie d’information exposée par Bernanke (1983) et
Mishkin (1991, 1994) présente au moins cinq facteurs susceptibles de favoriser
31
l’apparition des crises financières : la hausse des taux d’intérêt, la baisse de la
Bourse, le déclin non anticipé du niveau des prix, la montée de l’incertitude et les
paniques bancaires.

Une contraction de la masse monétaire, qui induit une hausse des taux d’intérêt,
accentue le phénomène de sélection adverse car les agents économiques disposés à
prendre des risques plus importants, et donc à payer un taux d’intérêt plus élevé,
sont aussi les plus désireux d’obtenir des prêts. En outre, la hausse des taux
d’intérêt, qui réduit la capacité de financement des entreprises, affecte leur
situation financière, ce qui aggrave les problèmes d’aléa de moralité et de sélection
adverse et n’incite guère les marchés à leur prêter des fonds. Une contraction de la
masse monétaire entraîne également un recul des cours des actions, qui dégrade la
situation nette des entreprises et renforce, là encore, les problèmes de sélection
adverse et d’aléa de moralité sur les marchés de crédit. Par ailleurs, elle peut
également entraîner un recul non anticipé du niveau des prix qui, étant donné que
la dette est libellée en termes nominaux, aboutit, comme l’a démontré Fisher
(1933), à un scénario de déflation par la dette dans lequel la dégradation de la
situation nette des entreprises accentue les problèmes de sélection adverse et d’aléa
de moralité.

2. Cas de la crise financière de 2008-2010

En 2006, l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis suivi de la faillite de


Lehman Brothers, une banque d’affaires américaine précipite le pays dans une
crise financière. La crise financière est devenue crise économique et a ébranlé tout
le système financier et économique dans un contexte de mondialisation. Quelles en
sont les causes ? Quelles en sont les conséquences économiques et enfin quelles
réponses face à cette récession ?

2.1. Les causes de la crise

L’origine de la crise se trouve aux Etats-Unis. La crise a été précédée, jusqu’en


2006, d’une longue période d’euphorie marquée par l’accroissement rapide et
massif du crédit. Cela a entraîné une dynamique d’achat et une hausse des actifs
immobiliers. A partir de 2007, les premiers signes de la crise apparaissent. La crise
résulte pour l’essentiel du non respect des procédures traditionnelles d’octroi de
crédit. Au moins quatre raisons permettent d’expliquer la crise. Il s’agit des défauts
de paiement sur les subprimes ; la titrisation des subprimes, la dégradation de leur
valeur et la propagation de la crise du fait de la globalisation économique.

32
1°) Les défauts de paiement sur les subprimes

Les subprimes sont des crédits hypothécaires destinés à diluer et à transférer les
risques du crédit à des organismes financiers appelés helges funds. Les subprimes
ont permis aux ménages modestes d’’accéder à la propriété. En septembre 2008,
Lehman Brothers, une banque d’affaires américaine a perdu 73 % de sa
capitalisation boursière. La crise est marquée par l’accroissement des défauts de
paiement sur les crédits hypothécaires, par une limitation des possibilités de crédit
aux ménages et aux entreprises, une augmentation du taux interbancaire, une chute
du cours des actions et une crise de confiance généralisée. La crise financière
devient donc une crise économique dès lors que les ménages et les entreprises
voient diminuer leur possibilité de crédit.

2°) La titrisation des subprimes

Certaines de ce qu’elles ne supporteront point de risque, les banques ont privilégié


la « quantité » au détriment de la « qualité » en faisant fi de la capacité des
emprunteurs à rembourser. En effet, la titrisation des crédits hypothécaires leur
donnaient d’être protégées par la dilution des risques induite par le système des
dérivés de crédit. Le système des dérivés de crédits est composé de deux produits:
les Collateralised Obligation Debt (COD) et les Credit Default Swaps (CDS).

Les COD sont des sortes de packages de dettes que les grandes banques revendent
à des fonds de pension appelés aussi hedge Funds. Ce sont ces structures qui
prennent à la place des banques le risque associé au prêt en échange d’intérêt
fourni par le package. L’accroissement des risques de défaut a fait baisser la valeur
des créances titrisées ce qui a conduit les hedge funds à la faillite.

Quant au CDS, ils sont des sortes d’assurances contre une défaillance de
l’emprunteur. En cas de défaut de paiement, un CDS peut fournit à son détenteur
un versement égal à la perte qu’il aurait subie s’il ne s’était pas assuré. Le vendeur
de CDS s’engage à rembourser à la place de l’emprunteur en échange d’une prime
variant en fonction du marché et de la qualité de l’emprunteur.

3°) La dégradation de la valeur des crédits hypothécaires

Les agences de notation telles que Moody’s, Fitch, etc., qui initialement avaient
considéré les subprimes comme des prêts bien diversifiés et peu risqués leur
accordaient de bonnes notes (AAA). Ce qui a conduit à la vente massive de ces
produits. Mais la détérioration de la valeur des titres a amené les agences de
notation a abaissé leur note, aggravant ainsi l’illiquidité des titres et la détérioration
33
de leur valeur.

4°) La propagation de la crise du fait de la globalisation économique

Hormis les aspects microéconomiques et financiers de la crise, d’autres facteurs


macroéconomiques sont à la base du déclenchement et la propagation de la crise. Il
s’agit principalement de la globalisation de l’économie. Par exemple, les capitaux
chinois tirés des excédents commerciaux finançaient le déficit américain, ce qui a
permis d’entretenir des conditions de crédit facile aux ménages et aux entreprises.

Un modèle du mécanisme de diffusion de la crise

Le mécanisme de diffusion de la crise à travers la situation d’une banque peut


s’apprécier en dix étapes:

1°) La banque accorde un crédit ;

2°) elle procède par la suite à la titrisation de la créance ;

3°) la créance titrisée est présentée sous forme de dérivées de crédit et vendue à
des fonds d’investissement à risque (des heldge funds) ;

4°) le heldge funds emprunte davantage auprès de la banque pour acheter d’autres
titres émises aussi par d’autres banques, profitant ainsi de l’effet de levier (qui
consiste d’emprunter plus pour gagner plus) ;

5°) en cas de défaut de paiement de la part du débiteur, la valeur de la créance


titrisée s’effondre, mettant en difficulté le hedge funds ;

6°) le hedge funds en difficulté vis-à-vis de la banque qui lui refuse de nouveaux
crédits dont il aurait besoin pour financer ses pertes et poursuivre ses activités ;

7°) le hedge funds fait faillite ;

8°) la banque aussi se trouve en difficulté. Elle se tourne vers d’autres


établissements financiers ;

9°) les autres établissements financiers ne sont pas non plus mieux épargnés. Ils lui
refusent le prêt ou le fait à des conditions très rigoureuses.

10°) la crise s’installe durablement et perturbe les activités interbancaires mais


aussi celles des ménages et des entreprises.

34
Ce mécanisme de diffusion de la crise peut s’adapter au cas de Bear Stearns, une
banque d’investissement américaine qui a perdu 80 % de sa capitalisation boursière
en mars 2008, ce qui l’a conduit à la faillite. Il en est de même pour Lehman
Brothers, une banque d’affaires américaine dont les actions ont perdu 73 % de leur
valeur en 2008.

2.2. Les conséquences économiques de la crise

Les conséquences de la crise sur l’économie peuvent être mesurées à travers son
impact sur la croissance, sur le marché du travail et sur les politiques budgétaires.

1°) L’effet sur la croissance

La crise a provoqué un ralentissement de la production et donc de la croissance


dans la plupart des économies qu’elle a affectées. En effet, la raréfaction des
crédits bancaires et la hausse des taux d’intérêt ont freiné les investissements
productifs. Il s’en est suivi une hausse de l’épargne et la réduction des dépenses.

2°) Impact sur le marché du travail

La crise a provoqué la baisse des taux de croissance sur plusieurs trimestres


consécutifs, faisant ainsi planer le spectre de la récession. Celle-ci a favorisé des
conséquences sociales, principalement la hausse du chômage. Selon le BIT, le
monde comptait 212 millions de sans-emploi en 2009, soit une hausse de 34
millions par rapport à 2007, à la veille de la crise. La baisse des investissements et
de la consommation a conduit beaucoup d’entreprises à la faillite, accentuant ainsi
le phénomène du chômage. La crise à donc provoqué sur le marché du travail
l’élévation du taux de chômage et contribué à la fragilisation des entreprises.

3°) L’effet sur les politiques budgétaires

La crise a provoqué un gonflement des déficits budgétaires du fait de la baisse des


recettes fiscales qui dépendent du niveau de l’activité, de la hausse des dépenses
tirées des indemnités chômage et des mesures de sécurité sociale. A moins de
mener une politique d’austérité avec ses conséquences néfastes sur la population,
le recours à l’emprunt extérieur accentue le risque de surendettement.

2.3. Les réponses à la crise

Les réponses à la crise émanaient des Etats et des banques centrales. Elles visaient
trois objectifs essentiels:

1°) restaurer le marché des liquidités pour la circulation de l’argent ;


35
2°) restaurer la confiance entre les banques commerciales en vue d’assurer leur
solvabilité, soit par la recapitalisation, soit par la nationalisation ;

3°) limiter les répercutions de la crise sur l’activité économique.

2.3.1. Les réponses d’urgence

S’agissant tout d’abord de la restauration du marché de liquidité, les banques


centrales ont abaissé leur taux d’intérêt. Par exemple, le taux d’intérêt de la FED
(Réserve fédérale américaine) est passé de 5 % à 2 % de septembre 2007 à mai
2008.

Pour ce qui est de la restauration de la confiance sur le marché interbancaire, les


banques centrales ont injecté sous forme de prêt aux banques, plusieurs centaines
de milliards. Ces prêts étaient sous forme de cash et de bons de trésors (actifs
moins risqués de la planète). Les banques centrales ont aussi prolongé la durée de
leur prêt et acceptaient comme garantie des crédits hypothécaires.

Par ailleurs, les Etats ont suggéré aux banques commerciales de suspendre la
distribution de dividende à leurs actionnaires en vue de disposer d’une base solide
de capital.

2.3.2. La politique dite du « quantitative easing (QE) »


ou « assouplissement quantitatif »

Les QE correspondent à une forme de politique monétaire visant à assouplir les


conditions de crédit pour influencer les anticipations d’inflation. Les politiques QE
sont employées lorsque les moyens classiques sont inopérants. Elles sont aussi
appelées méthodes non conventionnelles.

Par exemple, si les taux d’intérêt des banques centrales sont proches de zéro, les
méthodes conventionnelles ou classiques pour influencer le taux d’intérêt sont sans
effet sur l’activité réelle (que malgré tout l’économie ne se relève pas). L’idée
d’acheter des obligations à long terme peut faire baisser les taux d’intérêt à long
terme et donner plus de liquidités à l’économie. C’est cette démarche qu’on a
appelé QE.

Dans ce cas, les politiques QE facilitent l’activité économique et s’appliquent aux


leviers quantitatifs monétaires. Ces objectifs varient selon l’entité (banque,
entreprises, autres institutions financières, etc.) à laquelle elle s’applique.

36
Pour les banques, les QE visent à faciliter l’octroi de crédit en abaissant les taux
d’intérêt. Pour les entreprises, les QE servent à l’achat de titres financiers (des
obligations, principalement) de certaines entreprises en vue de leur permettre de
disposer des liquidités nécessaires au financement de leurs activités
(modernisation, recherche et développement, etc.).

Sur les autres institutions financières, les banques centrales par le biais des
politiques non conventionnelles (QE), achètent les titres financiers (bons du trésor
et titres risqués) à ces établissements financiers. Ces derniers disposent ainsi de la
liquidité nécessaire pour l’amélioration des activités.

La hausse de la demande de titres financiers (à risque ou non) par la banque


centrale qui provoque une élévation du prix des titres les rend moins attractifs de
sorte que les banques cherchent à développer leur activité de crédit plutôt que le
placement. En outre, la hausse du prix des titres augmente la richesse de leurs
détenteurs qui peuvent consommer davantage, ce qui conduit à une hausse de la
demande.

2.3.3. Le cas de quelques banques centrales

La FED et la banque d’Angleterre ont eu recours à la QE depuis le début de la


crise. La QE de la FED s’élevait à 600 milliards de dollars fin 2011. La BCE dont
l’objectif premier est la stabilité des prix a affirmé sa singularité en maintenant ses
taux à leur niveau initial. Cependant, les Etats de l’UE sont intervenus à travers des
plans de sauvetage pour assurer la recapitalisation des banques et garantir les prêts
interbancaires. Le montant de leur intervention s’élevait à environ 1700 milliards
d’euros contre 700 milliards de dollars pour les Etats-Unis.

Par ailleurs, certains pays ont adopté des plans de relance de l’économie à travers
des politiques d’austérité qui consistaient à réduire les dépenses publiques.

2.3.4. Les risques liés aux politiques QE

Les QE présentent des risques qui peuvent affecter leur efficacité. En reposant sur
l’hypothèse que le défaut de monnaie dans le système économique affecte la
demande, peut s’avérer fausse car l’insuffisance de la demande peut provenir d’un
manque de confiance ou de la faiblesse du pouvoir d’achat en terme réel et non
nominal. Dans ce cas, les QE sont inopérant.

En outre, l’augmentation des réserves de banques ne signifie pas augmentation des


crédits dans la même proportion. De plus, il peut avoir un effet inflationniste si les

37
entreprises n’ont pas repris confiance et n’augmentent pas leur production.

Il y a aussi le risque d’une fuite de capitaux vers l’étranger si les taux d’intérêt sont
plus intéressant, ce qui peut entraver le passage de la sphère financière à la sphère
réelle. La monnaie créée peut ne pas servir à accroître les dépenses des biens et
services parce que les canaux de crédit alimentant les petites et moyennes
entreprises peuvent être obstrués. Enfin, les politiques QE réduisent certes le poids
de la dette nationale, mais elles érodent aussi l’épargne de tous ceux qui ont investi
dans cette monnaie.

Par ailleurs, la faiblesse des taux d’intérêt peut avoir des effets négatifs sur
l’activité économique. En effet, la baisse des taux d’intérêt par une banque centrale
individuelle peut stimuler les exportations mais collectivement cette approche peut
s’avérer inefficace parce qu’elle peut provoquer la chute du cours des actions
bancaires (Stephen S. Roach, 2017).

De plus, des taux d’intérêt bas et surtout négatifs rendent la détention de liquidités
coûteuse, ce qui incite les investisseurs à rechercher des placements plus risqués
présentant des rendements potentiels plus élevés.

Enfin, la faiblesse persistante des taux d’intérêt peut encourager l’épargne au lieu
de la consommation. Ceci peut affaiblir la demande et ralentir les perspectives de
croissance économique.

Compte tenu de ces risques, il est recommandé de recourir aux QE qu’à titre
exceptionnel. Mieux encore, si les interventions des Etats et des banques centrales
ont permis d’atténuer les effets de la crise à court terme, en vue de prévenir une
autre crise similaire, des reformes urgentes doivent être engagées.

2.4. Des reformes structurelles pour le long terme

La crise financière a conduit à reformer le système financier ; à redéfinir le cadre


d’intervention des banques centrales et à mettre en place une instance mondiale de
régulation.

1°) Mettre le système financier sous surveillance

La crise financière donne la nécessité aux Etats de mettre sous surveillance le


système financier en vue de protéger les consommateurs. Il s’agit entre autre du
contrôle des produits financiers et des institutions qui les émettent, du
renforcement du système financier en moyens, d’encadrer la rémunération des
traders et de renforcer la réglementation financière.
38
2°) Redéfinir le cadre d’intervention des banques centrales

Il s’agit aussi au niveau macroéconomique de redéfinir le cadre d’intervention des


banques centrales pour leur permettre d’assurer la stabilité financière. Ces
dernières n’avaient jusqu’ici comme instrument de régulation conventionnelle, les
taux d’intérêt.

3°) Mise en place d’une instance mondiale de régulation

La crise a aussi remis en cause un certains nombre de principes (le libre-échange,


principalement) sur lesquels reposaient les équilibres mondiaux. Elle a montré dans
le cadre de l’UE que la recherche de l’intérêt général doit passer avant les intérêts
nationaux. C’est dans ce sen que Stiglitz a fait remarquer que la main d’Adam
Smith est invisible parce qu’elle n’avait jamais existé. Autrement dit, la recherche
de l’intérêt privé n’aboutit pas nécessairement à l’intérêt collectif, d’où la nécessité
d’une coordination des décisions.

La crise ouvre enfin la réflexion sur une «nouvelle donne» c’est-à-dire une
nouvelle façon de produire, de vivre, etc. (Florida Richard, 2010) qui redessinerait
les contours d’une nouvelle économie.

3. Mise en perspective historique de la crise

Les crises de 2008-2010 et 1929 présentent quelques points de similitude. D’abord,


elles sont tous deux partir des Etats-Unis avant de s’étendre aux autres continents.
Ensuite la propagation a été rapide, savoir six mois pour la crise financière de 2008
et trois ans pour celle de 1929. Enfin, elles ont toutes deux affecté l’économie
réelle du fait de la raréfaction des crédit aux ménages et aux entreprises et la chute
des pouvoirs d’achat.

Les points de divergences entre les deux crises se trouvent dans les délais et les
modes de traitement des crises. En 1929, les autorités politiques ont longtemps
laissé faire le marché. Il a fallu attendre plus de quatre ans avant que le New Deal
ne soit mis en place par Franklin Roosevelt.

La connaissance et la compréhension de la crise de 1929 ont permis d’éviter les


erreurs du passé, ce qui a précipité les réponses et limité les conséquences
désastreuses pour l’économie.

39
BIBLIOGRAPHIE

1. Roach S. Stephen (2017) The Courage to Normalize Monetary Policy, [En


ligne], disponible sur le World Wide Web:
https://www.projectsyndicate.org/commentary/faster-monetary-policy-
normalization-by-stephen-s--roach-2017-09 , consulté le 14 novembre 2017.

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: La crise économique de 2008-2010, p.741-759.

3. Stiglitz J. (2016) L’euro : Comment la monnaie unique menace l’avenir de


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septembre 2015.

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